ANALYSE DE CONTE
I- IDENTIFICATION
Intitulé « LE BOA », le conte que nous avons à étudier est recueilli par Fulgence
FANONY, Docteur en ethnologie Malgache ; ce conte est répertorié dans la page 105 à 117
dans le recueil de Littérature orale malgache tome 2, LE TOMBOUR MALGACHE ; publié par
Laterit-Productions en 1989.
II- MATERIAUX
A-1- Ce régit imaginaire tourne autours de du BOA et du chasseur de tenrecs.
2- Dans leur périples, des personnages accessoires viendront compléter le tableau de
personnages, il s’agir de la Vache, du Manguier et de la Chienne : passagers mais nécessaires
à l’accomplissement de l’histoire.
Mis à part ces derniers, d’autres personnages anonymes, non actifs, font office de
figurants, à savoir : les Tenrecs, le Grand-Seigneur, les passants et les petits de la chiennes.
B- l’histoire se déroule principalement dans la forêt et tantôt dans une ferme tantôt dans
la montagne.
C- Par contre elle n’explicite aucune date exacte quant au moment des faits, toutefois la
présence du personnage anonyme « Grand-Seigneur» dans le récit nous permet de situer
hypothétiquement à l’époque de la royauté malgache. Période durant laquelle les « Grands-
Seigneurs » existaient.
D- Par ailleurs, ce conte parle sommairement d’un homme qui vient en aide à un Boa
coincé dans un trou après avoir chassé des tenrecs. Libéré par ce passant, ce Boa veut le
manger mais l’homme cherchera à comprendre la logique de ce reptile en consultant divers
personnages en chemin, accompagné du Boa.
III- THEME
A- Ce récit met en exergue l’ « INJUSTICE », un thème récurrent que nous retrouvons
également dans des œuvres connus telles que Les Misérables de Victor HUGO ;
Patrache de Marie Louise RAME, Eugénie GRANDET de Gustave FLAUBERT ou encore
Le Loup et Le Renard de Jean de la FONTAINE.
B- Ce même récit traite scrupuleusement le thème de l’ « Ingratitude» ; mettent à
chaque fois en évidence le manque de reconnaissance de que fait à l’égard de son
entourage : le serpent envers le chasseur, le Grand-Seigneur envers sa vache et les
passants envers le Manguier.
Un cas de figure itératif qui nous tend à méditer sur la question de l reconnaissance.
Ce cas répétitif met sur le devant de la scène le une des qualités qui font défaut à
l’Homme, qui tout le temps manque de remercier son bienfaiteur.
Ce thème se vérifie par la redondance du dicton « les bienfaits ne sont jamais
récompensés ». Celui-ci appuie le thème de l’ «INGRATITUDE » étant donné que celui
est repris dix (10) fois dans ce conte ; respectivement dans la page 107 (lignes 9 et 13),
page 109 (lignes 4, 15,25 et 28), page 111 (ligne 7 et 28) et page 113 (lignes 5 et 12). Une
reprise synonyme d’insistance flagrante.
C- En outre, malgré cette dénonciation, la fin du récit laisse entrevoir un dénouement
controversé : l’homme s’est avéré digne de confiance et redevable envers la chienne
en faisant d’elle son fidèle compagnon ; une attitude antithétique qui vient remettre
en doute l’abjection de l’Homme.
IV- TECHNIQUE
A- Construction
1- Point de vue
La suite d’actions contenue dans ce récit est narrée de façon externe en termes de
focalisation, en d’autres termes, le point de vue avec lequel le narrateur conte l’histoire est
entièrement optique. Il s’agit de relater les faits sans la moindre participation de celui-ci ; il
demeure apathique face aux évènements et assiste passivement aux péripéties.
Quant au BOA, il représente la voix qui domine en insistant fermement sur idée fixe :
« les bienfaits ne sont jamais récompensés» : une certitude absolue de son point de vue sur
l’Homme.
2- Introduction
Le narrateur entre en matière de façon brève, claire et précise sans tergiverser ; en
évoquant de tout de suite l’antagoniste de l’histoire dans un cadre spatial historique et
classique : la forêt.
Ce pragmatisme implante directement le lecteur ou l’auditeur dans un environnement
hostile conjugué avec un serpent, de prime à bord.
3- Exposition
Quant à l’exposition des faits, indispensables à la suite de l’histoire, elle commence dans
la page 105 à la ligne 7 : le moment où le serpent entre dans le nid des tenrecs et les
mange ; jusqu’ à la ligne 19 dans laquelle un chasseur de tenrecs débarque et le sauve
dans la page 105 à la ligne 33.
4- Action ascendante
Concernant l’ascendance de l’action, elle débute dans la page 107 à la ligne 24 avec le
départ de du BOA et du Chasseur en quête de réponse face à la trahison du vilain
serpent, jusqu’ à leur rencontre providentielle avec la Chienne et ses petits, après s’être
entretenu avec la Vache et le Manguier.
5- Climax
Insatisfaisant et néfaste au Chasseur, la conclusion de ses deux précédents interlocuteurs
joue en faveur du BOA mais le conte nous surprend avec une tournure majeure lorsque
la Chienne leur propose de retourner au point de départ dans la page 113 à la ligne 21,
dans le but de proposer à l’homme de trahir le BOA à la ligne 35.
L’histoire arrive à son comble à partir du moment où ils tente de piéger le serpent dans
la page 115 à la ligne 4, en lui proposant de leur montrer sa pose étant jadis coincé sous
la pierre pour après, le délaisser à son funeste sort dans le nid des tenrecs dans la forêt.
6- Dénouement
La ligne 24 de la page 115 marque la fin de l’histoire qui se conclue par le succès du
piège tendu au BOA, ce dernier est coincé et y est laissé pour mort au profit du
Chasseur et de la Chienne
7- Conclusion
L’auteur évoque implicitement une antithèse sur l’idée de l’ « INGRATITUDE », une
antithèse qui vient heurter la thèse tant maintenue par le BOA : l’homme ou le Chasseur
récompense la Chienne en l’élevant au rang de FIDELE COMPAGNON, un geste inattendu
qui témoigne finalement du bon côté de l’être humain.
Ainsi, l’auteur veut transmettre par là que l’Homme n’est pas uniquement mauvais
en soi mais il existe aussi des personnes d’exception qui ont du cœur et une bonne
manière par rapport aux stéréotypes qui lui est affublés.
B- Peinture
De plus, l’auteur manie habilement l’histoire en faisant de la troisième rencontre une
rencontre salvatrice : le trois étant un chiffre symbolique et divin.
Ensuite, non seulement, le caractère borné du Chasseur, sa persistance à la quête d’une
réponse satisfaisante nous renvoie dans une dimension philosophique mais nous
montre aussi son caractère obsessionnel de la soif de vérité dans une situation d’
« INJUSTICE» : un questionnement existentiel qui remet en cause l’essence même de
l’homme en termes de reconnaissance, bref cela étant dit, le personnage principal
s’avère curieux, coriace et acharné lors de cette mésaventure.
Par contre, le serpent, à l’opposé du Chasseur , tout comme la Vache et le Manguier
montrent une résolution ferme en s’attachant et en déclarant avec certitude et une foi
inébranlable cet aspect « ingrat »de l’Homme ; un point de vue bien réducteur, ne
laissant aucune forme de questionnement : cela dit, ils sont psychologiquement
hermétique à de nouvelles idées ; incapables de s’interroger sur sujet : ils ont ,alors, un
esprit fermé qui se contente seulement des idées préétablies.