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Témoignage sur le Pavillon des sources

Ce témoignage décrit les activités de recherche menées dans le Pavillon des sources à l'Institut de Physique Nucléaire d'Orsay dans les années 1960, notamment le déménagement d'une source de radium et la récupération d'une quantité de radon. Le document relate également les hauts niveaux de radioactivité mesurés dans le bâtiment à cette époque.

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Témoignage sur le Pavillon des sources

Ce témoignage décrit les activités de recherche menées dans le Pavillon des sources à l'Institut de Physique Nucléaire d'Orsay dans les années 1960, notamment le déménagement d'une source de radium et la récupération d'une quantité de radon. Le document relate également les hauts niveaux de radioactivité mesurés dans le bâtiment à cette époque.

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Février 2024

Un témoignage de Michel Genet


sur le Pavillon des sources
Professeur (retraité) des Universités,
Directeur de l’équipe «Spectroscopie des actinides », puis du
« Groupe de radiochimie » de l’Institut de Physique Nucléaire d’Orsay

« Comme beaucoup je suis attaché à ce bâtiment où


j’avais mon bureau et un petit labo pour faire ma thèse
de 1960 à 1967, date de la soutenance. Le gramme de
Radium offert à Marie Curie par une association de
femmes américaines, était au sous-sol, l’ampoule en
verre qui servait à faire les prélèvements de Radon avait
été cassée et jamais réparée si bien que j’ai eu le
privilège, sans le savoir, de respirer des doses
importantes de Radon* et avec aussi un
rayonnement de 700 coups seconde en gamma, car
mon siège de bureau était juste à l’aplomb du Radium
qui était protégé latéralement par des briques de plomb,
mais pas sur le dessus. A l’époque, ce n’était pas le seul
endroit contaminé de l’Institut, avec les premières
mesures faites avec des détecteurs portatifs, on en
trouvait partout, surtout dans les murs et les sols. C’est
M. Bouissières qui s’est attaqué à tout décontaminer.
Cela a pris des années. Dans le petit pavillon, en plus du
Radium les chercheurs avaient pris l’habitude d’y
mettre des sources, en particulier de cobalt 60 et de
césium 137. Dans les années 60, il a été décidé de faire
un premier nettoyage du petit pavillon, le gramme de
radium a été déménagé en pleine nuit, avec un panier
en osier et une petite remorque par M Bouissières et M.
Teillac pour l’apporter en Chimie Chaude à l’IPN d’Orsay
car, à l’époque, aucune entreprise n’était habilitée à faire
ce genre de transport. Avant ce transfert mémorable, j’ai
participé à la récupération d’un Curie de radon produit à
partir du gramme de radium. La demande officielle
venait de M. Robert Walen, un ancien collaborateur de
l’Institut du radium et chercheur au CSNSM d’Orsay je
crois, qui avait appris la nouvelle du déménagement. En
tant qu’assistant nouvellement nommé on m’avait
demandé de l’aider à réaliser sa délicate expérience. Je
mesurais la difficulté de cette périlleuse manipulation
mais je fus vite rassuré par le talent et le savoir-faire de
[Link]. Cette personne avait la réputation d’un
expérimentateur remarquable, et savait très bien
travailler à l’ancienne. A savoir, prendre un maximum de
précautions compte tenu de la dangerosité d’une
expérience. Il devait avoir une cinquantaine d’années de
plus que moi, je l’ai regardé travailler avec admiration.
Dans un premier temps, avec un chalumeau de verrier, il a réparé
l’ampoule cassée depuis des décennies, pour la rendre étanche, puis il a
fait un piquage pour avoir une prise de vide, il a aussi préparé une sortie
avec un petit robinet en verre prolongé par un raccord conique femelle.
Puis il a fait un vide primaire pour s’assurer qu’il n’y avait pas de fuite et
a laissé l’enceinte réparée sous vide et il m’a quitté en me disant je
reviens environ dans un mois. C’est le temps nécessaire pour que le
gramme de radium soit en équilibre avec la production d’un Curie de
radon, c’est-à-dire 10 fois sa période radioactive (3,8 jours X10 = 38
jours). Ce délai passé, M. Walen est revenu avec un petit appareil en
verre de sa fabrication, constitué d’un raccord conique mâle qu’il a
accouplé avec celui femelle de l’enceinte, et d’un tube contenant des
billes de zirconium métallique « spongieux ». Il a ensuite ouvert le petit
robinet entre l’enceinte et son dispositif, le compartiment zirconium a été
refroidi extérieurement par de l’azote liquide, ce qui a provoqué le
piégeage sur les billes de zirconium de tout le gaz radon contenu dans
l’enceinte. Puis il a scellé le tube prévu pour libérer son dispositif de
l’enceinte. Il a placé son dispositif dans un petit carton et a pris le RER
pour rentrer à Orsay faire des études de spectrométrie alpha sur le
Radon et de ses descendants. Je pense que ce fut le dernier
prélèvement de radon réalisé au Petit pavillon.
Les autres sources du sous-sol ont été récupérées par le CEA de
Fontenay aux Roses. Le bâtiment est quand même resté très pollué par
le « dépôt actif » du radon qui a diffusé dans les murs et les sols pendant
des décennies ».

*Je viens de retrouver des mesures de radon dans mon bureau


effectuées par le service de M. Bonet-Maury, lequel occupait le premier
étage du Petit pavillon et avait créé le premier service de radioprotection
pour les personnels de l’Institut. Son rapport de février 1965 indique pour
les années 1963 et 1964 des valeurs moyennes de 10 -7 à 10-8 milli Curie
par cm3 d’air, soit de l’ordre de quelques millions de Becquerel par mètre
cube, sachant qu’actuellement on relève des valeurs de quelques
centaines de Bq/m3 pour les habitations les plus exposées au Radon.
L’air du Petit pavillon était donc 10.000 fois plus chargé en Radon,
malgré tout cela ne représentait qu’un pourcentage infime du Curie de
Radon qui était dans l’ampoule, soit environ 106/ 3,7 1010 Ci.

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