Adhésion à INTERPOL : Historique et Procédures
Adhésion à INTERPOL : Historique et Procédures
Résumé
L’article 4 du Statut d’INTERPOL dispose qu’une demande d’adhésion doit émaner d’un « pays », que
le Membre proposé par le pays concerné doit être un « organisme officiel de police dont les fonctions
entrent dans le cadre des activités de l’Organisation », et que la demande doit être présentée par
« l’autorité gouvernementale compétente ». Or, ni le Statut d’INTERPOL ni le Règlement général ne
donnent une définition de ces éléments clés. Par ailleurs, le Statut et la réglementation d’INTERPOL
ne contiennent aucune indication quant à la procédure à adopter à la suite de la réception de la
demande.
Depuis de nombreuses années, les demandes d’adhésion à INTERPOL sont traitées au cas par cas par
le Secrétaire Général et le Comité exécutif en vue de leur inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée
générale de la même façon que les autres programmes de travail et projets.
Les demandes d’adhésion à INTERPOL émanant de pays reconnus comme des États souverains par
un grand nombre d’États n’ont soulevé que peu de questions quant au respect des critères d’adhésion
à INTERPOL énoncés dans l’article 4. Ces demandes ont généralement fait l’objet d’un rapide examen
avant d’obtenir relativement vite un vote d’approbation de l’Assemblée générale.
Inversement, d’autres demandes ont soulevé des questions quant au respect de l’article 4. Dans le
cas des anciennes Antilles néerlandaises, par exemple, les demandes émanant de trois pays
autonomes mais non souverains n’ont suscité aucune controverse parmi les Membres d’INTERPOL,
et ont donc été rapidement approuvées. Dans d’autres cas, principalement en ce qui concerne les
pays nés de l’éclatement de l’URSS et de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, le statut
de l’entité n’était pas clair ou sujet à controverse, y compris parmi les Membres d’INTERPOL. Dans ce
type de situation, le Secrétariat général et le Comité exécutif ont œuvré de manière à préserver
l’indépendance d’INTERPOL en tant que réseau de coopération policière dont les décisions en matière
d’adhésion ne sont pas tributaires des actes d’autres organisations internationales ou États.
Néanmoins, ces dernières années, INTERPOL a eu davantage tendance à se référer, s’agissant d’un
pays donné, à son statut international tel que déterminé par les Nations Unies.
Il convient de souligner, en toile de fond du processus d’adhésion à INTERPOL, les efforts déployés
au sein de l’Organisation pour donner au terme « pays » figurant dans l’article 4 le sens d’« État
souverain ». Ces efforts ont été motivés par la crainte de certains Membres qu’INTERPOL ne soit pas
considéré comme une organisation intergouvernementale à part entière en raison du fait que
certains de ses Membres ne seraient pas des États. Il est important d’avoir connaissance des
discussions et des débats auxquels ces préoccupations ont donné lieu pour bien comprendre les
questions qui se sont posées depuis 1956 dans le cadre du processus d’acceptation des nouveaux
Membres.
Introduction
Ce document traite dans sa première partie des procédures et pratiques suivies en matière de
demandes d’adhésion à INTERPOL. Le propos est illustré par l’analyse de différentes demandes. La
seconde partie traite des efforts déployés par INTERPOL durant plusieurs décennies pour définir les
termes de l’article 4.
L’article 4 du Statut d’INTERPOL définit à la fois les critères à respecter et la procédure à suivre afin
de devenir Membre de l’Organisation. Il dispose ce qui suit :
Les critères définis par l’article 4 peuvent être traduits en trois questions relativement directes.
Première question : la demande émane-t-elle d’un « pays » au sens de l’article 4 ? Deuxième
question : le Membre proposé par un pays est-il un « organisme officiel de police dont les fonctions
entrent dans le cadre des activités de l’Organisation » ? Troisième question : la demande est-elle
présentée par « l’autorité gouvernementale compétente » du pays dont elle émane ? Ni le Statut
d’INTERPOL ni son Règlement général ne contient d’autres dispositions indiquant comment les
éléments clés de ces critères devraient être compris lorsqu’il s’agit de traiter une demande
d’adhésion.
L’article 4 du Statut dispose uniquement que « [l]a demande d’adhésion doit être présentée au
Secrétaire Général… » et que « [l’]adhésion ne deviendra définitive qu’après approbation par
l’Assemblée générale à la majorité des deux tiers. » Le Statut et la réglementation d’INTERPOL ne
contiennent aucune indication quant à la marche à suivre entre la réception de la demande et son
approbation.
Depuis de nombreuses années, INTERPOL suit une pratique déterminée s’agissant de la façon dont
les demandes d’adhésion seront traitées. Cette pratique découle des dispositions du Statut conférant
aux différents organes de l’Organisation certains pouvoirs d’agir en ce qui concerne les affaires
d’INTERPOL. Plus précisément, les demandes d’adhésion sont traitées par le Secrétaire Général et le
Comité exécutif en vue de leur inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de la même façon
1. Une fois la demande reçue par le Secrétaire Général, le Secrétariat général en accuse
réception, puis vérifie qu’elle est complète en gardant à l’esprit les critères énoncés dans le
Statut et la réglementation d’INTERPOL.
2. Le Secrétaire Général informe le Président qu’une demande a été reçue. Les membres du
Comité exécutif et les Membres de l’Organisation sont également informés.
5. S’agissant des demandes qui ont soulevé des questions sensibles ou des cas dans lesquels un
doute a existé sur le point de savoir si la demande était conforme aux critères définis par
INTERPOL, le Comité a parfois demandé un complément d’information au pays ayant
présenté la demande ou à d’autres, ou bien a décidé d’ajourner l’examen de la demande dans
l’attente d’un éclaircissement des circonstances, lorsque celles-ci ont fait naître des
interrogations relatives à la conformité de la demande au Statut ou à la réglementation
d’INTERPOL.
6. Une fois que le Comité exécutif a fini d’examiner la demande, il inscrit celle-ci au projet
d’ordre du jour (provisoire) de l’Assemblée générale2. Le Secrétariat général prépare ensuite
un rapport présentant la demande en question. Ce rapport est communiqué aux Membres
d’INTERPOL au moins 30 jours avant l’ouverture de la session de l’Assemblée générale.3 Si un
Membre soulève une objection quant à une demande, le Secrétaire Général en informe le
Comité exécutif et l’Assemblée générale.
7. Une fois la demande présentée devant elle, l’Assemblée générale peut prendre les
dispositions qu’elle juge appropriées. Dans certains cas, elle décide de reporter le vote relatif
à la demande, ce qui a pour effet de retarder d’au moins un an l’issue de la demande. En cas
de vote, la demande doit être approuvée à la majorité des deux tiers au moins4.
1
Statut, article 22.
2
Statut, article 22(b).
3
Règlement général, article 13.
4
Statut, article 4.
L’ordre du jour provisoire de l’Assemblée générale est élaboré par le Comité exécutif lors de sa
session de juin chaque année, ce qui permet au Secrétariat général de le diffuser aux Membres au
moins 90 jours avant l’ouverture de la session.6 Une fois l’ordre du jour provisoire arrêté et
communiqué aux Membres, des points supplémentaires peuvent y être inscrits dans des
circonstances bien précises.7 En conséquence, les demandes d’adhésion reçues à une date trop
proche de la session de juin du Comité exécutif risquent de ne pas pouvoir être inscrites à l’ordre du
jour de l’Assemblée générale pour cette année-là.
Le Comité exécutif a parfois ajouté une demande d’adhésion à l’ordre du jour provisoire
postérieurement à la préparation et à la diffusion de l’ordre du jour provisoire. Il est arrivé que le
Comité inscrive une demande à l’ordre du jour définitif, qu’il prépare la veille de l’ouverture de la
session de l’Assemblée générale, bien que la demande en question ne fût pas inscrite à l’ordre du
jour provisoire8. En pareil cas, en raison du fait qu’il n’existe pas de règles spécifiques relatives à la
présentation des demandes d’adhésion, le Secrétaire Général informe en règle générale les Membres
au préalable qu’il sera demandé au Comité exécutif d’inscrire la demande à l’ordre du jour définitif.
L’Assemblée générale peut également décider de sa propre initiative « d’ajouter une question
présentant un caractère à la fois urgent et important, à son ordre du jour »9.
La procédure relative à l’ordre du jour est suivie depuis de nombreuses années aux fins du traitement
des demandes d’adhésion, mais l’absence de délais précis à respecter à chaque étape s’ajoutant à
l’important pouvoir discrétionnaire exercé par le Secrétaire Général et le Comité exécutif s’est
traduite pour certaines demandes, par un plus long délai de présentation à l’Assemblée générale en
vue d’un vote10.
5
Règlement intérieur de l’Assemblée générale, article 41(2).
6
Règlement général, article 9 ; Règlement intérieur de l’Assemblée générale, article 10(1).
7
Règlement général, article 11 (demandes émanant de Membres).
8
Règlement général, article 12 ; Règlement intérieur de l’Assemblée générale, article 13(1). En 1980, le Comité
exécutif décida de ne pas inscrire la demande d’adhésion de la Barbade à l’ordre du jour définitif, mais en 1982,
il décida d’y inscrire celle de l’Angola. Les deux demandes avaient été reçues un mois avant l’Assemblée
concernée.
9
Règlement intérieur de l’Assemblée générale, article 13(2). Il semble que l’Assemblée générale n’a ajouté
qu’une seule fois une question à son ordre du jour de sa propre initiative : en 1986, elle a dans un premier
temps voté pour ajouter la demande d’adhésion du Brésil à son ordre du jour, et a ensuite immédiatement
voté l’admission de ce pays en tant que Membre.
10
Voir l’analyse plus détaillée comportant des exemples dans la partie II A.
Depuis 1956, les demandes d’adhésion à INTERPOL sont examinées et approuvées au cas par cas. Le
tableau figurant à l’annexe 1 indique les dates clés ainsi que les demandes ayant donné lieu à un
débat.
Aujourd’hui les Membres d’INTERPOL sont des États souverains à l’exception des quatre pays
constitutifs du Royaume des Pays-Bas, à savoir les Pays-Bas, Aruba, Curaçao et Sint Maarten. Les
demandes d’adhésion émanant de pays reconnus comme États souverains par un grand nombre
d’autres États ont suscité peu de questions ou de doutes quant au respect des critères d’adhésion
définis à l’article 4 du Statut d’INTERPOL. L’État dont émanait la demande était clairement un « pays »
au sens de l’article 4, l’existence d’un organisme de police officiel dont les fonctions entraient dans
le cadre des activités d’INTERPOL ne faisait en général pas de doute, et la compétence de l’autorité
gouvernementale présentant la demande pouvait être aisément vérifiée. En règle générale, le
processus d’admission se déroulait rapidement, ou sans retard excessif, et aboutissait assez
promptement à un vote d’approbation de l’Assemblée générale. L’accroissement régulier et parfois
rapide du nombre des Membres d’INTERPOL témoigne de l’efficacité globale du processus
d’adhésion.
Le processus de traitement des demandes d’adhésion ne soulevant pas de questions significatives n’a
cependant pas toujours strictement suivi les règles régissant la préparation de l’ordre du jour
provisoire de l’Assemblée générale. Par exemple, en 1976, le Comité exécutif décida de ne pas
admettre d’exception au délai à respecter aux fins de l’inscription d’une question à l’ordre du jour de
l’Assemblée et ne soumit pas la demande tardive du Paraguay à la 45ème Assemblée générale qui se
tint à Accra. Le Paraguay n’a, par conséquent, pas pu adhérer à INTERPOL avant l’année suivante et
la 46ème Assemblée générale, à Stockholm11.
Dans d’autres cas, des exceptions furent admises. C’est ainsi qu’en 1982, le Secrétaire Général reçut
la demande d’adhésion de l’Angola un jour après le terme du délai de 30 jours alors en vigueur aux
fins de l’inscription de questions à l’ordre du jour de l’Assemblée. Le Président de l’Assemblée accepta
de considérer, comme le Comité l’y avait invité, que la demande pouvait être examinée malgré sa
réception tardive. Sans voter l’inscription d’un point supplémentaire à l’ordre du jour, l’Assemblée
approuva par un vote la demande présentée par l’Angola12.
Quatre jours avant la séance d’ouverture de la 55ème Assemblée générale qui se tint à Belgrade en
1986, le Brésil adressa un télégramme par lequel il demandait à adhérer de nouveau à INTERPOL
après une absence de plusieurs années. Le Comité exécutif étudia la question de savoir s’il convenait
de reporter à l’année suivante l’inscription de cette question à l’ordre du jour mais décida de
11
Procès-verbal de la réunion du Comité exécutif, 56ème session, Première séance, Accra, 13 octobre 1976,
pages 1 et 2. L’Assemblée générale a néanmoins autorisé le Secrétariat général à commencer à coopérer avec
le Paraguay au cours de l’année d’intervalle.
12
Procès-verbal de la 51ème Assemblée générale, Première séance plénière, 5 octobre 1982, Torremolinos,
51/PV/1, pages 1, 3 et 4.
Plus récemment, le Soudan du Sud bénéficia d’une exception semblable. L’Assemblée générale reçut
la demande d’adhésion de ce pays le 12 octobre 2011, soit 19 jours avant l’ouverture de sa
80ème session qui se tint à Hanoï. Le Secrétariat général élabora un bref rapport en date du 24 octobre,
indiquant que la demande remplissait tous les critères de l’article 4. Le Comité exécutif approuva ce
rapport et le transmit à l’Assemblée générale qui approuva la demande d’adhésion du Soudan du Sud
à une large majorité14.
Aruba
En 1987, Aruba demanda à devenir Membre d’INTERPOL. C’était le premier État non souverain à faire
cette demande depuis l’adoption du Statut de 1956. Jusqu’au 1er janvier 1986, Aruba faisait partie
des Antilles néerlandaises, groupe d’îles constituant une partie du Royaume des Pays-Bas. Les Antilles
néerlandaises possédaient un Bureau central national à Willemstad (Curaçao), et étaient un Membre
à part entière d’INTERPOL, comme les Pays-Bas. Aruba devint un pays autonome au sein du Royaume
des Pays-Bas en 1986, se dota de sa propre force de police officielle ainsi que d’une justice
indépendante, entre autres autorités publiques. Elle conserva des liens étroits avec les Pays-Bas,
notamment illustrés par le fait que son gouverneur était nommé par la Reine des Pays-Bas. Aruba
sollicita son adhésion à INTERPOL en son propre nom, indépendamment des Antilles néerlandaises
et des Pays-Bas. Cette demande fut appuyée sans réserve par le Royaume des Pays-Bas. Lors de la
première séance plénière de la 56ème session de l’Assemblée générale qui se tint à Nice, le
23 novembre 1987, Aruba présenta sa demande d’adhésion, laquelle fut approuvée par 102 voix
pour, 0 contre et 1 abstention15. Le procès-verbal ne fait état d’aucune discussion portant sur la
question de savoir si Aruba était un « pays » au sens de l’article 4.
Îles Cook
En février 1996, le Directeur de la police des Îles Cook interrogea le Secrétaire Général au sujet d’une
éventuelle adhésion à INTERPOL. Ce dernier lui répondit quelques semaines plus tard, par un courrier
en date du 10 avril 1996, indiquant que « seuls les États bénéficiant d’une pleine capacité juridique
[pouvaient] être admis » au sein d’INTERPOL. Le Secrétaire Général indiquait en outre que le statut
constitutionnel des Îles Cook, en particulier le fait que la Nouvelle-Zélande était responsable de leurs
affaires extérieures et que leurs citoyens étaient citoyens de Nouvelle-Zélande, les empêchait de
devenir Membre d’INTERPOL. Le Secrétaire Général suggéra cependant que le Directeur de la police
13
Procès-verbal de la 83ème session du Comité exécutif, 2 et 3 octobre 1986, Belgrade, page 18 ; Procès-verbal de
la 55ème Assemblée générale, Première séance plénière, 6 octobre 1986, Belgrade, AGN/55/PV/1, page 1.
14
Rapport N° 24, Demande d’adhésion à INTERPOL présentée par la République du Soudan du Sud, en date du 24
octobre 2011, AG-2011-RAP-24 ; AG-2011-RES-03.
15
AGN/56/PV/1, pages 3 et 4.
Rien n’indique, dans les documents disponibles, que le Secrétaire Général ait ou non informé le
Comité exécutif ou l’Assemblée générale de la demande des Îles Cook.
Monténégro
Le Monténégro se déclara indépendant de la Serbie le 3 juin 2006, et les deux pays établirent des
relations diplomatiques. Quelques jours après son indépendance, le Monténégro présenta une
demande d’adhésion à INTERPOL en son propre nom. En outre, la Serbie demanda que la qualité de
16
Courrier de R.E. Kendall, Q.P.M., M.A., Secrétaire Général, en date du 10 avril 1996, adressée à M. T.V. Matapo,
Directeur de la police des îles Cook.
17
Idem.
18
CE-2003-2-DOC-33.
19
CE-2003-2-DOC-23.
Kosovo
Par un courrier en date du 28 mai 2010, le ministre de l’Intérieur de la République du Kosovo présenta
une demande d’adhésion à INTERPOL. Celle-ci fut suivie de réserves exprimées par la Mission
d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). La MINUK avait été établie par la
résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies, en application de laquelle INTERPOL avait
conclu avec la MINUK un protocole d’accord visant à définir un cadre de coopération policière
internationale pour le Kosovo. Certaines préoccupations s’étaient alors fait jour au sein du Secrétariat
général, étayées par le Bureau du Conseiller juridique des Nations Unies, selon lesquelles le
traitement de la demande d’adhésion du Kosovo pourrait être contraire à la résolution 1244 et au
protocole d’accord. En raison de ces préoccupations, le Secrétariat général ne traita pas la
demande23.
Curaçao et Sint Maarten présentèrent chacun une demande d’adhésion à INTERPOL dans des
courriers en date des 21 juillet et 19 septembre 2011 respectivement. Avant le 10 octobre 2010, les
deux îles faisaient partie des Antilles néerlandaises, qui étaient un Membre à part entière
d’INTERPOL. À cette date, Curaçao et Sint Maarten avaient respectivement obtenu un statut
autonome de pays au sein du Royaume des Pays-Bas, qui motivait leurs demandes séparées
d’adhésion à INTERPOL en tant que Membres indépendants. Les deux pays disposaient de forces de
police indépendantes placées sous l’autorité de leurs ministres de la Justice respectifs. Ils proposaient
que Curaçao conserve le B.C.N. existant à Willemstad et que Sint Maarten établisse son propre B.C.N.
au sein du service de police de Sint Maarten. Le Secrétariat général élabora pour le Comité exécutif
un document portant sur chaque demande, lesquels furent approuvé par le Comité lors de sa session
qui se tint la veille de la 80ème session de l’Assemblée générale, à Hanoï24. Les demandes d’adhésion
20
Document N° 5, Statut de la Serbie et du Monténégro, 4 septembre 2006, CE-2006-3-DOC-05.
21
Rapport N° 14, Statut de la Serbie et du Monténégro, 4 septembre 2006, AG-2006-RAP-14.
22
AG-2006-PV-1, page 2.
23
CE-2016-1-Doc 11.
24
Rapport N° 17, Demande d’adhésion à INTERPOL présentée par Curaçao, 12 octobre 2011 ; Rapport N° 20,
Demande d’adhésion à INTERPOL présentée par Sint Maarten, 7 octobre 2011.
Russie
Croatie et Slovénie
Au moment de la session suivante du Comité exécutif, en juillet 1992, la Croatie et la Slovénie avaient
régularisé leurs demandes d’adhésion. S’agissant de la question de la reconnaissance des États, un
membre du Comité mentionna une déclaration faite par la Yougoslavie dans un autre contexte, qui
sous-entendait qu’elle reconnaissait l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie parmi d’autres
États ayant fait sécession. Cependant, le Comité ne prit pas de décision définitive sur les deux
demandes en raison du fait que la question de la contribution financière des deux pays à
25
Procès-verbal de la 100ème session du Comité exécutif, 30 mars - 1er avril 1992, pages 34 à 37.
26
Idem., pages 37 et 38.
Le Comité exécutif avait résolu les questions financières concernant la Croatie et la Slovénie au
moment de la 102ème session du Comité exécutif qui se tint en novembre 1992. Le même mois, lors
de la 61ème session de l’Assemblée générale, les deux pays furent admis en tant que Membres à part
entière d’INTERPOL.
Yougoslavie
En 1992, à la suite de la dissolution de la République fédérative socialiste de Yougoslavie qui avait été
Membre d’INTERPOL, quatre des États qui en étaient issus présentèrent des demandes d’adhésion à
INTERPOL : il s’agissait de la Bosnie-Herzégovine, de la Croatie, de la Macédoine et de la Slovénie. La
République fédérative de Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro) ne présenta pas de demande
d’adhésion, considérant qu’elle s’inscrivait dans la continuité de l’ancienne République fédérative
socialiste de Yougoslavie, bien que la communauté internationale, en particulier dans le cadre des
Nations Unies, ne reconnût pas la République fédérative de Yougoslavie comme s’inscrivant dans la
continuité de l’État qui l’avait précédée.
Lors de la 61ème session de l’Assemblée générale qui eut lieu à Dakar (Sénégal), il fut noté, lors des
discussions relatives à la demande d’adhésion des anciens États yougoslaves, que la République
fédérative de Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro) était toujours Membre d’INTERPOL. Et compte
tenu de la dissolution de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, la question de la
conservation par la République fédérative de Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro) de la qualité de
Membre d’INTERPOL était délicate et devait être examinée avec soin28.
Par la suite, le statut de la République fédérative de Yougoslavie fut discuté lors des sessions du
Comité exécutif de 1993. Durant sa 62ème session, qui se tint à Aruba du 29 septembre au 5 octobre
1993, l’Assemblée générale vota une résolution visant expressément la résolution UNGA 47/1
concernant l’adhésion de la République fédérative de Yougoslavie (Serbie et Monténégro). La
résolution d’INTERPOL employait les mêmes termes que celle des Nations Unies au sujet de la
République fédérative de Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro), constatant qu’elle ne pouvait
« assurer automatiquement la continuité de la qualité de Membre de l’ancienne République
fédérative socialiste de Yougoslavie » et décidant, comme l’Assemblée générale des Nations Unies,
que la République fédérative de Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro) devait présenter une demande
d’adhésion à l’Organisation29.
Ce n’est qu’en 2001 que la Serbie et le Monténégro présentèrent (en tant qu’État fédéral) une
demande d’adhésion et devinrent Membre d’INTERPOL. Ainsi qu’il a été indiqué plus haut, le
Monténégro présenta par la suite sa propre demande et devint lui-même Membre de l’Organisation.
27
Procès-verbal de la 101ème session du Comité exécutif, 7 - 9 juillet 1992, 92/CE/3, pages 37 et 38.
28
Procès-verbal de la 61ème Assemblée générale, 4 - 10 novembre 1992, 61/AGN/PV/1 page 3
29
AGN/62/RES/1.
L’année suivante, lors de la 104ème session du Comité exécutif, en juillet 1993, les membres du Comité
exécutif examinèrent la question d’une éventuelle inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée
générale de la demande d’adhésion renouvelée de la Macédoine. Le Secrétaire Général indiqua qu’il
avait demandé aux dirigeants macédoniens de préparer une nouvelle demande en utilisant la
dénomination qui avait été retenue aux fins de l’adhésion aux Nations Unies, à savoir « ex-République
yougoslave de Macédoine ». Il semble qu’aucune décision définitive n’ait été prise à ce moment-là32.
30
Procès-verbal de la 101ème session du Comité exécutif, 7 - 9 juillet 1992, 92/CE/3, page 38.
31
Procès-verbal de la 61ème session de l’Assemblée générale, 4 - 10 novembre 1992, AGN/61/PV/2, page 2.
32
Procès-verbal de la 104ème session du Comité exécutif, 8 - 9 juillet 1993, 93/CE/3, Document N° 1, page 19.
Afrique du Sud
L’Afrique du Sud avait été Membre de la CIPC de 1948 à 1955. Le 29 septembre 1993, elle présenta
de nouveau une demande d’adhésion à l’Organisation. Cette demande fut examinée par le Comité
exécutif lors de sa 105ème session qui se tint à Aruba les 27 et 28 septembre 1993. À cette occasion,
les membres du Comité notèrent que l’adhésion de l’Afrique du Sud serait très bénéfique pour
INTERPOL. Le Secrétaire Général fit observer qu’il s’était rendu dans ce pays avec l’accord du Comité.
Il avait observé que l’Afrique du Sud était en bonne voie pour devenir une société multiraciale, en
particulier en ce qui concernait sa police. En outre, de nombreux pays avaient levé les sanctions qu’ils
lui avaient infligées. Il conclut que la demande d’adhésion du pays avait par conséquent de très
bonnes chances d’être acceptée.
Cependant, au nombre des préoccupations exprimées par certains pays africains et par le Président
figurait le statut de l’Afrique du Sud au sein des Nations Unies : la suppression en Afrique du Sud de
l’apartheid était inscrite à l’ordre du jour des Nations Unies depuis leur création. Durant trois
décennies, elles avaient infligé des sanctions à l’Afrique du Sud, y compris un embargo sur les armes,
et soutenaient les embargos sur le pétrole ainsi que les boycotts liés à l’apartheid qui étaient observés
dans de nombreux domaines. Le 14 décembre 1989, quatre ans avant que l’Afrique du Sud ne
présente sa seconde demande d’adhésion à INTERPOL, l’Assemblée générale des Nations Unies avait
adopté la résolution A/RES/S-16/1 intitulée « Déclaration sur l'apartheid et ses conséquences
destructrices en Afrique australe » et appelant à l’ouverture de négociations destinées à mettre un
terme à l’apartheid et à fonder une démocratie faisant abstraction des races. L’escalade de la violence
33
Procès-verbal de la 105ème session du Comité exécutif, 27 - 28 septembre 1993, 94/CE/2/ Document N° 1,
paragraphe 3.2.
34
Procès-verbal de la 62ème Assemblée générale, 29 septembre - 5 octobre 1993, AGN/62/PV/2, page 2.
Les membres du Comité observèrent que bien que certains Membre africains fussent préoccupés par
le statut de l’Afrique du Sud à l’égard des Nations Unies, certains pays de la région avaient d’ores et
déjà commencé à coopérer avec la police sud-africaine. En outre, plusieurs Membres d’INTERPOL qui
avaient joué un rôle moteur dans l’adoption de sanctions au sein des Nations Unies avaient non
seulement levé eux-mêmes ces sanctions mais également soutenu la demande d’adhésion de
l’Afrique du Sud36. Le Secrétaire Général souligna le fait qu’INTERPOL devrait prendre sa décision en
toute indépendance, sans se considérer comme lié par ce qui s’était produit au sein d’une autre
organisation internationale, en l’occurrence les Nations Unies. Il observa en outre que l’approbation
de la demande d’adhésion par l’Assemblée générale était quasiment acquise37.
Autorité palestinienne
En vue de la 124ème session du Comité exécutif qui se tint le 7 novembre 1999, le Secrétariat général
produisit un document indiquant que la Palestine avait présenté une demande d’adhésion à
INTERPOL le 19 août 1999. Le Secrétaire Général y indiquait qu’il avait répondu au ministre de la
Planification et de la coopération internationale qu’il n’était pas possible d’accepter la demande
d’adhésion de la Palestine en raison du fait qu’elle n’était pas un État souverain reconnu par les
Nations Unies. En réponse à la demande modifiée du ministre, le Secrétaire Général proposa
cependant d’accorder à la Palestine le statut d’observateur au sein de l’Organisation39.
Le document indiquait ensuite : « Il est de pratique constante depuis près d'une quinzaine d'années
de n'accepter comme membres d'Interpol que les États souverains, reconnus comme tels par la
communauté internationale dans son ensemble. Or, tel n'est pas le cas de la Palestine.». Le document
suggérait en conclusion que le Comité exécutif devrait décider, lors de sa dernière réunion précédant
la 68ème session de l’Assemblée générale, s’il convenait ou non d’accorder à la Palestine le statut
d’observateur40. Lors de cette réunion qui se tint à Séoul, le Comité accepta d’accorder ce statut à la
Palestine41.
35
94/CE/2, Document N° 1.
36
Idem, paragraphe 3.2.
37
Idem.
38
AGN/62/PV/2.
39
Selon le Secrétaire Général, l’ambassade d’Israël à Paris avait indiqué qu’Israël ne s’opposait pas à ce que la
Palestine participe à INTERPOL en qualité d’observateur. Voir Document N° 2, Compte rendu sommaire des
débats et relevé des décisions de la 124ème session du Comité exécutif, 7 - 12 novembre 1999, page 20.
40
Document N° 10, Coopération avec la Police palestinienne, CE/99/3/DOC/10.
41
Document N° 2, Compte rendu sommaire des débats et relevé des décisions de la 124ème session du Comité
exécutif, 7 - 12 novembre 1999, page 20.
Des avis divergents furent exprimés lors de la réunion du Comité exécutif. Plusieurs membres du
Comité considéraient qu’au vu des progrès accomplis par la Palestine depuis 1999 concernant les
structures gouvernementales et policières, elle « est en droit de recevoir une réponse équitable de
la part du Comité exécutif ». Il fut également noté que le fait de mettre à la disposition de la Palestine
les outils d’INTERPOL contribuerait à la lutte contre la criminalité dans la région. Cependant, le
Secrétaire Général insista sur le fait que l’admission de la Palestine constituerait « une question
politique majeure », et modifierait une politique consistant depuis 25 ans à n’accepter que les États
souverains. Le Comité ne prit aucune décision définitive sur la demande d’adhésion de la Palestine. Il
décida plutôt de la soumettre à une étude plus approfondie du Secrétariat général, incluant une
consultation dans le cadre des Conférences régionales42.
Chine
En 1980, lorsque la République populaire de Chine (RPC) commença à se renseigner en vue de son
adhésion à INTERPOL, la République de Chine en était membre depuis 1961.
La République populaire de Chine présenta une demande d’adhésion officielle à INTERPOL en mai
1984. Il était généralement admis au sein du Comité exécutif que l’adhésion de la RPC serait
bénéfique eu égard au rôle croissant joué par ce pays dans les affaires internationales. La RPC insista
cependant pour être le seul représentant de la Chine au sein d’INTERPOL43. La République de Chine
étant membre d’INTERPOL depuis 1961, le Comité s’inquiéta de cette situation. D’un côté, certains
membres considéraient que le Comité devrait se borner à transmettre à l’Assemblée générale la
demande, dont tous ses Membres considéraient qu’elle répondait à l’ensemble des critères, et éviter
de prendre part à la controverse politique opposant la République populaire de Chine à la République
de Chine. Il appartiendrait par conséquent aux Membres de l’Organisation de décider s’il convenait
d’accepter la demande d’adhésion de la RPC. Cependant, si l’adhésion de celle-ci à INTERPOL était
approuvée, la conservation par la République de Chine de sa qualité de Membre serait remise en
question.
Deux Membres différents ne pouvaient représenter le même pays, et aucune disposition du Statut
d’INTERPOL ne prévoyait d’exclure un Membre apprécié au sein de l’Organisation. Au cours de
conversations antérieures avec un fonctionnaire de l’ambassade de la RPC, le Secrétaire Général avait
42
Document N° 2, Procès-verbal de la 166ème session du Comité exécutif, 22 - 23 juin 2010, CE-2010-3-DOC-02,
paragraphe 6.2.
43
Procès-verbal de la 76ème session du Comité exécutif, 28 mai - 1er juin 1984, 1984, 84/CE/2, pages 2 et 3.
Le voyage à Taipei ne donna lieu à aucune concession de la part de la République de Chine, qui n’était
pas disposée à accepter le statut de sous-bureau dans le cadre de la délégation de la RPC. Par la suite,
la RPC produisit un projet de résolution qu’elle souhaitait voir présenter lorsque l’Assemblée générale
voterait sur sa demande d’adhésion. Ce projet indiquait clairement que l’Assemblée déciderait que
la RPC serait le seul représentant légitime de la Chine au sein d’INTERPOL. Le projet en question fut
très débattu lors de la 77ème session du Comité exécutif qui se tint la veille de la 53ème session de
l’Assemblée générale. Le Secrétaire Général se demandait « si l’Assemblée ne devrait pas d’abord
statuer sur le point de savoir si la demande présentée était recevable […]. À son avis, il n’appartenait
pas au Président ni au Secrétaire Général de l’Organisation de statuer sur la recevabilité au regard du
Statut d’une demande d’adhésion. Cette décision appartenait à l’Assemblée en tant qu’organe
souverain de l’Organisation44 ». Le Président exprima le même point de vue : « Il serait en effet tout
à fait approprié que l’Assemblée statue sur la question de savoir si une demande d’adhésion
conditionnelle est recevable ou non45 ». Certains membres du Comité objectèrent qu’il était très
inhabituel et inapproprié de demander à l’Assemblée générale de voter sur une résolution
accompagnant une demande d’adhésion. D’autres pensaient que le texte présenté par la RPC était
comminatoire et de nature politique. Par conséquent, le Secrétaire Général fut invité à se rendre en
PRC afin de mener des discussions permettant de déterminer si celle-ci retirerait ou modifierait la
résolution46.
Les discussions que le Secrétaire mena plus tard ce soir-là avec les délégations respectives de la RPC
et de la République de Chine n’aboutirent à aucun accord. La RPC indiqua qu’elle allait étudier la
question sans promettre de retirer la résolution.
La demande d’adhésion de la RPC fut examinée lors de la 53ème Assemblée générale. De nombreux
Membres exprimèrent leur avis concernant le fait que la demande d’adhésion de la RPC soit
accompagnée de la résolution préparée par celle-ci. Les Membres et le Secrétariat général n’étaient
pas certains que la réglementation d’INTERPOL permette à l’Assemblée générale de voter sur une
demande d’adhésion conditionnelle. La délégation de la République de Chine insista pour qu’un vote
préliminaire ait lieu sur cette question avant le vote portant sur la demande elle-même. Une motion
à cet effet fut cependant rejetée. L’Assemblée vota alors sur la demande dans son ensemble, y
compris la résolution affirmant que la RPC était l’unique représentant de la Chine au sein d’INTERPOL.
La demande de la RPC ne recueillit pas la nécessaire majorité des deux tiers et la séance fut suspendue
pour la journée47.
44
53/AGN/PV/2, pages 8 et 9.
45
Idem, page10.
46
Procès-verbal de la 77ème session du Comité exécutif, 31 août - 11 septembre 1984, 1984, 84/CE/3, pages 6 à 8.
47
Procès-verbal de la 53ème Assemblée générale, 4 - 11 septembre 1984, 53/AGN/PV/2, page 13.
Bien qu’il n’en soit pas expressément fait état dans le dossier d’adhésion de la RPC à INTERPOL, le
statut d’unique représentant de la Chine conféré à celle-ci et l’exclusion de la République de Chine
qui en est la conséquence correspondent à la situation de la RPC au sein des Nations Unies.
La terminologie employée dans l’article 4 est apparue pour la première fois dans le Statut d’INTERPOL de
1956. Si d’autres dispositions du Statut ont été modifiées depuis, le texte de l’article 4 est, quant à lui,
demeuré le même. Depuis 1956, et pendant plusieurs dizaines d’années, les Membres d’INTERPOL et ses
organes directeurs ont débattu en long et en large du sens du terme « pays » figurant dans l’article 4. Ces
débats sont nés de plusieurs tentatives d’inciter INTERPOL à donner une définition officielle au terme
« pays » figurant dans l’article 4, de sorte qu’il signifie « État souverain »51.
48
Procès-verbal de la 53ème Assemblée générale, 4 - 11 septembre 194, 53/AGN/PV/3, page 2.
49
En 1985, INTERPOL a demandé au Professeur Paul Reuter un avis juridique portant sur plusieurs questions dont
celle de savoir si l’article 3 du Statut s’appliquait aux décisions relatives aux demandes d’adhésion – il conclut
que tel n’était pas le cas – et sur les conséquences de l’admission de la RPC sur la République de Chine. Le
Professeur Reuter conclut que le vote concernant la RPC signifiait qu’INTERPOL admettait d’autres délégués
affirmant représenter la Chine dans son ensemble, à savoir la Chine continentale et les îles. Le pays restait le
même, seuls changeaient les délégués qui le représentaient.
50
Compte rendu sommaire des débats, 82ème session du Comité exécutif, 3 - 6 juin 1986, pages 3 et 4.
51
Les efforts visant à définir le mot « pays » comme signifiant « État souverain » ne s’inscrivaient pas dans le processus
d’examen et de décision concernant les demandes spécifiques d’adhésion à INTERPOL. Ils relevaient d’une
démarche indépendante découlant du fait que certains Membres craignaient qu’INTERPOL ne soit pas tout à fait
considéré comme une organisation intergouvernementale à part entière du fait qu’il comptait parmi ses Membres
des entités qui n’étaient pas des États. Il est néanmoins important d’avoir connaissance de ces efforts, ainsi que les
discussions et débats qu’ils ont occasionnés, pour bien comprendre les questions délicates qui ont souvent dû être
traitées au cours du processus d’admission des nouveaux Membres depuis 1956.
L’Assemblée générale nomma un sous-comité chargé de la réforme des statuts, dont la mission
consistait à réexaminer le projet de Statut à la lumière des observations formulées par les Membres
lors de la 24ème Assemblée. Au cours des délibérations de ce sous-comité, certains Membres
considérèrent qu’il était difficile d’affirmer que les Membres de l’Organisation étaient des États et
qu’il était dangereux de tenter de définir la notion d’État. L’une des idées proposées consistait à
admettre en tant que Membres de l’Organisation les services de police. Cependant, cette idée
rencontra des résistances fondées sur le fait que différents services de police pouvaient coexister
dans un pays donné. En l’absence d’accord, un compromis fut trouvé, qui consistait à remplacer le
terme « État » par le terme « pays ». Le Sous-comité approuva la rédaction de l’article 4, qui fut
adopté dans le cadre du nouveau Statut en 1956, lors de la 25ème Assemblée générale. Les archives
ne semblent cependant pas comporter d’historique complet des discussions du sous-comité ni des
débats de la 25ème Assemblée générale indiquant la ou les raisons pour lesquelles le terme « pays » a
été choisi ni la ou les raisons pour lesquelles a été adopté la partie de l’article traitant de l’aspect
procédural de l’adhésion à l’Organisation.
52
Procès-verbal de la XXIVème session de l’Assemblée générale de la C.I.P.C., lundi 5 septembre 1955, séance plénière 1, pages
1 à 13.
53
85/CE/1 – Avis juridique de M. Paul Reuter, Professeur émérite à l’université de droit, d’économie et de
sciences sociales de Paris.
En 1986, le Comité exécutif inscrivit la révision du Statut à l’ordre du jour de la 55ème Assemblée
générale. Au cours des cinq années qui suivirent, les Conseillers de l’Organisation préparèrent des
propositions de modifications qui furent présentées à la 60ème Assemblée générale en 1991. Les
commentaires des Membres furent recueillis à cette occasion, puis les Conseillers et le Secrétariat
général furent chargés de préparer un projet de nouveau Statut. Le Comité exécutif examina ce projet
au début de l’année 1992 et le présenta, après quelques modifications, à la 61ème Assemblée générale
qui se tint à Dakar fin 1992.
L’article 5 du projet de Statut traitait du statut de Membre. Les deux premiers alinéas étaient ainsi
rédigés :
Les commentaires accompagnant l’article 5 indiquaient que « Le présent libellé ne fait que consacrer
une réalité juridique existante : l’O.I.P.C.-Interpol est une organisation intergouvernementale
formellement reconnue, d’une part, par l’O.N.U. (ECOSOC) et, d’autre part, par certains États qui ont
conclu ou sont sur le point de conclure des accords de siège [...] ou qui font bénéficier l’Organisation
d’immunités prévues par leur législation interne applicable aux organisations intergouvernementales
(États-Unis) [...] Dans ces conditions, ce sont donc les États qui sont Membres de l’Organisation. » Il
fut également noté que « compte tenu de l’évolution actuelle de la coopération policière
internationale, la consécration formelle du statut d’organisation intergouvernementale d’Interpol
présenterait des avantages certains pour l’Organisation dans ses rapports avec d’autres enceintes
internationales et avec ses États membres »57.
54
Note relative au statut intergouvernemental d’INTERPOL in Lettre à M. Bossard, Secrétaire Général d’INTERPOL
adressée par M. Suy, Sous-Secrétaire général et Conseiller juridique des Nation Unies, 14 décembre 1982.
55
4/D.3/STA/36-B – Lettre circulaire de M. Bossard, Secrétaire Général d’INTERPOL, aux Chefs des Bureaux
centraux nationaux, 24 février 1983.
56
AGN/61/RAP N° 9, annexe 1, page 4.
57
Idem.
Le Groupe d’experts comprenait les Conseillers de l’Organisation, les membres du Comité exécutif
ainsi que les experts que les Membres avaient chargés d’assister aux réunions du Groupe. Celui-ci se
réunit à deux reprises, en juillet 1993 et en janvier 1994. Avant sa première réunion, il reçut les
réponses à une enquête effectuée auprès des Membres, les invitant à donner leur avis sur la question
de savoir si les Membres d’INTERPOL étaient des États, des pays ou des organismes de police. Le
Groupe utilisa ces réponses ainsi que le projet de Statut modifié que le Comité avait présenté à Dakar
comme points de départ des discussions. Les premières discussions conduisirent à un accord sur
certains articles non controversés de la proposition de 1992, mais d’autres articles posèrent
problème. Les dispositions délicates étaient celles concernant le statut juridique de l’Organisation,
qui faisaient renaître le débat sur la définition des Membres d’INTERPOL : pays, États ou organismes
de police.
Ainsi que l’avaient déjà révélé les discussions du Comité qui se réunit lors de la 61ème session de
l’Assemblée générale afin d’examiner le projet de Statut, le statut juridique de l’Organisation
constituait un sujet de controverse parmi ses propres Membres : certains d’entre eux considéraient
qu’INTERPOL était une organisation intergouvernementale dont les Membres étaient des États et
dont le Statut était un traité en forme simplifiée ; d’autres, au contraire, considéraient qu’INTERPOL
était une organisation non gouvernementale constituée d’organismes de police servant la cause de
la coopération policière internationale ; d’autres encore, tout en ne niant pas la nature
intergouvernementale d’INTERPOL, considéraient cependant que ses Membres étaient des
organismes de police.
Il ressort du procès-verbal de la première réunion du Groupe d’experts que certains Membres étaient
favorables à la rédaction de l’article 5 proposé car ils considéraient qu’il reflétait la véritable nature
d’INTERPOL, à savoir celle d’organisation intergouvernementale reconnue par les Nations Unies et
par plusieurs États. Ce statut d’organisation intergouvernementale impliquait que les Membres
d’INTERPOL étaient des États et non des organismes de police ou des pays non souverains59. Les
Membres qui étaient de cet avis considéraient que le Statut devrait être explicite à ce sujet et que le
texte ambigu de l’article 4 de la version de 1956 devait être supprimé.
D’autres Membres craignaient cependant que le fait de conférer à INTERPOL le statut d’organisation
intergouvernementale dont les Membres seraient des États l’empêche de demeurer un réseau
transfrontalier efficace de coopération policière contre la criminalité. Ils s’inquiétaient du rôle que
pourraient jouer des délégués n’appartenant pas à des organismes de police, y compris des
diplomates ou d’autres fonctionnaires qui politiseraient INTERPOL. L’un des membres du Groupe
d’experts fit également état de sa préoccupation relative au futur statut de Membres des Membres
actuels d’INTERPOL qui n’étaient pas clairement des États souverains. Si ces Membres devaient
quitter INTERPOL, l’efficacité de l’Organisation s’en trouverait diminuée. Un autre sujet de
58
AGN/61/RES/5
59
Procès-verbal de la première réunion du Groupe d’experts, 12 - 15 juillet 1993, page 19, joint en tant qu’annexe 5
au Rapport d’Assemblée générale AGN/63/RAP/11 « Amendement du Statut d l’Organisation », 1994.
À la fin de la première réunion du Groupe d’experts, aucun accord n’avait été trouvé sur la question
de la qualité de Membre. Le Groupe prit alors la décision de lancer une deuxième enquête dont les
résultats seraient examinés lors de la réunion suivante.
La seconde réunion du Groupe d’experts se tint en janvier 1994. Le statut juridique de l’Organisation,
ainsi que la question de savoir si les Membres d’INTERPOL étaient des pays ou des États, y furent
longuement discutés. Un certain nombre de Membres continuèrent de s’opposer à ce qu’il soit
déclaré que les Membres d’INTERPOL étaient des États. À un certain stade, un texte de compromis
fut proposé et adopté en tant que modification apportée au projet d’article 5 : « Est Membre de
l’Organisation l’organisme officiel de police criminelle désigné par un État ou pays dont la demande
d’adhésion a obtenu l’approbation de l’Assemblée générale à la majorité des deux tiers »61.
L’intégration des termes « pays » et « État » à l’article consacré à l’adhésion laissait espérer que tous
les Membres pourraient parvenir à un accord. Tel ne fut cependant pas le cas. Un membre du
Secrétariat général fit remarquer qu’à seulement deux exceptions près, le terme « pays » figurant à
l’article 4 avait été interprété comme un synonyme du terme « État ». Le fait d’intégrer les deux
termes dans une nouvelle disposition du Statut pourrait suggérer qu’ils avaient des sens différents,
ce qui conduirait des entités ne constituant par des États à présenter une demande d’adhésion. Dans
ce cas, INTERPOL pourrait se retrouver lui-même sur la scène politique en ayant à décider du statut
international d’un candidat à l’adhésion. En définitive, le Groupe d’experts considéra que le projet de
nouvelle rédaction n’apportait aucune amélioration au texte de l’actuel article 4, dont il fut noté qu’il
avait réussi à l’Organisation depuis 195662. Les membres du Groupe décidèrent d’informer le Comité
exécutif de l’absence de progrès sur la question du statut juridique de l’Organisation et de demander
à l’Assemblée générale de leur donner des éléments d’orientation quant à la manière d’avancer sur
ce projet.
Après avoir reçu le rapport du Groupe d’experts, le Comité exécutif décida qu’il convenait de
suspendre les travaux de rédaction d’un Statut modifié. L’Assemblée générale acquiesça en adoptant
lors de sa 63ème session, en octobre 1994, une résolution présentée par le Comité à cet effet63.
Lors de la 170ème session du Comité exécutif qui se tint à Lyon en juin 2011, le Secrétariat général
présenta au Comité un rapport et une recommandation relatifs à l’interprétation du terme « pays »
figurant à l’article 4 du Statut. Ce rapport daté du 7 juin 2011 avait pour titre « La politique
d’INTERPOL concernant les adhésions à l’Organisation »64. Il indiquait que le statut d’État de deux
60
Idem, page 6.
61
Idem, page 39.
62
Idem, page 44.
63
AGN/63/RES/8 ; AGN/63/PV/5, page 2.
64
CE-2011-2-DOC-16.
Certains membres du Comité exécutif recommandèrent la plus grande prudence dans la présentation
de la résolution. L’un deux estimait que celle-ci serait perçue comme « visant certaines entités ». Un
autre membre considérait que la référence aux Nations Unies devrait être supprimée. Le Secrétaire
Général décida de retirer le projet de résolution et les membres du Comité convinrent de continuer
à traiter les demandes d’adhésion au cas par cas66.
Aux environs de l’année 2004, le Secrétariat général et le Comité exécutif commencèrent à étudier la
question de savoir si INTERPOL devrait tenter d’enregistrer son Statut en tant que convention
internationale en vertu de l’Article 102 de la Charte des Nations Unies67. En 2006, le Secrétariat
général exprima un avis favorable à cet enregistrement. Un groupe de plusieurs conseillers juridiques
de Membres de l’Organisation réunis à Lyon en 2007 indiqua également sous forme de
recommandation que la nature du Statut justifiait son enregistrement68. En outre, en mai 2010, la
Conférence régionale européenne adopta une recommandation déclarant que le Statut d’INTERPOL
devrait être enregistré auprès des Nations Unies69.
Lors de sa 167ème session, le Comité exécutif étudia un projet de résolution relatif à cet
enregistrement et approuva sa présentation lors de la 79ème session de l’Assemblée générale devant
se tenir en novembre 2010 à Doha (Qatar). L’Assemblée décida cependant d’accorder aux Membres
un certain délai pour étudier cette proposition, de sorte que le vote fut reporté à l’année suivante70.
65
Idem, page 1.
66
Extraits du procès-verbal de la 170ème session du Comité exécutif relatifs au point « La politique d’INTERPOL
concernant les adhésions à l’Organisation » rejetant la proposition du Secrétariat général, CE-2011-3-DOC-02, pages
37 et 38.
67
Avis du Bureau des affaires juridiques, présenté par le Docteur R.S.J. Martha, L.L.M., Conseiller juridique,
« Nature juridique du Statut de l’Organisation internationale de police criminelle », janvier 2006, pages 1 et 2.
68
« Enregistrement et publication du Statut d’INTERPOL en application de l’Article 102, alinéa 1, de la Charte des
Nations Unies », Réunion tenue à Lyon (France) les 3 et 4 mai 2007, Rapport final du Professeur Maurice
Kamto, Président de la réunion, page 5.
69
AG/2011/RAP/16, page 2.
70
AG/2011/RAP/16, page 2.
Il reste cependant qu’à ce jour, le Statut d’INTERPOL ne figure pas dans la Collection des traités des
Nations Unies au titre de l’Article 102 de la Charte.
******