Étude de la faille St-Joseph au Québec
Étude de la faille St-Joseph au Québec
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
PAR
MORGANN PERROT
JANVIER 2014
--- - -------------~
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le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 - Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à
l'article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l'auteur] concède à
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publication oe la totalité ou d'une partie importante de [son] travail de recherche pour
des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l'auteur] autorise
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·renonciation de [la] part [de l'auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété
intellectuelle. Sauf entente contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier en premier lieu mon directeur de recherche, Alain Tremblay, pour
ses précieux conseils, son accompagnement, sa pédagogie, ses critiques constructives, sa
disponibilité, sa patience et sa confiance.
Je suis reconnaissante envers l'Agence Spatiale Canadienne qui a financé en partie les
travaux effectués durant cette maîtrise à des fms de cartographie de zones ciblées (dans la
mine Jeffrey à Asbestos et la mine de Norsbestos) dans le cadre de la mission Mars Methan e,
par le biais d'une bourse d'étude qui m'a été attribuée par Ed Cloutis, professeur à
l'université de Winnipeg et responsable du projet. De plus, un support financier m'a
également été fourni par le Fonds à l'accessibilité et à la réussite des études (FARE) de
l'UQAM sous la forme d'une bourse d'excellence.
Merci à Renaud Soucy La Roche, fidèle compagnon de bureau, et Xavi er Vasseaud pour
leur soutien musclé et leur aide précieuse lors des travaux de terrain.
LISTE DES FIGURES .... .... .......... ... ........... ......... .. ......... .... .. ... ... ............ ... ... ... .... .. ... ............. vi
RÉSUMÉ .. ..... ..... .. ... ........... ..... ...... ... ............. .. ..... ........... .... .. ... ... .... .. ... .... .. ... .... .... ... .......... .... ix
CHAPITRE!
INTRODUCTION .. ...... .............. .. .. .. .. . .... . .. .... .. ....... . .. ..... .. ..... . .. .... .. ..... . ..... 1
1.1 Organisation du mémoire ........... .. ............... .................................................................... .. .. 1
1.2 Contexte Géologique .... ............... .... .... ........ .. .. .. ......... ... ...... .. ................ ...... ... ..... ... ... ......... 2
1.3 Problématique des travaux de maîtrise ..... .......... ........ ... ... ........... .... ............. ... .. .. ......... .... .. 6
1.4 Méthodologie ......... ..... ..... ...... ...... ......... .... ....... .. .. ..... ....... ... .... .. .. .. ...... .. .... ..... ... .. ... ... ....... . 11
1.4.2 Analyse rnicrostructurale ... ....... ...... .. ........... ....... .. ........... .......... .... .. ..... .. ... .... ... .... .. . 11
1.5 Contributions reliées au mémoire de maîtrise ................. ..... ........ .. ......... .. ........... .. .... ....... 12
CHAPITRE II
ÉTUDE STRUCTURALE ET MICROSTRUCTURALE DE LA FAILLE ST-JOSEPH
ET DE LA LIGNE BAIE VERTE-BROMPTON DANS LES APPALACHES DU SUD
DU QUÉBEC ... .. . ...... ...... .. ... .. .... ........... .. ... . ..... . .... . ..... . . .. ... ....... .. ... . ..... ..... 14
2.1 Introduction ... ........... .. ... ......... .. ............ ..... .... ... ... ..... ...... ... .... ... ..... ...... ... .......... .... ............. 15
2.2 Contexte Géologique ................ ....... .... ... .. .................. ............. ........ .... .. .... .... ................... 16
2.4 Discussion ... ... ......... ...... .... ..... .. .... ... ... ...... .. .. .... ......... .. ... ... ... ............ .. .. .. .. ..... .... ... .... ... ...... 46
2.4.1 Contraintes d'âge et importance du rejet .... .. ...... .. ........ .. .. .. .. ...... ............ .............. .. . 4 7
2.4.2 Corrélations régionales ... ..... ...... ........ .......... .. ..... ... ..... ... ... .... .... .. ..... ...... .... .. .. ... ....... 52
2.4.3 Origine et implications tectoniques .. .. .. .. .. .... .... ... ...... .... .. .. .. .. .. .. .. .... ............ ...... .. ..... 59
2.5 Conclusion ... .. ... .. ... ....... .. .. .. .... ... ...... ... ..... .. ... .... .. ... .... .. ... .. ... ........... ..... .... ... .. ...... .. .. .... .... .. 63
CHAPITRE III
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES .... .. .................. .. ........ ... .. .... ...... ... ..... . .... 64
REFERENCES ..... ....... .. ... . . .. ... . . . . .... .. ....... . ... . ..... . ........ .. . .... .. . .. ....... . .... ...... 67
LISTE DES FIGURES
Figure Page
Dans les Appalaches du Québec, la faille St-Joseph est une importante faille normale qui
forme localement une structure composite avec la ligne Baie Verte-Brompton. Ces deux
structures définissent la trace apparente (de surface) et remaniée de 1' interface entre les zones
de Humber et de Dunnage. Ces zones correspondent respectivement aux vestiges de la marge
Laurentienne et du domaine océanique adjacent ayant été accrété au cours de l'orogenèse
Taconienne à l'Ordovicien. Au Québec, ces deux zones tectonostratigraphiques sont
recouvertes en discordance par les roches sédimentaires siluriennes et dévoniennes de la
Ceinture de Gaspé qui ont été déformées au cours de l'orogenèse Acadienne du Dévonien.
La cartographie détaillée des structures et la microanalyse des roches liées à la fois à la
ligne Baie Verte-Brompton (BBL) et à la faille St-Joseph (FSJ) ont été réalisées dans deux
régions des Appalaches du sud du Québec, à la faveur de plusieurs mines et carrières
exposant ces structures dans les régions de, du sud vers le nord: (1) d'Asbestos où la BBL est
exposée dans la mine Jeffrey et dans la carrière de Norbestos, et (2) de la Beauce, où la FSJ
est exposée dans une carrière d'amiante du rang IX. Les zones de faille étudiées sont
orientées vers le nord-est et plongent d'environ 70· vers le SE. Elles sont marquées par des
lentilles de serpentinite cisaillées au contact entre différents types de roches métamorphiques
dans le mur et des roches sédimentaires de bas grade et 1 ou des roches mafiques et
ultramafiques ophiolitiques dans le toit. Des bandes de cisaillement et des gradins
d'arrachement indiquent la présence d'une importante déformation cisaillante liée à une série
de failles normales. Ces failles recoupent clairement des structures associées à un épisode
taconien (au sens large) de déformation en rétrochevauchement. La compilation des
contraintes d'âges 40Ar/39Ar relevées de part et d'autre de ces failles normales post-
taconiennes dans les Appalaches du sud du Québec suggère que l'extension aurait eu lieu
entre 430 et 410 Ma avec une période d'activité maximale en jeu normal de la ligne Baie
Verte-Brompton et de la faille St-Joseph durant le Silurien tardif (pridoli)-Dévonien précoce
(Lochkovien). Ces failles d'extension sont interprétées comme étant génétiquement liées à la
formation du bassin sédimentaire de la Ceinture de Gaspé et ont été probablement induites
par la délamination de la plaque laurentienne lors des phases tardives de l'orogenèse
Taconienne.
CHAPITRE!
INTRODUCTION
Les résultats présentés dans ce mémoire sont le produit de deux campagnes de terrain
d'environ deux mois chacune dans les régions de l'Estrie-Beauce du sud du Québec (à
Asbestos et Thetford Mines), et d'une semaine dans la région du Bas-Saint-Laurent (à
Cabano), au cours des étés 2011 et 2012 (fig. 1.1).
+48'63'
- Zone de Gander
OJ-t 100 km
_,<' Chevauchement Zone de Dunn age
.:: 0
.8>- ~ Décrocheme nt
c?!: / Faille Normale
[ [ ] Zone de Humber
0 Q)
Ez [2] Socle Proterozoique
/ Faille indéte rminée indifférencié
2Q)
a..-o
La région d'étude se situe dans les Appalaches du Québec, où seules sont préservées
les zones de Humber et de Dunnage (fig s. 1.1) qui correspondent, respectivement, à
l'ancienne marge continentale de Laurentia, et au domaine océanique adjacent. Dans le sud
du Québec, la zone de Humber est subdivisée en une zone externe composée de roches
faiblement à non-métamorphisées, et une zone interne caractérisée par un métamorphisme
variant du faciès des schistes verts à celui des amphibolites (Tremblay et Castonguay, 2002).
La partie orientale de la zone interne est limitée par la faille St-Joseph (Pinet et al. , 1996;
Tremblay et Castonguay, 2002), une importante faille normale qui forme localement une
même structure avec la ligne Baie Verte-Brompton (fig. 1.2, Williams et St-Julien, 1982), au
SE de laquelle affleurent des roches appartenant principalement à la zone de Dunnage
(Tremblay, 1992 ; Tremblay et al. , 1995). Les zones de Humber et de Dunnage sont
recouvertes par un troisième assemblage lithotectonique distinct, la Ceinture de Gaspé, qui
forme une série sédimentaire silurienne-dévonienne s'étendant de l'état du Connecticut
jusqu 'à la péninsule gaspésienne (Bourque et al. , 2000; Lavoie et Asselin, 2004 ; Tremblay et
Pinet, 2005).
À 1' échelle régionale, seules les déformations et épisodes métamorphiques d' âge
taconien, salinien et acadien sont observables dans le sud du Québec (Castonguay et al. ,
2001 , 2007; Tremblay et Castonguay, 2002), la phase de déformation alléghanienne ne
4
s'exprimant que dans les Appalaches du Sud. Les phases de déformation taconienne et
salinienne sont principalement développées dans les roches de la zone de Humber. La
déformation taconienne a été attribuée à l'abduction et à l'accrétion des roches ophiolitiques
de la zone de Dunnage. Dans le sud du Québec, la phase salinienne est assimilée à un épisode
de déformation rétrochevauchante (Tremblay et Pinet, 1994, Tremblay et Castonguay, 2002;
Castonguay et al., 2003). Les roches de la zone de Dunnage et de la Ceinture de Gaspé ont
été principalement déformées et métamorphisées durant 1'orogenèse Acadienne du Dévonien
moyen. L'âge de ces trois phases de déformation a été contraint par diverses méthodes de
datation isotopique (notamment Ar/Ar sur muscovite et amphiboles et U/Pb sur zircon) et
biostratigraphiques (fig. 1.2; Tremblay et Castonguay, 2002; Tremblay et al., 2000;
Castonguay et al., 2001, 20 12; Castonguay, Ruffet et Tremblay, 2007; Sasseville et al., 2008;
Tremblay, Ruffet et Bédard, 2011):
NW SE
@Ordovicien moyen à supérieur
..<1
Faille de
e-
Bennett
@ Dévonien moyen
Dans les Appalaches du sud du Québec, la faille St-Joseph et la ligne Baie Verte-
Brompton marquent approximativement la limite orientale de la zone de Humber interne et
occidentale de la zone de Dunnage.
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fi g. 1.3 Distribution des roches et des stmctures le long du flanc ouest des Appalaches canadiennes et localisation de la ligne
Baie Verte-Brampton . (tirée de Williams et St-Julien, 1982)
8
c:Js
.
c=J4
f%~i] 3
..
~
CJ.
8
6
~ 11
~ 10
bd 9
~ 2
9
Figure 1.4 Carte géologique des principales unités lithologiques et des structures
majeures des Appalaches du sud du Québec selon Williams et St-Julien (1982): 1) socle
grenvillien, 2) plateforme du Saint-Laurent, 3) ceinture de plis-chevauchement, 4) roches
allochtones du domaine externe, 5) roches allochtones du domaine interne, 6) Groupe de
Caldwell et Formation de Mansonville, 7) Ophiolites, 8) Mélange de Saint-Daniel et
Formation de Brompton, 9) Groupe de Magog, 10) Formation de Ascot-Weedon, 11)
Synclinorium de Connecticut Valley-Gaspé, 12) Formation de Frontenac, 13) Massif de
Chain Lake, 14) Granites ordoviciens, 15) Granites dévoniens, 16) Roches intrusives
alcalines mésozoïques.
La faille St-Joseph a été définie par Pinet et al. (1996) comme une importante faille
normale plongeant à environ 70° vers le SE (fig. 1.5) et fut attribuée à la déformation
rétrochevauchante tardi-taconienne par Tremblay et Castonguay (2002). Jusqu'à présent, elle
a été reconnue telle une faille subparallèle à la ligne Baie-Verte Brompton sur une distance
d'environ 80km, depuis la région de Thetford Mines au sud-ouest, jusque dans la région de la
Beauce au nord-est de la rivière Chaudière (fig.l.5, Pinet et al, 1996). Dans cette région, elle
longe la branche NE du Feuillet de Pennington, une structure décrite par St-Julien (1987) et
Tremblay et Pinet (1994). Cette faille est soulignée par la juxtaposition d'unités lithologiques
de composition similaire mais ayant enregistré une histoire structurale et métamorphique
distincte, et soulignée dans la région de Thetford Mines, par des écailles de serpentine
cisaillées (Kirkwood et Tremblay, 1994). Elle a été extrapolée par la suite vers le sud,
jusqu'au Vermont, puis vers le nord jusqu'au Maine par Tremblay et Pinet (2005).
Figure 1.5 Profil structural idéalisé le long de la rivière Chaudière. A : Sainte Marie de
Beauce, A' : St-Joseph. (tirée de Pinet et al., 1996).
10
Depuis les travaux de Pinet et al. (1996) et de Tremblay et Castonguay (2002), la ligne
Baie Verte-Brompton et la faille St-Joseph sont considérées comme formant une structure
composite définissant un réseau de failles normales inclinées vers le SE (Tremblay et Pinet,
2005 ). Cette structure composite a été interprétée comme appartenant à une série de
structures d'extension crustale (Tremblay et Pinet, 2005), attribuées à la délamination de la
marge laurentienne durant le Silurien, et serait génétiquement associée à l'exhumation des
roches métamorphiques de la zone de Humber et aux dépôts siluriens et dévoniens du bassin
sédimentaire de la Ceinture de Gaspé.
Ce mémoire propose une synthèse des fabriques et des structures préservées le long de la
LBB et de la faille St-Joseph, pour discuter et préciser les contraintes chronologiques de
l'extension crustale et ses implications tectoniques pour les Appalaches du Québec. La faille
St-Joseph et la LBB sont toutes deux exposées à la faveur de nombreuses mines et carrières
d'amiante du sud du Québec, au sein de complexes ophiolitiques tels que ceux de Thetford
11
1.4 Méthodologie
Une analyse microstructurale a été menée à partir de lames mmces. Cette étude a
consisté en une analyse pétrographique et microstructurale comparative des roches du mur et
du toit de la faille St-Joseph afin de mieux contraindre et qualifier les contrastes
métamorphiques et structuraux des roches affleurant de part et d 'autre de la faille. Une
12
analyse qualitative et quantitative de la déformation des grains a ensuite été réalisée avec le
logiciel « Intercept 2003 » (Launeau et al. , 1990, 2010 ; Launeau et Robin, 1996) afin de
traiter les microphotographies et analyser la forme des grains, dans le but de mieux quantifier
le contraste de déformation de part et d'autre de la faille St-Joseph.
Résumés de conférences
Qadi, A., Cloutis , E., Whyte, L. , Ellery, A. , Bell , J .F., Berard, G. , Bo ivin, A. , Hadd ad, E. ,
Jamroz, W. , Kruze lecky, R., Mack, A., Mann, P. , Olsen, K. , Pen ot, M. , Popa, D., Rl1ind ,
T., Samson, C., Sharma, R. , Stromberg, J. , Strong, K., Trembl ay, A. , W ilhem, R., Win g,
B., and Wong, B. 201 X. Mars methane analogue m ission rover operations at Jeffery
Mine deployment. Accepted for publication in Advances in Space Researcb.
Cloutis, E. A. , and 24 others (2013), The Mars Methane Analogue Mission (M3) : Results of
the 201 2 Field Deployment. Lunar and planetary science conference, 44, The
Woodlands, Texas. LPI Contribution No. 1719, p.1579.
Perrot M . et A. Tremblay. 2012. Structural characterization of the St-Joseph fault and the
Baie Verte-Brompton line (Southern Quebec Appalachian), Geological Society of
America, Abstracts with Programs , Vol. 44, No. 2, p.69
Cloutis, E. A., et al. (2012), The Mars Methane Analogue Mission (M3): Results of the 2011
field deployment. Lunar and planetary science conference, 43, Abstract 1569, Lunar and
Planetary Institute, Houston, Tx.
Perrot M. et A. Tremblay. 2012. Structural characterization of the St-Joseph fault and the
Baie Verte-Brompton line (Southern Quebec Appalachian), Congrès des étudiants du
GEOTOP, Montréal, Québec.
Tremblay A., M. Perrot, P-E. Mercier et B. Soucy-de-Jocas. 201 2. Géologie des régions de
Wottonville et de Scotstown, Estrie, feuillets topographiques SNRC 21Ell et 21E12,
Ministère des ressources naturelles du Québec, Rapport géologique, GM 66635, 12p.
CHAPITRE II
2.1 Introduction
Dans les Appalaches canadiennes, la Ceinture de Gaspé (Fig. 2.1) préserve une
séquence stratigraphique qui s'étend de l' Ordovicien supérieur au Dévonien moyen,
affleurant sur près de 1500 km entre la Nouvelle-Angleterre au sud-ouest et la Gaspésie au
nord-est et s'étant déposée pendant une période d'extension lithosphérique entre les
orogenèses Taconienne et Acadienne (e.g. Bourque et al., 2000 ; Tremblay et Pinet, 2005).
Cette période d'extension, désignée sous le nom de «crise» Salinique dans la péninsule
gaspésienne (Boucot, 1962), appartient à un épisode tectonique tributaire de l'orogenèse
Salinienne dans les Appalaches (e.g. Dunning et al. , 1990; Cawood et a1.,1994, 1995; van
16
Staal et al., 1998). En Gaspésie, cet épisode tectonique aurait commencé au Llandovérien
tardif et persisté jusqu'à l'orogenèse Acadienne (Bourque et al., 2000). Il se traduit par
l'existence de failles normales syn-sédimentairesdont le mur a permis le développement de
ceintures récifales s'étendant sur des centaines de kilomètres le long de la marge lauren tienne
(e.g. Bourque et al., 1995; 2000). Dans le sud du Québec, Tremblay et Pinet (2005) ont inclu
la faille St-Joseph (Pinet et al., 1996) et la ligne Baie Verte-Brampton (LBB; Williams et St-
Julien, 1982) dans cette série de structures d'extension, et ont proposé l'existence d'un
important réseau de failles normales s'étendant sur plusieurs centaines de km sur la bordure
occidentale de Laurentia, depuis le nord du Vermont au sud-ouest (i.e. faille de Burgess
Branch; Kim et al., 1999) jusque dans le Maine au nord-est. Selon Tremblay et Pinet (2005),
ces failles normales seraient le résultat de la délamination de la marge laurentienne lors de
l'orogenèse Taconienne et auraient été génétiquement associées à l'exhumation des roches
métamorphiques de la marge laurentienne et la formation du (des) bassin(s) sédimentaires de
la Ceinture de Gaspé.
Bien que l'existence d'un régime en extension durant le Silurien et Je Dévonien ait
été proposée depuis Castonguay et al. (1997) pour les Appalaches du sud du Québec, la
caractérisation des structures associées n'a été complétée, à ce jour, que pour une seule
section recoupant la faille St-Joseph (Pinet et al., 1996). Cette contribution présente donc une
synthèse des fabriques et structures en extension préservées le long la LBB et de la faille St-
Joseph, exposées dans différentes mines et carrières du sud du Québec et de la région de
Témiscouata, et discute de l'implication de ces structures en ce qui concerne l'évolution
structurale et tectonique de la marge laurentienne durant le Paléozoïque moyen.
La chaîne des Appalaches est le résultat de quatre phases orogéniques, soit les
orogenèses Taconienne (Cambrien-Ordovicien), Salinienne (Silurien), Acadienne (Silurien-
Dévonien) et Alléghanienne (Carbonifère-Permien) (Osberg et al. , 1989 ; Robinson et al.,
1998; van Staal et al., 1998; van Staal, 2005, 2007; Malo et al, 2008). L'orogenèse
- - ----- - - - - - - - - - -- -- - - - - - -- - -- - - - - - - -- - - - - - - - .
17
® /
_.#'
Chevauchement
Décrochement
/ Fa11le Normale
...)
(.J
/
f...
D Plutons Carbonifère
/
}- 46' N
et plus jeunes ·~
D plutons (
Silurien-Devonien
. -s
f$' ~
f
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·'--.J
,_.. 1 - ') )
:J
ZONE DE DUNNAGE
(Orciovicien)
,~o<..' ) [3 Groupe de Magog
~è} { ~ Complex d'Ascot
Ci:>~ 0 ( . 25 km G::::::J Mélange Saint-Daniel
..T ~
"___ ,,_ ,_J
45' N - Ophiolite
:Fig . 2.10:
- -
volcaniques mafiques à felsiques (Tremblay et Pinet 2005). En Gaspésie, elle est constituée
de quatre principaux assemblages stratigraphiques variant de l' Ordovicien supérieur au
Dévonien moyen (Bourque et al., 1995, 2000) alors que, dans le sud du Québec et en
Nouvelle-Angleterre, la stratigraphie de ces roches post-ordoviciennes est moins bien connue
mais considérée comme étant corrélative des assemblages du Silurien supérieur et du
Dévonien inférieur de la Gaspésie (Bourque et al. , 1995).
Les roches des zones de Humber et de Dunnage sont aussi affectées par deux
générations distinctes de structures postérieures à l'abduction des ophiolites et à l'imbrication
des roches de la marge continentale; (1) une phase de déformation D 3 reliée à un épisode de
21
Les termes de ligne Baie Verte-Brompton (LBB) et de faille St-Joseph ont été
respectivement introduits par Williams et St-Julien (1982) et Pinet et al. (1996). Ils désignent
deux structures majeures subparallèles des Appalaches du sud du Québec. Suite aux travaux
de Tremblay et Castonguay (2002) ces deux structures été définies telles une même structure
au sud de l'ophiolite d'Orford. En effet, d'après la compilation des travaux de Tremblay et
Perrot (2013) et de Trembray et de Souza (2010), il apparait que ces deux structures se
rejoignent au SO dans la région d'Asbestos et forment alors une même structure (fig. 2.1,
désignée LBB-FSJ ci-dessous). Au NE de cette région, ces deux structures s'individualisent
en deux structures normales. Au NE de la région de Thetford Mines, dans le secteur de
22
rivière-des-plantes, la LBB est alors interprétée comme une structure rétrochevauchante (de
Souza, 2012) ..
Toit de la FSJ
D Rosaire
D Caldwell
D Roches métamorpmc~uesJ
l
infra-ophiolitiques
Zone de Dunnage
72"W
1
D
D
D
St-Daniel
Basalte
Roches crustale s
J COTM
• Roche s mantelliqu es
Williams et St-Julien (1982) ont initialement décrit la LBB comme une structure
majeure délimitée par une étroite zone où se succèdent de manière discontinue des écailles de
roches ultramafiques et de serpentinites cisaillées et des zones de mélanges à matrice
argileuse (i.e. inclus dans le Mélange de Saint-Daniel) qui, dans le sud du Québec, emballent
les différents massifs ophiolitiques. Cette structure majeure fut alors interprétée comme
l'expression en surface d'une «suture», fortement inclinée vers le SE, entre le paléocontinent
Laurentia et les vestiges de l'océan Iapétus et témoignant de la mise en place des ophiolites
durant l'orogenèse Taconienne. Williams et St-Julien (1982) ont reconnu cette structure sur
23
une distance de près de 2000 km, depuis Terre-Neuve (au niveau de la péninsule de Baie-
Verte) jusque dans la région du Lac-Brompton dans le sud du Québec. Dans les Appalaches
du sud du Québec, ils ont défini son tracé à partir de la frontière avec le Vermont (USA) au
SO, en passant par l'ophiolite d'Orford, jusqu'à une centaine de kilomètres au NE de
Thetford Mines, au niveau de la frontière Québec-Maine (fig. 2.1 et 2.2). La LBB fut
interprétée comme une faille inverse dirigée vers le NO par St-Julien et Slivitzky (1985). Sur
le terrain, la LBB marque la transition entre des domaines aux fabriques structurales et au
métamorphisme contrastés de part et d'autre. Les roches affleurant dans le mur de la faille, au
NO, appartiennent aux unités métamorphiques cambra-ordoviciennes des groupes de
Caldwell, de Rosaire et de Oak Hill, et à leurs équivalents métamorphiques au sein des
Schistes de Bennett. Dans le toit de la faille, côté SE, affleurent les séquences ophiolitiques
plus ou moins complètes des différents complexes ophiolitiques, le Mélange de Saint-Daniel,
le Groupe de Magog ainsi que les roches volcaniques du Complexe d'Ascot. Au sud-ouest du
Complexe ophiolitique de Thetford Mines, la trace de la LBB est marquée par des lambeaux
de roches mafiques/ultramafiques, et de serpentinite (Williams et St-Julien, 1982), alors
qu'au nord-est, elle marque le contact entre les roches du Groupe de Caldwell et celles du
Mélange de Saint-Daniel (figs. 2.1 et 2.2). La LBB n'est pas ici considérée comme une réelle
suture entre la marge laurentienne et l'océan Iapetus, mais plutôt comme la trace apparente
(de surface) et remaniée de cette interface continent-océan et souligné par une faille normale
tardi-Taconienne, au même titre que la faille St-Joseph.
La faille St-Joseph est définie comme une faille normale plongeant à environ 70° vers
le SE, reconnue jusqu'à présent sur une distance d'environ 80km, depuis la région de
Thetford Mines au sud-ouest, où elle suit la branche NE-SO du feuillet de Pennington (St-
Julien, 1987; Tremblay et Pinet, 1994; Pinet et al., 1996) jusque dans la région de la Beauce
au nord-est de la rivière Chaudière. Elle marque la limite SE de l'anticlinorium des monts
Notre-Dame situé dans son mur (fig. 2.1 ). Cette faille a été reconnue et décrite par Pinet et al.
(1996) sur un transect le long de la rivière Chaudière. Elle est exprimée par la juxtaposition
d'unités lithologiques de composition similaire mais ayant enregistré une histoire structurale
et métamorphique distincte. Sur le transect de la rivière Chaudière, sur le flanc est de
l'anticlinorium des Monts Notre-Dame, des failles fragiles-ductiles de faible pendage
découpant des plis à vergence SE recoupées par d'autres failles plus abruptes, et soulignées
24
par des lentilles de quartz apparaissent progressivement. La zone de déformation devient plus
intense vers l'est, avec la présence de plans de cisaillement représentatifs d'un mouvement
normal, où les veines de quartz sont discontinues et boudinées. Dans la région de Thetford
Mines, la faille St-Joseph est soulignée par des écailles de serpentinite cisaillée qui sont
porteuses d'une schistosité mylonitique plongeant au SE, de fabriques C/S et de bandes de
cisaillement synthétiques témoignant du jeu normal de la faille (Kirk:wood et Tremblay,
1994).
La mine Jeffrey d'Asbestos est une mine d'amiante exploitée depuis 1881 (Létoumeau,
2004). Le puits possède un diamètre de 2km pour une profondeur de 350 mètres, et expose la
LBB-FSJ sur son mur nord (fig. 2.3A). Elle est représentée par une zone de faille orientée
25
NE-SO, qui possède un pendage d'environ 60°-70° vers le SE et qui juxtapose un toit
constitué de péridotites cisaillées et altérées appartenant à la section mantellaire du Complexe
ophiolitique d'Asbestos (Hébert, 1980), et un mur constitué de roches métavolcaniques et
métasédimentaires appartenant au Groupe de Caldwell, incluant une écaille d'amphibolite et
de schiste à chlorite de la semelle dynamothermale infraophiolitique (Whitehead et al., 1995 ;
fig. 2.3 A et B). Des dykes de rodingite décimétriques à métriques recoupent les roches du
toit aux abords de la zone de faille. Localement, cette zone de faille s'exprime différemment,
présentant parfois des contacts francs (fig. 2.4C), sans marque de cisaillement apparent (le
cisaillement ayant pu être entièrement absorbé par les roches ultra-mafiques), et exposant à
d'autres endroits un corridor de déformation, où des bandes de cisaillement sont observables
sur environ 1 mètre d'épaisseur (fig. 2.4E). Dans ces sections où la déformation cisaillante est
mieux développée, les plans de cisaillement (C) sont parallèles à l' orientation du plan de
faille, alors que les plans de schistosité (S) sont orientés NE-SO mais possèdent un pendage
plus faible d'environ 35°-45 ° vers le SE. Des gradins de recristallisation soulignés par les
fibres de serpentinite sont aussi observables sur les principaux miroirs de faille (fig. 2.4D) .
Les structures observées indiquent clairement la prédominance d'incréments de déformation
correspondant à un jeu en faille normale. Trois principales orientations de stries de faille ont
cependant été observées sur les divers miroirs de faille de la mine (fig. 2.3D); deux premières
générations sont observables sur le miroir de faille à l'ouest de la mine. La plus ancienne
montre des angles de chute (pitch) d ' environ 40° à 60° vers le NE et est marquées par des
fibres de minéraux de serpentine. La seconde génération essentiellement d'aval-pendage (i.e.
pitch de 80° NE) recoupe les stries précédentes (fig. 2.4D) et est soulignée par un placage de
magnétite dans les plans de cisaillement. La troisième génération de stries qui est observable
sur le miroir est de la mine recoupe les stries d'aval-pendage dites de deuxième génération et
montre des angles de chute d' environ 30° vers le NE et le SO. Ces trois familles de stries
témoignent clairement de l' existence d'incréments multiples de déformation le long de cette
faille dans la mine Jeffrey, avec la présence d'une composante dextre durant les derniers
incréments en plus du jeu principal en faille normale.
------ - - - - - - - - -- - - - - - -- - - - - - - -- - -- - - - - - - - - - - - - .
26
® Roches Ultra-mafiques
Amphibolite
Schiste vert
Phyllade
/'
,!
© ~M-1rr01rs
. de
faille ouest
• 1ère génération de
stries (n=18)
• 2eme génération de
@ stries (n=16)
• 3èmegénération de
stries (n=6)
27
Figure 2.3 A. Carte géologique du puits de la rrùne Jeffrey à Asbestos. B. Vue SE-NO
de la lentille ultra-mafique observable sur le mur nord de la rrùne Jeffrey. Mesures
structurales compilées de Whitehead et al. (1995). C. Modèle 3D du plissement de l'ophiolite
recoupé par la LBB-FSJ. D. Projection stéréographique des stries de failles mesurées sur les
miroirs de failles correspondants (hérrùsphère inférieur, projection à aire égale) E. Vue NO-
SE de la mine Jeffrey montrant le miroir est de la faille composite LBB-FSJ. F. Zoom sur le
miroir Est de la faille composite LBB-FSJ dans la rrùne Jeffrey, mettant en valeur une
première génération de stries aval-pendage et une seconde génération de stries
subhorizontales. Voir le texte pour les détails et la figure 2.2 pour la localisation.
Dans le mur de la faille, les roches varient du faciès amphibolite au faciès schiste vert et
sont affectées par 2 schistosités distinctes et un clivage de crénulation. Une prerrùère
schistosité composite (S 1_2) est marquée par une orientation préférentielle de la hornblende,
de 1' épidote et du quartz définissant un rubanement métamorphique (Whithead, 1995). Dans
les roches métasédimentaires du Groupe de Caldwell, constituées en majorité de phyllades
gris-noir en alternance avec de minces lits de quartzite, cette S 1_2 est porteuse d'une linéation
minérale plongeant NO-SE. Sur l'ensemble des roches du mur de la faille, une schistosité S3
est fortement développée dans les phyllades avec une orientation NE-SO et un pendage qui
varie de 40° à 60° vers l'est et le SE. Un clivage de crénulation, associé à une linéation de
crénulation plongeant approximativement de 10° vers le NE, est aussi nettement développé.
Au sein de la mine Jeffrey, la fabrique S 1_2 est nettement reprise par les structures fragiles-
ductiles associées à la LBB-FSJ, soulignant le caractère tardif de celles-ci par rapport au
métamorphisme et à la déformation régionale des unités métamorphiques adjacentes. Sur les
niveaux supérieurs de la paroi nord du puits de la mine Jeffrey, est exposée une lentille de
serpentinite encaissée dans les roches métamorphiques infraophiolitiques (fig. 2.3A, B etC).
En effet, le contact entre cette serpentinite et les amphibolites est faillé mais la transition
entre les amphibolites, les schistes à chlorite, les rrùcaschistes et les phyllades semble
s'effectuer de manière graduelle, ce qui appuie le fait que nous sommes en présence de
roches de la semelle infraophiolitique. Cette lentille de serpentine est plissée et représente,
selon nos observations de terrain, le vestige d'un plissement P3 de l'ophiolite et de sa semelle
dynamo thermale lors de la phase rétrochevauchante dirigée vers le SE, avant d'être découpé
par les failles normales (fig. 2.3C).
SE NO
30
®
Grés feldspathique
schiste ardoisier
à texture bréchique
~ Faille normale
~ Faille inverse
" Cisaillement
" " Foliation
mantellique
~ Schistosité (Sn)
z;;;a
• 1 ère génération
de stries (n=17)
• 2 ème
© génération
de stries (n=11)
32
Les schistes ardoisiers du mur de la LBB-FSJ, sont affectés par une schistosité régionale
(Sz) orientée NE-SO qui apparaît légèrement oblique par rapport au tracé de la faille. Cette
schistosité porte une linéation minérale possédant un angle de chute de 50° vers le SO.
Dans les roches ultramafiques du toit de la faille, à environ 100 mètres de sa trace de
surface, un corridor de déformation d'environ 30 mètres de large est constitué de
serpentinites fortement déformées formant un réseau anastomosé de zones de cisaillement
d'épaisseur métrique à centimétrique (fig. 2.5 A). Les cisaillements d 'épaisseur métrique sont
marquées par la présence d'un mélange ophiolitique composé de blocs d'harzburgite et de
dunite emballés dans de la serpentine cisaillée. Ce corridor de déformation est orienté
approximativement est-ouest avec un pendage fort (75° à 90°) vers le sud, il est constitué
d'une série de failles cisaillantes antithétiques et synthétiques de la LBB-FSJ. A l'échelle de
l'affleurement, chacun de ces cisaillements présente des variations d'épaisseur progressives
et discontinues. La majorité de ces cisaillements présente un mouvement dextre-normale
marqué par des bandes de cisaillement et des gradins de recristallisation. Les différentes
générations de stries de faille, soulignées par des fibres de serpentine, sont nettement
développées sur l'ensemble des miroirs de faille, et présentent des relations de recoupement
très nettes. Deux familles de stries dominent : une première génération possède un angle de
chute de 70° vers l ' ouest. Elle est recoupée par une deuxième famille de stries avec un angle
de chute de 10° vers l 'ouest également. Sur un des miroirs de faille serpentinisé, il est
possible d' observer des fibres de serpentine curvilinéaires et développées de manière
syntaxiale qui soulignent des stries de faille qui montrent, une rotation progressive (fig. 2.4
A). Cela suggère soit une déformation continue avec une cinématique variant de normale à
décrochante dextre entre les stades respectivement précoces et tardifs, ce qui est cohérent
avec les divers recoupements décrits ci-dessus, soit une cinématique plus ou moins invariante
mais dont les plans de cisaillement sont progressivement basculés. De rares critères de
33
Ces deux sites de la région d' Asbestos (la mine Jeffrey et la mine Norsbestos) présentent
des zones de faille marquées par de la serpentinite et de la péridotite altérées et cisaillées,
avec les roches métamorphiques des schistes de Bennett dans leur mur, et des roches
ophiolitiques dans leur toit. Différentes générations de stries ont été observées sur les
différents miroirs de faille , suggérant la présence de multiples incréments de déformation
fragile. Bien que localement, à la mine Jeffrey, on peut observer une première génération de
stries faiblement inclinée vers le NE, les stries de glissement dominantes et les mieux
développées sont généralement fortement inclinées, ce qui est cohérent avec un mouvement
normal comme composante principale du mouvement de faille . Par ailleurs, les bandes de
cisaillement, ainsi que les gradins d'atTachement observés le long des faill es confi rm ent la
prédominance de ce mouvement normal. Dans les deux sites, les stries d'aval-pendage sont
recoupées par des stries de faille faiblement inclinées vers le SO, suggérant la présence d'un
incrément tardif de déformation dextre.
Dans la région de Thetford Mines, plusieurs carrières d' amiante et de talc, se succèdent
sur une distance d' environ 30 km (i.e., Hébert, 1985) entre Thetford Mines et St-Joseph-de-
Beauce. La faille St-Joseph est exposée à la faveur de ces carrières. Elle est reconnue sur une
distance d' environ 80 km depuis les travaux de Pinet et al. (1996) le long de la Rivière
Chaudière. La faille St-Joseph est particulièrement bien exposée dans une carrière située sur
le rang IX de la municipalité d'East-Broughton, située à environ 20 km au nord-est de
Thetford Mines (fig. 2.2). Ce site a été choisi, à titre d'exemple-type des lithologies et des
structures associées à la faille St-Joseph, pour son accessibilité et la qualité d'exposition des
structures.
80km, ayant été historiquement interprétée comme une importante faille inverse par St-Julien
(1987) et St-Julien et Slivitzky (1985). Le feuillet de Pennington est composé de deux
segments d'orientation distincte, une branche NO-SE affectée par les structures régionales D 3
et D4 , tronquée par la faille St-Joseph dont la trace est soulignée par la branche NE-SO de ce
feuillet.
Dans la région de Thetford Mines, la faille St-Joseph sépare des roches de grade
métamorphique différent, soit une série de roches sédimentaires appartenant aux groupes de
Caldwell et de Rosaire au SE (dans le toit) et une séquence de roches métamorphiques
incluses dans les Schistes de Bennett au NO (dans le mur) (Tremblay et Pinet, 1994). Il est à
noter que les roches sédimentaires du toit occupent le flanc inverse d'un grand pli couché (St-
Julien, 1987), attribué par Tremblay et Pinet (1994) à la déformation rétrochevauchante D 3 .
Structuralement, les écailles de serpentinite soulignant la faille St-Joseph sont donc situées
dans la LBB et le Complexe ophiolitique de Thetford Mines .
Dans la carrière du rang IX, la faille St-Joseph est soulignée par une zone de serpentinite
cisaillée exposé sur le mur nord de la carrière et possédant une orientation NE-SO et un
pendage d' environ 75° vers le SE (fig. 2.6). De part et d 'autre de la serpentinite affleurent:
(1) dans le toit, des quartzites en alternance avec des schistes noirs à séricite et des schistes à
chlorite-albite-séricite alternant avec des bancs de grès verdâtres, et (2), dans le mur, des
micaschistes, des schistes à chlorite, et des quartzites. Ces roches sont porteuses de 3
générations distinctes de fabriques ; soit, une schistosité S 1 affectée par des plis intrafoliaux,
une schistosité S2 de plan axial orientée NO-SE et modérément inclinée (environ 35°) vers le
NE, ces deux fabriques (S 1 et S2) étant reprises par une schistosité S3 dont 1' orientation
générale est vers le NE avec un pendage fort (ca. 80°) vers le SE.
(30 à 50°). Au SE de la coupe structurale X-X ' (fig. 2.6C) on constate qu'elles sont recoupées
par une deuxième famille de structures correspondant à des failles normales orientée NNE
fortement inclinées d'environ 70°. Localement, ces deux familles de failles orientée vers le
NE sont recoupées par une troisième génération de failles avec un pendage d'environ 30° vers
le NO. Des plis P2, déversés vers le SE, sont associés à la schistosité de plan axial (S2)
orientée N290/30°N. Ces plis P2 sont découpés par les diverses familles de failles . La
schistosité S3, dont l'orientation varie de N045/70°SE à N025/70°SE est présente tout au
long de la section. La faille St-Joseph est constituée d'une multitude de plans de failles,
exposant fréquemment des surfaces de faille portant de nombreuses stries . Sur le miroir de
faille exposé sur la paroi nord de la carrière (fig. 2.6 B et C), des cannelures et des stries
soulignent un mouvement principal aval-pendage. Sur ce même miroir de faille, d'autres
stries de diverses générations sont soulignées par le développement de fibres de serpentine,
avec une première génération de stries dont l' angle de chute varie de 70 à 85 ° vers le SO
(2.6A), et une seconde plongeant à environ 50° vers le NE (2.6A). La présence d'un
mouvement avec une composante principale en jeu normal qui précède un mouvement où la
composante décrochante est plus importante est cohérent avec ce qui est observé dans la
région d'Asbestos (voir ci-dessus) .
36
Schistes de Bennett
D schistes à chlorite
Faille décrochante
sénestre
®
Schistosité S2
Faciès de Rosaire
D quartzite , schistes à séricite
Faciès de Caldwell
0 Schistes à chlorite-albite-séricite,
grés verts ère
1 génération
Cambre-Ordovicien • de stries (n=55)
1.~:. 1 Serpentinite
~ Dunite ± serpentinisée o 2ème génération
de stries (n=6)
®
~
N
Faille {
Saint-Joseph
200 m
©
x X'
~--~~~~~~~~~~~~
20m
37
Caractérisation microstructurale.
Les lames minces examinées (fig. 2.7) sont des échantillons de grès et de métagrès
recueillis sur une distance d' environ 4.5 km perpendiculairement à la trace de la faille St-
Joseph, dans son mur et dans son toit, ainsi qu'un échantillon de serppentinite cisaillée relevé
au cœur de la zone de faille. en effet, les échantillons #1, 2 et 3 (fig. 2.7) sont des roches du
toit de la faille affleurant entre 1500 mètres à 500 mètres de la faille (l'échantillon #1 étant le
plus éloigné, et le #3 le plus proche du tracé de la faille St-Joseph), l'échantillon #4 (fig. 2.7)
provient d'un secteur situé dans la carrière du rang IX, approximativement au cœur de la
zone de faille , et l'échantillon #5 (fig. 2.7)a été prélevé dans l'horizon de serpentinite cisaillé,
alors que les échantillons #6 et 7 (fig. 2.7) proviennent du mur de la faille, respectivement à
une distance d'environ 2000 et 3000 mètres (fig. 2.9 pour localisation). L'intensité de la
déformation et de la recristallisation au sein de ces roches varie évidemment selon la distance
par rapport à la faille. Deux principaux types de mécanismes de déformation et de
recristallisation dynamique sont observables dans les roches du toit. Ce sont, selon la
nomenclature de Passchier et Trouw (2005), et en ordre croissant d' intensité de déformation,
(1) le bombement (bulging) de frontières de grains ou recristallisation secondaire (Nicolas,
1989), un processus de recristallisation de basse température où la migration des frontières de
grain n'est que locale et se traduit par la formation de petits cristaux avec une haute densité
de dislocation, formant ainsi des néo-grains de petite taille en bordure des grains primaires.
38
w
en
0
z
40
L'échantillon #1 (fig. 2.7), provenant du toit, a été prélevé à environ 1.5 km de la trace
de la faille St-Joseph. Il s'agit d'un grès montrant une texture détritique bien préservée, avec
une extinction roulante visible dans la plupart des grains de quartz et une légère
recristallisation de la matrice par bombement des frontières de grains. Cette roche est
constituée d'environ 70% de particules de quartz, de forme ovoïde et légèrement aplaties,
d'un diamètre moyen de 2 mm, et de quelques feldspaths baignant dans environ 30% de
matrice microgrenue à quartz ± carbonates. La schistosité y est peu développée et soulignée
par de fins cristaux de séricite. L'échantillon #2, prélevé à environ 1000 mètres de la faille,
montre une schistosité bien marquée par l'aplatissement des grains de quartz et par la
présence de cristaux bien alignés de séricite dans la matrice (fig. 2.7). Une texture détritique
primaire est cependant toujours nettement visible dans cet échantillon, bien qu'on y observe
un taux significatif de recristallisation par rotation de sous-grains, ainsi que le début de la
formation de joints de sous-grains au sein des particules de quartz. La proportion de matrice
microcristalline a nettement augmenté et la taille des grains a diminué par rapport à
l'échantillon # 1. L'échantillon #3 (fig. 2.7), recueilli approximativement à 500 mètres de la
faille St-Joseph, dans le toit, présente des textures de recristallisation beaucoup mieux
développées et montre un stade avancé de rotation de sous-grains soulignée, d'une part, par
des frontières intergranulaires irrégulières, des joints de sous-grains et des grains néoformés
très nets, et d'autre part, par une augmentation de la proportion de matrice fine due à la
recristallisation complète de certains grains. Le développement de la schistosité mylonitique
est souligné par d'abondantes laminations riches en micas blancs, le développement d'un
rubanement compositionnel et la présence d'une texture porphyroclastique marquée par des
grains sigmoïdales de quartz. L'échantillon #4 (fig. 2.7), provenant d'un corridor de
déformation soulignant la faille St-Joseph au sein de la carrière, montre une texture
mylonitique caractérisée par environ 15% de porphyroclastes de quartz et de plagioclase
41
baignant dans une matrice fine de chlorite, hématite, micas blancs et épidote. Les grains de
quartz et de plagioclase montrent de nombreuses caractéristiques microstructurales typiques
d'une déformation plastique telles que de la recristallisation de chlorite dans les zones
abritées, de l'extinction ondulante et une texture porphyroclastique de cristaux de quartz
totalement recristallisées avec disparition complète de la texture détritique. La schistosité est
très pénétrative et soulignée par des bandes de micas blancs. L'échantillon #5 (fig. 2.7)
provient d'une écaille de serpentinite cisaillée situées au cœur de la faille St-Joseph ; une
texture C/S soulignée par la présence de plans de cisaillement (C) et d'aplatissement (S) y est
nettement développée.
Cette série d'échantillon provenant du toit de la faille St-Joseph montre donc qu 'en s'en
rapprochant, on observe une diminution progressive de la taille des grains, attribuable à la
formation de sous-grains et de grains néoformés par recristallisation dynamique des grains
détritiques primaires. La matrice fine de ces échantillons apparaît aussi de plus en plus
fortement recristallisée et abondante à l'approche de la faille, avec une perte graduelle de la
texture détritique et une nette tendance à l'homogénéisation de la taille des grains.
@ Cisaillement pure
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f ,' _;-,
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/-
l .
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AF r._~,~;-,"~
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43
Dans la méthode des intercepts, la forme moyenne des grains est calculée en considérant
leur orientation initiale. Par exemple, dans le cas d'une déformation en cisaillement simple,
les grains vont avoir tendance à se paralléliser (Passchier, 1997), alors l'analyse de la
distribution de leurs grands axes d'élongation permettra d'obtenir une rosace représentant la
forme moyenne seule des grains, soit, une ellipse possédant une orientation préférentielle
(fig. 2.8A). Par contre, dans le cas d'une déformation en cisaillement pur, les grains auront
plutôt tendance à posséder une orientation aléatoire, avec une distribution de leurs grands
axes de déformation de type hyperbolique (Passchier, 1991 , 1997), la forme moyenne
obtenue sera alors un cercle (fig. 2.8B). Dans tous les autres cas de figures, il s' agira d' une
combinaison de la forme moyenne des grains et de leur orientation préférentielle.
44
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R=1 ,638
Il existe une condition sine qua none afin que la forme moyenne déterminée par la
méthode des intercepts corresponde à l'ellipsoïde de la déformation finie ; que les grains
initiaux etJou leur distribution initiale impliquent un comportement rhéologique isotrope
selon lequel les propriétés de déformation seront identiques quelle que soit l'orientation et
l'intensité des contraintes d'aplatissement. Si l'on postule que les roches échantillonnées dans
le toit de la faille St-Joseph proviennent d'une même lithologie, et que l'échantillon #1
45
représente le stade initial de déformation, tel que suggéré par une texture détritique bien
préservée et la forme quasi-circulaire des grains de cette roche (Fig. 2.9, échantillon #1) qui
possède une valeur de R (voir ci-dessous) proche de l'unité, donc l'hypothèse d'un
comportement rhéologique initial isotrope des grains est validée.
La méthode des intercepts a été appliquée aux échantillons de roche recueillis de part et
d'autre de la faille St-Joseph. Les résultats sont présentés sur la figure 2.9. Sur cette figure, le
paramètre R représente le ratio entre le grand axe (a) et le petit axe (b) de 1' ellipsoïde de la
déformation finie et peut être utilisé pour quantifier l'aplatissement des grains. Les résultats
(fig. 2.9) montrent que les ellipsoïdes de la déformation finie déterminées par cette méthode
sont plus aplatis dans les roches du mur que dans celles du toit. Cela est attribuable au fait
que, en comparaison avec les roches du toit qui proviennent d'un niveau structural plus élevé,
les roches du mur ont enregistré un métamorphisme plus élevé et une déformation régionale
plus intense. Par contre, les échantillons du toit permettent d'isoler clairement l' influence de
la faille St-Joseph. Ainsi, l'échantillon #1 livre un ellipsoïde de la déformation finie
pratiquement circulaire (Fig. 2.9), avec une valeur R = 1,16, alors que l'échantillon #2, situé
plus près de la faille, et qui est donc plus déformé (voir ci-dessus), livre une valeur R de
1,638 et montre un aplatissement marqué de l'ellipsoïde de la déformation fini e, attribuable à
la proximité de la faille St-Joseph. Les échantillons #6 et 7, situés dans le mur de la faille et
caractérisés par une forte recristallisation métamorphique (voir ci-dessus), livrent quant à eux
des ellipsoïdes de la déformation finie très allongés, avec une valeur R 2: à 5.5 (R=5.971 pour
l'échantillon #7 et R=5.755 pour l'échantillon #6).
Selon Launeau et al. (2010), pour un coefficient de cisaillement d'ordre 4, R devient très
élevé (::::; 17) lorsqu ' on a une déformation en cisaillement simple, et tend vers des valeurs de 1
lorsqu'on a une déformation en cisaillement pur. Bien que les variations de R ne soient pas
aussi importantes dans nos échantillons, on observe tout de même une augmentation de la
valeur de R à 1' approche de la faille, notamment pour échantillons prélevés dans le toit de la
faille, une variation cohérente avec une augmentation de la composante en cisaillement
simple en se rapprochant de la faille.
46
En guise de sommaire, il semble donc que, dans les roches du toit de la faille St-
Joseph, il y a une augmentation graduelle de l'intensité de la foliation et une diminution de la
taille des grains à l'approche de la faille. Bien que cette variation de la taille des grains puisse
être, en partie, d'origine primaire, elle est aussi clairement associée à une destruction
graduelle de la texture détritique et une augmentation de l'abondance de séricite dans la
fraction fine, le développement de textures porphyroclastiques (fig. 2.7, éch. #3) et
l'apparition d'ombres de pression et, finalement, par la mylonitisation des roches au cœur de
la zone de faille (fig. 2.7, éch. #4). Les textures détritiques des roches du toit contrastent
fortement avec les textures de recristallisation métamorphique primaires qui sont dominantes
dans les échantillons du mur (fig. 2.7, éch. #6 et 7). Régionalement, l'importance
volumétrique de la déformation en cisaillement simple associée à la faille St-Joseph demeure
cependant relativement discrète (i.e., quelques centaines de mètres) par rapport à
l'importance de l'extension géographique de sa trace (i.e., plusieurs dizaines, sinon centaines
de km; voir ci-dessous). Les différences structurales et microstructurales entre les
échantillons du mur et du toit de la faille (fig. 2.9) sont essentiellement le résultat de la
juxtaposition de niveaux métamorphiques contrastés impliquant un rejet net probable de
plusieurs kilomètres le long de cette importante structure régionale (voir ci-dessous).
2.4 Discussion
La ligne Baie Verte-Brompton (LBB) et la faille St-Joseph sont toutes deux orientées
NE-SO et présentent un pendage d'environ 60°-70° vers le SE. Ces failles sont chacune
soulignées par des écailles de serpentinite altérées et cisaillées et mettent en contact divers
types de roches métamorphiques dans leur mur, et des roches sédimentaires et/ou ignées
mafiques à ultra-mafiques dans leur toit. Des bandes de cisaillement dans les écailles de
serpentinite ainsi que des gradins d' arrachement et des stries sur les miroirs de failles sont
généralement très bien développées. L' ensemble des critères cinématiques observés sur le
terrain indiquent un mouvement principal de la faille en jeu normal, bien qu ' il ne faille pas
négliger la présence de mouvements décrochants, soulignés par la présence de stries
subhorizontales ou faiblement plongeantes sur certains miroirs de faille. Des variations
significatives dans l'épaisseur des zones de cisaillement associées à ces structures sont
localement observables, à l' image de l' aspect cartographique de ces failles à l'échelle
47
régionale (i.e. fig. 2.2). Précisons que la LBB n'est pas ici considérée comme une réelle
suture entre la marge laurentienne et 1'océan lapetus, mais plutôt comme la trace apparente
(de surface) et remaniée de cette interface continent-océan. La LBB ne représente donc pas
une faille de chevauchement issue de l'orogenèse Taconienne tel que proposé initialement
par St-Julien et Slivitzky (1985) et Slivitzky et St-Julien (1987) mais plutôt une faille
normale tardi-Taconienne, au même titre que la faille St-Joseph (i.e. voir les contraintes
d'âge ci-dessous).
Dans les Appalaches du sud du Québec, les relations de terrain permettant de contraindre
précisément l'âge de la structure composite LBB-FSJ ne sont pas abondantes, les deux
structures recoupant des séries lithologiques appartenant au Cambrien et/ou à l'Ordovicien.
Les travaux de cartographie de Cousineau (1990) en Beauce suggèrent, par contre, que la
LBB est recouverte par la formation de Crambourne du Silurien supérieur (Pridoli),
impliquant ainsi que cette faille, qui correspond d'ailleurs à un rétrochevauchement dans
cette région (cf de Souza et Tremblay, 2010), serait d 'âge pré-Silurien tardif dans ce secteur.
Plusieurs observations de terrain indiquent d'ailleurs que la LBB-FSJ est tardive ou
postérieure aux structures rétrochevauchantes des Appalaches du sud du Québec : ces failles
recoupent des lentilles de serpentinite affectées par des plis à vergence SE (issus de la
déformation D3 régionale) dans le mur de la LBB-FSJ à la mine Jeffrey et de la FSJ dans la
carrière du rang IX. A la mine Jeffrey, le pli qui affecte les serpentinites du mur, ainsi que les
roches métamorphiques de la semelle infra-ophiolitique est clairement recoupé par la faille
normale qui doit donc être postérieure ou tardive par rapport à cette structure
rétrochevauchante (D3). Dans la carrière du rang IX, les plis couchés observés dans la zone
de déformation soulignant la faille St-Joseph (fig. 2.6) sont corrélatifs d'un grand pli couché
attribué à la phase D3 par Tremblay et Pinet (1994), décrit par St-Julien, 1987) dans les
roches sédimentaires des groupes de Rosaire et de Caldwell affleurant dans le toit de la faille
St-Joseph. Enfin, dans la région du Bas-Saint-Laurent, près de la municipalité de Cabano,
Tremblay et Perrot (2013) ont récemment reconnu la faille St-Joseph. La géologie régionale
indique qu'elle y est recoupée par une faille inverse tributaire de l'orogenèse Acadienne (la
48
\
MUR \
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.b. D Castonguay et al. 2001
.b. D Castonguay, Ruffet et Tremblay 2007
.b. D Castonguay et al. 2011
... • Tremblay et al. 2011
50
Figure 2.10 Compilation des âges 40Ar/39Ar mesurés dans les roches du mur et du toit de la
faille St-Joseph et de la BBL-FSJ dans le sud du Québec et au Vermont. Données tirées de
Castonguay et al. (2001, 2007, 2011) et de Tremblay et al. (2011).
40
Une compilation des âges ArP9Ar mesurés dans les roches du mur et du toit de la
LBB et de la faille St-Joseph (Castonguay et al., 2001 , 2007, 2011 ;Tremblay et al., 2011 ) est
présentée sur la figure 10. Deux groupes d'âges distincts se distribuent de part et d'autre de la
LBB-FSJ. Des âges métamorphiques ordoviciens (481-445Ma, fig. 2.10) et protérozoïques
hérités ( 1160-960 Ma, fig. 2.1 0) sont confinés aux roches sédimentaires et métasédimentaires
de la marge laurentienne affleurant dans le toit de ces failles. Dans la région de Thetford
Mines, les roches métamorphiques constituent des fenêtres de roches continentales
structuralement situées sous les ophiolites et préservent des âges ordoviciens (ca. 473-445
Ma, fig. 2.10, Castonguay et al., 2001) qui sont interprétés comme le résultat d' un
métamorphisme régional pénécontemporain de l'épaississement de la croûte laurentienne et
de la propagation vers le NO de nappes de roches continentales et océaniques durant
l' orogenèse Taconienne (Castonguay et al., 1997, 2001 ; Tremblay et Castonguay, 2002 ;
Tremblay et al., 2011). Localement, la présence de muscovites détritiques préservant des âges
grenvilliens hérités (Castonguay et al. , 2001, 2007) ont été interprétés comme le résultat d'un
affaissement du prisme orogénique taconien et de la juxtaposition structurale de niveaux
crus taux distincts de part et d'autre des failles normales, avec des roches sédimentaires de la
zone de Humber externe de faible grade métamorphique (voir Castonguay et al., 2003) dans
le toit où des âges hérités sont préservés, (Castonguay et al., 2001, 2007).
200-300°C et de 0.05-0.15 GPa. En effet, selon Spear et Cheney (1989) et Spear et al. (1999),
un gradient métamorphique aux P et T moyennes, associé au métamorphisme barrovien
permet d'extrapoler que les roches du mur ont été enfouies sous des conditions P-T de 1'ordre
de ca 0.50 à0.55 GPa et de 400 à 500°C, alors que les conditions P-T maximales enregistrées
par les roches du toit auraient été de 200 oc et ca. 0.4 à 0.45 GPa, en excluant toujours,
évidemment, les roches métamorphiques de la semelle infra-ophiolitique. Ces dernières
valeurs P-T correspondent à un enfouissement inférieur à 15 km pour les roches du toit de la
LLB-FSJ, ce qui est cohérent avec le caractère fragile-ductile des structures soulignant ces
failles. Si 1'on postule une augmentation de pression proportionnelle à la profondeur avec un
ratio de 0.3 GPa par km (Winter, 2001), et un mouvement de faille essentiellement vertical
(sans composante significative en décrochement), la comparaison des données P-T des roches
du mur et du toit suggèrent un rejet net de l'ordre de 2 à 4 km.
Une estimation précise du rejet net de la LBB-FSJ est évidemment une tâche difficile.
L'ordre de grandeur du rejet proposé ci-dessus (2-4 km) est cependant en accord avec une
valeur de 4km documentée en sismique dans la région de la Matapédia (Pinet, 2013). De plus
Il est cohérent avec celui proposé pour la «Burgess Branch Fault Zone», une structure
corrélative du nord du Vermont (Tremblay et Pinet, 2005 ; voir ci-dessous) qui possèderait un
rejet minimal de l'ordre de 3.5-4 km (selon la coupe structurale proposée par Ratcliffe et al.,
2011 ; fig. 2.11). Etant donné que l'on ne peut cependant exclure une possible inversion de
ces failles durant l'orogenèse Acadienne dans le sud du Québec et au Vermont, ces
estimations de rejet sont des valeurs minimales. Au Maine, les roches siluriennes du Groupe
de Fivemile Brook recouvrent le membre supérieur des roches ordoviciennes de la Formation
de Depot Mountain (Roy, 1989). Si l'on considère ce contact comme représentant un niveau
repère, alors il indique un rejet minimal de la faille St-Joseph de 1.5 km au nord du Maine
(d'après la coupe structurale de Osberg et al.,l985) ..
produit de l'inversion d'une faille de chevauchement (fig. 2.11). Comme au Québec, cette
faille sépare des lithologies caractérisées par un métamorphisme et une déformation
contrastés. En effet, à l'ouest, les roches de l'anticlinorium des Green Mountains qui
composent le mur de la BBFZ sont constituées de schistes ultra-mafiques à mafiques
appartenant à la Formation de Hazen Notch, une unité corrélative des schistes de Bennett
dans le sud du Québec (fig. 2.11). À l'est de la BBFZ, dans le toit, affleurent des roches de
plus faible grade incluses dans les écailles de Hyde Park et de Mount Norris Jntrusive Suite
(Kim et al., 1999 ; Lamon et Doolan, 2001 ). Les roches du Hyde Park sont constituées de
schistes à chlorite-albite-séricite et de phyllades appartenant à la Formation de Stowe, et de
phyllades noires interstratifiées de quartzites sombres et de calcaires appartenant à la
Formation d'Ottauquechee, une unité corrélative du Groupe de Rosaire dans le sud du
Québec (fig. 2.11 ). Quant aux roches de la Mount Nor ris Intrus ive Suite, elles consistent en
des roches intrusives gabbroïques. Elles pourraient alors être considérées comme les
équivalents intrusifs des basaltes du groupe de Bolton retrouvés dans le Sud du Québec, au
sein de la Formation de Saint-Daniel (fig. 2.11). La BBFZ est considérée comme une
structure ayant joué dès la fin de l'orogenèse taconienne et ayant été réactivée durant
l'orogenèse acadienne (Kim et al., 1999). Dans le sud du Vermont, le tracé de cette faille
devient incertain ; elle semble converger vers un certain nombre de failles dont la
cinématique et l'âge ne sont pas clairement documentés (Kim et al., 1999; Ratcliffe et al.,
2011). Les caractéristiques structurales de la BBFZ dans le Vermont, au moins dans sa partie
nord, suggèrent donc que la phase d'extension silurienne documentée dans le sud du Québec
a aussi affecté les Appalaches de la Nouvelle-Angleterre, bien que la superposition d'un
métamorphisme et d'une déformation acadienne plus intense dans le sud du Vermont et au
Massachussetts a probablement oblitéré/effacé la majeure partie des marqueurs structuraux
de ces failles normales sur le terrain.
54
®
y-- Faille inverse
- - - Faille normale
Discordances:
- ·- ·- C
--- B
ROCHES OCEANIQUES
-ZONE DE DUNNAGE
GROUPE DE MAGOG
D Formations de Beauœville
et St-Victor
45°15'
MÉLANGE ST-DANIEL - FORMATION
DECRAM HILL
D Ard oise noire et verte, phyllade, quartzite
et conglomerat
GROUPE DE BOLTON - VOLCANITES
DE COBURN HILL
c:::J Basaltes en coussins. grabbro et diabase
2
0
-2
-4
@ Burgess Branch Fault Zone
(km) (SJF-BBL) LGF
4 ® 1
2
0
-2
-4
55
Figure 2.11 A. Carte géologique de la région du lac Memphrémagog, sud du Québec et nord
du Vermont montrant les corrélations probables d'unités lihtologiques et de structures. BBFZ
- Burgess Branch Fault Zone ; LBB-FSJ - Ligne Baie Verte-Brompton-faille St-Joseph ;
FRM - Faille de la rivière Magog ; RMC - Richardson Memorial Contact ; ZFLM - Zone de
faille du lac Massawippi. (tirée de De Souza, 2012). B. Coupe structurale Y-Y' des roches du
toit de la LBB-FSJ dans la région du Mont Orford (tirée de Schroetter et al. 2005). C. Coupe
structurale Z-Z' du nord du Vermont dans les roches du toit de la BBFZ (modifiée
de Ratcliffe et al., 2011).
Jusqu'à maintenant, la faille St-Joseph a été reconnue depuis la région de Thetford Mines au
SO jusqu'à la rivière Chaudière au NE (Pinet et al. , 1996). Si l'on postule, comme l'indique
les données de terrain en Beauce et les cartes géologiques existantes, que cette faille suit le
contact entre les roches métamorphiques de la zone de Humber interne (Schistes de Bennett
et unités corrélatives) dans son mur et celles des groupes de Caldwell et/ou de Rosaire dans
son toit, elle peut être étendue depuis la Beauce jusqu'à la frontière Québec-Maine au NE .
Or, selon Osberg et al. (1985), cette même faille soulignerait le contact entre des roches
appartenant à la Formation de Saint-Daniel (nomenclature selon Osberg et al., 1985) dans le
mur, et celles de la Formation de Depot Mountain dans le toit. La compilation d'Osberg et al.
(1985) décrit cependant laFormation de Saint-Daniel comme étant constitué de phyllades
56
n01res et de quartzite, une description qui s'apparente plutôt aux roches du Groupe de
Rosaire, qui constitue d'ailleurs le mur de la faille St-Joseph dans la région du Bas-Saint-
Laurent (fig. 2.12 ; voir ci-dessous). Selon cette description lithologique, nous suggérons que
cette attribution à la Formation de Saint-Daniel par Osberg et al. (1985) est erronée et que ces
roches sont plutôt des unités métamorphiques du Rosaire de la zone de Humber interne.
Silurien à Dévonien
Groupe de Chaleur !
N
D Formation de Témiscouata
D Formation de Lac Croche
D Formation de SI-Léon
D Formation de Sayabec
D Formation de Robitaille
• Membre de la Résurection
~-~~-~Discordance
Ordovicien à Silurien
•
D
Formation de
Pointe-aux-trembles
Groupe de Cabano
Cambrien à
Ordovicien
Supergroupe de Québec
D Groupe de Trinité
D Groupe de Rosaire
Cambrien
:',/Î//
:
i '!
Groupe de Saint Roch /
D Formation de l'Orignal / '
/
/
Fa ille inverse/chevauchement
Faille norm ale
D Groupe de Saint-Roch / Faille
D Groupe de Caldwell / Discordance
0 5km
L-...J
Figure 2.12 Carte géologique montrant la trace de la faille St-Joseph dans la région du
Bas-Saint-Laurent. FSJ- Faille St-Joseph ; FLT-PLB- Faille du Lac Témiscouata-Petit Lac
Biencourt. Modifiée de Tremblay et Perrot (2013).
57
Encore plus au NE, dans la péninsule gaspésienne, la trace de la LBB a été interprétée
comme passant au sud des Monts Chics-Chocs (Williams et St-Julien, 1982) sous la
couverture sédimentaire silurienne-dévonienne de la ceinture de Gaspé. Malo et al. ( 1992)
ont repris ce tracé en intégrant des données gravimétrique et aéra-magnétique en plus de la
géologie. Ils suggèrent que la LBB suit la marge sud des roches cambro-ordoviciennes du
nord de la Gaspésie, connue alors sous le nom de la faille de Shickshock-Sud, et serait, à
l'extrérrùté NE de la péninsule, décalée par des failles de décrochement acadiennes (Malo et
al. 1992). La faille de Shickshock-Sud est considérée comme une structure post-Taconienne
(Sacks et al. 2004 ; Pincivy et al. , 2003) ayant été active durant le début de la sédimentation
des roches de la fosse de Connecticut Valley-Gaspé, et ayant aussi enregistré des
mouvements tardi-acadiens dextres (Malo et al, 1992). Au Québec, la LBB s'étendrait donc
possiblement sur une distance de plus de 700 km, et formeraient un important système de
failles normales anastomosées depuis la région du Mont-Orford jusque dans les monts Chics-
Chocs en Gaspésie.
58
® @
Mirroir
de faille)
--- --
LAC
D Caldwell
D Rosaire
{;:{ Miroir de faille / Stratification
...,.- Faille normale r Schistosité • 1ere génération de stries (n=12)
Figure 2.13 A. Carte géologique d'une carrière à l'ouest de Cabano traversée par la faille
St-Joseph. FSJ- Faille St-Joseph. B. Projection stéréographique des stries de faille mesurées
sur le miroir de faille situé à l'ouest de la carrière. C. Photographie des stries de failles
correspondante avec : (1) désigne la première génération de stries et (2) désigne la génération
postérieure. D. Panorama de la carrière exposant la faille St-Joseph. Voir figure 2.12 pour la
localisation et le texte pour la discussion.
59
Pour les Appalaches du sud du Québec, deux modèles ont été proposés pour
expliquer la présence de structures d'extension sur le flanc est de la zone de Humber (Pinet et
al. , 1996): (1) un modèle d'extension crustale syn-orogénique dans lequel l' imbrication du
socle grenvillien entraîne la formation de structures rétrochevauchantes dirigées vers le SE
centrées sur la faille de Bennett, et de failles normales synchrones de ces
rétrochevauchements, (2) un modèle d'extension crustale post-orogénique où la faille St-
Joseph et la LBB sont des failles normales synthétiques l'une de l'autre recoupant les
structures génétiquement reliées à la faille de Bennett, et donc postérieures à celles-ci. Les
deux modèles permettent d'expliquer la présence de structures d'extension dans les niveaux
supérieurs de la croûte laurentienne, la juxtaposition d' unités rocheuses provenant de niveaux
métamorphiques différents de part et d'autre des failles normales, et l'exhumation des roches
de l'anticlinorium des Monts Sutton-Notre-Dame par écaillage tectonique du socle pendant la
compression pour le premier modèle, ou par la surrection progressive du mur des failles
majeures durant l'extension pour le second. Ils fournissent aussi les mécanismes tectoniques
d'âges compatibles avec le début de la sédimentation au sein de la fosse de Connecticut
Valley-Gaspé durant le Ludlovien-Pridolien. Enfin, les deux modèles impliquent une
diminution progressive de la contrainte compressive suite à l'orogenèse Taconienne (modèle
de raccourcissement crustal), si ce n'est une inversion complète du champ de contraintes
(modèle d'extension crustale).
Selon Wheeler et Butler (1994), les critères diagnostiques pour différencier les
phénomènes d' extension syn- et post-orogénique dans les zones internes des ceintures
orogéniques, sont à considérer avec précaution, notamment dans les contextes de
déformations polyphasées. Les indicateurs structuraux peuvent être obscurcis par l'inclinaison
de plans de cisaillements, et la juxtaposition de roches métamorphiques de haut grade et de
bas grade n'y est pas nécessairement liée à des failles normales et peuvent être le résultat
d'événements tectoniques antérieurs. De plus, la distribution des âges radiochronologiques et
les données thermo-barométriques ne permettent que difficilement de distinguer de tels
événements (Wheeler et Butler, 1994).
-----·----------- --~ ----------------------------------,
60
NO SE D Roches sédimentaires
de la Ceinture de Gaspé
@ Ordovicien moyen à tardif 440Ma D Roches sédimentaires
de la zone de Dmmage
• Ophiolites et unités
associées
D Zone de Humber interne
D Zone de Humber externe
D Basses TeJTes du
St-Laurent
@ Silurien 430-420Ma D Socle grenvillien
........
@ Silurien tardif à Dévonien précoce <423Ma
LBB-FSJ
Nous proposons donc ici un modèle d'extension post-orogénique, illustré sur la figure
2.14, qui s'amorce durant les stades tardifs de l'orogenèse Taconienne. La mise en place des
séries ophiolitiques et des nappes de chevauchement de la zone de Humber vers le NO, qui se
produit durant l'Ordovicien moyen et tardif (fig. 2.14 A, 471-440 Ma, Tremblay et
Castonguay, 2002; Sassseville et al. 2008; Tremblay, Ruffet et Bédard, 2011), est suivie par
un épisode de rétrochevauchement (D3) dirigé vers le SE (fig. 2.14 B). Cette déformation
rétrochevauchante (ca. 430 à ca. 420 Ma) est pénécontemporaine de l' orogenèse Salinienne et
62
dans la partie québécoise des Appalaches du Nord. Cette phase serait associée à la formation
d'importants bassins sédimentaires au Silurien et au Dévonien bordés au NO (coordonnées
actuelles) par la faille St-Joseph et la ligne Baie Verte-Brampton.
2.5 Conclusion
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Les objectifs prerruers de ce projet d'étude ont été d'identifier et de préciser les
caractéristiques structurales, la localisation et l'étendue de la faille St-Joseph et de la ligne
Baie Verte-Brompton dans le sud du Québec, afin de discuter de l'implication de ces
structures dans l'évolution structurale et tectonique de la marge laurentienne durant le
Paléozoïque inférieur et moyen.
Le premier modèle de Pinet et al. (1996) était un modèle d'extension crustale syn-
orogénique où l'imbrication du socle grenvillien entraînait la formation de structures
rétrochevauchantes dirigées vers le SE centrées sur la faille Bennett, et de failles normales
synchrones de ces rétrochevauchements. Mais les hypothèses d'un possible lien génétique
entre la faille de Bennett et les structures extensives n'ont pu être mises en évidence. Au
contraire, les observations de terrain ont montré que ces structures d'extension recoupent les
structures associées à l'épisode taconien de rétrochevauchement (Tremblay et Pinet,1994),
65
notamment les plis couchés du feuillet de Pennington (St-Julien, 1987), permettant de statuer
sur leur postériorité.
Le deuxième modèle de Pinet et al. (1996), est plus cohérent avec ces observations avec
une extension crustale post-orogénique, où la faille St-Joseph et la LBB sont des failles
normales synthétiques l'une de l'autre et recoupent les structures génétiquement reliées à la
faille de Bennett, et donc postérieures à celles-ci. De plus, comme l'ont précisé Tremblay et
Pinet (2005), ce dernier modèle est plus favorable à la formation de bassins sédimentaires
d'échelle lithosphérique tels que la fosse de Connecticut Valley-Gaspé.
De plus, dans le Sud du Québec, la faille de La Guadeloupe a été définie par Tremblay et
al. (2000) comme une faille normale réactivée durant 1'orogenèse Acadienne en faille inverse.
La reconnaissance de marqueurs structuraux d'un jeu normal ancien permettrait de mieux
contraindre ce modèle et de le bonifier.
Enfin, pour étendre le modèle d'une extension post-orogénique au Nord des Appalaches,
il serait intéressant d'essayer de reconnaître la localisation de la faille St-Joseph dans la
région du Bas Saint-Laurent, au NE de Cabano et de considérer la présence de structures
corrélatives à la faille St-Joseph dans les régions du Bas Saint-Laurent et en Gaspésie où la
66
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