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Fertilité et Agriculture Bamiléké

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Université des Sciences ORSTOM

Agronomiques Département SUD


de Gembloux G.P. Maîtrise de la sécurité alimentaire
OCISCA

COMMUNAUTE FRANCAISE DE BELGIQUE

FACULTE UNIVERSITAIRE DES SCIENCES


AGRONOMŒQUES DE GEMBLOUX

L'AGRICULTURE BAMILEKE VUE A TRAVERS


SA GESTION
DE LA FERTILITE AGRONOMIQUE

Isabelle GRANGERET-OWONA

Dissertation originale présentée


. en vue de l'obtention du grade
de docteur en sciences agronomiques
et ingénierie biologique

Promoteurs: Professeur B. MICHEL Directeur de thèse ORSTOM:


Professeur Ph. LEBAILLY G.COURADE

1997
REMERCIEMENTS

Ce travail de thèse n'aurait pas vu le jour s'il n' y


avait eu la participation de nombreuses personnes que je
voudrais ici remercier.
En premier lieu je voudrais dire merci à:

- Mes deux promoteurs de thèse, Messieurs Baudouin


MICHEL et Philippe LEBAILLY, Professeurs à la Faculté
Universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux qui
m'ont adoptée dans la communauté scientifique de Gembloux
et apporté tout leur appui;

- Monsieur Georges COURADE, Directeur de Recherches


à l' ORSTOM, animateur et coordinateur du proj et OCISCA-
phase 1 (1989-1994) qui m'a appris à faire de la
recherche -ce que ma formation antérieure n'avait jamais
fai t - et qui m'a enseigné les méthodes et la rigueur
nécessaire au difficile travail de thèse;

-Le Ministère Camerounais de la Recherche


Scientifique et Technique;

-Le Centre Universitaire de Dschang où j'ai


enseigné dix années pendant lesquelles je découvrais
l'agriculture bamiléké;

-La faculté Universitaire des Sciences Agronomiques


de Gembloux, en particulier tous les membres de mon jury;

-L'ORSTOM pour m'avoir offert les moyens de


poursuivre mes enquêtes de terrain et de produire ma
thèse, en particulier Monsieur Michel MOLINIER,
responsable de la mission ORSTOM de Yaoundé et Monsieur
Philippe BONNEFOND, responsable de l'Unité de Recherche
"Modèles et réalités du développement".

- Ma famille pour son prec~eux appui: ma mère et ma


belle-soeur qui ont accepté de relire mon manuscrit, de
me faire part de leurs observations et d' Y apporter des
corrections; mon mari qui m'a permis de confronter mes
analyses à d'autres points de vue et m'a aidée en
permanence à porter un regard plus juste sur le monde que
j'observais.

Je voudrais remercier en deuxième lieu les nombreux


chercheurs du projet OCISCA, camerounais et européens
avec qui j'ai pu accomplir une véritable recherche
d'équipe faisant s'estomper les clivages disciplinaires.
En particulier, Mademoiselle Véronique ALARY qui m'a
donné un coup de main fort apprécié en f in de parcours,
Monsieur Pierre JANIN, compagnon agréable et infatigable
des enquêtes ADOC ainsi que Messieurs Samuel NDEMBOU,
Michel SIMEU KAMDEM, Athanase BOPDA, Parfait ELOUNDOU-
ENYEGUE, Joseph TIMNOU, Xavier DURANG, Jean François
TRANI, Gilles SERAPHIN, Thomas WEISS, Jean Marie FOTSING
Jean-Jules BOTOMOGNO et Madame Thérèse FOUDA MOULENDE.

Enfin, je garde un souvenir fort de mes enquêtes et


remercie, de leur accueil, les chefs traditionnels et
agriculteurs (trices) des vingt chefferies enquêtées dans
la province de l'OUest (Dans la Ménoua: Bafou, Baleveng,
Fokoué, Fongo-Tongo, Fossong-Wentcheng, Santchou-Fombapi
dans les Bamboutos: Babadjou, Bagam, Balatchi,
Bamessingue, Batchami dans la Mifi: Baham, Baleng,
Bamougoum, Bandjouni dans le Ndé: Bangwa et Bazoui dans
le Haut Nkam: Bana, Bafang, Bandoumveng et Fondjomekwet) .
SOMMAIRE
,

SOMMAIRE 2
INTRODUCTION 3

I O PARTIE
LA PLACE DU SOCIAL DANS LA GESTION DE
LA FERTILITE AGRONOMIQUE

CHAPITRE 1 Les trois approches possibles de la


fertilité 42
CHAPITRE 2 Les modalités de gestion des composantes
du milieu: les concepts-clés 66
CHAPITRE 3 Les modalités sociales de
renouvellement de la fertilité 81

II O PARTIE
L'ÉCOSYSTEME COMME CHAMP DES POTENTIALITES

CHAPITRE 4 Les exigences des plantes cultivées 96


CHAPITRE 5 Le rapport climat/plante 133
CHAPITRE 6 Le rapport sol/plante 149
CHAPITRE 7 Les effets du relief 159
CHAPITRE 8 Le bilan eau/sol/relief/plante 171

III O PARTIE
LA VALORISATION DE L'ÉCOSYSTEME PAR LA TECHNOLOGIE

CHAPITRE 9 : L'échelle spatiale de la prise


en charge: l'exploitation, les champs,
les parcelles, l'assolement 178
CHAPITRE 10: Les options dans les arrangements
techniques 264
CHAPITRE 11: Les pratiques ou "manières" de
cultiver 273
IV' PARTIE
LA MOBILISATION SOCIETALE DES RESSOURCES EXTRA-AGRICOLES
POUR PERENNISER L'AGRICULTURE

CHAPITRE 12: Les faiblesses du système agricole


révélées par la dernière crise 306
CHAPITRE 13 : La gestion de la pression sur
l'écosystème 328
CHAPITRE 14: L'optimisation des ressources 361

V' PARTIE
L'APPROCHE INSTITUTIONNELLE DE LA FERTILITÉ

CHAPITRE 15: La gestion des terres 408


CHAPITRE 16: Le rôle de la chefferie 424
CHAPITRE 17: L'Etat: de la planification
à l'absentéisme 441

VIa PARTIE
LA VIABILITE DES MODES D'EXPLOITATION

CHAPITRE 18: Les modes d'exploitation dominant 457


et leurs conséquences agronomiques
CHAPITRE 19: Les déterminants sociaux des
différences de gestion agronomique 481

Conclusion 498
Sources et bibliographie 506
Table des tableaux 535
Table des figures 540
Table des planches photographiques 543
Annexes 544
Table des matières 602
SIGLES, ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES UTILISÉS

SIGLES DES DIVERS PROJETS, ORGANISMES ET


INSTITUTIONS

ACCT: Agence de coopération culturelle et technique


(France)

ADOC: Agriculture de l'OUest du Cameroun

AEMID: Activités extra-murales et interdisciplinaires

AMP: Agricultural Marketing Project

CAPLAHN: Coopérative agricole des planteurs du Haut Nkam

CAPLAME: Coopérative agricole des planteurs de la Menoua

CAPLAMMI: Coopérative agricole des planteurs de la Mifi

CAPLANDE: Coopérative agricole des planteurs du Ndé

CAPLANOUN: Coopérative agricole des planteurs du Noun

CAPP: Cellule d'appui à la planification et aux projets

CDC : Cameroon Development Corporation

CEIPS: Centre d'étude et d'instruction pour la production


de semences

CIRAD: Centre de coopération internationale en recherche


agronomique pour le développement (France)

CNRS: Centre national de la recherche scientifique


(France)
CTA: Centre technique de coopération agricole et rurale
(Wageningen, Pays-bas)

CUDs: Centre universitaire de Dschang (Cameroun)

DEAPEA: Direction des enquêtes agro-économiques et de la


planification agricole (Cameroun)

DGRST: Direction générale de la recherche scientifique et


technique (France)

DSCN: Direction de la statistique et de la comptabilité


nationale (Cameroun)

ENSSAA: Ecole nationale supérieure des sciences


agronomiques appliquées (France)

FAC: Fonds d'aide et de coopération

FAO: Organisation des Nations unies pour l'alimentation


et l'agriculture

F8A: Faculté des Sciences agronomiques (Gembloux,


Belgique)

GRET: Groupe de recherche et d'échanges technologiques


(France)

IEDES: Institut d'étude du développement économique et


social de l'Université de Paris l (France)

INRA: Institut national de la recherche agronomique


(France)

IRA: Institut de la recherche agronomique (Cameroun)

IRAT: Institut de recherches agronomiques tropicales et


de cultures vivrières (France)

I8H: Institut des Sciences humaines (Cameroun)


ITA: Institut des techniques agricoles (Cameroun)

MESIRES: Ministère de l'enseignement supérieur,


de l'informatique et de la recherche scientifique
(Cameroun)

MESR: Ministère de l'enseignement supérieur et de la


recherche (France)

MINAGRI: Ministère de l'agriculture (Cameroun)

MINFI: Ministère des finances (Cameroun)

MINPAT: Ministère du plan et de l'aménagement du


territoire (Cameroun)

OCISCA: Observatoire du changement et de l'innovation


sociale au Cameroun

ONCPB: Office national de commercialisation des produits


de base (Cameroun)

ORSTOM: Institut français de recherche scientifique pour


le développement en coopération

PDRPO: Projet de développement rural des plateaux de


l'Ouest

RGA: Recensement général de l'agriculture (Cameroun)

SAFGRAD: Semi-Arid Food Grain Research and Development

SOFRECO: Société Française de réalisations, d'études et


de conseil

STABEX: Système de stabilisation des recettes tirées des


exportations (Communauté Européenne)

SODERIM: Société de développement de la riziculture dans


la plaine des M'bos (Cameroun)
UCCAO: Union des coopératives de planteurs de café
arabica de l'OUest

USAID: United States Agency for International Development


ABRÉVIATIONS ET SYMBOLES SCIENTIFIQUES OU
TECHNIQUES

Oc: Degré Celsius

Cal: calorie

CEC: Capacité d'échange cationique

C/N: Rapport carbone sur azote

eus: Coefficient d'utilisation du sol

ETP: Evapotranspiration potentielle

ETR: Evapotranspiration réelle

FCFA: Franc CFA

ha: hectare

hab: habitant

LER: Land equivalent ratio

meq: Milliéquivalent

N, P, K: Azote, phosphore, potassium

Rdt: Rendement

SAU: Surface agricole utilisable

S, L, A: Sable, limon, argile

UTH: Unité de travail humain

20-10-10: Engrais complet avec 20 unités d'azote, 20


unités de phosphore et 20 unités de potasse
INTRODUCTION
CAfUEA: CAMEROUN· DECOUPAGE ADMINISTRATIF (Prov\nçes)

N
...
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1~ 1 F - ' rctfNllonalt

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LC.A·0II'ST0I0I· T.W(!SS.'.
CAlli!: ~'. Le milieu naturel de la proviJIce de l'Ouest

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1,4 1,4
Découverte personnelle de l'agriculture bamiléké

A l'origine de ce travail, il y a notre itinéraire


personnel et notre découverte, voici une dizaine
d'années, de cette agricul ture bamiléké. Nous apprenions
à l'époque l'agronomie en même temps que nous découvrions
la région. Notre premier réflexe fut d'essayer
d'appliquer les normes culturales et le référentiel
européen que nous maîtrisions tout juste, sur ce paysage
boisé du pays bamiléké. Face à une vision première,
extrêmement confuse, nous avons été, très vite, à la
recherche d'éléments à partir desquels, nous pouvions
comprendre l'organisation de ce que nous voyions. Le
fossé que nous observions entre ce que nous croyions être
l'agronomie et l'agriculture de cette petite zone
d'Afrique tropicale humide se résumait à notre incapacité
à distinguer, de prime abord, les plantes cultivées de
celles qui ne l'étaient pas et les arbres spontanés de
ceux qui étaient plantés. Dans ce fouillis de végétation
exubérante, seul le café présentait cet aspect cultivé
que nous reconnaissions dans l'alignement des plants et
qui correspondait à l'image que nous nous étions faite à
partir des quelques livres lus, un par culture et achetés
chez Maisonneuve et Larose avant notre départ. Nous
fûmes, également, étonnés quelques jours plus tard,
lorsque nous sommes allés, avec un collègue de Ir école
d'agriculture, découvrir d'une hauteur, une vue générale.
Nous étions sans mots pour décrire ces toits de tôle
brillant au soleil et cette végétation touffue, uniforme,
parcourue de quelques pistes rouges, à peine visibles. Ce
paysage, sans voir les hommes, n'aurait eu aucun sens, à
nos yeux, si mon collègue, riche en lectures sur la
région, ne s'était empressé de m'apporter les lunettes de
DONGMO (Le dynamisme bamiléké, 1981) pour comprendre ce
milieu, aussi foisonnant que complexe, même si ses
commentaires étaient, sans que nous le sachions,
3
fortement connotés d' etlmicisme . C'est ainsi, qu'on nous
décrivit, plus que nous ne le vimes réellement, ce bocage
formé d'un maillage régulier de haies et ces cul tures
ordonnées le long de la pente pour une utilisation
optimale des aptitudes culturales des sols. Notre
"descente sur le terrain", selon le terme consacré à
l'école où nous travaillions (révélateur de la place
qu'elle s'attribuait dans le milieu) s'acheva par une
halte chez un maraîcher spécialisé, véritable ferme de
Blancs tenue par un Noir et illustrant ce que notre guide
m'apprit être le dynamisme bamiléké.

Notre pratique d'enseignante, dans le cadre de ce


que nous appelions "activités extra-murales", se limita,
dans un premier temps, à retrouver dans le paysage ce qui
était expliqué dans les deux tomes du "dynamisme
bamiléké". Or, il y avait, autour de nous, tous les
signes d'une activité agricole structurée que nous avions
du mal à saisir: des gens qui travaillaient la terre, des
lieux où l'on produisait, des récoltes de toutes sortes
vendues sur le marché. En tant qu'agronome sillonnant la
région, européenne de surcroît, nous voyions venir vers
nous, des agriculteurs pour lesquels, cela ne faisait
aucun doute, Nous avions les réponses à leurs problèmes
agricoles. Nous nous sentimes ainsi contrainte de
structurer la réalité agricole, pour mieux la comprendre
et agir sur elle et fumes amenées à adopter, enfin, une
attitude de chercheur regardant des hommes et des femmes
travailler en oubliant toutes nos références implicites à
des normes européennes et peu aptes à nous faire
progresser dans notre compréhension. Nous nous engageâme,
donc, dans la recherche d'un nouveau sens à mettre sous
les termes "exploitation agricole", "champ", "parcelle",
dans ce que nous aurions pu appeler notre nouvelle bible
agronomique. Même si cela ne nous amenait pas à penser,
pour autant, que nous trouverions automatiquement une
solution aux problèmes que l'on nous posait.

4
Dans cette recherche, nous avons été séduite par la
démarche d'un agronome Belge, DE SCHLIPPE (1986, p.23)
qui dit que "l'agriculture est le secteur où l'on observe
la plus grande interaction entre l'environnement et la
culture humaine qui s'est développée dans et à partir de
cet environnement". Selon notre propre expérience, nous
avions constaté qu'il était impossible de donner à une
notion conune la parcelle, le sens de "portion de terrain
portant la même culture" qu'on lui attribue en Europe. Il
fallait donc se libérer du langage agronomique classique
dont l'existence fait référence à des techniques, une
organisation du travail et une technologie propres à
notre cul ture. Pour définir une notion comme celle de
"parcelle", il fallait retenir une définition qui
s'applique à l' hétérogénéité qui caractérise la plupart
des couverts végétaux et abandonner l'idée d'une unité
d'utilisation, les deux conceptions se référant à une
relation que l'homme entretient avec la nature,
différente dans chaque cas. A ce sujet, DE SCHLIPPE
(1986, p. 98, 99) dit "quand un fermier européen souhaite
un degré de fertilité exceptionnellement élevé pour faire
germer des légumes, il crée, dans ce but, un lit pour les
semences en transportant des charretées de fumier qu'il
composte; il est libre ensuite de donner une forme
rectangulaire nette. Chez les Azandé ce sont les
circonstances qui créent ce lit... Le désordre apparent
est dû au fait que les agriculteurs brodent leurs
activités sur un canevas fourni par la nature".
Il apparaissait de notre devoir, si nous voulions adopter
une démarche scientifique, d'" inquiéter la raison et
déranger les habitudes de la connaissance objective" dit
BACHELARD (La formation de l'esprit scientifique, p.247)
et de trouver dans de nouvelles définitions, ce genre de
pression environnementale directe, mais aussi, celle
indirecte d'un modèle coutumier qui exige des individus
des obligations mutuelles.

5
Pour décrire l'activité et l'intelligence agricoles
de la région, les unités structurelles qui nous ont
semblé les plus appropriées sont les suivantes:
-la portion de terre d'un seul tenant, cultivée par
une seule personne ou par un même groupe de personnes
correspondant à un fond écologique et à un calendrier
agricole relativement précis et que nous appellerons
parcelle.
-l'ensemble englobant parfois plusieurs parcelles
et qui, bien que se référant à une unité écologique et
des critères globaux de gestion (niveau d'accès aux
intrants, accession à la terre) peut correspondre à
plusieurs calendriers culturaux, et qui sera pour nous le
champ.
Nous avons donc entrepris ce travail dans l'esprit d'une
approche globale dans laquelle nous tentons d'étudier
l'agriculture à la fois du coté de l'homme et des
sciences naturelles.

Différentes conceptions de l'agronomie

Si pour qualifier le fonctionnement et le résultat


de l'agriculture un certain nombre d'indicateurs communs
à tous les agronomes peut être retenu, la lecture que
l'on peut faire de la fertilité laissée par cette
agriculture ne peut être faite qu'en rapport avec la
conception qu'on a de l'agronomie. Le survol que nous
proposons des deux grands courants observés dans
l'application de l'agronomie ne fournit pas un inventaire
exhaustif des pratiques des agronomes et se place
volontairement dans l'exagération. Nous avons cherché à
dégager ce que nous pourrions appeler deux idéaux-types
de l'agronomie. Ceci dans le but de voir comment la
notion même de fertilité peut prendre des sens différents
en fonction de la conception qu'on a de l'agronomie.

6
Pour un premier groupe d'agronomes, la fertilité
reste constamment menacée par les prélèvements que lui
font subir les agriculteurs sans la préoccupation
constante de restitutions compensatoires. Le souci de
nourrir une population de plus en plus nombreuse a
conduit l' homme à modifier de façon profonde le milieu
biologique, à livrer certaines terres à la dégradation et
à l'érosion pour un profit immédiat, sans considération
pour l'avenir. En région tropicale, les monocultures de
plantes épuisantes qui forment d'après DUVIGNEAUD (1982,
p.240) "des fronts dévorants" illustrent cette
dilapidation, par l' homme, des ressources naturelles. La
recherche, pour l'agronome, d'une harmonie avec le milieu
naturel, semble être dans ce cas, une préoccupation aussi
importante que d'obtenir un rendement maximum des plantes
cultivées. En terme de pratiques, on sait que la
couverture végétale est un facteur important de
limitation des dégradations du sol, ce qui a incité à un
retour en arrière sur le plan de la simplification des
rotations. Le milieu naturel est considéré comme un
élément fragile mal connu dans ses fonctionnements
internes, sorte de boite noire que l'on préfère perturber
le moins possible par un minimum d'interventions
culturales. Ce grand retournement de l'approche
agronomique est né dans les années 50, après qu'un
certain nombre d'excès ait poussé à considérer
l'optimisation du complexe eau-semence-engrais, à
l'origine de la révolution verte, comme dangereuse.

Les agronomes que l'on pourrait qualifier de


"productivistes" recherchent, pour leur part, à créer un
déséquilibre positif permanent dans la gestion de la
fertilité afin de maximiser la productivité des cultures,
sans toutefois sacrifier de façon irrémédiable les
potentialités du milieu. Dans ce cas, la priorité est
donnée aux performances agricoles immédiates et l'on
ajuste l'agressivité de la ponction réalisée sur le
milieu en fonction des capacités de celui-ci à conserver
7
un minimum de fertilité à long terme. L'enrichissement
des sols comme l'amélioration des capacités de la plante
à en tirer le meilleur parti (lutte phytosanitaire,
pratiques culturales) devient dans ce cas le but des
interventions agronomiques. Ici, on finit par créer un
milieu de plus en plus contrôlé au point qu'il est
difficile de retrouver intact les processus et
régulations naturels de l'écosystème. Dans cette création
d'un milieu agronomique artificiel, la maîtrise des
effets secondaires des différents intrants 1 pose de
nombreux problèmes qui ont entraîné une critique sans
concession de ce type d'agriculture. Dans le milieu
africain, le niveau de maîtrise de la gestion agricole
est tel, pour des raisons socio-politiques, qu'il est
quasiment impossible de mobiliser en temps, capital et
savoir, toute la panoplie des intrants recommandés, sauf
dans le cas d'agricultures contractuelles ou agro-
industrielles.

Les points de vue habituels sur l'agriculture


bamiléké

L'agriculture véritablement paysanne, telle qu'on


la trouve en pays bamiléké, à la fois familiale dans sa
conception, culturelle dans son rapport au terrain et
minuscule dans sa dimension économique offre un cadre
exemplaire à une approche à la fois agronomique et socio-
anthropologique de la fertilité des sols.La confusion
entre unité de production et unité de consommation, entre
milieu de travail et milieu familial fait que
l'exploitation familiale n'est comme le dit BARTHEZ (cité
par MORLON, 1992), ni une famille ni une entreprise mais

1
Terme qui se rapporte à ce que l'agriculteur
fournit pour implanter une culture: semences, engrais,
quantité de travail. On dit aussi "inputs".

8
les deux à la fois. Il existe une relation personnalisée
au travail qui fait que celui-ci n'est pas un facteur de
production. Pour MORLON (1992), il a trois fonctions, la
reproduction (travail domestique), la production
consommée, la production vendue. De la même façon, la
terre est plus un patrimoine qu'un facteur de production.
Le système technique que cette agriculture développe doit
être placé au coeur des rapports de la société avec son
environnement. Cette relation homme-milieu est
perceptible dans les pratiques. Selon BLANC-PAMARD et
MILLEVILLE (1985, p.104), "les pratiques paysannes
résul tent de savoirs et des savoir- faire accumulés et
renvoient au milieu, à sa perception et à l'utilisation
qui en est faite". Pour ces auteurs, les pratiques
doivent être vues comme des choix résultant d'inter-
relations complexes entre des contraintes et des projets
à caractère social ou productif, parfois contradictoires,
plus ou moins explicites. Le résultat, en terme de
fertilité des sols, des pratiques agricoles doit être vu
de la même façon, dans une cohérence d'ensemble reflétant
les objectifs parfois antagonistes des acteurs, les
caractéristiques de l'écosystème, l'environnement socio-
économique, la disponibilité en terres, en travail, en
moyens techniques etc.

Modèle d'une des rares agricultures familiales


intensives africaines capable de fournir une alimentation
riche en calories, protéines animales et vitamines à une
population dense, elle est citée corrnne exemple que l'on
oppose à l'agriculture itinérante sur brûlis de la
plupart des pays africains. Elle est le produit et le
fondement d'une civilisation qui, cas exceptionnel en
Afrique, a su opérer une rénovation de ses options.
Depuis longtemps, ces agriculteurs transformés en
planteurs de café Arabica ont opté pour une utilisation
importante d'engrais et de pesticides, pour le recours à
de la main d'oeuvre spécialisée dans la taille du café et
pour un encadrement technique et commercial musclé
9
relativement bien assuré par une coopérative qu'ils ont
su utiliser (COURADE, 1991, p.17-28, p.112-127). De leur
coté, les femmes apparemment asservies, .comme partout
ailleurs sur le continent, par un régime matrimonial
polygamique basé sur le principe de la dot, ont, elles
aussi, accès aux instruments de production témoignant de
leur indépendance économique. La flexibilité dont a fait
preuve cette agriculture, à l'occasion des crises de son
histoire, semble provenir de sa capacité à mobiliser une
organisation socio-politique qui fixe nombre de règles
interférant avec le fonctionnement agricole. L'aide la
plus conséquente dans la régulation agronomique est sans
doute fournie par l'immigration, véritable institution
permettant d'ajuster les besoins aux potentialités du
milieu. En cette dernière crise, elle n'a échappé à une
déroute totale que grâce à son aptitude à abandonner
l'option du "tout café" pour engager une certaine
diversification de ses activités et au repli que nous
espèrons temporaire, sur une agriculture moins
artificialisée. Ainsi des limites sont nettement apparues
quand à la capacité de cette paysannerie, fragilisée par
sa dépendance vis à vis des intrants, le vieillissement
des planteurs, l'évolution des relations ainés-cadets, à
prendre en charge seule la régulation démographique et
l'approvisionnement en inputs. Mais la baisse des
performances de cette agriculture, sans encadrement et
sans subventions, n'a pas été à la hauteur des craintes
perpétuelles des agronomes. Il semble, donc, que la
réalité de la fertilité dans cette petite région échappe
aux analyses classiques de la productivité agricole.
Celles-ci sont basées sur le niveau des apports en
technologies importées et excluent, de l'explication des
niveaux de production, des technologies comme l'agro-
foresterie et ses savoir-faire spontanés de restitution
organique, si importants pour cette région.

10
L'approçhe que nous avons développée

De façon classique, la fertilité s'identifie à la


domination de la nature par l'honune. L'agriculteur est
animé par la recherche d'un rendement maximum de ses
cultures. Cette approche repose sur l'étude des
conditions naturelles des sols et sur celle du progrès
technique permettant d'améliorer l'efficacité du
processus de production. Ce qui compte c'est qu'une
estimation des potentialités pédologiques 2 des terres
soit faite en terme de quantité que l'on peut extraire.
Tout se fait par bilan: le bilan eau-sol-plante, le bilan
entre ce qui entre (intrants) et ce qui sort (rendement).
L'important pour la fertilité et qui détermine l'activité
agricole, c'est de comparer un résultat à un
investissement. C'est d'après la récolte que le savoir-
faire de l'agriculteur sera reconnu. Augmenter le volume
de récolte est considéré comme une fin en soi et permet
de reconnaître les bons agriculteurs. Cette idée, si
familière aujourd'hui pour bon nombre d'agriculteurs
européens est en réalité peu évidente pour un agriculteur
africain. L'exploitant bamiléké est en butte à un certain
nombre de contraintes imposées par la "tradition" qui
vont entraver la poursuite d'un rendement maximum. "Par
nature", il ne désire pas gagner de plus en plus
d'argent. Ce qui importe, dit WEBER (1904, cité par
COLLIOT-THELENE, 1995, p.120) à propos du rapport entre
l'esprit du capitalisme et la tradition, c'est " tout
simplement, de vivre selon son habitude et gagner autant

2
Rassemble les notions de fertilité physique,
chimique et biologique telles que définies par REBOUL
(1989, pp. 57-71). Capacité de réponse productive du sol
aux interventions culturales qui modifient leur état
physique, chimique ou biologique.

11
d'argent qu'il lui en faut pour cela". L' agricul teur
bamiléké veut d'abord être un homme qui remplit sa
fonction sociale. Il est à la tête de son exploitation
surtout pour honorer les crânes de ses- ancêtres, remplir
ses obligations sociales vis à vis des autres lignages du
quartier, "doter" ses fils qui doivent "partir en
mariage". Ce qu'il retire de son activité agricole ne
sera pas réaffecté en priorité à celle-ci mais à des
dépenses qui peuvent paraître irrationnelles aux yeux
d'un étranger, telles les "funérailles" qui ont lieu
parfois plusieurs années après la mort de quelqu 1 un et
destinées à le faire accueillir par les ancêtres.
Sacrifier l'activité agricole pour des obligations
sociales est une pratique courante. Une sensibilité
particulière pour l'environnement est par ailleurs
évidente. Ayant pris conscience de sa dépendance vis à
vis d'une nature qui restera prolifique aussi longtemps
qu'il en prendra soin fait que l'agriculture reste dans
les limites d'une pratique préservatrice. La rentabilité
du travail n'est pas inscrite dans la logique de la
distributions des droits de culture qui verra les femmes
d'une exploitation travailler sur des terres éloignées
tandis que celles proches de la maison sont occupées par
d'autres femmes. Tout cela explique notre besoin d' une
approche nouvelle pour étudier la fertilité: il s'agit de
retrouver dans la gestion agricole la traduction de
toutes ces préoccupations "traditionnelles" et
"irrationnelles" pour les agronomes classiques que nous
sommes.

L'originalité du pays bamiléké

Il est coutume de parler du "pays bamiléké" pour


définir l'ensemble des hauts plateaux situés à l'Ouest du
Cameroun. D'altitude supérieure à 1000m et étagés, ils
longent un alignement d'édifices volcaniques orientés
SSW-NNE et bordés de plaines périphériques (plaine des

12
M' BOS, plaine du NOUN). Situé entre le Sème et le 6ème
degré nord, le pays bamiléké occupe cinq départements) de
la province administrative de l'Ouest du Cameroun:
BAMBOUTOS, MENOUA, MIFI, HAUT NKAM et NDE. Vus d'avion,
ces reliefs apparaissent comme un ensemble cohérent et
intensément cultivé. Le climat y est subéquatorial,
camerounien d'altitude comprenant seulement deux saisons.
Le socle porte sur sa majeure partie une couverture
volcanique. La plaine des M' BOS est formée de sédiments
détritiques. Les sols appartiennent à trois grandes
catégories: les sols peu é,,"Olués sur roches volcaniques
récentes, les sols hydromorphes, les sols ferralitiques
dérivés aussi bien du socle que de roches volcaniques
(Fig. 1). Ses principaux cours d'eau s'organisent en deux
bassins fluviaux: celui du NOUN auquel appartiennent les
départements de la MI FI et du NDEj celui du NKAM dont
fait partie la MENOUA. On se réjouit des immenses
possibilités naturelles offertes par la combinaison de la
situation d'altitude et de volcanisme. Grâce à ces
caractéristiques physiques le climat y est modéré et les
sols d'une bonne fertilité générale, ce qui permet la
croissance d'une grande diversi té de cultures. On
pourrai t croire de prime abord qu'il n' y a pas beaucoup
de différences entre les parties méridionale et
septentrionale de cet ensemble tant il tranche avec les
régions environnantes par la densité de la population
(Fig. 1), la maîtrise de la végétation et l'importance de
son réseau de pistes. Le réseau routier permet les
échanges à l'intérieur de la région et avec l'extérieur.
Un axe routier goudronné passant par Bafoussam rallie
Douala à Yaoundé. Il passe au Nord de notre zone, via
Foumban. Un autre axe le relie au Nigéria, via Bamenda.
Une route goudronnée part de Dschang pour rejoindre

La province compte 7 départements depuis un décret


de septembre 1992 au lieu de S précedemment.

13
Bafoussam. Avec une population de 1 200 000 habitants en
1989, la région représente 10% de la population
nationale. Elle occupe seulement 1,5% du territoire
national avec une superficie totale de 6200 km 2 englobant
une Surface Agricole Utilisée de '171 700 ha soit 28% de
la superficie totale. La région a, donc, des densités de
population importantes, 205 habitants/Km2 alors que la
moyenne camerounaise est de 22 habitants/Km2. Rapportée à
la Surface agricole' ttilisée cette population présente
une occupatio?: de 740 habitants/Km 2 de SAU contre 51
habi tants/Km 2de', SAU sur l' .ensemble du Cameroun.
;.~.~j ~,{_~ IJ~ "(,J\p.',:,, ,:l ;. IX~·. _~ ~ .~'. ,,?j~.:. (;,
? .. ;~"-..; . ., .. L''::4·''~2.rr·.,.
.~ ~.., ... --:. .'

:,.

14
Fig. 1: Les densités rurales en 1987

_ ~ 200 hablkm' l2Z1 52-102 habl'<m'


o
10)· 199 hablkm' o S 51 habl'<m'
30KM
1,====,'

Source: JANIN (1995, p.202)

15
Les différences sont pourtant importantes au sein même de
ce bloc et l'on peut dire qu'il n'y a guère de choses en
commun entre sa partie centrale où les arabiculteurs
occupent une place importante, la partie Sud plus basse,
moins densément occupée par les producteurs de robusta et
de palmiers et la partie Nord, plus haute et domaine des
pâturages. Les températures y sont fonction de
l'altitude.
Tableau n01: Diminution des températures avec
l'altitude sur l'ensemble des hautes terres de l'Ouest
altitude température température
(m) maximale (OC) minimale (OC)
Mamfé 152 34 Mars 18 Octobre
Santchou no 25,7 Février 22,5 Octobre
Nkongsamba 877 23,5 Mars 20 AoUt
Dschang 1398 21,3 Mars 19,1 Juillet
Baf';ussam 1460 21,7 Mars 19,1 Juillet
Bamenda 1615 27 Février 14 AoUt

Source: J.L. DONGMO, 1981, le dynamisme bamiléké, p.34.

Il ne faut pas oublier d'intégrer aux aspects physiques


ce que les pessimistes se contentent de déplorer: les
fortes densités de population en croissance continue. Le
taux de croissance de cette population est élevé: 3,4%"
par an, légèrement supérieur à l'ensemble du pays
(3,2%"/an). L'indice de fécondité des femmes est de 8,5
enfants à SOans (DONGMO, 1981, p. 73). On ne peut guère
penser que le contrôle des naissances soit une priorité
tant que les enfants resteront pour les femmes la seule
"assurance-vieillesse" sur laquelle elles peuvent
compter. Dans la tradition déjà, un prestige particulier
revient aux familles nombreuses. Les mères de jumeaux
(Ma-fo) ont un poids plus important dans les décisions de
la famille. Privée de main d'oeuvre pour les travaux des
champs, une femme sans enfant a, en plus, une idée
d'elle-même souvent dévalorisée. C'est la raison pour
laquelle, dans la famille, chacun s'arrange pour lui
"donner" des enfants. Ainsi conçue, la société bamiléké
dans laquelle chacun aspire à une grande famille est sans

16
cesse confrontée au problème de sa démographie. Avec une
telle population le pire peut arriver, même s'il n'est
pas certain: dégradations de l'écosystème, épuisement des
sols, surpâturage, pollution ... Comme le montre le tableau
n02, la répartition de la population est inégale d'un
département à l'autre.

Tableau n02: Superficie, Surface Agricole Utilisée et


population des départements du pays bamiléké
Isuperficie Isurface agricole 1SAU/St 1Population IPop./s~ IPop./s~~--
1totale (Km') lutilisée(ha) 1 (\-) 11989 (x10') 1 1
1 St 1 SAU 1 1 Pop. 1 1

Bamboutos 1 1 170 1 48 000 ~ 245,5 1 209 --, 5,1


Haut Nkaml 960 1 19 300 1 20 1 179,3 1 187 1 9,3
Ménoua 1 1 380 1 53 200 1 39 1 256,1 1 186 1 4,8
Mifi 1 1 170 1 36 600 1 31 1 399,6 1 342 1 10,9
Ndé 1 1 520 1 14 600 1 10 1 104,1 1 69 1 7,7
Pays 1 1 1 1 1 1
bamiléké 1 6 200 1 171 700 1 28 1 1 184,6 1 191 1 7,4
, 1 ! ! 1 .L-- _

Source: Annuaire de statistiques agricoles 1987/88; Rapport économique de la


province de l'OUest, exercice 1986/87 (Cité par BAZILE, 1990, p.40).

La proportion de ruraux était en 1987 de 77,6% de


la population totale (63,9% sur l'ensemble du Cameroun)
et le taux d'urbanisation inférieur à la moyenne
nationale. Il n'y pas de véritables villes en pays
bamiléké, tout juste d'immenses marchés où se concentrent
des activi tés artisanales périphériques à l' agricul ture.
Individuellement ou collectivement, les hommes jouent un
rôle aussi important que le milieu dans l'histoire
agricole même s'ils ne sont pas toujours maîtres de la
4
situation. Le climax était à l'origine indiscutablement

4
Formation végétale pionnière en relation avec le
climat, le type de roche-mère correspondant et à une
époque considérée. Pour DtNIGNEAUD (1982, p.30), "le
climax est en principe la biocénose la plus stable et
17
forestier. Aujourd 1 hui il a presque totalement disparu
sous l'action de l' homme. Ainsi, une présentation
détaillée du contexte physique de la région ne doit pas
faire penser qu'il est le déterminant unique de la
fertilité. Une mise en perspective historique et
systémique doit, au contraire, nous permettre de
critiquer des approches qui tendent à rendre le "naturel"
responsable de l'évolution de cette agriculture. Pour
nous, définir la fertilité de cette agriculture c'est
aussi nous prononcer sur sa durabilité. Les blocs
diagrammes suivants donnent une idée des différents types
de paysage produits par les populations en fonction de
leur densité et de l'altitude.

plus complexe, la plus "diversifiée" d'une succession


dynamique primaire".

18
Fig 2. Diagramme paysager sur le plateau basaltique

Enclos
OJ porc
Arbrr de pail
d'une

Cal~ierr

C~ Case

Cultures
Vivrier'è'S

Ruisseau

19
Fig.3: Diagramme paysager sur le plateau granitique

ChampS V,vriers
permanents

MQ'':JK:ho;e
de bas-fond

20
Fig.4: Diagramme paysager en zone d'altitude (2000 -
2700m)

21
Le pays bamiléké est intégré dans un ensemble
ethnique dominé par l'ethnie du même nom. Il est
administré traditionnellement sur un mode de chefferies
d'importance inégale: sur les 103 chefferies de la
région, certaines comme BAGAM (département des BAMBOUTOS)
couvrent 288 km 2 et comptent près de 60 000 habitants,
d'autres ne dépassent pas 18 km 2 et ont à peine plus de
2000 habitants. Le chef est désigné par son prédécesseur
qui est généralement son père ou un frère. Il détient
tout pouvoir sur la terre qui est celle des ancêtres et
sur les hommes à qui il attribue ou retire le droit de
cultiver. Il est entouré de conseillers (les sept ou neuf
sages de la chefferie). La chefferie se scinde en unités
sociales et politiques plus petites par un morcellement
hiérarchique qui passe au quartier puis à la concession
(exploitation agricole). Cette hiérarchie humaine est
fidèlement traduite dans l'espace. Les limites des
chefferies et des quartiers sont matérialisées par des
lignes d'eucalyptus ou d'arbres de la paix (Dracaena
deisteliana s ). Les concessions agricoles sont séparées
les unes des autres par des haies. On n' en reste pas
encore là: à un niveau inférieur, les champs des femmes
peuvent être individualisés par des arbustes imposants du
type Vernonia ou goyavier.

Trois principes constituent la trame de cette


hiérarchisation de la société:

-Le chef attribue des titres de notabilité. Celle-


ci se mesure à la surface des terres du patrimoine, au

Selon GAUTIER (1991,p.1l4), "il doit son nom ( ... )


au fait qu'il servait de "drapeau blanc" pendant les
conlits guerriers entre chefferies voisines. Il était
brandi à deux mains par les mères de jumeaux qui
obtenaient ainsi le cesser-le-feu".

22
nombre d' épouses, aux droits matrimoniaux en "Ngkap ,,6 et
à divers pouvoirs symboliques.
Les migrants fortunés peuvent aujourd'hui accéder à cette
hiérarchie, acheter des terres et des titres et rentrer
au village. Ce qui renforce ce système.
-Un seul fils héritier est désigné pour reprendre
la totalité de ce patrimoine à la mort du père dont il
prend le nom et la position. Il n' est pas forcément
l'aîné. Sa désignation est un souci maj eur pour le chef
de famille. Ce dernier fait part de son choix à des amis-
confidents qui le feront connaître le moment venu lors de
la succession.
-Les "cadets" (non-héritiers) célibataires ont la
possibilité aujourd'hui de migrer vers les villes. Le
développement de cette pratique est l'occasion pour ceux
qui réussiront à s'enrichir de réintégrer une place dans
la hiérarchie élective.
Ce qui fait dire à WARNIER (1993, p.70) que "malgré
quelques variantes locales, les sociétés bamilékés sont
des sociétés hiérarchisées, inégalitaires dans lesquelles
le succès d'une minorité d' horrunes se paye aux dépens de
cadets déshéri tés et de femmes engagées dans la
production agricole".

Comme les "Dioulas" d'Afrique de l'Ouest (étudiés


, 7
par LABAZEE, 1992) , les Bamilékés sont des
entrepreneurs. L'explication sociologique de leur

6 Système traditionnel qui donne droit à quelqu'un de


récupérer la dot de filles issues d'un mariage que l'on a
financé.

7 LABAzÉE (P.), 1992 - Les patrons de corrunerce ouest-


africains. Hommes d'affaires ou spéculateurs? Table ronde
sur crises et ajustements structurels: les dimensions
sociales et culturelles (Abidjan. 30 noyembre-1er juin
~ , Abidjan, GIDIS-CljORSTOM, 1Sp. multigr.

23
aptitude à l'accumulation se réfère aux densités de
population importantes, à une forte scolarisation, toutes
deux se traduisant par une migration urbaine bien
préparée. On trouve dans la tradition mercantile des
Bamilékés une· explication culturaliste. Mais comme le
souligne WARNIER (1993, p.38) gardons-nous de généraliser
car "comment expliquer que la grande majorité des
migrants bamilékés échoue en affaires et qu'ils
fournissent les gros contingents paupérisés qui peuplent
les bas quartiers de Douala et Yaoundé?". Conditionnés
pour la compétition depuis leur enfance les Bamilékés
sont des agriculteurs remarquables, soucieux de la
productivité autant que de la préservation de
l'environnement. Or il apparaît bien ici, comme dans
beaucoup d'autres endroits que les hommes soucieux de
faire produire leur terre se conduisent vis à vis du
milieu en apprentis sorciers. Leurs pères avaient pris
soin de préserver le capital écologique par le biais de
la couturne de l' héri tier unique et par celui d'espaces
communautaires, comme les réserves foncières de préserver
le capital écologique. Cela leur donnait une sécurité
alimentaire et une continuité à la terre des ancêtres.
Les agriculteurs d'aujourd'hui mettent parfois ce
patrimoine en péril pour une bien maigre amélioration de
leur condition: des terres communautaires sont vendues
par les chefs pour servir aux activités spéculatives
(maraîchage) de quelques "élites". Des réserves
forestières classées "zones protégées" sont massacrées et
mises en cultures avec la complicité de tous et pour de
bien faibles compensations. La dégradation des pâturages
est en marche alors que la compétition spatiale entre
éleveurs mbororos et agriculteurs bamilékés s' avère de
plus en plus aiguë (COURADE, 1980, p.265). Les activités
agricoles ayant tenté de conquérir de nouveaux espaces au
détriment des jachères et des pâtures accentuent
l'érosion. En raison de problèmes démographiques sérieux,
ils n'ont pas une gestion uniforme de leur environnement
ni le souci constant de sa préservation.
24
Les spécificités de l'agriculture bamiléké

La région se définit d'abord comme, productrice de


café: 51% des exploitations ont de l'arabica, 29% du
robusta parce qu'elles sont en dessous du seuil
altitudinal de l'arabica. En 1987, la production
d'arabica s'élevait à 12 607 tonnes exportées, payées au
producteur 520 FCFA le kilogramme qui, ainsi, empochaient
51,4% des 6, 550 milliards de produit brut apporté par le
café ( le cours mondial était de 1011 FCFA/Kg la même
année). A la suite de la chute des cours, la production
du café est en baisse: entre 1981/82 et 1987/88, la
diminution de celle-ci a été de 6, 5%/an pour l'arabica,
moins forte pour le robusta, 3,6%/an. En 1987/88, le
niveau de production de l'arabica est estimée à 1,4
qx/ha, celle du robusta à 3,8 qx/ha. Malgré tout le café
est resté l'élément essentiel de structuration des
exploitations agricoles. Un planteur sur sept est "grand"
avec plus de 2000 pieds (un hectare) alors que plus de la
moitié des exploitations en compte moins de 1 000 pieds.
Leur situation est fonction de la taille de la plantation
et de la place du café dans les revenus à côté des
vivriers, des maraîchers et des activi tés extérieures.
Les producteurs n'ont pas tous les mêmes possibilités de
reconversion: en période de crise les grands ont été ceux
qui ont le mieux réagi. Les petits (moins de 500 pieds)
n'ont pas eu la même chance, obligés parfois d'abandonner
la caféiculture sans véritables reconversions possibles.
Ils représentent moins de 15% du verger caféier mais 20%
des ménages. Le cacao est marginal (1 115 tonnes
produites en 1987), présent dans les écologies de basse
altitude du HAUT NKAM, de la MENOUA et du NDE. Son niveau
de rendement est de 4, 6 qx/ha. Les autres cultures de
rente sont encore plus rares: le tabac de coupe dont on
produit 200 tonnes chaque année, le palmiste dans le HAUT
NKAM. Le Thé (264 tonnes) est produit par un complexe

25
agro-industriel, la cnc, sur 443 ha de la MENOUA. La
culture du riz fait l'objet d'un projet de développement
de la plaine des Mbos (SODERIM). Il était prévu
d'aménager 200 hectares de casiers rizicoles et
d'installer 2 500 familles. Le taux de réalisation des
travaux n'était que de 57% en 1987. Faute de crédit, les
réalisations ont été suspendues. La caféiculture a été à
l'origine de l'introduction des engrais dans les années
50. En 1980, 88% des caféières recevaient une
fertilisation et sans avoir l'exclusivité des engrais en
percevait la plus grosse part. L'estimation de la
consommation d'engrais à l'hectare en 1980 s'établissait
à 220 Kg/ha/an pour la MENOUA et à 294 Kg pour les
BAMBOUTOS. En 1990, dans les débuts de la crise, les
quanti tés moyennes d'engrais achetées par les
exploitations n'étaient plus que de 312 Kg par
exploitation utilisatrice contre 527 Kg en 1986. C'est
dans les départements centraux densément peuplés que
l'engrais a été le plus utile. Il a permis de maintenir
un niveau intensif de l'utilisation du sol. C'est le
dense réseau d'encadrement coopératif et la
diversification maraîchère qui ont amené une telle
consommation d'engrais. Les quantités distribuées en 1986
par l'intermédiaire de la coopérative s'élevaient à 36
200 tonnes, tous types confondus.

L'introduction des cultures de rente ne s'est pas


traduite par un abandon du vivrier. Parmi les cultures
vivrières, le mais est la plus fréquente: plus de 90% des
exploitations en possèdent. On cultive aussi le macabo,
le taro, les plantain, haricot, arachide, igname, manioc,
voandzou, niébé ainsi que la pomme de terre (surtout dans
les bamboutos). Le recensement agricole de 1984 nous
donne une idée de la participation de la région à la
production nationale des différents produits (tableau
n03) .

26
Tableau n03: Contribution de la région i la production agricole nationale

Cultures Production annuelle du Production annuelle Contribution


1 Ipays bamiléké (tonnes) Idu Cameroun ( tonnes) 1de la région
1 1 A B A/B!t)
1
ICafé Arabica 1 19 240 35 400 54\-
ICafé Robusta 1 20 980 118 830 18t
IMais 1 63 020 63 020 15t
1Ignames 1 34 250 34 250 31t
1 Pomme de terre 1 13 870 13 870 33\-
1Macabo/taro 1 37 170 37 170 19t
1Manioc 1 50 200 1 385 300 4\-
1Haricot 1 12 750 54 460 23t
7 750 99 180 8t
1Arachide
! ,1

Source: composé à partir du Recensement agricole au Cameroun de 1984.


Ministère de l'agriculture, Direction Nationale du Recensement
agricole. vol l et 2.J, 1986.

Ces cultures sont conduites en association. Les champs de


cases occupent des surfaces restreintes mais offrent un
des cas de figure les plus complexes des associations.
Ils font l' obj et de soins particuliers. Ils sont
caractéristiques de l'espace boisé qui entoure les
habitations. La présence de bananiers et d'arbres est
également importante dans la caféière et occupe la
portion du versant qui va du champ de case au fond de
vallée. Au fil des ans, les frondaisons des cafés et des
arbres d'ombrage sont de plus en plus épaisses et la
caféière devient un véritable système agro-forestier. Les
vivriers cultivés sous les cafés évoluent vers des
9
espèces sciaphiles • Les sommets de collines font l'objet

Champ situé autour de l' habitation, recevant les


déchets de cuisine et les cendres, occupé â la fois par
des cultures vivrières et du café. On y a recours
fréquemment pour la confection des repas. Il se
singularise par la bonne croissance des cultures parmi
les mieux fertilisées et la présence de plantes
condimentaires.

Se dit d'un végétal (ou d'une formation végétale)


qui préfère l'ombre.
27
d'une mise en culture de plus en plus systématique. Les
associations qu'on y trouve, en l'absence de couvert
arboré, sont composées d'espèces héliophiles. Elles
forment des ensembles moins touffus que les premiers et
on les a souvent assimilées à des potentialités chimiques
moins bonnes des sols. On peut donner un schéma d' une
toposéquence "construite" à partir de ces principaux
types d'association.

28
Fig.5: Toposéquence type en pays Bamiléké

29
Depuis plus de deux décennies, les cultures
maraîchères se développent sur des espaces nouveaux
gagnés sur des zones jusqu'alors peu rentabilisées.
Concernant surtout des espèces d'origine tempérée, elles
méritent qu'on s'y arrête car leur culture marque en plus
une rupture avec le passé. Leurs localisations
préférentielles sont les lisières drainées des cours
d'eau et les terres prises sur les pâturages. Elles ont
bénéficié de l'impulsion d'un projet néerlandais qui a
créé le CEIPS en 1973 à la ferme Pastorale de Djutittsa.
Des stages en maraîchage ont été organisés à l'intention
des agriculteurs. Aujourd'hui, à partir de variétés
importées, on y multiplie des semences de pomme de terre
vendues aux agriculteurs. Les espèces cultivées en
maraîchage sont le chou, la carotte, les salades,
l'oignon, la tomate, le poireau, l'ail et la porrnne de
terre. Leurs débouchés sont les marchés de Douala et
Yaoundé, parfois ceux du Gabon. Elles sont implantées
selon un mode de conduite moderne basé sur la culture
pure, sur un niveau élevé d' intrants et sont souvent
irriguées en saison sèche.

Malgré une tendance à la baisse de tous les


cheptels de la région, due aux épizooties diverses,
l'élevage reste une activité importante. La situation du
cheptel en 1987 est donnée dans le tableau n04.

30
Tableau n04: Situation du cheptel en 1986/87

Espèce Nombre de têtes

Bovins 30 230
Ovins 92 400
Caprins 388 040
Porcins 458 160
Volailles 3 210 800
Lapins 26 110
Equins 430

Source: Délégation provinciale de l'élevage, des pêches


et des industries animales de l'Ouest, Bafoussam (Cité
par BAZILE, 1990, p.59).

L'utilisation de l'élevage envisagée par des développeurs


pour répondre aux besoins en matière organique des sols
intensément cultivés appelle plusieurs remarques:
l'élevage bovin est circonscrit aux zones périphériques
de la région, là où se trouvent les pâturages et non les
cultures; le parcage des animaux est très peu utilisé ce
qui limite la récupération des déjections. Les petits
ruminants lâchés dans les champs après la récolte ne
constituent guère plus une possibilité de restitution
organique. Seuls les porcs enfermés dans des enclos
créent des emplacements fertiles utilisés pour la culture
du bananier et des courges lorsqu'on déplace l'enclos. Il
concerne des surfaces restreintes. En régression depuis
la peste porcine africaine, la récupération annuelle des
déjections des porcs que l'on étendait dans la caféière
autour des habitations est devenue marginale avec la
disparition de la moitié du cheptel porcin en 1982.
L' exploi tation forestière se réduit à celle de quelques
zones où il existe des réserves: MAKOUK et FOYAVE FOMESSA
(HAUT NKAM) 1 SANTCHOU et FOREKE DSCHANG (MENOUA) ainsi
que BALENG (MIFI). Ce sont des îlots malmenés par les
activités agricoles et qui ne suffisent pas à satisfaire

31
la demande locale en bois d'oeuvre et dont la production
diminue: entre 1981/82 et 1985/86 le volume abattu dans
la province est passé de 15 802 m3 à 9 131 m3. Les deux
sociétés d'exploitation locales sont plus aujourd'hui des
unités de transformation que d'abattage. Le volume
transformé est passé de 19 687 m3 en 1981/82 à 19 060 m3
en 1985/86. Sur la même période le volume exporté au
départ de 5 326 m3 n'a cessé de décroître pour devenir
nul en 1986. Depuis 1984, le bilan des échanges de bois
d'oeuvre est négatif, les sociétés forestières
transforment du bois importé d'autres provinces pour
satisfaire le marché local. Par contre de nombreuses
espèces d'arbres sont utilisées à de multiples usages.
Servant de base à la pharmacopée, on les utilise aussi
pour délimiter les parcelles et les exploitations, pour
servir d'ombrage aux cultures plus basses ou pour la
construction du mobilier et des maisons. En principe, ils
font l'objet d'entretien et de replantation. Le bois
utilisé pour la cuisson peut cependant devenir rare dans
les secteurs les plus peuplés où l'on est parfois obligé
de l'acheter.

Plan de la thèse

La présentation de ce travail se fera en six parties:

-la prem1ere partie met en avant la prédominance sociale


dans la gestion de la fertilité agronomique. Une mise en
perspective historique permet de montrer comment on est
passé d'une approche analytique, disciplinaire à une
approche plus construite, systémique de la fertilité.
Cette approche systémique met en évidence les inter-
relations entre les différents éléments du climat, du sol
et de la plante. De plus, elle intègre l'activité
agricole au social et critique les approches
naturalistes. Elle contextualise le concept de fertilité
et montre le rôle central des représentations des
sociétés sur leur rapport à la nature. Une approche plus
32
thématique permet d'introduire les notions
d'artificialisation spontanée et d'innovations
technologiques et sociales. On peut ainsi identifier et
confronter plusieurs grilles d'analyse. On inclut les
concepts de construction permanente de la fertilité avec
pour objectif une agriculture durable (concept central de
notre analyse). Cette dernière s'organise autour de 3
pôles: économique (étude de la production), social (en
particulier l'organisation du travail) et politique
(formes d'interventions de la chefferie, de l'Etat, de la
mondialisation) .

-la deuxième partie de l'étude s'attache à décrire


l'écosystème comme champ des potentialités. Les facteurs
constitutifs de l'écosystème sont abordés dans leurs
relations deux à deux avant d' être considérés dans leur
globalité avec le bilan eau-sol-plante. La
problématisation des relations permet de donner des
réponses argumentées à des questions du type: Quelles
sont les possibilités d'amélioration des systèmes de
culture? Pourquoi ne peut-on envisager une extension des
fronts pionniers? Doit-on repenser les systèmes
maraîchers? Sur quelles caractéristiques régionales se
fondent les avantages des systèmes agro-forestiers?

-La valorisation de l'écosystème par la technologie fait


l'objet de la troisième partie. Parce que la processus de
production agricole s'organise à différentes échelles,
nous choisissons de présenter cette prise en charge de la
même façon, de la parcelle individuelle à l'exploitation.
Quelles sont les caractéristiques de cette agriculture en
terme de pratiques et d'options faites dans les
arrangements techniques et les pratiques culturales?
L'une des forces de cette agriculture provient de ce
qu'elle a su conserver ses technologies "traditionnelles"
tout en intégrant une certaine modernité.

33
La quatrième partie est l'occasion d'affirmer notre
confiance dans la mobilisation sociétale des ressources
extra-agricoles pour pérenniser l'agriculture. Celle-ci
est la mieux placée pour réguler la pression sur
l'écosystème et pour y trouver une réponse démographique
qui ne peut être que collective. Contre ceux qui
craignent que les activités extra-agricoles ne
concurrencent l' agricul ture, nous démontrerons qu'elles
viennent au contraire en appui. L'optimisation du milieu
est, par ailleurs, obtenue grâce à différents moyens,
dont la gestion des arbres et des pentes ainsi que la
colonisation d'espaces nouveaux. On doit relativiser
l'importance de la mobilisation financière et identitaire
{tontines et système de famille-providence}, confrontée
aujourd'hui à la crise et ne pouvant plus garantir toutes
les solidarités d'antan.

La cinquième partie nous amène à la question du


politique donc à l'approche institutionnelle de la
fertilité. C'est à ce niveau que se décident les
comportements, la façon de vivre ensemble, le
conditionnement des mentalités. On en revient aux
systèmes de régulation en amont de l'exploitation
agricole, donc à la chefferie traditionnelle et à l'Etat.
On constate chaque jour que la compétition pour les
terres tend à exclure ceux qui sont les plus faibles, dès
lors que la chefferie n'est pas là pour assurer un
minimum de règles du jeu. Si l'Etat est conduit à
intervenir c'est aussi parce que la régulation par le
marché ne résout pas tous les problèmes. Se pose
aujourd'hui la question de l'efficacité de son
intervention alors qu'il délaisse ses fonctions
économiques. Pour traiter ces problèmes compliqués nous
prendrons des exemples concrets comme celui de
l'encadrement coopératif.

-La sixième partie se propose d'étudier la viabilité des


modes d' exploi ta tion du milieu dans leur fonctionnement
34
systémique. Quels sont ces modes d'exploitations? En
premier on verra qu'ils fonctionnent bien comme des
systèmes. Certains, comme le système agro-forestier, sont
gérés par des indi vidus séparés qui coordonnent leurs
activités par l'intermédiaire d'une répartition des
rôles, des cultures, des strates végétales. Les pratiques
qui permettent de percevoir si ces modes d'exploitation
enrichissent, renouvellent ou dégradent la fertilité
indiquent que ce n'est pas uniforme ni dans le temps ni
dans l'espace. Ces variations expliquent qu'un mod
d'exploitation conçu dans un contexte donné puisse peu à
peu se modifier et ne plus jouer son rôle notamment vis à
vis de la fertilité.

En conclusion, il nous faut rassembler tout ce qui


paraît être du domaine des dégradations ou situations de
blocage (régulations des chefferies, solidari tés,
problèmes fonciers, disparition des jachères) ; ce qui
relève des incertitudes (mobilité géographique et
sociale, éducation généralisée, mobilisation des élites,
innovations technologiques) et enfin les espoirs ou
facteurs conservatoires de cette agriculture (condition
des femmes).
Nous sommes conscients des limites de notre étude qui ne
peut que contribuer à poser quelques jalons dans la
compréhension et l'approche d'un phénomène aussi complexe
que celui de la fertilité d'une petite région rurale
africaine et de la gestion de cette fertilité.

Les conditions de réalisation de l'étude

Pour mener à bien cette étude nous avons utilisé,


en dehors des nombreux travaux qui existent sur la
région, les résultats d'enquêtes conduites par nous-même
ou par des enquêteurs. Celles-ci ont été faites à
différents niveaux d'organisation du processus de
production: le champ, le ménage, indirectement des
35
renseignements ont été obtenus sur la communauté. Le
système d'enquête détaillé est présenté à l'annexe 1. Les
enquêtes sur les ménages ont été réalisées dans le cadre
général du projet des Observatoires du Changement et de
l'Innovation Sociales au Cameroun (OCISCA) fondé sur une
approche pluridisciplinaire et globale de la société
observée, dans une chefferie (BAFOU), plusieurs années de
suite. Ce projet a été voulu et conçu en 1989 par
G.COtJRADE (ORSTOM Paris I/IEDES) et R. OWONA (ex
Directeur du défunt Centre Universitaire de Dschang,
aujourd'hui Conseiller Spécial à la présidence de la
République du Cameroun). Financé par la Coopération
française (FAC) et l'ORSTOM, ce projet avait pour
objectif de rendre compte des effets combinés des mesures
d' "ajustement structurel" (le Cameroun entrait à cette
date sous ajustement) et de la dégradation des cours
mondiaux des matières premières. Il s'est présenté, dès
l'origine, comme un réseau d'observatoires chargé
d'informer les différents ministères techniques et les
lo
bailleurs de fonds sur la situation des filières
caféières et cacaoyères. A partir d'enquêtes légères à
passage répétés dans des villages -témoins étudiés depuis
plusieurs décennies, il a été possible d'obtenir des

la Chaque passage d'enquête sur le terrain faisait


l'objet d'un rapport:

GRANGERET (I.) et JANIN (P.), 1991- Les cacaoculteurs et


la crise en 1991: encore et toujours le
-",c",a",c""a"",o",-,-!...,(o"'-b""""'s.soe""r....,yWia"'t""o
.......
i ...r....e'---'d""""'u'---"'C""e"'n.....t....r...."e -"'d.....uL----->oC""a""m""e""r...,oo!Cun
......oL-) , rapport
d'étape phase l, Yaoundé, Projet OCISCA (CUOs-ISH-
ORSTOM), Nov.1991, 25p. multigr.

GRANGERET (I.) et JANIN (P.), 1991- Les planteurs de café


et la crise à Bafou en 1991 (Obseryatoire de l'Ouest du
Cameroun), Rapport d'étape phase l, Yaoundé, Projet
OCISCA (CUOs-ISH-ORSTOM), Oct.1991, 26p., multigr.

36
informations rapides et de les analyser avec la
profondeur historique nécessaire. La phase 1 du proj et,
considérée comme expérimentale a débuté en 1989. Près de
deux années s'écoulèrent avant les premières enquêtes en
janvier 1991. Dans l'observatoire "caféier", celles-ci
ont porté sur 339 ménages situés à Bafou, grande
chefferie du département de la Ménoua. Chefferie de
premier degré dans la hiérarchie traditionnelle, elle
comptait près de 37 000 habitants en 1987, répartis sur
un transect montagnard de 162 Km' (densité moyenne: 228
hab/Km') culminant à 2740 mètres d'altitude (Mont
Mélèta). Cette première phase du projet ocrSCA s'est
11
terminée en 1993 après de nombreuses vicissitudes
internes (suppression d'instituts partenaires
camerounais, débat sur la pluridisciplinarité,
financement de la recherche) et externes (période des
"villes mortes" en 1991, retards et baisse des salaires,
élections législatives et présidentielles en 1992). Nous
avons participé très activement à cette phase, de
l'élaboration du questionnaire, du guide d'enquête, à la
formation, la supervision des enquêteurs jusqu'aux étapes
de saisie, d'analyse des données et de rédaction de
rapports d'étape.

De façon à refléter la diversité des situations à


l'échelle régionale, nous nous sommes appuyés sur des
enquêtes complémentaires réalisées dans le cadre d'un
proj et périphérique d' OCrSCA, le proj et Agriculture de
L'Ouest du Cameroun (Projet AOOC, 1991-1994) ). Ces
enquêtes financées par le Ministère de la Recherche
français se sont déroulées entre les mois de juin et de

11 Cette phase s'achevait après l'organisation par le


projet ocrSCA d'un séminaire international qui a donné
lieu à la publication d'un ouvrage collectif: Le village
camerounais à l' heure de l' aj ustement, KARTHALA, Coll.
Economie et développement, Paris, 1994, 410p.

37
novembre 1992, en collaboration avec un agrege de
géographie (Pierre JANIN) 12 • Un échantillonnage stratifié
a été établi à partir de la liste des quartiers des 103
chefferies et des 4500 exploitations enquêtés lors du
Recensement Agricole de 1972. Plusieurs cartes
thématiques ont été élaborées (densité rurale par
chefferie, taux brut d' accroissement annuel moyen entre
1967, 1976 et 1987, zonage agro-morpho-pédologique).
Elles ont permis de retenir quatre classes de densité:
moins de 51 hab/km 2 , 52 à 102 hab/km 2 , 103 à 199 hab/km 2
et plus de 200 hab/km 2 • Nous voulions dans chacune de ces
classes enquêter un nombre d' exploi tations proportionnel
au nombre total d 'habitants par classe en 1987 tout en
respectant une bonne répartition géographique pour ne
pénaliser aucun ensemble agro-écologique. Sur les vingt
quartiers retenus dans notre échantillon, les 5
exploitations par quartier ont été choisies comme en 1972
sur des caractéristiques de sexe, âge, statut matrimonial
du chef d' exploi tation de l'orientation économique de
l'exploitation, de la pluri-activité). Au total 100
exploitations sur les 7 départements que compte la
province depuis un décret de septembre 1992 (au lieu de 5
précédemment) ont été enquêtées. Dans chacune des 20
chefferies retenues (Fig. 6) , généralement, un seul
quartier était enquêté sauf pour la chefferie Bandjoun où
10 exploitations réparties sur 2 quartiers ont été
interrogées vu sa superficie (264 km 2 ) et sa population
(57 626 ruraux en 1987) .
Nous avons ainsi étendu notre champ d' investigation à
l'ensemble de l' agricul ture bamiléké y compris dans des

12
dont la thèse de géographie a été soutenue en mai
1995:
JANIN (P.), 1995 - L'immuable, le changeant et l'imprévu.
Les économies de plantation bamiléké et béti du Cameroun
confrontées aux chocs extérieurs, Thèse de Doctorat,
Paris IV/ ORSTOM , 670p.multigr.

38
zones écologiques limitrophes du plateau dit bamiléké. La
ville de Dschang avec son université agronomique nous
servait de base régionale à partir de laquelle nous
parcourions les campagnes bamilékés. Certaines chefferies
proches étaient facilement accessibles. D' autres étaient
plus isolées ou éloignées si bien que durant cette
enquête nous avons parcouru environ 15 000 km de pistes,
dans des conditions parfois difficiles (saison des
pluies). Ce projet a fait l'objet d'un rapport collectif
13
en 1994

13
COURADE (G. ), FOTSING (J. M. ), GRANGERET (1. ) ,
JANIN (P.), 1994 - L'agriculture bamiléké reyisitée à la
faveur de la crise, Projet ADOC (Agriculture de l'OUest
du Cameroun), compte rendu de fin d' étude ME8R- ORSTOM-
Université de Dschang, décembre 1994, 268p., multigr.

39
Fig 6 : La répaniLion des chefferies enquêtées dans 5 dépanements
de la Province de l'Ouest .

-
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LA PLACE DU SOCIAL DANS LA


GESTION DE LA FERTILITE
Introduction

Compte tenu de la diversité des approches du concept de


fertilité, il est possible de parler de celle-ci sur des
registres forts différents, depuis les aptitudes physico-
chimiques des sols jusqu'au conditions sociales de
gestion du fonctionnement agricole. Il nous semble
important, dans l'approche du concept de fertilité,
d'éviter deux attitudes aussi inefficaces l'une que
l'autre:

-la première consiste à limiter la fertilité à sa


dimension naturelle. Les caractéristiques des éléments du
milieu deviennent les déterminants de ses performances et
des activités agricoles qui en découlent. L'articulation
avec des éléments du système technique que l'on intègre
éventuellement n'est jamais posée comme problématique de
départ. Les écologistes contestent, en outre, cette
approche aux pédologues. Ils leur reprochent de faire de
l'étude des sols, une science particulière et de "l'étude
détaillée de la texture, de la structure, de la nature et
des propriétés des argiles, la recherche sibylline des
moindres variations existant dans les profils"
(DUVIGNEAUD, 1980, p.184) sans jamais tenir compte des
racines et des organismes.

-la deuxième est propre aux biologistes di ts


intégristes ou évolutionnistes. Ils partent, au
contraire, du principe que tout est dans tout et sont
sans cesse à la recherche de systèmes d'intégration
supérieurs. La fertilité naturelle du milieu est mise en
relation avec l'ensemble des éléments socio-culturels et
économiques de l'environnement global. Leur défaut est
de se perdre dans un réseau d'interactions, sans jamais
les classer, conduisant à des descriptions sophistiquées
qui n'expliquent rien. Il est vrai que le système
fertilité en agriculture ne peut pas se réduire à la
physique des sols, à la chimie de la croissance végétale

40
ou à la biologie des parasites et que l'intégration de
ces différents éléments donne au système des propriétés
que n'a pas la juxtaposition de chacun. Il n'est pas
moins vrai que la compréhension du tout passe par une
hiérarchisation des facteurs vis à vis du rôle qu'ils
jouent.

Concept devenant une préoccupation à des moments


cruciaux puisqu'il s'agit d'extraire du milieu ce qu'il
faut pour vivre, il semble difficile de l'extraire du
contexte socio-économique et historique. L'option que
nous retiendrons est celle de ne pas penser que la
fertilité ne concerne que la science agronomique. Nous
tenterons de démêler quelques unes des inter-relations
entre la vie sociale et l'agriculture. Nous nous
acheminerons par intégrations successives vers des points
de vue emboîtés qui nous amèneront à une vision de plus
en plus riche et complexe du concept de fertilité. Nous
souhaitons montrer la gestion de la fertilité dans sa
cohérence avec la rationalité paysanne qui vise autant à
limiter la pénibilité du travail qu'à satisfaire ses
besoins. Ce sera l'occasion pour l'agronome au sens
strict (celui qui s'occupe du fonctionnement du champ
cultivé) de s' intéresser à tout ce qui traite
d' agricul ture (pour devenir l'agronome au sens large 12 ) .
Pour REBOUL (1989, p. 20), les moyens pour l'agriculteur
d'entretenir la fertilité dépendent de façon croissante
de l'organisation sociale. SEBILLOTTE (1990, p.3) écrit"
"fertilité" est un mot pour dire les rapports homme-
nature-société."

12
L' agronome décrit par SEBILLOTTE, 1974
Agronomie et agriculture. Essai d' analyse des tâches de
l'agronome, Cah. ORSTOM, sér. Biol., n024, 3-25.

41
CHAPITRE 1

Les trois approches possibles de la fertilité

Introduction

Il est apparemment facile, pour chaque discipline,


de proposer une terminologie qui lui soit propre. Cette
terminologie, comprise de tous permet de s'individualiser
par rapport aux autres. Un concept donné sera donc
largement défini à la lumière d' une des écoles ou d' un
des courants de pensée de cette discipline. Ce schéma qui
a dominé les sciences pendant de longues années est
semble-t-il entrain de subir des évolutions en la
matière. Il nous paraît difficile, aujourd'hui,
d'échapper à une démarche de plus en plus familière aux
scientifiques et qui consiste à aller chercher, une bonne
part des acquisitions, à la frontière de sa discipline.
Ainsi, si l'on partage le point de vue argumenté d'un
nombre croissant d'agronomes, il convient de s'interroger
sur l'opportunité de limiter la notion de "fertilité" à
la définition du pédologue ou du climatologue. Celle-ci
restreinte aux caractéristiques du sol ou au maximum
photosynthétique, a tout à gagner à s'enrichir des
avancées faites, notamment, dans les sciences sociales.

1.1.A. Approche analytique de la


fertilité

Le diagnostic très précis et pertinent fait par les


pédologues sur les sols tropicaux se focalise sur deux
caractéristiques naturelles essentielles:
-leur composition chimiquement pauvre et
déséquilibrée en un certain nombre d'éléments minéraux;

42
-leur grande sensibilité à l'érosion et à
l'acidification directement liée à leur situation
topographique.
Selon GlGOU J. (1993, p. 7), dans les sols ferralitiques
dominants en zone tropicale humide, la fertilité tient
aussi bien à leurs propriétés physico-chimiques
(profondeur, drainage, porosité) qu'à l'accumulation de
matières organiques en surface ou qu'à la remontée
d'éléments minéraux par les plantes. Cet te richesse des
sols s'explique à la fois par la nature de la roche-mère
sur laquelle ils ont évolué et par les formes du modelé
qui déterminent les phases d'érosion de leur histoire.
Les sols évolués sur granite sont sableux à tendance
acide, ceux sur schistes sont limoneux, sensibles à la
"bat tance ,,13 et à l'éros ion. Il exi s te de grandes
variations de fertilité le long de la toposéquence
H
(BRABANT et GAVAUD cités par GlGOU, 1993, p.8) entre
les sols les plus anciens en sommet et les plus récents
près des axes de drainage où commence l'érosion. Les sols
les plus fertiles sont souvent les sols gravillonnaires,
rouges, profonds et bien drainés quand le taux de
gravillons reste inférieur à 50%. C'est parce que la
culture permanente accentue l'acidification et les
possibilités d'érosion des sols les plus fragiles que
l'on évite de les utiliser trop intensivement. En
continuité avec le versant, la partie basse appelée bas-
fond est une zone particulièrement fertile; seule

B c'est l'action de dispersion des particules de


sol en surface, martelées par les gouttes de pluies. Ce
phénomène est plus fréquent dans les sols pauvres en
colloides.

H BR.lU3ANT (P.) et GAVAUD (M. ) , 1985 - Les sols et


les ressources en terre du Nord Cameroun. Notice
explicative n0103, ORSTOM, Paris 104p.

43
l'hydromorphie créée par la nappe phréatique affleurante,
peut la rendre incul te une partie de l'année. Le
déséquilibre minéral des sols tropicaux est souvent
évoqué à propos du phosphore. La dynamique de ses ions
dans le sol a longtemps intrigué les pédologues. Les
études faites sur le sujet attribuent le problème à deux
phénomènes:
-sa carence réelle, c'est le cas de la
région ouest du Cameroun,
-un fort pouvoir fixateur du sol qui
rend le phosphore non assimilable.

Mais ce diagnostic de la fertilité fait sur la base


de caractéristiques du sol induites par ses qualités
naturelles1.5, semble incomplet si on ne prend pas en
compte d'autres aspects. Selon DUMONT (1954, p.6),
l' agricul ture "modifie ce milieu naturel". Pour REBOUL
(1989, p.34) le sol cultivé est dans sa définition
agronomique courante, compris comme "la partie de la
croûte terrestre où se situent pour l'essentiel les
interventions culturales de 1 'homme, soit directes par
les instruments aratoires, les apports d'engrais et les
traitements divers, soit indirectes par les racines des
plantes cultivées". Ce rôle de l'homme mis en avant par

15 Il correspond à la définition du sol donnée par


DEMOLON, fondateur de la pédologie française, pour qui le
sol est "la formation naturelle de surface, à structure
meuble, d'épaisseur variable résultant de la
transformation de la roche-mère sous-jacente sous
l'influence de divers processus physiqus, chimiques et
biologiques". D'après REBOUL (1989, p.30), cette
définition restrictive et propre à la France, tendrait
aujourd'hui à disparaître, la pédologie devenant une
partie des sciences du sol.

44
16
de nombreux agronomes (DUMONT, LECOUTEUX ) ne semble
plus contestable. Différentes notions le reconnaissent
qu'il s'agisse du "profil cultural ,,17 défini par HÉNIN
(1969) dans un livre du même nom ou de
l' "artificialisation" du milieu. Les carences signalées
pour les éléments minéraux apparaissent de façon plus
localisée ou plus momentanée en liaison avec des modes
particuliers d'utilisation du sol. Les carences en azote
sont rares, ne se présentant qu'en savane en cas de
reprise de jachère ou de culture continue. Une
sécheresse lB peut révéler, de façon conjoncturelle, de
faibles teneurs en potassium. Pour le soufre, le calcium
et le magnésium, la culture continue est un facteur de
carences fréquentes tandis que pour les oligo-éléments,
les carences restent spécifiques de quelques cultures. La
carence ou déséquilibre minéral d'un sol découle des
besoins des plantes que l'on désire faire pousser sur

16 Cité par REBOUL (1989,p.29): LECOUTEUX (E.)-


Principes économiques de la culture améliorante, Paris,
Maison Rustique, 1855.
17
"Il faut entendre par . "profil cultural"
l'ensemble constitué par la succession des couches de
terre individualisées par l'intervention des instruments
de culture, les racines de végétaux et les facteurs
naturels réagissant à ces actions" (HÉNIN, GRAS, MONNIER
- Le profil cultural, p.9)

lB Non moins dépendante de l'action de l'homme si on


en juge les propos de CATINOT (cité par REBOUL, 1989,
p.32) au sujet de la sécheresse au Sahel "Le maintien
d'une pluviométrie élevée dans les zones sèches est
d'abord conditionné par l'action des gros massifs de
forêt dense du Sud, qui constituent un relais décisif
pour la progression vers les pays secs du front pluvieux
de la mousson".

45
celui-ci et de leur aptitude à prélever plus ou moins
efficacement les réserves minérales mobilisables. Dans la
littérature, la rusticité des plantes est définie par
leur sensibilité variable à ces insuffisances en éléments
m~neraux. Ains i l'ananas, le bananier, le caféier, le
manioc sont peu sensibles à une carence en phosphore
qu'ils absorbent facilement. Leur croissance lente et l'
absorption continue des éléments minéraux de ces plantes
à cycle long réduit les besoins instantanés. Cet
étalement leur permet de s'adapter à des sols
chimiquement peu pourvus. On explique, de la même façon,
la bonne adaptation du manioc à des sols pauvres en
azote. Les plantes accumulant du sucre ou de l'amidon
(ananas, banane, canne à sucre, igname, manioc) ont de
gros besoins en potassium. Les céréales supportent des
sols plus pauvres en raison de l'efficacité de leurs
racines (DUTHIL19 , cité par GlGOU, 1993, p.11).
L'association de cultures est, par rapport à cette
préoccupation de déséquilibre minéral, un moyen utilisé
pour étaler dans le temps les besoins des plantes.
L'apport de soufre sur coton, de magnésium sur ananas, de
calcium sur canne à sucre (EDWARDS et BELL20 cités par
GIGOU, 1993,p.12) et sur manioc (SCHMIDT 21 , cité par

19 DUTHIL (J.), 1973 Eléments d' écologie et


d'agronomie. Tome 1. Collection des ingénieurs des
techniques agricoles. Edition J.B. Baillère, Paris,
France, 385p.

20 EDWARDS (D.G.), BELL (L.C.), 1989 - Acid Soils


Infertility in Australian Tropical soils. In CRASWELL
(E.T.), PUSHPARAJAV (E.) Eds: Managment of Acid Soils in
the Humid Tropics of Asia. ACIAR, Monograph n013i 20-31.

21 SMIDT (D.R.), CASLER ((M.D.), SAEFUDDIN (A. ) ,


1990 - Crop response to lime and phosphorus on new bench
terraces in the tropics. Agronomy J.82 (2) :333-337

46
GlGOU, 1993, p.12) ont des effets bénéfiques
complémentaires des apports en azote, phosphore et
potasse habituels. L'intervention de l' homme peut dans
certains cas bouleverser le classement des sols fait à
partir de leur fertilité naturelle. D'après GACHON dans
un entretien avec REBOUL (1989,p.31) "au XIXe siècle, les
sols cristallins du Livradois... chimiquement riches et
d'un travail a~se en culture attelée permettaient de
nourrir une population dense, contrairement aux sols
sédimentaires du Bassin Parisien, chimiquement pauvres et
d'un travail plus difficile. Fertilité minérale et
motorisation ont inversé ce rapport de fertilité et
l' agricul ture du Livradois s'est trouvée handicapée par
l'exiguïté de ses structures foncières" . Le sol
agronomique est donc bien un produit de la nature
transformé par l'homme, même si penser qu'il s'agit d'un
objet aussi maîtrisable qu'un quelconque produit
manufacturé est un pas à ne pas franchir.

Les climatologues ont, eux aussi, leur point de


vue, non moins intéressant et étayé, sur les
potentialités des reg~ons africaines. Pour eux, la
contrainte climatique majeure est celle des longues
périodes de sécheresse que doit subir la grande partie de
ces régions. Les recherches menées sous l'égide du
programme SAFGRAD (Semi-Arid Food Grain Research and
Development Agency) pour l'amélioration en quantité et en
qualité de la production de céréales alimentaires dans 26
pays africains nous renvoient à cette contrainte
climatique pour l'explication du déficit en production
alimentaire en Afrique. SEINY BOUKAR (1987, p.393-398)
résumant les problèmes climatiques tels qu'ils se posent
dans le Nord du Cameroun souligne autant l'importance de
l'irrégularité des pluies concentrées sur 4 mois et demi
par an et leur caractère violent que leur faible valeur
absolue. Il explique l'ampleur des phénomènes érosifs par
la convergence de ces données climatiques et d'un
contexte de déboisement et de défrichement excessifs.
47
Ainsi résume t-il bien les problèmes majeurs tels qu'ils
se posent parfois de façon contradictoire, en ce qui
concerne les précipitations. La préoccupation principale
dans les pays à climat sahélien et soudano-sahélien
repose sur la double nécess i té d'assurer la recharge en
eau du sol tout en limitant l'érosion. Si l'influence que
peut avoir l' honune sur le climat est peu évidente, il
n'est pas sans moyens pour moduler les effets
climatiques. On privilégiera toutes les techniques qui
permettront de réaliser, à production équivalente, une
économie d' eau. L'ensemble des travaux du SAFGRAD
s'oriente vers la recherche de variétés adaptées à des
conditions arides et étudie, aussi, la possibilité de
gérer au mieux les déficits hydriques et les dégâts
érosifs engendrés par les pluies. Pour ELDIN (1985,
p.231-238), il y a lieu d'aborder ce problème de la
sécheresse à travers la notion de risque climatique.
Réalisé décade par décade, le calcul de la probabilité
d'avoir des précipitations favorables à la croissance des
cultures (P=ETP/2) ou à leur "pleine" croissance (P=ETP)
permet de déboucher sur des applications pratiques:
-choix des cultures les mieux adaptées à la
longueur des périodes de croissance;
-détermination de dates optimales de semis;
- calage des cycles cul turaux sur les cycles
climatiques.
On peut, donc, à tout moment donner une probabili té de
réussite de la culture incluant le risque de déficit
hydrique. Par exemple, ADRI (1989, p.155-171) donne son
avis sur des pratiques qui permettraient de limiter les
risques relatifs à la variabilité du climat:
l'association mais-manioc est performante en cas de
sécheresse conune le sont, de façon générale, les
associations de cultures à cycles différents. De plus
c'est une façon culturale qui assure une couverture
végétale plus dense et plus longue réduisant l'érosion.
GUILLONNEAU (1985, p.8) pense que le climat tropical
humide à deux saisons des pluies d'une grande partie du
48
Cameroun est favorable à la croissance des plantes même
si la réussite des cultures, assurées d'avoir de l'eau en
quantité suffisante, dépend des dates de début et de fin
des pluies. Cela remet donc en cause le. déterminisme du
milieu tel qu'on le retrouve évoqué dans les expressions
de "vocation culturale" ou de "terroir". Le propre de
l'agronome c'est de faire en sorte que n'apparaissent pas
trop ces contraintes de la nature (techniques trop
rudimentaires ou sophistiquées mais déséquilibrées). La
seule condition est de prendre en compte que les
solutions proposées s'intègrent à un système de
production rationnel et cohérent. COFFY PRUDENCIO (1987,
p.585) conseille de s'appuyer sur des mécanismes
d'ajustement (innovations) déjà initiés par les
agricul teurs pour rendre l' agricul ture plus performante
sous contraintes climatiques. Ainsi, au Burkina Faso, il
recommande, pour l'amélioration des techniques, de partir
des pratiques locales: semis à sec avant les pluies, dans
chaque poquet, fumure organique plutôt que minérale. Ces
solutions d'origine paysanne fonctionnent dans un système
dont elles ont intégré la logique.

Selon le phytopathologue, en matière de fertilité,


il ne peut y avoir d'agriculture sans maîtrise des
insectes ravageurs et des maladies, surtout en milieu
tropical où les conditions climatiques sont
particulièrement favorables à leur multiplication et
propagation rapides. Les contraintes sanitaires sont une
limite à la production dans un lieu donné. KUMAR (1991,
22
P .12), faisant état des travaux de HILL parle de 407
espèces d'insectes ravageurs imPOrtants et de 778 espèces
de moindre importance qui séviraient sur les 48 grandes
cultures tropicales, sans compter les ravageurs des

n HILL (D.), 1975 - Agricultural Insect Pests of


the Tropics and their Control. Cambridge University
Press, London, 516p.

49
denrées stockées. Dans la lutte contre ces ravageurs, le
choix des pratiques culturales est directement impliqué:
elles peuvent permettre d'en limiter le développement et
de maintenir un degré d'infestation tolérable
n'entraînant que des dégâts inférieurs à un certain seuil
économique. Ces pratiques visent à rompre le cycle des
insectes ravageurs en éliminant leurs lieux de nidation
par divers moyens: brûlage ou destruction des résidus de
récol te, él imina tion des repousses, al ternance des
cultures. Un autre moyen utilisé revient à faire
coincider les périodes de culture avec celles de faible
activité des ravageurs en jouant sur les dates de semis
et de récolte. Toujours parmi les moyens physiques de
lutte contre les ravageurs, il existe d'autres actions
pour entraver le développement des insectes: la taille du
café, la culture intercalaire, les densités. L'efficacité
de ces méthodes est fonction de l'agro-système sur lequel
on opère. KUMAR (1991, p.28), citant les travaux
d'UVARo\f3 parle de la monoculture comme d'un système qui
créerait des conditions favorables à l'essor des
insectes. La simplification de la flore fournit "des
habitats" à quelques espèces prédatrices de ces cultures.
Enfin, selon de nombreux travaux, la prolifération des
insectes dépend, aussi, de la résistance des plantes
cultivées. La sélection fragilise les espèces. Leur haut
niveau de rendement et leur qualité améliorée, favorise
les attaques par les ravageurs. Il arrive, parfois, qu'un
déséquilibre soit créé par les traitements et diminue les
populations naturelles ennemies des ravageurs. C' est le
cas lorsqu'on donne la priorité à une rentabilité
immédiate plutôt qu 1 à la fertilité. Si on ne tient pas
compte de ces interférences complexes et multiples, on
verra se créer des déséquilibres dangereux.

23 UVAROV (B.), 1967 - Problems of insect ecology in


developing countries, PANS, 13, 202-13

50
Le malherbologue 24 revendique, à juste titre, sa
place dans l'explication de la fertilité du milieu. En
effet, MERLIER et MONTEGlIT (1982, p. 7-8), montrent le
rôle maj eur joué par la lutte contre les adventices 25 •
Identifiant les éléments favorables au développement des
adventices, ils relèvent une certaine spécificité
africaine:
-chaleur et abondance des pluies amplifiant le
problème des adventices;
-fertilisation favorisant leur abondance, d'où une
certaine réticence des agriculteurs africains à l'emploi
d'engrais;
-rôle amplificateur du travail du sol dans le
développement des adventices;
-système de culture associé utilisé comme un moyen
de diminuer le temps de sarclage;
-jachère comme ultime recours pour les terres
cultivées et devenues trop sales.
Ce qui montre non seulement les difficultés particulières
au milieu tropical mais la complexité du travail
agricole. La nécessité de créer de bonnes conditions de
croissance aux cultures entraîne la croissance des
adventices qui tendent à réapparaître spontanément et se
posent en concurrentes des cul tures . Le désherbage
chimique apparaît comme seule solution d' avenir en
système de culture aSSOC1e intensif: difficulté
d'utiliser la mécanisation pour nettoyer à l'intérieur
des lignes de culture et échec du désherbage mécanique
des plantes à rhizomes. Les traitements de désherbage

24
Spécialiste gui essaie de trouver les moyens
d'éliminer par des façons culturales appropr1ees, les
adventices (voir note infrapaginale suivante).

25 Se dit d'une plante d'une espèce végétale


indésirable présente dans une culture d'une autre espèce,
souhaitée celle-là.

51
avec les traitements phytosanitaires sont des
interventions culturales qui modifient l'état biologique
du sol ou celui des plantes qu 1 il supporte et dont on
peut attendre une réponse productive. Ce sont les
éléments de ce que REBOUL (1989, p.64) appelle la
fertilité biologique. Avec la fertilité physique et
chimique des sols, elle constitue la fertilité
agronomique à laquelle les techniques culturales
apportent des correctifs.

En somme, chaque spécialiste a son idée sur ce qui


est important pour la fertilité du milieu. Les travaux
sur lesquels est basée cette approche analytique de la
fertilité ont été d'un intérêt capital pour faire
progresser nos connaissances sur des mécanismes propres à
chaque domaine de recherche. On peut leur reprocher,
toutefois leur vision souvent fragmentaire d'un problème
t

global. Elle correspond peu à l'approche de l'agriculteur


face à la réalité d'un champ et traduit mal, également,
les interactions de ces différents aspects entre eux. Il
ne s' agit pas de remettre en question les connaissances
importantes apportées par ces études mais plutôt de
souligner leur difficulté à être véritablement
opérationnelles. Constatant ces insuffisances les
t

chercheurs en sont venus à redécouvrir la démarche


systémique qui avait été abandonnée au profit de ces
approches sectorielles et disciplinaires.

Io1.B. Approche systémique de la


fertilité

Cette approche systémique de la fertilité n'est pas


des plus simples. Compte tenu de la complexité du sujet t

la construction du concept fertilité doit se rapprocher


de la réalité sans simplification excessive et en
cherchant à éclaircir un réseau de facteurs complexe au
t

52
départ. Par rapport à une approche analytique, l'approche
systémique doit permettre de mieux rendre compte des
phénomènes. Attachée à caractériser les interactions
entre les éléments, cette démarche qu'on avait délaissée
(BONNEVIALE, 1989, pp.29-55) s'applique pourtant bien à
la recherche agronomique en régions chaudes TOURTE 26
(1972, pp. 923-924). Le principe est de substituer à une
vision linéaire de la fertilité une conception plus
organisée. Le sol, la plante, le climat deviennent les
éléments constitutifs d'un ensemble en interaction dont
on analyse les résultantes. On s'intéresse aux relations
entre les êtres vivants et leur support physique, à la
concurrence ou, au contraire, aux sYmbioses existant
entre les espèces vivantes. Le tout forme un ensemble
cohérent et complexe appelé écosystème. Selon GACHOli 7
cité par GRAS (1989, p.67), la fertilité se réfère à des
facteurs aussi bien thermiques, qu'hydriques,
pédologiques que chimiques. Une conception rej ointe par
DUMAS 28 cité par GRAS (1989, p.67) qui ajoute que cet
ensemble est à mettre en relation avec les productions.
Ainsi, l'écosystème est- il caractérisé par des
fonctionnements, relatifs au sol. Ils se rapportent à la

26 on pourra aussi se référer à TOURTE (R.), inédit


Quelques propos sur les recherches en systèmes
agraires: concepts, racines, démarche, Extraits de
l'introduction à une "Sistoire des Systèmes agraires et
du département des systèmes agraires du ClRAD".

27 GACHON (L.), 1970 - Fertilité. In: Encyclopédias


Uniyersalis, vol.6, 1044-1046

28 DUMAS (Y.), 1987 - Systèmes maraîchers de plein


champ. Raisonnement des itinéraires techniques en
fonction des objectifs, Journée "systèmes de culture",
Conseil Scientifique et Technique du Département
d'Agronomie, Grignon, 2-4-87, INRA, Avignon, doc.
multigr.
53
dynamique des eaux de surface et souterraines, à la
richesse et à la vitesse de décomposition des matières
organiques, aux mouvements des éléments minéraux. Dans la
relation sol/plante, les mécanismes de photosynthèse, de
respiration, de nutrition, de transpiration, de
restitution organique permettent de conclure sur des
modes de mise en valeur plus ou moins favorables.

Les potentialités offertes par les caractéristiques


du milieu, espèces cultivées comprises et vues de façon
systémique apparaissent comme des facteurs privilégiés de
la fertilité. Mais ce qui devient primordial c'est le
travail de l'homme. Il a pour but de valoriser le milieu
naturel en l'améliorant et en facilitant son entretien.
Deux techniques sont particulièrement utilisées: le
travail du sol pour semer, planter et entretenir les
cul tures d'une part et l'apport de fumier d'autre part.
Ainsi la fertilité d'un sol n'est-elle pas fixée une fois
pour toute mais en évolution perpétuelle. Il s'agit d'un
état permanent de déséquilibre, sans cesse sujet à des
variations, améliorations ou détériorations. Il est, tout
à fait, probable que les fluctuations subies par
l'écosystème soient atténuées par la diversité du milieu.
Ce qui fait dire qu'il existe une liaison entre la
diversité de l'écosystème et sa stabilité. Si on n'a plus
beaucoup d'écosystèmes naturels, on retrouve cette notion
de diversité dans les systèmes de cultures associées plus
stables qu'en culture pure. La technologie de l'homme est
donc progressivement adoptée comme élément important du
milieu. La conception de celui-ci, adoptée par les
agronomes, a progressé avec MARIN-LAFLECHE et SOLAtf 9

29 MARIN LAFLECHE (A.), SOLAU (J.L.), 1982, Analyse


critique des méthodes d'évaluation et de classement des
terrains: point de vue de l'agronomie au travers d'un
inventaire des sols à grande échelle, Bull. Techn. Inf.
Min. Agric., 370-372, 527-537.

54
(cités par GRAS, 1993, p.67) qui introduisaient, dès
1982, la notion de contexte agricole. Ils donnèrent au
milieu une définition beaucoup plus large intégrant
l'homme et sa technologie, dans une conception qui va au-
delà de l'enviroIUlement naturel. La même année, BOIFFIN
et SEBILLOTTE (1982, pp.345-353) proposaient, sans
négliger l'intervention des caractéristiques du milieu
(plantes comprises), de relativiser celles-ci à l'action
de l' homme. Ainsi propose-t-on de substituer l'approche
naturaliste à une approche en trois points: le milieu, le
coût de son "extériorisation" et l'estimation des risques
(souplesse et sécurité dans le choix et la mise en oeuvre
des cultures) .

SEBILLOTTE (1993, p.129) considère que les éléments


naturels ne sont pas seuls à déterminer la fertilité et
semble agacé par le "caractère flou et valorisé de la
notion" chez certains agronomes dont il., qualifie les
interprétations de réductionnistes, faussées et
"chosistes". Développant longuement sa conception dans un
30
ouvrage récent consacré à la fertilité et dans divers
31
articles non moins récents , il propose une gradation
progressive des potentialités des sols:
-potentialité théorique: limitée par la
photosynthèse maximale qui découle d'une utilisation
maximale de l'énergie lumineuse par une culture. Elle se
réfère au climat.

30 Fertilité et systèmes de production (1989,


éd.Sébillotte, INRA)

31 On citera "Fertilité du milieu et agriculture"


(1982, éd. sébillotte, BTI, Ministère de l'agriculture)
ou "La jachère et ses rôles (Sébillotte, 1985) et une
réflexion sur les implications du contexte nouveau en
Europe sur la gestion de la fertilité présentée à la
Société Française d'Economie Rurale (Sébillotte, 1991).

55
-potentialité culturale: inférieure à la précédente
parce qu'elle tient compte des limitations induites par
la culture (état des capteurs que sont les racines et les
feuilles) et la température du milieu. Elle prend en
compte la succession des cultures.
-potentiali té agricole: aj outant d'autres
limitations du milieu (éléments minéraux, eau) en tenant
compte des moyens techniques correcteurs possibles. Elle
dépend, ainsi, du contexte socio-économique.
D'après lui, le rendement, indicateur du niveau de
fertilité, peut être, pour des raisons d'organisation du
travail, inférieur aux potentialités agricoles. S'en
sui t, une analyse approfondie dans laquelle, il
s'interroge sur les moyens de faire un diagnostic de la
fertilité. Il essaye de répondre parallèlement à la
question des causes de son évolution (SEBILLOTTE, 1993,
pp.131-135). Le jugement qu'on peut porter sur la
fertilité d'un écosystème revient autant à une évaluation
du milieu naturel que du système de culture. Il
schématise toutes ces idées par une série d'équations:

(1) Milieu + Système de culture ----> Culture

(2) pratiques culturales -------> Transformations


(systèmes de cultures réels) du milieu

Ainsi, il rend compte de la fertilité en reliant le


complexe naturel à l'ensemble des technologies mises en
oeuvre. A ce stade, l'homme intervient pour apporter son
système technique qui dépend de la structure et du
fonctionnement de l'exploitation. Le caractère familial
de l'exploitation agricole africaine, la liaison forte
entre famille et structure d'exploitation, les logiques
parfois contradictoires des individus placent la famille
au centre de la réussite. D'un point de vue
méthodologique, on peut difficilement se passer d'une
56
typologie des exploitations agricoles sur les
caractéristiques familiales et le type de production
dominante. Approfondissant son raisonnement il évoque des
modifications possibles. La fertilité n'étant pas une
réalité stable, il pense à diverses modalités
d'évolution:
-celles partant d'évolution des données socio-
économiques. De nouveaux rapports de prix ou l'apparition
de nouveautés technologiques impliquent une plus grande
artificialisation qui permet de lever des contraintes
d'état du milieu.
-celles induites par les modifications que
l'agriculteur peut être amené à faire au vu de l'état du
milieu d'autre part, sur la base d'évolutions induites
par les observations faites sur les états du milieu,
conduisant l'agriculteur à modifier la conduite de la
culture. Ce qu'expriment les deux relations suivantes:

(3) Conditions Pratique des


socio-économiques -----------> agriculteurs
générales et locales

(4) Pratique des ----------> Jugement des résultats


agriculteurs (rendements, coûts,
états du milieu ... }

Modifications ou
'------rejet des pratiques------'

Il n'existe donc pas dans la gestion du système de


fertilité de relation univoque, mais un pilotage
perpétuel qui se fait à la fois par l'amont et par
l'aval. Il importe d' introduire dans la caractérisation
des exploitations, la stratégie à moyen ou long terme de
l'exploitant, ses tactiques culturales, son projet
d'exploitation, ses objectifs. Dans cette optique, les
57
chercheurs se posent des questions: que vont devenir les
rendements des champs cultivés en culture continue?, la
culture associée assure-t-elle une meilleure gestion de
la fertilité? faut-il s'acharner à conserver des jachères
quand la terre est si rare? SÉBILLOTTE (1993, p.135)
conseille de considérer les réactions des agricul teurs
face au contexte socio-économique, à leur situation
géographique et à leur histoire. Il faut donc envisager
une typologie des manières de produire qui explique la
relation suivante:

(5) Types --------------> Types et importances


d'exploitation relatives de systèmes
de culture

On devra penser à des systèmes de cul ture


interchangeables par leurs similitudes d'itinéraire
technique, de successions culturales ou en terme de
conséquences sur le fonctionnement des exploitations. Il
n'est pas envisageable de faire abstraction du champ des
représentations sociales pour affiner les relations {3}
et (5) et des interférences du sociologique sur le
technique.

A la suite de toutes ces idées développées par les


scientifiques sur une nouvelle perception de la
fertilité, on peut faire au moins deux remarques:
La connaissance du milieu est la condition nécessaire
indispensable pour qu'une telle étude soit profitable. Il
semble difficile de hiérarchiser les variables si on ne
connaît pas d'abord le système de relation dans lequel
s'inscrit la fertilité. Ensuite, comme le dira plus tard
SEBILLOTTE (1990, p.8), le travail de l'homme est
indissociable de sa situation sur terre. On distingue
mal, alors, ce qui relève du fonctionnement propre à
l'exploitation et ce qui dépend de régulations en amont
dans l'organisation de la société dans laquelle
58
l'exploitation s'inscrit. Ces remarques nous conduisent à
envisager, dans le système fertilité, un niveau
d'intégration qui remonte jusqu'à l'organisation de la
société elle-même.

I.l.C. Approche sociale de la fertilité

Il me semble primordial d'aborder la notion de


fertilité dans ses rapports avec la société. De façon
classique on a d'elle une vision simplifiée que l'on peut
décrire comme suit: pour satisfaire leurs besoins les
agriculteurs transforment le milieu naturel et obtiennent
ainsi une meilleure production. Le niveau de celle-ci
résul te d' une conj onction entre l'importance du travail
fourni et son efficacité. Cette efficacité du travail
(ainsi que sa pénibilité) traduit la fertilité du milieu.
On a le choix pour exploiter le milieu entre deux
attitudes:
-celle qui revient à tirer ce qu'on peut du sol et
à remplacer les prélèvements effectués par des intrants,
le niveau de production attendu étant important;
-celle qui consiste à adopter un rythme
d'exploitation plus compatible avec les technologies
"traditionnelles" de restitution de la fertilité et moins
exigeant en travail considéré comme une activité pénible.

La production obtenue f ai t l' obj et d'une


rémunération pour la partie vendue (production
marchande) . Une autre partie porte sur
l'autoconsommation, les échanges et les dons en nature.
Cette partie non rémunérée est très importante. L'attrait
pour une production qui engendre des conséquences
sociales (échanges) peut être aussi fort que celui pour
la consommation.
Ainsi le choix du mode "d'exploitation" du milieu dépend-
il fondamentalement:
-du niveau de production attendu
59
-de la pénibilité du travail
-de l'équilibre entre production marchande et non
rémunérée
-des disponibilités en travail de l'exploitation.
Il s'agira de créer ou recréer un équilibre quantitatif
et qualitatif entre tous ces éléments. Les techniques de
production appartiennent à deux registres qui obéissent à
des logiques différentes:
-dans le secteur moderne, les agriculteurs conduisent des
cultures pures avec un niveau d'intrants important
(engrais et main d'oeuvre), les produits étant destinés
au secteur marchand. Le recours aux intrants comme
l'accès au marché pour la vente des produits rendent
l'exploitation dépendante de l'extérieur.
-dans le secteur traditionnel, les savoirs-faire locaux
fournissent à un rythme plus lent des cultures multiples
conduites en association. C'est la multiplicité des
récoltes qui assure une certaine garantie de produits
alimentaires, voire de revenus. Une part importante des
récoltes est destinée à l'autoconsommation. Autrefois
négligés, les avantages offerts par cette sécurité
alimentaire et une certaine diminution du temps de
travail sont maintenant pris en compte pour évaluer les
systèmes de culture associés. La conservation du milieu
est toujours considérée comme un élément important. Les
individus lui consacrent des efforts. On adopte
l'hypothèse qu'ils n'utilisent les techniques modernes
que si les savoir-faire locaux ne sont plus possibles ou
si l'attrait pour la consommation les oblige à recourir à
un niveau d'intensification plus élevé. Il est admis que
la culture associée représente une économie en temps
(labour et désherbage commun à toutes les cultures,
adventices étouffées par les cultures). La demande en
input est d'autant plus forte que les choix cul turaux
évoluent vers les cultures marchandes (besoins en
engrais, pesticides et aussi main d'oeuvre). Dans ces
conditions l'équilibre entre traditionnel et moderne
entre milieu naturel et artificiel se déplace. On consent
60
plus d'efforts pour la conservation du milieu en système
de culture moderne. Cela se fait au détriment de
l'indépendance de l'exploitation et du temps libre de
l'exploitant. Les sources de déséquilibre proviennent de
.toute perturbation interne (mauvaise maîtrise technique)
ou externe si les conditions de marché sont défavorables
ou l'accès aux intrants difficile.

Si l'on veut approfondir cette approche classique


de la fertilité, il faut abandonner une vision appauvrie
du comportement des individus. L'ambition de celui-ci
n'est pas uniquement de maximiser son profit sur la base
d'un calcul purement monétaire et sous l'influence des
signaux du marché. On peut difficilement admettre que
l'entretien de la fertilité se calque sur les
fluctuations du prix du café. DUPRIEZ (1982) insiste sur
la complicité existant, en Afrique, entre les multiples
facettes de l'horrune. Il écrit (DUPRIEZ, 1982, p.8) "dans
les sociétés rurales africaines, technique et culture
sont deux aspects d'une même réalité globale qui les
dépasse l'une et l'autre". Tout en conservant l'idée
qu'il existe une rationalité du comportement micro-
économique, on peut expliquer le fonctionnement du
système fertilité (son maintien ou sa dégradation) par
une vision plus sociale et moins simplifiée.
Il est possible d'expliquer le maintien durable de choix
techniques en matière de conservation de la fertilité par
deux grands types de considérations:
-L'approche classique mesure l'intensité de
l'effort produit et donc la fertilité par les récoltes
vendues. Ainsi les cultures marchandes pures (café,
maraîchage) engendrent une rémunération élevée qui permet
d'attirer les producteurs. Mais profiter de cela pour
abandonner les associations vivrières habituelles
entraînerait pour les producteurs des problèmes à la fois
sociaux (le vivrier est fait par les femmes, les cultures
de rentes par les horrunes), écologiques (la culture pure
protège mal les sois) et l'insécurité alimentaire (des
61
risques de mévente existent supprimant un recours
possible au marché pour l'achat de vivres). De ce fait la
cul ture pure s'établit à un niveau qui ne remet pas en
cause les surfaces nécessaires à l'autoconsommation.
HALLAIRE (1984), partant du principe que l'activité
agricole et l'environnement social sont cohérents, note
qu'il n' y a pas de dichotomie entre les cultures
vivrières et celles d'exportation, chacune ayant une
fonction précise qui ne l'oppose pas à l'autre mais la
rend complémentaire. URI (1981, p.15) confirme que cette
concurrence n'existe pas même si l'administration
coloniale, lorsqu'elle a introduit les cultures
d'exportation se souciait davantage de l'intérêt de la
métropole que des retombées économiques pour les
exploitations.
Parce qu'elle offre, aussi, la possibilité d'effectuer
des échanges avec les parents/amis en ville (aliments
contre accueil des migrants ou envoi de produits
manufacturés) ou de faire des dons au moment des deuils
et autres rites familiaux, la culture associée s' impose
sur la culture pure. Enfin, si cette dernière est plus
rémunératrice, elle est aussi est plus exigeante en temps
de travail. Pour qu'un producteur se lance en système de
culture pure, on suppose que l'attrait pour la
consommation est supérieur à l'attrait pour le temps
libre. Ceci n'a rien d'évident en Afrique. Une production
rémunérée est donc bien dissociable du niveau de
fertilité.
-L'explication du choix entre mode
d'exploitation moderne et traditionnel s'appuie sur le
type de restitution de la fertilité (engrais plutôt que
jachère). La possibilité d'apporter des engrais engendre
une différence entre le rythme rapide de restitution de
la fertilité procuré par l'engrais et celui plus lent qui
résulte d'une mise en jachère des sols. Ainsi pendant le
temps de jachère peut-on effectuer plusieurs cycles de
culture intéressants pour le producteur. Mais la jachère
n'a pas pour seul rôle de reconstituer les stocks
62
organiques et minéraux des sols, elle permet aussi de
maintenir le taux en graines adventices et parasites à un
niveau acceptable. Une culture moderne de type continu
surtout dans le cas d'une culture pure amplifie le
salissement des sols et peut présenter un bilan de
production inférieur à ce qu'assurerait l'équilibre
traditionnel entre temps de culture et jachère. Par
ailleurs, sans restitutions organiques, les sols peuvent
subir un lessivage et provoquer des toxicité plutôt que
la croissance des végétaux.
Enfin en l'absence de subventions de l'Etat, le marché
libre des intrants les met à un prix élevé et dans des
conditions parfois difficiles d'accès.

Sans entrer dans les détails techniques des


inconvénients à remplacer _ des moyens de production
traditionnels par des moyens plus modernes, il faut
retenir un enseignement commun: la stabilité et la
durabilité d'un système technique sont engendrées par la
di versité des cultures. Le système traditionnel se veut
aussi, grâce à l'utilisation modérée de moyens de
production, pas trop dépendant de l'extérieur. Pourtant,
loin d'être l'acteur économique archaique et retardataire
que l'on pense, l'agriculteur a su transformer, sous la
pression de la société, sa technique pour devenir le
producteur moderne d'aujourd'hui. Cette évolution
spectaculaire de l'agriculture européenne, l'agriculteur
africain l'a connue à sa manière. Dans les années 30,
l'administration coloniale fait basculer l'agriculture
vivrière, d'autosubsistance dans le monde moderne de
l'époque, celui des cultures marchandes. Soixante ans
après, c'est par rapport à la loi du marché mondial qu'on
lui impose de se recomposer, cette fois en un laps de
temps beaucoup plus court et sans accompagnement.

Les agronomes s'intéressent depuis peu et seulement


d'un point de vue théorique au champ social pour
expliquer la fertilité. Malgré le manque de connaissances
63
suffisantes, JOLLlVET 32 (1993, p.143) souligne
l'importance de "travailler en "miroir" ou en "interface
des différentes notions organisatrices" le concept de
fertilité. Depuis longtemps pourtant, DE SCHLIPPE (1986,
pp.22-26), agronome belge avait engagé une démarche
similaire à propos d'une agriculture africaine de zone
forestière humide. Il la détaille dans ses liens étroits
entre tradition, environnement et production. Aujourd'hui
un nombre grandissant d'agronomes considère dans les
débats que la dimension sociale est absolument nécessaire
à la compréhension des pratiques agricoles. On situera
dans ce courant d'idées les observations de MORLON
(1992), à propos de l'agriculture andine dont il dit
qu'elle est inintelligible si on n'ajoute aux stratégies
des exploitations pour combattre les risques climatiques,
celles destinées à combattre d'autres violences.
A propos du développement rural, TRICART (1984) met en
avant l'importance à considérer le paysan dans ce qu'il
est, sachant qu'il fait partie d'une famille intégrée
dans un village, d'un groupe ethno-culturel, d'une
structure économique et administrative. Il conclut sur la
non interchangeabilité des agriculteurs et sur le besoin
de connaître toutes ses spécificités pour une action au
cas par cas. Dans le souci de marquer la prééminence des
aspects sociaux et politiques sur l'environnement
naturel, MORLON (1992) utilise le terme de "zone de
production" comme un concept identifiant cette création
de l' homme qui se greffe sur les zones écologiques. En
dépit de l'intérêt de cette approche globale, il existe
très peu de travaux publiés qui fassent l'intégration
véritable de ces données de l'environnement socio-
économico-politique. De plus en plus souvent les données
économiques sont prises en compte mais on fait encore

32 Commentaires sur l'article de M. SEBILLOTTE


(JOLLlVET M., 1993 - Natures. Sciences. Sociétés, Paris,
DUNDEE, vol.1, n02, pp.142-143)

64
trop souvent l'impasse sur les facteurs sociaux et
politiques. Ce travail nous permet de voir en quoi la
gestion de la fertilité a épousé les données sociales de
la communauté bamiléké.
Une difficulté est la confrontation entre:

-la démarche de l'agronome, son besoin de respecter


une rigueur scientifique et d'avoir des données
numériques;
-celle de l'agriculteur (trice) pour qui la gestion
de la fertilité prend appui su une connaissance empirique
des réalités quotidiennes qui conditionnent sa pratique.
Deux écueils sont à éviter:
-interpréter toutes les pratiques de l'agriculteur
en fonction d'un souci supposé de conservation de la
fertilité;
-penser que l'agriculteur ne se soucie pas de la
fertilité parce qu'il ne l'exprime jamais clairement.
Comprendre et interpréter les méthodes culturales en
regard de la nécessité de conservation du milieu n'est
pas facile. Le manque d'outils d' analyse convenant au
milieu africain gêne l'interprétation des méthodes des
agriculteurs et les facteurs qui les induisent. Il semble
donc indispensable d'avoir au préalable un repérage de ce
qui concourt à déterminer la gestion du milieu.

65
CHAPITRE 2

Les modalités de gestion des composantes du


milieu: concepts-clés

Introduction

Parcourant l'évolution historique de l'intervention


de l'homme sur les écosystèmes, DAGONNET (1973) montre la
tendance générale dans le m?nde entier et à travers les
siècles, de l'homme qui produit en essayant de
s'affranchir de tout ce qui est incontrôlable.
L'agronomie du 18ème siècle s'est heurtée sans cesse au
problème du travail sur un matériau vivant. La loi des
rendements moins que proportionnels de TURGOT 33 est
l'illustration du côté handicapant des processus
biologiques 34 • Les progrès réalisés en biologie et

33 TURGOT (A.R.) - Ecrits économiques. Observations


sur le mémoire de Saint-Péravy, 1767, Calman-Lévy, 1970.
"La semence jetée sur une terre naturellement fertile,
mais sans aucune préparation serait une avance
presqu'entièrement perdue". (Si l'on augmente
progressivement les avances), "le produit ( ... ) augmentera
dans une proportion beaucoup plus grande que les avances
n'accroissent et cela, jusqu'à un certain point où le
produit sera le plus grand qu'il soit possible, comparé
aux avances. Passé ce point, si on augmente encore les
avances, les produits augmenteront encore, mais moins et
toujours de moins en moins jusqu'à ce que la fécondité de
la nature étant épuisée et l'art n' y pouvant plus rien
ajouter, un surcroît d'avances n'ajouterait absolument
rien au produit."

34 Même si TURGOT suppose comme le dit REBOUL (1989,


p.93) "qu'aucune contrainte autre que celles qu'impose le
milieu agronomique ne limite l'emploi des facteurs de
66
appliqués à l'agronomie au 19ème siècle ont réussi, grâce
à la sélection, l' hybridation, la vernalisation 35 à
libérer la plante de la tutelle du climat, à lui imposer
des qualités industrielles. En matière d' hybridation on
s'est efforcé de produire des plantes selon des procédés
endogamiques contraires aux règles de la sexualité
(DARWIN) 36 de la nature où tout pousse à l' ex09amie. Avec
ce siècle qui fut celui des métamorphoses botaniques
apparaissent les premiers effets pervers de ce courant,
par exemple, le danger de dispari~ion d'espèces sauvages.
La culture sur milieu synthétique du 20ème siècle essaye
de nous libérer de cette masse que représente le sol et
qui complique tout, le champ n'étant plus fertilisé mais
supprimé. Selon DAGONNET (1973), on a tenté d'éliminer
tour à tour les feuilles, les arbres, la pluie, le
soleil, les paysans pour aller vers une culture sans
"ager,,37. Dans les plus grands esprits - même DESCARTES
dans le Discours de la méthode, VIème partie dit que
"nous allions nous rendre maître et possesseur de la

production par l'exploitant ... A l'évidence il n'en est


pas ainsi dans la réalité ... "

35 "Application d'une température basse ( ... ) aux


semences d'un végétal pour permettre à celui-ci de
conduire son cycle de développement jusqu'à la floraison
et la fructification". (BOULLARD, 1988, p.386)

36 Voir à ce sujet (p. 93) :


REEVES (H.), DE ROSNAY (J.), COPPENS (Y.), SIMMONET (D.),
1996 - La plus belle histoire du Monde, Paris, Editions
du Seuil, 164p.
37
préfixe a, privatif et du grec gê "terre".
Agriculture qui se ferait sans terre, par extension sans
éléments naturels et qui serait uniquement le produit de
l'habileté humaine.

67
nature"- cette idée a été le moteur de la recherche
agronomique.

L'agronome tente d'accroître les rendements par une


action sur l'écosystème, parfois violente et s'oppose
fortement au comportement de l'écologue qui lui tente de
conserver une nature "vierge", en l'état. Le système de
culture que l'on connaît en Afrique ne se contente pas de
viser à un maximum de production, il recherche autant une
logique de production alimentaire sûre et stable. Son but
va tendre à rendre le milieu propice à la croissance et
au développement harmonieux de cultures aussi diverses
par leur morphologie que par leur destination. Au souci
de fournir aux plantes les conditions nutritives
nécessaires, s'ajoute celui de contrôler l'ensemble des
facteurs extérieurs à la plante qui pourraient affecter
ses conditions de croissance et de développement. C'est
là, que la recherche d'un milieu contrôlé au maximum
s'impose et que les techniques agricoles s'apparentent à
des techniques d' artificialisation. La maîtrise, le
contrôle, l'artificialisation, la transformation des
potentialités en ressources qualifient, à peu près
partout sur la planète, la relation que l' homme
entretient avec la nature. Cette action de l'agriculteur
est fondée sur la mise en place d'écosystèmes "ager",
beaucoup plus simples que ceux qui se développent
naturellement. Elle cherche à concentrer les efforts sur
un nombre limité de cultures dont on essaye de maîtriser
la croissance.

En Afrique, il n'y a plus, comme ailleurs dans le


monde, d'écosystèmes naturels qui auraient échappé à
l'action de l'homme mais on est loin d'atteindre le
niveau de maîtrise constaté dans d'autres parties du
monde. Il faut remettre en cause l'action de l'agronome
et constater son impuissance à imposer des méthodes qu'il
pensait efficaces. On a laissé le soin aux agriculteurs
de réagir avec leur bon sens paysan solidaire de leur
68
connaissance empirique du milieu. Au même titre que les
intrants extérieurs les connaissances empiriques, les
savoir-faire, l'organisation du travail paysan
contribuent à l'artificialisation du milieu. En Europe,
"les engrais, la mécanisation, la sélection génétique,
les pesticides ... · ont permis de multiplier par 5 à 10
( ) la productivité du sol et par plusieurs dizaines
( ) celle du travail" écrit SIGAUT (1985, p.11)
contribuant à creuser le fossé avec les pays en
développement. Il (SIGAUT, 1985, p.23) ajoute que ces
"savoirs d'origine interne, c'est à dire élaborés et
transmis par les agriculteurs eux-mêmes" sont en
évolution permanente et s'adressent à des activités de
plus en plus complexes comme le travail du sol ou
l'élaboration des décisions.

I.2.A. Artificialisation spontanée

En Afrique, les modalités de gestion du milieu


naturel ont pour référence deux registres, l'un
traditionnel, l'autre moderne qui apparaissent
complémentaires. Cette simultanéité de deux logiques se
retrouve dans la duplicité des objectifs des systèmes de
culture, entre subsistance alimentaire et échange
monétaire. COQUERY-VIDROVITCH (1990, p.25) souligne la
permanence d'un mode de vie paysan que n'a pas perturbé
fondamentalement l'intervention coloniale et qui s'est
opposé à une société moderne intégrée. Lorsque se
présente une situation économique difficile, on voit la
référence aux techniques ancestrales être plus marquée.
Elles apparaissent comme un refuge lorsque la sécurité
alimentaire est menacée et qu'il devient difficile
d'accéder à des techniques rares et de plus en plus
chères. Dans ses observations sur les potentialités
agricoles pour l'élevage AURICOSTE (1983, p.12) retient
que l'évaluation des aptitudes au pâturage doit tenir

69
compte des conditions d'appropriation et d'usage des
terrains.

La méconnaissance par les agronomes du système de


relations mùltidimensionnel et de la souplesse du passage
entre les registres sont à l'origine de bien des échecs
de la vulgarisation. Pour l'agronome moderne, les
techniques agricoles traditionnelles constituent, écrit
COQUERY VIDROVITCH (1990, pp.28-29), "un système à la
fois complexe et figé par des rites à résonnance
religieuse qui délimitent de façon stricte ce qu'il faut
planter et quand il faut préparer le sol, sarcler ou
récolter". D'après le même auteur, deux éléments de ces
systèmes agraires mis au point au cours des millénaires
sont négligés par les agronomes: leur incontestable
intelligence implicite et leur grande fragilité liée à
l'équilibre écologique et social précaire dont ils
dépendent. Selon SAHLINS 38 cité par BARNEAUD (1978, p.38)
" durant la plus grande partie de l' humanité, les
efforts intelligents du producteur ont été plus
déterminants que son outillage rudimenta;i.re ... ". En
effet, la place de l'outil est en comparaison du travail
fort peu importante, en Afrique. Pour BARNEAUD (1978,
p.38), elle explique le jugement hâtif que certains
portent, à tort sur le niveau de connaissance des
producteurs africains jugés attardés et ayant des
méthodes archaïques. Pourtant, la connaissance empirique
de ces producteurs est parfaitement opérationnelle dans
le système technique où ils opèrent. Leur connaissance de
l'environnement, des lois naturelles, de l'outillage, de
sa manipulation et l'agencement des opérations dans les
procès de production les amènent à un véri table savoir
technologique transmis à chaque génération par les aînés

38
SAHLINS (M. ) , 1976 Age de pierre. âge
d' abondance. l' économie des sociétés primitiyes, Paris,
Editions Gallimard, 409p.

70
de la société. Les espèces cultivées de façon
"traditionnelle" sont très souvent des espèces rustiques.
Elles réagissent, certes, relativement mal aux engrais
chimiques mais on leur reconnait, en milieu incontrôlé,
des performances stables et bonnes par rapport aux
espèces sélectionnées. D'après COUTY (1987, p. 399) ,
l'Afrique n'est pas en retard dans les évolutions en
matière de gestion de la fertilité. Citant PORTERES 39 , il
rappelle les transferts intercontinentaux d'un "nombre
inoui" de cultures nouvelles et surtout les déformations
successives connues par les systèmes de culture. Ces
évolutions ont suivi les transformations de
l'exploitation agricole en réaction à des événements
internes, écologiques, démographiques, sociaux et
économiques.

Aujourd'hui, les agronomes changent d'attitude face


aux innovations spontanées. On assiste à une véritable
revalorisation des savoirs et savoir-faire empiriques.
Prenant l'exemple du concept d'intensification, BONNEFOND
(1988, p.140) voit dans celui-ci la difficulté de
dissocier les différents types d'intensification. Celle-
ci permet l'accroissement de la production mais aussi
l'amélioration de sa qualité, en utilisant au mieux, en
principe, les ressources. En agriculture, à ressources
égales, la technicité de l'exploitant détermine le niveau
de production. En fonction de la date et des conditions
d'application les résultats peuvent fortement varier. La
gestion des ressources semble donc aussi importante que
leur quanti té. Le raisonnement sur le degré
d'artificialisation du milieu serait le prolongement des
difficultés à définir ce concept d'intensification.

39 PORTERES (R. ), 1950 - La recherche agronomique


dans les pays chauds, Revue Internationale de Botanique
Appliquée et d'Agriculture Tropicale, n0231-232, mai-juin
1950: 241-263

71
De façon plus large, le concept
d'artificialisation, peut tout aussi bien faire
40
référence, conune le fait BERNARD cité par BARNEAUD
(1978 , p. 39), à l'organisation de la société dans son
ensemble " car la technologie n'est pas un secteur limité
de la société, elle est l'organisation elle-même ... ". Là
encore, l'Afrique n'aurait rien à envier à quiconque.
Dans cette acception, il devient difficile de distinguer
l'évolution technique du changement social. L'intégration
par l'agriculture d'exportation du paysan le plus
traditionnel à une économie marchande le prouve (COQUERY-
VIDROVITCH, 1991, p.33). Selon le même auteur, il n'y a
pas d'obstacle à l'innovation dès lors qu'est préservé
l'équilibre entre famille et unité de production. Selon
ROBERT41 (cité par MAIGROT, 1989, p.17), on retrouve le
même phénomène ailleurs, par exemple dans la gestion
42
collective du finage • Prenant le cas des conseils
municipaux en France, il dit qu'ils. sont "avant tout
constitués d'agriculteurs qui gèrent la conunune au
bénéfice de l'agriculture ... Or de nombreuses études
depuis vingt ans mettent en relief l'entrée en force des
résidents secondaires (ou non agriculteurs) dans les
conseils municipaux. Le plus souvent, le pouvoir, c'est à
dire la mairie, finit par échapper aux agriculteurs et la
commune se transforme alors. Pour DE SCHLIPPE (1986,

40
BERNARD (S.), 1959 Analyse critique des
concepts relatifs aux implications sociales du progrès
technique. in: Les implications sociales du progrès
technigye, Paris, PUF, pp.21-111.

41 ROBERT (M. ), 1986 - Sociologie rurale, Paris,


PUF, Coll. Que sais-je?, 123p.
42
Etendue du territoire exploité par une communauté
rurale.

72
p.23), toute modification en agriculture est subordonnée
à la fois à la faculté du groupe à s'adapter aux
modifications et à la capacité du milieu naturel à
s'accommoder à d'autres méthodes d'exploitation. Même si
la référence aux techniques ancestrales est une valeur
sûre (DUPRIEZ, 1982, p.63-65), i l apparaît la nécessité
de combiner aux savoir-faire traditionnels en matière de
gestion de la fertilité, des innovations techniques
complémentaires.

I.2 . B. Innovations technologiques et sociales


venant du dehors

L'exploitation agricole s'efforce de produire,


comme nous l'avons vu, pour satisfaire des besoins
variés. De sa capacité à y parvenir dépend sa survie, son
développement, sa prospérité et son évolution (rythme de
changement technique, réorientations éventuelles). Tout
cela est largement fonction des choix effectués par
l'exploitation qui n r est pas passive mais réagit
activement à l'environnement dans lequel elle évolue. Il
s'agit pour elle de réduire les incertitudes et de
limiter les risques. Les stratégies micro-économiques
choisies par l'exploitation font évoluer son système
technique et contribuent à donner au système social
général un visage différent selon l'époque. Les questions
qui se posent aux exploitations dans une région très
peuplée sont les suivantes: Comment augmenter le
prélèvement déjà important sur le milieu alors que le
rapport populationjSAU arrive à saturation? Comment
alléger la pression sur l'écosystème? Comment élargir les
surfaces sur lesquelles on prélève? La réponse à ces
questions repose sur les choix stratégiques au niveau de
l'exploitation comme de la société et sur l'innovation
(technique ou sociale). Selon GRAS (1989, pp.53-63) une
évolution technique d'ampleur n'est possible que si elle
respecte les choix des exploitations. Au niveau de
73
l'exploitation, la première stratégie possible consiste à
trouver de nouveaux espaces à exploiter soit qu'ils
étaient inexploités soit qu'ils l'étaient peu ou de façon
peu performante. Tout cela passe par la recherche
d'écosystèmes à la marge de ceux utilisés couranunent:
sonunets de colline en forte pente, bas-fonds inondés. Ces
écosystèmes sont plus ou moins faciles à mettre à profit,
requierent plus ou moins d' aménagements, sont plus ou
moins fragiles. C'est une stratégie qui, sans être
suffisante pour garantir la satisfaction totale de
nouveaux besoins, contribue , toutefois, à diminuer une
pression devenue trop forte. Posséder des écologies
marginales (par rapport à l'usage habituel du foncier)
peut représenter pour l'exploitation ou la région un
potentiel transformable en ressources grâce à des
innovations techniques.

Dans une région saturée, l'extension des surfaces


est limitée et ne suffit généralement pas. Elle doit être
accompagnée d'une stratégie d'intensification de la
production par unité de surface. Cette notion
d'intensification est très souvent réduite à l'usage
d' intrants : fertilisation chimique,. irrigation,
sélection végétale, traitements phytosanitaires. En Asie,
ceux-ci ont fait leurs preuves engendrant une
augmentation spectaculaire des rendements et
l'éradication de problèmes graves de famine au moment de
la "révolution verte". Même si, on a reproché à cette
stratégie de ne s'intéresser qu'à la quantité sans tenir
compte de l'importance des coûts de production. Pour
BONNEFOND43 (cité par COUTY, 1987, p. 400) , évoquant
l'introduction de variétés de riz en Basse et Moyenne-

43 BONNEFOND (Ph.), 1985 Les tentatives de


développement agricole en Basse et Moyenne-Casamance
(résumé), Paris, Min. des Rel. Extérieures, Coop. et
Développement, 18p.multigr.

74
Casamance" , il n'est pas certain que les semences
améliorées soient mieux adaptées que les anciennes aux
conditions pluviométriques réduites" tant que ne sont pas
résolus les problèmes de transformation des systèmes de
production notamment tant que l'utilisation d'intrants
nécessaires à ces variétés n'est pas acquise. La culture
associée fait partie des autres moyens d'intensifier
l'usage de la terre. Il s'agit de combiner plusieurs
espèces ou de faire chevaucher plusieurs cycles de
culture.

En Afrique, par la nature incertaine de la maîtrise


que l'on a sur le milieu agricole, très souvent on
choisit d'associer les cultures. On garantit par la
multiplicité des espèces, le décalage des semis et des
phases sensibles des cultures, un certain niveau de
récolte. Une des conséquences que voient certains, face à
ce milieu associé si peu contrôlé, est qu'il vaut mieux
ne toucher à rien ou modifier l'ensemble de fond en
comble. Ainsi dès lors que l'on n'envisage pas de
renoncer à l'association de cultures, il est illusoire de
leur substituer, de nouvelles variétés sélectionnées
performantes mais fragiles. En effet, nous sommes
désarmés face aux incertitudes du milieu, les agronomes
n'agissant bien qu'en milieu contrôlé. Une innovation
peut, ainsi, devenir pénalisante. D'après TOURTE (1972,
p.4), on a tendance, à considérer la culture pure comme
l'aboutissement logique de l'évolution de l'agriculture.
Mais le choix de se priver des cultures associées en
Afrique est d'autant plus difficile qu'elles présentent
un certain nombre d'avantages malgré le peu d'intérêt que
la recherche leur a porté. Comparativement aux cultures
pures, elles offrent une bonne utilisation des facteurs
de l'environnement, une meilleure résistance aux diverses
attaques (parasites, adventices) , une meilleure
rentabilité surtout en conditions peu "évoluées" (peu
artificialisées). On peut trouver dans l'histoire les
raisons d'une certaine méfiance vis à vis de la culture
7S
pure: dans les sociétés où la reproduction dépendait
autrefois de l'auto-subsistance quasi-autarcique, le
souci de sécurité est encore aujourd'hui super~eur à
celui d'un revenu monétaire accru. Nous sommes alors
renvoyés à la question: comment adapter au contexte
agricole africain les progrès en sélection, alimentation
minérale des plantes tandis que toutes les recherches
sont axées sur des systèmes techniques en culture pure?

Une stratégie d'augmentation de la production doit


s'accompagner d'une stratégie d'allégement de la pression
sur l'écosystème. En effet, une façon d'assurer la
sécurité alimentaire de la population peut être de se
décharger, au moins en partie, de celle-ci sur d'autres
écosystèmes. Cette notion d'allégement est une fonction
fréquente que l'on trouve à l'émigration.
C'est au niveau de la société entière qu'il est possible
d'envisager de telles régulations. Elles sont parfois
érigées comme un véritable rite pour les individus. Dans
la majorité des cas, ceux qui émigrent restent attachés à
leur lieu d'origine et en attendent des flux. C'est
d'ailleurs ce que décrivent les études de BARBIER (1978,
p.341) parlant de la complicité ville/campagne. Le relais
pris par la ville se fait sentir par un allégement d'une
charge qui pesait en totalité sur la campagne. Ainsi la
société à la recherche constante d'innovations sociales a
un rôle important dans la recherche d'une adéquation
besoins/ressources. Il peut s'agir aussi d'alléger le
secteur rural grâce aux autres secteurs d' activi tés: les
revenus complémentaires engendrés par une deuxième
activité extra-agricole donnent un certaine souplesse à
l'agriculture. Cela peut signifier enfin diminuer le
nombre d'enfants à charge par une limitation volontaire
des naissances qui permette de réduire la progression du
nombre de bouches à nourrir. L'augmentation des
performances et la réduction des besoins peuvent donc
être deux processus simultanés et sont compatibles pour
at teindre l'adéquation des besoins aux ressources. Tel
76
choisira la voie de la double-activité, tel
l'intensification, tel autre l'émigration. La
spécialisation des exploitations s'effectue sur des
caractéristiques structurelles, ce qui explique
l'existence d'une différenciation plus ou moins
régionale, plus ou moins nationale, qui ressort dans les
typologies. Pour COUTY (1987, p. 402) , l' "approche
verticale" (spécialisation par culture et grappe
d'inputs) des problèmes de développement rural, longtemps
en vigueur pour la recherche agronomique dans les pays
chauds, s'est révélée inadaptée aux systèmes de
production africains. Il pense que cette méthode bien
adaptée à l'Asie ne peut être transposée en Afrique.
L'amélioration variétale est plus adaptée aux systèmes de
production caractérisés par l'abondance de travail et la
rareté de la terre conune en Asie. Alors que dans les
système de production où la main d'oeuvre est rare, comme
en Afrique, mieux vaut une approche "horizontale", plus
fine donnant toute son importance à la diversité des
exploitations agricoles. Certaines exploitations sont
plus fragiles que d'autres puisque leur sort dépend de
l'extérieur ou d' une spécialisation plus forte qui les
rend sensibles aux fluctuations de l'environnement. Il
est possible de rendre compatible diversification et
intensification: les cultures associées autorisent la
combinaison d'espèces et une intensification du sol. En
associant des cultures aux fonctions différentes (rente
ou vivrier), on accroît de façon considérable les chances
de réussite. Les avantages de la culture pure se situent
dans une optique de rentabilité mais avec une prise de
risque importante. Elle ne peut se concevoir que sur des
surfaces ne remettant pas en cause la survie de
l'exploitation.

Le "success story de la révolution verte" connu en


Asie (COUTI, 1987, p.403), a fort peu de chance de se
répéter en Afrique du fait du caractère indissociable des
changements technique et social. Une position que défend
77
également SIGAUT (1985, p.19): il attribue le rejet d'une
innovation non à l'efficacité incontestable des
techniques mais à la difficulté de les relier à
l'organisation du travail, fait culturel. Selon SIGAUT
(1985, p.19), l'importance d'une technique n'est pas
évidente dans toutes les chaînes opératoires et sa place
n'est pas systématique dans tout les systèmes socio-
culturels. Par contre, dans leur étude sur la technologie
en milieu rural africain, BARNEAUD et al (1978, p.50)
font observer qu' "on ne peut renvoyer à la sociologie
culturelle l'étude des conditions d'innovation; celle-ci
se définit par rapport à un système de production au sein
duquel elle se génère ou elle s'intègre. Il Selon TOURTE
(1972, p.925), ce qui manque à l'Afrique (par rapport au
Sud-Est asiatique) pour que se réalise sa révolution
verte ce n'est pas seulement la stratégie de transfert du
message de la recherche mais aussi la définition du
système agricole intensif qu'elle peut accepter. Il y
aurait, pour lui, une réelle urgence à définir cet idéal
agricole et faire des choix entre cultures associées,
cultures pures, mécanisation, irrigation, intégration de
l'agriculture-élevage en fonction des différentes
écologies, des situations agricoles, sociales et des
grandes options de développement fixées par le pouvoir
politique. Sur la façon de faire évoluer l'agriculture
africaine, d'après TOURTE (1972, p.920) deux conceptions
divisent les agronomes :
l' une progressive, émanant des développeurs, se
fonde sur des thèmes simples pour une amélioration pas à
pas.
l'autre, plus déstabilisante soutenue par les
chercheurs, amène une intervention globale sous forme de
"paquets technologiques".

D'après lui, il n'existe, en fait, que très peu


d'expériences en situation qui permettent de trancher en
faveur de l'une ou l'autre de ces approches. Pour MORLON
(1992), il existe bien une spécificité africaine qui
78
pénalise l'intervention des agronomes conçue pour des
systèmes homogènes. Pourtant dit-il, la diversité des
systèmes de culture, la diversification des activités
comme la crainte du risque et l'interdépendance des
activités familiales sont des caractéristiques partagées
par la plupart des agricultures familiales des pays en
développement. Pour lui, cette spécificité des
agricultures du TierS-Monde résulte plus encore de
l'aptitude de la communauté à s'organiser, de facteurs
historiques et géographiques. Pour HALLAIRE (1984), c'est
la cohérence du système agricole avec la société et les
institutions qui explique l'adoption ou le rejet
d'innovations. Elle montre chez les montagnards du Nord
du Cameroun, la relation existant entre la rotation
binaire haricot/sorgho et le rite iniatique des filles et
garçons.

La recherche d'un milieu toujours plus contrôlé


nous entraîne à une plus grande dépendance loin de "nous
libérer des servitudes imposées par la nature" (BOURG,
1993). En Europe, il lui semble évident que, loin d'être
soulagés, les paysans endettés sont amenés à travailler
plus. La plus grande maîtrise des sciences et des
techniques se traduit par la prise en charge plus
importante de la nature. On peut faire le même constat
pour les sociétés rurales africaines. Le face à face avec
le marché international (vrai pour l'Europe et pour
l'Afrique depuis peu) devient une préoccupation et une
tâche supplémentaires. Celui à qui, il revenait jadis de
simplement nourrir la population, fut, par exemple en
Afrique au moment de l'introduction des cultures de
rentes, chargé de rapporter des devises. Aujourd'hui, il
devient garant des grands équilibres, l'économie du pays
reposant sur son activité.
D'après BOURG (1993) on arrivera à donner au mot "paysan"
un sens nouveau, non plus celui d' homme attaché au pays
(à la terre) par opposition au citadin, mais celui qui
prend en charge une partie de la communauté. L'innovation
79
dit DUPRIEZ {1982, p.22} est trop souvent présentée comme
"progressiste". D'après lui, il faut être conscient de la
complexité des contraintes et des effets provoqués par le
changement. C'est, dit-il comme une drogue, "si la dose
est correcte, elle s'intègre à l'organisme et en améliore
le bien-être et le dynamisme. Si la dose est trop forte
et la drogue peu appropriée, elle détraque
l'organisme ... ". Selon YUNG {1992, p.22}, l'expérience
des erreurs passées incite les développeurs d'aujourd'hui
à considérer l'agriculteur comme un acteur social qui
44
donne vie au système. PETIT {cité par YUNG, 1992, p.23}
dit "l'hypothèse de rationalité implique que les
agriculteurs "ont de bonnes raisons de faire ce qu'ils
font"". De leurs pratiques, on doit pouvoir déduire leur
comportement, leurs opinions, leurs stratégies de
production et y adapter nos interventions. Pour DUFUMIER
{198S, p.29}: "Les projets de développement agricole
doivent créer les conditions qui fassent en sorte que les
paysans aient effectivement intérêt à poursuivre les
objectifs qui leur sont proposés". Cette prise en compte
des stratégies des producteurs devrait exercer une
influence déterminante sur le taux de réussite des
actions entreprises.

44 PETIT {M.}, 1981 - Théorie de la décision et


comportement adaptatif des agriculteurs. Journées INRA-
ENSSAA-INPSA-INRAP, Dijon.

80
CHAPITRE 3

Les modalités sociales de


renouvellement de la fertilité

Introduction

L'exploitation doit en permanence ajuster ses modes


d'exploitation à ses moyens, ses récoltes à ses besoins.
C'est ce qu'on appelle une stratégie de production. Les
choix que l'on fait pour la production ont une durée de
vie limitée. A l'image de ce qui se fait dans d'autres
professions, on ne prévoit pas toujours les conséquences
de ces choix. Les cultures difficiles sur le plan
technique ou exigeantes sur le plan financier peuvent
être arrêtées prématurément. Celles des stratégies qui
sont retenues deviennent le support de la croissance de
l'exploitation, du mode d'exploitation des champs. C'est
ainsi que la caféicul ture est devenue le pivot de la
production des exploitations de la région Ouest du
Cameroun et le système agro-forestier un des modes
d'exploitation dominant. Pour avoir des chances
d' exister, une ré-orientation doit être réellement
novatrice par rapport à la précédente. Elle doit mettre à
profit de nouvelles terres, rendre plus performante une
certaine main d'oeuvre ... Le maraîchage, la double-
activité font partie de ces nouveaux choix stratégiques.
Ils ont modifié le paysage productif des exploitations
agricoles en déclassant certaines options et en ouvrant
de nouveaux champs d'activité. Mais pour subsister un
mode d'exploitation ne peut pas avoir une action
dégradante sur la fertilité. La culture est un mode
d'exploitation agressif qui convient mal au contexte de
pente sous climat tropical.

On comprend assez facilement les raisons qui


poussent une exploitation à se réorienter, à choisir
d'autres productions pour satisfaire des besoins nouveaux
81
ou pour contrer la détérioration des conditions de
marchés de certains produits. Cela n'explique pourtant
pas les raisons pour lesquelles elle choisit telle ou
telle orientation. Une première raison pourrait être
économique. C'est celle qui fait reposer ce choix sur la
rémunération de l' activi té. Ce n'est certainement pas la
seule. Bien sûr, pour choisir une spéculation, celle-ci
doit rémunérer les facteurs de production (terre,
travail, intrantsl. Mais le niveau de rémunération n'est
pas évident. En milieu agricole le temps est rarement
comptabilisé, la terre peut être momentanément prêtée. De
plus, faute de pouvoir prédire l'avenir on s'appuie sur
le présent en pensant que demain sera à l'image
d'aujourd'hui. Il est donc difficile de savoir ce qu'un
investissement va rapporter. Ce choix se situe entre un
choix économique rationnel et un futur incertain, c'est
pourquoi d'autres considérations interviennent. Elles
sont d'ordre social. L'âge, la formation du chef
d'exploitation, la force de travail mobilisable, la
sécurité foncière, les alimentaires sont les éléments
essentiels du choix. Les stratégies se fondent sur des
hommes à qui il revient de tout réaliser. Ce sont eux qui
sont importants.

I.3.A. Les questions de la reproduction à


long terme de la fertilité

La fertilité est une préoccupation des hommes qui


veulent entretenir une nature dont ils espèrent
nourriture et autres moyens de subsistance. Elle devient
une préoccupation lorsqu'il y a nécessité d'accroître la
production en particulier sous la pression démographique
ou toute autre crise. Dans la forme de production qui est
celle de l'activité agricole, la fertilité des sols doit
s'étudier à l'intérieur de ce qu'on appelle un procès de
production. Celui-ci se réalise à· partir de la
combinaison de 3 facteurs qui sont l' obj et de travail
82
(l'écosystème), le travail, les autres moyens de travail
(outils, intrants) qui s'intercalent entre les deux
premiers. Le rôle du travail du sol dans l'entretien de
la fertilité est important. C' est lui qui valorise la
nature. L'alternance des cultures est une autre technique
utilisée pour améliorer le sol. SÉBILLOTTE (1990, p.6)
reprenant une idée développée par BOTTERO et KRAMER
(1989, p.477-S09) dit "L'honune sera créé avec les
instruments de l'agriculture: Bêche, Houe, Couffin et
Charrue, après que fut conçu le système d'irrigation."
Ces différents auteurs insistent sur l'importance du
travail au moins égale à celle du fumier auquel ils
l'opposent. Dans les sociétés pré-machinistes comme c'est
le cas en Afrique, le travail occupe une place
fondamentale. Il s'exerce dans le cadre d'une division
sociale par sexe, classe d'âge, génération ou de façon
plus complexe entre certains producteurs spécialisés et
les autres. Lorsqu'il s'effectue collectivement, la
nature des travaux mis en oeuvre, analogues ou
complémentaires, les modalités de réciprocité qu'ils
impliquent, les types de contre-partie, la nature des
rapports sociaux mobilisés (parenté, voisinage, salariés)
déterminent les formes que peut prendre cette coopération
(BARNEAUD 1978, p.61-62) . Il faut donc analyser
précisément ces formes de coopération pour étudier les
conditions de transformation d'une partie de l'itinéraire
technique.

Le travail du sol apparaît comme indissociable de


la situation de l' homme (valorisation du travail,
représentation qu'on a de la terre, identification de la
fertilité de la terre à la fécondité de la femme ... ).
Ainsi, on peut rapprocher le nombre élevé de labours
longtemps adopté pour affiner la terre à une valorisation
chrétienne du travail alors que les moyens existaient de
simplifier l'itinéraire technique. Ces méthodes
cul turales fondées sur un travail intense ont, d'après
SÉBILLOTTE (1990, p.8), pour moteur "la colonisation pour
83
des raisons politico-économiques et pour partie,
l'accroissement de population". Il prend l'exemple de la
conquête des zones occupées par les indiens dans l'Ouest
de l'Amérique du Nord.
Ce sont les conséquences écologiques négatives comme
l'érosion liée à la monoculture et à la jachère
travaillée (dry farming), qui ont amené la réduction du
travail du sol (minimum tillage) et la culture en courbe
de niveaux.

A la notion de fertilité est attachée celle de


domination du monde par l'homme. Ce que DUMONT (1974,
p.320) souligne en disant "JI avais dit que l'agriculture
était l'artificialisation du milieu naturel: ce qui se
situait dans l'optique marxiste et chrétienne tout à la
fois, de l'homme maître du monde, habilité à maîtriser, à
dominer, certains disent même à asservir la nature". Mais
la notion de fertilité est aussi attachée à celle de
fécondité et de domination de la femme par l'homme. "Les
femmes ont la charge de la procréation et de la
production qui résulte de la fertilité, non de la
violence; si bien que la plupart des cultures sont
associées au symbole féminin. Le langage de la fertilité,
de la fécondité, de la "nature" est celui qui dit la
nécessité, mais aussi l'infériorité, de la femme"
(BALANDIER, 1974,p.4S). C'est aussi ce que développe
MEILLASSOUX (197S) dans son ouvrage consacré à une
théorie du mode de production domestique et à la place
que la femme y occupe. SEBILLO'ITE (1990, p.10) ajoute "la
fertilité et la fécondité de la femme se renvoient l'une
à l'autre. Il est de même intéressant de voir les
rapprochements que fait MERCHANT (1984) entre les
problèmes écologiques et le statut des femmes dans nos
sociétés" . 45

45 MERCHANT Carolyn, 1983. The death of nature:


women, ecology and the scientific revolution. Harper and
84
Le fonctionnement de l'exploitation dont dépendent
les pratiques agricoles est fonction de la société qui
l'englobe. BOSERUP a développé l'influence de la pression
démographique sur les transformations agraires. Il
présente (BOSERUP, 1978, pp.29-36) quatre systèmes
définis par la relation population-système de jachère-
techniques agricoles:

1. Jachère-forêt, de 20 à 25 ans permettant le


reboisement- Technique de brûlis ne nécessitant pas
d'outil (bâton à fouir). Action fertilisante des cendres.

2. Jachère-buisson, de 6 à 10 ans, défrichage et


sarclage à la houe. Action fertilisante par végétaux
brûlés ou non.

3. Jachère courte-culture annuelle, la terre ne


repose que quelques mois. Technique de la charrue. Action
fertilisante par fumier des animaux et autres déchets.

4. Culture intensive - suppression de la jachère.


Action accrue pour maintien de la fertilité: engrais
vert, compost, marne, engrais minéraux etc.
BAOOUIN cité par BARNEAUD (1978, P .10) avait avant lui
déjà mentionné la pression démographique comme cause
déterminante d'adoption de techniques nouvelles pour
maintenir la fertilité. Il dit "plusieurs peuples
africains ont su modifier leurs techniques et sauvegarder
leurs sols ( ... )On remarque qu'il s'agit toujours de
groupes denses à démographie progressive et que le
terroir fonds et surface ensemble, est approprié et
borné, le cadastre utile est fixé avec rigueur ( ... ) " .
L'exemple de l'Angleterre de la fin du 17ème siècle a

Row, N.Y. Analyse par P. Thuillier in La Recherche, 1984,


151, 80-83.

85
montré l'influence de la mutation de la société anglaise
sur les structures productives agricoles. La
privatisation du foncier a permis l'extension de
pratiques agricoles nouvelles pour lesquelles
46
l' "openfield " était un obstacle. Mais il ne faut pas·
penser que les progrès se distribuênt de façon
égalitaire. SEBILLOTTE (1.990, p.1.5) parle "distribution
spatiale et sociale de la fertilité" et donne l'exemple
du Haouz de Marrakech (Maroc) où l'eau distribuée par le
système tribal est un enjeu social. Ceci met en évidence
le rôle de l'organisation collective sur le maintien de
la fertilité.

I.3.B. L'impact des rapports sociaux et des


régulations à diverses échelles

L'affirmation selon laquelle l'évolution de


l'agriculture doit se faire par l'accroissement de la
production et de la productivité de la terre repose sur
la prise en considération de l'aspect rentabilité des
investissements; mesurés en termes monétaires cela
concerne un emploi croissant d'intrants, un recours
éventuel à un matériel génétique plus performant, des
aménagements fonciers avec pour seule référence les
conditions de marché. Si l'on se situe au niveau socio-
économique global, il n'est plus possible d'ignorer
d'autres dimensions pour envisager les conditions de
transformation des techniques. Pour un petit producteur,
le calcul économique incorporera d' autres éléments
touchant à ses conditions de vie, au sens global du
terme. Il tiendra au moins compte des répercussions d'une
technique sur son niveau de vie et sur son temps de
travail. Pour BARNEAUD (1.978, p.24) s'appuyant sur les

46 Vaine pâture et usage de communaux

86
47
travaux de COQUERY-VIDROVITCH et MONIOT "les
améliorations technologiques ont davantage permis à
chaque famille de travailler moins que de produire plus".
Il n' y a donc pas dans les sociétés pré-capitalistes la
motivation productiviste qui domine dans une société
marchande de type capitaliste. Même au niveau de la
parcelle, la pratique confirme la preem~nence des
caractéristiques de l'agriculteur (sa situation
familiale, ses projets ... ) sur le milieu physique, dans
l'interprétation des rendements (MILLEVILLE, 1984).

Pour MAURER (1977, p.79-118), l'évolution des


besoins exerce un effet déterminant sur les techniques.
D'un point de vue méthodologique, il recommande lorsqu'on
veut connaître l'opportunité d'une innovation de faire
l'identification préalable des besoins. Il souligne le
cas de plus en plus répandu de sociétés communautaires
intégrées aux structures de marché capitaliste. Il
découle de ce genre de situations, une transformation des
"mentalités" collectives avec apparition de nouveaux
besoins tels la recherche du profit. Cette évolution
paraît irréversible, même si les moyens de les satisfaire
sont hors de portée. Ainsi la monétarisation croissante
des échanges a induit de nouveaux besoins et conduit à
une individualisation des modes de consommation. Pour
BARNEAUD (1978, p.22), "Sous la pression des besoins
nouveaux, l'appel à des techniques modernes importées
apparaît comme la seule solution pour assurer une hausse
de productivité immédiate, même si les effets secondaires
résultant de l'introduction de nouvelles techniques de
production induisent des changements non maîtrisés sur
l'écosystème et les structures sociales"

47 COQUERY VIDROVITCH (C.), MONIOT (H.) - L'Afrique


Noire de 1800 à nos jours, Paris, PUF, 1974, 462p., cart.

87
Cette liaison entre le besoin social et le
changement technique s'impose. Mais elle ne peut à elle
seule expliquer, dans une relation de causalité simple,
48
les conditions de l'évolution technique. RAULIN cité
par BARNEAUD (1978, p.26), à propos de l'extension de la
culture à la houe au NIGER, écrit: "L'hypothèse la plus
vraisemblable, c'est que l'extension de la culture à la
houe a correspondu d'une part à une expansion
démographique importante, d'autre part à un développement
en flèche des cultures commerciales, à commencer par
l'arachide. Pour faire face à cette pénurie (des terres)
menaçante, les Haoussa du centre nord-ouest du Nigéria
ont étendu la technique de la houe à tous les sols". Il
ajoute "on pourrait s'étonner que ceux de Kantché n'aient
pas suivi la même évolution puisqu'ils connaissent très
bien le travail à la houe pour le pratiquer dans leurs
jardins de bas-fonds humides. Ce serait croire à un
déterminisme rigoureux et admettre que les groupes
sociaux, placés dans des conditions comparables,
réagissent d'une manière absolument identique. ( ... ) Des
croyances locales peuvent faciliter le conformisme et la
routine. Dans cette même région, on reconnait à l'iler49
une valeur magique: la poignée constituée par une corne
de bélier aurait un pouvoir fécondant"sO

48 RAULIN (H.), 1967 - La dynamique des techniques


agraires en Afrique Tropicale du Nord, CNRS, Paris,
202p.multigr.
49
Instrument à long manche muni à son extrémité
'une lame d'acier, en forme de croissant, faisant avec le
manche un angle obtu relativement large.
sa
RAULIN (H.)- Technique et bases sociologiques des
sociétés rurales nigériennes, IFAN-CNRS, Niamey, 1963,
143p.
Les systèmes ont leur propre logique et doivent
aussi s'intégrer dans le fonctionnement d'ensemble. Ils
doivent être cohérents aussi bien avec les rapports
sociaux, politiques qu'économiques. Dans une société
paysanne pré-capitaliste, les terres sont presque
toujours propriété de la communauté. Ceci suppose que la
"coutume" garantisse l'accès de l'individu à cette
ressource fondamentale. Cela veut dire qu'elle commande
aussi le mode social d'appropriation des moyens de
travail et parfois de la force de travail. Si tel est le
cas, elle codifie les droits et obligations réciproques
des groupes ou des individus, concernant la répartition
et le contrôle des moyens de production. La communauté
apparaît ainsi comme une réalité supérieure, facteur
d'unité et de survie des individus et des générations.
Cette analyse suppose que les aînés occupent une place
stratégique. Il leur revient de maintenir en état les
moyens de production et de transmettre les connaissance
techniques, sociales, comme magiques. Selon PONTIÉ et
ROBINEAU (1992, p.56), il n'y a pas d'ethnies
progressistes ou conservatrices dans l'absolu. Ce qui est
important pour la communauté, c'est de conserver une
cohérence d' ensemble. Ainsi, si une innovation tend à
séparer l'individu de son groupe, la communauté se
comportera comme un élément conservateur s' opposant au
changement. A l'inverse, quand se présente une méthode
efficace et adaptée à la cohérence interne de la
communauté, la cohésion sociale se comporte comme un
élément moteur. L'extension rapide des cultures
marchandes s'inscrit dans cette logique. Différents
auteurs pensent qu'il est plus facile d'adopter des
thèmes de développement légers qui ne remettent pas en
cause les structures agraires existantes que des thèmes
lourds fortement perturbateurs. Au total, les
modifications qui peuvent exister sur le plan de la
fertilité et en rapport avec les structures agraires vont
dépendre étroitement:

89
-des objectifs poursuivis par chacun des
producteurs;
-des implications dues aux décisions prises aussi
bien sur les parcelles individuelles que sur
l'exploitation, qu'au niveau du village;
-de l'évolution de la cohérence de l'ensemble.

Selon ANCEy51 cité par BARNEAUD (1978, p. 98), dans


les sociétés rurales africaines, l'exploitation agricole
rassemble des grands champs cultivés en commun et
destinés à l'autosubsistance collective, des petits
champs individuels dont la production est souvent
marchande. Femmes et cadets, ti tulaires d'un champ
individuel, se doivent de consacrer une partie de leur
temps de travail au champ collectif avant de travailler
sur leurs champs. De même les grands champs collectifs
bénéficient en priorité de la fumure, les autres étant
accessoirement fumés. Mais la pénétration de l'économie
marchande tend à dissoudre les vieux rapports de
production domestiques ou lignagers. Les règles sociales
ne sont pas toujours perpétuées expliquant qu'on n'a plus
comme autrefois uniformité des techniques agricoles au
sein d'une même écologie et d'un même groupe ethnique. On
assiste à une individualisation de plus en plus poussée
des processus de production. Cela a donné lieu à la co-
existence de deux modes de production avec deux logiques
différentes, l'un domestique (production vivrière),
l'autre capitaliste (production marchande) s'articulant
dans le fonctionnement d'ensemble de l'exploitation
agricole:
-la production vivrière concerne la famille
élargie et obéit aux normes "traditionnelles". Elle se
caractérises par des rapports non marchands. Elle a une

51 ANCEY (G.) - Niveaux de décision et fonctions


objectifs en milieu rural africain, STATECO, Bulletin de
liaison, n08, juin 1976.

90
finalité sociale qui est celle de produire des biens
d'usage;
-la production marchande (culture d'exportation)
dépend du chef d'exploitation qui vendra ses produits et
bénéficiera d'un encadrement de l'Etat. Dans ce dernier
cas se procurer des engrais subventionnés spécifiquement
pour la culture exportée, comme utiliser de la main
d'oeuvre salariée sera possible.

Dans le but d'amener des devises au pays, l'Etat a


favorisé les productions destinées à l'exportation. Il a
permis aux agriculteurs d'intensifier leur production en
subventionnant les engrais et pesticides. Toutes les
mesures incitatives de l'Etat par le biais de la
vulgarisation, du crédit, de la régulation des cours et
des subventions s'inscrivent dans une politique favorable
à une intensification. Il a accéléré la désagrégation des
structures sociales, individualisant sans cesse les
processus de production qui se spécialisent. C'est pour
satisfaire la demande alimentaire des villes que l'Etat
intervient directement. On constate que la pénétration
des rapports de production capitalistes est restée
partielle: la création de nouveaux marchés sur lesquels
on peut écouler des produits traditionnellement peu
vendus a détourné une partie des engrais sur les
vivriers. Cette influence de la ville sur la production
agricole est d'autant plus ressentie qu'une partie des
aînés et de nombreux jeunes quittent la campagne,
temporairement ou définitivement pour émigrer en ville.
Cette exode essentiellement masculin crée des liens entre
ville et campagne obligeant ainsi les exploitations à un
recentrage de leur production sur le vivrier. La
nécessité de produire à moindre coût pour les villes afin
d'éviter une explosion sociale a incité l'Etat à tolérer
ce détournement d'engrais. La chute mondiale du prix des
produits d'exportation a remis en question cette
politique montrant le lien entre le prix des produits et
l'utilisation d'engrais.
91
L'acquisition de moyens de production
indispensables au maintien de la fertilité nécessite la
maîtrise d'un capital minimum; plus ces moyens de
productions sont sophistiqués et onéreux plus leur
utilisation dépendra de ce capital. L'utilisation
d'engrais est soumise à des conditions: soi t la
production du champ est largement marchande, soit
l'exploitation agricole est suffisamment pourvue en
produits à vendre et une redistribution entre champs est
possible. Ainsi s'explique le parallélisme entre
l'accroissement de l'utilisation d'engrais et
l'orientation plus poussée de l'exploitation vers une
production capitaliste. La production marchande est,
donc, un processus autosuffisant. Mais si l'exploitation
n r arrive pas à accumuler des fonds destinés à l'achat
d'instruments de production, le recours à une activité
extérieure est une autre façon de procéder. Au-delà du
problème de fertilité, les possibilités d'associer à la
production agricole d'autres activités capitalistes
faites en ville permet l'amélioration de l'équilibre
général du milieu rural. Le crédit, lui aussi, peut être
déterminant dans l'évolution de l' artificialisation. Il
existe d'autres contraintes qui rendent aléatoire
l'utilisation d'engrais: l'agriculteur n'investira que
s'il est assuré d'un retour bénéfique. Ainsi, les aléas
climatiques rendent-ils dans certaines régions les
résultats d'une fertilisation chimique trop incertains
pour qu'on s' y investisse, expliquant que l'agriculteur
privilégie des investissements pluriannuels moins risqués
alors que les régions à climat plus régulier se prêtent
mieux à des investissements annuels dont le résultat est
beaucoup plus sûr. Enfin le comportement de
l'exploitation vis à vis de l'artificialisation va
dépendre aussi du système économique. Pour intensifier sa
production marchande, l'agriculteur doit avoir à la fois
confiance dans le marché et doit disposer d'une
connaissance suffisante du rendement additionnel lié à
92
l'apport d'engrais. Un marché trop fluctuant ralentit
tout mouvement d'artificialisation. Dans la mesure où les
cultures de rente en Afrique ont une place importante, on
ne peut pas négliger les effets indirects qu'elles ont
sur la fertilisation du milieu.

Il semble bien difficile de répondre à certaines


questions sans des observations faites à tous les
niveaux d'organisation: le champ, l'exploitation, la
chefferie en amont. Pour R. GRAS (1989, p.39) chaque
niveau devrait être le lieu d'une interrogation
particulière. Une idée que reprennent en d'autres termes
DEFFONTAINES et PETIT (1985, p.ll), dans la notion de
"point de vue". On a une configuration physique de
l'organisation agricole à plusieurs niveaux dont le plus
simple est la parcelle. Rien de plus petit qu'une
parcelle ne peut conduire à un processus complet de
production. Ce processus d'organisation permet, en outre,
d'accroître l'efficacité des technologies. L'explication
de certains choix de l'agriculteur peut n'apparaître qu'à
un niveau d'organisation. L'agronome intervient le plus
souvent au niveau de l'exploitation ou de la parcelle.
Ainsi les écosystèmes ne sont pas seuls déterminants du
choix des techniques. Pour plusieurs auteurs, la mise en
oeuvre de techniques résulte donc plus de motivations à
caractère social que d'appréciations agronomiques ou de
constatations écologiques ou biologiques. Les activités
agricoles doivent répondre à des impératifs dictés par
les besoins sociaux. Le maintien ou le renouvellement de
la fertilité apparaît comme la résultante d'une
combinatoire des connaissances techniques, des
potentialités de l'environnement (ressources naturelles),
des moyens de travail (intrants, outils) et de la force
de travail disponible.

93
PARTIE II

L'ECOSYSTEME COMME CHAMP


DES POTENTIALITES
Introduction

Dans l'approche naturaliste de la fertilité, il y a


les bons et les mauvais sols, les climats favorables ou
défavorables, les terres qui rapportent beaucoup celles
qui rapportent peu. Si l'on sort de cette approche
analytique, on observe au contraire un tissu de relations
complexes entre les facteurs climatiques, les situations
pédologiques et les cultures (avec des conditions plus ou
moins fortes d'érosion, des coincidences ou des décalages
des phases sensibles des cultures par rapport aux
périodes de déficit hydrique etc.) et des hommes qui
autant que possible transforment ces conditions
naturelles en mobilisant leurs savoir-faire, en
investissant dans des innovations. Il vont consacrer
beaucoup de temps à choisir les bonnes variétés, les
associations appropriées à un lieu, les bons moments pour
semer, les techniques les plus performantes au regard de
la technologie qu'ils maîtrisent. L'agriculture c'est
avant tout un système dynamique fondé sur l'utilisation
de facteurs naturelles ou "potentialités" et leur
transformation en ressources pour l 'horrune. C'est aussi
assurer le renouvellement permanent de ces potentialités
offertes par la nature et ne pas faire disparaître la
biodiversité ou la technologie accumulées au cours des
siècles. Il n' y a pas de fertilité si l'agriculteur ne
tire pas "profit" du processus de production. Or tirer
profi t d'un sol c'est en extraire quelque chose et cela
entraîne une disparition de ses réserves. si l'on ne veut
pas un épuisement total et une forme d'agriculture que
l'on pourrait qualifier de "minière", c'est-à-dire
destructrice, il faut prendre soin de renouveler ces
réserves. Il Y aura alors pérennisation possible de
cette activité. Les agriculteurs sont donc obligés de
recréer sans cesse les potentialités. Ils y parviennent
par des innovations permanentes. Quelle est la richesse
de cette agriculture où l'on continue à travailler à la
94
houe? Comment arrive-t-on, en dehors d'une logique
industrielle, à produire à la fois pour la consommation,
la vente et l'exportation? C' est ce que nous tenterons
d'exposer dans ce chapître.

Nous étudions une agriculture qui s'inscrit dans un


espace géographique et socio-culturel précis. Cet espace
se caractérise par l'écosystème que nous essayerons de
décrire. Sans dresser le catalogue des diverses variables
climatiques, géologiques, pédologiques et végétales il
faut arriver à évaluer ses atouts et ses contraintes en
vue d'un équilibre positif que l'homme recherche. Pour
mieux comprendre cet ensemble fonctionnel complexe, nous
étudierons deux à deux, les relations de ses éléments
constitutifs. Cette démarche progressive se fera en
plusieurs étapes, passera en revue les interactions
entre:
- les composantes du milieu entre elles,
- les relations entre végétaux et support physique,
- les situations de concurrence, de symbiose ou de
compétition entre les espèces vivantes.
Nous comparerons les potentialités agricoles de
l'écosystème et les conditions construites de la
fertilité, dans le temps et dans l'espace, aux impératifs
écologiques et sociaux de la reproduction du milieu. Nous
en déduirons les garanties que cette agriculture offre
d'être durable. Il ne faut pas que la biodiversité et la
rusticité de cet écosystème nous cache les risques
climatiques et édaphiques 52 induits par des pluies
relativement agressives et amplifiés par le relief.

52
risques écologiques uniquement liés au sol.

95
CHAPITRE 4

Les plantes cultivées dans le contexte


de la région

Introduction

Un écosystème riche en diversité est un écosystème


qui réagit rapidement à des perturbations. Il se
caractérise par un nombre de plantes élevé, des
différences génétiques importantes entre individus, au
sein même, des espèces et des facilités de renouvellement
de sa population. En évolution permanente, une variété
est toujours prête à remplacer une autre. La forêt
équatoriale humide est l'exemple typique d'écosystème
biologiquement diversifié qu'on oppose aux écosystèmes
peu diversifiés des zones arides. Le défi que doivent
relever les pays concernés est de conserver ces
ressources naturelles riches en leur permettant de jouer
un rôle économique. Avec sa centaine de cultivars 53
l'agriculture bamiléké offre un exemple réussi de
conservation de la diversité biologique et se soucie de
développement économique. La gamme de choix sans
équivalent des espèces cultivées donne des possibilités
de compositions végétales adaptées aux besoins et à la
diversité des situations. Dans cette Afrique réputée
végétarienne (GOUROU, 1991, p. 33), de nombreuses espèces
cul tivées sont consommées. Tubercules, céréales,
légumineuses, fruits sont des groupes alimentaires
représentés, chacun, par plusieurs espèces importantes.
Mais produire du numéraire est, aussi, une fonction que
cette agriculture peut remplir grâce aux cafés exportés

53
Abréviation française de "cultivated variety".
Désigne les nombreuses variétés cul tivées obtenues par
les sélectionneurs.

96
et à de nombreuses autres cultures vendues localement. La
culture mixte (en association) est la pratique la plus
usuelle de la région, la .monoculture récemment appliquée
à quelques cultures maraîchères restant une façon
marginale de cultiver. Dans le même temps, l'utilisation
de semences issues des "récoltes antérieures donne des
cultivars caractérisés par une grande diversité génétique
à l'intérieur de l'espèce. Leur rusticité se reconnaît à
leur bonne adaptation à des conditions de milieu
majoritairement difficiles compte-tenu des difficultés à
les contrôler. Plusieurs tentatives infructueuses ont
poussé les agriculteurs à une extrême prudence vis à vis
des cultivars modernes ou sélectionnés moins plastiques
et peu performants en dehors des conditions de cul tures
recorranandées. Bien éviderrment, toutes les plantes
préfèrent de bonnes conditions de culture. Du point de
vue pédologique, elles auront une préférence pour des
sols profonds, meubles bien drainés, sabla-limoneux,
riches en éléments minéraux et ayant un pH de 6-7. Mais
ce qui nous intéresse, pour distinguer les cultures et
les systèmes de culture, les uns des autres, c'est
surtout leur tolérance vis à vis de conditions de milieu
plutôt moins favorables. Nous passons, ici, en revue
toutes les plantes constitutives de l'écosystème cultivé,
leurs exigences, les modifications de comportement
induites par la culture mixte et éventuellement les
tentatives d'amélioration proposées par la recherche.

II.4.A. Le mais

Bien qu'étant d'origine amérindienne apporté, en


Afrique, sur la côte occidentale par les Portugais à la
fin du siècle dernier, le mais est devenu l'un des
éléments primordiaux de la ration alimentaire de cette
région. La récolte en mais pèse lourd dans les ressources
alimentaires d'une famille. Sa situation d'unique céréale
cultivée, qui plus est, pilier de la ration, lui donne
97
une position privilégiée aux yeux de l'agricultrice. Elle
trouve de bonnes conditions de croissance dans notre
reg10n, légèrement fraîches par rapport à l'optimum.
C'est une plante de jour court que l'on retrouve en zone
tropicale à des altitudes comprises entre 0 et 1800m.
Idéales entre 25 et 30°, les températures tolérées par la
culture vont de 20° à 35°.

La variété locale une constante des associations ...

Le matériel végétal utilisé dans la région est très


hétérogène sur le plan génétique, obtenu par sélection
massale grossière à partir d'une population locale dite
"mais chinois". En référence à la place importante du
mais dans l'alimentation de cette population, certains
chercheurs ont tenté d'en améliorer les rendements.
Plusieurs variétés sélectionnées par l'IRA de Dschang se
sont montrées performantes parmi lesquelles Amarillo de
CUba et Mexican 5 qui sont des hybrides issus de
croisements entre des variétés synthétiques d'origine
locale. La variété composite Z290, créée localement,
apparaît intéressante en association du fait d'un
caractère très diversifié du matériel génétique de base.
C'est un polyhybride obtenu à partir d'un matériel
végétal malgache et de 8 hybrides doubles servant de
pollinisateurs. Elle paraît appropriée aux associations
culturales, vu les résultats obtenus en station et en
situation paysannale. Du fait de son développement
foliaire plus réduit, la variété Cola, obtenue par
sélection de matériel local d'altitude, donne aussi de
bons résultats en association. Dans la région le cycle du
mais est long. Il dépend de la "sorrune de températures"
moyenne entre levée et floraison mâle, caractéristique
variétale bien connue. Observées à Dschang (station IRA)
ces valeurs sont de 1500° pour Amarillo de Cuba à cycle
long et 990° pour INRA 400 plus hâtif. A la même altitude,
à Dschang (1400m), la durée du cycle de culture s'étend
98
de 129-131 jours pour Cola et de 136-138 jours pour Z290.
Aux altitudes plus élevées, les mais peuvent avoir un
cycle allant jusqu'à 150 jours. Les variétés locales,
plus précoces que les variétés sélectionnées, sont
récol tées à une période moins pluvieuse, ce qui leur
procure un avantage indéniable pour la conservation. La
sélection du mais s'est aussi basée sur son utilisation
54
en Ifoufou" • L'équilibre farine/semoule de 60/40 du
mais local a servi de critère pour la sélection des
semences, les deux composantes étant utilisées. Pourtant
aucune de ces variétés n'a véritablement franchi le seuil
des stations de recherche agronomique. Si les deux
dernières testées en milieu paysan ont donné satisfaction
sur le plan de la production, on leur reproche leur
mauvais comportement au stockage (spathes 55 peu
recouvrantes), dans les conditions rustiques de
conservation du grenier local. Cette difficulté et
l'incapacité des agricultrices à la surmonter sont les
arguments le plus souvent avancés pour justifier son
abandon .

... avec une sensibilité au stress hydrique ...

Si on le compare à d'autres cultures, c'est une


plante exigeante en eau. Son coefficient de transpiration
c'est à dire la quantité d'eau transpirée par Kg de
matière sèche produite est de 370, sensiblement plus
élevé que celui des autres céréales sorgho (270), mil
(250), à l'exception du riz. C'est pourquoi on le cultive
sous des climats ayant une pluviométrie supérieure à 900

54 bouillie de farine, moulée en boule et mangée avec


différentes sauces
55
pièces foliaires ou bractées qui enveloppent
l'épi.

99
mm. En 1993, certains secteurs de notre zone d'étude,
déficitaires en eau au moment de la montaison du mais,
ont eu une faible production. Cela s'est traduit par un
déficit alimentaire des exploitations qui ont été
obligées de recourir à des achats. Accident rare en début
de cycle, ce déficit en eau aura des conséquences
importantes à la période de la floraison .

... dans laquelle le choix de la date de semis a une part


essentielle de responsabilité

C'est le semis qui conditionne en grande partie le


rendement final. Il s'agit de le faire au bon moment. Un
semis précoce dès les premières pluies, permet de caler
la floraison sur une période qui n' est pas trop
pluvieuse. On favorise une bonne pollinisation et une
bonne fructifiction. Quand on le réalise trop précocement
on s'expose à avoir des pertes à la levée car les pluies
utiles à la germinations sont encore trop irrégulières.
La mise en culture d'un champ au milieu d'autres en
jachères fait courir le risque qu'il soit envahi par les
rongeurs attirés. En retardant le semis, on déplace le
cycle de la culture sur une période où les pluies sont
abondantes et l'ensoleillement réduit. La croissance en
est ralentie, les pluies provoquent la coulure des
fleurs, la récolte se fait sous des pluies abondantes.
Selon VALET (1976, p.16), "tout retard dans le semis à
partir du début Mars entraîne une perte de 1% du poids de
récolte par journée de retard". La date de semis est,
donc, un élément décisif de l'itinéraire teclmique. On
soulignera le lien entre le choix d'une date, les
conditions de culture et la compatibilité avec une bonne
conservation.

100
Son rôle alimentaire de premier plan lui vaut d'être très
soignée

C'est une culture moyennement exigeante sur le plan


des éléments nutritifs prélevés. En comparaison d'autres
céréales, le maïs a des exigences en azote, phosphore,
potasse qui sont différentes mais à peine plus
importantes. De plus, la potasse stockée principalement
dans les pailles, est restituée au sol dans une
proportion de près de 75\, même dans le cas d'un brûlis.
Les besoins en azote, les plus importants, sont prélevés
de façon échelonnée dans le temps. Pourtant, le mais est
dans notre région, la seule culture vivrière à faire
l'objet d'une application spécifique d'engrais. C'est son
rôle alimentaire primordial qui lui donne ce privilège.
Les engrais appliqués en couronne autour du mais comme on
le fait sur le café vont profiter au. système racinaire
superficiel et puissant de la plante. Cette application
est combinée avec le premier sarclage qui est aussi un
buttage ou levée de terre faite à la base du pied
favorisant l'émission des racines adventives 56 du collet.
Les cultivars traditionnels restent les mieux adaptés aux
conditions de culture et de conservation. Appréciables
pour leur rusticité ils répondent malheureusement moins
bien à la fumure que les variétés modernes: pour ces
cultivars on conseille une fumure ne dépassant pas 40-
50Kg d'azote. D'après PRAQUIN (1976, p.285). "En région

56 Ces racines qui apparaissent à une position bien


particulière, au niveau de la jonction tige-racine
doivent leur nom, non seulement à leur position mais
aussi à ce processus tardif venant après installation des
plantes quand celles-ci ont déjà émis plusieurs feuilles.
Ce système racinaire adventif va supplanter le système
racinaire séminal (issu de la graine) pour tenir
rapidement le rôle principal dans l'alimentation de la
plante.

101
bamiléké, le composite local (COLA) a une productivité de
50 qx, ce qui représente une supériorité de 43% sur la
variété locale (35 qx)".

On a remarqué que la sensibilité aux parasites des


cultures est plus forte pour les variétés sélectionnées.
Les variétés traditionnelles ont peu de de problèmes de
ravageurs. De tous les dégâts occasionnés par des
maladies et par des prédateurs du mais, ceux dûs aux
borers 57 sont sans doute les plus importants. Les oeufs
pondus sur les feuilles par leurs papillons donnent des
larves qui vont percer les feuilles enroulées et creuser
des galeries jusqu'à la tige. Apparue dans la région,
pour la première fois en 1964, la maladie cryptogamique
dite "charbon du mais", peut avoir une intensité
d'infestation allant jusqu'à 30%. Cette maladie due à
Sphacelotheca reiliana est d'autant plus redoutable qu'un
pied atteint a une production nulle. La seule méthode de
lutte proposée est l'arrachage et le brûlage des pieds
malades.
L'helmintosporiose sévissant depuis plus longtemps est
considérée comme la principale maladie fongique locale du
mais. La recherche faite à l'IRA de Dschang a tenu
compte, pour la sélection des variétés, de leur
résistance à cette maladie. Elle constitue le seul remède
envisageable.

Nouvelles ou tradi tionnelles les variétés de mais


ne craignent guère les adventices. Quand la culture
trouve des éléments nutritifs suffisants, son
développement est assez agressif pour combattre les
mauvaises herbes jusqu'au premier sarclage qui a lieu
environ 1 mois après le semis. Par contre l'impasse faite
par la recherche sur la conservation du mais peut lui

57
Diverses chenilles qu'on appelle aussi "foreurs de
tige" .

102
être reprochée et a conduit, semble-t-il à l'échec de la
variété Z290 bonne par ailleurs. Des observations à Bafou
(DUCRET, 1990, pp.5-8) ont fait prendre conscience du
niveau d' infestation par les insectes des greniers
couramment non traités. Les pertes en grains, ainsi
estimées, seraient comprises entre 1/5 et 1/3 de la
récolte. Plus de 80\ des parcelles de la région présente
une association de base composée de mais et d'une
légumineuse. Cela explique l'intérêt de la recherche pour
ce binôme. Pour SALEZ (1988, pp .107-116), il existe des
interactions racinaires et foliaires qui profitent au
mais et expliqueraient son "surrendement " en association.
Son association avec une légumineuse se caractérise par
la domination du mais fonction de la morphologie foliaire
de la variété concernée: le Z290 qui est une variété dite
à fort développement en raison de sa taille (190cm à
230cm) exerce une plus forte concurrence sur la
légumineuse voisine que la variété Cola (SALEZ, 1988, pp.
64-68) dont le développement est moyen (170cm à 190cm de
hauteur). D'après lui, en culture mélangée avec une
légumineuse, la nutrition phosphoazotée du mais
s'améliore et explique l'augmentation du poids de grains
par plante d'où l'augmentation de la quanti té récoltée.
Il Y a, aussi, régression des dégâts causés, sur le mais,
par l' Helmintosporiose. C'est là, l'effet mécanique de
barrière créé par la légumineuse associée au mais. La
culture mixte (mélange complet) presque générale dans la
région serait, en comparaison de la culture intercalaire
(lignes alternées), plus propice à la compétition entre
espèces. Elle accentue la concurrence par une
imbrication plus forte des cultures.
L' effet négatif du mais sur la dynamique de la biomasse
de la légumineuse dépend de la légumineuse associée. Le
soja en raison de sa plus grande sensibilité à l'ombrage
subit une plus forte domination que le haricot dont le
développement rapide agresse le mais. Mais, comme le dit
LEPLAIDEUR (1985, p.137), à propos des associations
cul turales de la zone forestière " la concurrence ne les
103
(les agricultrices) intéresse pas en soi; c'est le couple
dominants/dominés qu'ils régulent, comme dans la vie
sociale. Ils ne raisonnent pas sur l'optimisation en
quantité d'une ou même de deux cultures, mais en terme
d'une production globale, constituée de plusieurs
cultures et qui doit fournir des aliments tout au long de
l'année" . Pour chacune des morphologies foliaires des
sous-populations de mais, on trouvera une plante qui
pourra lui être associée et permettre un sur-rendement de
la parcelle. Si l'on juge nécessaire une sélection de
variétés de mais adaptées aux conditions locales, celle-
ci devra respecter les impératifs d'une culture en
association et choisir un mais à port érigé ayant un
développement végétatif moyen à faible qui limite son
agressivité. A de bons comportements en culture, on doit
ajouter de bonnes aptitudes à la conservation.

II.4.B. Les tubercules

Les tubercules cultivés dans la région ont une


place importante dans la fourniture énergétique de la
ration. Cultures à fort rendement potentiel, les
tubercules sont des plantes exigeantes. Elles produisent
des organes renflés, généralement souterrains. Tantôt il
s'agira de pomme de terre, tantôt de taro, de macabo, de
patate douce, de manioc ou d'ignames. Une bonne fertilité
d'un sol permet souvent de concevoir l'association avec
des tubercules. A l'opposé, dans les sols appauvris en
matière organique, les tubercules agissent comme le
révélateur d'une cote d'alerte franchie dans la
dégradation. C'est à la suite de mauvaises récoltes en
tubercules qu'on programmera une jachère pour la
parcelle.

104
La ponune de terre, plante de lumière abondante après
jachère ...

Après sa quasi-disparition dans les années 40 à la


suite de l'invasion du mildiou, la pomme de terre a
retrouvé dans les systèmes de culture une place qui
progressivement s'est affermie. S'il est assez délicat
d'isoler les raisons qui font préférer le macabo à
l'igname il est certain en tout cas que la luminosité
disponible dans l'association a un effet direct sur la
présence de la pomme de terre. De plus, originaire de la
zone tropicale d'altitude, les nuits fraîches de la
région lui conviennent bien. Elle trouve ici une écologie
proche de son milieu d'origine .

... avec en culture pure comme en culture associée, un bon


comportement de la variété "locale·

La région est dominée par une variété. Connue


depuis les armées 60, cette variété locale, "Tézéléfoh"
est gustativement appréciée et se remarque par ses bons
58
résultats • Les variétés améliorées (Désiré, Baraka,
Cardinal), d'origine Hollandaise sont gustativement moins
recherchées mais leurs tubercules plus gros se vendent
plus facilement. Seuls quelques producteurs spécialisés
les utilisent. Plus sensibles aux maladies que la variété
locale, elles finissent par être moins productives. Le
rendement potentiel calculé à partir des données

58 Voir à ce suj et le travail encadré par nous et Ph.


JOUVE: BESACIER (Ch.), 1990 -Analyse de la variabilité
des rendements de la ponune de terre dans le Nord de la
Chefferie de Bafou (ouest Cameroun), Mémoire CNEARC-
ClRAD-ENSSAA-CUDS, MontpellierjDschang, 98p. multigr.

105
s9
climatiques avoisine les 40 Tonnes/ha • La moyenne de la
production à l'hectare toutes variétés confondues en
conditions de culture pure est d'une vingtaine de tonnes
(BESACIER, 1990, p. 55). Même chez les maraîchers, les
variétés améliorées n'occupent guère qu'un champ sur
quatre. Il n' y, a pas encore de pression sanitaire qui
ferait, comme pour le macabo, redouter une pourriture des
tubercules 60 ou l'invasion de quelconques autres
ravageurs. Les attaques par les vers gris (Agrostis
ipsilon), les plus fréquentes surtout en cycle de saison
sèche, ne remettent pas en cause la production. La pomme
de terre se plaît sur tous les types de sol à l'exception
des terres engorgées que seuls taro et macabo supportent.
Sa préparation culinaire facile est une raison souvent
avancée pour justifier son développement depuis une
vingtaine d'années.

Le macabo: à l'ombre des caféiers et en zone humide

C'est un maillon de l'association avec le café


intéressant pour ses qualités d'adaptation à une faible

S9
voir le travail complémentaire du précédent
effectué dans le cadre d' un atelier du DAA "Sciences et
Techniques des productions végétales" de l'INAPG et sous
la direction de FLEURY: BERETE (O.), DUCROT (R.), GONTARD
(F.), ROBERT (E.), TOURDONNET (S.), 1991 - Etude de la
variabilité du rendement de la pomme de terre au
Cameroun, Paris, INAPG, 12p. multigr.

60 voir le travail encadré par nous et ATCHAM Th., de


EDJO ELLA (A.), 1989 -Inventaire des maladies
cryptogamiques des pricipales cultures maraîchères et
études des problèmes posés par la lutte phytosanitaire
dans la zone piémont de Bafou, mémoire de fin d' études
CUDS, Dschang, 89p.multigr.

106
luminosité. Dans un autre domaine, sa tolérance pour un
taux d'humidité du sol important, en fait une culture
adaptée aux zones inondables redoutées par les autres
cul tures (bordure des ruisseaux). On admet que comme le
taro il peut supporter des conditions de rizière de
terres basses inondées alors que celles-ci inhibent
l'initiation et la croissance des autres tubercules.
Cette plante a le mérite de tirer parti de situations
limites. Mais ce n' en est pas pour autant une culture
rustique. Manifestement la fatigue des sols a rendu
difficile sa culture et oblige l' agricul tri ce à prévoir
sa mise en place soit après jachère soit après écobuage.
L'impuissance des agricultrices à maintenir une surface
suffisante en jachère et à combattre une pourriture très
fréquente sur les semenceaux entraîne une terrible
régression de la culture du macabo. Pour NZIETCHUENG
(1985, pp. 89-97) la récurrence des maladies parasitaires
(mosaïque, pourriture du collet, pourriture des racines)
dans la région a des répercussions importantes sur son
rendement et se pose comme un handicap à sa production.
Désormais, sur les sols acides évolués sur granite il a
perdu sa place d'aliment principal consommé en braisé,
bouilli, pilé avec de l'avocat, du "légume" ou de l'huile
de palme. On lui substitue maintenant le mais et le
haricot. Le macabo est représenté par 3 cultivars
différant par la couleur de leur chair: blanche, rouge ou
jaune. La variété à chair jaune a un cycle végétatif plus
long que les autres. Proche de lui, le taro est une
culture moins développée due sans doute à une production
plus réduite, environ moitié moindre. Mais contrairement
au macabo, c' est une production qui se maintient. Une
adventice permet de reconnaître les mauvaises terres à
taro, celles qui risquent d' engendrer la pourriture de
ses tubercules. Comme le manioc, le taro est représenté
par une seule variété. Macabo et taro, bien adaptés aux
condi t ions ombragées se développent harmonieusement dans
les systèmes agro-forestiers sous-café. Ce sont deux
cultures qui tirent parti de la présence de café.

107
Il existe plusieurs espèces d'Igname ...

Les espèces d'ignames sont nombreuses. Dioscorea


dumetorum (Pax) est de loin la plus fréquente et la plus
rustique. On en consomme les tubercules. Pour une autre
espèce d'igname comme ll. bulbifera (L.) ce sont les
organes aériens ou "bulbilles" que l'on consomme. Ils
sont produits en faible quantité. On ne consomme qu'une
des deux variétés présentes dans la région. L'autre,
sauvage a des bulbilles amères. ll. dumetorum comporte
plusieurs variétés: la variété locale ll. dumetorum,
"ntsingtsing" peu productive, donne de petits tubercules
lisses. Une autre plus productive mais moins appréciée,
Il Mbounda ", du nom d' une ville voisine présente 2 formes:
l'une à gros tubercules lisses, l'autre à gros tubercules
couverts de radicelles. ll. rotundata (Poir.) donne aussi
des tubercules fort appréciés, blancs et de forme
fonction de la variété: "ngwet Il a de longs tubercules,
Il azakni Il a des tubercules ronds, au goût amer. Toutes
deux sont fortement volubiles. Cette dernière est plus
productive. Dans les espèces à tubercules souterrains, on
trouve aussi, mais moins fréquemment U. cayennensis
(Lamk) , U. ~ (L.), représentées chacune par une seule
variété. L' espèce d'igname dite "aluong" existe encore à
l'état de repousses sauvages mais sa culture a
pratiquement disparu en raison de sa faible productivité .

. . . dont l'igname jaune (Dioscorea dumetorum) vraiment


rustique

La forte présence de U. dumetorum dans les sols


pauvres de la partie sud du plateau bamiléké a justement
pour explication la régression de la production de macabo
auquel elle s'est substituée. Elle est une des rares
cultures à pouvoir tirer parti des sols excessivement
108
pauvres; elle permet d'utiliser des terres acides
évoluées sur socle cristallin. Sa culture est donc
rustique même si parallèlement elle a un mauvais
comportement en zone humide. Dans un secteur comme celui
de la zone granitique, elle contribue de plus en plus à
amortir les déficits alimentaires. Elle vient en
troisième position après mais et haricot. Le tuteurage
aidant, l'igname jaune cohabite sans problème avec des
plantes héliophiles comme l'arachide. Mais de plus, elle
se prépare et se consomme sans huile, ni condiment,
avantage considérable en période de crise où tout est
compté.

Le manioc réservé aux champs éloignés des habitations

Si le manioc est réservé aux champs lointains c'est


qu'à proximité des maisons il est souvent la cible des
petits ruminants. La pratique de l'élevage de chèvres
conduites par les femmes s'est semble t-il sensiblement
développée. Elle s'est particulièrement répandue dans les
zones périphériques du plateau bamiléké, en limites des
pâturages (sur le rebord méridional comme c'est le cas de
Fokoué et en zone d'altitude comme Balatchi). C'est parce
que ces animaux vagabondent et que les champs sont
insuffisamment mis en défens que le manioc subit un lourd
préjudice. Apte à supporter des sols pauvres de texture
légère (sableuse) et considéré comme une culture rustique
on le met sur les champs éloignés et peu fertiles du
rebord méridionnal du plateau. D'après WESTPHAL (1985,
p.145) son aptitude à résister à des sols acides et
infertiles est à relier à une symbiose manioc-champignon.
Les mycorhizes augmentent de façon significative sa
surface d'absorption racinaire et donc sa faculté à
exploiter le sol. Le déficit en eau que le manioc peut
rencontrer dans ces sols est évité grâce à un
fonctionnement physiologique très particulier: en cas de

109
besoin, la perte complète des feuilles diminue
sensiblement sa surface évaporante.

Seuls la mosaïque africaine, la cochenille


farineuse (Phenacocus manihoti) et l'acarien vert
(Mononychellus tanajoa) sont mentionnés par NZIETCHUENG
(1985, p.62)61. comme contrainte locale de la
manioculture. Mais les agricultrices ne la prennent pas
comme un handicap sérieux. Les formes d'ajustement rapide
à l'élevage de chèvre en expansion ne se limitent pas à
la disparition du manioc. Il faut aussi voir celle des
bananiers. Contrairement au bananier facile à marauder,
le manioc peut être planté dans des champs éloignés des
habitations et par conséquent des chèvres. On se rend
compte à travers le déplacement des activités vers
l'élevage, des interférences qu'elles peuvent avoir entre
elles.

61
Travaux réalisés pour sa thèse et partant des
observations de plusieurs auteurs dont:
BOCK (K.R.), GUTHRIE (E.J.), 1976 - Recent advances in
research on Cassava viruses in East Africa, in: Nestel
(B.L.>. African Cassaya Mosaic. Rep interdisciplinary
workshQP, Maguga (Kenya), Ottawa, IDRC 071C, 11-16.

NWANZE (K.F.), LEUSHNER (K.), EZUMAH (H.C.), 1979 - The


cassava mealbug (Phenacoccus manihoti) in the Republic of
Zaire, ~ 25 (2) 125-130.

NWANZE (K. F.), 1982 - Relationship between cassava root


yield and crop infestation by mealbug (Phenacoccus
manihoti), Trop. Pest Management 28 (1) 27-31.

110
La patate douce comme aliment d'appoint

Plus rare que les autres tubercules, la patate


douce vient sécuriser l'alimentation des ménages les plus
démunis. Comme le manioc, on la retrouve sur les sols les
plus pauvres. Ses besoins en eau (SOO-lOOOnun/an) sont
modérés et elle tolère des sols à texture sableuse. Les
maladies virales et le charançon (Cyclas ~.) dont
parfois elle est victime ne constituent pas un handicap
maj eur de sa production. On note la présence de deux
variétés inégalement représentées: la plus fréquente est
appréciée à la consommation. Elle a de petits tubercules
allongés. Elle est précoce surtout en terre "chaude"
(caillouteuse). Bien que plus vigoureuse et plus
productive grâce à de gros tubercules sphériques, la
seconde variété est beaucoup moins répandue.

Tous ces tubercules n'ont pas bénéficié d'un gros


effort de recherche. Les résultats de celle-ci sont
insuffisants, trop partiels pour déboucher sur de
véritables solutions à des problèmes sanitaires
persistants. Ces productions ont des exigences diverses
selon les espèces et leurs variétés. Les agricultrices
utilisent et apprécient cette souplesse de gestion. Selon
les types de sol, les situations de pente, on dénombre
plus de vingt types de tubercules dans les associations.

II.4.C. Banane et plantain

Ils constituent la dernière composante en hydrate


de carbone de la ration, avec une place aussi importante
que les précédents féculents. Le plantain, originaire
d'Asie est représenté par plusieurs espèces dans la
reglon. Les deux plus fréquentes sont le "French
plantain" (~paradisiaca L.) et le plantain "Corne"
(~ corniculata L.), mais il en existe d'autres,
notamment le faux-corne. Les "frenchs", conune l'indique
111
62
le schéma suivant , se reconnaissent au nombre élevé de
mains (6 à plus de 10) et à des doigts relativement
courts et nombreux. Les "cornes" ont peu de mains (1 à 6)
avec des doigts gros et longs. Plusieurs cultivars
représentent chacune de ces espèces.

Fig.7 : Types de cul tivars de plantain représentés


dans la région

62 Schémas tirés de TEZENAS DU MONTCEL (H.), 1985 -


Le bananier plantain, Paris, CTA/ACCT, Maisonneuve et
Larose, Coll. Le technicien d'agriculture, 143p.

112
Les producteurs de la reg~on reconnaissent une dizaine de
cultivars différenciés par leurs caractéristiques
biologiques, agronomiques et par leurs qualités
gustatives et les plats auxquels on les destine. Chacune
des exploitations gère simultanément 4 à 6 de ces
cultivars. La substitution fréquente et possible dans
l'alimentation du plantain par la banane sucrée justifie
la place de celle-ci dans cette catégorie alimentaire.
Elle est représentée localement par une demi-douzaine de
cultivars, présents souvent ensemble dans les
exploitations. La production industrielle de bananes
douces à proximité de notre zone d'étude 63 a entraîné
l'introduction de plusieurs de ces cultivars et explique
la grande diversité de variétés de ces bananes chez les
agriculteurs: Gros-michel, Poyo, Grande naine, Naine,
Lacarta. En comparaison des besoins élevés en lumière
(2000 à 2400 heures) des musacées, les 1500 à 1800 heures
d'insolation par an de la région bamiléké paraissent bien
déficitaires. Cela explique sans doute, avec des
températures en dessous de l'optimum requis, la qualité
très moyenne reconnue à ces bananes. Un système racinaire
peu pénétrant rendant les bananiers sensibles aux coups
de vents qui les déracinent n'est un problème que pour
les plantations industrielles situées dans le Moungo
voisin. Dans notre reg~on, le système agro-forestier
constitue une barrière suffisante pour éliminer cet
inconvénient.
Plantains et bananes douces se différencient par leur
sensibilité aux maladies. Les plantains sont insensibles
à la maladie de panama et à la cercosporiose très

63 Voir à ce propos: GRANGERET-OWONA (I.), 1994


Quelle place pour l'agriculture familiale dans le secteur
de la banane au Cameroun?, Yaoundé, Cahiers d'OCISCA,
n 0 11, 37p. multigr.

113
fréquentes sur banane douce. La pathologie du plantain
est principalement fonction des insectes-prédateurs. Il
abrite fréquemment le charançon (Cosmopolites sordidus)
dont la larve creuse des galeries dans le bulbe et le
faux tronc. Le plantain est facilement à la merci des
nématodes des racines (RadCWholus similis) qui causent
des lésions noires sur les racines.

Une grande variété d'espèces mais peu de sélection

Dans le contexte de la reg~on les musacées ne


reçoivent qu'un nombre restreint d'interventions. On est
plus proche de la cueillette que de l'agriculture.
L' intervention de l' agricul trice pour l'implantation
n'est pas systématique. Les plants se propagent parfois
seuls par rejet à partir de touffes à peine entretenues
et qui s' accroissent par cercles concentriques. On est,
donc, dans un schéma aux antipodes de la production
industrielle de bananes douces où chaque régime est
visité en moyenne quatre fois par semaine (GRANGERET-
OWONA, 1994, p.19). On peut donc s'attendre à une
production assez faible. Aucune recherche variétale n'a
été entreprise pour l'améliorer à l'intérieur des
systèmes de culture associés. Les seules recherches
conduites sont celles faites dans le secteur agro-
industriel. Elles sont d'une utilité limitée pour cette
agriculture familiale dont les préoccupations sont
ailleurs: amélioration des rendements en conditions
rustiques et résistance aux maladies. L'amélioration du
plantain non exporté n'a jamais préoccupé les chercheurs.
Le rythme de production lent, environ 18 mois des
musacées est un handicap sérieux pour la recherche
agronomique qui aime obtenir rapidement des données.

114
II.4.D. Les légumineuses

Leur simplicité de préparation et leur grande valeur


nutritionnelle font des légumineuses des cultures
parfaitement complémentaires des céréales et des
tubercules. Leur richesse en protéines, énergie,
vitamines et minéraux explique leur place fondamentale
dans la ration alimentaire des' populations denses de
cette région. Elles sont localement représentées par
plusieurs espèces: l'arachide (Arachis hypogaea L.), le
haricot commun (Phaseolus vulgaris L.), le soja (Glycine
lIlM L.), le niébé (Yigng. unguilata L.), le voandzou
(Voandzeia subterranea L. ) . Niébé et voandzou,
originaires d'Afrique ont été, dans cette région
largement détrônés par l'arachide et le haricot venus
d'Amérique. Le soja viendrait d'Asie et occupe une place
secondaire malgré le programme régional de développement
de la culture 64 • Grâce à un mécanisme d'association
symbiotique avec des bactéries, l'azote que ces cultures
restituent au sol après leur passage offre un avantage
agronomique considérable.

L'arachide: une plante sensible à l'appauvrissement en


matière organique

La sensibilité de l'arachide à la régression du


taux de matière organique est particulièrement nette
puisqu elle disparaît des associations à mesure que se
1

déroule la rotation, n'apparaissant plus au-delà de la


deuxième ou troisième année de culture après jachère.

64 Projet soja initié en 1981 et inclu dans le Projet


de Développement des Plateaux de l'OUest confié à l'Union
Centrale des Coopératives de l'Ouest qui le co-finance
avec la Banque mondiale et le Fonds international de
Développement agricole (FIDA).

115
Guère étonnant, dans ces conditions, de constater que le
pourcentage de champs emblavés en arachide se réduit dans
les secteurs où s'exerce une forte pression démographique
comme on l'observe à Baleveng. Cet abandon s'explique par
une chute des rendements au-delà de la troisième année de
mise en culture. Dans les champs avec arachide, liberté
est laissée aux agricultrices d'affiner la composition
des associations culturales grâce à la maîtrise de trois
variétés, une dite locale (biang l'ah), deux extérieures
(biang Yaoundé et biang Garoua). A elles de tenir compte
de la morphologie de chacune, des aptitudes de leur
système racinaire, de leur résistance aux maladies pour
choisir les mieux adaptées à chaque situation. Répondant
mieux en sol "dur" la première armée après une jachère de
longue durée, l'arachide de Yaoundé, rouge, plus hâtive
d'une quinzaine de j ours gagne fréquemment la place de
tête de rotation. Face aux attaques de "rosette,,65,
maladie la plus fréquente ici, l'arachide du village
(locale) à port étalé et plantée dense offre une bonne
résistance .

... et fortement incommodée par l'ombrage et la


compétition des adventices

L'antipathie de l'arachide, plante héliophile pour


tout ce qui est ombrage l'élimine d'office non seulement
de toute association avec le café mais aussi avec les
tubercules à feuillage couvrant conune le macabo ou la
pomme de terre. Il n'en reste pas moins que les
tubercules eux mêmes sensibles à la matière organique se
présentent comme de bonnes cultures de tête de rotation.
Si arachide et tubercules se présentent conune de bonnes

65 maladie virale dite du rabougrissement, causée par


la piqûre d'un puceron aphidé. De faible coût dans la
région en terme de nombre de champs touchés.

116
cultures en tête de rotation pour leur affinité avec la
matière organique, ils se supportent mal en association à
cause du caractère héliophile de l'arachide. La
possibilité revient à l'agricultrice de gérer cette
contradiction en consacrant la deuxième année de culture
aux tubercules si la première année l'était aux arachides
ou inversement. L'arachide se distingue aussi par son
aversion pour les mauvaises herbes. Elle souffre
particulièrement de leur concurrence en début de
croissance, 2 à 9 semaines après germination. Tout retard
dans le désherbage sera donc préjudiciable et se traduira
par une baisse importante des rendements. Ces remarques
permettent de comprendre cOlJlI\ent un champ défriché peut
se caractériser par une association spécialisée en
tubercules ou par une association fortement marquée par
les légumineuses. C'est grâce au nombre des espèces, à la
diversité de leurs besoins et à leur faible demande
d'azote qu'on retrouve des arachides dans une large gamme
de sols.

Le haricot: ses multiples variétés offrent une grande


souplesse d'utilisation dans les associations

Une situation déficitaire en luminosité se traduit


par le remplacement de l'arachide par du haricot, plante
plus plastique vis à vis de la lumière. L'aptitude de
certaines variétés grimpantes à utiliser le café et le
mais comme tuteurs fait qu'elles détournent parfaitement
une situation peu favorable au départ, à leur avantage.
Mais d'autres facteurs expliquent que le haricot soit
devenu la légumineuse de certaines associations. Dans un
secteur comme les Bamboutos (Balatchi), le niveau de
matière organique des sols, insuffisant pour l'arachide,
permet encore cette culture. Toujours dans cette même
zone, les caractéristiques physiques de ses sols
filtrants sont un atout majeur pour des récoltes en
condition plus sèches. Elles éliminent les problèmes de
117
germination sur pied rencontrés ailleurs. Les variétés
locales de haricot sont au nombre de sept, dénonunées en
fonction de la taille et de la couleur du grain. On
identifie, le petit blanc "zizi fho meko" i le gros blanc,
"fho meko"; le petit rouge "marengue"; le gros rouge,
"pan meko" i le petit noir nain, "she meko", le petit noir
volubile "magrikatsu" i le couleur de terre "meko atsa".
66
Les types végétatifs : nain à port érigé (gros rouge et
gros blanc) ou semi-volubile (petit blanc) ou
véritablement volubile et grimpant, donnent à ces
haricots des caractéristiques agronomiques bien
tranchées. Leur sensibilité à l'anthracnose, la rouille
ou à la bactériose conunune sont des particulari tés dont
les agricultrices tiennent compte pour combiner leurs
cultures et choisir les dates de semis. Les nombreuses
recherches d' amélioration ont permis de tester plusieurs
variétés d' origine sud-américaine qui se sont révélées
67
très productives dans la région • Mais elles ont eu peu
de succès auprès des agricultrices. AUTFRAY (1990, p.15)
l'explique ainsi: "notre variété sélectionnée, fortement
productive en sol riche (station) se montre peu
performante à des niveaux de fertilité plus faibles et en
moyenne n'est pas plus productive que certaines variétés
locales" .

On a observé qu 1 en association fréquente avec le


mais, les légumineuses souffrent de la compétition
exercée par la céréale. L' arrangement intercalaire avec
alternance d'une ligne de chaque espèce est préférable à
la culture en vrac sur le billon (SAMSON, 1992, p.la3).

66 SAMSON (Ch.), 1989 - Catalogue variétal Phaseolus


vulgaris, Dschang, MESIRES/IRA/Section légumineuses, 9p.
multigr.

67 SAMSON (Ch.), 1990 Rapport annuel, Dschang,


MESIRES/IRA/Section légumineuses, 45p. multigr.

118
Des relations plus complexes qu'un simple rapport de
domination se nouent entre les cultures. Si on effectue
un apport minimal d'azote (60-80 unités) sur le haricot
d'une association, on observe une augmentation de sa
nodulation (SALEZ, 1988, p.93) . Cette meilleure
nodulation et les moindres attaques parasitaires en
association expliquent le surrendement observable en
peuplement plurispécifique. Malgré la fixation
symbiotique, la fertilisation chimique n'en est pas moins
indispensable. Un apport de phosphore sur haricot conduit
à une augmentation des rendements de l'ordre de 15 à 40%
selon la richesse initiale du sol en cet élément. SALEZ
(1992, p.209) a observé une augmentation du poids des
nodosités avec un apport de phosphore combiné à
l'inoculation des semences. L'inoculation, seule, a
permis dans plusieurs essais d'augmenter le rendement de
50%. La résistance à la sécheresse est une qualité
variétale que l' agricul trice gère avec doigté. Au
contraire des noirs et de ceux couleur de terre, les
haricots blanc, rouge et marron donnent de bons résultats
en culture de saison sèche (deuxième cycle) .

Une grande souplesse que l'on retrouve pour la


conservation

L'aptitude des haricots à la conservation va


d'abord dépendre de leur appétence pour les insectes. Ils
se conserveront plus difficilement s'ils sont attractifs
pour les charançons. Qu'ils soient riches en eau
(succulents) c'est à dire tendres ou sucrés, ils
attireront les insectes en flattant leur goût. La
germination sur pied est un obstacle à la conservation.
Cette germination désigne le développement de la graine
lorsqu'elle est encore dans sa gousse, sur la plante, se
traduisant par l'éclatement des enveloppes de la graine.
C'est une humidité excessive qui déclenche ce processus à
119
l'image de ce qui se passerait si on semait la graine en
terre humide. A ce stade on ne peut plus revenir en
arr~ere même en séchant correctement les graines à un
état qui permette de les conserver. On est conduit à les
égrener et à les consommer dès la récolte. C'est en
prenant en compte l'appétence inégale pour les
charançons, leur fragilité variable vis à vis de la
germination sur pied que l'on arrive à conserver des
haricots pour en consommer toute l'année, sans rupture
même à la soudure. Les haricots rouges et marrons
sensibles au charançon sont cultivés deux fois par ans
pour éviter un stockage trop long. Le haricot noir, lui,
se conserve bien. La conservation sera meilleure s'ils
sont égrenés et placés dans une dame-jeanne en mélange
avec de la cendre. Logée dans les interstices, celle-ci
crée une atmosphère confinée et place les insectes en
situation d'asphyxie. Aux dires de certaines
agricultrices c' est un procédé efficace de conservation.
Le risque existe d' avoir des dégradations physiologiques
des haricots qui deviennent incapables de germer. Il
n'est donc pas recommandé de conserver ainsi les haricots
destinés à faire des semences. Bien qu' obj et de la
passion de quelques agronomes, la sélection variétale du
haricot - visant à produire des variétés améliorées plus
performantes leur donne du fil à retordre: ou les
variétés plus productives s'adaptent mal aux conditions
rustiques de la culture en association ou leur mauvaise
aptitude à la conservation annule les améliorations
obtenues au champ.

Le soja a été l'objet d'un grand projet de développement

Initialement entreprise comme culture de


substitution destinée à remplacer partiellement le blé
dans la panification, le soja n'a pas connu le rôle qu'on
voulait lui faire jouer. De mise en oeuvre relativement
aisée, les agriculteurs l'ont facilement adopté là où
120
l'arachide posait problème.· Dans certains secteurs (zone
granitique), il est venu en remplacement partiel de
celle-ci dans l'alimentation comme au champ. Ainsi on
s'est habitué à consonuner la sauce de soj a conune celle
d'arachide. Par contre, les quantités produites étaient
trop faibles pour être vendues. D'autres transformations
prévues (germe de soja, farine, alimentation animale 68 )
n'ont pas vu le jour faute d'incitations suffisantes
peut-être ... Aujourd'hui, la seule variété de soja
vulgarisée est celle du projet des Hauts Plateaux de
l'OUest (qui abritait le projet soja) et répertoriée sous
le nom de IRAT 274. Malgré tout, c'est une culture qui
reste secondaire. Les haricots occupent tellement bien la
place qu'il est difficile d'envisager de leur substituer
un concurrent.
SALEZ (1988, p.134) a observé sur le soja en association
avec du mais, une nodulation plus importante qu'en
culture pure. Cette différence atteint une augmentation
de 15% du nombre de nodules et de 34% de leur poids total
par plante. C'est donc une culture qui trouverait de
bonnes conditions de croissance. Au total, plus que toute
autre production, les légumineuses offrent une diversité
des espèces et des variétés. Leurs caractéristiques
spécifiques sont utiles à combiner. L'agriculture est une
activité humaine soumise à la tradition (DUPRIEZ, 1983,
p.9). Il n'y a pas meilleur exemple que celui des
légumineuses: le niébé, rare dans notre zone d'étude est
une cul ture autorisée aux seules les fenunes ménopausées;
seule une femme ayant enfanté au moins une fille et un
garçon peut cultiver du voandzou sans risquer d'être

68 DJOUKAM (J.), AGBEDE (G.), SALEZ (P.), 1983


Utilisation des graines de Soja cuites et broyées en
alimentation animale: Compte rendu d'expérimentations
menées du 29/7/82 au 5/8/83, Dschang, CUDS/UCCAO/OORST-
IRA, 27p. multigr.

121
stérile ou de ne pouvoir enfanter le sexe qui lui
manquerait. Il arrive qu'on trouve plusieurs légumineuses
dans une association.

II.4. E. Les cultures légumières

Aux yeux des consommateurs locaux, les légumes


consommés cuits sont considérées comme secondaires pour
la ration. Ils ne prennent guère en compte leur apport
important en fibres et minéraux. D'introduction récente
ils ont un statut à part faisant figure de produits de
luxe.

Un ensemble botanique très hétérogène ...

D'un point de vue botanique, les légumes que l'on


cul tive dans la région forment un ensemble hétéroclite.
On y trouve:
-des légumes-feuilles dits épinards africains comme
l'amarante (Amaranthys ~.) et la morelle noire (Solanum
nigrum L.), des choux d'origine africaine tel le chou
cavalier (Brassica carinata A.Br.) ou d'origine
européenne (Brassica ~ L.), des salades comme la
laitue (Lactuca satiya L.), des poireaux (Allium porrum
L. ) ;
-des légumes-racines, tubercules ou bulbes comme
l'oignon (Allium ~ L.), la carotte (Daucus carota L.);
-légumes-fruits comme la tomate (Lycopersicon
69
esculentum Mill.), la cristophine (Sechium ~ Jacq.)
dite localement chouchoute, l'aubergine indigène (Solanum

69
Cucurbitacée vivace très particulière,
caractérisée par des fruits avec une sule graine de
grande taille.

122
gilQ L.), l'aubergine violette (Solanum melongena L.), le
concombre (Cucumis satiyus L.) le gombo
1 (Hibiscus
esculentus L.) etc.

Le climat tropical impose ses exigences

Si le maraîchage existe dans les exploitations


tradi tionnelles, sa place est limitée. Il se borne à
quelques billons occupant une superficie inférieure à une
centaine de m2 • Il trouve sa place dans les sols fertiles
des bas-fonds et dans les dépressions. La nappe
phréatique affleurante permet une culture de saison sèche
avec un nombre limité d'arrosages. si on peut maîtriser
l'eau, ces sols formés d'humus et de matériaux d'érosion
accumulés leur offrent de bonnes conditions de
croissance. L'amarante qui a une croissance rapide est
récol tée moins de deux mois après semis. Les maraîchers
spécialisés choisissent des cultures exotiques plus
rentables: choux, salades, tomates, épinards européens,
radis, poireaux dont il faudra nécessairement importer
les semences. Leur souci réside dans le choix de
cultivars répondant aux exigences tropicales. Les
salades, par exemple, doivent être capables de "ponuner"
sous fortes températures (laitue d'été ... ). Les
températures élevées et surtout les pluies abondantes une
partie de l'année imposent une surveillance étroite de la
culture et des traitements fréquents pour la protéger.
L'humidité atmosphérique élevée (>80%) de la région
constitue un handicap à certaines périodes de l'année. La
tomate y est sensible et sa production déficitaire en
saison pluvieuse. Les maraîchers qui réalisent jusqu'à
trois cycles annuels sollicitent le sol de façon intense.
L'irrigation par pompage ou par gravité après
détournement de cours d'eau de montagne, comble sans
problème les exigences des plantes en eau. Ces cycles de
saison sèche sont d'autant plus performants que les
maladies y sont plus rares.
123
Des maladies relativement nombreuses

Les traitements phytosanitaires représentent un


point clé de l'itinéraire technique. Ils ont peu attiré
les études des agronomes. Pourtant les maladies sont
nombreuses et fréquentes:
-en culture, le flétrissement causé par des
champignons ou des bactéries;
-en pépinière de nombreux champignons sont
responsables des fontes des semis qui provoquent la mort
des plantules ou leur affaiblissement (Pythium, ~ ,
Rhizoctone, Fusarium, Yerticillium etc.). En lutte
préventive, il n'y a eu que les recommandations faites
par l'IRA pour désinfecter les sols par la chaleur
(moyen physique) ou au formol (moyen chimique) contre les
insectes et ravageurs. L'exigence en main-d'oeuvre a
entravé la vulgarisation de ces techniques.

Les variétés locales n'ont pas pu être améliorées

L'essentiel de la recherche agronomique conduite


par l'IRA de Dschang sur les cultures légumières a
consisté à effectuer un tri variétal parmi des espèces
sélectionnées que l'on souhaitait introduire. Les
recherches ont conduit à abandonner les variétés locales
pour la production légumière. On a observé que les
haricots nains ou grimpants offraient peu d'intéret pour
la production légumière (en vert). Seul le poireau
indigène à multiplication végétative a été conservé. Ces
recherches qui datent des années 60 ont souligné la
nécessité d'importer des semences. Pour ces semences
importées, il fallait repérer les variétés les plus
adaptées aux conditions locales. En ce qui concerne les
carottes qui n' existaient pas à l'état indigène, on a
trouvé que les variétés les plus intéressantes sont du
124
type demi-long (Nantaise améliorée, Touchon). Pour les
choux, les plus faciles à cultiver et les plus productifs
sont les choux rustiques du genre Cabus et chou à
choucroute (Marché de Copenhague, Quintal d'Alsace).
Depuis ces études, les variétés utilisées 'sont restées
les mêmes. Les laitues pommées, plus appréciées que
celles du type batavia, sont aussi plus fragiles et
sensibles à la montaison. La "Monstrueuse ronde d'été",
la "Grosse blonde paresseuse", la "Blonde d'été" sont les
plus courantes. Pour le haricot, les variétés grimpantes
n'ont jamais diffusé en raison des problèmes de main
d'oeuvre que pose le tuteurage. En culture vivr~ere
associée le problème est résolu grâce au mais ou au café
utilisés comme supports. La culture de haricot vert se
fait, aujourd'hui, pour l'essentiel dans le cadre d'une
agriculture contractuelle. Les variétés sont choisies et
les semences fournies par les industriels qui
l'exportent. Ces choix tiennent compte des nouveautés du
moment. Les poireaux issus de graines sont
incontournables pour le maraîcher qui veut
commercialiser. Le matériel végétal local à
multiplication végétative n'est pas valable. Il doit
produire des poireaux à partir des graines. Les variétés
recommandées par la recherche, les plus répandues sont
"Gros long du midi" et "Géant de Provence". La tomate a
fai t l' obj et des recherches les pl us complètes en terme
de fonctionnement eau/sol/plante. Le déficit enregistré
pour cette production en saison des pluies a conduit à
envisager la culture sous abri. Cette technique coûteuse
et exigeante en temps n'a jamais tenté les producteurs.
On a dû revenir à la culture de plein-air.

Des recommandations pour la fertilisation ont été faites

La recherche agronomique locale a défini, pour les


principales productions légumières, la fertilisation
optimale (PRAQUIN, 1966, 1968, 1974). Celles-ci sont
mentionnées dans le tableau suivant.
125
Tableau 5: fertilisation recommandée pour les différentes cultures
légumières à l'OUest du Cameroun

!culture 1Fumier(ll1 Azote (2) Phosphore ( 3) 1 Potasse(4)


1
1Carotte 1 30 20 100 1 50
1 Chou 1 50 50 100 1 50
1Haricot vert 1 30 20 100 1 50
1Laitue 1 30 20 100 1 50
1 Poireau 1 50 70 100 1 50
1Tomate 150-100 100 150 1 50
1 1 1

(1): tonnes/ha (2): unités/ha sous forme de sulfate d'ammonlaque (21\)


(3): unités/ha sous forme de phosphate bicalcique (38\)
(4): unités/ha sous forme de Chlorure de potasse (60\)
70
Source: composé à partir des fiches techniques légumes lRAT-OUest

Bien que courantes en Europe, les associations


binaires de ces légumes n'existent pas ici. La recherche
agronomique ne S' y est jamais intéressée. A notre avis,
la gestion des cultures, des sols et du calendrier
cultural fort différente des habitudes traditionnelles
est réservée à quelques jeunes maraîchers. Il vaut mieux
qu'elle soit restreinte à quelques exploitations pour ne
pas engendrer de problèmes insurmontables en matière
protection des cultures et des sols.

II.4.F. Les fruits

Marginaux, eux aussi, dans l'alimentation, il ne


faut pas négliger leur importance dans l'apport de

70 Voir le détail en bibliographie de:


MARCHAND (D.), PRAQUIN (J. Y.), 1968 Fiches techniques
légumes, Dschang, IRAT, multigr.
PRAQUIN (J.Y.), 1968 - Comptes rendus des essais légumes
1965, 1966, 1967. Rapports annuels IRAT, multigr.
PRAQUIN (J.Y.), 1974 - Note sur la culture des légumes au
Cameroun, Dschang, IRAT, 12p. multigr.

126
vi tamines et minéraux. Ce sont principalement les femmes
et les enfants qui les consomment. Leur place dans le
système de culture est importante, ils sont rarement
absents d' un champ et constituent la strate haute et
dense qui ombrage les caféiers.

Une production où dominent les plantes pérennes hautes

On compte un grand nombre d'espèces fruitières très


différentes d'un point de vue biologique et agronomique:
-des plantes annuelles,
-des plantes pérennes monocarpiques (ananas,
bananiers) ,
-des plantes grimpantes (fruit de la
passion) ,
-des arbres plus ou moins grands (orangers,
manguiers, goyaviers)

L'avantage de ces cultures hautes réside autant


dans leur production que dans leur fonction d'auxiliaire
des cultures basses. On explique ainsi, la présence de
certains arbres hors de leurs conditions optimales de
croissance. Les agrumes trouvent, ici, des températures
insuffisantes. De plus privées de températures
inférieures à 12°C, les oranges restent vertes et leur jus
peu coloré. Les bananes, les mangues réalisent de faibles
productions dans une région à faible luminosité. Les
agricul teurs ne font aucun apport d'engrais, aucun
traitement sur leurs fruitiers. Quelques cultures pures
intensives telle que celle du goyavier sont traitées, les
maladies et prédateurs ne représentant pas une
préoccupation. Les citrus sont pourtant plus sensibles
mais n'étant pas présent en grand nombre, on ne se
préoccupe pas d'eux. L r écologie du lieu qui répond mal
aux besoins de ces cultures explique la qualité très
moyenne des fruits. Pour qu'ils soient exploitables, il
faudrait de très gros efforts de recherche. Jusqu'à
127
maintenant le problème n'a pas été étudié, d'où leur
place marginale et leur rôle de cultures d'appoint malgré
leurs fonctions agronomiques (conservation des sols,
ombrage) .

II.4.G. Le café

Les cultures de café Arabica (Coffea arabica L.)


originaire d' Ethiopie et de café Robusta (Coffea
canephora Pierre), à un moindre niveau, découvertes en
Afrique Centrale dans le bassin du Congo et amenées dans
notre région sont importantes pour son économie.

Malgré une écologie favorable, l'arabica est une culture


délicate

Le .c. arabica le plus représenté sur les hauts


plateaux de l'Ouest du Cameroun (1300-1800m) a une
écologie de climat tempéré tropical d'altitude. C'est le
café le plus apprécié. .c. canephora supporte bien la
chaleur et l' humidi té importante des régions tropicales
basses. Il est moins produit, dans la région, que le
premier. Cette zone d'altitude moyenne convient fort bien
aux exigences de l'arabica:
-En effet, celui-ci apprécie les température
moyennes annuelles de l'ordre de 21° et les écarts modérés
(moins de 12°C) entre les maxima et minima journaliers et
saisonniers.
-La hauteur d'eau annuelle des précipitations est
proche de ses besoins de 1800mm par an. Plus que .c.
canephora qui tolère des précipitations abondantes (plus
de 2000mm) , le .c.arabica souffre d'une ambiance
climatique trop humide. L'arabica n'a pas pas, comme le
robusta d'exigences particulières vis à vis de la nature
chimique des sols. Il s'accommode bien de conditions de
sols acides comprises entre pH 4,5 et 6,5 comme ceux que
128
l'on rencontre dans la région. Il est exigent en azote et
en potasse avec des besoins modestes en phosphore. C'est
parce que les maladies et les ennemis qui l'attaquent,
relèvent de deux grands fléaux qu'il passe pour délicat.
Il subit les atteintes de l'anthracnose des fruits
(Colletotrichum coffeanum) et les scolytes du grain
(Hypotemenus hampei). Le ~. canephora y est moins
sensible. Les borers sont surtout virulents sur les
arbres âgés et qui sont de plus en plus nombreux. Il en
existe deux types, Xyleborus qui creuse des galeries dans
les branches et Bixadus qui parasite les troncs. Ils font
moins de dégâts que les maladies précédentes.

La variété j amaique reste la plus adaptée au mode de


culture rustique

La variété "Blue Mountain Jamaique" d'arabica,


introduite dans notre région en 1927 à partir de semences
produites par la maison vilmorin, s'est révélée d'emblée
être une variété bien adaptée (PORTERES, 1948, pp.391-
393). Sa production est de bonne qualité bien qu'un peu
faible: 600 à 800 Kg en moyenne. Seules les très bonnes
terres permettent de dépasser la tonne à l'hectare.
D'autres variétés notamment l'arabica Java ont été
testées par les Colons Européens. Vigoureuse, elle s'est
révélée aussi plus productive (1500 Kg dans une bonne
terre). Ses fruits plus volumineux et allongés lui
procurent une valeur conunerciale supérieure. Remise en
71
culture plus récenunent sur les terres noires de Foumbot
de la station de recherche de l'IRA, Java a confirmé ces
bons résultats. Les chercheurs convaincus de ses qualités

71 Très bons sols volcaniques épais, différents de


certains sols maigres du pays bamiléké. Les conditions
climatiques y sont également plus chaudes et plus
ensoleillées qu'ailleurs dans l'Ouest du Cameroun.

129
ont essayé de le propager. Mais, s'il est potentiellement
plus productif que "jamaïque", il est aussi, plus
exigeant. En milieu paysan, dans des conditions plus
72
rustiques il s'est révélé être inadapté, produisant
moins que la variété qu'il devait remplacer. Très vite,
sa diffusion s'est arrêtée: il a trouvé des terres rouges
ou brunes qui ne lui convenaient pas. "Jamaïque" est donc
la variété dominante. La rareté actuelle des engrais ne
permet pas d'envisager une substitution. D'après
l'enquête agricole de 1965 (CAPOT-REY, 1965, p.45 et 47),
91,S%" des parcelles d'Arabica et 73,S%" des parcelles de
Robusta portent des cultures vivrières. Les conditions
paysannes sont donc celles d'une culture en association
plurispécifique. Combattue par la colonisation, cette
façon de cultiver l'a emporté. Cette association avec du
vivrier a été conunentée par OONGMO (1972, p.60), "Selon
certains, le mélange de cultures diminue le rendement des
plantations. C'est peut être vrai mais il faut
reconnaître que cette pratique est en grande partie
responsable du bon entretien des caféiers".

72 l'association des cultures crée une concurrence et


expose ses racines à des blessures fréquentes à chaque
intervention de travail du sol pour les vivriers.

130
Le café a été développé comme élément d' ensemble agro-
forestier

La caféière telle que nous la trouvons dans la


région avec ses strates successives de végétaux bas,
arbustifs et arborescents, illustre parfaitement ce que
peut-être la biodiversité. En dépit d'un niveau de
rendement garanti pour telle ou telle espèce, on a toutes
les chances réunies pour que la production globale du
champ offre un résultat correct. Les chercheurs ne sont
pas tous d'accord sur les besoins du café en éclairement.
Son habitat naturel en conditions ombragées ou semi-
ombragées a longtemps laissé penser qu'il était
héliophobe. Pourtant les rendements les plus élevés ont
été obtenus en culture intensive sans ombrage. Dans la
région, la caféiculture a été vulgarisée avec un ombrage
que l'on créait par plantation de "pisquin" (Albizzia
melanocarpa Steud). Aujourd'hui l'ombrage est général et
hétérogène obtenu aussi bien avec des arbres fruitiers,
des musacées que des arbres non fruitiers.

II.4.H. Les autres cultures

Inclassables dans les catégories précédentes, moins


fréquentes et abondantes elles sont néanmoins importantes
pour la diversité des mets préparés et leur symbolique
dans les différents rites traditionnels. Citons le
Vernonia arnara (Ndolé) arbuste dont les feuilles sont
utilisées pour un plat régionalement très réputé. Le
Nkui, tiliacée utilisée dans une sauce typiquement
bamiléké occupe quelquefois les jachères. Les
cucurbitacées (courges) sont cultivées selon les espèces,
pour leur chair ou pour les amandes de leurs pépins
(pistache) . Le gombo (Hibiscus esculentus L.) ,
l'aubergine locale (Solanum ginQ) sont utilisés pour les
sauces. La canne à sucre (Saccharum officinarum) fait le
plaisir des enfants. C'est pour cela qu'elle est parfois
131
dissimulée, dans un champ éloigné de la maison. Elle peut
faire l'objet de ventes intenses. Presque disparu le
"nkwé" (Coléus esculentus) était cultivé pour nourrir les
jeunes enfants. Le "kelakda", autre labiée alimentaire
est en voie de disparition. Les piments rouges ou jaunes
sont aussi bien consommés que vendus.

Intégrées à l'espace cultivé, plusieurs espèces ligneuses


sont exploitées régulièrement par élagage, recépage ou
étêtage: ~ ~., Makhamia ~ , Polyscia ~
(GAUTIER, 1991, pp.3S-37). Le boisement d'eucalyptus
donne un intérêt marchand non négligeable aux sols les
plus maigres dont il tire bien parti: la marge brute d'un
bois conduit "en plein" s'élève à 240 000 fCPA pour un
investissement en travail et en capital faible (GAREZ,
1993, p.31). En fond de vallée, les peuplements de raphia
constituent l'utilisation la plus simple et la plus
courante de ces sols humides peu propices à d'autres
usages, sauf avec aménagements pénibles et couteux
(GAUTIER, 1994, p.22). L'exploitation du raphia procure
des ressources monétaires régulières et indépendantes des
fluctuations du marché (G.l:"UTIER, 1994, p.329). Au total,
on peut dénombrer près d'une centaine de cultivars dans
chaque exploitation.

132
CHAPITRE S

Le rapport climat/plante

Trois grandes composantes permettent de qualifier


l'ambiance climatique dans laquelle vit la plante: la
lumière, l'eau et la température. Chacune d'elle dépend
de plusieurs paramètres.

II.S.A. L'eau et la plante

Deux cycles de culture possibles

C'est l'offre en eau du climat qui est par son rôle


dominant en zones tropicales le facteur limitant de la
croissance des plantes. Elle définit la période de
culture. Caractérisée par le total pluviométrique annuel
et sa répartition dans le temps, l'eau doit garantir un
minimum vital aux plantes, surtout à leurs périodes
critiques où le déficit entraînerait une chute des
rendements. C'est à la période allant de mi-mars à fin
novembre que les précipitations dans la région sont
propices à la croissance des plantes cultivées sur une
période allant de mi-mars à fin novembre. Le total
pluviométrique de 1900 rrun réparti de façon à peu près
régulière sur 9 mois de l'année donne à ce lieu un coté
"béni des dieux" que l'on trouve rarement ailleurs. Les
chiffres recueillis par NWAME (1987, pp. 20-27) sur une
décade (1966-1986) à la station de recherche·agronomique
de Dschang, indiquent que la période de croissance
végétative possible va de début mars à fin décembre. Elle
est déterminée par le rapport l'Evapotranspiration réelle
sur l' Evapotranspiration potentielle qui doit être
supérieure à D,S.
La période de mi-mars à fin novembre correspond pour
NWAME (1987) à une pleine croissance avec E.T.R./E.T.P. >
0,9. Dans la région, la durée de la saison humide permet,
donc, des cultures diversifiées. Par exemple, un bon
133
rendement en igname demande que ses besoins en eau soient
satisfaits entre la 14ème et la 20ème semaine de
croissance. Pour la patate douce, il est de toute
première importance d'avoir de l'eau entre le 50 ème et
60 ème jour après plantation, au moment du renflement
des tubercules. Enfin le manioc, a besoin impérativement
d'eau lors de la "germination" des boutures, au moment de
la plantation. Le haricot et le soja ne demandent pas
beaucoup d'eau (moins de 1000 mm) mais celle-ci doit être
bien répartie. Cela permet au calendrier agricole de la
région de contenir deux cycles de cul ture sur une même
année calendaire:
-le premier cycle débutant dès l'installation de
pluies stables, début mars est considéré comme le
principal. Il concerne l'essentiel de la surface emblavée
annuellement, toutes les cultures y sont représentées.
-le second cycle s'adresse à une période plus
courte et concerne des surfaces plus réduites {moins de
10% de la surperficie du premier cycle d'après l'enquête
de base du PDRPO (1981, p.53). C'est un cycle d'appoint
qui démarre fin aout, début septembre, profitant des
réserves en eau du sol pour mener à terme la croissance
des végétaux. Il s'achève aux alentours de Noël, ne
concernant que quelques cultures à cycle court (pomme de
terre, haricots).

134
Fig.8 Le calendrier agricole de la région

-
Enlretien
TemperQture

Pr~poroiion du \001 el $emOllles Recolle

Tente J 1 F M A M J 1 J 1 A l ,5, 0 N D Pree.polar,cm


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...irT~:"':~:"":;.;i- 25

Source: DONGMO, 1981, p.113


135
Le bilan hydrique nI enregistre un épuisement en eau que
pendant la période allant de début novembre à début
. décembre.

Fig 9 : Le bilan hydrique décadaire


(station de Dschang, 1965-86)

I!O .........- -

tJ 100
"0
o
u
-8
""-
E
E !ID

iii~ê~iii~iiiii~ii~i~~~~~i§Qg§iii~g~
BILAN HYDRIqUE DECADAIRE (RU -. 100 mm)

Source: NWAME, 1987

136
La grande régularité des pluies au démarrage rend assez
rare le cas de re-semis.

On observe une grande régularité dans les dates de


début et de fin de saison des pluies ainsi qu'une faible
variabili té inter-annuelle de la pluviométrie. C'est un
atout important pour sécuriser les semis et éviter les
cas de re-semis, situation fréquente ailleurs en Afrique.
Grâce à la modération des pluies de début mars à début
août (40 à 80 mm/décade), la phase d'installation de la
culture se déroule sans problème. Une fois la saison
sèche terminée, la réserve en eau du sol se reconstitue
rapidement entre fin mars et début mai. La demande en eau
du climat se caractérise, pour les plantes, par une
évapotranspiration potentielle quotidienne (PENMAN)
modérée, de l'ordre de 3 à 5,5 mm/jour. On explique cette
modération par la faiblesse des vents (1,5 à 2 mis)
appréciable en période d'installation des cultures où les
racines sont peu fonctionnelles. Les vents peu violents
respectent aussi les cul tures herbacées hautes sensibles
au déracinement (bananier et papayer) .

L' excès d'eau en période de récol te évité par le semis


précoce du mais

Pour le mais, on n'a pas à craindre, ici, de


déficit en eau entre le stade montaison et la floraison,
tant redouté sous climat sahélien. Ce stress hydrique
peut conduire à une chute de rendement (de 20%" parfois)
lorsque la réserve en eau du sol descend en dessous de
60%" de l'eau disponible. Il est donc rare dans la région
malgré la longueur de cette période critique pour l'eau
de 40 à 50 jours pour un cycle complet de 90 à 150 jours.
C'est plutôt l'excès des précipitations en période de
récolte que l'on redoute le plus.

137
Fig.10: Pluviométrie décadaire moyenne à
Dschang (période 1965-1986)

Pluviometrie decodoire moyenne a Dschong


mm/ d<lcod.
la - , _- -- .

. . .•. . •. . .•. •. __...•... ï··11111


........................

Source: Opération Bafou (AEMID, 1990, p.30) à partir de


données de la station IRA de Dschang

Pour l'éviter, le semis du mais en premier cycle se fait


le plus tôt possible après une forte pluie utile (au
138
moins 40 mm). D'après VALET (2976, p.26), tout retard
d'une journée dans le semis, à part ir du début mars,
entraîne une perte de 2% du poids de récolte. On
l'explique par une coulure importante des fleurs et une
récolte faite en période très humide. Si on préfère les
cultivars "traditionnels" de mais, c' est pour une grande
part parce qu'ils sont précoces et que le moment de leur
récolte permet une bonne conservation.

Une humidité atmosphérique propice aux maladies

Un des inconvénients de la région est l'excès d'humidité


de l'air. En effet l'humidité relative de l'air moyenne,
de 87% en saison des pluies (contre 65% en saison sèche)
est de nature à induire des pourritures (maladies
fongiques) .

239
Fig. 11: Evolution de l'humidité relative moyenne sur
l'année

Evolution de "humidite relative moyenne


(moyennes mensuelles)
.-.... .

~ .

~
............~ .....

Source: Opération Bafou (1987 p.16), à partir des données


de la station IRA de Dschang

Elle entraîne la "fonte des semis". Les haricots en


deuxième cycle de culture (de septembre à décembre) y
sont particulièrement sensibles: les précipitations
culminent en septembre, début octobre (100 à 120
mm/décade). Ainsi, le choix de la date de semis de ces
140
derniers a une influence directe sur leur rendement. Pour
les variétés sélectionnées, sensibles au déficit
hydrique, AUTFRAY (1990, p.26) a observé qu'un semis
précoce (entre le 20 et 30 août) donnait les meilleurs
rendements. Les variétés locales plus sensibles aux
maladies fongiques (IsiarQPsis griseola) et moins au
stress hydrique sont semées, avec raison, plus
tardivement. De façon générale, les semis ont lieu entre
le 20 et 30 septembre. Cette période moins pluvieuse
répond à la nécessité de travailler un sol moins lourd
donc dans des conditions moins pénibles et amène à
décaler la période de végétation sur des mois plus
ensoleillés. Pour le café, le même problème d'humidité se
pose. La variété Java lancée pour augmenter le niveau de
production favorise par son feuillage touffu la
condensation de l'humidité atmosphérique et par
conséquent le dév~loppement de maladies fongiques. De ce
fait, c'est une variété qui a besoin d'être plus
sévèrement taillée et plus largement traitée que
"Jamaïque" pour donner les résultats escomptés. Cette
exigence décourage les planteurs. Des soins insuffisants
amènent de mauvais rendements.

II.S.B. La température et la plante

Des températures printanières favorables à une grande


gamme de végétaux ...

La région est caractérisée par des températures


moyennes, des maxima et minima journaliers modérés: on
constate sur le plateau des variations entre 19 et 22°C
(moyenne annuelle 20, SOC). Les minima moyens décadaires
vont de_ 17° à 14°C, les maxima de 22 à 29°C. Alors qu'en
zone tempérée, la température rythme les saisons, en
Afrique son influence est moindre. Et puisqu'ici, elle
n'est. j amais excessive comme dans d'autres régions
d'Afrique, elle permet une large garrune de cultures: on
141
trouvera des plantes d'origine tempérée aux côtés des
cul tures indigènes. Ains i , on a pu réuss ir des cultures
de pois mange-tout sans avoir à redouter l' "échaudage"
des grains au moment de leur remplissage. On craint moins
les échecs de pollinisation des céréales dûs aux excès de
températures que ceux dûs aux pluies. Seul le riz,
d'origine tropicale et dont le développement répond bien
à de fortes températures semble ne pas trouver ici de
conditions de croissance adéquates. D'où les déboires
connus par les essais d'introduction faits dans cette
zone .

... et dont l'alternance est appréciée par le maraîchage

De bonnes conditions de croissance ne correspondent


pas forcément à des températures constantes. Une certaine
amplitude thermique journalière peut être favorable.
Celle de la région est de 6°C en période humide et de 13°C
en saison sèche.

142
Fig.12: Amplitude thermique quotidienne
(moyennes décadaires, période 1966-1986)

Amplitude thermique quotidienne


(moyennes decodoires)

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---:=::_:::-::::::-:::-/::::
-_ .............................................................._

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i ; i i ii i ~ i i i ~ 1 ii i ii i t Iii i i ii ! i i i i i i i ;

Source: NWAME (1987, p. 31) à partir des données de la


station IRA de Dschang

143
Les températures nocturnes basses permettent une
migration des produits photosynthétisés le jour et
conduisent à une augmentation du poids des tubercules. La
tomate est un autre cas parfaitement connu pour son
besoin d' al ternance entre températures élevées et plus
basses.

II.S.C. La lumière et la plante

Un déficit lumineux qui allonge le cycle des cultures ...

En terme d' énergie lumineuse, les potentialités de


la région sont loin d'être parfaites: L'ensoleillement
est particulièrement réduit en saison pluvieuse entre
juillet et septembre, en raison de l' humidité et
l'insolation de 8,5 h/j en saison sèche tombe, à cette
époque, à 2,2 h/j. Cela se traduit par un total annuel de
1830 h/an relativement faible.

144
Fig. 13: Durée moyenne quotidienne
d'ensoleillement à Dschang (période 1965-1986)

10 -r--------------------.------...,

iiiê~giii~~~~iii~iiaa~iii§i~§§iii~~~
INSOLATION MOYENNB qUOTIDIENNE

Source: opération Bafou, AEMID, 1990, p.31 à partir des


données de la station IRA de Dschang

145
Cette donnée, connue pour sa grande stabilité inter-
annuelle, apparaît conune une donnée susceptible, toute
chose étant correcte par ailleurs, de devenir limitante
73
pour des cul tures en C4 comme le mais. Ces plantes ont
davantage besoin d'énergie lumineuse. Contrairement aux
plantes d' ombre (ou sciaphiles) meilleures utilisatrices
de lumière, leur rendement peut être diminué sous une
trop faible luminosité. Quand on ne se situe pas dans les
meilleures conditions de croissance, s'en suit un
allongement du cycle des cul tures . Les céréales, dans
leur ensemble, ont besoin de beaucoup d'énergie lumineuse
qu'elles n'obtiennent que sous les latitudes 30 à 35° N et
S en climat semi-aride. C'est un problème qui ne concerne
pas les tubercules plutôt sciaphiles et dont la vitesse
de croissance serait plutôt affectée par des températures
trop élevées. La relation linéaire qui existe entre
température et développement des cultures est une autre
explication à l'allongement de la longueur du cycle de
certaines cultures. La somme des températures supérieures
à un seuil propre à l'espèce fixe ainsi la durée totale
du cycle.

Des jours courts qui n'autorisent pas certaines


floraisons

Au même titre que l'intensité lumineuse, la


longueur relative du jour et de la nuit joue un grand
rôle dans le développement des cultures. Notre région se
caractérise par des jours courts d'une douzaine d'heures
d'éclairement et de longueur sensiblement constante tout
au long de l'année. Pour certaines cultures le passage
d'une phase de développement à une autre nécessite une

73 plantes ayant une photosynthèse plus performante


grâce à la formation de molécules à 4 atomes de Carbone
d'où leur nom.

146
stimulation ou induction. La longueur du jour (ou plutôt
la longueur de la nuit) est un déclencheur de floraison
pour certaines espèces: malgré de bonnes conditions de
croissance, de nombreux fruitiers d'origine européenne
(pomme, poire, vigne) sont incapables de passer à une
phase reproductrice (pas de floraison possible) sans
j ours longs. Ces plantes demandent pour leur floraison
des journées de plus de 14 heures. La tubérisation est
une phase de développement sensible à une induction. Mais
là, les tubercules courants sont des plantes de jours
courts: la patate douce, l'igname, le taro, le manioc ont
besoin pour fleurir de journées ne dépassant pas 12-13
heures. C'est aussi le cas du mais dont le cycle
végétatif s' allonge en photopériode longue. La plupart
des plantes d' origine tropicale sont, donc, des plantes
de jours courts même si certaines espèces d'igname
peuvent s'adapter à des jours longs. En fonction des
cultivars, la pomme de terre a des comportements variés:
les cultivars indigènes sud-américains ont de bons
rendements avec 12-13 heures d'éclairement, ceux des
reg~ons tempérées ont besoin de 15-16 heures pour
tubériser. Il est possible que le bon comportement de la
variété locale "tézéléfoh" par rapport à celles importées
soit lié à sa bonne adaptation aux jours courts. Pour les
plantes dont on ne consomme pas les graines ou les
fruits, la photopériode est moins importante: le poireau,
l'oignon, les épinards européens, plantes de jours longs
ne peuvent pas fleurir sous ce climat. La seule
contrainte consiste à racheter les graines chaque année,
ce qui d'un point de vue sanitaire est conseillé.
En somme, les données climatiques de la région qui sont
celles d'une zone équatoriale d'altitude sont bonnes pour
un grand nombre d'espèces, malgré des limitations plus ou
moins sévères pour quelques-unes d'entre elles. Elles
permettent de mieux comprendre parfois la supériorité des
cultivars traditionnels. Ces particularités climatiques
sont prises en compte par les agriculteurs amenés à gérer
au mieux les risques. Pour s'en persuader, il suffit
147
d'observer quelques points-clés des itinéraires
techniques tel le choix des dates de semis.

148
CHAPITRE 6

Le rapport sol/plante

Le sol intervient de différentes façons dans la


croissance des végétaux:
-comme support physique, il agit doublement sur
ceux-ci: par l'ambiance que les racines y trouvent (eau,
air), par l'activité biologique que cette dernière
permet. On demande à un bon sol d'être suffisamment
profond, poreux avec un drainage correct.
-par ses qualités physico-chimiques, il va fournir
des éléments nutritifs aux plantes. Ses aptitudes
dépendent de sa composition chimique, de sa texture, de
sa structure, ce qui nous renseigne aussi sur son
comportement vis-à-vis de l'eau. Les différences de
propriétés physico-chimiques des sols de la région
résultent de plusieurs phases de volcanisme. Mais ces
qualités liées aux origines géologiques ne sont pas
suffisantes pour expliquer la présence de telle ou telle
culture. Il faut encore voir comment le champ se situe
dans la rotation. Un sol après jachère n'a pas le même
comportement qu'un sol en culture continue. L'occupation
du sol, son histoire culturale ont une influence sur ses
propriétés physico-chimiques. On l'a mis en évidence à
partir d'observations de profils et d'analyses faits dans
les grands types de sol de la région.

II. 6.A. La fertilité du plateau basaltique


exploitée par des associations complexes

Les sols profonds et largement exploités de la partie


centrale du plateau ...

On les trouve sur le socle ancien plus ou moins


régulier avec ses collines ( "surface Gondwanienne"
149
aplanie au jurassique) comprenant des granites aSSOC1es
au complexe de base précambrien (gneiss, quartzites,
migmatites) . Ce sont après altération des sols
ferralitiques rouges qui ont été ensuite recouverts
partiellement par une succession de formations éruptives
entre la fin du tertiaire et le quaternaire récent. La
première couverture volcanique à dominante basaltique,
émise au Crétacé dans la zone montagneuse du Nord a
recouvert la majorité du plateau. Elle s'amincit vers le
Sud, laissant apparaître par endroit le plateau
cristallin. Les sols ferralitiques évolués sur les
coulées basaltiques les plus anciennes ont bénéficié d'un
temps d'altération suffisamment long. Ils sont très épais
avec de bonnes potentialités agricoles. Souvent rajeunis
par apport de cendres volcaniques, ils présentent un
profil de type complexe. Leurs propriétés physico-
chimiques largement dépendantes de l'épaisseur de
l'horizon cendreux, se caractérisent par un pH
moyennement à faiblement acide (pH=5,6). Leur texture est
plutôt limoneuse (S=39, A=28,9 L=32, 1). Leur teneur en
base échangeable est bonne grâce à une C. E. C74 assez
élevée et plutôt saturée (C.E.C= 29,5 meq/100gj taux de
saturation=60%). Les teneurs en matière organique de ces
sols sont moins élevées qu'ailleurs. Pourtant les indices
de fertilité de FORESTIER et de DABIN75 permettent de
bien les classer (FEREMANS, 1995, p.87)76. L'épuisement

74 Capacité d'échange de cations qui correspond à la


quantité maximale de cations que 100 g de sol peuvent
contenir.
75
DABIN (B.), MAIGNIEN (R.), 1979 - Les principaux
sols de l'Afrique de l'ouest et leurs potentialités
agricoles. Cahier de l'ORSTOM, série Pédologie 17(4),
1235-1257.

76 Travail de fin d' études de la FSA de GEMBLOUX.


Professeur-promoteur: L. MATHIEU
150
en humus traduirait une forte utilisation du sol et une
bonne minéralisation avec un renouvellement important des
éléments nutritifs .

... bénéficient d'une occupation dense faite de systèmes


agro-forestiers

Ce sont les systèmes agro-forestiers complexes


intégrant café, arbres d' ombrage et vivriers multiples
qui monopolisent les sols. D'après nos analyses, cette
couverture végétale influence les propriétés physico-
chimiques du sol (FEREMANS, 1995, p.92): sous café le pH
est en hausse et la matière organique maintenue à un
niveau stable grâce à un ralentissement de sa
minéralisation. Toutes les teneurs en éléments nutritifs
sont en progression. La proportion de potassium, un peu
faible ailleurs, devient bonne. Le taux de saturation en
bases est fortement amélioré. L'effet du café qui reçoit
des engrais chimiques apparaît, donc, nettement sur des
sols qui deviennent ainsi de bons sols à vivriers. Nos
observations montrent de façon claire que le milieu
physique bénéficie plus d'une occupation caféière
importante qu'il n'en souffre.

II.6.B. La fertilité du plateau granitique


entretenue par la jachère

Les sols peu profonds, perpétuellement rajeunis par


érosion dans la partie granitique ...

Dans la mosaique de sols issus des événements


géologiques de la région, les sols rouges sont parmi les
plus fréquents. Provenant d' une altération sur granite,
ces sols ferralitiques rouges sont différents des
précédents. Plus sableux (présence de grains de quartz),
leur texture est plus grossière, argilo-sableuse
151
(granulométrie: 8=42,6; L=20,9; A=36,5). si leurs
propriétés physiques sont convenables, leurs qualités
chimiques apparaissent plus défavorables: formés sur
roche acide, ils ont un pH=5,2, plus bas que celui des
sols sur basalte. Les faibles aptitudes agronomiques
qu'on leur reconnaît sont liées à une teneur en bases
échangeables moyenne à faible et à un taux de saturation
faible 77 (C.E.C. = 19 meq/100g; taux de saturation= 23%).
Le taux de matière organique de 5,6% à 7,1%78 est élevé.
Si le rapport C/N est plus élevé qu'ailleurs (en
contradiction avec la littérature 79 ), les conditions de
transformation des matières végétales y sont bonnes. Les
plantes semblent utiliser la matière organique sans la
laisser s'accumuler. L'acide phosphorique est trouvé en
faible quantité. Dernière caractéristique de ces sols, un
horizon de surface d'épaisseur réduite 80 par la présence
d'une couche gravillonnaire. Plus ou moins compacte et
continue, elle est constituée de concrétions
ferralitiques qui peuvent, en sommet de colline, être
dégagées par érosion et former une véritable cuirasse
latéritique. Ce sont des sols de richesse très moyenne,
les plus répandus dans la région. Aussi n'a t-on pas
partout "les sols volcaniques remarquablement fertiles"
(DONGMO, 1983, p.1) qu'ont décrit certains observateurs
pressés.

77
Dans les sols concernés, la C.E.C dépendrait
surtout de la teneur en argile.

78 La faible croissance des cultures dans les sols de


Fokoué traduit mal ces fortes teneurs en matière
organique.

79 VALET, 1985, op. ci t.

80 Les pentes fortes et une proportion en sable de 40


à 50% sont responsables d'un décapage permanent.

152
dont la fertilité dépend des périodes de jachère

La jachère a une influence positive


particulièrement marquée sur ces sols. Elle améliore les
teneurs en matière organique, la CEC et les teneurs en
calcium. Seuls inconvénients entrevus aux analyses, une
légère augmentation de l'acidité et de la teneur en
magnésium déj à excessi ve. Le rôle reconnu par les
agronomes à la matière organique dans la qualité des sols
l'est aussi par les agricultrices. Elles conduisent
différemment des autres les sols après jachère, donc
riches en matière organique. Elles se rendent compte de
leur meilleure fertilité et y augmentent les densités des
culture. Le Coefficient d'Utilisation d'un champ après
jachère est supérieur aux autres de près de 100 %. La
nature des cultures change. On y implante les tubercules
et les arachides dont les rendements chutent en culture
continue sans apports organiques. Ces champs passent pour
des parcelles plus propres (la jachère fait disparaître
les plantes hôtes refuges des prédateurs), débarrassées
des parasites qui provoquent des pourritures sur le
macabo.
L'écobuage qui suit systématiquement la jachère concentre
des minéraux qui vont bien convenir aux tubercules. La
potasse est un élément essentiel pour leur appareil
végétatif et elle est accumulée dans une proportion de
65% dans la partie tubéreuse de la plante.

153
II. 6 . C. La fertili té des sols cendreux, la
nécessité de bien choisir le calendrier cultural

Riches, profonds et séchants, les sols récents sur


cendres volcaniques ...

Certaines éruptions volcaniques n' ont concerné que


le massif montagneux des
Bamboutos. Il s'agit, au pliocène, d'une éruption de
roches acides (trachytes, rhyolites, phonolites), roches
dures dont l'altération difficile a donné des sols peu
épais. Puis au quaternaire a eu lieu une série
d' éruptions dont certaines étaient géographiquement très
limitées autour des centres d'émission. La plus marquante
fut celle de type vulcanien qui a répandu des cendres
basiques sur une vaste surface. Elle a rajeuni des sols
évolués sur basalte ou sur roches acides. De l'épaisseur
de cette couche de cendre dépendent des aptitudes
agricoles fort différentes entre partie Nord et Sud du
pays bamiléké, parfois entre haut et bas de versant. Dans
la partie Nord, montagneuse du pays bamiléké, les cendres
forment une couche épaisse. Cet apport a remanié les sols
ferralitiques sur basaltes récents, devenus ainsi
profonds, riches en base et en matière organique; Ces
caractéristiques en font des sols fertiles mais avec une
faible réserve utile et une tendance à sécher rapidement
en surface. Cette zone, vu son altitude et sa relative
fraîcheur, a longtemps été délaissée par les populations
du plateau. Peu exploités, les sols y ont conservé leurs
qualités. Seuls quelques éleveurs peuls non sédentaires
les utilisaient comme pâturages pour leur élevage bovin.
".j
, ::..~ .
. . . menacés par les cultures maraîchères irri.9uées ~-:~.~
... ~ ~\

'l
Depuis une trentaine d'années, sou~; la'pression
démographique, les populations et les cultures) sont
S
154
montées, remplaçant les pâtures par de grandes parcelles
géométriques de cultures maraîchères annuelles. On trouve
là les condi tions écologiques favorables à ces cul tures
d'origine tempérée. Conduites en culture pure, elles sont
souvent irriguées en saison sèche par un système sommaire
de rigoles en courbes de niveaux (planche 1). L'eau
détournée des torrents de montagne peut venir parfois de
très loin. Comme ailleurs, elle n'est pas distribuée de
man~ere égalitaire, les grands producteurs sont
prioritaires. Parlant du Maroc, SEBILLOTTE (1990,p.15)
dit "que l'eau est un enjeu social dont la jouissance
dépend: de la position géographique ( ... ), de
l'organisation socio-poli tique. Citant PASCONB1 , il
ajoute que "l'effritement du pouvoir tribal accroît
l'inégalité" . La possibilité d'irriguer installe la
supériori té du producteur qui peut ainsi faire un cycle
en saison sèche. Il n' y a alors ni problème de vente ni
contrainte phytosanitaire. Ici, le tour d'eau est créé
sous la responsabilité du chef de quartier qui fixe
rythme et durée des arrosages. C'est lui qui sanctionne
les fraudes comme toute autre fraude sociale, par une
amende. Seule une discipline minimale rend possible
l'irrigation des champs situés dans les zones les plus
basses. Bien que riches en matière organique et peu
fragiles, ces sols laissent apparaître des traces de
dégradations graves. L'utilisation maraîchère intensive
qui en est faite en est la cause et s'ajoute au phénomène
de surpâturage consécutif à la réduction des pâtures. La
pratique mal maîtrisée de la rotation voit se succéder
plusieurs années de suite les mêmes cultures. Les
parasites non contrôlés ont parfois tendance à envahir
des terres. On voit des

Bl
PAS CON (P.), 1970 Théorie générale de la
distribution des eaux et de l'occupation des terres dans
le Haouz de Marrakech, Revue de géographie du Maroc, 18,
pp.3-11.

155
Planche 1: Irrigation des cultures maraîchères

.l\.~ ft, ..... '\'~' ~"r <k. -f...:n. __


.. ·t~l& p.... r iL,,~
récoltes anéanties faute d'avoir maîtrisé le salissement
(adventices et parasites) du sol. La culture pure doublée
d'une irrigation approximative conduit à une érosion non
négligeable. Tandis que le surpâturage entraîne des
glissements de terre en "pas de boeufs" qui semblent être
irréversibles.

II. 6 •D. La fertilité sur l'ensemble de la


région: les bonnes cultures aux bons endroits

Dans l'ensemble, des sols pauvres en phosphore

La teneur en acide phosphorique des sols de la


région est faible à moyenne. Elle résulte d'un pouvoir
fixateur important des argiles vis-à-vis du phosphore au
point de rendre celui-ci indisponible pour les plantes.
La teneur en matières organiques élevée de 7,2% devrait
être capable de le soustraire à cette fixation. Mais les
effets de celle-ci sont tempérés par sa faible
décomposition (C/N élevé) . Certaines cultures peu
sensibles aux qualités physiques des sols le sont plus à
leurs propriétés chimiques: C'est le cas des des céréales
dont l'initiation paniculaire et la taille des épis sont
influencées par le niveau nutritif. Le phosphore
intervient dans leur développement général et détermine
leur précocité. Dans les sols ferralitiques les plus
pauvres en matière organique qui sont aussi les plus
carencés en phosphore, le feuillage du mais prend une
couleur rouge violacée. Si l'on tient compte de ce
phénomène de fixation du phosphore, il semble que relever
le taux de matière organique soit un préalable
indispensable à toute fumure de redressement. On voit
aussi que l'équilibre de l'engrais usuel, le 20-10-10 est
peu adapté à cette carence générale en phosphore des sols
de la région.

156
Sujets à inondation, les sols des bas-fonds doivent être
aménagés

Dans les thalwegs étroits qui sillonnent l'ensemble


du pays bamiléké on trouve, localisés, des sols
hydromorphes, épais et noirs. Ils bénéficient d'un
phénomène de colluvionnement permanent qui explique leur
grande richesse en matière organique et en argile (gley
et pseudo-gley). Leur exploitation n'est pas simple:
sujets à des inondations fréquentes, la culture s'y fait
sur des billons rehaussés qui placent les systèmes
racinaires au dessus de la nappe phréatique. La culture y
est difficile: en effet, il y a discontinuité importante
entre d'une part l'horizon de surface humique et filtrant
et d'autre part les horizons sous-jacents argileux,
compacts et asphixiques.
On ne peut guère éviter quelques inondations temporaires.
Selon les espèces, les cultures y sont plus ou moins
sensibles: les tubercules en raison du développement
souterrain de leur partie comestible craignent plus que
toute autre un sol lourd et inondable. Les meilleurs
rendements sont obtenus sur limons légers, peu compacts.
si on les cultive dans des sols plus lourds, il est
nécessaire d'avoir des pratiques culturales adéquates
(buttes ... )
Si la tubérisation du taro est assez indifférente aux
conditions hydriques du sol, pour les autres tubercules,
un excès d'eau est néfaste. L'engorgement en eau,
quelqu'en soit l'importance, réduit l'initiation et le
développement des tubercules d'igname, de patate douce,
de pomme de terre et de manioc. A cause de cette
intolérance vis à vis d'une teneur en eau excessive, ces
bons sols des bas-fonds sont moyennement adaptés aux
tubercules qui préfèrent une fertilité chimique moyenne
mais des sols sablo-limoneux bien drainés. C'est grâce à
des investissements en travail importants que les
agricultrices tirent de ces sols une bonne production. On
157
constate que l'activité de l'agricultrice (fertilité
créée) est aussi importante que la fertilité naturelle.
Le palmier raphia qui occupe le lit des cours d'eau entre
pour une part importante dans cette gestion de l'eau. Le
bas-fond est donc un milieu physique fortement travaillé
par l'homme et remanié par les espèces végétales qui
l'occupent.

158
CHAPITRE 7

Les effets du relief

Introduction

Le socle granitique recouvert de plusieurs coulées


basaltiques d'autant moins couvrantes et plus épaisses
qu'elles sont récentes offre un relief que l'on peut
grossièrement diviser en deux ensembles: le plateau,
surface ondulée légèrement soulevée dans sa partie Sud et
le massif des Bamboutos, plus montagneux, volcanique et
situé au Nord du premier. Le modelé est plus ou moins
vigoureux selon les secteurs. La végétation en rapport
avec les autres caractéristiques édaphiques et
climatiques offre, comme le relief, des variantes
impor.tantes quand on passe de l'une à l'autre de ces
zones.

II.7.A. Un couvert végétal dense, seul frein à


l'érosion

L'escarpement méridional: barrière à la mousson et


domaine de la forêt sempervirente

Le rebord méridional du plateau se dresse, comme un


rempart, au-dessus des plaines périphériques (plaine des
M'bos). Il se termine en des escarpements abrupts qui lui
valent le nom de falaise. Ces reliefs tourmentés,
perpendiculaires à la direction de la mousson, font
barrage à la progression des nuages vers le Nord. Ces
contreforts sud sont si arrosés qu'il n'y a guère qu'un
couvert végétal très dense et arboré qui puisse fixer le
sol. C'est le domaine de la forêt sempervirente
atlantique de moyenne altitude dominée par les
159
légumineuses arborescentes. Sous les arbres et dans les
endroits les moins inaccessibles, seul, le café Robusta
fait son apparition. Bon nombre de ces plantations
appartiennent à des femmes d'exploitants du plateau. A
l'époque où le café était rémunérateur elles ont acheté
ces terres pour y créer leur propre plantation. Jusque là
ces sols difficiles à exploiter n'avaient jamais
intéressé les agriculteurs.

Un plateau au modelé doux et en situation sous le vent ...

En position de versant sous le vent, la plus grande


partie du plateau offre un modelé peu accidenté, aux
vallées peu encaissées (planche 2). D'après VALET 82 cité
par DUCRET (1987, p.7), la distribution des reliefs
marque une prédominance des pentes faibles (57%) et
moyennes (25%) sur les fortes (18%). La topographie de
cette partie du plateau constitue rarement une contrainte
limitative pour la production agricole. La présence de
savanes à Pennisetum purpureum (Schumach) caractérise ces
sols fertiles, évolués sur basalte et qui ont connu une
longue période d'altération. Ces conditions favorables
s'ajoutent à un climat plutôt moins humide qu'ailleurs
qui offre une grande latitude pour les activités
agricoles.

82 VALET (S.), 1985 - Notice eAPlicative des cartes


du climat. des paysages agro-géologiques et des
propositions d'aptitude à la mise en valeur des paysages
agro-géologiques de l'Ouest-Cameroun au 1/200 OOO.CIRAD-
IRAT, Montpellier, 120p.

160
Planche 2: Le plateau basaltique: modelé doux aux
vallées peu encaissées et aux pentes faibles

161
... mais une ambiance climatique en trompe l'oeil, à
l'agressivité non négligeable

Mais faibles ou fortes, pour peu qu'on n' y prenne


garde, les pentes connaissent des problèmes d'érosion.
Loin d'engendrer une ambiance climatique modérée et
malgré la "grande rareté des pluies torrentielles"
(SUCHEL83 cité par CHAMPAUD, 1973 p.23), le climat amène
des dégradations non négligeables. On observe différents
mécanismes érosifs: érosion en nappe exportant les
éléments les plus mobiles ou érosion linéaire avec
ablation de l' horizon de surface, à l'oeuvre même en
pente douce (FOURNIER, 1993, p.7). Selon, le même auteur
(FOURNIER, 1993, pp. 4-11), le risque de dégradation des
sols existe même s'il est inférieur à celui des régions
littorales ou de plaine. L'indice d'agressivité R de
84
WISCHMEIER moyen annuel est de 800, culminant lorsque
coincident érosivité et fragilité maximales, en début de
saison des pluies alors que la couverture du sol n'est
pas encore assurée par les cul tures seulement en phase
d'installation. En situation de pente, FOURNIER (1993,
p.11) observe que le ruissellement par "débordement",
après saturation du sol est un accident qui peut se

83 voir aussi SUCHEL (J.B.), 1972- Répartition des


pluies et reg~mes pluviométriques au Cameroun. Thèse
Doctorat 3e cycle de Géographie, Université de Bordeaux
III, Bordeaux, 251p.

et SUCHEL (J. B . ), 1989 - "Les privièges climatiques du


pays bamiléké" Les Cahiers d'Outre-Mer, XLII, n0165,
pp.29-52.

84 WISCHMEIER (W .H.), SMITH (0.0.), 1978 - Predicting


rainfall erosion lasses a guide to conservation
planning, United state Department of Agriculture, 51p.

162
produire, même avec des précipitations d'intensité
moyenne. L'occupation du sol intervient directement sur
ces phénomènes érosifs. Le système agro-forestier
constitue la meilleure parade à l'érosion. Par contre,
l'exploitation maraîchère en culture pure apparaît comme
un système de culture fragile dont l'extension poserait
des problèmes même dans les secteurs les moins exposés.

II.7.B. Une érosion contenue par la culture


temporaire

Une zone Sud granitique au relief affirmé ••.

Affirmés dans la partie Sud du plateau, les reliefs


en "demi-orange" (planche 3) caractéristiques du socle
granitique passent à travers le manteau de basalte fin et
discontinu.

163
Planche 3: Reliefs en demi-orange du plateau
granitique

95
?our cette zone, VALET (cité par DUC PEL' , 198ï, p.7)
donne une distribution des pentes qui est la suivante:
25% de pentes fortes (>25%), 23% de pentes ~'.oyennes (de
12 à 25%), le reste soit 52% en pentes faibles de moins
de 12%. La texture sableuse des sols évolués sur granite

as op. ci t.

164
leur donne une faible stabilité structurale qui ne permet
pas une culture continue. Ils ne peuvent être cultivés
que temporairement entre de longues jachères
caractérisées par une savane à Imperata cylindrica (L. )
indicatrice de sols pauvres. Au bout de 5-7 ans de
culture, les rendements commencent à chuter obligeant les
agricultrices à laisser leur sol en repos (5 à 10 ans).
Les changements de fertilité des sols au cours de la
rotation sont prévus par l'agricultrice dans le choix de
ses cultures. Les deux premières années dominent
l'arachide et les tubercules du type taro et macabo. Les
années suivantes, les associations s'enrichissent
d'ignames et de mais. Puis le manioc fait son apparition
avant la jachère suivante .

... occasionnant une dynamique de versant guère plus


importante que sur basalte si on respecte les temps de
jachère

Que ce soi t sur grani te ou sur basal te, d'après


FEREMANS (1995, p.75), les processus érosifs et le
fonctionnement hydrique des sols posent systématiquement
des problèmes. La zone granitique a des sols aux
caractéristiques physiques convenables mais des
propriétés chimiques défavorables. Pourtant les carences
et les déséquilibres observés ne sont pas réservés à
cette zone: la carence en phosphore et les teneurs
insuffisantes en potassium et calcium sont générales.
Observées à grande échelle, sur des toposéquences
réparties dans les différentes zones du plateau bamiléké,
les variations édaphiques induites par la morphodynamique
donnent une idée des mécanismes érosifs. Le décapage par
l'érosion, fonction de la pente, rend l'horizon de
surface souvent peu épais en milieu de pente. Comme sur
le plateau basaltique, la teneur en matière organique du
sol sur socle granitique est élevée en haut de pente,
diminue au milieu pour augmenter de nouveau dans la
165
partie basse d'accumulation. La jachère a un effet marqué
sur la teneur en matière organique. Ces dynamiques de
versant sont parfois, contraires en fonction de la roche-
mère: pour la granulométrie on nI observe pas de
remaniement de surface des sols sur granite alors que sur
basalte, l'épaisseur des horizons remaniés est variable
et l'appauvrissement en argile du haut vers le bas
mesurable. La jachère est un enjeu important pour ce
secteur. Utilisée pour reconstituer la fertilité des
sols, elle a sur ceux-ci des répercussions plus nettes
que le café pris en tant que fixateur des sols. Cette
dernière culture ne trouve pas des sols suffisamment
riches pour que les caféières soient touffues et qu'elles
assurent une protection contre l'érosion. La disparition
des temps de repos sous la pression démographique est un
réel problème.

II. 7 .C. Risque érosif accru surtout en


système de culture pure

La zone d'altitude: crêtes, vallées encaissées,


escarpements et piémont au relief plus modéré

En discontinuité marquée avec le plateau, le massif


montagneux des Bamboutos constitue la deuxième barrière
contre laquelle vient butter la mousson résiduelle
(planche 4). Au dessus de 2000 m, le massif est entaillé
de profondes vallées en V séparant des crêtes étroites.
VALET (cité par DUCRET, 1987, p.7) évalue à 83\ la
proportions de pentes supérieures à 25\ et à seulement
10\ la proportion de pentes faibles.

166
Planche 4: Le massif montagneux des bamboutos aux
vallées en V et aux pentes fortes

:8::1 altitude, l'augmentation de la pluviométrie et de la


nébCllosité fait des raVlns incultes le domaine de
fo~~a~~ons montagnardes constituées d'Arundinaria alpin~,

167
de PodocakPus milanjianus (Rendle) tandis que les pentes
fortes portent une prairie à Sporobolus montannus ou à
86
Bromus scabrida (LETOUZEy cité par DONGMO, 1981, p.36-
38). Caractérisé à l'Ouest par un étagement de glacis en
marches d'escalier, rebords des coulées de laves, le
massif se raccorde progressivement sur son versant Est au
plateau. Cette zone basse (1600-1800m) plus calme
constitue le piémont. On y dénombre encore une proportion
importante de fortes pentes 45%) ou de pentes moyennes
(25%). Moins hostile que le massif cette partie basse a
été cependant plus tardivement peuplée que le plateau. La
population s'est installée progressivement sur ces sols
87
bruns récents et andosols d'une fertili té
exceptionnelle. Une majorité d'agriculteurs a été amenée
à y faire du maraîchage.

Des températures plus fraîches qui déplacent la gamme des


cultures

Les variations d'occupation du sol suivent le


gradient climatique induit par le relief (altitude et
modelé): l'ail trouve à plus de 2 000 m, une aire
écologique tout à fait favorable à sa production. En
comparaison du plateau, le piémont (1 600-2 000 m) a une
pluviométrie plus faible (1 680 mm) probablement due à

86
LETOUZEY (R.), 1968 - Etude phytogéographique du
Cameroun, Paris, Le Chevalier, SlIp.

voir aussi LETOUZEY (R.), 1985 Notice de la carte


phytogéographique du Cameroun au 1/500 000, IRA/ICT,
Toulouse, 240p.

87 Sols provenant de roches volcaniques caractérisés


par l'abondance de produits amorphes associés à des
teneurs souvent élevées en matière organique.

168
une situation d'abri par rapport à la dorsale
camerounaise. Les mois d'avril, mai et octobre sont plus
secs que sur l'ensemble du plateau bamiléké. Seul
inconvénient déjà évoqué, le caractère andosolique des
sols et les risques supplémentaires de sécheresse en
début de culture. L'ensoleillement, faible sur l'ensemble
de la région, marque une légère progression avec une
valeur de 1920 h/an quand on s'élève à 1 800-2 000 m
d'altitude. Les températures sont, également, plus
fraîches (moyenne des maxima: 23, 3°C, moyenne des minima
12, DOC), la température moyenne perdant 0,5 à D,6°C par
100 m de dénivelé. A cette altitude, l'amplitude
thermique quotidienne varie de 10°C en saison des pluies à
15°C en saison sèche. Les données détaillées sont
précisées en annexe 2. En comparaison du plateau,
l'insolation est plus forte, surtout en saison des pluies
(les hauteurs étant au dessus des nuages). L'altitude
jouant un rôle modérateur sur les fortes températures, le
climat devient propice à une gamme de cultures qui
préfèrent un climat moins chaud. Les conditions leur
étant favorables, les cultures d'origine tempérée peuvent
facilement y exprimer leur potentiel génétique et côtoyer
les espèces tropicales. Le café Arabica qui supporte
aussi mal les températures froides que trop chaudes
trouve des conditions de croissance adéquates dans
l'écosystème d'altitude comprise entre 1 300 et 1 800 m.
Au dessus de 1 800 m, son cycle s'allonge et il souffre
d'attaques d'anthracnose plus virulentes. Parmi les
espèces sensibles à l'abaissement des températures, on
retrouve le mais, culture alimentaire de base dans la
région pour lequel l'al ti tude se tradui t par un
allongement du cycle cultural moyen. Quant à l'arachide,
sa température de germination de l'ordre de 32 à 34°
interdit sa culture au dessus de 1 800 m. De la même
façon, le bananier sensible aux coups de vent comme aux
faibles températures, voit sa croissance ralentie à
mesure que l'altitude augmente. La canne à sucre craint,
elle aussi le froid. La température optimale de 26°C pour
169
le palmier à huile et la nécessité qu'il ne connaisse pas
de minima inférieurs à 18° l'excluent de la zone
super~eure à 1 000 m. Café, bananier, palmier-raphia
disparaissent au dessus de 2 000-2 200 m. Le mais atteint
2 500 m. Ainsi la gamme des plantes cultivées se décale
en altitude: arachide, patate douce, ignames de plaine
(Dioscorea rotundata, U. cayenensis) se font rares. Elles
laissent la place aux cultures d'origine tempérée tels le
chou, la salade, les épinards, la carotte, la pomme de
terre et très haut en altitude, l'ail.

Mais une érosion qui limite l'extension du front pionnier

La montée de ces cultures maraîchères en altitude


pose le problème de l'érosion qu 1 elles engendrent.
D'après FOTSING (1989, p.137), les sols d'altitude "aux
aptitudes culturales marginales et sensibles à l'érosion"
sont de plus en plus mis en culture. Ces cultures plus ou
moins temporaires provoquent une érosion spectaculaire.
Ce qui remet en question les limites du front pionnier.
Le peuplement monospécifique qui caractérise le
maraîchage semble bien être à l'origine de difficultés
grandissantes pour maîtriser cette érosion. C'est une
observation déjà faite pour les bas-fonds, encore plus
vraie lorsque s'ajoute une morphologie de pente. Pour ces
versants à vocation pastorale l'évolution vers une
production maraîchère n r est pas dépourvue de risque. Au
même titre que dans la zone Sud du plateau, les pentes
assez fortes imposent un retour rapide de la jachère
après quelques années de culture. D'où la présence de
nombreux champs temporaires déplacés à l'intérieur de la
zone des pâtures.

170
CHAPITRE 8

Le bilan eau/sol/relief/plante

Le système eau-sol-plante-relief forme un ensemble


fonctionnel, cohérent et complexe dans lequel existent
des relations nombreuses et variées. Aux relations entre
le support physique et les êtres vivants, s'ajoutent les
interactions entre les composantes du milieu qu'il
s'agisse de concurrence, compétition ou symbiose entre
espèces vivantes végétales ou animales. Dans la réalité,
tous les facteurs agissent simultanément et la réponse
végétale est une synthèse de leur action.

II. 8 .A. La diversité végétale, garantie


contre les risques climatiques, édaphiques, érosifs

Des écosystèmes plus ou moins durables

Chaque système reflète un certain équilibre soumis


en permanence à des actions déstabilisantes. Dans le
court terme, le prélèvement que constitue la récolte fait
partie de ces éléments déstabilisateurs. Il est compensé
par des apports d'engrais ou de matière organique. Le
repos du sol laisse à l'humification et à la
minéralisation le temps de se faire et de reconstituer
les stocks. Sous un reg~me pluviométrique élevé,
l'érosion dégage fréquemment, à mi-pente, l'horizon B. Le
décapage de cette terre s'accompagne d'une perte
importante en éléments minéraux. Le déficit minéral, au
moins momentané, peut se produire sur les céréales, au
moment où leurs besoins sont maximums c'est à dire à la
montaison. Il faut que l'équilibre se rétablisse assez
vite si on veut assurer la pérennité de tels écosystèmes.
Sur le long terme, il existe une dynamique entraînant
171
l'écosystème vers la reconstitution du climax. Ainsi
différencie-t-on toute une série d'étapes dans cette
succession depuis des stades jeunes ayant une
productivité élevée jusqu'à des stades plus mûrs avec une
grande diversité d'espèces, mieux organisés, moins
productifs. Ce passage de la monotonie spécifique à la
diversité se marque, aussi, par une plus grande
stabilité. La stabilité d' un système est perceptible à
travers la conservation de ses grands équilibres en
matières minérales (C, N et P) et organiques.

L'eucalyptus, bien adapté en sommet de colline ...

D'une façon générale sous ces climats humides, le


cycle des cations est contrarié par le lessivage du sol
sous l'effet des pluies. Ce lessivage lié à un complexe
des colloïdes du sol insuffisant prend des proportions
importantes lorsque le complexe radiculaire est, lui
même, peu développé. Ce phénomène s' autocatalyse
puisqu 1 en progressant il conduit à une dégradation des
colloïdes du sol qui se lessive davantage, jusqu 1 à la
ferrallitisation. Le résultat d'une dégradation forte du
complexe colloïdal, non contrôlée apparaît, souvent sur
le plateau, en sommet de colline. Les sols indurés à
concrétions ferralitiques plus ou moins abondantes,
présentent quelquefois un horizon gravillonnaire de
plusieurs mètres d' épaisseur. La mise en valeur de plus
en plus fréquente de ces sommets par une culture pérenne
comme l'eucalyptus n'est, de ce point de vue, pas
aberrante. En effet le caractère élevé du coefficient
transpiratoire des eucalyptus en fait une culture
asséchante qui a des effets positifs dans ces situations
topographiques. Ainsi cette qualité intrinsèque de la
culture intervient-elle dans la limitation du
ruissellement superficiel ou sous-superficiel, souvent à
l'origine de phénomènes érosifs.

172
... il serait bon de l'associer

La protection insuffisante des sols sous les


eucalyptus peut conduire à des dégradations. Ce n'est pas
la nature des espèces hautes ou basses, ligneuses ou
herbacées qui entraîne ces dégradations mais plutôt le
caractère mono ou plurispécifique du peuplement. Comme le
souligne GAREZ (1993, p.28), les risques de dégradation
du sol peuvent se produire sous peuplement monospécifique
d' eucalyptus. De façon récente, on voit dans la région
ces eucalyptus associés à une plantation d'ananas qui ne
semblent pas souffrir de l'ombrage assez léger de ces
arbres au port fuselé. Ce type d'association nouveau pour
la région fait partie des innovations spontanées qui
pourraient, à l'avenir prendre une dimension plus
importante.

ILS.B. L'association des cultures est


adaptée à toutes les situations géographiques et
économiques

Les écosystèmes agro-forestiers sont des systèmes mûrs


reproduisant la végétation climacique 88 ....
Les écosystèmes ayant une végétation dense, du type
cultures associées ou les systèmes agro-forestiers, en
assurant une fonction écran vis-à-vis des précipitations,
vont limiter la percolation et le ruissellement des eaux
de surface. En situation de pente, ils diminuent les
pertes minérales par lessivage et organiques dues à
l'érosion. Sur les terrains pauvres, il est encore plus
important de conserver une couverture au sol. Ce qui
justifie, parfois, l'acharnement à implanter des systèmes
agro-forestiers comme les caféières dans des lieux loin

88
appelée climax

173
des conditions idéales que sont les sols colluviaux épais
et riches. La chute des feuilles des caféiers apporte
vraisemblablement une matière organique même si cela n'a
pas été démontré jusqu'alors. Cet apport probable est
doublé d'un recyclage des minéraux· par le sys tème
racinaire profond des caféiers. Il se traduit par un
enrichissement des horizons de surface en calcium,
potassium et parfois magnésium. Nous l'avons observé.
Lorsque le couvert végétal comprend des légumineuses,
celles-ci enrichissent la rhizosphère en azote par
l'intermédiaire des nodules vieillis qui se désagrègent.
En raison de leur grande diversi té d'espèces, de
l'existence de nombreuses relations de mutualisme, de
commensalisme et autres sYmbioses, les écosystèmes
agricoles "traditionnels" de la région peuvent, donc,
être qualifiés d'écosystèmes mûrs.

... opposés aux systèmes maraîchers de monoculture


intensive

Assimilables à des systèmes jeunes ceux-ci sont


caractérisés par une forte productivité et une faible
stabilité. Un hectare de chou en culture pure produira
dans la région, en moyenne, 55 tonnes. Les rendements de
la pomme de terre varient de 10 à 30 tonnes selon la
qualité de la semence, ceux de l'oignon de 6 à 30 tonnes
en fonction de l'altitude. Ces productions sont liées à
des apports importants d'énergie extérieure, notamment
sous forme d'engrais. Il existe une corrélation entre les
rendements en chou mesurés dans la région et la dose
d'engrais apportée (sous forme de 20-10-10) .

174
Fig. 14: Relation entre la production de chou (tonnes/ha)
et l'apport d'engrais (en unités d'azote/ha)

Relation entre la production de chou et


l'apport d'engrais (unites dazote)
produetlon de rf'0u (ton.... /ho)
'I"

....................................................................... "P ..

.,
............................................................. "' .

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,1 . . . .
• _ .. III _ _ ,.. Il. _ .... __ . - • • lM . . . _ _ n. 2D _ ~

Nous verrons que les systèmes mûrs offrent aussi une


bonne productivi té tout en préservant les ressources du
milieu. Ce qui nous amène à penser que dans ce type de
milieu relativement peu contrôlé, mieux vaut jouer sur la
biodiversi té et sur les associations vivrières qui
représen ten t l'" as surance tous - risques" de l' agricul teur
(MORLON, 1993, p.13).

175
PARTIE III

LA VALORISATION DE
L'ECOSYSTEME PAR LA
TECHNOLOGIE
Introduction

Pour BARNEAUD (1978, p. 89) "l'agriculture consiste


à sélectionner des plantes ou des espèces animales, à les
domestiquer, les protéger et leur donner de bonnes
conditions de croissance, de développement ou de
reproduction en vue d'un prélèvement qui est ce qu'on
peut appeler, la récolte, au sens large". Elle apparaît
comme un processus d'artificialisation dont une des
tâches principales consiste à simplifier les écosystèmes
naturels. Cette simplification s'accompagne d'un
déplacement des équilibres écologiques vers des
équilibres plus productifs nécessitant la mobilisation de
travail et d'instruments de production plus ou moins
sophistiqués, "traditionnels" ou exogènes 82 C'est cet
ensemble, travail et instruments de production, répartis
dans l'espace et dans le temps, auquel s'ajoute le
savoir-faire des agriculteurs, qui représente le système
technologique de l'exploitation agricole. Les choix
techniques qu'on fait sur une exploitation sont
dépendants des espèces ou des cultures retenues puisqu'il
s'agit de leur fournir des conditions propices de
développement et de croissance. Ces choix sont,
également, fonction des espèces vivantes à combattre qui
ont tendance à apparaître spontanément. Ainsi certaines
adventices à rhizome sont particulièrement agressives
pour les plantes cultivées (Imperata cylindrica,
Pennisetum purpureum ... ). Certaines maladies, des
champignons, des ravageurs peuvent être à combattre et
orienter le choix de techniques particulières. Elles
sont, enfin, directement liées au milieu physique. En
effet, les techniques de travail du sol dépendront de sa
texture, de sa teneur en argile qui le rend plus ou moins
lourd, plus ou moins difficile à travailler avec une

82
qui proviennent de l'extérieur
1
176
stabilité structurale variable fonction de la déclivité
du terrain etc. Mais les considérations écologiques,
agronomiques ou biologiques ne sont pas les seules à
déterminer le système technique. Celui-ci dépend, aussi
et peut-être surtout, de conditions à caractère social et
économique qui interviennent en amont de toute décision
technique. Ainsi la force de travail mobilisable est très
vararaible d'une exploitation agricole à l'autre. La
question se pose aujourd'hui de savoir si ces différentes
contraintes sociales et économiques favorisent encore
l'entretien de la fertilité. Pour apporter des éléments
de réponse nous aborderons les transformations
structurelles qui ont marqué cette agriculture. Puisqu'il
a profondément marqué le système agricole (et social) de
la région nous parlerons du café et de son introduction.
Nous essayerons de comprendre ce qui des savoir-faire ou
des moyens modernes d' artificialisation du milieu permet
l'entretien de la fertilité.

177
CHAPITRE 9

L'échelle spatiale de la prise en charge:


l'exploitation, les champs, les parcelles,
l'assolement

Introduction

La production agricole a plusieurs niveaux


d'organisation, de l'exploitation à la parcelle en
passant par l'assolement et le champ. A chacun de ceux-
ci, le problème de la fertilité et de sa gestion se pose
différemment. Ces niveaux d'organisation s'emboîtent mais
il ne faut pas pour autant penser qu'une observation
faite au niveau le plus fin (la parcelle) prévale
forcément au fur et à mesure que l'on remonte vers des
niveaux englobants. C'est pourquoi, à la notion d'échelle
d'espace, nous préférons celle de point de vue
d'observation (DEFFONTAlNES, 1991, p.581-582). La maille
d'observation choisie qu'il s'agisse de l'exploitation ou
de la parcelle, est le lieu d'un questionnement propre et
d'un diagnostic particulier.

III,9, A, A l'échelle de l'exploitation

Les données socio-économiques de l'exploitation


nous offrent un premier regard sur la fertilité. La
taille de l'exploitation, partiellement déterminée par la
pression démographique, influence l'effort de protection
à faire à l'égard d'un écosystème plus ou moins
sollicité. Elle se matérialise par des modes de cultures
plus ou moins intensifs et induit des différences au
niveau du système de jachère.

178
Une surface agricole utilisable réduite

Les ménages agricoles du pays bamiléké disposent d'un


territoire relativement réduit qui, compris dans sa
totalité, ne dépasse pas 6150 Krn2. La taille des
exploitations entendue comme l'ensemble des parcelles
cultivables (ou Surface Agricole Utilisable) varie entre
moins de 0, 25ha et plus de 5ha. L'enquête de base du
Projet de Développement Rural des Plateaux de l'Ouest
(1980-81, p. 49), le plus grand projet de développement
conduit dans cette zone, nous donne les chiffres précis
(tableau 6). 53% des exploitations auraient une surface
comprise entre O,5ha et l,5ha, 87% une surface entre
O,2ha et 2, 5ha, 2% auraient moins de 0, 2ha et seulement
11% plus de 2,5ha.

179
Tableau 6: Distribution des exploitations en fonction de
la surface cultivée
1surface< ~ 2-5000 15-10000/10-15000!15-20000ho-25000125-30000 I~
IN eXPl ..
1 %
I~1
1 2% 1 1H 1
68 1
30% 1
53
2H
1
1
27
12%
1
1
25
1H
1
1
11
5%
~
1 6% 1
l ' I I ! I l ! 1 1

«) surface agricole utilisée en m'


«<) Nombre d'exploitations
Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des
Plateaux de l'OUest (1980-81, p.49). Sur 228 exploitations.

Remarque: Ces chiffres fondés sur un échantillon de 228 exploitations


(taux de sondage de 0,28\") ne représentent que la zone où pousse
l'Arabica, excluant un certain nombre de territoires en bordure de notre
propre zone d'étude comme les arrondissements de Santchou, la partie sud
de Fokoué, Fotomena, la partie Nord de Galim qui font partie des zones
les moins peuplées de la région. Ainsi, il est vraisemblable que les
chiffres cités sous-estiment légèrement le pourcentage d'exploitations
de grande taille.

Une forte pression s'exerce sur ces surfaces agricoles


qui devaient, en 1987, nourrir une population rurale de
696 473 personnes. L' augmentation constante et rapide de
cette population sur un territoire déjà saturé est à
l'origine de bien des inquiétudes pour les agronomes. La
comparaison des différentes enquêtes agricoles (tableau
n07), même si les données ne sont pas totalement
homogènes, rend compte des conséquences d'une telle
évolution sur les structures d'exploitation.

180
Tableau n07: Evolution de la superficie moyenne cultivée
par exploitation et par actif entre 1965 et 1992
1 1965 1 1972 1 1984 11992

Nombre total d'exploitations agricoles 125 400

Superficie moyenne cultivée/exploitation 1,28 1,27 1 1,15

Nombre moyen d'actifs/exploitation 3,25 2,83 1 4,80' 3,27

Superficie moyenne cultivée/actif (ha) 0,39 0,45 1 0,35


1

Source: CAPOT-REY (1965, pp.22,23,25) A partir d'un sous-échantillon de 535


exploitations des deux strates à dominante Arabica et Robusta correspondant à la
province de l'Ouest actuelle (exclus les départements Bamoun, Mungo et du Nkam) .
.. estimation;
MINPAT, Recensement agricole de 1972 (1973, pp.87,96l;
MINAGRI, Direction Nationale du Recensement Agricole de 1984 . • Le
nombre d'UTIl/exploitation est donné pour l'ensemble de la province de l'Ouest
(Noun compris), les données par département n'étant pas disponibles. Il est très
certainement inférieurs pour les seuls département retenus dans l'enquête ADOC
car le Noun emploie une importante main d'oeuvre salariée;
Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs d'exploitations de la
province de l'Ouest)

Une nécessaire intensification du mode d'exploitation


du sol

La multiplication des espèces cultivées correspond au


besoin d'utiliser au mieux les ressources du sol (et du
climat) et de fournir une alimentation suffisante et
continue à cette population importante. Dans la
conjoncture récente, la perte de pouvoir d'achat des
exploitations conduit à penser la biodiversité comme une
garantie supplémentaire. Heureusement même les
exploitations les plus "spécialisées" ne se sont jamais
privées de cette diversité comme en témoigne la fréquence
d' apparition des cultures dans les exploitations' (figure
n015) .

181
Figure n015: fréquence des cultures dans les
exploitations

FREQUENCE DES CULTURES


DANS LES EXPLOITATIONS

CloIltu,..
lanone
"rctb••
lIaho
Nonloln
Salou"...
'Dnom.
ANcon.,.
voco••itvr.
Arochlde
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lobele
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OaK.
019"'·
1.m.t.

o 20 ~U 6U 80 100 120
f"r.qua~ dG pruGneG (")

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs


d'exploitations de la province de l'Ouest, NOUil excepté)

L'intensification apparaît, au niveau de l'exploitation,


en terme de superficie développée. Celle-ci correspond au
total de la surface mise en valeur au cours d'une année
agricole (1er cycle de mars à juin-juillet et 2ème cycle
d'août à novembre). La superficie de certaines parcelles
peut donc être comptabilisée deux fois au cours de
l'année. La pratique d'un deuxième cycle de culture
182
étant fréquente, la superficie moyenne développée par
exploitation est de 154 ares. D'après le Recensement
agricole de 1984, le coefficient de la superficie
développée / superficie cultivée S3 est de 1,464. Nous
avons souligné l'importance de la culture en association
(mixed-cropping) . Elle se singularise par une
augmentation de la biomasse qui peut être appréhendée sur
la base des superficies emblavées par chaque culture.
L'occupation de l'espace, ainsi calculée par le PDRPO
(1981, p.59), s'élève à 329,9% pour la Ménoua, 262% pour
la Mifi ou 274% pour les Bamboutos. En clair, il faudrait
de 2,5 à 3, 5 fois pl us de superficies pour les mêmes
quantités de semences s'il s'agissait de cultures pures.

Dégradation des pratiques d'entretien de la fertilité

L'obligation d'emblaver la plus grande superficie


possible, les conséquences de plusieurs années
d'exploitation du sol, parfois sans un repos suffisant de
la terre et la réduction "comme peau de chagrin" des
terres cultivables conduisent aujourd'hui à des pratiques
qui vont à l'encontre de l'entretien de la fertilité du
sol. Nous voyons dans le tableau 8, la proportion
relative des superficies cultivées annuellement par
rapport à la SAU c'est-à-dire le foncier diminué de
l'emprise du bâti, des chemins, des taillis et autres
zones incultes. Cette proportion est de l'ordre de 90%,
selon les départements. La jachère est donc devenue une
pratique rare.

S3
La superficie cultivée est la superficie des
parcelles de l'exploitation ayant porté au moins une
culture (annuelle ou pérenne) au cours d'une année
agricole complète.

183
Tableau 8: Superficie cultivable par exploitation et surface en jachère
en fonction des départements

1 Ipar exploitation(ha) Ipar exploitation hal (ha)

IMifi 1 1,3 Il,2 10,13 110% SAul


\ Ménoua 1 1,4 1 1,3 10,1 1 7% SAul
1Bamboutos 1 1,3 1 1.1 10,1 1 9% SAU/
INdé+Ht Nkaml 2,3 1 1,9 10,4 119% SAul
( ! 1 ! 1 1

«) SAU= Surface Agricole Utilisable


Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des
Plateaux de l'Ouest (1980-81, p.59). Sur 281 exploitations.

En analysant plus finement les différents types de


jachère que l'on pratique encore, on se rend compte que
la possibilité de laisser le sol au repos sur une période
de plus de 3 ans, minimum pour espérer influencer la
fertilité, ne concerne plus qu'1/3 des exploitations
(tableau n09). Ce sont aujourd'hui ceux qui en ont le plus
besoin qui en sont privés: les secteurs les plus peuplés
rencontrent de grandes difficultés pour la gestion de la
fertilité des sols.

184
Tableau n D 9: Durée de la jachère selon la densité rurale des chefferies en
1992

Hab/Km' > Sans 3-5 ans 1-3 ans < 1 an Total

< 100 53\ 10\ 20\ 17\ 100\

100-205 32\ 15\ 15\ 38\ 100\

" 205 22\ 8\ 8\ 62\ 100\

Ensemble 35\ ln 14\ 40\ 100\

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès d'un échantillon représentatif de 100
exploitations agricoles de la province (département du Noun exclus) entre juin et
novembre 1992.

Au coeur du pays bamiléké 80% des exploitations ne


peuvent plus conserver de terres en jachère de longue
durée. Cette proportion est déjà de presque 50% dans les
périphéries où le pression moins forte permet encore
l'intégration d'une période de repos. Pourtant cette
jachère formée du recrû de la végétation spontanée et
pour une durée de 5 à 15 ans est un moyen reconnu, par
les agriculteurs, de restauration de la fertilité.

La force de travail disponible

Ainsi, voit-on l'écosystème menacé par une population


trop importante. En effet, le nombre de personnes
présentes dans l'exploitation agricole constitue autant
de bouches à nourrir. Les enfants aspirent à aller à
l'école, ce qui coûte cher. Les maladies sont
proportionnelles à la démographie et les prestations
comme le prix des médicaments sont sans commune mesure
avec les budgets des exploitations. Le Projet de
développement qui couvre la région (PDRPO, 1981, p. 22)
mentionne que 50% des ménages comprendraient de 3 à 6
personnes sur place et 22% plus de 10. Pourtant, cette
démographie importante de l' exploi ta tion qui conditionne
les besoins devrait être un bon indicateur du nombre

185
b' actifs 84
potentiels disponibles pour l'agriculture. Si
Ion tente d'évaluer la force de travail sur laquelle
peuvent compter les exploitations, on constate à quel
!point la main d'oeuvre réellement disponible est
inférieure au nombre théorique d'actifs. Il faut déjà y
retrancher le nombre de personnes en âge de travailler et
n'ayant pas d'activité. On enlèvera également les actifs
travaillant en dehors de l'exploitation. Parmi ces
derniers, on compte les scolaires adultes et surtout les
actifs à l'extérieur qui sont beaucoup plus nombreux.
D' après le tableau 10, la main d'oeuvre agricole
disponible ne dépasserait pas 65% du nombre total
d'actifs. Ce tableau indique que le travail hors
exploitation détourne de l'agriculture presque un actif
sur cinq.

84 La définition suivante de l'actif agricole a été


retenue: ce sont tous les individus de 15 à 65 ans
(définition du recensement) auxquels on a ajouté ceux de
12 à 14 ans qui bien qu'en age scolaire sont néanmoins
suceptibles de participer régulièrement à des travaux.
Cette définition est aussi celle adoptée par le PHPO
(1981, p.27).

186
Tableau 10: Répartition des actifs entre différentes catégories d'activité

1Nombre 1Nombre INombre de INombre d'actifs iNombre d'actifs 1


Itotal Ide Ipersonnes sansltravaillant Idisponibles pourl
Id'actifslscolaireslsans activité Ihors exploitationll'agriculture 1

1264300 1 54600 1 3700 1 33500 1 · 172500 1


1 100 1 21% 1 1,5% 1 13% 1 65% 1
1 I l ! 1 1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'OUest (1980-81, p.31-34). Sur 281 exploitations.

Enfin, pour une quantification plus précise du nombre


d'actifs agricoles, on prendra en compte le temps de
travail réel consacré aux activités hors exploitations.
Selon les mêmes sources, moins de 15%" des double-actifs
seraient occupés à temps plein. Plus précisément: 70%" des
double-actifs sont occupés à 3/4 temps par leur activité
extérieure, 6%" ont un travail extérieur à mi-temps et 9%"
à quart-temps. Au total 26% du travail de ces 33 500
double-actifs serait ré-affectable à l'agriculture, soit
8 880 actifs. Le nombre d' actifs que l'on a qualifié de
"potentiels" est de 3,00 à 3,55 actifs par exploitation.
Selon les départements, le nombre d'actifs agricoles
réel, après décompte des inactifs complets, des
scolarisés et des emplois à l'extérieur serait, au plus,
égal à 2,5 actifs par exploitation. Comptabilisés en
terme d'Unité de Travail Humain (UTH) , les actifs
disponibles pour l'agriculture s'évalueraient par
exploitation à 1,84 UTH. Si l'on estime le nombre de
journées travaillées par actif autour de 200 jours/an
(PDRPO, 1981, p.37), on a un nombre réel de journées de
travail agricole par exploitation qui se situe aux
environs de 370 jours.homme. La scolarisation importante
et souvent longue, s'empare d'une part non négligeable de
la force de travail déjà amputée par les activités
extérieures. Les disponibilités en travail de
l'exploitation sont, alors réduites de plus d'l/3 par
rapport au potentiel démographique.

187
Toutefois, il est vraisemblable que la force de travail
disponible calculée ci-dessus et qui ne tient pas compte
du travail important dispensé par les enfants, sous-
estime les valeurs réelles 85 (planche 5) .

85 Nos observations nous ont amené à considérer les


catégories suivantes:
Ferrune ou horrune de 12 à 64 ans, travaillant à
plein temps sur l'exploitation: 1 UTHj
- Ferrune ayant une autre activité que l'agriculture:
0,5 à 0,75 UTH selon le type d'activitéj
- Horrune ayant une autre activité que l'agriculture:
0,2 à 0,75 UTH selon le type d'activitéj
- Scolaire de + de 12 ans, à l'école sur place: 0,3
UTHj
- Scolaire de + de 12 ans, à l'école à l'extérieur:
0,1 UTHj
- Scolaire entre 8 à 12 ans, à l'école sur place:
0,1 UTH.

188
Planche 5: Contribution importante des enfants au
travail des champs

189
Le nombre d'UTH calculé dans nos enquêtes effectuées sur
100 exploitations et tenant compte de cette contribution
des enfants au travail agricole, donne un chiffre moyen
supérieur de plus d ' 1 UTH à ceux trouvés par le PDRPO. La
figure n016, établie à partir de nos propres enquêtes,
nous donne la distribution des exploitations en fonction
de la main d'oeuvre agricole.

Figure 16: Distribution des exploitations agricoles en


fonction du nombre d'UTH

MAIN D'OEUVRE FAMILIALE:


Nombre d'UTH

7 ..
& .
5 ..
4 ..

3 .. ..

,.
o
o 2 lA: 16'
~~';;iï1Ciii d'UTII
__ .... ~ ... • ... 1 •
.., ... U v.1t ... III""IWIII_

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs


d'exploitations de la province de l'Ouest, Noun excepté)

190
En ce qui concerne, la part importante d'actifs employés
à des activités en marge de l'agriculture, on observe
qu'elle progresse avec la faiblesse des revenus
monétaires agricoles et l'obligation pour les
exploitations de diversifier leurs sources de revenus.
L'enquête ADOC portant sur 100 exploitations de la région
Ouest précise que sur la période 1982-1992, caractérisée
par un effondrement des revenus agricoles, 17% des
exploitations auraient développé une activité nouvelle de
conunerce ou d'artisanat, 13 % une activi té de salariat
agricole, 7% une activité de tâcherons et 4% de salariat
non-agricole. Au total, nos observations sur la force de
travail disponible dans les exploitations nous laissent
penser que c'est une mesure difficile à réaliser. D'un
côté, la crise économique et la diversification engagée
en réponse à celle-ci ont dispersé une partie de la main
d'oeuvre sur des activités extérieures, de l'autre cela a
incité les exploitants à accroître leur recours au
travail des enfants et au sur-travail féminin.

Malgré une certaine difficulté à gérer la main


d'oeuvre, les exploitations exercent une forte pression
sur l'écosystème. De plus, nous verrons qu'à travers la
double activité, l'agriculture s'inscrit dans un espace
économique plus large qui l'alimente. On peut même
ajouter que, par le biais de l'émigration et des
relations ville-campagne, l'espace économique de
l'agriculture reste parfois viable parce qu'il ne se
limite pas à l'exploitation agricole. Nous verrons
conunent ces flux exogènes avec la conununauté non-
résidente sont, à la fois, garants du maintien de
l'organisation rurale, en même temps qu'ils peuvent être
un facteur déstructurant notanunent de l'utilisation de
l'espace.

191
Le café: concurrent ou allié des vivriers?

L' introduction du café a été, à coup sûr un des


traits marquants de l' histoire agricole de la région,
86% des 125 000 exploitations bamiléké ayant, en 1984
(MINAGRI, 1987, p.10), du café. Cette arrivée d'une
cul ture de rente dans des systèmes de production aux
formes pré-capitalistes date des années 40 et sa
généralisation des années 60, comme l'indique la figure
n017 (CAVANAGH, 1971, p.8).

192
Figure n017: Evolution des tonnages de café livrés à la
coopérative de DSCHANG

Evolution des tonnages de cafe depuis la


fondation de la cooperative ,de DSCHANG

447""
7"
4l::I:lOf _.~ --_.• _•.•••••••• - •.•.••.•.•..••.• - ••.••••_.... •••••••••••• _•••• _.•.•••. _•••.••• _..._ ••••..•••••••_.•
'--' --- ~:ii-~(-~-"'"

l'CJOOI' _.•.

.. '--.l.--'----'----'_.l.---'--'---'_.l.---'----'----'_.l.--'----'----''--.L........L..---'---'_l.---'--'----l
,..... "-41 ,.... ,... lfSO IfSt 11:52 tUS 11$.4 '.$.$ "$II 't51 lt~ 11:5' lHO lNI 11C1 JtU tH4 II'I.S , ... IM1 ,. . 1". 1.10

Seure.: F'ronek Covonog" - 1971.

Le temps de latence d' une vingtaine d' années avant la 1

généralisation du café a une double explication: la


limitation autoritaire et volontaire des structures
administratives coloniales qui voulaient conserver une
193
certaine maîtrise du développement de cette culture
jusqu'en 1950. Ensui te une appropriation plus ou moins
facile de la culture et des techniques qui lui étaient
associées. C'est ainsi qu'en 1951,86 le chef du service
agriculture rapportait "Ils n'ont pas de culture riche
pour alimenter leur budget car la culture du caféier
Arabica ne leur a pas apporté l'aisance qu'ils
espéraient, étant trop difficile pour eux" .
L'introduction du café ne fût donc ni brutale ni massive,
les producteurs ayant également conscience de la
nécessité de protéger leurs cultures vivrJ.eres. Le
développement relativement frêle de l'arabica a permis,
sans problème maj eur, son association aux vivriers
permettant ainsi de conserver la sécurité alimentaire. La
représentation régionale plus faible du Robusta, que l'on
doit conduire en culture pure en raison de son
développement végétatif important, n'a pas remis en cause
l'équilibre vivrier. Le tableau Il nous donne les
chiffres concernant la part relative des cafés au sein de
la province entière (y compris BAMOUN). Le robusta,
inégalement réparti dans la province, est surtout présent
dans les zones périphériques sud, les plus basses et les
moins densément peuplées.

86 Rapport annuel du service de l'agriculture,


territoire du Cameroun, I~, n07, 1951, p.211.

194
Tableau 11: Nombre d'exploitations et surfaces occupées par les différentes
espèces de caféiers

IEspèce de café /Arabica Robusta Total

Nombre d'exploitations 36 769

/superficie (ha) 44 333 132 923


1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'OUest (1980-81, p.68). Sur 281 exploitations.

Du point de vue de l'espace occupé, le café, dans son


ensemble, représente 60% de la Surface Agricole
Utilisable et 66% de la surface agricole utilisée (PDRPO,
1981, p. 70) . La taille de la plantation varie
sensiblement d' une exploitation à l'autre. Le tableau 12
nous donne la distribution des exploitations en fonction
de la taille de la plantation exprimée en nombre de
pieds.

Tableau 12: Distribution des exploitations selon la taille de la


plantation caféière exprimée en nombre de pieds de café

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'OUest (1980-81, p.75).

Il est intéressant de noter dans le tableau 13, que la


caféiculture n'a jamais, tout compte fait, occupé qu'une
proportion modérée de la surface exploitée par chaque
catégorie d'exploitation.

195
Tableau 13: Proportion des terres occupées par le café
selon les catégories d'exploitation

Catégories Proportion en Proportion enl


d'exploitation culture culture 1
(surface en ha) d'exportation (%) vivrière (%) 1

0,01 - 0,25 7% 93% 1

0,26 - D,50 15% 85% 1


D,51 - 0,75 20% 80% 1
0,76 - l,DO 24% 76% 1
l,Dl - l,50 30% 70% 1
l,51 - 2,00 32% 68% 1
2,01 - 3,00 35% 65% 1
3,01 - S,DO 38% 62% 1
S,Dl et + 45% 55% 1
1

Source: adapté du Recensement Général de l'Agriculture de


1984 (MINAGRI, 1987, tab.26-38).

Ceci confirme la gestion particulièrement sécuritaire


qu'ont déployée les exploitations vis-à-vis de
l'introduction des cultures de rente.

L'arrivée, plus, ou moins importante, dans les


exploitations de cette culture d'exportation a pourtant
influencé le rapport de l' homme à la nature. Elle a eu
des conséquences sur la division du travail et sur la
demande en force de travail. On considère que l'effort
demandé aux sols est conditionné par la présence du café
qui est une culture pérenne. Dans les exploitations les
plus orientées vers la caféiculture, cette sollicitation
des sols a exigé de donner la priorité à une
fertilisation importée sur des méthodes plus
traditionnelles de conservation de la fertilité. Cela se
traduit par une plus grande fragilisation de
l'exploitation agricole, en raison de sa dépendance vis-
196
à-vis d'achats à l'extérieur. Ainsi l'organisation de
l'encadrement agricole B7 et de l'approvisionnement en
intrants induit par l'introduction du café est
certainement l'aspect le plus important de l'influence de
la caféiculture sur la fertilité. Ce fut le point de
départ d'une nouvelle façon d'entretenir la fertilité. En
1954, 225 tonnes d'engrais (10-10-20 et sulfate
d' arrunoniaque) BB sont utilisées; l'années suivante ce
seront 500 tonnes. C'est la familiarisation des
agriculteurs à l'utilisation des engrais qui va
déclencher la véritable généralisation de la
caféiculture: de 8 000 ha de café au début des années 50,
on passera à 25 000 ha à l'indépendance, 90 000 ha vers
1970 pour une surface actuelle de 100 000 ha (SOFRECO,
1992, p.35). Au début des années 80, c'est près de 80%
des exploitations de la province qui utilisent des
engrais avec une moyenne de 527 Kg par exploitation
consommatrice (PDRPO, p. 94). Le 20-10-10 et le sulfate
d'arrunoniaque sont les engrais les plus utilisés pour la
caféiculture, plus rarement, le sulfate d'arrunoniaque et
le 12-6-20 (tableau n014). La coopérative caféière est en
charge de la distribution de ces engrais subventionnés.

B7 La coopéra ti ve indigène de café Arabi ca créée en


1932 par l'administrateur colonial M. LAGARDE et qui
devient en 1938 la Coopérative agricole des planteurs
bamilékés de caféier d'Arabie (CAPBCA) confirme son rôle
central à partir de 1958 où elle s'organise, notamment
dans la distribution des engrais subventionnés, prenant
alors le nom d'Union des Coopératives de Café Arabica de
l'OUest (UCCAO).

BB Principales formulations d' engrais proposées qui


apparaîssent parfaitement adaptées aux besoins du
caféier. Le changement brutal de formule d'engrais qui
survint ensuite avec l'apparition du 20-10-10 pose un
problème d'équilibrage pour ces sols carencés en
phosphore disponible et en potasse.
197
Tableau n"14: Estimation des tonnages d'engrais distribués par l'UCCAO et achetés
par les planteurs en 1980-1981 dans la province de l'Ouest (Noun exclus)

1 MlFl 1MENOUA 1 BAMBOllTOS 1NDE/ 1 TOTAL


1 1 1 IHt NKAM

20-10-10 ~ 2 428 Il 869 8 307 (47\-)

Sulfate d'ammoniaque 1 937 1 2 9101 1 585 Il 229 6 661 (37\-)

Divers 1 300 1 - - - 1 1 722 1 869 2 891(16\)

Total distribué 1 2 9901 5 2151 5 735 13 967 17 859


89 1 1 1 1
Total acheté 1 6 9041 6 5491 8 124 Il 757 23 334

Kg achetés/ha pour l'annéel 140 1 220 1 294 1 210


1 1 1 1

Source: PHPO. 1981, p.91, composé à partir du rapport annuel de l'UCCAO de 1980

En 1985/86, 40 000 tonnes d'engrais ont été distribuées


dans la province sur les 120 000 tonnes importées pour le
tout le Cameroun (COURADE et al, 1991). L'engrais est
devenu, progressivement, le palliatif d'une jachère qu'on
ne pouvait plus continuer à pratiquer comme avant
(COURADE et al, 1994). Après la libéralisation des
filières (café et cacao), les exploitations agricoles ont
freiné leurs achats d'intrants devenus plus chers et
d'approvisionnement plus difficile - 312 Kg/ exploitation
90
en 1990 et moitié moins en 1993 qu'en 1987 Mais

89 La différence observée entre les quantités livrées


par la coopérative et celles achetées par les planteurs
est à attribuer à l'existence d'un marché noir fondé sur
des reventes d'engrais entre planteurs. Ces engrais
viennent soit d'autres régions du Cameroun (zone
cacaoyère) soit de départements moins consommateurs comme
le Ndé et le Haut Nkam. Ils sont revendus avec un léger
bénéfice.
90
Voir les rapports d'étape OCISCA:
198
malgré cela, la coopérative agricole caféière reste,
comme le montre la figure n01S, le lieu privilégié d'achat
de ces engrais.

GRANGERET-OWONA (I.), JANIN (P.) / projet OCISCA, 1991 -


Les planteurs de café et la crise à Bafou en 1991
(Obseryatoire de l'Ouest du Cameroun), Rapport d' étape
phase l, Yaoundé, Projet OCISCA (CUDS-ISH-ORSTOM),
octobre 1991, 26p. mulitgr.
GRANGERET-OWONA (I.) /Projet OCISCA, 1993 Renforcement
des inégalités et menaces sur la fertilité des sols,
Rapport d'étape phase l, Projet OCISCA (Université de
Dschang-ORSTOM), juillet 1993, 16p. multigr.

199
Figure 18: répartition des exploitations agricoles en
fonction de leur lieu principal d'achat des engrais

LA COOPERATIVE CAFEIERE: LIEU PRIVILEGIE


D'ÀCHÀ ï ûES ENGRAIS
&0 " du ex ploll.

50

20

la

- _ _.. _ e:-,or-. _ _ •• _ -

:3 agri. sur J. achetent a la coop.

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs


d'exploitations de la province de l'Ouest, Noun excepté)

200
L'adoption du café, en représentant une ouverture
sur l'encadrement technique, l'accès aux intrants, sans
parler de celui du marché international, a conduit à un
dépassement inéluctable des frontières traditionnelles et
à une véritable révolution pour la fertilité des
exploitations agricoles.

III.9.B. A l'échelle du champ

Autre lieu de production, autre façon de poser le


problème de la fertilité: le champ se caractérise par le
procès de production dont il fait l' obj et et notamment
par le type de produit qui en sort, cultures vivrières,
produits destinés à la vente. Si en Afrique en général,
l'outillage utilisé pour exploiter le champ et les
instruments de production (engrais, pesticides) sont
relativement peu déterminants, notre région est
différente. Nous sonunes, ici, face à une agriculture où
la fertilisation minérale s'est progressivement imposée.
Et nous le verrons, l'engrais minéral entre dans une
stratégie de gestion de la fertilité et de la société en
apportant des solutions à des problèmes de densité. Comme
ailleurs, la fertilité des champs dépend du travail et
celui-ci est codifié par l'organisation sociale. Il peut
être collectif ou individuel, avec une division par âge,
par sexe ou entre exploitations. En fait, il existe une
multiplicité des formes de statut de dépendance
personnelle qui régissent les prestations de travail. Il
est important de connaître le mode d'utilisation et de
contrôle de la force de travail pour juger de la
fertilité du champ. On constate une spécialisation de la
main-d'oeuvre, homme ou ferrme, par culture. Le tableau 15
nous donne une idée, d'une première différenciation des
grands types d'associations vivrières ou types de champ
que l'on peut rencontrer. Ceux-ci se différencient par
des critères d'occupation du sol liée à leur mise en
culture ou non, la nature pérenne ou non pérenne de leur
201
couvert végétal, à leur conduite monospécifique ou
plurispécifique.

Une exploitation agricole a généralement plusieurs types


de champs:
-des caféières, dans leur grande maj ori té sous la
responsabilité technique de l'homme pour le café. Elles
sont rarement en culture pure en raison de la nécessité
de les travailler. Les femmes les cultivent en contre-
partie de l'implantation de vivriers; c'est donc un champ
sous double commande, celle de l'homme et de la femme et
à double finalité, exportation et consommation.
-des champs vivriers dont la plupart relèvent de la
gestion exclusive des femmes, à l'exception de quelques
parcelles servant de champs de réserve, gérées par
l'homme et utilisables pendant la soudure.
-des champs maraîchers destinés à la vente, en
peuplement monospécifique et sous la responsabilité
exclusive de l'homme

Comme l'indique le tableau 15, ces grands types


d'association se retrouvent, globalement, dans les
proportions suivantes: les cultures mixtes de café
associé à des vivriers occupent la moitié des parcelles;
celles composées de plusieurs vivriers associés sans café
sont présentes dans 25%" de celles-ci; tandis que les
cultures pures n'occupent guère plus de 5% d'entre elles.
Les jachères ne recouvrent guère que lB%" des terres
cultivables.

202
Tableau 15: Distribution des parcelles entre les
différents grands types d'association culturale
répertoriés

Nombre 159 31 445 222 18


parcelles
18\ 3,5% 51\ 25% 2\

(*)= plusieurs vivriers associés


Source: adapté de l'enquête de base du Projet de
Développement Rural des Plateaux de l'Ouest (1980-81,
pp.75-82). Sur 875 parcelles.

Des soins différenciés par type de champ

Nous nous trouvons, ainsi, face à des parcelles


ayant des procès de production diversifiés pour chacun
desquels la fertilité se posera en des termes différents
puisque les produits et leur finalité sont, eux-mêmes,
différents. En effet, l'essentiel de l'effort
d'intensification agricole et d'amélioration des
technologies s'est porté sur le café, puis sur le
maraîchage, très peu sur le vivrier. Ainsi, la protection
phytosanitaire des caféières surprend par sa
généralisation. En 1980, comme l'indique le tableau n016,
69,5% de ces superficies recevaient une couverture
sanitaire et 12% d'entre elles étaient traitées contre
les 3 principaux ennemis du café, antestia, anthracnose
et scolytes.

203
Tableau 16: Nombre de caféières et superficie concernées par les traitements
phytosanitaires

Inombre de
1 caféières

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'Ouest (1980-81, pp.95-99).

Fertilisation: la combinaison des ressources internes


et externes

On retrouve une différence entre champs vivriers et


caféières lorsqu'il s'agit de fertilisation chimique. En
1984, le Recensement Agricole (1987, tab.1S,16) fait
remarquer que 90% des caféières bénéficient d'une
fertilisation chimique et que sur les 119 000
utilisateurs d'engrais dans la province de l'Ouest,
seulement 42% en mettent sur les cultures vivrières. Des
chiffres analogues, déjà avancés en 1980 par le projet
des Hauts Plateaux de l'Ouest (1980-81, p.87), précisent
que l'engrais chimique vient souvent en complément d'une
fertilisation organique. Ainsi le tableau 17 montre que
2/3 des caféières bénéficient aussi d'amendement naturel.

204
Tableau 17: Nombre de plantations caféières concernées
par un amendement ou une fertilisation chimique

naturel

50 271 235
12% 67% 58%

Source: adapté de l'enquête de base du proj et de


Développement Rural des Plateaux de l'Ouest (1980-81,
p. 87) .

La plupart des champs reçoivent un mélange organique et


chimique, quelques -uns de l'engrais seul, rarement une
fertilisation organique sans engrais chimique. Avant la
peste porcine (1982), dans presque 1 cas sur 2 le fumier
de porc était utilisé plus fréquemment que les débris
végétaux. c'était pourtant après que la guerre civile
(1954-1974) ait fait régresser l'élevage de la région.
Les animaux étaient souvent la cible des "maquisards"
affamés qui trouvaient là le moyen de se nourrir, parfois
de se venger. Le tableau 18 nous montre l'importance
relative de ces amendements organiques (planche 6).
Aujourd'hui, à la suite de l'épidémie qui décima une part
importante du cheptel porcin, les apports de fumier se
sont raréfiés.

205
Tableau 18: Nature des amendements naturels apportés aux
caféières

1Aucun 1Fumier 1Débris IFumier +1


1amendement 1 1végétaux 1débris 1

1 131 1 186 1 84 1 2 1
1 32,5% 1 46% 1 21% 1 0,5% 1
1 1 1 1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de


Développement Rural des Plateaux de l'Ouest (1980-81,
p. 88) .

206
Pla~che 6: Les amendements traditionnels jamais
oubliés: apport de cen res

207
Cet te combinaison de savoir- faire Il tradi tionnels Il

(restitutions organiques) et de méthodes plus modernes


(utilisation d'engrais chimiques) permet, donc, une forte
intensification des caféières. si pour celles-ci les
services d'encadrement recommandent un apport en deux
temps:
en avril-mai des sulfates qui favoriseront la
croissance du café,
- en juillet-août-septembre un engrais composé 20-
10-10 pour la formation des fruits, on constate (tableau
n019) que sur 79% des plantations recevant un engrais
chimique, à peine plus d'1/3 bénéficient de deux
épandages avec une large préférence pour l'engrais
ternaire 20-10-10 (PDRPO, 1981, pp. 89-90) .
L'acidification des sols par le sulfate d'ammoniaque est
sans doute la cause de sa désaffection. L'insuffisance de
main-d'oeuvre rend difficile deux épandages d'engrais.

208
Tableau 19: Types d'engrais utilisés et nombre
d'épandages réalisés sur 402 caféières de l'Ouest
1 Pas 120-10-10Isulfatelles 21 Total INombre d'épandages \
Id'engraislseul Iseul lavec engrais 1 1 2

1 84 1 213 1 43 62 1 318 1 200 --11-8--

1 2l\" 1 5n 1 1l\" 15% 1 79% 1 6n 37%


1 ! ! t 1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'Ouest (1980-81, p.89).

Le tableau 20 nous montre que si nous ne sommes pas au


niveau des 400 Kg/ha recommandés par l'encadrement
agricole, on dépasse de loin la consommation africaine
moyenne: en 1986 la quantité moyenne d'engrais chimiques
utilisés en Afrique était inférieure à 8,5 Kg/ha (chiffre
de la FA091 , cité par JACQUEMOT, 1993)

Tableau 20: Doses d'engrais utilisées sur les caféières,


par département de la province de l'Ouest
Département Mifi et Ht Nkam

\Dose d'engrais 140Kg/ha\ ?


1 1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'Ouest (1980-81, p.94).

Les caféières profitent d'un autre élément de la


politique d'encadrement développée depuis les années 50
pour la promotion des cultures d'exportation: la
fourniture de matériel végétal en qualité et quantité
suffisantes. Le tableau 21 indique que 20% environ des
planteurs ont été amenés à acheter des plants pour
compléter la production de leur pépinière. Cette dernière
n'a jamais totalement disparu. S'agit-il d'un manque de

91
FAO, 1986 L'agriculture africaine, les 25
prochaines années, Rome.

209
conf iance ou de ce réflexe sécuritaire qu 1 ont touj ours
gardé les planteurs? Au moment de la diffusion de la
variété de café Java, peu appréciée pour son manque de
rusticité, on a vu les planteurs opérer un retour massif
sur leur propre production de plants "jamaiques". Au
cours des années 1970, on observa un ralentissement de
l'activité de replantation (SOFRECO, 1992, p.36)
entraînant le vieillissement des vergers (tableau n022).
Cette tendance signalée par le projet des hauts plateaux
en 1981 (PHPO, 1981, p.99) fit de la production de
plants, une des actions prioritaires du projet. Produits
par la coopérative et mis à disposition des planteurs à
un prix réduit (10 FCFA l'unité), ces plants devaient
permettre le raj eunissement des caféières. Mais si l'on
ajoute aux plants achetés (tableau n021) ceux produits en
pépinières individuelles (enquête OCrSCA, 1991, p.7), le
taux de renouvellement moyen probable des plantations ne
dépasse guère 2%.

210
Tableau 21: Description des achats de plants de café dans
chaque département de la province de l'Ouest
1
1 Départements: IMifi IMénoua IBamboutos Ndé + Ht Nkaml

Iplanteurs
layant acheté
r-I
1 20,nl
1
2S,3\-1 lS,2\- 20\-
1
1
1
1r.b moyen de
Ipieds achetés
il
1 405 1 440
1
1 404 250
1
1

INb total de il
1pieds achet. (x1000) 1 2571 1
1
3035 1 1564 464
1
1
1 1 J 1 1
Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des
Plateaux de l'OUest (19S0-S1, p.101).

Il ressort des observations précédentes que les


structures d'encadrement (projet de développement et
coopérative) n'ont jamais réussi à renouveller
efficacement le potentiel de production caféier. Cette
situation d'un verger caféier vieillissant est visible
dans le tableau n022: la structure par âges des caféiers
se déplaçant progressivement vers les classes les plus
vieilles et les moins productives.

211
Tableau n022: Evolution de la structure par âges de la
superficie occupée par le café Arabica et Robusta dans
les exploitations de la province de l'Ouest
0-3 ans 4 - 20 ansl 21 - 30 ans > 30 ansl TOTAL
1
1965 9,1\" 82,3\ 1 8,6% 0,0% 1 100,0%
1
1987 / 1988 10,9% 58,4% 1 19,6%- 11,1%- 1 100,0%

1992 0,0% 15,4% 1 44,2\ 40,4\ 1 100,0%


1 1

Sources: CAPOT-REY (1965, p.46l, surfaces couvertes par des arbres d'âge
indéterminé exclues;
Délégation provinciale de l'Agriculture de l'OUest (Avril 1989)
Annuaire de statistiques agricole de la province de l'OUest 1987-1988,
département du Noun inclus, classes d'age de 21-26 ans et > 27 ans;
Projet ADOC 1992 (enquête ORSTOM, Ministêre français de la Recherche et
de l'Espace auprês d'un échantillon de 100 exploitations agricoles de la province
de l'OUest (département du Noun exclus), calculs effectués sur la base de 191
plantations et de 137 536 plants de café Arabica et Robusta.

Les observations faites dans le plus vieux département


producteur sont encore plus inquiétantes (tableau n023):
on a vu passer la classe d'âge dominante de la classe 4-
20 ans à la classe plus de 30 ans.

212
Tableau n023 : Evolution de la structure pas âges de la
superficie occupée par le café Arabica dans les
exploitations de la Ménoua
i
a - 3ans 4 - 20 ans 21 - 30 ansl > 30 ansl TOTAL

1981 4,8\ 45,9\ 28,2\ 1 21,1'1- 1 100,0\

1991 1,4\ 25,5\ 24,4\ 1 48,7\ 1 100,0\


! !

Sources: Projet de développement rural de la province de l'OUest (1981, p.75),


e~quête auprès de 78 exploitations de la Ménoua;
Projet OCISCA-phase l, 1991, enquête auprès de 335 ménages de
caféiculteurs de la chefferie Bafou du département de la Ménoua; calculs
effectués sur 411 plantations et sur 552 235 pla~ts de café Arabica.

L'explication donnée à cette dégradation du verger est


celle d'une baisse progressive du pouvoir d'achat du
café: "en franc constant la rémunération du kilo de café
va diminuer en permanence pendant 30 ans" (SOFRECO, 1992,
p.36). Ainsi, malgré un encadrement soutenu, le prix du
café n'a pas été incitatif pour les planteurs. Le taux de
renouvellement des plantations a été largement
insuffisant pour conserver un potentiel productif jeune.
C'est pourquoi en 1991, (figure n019) nous nous trouvions
face à un verger vieillis d'un âge moyen de 29 ans alors
que le maximum de production est atteint, pour le café,
entre 15 et 20 ans.

213
Figure n019: Distribution des caféières selon leur
âge

REPARTITION DES CAFEIERES


SELON LEUR AGE
Hombr. d. pl.dl pianI.. (xlOOO)
200 . - - - - - - - ' - - - - ' - - - ' - - - - - - ' ' - - - - - - - - - - - - - - - ,

ISO·········· ..···..··· ·· ·· ·..····..·..··..·· ···· ..

100 .

SO .

_ . . __ •.. '.IV'.......
_~A

Source: projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs


d'exploitations de la province de l'Ouest, Noun excepté)

Des vivriers qui profitent au passage des soins


apportés aux caféiers

Pour appréhender l'influence des efforts entrepris


pour la culture de rente sur les cultures vivrières, il
faut comprendre que la grande majorité des caféières est
214
conduite en culture mixte. Dans l'exposé précédent nous
avons raisonné sur la culture destinataire des soins. En
pratique, il faut tenir compte de l'importante
responsabilité alimentaire des femmes qui travaillent les
caféières et qui implantent de nombreux vivriers sous le
café (tableau 24) .

Tableau 24: Répartition des parcelles (%) , en fonction


du nombre de cultures associées au café, selon les
départements
1
INOmbre de cultures 1 o 1 1 1 2 13 1 4 1 5 1 6 1 7 1 8 get ... ITOTALI
Départements: 1
IMifi 110 1 6 112 110 1 1 /23 117 J 5 3 13 1100\ 1
1Ménoua 1 1 1 1 1 9 1 5 110 112 116 116 7 23 1100\ 1
1Bamboutos 112 1 7 126 112 111 1 9 1 8 1 6 6 3 1100\ 1
INdé & HtNkam 117 120 115 115 1 5 110 1 3 /10 3 2 1100\ 1
1 1 1 , , 1, 1 1 1
'1
Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des
Plateaux de l'Ouest (1980-81, p.82). Sur 876 parcelles.

1/4 des plantations de la province comporte plus de 6


cultures vivrières associées au café (bananiers inclus
mais cultures arbustives exclues). Des situations
foncières variables expliquent les différences
importantes d' un département à l'autre: dans la MENOUA,
la proportion de plantations portant plus de 6 cultures
vivrières atteint 55,1%, du fait d'un foncier plus exigu
qu'ailleurs. Sans qu'on puisse la quantifier, une partie
des engrais apportée au café est détournée par les
vivriers. C'est pourquoi, malgré la présence du café, les
cultures vivrières y sont plus nombreuses et la terre
plus intensément utilisée que dans les autres champs. On
peut l'expliquer par cette meilleure fertilité. L'apport
préférentiel d'intrants dans les caféières et la
protection du sol par le couvert végétal créent des
conditions de fertilité non négligées par les
agricultrices.

215
III.9.C.A l'échelle de la parcelle:

Un champ (caféière) peut ·être partagé en lots,


chacun étant cultivé par une femme. Celui-ci portera le
nom de parcelle à condition d'être cultivé selon un
itinéraire technique homogène (une parcelle correspondant
à un lieu cultivé selon un même itinéraire technique).
Les travaux et leur enchaînement dépendent des savoirs et
des savoir-faire de l'agricultrice. Ils intègrent les
contraintes dues aux ressources naturelles, les inter-
relations entre technique et sol, la connaissance de
l'environnement, de ses lois naturelles et la maîtrise
des opérations. Ces pratiques sont certainement
tributaires de la finalité de la parcelle mais aussi, de
l'organisation des activités et de la division sexuelle
du travail.

La taille réduite et la dispersion des parcelles: des


contraintes sociales

Lorsque le foncier des exploitations est réduit, on ne


peut s'attendre à avoir des parcelles individuelles de
grande taille. Pourtant, il apparaît clairement que le
morcellement d'une "concession" va au-delà du simple
partage des terres entre les membres de la famille. Il
est logique, pour le chef de concession de prendre en
compte les variations de situation, c'est-à-dire de ne
pas affecter à une même femme les parcelles proches de
l'eau ou celles ayant les meilleurs sols. Il lui paraît
prudent de se réserver des terres que ses femmes
cultiveront en son nom. Mais il semble obligatoire, en
plus, de prendre en considération d'autres demandes sur
ses terres et de concéder de nombreux droits de culture.
Tout ceci explique la faible surface des parcelles
individuelles. Plus d'l/4 d'entre elles a moins de 1000
m2, plus de la moitié moins de 3000 m2.
216
Tableau n025: Distribution de parcelles cultivables, en
fonction de leur taille (sur 875 parcelles)
lm' 1<500 15-100011-200012-300013-400014-500015-600016-7000

Nombre 1109 1 140 37


1\
1
112,5\1 16\"
1 1
4\"

(suite)

~ 8-900019-10000110-11000111-12000112-13000113000 et +1
~ 18 1 18 1 11 1 11 1 7 1 29 1
1\
1
1 3\
!
1
1
2\ 1
!
2\ 1
l
H 1
,
l\" 1
l
0,8\ 1
,
3\ 1
!

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'Ouest (1980-81, pp.51-52).

Le cas le plus caricatural de ces obligations sociales


est celui de femmes qui acceptent d'aller demander de la
terre à ensemencer au voisin pendant que d'autres femmes
du voisinage viennent cultiver chez leur mari.
L'arithmétique de toutes ces contraintes croisées
explique que l'entretien de la fertilité du sol ne soit
pas pris en compte comme il le faudrait. C'est le cas
lorsque l'on va travailler ailleurs, un champ à statut
précaire, plutôt que chez soi sur un droit de culture
plus sûr. L'investissement que l'on peut y faire en
amendement, engrais ou aménagement n'y sera pas
équivalent.

La dispersion des parcelles et l'allongement consécutif


du temps mis pour les trajets est un autre inconvénient
de ce système d'attribution des terres.

Cette pratique d'échange des terre fait qu'on est amene a


cultiver parfois très loin de son habitation. On constate
que dans les secteurs les plus saturés, 20% des
exploitations vont chercher ailleurs (autres villages ou
217
autres départements) des terres à cultiver. Ce phénomène
n'est pas uniquement lié au taux de saturation (tableau
n026) mais aussi au fait qu'il est socialement
souhaitable, pour une agricultrice, d'aller cultiver sur
sa "concession" d'origine. On a les mêmes contraintes si
le mari distribue un nombre excessif de droits de culture
au voisinage ou à la famille lointaine.

218
Tableau n026: Dispersion des parcelles des exploitations
selon la situation foncière locale en 1992
1 Exploitations ayant des parcelles

len totalité Iparfois dans Iparfois hors 1 TOTAL


Idans la chefferield'autres 1 département 1
1 1chefferies 1 1
I-F-o-nc-1-'e -r-sa-t-u-r-é--I 81, 8 \' 1 7. 6\' 1 la,6\' 1-1-0-0,-a-\'-

IFoncier peu saturél 91,O\' 1 O,O\' 1 9,1\' /lOO,O\'


1 1 1 1 !

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 exploitations réparties dans 20
chefferies de la province de l'Ouest) .

Tout accroissement de la dispersion des parcelles se


traduit par une augmentation des temps de trajets, de la
difficulté de surveillance des cultures donc de
l'efficacité du travail consacré aux champs.

L'intensification: mélange d'organique et de chimique

Le niveau d'intensification des parcelles ne dépend


pas seulement de l'utilisation d'engrais ou de
pesticides. Les savoirs-faire locaux et toute
amélioration de la production doivent être considérés
comme moyen d'intensification. Le premier de ces moyens
réside dans la conduite de plusieurs cycles de cultures
sur l'année. Un premier cycle de cultures annuelles
débute en mars avec l'arrivée des pluies pour s'achever
en août. 82% des parcelles sont cultivées en cette 1ère
campagne. Un deuxième cycle démarre en fin de saison des
pluies (septembre) et se poursuit jusqu'en décembre grâce
à l'utilisation de la réserve en eau du sol. Ce deuxième
cycle de culture ne concerne qu'à peine 9% des surfaces.
Il n'a pas l'importance du premier puisque ne sont
touchées qu'1/3 des parcelles mises en culture au premier
cycle. Mais sa réalisation est primordiale sur le plan
alimentaire. Elle permet un étalement des récoltes.

219
Ainsi, certaines variétés de haricot difficiles à
conserver toute une année peuvent être produites à deux
périodes. C'est aussi un moyen non négligeable
d'intensifier l'utilisation du sol.

La pratique de la culture associée (plusieurs


espèces conduites simultanément sur une même portion
d'espace) est une autre façon d'intensifier l'utilisation
de la terre, augmentant sensiblement le niveau de
production. Nous verrons ultérieurement que la
multiplication de ces procédés d'intensification, loin
d'être une coquetterie, est devenue un impératif pour une
agriculture extrêmement à l'étroit sur ses terres.
Comparativement à d'autres régions d'Afrique (Nigéria par
exemple), où l'association de seulement 2 espèces domine
les systèmes de culture (NORMAN 92 cité par le GRET, 1982,
p.10) la moitié des parcelles de la zone que nous
étudions ont 4 espèces au moins (tableau 27) .

92 NORMAN (D.W.), 1968 - Why practise intercropping?


Samaru agric. Newsletter 10 (6), 107-116.
NORMAN (D.W.), 1970 - Cultures mixtes, Séminaire
Foundation FORD/IRAT/IITA sur les systèmes traditionnels
de l'agriculture africaine et leur amélioration, Ibadan,
16-20 novemmbre 1970.

220
Tableau 27: Distribution des parcelles en fonction du
nombre de cultures qu'elles portent en 1ère campagne
INombre dei 0 l 2 3 4 5 1 6 h et
Icultures 1 1 1 +

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de


Développement Rural des Plateaux de l'Ouest (1980-81,
p.52}. Sur 876 parcelles.

La culture pure est très rare. Elle ne concerne guère


plus de 5% des parcelles (contre 37% au Nigéria selon
NORMAN 93 cité par le GRET (1982, p.10).
Quant à la quantification de la jachère au niveau des
parcelles, elle n'est présente que sur 18% d'entre elles
et sur une superficie qui ne représente pas plus de 7% de
la surface cultivable.

Des observations sur les parcelles pour comprendre le


choix des associations

A notre connaissance, aucune étude antérieure aux


nôtres ne donne précisément sur cette zone les règles qui
président à la constitution des associations. En ne
tenant compte que des cultures principales (citées dans
le tableau n028} , sans faire de distinction entre les
variétés (ni même entre les espèces d'ignames), nous
avons observé les associations présentes dans 19 94
parcelles.

93
op. cit.
94
après quelques désistements, sur 24 parcelles
choisies au départ

221
Les parcelles qui ont été suivies sont localisées dans
trois lieux géographiques repérables par des types de sol
différents:
-Balatchi, au nord du plateau bamiléké, est une
station légèrement plus haute que les autres· (1600m),
caractérisée par des sols ferralitiques complexes à
recouvrement cendreux.
-Baleveng, dans la partie centrale, est une zone
plus anciennement colonisée dont les sols évolués sur
basalte ont également une bonne fertilité.
-Fokoué, situé en bordure Sud du plateau, affiche
la domination de sols ferralitiques rouges évolués sur
socle cristallin et qui sont parmi les moins fertiles de
la région.
A chacun de ces secteurs correspond une densité
d' occupation humaine variable: les sols acides du Sud
sont moins peuplés que ceux des parties Centrale et
Septentrionale fertiles. La culture du café a une
histoire beaucoup plus ancienne dans la partie centrale
du plateau à partir de laquelle il a rayonné. Comme nous
l'avons vu, le statut des parcelles, lui aussi, peut
varier ... Ainsi, il existe toute une gamme de situations
que nous avons essayé de retrouver dans notre échantillon
malgré sa petite taille. Notre but était moins d'avoir
des données statistiquement exploitables que de mettre en
évidence des variations sur la structure végétale des
associations de culture. Nous avons donc privilégié les
diversités de situation. Ainsi, sur les 7 Iplacettes" 9S
de Balatchi, en 1993:
-une première correspond à une caféière en culture
continue (placette n02, bordure de la caféière de Julienne située à
une distance moyenne de la concession, pente faible)

9S
placette: zone de végétation composée d'une
association donnée relativement uniforme. Une parcelle
peut contenir 2, parfois 3 placettes.

222
-une suivante correspond à une caféière avec
jachère (placette n04, vieille caféière de Geneviève, en cours
d'arrachage, femme chef d'exploitation souvent spoliée)
-deux autres correspondent à des champs sans café
en culture continue (placette n01, caféière dense de Julienne
située à une distance moyenne de la concession, placette nO), champ de
Geneviève, pente forte, proche de la concession mais statut précaire,
amputée depuis nos observations par une nouvelle route de la chefferie)
-une autre correspond à un champ sans café avec
jachère (placette nOS, champ d' homme mais bonne maîtrise de
l'agricultrice, distance à la concession moyenne, pente forte mais bon
recouvrement cendreux)
-deux dernières correspondent à des champs d' homme
sans café avec jachère (placette n014, champ de Yefa, véritable
champ d'homme, éloigné de la concession, situé en zone de pâturage,
travail fait sur commande, partie écobuée, placette n01S, même parcelle,
partie non brûlée)

sur les 8 placettes de Baleveng:


-une preml.ere correspond à un champ d' homme sans
café avec jachère (placette n02S, champ prêté par un voisin, peu
éloigné de la concession, cultivé par les ) épouses, situation de bas-
fonds fertile)
-trois suivantes correspondent à des caféières
denses en culture continue (placette n06, champ de Catherine,
caféière dense de case, placette n07, champ de Téclaire, idem, placette
nOS, champ de Véronique, idem mais femme divorcée venant travailler chez
son ex-mari, de façon discrète, en son absence)
-deux autres correspondent à des caféières denses
avec jachère (placette n09, caféière dense de Rébecca, de case, ayant
eu une période de jachère il y a 2 ans, femme veuve, placette n010, idem
mais 1ère année de culture après jachère)
-deux dernières correspondent à des anciennes
caféières très clairsemées avec jachère (placette nOn, café
arraché, champ proche de la concession, concédé par la mère du chef
d'exploitation, non héritier, instituteur, placette n'12, entrée du même
champ, café en cours d'arrachage)

sur les 12 placettes de Fokoué:


-deux premières correspondent à des anciennes
caféières clairsemées en culture continue (placette n020,

223
champ d'Odile, ancienne caféière quasi arrachée, fut très fertilisée,
pas loin de la concession, placette n021, idem, zone écobuée)
-six suivantes correspondent à des champs, sans
café, en 1ère année de culture après jachère (placette n027,
champ de Marie-André, du bas, moyennement loin de la concession, 1ère
année de culture, difficile à travailler à cause du pacage des zébus,
placette n016, champ de Claire, derrière sa concession, champ non enclos,
problèmes de chèvres, brûlis accidentel par les feux de pâture, placette
n017, idem, partie non brûlée, placette n023, champ de la co-épouse de
Marie-Claire, très ancienne jachère, partie basse du champ, placette
n024, idem, partie haute, très en pente, placette n028, Champ de Marthe,
loin de la concession, exploitation avec peu de moyens)
-une autre correspond à un champ, sans café, en
2ème année de culture (placette n018, champ de Marie-André, du
haut, très en pente, moyennement loin de la concession, placette n019,
idem, partie basse du champ)
-deux dernières correspondent à des champs sans
café en culture continue (placette n013, champ de Marthe, du bas,
agricultrice avec peu de moyens, champ prêté par un parent, situé en
bas-fonds, dans lequel le propriétaire a démarré, en 1995, une
plantation de palmiers à huile qui s'ajoute au vivrier de Marthe,
placette n022 billons écobués du même champ)

Si à Baleveng, nous avons choisi des placettes sous café


plus nombreuses qu'ailleurs c'est que ce type de champ
est le plus fréquent dans le secteur. De la même façon,
ce n'est pas le hasard si les champs sans café et avec
jachère ont été choisis en plus grand nombre dans la
partie Sud. C'est là aussi qu'ils sont les plus nombreux.

Dans notre échantillon (comme la plupart du temps dans la


région), les parcelles portent toutes plusieurs plantes
différentes à tous les points de vue: céréales, plantes à
tubercules, légumineuses, plantes à feuilles, légumes
divers. De plus, plusieurs strates de végétation sont
présentes: strate basse herbacée, arbustive (vernonia,
manioc, goyavier, café dans les plantations) et haute
(arbres d'ombrage, bananiers). Il faut savoir que la
majorité des parcelles en culture pure sont des parcelles
maraîchères sous la responsabilité technique des hommes.
Ayant fait le choix de nous intéresser à des femmes, ce
224
type de parcelle ne fait pas partie de notre échantillon.
Nous en avons une bonne connaissance grâce à d'autres
études 96 • Nous n' avons pas tenu compte des nombreuses
plantes secondaires présentes dans les parcelles à très
faible densité (piment, vernonia, courges etc.)

La nécessité d'avoir des critères synthétiques sur le


couvert végétal

Il ressort des développements sur l'écosystème que


la région est caractérisée par une grande diversité
végétale et de nombreuses associations différentes. Il
existe une hiérarchie entre les espèces cultivées. Leur
importance alimentaire est un facteur plus décisif pour
leur présence que la possibilité de les vendre. Nous nous
référons à une étude que nous avons faite en 1984 pour
indiquer la fréquence d' appari tion des principales
cultures dans les associations de la région. Le tableau
28, nous donne par ordre décroissant de fréquence, les
cultures relevées sur 357 parcelles du plateau de la
chefferie Bafou. On notera la fréquence du mais et des
haricots, dans les associations comme dans la ration
alimentaire de la population.

96
pour avoir superviser plusieurs travaux
d'étudiants sur la zone maraîchère de la chefferie Bafou:
voir les mémoires de NANA DJAFAROU et EDJO ELLA, (aspects
phytosanitaires), BESACIER (sur la pomme de terre),
BERTRAND (systèmes d'exploitation maraîchers), op. cit.;
pour avoir conduit une enquête sur les rendements
des cultures maraîchères dans le cadre du projet Bafou.

225
Tableau 28: Fréquence d' apparition des principales
cultures vivrières - en culture de 1er cycle-

1 Cultures Fréquence

Imais 85%
1haricots 76%
Itaro+macabo 67%
!musacées(*) 65%
Iponune de terre 57%
1 ignames 49%
1arachide 33%
1manioc 33%
1

Source: adapté de DUCRET, GRANGERET, 1986, P .10: enquête


réalisée du 5 avril au 7 mai 1984 sur 357 parcelles de la
partie "plateau" de la chefferie Bafou.
La sur-représentation êvidenc.e, dans ce tableau, de la pomme de terre par rapport à sa place
réelle dans l'alimentation est le résultat de sa prêse..'1ce courante dans les écobuages. La
surface réelle qu 1 elle occuçe est loin de correspondre il sa fréquence d' apparition dans les
champs. D'ailleurs le prix élevé de ses semences représente un frein important à sen
extension.

Dans ce contexte régional d'association des cultures,


l'approche par espèce que fait l'agronome européen n'a
pas beaucoup de sens ou d'intérêt. Une approche par
parcelle ou type d'association est préférable.
L'association est décrite par la densité relative de
chaque culture présente et par le Coefficient
d'Utilisation du Sol (CUS) 97 qui est un indicateur

97
Le Coefficient d'Utilisation du Sol (C.U.S) revient il sommer les densités relatives
(par rapport il une densité t.héorique de référence en culture pure) de chacune des cultures
présentes dans l'association.

n di ~ densité de la culture i dans l'associa~ion


C.U.S -1: lsl.i.l n a nombre de cultures de II association
hl dpi dpi ~ densité de la culture i en culture pure

Les densités en culture pure retenues pour le calcul doi"./ent se référer à des observaticc.s
locales. Dans la mesure du possible, elles ont été obtenues à partir de données d'enquêtes
conduites précédemment, par nous-même ou par l'Institut de Recherche agronomique de Oschang.
226
quantitatif de la biomasse globale. C'est là un des
aspects les plus intéressants des cultures associées car,
en conditions tropicales le concept de fertilité
agronomique dépend de deux aspects indissociables: le
niveau d'intensification (production) d'une part, la
préservation du sol et des grands équilibres d'autre
part. Sous ces climats excessivement agressifs du fait de
la violence des pluies, il semble difficile de maintenir
une production agricole élevée si la conservation
écologique n'est pas assurée par une biomasse suffisante.
D'ailleurs, nous avons observé que plus un sol est jugé
fertile pl us la charge végétale est grande. Avec les
cultures associées, après le défrichement et le labour
initial, jamais plus le sol ne sera complètement dénudé.

Les espèces cultivées sont très nombreuses sur une même


parcelle mais cela n'implique pas des densités de
plantation extrêmement faibles. Il a donc été possible de
mesurer celles-ci sur des carrés de densité de SxSm (2
carrés par parcelle) . Seules les cultures très
secondaires ne figuraient pas systématiquement sur ces

Seules les références des cultures les moins courantes proviennent de la littérature

Pour quelques cultures, la norme admise en cJlture pure a été changée pour devenir la densité
relevée dans nos observations puisqu1elle s'était ré·Jêlée supérieure à la référence en culture
pure.

Les densités de référence des espèces rencontrées sont les suivantes:

Densités de référence en culture pure

CUlture Densité en cult.pure


(pieds/ha)
mais 50 000 arachide 200 000
haricots 150 000 taro 10 000
macabo 10 000 vernonia 450
por.me de terre 50 000 manioc 10 000
ignames 10 000 piment 5 000
bananiers doux 2 500 goyavier 450
café arabica 1 600 gros arbres fruitiers 150
plantain 2 500 courges 50 000
patate 25 000

227
carrés choisis au hasard dans la parcelle de culture. La
densité de celles-ci était mesurée par un comptage
intégral des pieds présents sur toute la parcelle. Les
densités relatives ont été déterminées par rapport à des
dens i tés en cul ture pure observées dans la rég ion. Dans
certains cas les densités relevées dans nos observations
peuvent atteindre des chiffres élevés, supérieurs à ceux
indiqués pour les parcelles en culture pure. Il est
fréquent de rencontrer dans les parcelles des billons (ou
planches) "écobués ,,98 occupés par des cultures nombreuses
et plantées à forte densité. Nous avons fai t un cas à
part de ces lieux privilégiés de fertilité. De la même
façon au sein d'une parcelle les variations sont parfois
si grandes qu'il faut procéder à leur découpage, si on
veut arriver à des conclusions. Ceci explique que nous
ayons 27 compositions floristiques correspondant à 27
lots homogènes (placettes) issus de 19 parcelles
enquêtées.

S'il paraît évident que l'agriculteur gagne sur le plan


de la diversité alimentaire à faire des cultures
assoc~ees, il semblait intéressant de mesurer par des
observations précises le rendement annuel d'un champ en
culture associée. C'est une étude difficile lorsqu'on se
place en situation paysanne et que l'on ne veut pas
perturber les façons de faire habituelle (récolte
échelonnée qui ne sont pas toujours en phase avec la
maturité des plantes). Nous avons pu obtenir des
résultats pour une telle étude grâce à la participation
des agricultrices elles-mêmes qui ont assuré toutes les
pesées au fur et à mesure des récoltes qu'elles avaient
décidées de faire. Pour donner une mesure globale par

98
voir plus loin la signification locale de ce terme

228
parcelle du rendement obtenu, nous avons choisi la mesure
synthétique du Land Equivalent Ration (LER) 99 •

Règles d'organisation des associations végétales

conscients de la diversité des associations


culturales, nous voulions tout de même en comprendre les
règles d'organisation et les motivations de leur choix.
Il y a tant de facteurs qui interviennent dans le choix
des cultures qu'on pourrait arriver à ne trouver que des
cas particuliers. Il était important de réduire la grande
variété de physionomies des parcelles si nous ne voulions
pas avoir autant de types d'association que de parcelles.

99
Le Land Bquivalent Ratio (L.B.R) revient à scxrJ!'er les rendements relatifs (par
rapport il une densité théorique de référence en culture pure) de chacune des cultures
présentes dans 11 association corrme on a pu le faire pour les densités.

D ri ~ rendement de la culture i dans l'association


L.S.R • t: (ri) n • nombre de cultures de l'association
hl rpi rpi rendement de la culture i en culture pure

Les rendements en culture pure re:tenus pour le calcul doivent se référer il des observations
locales. Dans la mesure du possible, elles ont été obtenues â partir de données d'enquêtes
conduites précédemment, par nous-même ou par l'Institut de Recherche agronomique de Dschang.
Seules les références des cultures les moins courantes pro~iennent de la littérature

Pour quelques cultures, la norme admise en culture pure a été changée pou,:, devenir la densité
relevée dans nos observations puisqu'elle s'était révélée supérieure A la référence en culture
pure.

Les rendements de référence des espèces rencontrées sont les suivants:

Rendements de référence en culture pure

CUlture Rendements en cult.pure

mais 000 Kg /ha de grain sec arachide 1 600 Kg/ha de gousses sêches
haricots 500 Kg/ha de grain sec taro 5 000 Kg /ha de tut>erC'.lles
macabo 10 000 Kg/ha de tubercules manioc 10 000 Kg/ha de tut>ercules
pomme de terre 8 000 Kg/ha de tubercules chou JO 000 Kg/ha de têtes je chou
igna.-nes 7 500 Kg/ha de tubercules courges 5 000 Kg/ha de fruits
banane 15 000 Kg/ha de fruits patate 3 coo Kg/ha de tuber~Jles
café arabica 300 Kg/ha de café marchand

229
Nous n'avons donc pas tenu compte des nombreuses plantes
secondaires présentes dans les parcelles mais à très
faibles densités (piment, vernonia, courges etc.). Pour
percevoir l'aspect dominant d'une culture nous avons pris
en compte sa contribution au eus. Le tableau n029 indique
les densités de plantation des différentes cultures
présentes dans les associations. A partir de ce tableau
et des références en culture pure, il a été possible de
calculer l'utilisation du sol par chaque culture et par
leur ensemble (tableau 30). Les associations les plus
souvent rencontrées sont fondées sur trois composantes:
céréale (mais), légumineuse (haricot ou arachide) et
tubercule (taro, macabo, igname, pomme de terre et.). La
part contributive de ces trois composantes (fondées sur
des caractéristiques nutritionnelles et agronomiques)
nous a paru suffisante, dans un premier temps, pour
différencier une prem~ere typologie. Le tableau n031
indique la part de chacune dans le eus vivrier. Il faut
noter que les associations sous café sont de loin les
plus complexes et les plus riches en diversité. Mais on
fera abstraction, dans un premier temps, du café et des
arbres d'ombrage qui l'accompagnent. On remarquera que,
de façon générale, le eus du vivrier y est encore plus
élevé que dans les autres parcelles. Le- caféier Arabica
qui est de loin la principale exportée dans la région,
cohabite sans problème majeur avec les vivriers. on
remarquera dans la projection· (figure n020) des
associations selon leurs composantes, la contribution
relativement stable du mais à l'élaboration du eus. Cette
participation de l'ordre de 30%, s'accompagne soit d'une
spécialisation en légumineuses soit d'une spécialisation
en tubercules.

230
Tableau n029: CUltures et densités de plantation des
associations végétales observées

3 '1 ~
1 1
1 2 5 6 7 S 9 10 11 12
uIs 20 ~OO 26 SOO 22 ~OO 1 ~2 ~OO 26 ~oo IS SOO 35 600 31 600 26 SOO 14 SOO 26 SOO
haricot S5 200 37 600 196 ~OO 15~ SOO 8S 400 ~9 200 7S SOO 133 200 52 SOO 52 000 ~o ~OO 62 ~oo
uachide 51 600 1 200
pOlle/t* 12 SOO SOO 2 SOO 10 SOO 35 600 * 3600 23 600 32 ~oo 1 200
ucabo+* ~OO 36 ~oo 8 SOO 6 SOO ~ 000 33 600 7 200 9600 ~ 000
igna..
~usa . *
2 800
260 25
3 200 2 SOO 1 200 1 600 2 SOO 2000
300 500 * * 6S0 2~0 2~0
~afé 1 370 1 370 2 500 2 500 2 500 2500 1 670 1 670 5~0 5~0
légUie * * * * * * * * *

uIs
13 14 15 16
26 ~OO 16 SOO 19200 12 SOO
Il 17 IS 19 20 21
17200 19600 16 700 21 200 31 250
22 23
41 000 20 000
2~

haricot 28 SOO S~ 000 ~5 300 ~3 600 50 200 39 700 3~ 000 3~ ~OO


larachide \ "08" 31 "';''''' ,.."
76 000 70 SOO 6~ 300
lPoldt* 6 SOO 10 000 3~ ~OO 73 200 3 600 1 000 11 200 36 SOO 75 000
Itacabo* 2 000 11 600 ~ 14 800 1 700 6 ~OO 10 000 25 000 22 SOO 3600
6 700
ignaae 160 * 1 ~OO 1 500
lusa ~o
cafi
légu.. * * 1
l'
1':'" * * * *

25 26 27
uIs 22 soo 7 200 .
haricot 67 600 27 200 33 600
arachide 92 SOO 106 ~OO 109 200
pOldt* 14 SOO *
ucabo* 13 600 17 600 1 600
ignue
lusa
café *
légUlI * * *

*: pOlie de ter re; ucabos et tuos.


Source: enquête ADoe - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, fokoué (plateau granitique),
Saleveng (plateau basaltique), 8alatchi (piélont).

231
Tableau n030: Coefficient d'Utilisation du Sol des
parcelles observées
.-
1 2 3 ~ 5 6 7 8 9 10 11 12
uIs 0,41 O,5~ O,~5 0,85 0,53 0,38 0,71 0,63 0,5~ 0,30 O,5~
haricot 0,57 0,25 1,30 1,03 0,59 0,33 0,53 0,89 0,35 0,35 0,27 O,~2
arachid. 0,26 •
~oue/t.
ucabot'
0,26
0,02

1,82
0,06 0,22 0,71 •
O,4~
0,07
0,34 0,20
0,47
1,68 0,36
0,65
O,~8
0,02
0,20
ignn. 0,28 0,32 0,28 0,12 0,16 0,28 0,20
lusa
"'afé 0,87
• 0,87
0,10
l,56
0,10 0,12
1,56
0,20
1,56

l,56

1,04
0,27
1,04
0,10
O,3~
0,10
0,3~
ligUi. , • • * • * * • * •
~uS vivra 1,26 2,61 1,81 2.48 0,81 1,21 1,80 1,92 3,29 2,06 2,00 1,28
eus Total 2,13 3,48 1,81 ~,04 0,81 2.77 1 3,36 3,48 4,33 3,10 2,34 1,62
1 1 1

13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 2~
laIs 0,53 O,3~ 0,38 0,26 O,3~ 0,39 0,33 0,42 0,62 0, 9~ O,~O
haricot 0,19 0,56 0,87 0,21 0,19 0,30 1 0,30 0,29 0,33 0,26 0,23 0,23
arachid. 0.38 0,32
1P0Id/t. 0,14 0,20 0,69 l ,~6 0,07 1 O,lS 1 0,02 0,22 O,H 1,5
lacabo' 0,10 0,58 O,H 0,08 0,32 0,50 1,25 1,14 0,18
igna.. 0,02 1 0,60
lusa 0,02
* 1 0.04 1
1
0,67 0,15

café
• ! * !
1 1 1 1
•* 1
Ugule
1 1 1
• 1
* * * *
eus vivra
~US Total
1,00
1,00
1,10
1, 10
1,9~ i 2,51 i 1,72
1,94. i 2.51
1,72 i 1,08 11,~; 1 1.85
1 1,08 i 1,05 j 1,85
1
2,86
2,86
~ ,1
~ ,1
1,71
1,71
0,41
0,41

25 26 27
laIs O,~6 0,14
haricot 0,45 0.18 0,22
arachide 0,46 0,53 o.s5
IPoldt.
ucabo'
0,30
0,63 0,88

0,08 1
ignau
lusa 1
cafi
léguu
• 1

* 1 1

~US vivra 2,35 1,73 0,85


~uS Total 2,35 1,73 0,85
i
': POli' de terre; lacabos .t taros; eus vivr: eus des seules cultures vivrUr.s. 1
Source: enquête AOOC • 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, fokoué (plateau granitique), 1
B~eveng (plateau basaltique), hlatchi (piélontl. i
Tableau 31: Contribution des différentes composantes
vivr~eres au Coefficient d'Utilisation du Sol par
l'association vivrière

Tableau 33: Contribution des différentes comoosantes vivrières au Coefficient


d'Utilisation du Sol par l'association vivrière
,.------,,---,----r--
2 3
~'réale m
1
m m
6 8
m q, [10m
11
ln
12
m
ligUline.
Tubercu.
m
27'
9'
m
m
n
30\
70\
46' ulm 14'
m
m
m
ln 0' _1 m
100' lm 100' 00' 1 100' 100' 100'
..

13 14 15 1 16
1 17 1 18 1 19 1
20 1 21 1 22 23 24
Cérale 54' m 20\ lO' 1
20'
1 36' 1 m 1 m m 23t m
léguline. m m m 9' m 60' 59' 16' m 6' m 56'
Tubercu* m m m an m 4' 10' 6n m m
cus vivr. 100' 100' 100\ 100' 100' 1 100' 100' 100' 100' 100' 100' 100'

~éréale m
25
s,26 27

légulin•• m m nt
Tubercu· m m 9'
CUS vivr* 100\ 100' 100'

*: légulineuses, tubercules; CUS vivr: eus des seules cultures vivriéres.


Source: enquête ADoe - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, fokoué (plateau granitique).
hleveng (plateau basaltique). "Salatchi (pihont),

233
La construction graphique, figure n020 a été établie à
partir des données du tableau n031.

Figure n020: Projection des associations relevées dans les


parcelles enquêtées selon l'importance de leurs
composantes (céréale, légumineuses et
tubercules

.
%4


2'l
Source: enquête AOOC 1992 portant sur 19 parcelles
situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

234
Si Pour des impératifs de construction graphique, la
proportion de chaque composante a été multipliée par un
coefficient de 1,5 ne permettant pas une lecture directe
des densi tés, ce schéma illustre bien nos observations.
Toutes les associations sont pourvues en céréale (mais)
dans des proportions
relativement constantes. L'axe des céréales (mais)
semble, donc, assez peu discrimant des compositions
floristiques et ne permet pas d'individualiser un groupe.
Par contre on observe une discrimination nette des
parcelles selon leurs composantes tubercules et
légumineuses: bien individualisées, à l'extrémité de
l' "axe tubercules", ce sont les associations riches en
tubercules et pauvres en légumineuses qui se projettent;
à l'extrémité de l' "axe légumineuses" apparaissent les
associations qui, inversement, sont riches en
légumineuses et pauvres en tubercules. Les rares cas où
les céréales sont absentes des compositions floristiques
concernent quelques associations fortement dominées par
les légumineuses, dans des situations topographiques
marginales de très fortes pentes. Bien qu'on y retrouve
souvent les mêmes cultures, la composition des
associations présente des variations importantes. Les
différents sites ont donc une sorte de spécialisation
dont il faut tenir compte.

Sur le plan de la production quels sont les


résultats de telles associations? Les rendements par
culture auorisent à eux-seuls une grande satisfaction. La
production moyenne du haricot en association, 500 Kg de
grains secs par hectare est équivalente à celle d'une
culture pure (tableau n032). Celle du mais, près de 1500
Kg de grains secs par hectare atteint les 2/3 de la
production monospécifique. Le mélange des cultures
apparaît comme une méthode performante.

235
Tableau n032 : Rendements des différentes cultures dans
les parcelles observées

500 1 010 1 050 60 40


250 130
430 510 170 430
4 260 420 1 500 310 380
990 1 030 330 150 480 60
2 550 2 100 2 160 120 870 60
925 430 1 050 1 110
2 460 1 360 2 960 1 640
1 720 3 000 900 320 60 350
2 130 190 150 20 170 870
3 870 400 80
1 us 170 165 120 130 80
540 160 100 160 50
2 280 730 370 30
530 80 750 200 240
1 170 560 30 400 200 20
2 100 190 1 210 140 20
115 80 80 1 070 40

500 1 490 1 040 950 280 470 600 180

.; macabos et taros; pomne de terre, banane et plantain.


Source: enquête AOOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, Fokoué
(plateau granitique). Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont) .

Ce jugement positif sur les résultats de l'association se


confirme si l'on considère l'ensemble des cultures à
travers la mesure globale du LER (tableau n033). La
plupart des parcelles ont un LER largement supérieur à 1
(cas d'une culture pure). Sans prendre en compte la
production en café, la moyenne des LER de toutes les
parcelles s'élève à 2,05. Ce qui signifie qu'il faudrait
le double de superficie pour obtenir les mêmes rendements
en culture pure. Cinq parcelles ont un résultat proche
d'une culture pure, une seule un résul tat inférieur. On
observe que les parcelles vivrières sous café ont un LER
vivrier de 2,42, supérieur à la moyenne. Cette constation
est à mettre en relation avec ce qui a été dit
précéderrunent sur l'environnement favorable cree par la
caféiculture et donc la plus grande fertilité des
caféières. On note la tendance d'un LER vivrier supérieur
à la moyenne dans les parcelles de la partie centrale du

236
plateau, densément peuplée et inférieur pour celles des
parties sud et nord, moins peuplées. Par contre, il
n'apparaît pas de relation entre le eus vivrier et le LER
vivrier. N'y a-t-il pas contradiction? Non car une
multitude de "circonstances" écologiques et sociales vont
modeler la physionomie de la parcelle tout au long du
cycle de production. On verra plus loin que la culture
devra surmonter des obstacles de toute nature: problèmes
de divagation animale, de spoliations diverses par le
voisinage, d'abandons causés par les obligations
sociales ... L'agricultrice anticipant ces difficultés
aura tendance à ensemencer abondamment les champs à
risques. Nous verrons aussi, dans d'autres cas
l'agricultrice raccourcir le temps de travail par un
semis de graines mélangées et il est fréquent qu 1 une
partie de celles-ci ne soient pas dans de bonnes
conditions pour se développer.

237
Tableau n033: Land Equivalent Ratio des parcelles
observées

1 3 4 5 6 7 8 9 10 Il 13 16
uIs 0,51 0,07 0,26 2,13 0,49 1,28 0,46 1,23 0,84 1,07 1,94 0,71
h.aricot l,DO 0,50 0,86 1,60 2,14 D,50 3.56 1,30 1,14 0,32 0,76 0,28
arachide 1 0,11 0,08
POIU/t' 0,19 0.02 0,02 0,04 * 0,05 0,02
ucabo+* 0,10 0,04 0,10 0,21 0,04 0,14 0,30 0,02 0,02
ignue
IUsa , 0,02
0,03 0,02
0,04
0,03
0,29
0,06 0,07
0,39
O,ll
0,12
*
0,02
0,06

lER vivr' 1,61 D,57 1, 17 3,98 2,82 2,36 4,13 3,17 2,46 1,60 2,75 l,Il

18 20 23 25 26 27 ,
uIs 0,27 1,14 0,27 0,59 06
0, 1
haricot 0,74 1,10 0,34 0,61 0,24 0,42
.arachide 0,10 0,47 0.25 0,76 0,61
~old/t.
ucabo*
0.01 0.05 0,01 •
0,06
1 0,02
0,21
0.01
0,01
ignile 0,02 0,10
Iusa . 0,01

UR vivr' 1,14 2,99 1,09 1,52 1,23 1,17

': palle de terre: ucabos et taros: LER vivr: LER des seules cultures vivrières.
Source: enquête ADoe • 1992 portant sur 19 p.arcelles situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Balmng (plateau basaltique), Balatchi (piélont).

238
Il nous a paru intéressant de calculer la
productivité alimentaire des champs de façon à estimer le
nombre moyen de personnes que peuvent nourrir les
exploitations. Le calcul tient compte des rendements
(tableau n032), des pertes estimées après récolte et de la
composition des aliments (AGBESSI DOS SANTOS, 1987,
p.282-283). Pour les pertes après récolte, nous avons
retenu les chiffres avancés par le PHPO (1981, p.65
ter.): 17-21% pour l'arachide, 23-26% pour le mais, 29-
32% pour le haricot.

Si on admet que les besoins d'un adulte sont de 3 000


kcal et 40 g de protéines par jour (AGBESSI DOS SANTOS,
1987, p.280), on calcule que, en moyenne, chaque hectare
peut nourrir 8,8 personnes (établi à partir des moyennes
des productions caloriques données au tableau n034). Dans
la partie centrale du plateau bamiléké (Baleveng), la
moyenne s'élève 13,2 adultes par hectare. L'exploitation
moyenne de 1,8 ha, dans la région peut donc nourrir plus
de quinze personnes et plus de vingt dans la partie la
plus peuplée. Compte tenu de la richesse des associations
en légumineuses, en prenant la production en protéines
végétales (tableau n035), , les mêmes calculs nous donnent
un nombre moyen de personnes que l'on peut nourrir sur un
hectare égal à 17 (20,6 dans la partie centrale du
plateau)

239
Tableau n034: Production alimentaire (KcalXIO-l) des
différentes parcelles observées (diminuée des pertes
après récolte)

parcelles haricot uIs ucabos ignales ~o ..e de arachide /lanane It goIbo l6gulls Total
et taros terra plantain KcalxlO-1

1 122 500 269 136 15-4 644 4 176 1 120 551 576
3 61 250 35 759 97009
4 105 105 137 314 14 057 31 920 385 405
5 195 510 1 136 654 62 077 12 377 23 269 10 524 1 551 2lI
6 262 754 264 420 151 704 48 900 12 379 35 579 1 691 1 161 430
7 61 005 681 324 ~08 787 ~23 964 9 704 65 092 1 657 777 427
8 436 345 247 222 63 518 78 263 31 110 1 451 5.13
9 158 760 656 820 199 920 444 000 122 311 856 458
10 139 895 m 271 441 428 135 568 26 297 4 349 9 796 1 581 112
11 39 200 569 224 27 314 22 804 1 385 74 890 64 885 2 791 416
13 93 100 1 033 290 32 800 2 240 799 702
16 34 668 37 783 24 962 135 377 53 363 4 623 2 240 1 161 430
18 89 670 215 357 24 107 8 039 70 980 1 500 409 653
20 208 985 609 210 109 859 30 028 789 958 871
23 42 385 140 841 6 267 327 182 7 072 6 803 530 550
25 74 725 313 329 82 567 2 470 175 245 14 618 632 663 SU
26 28 665 308 271 15 922 530 097 4 757 544 888 256
27 52 430 30 611 11 225 6 267 467 376 1 070 568 979

Source: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Baiatchi (piélont).

240
Tableau n029: Cultures et densités de plantation des
associations végétales observées

1 2 3 1 4 5 6 7 a 9 10 11 12
uIs 20 400 26 800 22 400 42 400 26 400 la aoo 35 600 31 600 26 aoo 14800 26 aoo
haricot 85 200 37 600 196 400 154 aoo aa 400 49 200 7a aoo 133 200 52. aoo 52 000 40 400 62 400
arachide 51 600 1 200
pOlle/t.
IacaboH
12 aoo 800 2 aoo 10 800 35 600
400 36400
• 3 600 23 600 32 400 1 200
8800 6 aoo 4 000 33 600 7 200 9600 4 000
ignau
lusa . • 2 aoo
260 25
3 200 2 800 1 200 1 600 2 800 2000
300 500 • • 6aO 240 240
café 1 370 1 370 2 500 2 500 2 500 2500 1 670 1 670 540 540
lé~ule • • 1 • • • • • • •
13 14 15 16 1),17 la 19 20 21 22 23 24
uIs 26 400 16 800 19 200 12 aoo 17 200 19 600 16 700 21 200 31 250 47 000 20 000
haricot 2a aoo 84 000 130 aoo 31 600 1 2a 400 U 400 45 300 43 600 50 200 39 700 34 000 34 400
arachide 1 ~ 76 000 70 aoo 64 300

.
~o.dt. 6 aoo 10 000 34 400 73 200 3 600 1 000 11 200 J6 aoo 75 000
lacabo· 2 000 11 600 1 14 aoo 1 700 6 400 10 000 25000 22800 3 600
ignaae 160 \ 400 6 000 6 700 1 500
lusa
café
40 1
••
légule )• J • 1 • • • • •
25 26 27
uIs 22 800 7 200
haricot 67 600 27 200 33 600
arachide 92 aoo 106 400 109 200
~oldt.
ucabo·
14
13
800 •
600 17 600 1 600
ignau
lusa
café •
léguu • • •
•: pOlie de terre; ucabos et taros.
Source: enquête AOOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
aaleveng (plateau basaltique 1. aalatchi (piélont).

231
Tableau n030: Coefficient d'Utilisation du Sol des
parcelles observées
---

1 2 3 ~ 5 6 7 8 9 10 Il 12
uls 0,41 0, 5~ O,~5 0,85 0,53 0,38 0,71 0,63 O,5~ 0,30 O,5~
haricot 0,57 0,25 1,30 1,03 0,59 0,33 0,53 0,89 0,35 0,35 0,27 0,~2
arachide 0,26 1
1P0ne/t l 0,26 1 0,06 0,22 0,71 1 0,07 o,~7 0,65 0,02
ucabo+* 0,02 1,82 O,~~ 0,3~ 0,20 1,68 0,36 0,48 0,20
ignan 0,28 0,32 0,28 0,12 0,16 0,28 0,20
_usa 1 0,10 0,10 0,12 0,20 1 1 0,27 0,10 0,10
<:aU 0,87 0,87 l,56 l. 56 l,56 l,56 l ,O~ 1,04 O,3~ O,3~
Ugule • 1 1 1 1 1 1 1 1 1

I,.US vivrl 1,26 2,61 1,81 2, ~8 0,81 1,21 1,80 1,92 3,29 2,06 2,00 1,28
eus Total 2,13 3,~8 1,81 ~ ,04 1 0,81 2,77 3,36 3, ~8 4,33 3,10 2,34 1,62
1 1 1 1 1 1

13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23
uls 0,53 0,34 0,38 0,26 0,34 0,39 0,33 0,42 0,62 0,94 O,~O
haricot 0,19 0.56 0,87 0,21 0,19 Q,30 1 0,30 0,29 0,33 0,26 0,23 0,23
arachide Q,38 0,35 1 0,32
!Pold/t l 0,14 0,20 0,69 1.~6 0,07 0,02 0,22 0,14 1,5
ucabo* 0,10 0,58 0,14 0,08 0,32 0,50 1.25 1,14 0,18
ignall 0,02 1
1 1 0,04 1 1 0~60 0,67 0,15
_usa 0.02
café l 1 1 1 1 1 1
Ugule
I 1 i sil 1 si'
I,.US vivrl 1,00 1,10 1,9~ i 2. 51 11.72 1.08 11.~5-~11 -1-,8-5+-2-,8-6+-~-,1-\--1-,7-7 +-O-,~-ll
1 Il

us Total 1,00 1,10 1,9L j 2,51 1 1.72 1 1,08 i 1.05 i 1,85 ! 2,86 ~,I 1,77 0,41

25 26 27 1
uls 0,46 O,I~
haricot 0,~5 0,18 0,22 1
arachide O,~6
lPo_dt l 0,30
0,53
0~55 1

lacabos 0,68 0.88 0,08 1


ignaee
lusa
café 1 1
légule s 1 s

US vivrl 2,35 1,73 0,85


I,.US Total 2.35 1,73 0,85
1
s: poue de terre; ucabos et taros: eus vivr: eus des seules cultures vivrières. 1

Source: enquête Aooe • 1992 portant sur 19 parcelles situ6es dans 3 chefferies, Fokou6 (plateau granitique), !
B~eveng (plateau basaltiQuel. 8alatchi loiélontl. i
Tableau 3l: contribution des différentes composantes
vivrleres au Coefficient d'Utilisation du Sol par
l'association vivrière

Tableau 33: Contribution des différentes comoosantes vivrières au Coefficient


d'Utilisation du Sol par l'association vivrière

3t,m,J2t~9' ~~\ ~n ~
1 2 6 10 11 12
~éréale m m 1 1 1 9' m m ~6\
légu.ine* m 9\ JO, 33\,m n l 11 3~\ H\ m
Tubercu* 22\ 70\ m l 70\
ÎIt
l 70' m 1 ln 1 70' .. 1 36\ 19\
~CU-S-v-iv-r-*1--1-00-'-+--10-0-\-+--10-0'--+-;00\ 11m
100' 100\ 100\
100\ 1 100\ 1 00\ 1 100\

13 H 15 16 1 17 1 18 1 19 1 20 1 21 1 22 23 2~
Cér.lle sn m m 1 m 1 m 1 1
m 1 m 22\ m m
36'
légu.ine* 19\ sn m 9\ Hl 60\ m 16\ m 6\ 13\ m
Tubercu* m 18\ m su m ~\ 10\ m 66\ m
cus vivr* 100\ 100\ 100\ 100\ 100\ 1 100' 100\ 100\ 100\ 100\ 100\ 100\

25 26 27
Céréale 19\ 8\
légu.ine* m m 9U
Tubercu* m S1\ 9'

CUS vivr* 100\ 100\ 100'

*: légu'ineuses, tubercules; CUS vivr: CUS des seules cultures vivrières.


Source: enquête AOOC • 1992 portant sur 19 pucelles situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique\. '8alatchi (piétant!.

233
La construction graphique, figure n020 a été établie à
partir des données du tableau n031.

Figure n020: projection des associations relevées dans les


parcelles enquêtées selon l'importance de leurs
composantes (céréale, légumineuses et
tubercules

.%4

li
Source: enquête AOOC 1992 portant sur 19 parcelles
situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

234
si Pour des impératifs de construction graphique, la
proportion de chaque composante a été mul tipliée par un
coefficient de 1,5 ne permettant pas une lecture directe
des densités, ce schéma illustre bien nos observations.
Toutes les associations sont pourvues en céréale (mais)
dans des proportions
relativement constantes. L'axe des céréales (mais)
semble, donc, assez peu discrimant des compositions
floristiques et ne permet pas d'individualiser un groupe.
Par contre on observe une discrimination nette des
parcelles selon leurs composantes tubercules et
légumineuses: bien individualisées, à l'extrémité de
l' "axe tubercules", ce sont les associations riches en
tubercules et pauvres en légumineuses qui se projettent;
à l'extrémité de l' "axe légumineuses" apparaissent les
associations qui, inversement, sont riches en
légumineuses et pauvres en tubercules. Les rares cas où
les céréales sont absentes des compositions floristiques
concernent quelques associations fortement dominées par
les légumineuses, dans des situations topographiques
marginales de très fortes pentes. Bien qu 1 on y retrouve
souvent les mêmes cultures, la composition des
associations présente des variations importantes. Les
différents sites ont donc une sorte de spécialisation
dont il faut tenir compte.

Sur le plan de la production quels sont les


résultats de telles associations? Les rendements par
culture auorisent à eux-seuls une grande satisfaction. La
production moyenne du haricot en association, 500 Kg de
grains secs par hectare est équivalente à celle d'une
culture pure (tableau n032). Celle du mais, près de 1500
Kg de grains secs par hectare atteint les 2/3 de la
production monospécifique. Le mélange des cultures
apparaît comme une méthode performante.

235
Tableau n032 : Rendements des différentes cultures dans
les parcelles observées

500 1 010 1 050 60 40


250 130
430 510 170 430
800 4 260 420 1 500 310 380
070 990 1 030 330 150 480 60
250 2 550 2 100 2 160 120 870 60
780 925 430 1 050 1 110
650 2 460 1 360 2 960 1 640
570 1 720 3 000 900 320 60 350
160 2 130 190 150 20 170 870
380 3 870 400 80
140 1 415 170 165 120 130 80
370 540 160 100 160 50
850 2 280 730 370 30
170 530 80 750 200 240
305 1 170 560 30 400 200 20
120 2 100 190 210 140 20
210 115 80 80 070 40

500 1 490 1 040 950 280 470 600 180

'*: macabos et taros. pomne de terre. banane et plantain.


Source: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies. Fckouê
(plateau granitique), Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

Ce jugement positif sur les résultats de l'association se


confirme si l'on considère l'ensemble des cultures à
travers la mesure globale du LER (tableau n033). La
plupart des parcelles ont un LER largement supérieur à 1
(cas d'une culture pure). Sans prendre en compte la
production en café, la moyenne des LER de toutes les
parcelles s'élève à 2,05. Ce qui signifie qu'il faudrait
le double de superficie pour obtenir les mêmes rendements
en culture pure. Cinq parcelles ont un ré sul tat proche
d'une culture pure, une seule un résultat inférieur. On
observe que les parcelles vivrières sous café ont un LER
vivrier de 2,42, supérieur à la moyenne. Cette constat ion
est à mettre en relation avec ce qui a été dit
précédemment sur l'environnement favorable cree par la
caféiculture et donc la plus grande fertilité des
caféières. On note la tendance d'un LER vivrier supérieur
à la moyenne dans les parcelles de la partie centrale du

236
plateau, densément peuplée et inférieur pour celles des
parties sud et nord, moins peuplées. Par contre, il
n'apparaît pas de relation entre le eus vivrier et le LER
vivrier. N'y a-t-il pas contradiction? Non car une
multitude de "circonstances" écologiques et sociales vont
modeler la physionomie de la parcelle tout au long du
cycle de production. On verra plus loin que la culture
devra surmonter des obstacles de toute nature: problèmes
de divagation animale, de spoliations diverses par le
voisinage, d'abandons causés par les obligations
sociales ... L'agricultrice anticipant ces difficultés
aura tendance à ensemencer abondamment les champs à
risques. Nous verrons aussi, dans d'autres cas
l'agricultrice raccourcir le temps de travail par un
semis de graines mélangées et il est fréquent qu'une
partie de celles-ci ne soient pas dans de bonnes
conditions pour se développer.

237
Tableau n033: Land Equivalent Ratio des parcelles
observées

1 3 4 5 6 7 8 9 10 II 13 16
u15 0,51 0,07 0,26 2,13 0,49 1,28 0,46 1,23 0,86 1,07 1,94 0,71
haricot 1,00 0.50 0,86 1.60 2.14 0,50 3,56 1,30 1,14 0,32 0,76 0,28
1
arachide 0,11 0,08
pOlle/tt 0,19 0,02 0.02 0,04 t 0,05 0.02
ueabott 0,10 0,04 0,10 0,21 0,04 0,14 0.30 0,02 0,02
ignile 0,02 0,04 0,29 0,39 0,12 0,02
lusa t 0,03 0,02 0,03 0.06 0,07 O,ll t 0,06

LER vivr t 1,61 0,57 1, 17 3,98 2,82 2,36 4,13 3.17 2,46 1,60 2,75 l,li

18 20 23 25 26 27
la 15 0.27 1,14 0,27 0,59 0,06
haricot 0,74 1, 70 0,34 0,61 0,24 0,42
arachide 0,10 0,47 0.25 0,76 0.67
~o.d/t* 0,01 0.05 0.01 * 1 0,02 0,01
ucabo* 0,06 0.21 0,01
ignall 0,02 0,10
lusa 0,01

LER vivr* 1,14 2,99 1,09 l,52 1,23 1,17

': pOlie de terre; Jacabos et taros; lER vivr: lER des seules cultures vivrières.
Source: enquête Aooe • 1992 portant sur 19 parcelles situaes dans 3 chefferies, fokoua (plateau granitique),
hleveng (plateau basaltique), Bahtchi (piélant).

238
Il nous a paru intéressant de calculer la
productivité alimentaire des champs de façon à estimer le
nombre moyen de personnes que peuvent nourrir les
exploitations. Le calcul tient compte des rendements
(tableau n032), des pertes estimées après récolte et de la
composition des aliments (AGBESSI DOS SANTOS, 1987,
p.282-283). Pour les pertes après récolte, nous avons
retenu les chiffres avancés par le PHPO (1981, p.65
ter.): 17-21% pour l'arachide, 23-26% pour le mais, 29-
32% pour le haricot.

Si on admet que les besoins d'un adulte sont de 3 000


kcal et 40 g de protéines par jour (AGBESSI DOS SANTOS,
1987, p.280), on calcule que, en moyenne, chaque hectare
peut nourrir 8,8 personnes (établi à partir des moyennes
des productions caloriques données au tableau n034). Dans
la partie centrale du plateau bamiléké (Baleveng), la
moyenne s'élève 13,2 adultes par hectare. L'exploitation
moyenne de 1,8 ha, dans la région peut donc nourrir plus
de quinze personnes et plus de vingt dans la partie la
plus peuplée. Compte tenu de la richesse des associations
en légumineuses, en prenant la production en protéines
végétales (tableau n035), , les mêmes calculs nous donnent
un nombre moyen de personnes que l'on peut nourrir sur un
hectare égal à 17 (20,6 dans la partie centrale du
plateau)

239
Tableau n Q 34: Production alimentaire (KcalX10-l) des
différentes parcelles observées (diminuée des pertes
après récolte)

parcelles haricot aals lacabos ignues pone de arachide binine et gOlba Uguaes Total
et taros terre plantain Kcalxl0-l

1 122 500 269 136 154 644 4 176 1 120 551 576
3 61 250 35 m 97 009
4 lOS 105 137 314 14 057 31 no 385 405
5 195 510 1 lU 654 62 077 12 377 23 269 10 524 1 551 211
6 262 754 264 420 151 704 48 900 12 m 35 579 1 691 1 161 430
7 61 005 681 324 308 787 J2J 964 9 704 65 092 1 657 717421
8 4U ~5 W 222 63 518 78 263 31 110 1 m 533
9 158 760 656 820 199920 H4 000 122 31l 856 458
10 139 895 m 271 Hl 428 135 568 26 297 4 349 9 796 1 581 812
11 39 200 569 224 27 314 22 804 1 385 74 890 64 885 2 798 416
13 93 100 1 033 290 32 800 2 240 m 702
16 34 668 37 783 24 962 135 377 53 U3 4 623 2 240 1 161 430
18 89 670 215 357 24 107 8 039 70 980 1 500 409 653
20 208 985 609 210 109 859 30 028 m mm
23 42 385 140 841 6 267 327 182 7 072 6 803 5.10 550
25 74 72S 313 m 82 567 2470 175 245 14 618 632 663 586
26 28 665 308 271 15 m 530 097 4 757 544 888 256
27 52 430 30 611 11 225 6 267 467 376 1 070 568 m

Source: enquête ADDC - 1992 portint sur 19 parcelles situées dins 3 chefferies, Fokou6 (phtuu granitique),
Baleveng (plateau bmltique), Bahtchi (piétont),

240
Tableau n035: Production alimentaire (gXlO-l de
protéines) des différentes parcelles observées (diminuée
des pertes après récolte)

parcelles haricot 1315 ucabo ignue pOlIt ~mhide lusa galba légull Total
1 taro gxlO-1

1 7 000 7 200 2 630 70 120 17 020


~ 3500 930 4 430
4 6 020 9 630 260 520 16 430
5 11 200 30350 1 050 3 000 370 1 140 47 110
6
7
. 14 980
3 500
7 050 2 580
18 170 5 250 3 890
590 300
240
580
1 040
180 26260
180 32 270
~ 24920 6 590 1 OSO 1 260 3330 37 180
9 9 100 17 530 3 400 5 330 1 970 ~7 330
10 7 980 12 250 7 500 1 620 640 70 1 050 31 110
11 2 240 15 180 4S0 270 40 1 3 480 23770
13
16
18
5 320
1 960
5 180
27 570
10 080
3 850
430
290
800 1
330
200 1
2 460
3280
1""1 240 33 930
230 240 15 490
150 112 950
740 1 1 1 1 90

r'
20 11 900 16 245 1 Il 310 ,30 285
23 2 380 3 780 1
160 1 15 360 1 1 360 1 720
25 4 270 8 340 1 4001
1 60 1 8 190 240 60 2560
26 1 680 5 250 380 1 24 780 1 250 60 32 400
27 2 940 820 _200 1 160 1 21 910 1 1 120 26 150
1 1 1 1 1 -
Source: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
hleveng (plateau basaltique). Balatchi Ipihontl.

24l
Tous ces calculs fondés sur nos observations de terrain
indiquent que les performances alimentaires des
associations végétales sont à la hauteur des besoins de
la population. La production protéinique est largement
suffisante. Peut être faut-il y voir une des raisons de
la réussite mitigée de l'introduction du soja malgré un
projet spécifique ayant eu beaucoup de moyens à sa
disposition.

1II.9.D. A l'échelle de l'assolement

Ce qu'on fait dans une parcelle, en relation avec


les autres parcelles, justifie que l'on s'intéresse à
l'assolement en vue d'une cohérence de l'organisation
dans l'exploitation. La répartition des productions est,
aussi, conditionnée par les ressources de chacun en
terre, en force de travail, en instruments de production
et, pour certaines productions irriguées, par l'accès à
l'eau. Le statut de la parcelle déterminera en partie son
importance aux yeux de l'agricultrice. La polygamie, la
division sexuelle des tâches, la diversité des modes
d'accès au foncier aboutissent à un découpage complexe du
foncier en de multiples parcelles plus ou moins
individuelles ou collectives. Ainsi, selon le tableau 36,
la moitié des exploitations ont plus de 3 parcelles et 1
sur 5 a plus de 5 parcelles. Le nombre de parcelles est
plus important dans les zones les moins densément
peuplées (Bamboutos, Ht Nkam et Ndé). L'augmentation des
surfaces disponibles, pour les raisons sociales déjà
évoquées, conduit à celle du nombre de parcelles plus
qu'à celle de leur surface. Cela tient compte des
difficultés à obtenir des droits de cultures, dans les
départements les plus peuplés (Mifi et Ménoua) .

242
Tableau 36: Répartition des exploitations agricoles de la
province de l'ouest, département par département (excepté
Bamoun) en fonction du nombre de leurs parcelles
cultivables.
INombre dei 1 2 3 5 6 7 8 r~1
Iparcelles 1 1 1
Mifi a
1Ménoua 110,0 1,71
1Bamboutos1 3,0 9,1)
IHaut Nkaml 5,0 5,01
INdé 1 7,8 2,81
1 1 1

Source: adapté de l'enquête de base du Projet de Développement Rural des


Plateaux de l'OUest (1980-81, p.sO). Sur 281 exploitations.

Bien que la pratique des cultures associées ne permette


pas de distinguer une rotation aussi explicite qu'en
Afrique soudano-sahélienne (configuration en couronne),
la répartition dans l'espace d'associations différentes
permet d'identifier une sorte d'assolement. Notre
préoccupation de comprendre le choix des compositions
végétales nous amène à les mettre en relation avec des
caractéristiques des parcelles. Nos observations ont été
orientées de manière à préciser les facteurs qu'on
suppose influencer les équilibres entre chaque composante
des associations. Ces caractéristiques concernent aussi
bien des données topographiques, des renseignements sur
le couvert végétal (CUS, présence de café), des façons
culturales (1ère année de culture après jachère ou non).
La démarche que nous avons retenue consiste à superposer
chacune de ces caractéristiques des parcelle à la
projection précédente.

243
La jachère se traduit par une spécialisation des
associations

La deuxième relation représentée à la figure


nous amènera à nous intéresser aux parcelles en
année de culture après jachère.

244
Figure n021 : repérage des associations venant en 1ère
année de culture après jachère

.
201

.Jo

.,
.L
~ .,

.~


2Y .__ 1

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

245
Dans ce cas l'association végétale se caractérise par un
déséquilibre de sa composition floristique. Au détriment
de la composante céréale, il y a sur-représentation ou
des légumineuses ou des tubercules. En première année de
culture après jachère, l'arachide (légumineuse), le taro
et le macabo (tubercules) sont les cultures les plus
fréquentes. Elles aiment l'une et l'autre les sols riches
en matière organique mais ne supportent pas d'être
associées: l'arachide héliophile n'apprécie pas l'ombrage
du macabo. Selon les champs, l'agricultrice choisira
l'une ou l'autre en tête de rotation: champ d'arachides
ou de pommes de terre.

La variante arachide: La densité de plantation des


arachides est en rapport avec la variété, 110 000
pieds /ha environ pour les variétés d'arachide "rouge"
(arachide de Yaoundé et de Garoua), seulement 70 000
pieds/ha pour la variété locale à port étalé. Le mais et
le haricot associés sont plantés à des densités plutôt
faibles de 15 à 20 000 pieds/ha pour le mais et de 30 000
pieds/ha pour le haricot. Si l'on décide, comme c'est
souvent le cas de mettre aussi du macabo, il importe de
le faire, pour des raisons d'ombrage, sur des billons
alternés. Là, ils seront plantés de sorte à obtenir une
densité moyenne comprise entre la et 15 000 pieds/ha.
L'igname est toujours présent dans ce type de champ. Sa
densité de plantation, faible la première année (400
pieds/ha), augmente très nettement l'année suivante pour
passer à 3 000 pieds/ha, alors que les arachides
disparaissent.

La variante pOmme de terre: La prédominance des pommes de


terre dans ce type de champ est plutôt signe d'une bonne
fertilité naturelle du sol. Les densités de plantation en
rapport avec cette fertilité peuvent être très
importantes atteignant 70 000 pieds/ha. Dès lors qu'elles
le sont moins, c' est le haricot qui assurera la
couverture complémentaire. Du coup, les densités de
246
haricot sont très variables allant de 40 000 pieds/ha
jusqu'à 80 000 pieds/ha. Le maïs associé reste, lui, dans
des proportions modestes de lS à 20 000 pieds/ha. Là
encore, les champs d' homme comme les champs éloignés ne
suivent pas toujours la règle.

Les prélèvements en sels minéraux par les cultures et les


pertes en humus ne sont pas compensés, en totalité et
pour toutes les parcelles, par les pratiques culturales.
Il n'est pas étonnant alors que la fertilité physique,
chimique et biologique du sol change. Les plantes les
plus exigeantes de l'association disparaissent pour être
remplacées par des cultures plus frustres (comme le
manioc). C'est pourquoi on voit évoluer la composition
végétale à mesure que l'on s'éloigne de la reprise de
jachère. Celle-ci fait aussi partie intégrante de
l'assolement.

La position de la parcelle dans la pente n'entraîne


pas de modifications systématiques sur le choix des
associations

La figure n022 qui fait apparaître la position de la


parcelle dans la pente ne montre pas, de façon évidente,
une relation entre celle-ci et la composition végétale.

247
Figure n022: Repèrage des associations en fonction de la
position de la parcelle dans la pente

lé~eme
te"rc..
lt ija.J- ck..
A .Mieit.u.~·~
• &s de- i'»"/Z

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

248
Seule relation visible, celle univoque entre la
localisation en bas de pente et la présence importante de
tubercules. Mais cette relation non symétrique n'empêche
pas des associations riches en tubercules de se trouver
au sommet de la pente ou à mi-pente. Cette dernière
constatation nous amène à relativiser la typologie des
champs telle que la conçoit la littérature et qu'elle
base sur une distribution ternaire des champs le long du
versant. Nous observons qu'une pente nulle correspond à
un enrichissement en tubercules; ce qui rejoint la
relation vue plus haut. On constate l'absence de
caféières en très forte pente, alors qu'elles existent
sur des pentes moyennes avec une forte composante en
tubercules. La pente ne nous semble donc pas jouer
directement un rôle sur la composition floristique des
associations vivrières. Elle interviendrait plutôt
indirectement par le biais de la présence ou de l'absence
de café.

Le café déplace la composition végétale des vivriers vers


des espèces sciaphiles

La figure n023 nous montre qu 1 il Y a une relation


entre la composition floristique et la présence ou non de
café.

249
Figure nO 23: repérage des associations comprenant du
café

de tubercules

...2

."

. {'

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

250
Ainsi, la présence de café dans une parcelle se traduit
par l'enrichissement en tubercules de l'association, au
détriment du mais. Sur les 12 placettes portant du café,
9 ont une forte composante en tubercules, de plus de 40 %
du eus. Ceci confirme la catégorie bien à part des
compositions végétales sous café. Les associations qu'on
trouve sous les caféiers sont des combinaisons mais-
haricot-macabo. L'introduction d'une année de pseudo-
jachère donne aux sols un répit. Cela se traduit par une
augmentation des densités de plantation: le macabo pourra
atteindre 30 000 pieds/ha contre les 5 à 8 000 pieds/ha
habituels. Le mais restera semé à des densités avoisinant
30-40 000 pieds/ha et le haricot se maintiendra entre 50
000 et 100 000 pieds/ha. Puisqu'il tire parti de
situations aussi bien ombragées que très éclairées,
l'igname trifoliée sera rarement absente de ce type de
champ. Sa densité oscille entre 1 000 et 3 000 pieds/ha.
Les espèces sciaphiles y trouvent de bonnes conditions de
croissance. Bien que plantés à des écartements moyens de
2m x 2,5m, le café crée un ombrage. Celui-ci devient
uniforme avec la croissance des pieds et le rapprochement
des houpiers qui finissent par être jointifs. Cultivés
depuis plusieurs dizaines d'années et recevant peu de
matières organiques depuis la régression du cheptel
porcin, on s'attendrait à ce que ces champs s'épuisent.
Pourtant, ils restent encore les meilleurs: le rendement
d'un hectare de haricot y est de 696 Kg de grains secs
contre 500 kg sur l'ensemble des parcelles, celui en mais
est de 1 620 Kg de grains secs contre 1 490 Kg sur
l'ensemble des parcelles et celui en macabo de 1 310 Kg
de tubercules contre 1040 sur l'ensemble.

Comment décrire l'impact du café dans les


associations végétales?

La concurrence tant évoquée entre café et vivrier


qui, en théorie est une notion simple semble moins
251
évidente dans la pratique. On ne peut pas expliquer nos
observations si on réduit l'association de végétaux à la
juxtaposition d'individus, côte à côte ayant des besoins
communs vis à vis d'un élément et en concurrence pour se
l'approprier. Il faut considérer, pour l'association, la
grande diversité d'espèces qui assurent une capacité
d'exploitation du milieu meilleure et une résistance
supérieure à toute éventualité (accident climatique,
attaque parasitaire). Cette rusticité, on la retrouve
dans la nature où l'on rencontre rarement des individus
ou des populations en groupe monospécifique.
L'association de culture telle qu'on la crée dans l'ouest
du Cameroun, en particulier dans les caféières, est donc
proche de ces conditions naturelles. L'écosystème café-
culture vivrière est un écosystème parmi d'autres,
spécifique car particulièrement riche en diversité, mais
en fait moins fragile que d'autres. Sa caractéristique la
plus visible semble être un couvert végétal dense,
structuré en plusieurs strates exploitant le sol de façon
continue, jusqu à engendrer une fatigue des sols. Cette
1

couverture qui assure la régulation des eaux lutte contre


les phénomènes érosifs et assure des restitutions
organiques. Ce système de culture peut donc être apprécié
par ses résultats économiques et écologiques. Cette
spécificité de l'écosystème caféier se retrouve aussi
dans sa composition végétale. Il est possible
d'identifier les cultures ayant une affinité avec les
conditions ombragées imposées par le café de celles qui
ne supportent pas cette association. Une technique
utilisable consiste à constituer une matrice avec les 27
placettes observées et les espèces végétales principales
que l'on y trouve. Par regroupements successifs des
lignes (cultures) les plus ressemblantes puis des
colonnes (parcelles), on obtient des groupes de parcelles
proches les unes des autres et des cultures fréquemment
10o
associées. Chaque case de la matrice représente, pour

100
C' est une technique de typologie appelée MATRICE
252
la placette considérée (colonne), la densité de la
culture correspondant.

Des classes de densité sont constituées pour chaque


culture:
Pour le mais dont les densités varient entre 7 200
pieds/ha et 47 000 pieds/ha, nous retenons 3 classes a
/ 1-20 000 / + 20 000

Pour le haricot dont les densités varient de 28 800


pieds/ha à 196 400 pieds/ha, nous retenons 3 classes a
/ 1- 50 000 / + 50 000

Pour la pomme de terre dont les densités varient de 800


pieds/ha à 75 000 pieds/ha, nous retenons 3 classes a /
1-10 000 / + la 000

Pour le macabo et le taro dont les densités varient de


400 pieds/ ha·· à 36 400 pieds/ha, nous retenons 3 classes
a / 1- la 000 / + la 000

Pour l'arachide dont les densités varient de 1 200


pieds/ha à 140 000 pieds/ha, nous retenons 3 classes a
/ très faible (- de la 000) / + la 000

Pour l'igname dont les densités varient de 160 pieds/ha à


6 400 pieds/ha, nous retenons 3 classes a / - de 500
/ + 500

Pour le café dont les densités varient de 540 pieds/ha à


2 500 pieds/ha, nous retenons 3 classes a / -de 1 000
/ + 1 000

DE BERTIN

253
Pour les musacées dont les densités varient de 25
pieds/ha à 680 pieds/ha, nous retenons 2 classes 0
(absence) / présence
Les cases sont noircies pour la classe de forte densité,
à demi-noircies pour la densité intermédiaire, laissées
intactes en cas d'absence de la culture. La matrice
initiale telle que nous l'avons constituée (à partir des
données détaillées en annexe) est la suivante:

.. 1

254
Figure n024: matrice des parcelles selon les cultures
présentes

u!s

lIiiriCOl

!ufë
1
1
:iqnile
1

;mcnide

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

255
Le classement visuel des lignes (cultures) qui se
ressemblent apparaît à la figure nO 25:

Figure n025: matrice ordonnée selon la


ressemblance des lignes

Source: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans J chefferies,
Fckoué (plateau granitique), Baleveng (plateau basal:ique), Balatchi (piémont).

256
Le classement des colonnes donne la matrice finale
représentée à la figure n026.

Figure n026: matrice de BERTIN finale après classement


des lignes et des colonnes

14 3 Il Il l' Il 24
~----! --I-+-+-+-
afé

~uicot

pOlie de t

Source: enquête ADOC - ~992 portant sur ~9 parcelles situées dans 3 chefferies.
Fokoué (plateau granitique). Baleveng (plateau basaltique). Balatchi (piémont).

257
Ces classements successifs mettent en évidence:
-l'association fréquente des musacées et haricots
avec le café,
-le profil très à part des parcelles portant de
l'arachide, cette culture excluant la présence des
précédentes,
-la liaison entre les cultures d'igname, de pomme
de terre, de macabo et de légume qui se retrouvent
indifféremment avec le café ou avec l'arachide mais
toujours après une jachère récente.

Notons donc qu'il existe des cultures très proches du


café (haricots, musacées). D'autres ne semblent pas être
gênées par sa présence (ignames, pommes de terre, macabo,
mais, légumes) pourvu qu'une jachère ait été réalisée à
une période récente. Seules les arachides s' accormnodent
mal de l'ombrage engendré par l'ensemble café et
musacées. Les plantes qui acceptent la présence de café
ne sont donc pas rares. Ce qui explique le nombre moyen
d'espèces cultivées sous café. Les tubercules du type
aracée, divers ignames ou autres plantes grimpantes comme
les haricots se révèlent compatibles avec une conduite
agro-forestière. Le système racinaire puissant du café
assure un recyclage minéral bien exploité par ces
vivriers (augmentation des teneurs en calcium, potassium
et parfois magnésium des horizons de surface du sol sous
café (FEREMANS, 1995, p.92), tandis que la décomposition
des feuilles pourrait correspondre à des apports
organiques. Les strates arborescentes (arbres de grande
taille) et arbustives (arbres, arbustes ou buissons de
taille modérée type vernonia, manioc, musacées)
conduisent à l'élimination des plantes basses
hél iophiles . L'arachide disparaî t de l'association. Les
espèces ou variétés grimpantes (ignames, haricots,
courges) profitent des nombreux supports ligneux pour se
hisser facilement au-dessus de la strate arbustive. La
partie basse devient le milieu privilégié des plantes
d'ombre (sciaphiles). Les variétés de macabo et taro sont

258
bien adaptées à ce milieu fort peu ensoleillé. Mais des
exceptions existent. Ce sont celles de parcelles à statut
précaire. Il s'agit dans ces cas particuliers
d'économiser un temps travail pour lequel le retour en
terme de récolte n'est pas garanti. Cette économie de
travail se fait sur la base d'une forte implantation de
haricots (40% du euS), faciles à semer, à entretenir et à
cycle court. Trois parcelles sont dans ce cas: la nOB,
cultivée dans le champ de son ex-mari par une femme
divorcée, la parcelle n04 appartenant à une veuve
proprement spoliée par sa belle-famille et la caféière nOl
qui, étant proche de la chefferie, est destinée à devenir
la future salle des fêtes. La caféière a une composition
végétale proche du climax. Plutôt que de concurrence, il
faut donc parler d'interférence positive du café et des
vivriers qui résulte de la diversité de l'association.

Les variations locales

Les caractéristiques générales des associations décrites


précédemment connaissent des variations d'un lieu
géographique à l'autre (figure n027). Ces variations sont
le plus souvent induites par le microclimat créé au
niveau du relief. La densité de population joue également
un rôle par son influence sur la jachère. La figure
suivante nous donne la relation entre la localisation
(chefferie) des parcelles et leur composition
floristique.

259
Figure n027 : Repérage des associations en fonction de
leur localisation géographique

Lé~ende

j . Fo k"OUE

• S~E:Ve:Nt;;
11 e.. . w:;Ta-c;


lf

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

260
Il existe effectivement des différences régionales dans
les associations de cultures. Le secteur central du
plateau basaltique se caractérise par la grande diversité
de ses cOmPOsitions floristiques (figure n028) et un
assolement plus varié qu'ailleurs. Là encore, la présence
ou non de café et l'existence récente d'une jachère dans
la rotation sont importantes.

261
Figure n02B: Mise en évidence de disparités géographiques
par la matrice de BERTIN

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1 1 1

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J • • • .1..

Source: enquête ADOC 1992 portant sur 19 parcelles


situées dans 3 chefferies, Fokoué (plateau granitique),
Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont).

262
On a pu constater que les associations apparaissent sous
forme d'un ensemble à trois composantes: légumineuses,
tubercules et céréales. Nous venons de voir les
différences entre les niveaux du eus des diverses
parcelles. Nous avons vu également que l'importance du
LER dépend aussi des situations. A partir de ces
constatations, on peut supposer qu'il existe
d' importantes variations dans les options techniques en
fonction du champ.

263
CHAPITRE 10

Les options dans les arrangements techniques

Introduction

La spécialisation des associations et leur


réparti tion dans l'espace tient compte, nous l'avons vu,
de la place de la parcelle dans la rotation. Notamment
elle dépend de l'éloignement de la période de jachère.
Les ressources diverses à la disposition du responsable
du champ joue un grand rôle pour les options techniques
que l'on fait. Le "statut" de la parcelle va prendre
toute son importance. La caféière sous double gestion
technique de l'homme et de la femme bénéficiera seule du
fumier tiré de l'élevage de porc qui appartient au mari.
On observe une certaine différenciation entre parcelles
proches et éloignées. On observera une augmentation du
nombre de cul tures dans les champs les pl us proches des
habitations. Leur production s'étale sur toute l'année en
récoltes variées. C'est là que vont les déchets de la
cuisine et les cendres. Les ressources les plus rares
comme l'eau d'irrigation sont réservées aux champs des
hommes. Les champs maraîchers occupant des terres
marginales (en altitude) sont les seuls à pouvoir
bénéficier d'une irrigation. L'association de cultures
est simplifiée dans les champs les plus éloignés et (ou)
à statut précaire. La plupart des travaux y sont fait par
les enfants sans grand contrôle de qualité. Le rendement
s'en ressent. Les pommes de terre ont des semences qui
côutent cher. La femme compte quelquefois sur son mari
pour lui en procurer. S'il tarde à le faire, le champ sur
jachère spécialement préparé pour les pommes de terre,
est ensemencé en dernière minute d'un mélange de mais et
de haricot. Les adventices sont, elles aussi, promptes à
pousser. L' agricul teur doit être prêt à désherber ses
cultures, un mois après semis. En cas de sarclage tardif
264
(cas n03), la croissance des cultures est gênée par les
adventices. Ce sont les arachides qui sont les plus
sensibles. Elles peuvent disparaître du champ à la faveur
des autres cultures. C'est pourquoi les champs
secondaires aux yeux de l'agricultrice (champ à
"problèmes": statut précaire, champ éloigné) , sont
souvent ensemencés avec un mélange de légumineuses
(arachide+haricot). A la récolte le champ donnera soi t
essentiellement des arachides, soit des haricots selon la
qualité du désherbage qui aura été fait. On a trouvé
plusieurs exemples de ce type. Les cultures repérées dans
les associations ne figurent donc, pas systématiquement
dans la liste des récoltes.

D'une certaine manière les champs prennent une


physionomie qui dépend beaucoup de toutes ces
circonstances. L'écosystème et la connaissance fine que
les fenunes en ont, vont influencer leurs options
techniques. Mais c'est de loin les ressources dont elles
disposent qui vont les déterminer ( temps de travail,
qualification de la main-d'oeuvre, accès aux engrais, à
l'eau etc.). Au total, plus que des considérations
agronomiques ou écosystémiques, ce sont des critères de
gestion qui prévalent. En moyenne, une parcelle de la
région compte, selon nos observations, de 7 à 8 espèces
vivrières qui peuvent pousser dans les caféières en même
temps que le café et sous divers arbres d'ombrage. Le
nombre d'espèces des associations varie en fonction de
divers éléments. A ce stade de notre développement, il
semble qu 1 à lui seul, le critère du Coefficient
d'Utilisation du Sol (CUS) ne permette pas de comprendre
la fertilité des sols et les choix si différents pour les
cultures et leurs densités. On devra lui adjoindre des
observations à caractère anthropologique.

265
III. 10 .A. Options prises en fonction de
motivations sociales

Des champs de femme plus intensifs que les champs


d'honnne

La différence entre ces deux types de champs se


situe plus au niveau de la responsabilité technique que
du travail. Dans les deux cas c'est la femme qui
travaille ... Sur le plan botanique (tableau 37), les
champs vivriers d'homme sont par le nombre d'espèces
associées, des champs qui offrent une faible diversité.

Tableau 37: Nombre d'espèces vivr1eres cultivées par type


de champ, selon deux enquêtes faites en 1985 et 1992.

1 Type de champ IChamp dei Champ 1


1 Enquête: 1 F~nnne 1d 1 Homme 1

1 Enquête ADOC 1992 1 8 1 4,6 1

1Enquête DUCRET- GRANGERET 1985


101
II 6 Il 2,7 Il
1 1 1 1
Sources: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies,
Fokoué (plateau granitique), Baleveng (plateau basaltique), Balatchi (piémont);
enquête DUCRET-GRANGERET, 1985 portant sur 500 parcelles du plateau de
la chefferie Bafou.

Cette simplification évidente des associations est,


semble-t-il, liée à plusieurs raisons. Le travail, fait
sur commande et collectivement par les femmes et les
enfants se réduit à un nombre limité d'interventions.
Dans les champs des femmes, les va-et-vient incessants
pendant la saison de culture et au cours desquels elles

J.01
Centre Universitaire de Dschang, Département
d'agronomie, doc. interne au projet Bafou, 1985.

266
font diverses plantations sont la richesse de parcelles
assimilables à de véritables jardins. Dans les champs
d'homme, la multiplication des espèces et
l'intensification sont limitées par la distribution des
semences et des intrants par l'homme. Ainsi, ne verra-t-
on jamais une femme décider, par elle-même, d'inclure une
culture dans un champ sous la dépendance de son mari et
qu'elle n'aura pas le droit de récolter. De plus, la
finalité parfois entièrement commerciale, au bénéfice du
mari et le prélèvement rarement redistribué aux personnes
ayant travaillé le champ n'incite guère les épouses à le
choyer. Elles le considèrent plutôt comme un pensum
inévitable. Lorsqu'un mari "généreux" décide de laisser à
ceux qui ont travaillé, tout ou partie de la récolte, le
champ change d'allure et devient plus touffu. Il ne
s'agit donc pas, ici, d'un problème de fertilité du sol.
Ces champs d' homme, facilement mis en jachère ont une
bonne fertilité intrinsèque. Leur faible productivité
relève d'une conduite peu soignée et peu intensive du
sol. Ces champs collectifs peu diversifiés d'un point de
vue composition végétale seront peu productifs malgré le
niveau d'intrants qu'ils reçoivent.

La caféière: un champ doublement intensif où


l'homme et ses femmes cultivent ensemble

Dans les caféières, où les cul tures vi vr~eres sont


au bénéfice de la femme, celle-ci recherche une grande
diversité de ses cultures qui participe à la complexité
de l'association. Tout se passe comme si nous avions, là,
la superposition de deux champs, la caféière de l'homme,
le jardin vivrier de la femme. Dans les années 30, où a
été introduit le café, il semblait y avoir une opposition
entre cette culture et les vivriers. Alors que dans
beaucoup de pays on a évincé l'association, cette idée a
été retenue par la région. Elle a donné à la caféière une
allure plus écologique, plus raisonnable et, de plus,
harmonieuse avec le milieu. Ce pari était audacieux: il
267
s'agissait d'introduire des cultures basses sous une
végétation comportant déjà deux étages, le café et des
arbres d'ombrage. La difficulté de faire intervenir sur
un même champ, l' honune et ses fenunes semble avoir été
surmontée. La réparti tion des rôles de chacun se passe
sans problème. L'honune intervient uniquement sur le café
pour lequel il peut avoir recours à de la main-d'oeuvre
salariée, les fenunes gardant toute leur autonomie pour
les vivriers. La caféière est le champ le plus riche en
terme de diversité. Le nombre moyen d'espèces cultivées
sous café est de 10,75 contre 8,6 sur l'ensemble des
champs. L'important a été de choisir des vivriers
capables de supporter les conditions sciaphiles imposées
par ce nouvel environnement quasi-forestier. La diversité
des vivriers sous café et leur importance entraîne une
augmentation de la densité d'occupation du sol (tableau
n030). Le eus des cultures vivrières dans la caféière est
plutôt plus élevé que celui des vivriers plantés seuls.
Il est en moyenne de 1.,99 sous café. contre 1,81. pour
l'ensemble des champs. Si on y ajoute la présence de
café, le eus total des caféières augmente d'une unité
pour passer à une moyenne de 3,07 confirmant le caractère
intensif de ce type de champ. Cela signifie, aussi, qu'il
faudrait trois fois plus de surface pour conduire les
mêmes cultures en culture pure et si cette collaboration
honune-fenune n'existait pas. Par ailleurs, nous l'avons
vu, les rendements obtenus sont d'un excellent niveau. Le
LER vivrier moyen (tableau n033) calculé pour les
caféières est de 2,42 contre 2,05 sur l'ensemble des
parcelles. Par conséquent nous pouvons conclure sur
l'absence de concurrence évidente du café et sur la bonne
fertilité de ce champ, grâce peut-être à une couverture
végétale importante et permanente qui permet une
protection, sans équivalent, du sol contre l'érosion.
D'autres critères, principalement de gestion vont entrer
en ligne de compte pour fixer le nombre d'espèces
cultivées en association dans chacun des champs.

268
Les champs à statut précaire: des champs simplifiés

Quand il n' y a pas de sécurité foncière donc de


sécurité sur la récolte, les associations sont
simplifiées. A l'extrême, si le risque est trop grand,
l'association devient binaire, haricot-mais. Ce sont deux
cultures qui se sèment facilement. Leur récolte peut se
faire en une seule fois. C'est d'autant plus rapide que
les pieds de haricot sont arrachés pour être séchés sous
une avancée de toit. Ainsi.en est-il pour tous les droits
de culture précaires, obtenus chez un voisin, sur les
terres de la chefferie, chez son ancien mari etc. On
évitera d'engager des travaux dans des champs si la
récolte n'en est pas assurée. La force de travail,
facteur limitant de ces exploitations, est concentrée sur
les champs plus sûrs.

Que le champ soit fertile ou non, lorsqu'on a peu


d'espace, on doit en retirer un maximum

La démographie locale joue un rôle important: dans


la partie centrale du plateau bamiléké, plus peuplée, les
champs ont en moyenne plus de I l espèces contre moins de
9 sur l'ensemble de la zone d' étude. L'observation des
différents coefficients d'utilisation du sol (tableau
n029) des parcelles de ce secteur nous permet de faire les
remarques suivantes: Les eus vivriers des parcelles de la
zone centrale du plateau basaltique sont élevés. Ils sont
en moyenne de 1,99 s' aj oute souvent celui des caféiers.
Les parcelles y ont un eus total moyen de 2,92 alors que
le eus total des parcelles de la périphérie méridionale
granitique, moins peuplée, est de 1,74. Le eus élevé est
révélateur de la forte pression démographique et d'une
faible surface cultivable des exploitations. De même que
les agricultrices n'ayant pas la possibilité de faire des
jachères, ne respectent pas forcément la rotation
269
repérable dans les zones moins peuplée. Elles doivent
produire dans chaque champ l'ensemble des vivres
nécessaires à la famille. Les arachides apparaissent même
en culture continue. Mais cette pression sur le sol n'est
pas identique pour toutes les agricultrices et pour
toutes les catégories d'exploitations. Elle met en relief
les inégalités face à la terre. Ainsi, le eus dépend de
facteurs écologiques (présence ou non d'une jachère et de
café) mais aussi de nécessités sociales (pression
démographique, surface exploitable par l'exploitation).

III.10.B. Options prises pour des raisons


techniques

Le champ de case: le plus intensif des champs


proches

La proximité du champ par rapport à la concession


influence le nombre d'interventions qu'on y fait et,
donc, le nombre de cultures. On distingue les champs
attenants à la concession, plus denses de ceux plus
éloignés. Leur accès a1se facilite les épandages de
fumier et de déchets de cuisine.
De ce fai t, ces champs ont un eus vivrier moyen qui
apparaît plus élevé mais que nous ne chiffrerons pas en
raison de la fablesse de notre échantillon. Les analyses
de sol montrent la fertilité exceptionnelle du champ dit
de case (FEREMANS, 1995, p.87). C'est un véritable
potager qui concentre les déchets de cuisine et les
cendres. On y constate une augmentation sensible du taux
de carbone. Le eus élevé s'accompagne d'une grande
divers i té de cul tures . C' est là qu'on trouve toutes les
cultures de type condimentaire.

270
La reprise de jachère: un champ particulier
102
A Fokoué, dans la zone dite granitique , la pratique de
la jachère et sa reprise est le seul moyen d'augmenter
sensiblement la fertilité des sols. Moins fréquente à
Baleveng, cette pratique semble y avoir les mêmes effets '.
La spécialisation en légumineuses ou en tubercules de ces
champs en 1ère année de culture après jachère permet de
faire de ceux-ci une catégorie de champs bien à part:
domination de l'arachide parfois de la pomme de terre et
du macabo. C'est en deuxième année que l'on y implante
des ignames, du mais les années suivantes, du manioc
quand le sol s'épuise, Chaque femme dispose d'un champ à
chaque stade de la rotation, Mais curieusement la
biomasse des associations ne semble pas en rapport avec
cette fertilité, Le eus vivrier y est sensiblement plus
faible (1,68 avec jachère contre 1,81 sur l'ensemble des
parcelles), Les difficultés de travail rencontrées sur ce
champ et que nous détaillons plus loin sont certainement
à l'origine de cette observation.

L'inter-dépendance des facteurs (pression


démographique, présence de café, fertilisation, sécurité
du droit de culture) ne peut nous permettre d'attribuer à
l'un ou l'autre la responsabilité d'influencer seul le
eus, En effet, les caféières classiques étant rarement
éloignées des concessions, reçoivent prioritairement de
la fumure organique, en plus des fertilisants chimiques
apportés au café, Elles appartiennent au mari qui octroie
des droits de culture stables à ses épouses. De même les
parcelles cultivées par chaque femme sous le café ont
toutes une bonne fertilité et une tenure foncière

1Q2
On trouve aussi dans cette zone des coulées de
basalte ancien.

271
relativement sûre. Le niveau et la composition du C.U.S.
tiennent compte de tous ces éléments pris ensemble.

272
CHAPITRE 11

Les pratiques ou "manières" de cultiver

Introduction

Le procès de travail que l'on condui t dans chacun


des champs, soit qu'il s'adresse au sol, soit directement
aux cultures ou à la population des ravageurs, s'organise
en une chaîne opératoire appelée itinéraire technique l03
(SEBILLOTTE 1974, p.8). Par rapport à d'autres activités,
l'agriculture se distingue par le nombre des éléments de
l'écosystème sur lesquels on travaille: le sol, l'eau,
les cultures, les ennemis des cultures. Ces opérations
s'échelonnent tout au long du cycle de végétation des
plantes selon ce qu'on appelle le calendrier cultural.
Elles sont importantes pour les espèces en place mais
peuvent avoir parfois des effets sur plusieurs années de
la rotation, ce que SEBILLOTTE (1985,p.190) appelle des
"effets cumulatifs". L'itinéraire technique et le
calendrier cultural sont deux coses à la fois distintes
et très liées. La difficulté réside dans l'organisation
des travaux en fonction des saisons; un même travail fait
en conditions climatiques différentes peut conduire à des
résultats opposés. Par rapport à la fertilité, on attend
que cet enchaînement d'opérations culturales produise non
seulement des résultats sur les récoltes mais aussi qu'il
conduise à la préservation des équilibres écologiques
fondamentaux humique, hydrique, minéral, parasitaire ...

103 "combinaisons logiques et ordonnées de techniques


culturales appliquées à une espèce végétale cultivée"
(SEBILLOTTE, 1974)

voir aussi SEBILLOTTE (M.), 1978 - Itinéraires techniques


et évolution de la pensée agronomique. C.R. Acad.Agric.
Fr., 14/6/78, pp.906-914.

273
III. 11.A Créer des conditions de fertilité avant semis i
des cOnnaissances accumulées. une innovation permanente

La jachère herbeuse est le moyen utilisé


traditionnellement dans la rotation pour reconstituer la
fertilité
Définie par SEBILLOTTE (1985, p.178) comme "un état
de la terre d'une parcelle entre la récolte d'une culture
et la mise en place de la culture suivante", pour de
nombreux chercheurs, la jachère s'avère particulièrement
adaptée à la conservation de la fertilité du milieu
tropical humide. Les travaux effectués sur le sujet ont
mis en évidence quelques grands avantages à conserver au
sol une période de repos:
-une restauration du stock organique lorsque la durée de
la jachère est supérieure à 5 ans.
-un assainissement du sol, ainsi débarrassé d'une partie
de ses parasites et adventices.
-une amélioration de l'état structural, de la porosité et
du drainage.
-un accroissement de l'humidité du sol pour la culture
suivante (utile en région sèche)
-une régulation de l'organisation du travail permettant
aux agricultrices de remplir leurs obligations sociales.
Mais pour SEBILLOTTE (1985, pp.176-183), l'efficacité de
la jachère dans plusieurs de ces domaines est objet de
controverse. Selon lui (1985, p.176), "l'usage abusif de
résultats obtenus en stations expérimentales( ... ) leur
donne une garantie de sérieux mais pas d'extrapolabilité"
et on serai t loin des pratiques des agriculteurs. Dans
notre reg10n d'étude la jachère est, aux yeux des
agriculteurs, un moyen de restauration de la fertilité.
Elle a fait l'objet d'essais d'amélioration.
L'administration coloniale a fait passer à une jachère
travaillée, ensemencée en légumineuses qui, enfouies en
engrais vert, permettent d'enrichir le sol en azote. Ces
essais se sont avérés très concluants pour les sols.
Malheureusement, ils se sont heurtés aux' contraintes en
274
main-d'oeuvre rencontrées par la plupart des exploitants.
Non seulement, aujourd'hui, la jachère est revenue à sa
forme ancienne de recrû spontané, mais son extension
géographique régresse sous la contrainte démographique.
Cependant, elle occupe toujours une place centrale dans
la gestion des terres puisque la composition végétale des
associations de cultures dépend, nous venons de le voir,
du nombre d'années de mise en cul ture du champ après
jachère. Ce sont les cultures exigeantes en matière
organique et en porosité (ou qui tolèrent une grande
porosité) qui viennent de préférence en première année
après jachère. Il est paradoxale que les agriculteurs lui
accordent autant d'importance puisque les résultats
obtenus ne sont pas à la mesure des attentes: les
récoltes en mais, en moyenne de 1 120 Kg de grains
secs/ha, y sont inférieures à la moyenne, ceux de haricot
de 310 Kg/ha de grains secs également, de même que ceux
en macabo et taro, 665 Kg/ha de tubercules contre 1 040
Kg en moyenne. En fait, les résultats l'appréciation
qu'ils en ont est surement sur les résultats de plusieurs
années. Les reprises de jachère sont soumises à beaucoup
d'aléas: la parcelle n016 a été brûlée accidentellement
par les feux des éleveurs alentours (et privée donc de
beaucoup de matière organique), la n024 très longtemps en
jachère avait un sol dur qu'il a été difficile de
travailler correctement (labour superficiel), les
parcellles n014 et 25 sont des champs d' homme mal (donc
mal travaillés par les femmes), le sol de la parcelle 27
a été piétiné par les zébus vagabonds appartenant aux
éleveurs Mbororos. D'une façon générale, les mauvais
résul tats enregistrés sur ces parcelles proviennent de
situations difficiles. On s'aperçoit souvent que les
champs qu'on met en jachère ont un statut foncier
défavorable pour l'agricultrice (champs d'homme, prêt
d'une co-épouse, droit de culture temporaire ... ). Il est
plus difficile de trouver une jachère dans un champ sur
lequel on compte véritablement pour nourrir la famille.
Quand c'est le cas, les résultats peuvent y être d'un bon
275
niveau (parcelle nOS), où le LER est égal à 3,98 (800
Kg/ha de grains secs de haricot, 4 260 Kg/ha de grains
secs de maïs ... ). De plus les terres occupées par une
jachère peuvent, sans trop de problèmes, être cul tivées
plus tardivement. Le labour qui suit laisse suffisamment
d'éléments grossiers pour freiner l'érosion en période de
pluies. Ainsi, même si les résultats ne sont pas toujours
évidents, la jachère apparaît intégrée à la gestion de la
fertilité des sols. Sa disparition ne peut se faire sans
bouleversements majeurs.

En somme, les types de tenure, la taille de


l'exploitation et la possibilité de pratiquer plus ou
moins fréquemment une jachère peuvent amener des
changements importants dans la composition des
associations culturales et notamment celle des vivriers
associés. La couverture végétale que la jachère assure au
sol est un élément important de la maîtrise de l'eau.
Celle-ci est aussi un point-clé du calendrier cultural.
Ce dernier doit faire coïncider les besoins des cultures
avec les périodes suffisamment pluvieuses et éviter que
les sols soient nus au moment où les dégâts des pluies
sont les plus probables. Le contexte de pente justifie
l'attention que nous portons à ce problème.

Une préparation du sol en trois temps

Le calendrier cultural regroupe entre janvier et


début mars les opérations destinées à préparer le sol en
vue des semailles. Ce travail se déroule en 3 temps: le
défrichement destiné à couper la végétation de surface,
l'écobuage qui a pour but de traiter cette végétation
abattue et enfin le labour qui assure tout à la fois
l'aération du sol, l'extraction des racines et la
formation d'un modelé. L'outillage utilisé, pour ce
faire, est rudimentaire et relativement uniforme sur la
région. Il se compose de la houe classique à manche court
276
et fer recourbé et de la matchette (coupe-coupe) qui
présente des variantes (voir Fig. 33). La longueur et la
courbure de la lame sont choisies en fonction de
l'utilisation. A l'image de l'ensemble des outils
utilisés en Afrique, leur utilisation normale se fait
selon un geste "lancé", fort différent du geste "poussé"
qui correspond à l'utilisation de la bêche ou du
trident, utilisés en Europe pour effectuer le labour
manuel du sol. Le temps de travail nécessaire à cette
phase est important, évalué à peu près à 1/3 de la
totalité du cycle de culture. Il n'y a pas en pays
bamiléké de limite évidente entre préparation du sol et
semis ou plantation. Au contraire de ce qui se passe dans
des agricultures mécanisées.

277
Figure n029: Les outils

MATC/-ŒTTt:

PLANTOir<.

Un temps de travail de préparation du sol allongé


après jachère

Le défrichement est plus difficile la premlere


année de mise en culture, après une jachère vieille de
plus d'un an, la végétation étant plus abondante et
parfois lignifiée. Il fait alors l'objet d'une opération
culturale séparée du labour, opération simultanée dans
d'autres situations. La période du défrichement et
surtout sa qualité varient peu d' un endroit à l'autre.
278
Elle se situe en janvier ou au début février. La
végétation coupée au cours de cette opération peut suivre
deux voies. Etre brûlée dès qu'elle est sèche ou faire
l'objet d'un écobuage partiel (voir ci-après). Cela
dépend de la quantité de cette végétation et du travail
qu'on peut consacrer au champ: dans les champs à statut
précaire, le brûlis rapide est préféré à l'écobuage dont
on tire profit plusieurs années mais qui exige du temps.
Dans la deuxième quinzaine de février, les agricultrices
conunencent à labourer les champs. Le labour est, lui
aussi, affecté par le précédent cultural: la difficulté
du labour après jachère réside dans le dessouchage 104 des
graminées au système racinaire puissant (Pennisetum
purpureum), des plantes à rhizomes (Imperata cylindrica)
ou des espèces arbustives non alimentaires. Il est usuel
de laisser en place des rhizomes qui seront déssouchés au
moment du sarclage (le temps y est moins compté). En
compensation des temps de travaux plus lourds après
jachère, cette pratique permet une plus grande protection
de la parcelle vis-à-vis de l'érosion notanunent en
contexte de pente. Elle conserve, avant l'implantation de
la culture, une certaine fixation de la terre par les
systèmes racinaires laissés en place. C'est important
parce que ces champs laissés en jachère sont souvent plus
lointains et cultivés en dernier. Le labour y a aussi, un
aspect rugueux (beaucoup de débris) qui limite l'érosion.
C'est d'autant plus important que le champ d'arachide
(presque systématique en reprise de jachère) est moins
touffu que les autres, le sol plus exposé aux pluies
qu'ailleurs. Au moment du labour, on a l'habitude de
planter l'igname sur de grandes buttes confectionnées
avec une partie de la végétation. La pomme de terre est
aussi plantée à ce moment-là. Les autres semences

104
Action qui consiste, pour certains végétaux
vivaces, à extraire la formation basale qui demeure en
place lorsqu'a été éliminée la partie aérienne

279
viendront une quinzaine de j ours plus tard. Ce laps de
temps de deux semaines que l'on laisse dans les parcelles
où l'on va fréquerrunent, permet à la matière végétale
d'engager sa décomposition. Les résultats sont meilleurs
que si labour et semis sont simultanés. Au labour, la
végétation qui reste en surface est enfouie. En première
année de culture après jachère (champ d'arachide). cela
concerne environ la moitié des végétaux coupés. En
deuxième année (champ d'igname) 1/4 seulement des herbes
est enfoui. La quantité de cette végétation dépend
l'importance du recrû spontané et des traitements qu'on
lui aura fait subir.

L'écobuage s 1 impose après une jachère de longue


durée

C'est une opération contestée pour la gestion de la


fertilité. Les observations faites à ce propos permettent
d'identifier sous la terminologie d' écobuage un ensemble.
varié de pratiques. En effet, liée à la masse végétale à
traiter, cette opération va du simple brûlis à des
confections élaborées de billons écobués (Figure n030) .

280
Figure n 0 30: Un billon écobué

Pour faire un écobuage, on s'applique à la confection des


andains à partir de la végétation coupée lors du
défrichement; on les recouvre de terre ou de touffes
d'herbes retournées racines à l'air; on réserve des
cheminées faites en branchage et on met à feu pour une
combustion lente et étouffée. L'écobuage transforme une
partie de la végétation, impossible à incorporer en
l'état dans le sol (Planche na?).

281
282
Sinon, on obtiendrait un labour "soufflé" et un sol creux
inapte à l'approvisionnement en eau de la semence et de
la jeune plantule. PRAQUI~os (cité par DUCRET, 1986,
p.22) donne quelques indications sur la valeur
agronomique du billon écobué. Ainsi, la combustion
conduirait à une transformation et une diminution du taux
d'argile (moins 50 à 70% du taux d'argile dans l'horizon
0-20cm) donnant un allégement de la texture. Les sols
écobués plus légers sont aussi plus faciles à travailler.
Sur les billons écobués, on noterait une concentration
minérale (augmentation considérable des bases
échangeables, du P205 assimilable et du pH) favorable à
la nutrition des végétaux même si la minéralisation de la
matière organique entraîne à la longue une baisse du taux
de matières organiques. DUCRET (1986, p.22) dit que
106
"D'après des essais comparatifs menés à Bansoa , sur des
sols ferrallitiques à profil complexe (rajeunis par
apport de cendres volcaniques) et après jachère de longue
durée, un écobuage annuel permet d' obtenir 60 q/ha de
mais sans que les rendements baissent après 3 écobuages
successifs, rendement nettement supérieur à celui obtenu
par une fumure rationnelle". Après toutes ces expériences
PRAQUIN et SEGUY (cité par DUCRET, 1986, p.22) concluent
que l'écobuage devrait se limiter à une seule fois après
une longue jachère puis être complété par une
fertilisation chimique. Pour calmer les inquiétudes à
l'égard de cette technique jugée peu préservatrice de la
matière organique, nous pouvons souligner sa destruction
seulement partielle: la végétation ainsi écobuée
correspond à environ la moitié des herbes défrichées,

105 PRAQUIN (J.), SEGUY (L.), Institut de Recherches


Agronomiques Tropicales et des cultures vivrières (IRAT-
Ouest) ,Dschang.

106 Petite localité à proximité de Dschang, où l'IRAT


avait des champs d'expérimentation

283
l'autre moitié étant incorporée au sol au moment du
labour. Les parties souterraines du recrû spontané ne
sont pas touchées. Il semble possible de faire le lien
entre le contexte de la parcelle et la forme que revêt
l'écobuage. Ainsi dans le cas d'une forte pente et d'un
risque non négligeable d'érosion par ruissellement des
eaux, on augmentera la masse de végétaux grossiers
incorporés afin· de rendre la surface du sol plus
rugueuse. Dans ce cas particulier, l'écobuage peut même
totalement disparaître. On le pense inutile dans les
parcelles les plus pauvres où le recrû spontané peu
abondant est _ facilement~· incorporé. L'écobuage est
toujours absent des préparations de deuxième cycle qui,
succédant à la première récolte sont dépourvues de
végétation importante. Ce qui est le plus à craindre à
nos yeux est plutôt le remplacement de cet écobuage par
un brûlis simple, dévastateur de la totalité de la
matière organique de surface. Aucune justification
agronomique ne prévaut pour expliquer cette pratique dont
l'apparition est essentiellement imposée par des
problèmes de main-d'oeuvre.

Le billonnage transversal et cloisonné: une technologie


efficace ...

En ce qui concerne le labour, les enjeux sont


doubles:
-le besoin d'obtenir une certaine porosité et
propreté du sol en le remuant et en le débarrassant des
racines d'adventices et des rhizomes qui pourraient
engendrer des plantes concurrentes de la culture;
-la nécessité de limiter les problèmes
d'érosion ou de battance fréquents pour un sol débarrassé
momentanément de toute végétation protectrice. On
cherchera un modelé et un aspect de surface adapté. En
matière de modelé, les agricultrices de la région
choisissent un labour en billons. Elles font des montées
284
de terre en andains (ou billons) disposés, sur la
maj ori té des parcelles, perpendiculairement à la pente.
Le choix est d'autant plus efficace que les billons
interrompus par endroits et reliés par des billons
transversaux forment un réseau qui canalise et freine les
eaux de surface et réduit sensiblement l'érosion par
ruissellement. Les andains apportent aux cultures en sol
peu épais (sols érodés ou sur roche jeune) un volume de
terre suffisant contrairement à un labour à plat. En zone
inondable, les billons sont suffisamment hauts pour
maintenir le système racinaire des cultures au-dessus de
la nappe phréatique. Les dimensions, hauteur /largeur des
billons, et l'espacement entre deux billons qu'on appelle
le sillon sont étroitement dépendants des situations:
billons de petite taille en sol peu profond, très hauts
en sol profond mais inondé, plus larges, plus hauts et
peu espacés en sol profond, sans problème d'eau (Figure
n031). L'aspect de surface des ,billons est largement
déterminé par la quantité de matière. organique enfouie
lors du labour. Celle-ci va donner un aspect plus ou
moins pailleux, plus ou moins rugueux modifiant
sensiblement le comportement des eaux de surfaces et
modulant l'érosion et la pénétration de l'eau.

285
Figure n031: Profil du bilonnage selon les situations

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Source: composé à partir de KLEITZ, 1988, p.31

286
... de qualité parfois inégale

Une bonne qualité de travail demande un investissement en


temps important que nous pouvons évaluer entre 200 et 250
heures par hectare, plus long en sol lourd (labour de
deuxième ~ycle) et sur terrain dur après jachères surtout
pâturées. onèattê~dra les premières pluies pour faciliter
le labour dé's ,'soi~' en jachère. Dans les caféières, les
billons sont, co~fectionnés entre les lignes de café, pour
ne pas endommager les arbustes.

Le semis; difficile choix des dates et des


! I L l ! . B.
densités. savoir faire individuel et organisation
conununautaire

Un semis en temps voulu, facteur de réussite de la


culture

Le semis des graines (mais, haricot, arachide) a


lieu autour du 1.5 mars. L'arachide est semée après le
mais, les haricots et la pomme de terre. On attend qu'il
pleuve au moins 3 jours consécutifs avant de semer. Cela
garantit un minimum de réussite. Les risques
d'interruption des précipitations sont alors moins grands
même si la cul ture associée limite ces risques. Si une
culture ne réussit pas, une autre prendra sa place.
L'essentiel des semis (de mais) d' une fenune s' étale sur
une semaine. La patate douce est la dernière culture mise
en place. Boutures de tiges, les semences sont plantées
en mai, lorsque les pluies sont bien installées et
régulières. La reprise et la croissance des semonceaux
est ainsi assurée. Dans plusieurs études une place
privilégiée est faite au semis comme facteur déterminant
de la réussite de la culture. L'outillage utilisé dans la
région est tout aussi rudimentaire que celui du labour,
se limitant à un plantoir, sorte de couteau à lame large
d'une trentaine de cm (planche n08) et servant à former le
trou où sont jetées les semences.
287
288
Les règles qui régissent le comportement des
agricultrices vis à vis du semis sont les suivantes:
-respecter les dates officielles de début des
semis, fixées selon les chefferies aux alentours du 15
mars après l'installation de quelques grosses pluies. Un
semis isolé et fait avant ces dates s'expose
particulièrement à l'attaque des rongeurs et autres
ennemis en quête de nourriture;
-semer le plus rapidement possible pour que les
cultures aient le temps de couvrir le sol avant les
grandes pluies. Souvent, on gagne du temps en mélangeant
certaines des graines semées à la volée comme le Gombo,
les courges et les "légumes africains" (baselle, morelle,
amarante) .
Un semis fait en temps voulu va permettre de caler les
besoins en eau des culture par rapport au cycle pluvial,
c'est essentiel dans le cas du deuxième cycle de culture,
tout comme il doit permettre d'effectuer la récolte en
dehors de la période de paroxysme pluvial. En effet, les
conditions de conservation en découlent.

Le semis en poquet, une sécurité supplémentaire

Vu les conditions conditions sanitaires médiocres des


sols et la qualité aléatoire des semences, le semis en
poquet apparaît comme une garantie d'un peuplement
correct et d'une couverture végétale relativement
homogène (tableau n03a). Il sera suivi éventuellement d'un
démarriage. En cas d'incertitude sur le niveau de
fertilité du la parcelle on pourra s'adapter en éliminant
les plantes trop frêles inaptes à poursuivre leur
développement. C'est une technique utilisée pour le
haricot et le mais.

289
Tableau n03S: Densités, modes de semis
observés dans la région

mais 24 100 poquets 2,23 l,OB

haricot 6B 500 poquets 2,20 2,96

macab/taro 9 BOO
tubercules

pomme de t 21 600
tubercules

ignames 2 400
tubercules

* densité moyenne, ** nombre de pieds par poquet, ***


nombre de poquets par m2 • Source: enquête ADOC 1992
portant sur 19 parcelles situées dans 3 chefferies,
Fokoué (plateau granitique), Baleveng (plateau
basaltique), Balatchi (piémont).

Ajouté à l'aspect qualitatif des semences se pose souvent


le problème de les obtenir en quantité suffisante,
surtout pour des tubercules chers comme la pomme de
terre. On évalue le coût de cette semence à environ 600
OOOFCFA/ha et elle est rarement disponible sur les stocks
propres à l'exploitation.

Les fortes densités de haricot à interpréter par rapport


à la maîtrise de la récolte

Les très fortes densités de haricot (supérieures à SO 000


pieds/ha) sont réservées à des champs particuliers, des
champs plutôt "à problèmes" sur lesquels on n'exerce pas
une maîtrise totale de la production soit parce que ce
sont des champs d'homme, soit qu'il s'agisse de parcelles

290
sur lesquelles on intervient à plusieurs, de parcelles
d'un ex-mari ou encore de champs destinés à être
expropriés. Le haricot pousse vite, meuble facilement une
parcelle sans trop de travail ni de préparation du sol ni
d'entretien. De ce point de vue il est fort bien adapté à
ce type de situations marginales pour lesquelles
l'agricultrice ne veut pas investir en temps.

Les densités de maïs fonction des aptitudes agronomiques


des sols

Une augmentation de la densité du mais dans un champ aura


une toute autre signification. De fortes densités
(supérieures à 30 000 pieds/ha) s'apparentent à une bonne
fertilité du sol que ce soit dans la caféière bien
entretenue et fertilisée, dans un champ qui vient d'être
défriché ou sur des zones écobuées. Cet accroissement du
nombre de pieds à l' hectare résulte bien plus du nombre
de pieds par poquet compris entre 2,5 et 3 que de
l'écartement relativement constant et voisin de 50 cm
entre les poquets.

Des significations différentes pour _.les densités en


tubercules

Les tubercules connaissent, eux aussi, de très grandes


variations de densités. Les densités de pomme de terre
supérieures à 20 000 pieds/ha et de macabo+taro de plus
de 10 000 pieds/ha sont caractéristiques des billons
écobués ou des cul tures après défriches lorsque
l'arachide en est absente. Mais pour cela, il faudra que
l ' agricul trice dispose de semences et ce n'est pas
toujours le cas. Tandis que les formes d'ajustement à un
sol épuisé en culture continue se traduisent par une
augmentation des densités des ignames, d'autant que là,
le problème de semences ne se pose pas.
291
Il n'existe donc, en dépit de ce que prétendent les
écrits, aucun automatisme évident à priori qui aboutisse
à des associations normalisées selon des critères
agronomiques. En fait, les agricultrices développent des
formes de gestion des parcelles qui aboutissent à une
différenciation extrêmement nette des associations
culturales entre d'une part des champs relativement
fertiles bénéficiant de conditions de cultures
relativement stables et de l'autre, des parcelles à
statut précaire pour lesquelles la production n'est pas
totalement maîtrisable. Si des critères purement
agronomiques sont donc à prendre en considération pour
expliquer la variabilité des techniques de semis, les
considérations autres sont complexes et multiformes et
n'épargnent guère le choix des agricultrices au risque
parfois d'être contestables sur le plan de l'efficacité
technique et économique.

Le mélange des graines pour gagner du temps

La course contre la montre menée par les


agricul trices au moment du semis se gagne par quelques
astuces. Le mélange des graines de courges, gombo et
légumes africains en fait partie. On l'a vu, il s'écoule
plus d'un mois entre les premiers et les derniers semis,
haricot, mais et tubercules semés en plusieurs passages.
Le mélange des graines de culture que l'on pourrait
qualifier de secondaires parce qu'elles servent de
condiment et non pas d'aliment principal est un moyen
d'abréger un travail lourd par ailleurs. Celles-ci sont
donc semées, en mélange par tache et à la volée à
intervalles réguliers sur les billons. On ne s'étonne pas
ultérieurement de ne pas récolter les courges semées dans
ces mélanges lorsqu'il s'agit d'une zone peu fertile où
cette culture exigeante ne peut pas pousser. Dans ce cas

292
seul le gombo et les légumes auront des chances de
produire.

Le semis délicat du deuxième cycle

Pour la deuxième saison de culture, certaines


agricultrices enfouissent les herbes coupées et les
laissent pourrir une semaine avant de semer. Mais il ne
faut pas oublier qu'il faut semer suffisanunent tôt pour
que ces cultures profitent des réserves en eau du sol
après la saison des pluies. La marge de manoeuvre est
étroite. Les agricultrices qui n'ont pas observé
l'influence de cette semaine de battement n'obtiennent
qu'un relatif succès en semant dès le labour achevé. Les
pratiques empiriques sont plus observées que les conseils
de l'encadrement agricole. Mais les fenunes n'ont pas
toutes le même sens intuitif de ce qu'il faut faire.
Cette deuxième saison de culture dépend beaucoup de
l'abondance des pluies qui conditionne le travail du sol
et les attaques parasitaires à la levée. Inférieures aux
surfaces en premier cycle, celles-ci sont intimement
liées aux handicaps des pluies. Ce cycle cultural
implique aussi des sols filtrants à l'exception des sols
hydromorphes des bas-fonds.

Un billon écobué sur lequel on sème tout à la fois

L' entassement des herbes coupées sur des billons


isolés va donner après combustion, une concentration sans
égale de minéraux qui sera appréciée des cultures. Sur ce
billon privilégié et d'une surface avoisinant souvent 10%
de celle du champ, l'agricultrice va implanter un maximum
de cultures (dont des courges absentes ailleurs),
plantées à fortes densités (tableau n039). Voici un
exemple de billon écobué où l'on trouve en mélange les
cultures suivantes:
293
Tableau 39: Densités relevées sur billon écobué

CUltures 1 Densités

mais: 147
000 pieds/ha
ponune de terre: 175 000 pieds/ha
macabo: 125 000 pieds/ha
haricot: 139 700 pieds/ha
courge: 1 8 800 pieds/ha
légume (morelle 1: indéfini
igname: 1 1 500 pieds/ha
1
Source: enquête ADOC - 1992 portant sur 19 parcelles situées dans 3
chefferies, Fokoué (plateau granitique), Baleveng (plateau basaltique),
Balatchi (piémont).
Le eus calculé sur un tel billon s'élève à 4,3 indiquant
la très forte intensité d'utilisation du sol à cet
endroit.

III.l1.Ç. Des priorités entre les chëlI!!Ps pour concilier


les disponibilités en travail et les impératifs
alimentaires

Les premiers sarclages, un goulet d'étranglement, ...


Conune il faut désherber les premières parcelles
ensemencées alors qu'on doit labourer et semer les
dernières, l'importance du travail amène à un véri table
goulet d'étranglement. Quelquefois cela peut conduire à
l'abandon pur et simple de parcelles. Le premier
désherbage se déroule entre début-avril et fin-mai en
fonction de l'avancement de la végétation. La composition
végétale de l'association en détermine la date: environ
20 jours après le semis s'il Y a des arachides dans
l'association, 30 jours s'il n' y en a pas. Une culture
conune l'igname est facile à désherber. Les jeunes pousses
de mais ont besoin d'un buttage pour faciliter leur
ancrage et limiter la verse des pieds. Celui-ci a lieu 3
à 5 semaines après le sarclage quand le mais atteint
environ 50 cm. Les pluies fortes de cette période ont
294
tendance à dégager la terre, limitant la nutrition du
mais. Ceux-ci se couchent facilement au moindre coup de
vent. Sans buttage le rendement du mais est compromis.
C' est au moment du buttage qu 1 a lieu généralement
l'apport d' engrais. Il est indispensable dans les sols
maigres. Fait en couronne autour du mais, on ne prend pas
souvent le temps de le recouvrir de terre. L'igname, la
pomme de terre ont aussi besoin d'un buttage. Les
itinéraires techniques les plus soignés comprennent un
deuxième sarclage. Il reste exceptionnel. La présence de
patate douce amène à faire ce sarclage supplémentaire.
C'est une façon d'éclaircir la végétation et de chasser
les rongeurs. Un cycle de culture bien suivi demande
trois opérations de sarclage et buttage .

. • • à faire en temps voulu si l'on veut un résultat,


surtout sur arachides et après jachère

Désherbées en premier, les arachides sont considérées


comme difficiles à sarcler. Leur sarclage se fait au
couteau plutôt qu'à la houe comme cela se fait sur les
autres cultures. La régularité de ces sarclo-binages va
donner au champ son caractère de culture bien entretenue.
Une culture envahie par les herbes à un moment de son
cycle va en souffrir presque irrémédiablement. Trois
interventions seulement paraissent à la portée de la
plupart des agricultrices. C' est un minimum à conserver
dans cette région où la combinaison d'une température
élevée et la disponibilité en eau importante créent des
conditions de croissance idéales pour les cultures comme
pour leurs plantes concurrentes. Il faut procéder
d'autant plus rapidement qu'on a laissé au labour des
rhizomes de sissongo. La concurrence devient vite sévère.
C'est souvent le cas après une longue jaChère. Effectué à
la houe, le sarclage élimine les adventices et en plus
aère le sol. Pour la pomme de terre et le mais, on en
profite pour recouvrir les racines adventives et
295
favoriser ancrage et alimentation correcte des plantes.
Ces opérations sont facilement couplées avec un apport
d'engrais. Il est artificiel dans notre région de
dissocier binage et sarclage (désherbage). On peut parler
de sarclo-binage. Les agricultrices ont constaté qu'un
retard de cette opération culturale entraîne une
diminution importante du rendement des arachides
sensibles à la concurrence des adventices. Cette chute de
rendement ne les empêche pas d'emblaver un maximum de
superficie en espérant que, même mal désherbée, la
récolte ne sera pas nulle. L'ensemble des travaux de
préparation du sol, d'installation et d'entretien des
cultures va se concentrer sur une période d'à peine
quatre mois pour 60% du travail. Soit, sur les parcelles
étudiées, 1 000 heures de travail qu'il faudra consacrer
à chaque hectare en moins de 120 jours. Les 40% autres
seront occupés à la récolte qui elle va se répartir sur
les 8 mois restant.

Des récoltes échelonnées sur huit mois de l'année

La diversité des espèces et la présence de plantes


à récolte échelonnée explique la place prise par cette
dernière dans le calendrier cultural. Les premières
récol tes débutent très tôt, un mois et demi après le
semis. C'est au tour des "légumes africains" de
commencer. Ces plantes annuelles à feuillage consommé
cuit comme des épinards sont principalement représentées
par la morelle et l'amarante. Echelonnée, leur récolte va
durer jusqu'à mi-juillet, à raison d'abord d' une coupe
tous les 15 jours puis toutes les 3 semaines en fin de
production. Suit l'arrachage des pommes de terre qui,
dans les parcelles les plus précoces, mûrissent à la mi-
mai. A cette époque elles viennent pallier les
difficultés de soudure que connaissent certaines
exploitations dès les semis. Conune ces tubercules
récoltés ne sont pas arrivés à maturité, l'agricultrice
296
les prélève au fur et à mesure de ses besoins.
L'utilisation précoce de cette culture peu étendue
explique qu'il en reste peu pour la conservation. Les
haricots sont récoltés au cours du mois de juin. Début
juin (dès le S, pour les premiers) arrive le haricot
gros-rouge hâtif. Vient, deux semaines plus tard, le
haricot noir, ensuite les deux haricots marrons (meringué
et petits grains marrons-rouges). Si on prélève une
partie de cette dernière récolte pour la consormner en
frais, l'essentiel reste sur les pieds que l'on arrache à
maturité pour une conservation en grains secs. Les pieds
arrachés sont pendus sous les avancées de toit pour
sécher (planche n09). Peu de gens les égrène dès la
cueillet te. Ces différentes façons de faire n'enrayent
pas les attaques de charançons importantes en fin de
conservation. Les pieds de mais trop frêles pour donner
des épis sont arrachés. Ils seront donnés en verdure aux
porcs. Juste avant la période très pluvieuse (juillet
jusqu'au 15 août), le mais est récolté. Sa récolte dure
deux semaines. Ses feuilles sont arrachées pour accélérer
le séchage des épis sur pied. Les récoltes tardives (fin
août, début septembre) deviennent problématiques pour le
séchage et la conservation ultérieure. La fin du mois
d'août est réservée à la récolte de la patate douce. Elle
s' étale sur deux mois et s' interrompt juste avant la
divagation des chèvres.

297
9: Le séchaoe des'naricots sous les a::ancées
de toit ~

298
Une bonne saison de culture est évaluée en fonction de la
récolte de maïs

De fin juillet â fin août, la cueillette du mais amène


les dernières récoltes â stocker pour l'année. Les
agricultrices peuvent alors se prononcer sur la réussite
de leurs cultures. Un déficit en mais annonce des jours
difficiles. Un champ moyen produit environ 100 Kg de
grains secs/ha. Le maximum enregistré dans les parcelles
observées est de 4 256 Kg de grains secs/ha (parcelle
n05). Les parcelles n027 et 3 ont eu une très mauvaise
récolte dépassant â peine les 100 Kg de grains secs/ha.
Dans la première, le semis du mais avait été très tardif.
La seconde parcelle connaît de ser1eux problèmes de
fertilité (précarité du statut foncier). En cas de
pénurie de grains, les tubercules traditionnels (taro,
macabo, ignames, manioc), les plantains et les bananes
douces reviendront souvent dans les menus. Ils se
récoltent, eux, toute l'année. La pomme de terre,
cultivée essentiellement sur écobuage â des rendements â
l' hectare assez faibles: 290 Kg de tubercules/ha. Les
rendements des autres tubercules sont de 1 040 Kg/ha pour
les macabo et le taro, 945 Kg/ha pour l'igname. Tandis
que les musacées en association ont un rendement moyen de
600 Kg/ha, fonction de leur densité. A l'occasion d'un
travail dans le champ, on ramène un régime de plantain
mûr s'il y en a ou à défaut une bassine de tubercules. Le
temps de travail pour la récol te et le temps traj et
représentent 650 â 750 heures de travail par hectare,
dans les parcelles étudiées. Une saison réussie se
traduit par des ressources alimentaires abondantes,
régulières et suffisantes pour la famille et ses
obligations telles les deuils et funérailles.

299
Un itinéraire technique en raccourci et un
calendrier cultural plus tardif dans les champs lointains

L'observation de différents calendriers culturaux


permet de noter des variations importantes: le travail
démarrera en premier dans la caféière ainsi que dans les
champs vivriers les plus proches qui, souvent, ont les
droits de culture les plus stables. Il est plus tardif et
simplifié dans les champs éloignés. Dans ceux-ci (figure
n032, cas n03) , les opérations culturales sont regroupées
pour limiter les interventions à une visite mensuelle.
D' un point de vue itinéraire technique, il est rarement
possible d'y espacer labour et semis. Le travail y sera
concentré en un minimum de déplacement et donc
l'entretien des cultures moins suivi. Il n'est guère
possible d' Y faire les trois sarclo-binages recommandés.
La culture de légumes qui se récoltent de façon
échelonnée n' y est pas envisageable. On y préfère des
associations limitées à deux ou trois espèces et qui
seront récoltées de façon groupée.

300
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PARTIE IV

LA MOBILISATION SOCIETALE
DES RESSOURCES EXTRA-
AGRICOLE POUR PÉRENNISER
L'AGRICULTURE
Introduction

Avec les difficultés financières connues par l'Etat


depuis la fin des années 80 et la libéralisation
progressive de la filière café comme l'alignement du prix
payé au planteur pour son arabica sur les cours
internationaux, on pouvait s'attendre à l'éclatement du
système agricole tel qu'il a fonctionné dans la région
jusqu'à maintenant. Pourtant s'il y a bien eu des
dégradations dans la gestion de la pression sur
l'écosystème, le système agricole ancien survit: les
ressources pour optimiser l'usage du territoire sont
importantes et l'on est sans cesse à la recherche de
voies nouvelles pour diversifier cette agriculture. Ce
mode de fonctionnement de l'agriculture tend d'autant
plus à perdurer qu'un dynamisme social est à son service
essayant de limiter les déficits budgétaires des
exploitations et de compenser par la solidarité la
contraction de l'aide d'un Etat de moins en moins
"providence". Il reste à savoir jusqu'où fonctionnera ce
système solidaritaire alors que la dépression économique
touche l'ensemble des ménages ruraux comme urbains. En
effet, si l'on admet que les réseaux de solidarité
passent par la ville, on ne peut que s'inquiéter de la
conjonction de la baisse du cours des matières premières
avec celle des salaires des fonctionnaires. La question
est de savoir si le mode d'organisation sociale qui
semble s'essouffler saura inventer encore des solutions
inédites. Sous l'angle agronomique, l'intensification
qu'on a connu jusqu'à ces dernières années reposait sur
l'alliance de savoir-faire traditionnels et l'utilisation
massive d'engrais. Ce qui valait à cette agriculture
d'être donnée en exemple au reste de l'Afrique (où l'on a
des agricultures extensives et dévoreuses d'espace). Mais
les facteurs de production devenant rares et chers, les
304
volumes utilisés ont considérablement diminué. Pourra-t-
on alors faire l'économie de réformes structurelles
importantes si l'on veut conserver les potentialités
productives de la région?

305
CHAPITRE 12

Les faiblesses du système agricole révélées


par la dernière crise

Introduction

si la production agricole dans le monde a progressé


depuis la fin de la deuxième guerre mondiale 116 , cette
progression a été moins forte en Afrique qu'en Asie ou en
Amérique latine. Les difficultés d'accès à la terre, à
l'eau d'irrigation et les limites atteintes par les
fronts pionniers ont été un frein. On a, en Afrique, une
conception de la sécurité alimentaire différente de celle
de l'Asie: ici, la capacité d'importer des produits
alimentaires est fonction des exportations. Au niveau de
l'exploitation, notamment celles de la région étudiée, la
vente de produits permet l'achat complémentaire de
vivres. La sécurité alimentaire dépend ainsi des revenus.
Ce n'est pas comme en Asie où on considère qu r il faut
produire pour manger, donc avoir accès à la terre et à
l'eau.

116 Le taux de croissance de la production agricole


mondiale qui est lié à la modernisation de l'agriculture
a été de 2,5% à 4% par an pour les pays du Sud, de 2,5% à
3,5% pour les pays du Nord (TUBIANA, 1995, p.192). On a
assisté à une mécanisation des opérations de production,
à une augmentation des rendements, à une mise en culture
de terres nouvelles, à l'usage de l'irrigation et de
modèles d'agriculture plus performants.

306
IV. 12 . A Pas de véri table soutien au secteur
vivrier

On n'a jamais eu, au Cameroun, de véritable politique de


soutien au secteur vivrier. Les résultats de la recherche
sont restés dans les stations, en l'absence d'une
politique volontariste. On a donc, dans une région comme
la nôtre assisté à une stagnation de la production
vivrière (figure n 0 33)

Figure 33 Évolution de la production des principaux


produits vivriers depuis 20 ans, dans la province de
l'Ouest

O'.!e~t:e,!(1!'.!t!(\n du rendement
1 ~;::; ?r~::!:.::!~ ogrlcoles
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Il,,,,,dollm.nt (tonn.s) .

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1
liaI. Arachide

111"0.... 1I0cabo Ioro

307
En 1992, près de 2/3 des agricultrices interrogées ont
constaté une baisse des rendements vivriers (tableau
n040). Cette proportion s' accroît dans les secteurs les
plus densément peuplés: elle passe de 46% dans les
chefferies où la densité rurale n'excède pas 100 hab/km 2
en 1987, à 59% dans celles dont la densité est comprise
entre 100 et 205 hab/km 2 et à 72% dans celles dépassant
les 205 hab/Km2. Les agricultrices qualifient cette
baisse de "forte" dans huit cas sur dix. Toutes les
cultures sont concernées. Le recours au marché, pour au
moins un produit, est devenu une obligation dans près de
3/4 des exploitations.

308
Tableau n040: Proportion d' exploitation ayant déclaré
avoir subi une baisse des rendements vivriers et devant
recourir au marché pour des achats complémentaires
Baisse régulière Achat au marché

mals 60\ ?

macabo 48\ 28\

arachide 43\ 59\

igname 15\ 11\

plantain 10\ 12\

haricot 10\ 6\

ensemble 60\ 72\

Source: projet ADOC: sur un échantillon de 100 exploitations réparties dans 20


chefferies de la province de l'OUest (Noun exclus).

La forte croissance des revenus pétroliers a permis de


faire l'économie d'une révision de cette politique,
masquant un temps la marginalisation des exportations
agricoles (figure n034) .

309
Figure 34: Évolution comparative des exportations de
café/cacao et de produits pétroliers entre 1964 et 1992

Evolution comparative des exportations


(en A constants 1992) rer
-Cofe -+-_--..--__.. . . .
milliards d. F CF" base 1992
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Q parl\r dea dor.nna c!l"M/sorMCC

Source: ClRAD/SOFRECO, 1992, annexe B.

IV.12.B. Forte pression économique sur le


planteur de café

Dès le départ l'introduction du café sIest tradui te par


une multiplication des revenus monétaires: le café
310
rapporte, dix fois plus que le colatier qui était la
seule culture de vente de l'époque. L'intérêt porté à
cette culture par l'administration coloniale s'explique
par les rentrées de devises pour le pays, l'augmentation
de sa crédibilité financière au niveau international et
sa capacité à rembourser ses emprunts. D'où, nous l'avons
vu, les efforts déployés par la colonisation pour
l'encadrement technique de la culture (techniques de
taille, de recépage), les traitements phytosanitaires et
l'apport d'engrais. La progression des exportations
pétrolières ne s'est pas traduite par un relâchement de
la pression économique exercée sur le planteur de café.
On a continué à prélever, sur le barème des produits
exportés, des taxes élevées (tableau n041) .

311
Tableau n041: Prix de revient du kilogranune Free on
Board (FOB) du café Arabica en 1987 en francs CFA selon
les coopératives départementales (1)
Union départementale

Charges et prix de revient CAPLANDE CAPLAME CAPLAMI CAPLANOUN

Charges variables:
Frais de collecte 38,43 88,35 116,89 220,92
Usinage et calibrage 33,58 76,06 141,04 180,76
Triage et conditionnement 20,17 20,79 61,72 35,43
Transport coopérative-Douala 8,50 11,00 10,00 11,50

Charges fixes
(transpo rt : 18,40; Com.enc. :
5,40; Prélèvement ONCPB:
38,00; Droits de sortie:76,80;
Autres taxes:6,3S; Commission
UCCAO: 22,75) 167,34 167,34 167,34 167,34

Prix de revient aux différents


stades:

Achat planteur 407,41 449,83 440,30 457,61


Coopérative départementale 499,59 635,03 759,95 894,72
Magasin transitaire 508,09 646,03 769,95 906,22
Free on Board Douala 675,43 813,37 937,29 1073,56

(1) L'Union Centrale des Coopératives Agricoles de l'OUest (UCCAO) comprend six
coopératives, une pour chacun des départ~ents que compte la province de l'OUest
sur laquelle S'étend ses activités: la CAPLAME (Coopérative des planteurs de la
Ménoua), la CAPLAMI (de la Mifi), la CAPLANOUN (du Noun) , la CAPLABAM (des
Bamboutos), la CAPLANDE (du Ndé) , la CAPLABN (du Haut Nkam).

Source: COURADE, 1991, p.896

Malgré l'arrivée du pétrole au début des années 1980, la


stabilisation n'a cessé de prélever des sonunes
importantes (Figure 35). Les paysans ne les récupéraient
que très partiellement par le biais des subventions aux
30 000 tonnes d' engrais consonunées annuellement par la
région.

312
Figure 35: Prix au planteur et du marché des
cafés Arabica et Robusta entre 1980 et 1990

PRIX DES CAFES


ARABICA ET ROBUSTA
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1000 ............... , / .

800
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200

7~/IO llO/Ill 11/82 112/83 "/804 U/!IS 1S/16 as/1I7 17/111 18/89 19/90

Ilobuskl prix ~

- - Arabica ;:rtx ;:lcml.

Sources: SOFRECO

Les prix des produits agricoles sont restés bas pour


nourrir à bon marché la demande interne, notamment celle
des citadins de plus en plus nombreux. La monnaie
surévaluée et l'inflation intérieure ont pénalisé les
313
produits nationaux face aux produits importés pour
nourrir la population. Les produits d'exportation, dans
l'Ouest du Cameroun comme ailleurs dans le pays ont été
le moyen pour les exploitations d'accéder à des revenus.
Elles ont, donc, renforcé leur orientation dans les
cultures destinées à l'exportation. C'est pourquoi,
aujourd'hui BS!!; des 160 000 exploitations produisent du
café. Mais depuis la fin des années BO le marché
international a eu tendance à se détériorer pour les
produits de base. Les termes de l'échange se dégradent
avec une diminution de 20 à 4St des termes de l'échange
sur la seule année 19B7. Le café n'a pas échappé à la
règle. Sa part dans les recettes monétaires agricoles des
ménages s'est considérablement réduite,: 37!!; en 1991
contre 71!!; en 19B4 (tableau 42).

314
Tableau n042 : Evolution de la structure du produit
monétaire agricole annuel
ITypes de produit ADOC 1 AOOC OCISCA 1 BAFOU 1 MENOUA
1 1993 (1) 1 1992 (2) 1991 (3) 1 1984 (4) 1 1980 (5)

Icafé Arabica 17% 1 26% 37\ 1 71% 1 7H

IVivrier+maraîcher 59% 1 54% 39% 1 15% 1 2H

1élevage 24% 1 20% 24% 1 13% 1 4%

100% 1 100% 100% 100%


ITotal
! ! ,1 1100%

Sources: (l) enquête du projet OCISCA (1993) portant sur 335 exploitations '"
Bafou, département de la Ménoua (taux de sondage estimé: 8%).
(2) enquête du projet ADOC (1992) portant sur 100 exploitations du pays
bamiléké (taux de sondage estimé: 0,06%).
(3) enquête du projet OCISCA (1991) portant sur 335 exploitations '"
Bafou (taux de sondage estimé: 8%).
(4) enquête du projet ·Opération Bafou 1" du Centre Universitaire de
Dschang (1984) portant sur 150 exploitations (taux de sondage extimé: 4%1.
(5) enquête de base du projet des Hauts Plateaux de l'OUest (19801
portant sur 70 exploitations de la Ménoua (taux de sondage estmé: 0,3%).

Si la caféicul ture n'a pas eu trop de mal à convaincre


pour être adoptée l'amélioration de la qualité du café
1

ne s'est jamais imposée comme une nécessité aux yeux des


producteurs. Les statistiques sont claires (figure n036).
Même aux moments ou le café était intéressant sur le plan
financier 1 sa proportion de grade A, le meilleur 1 n'a
jamais dépassé le tiers de la production.

315
Figure 36: Évolution de la proportion de grade A
dans le café livré à l'UCCAO entre 1961 et 1970

QUALITE DU CAFE
% DE GRADE A OBTENU ENTRE 1961 ET 1970

"dulonno~
fiO

50

Ml 0
0
0 +-
51
30
0
• +- +-
~
fi 1
20
0
• •
10 •
oL.._--1._ _-'-_ _..L..-_---L_ _-1-_ _-'-::_-::-'::--:::-:
1151-5% I2-U 53-54 U-i5 .5-15 11-17 17-11 11-'1 .1-1170

.. lIbouda .,. roumban '0 aofouaom

Se",.. 1 C...... na.h - 1171

Tout ceci explique que, sur le long terme, la relative


spécialisation des exploitations se révèle plutôt
négative. La formation d'oligopoles biaise les conditions
de concurrence. Les tentatives de stabilisation des cours
(accords café) ont toutes échoué. La place du Cameroun
sur le marché mondial régresse (Tableau 43)
316
Tableau 43: Production de café vert entre 1975 et 1990:
place du Cameroun
j
1 1975 1 1980 1985 1990 1

1~ 3238 1 4018 3797 4259 1


1Afrique 379(12t) 1 441 (l1t) 429 (l1t) 449 (10, st) 1
Idont Cameroun 22(0,7\-*) 1 26(0,6t*) 20(0,5t*) 13(O,3t*) 1
1 (6\-**) 1 (6t**) (5t**) (3t**) 1

1~ 1097 1 1308 1506 1726 1


1 1
1 Afrique 817(74\-) 1 743 (57\-) 768 (51\-) 730(42t) 1
Idont Cameroun 70 (6\-*) 1 81 (6\-*) 111 (7\-*) 73 (4t*) 1
1 (8, 5t* *) 1 (11t**) (14t**) (10t**) 1
1 1 1

* % par rapport à la production mondiale


** % par rapport à la production africaine
Source: SOFRECO, 1992, annexe Hl.

Pourtant l'ouverture des exploitations sur l'extérieur,


réalisée par l'accès aux intrants et par celui au marché
international pour le café, les conduit à un véritable
dépassement de leurs frontières traditionnelles. On
ressent depuis lors le besoin d'un appui de l'extérieur,
ignoré autrefois. On ne se contente plus de l'autonomie
antérieure surtout avec des besoins nouveaux comme la
scolarisation des enfants.

IV.12.C. La libéralisation du secteur

Depuis la fin des années 80 la situation économique s'est


dégradée. Les prix de famine relevés sur le marché
international pour de nombreux produits de base dont le
café vont contraindre le gouvernement à abandonner sa
politique de prix minimum garanti au planteur. A la
faveur de conditions climatiques très favorables, la
317
production mondiale de café de 1987-88, excédentaire par
rapport à la consonunation des pays importateurs vient
accroître les stocks et fait chuter les prix mondiaux.
Les cours tombent à leur niveau le plus bas, en termes
nominaux depuis une vingtaine d'années et en termes réels
le plus faible depuis les années 30. Le prix payé au
planteur camerounais pour son café diminue de moitié
entre 1987 et 1988. La protection accordée a~ planteurs
par le biais de l'encadrement agricole va, à partir de
1988, être en baisse avant de disparaître totalement. Les
subventions de l'Etat aux engrais sont progressivement
supprimées: elles sont passées de 66% du prix de
l' exploi tant au moment du monopole public à 36\ lors de
la campagne 1988-89, puis 30% en 1989-90, 20% en 1990-91
et 0% depuis 1992 (ABBOTT, 1991, p.15). Le prix des
engrais au producteur augmente de façon spectaculaire: de
1 700 FCFA quand il était pleinement subventionné, il est
à la 000 FCFA en 1995. La consommation camerounaise
d'engrais suit une trajectoire contraire et passe de 63
000 tonnes en 1988/89 à 22 000 tonnes en 1990. Dans le
même temps, on observe la paralysie des structures
chargées de l'entretien phytosanitaire: des plantations.
L'intensification de la production connaît donc un net
recul: un tiers des agriculteurs n'achète plus d' engrais
en 1991 contre 5 % autrefois. La même année, d'après nos
observations (tableau n044) 15% des planteurs voulaient
cesser d'utiliser des engrais, 31\ diminueraient les
quantités consonunés, 17% devaient en utiliser autant et
18% utiliseraient d' autres fertilisants si le prix des
engrais doublait (réalité de 1994). Pourtant, selon nos
117
enquêtes , cette année là, à peine 2% des planteurs

117 GRANGERET (I.), JANIN (P.), 1991 -Les planteurs et


la crise à Bafou en 1991. op.cit.

318
pensaient véritablement arrêter la caféiculture. Comme le
disent COURADE et ALARY (1994, p.199) "on ne repousse pas
la pirogue qui vous a permis de traverser le fleuve".
1l8
Ainsi, d' après nos enquêtes , planteurs de café comme de

118 Ces enquêtes menées dans le cadre d' un contrat


d'assistance STABEX-MINPAT-ORSTOM-OCISCA ont été
supervisées par Véronique ALARY et Samuel NDEMBOU, avec
la collaboration d'Isabelle GRANGERET-OWONA et de Jean
François TRANI, membres du projet OCISCA. Les 500
planteurs enquêtés en mars-avril 1994, choisis par quotas
géographiques appartiennent à la plupart des provinces
méridionnales: 107 (21\ du total) dans les provinces de
l'Est (82) et du Centre (25), 122 (24\) dans la province
du Littoral, 112 (22%) dans la province de l'OUest et 159
(32%) dans le Sud-Ouest. Cette étude a donné lieu à trois
rapports:

a) ALARY (V.), COURADE (G.), GRANGERET-OWONA (I.),


NDEMBOU (S.), Premier rapport d'étape de l'évaluation de
l'opération paiements directs des fonds STABEX 90 aux
planteurs de café et cacao au Cameroun, Yaoundé, février
1994, ORSTOM-OCISCA, cellule STABEX, 27p. + annexes,
multigr.
b) COURADE (G.), NDEMBOU (S.), ALARY (V.), GRANGERET-OWONA
(I.), TRANI (J.F.), Deuxième rapport d'étape de
l'évaluation de l'opération paiements directs des fonds
STABEX 90 aux planteurs de café et cacao au Cameroun,
Yaoundé, mars 1994, ORSTOM-OCISCA, cellule STABEX, 60p.+
annexes, multigr.
c)ALARY (V.), COURADE (G.) et al. Evaluation de
l'opération paiements directs des fonds STABEX 90 aux
planteurs de café et cacao au Cameroun, Yaoundé, mai
1994, ORSTOM-OCISCA, cellule STABEX, 62p.+ annexes,
multigr.

319
cacao, d'arabica comme de robusta déclarent vouloir
maintenir cette production. En 1993, la situation des
caféicul teurs continuant à se dégrader, leurs
déclarations d'intention par rapport à la fertilisation
sont encore plus pessimistes (tableau n044) .

320
Tableau n044: Déclaration d'intention des planteurs en
fonction d'une hausse du prix des engrais
n'a
Imis

1991

~
1 t

Sources: Projet ocrsCA: enquête phase l, 1991, auprès de 335 ménages de la


chefferie Bafou (Ménoua)
Projet ocrsCA: enquête phase l, 1993, auprès de 335 ménages de la
chefferie Bafou (Ménoua)

La quantité d'engrais achetée par exploitation a connu le


fléchissement prévisible: Il sacs achetés en moyenne par
exploitation avant la crise, 5 sacs en 1993. La
conséquence en est visible sur les rendements du café qui
chutent (tableau n045). Pourtant en 1993 seulement 5% des
planteurs avaient arraché du café (500 pieds ou plus).
Nous écrivions à l'époque" Cela tient sans doute au rôle
social important qu'a tenu le café dans la région. Mais
cette explication demeure insuffisante. Sans doute y a t-
il des éléments plus profonds et plus actifs, liés
directement à des données structurelles comme l'âge des
planteurs et l'insuffisance de la main d'oeuvre
disponible. En outre, il ne faudrait pas négliger les
facteurs financiers qui commandent les choix d'une
réorientation: les exploitations n'ayant pu conserver une
trésorerie de réserve, leur capacité à relancer une
activi té est souvent inexistante. Sans doute le rôle de
marqueur foncier que joue le café, en particulier au
moment des successions entre t-il aussi dans les
explications. "

321
Tableau n045: Évolution des rendements moyens du café
Arabica dans la province de l'OUest de 1970 à 1992 (Kg de
bon grain/ha)
11969/70 1980 1984 11985/86 11986/87 11989/90 11991/92
-)-5-8--I--29-7----111-2-1-S--1-1-5-8----1If--14-)-----'
1 175 282
! l , 1 1

Source: Projet rural de développement de la province de l'OUest (PDRPO, 1980),


Recensement général de l'Agriculture (RGA 1984), Ministêre de l'agriculture,
Enquêtes agricoles de 1985/86, 1986/87 et 1989/90 de la DEABPA/ Ministère de
l'agriculture, projet Agriculture de l'OUest (ADOC, 1992).

La chute des rendements est aggravée par


l'ancienneté du verger caféier. Comme nous l'avons vu,
c'est l'initiative individuelle qui a prévalu et malgré
une conjoncture favorable, seulement 17% des chefs de
ménage avaient, en 1991, renouvelé leurs plants. Cette
situation présente la coopérative caféière comme une
structure plus soucieuse de l'aspect commercial du
produit que du maintien du potentiel productif. Pour ce
verger vieillissant, la réduction de la fertilisation est
plus sensible et s'ajoute au recul de l'entretien
(taille, égourmandage): alors que le travail salarial est
devenu prohibitif, on y substitue· la main-d'oeuvre
familiale. En effet, en 1992, on observe que 52% des
charges d'exploitation par hectare dépendent de
l'entretien. La rémunération de la journée de travail
dans la caféière a considérablement diminué: de 1 088
FCFA en 1989, elle n' était que de 388 FCFA en 1992
(GAUTIER, FADANI, 1994, p.328). Le projet ADOC l'établit
à 350 FCFA (tableau n046), donc inférieure à la journée de
travail agricole qui est payée 500 CFA, à la même époque.

322
Tableau n046: Rentabilité moyenne de l'arabiculture en
1991-92 (avant la dévaluation)
1
1 Prixd'achat au producteur: 250FCFA/Kg
IBon grain récolté par exploitation: 184 Kg
ISuperficie moyenne et plants en production: 1,1 ha(2027pieds)
IRevenu brut moyen/ha productif: 45 378 FCFA

IChargeS d'exploitation par hectare productif: 17 950 FCFA


1 dont engrais 39\
1 traitements phytosanitaires 9\
1 taille/égourmandage 52\

IRevenu net moyen par ha productif: 27 427 FCFA


1 à déduire transport: 491 FCFA

1 Estimation de la rémunération de la journée de travail: 343 FCFA


t

Source: projet ADOC, 1992

L'âge avancé des planteurs eux-mêmes, 59 ans en moyenne


119
en 1991 (55% ont 65 ans et plus) est un handicap majeur
(figure n037). Il tient, nous le verrons, au grippage du
système dynamique que représente la migration.

H9
Enquêtes OCISCA, observatoire café, rapport
d'étape n 01, p.7.

323
Figure n037: Distribution des exploitations en
fonction de l'âge du chef d'exploitation

Préjudiciable à la caféière, la diminution des engrais


chimiques consommés l'est aussi pour le maraîchage,
sensible à l'absence de fertilisation. Ces cultures,
hautement performantes sont parmi les plus exigeantes.
Leur rendement est directement fonction de l'aptitude des
agriculteurs à respecter l'itinéraire technique
324
recommandé. Nous avons observé que dans les raisons de
l'abandon du maraîchage, le problème de
l'approvisionnement en intrants arrive en première
position: 36% des causes d'abandon devant les difficultés
techniques (23%) et les problèmes de commercialisation
(16%). L' utilisation de fumier dans deux exploitations
sur trois est loin de représenter une stratégie de
substitution aux fertilisants chimiques. Si 46% des
120
parcelles recevaient du fumier en 1980 et 21% d'entre
elles des débris végétaux, les quantités apportées sont
insuffisantes. La situation s'est encore aggravée avec la
peste porcine de 1982 qui, en faisant disparaître une
partie importante du cheptel, a porté un coup sévère à
ces restitutions organiques: en 1980, 86% des
exploitations avaient un élevage de porcs, elles ne sont
121
plus que 42% en 1984 • L'abandon partiel, déjà vu, d'une

technique de reconstitution de la fertilité des sols


comme la jachère représente une autre fragilisation du
système technique. L'usage antérieur d'engrais a pu
masquer un temps une utilisation abusive des sols. Mais
avec le recul de la fertilisation chimique, cette
surexploitation entraîne une fatigue des terres qui
deviennent de moins en moins productives. La diminution
des rendements qui en découle pour certaines cultures
diminue leur intérêt alimentaire et économique aux yeux
de systèmes de production parfois amenés à les
abandonner. En 1992, 58% des exploitations enquêtées 122
avaient arrêté la production d'au moins une culture

120
P.D.R.P.O, op. cit. p.87
121
Recensement Général de l'Agriculture, op. cit.,
p.l!

122
enquêtes ADOC sur tout L'Ouest bamiléké

325
vivr~ere devenant dépendantes d'achats sur le marché pour
compléter leur production. Les produits vivriers les plus
fréquemment achetés sont: le mais (60\ des exploitations
non autonomes sur le plan alimentaire, en achètent), le
macabo (48\ des cas,) l'arachide (43\ des cas). Le total
des proportions relatives précédentes, supérieur à 100\
montre que certaines exploitations sont amenées à acheter
plusieurs produits vivriers pour satisfaire leurs besoins
alimentaires. La proportion d'exploitations obligées
d'acheter en totalité au moins un aliment de base atteint
déjà 12\.

Avec la dévaluation de janvier 1994 et la libéralisation


du marché, la production monétaire de cette culture
aurait pu s'améliorer. Mais le recul de la fertilisation
des plantations et de leur entretien a fait chuter la
production. Les transactions ont porté en 1995 sur 2500
123
tonnes de café, 10 fois moins qu'avant la crise • De 14
358 tonnes exportées en 1993/1994, on est passé à 8 230
tonnes pour la campagne 1993/94, soit une réduction de
près de 50\ d'une année sur l'autre, malgré les reports
de stocks. Les observations OCISCA de 1995 confirment que
11\ des planteurs ont arraché du café cette année-là pour
le remplacer par du vivrier (dans ·34\ des cas), du
maraîchage (9\) ou par les deux (20\). En tout état de
cause, la libéralisation du marché est intervenue alors
que le potentiel productif imposé par l'âge des caféiers
limitait les marges de manoeuvre des producteurs

123 D'après les chiffres avancés dans une note du:


Ministère de l'Economie et des Finances, direction de la
statistique et de la comptabilité nationale. Note rapide
sur les résultats du commerce extérieur en 1994/1995.
Yaoundé: MINFI/DSCN, septembre 1995; 9p. multigr.

326
confrontés aux difficultés de cinq années de crise. Qui
plus est, il était évident que le renchérissement des
intrants consécutifs à l'ajustement monétaire allait à
l'encontre des obj ectifs d'intensification: la nouvelle
augmentation du coût des engrais (12 500 FCFA sur le
marché) a accentué la diminution des quantités utilisées:
5 sacs en moyenne par exploitation en 1993, 3,8 sacs en
1994, 2,8 en 1995, 50% des ménages ayant acheté moins de
deux sacs.

Ceux des paysans qui n'ont pas fui la campagne pour aller
vers les lieux de redistribution de la rente pétrolière
ont donc été amenés à exercer une pression grandissante
sur les terres. Cette progression des sollicitations sur
le sol s'est parfois traduite par une dégradation de
l'environnement. Cette question de la gestion des
ressources naturelles et de la protection de
l'environnement a fait son apparition dans les
préoccupations agricoles de la région.

327
CHAPITRE 13

La gestion de la pression socio-économique


sur l'écosystème

Introduction

La révolution verte a été, pour certains pays


d'Asie, une réponse au besoin de nourrir une population
croissante. Fondée sur l'introduction de variétés
sélectionnées, l'utilisation massive d'engrais, d'eau
d'irrigation, d'herbicides, insecticides et autres
pesticides et de beaucoup de travail, elle a représenté
une modification radicale de la façon de cultiver124 •

124
La maturation très courte des cultures
sélectionnées entraîne, aussi, plusieurs récoltes par an
et un autre bouleversement brutal des habitudes. Les
points faibles de la révolution verte ont souvent été
évoqués. Ils sont écologiques comme économiques: carences
indui tes par les monocultures et leur dopage chimique,
épuisement du sol, régression des apports en fumier et
des restitutions organiques, surexploitation des eaux
souterraines, épuisement de l'eau potable, imprégnation
de certains sols, lessivage, érosion, régression de la
biodiversité, sélection de variétés sensibles aux
ravageurs. Au point qu'on s'est demandé si, elle n'était
pas tout simplement allée contre les intérêts des
agriculteurs et des pays concernés. Les plus sévères
critiques lui reprochent:
"de s'adresser à la seule classe de paysans
riches,
328
C'est l'environnement que l'on construit autour de la
plante plutôt que d'adapter celle-ci à celui-ci. De
nombreux pays africains, faute de moyens techniques et
financiers, n'ont pas pu s'offrir cette révolution verte
pour faire progresser leur production agricole. Dans
notre zone d'étude, nous l'avons vu, celle-ci a stagné ou
s'est accrue dans des proportions modestes. Sa croissance
a été inférieure à celle de la population. Les
exploi tations n'ont pas eu accès à un surplus monétaire
qui leur permette un recours au marché qui compenserait
cette dégradation de leur situation alimentaire 125 • Dans

- de créer une sujétion aux engrais entraînant sur


le long terme une diminution des revenus des agriculteurs
et augmentant la dette des pays,
de marginaliser les productions traditionnelles
en détournant les efforts de recherche et mondialisant
certains produits de consommation,
- de fragiliser les agricultures quand subventions,
prix de soutien élevés et crédits disparaissent.
En somme d'avoir créé des avantages artificiels de court
terme au seul profit des agro-industries.
125
Même si ce n'est pas facile à démontrer, tout le
monde s'accorde sur une paupérisation des ménages et sur
l'aggravation des problèmes alimentaires. Destinée à la
partie Nord du Cameroun plutôt qu'à l'OUest, l'aide
alimentaire n'apparaît pas comme une vraie solution. Elle
semble contribuer à concurrencer davantage les
productions locales. Pour JACQUEMOT (1993, p.78), "le
volume de l'aide alimentaire dépend davantage des
excédents mondiaux et des prix des denrées que des
besoins d'aide". Vendue par les Etats, cette aide a
engendré des prof i ts qui n'ont pas touj ours été
redistribués aux producteurs. Elle a plutôt créé des
habitudes alimentaires pour des aliments extérieurs non
329
une région comme la nôtre, de la révolution verte on ne
connait que les inconvénients: les populations urbaines
qui devaient représenter pour les produits des
exploitations un débouché important se sont détournées de
126
l'alimentation traditionnelle • Les importations de
127
produits alimentaires ont été une facilité comme dans
beaucoup d'autres pays. Faiblement taxées ou entrant tout
simplement en franchise, elles ont mis en concurrence les
producteurs nationaux avec des agricultures plus
performantes et largement subventionnées. Les prix des
denrées importées ont représenté pour les produits locaux
des prix plafonds. Ceux-ci furent suffisamment peu élevés
pour rendre la production vivrière non rentable et
dissuader les agriculteurs de produire plus que pour

produits localement et qu'il fallait ensuite importer à


titre payant.
126
L'habitude alimentaire du pain est largement
répandue. La baguette au Cameroun est fortement appréciée
par les citadins pressés qui se nourrissent dans les
échoppes de bord de route. nLa baguette coûte 100 francs,
et même si on en veut les trois-quarts, pour 75 francs,
on dira un "demi-pain de 75 n ( ... ), un demi-pain de 25.
C'est fou ce que, au Cameroun, toutes les dimensions de
pain sont qualifiées de -demies".n (FOUDA, 1995, p.33)

127 Selon la FAO, les besoins d'aide et d' importation


augmenteront. Les importations doubleraient pour passer
de 10 millions de tonnes par an à 20 millions en 2010.
Avec une croissance démographique de 2,25\, il faudrait
accroître la production africaine de 4\ par an.
Voir à ce sujet: ~RATOS (N.), ed., 1989
L' agriculture mondiale, horizon 2000, étude de la FAO,
Paris, Ed.ECONOMICA, p.77.

330
leurs propres besoins. En sormne, ces agriculteurs nI ont
bénéficié d'aucune protection qui les mettent en
condition de résister aux assauts extérieurs.

IV .13 .A. Les réponses dans le registre agro-


sylvo-pastoral

la recherche permanente de l'intensification

Notre région d'étude n'a pas connu de révolution


verte. Elle sIest essentiellement attelée à créer des
surplus monétaires par la vente du café. Toutefois,
l'organisation familiale de la production et la division
sexuelle des tâches a poussé ces exploitations installées
sur de petites surfaces (vu précédemment) à cultiver à la
fois café et vivriers. De plus, cette production agricole
a continué à remplir sa fonction alimentaire grace à
l'utilisation genéralisée des engrais. La consommation
d' engrais a été ici, plus qu'ailleurs dans le pays, le
moteur de l'intensification. Elle a toujours représenté
au moins un tiers de la consormnation Camerounaise (figure
n° 38).

331
Figure n038: évolution des importations d'engrais au
Cameroun

IMPORTATIONS D'ENGRAIS
AU CAMEROUN
100 ~1I1:.::;1Ien=-=·~t.n=-:":""' ï

50 _ _ _.- _ /~~..

150 .

20

o__ - ~~ _

. . . . . - - - . . . . .~.............. • • ....... .. • • -.....uTJ . . . . . . .

---

Cette modernisation de l'agriculture, nous l'avons déjà


souligné ne s'est pas faite au détriment des technologies
tradi tionnelles d' entretien de la fertilité. La fumure
332
organique a été possible grâce à un cheptel porcin
important. D'autres technologies traditionnelles sont
utilisées pour améliorer le sol: la présence systématique
de légumineuses dans les associations, le billonnage et
le déplacement une année sur l'autre des billons qui est
l'occasion d'un enfouissement important de végétaux
coupés lors du défrichement (figure 39) .

333
Figure 39: déplacement des billons d'une année sur
l'autre

1 t

~ ,
OMet m..

l' 1. ~
. 1 1

~
~ m...+::1

Il vient en complément de l'écobuage d' une partie de la


végétation regroupée dans quelques billons et dont la
combustion crée des sites privilégiés de fertilité
minérale (potasse). L'introduction des légumineuses dans
les associations a dès répercussions positives sur leur
entretien azoté. Certains matériels indispensables à la
caféiculture ont fait leur apparition dans les
exploitations: -. en· 1981 (PDRPO, p.137), on compte 1
poudreuse pour 10 planteurs, 1 pulvérisateur pour 5-6
334
planteurs, 1 dépulpeur pour 3-4 planteurs. Tout ceci
donne l'image d'une agriculture sans cesse à la recherche
d'une plus grande intensification de l'utilisation du
sol. Cette politique de modernisation a été possible,
certes grâce aux subventions accordées aux engrais par
l'Etat mais aussi grâce à la présence de la coopérative.

Une organisation coopérative globalement efficace

Pour la commercialisation, les producteurs ont su


se doter d'une coopérative agricole. La première a vu le
jour en 1932 sous l'impulsion de Marcel LAGARDE,
administrateur colonial ayant introduit l'Arabica. Elle
est l'ancêtre de l'UCCAO d'aujourd'hui. S'occupant de la
collecte, du transport, du stockage du café, elle a
intégré des fonctions allant bien au-delà de la logique
commerciale COURADE, 1991, p.893}:. Deux tiers des
familles de l'OUest y adhèrent, soit 100 000
exploitations géographiquement dispersés dans toute la
région. Contre-pouvoir important, elle participe à la
détermination du prix minimum garanti lorsque celui-ci
existe. Elle a tenté d'équilibrer le prix d'achat au
planteur avec les prix pratiqués sur le marché mondial.
C'est ainsi qu'elle instaure un système de ristournes et
de primes spéciales i elle accorde une double subvention
aux engrais, en complément de celle de l'Etat. Etant
donné l'échelle internationale du marché et les exigences
de qualité du produit l'intervention de la coopérative
est indispensable dans les transactions. D'où son intérêt
pour le secteur agro-exportateur. Elle se vante de tirer
le meilleur prix des tonnages exportés dont la moitié est
en dessous des normes de qualité. Elle répond
relativement bien au désir d'intensification des
planteurs (200 unités d'azote apportées par hectare) en
subventionnant, en dehors des engrais, d'autres facteurs
335
de production comme le petit matériel agricole:
sécateurs, pulvérisateurs, dépulpeurs ainsi que des
pesticides et des plants. Seuls les retards dans
l'approvisionnement lui sont reprochés. Mais n' est-elle
pas elle aussi tributaire des lourdeurs de
l'administration centrale? Elle assure une fonction
sociale en facilitant l'accès au crédit récupérable sur
les livraisons de café. Elle fournit tôles et ciment pour
l'amélioration de l'habitat. Son efficacité lui est
reconnue. On lui confie le PDRPO (Projet de Développement
Rural des Plateaux de l'OUest) qu'elle cofinance avec la
Banque Mondiale et le Fonds International de
Développement agricole. C'est le plus grand projet connu
pour cette région. Dans ce cadre, la coopérative ajoute à
ses interventions la création de pistes rurales et
l'aménagement des bas-fonds· marécageux128 pour la
production maraîchère. C'est une ouverture sur de
nouvelles terres et une diversification par rapport à sa
polarisation antérieure sur le café. Même si la
coopérative fonctionne corrme une entreprise commerciale
travaillant surtout au profit des grands planteurs, elle
a su globalment préserver les intérêts des planteurs et
se comporter comme une organisation paysanne (COURADE,
1991). Comme le café, depuis la crise, la coopérative est
en recul et on peut se demander si dans ce nouveau
contexte elle saura retrouver sa fonction d' organisation
paysanne.

128 A ce propos, voir l'étude de HATCHEU E., 1994 -


Quel avenir pour les bas-fonds de l'OUest du Cameroun
après la dévaluation du franc CFA?, Les Cahiers d'QÇISÇA,
n013, Yaoundé, ORSTOM/MINREST, 31p.

336
La recherche de nouvelles ressources

La survie des exploitations est passée par la


recherche de nouvelles ressources monétaires, d'où la
progression d'activités agricoles différentes du café et
des vivriers que l'on faisait à ce moment là. Les
initiatives entreprises individuellement face à la crise
ont engendré une structure productive des exploitations
plus diversifiée. Quatre exploitations sur cinq enquêtées
ont réagi en initiant de nouvelles activités. On constate
que presque 90t de celles-ci datent de la période
postérieure à 1987. Ce sont en moyenne 2,05 activités qui
sont venues s'ajouter à la caféiculture: surtout des
"anciennes" productions réactivées pour la circonstance
comme les calebasses, le plantain, le safou, la cola,
l'élevage de porc, la vente de bois, le raphia pour la
production de "vin". D'après nos observations de 1992, en
10 ans (période 1982-1992), de nombreuses exploitations
ont développé des activités supplémentaires par rapport à
ce qu'elles faisaient avant (tableau n° 47)

Tableau n047: Nombre d'exploitations concernées par le


développement d'activités nouvelles entre 1982 et 1992

50\ des exploitations ont développé au une activité maraîchère


moins
47\ des exploitations ont développé au une activité fruitière
moins
36\ des exploitations ont développé au une activité vivrière
moins
23% des exploitations ont développé au 1 activité autrefois importante
moins
22% des exploitations ont développé au moins une activité d'élevage
15\ des exploitations ont développé une culture de rente (+ extensive)

JANIN (1995, p.40) met en évidence des corrélations


significatives entre le lancement de nouvelles activités
et le revenu de l'exploitation (**), l'âge du responsable
technique de l'activité (**), son niveau d'instruction

337
(**), le fait qu'il ait déjà migré en ville (*) 129. Les
migrants de retour se révèlent les agriculteurs les plus
novateurs. Ils élèvent des lapins, des canards; ils
cultivent du piment, des palmiers à huile sélectionnés et
des eucalyptus pour la vente de poteaux. Ils insistent
sur les aspects technologiques comme le paillage ou la
transformation (séchage du piment avant la vente).
L'adoption d'activités nouvelles est fonction des moyens
financiers, fonciers et en main-d'oeuvre. Ce qui explique
que 60% des grands planteurs enquêtés (plus de 1800 pieds
de café) aient pu lancer une activité maraîchère contre
un tiers de petits planteurs (moins de 600 pieds). Et
qu'à peine plus de 10% de ces derniers aient planté des
eucalyptus contre 39% des premiers. Même si les activités
maraîchères produisent des résultats qui peuvent paraître
parfois décevants 130 , avec le vivrier plus facile à mettre
en oeuvre 131 , elles ont progressé dans la sphère monétaire
des exploitations (tableau 48). Il convient aussi de

129
**, relation significative au seuil de 0,001%
*, relation significative au seuil de 0,01%.
130
Les rendements de ces cultures produites
convertis en gain pour l' agricul teur, une fois franchies
les étapes de l'approvisionnement en intrants, de la
protection phytosanitaire et de la commercialisation ne
sont pas à la hauteur des difficultés au point
d'entraîner une généralisation de celles-ci. Ce qui
explique qu'en 1993, on observait qu '1 agriculteur sur 5
avait essayé une activité maraîchère avant de
l'abandonner totalement.
131
C'est pourquoi 75% des ménages affirmaient en 1993
produire des vivriers en plus grande quantité. Vendus et
consommés, ils ont une grande souplesse d'utilisation.

338
tenir compte des situations de départ variables des
divers types de producteurs. Le type de diversif icat ion
en dépend: culture de rente plus extensive qui libère de
la main d'oeuvre mieux utilisée ailleurs; productions
maraîchères à proximité des 1 ieux d'écoulement ou des
voies de communication, activité vivrière pour maximiser
l'utilisation de la main d' oeuvre encore disponible etc.
Dans cette diversification des ressources, les femmes ne
sont pas à la traîne. Qu'on en juge: en 1993, 18\ des
femmes ont des ressources nouvelles, 1 femme sur 2 a déjà
essayé de faire du maraîchage, 16\ d'entre elles ont même
planté des eucalyptus comme source de revenu d'appoint,
92 \ d'entre elles ont mis l'accent sur les vivres. Pour
132
conclure, voici ce que nous écrivions en 1993 " le
mécanisme est connu: face à la crise et à la baisse de la
rémunération de toutes les productions, les exploitations
tentent de récupérer par une multiplication des activités
ce qu'elles cèdent sur chacune individuellement. Il n'y a
plus de production dominante mais une juxtaposition de
ressources secondaires car aucune ne peut assurer à elle
seule une rémunération suffisante de l'exploitation".

Ces élevages qui déçoivent

L' élevage est une activité présente dans 52\ des


exploitations (RGA, 1984, tableau 2 p.9): 20\ des
exploitations élèvent des chèvres, 4\ des moutons, 42%
des porcs, 70\ des poulets et autres animaux (RGA, 1984,

132 GRANGERET (I), 1993 - Bafou 1993: renforcement des


inégalités sociales« menaces sur la fertilité des sols,
rapport d'étape phase 2, Yaoundé, Proj et OCISCA (CUDs-
ISH-ORSTOM), juillet 1993, 16p. multigr.

339
tableau 4, P .11). Le troupeau moyen par exploitation
était en 1980 de 1,07 porcs, 0,56 chèvres, 4,04 volailles
correspondant à une moyenne de 0,41 UBT133 par
exploitation. Dans plus de 60\' des exploitations, cet
élevage est traditionnel avec 0,02 à 0,08 UBT. Peu
nombreuses sont les exploitations ayant une production
animale plus importante de 2 et 2,5 UBT. Les
exploitations spécialisées (>2,5 UBT) représentent
seulement 5\ des exploitations. La charge en bétail de la
région a une valeur moyenne de 0, 9 UBT/ha de SAU, donc
relativement élevée. L' élevage bovin est un cas très
particulier. Il est l'apanage des Bororos, situés dans la
zone d'altitude ou encore sur le rebord Sud du plateau
bamiléké. Ceux-ci élèvent en pâturage libre leurs zébus à
robe acajou, élancés et aptes à la marche. Pour les
bamilékés, l'élevage bovin est un capital vivànt. Leur
cheptel est confié à un bouvier Bororo.- Ils sont plutôt
propriétaires de bovins qu'éleveurs.

D'une façon générale sur le long terme, l'élevage a


sensiblement régressé: ses ennemis ont été
H4
l'accroissement de population , la guerre civile135 et

133 UBT= Unite de Bovin Tropical


1 boeuf 1 UBT
1 porc 0,3 UBT
1 mouton 0,1 UBT
1 chèvre 0,1 UBT
1 poule = 0,01 UBT

134 AGBEDE (1989, p.7) citant DIZIAIN (R.), 1952


Carte de la densité de population et de l'élevage en pays
Bamiléké, Yaoundé, ORSTOM dit qu'une variété locale de
bovins appartenait autrefois aux chefferies bamiléké. Il
340
depuis quelques années, la peste porcine africaine.
celle-ci s'est déclarée en 1982 et a décimé les
e~l evages 136 . Avec l a pes t e porc~ne
. , l e troupeau a connu
une terrible réduction faisant passer l'effectif moyen à
0,76 porcs par exploitation (29% de réduction). Toutes
les exploitations n'ont pas été capables de reprendre
cette activité: 31% de celles enquêtées ont
définitivement abandonné l'élevage porcin ces dernières
années. Anticipant cette maladie désormais récurrente
dans la région, les agriculteurs s'efforcent d'écluser
rapidement les porcelets en les vendant avant l'âge de 6
mois. C'est le cas pour un éleveur de porcs sur deux. Il

s'agissait de bovins de petite taille appartenant à la


race taurine (B.Q.a taurus). Ces animaux n'étaient
sacrifiés qu'à titre exceptionnel, à l'occasion des
grandes réjouissances. Ils seraient originaire soit de la
partie septentrionnale du Cameroun, soit d'Europe d'où
ils auraient été importés à titre de monnaie d'échange à
l'époque de la traite des esclaves. La peste bovine, le
charbon symptomatique et surtout la piroplasmose qui a
provoqué beaucoup de mortalité en 1951 ainsi que la
réduction des pâturages ont entrainé une considérable
réduction des effectifs dont le nombre serait passé de
800 à 25 en 100 ans.

135 En 1967, à la fin des troubles, les exploitations


n'avaient pu conserver que 0,78 porcin en moyenne par
exploitation (estimation de DONGMO, 1967, à partir du
nombre de bêtes abattues sur les marchés et du nmbre de
bêtes exportées) .
136
L'élevage porcin présent dans 86% des
exploitations en 1981 ne sera plus pratiqué que par 42%
d'entre-elles en 1984.

341
espère ainsi limiter les risques de mortalité et
préserver un profit. L'élevage de porc n'a plus la place
qu'il tenait avant l'épizootie. Aujourd'hui c'est une
activité d'appoint. D'autres raisons ont accentué la
régression des élevages: les problèmes de voisinage en
raison de la divagation animale ou simplement des
difficul tés monétaires passagères. Les élevages d'autres
animaux ne sont guère plus faciles que celui du porc: 27%
des exploitations enquêtées ont essayé l'élevage de
poulet avant de l'abandonner. Les pertes engendrées par
la diarrhée blanche et les maladies pulmonaires peuvent
facilement remettre en cause la rentabilité de cette
activité. L'absence d'un encadrement agricole adéquat, le
manque de moyens financiers pour poursuivre sont autant
de raisons qui poussent les agriculteurs à l'abandon.
L' élevage dans la sphère monétaire des ressources des
exploitations ne semblent guère, en l'état actuel,
pouvoir tenir une place autre que celle d'activité
d'appoint. Si une exploitation sur deux enquêtées avait
en 1992 vendu des animaux, les montants concernés n' ont
jamais pu aller au delà du 1/5 des revenus agricoles de
l'exploitation. Sur le très court terme et en raison de
l'effondrement des prix des autres productions agricoles,
l'élevage reprend de l'importance dans le produit
monétaire agricole (voir tableau 42). La proportion
d'exploitation ayant délaissé l'élevage du porc est
importante (37%) . Pour les autre élevages cette
proportion est relativement stable (tableau 49). Mais
l'effectif des animaux est réduit, 35% des exploitations
ont une truie, 7% ont des porcs de plus de 6 mois (vente
précoce), 4% ont une brebis mère et 1% des moutons de
plus d'un an. Les chèvres et les poules sont mieux
représentées: 33% des exploitations ont des chèvres (2,6
en moyenne) et 39% ont un coq. On peut penser que les
agriculteurs ne se décourageront pas et reprendront en
partie l'élevage porcin plus rémunérateur depuis la
342
dévaluation de 1994. Mais en l'absence de vaccin de la
peste, il semble difficile que les éleveurs puissent
avoir de grands cheptels (plusieurs centaines de tête),
comme ce fût le cas autrefois. Pour les poulets, si les
vaccins existent pour les maladies, le problème demeure
de leur bonne conservation (rupture de la chaîne du
froid) avant leur inoculation. Malgré toutes ces
difficultés, 17% des exploitants achètent des produits
vétérinaires.

343
Tableau n 0 49: Evolution de la proportion d'exploitations
agricoles pratiquant de l'élevage dans la province de
l'Ouest (Noun exclus sauf précision)
1
Type d'élevage 1965 1972 19B1 19B4 1992 1
1
CAPRIN 23l- (1) 26\" 2H 20l- 3H(2) 1

OVIN 9l- 9l- H H(3)1

PORCIN 37t 47t BH 42l- 4H(4) 1

VOLAILLE 67t 77l- 7H 70l- 70l- (5) 1


1
Tous types confondus 52l- 52l- B2% 1
1

(1): Noun inclus


(2): 33l- ont des chèvres, 16l- des caprins de moins d'l an, 4l- des caprins de plus
d'l an;
(3): 4l- ont des brebis, 3l- des ovins de moins d'l an, Il- des ovins de plus d'l
an;
(4): 34l- ont des truies, 23l- des porcelets de moins de 6 mois, 7l- des porcs de
plus de 6 mois;
(5): 60l- ont des poules, 39l- des coqs, 41l- des poulets.
Sources: CAPOT-REY, 1965: échantillon de B75 exploitations
Recensement Agricole de 1972
PHPO, 19B1: sur 280 exploitations
Recensement agricole de 1984: sur 125 400 exploitations recensées
Projet ADOC, 1992: sur 100 exploitations réparties dans 20 chefferies de
la province de l'Ouest

IV.13.B. Les réponses démographiques

Peu de signes invidents d'ajustement démographique

La transition démographique tant attendue pour le


Tiers-monde fait place pour l'instant à une explosion
démographique. La diminution sensible du taux de
mortalité sous l'influence des progrès de la médecine et
des grands programmes lancés par l'OMS (Organisation
Mondiale de la Santé) n'a pas été suivie, dans un premier
temps de celle du taux de natalité (VALLIN, 1995, p.161).
Sur ce plan, la région se situe dans le schéma général du

344
continent. Une des solutions apportées à l'explosion
démographique est la migration. Cette mobilité
géographique est une façon de faire porter ailleurs le
poids d'une population difficile à garder sur place. Elle
a pour inconvénient majeur d'aggraver le déficit en main
d'oeuvre agricole. Le nombre moyen d'enfants par femme
est de 6,9 (OCISCA,1991). Il engendre une augmentation
importante de la population qui exerce une forte pression
sur l'écosystème non extensible à l'infini. La faible
productivité du travail agricole, le nombre d'heures
important nécessaire à la production des vivriers, à leur
conservation, à leur transformation et à
l'accomplissement des tâches domestiques (puisage de
l'eau et quête du bois) engendrent des besoins élevés en
main-d 1 oeuvre. Les enfants sont, nous l'avons vu, une
part importante de celle-ci. Cette liaison entre le
travail et l'accroissement de la production agricole fait
de la reproduction humaine une pièce maîtresse du
système. Elle explique le mariage précoce des jeunes
filles, voir le tableau nOSO (même si 89,4% des enquêtés
OCISCA à Bafou en 1991 estiment qu 1 il Y a une élévation
de cet âge (YANA, 1994, p.401)}, la polygamie, la
valorisation des naissances multiples. Seul le remariage
des veuves n'est pas prisé, ne limitant en rien
l'activité féconde des femmes qui "s'arrangent" pour
continuer à procréer sans mari légitime. Tout le monde
s'accorde pour faire le lien entre le mode de production
et la logique démographique à l'oeuvre. Ainsi la
modernisation des structures de production et tout
changement économique se traduit inéluctablement par la
baisse de la mortalité suivie de celle de la natalité. On
constate qu 1 avec le besoin de mobilité ou la difficulté
grandissante d'intégrer les enfants à l'activité
économique la famille se réduit: les familles nombreuses
sont beaucoup moins fréquentes dans le cas des ménages
résidant en ville.
345
Tableau nOSO: Quelques indicateurs démographiques urbains
et ruraux au Cameroun
Urbain Rural

Age moyen au premier mariage 1976 Jo! 27,4


E 1976 Jo! 25,9
E

1 F 19,5
E F 18,2
~

11987 Jo! z 28,8 1987 Jo! 25,8


E

1 F : 21,8 F • 19,3

Durée d'allaitement 1 17 mois 19,8 mois

Taux de mortalité infantile 1978 E 84 t. 1978 E 119 t.


11987 E 75,2 t. 1987 E 102,2 t.

Age aux premières relations 1


sexuelles 1 16,4 ans 15,6 ans

Age moyen à la maternité 1 28,6 ans 28,9 ans


1

Source: composé à partir de YANA dans le village camerounais à l' heure de


l'ajustement, 1994, p.401.
Mais si les raisons économiques sont évidentes pour peser
sur l'ajustement démographique, les' transformations
culturelles semblent encore plus importantes.
L' instruction, l'émancipation des fenunes engendrent
souvent plus de changements dans les normes collectives
que l'appréhension plus ou moins évidente d' une
amélioration des conditions de vie. Actuellement, les
comportements volontaires de limitations des naissances
sont marginaux, les ménages y sont souvent opposés. A
l'échelle du Cameroun rural, moins d'un tiers des fenunes
cormaissent une méthode contraceptive et seulement 10,5%
d' entre elles en utilisent une, contre 24,9% de celles
qui sont en ville (YANA, 1994, p.403).

Forte émigration masculine COJIDDe régulateur de la


croissance démographique
En pays bamiléké, la migration est une façon de
réguler la population. La forte corrélation entre densité
et phénomène migratoire montre qu'il s'agit d'une
migration de surpeuplement (WARNIER, 1993 pp.42-S2). Pour

346
le même auteur "Au siècle dernier, les cadets étaient
vendus au loin dans le cadre de la traite (WARNIER,
1989 137 ) . Au début du siècle, les cadets migraient
contraints et forcés par les recrutements de main-
d'oeuvre. Dans les années 20 et 30 ils sont partis faute
d'espoir de promotion sur place. De 1957 à 1961, ils ont
fui en ville afin d'échapper si possible aux affres des
violences de tous bords. Ils quittent maintenant les
regl.ons dont les terres, dans l'état actuel des
techniques, sont exploitées au maximum de leur surface et
de leur rendement." Plusieurs études évaluent
l'importance de cette migration. FODOUOp138 (cité par
WARNIER, 1993, p.20) estime que 56% des personnes
exerçant un petit métier de rue à Yaoundé sont bamilékés.
A Douala, les Bamilékés occuperaient 85 à 95% des
entreprises modestes urbaines (DONGMO, 1981, t.II,
p.201). Si l'on observe l'évolution de la population
rurale de la province sur 20 ans (1967-1987), on constate
des niveaux de croissance fort irréguliers (tableau n°
51): les zones les plus peuplées sont celles qui ont eu
la plus forte croissance démographique accentuant le
déséquilibre population/ressources (le département des
Bamboutos a eu une croissance moyenne annuelle de 2,6%);
les secteurs moins peuplés de la partie méridionale du
plateau (Haut Nkam et Ndé) ont connu un exode rural
important (-33,0% pour le Ndé entre 1967 et 1987, soit
environ -1,7% annuels). Les importants axes routiers qui
relient cette partie Sud aux deux capitales camerounaises

137 WARNIER (J. P. ), 1989 "Traite sans raids au


Cameroun", Cahiers d'Etudes Africaines, XXIX-I: 5-32.
138
FODOUOP, 1991 Les petits métiers de rue et
l'emploi. Le cas de Yaoundé, Yaoundé, SOPECAM.

347
(Douala, Yaoundé) ont une influence prépondérante sur
cette migration, essentiellement masculine.

348
Tableau n051: Evolution de la population rurale entre 1967 et 1987

Tableau ne 53: Evolution de la population rurale entre 1967 et 1987

Circonscriptions 1967 1987 1967


adainistratives 1 1987
Hab Hab/K~ 1 Hab Hab/Km!
BAMILEKE SEPTENTRIONAL 400 611 108 537 299 145 +34,1%
,BAMBOUTOS Batchall 41 434 206 63 898 318 +54,2%
1 Galill
1
13 064 26 19 307 38 +47,8%
Mbouda 45 555 86 71 044 133 +55,9%
MENOUA • Bansoa 42 414 154 57 115 207 +34,7%
Fokoué 10 474 65 9 216 57 -12,0%
Santchou 10 648 30 14 430 40 +35,5%
Dschan~ 77 570 133 105 951 182 +36,6%
MIFI Bafoussall 45 408 114 67 257 170 +48,1%
Buendjou 34 274 171 35 498 177 + 3,6%
Bandjoun 39 215 149 57 626 218 + 46,9%
Banl'tou 24 276 104 21 030 91 -13,4%
Bahall 16 279 226 14 927 207 - 8,3%
BAMILEKE MERIDIONAL 144 797 59. 119 526 49 -17,5%
HAUT-NKAM Bafang 24 040 118 18 439 91 -23,3%
Ban a 7 781 59 7 302 55 - 6,2%
Bandja 16 290 76 19 739 97 +21,2%
Kekell 16 955 71 19 672 83 +16,0%
Bakou 6 256 38 5 151 31 -17,7%
, NDE Bangangté 45 385 49 31 060 34 -31,6%
Bazou 17 741 80 8 620 39 -51,4%
Tonga 10 349 29 9 543 26 - 7,8%
ENSEMBLE 545 408 88 656 825 107 + 20,4%
Sources: Recensellent général de la population de 1967 et de 1987

349
Au niveau de la campagne, cela se traduit par une
réduction des actifs disponibles: le taux brut
d'activité, proportion des actifs au sein de la
population totale, est faible, 32,5% en 1976 pour la
province de l'Ouest contre 39,9% la même année sur
l'ensemble du Cameroun. La société bamiléké étant
fortement inégalitaire, le succès de quelques-uns se fait
aux dépens de cadets déshérités et de femmes confinées
dans un rôle de production agricole. La migration recrute
surtout parmi ces cadets. Confrontés à une saturation des
terres, ils n'ont guère le choix. La migration est
toutefois préparée. Conscients de l'importance d'un
bagage scolaire pour trouver un travail en ville, les
jeunes Bamiléké vont massivement à l'école: le taux
spécifique d'actifs des 6-14 ans - proportion de cette
classe d'âge dans les actifs - est de 2,7% contre 11,4%
dans le pays (WARNIER, 1993,p.62). La migration est donc
érigée en véritable ri te initiatique. Le tableau n052
donne le quotient d'émigration c'est à dire la proportion
de personnes émigrées vers les villes de plus de 10 000
habi tants par rapport à la population née dens
l'arrondissement. On constate ainsi qu'.une personne sur 5
(secteur septentrional) à une personne sur 2-3 (secteur
méridional) née dans une circonscription rurale émigre
vers un ville. Le bilan des migrations multiples entre
ville et campagne et largement favorable à la première.
C'est ce qu'indique au tableau n052, le taux d'émigration
~ qui est la différence entre le taux de personnes
émigrées et le taux de personnes immigrées calculé pour
le nombre total de personnes résidentes.

350
Tableau n052: Evaluation de l'émigration rurale bamiléké en 1976

1 Circonscriptions 1 QUOTIENT TAUX DE 1


1 administratives /D'EMIGRATION MIGRATION 1
1 1976 NETTE 19761

IBAMILEKE SEPTENTRIONAL 20,2% 1

IBAMBOUTOS Batcham 10,2% -2,3%


1 Galim 6,1% +15,3%
1 Mbouda 15,9% -10,7%

IMENOUA Bansoa 10,9% + 2,9%


Dschang 15,8% - 7,8%

MIFI Bafoussam 21,6% - 5,1%


Bamendjou 31,5% -12,8%
Bandjoun 28,4% -14,1%
Bangou 40,2% -26,0%

BAMILEKE MERIDIONAL 38,2%

HAUT-NKAM Bafang 38,2% -37,0%


Bana 43,4% -30,7%
Bandja 24,4% - 9,6%
Kekem 13,6% +39,0%

INDE Bangangté 47,2% -46,5%


Bazou 38,5% -35,3%
Tonga 23,6% - 8,3%

Sources: Recensement général de la population de 1976

Une mobili té géographique qui se double d' une mobili té


sociale
Les visites au village sont régulières. On Y construit
quand c'est possible. C'est un va-et-vient entre ville et
351
campagne. Les notables restés au village entretiennent ce
lien dont ils attendent beaucoup. Les migrants se
laissent d'autant mieux faire par les notables qu'ils
comptent sur leur statut de migrant pour accéder, eux-
mêmes, à une notabilité. La migration ou mobilité
géographique (déplacement physique) se double d'une
mobilité sociale (changement de statut social). Ceux qui
restent peuvent avoir aussi une mobilité sociale.
L'enrichissement des maraîchers, celui des double-actifs
et la plus grande autonomie financière des femmes sont
d'autres exemples de mobili té sociale. Malgré la
scolarisation de tous, ce sont les enfants des planteurs
les plus importants qui ont les plus grandes chances de
réussite. Leurs parents ont plus de facilité pour les
envoyer en ville, leur céder plus facilement des terres
ou les munir d'un viatique pour une installation à
l'extérieur de la région. Selon nos observations (enquête
ADOC, 1992 sur 100 exploitations de la province de
l'Ouest), sur 30 %" de bâcheliers, on n'en retrouve que
10%" dans le supérieur. Ce sont les enfants des familles
les plus aisées. Les autres abandonnent là souvent faute
d'argent. L'école qui table sur le mérite acquis ne
libère donc guère les individus des statuts assignés dès
la naissance par la société. Les inégales longueurs de
scolarisation en fonction des moyens financiers, les
différences de réussite selon le milieu font plutôt de
l'école un outil de légitimation du classement social,
comme en Europe. La mobilité géographique, elle, est
rarement définitive. Les jeunes partent étudier en ville,
y demeurent parfois pour chercher un travail. Quand ils
n' en trouvent pas rapidement, reviennent au village pour
un intermède. On peut donner un aperçu de ces phénomènes
migratoires par quelques exemples: notre enquête (ADOC)
montre que la famille nucléaire comprend 8,5 personnes en
moyenne, 3D%" d'entre elles sont en ville. Les raisons
pour émigrer sont, d'après les déclarations des
352
agriculteurs, dans presque 60% des cas l'espoir de
trouver un emploi et dans 40% des cas pour "fréquenter"
(aller à l'école). Les motivations pour émigrer sont sans
doute plus complexe que le simple besoin de se
scolariser. Il n'est pas impossible que s'y mêle la
volonté d'échapper à un cadre social et familial rigide,
au poids des aînés. En tout état de cause, la migration
s'inscrit bien comme le précise WARNIER (1993, pp.42-68),
dans un cadre macrosocial défini par le fait
démographique de la région, la pénurie de terres et les
possibilités de trouver un emploi ailleurs. Ce phénomène
échappe à l'emprise individuelle. Ce déplacement
géographique s'accompagne d' un changement social et
apparaît comme un facteur de paix sociale: les migrants,
grâce à un certain enrichissement et à la possibilité de
briguer des titres de notabilité traditionnelle,
intériorisent la chefferie comme un élément normal.
WARNIER dit (1993, p. 220) "la chefferie bamiléké est
réinventée plutôt sous l'impulsion des migrants
enrichis". Loin des rancoeurs qui pourraient s' accumuler,
cette bonne utilisation de tous renforce la socialisation
des élites et le bon fonctionnement de l'ensemble. En
ville le migrant appartient à des associations de
personnes originaires de la chefferie (ou du département
selon l'importance de la colonie d'émigrés). Les plus
influents d'entre-eux (élites) prendront la tête de ces
associations. Au cours de réunions tenues assez
régulièrement des actions communautaires à réaliser au
village peuvent être envisagées. Il S'agira le plus
souvent de ponts, pistes, écoles, salles des fêtes,
réfection de la case du chef etc. On est en présence
d'une société fluide avec une bonne adaptation des
individus. 3/4 des chefs d'exploitation enquêtés ont
passé une partie de leur vie en ville. Leur retour a pour
40% d'entre eux été motivé par des problèmes d'emploi.

353
ry,13,Ç,Les activités extra-agricoles

Introduction

La stratégie de diversification et
d'intensification des activités agricoles pour faire face
à la pression exercée sur le foncier n'est pas la seule
possible, Il en existe une autre, tournée vers
l'extérieur de l'exploitation qui s'accompagne d'une
volonté de développement des activités en marge de
l'agriculture. C'est une stratégie qualifiée d'ouverte
qui repose sur l'existence d'un marché pour des activités
para-agricoles. D'après notre enquête, elle est
fréquemment la suite logique d'une migration antérieure
du chef de ménage. D'après nos enquêtes (ADOC), plus de
80% des activités extérieures sont le fait des chefs de
ménage. Cette orientation est surtout adaptée aux zones
les plus densément peuplées où existe un marché et où on
est proche de la saturation foncière. Mais elle est
possible ailleurs. C'est ainsi que dans le Ndé on observe
de nombreux cas de salariat agricole. Il figure comme une
activité importante: les jeunes exploitants sont employés
chez les plus agés qui ont de grandes surfaces et une
main-d'oeuvre insuffisante. La part relative des
exploitations ayant choisi la voie de la pluri-activité,
comme activité importante n'est pas négligeable: 23%
d'entre elles, à Bafou en 1994. En plus de ce qu'on peut
considérer comme une plus grande rusticité et
indépendance, ces exploitations bénéficient de revenus
moyens plus élevés. Ces activités extérieures
fournissaient en 1991 environ 60% des revenus des
exploitations concernées.

354
Une stratégie tout indiquée en zone densément peuplée
pour les jeunes et les migrants

Figure n040: Revenus totaux des différentes catégories


d'agriculteurs

RECETTES MONETAIRES TOTALES


POUR TOUTE LA FAMILLE

700 1 P .

: r~.·.·.·.····.·.···.·.·.··.·.:··~.·~.·. ··.·.·.··.·.·.:.... ·.·.·..·.·.·... ·.·.·.....·.·..·.·.. P .

...................................................... ~~
:.:::~::::>::::::
200

!ootm·· . ·.. ·..··.._ ·L


. . ·....~
o P.plo'" ".plon! C.plant D.oc!1f
Type d'exploitation

Les écarts de revenus entre les différentes catégories


d'agriculteurs sont importants. Avec des revenus armuels
d'environ 550 000 FCFA, les double-actifs sont bien
classés, juste derrière les grands planteurs (600
355
OOOFCFA) et loin devant petits et moyens planteurs (moins
de 30 000 FCFA). Si l'assise financière de l'exploitation
est importante pour qu'un chef d'exploitation se lance
dans une activité extra-agricole, son âge va définir le
type d'activité (tableau n053): le salariat non agricole à
la faveur des plus jeunes. Mais la différence est
essentiellement nette entre:
- ceux qui diversifieront et ceux qui
sont restés sans réaction (les premiers sont plus jeunes
d'une dizaine d'années) i
ceux qui choisissent des activités
extra-agricoles (30 à 36 ans de moynne d'âge) et ceux
qui s'en tiennent au domaine agricole (37-46 ans).

Tableau n053 : Age moyen des chefs d'exploitation par


secteur d'activité

Activité âge moyen

Salariat non agricole 30,3 ans


Commerce 33,3 ans
Pambé~39 34,S ans
Artisanat 36,8 ans
Arboriculture 38,7 ans
Maraîchage 39,1 ans
Elevage 39,7 ans
Vivrier 40,3 ans
Culture de rente 42,3 ans

Source: Projet AOOC: enquête auprès de 100 exp oitations


de la province de l'OUest entre juin et novembre 1992.

139
Salarié agricole: l'exploitant loue sa main
d'oeuvre à l'extérieur.

356
Une solution qui se développe et vient en appui de
l'agriculture ...

Ainsi en 1992, on-observait (enquête ADOC) que, pendant


les dix années précédentes, 17% des exploitants avaient
développé une activité de commerce ou d'artisanat {voir
planche n010) , 13!f; étaient salariés agricoles (le chef
d'exploitation loue sa main-d'oeuvre à l'extérieur), 7%
tacherons, 4% salariés non agricoles (maçon, menuisier).
Ces activités ne viennent pas forcément en concurrence
avec l'agriculture: on a constaté que le lancement de la
moitié des élevages hors-sol a été possible grâce aux
apports de ces revenus extérieurs. Le café n'a financé
que 14% d'entre eux et les autres cultures 25!f; (figure
n041) .

357
Figure n 0 41: financement des activités d'élevage

ûRIGINE DU FINANCEMENT
DES ACTIVITES D'ELEVAGE

oetivle exteneure
115
fJIU::i ut:: 1/2 finull<... ~ fJUI ud. t::xlt::rit::Ult::

Source: Projet ADOC: enquête auprès de 100 exploitations


de la province de l'Ouest entre juin et novembre 1992.

Le revenu moyen de ces pluri-actifs étant plus élevé,


ceux-ci bénéficient de facilités d'accès au crédi t
0
(figure n 42) tout en conservant un niveau dl endettement
supportable (un quart des recettes) .
358
Figure nO 42: Relation entre les revenus et le niveau
d'endettement

Relotkm emprunts/recettes
s~lon la cat~9orit'l d'~xploitont

mo"'o'" du emprunt. 1986-91{Wllllers}

· ,.,
• Gran'" p1anleUrI
_ " ' .
PianI. Doüble-acllfe

• .....................................: , , , ..

· ' , ' .

• ·················..·'IoIa.,..u·plantClr...····..···......········ .......................................................................
• P~llb planieu....

- -
• L-_-'-_----i..._ _~_--'---_-:-_-:
r.".II.. 1990 en F'CF'A. (W1ln.,,)

359
En période de crise, comme c'est le cas depuis quelques
années, ils ont de plus larges opportunités de
reconversion: ayant de plus grandes possibilités
d' accumulation, ils sont les plus aptes à mobiliser des .......
financements. Quand ils arrachent du café c'est pour
libérer des terres et de la main-d'oeuvre qu'ils
utiliseront mieux avec d'autres spéculations (maraîchage,
bois ... ). La double-activité correspond, nous venons de
le voir, à des planteurs plus jeunes que la moyenne.
C'est un groupe peu féminisé ayant un niveau de
scolarisation plus élevé que la moyenne. Il se
caractérise aussi par un certain style de vie: leur
mobil i té géographique est importante. Le nombre de
personnes qu'ils ont à charge est réduit. Ils concentrent
plus que tout autre, leurs efforts sur leur descendance
directe malgré des revenus supérieurs. Leur revenu moyen
était, avant la crise, six foix plus élevé que celui des
petits planteurs. Le rapport est aujourd'hui passé à dix.
Ils ont une stratégie surtout individualiste. Quand ils
ont du café, ils n'hésitent pas à faire appel aux
commerçants privés plus qu'à la coopérative pour le
commercialiser. Ils sont bien représenté dans la minorité
qui a recours au crédit bancaire pour certains
financements.

360
CHAPITRE 14

L'optimisation des ressources

Introduction

L'optimalité n'est pas facile à définir face à la


multiplicité des objectifs des exploitations agricoles
non réductibles à un dénominateur commun et dans un
environnement susceptible de changer. L' agricul ture
familiale intensive est à la base du fonctionnement
agricole de la région. Comme toute agriculture paysanne
privée elle est compétitive grâce à une sous rémunération
de la main-d'oeuvre familiale et du capital investi.
L'exploitation agricole moyenne se caractérise par de
petits revenus et de faibles liquidités disponibles qui
vont guider ses choix. Elle est de plus en plus
prisonnière de contraintes extérieures qui l'ont conduite
à abandonner ses libertés ancestrales. Le revenu net, en
termes réels, des ménages est en diminution; Une forte
proportion des familles a recours à un deuxième emploi
pour joindre les deux bouts. Relativement à l'abri
pendant un temps par rapport aux lois du marché, elle est
amenée auj ourd 1 hui à faire face seule au marché
international alors que des dérèglements à long terme
imposent leurs contraintes. L' agricul teur d' auj ourd hui
1

n'a plus grand chose en commun avec son grand-père.

361
IV.14.A. L'usage du territoire

Peut-on d'ores et déjà annoncer la fin du café?

Sans doute pas: nous constatons que 16% des producteurs


ont encore planté depuis un an même si une poignée de
grands seulement ont pu effectuer des replantations
dignes de ce nom. Souvent on se contente de remplacer les
pieds défectueux ou morts. Le rôle social joué par la
caféiculture dans la région explique son attachement à
cette production. Nous l'avons vu, la coopérative créée
pour le café a été au coeur de la généralisation des
intrants, de la construction des routes et du
"durcissement ,,140 de l'habitat. Le rôle de marqueur
foncier des plantations de café, en particulier au moment
des successions, peut entrer en ligne de compte dans
certains cas. Il expliquerait en partie qu'un producteur
sur deux ait encore planté depuis la crise et que 10%
d' entre eux continuent à le faire auj ourd 'hui. La place
encore importante du café s'explique encore par des
données structurelles comme l'âge des planteurs et
l'insuffisance de main-d'oeuvre disponible. Les jeunes
partis en ville pour étudier ou chercher du travail
préfèrent y rester. Les exploitations, nous l'avons vu,
sont déficitaires en main-d'oeuvre. Les possibilités de
reconversion sont limitées. En outre il ne faudrait pas
négliger les facteurs financiers qui commandent les choix
d' une réorientation. La stabilité des budgets assurée à
grand peine n' offre guère d' opportuni té de reconversion.

140
crépissage des murs en briques de terre ou
construction en moellons.

362
Une certaine diversification agronomique a néanmoins eu
lieu. Si on observe les activités développées par les
exploitations depuis 10 ans, on note une tendance à
substituer l'option "tout café" par une diversification:
-Ce sont surtout les jeunes migrants revenus sur
les sols pauvres de la partie méridionale du plateau qui
se mettent à cultiver les fruits (mangue, avocat) et le
piment. Ces exploitations sont nombreuses dans la zone de
Bana et Bazou où elles peuvent bénéficier de grandes
surfaces;
- Les agriculteurs âgés et à l'écart des réseaux
urbains se réorientent plus facilement sur le palmier à
huile sélectionné et dit amer~cain (tige courte) et les
eucalyptus. Comme pour le cas précédent les larges
disponibilités foncières sont un atout pour leur
développement;
-Les sols fertiles et les surfaces plus restreintes
correspondent davantage à une culture maraîchère
intensive. On utilise ainsi de nouveaux espaces comme les
bas-fonds aménagés;
-Une expérience antérieure dans l'élevage, des
affinités pour les animaux, une assise financière pour
certains agriculteurs permet le lancement d'élevages de
porcs, de lapins, de poulets à ceux qui pourront
supporter les coûts de démarrage. Un marché proche
conditionne cette activité. On les retrouve dans les
zones densément peuplées;
-Les agriculteurs plus âgés, moins fortunés se
lanceront dans la production de cola, de safou, de
calebasses, de plantain, la vente de bois et de vin de
raphia. Les bénéfices de ces cultures qui nécessitent peu
de travail se répercutent moins sur les rentrées
monétaires.
La production de café se présente, donc, comme une
activité en recul sans toutefois être abandonnée. On

363
s'aperçoit que la situation géographique et sociale des
agriculteurs conditionne leur orientation.

Même si les prix de vente du café ne sont pas incitatifs


en ce moment, on peut envisager d'en améliorer la
qualité. On a imaginé la production d'un café labellisé
(café gourmet) qui permettrait ~. prix unitaire plus
élevé. Aujourd'hui la forte hétérogénéité des lots
entraîne pour les torréfacteurs des incertitudes sur le
goût, le calibrage, l'arôme du produit obtenu et sa
dévalorisation. Cette hétérogénéité provient des soins
inégaux dont le café fait l'objet: l'entretien, les
quantités d'engrais, le vieillissement des plantations
interviennent. La mauvaise qualité du café provient,
aussi, de son lavage au marigot dans des eaux polluées
entraînant des pourritures sur les baies et une
fermentation insuffisante: diminution de l'arôme et de
l'astringence. Les blessures au dépulpage, le mauvais
triage sont d'autres raisons de son déclassement. Enfin,
les délais de livraison non respectés, le préfinancement
difficile de la collecte font fuir les acheteurs italiens
ou espagnols141. Ils susbti tuent d'autres cafés à
l'arabica doux du Cameroun pourtant apprécié pour son
goût corsé. Depuis longtemps on se préoccupe d'améliorer
la qualité du café. Des observations ont déjà mis en
évidence la trop faible proportion de catégorie A, la
meilleure. La qualité très moyenne du café s'explique par

141 Voir ALARY (V.), 1994 - Le concept d'"infériorité


de marché Il : l'exemple du marché du café arabica
camerounais in: Le village camrounais à l'heure de
l'ajustement, Paris, KARTHALA, pp.98-111.
DAVIRON (B.), FOUSSE (W.), 1993 - Lsi
compétitivité des cafés africains, Paris, Ministère de la
Coopération, 252p.

364
le manque de matériel pour son conditionnement. D'après
le Recensement Général de l'Agriculture de 1984 (p.27),
si 54% des exploitations utilisent un dépulpeur, 24%
seulement en possède un. Or un dépulpage rapide est une
condition incontournable pour un café de qualité. Il doit
avoir lieu dans les 36 heures qui suivent la récolte.

La domestication de l'arbre

La caféière est exemplaire sur le plan de la


domestication de l'arbre. Elle est le lieu qui permet le
mieux d'illustrer la singularité de cette région
d'Afrique pour les rapports qu'on y entretient avec
l'arbre: l'arbre es t, par le gage de conservation et
d'amélioration du sol, le complice de la production. Au
contraire de ce qui est préconisé . par l'agronomie
moderne, on y observe une alliance positive de l'arbre et
du champ dans le cadre d'associations agro-forestières
complexes. Les densités de peuplement observées en
système agro-forestier sont en moyenne de 70 arbres/ha et
180 arbustes/ha. La fonction d'ombrage n'est pas son seul
intérêt. Auxiliaire des cultures ( ~ ~., Markhamia
~, Polyscias ~), il a ses fonctions propres:
production de fruit (goyavier, papayer, agrumes,
avocatier, manguier, safoutier) et de feuilles (Vernonia
amydalena) pour la consonnnation familiale, de noix
(Colatier) destinées à la vente, de bois d'oeuvre et de
matière première pour l'artisanat et finalement de bois
de chauffage (voir planche n011). Il régénère aussi les
sols (Sesbania macrantha), accueille des ruches. Même le
bois des haies qui délimitent les champs et les
exploitations (Dracaena deisteliana, Podocarpus mannii,
Cupressus sempervirens) trouve une finalité en bois de
chauffage. L'arbre est donc à la fois élément de
l'environnement, du système agraire et des ressources des
365
Planche 11: Vent e de bois
exploitations. L'intensification de la production ne
s'est pas faite â son détriment. Il est présent dans la
majorité des types de champs: aux abords des cases les
arbustes sont encore plus nombreux que dans la caféière
(environ 250 pieds/ha) et les arbres légèrement moins
denses. Dans les champs vivriers les moins riches, ceux
.qu '~on :.laisse en ~ja'chère :,de ~façon fréquente, leur densité
ûécroît.,:pour <s ':établir' ~â· ~environ 30 arbres/ha -'et. l30
ûrlmst.-esJha. :n 1n ~,y "'a . :guère que dans les ':~~~ps
.:maràichers.:qLi ton .:n ten tretrouve pas. Sur les terres'· :les
UU;:;ins rl'roductiv.es, :llà ·..àù::J.e ~café ne peut guère ,pQu~iier
ttzone,s . .férC?rlée.~ __::I:le ~ œ-0EWet:'de colline), l'introduc!=-ion
.d '.'ESsences :.'-à . ::croissance -,rapide telles l'eucalyptus
:cons.titue .une-rbonne :v.aLor.Ësation et engendre des ~rev.enus

-
:s~pplémentai:r-es\{voir;:plarréhenOl2). Arbre polyvalent,';il
rlev:i:e.11rlra ("GAREZ "I-g9~~:J) .::2 8) :perches (69%
..

366
Planche 12: l'Eucalj~tus:une source de revenus
s pp émentalres

367
des cas}, lattes (65% des cas), planches (35% des cas) ou
bois de feu (ou charbon de bois). Plantés très densément,
les eucalyptus forment des micro-forêts là où autrefois
on trouvait des pâturages. Etant coupés jeunes, ils
procurent des revenus relativement rapides après
plantation et les marges brutes dégagées à l'hectare sont
élevées. GAREZ (1993, p.29) avance le chiffre de 240000
FCFA/ha/an, dans les conditions actuelles de production.
Leur exploitation se fait entre 7 et 15 ans d' âge .._~Il
faut 3à 5 ans pour obtenir une perche moyenne (15cmà
la base), 7 à 11 ans pour avoir un poteau électrique.' La
faculté de ces espèces à repousser après avoir brûlé
n'est pas négligeable dans ces lieux où l'on brûle
systématiquement les friches. Leur aptitude·. à émettre·~·âes
rejets après une coupe autorise une exploitation en c~pée
fort appréciée.

Dans les bas-fonds inondés, seul le Raphia vinifera


(Arecacaea) 142 peut vivre (voir planche n013). Il forme
des peuplements denses de 3 à 7000 pieds/ha ou formations
-végétales appelées raphiales. On l'utilise de multiples
façons: pour la confection des greniers de conservation
du maïs, pour le mobilier (lits, tabourets, tables ... ).
Il produit une sève, extraite par incision du bourgeon
terminal et consommée après fermentation (vin de raphia) .
Ces plantes pérennes monocarpiques, fleurissent une fois
dans leur vie, après 10 ou 15 ans de végétation,
disparaissent ensuite. Au total, une centaine de pieds
arrivent à maturité chaque année sur un hectare et
présentent la possibilité d'être "vignés" (saignés).
Après un an d'extraction, l'arbre est coupé et sa souche

'2.42
Palmier sans tronc, à grandes feuilles de 8 à 12
mètres.

368
Planche 13: Le raphia, peuplement végétal dense de
bas-fond
utilisée en bois de chauffage. Un pied en production
donne de 50 à 250 litres sur l'année. Ce "vin" de raphia
autrefois consommé puis marginalisé par la bière est
redevenu à la mode en temps de crise avec le
143
renchérissement du coût des boissons industrielles • Le
rôle que joue ces peuplements végétaux dans la régulation
du débit des cours d'eau est important sur le plan
écologique. Le système racinaire des raphias, ralentit la
vi tesse d'écoulement des eaux et par là même l'érosion:
son arrachage pour le remplacer par des cul tures
maraîchères se traduit par une baisse du niveau de la
nappe et l'assèchement des ruisseaux entraînant des
perturbations de l'environnement (voir figure 43).

143 voir GAUTIER (D.), FADANI (A.), 1994 - Le raphia


face à la crise: une production complémentaire qui
pourrait être revalorisée in: Le village camerOunais à
l'heure de l'ajustement, Paris, KARTa~, pp.318-333.

369
Figure n° 43: Conséquences de l'arrachage des raphias

VIVrier
• tlQ<l;t;onnJ' "l'land <4
'-- - - -. - - . ,_ /llQrQj'.J,~
--- --- --,

370
Le regain d'intérêt connu par cette production en période
de crise a conduit les chercheurs à s' y intéresser. On
sait, grâce à GAUTIER et FADANI (1994, p.323) qu'un
hectare de raphiale permet de dégager une marge brute de
87 000 FCFA/an et constitue un revenu régulier apprécié
pour son étalement sur l'année. Cette rentabilité
comparée à celle d' un hectare d'arabica est bonne depuis
1989. Selon les mêmes auteurs (1994, p.327), la marge
brute d'un hectare d' arabica est évaluée à cette période
à 31 000 FCFA. Si le maraîchage. offre ~ une meilleure
144
rentabilité à l' hectare de terre (90 000 FCFA ), le
raphia a une productivité supérieure pour le capital
investi (25,04 FCFA par franc CFA investi contre 4,81
pour le café).

L' arbre maintient donc sa place privilégiée comme outil


de gestion des terroirs autant que comme ressource
monétaire. Ainsi, 37% des exploitations enquêtées (Projet
ADOC) ont planté des arbres en 1992: des fruitiers dans
plus des 2/3 de ces exploitations, des eucalyptus dans
1/3 d'entre elles. L'arrachage des raphiales pour
l'implantation de maraîchage dans les sols riches des
bas-fonds reste marginal compte tenu des problèmes
techniques: le système racinaire fasciculé puissant est
difficle à extraire et on n' acquiert pas la maîtrise de
l'eau. C'est une entrave à la substitution du maraîchage
au vivrier de bas-fond.

144
En système de culture traditionnel de bas-fonds

371
La gestion des pentes

La bonne gestion des pentes est une autre façon


d'accroître les ressources. Elle dépend de la résistance
des sols aux processus mécaniques d'érosion fonction de
leur texture. Avec certaines variations localisées, les
sols de' la· région ont 'une bonne teneur en matière
organique, facteur. de stabilité structurale et de
résistance à l'érosion. Si nous avons constaté des traces
d'érosion le long des pentes 145 , l'absence de variation de
la. C.E.C .. fait . penser -à une bonne gestion de celles-ci.
Nous n'observons. pas de dégradations majeures mais au
contraire une amélioration du sol sous l'effet des
cultures. A Baleveng, la C.E.C comprise entre 22 et 29
m.e.q. tout au long de la toposéquence descend à 17,3 là
où on a une friche. Les seuls cas de diminution de la
C.E.C le long du versant concernent des sols en situation
marginale, cultivés malgré une très forte pente comprise
entre 35 et 55%146 Nos observations nous amènent à
penser qu'il y a une bonne utilisation des sols: la

145
Les horizons de surface avec 0,9% à 7,1% de
matière organique en sont bien pourvus en haut de pente,
pour diminuer en milieu et dans les parties concaves. Ce
gradient atteste d'une érosion non négligeable et se
traduit par une accumulation de colluvions et par la
présence de sols épais et riches dans la partie basse des
pentes.

146 On peut donc s'interroger sur la pertinence et le


choix des critères retenus par Valet (1985) pour le
classement des pentes. Cette classification en catégories
de pentes faibles «12%), moyennes (12-25%") et fortes
(>25%") concerne des pentes qui pour nous ne posent pas
problème.

372
147
jachère a un léger effet acidifiant mais son action la
plus significative est celle, positive de l'élévation du
taux de matière organique. Cette influence est d'autant
plus sensible que les sols sont moins fertiles comme à
Fokoué. La disparition des jachères, réali té d'un nombre
de plus en plus grand d'exploitations a des effets
négatifs amplifiés dans les zones les plus pauvres. La
présence de café a aussi des retombées positives sur la
teneur du sol en matière organique. Malgré la culture
permanente imposée par ces plantes pérennes, on observe
une amélioration de la teneur en humus du sol des
caféières. Plusieurs phénomènes se conjuguent: la chute
des feuilles des caféiers, la rétention de la terre par
leurs racines, la protection du sol par les houpiers. Cet
effet de la caféière est là encore plus marqué sur les
148
sols pauvres, évolués sur granite • Il se traduit aussi
par une élévation de la teneur en potassium du sol,
enrichissement minéral dû aux grandes quantités d'engrais
apportées et au recyclage des minéraux lessivés. La
teneur naturelle des sols en potassium n'étant pas
toujours suffisante, ce supplément dû au café est
appréciable. Pour le phosphore, on retrouve les mêmes
bienfai ts de la caféicul ture. Là encore les sols de la
149
région sont déficitaires , les caféières sont les mieux

147 Elle peut contribuer à renforcer le pH qui est


dans la région déjà moyennement (5,6) à faiblement acide
(6,4) .

148 Dans ceux-ci, la culture continue de vivriers


imposée parfois par la pression démographique conduit à
une diminution sans égale de la matière organique s'il
n'y a pas de café pour protéger le sol.

lB Les teneurs en phosphore varient de 0 à 4,25


meq/100.
373
pourv~es. D'autres pratiques comme la restitution des
cendres du foyer dans les champs dits de case ont des
150
effets: similaires • L'écobuage amène une concentration
localisée des bases échangeables comme le potassium151 •
Les cultures exigeantes en minéraux comme les courges, le
macabo et le taro sont réservées à ces billons écobués.

La technique du billonnage perpendiculaire à la pente


peut être considérée comme un des éléments essentiels de
la gestion des pentes (planche n014). Remarquable
parcequ'il fût initié.; par la vulgarisation agricole et
adopté par les agriculteurs au début des années 60, le
billonnage en courbe de niveau et non plus parallèle à la
pente s'est généralisé. La limitation de l'érosion a été
la motivation majeure de l'encadrement agricole pour
vulgariser cette technique. Elle devait se substituer à
une technique qui favorisait non seulement l'érosion
mécanique par les pluies mais qui descendait la terre en
bas de pente au moment du travail, celui-ci se faisant de
haut en bas. En 1965, d'après les observations de CAPOT-
REY (1965, p.30) nous sommes à une phase intermédiaire de
l'extension de cette pratique. Son importance dépend du
type de culture: en cultures vivrières, 56% des billons
sont perpendiculaires, 55% en plantation mixte et
seulement 18% en plantation pure. Tout le monde n'était
pas persuadé du bien- fondé de cette nouvelle technique.

150 On a observé un champ de case à Fokoué dont la


teneur en potasium s'élève à 1,29 meq/100g. Il constitue
un exemple typique de fertilité créée.

151 Même si cela se fait au détriment du reste du


champ qui passe ainsi sous le seuil minimal en potassium
de 0,20 meq/100g.

374
Planche 14: Le billonnage perpendiculaire à la pente
Certains invoquèrent les risques d'accumulation et de
rupture des billons. Mais les sceptiques n'ont pas eu
gain de cause. Aujourd'hui, le billonnage perpendiculaire
est général pour les pentes faibles ou moyennes. S'il
n'est pas appliqué en pente très forte de haut de
versant, c'est en raison de la difficulté de travailler
en dévers. avec un pied plus haut que l'autre (voir
planche n015). Approprié par les agriculteurs ce savoir-
faire a fait l'objet d'adaptations aux différentes
situations: La dimension des billons est fonction de la
pente, de la profondeur du sol,': des: problèmes hydriques
qui se posent, variant de, 15 à~ 50cm de' hauteur et de 30 à
160 cm de largeur. Le';' plus, p~tits' bÙlons sont observés
sur les pentes les plus ,fortes en haut de pente. Les sols
y sont plutôt peu 'épais, les ris~es de rupture des
billons sont diminués ~ , 'par 'l" interruption ,d~ leur
longueur" tous les mètres environ. Ils constituent le
seul moyen de' réunir pour les plantes un volume de sol
suffisant pour leur développement. Ces billons de petite
taille sont quelquefois le reflet d'un sol très difficile
à travailler comme c'est le cas après une longue jachère.
Les plus gros billons sont ceux des bas-fonds. Leur
fonction est fort différente des premiers. Trè: hauts (50
cm), ils vont pouvoir placer les racines des cultures à
l'abri des fluctuations de la nappe phréatique :toute
proche et au-dessus de la zone asphyxique de gley. Ils
sont très larges, comme des planches maraîchères qu'ils
sont parfois. Les billons écobués que l'on forme sur des
andains de débris végétaux leur ressemblent. En pente
forte, ils ont parfois l'inconvénient d'avoir une surface
inclinée qui les rend sensibles à l'érosion par
ruissellement. Toutefois celui-ci est limité par la
rugosité que leur dor~e les nombreux végétaux qu'ils
intègrent. En pente forte, on complète le billor~age par
d'autres techniques de limitation de l'érosion. Ainsi la
pratique d'enfouir la totalité des herbes défrichées
375
Planche 15: Un billour,age ~~i devient parallèle à la
pente en forte pente
permet d'augmenter considérablement la porosité et donc
le drainage. Cette façon de faire, où la parcelle
n'apparaît jamais parfaitement nettoyée, semble être
d'une grande efficacité. Le labour à plat est marginal
dans notre zone d'étude. Il passe pour un travail
moderne, réservé aux hommes quand ils font du maraîchage.
Il est plus rapide et moins pénible surtout en sol dur de
fin de saison sèche et de moindre profondeur. On le fait
à l'aide d'un trident. Les femmes n'adhèrent pas à cette
technique. Certains hommes y renoncent lorsqu'il s'agit
de mettre en culture des pentes plus fortes. Il convient
mieux aux cultures corrme la pomme de terre dont le
buttage limite les dégats érosifs. Des études conduites
par VALET (1976, P .12) montrent les effets comparatifs
d'un billonnage traditionnel à un travail du sol à plat
et mécanisé (Tableau 54). Elles suggèrent, en cas de
mécanisation, d'alterner les deux techniques la première
plus laborieuse est aussi de meilleure qualité: meilleur
ameublissement du sol sur ur.e profondeur supérieure à 50
cm. La résistance à la pénétration est bien moins élevée
en billon traditionnel et sur une plus grande profondeur.
La porosité est bien plus élevée et se conserve mieux
que sous labour. Le tassement est moindre qu'après des
labours seuls (mars) et trop répétés (mars et septembre).
La seconde serait à réserver en cas de difficultés de
calage du cycle de culture sur les pluies, à la fréquence
maximale d'une année sur deux.

376
tableau n054: Effet de la date et du nombre de labours
sur le tassement d'un sol ferrallitique complexe (mesures
en octobre)
. " i 1
IDensité 1 Poids 1.
'..... 1apparente 1 . spéci f ique 1. Paros i té
Labour en mars e~ septembre 1 1,25 .1 2;<1<1 4H
ILabour en màrs 1 1,06 1 2,44 56%
!Labour en mars et grattage en 1 1
1 septembre 1 0,99 1 2,44 59%
1Billons traditionnels (février) 1 0,94 2,44 60%
1 1 ,1
Source: VALET, 1976 - Cbservations et mesures sur des cultures associées
traditionnelles en pays Bamiléké et Bamoun, tableau 2, p.12

La technique du billonnage en courbe - de'':Î1iveau a fait ses


preuves dans la région .._ Elle. rëlève d'un délicat jeu
d' équilibre entre d'une" - part· la' - . conservation de
l'humidité -et du sol et: d'autie::part un drainage
suffisant pour qu'on n'ait' pas' Une" rétention excessive
d'eau qui po~rrait conduire à-une' ctramàtique rupture en
chaîne des billons d'un versant.

Nous ne revenons pas ici sur l'association des cultures


comme élément de gestion des pente. Elle joue,
évidemment, un rôle important dans la couverture rapide
du sol par une végétation abondante qui en assure une
bonne protection. La multiplicité des espèces en mélange
dans les associations (7 à 8 en moyenne) et la présence
de cultures à développement très rapide comme le haricot
et les "légumes africains" favorisent un recouvrement
rapide et dense utile pour limiter l'impact des gouttes
d'eau du début de saison des pluies particulièrement
destructeur sur un sol nu.

377
Des difficultés à recycler les déjections animales

Le ~ecyclage des déjections animales fait partie


des moyens,
, . ,...
dont dispose .
l' agricul trice
~ J.
pour augmenter sa
'-, \
production: d'après nos observations (ADOC/1992), 42% des
,,"',,' . . . ~ - .. l' --: ..
~~.

priorité,
: . . . . . . ,r
exploitati'ons récupèrent des' fientes, qù' elles-mettent en
.-;c.· . . ....,
;(39%~:descas): sur
' ..•••

.- -.sur-
\les
", _...
~.
vivriers
. . .... . le café
(36%) ou. sur, du maraîchage (10\). C'est l'élevage de
porcs qùi fournit le plus ,'de fumier. L'animal de race
locale est logé dans un enclos derrière la maison
(planche n016). L'alimentation jetée à même le sol est
composée de déchets. de cuisine"" troncs> de bananiers,
herbe à éléph~nt· (P~nnisetum purpureumf;. Piétinée en
partie par l'animal, et enfouie 'dans. le sol boueux de
l'enclos, ellE1 fait' offi~e . ;cr"e litière. 60% des
exploitations titilisent 'atissi~ la ,porcherie conune fosse
d'aisance.L 1 eciclos est nettoyé une fois ••' par an. On en
extrait un f~mïer qùi sera soigneusement-réparti dans des
champs proches de laconces~ion, 'g'énéralement la
caféière. La production de fertilisant pourrait être
améliorée si le sol de l'enclos était cimenté. Il arrive
qu'on déplace l'enclos pour utiliser le sol enrichi. La
croissance des bananiers et maïs y est spectaculaire.
Très marginal,'" l'élevage bovin que', l'on trouve en
altitude et sur le rebord Sud du plateau bamiléké n'a
guère d'influence sur la fertilité. D'après AGBEDE (1989,
p.8), seuls 5% de ces éleveurs rassemblent leur troupeau
en enclos pendant la nui t. LI enrichissement du sol dans
ces lieux particuliers est évident et se reconnaît
aisément à l'épais gazon de Kikouyou (Pennisetum
clandestinum) qùi les recouvre. Ces terres sont très
recherchées pour l'implantation de maraîchage intensif.
La collecte de déjection est inexistante et bien qùe cet
élevage pèse pour la moitié des UBT de la région, son
impact sur les cultures est réduit. L'élevage des petits
ruminants est plus commun, Les animaux broutent les
378
.....~.:......=\.,'.: '-'
.
. . 1:.. •.
. ï'
champs en saison sèche une fois la récolte terminée. Ils
sont attachés à des piquets en saison des pluies. La
production de déjections, difficile à estimer, n r est pas
prise en compte par les agricultrices qui ne semblent pas
y attacher d'importance. L'élevage de volailles,
lorsqu r il a un caractère moderne, présente un intérêt
pour la production de fientes utilisées ou vendues.
Elevés en claustration complète les animaux sont sur des
152
copeaux de bois ou sur de la parche de café •

L'enlèvement de la litière se fait à la sortie de chaque


bande. Ces élevages spécialisés (au minimum 2 à 3 UBT) ne
concernent guère qu '1 à 2% des exploitations. Ce fumier
très· concentré demande à être dilué pour ne pas brûler
les cultures. On constate donc qu'il existe une grande
diversité de l'élevage de la région. Malheureusement,
elle reflète mal la production de fumier très peu gérée
en. dehors de l'élevage de porc et de celui de volailles
en· batterie. La faiblesse des effectifs et les
153
difficultés à recueillir les fientes des animaux
représentent un handicap sérieux pour qu'on puisse
véritablement compter sur cet amendement pour les sols.
La peste porcine africaine a porté un coup sévère aux
possibilités de fertilisation organique. La disparition
des services de l'élevage en même temps que le reste de
l'encadrement agricole depuis 1988 ne devraient pas

152 enveloppe ou tégument de la graine de café enlevé


lors de l'usinage des "cerises" de café après dépulpage.
Souvent les planteurs la récupèrent auprès de la
coopérative pour en faire ~, amendement.

153 D'après l'enquête ADOC de 1992, 28% des éleveurs


de porc ne gardent pas leur animal en permanence dans
l'enclos. Chez les éleveurs de chèvres, elles sont en
liberté dans 37% des cas.

379
faciliter la tâche des éleveurs laissés à leurs
problèmes.

Le stockage des denrées

Bien que souvent évoquées par les agricul trices,


peu de choses sont faites pour limiter les pertes au
stockage. Sur les 6 à 12 mois de conservation des
denrées, les pertes évaluées par le PDRPO (1980, p.65
t~r)~sont de 12-17% de la récolte pour l'arachide, 23-26%
pou:c:,~ le maïs, 29-32% pour le haricot. Ce qui, vu les
~endements moyens mesurés, correspond à environ 70Kg
d~araçhides par ha, 298 Kg de maïs et 150 Kg de haricot.
Les ',dégats sont essentiellement dûs aux insectes, très
: i, pe~ ; :. aux:' " ,,rongeurs. et aux pourritures. Ces pertes
'0 éJ.ppa:raissente;.;:cessives étant donné le lourd travail de
pr~duction '_" et 'les. dépenses engagées pour~ la:
fertilisation. On peut attribuer ces pertes à la
rusticité des moyens de conservation:
-le maïs est stocké en ep~s, dans des greniers
traditionnels ou coffres en bambous peu étanches (voir
planche, n 0 1 7) .
:,' ',':: '::..: les haricots' et arachides sont séchés au plafond
des cuisines avant d'être écossés et conservés dans des
récipients divers plus ou moins bien fermés.
En général, aucun insecticide n'est utilisé. Seule une
petite minorité d' agricultrices emploie une poudre sans
marque, de composition inconnue, sans doute en provenance
du Nigéria et d'efficacité à démontrer. D'autres
détournent de leur usage normal(réservé au traitement en
cours de culture), des insecticides dangereux du type RCR
ou méthyl-parathion. Une étude précise conduite sur le
st.oc!<age: 'àu;:,i maïs "i (DUCRET, 1990, pp.6-7) montre,
'i,' explosion -de ~ la population d'insectes à partir de la 3'0
ème semaine: "de conservation. Située mi-juin, ce moment
380
Plan,:::l.e 17: Le grenier à maïs en "ba,,-bous"
correspond à une élévation à plus de 70% de l r humidité
relative minimum mesurée en milieu de journée. On y
montre aussi que le plus fort pourcentage de grains
attaqués se situe au mois d'août alors qu'on est à la 40
ème semaine de conservation. On y apprend enfin que la
proportion de ces grains attaqués est de 30% minimum à
partir de la 7ème semaine jusqu'à la fin de la
conservation. Le plus agressif des ravageurs au début est
le charançon du grain (Sitophilus granarius) qui
représente 95% de la population d'insectes. A la fin la
population des coléoptères se diversifie. Viennent
s'ajouter d'autres coléoptères: le Tribolium castaneum et
le capucin des grains (Rhizoperta dominica). Parmi les
lépidoptères on note la présence de l' aluci te des
céréales (SitotrQpa cerealella). Le traitement des stocks
peut se faire même en grenier traditionnel, avec un
produit adapté par exemple de l'Actellic en poudre à 2%
de pyrimiphoséthyl, matière active efficace. Dès la 14ème
semaine de stockage, une différence significative
apparaît entre les denrées traitées et celles qui ne le
sont pas à partir de la 14 ème semaine de stockage
(DUCRET, 1990, p.8). Avec traitement, le taux de dégâts
des insectes est ramené à moins de 2% sur toute la durée
àe la conservation. Le coût du traitement est de 750 à
1500 FCFA selon la contenance du grenier, 300 • ou 600 Kg
de maïs-épis.

381
Figure n044: Evolution du pourcentage de grains
attaqués dans un grenier traditionnel de mais au cours de
l'année

Evolution du pourcentage
de grains Qttüqi.J~S

12 " ~ groins o"aques .

la .
8 .

6 ..

"
"
:t~~;. . ,
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. ·'~·:. . ;.· :. .;·.~


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1 2 3 " 5 678 9 I01112131~15161718192021 22232~2526

Semaines a partir du debut du stockage

Si rien n'est fait au stockage, l'effort de fertilisation


est dérisoire. Ainsi pour un rendement de maïs de 320 Kg
sans engrais (sol en pente), un apport de 60 unités
d'azote correspond à une augmentation de 280 Kg (tableau
382
55}. Si sur les 600 Kg obtenus, 90 Kg sont mangés par des
insectes (15\), on aura perdu l'équivalent de presque 20
unités d'azote, un tiers de ce qu'on a mis.

Tableau 55 : Essais de fertilisation du mais sur terroir


de versant à Bafou (plateau basaltique)

1 Rendement (tonnes/ha)
INiveau de situation de versant
1fertilisation grain paille

0-0-0 0,32 1,49


60-0-0 0,60 2,02
60-60-:) l,OS 2,36
60-60-240 2,08 3, 64

Source: AUTFRAY, 1990 Rapport d'activités 1989, p.7-8.

Trop rare aujourd 1 hui, le traitement des stocks de mais


permet trai t d' économiser des engrais coûteux. Cet te
économie est encore plus importante pour les variétés
sélectionnées à texture de grain différente et plus
sensibles que les cultivars traditionnels à grains
cornés.

Des espaces nouveaux colonisés

Certaines parties de la campagne bamiléké arrivent


à saturation: les densités de population, dépendantes de
la fertilité au sens large (sols, climats, pôles urbains,
accessibilité), bien qu'inégales sont par endroits très
élevées: 341,5 hab/Km 2 dans le département de la Mifi en
1989, 209,8 hab/Km 2 dans les Bamboutos. Un peu moindre
dans le Haut Nkam avec 186,8 hab/Km 2 et dans la Ménoua
avec 185,6 hab/Krn 2 • Seul le Ndé dont les sols
ferrallitiques rouges sont peu fertiles échappe à la

383
règle avec seulement 68,5 hab 1Krn 2 , pourtant encore bien
au-dessus de la moyenne nationale (20 hab/Km2). La
culture y est très intensive. Grâce à l'association des
espèces (60% des champs portent 4 cultures ou plus), on
économise du terrain. Le taux d'accroissement
démographique s'élève à 3,4% (entre 1976 et 1983),
supérieur à la moyenne nationale. Les exploitations ont
besoin de nouveaux espaces, éventuellemnt de nouveaux
marchés qui pourraient leur offrir une flexibilité
qu'elles recherchent. C'est sans doute ce constat qui est
à l'origine de la décision du proj et de développement
régional (PDRPO) financé par la Banque Mondiale et piloté
par l'UCCAO, de démarrer en 1981 un programme
d'aménagement des bas-fonds. Depuis cette date, 709 ha de
bas-fonds ont été aménagés pour un coût total de près de
462 millions de FCFA (HATCHEU, 1994, p.16). De quoi
s'agit-il? Rendre cultivables ces zones souvent inondées
dans lesquelles le drainage se fait mal pour plusieurs
raisons:
-l'incision faible du chenal de vidange et
l'absence de bourrelet de berge engendrant la
constitution de nappes d'inondations après de fortes
aversesj
- de nombreux suintements et sourcins souvent
pérennes naissant au point d'inflexion de la pentej
-et de la nappe phréatique affleurante ou
subaffleurante toute l'année.

On a choisi les bas-fonds à cause de la richesse et de la


profondeur de leurs sols colluviaux ou limono-alluviaux.
Leur teneur en phosphore serait bonne contrairement à
l'ensemble des sols de la région. La proximité de l'eau
les rend irrigables et donc cultivables toute l'année. Si
d'un point de vue agronomique il y avait des avantages
évidents à aménager ces zones, la réalisation technique
n'a pas toujours été simple: le drainage souvent excessif
384
des sols a rendu obligatoire des installations
d'irrigation, les coûts s'en sont trouvés doublés par
rapport aux prévisions. La contribution demandée par
utilisateur est passée de 25 FCFA à 50 FCFA/m 2 (pour des
parcelles de 400 m2 à 2000 m2 en moyenne). D'autres
problèmes sociaux se sont greffés. La distribution des
terres a fait l'objet d'âpres discussions. Les femmes de
notables sont plus nombreuses que les autres à avoir
obtenu un 10e s4 . D'après HATCHEU (1994, p.24), le bas-
fonds de Bamougoum de 106 ha qui a couté 57 millions
d'aménagement n'a jamais pu fonctionner à cause de
problèmes fonciers non résolus. La commercialisation des
produits non prise en charge par le projet qui était axé
sur la production, s'est révélée un autre obstacle pour
les agriculteurs. Les produits maraîchers auxquels ont
été destinés ces bas-fonds sont des denrées périssables
pour lesquelles il fallait prévoir un débouché qui ne fût
pas programmé. Compte tenu du coût à l' hectare de ces
aménagements (652 000 FCFA) , on constate qu'il est
difficile d'envisager de telles réalisations en dehors de
l'appui de l'Etat. On se tromperait si on attendait des
agriculteurs qu'ils prennent en charge ces travaux.
D'ailleurs nos enquêtes montrent que très peu d'individus
se sont lancés dans des aménagements de bas-fonds même
sur des surfaces réduites. Ces aménagements sont
difficiles sans mécanisation. Il semble que l'option
prise, par ailleurs, par le projet d'optimiser
l'utilisation des pentes se soit heurtée au même

154
Observations déjà faites dans un mémoire encadré
par nous. Voir:
MBOGNING (D.), 1989 -Cultures maraîchères à Bafou,
précisions sur les systèmes de culture et de production,
mémoire de fin d'études INADER/ITA, 50p.+annexes,
multigr.

385
problème. En mettant en démonstration des parcelles de
haies anti-érosives, on supposait les agriculteurs
capables de suivre l'exemple. Malgré les résultats
performants de ces aménagements, leur coût (main-d'oeuvre
et financement) les a limités aux terrains
d'expérimentation. Sans vouloir prôner le retour en force
des interventions de l'Etat, i l faut semble-t- il définir
les moyens d'actions. Mais qui de l'Etat, de la
coopérative ou du paysan sera le plus indiqué pour y
arriver?

Les agriculteurs n'ont toutefois pas toujours attendu un


retour de l'Etat pour faire face à la crise.
Individuellement, ils ont eux-mêmes cree leurs nouveaux
espaces. Ainsi, l'introduction de cultures comme
l'eucalyptus (22% des exploitations) sur les sols peu
fertiles de sommets de colline en est un exemple. De la
même façon, dans le but d'augmenter leur production ils
ont initié des parcelles maraîchères (19% des
exploitations) dans des terrains fertiles, jusque là
sous-exploités. Ceci explique que la place des cultures
vi vrières dans la sphère monétaire ai t fortement
progressé: 47% des recettes agricoles en 1992, contre 39%
en 1991 et seulement 23% en 1980. Le travail est une
limite à l'extension de ces activités: la course des
exploitations à une production de plus en plus importante
implique un surcroît de main-d'oeuvre momentanément
trouvé dans le surtravail des femmes qui n'est pas
extensible à l'infini. Toutefois ces améliorations
concernent en priorité des zones bien cultivées, peuplées
et desservies par des voies de communication. Mais il
reste beaucoup à faire dans les écologies en marge du
plateau bamiléké. C'est le cas des zones granitiques du
Ndé ou de celles extrêmement enclavées du haut Nkam
(Fossong wetcheng) et de la Ménoua (Fondjomekwet) où
beaucoup reste à faire.
386
L'optimum dans l'utilisation de la force de travail?

Ce sont aux hommes que reviennent en zone de forêt


les lourds travaux de défrichement. Ce qui explique leur
absence, des itinéraires techniques, dans une zone comme
la nôtre, sans jachère donc sans recrû forestier. On y
emploie les enfants, intégrés aux travaux des champs
depuis l'âge de 8 ans. Ces derniers fournissent un
travail irrégulier, poreux mais au total important (ils
sont corvéables à merci). On trouve dans la famille, les
ressources suffisantes pour se passer d'un travail
salarial coûteux. La pratique de l'entraide qui
correspond à des prestations de services réciproques
conduit les femmes à travailler en groupe,
alternativement les unes chez les autres. Le travail en
commun, grâce au bavardage diminue la pénibilité de la
tâche. On peut ainsi travailler une dizaine d'heures de
suite au moment de la période de pointe des labours.
C'est aussi une sorte d'assurance qui, en cas de maladie
de l'une, verra les autres fe~mes du groupe venir
travailler chez elle. Les femmes sans enfants (stériles)
participent plus volontiers à ces groupes d'entraide,
façon efficace d'optimiser le temps de travail. La
constitution du groupe se fait sur des bases amicales,
relation n'existant pas toujours entre les femmes d'un
même mariage. Le temps de travail nécessaire à un hectare
de cultures vivrières est de 1450 heures en moyenne. Il
peut dépasser 2500 heures dans certains cas. La
productivité de celui-ci est faible. La phase de travail
la plus pénible est certainement celle du labour. Elle
requiert, dans les parcelles observées, en moyenne 450
heures/ha sur une période qui ne peut guère dépasser deux
mois en raison des impératifs d'humidité. C'est
mathématiquement, une moye:n..Tle de 7,5 heures de travail
387
/
par jour et par hectare qui est nécessaire, sans compter
les temps de trajet. La difficulté est donc de réaliser
ce travail sur une période aussi courte. Les enfants vont
servir de main-d'oeuvre d'appoint inévitable: ils
assurent, dans nos enquêtes, en moyenne 46% du temps de
travail. Leur participation est surtout forte dans les
grandes polygamies incluant des enfants en âge de
travailler. Il arrive que pour les champs d'homme on leur
confie la grande partie du travail (cas du champ de
Mathias où 70% du travail est fait par les enfants). La
qualité du travail peut, alors en souffrir. C'est
rarement par choix délibéré qu'une femme n'intègre pas
d'enfants aux travaux agricoles. Dans le cas de Marthe,
si seulement 12% du travail est fait par les enfants,
c'est que ceux-ci, de moins de 8 ans sont trop jeunes. Le
calage des cultures sur la saison n'est peut-être pas le
meilleur mais le plus gérable en terme de force de
travail. Les producteurs ayant une activité maraîchère
importante utilisent en appoint au travail familial une
main-d'oeuvre salariée. Celle-ci est recrutée pour les
travaux non spécialisés de préparation du sol
(défrichement, labour) ou de sarclage. Elle est chère
lorsqu elle est en dehors des congés scolaires. C'est
1

pourquoi certains producteurs font coïncider le cycle


végétatif avec le rythme scolaire et profitent en période
de congés d'une main-d'oeuvre bon marché. Elle est
indispensable mais de mauvaise qualité: l'enjeu de la
sécurité alimentaire impose aux femmes d'emblaver de
grandes surfaces sur un temps court. Cela amène à avoir
recours à cette main-d'oeuvre peu qualifiée. Il en
résulte un mauvais rendement des champs. La stratégie qui
consiste à cultiver en premier lieu les terres les plus
faciles accentue ce problème. Les labours difficiles
après de longues jachères sont reportés à des périodes où
les agricultrices sont fatiguées, en fin de saison. Par

388
lassitude le billonnage peut devenir parallèle à la
pente.

L r épierrage (voir planche n018) , l'écobuage allongent de


façon considérable le temps de préparation du sol. Ce
travail se combine parfois avec l'arrachage des
tubercules de la saison précédente rendant floue la
limite entre deux années successives. Les agricultrices
ont trop de tâches diverses pour améliorer la
productivité de leur travail. Le semis, finalité de la
préparation du sol, est relativement rapide. Il ne
représente que 10% du temps de travail total, soit 150
h/ha. Le semis des grosses graines se fait en poquets, en
plusieurs passages, un par espèce. Au contraire, les
graines semées à la volée (légumes, Gombo) sont mélangées
pour un semis rapide en un seul passage 155 • Le sarclage
qui demande encore un total moyen de 390 heures/ha, dans
les parcelles observées, doit être concentré sur une
période de 3 mois (fin mars à fin juin). C'est donc un
travail lourd lui aussi et qui occupe environ 4,5
heures/jour. Les sarclages se font souvent en plusieurs
fois et se combinent, pour les derniers, avec le buttage
ou re-façonnage des billons endommagés par les pluies.
Dès les premiers sarclages, on effectue des récoltes
poursuivies jusqu'au début du cycle suivant. Celles-ci
occupent, d'après nos observations, en moyelliïe 502
heures/ha et s'étalent sur I l mois. Cela correspond en

155 La qualité de ce semis ne garantissant pas une


bonne germination, on compense en augmentant les doses.
Ceci est possible parcequ'il s'agit d'espèces secondaires
pour l'alimentation et semées sur des surfaces réduites
(billons écobués) .

389
P_anche 18: L'épierrage
moyenne à 1 heure 1/2 à 2 heures de travail par jour. Les
difficultés de stockage et de conservation imposent pour
de nombreuses cul tures une récol te échelonnée: les
tubercules sont récoltés au fur et à mesure des besoins.
Ainsi les déplacements presque quotidiens empiètent sur
le temps efficace de travail. La conclusion de ces
observations est que le travail agricole est un travail
haché, sans cesse interrompu et de très faible
productivité. La place réservée aux obligations sociales
de l' agricul trice est importante. Les deuils, les
funérailles dans la famille, dans le quartier, dans le
village ou chez les amis sont la cause de fréquentes
interruptions dans le travail. Dans nos enquêtes (ADOC,
1992), 39% des ménages déclarent que celles-ci sont une
gène réelle pour l'activité agricole. Les maternités et
problèmes de santé amputent le temps que l'on peut
consacrer au travail agricole. Il est difficile
d'introduire une innovation technique qui demanderait un
surcroît de travail (voir le compostage comme solution au
problème de matière organique dans le sol). En revanche,
ces obligations sociales ont, ainsi un retour positif sur
l' activi té agricole. Elles font partie intégrante de son
fonctionnement: on en a besoin pour la production
(entraide), la commercialisation et l'approvisionnement
(réseaux de vente et d'achat).

IV.14.B La mobilisation financière et


identitaire (tontines, solidarité)

En l'absence de protection sociale de l'Etat,


chaque individu est affilié à un cercle de famille-
providence. Il s'agit d'un système assistanciel de
proximi té fonctionnant sur la base de l'appartenance à
une communauté sur laquelle on compte. Les prestations

390
qu'il offre peuvent être regroupées en plusieurs grandes
fonctions:
-une fonction de reconnaissance ou composante
du contrat social au même titre que le vote pour la
citoyenneté. Cette citoyenneté sociale repose sur la
solidarité entre individus.
-une fonction d'assurance qui a pour but
d'assurer une certaine sécurité du lendemain. Elle se
caractérise par un système de compensation des charges
familiales, de l'incapacité de travailler et de l'absence
de garantie en cas de maladie. Ce système s'applique aux
individus selon des règles personnelles, y compris à ceux
qui sont en ville. Il limite, ainsi, le processus
d'atomisation au sein des civilisations urbaines. Le lien
avec la communauté d'origine est toujours fort,
l'éloignement géographique n'engendre pas de distance
avec le groupe. Cette façon d'être en société exige de la
part des individus des investissements personnels
importants (être en permanence à l'écoute des autres).
Cette affiliation au système de famille-providence
demande à chacun beaucoup plus que le paiement d'une
simple cotisation par prélèvement automatique sur compte
bancaire comme c'est le cas, en Europe, pour l'Etat-
providence. Au Cameroun, les deux systèmes co-existent en
parallèle. En temps de crise et de difficultés de l'Etat,
il est intéressant de voir comment se comporte cette
assistance de proximité.

Planche de salut grace aux tontines?

Les tontines sont des associations amicales


remplissant partiellement ces obligations de solidarité.
Instruments d'épargne et systèmes de crédit, ce sont
aussi des lieux de rencontre, d'influence sociale et des
groupes de soutien. Comme le précise HENRY (1991, p. 9) ,
391
on y trouve les comportements de la société dans laquelle
elles s'inscrivent. Celles de tradition bamiléké sont
extrêmement codifiées: les règles preClses qui les
régissent fixent la discipline collective et les
obligations de solidarité. La tontine n'a pas une logique
purement financière. En valorisant le comportement
d'épargne, elle permet de se soustraire à des demandes
d'aides importantes. Elle est un alibi, socialement
accepté pour protéger ses économies. Mais elle permet
aussi de répondre aux besoins des ménages en financement.
Ces besoins sont à l'image du dynamisme des tontines.
D'après nos enquêtes, la crise n'a fait qu'accentuer un
recours à l'emprunt déjà fort utilisé: en 1991, on estime
à 70% le nombre de ménage obligé de faire appel à
l'emprunt. On observe une augmentation des demandes de
crédit et un durcissement des conditions d'octroi depuis
la crise: ELOUNDOU (1992, p.26), reprenant les données de
l'observatoire café d'OCISCA dit à propos des demandes de
crédit "le montant moyen a diminué de 52%, passant de III
200 FCFA en 1987 à 53 260 FCFA en 1990. La durée des
crédits a elle aussi diminué. De 8,6 en moyenne en 1987,
elle est passée à 4,7 mois en 1990 soit une baisse
relative de 45%. Enfin les taux d'intérêt sont en
augmentation. D'un taux mensuel moyen de 3% en 1987, on
en est à une moyenne de 5% en 1990, tous types de crédits
confondus". Il s'agit pour ces ménages de faire face à
des dépenses tout à fait courantes: 8 emprunts sur 10
sont utilisés à payer l'''écol
age,,156 des enfants (GRANGERET, JANIN, 1991 157 ). Le taux
d'endettement moyen se situe autour de 25% des revenus.

156 désigner
terme consacré pour les droits
d'inscription à l'école
157
op.cit.

392
En représentant 53%" des emprunts en nombre et GO% en
valeur, les tontines sont l'élément-clé du crédit en
milieu rural, toute autre forme de financement étant
quasiment inexistante (Tableau 5G) .

393
Tableau 56: SOURCES DE CREDIT

Tontine Alis Fuille 8anques Autres EHS(K8LE

Pourcentige dans le totil des crédits(') 52,7 28,0 10,9 2, ~ 6,0 100,0

Kontant loyen(FCFA) .113 120 149 m 34 730 103 950 91 m 64 100

Pourcentage de crédits Sins intérêt(') 80,S 4,0 H,O 40,5


\11,0 183,8
hux loyen d'intérêt lensueU\) 1 0,9 3,0 4,6
,UIU 3,8 1

lourée loyenne du prêt(lois)


1
5,4 1
1
5,0
i 5,3 1 6,3 8,3 5,5

Source: ELOUHOOU, 1992, p.25 sur li base des données OCISCA, observitoire de l'Ouest.

On les apprécie pour leur adaptation aux besoins du


secteur économique non structuré ou non productif. Leur
capacité à traiter des sommes très modestes les
différencie des institutions bancaires modernes. Il n'est
pas besoin de constituer de dossier compliqué pour avoir
accès au crédit, une simple explication suffit. Le
recouvrement des prêt se passe sans grandes difficultés.
La tontine est empreinte de personnalité. On se sent
engagé vis-à-vis d'elle. D'après HENRY (1991, p.74), si
tu ne rembourses pas, tes amis te mettent mal à l'aise.
Les regards sont braqués sur toi, on te menace. Des
sanctions plus fortes comme l'exclusion sont réservées
aux cas les plus graves. Au contraire la banque est une
créature anonyme aux intentions inconnues. Elle est
incapable de vous voir, de vous connaître. A la limite,

394
elle ne connaît pas ses amis et on en éprouve une sorte
de frustration. On se joue facilement d'elle. Elle ne
connaît que le papier. Si tu ne paies pas, elle t'envoie
une lettre gentille où inversement engage des procédures
juridiques qui paraissent alors disproportionnées et que
l'on comprend mal. Elle passe pour incohérente. Avec la
crise, on constate une augmentation des cas de
défaillance dans la cotisation tontinale. Comme un grand
nombre de tontiniers appartiennent à plusieurs tontines,
ces défaillances se répercutent en chaîne. D'où la
gravité du problème. Certains ménages ne peuvent plus
avoir recours à elles. ,Ils ont été exclus de ce système
qui lui aussi a des.' limites. La concurrence avec le
système bancaire a conduit les tontines à certaines
évolutions: l'obligation entre autres de donner des
intérêts aux prêteurs. Un mimétisme par rapport aux
mécanismes de marché qui était obligatoire si on ne
voulait voir partir une partie des fonds vers le système
bancaire. Ne s' achemine-t-on pas vers une modernisation
qui se ferait par l'abandon partiel du système de
solidarité, fondement du système? La mise aux enchères de
la cotisation pour départager automatiquement les gens
par rapport à la prise d'ordre traduit une distance
nouvelle entre les tontiniers. Ainsi on constate la
disparition des mécanismes antérieurs de concertation où
tout cela se réglait à l'amiable. Cette autre évolution
liée à une individualisation du tissu social permet à la
fois d'éviter les conflits et de recruter dans plusieurs
ethnies (tontines professionnelles) .

Les enjeux de la solidarité ville/campagne:

Les échanges ville/campagne assurent des fonctions


de redistribution économique et de stabilisation
politique. De tous temps la région a connu un réseau de
395
solidarité entre les ménages partis en ville et ceux de
la campagne. Il avait pour objet de subvenir aux groupes
les plus défavorisés: les chômeurs en ville, les
scolaires, les ·ménages ruraux les plus pauvres. Les
échanges ont, pendant les années de relative prospérité
précédant cette dernière crise, joué un rôle efficace.
Les besoins des individus ne pouvaient être isolés de
ceux de la famille. En compensation des charges
familiales, les enfants peuvent à tout moment être
confiés. Le lien avec la communauté d'origine est
touj ours fort 1 il n' y pas de distance: on fait partie
d' associations de ressortissants. On est sans cesse à
l'écoute du groupe. Ce· réseau est;, remis en cause par
l'évolution du chômage en ville (18% en moyenne dans les
villes africaines), la réduction de près de moitié du
salaire des fonctionnaires, les compressions de
personnels et des conditions à la campagne devenues
difficiles depuis la chute du prix :~u café. Les liens
solides que le migrant garde avec le ·village d'origine se
matérialisent par des aides envoyées au village. On prête
à ces réseaux d'échanges "des fonctions de ( ... ) de
rapprochement social entre citadins et ruraux" (ELOUNDOU,
1992, p.8). Pour la famille au village, les aides qu'elle
reçoit peuvent être importantes (figure 45).

396
Fig. 45: Appréciation des exploitants sur l'aide qu 1 ils
reçoivent de la ville

AIDE DE LA VILLE
cette aide est-elle?

ponctuelle
11~

opprecioble
5~

indispensable
11~

lU '''''In.- niA..

AI)()Ç-lltZ

Quand un jeune va en ville, il est à la charge du ménage


d'accueil. La famille au village envoie régulièrement des
vivres prélevés dans les surplus invendus en contre-
partie de cet hébergement. La prise en charge par la
famille élargie est une façon de soulager les familles
nombreuses et de renforcer cette logique démographique.
La famille en ville fait, elle aussi, des envois au
397
village. Il s'agit souvent de produits peu utiles en
ville mais qui le sont beaucoup plus au village:
vêtements usagés ou produits avec des défauts de
fabrication. Avec la dernière crise, la nature des
transferts ville/campagne se serait sensiblement
modifiée: l'octroi de crédits par la famille en ville se
répand, des produits vivriers sont envoyés par la ville,
des scolaires en provenance de la ville demandent un
hébergement au village (ELOUNDOU, 1992, p.31).

398
Tableau n057: Principaux biens et services échangés entre
les planteurs et leurs partenaires citadins en 1992 (*)
SIENS SERVICES

Du rural vers l'urbain

aliments locaux (85%) interventions diverses(58,8%)


aide en argent(29,9%} hébergement (14,8%)
aliments importés(2,8%) aide familiale (12%)
accueil des malades (3,6%)
prêt d'argent (2,6%)

De l'urbain vers le rural

aliments importés (47%) aide familiale (18,8%)


aide en argent (29,9%) accueil des scolaires (14%)
équipement ménager (9,9%) 1 hébergement (7,1%)
équipement professionnel (5,0%) 1 interventions diverses (5,7%)
aliments locaux (3,6%) 1 prêts d'argent (5,3%)
!

') Les chif:=res entre parenthèses indiquent le pourcentage de l'ensemble des


chefs de ménage ruraux ayant mentionné ce bien ou service. Le total peut dépasser
100%, certains ayant pu donner plusieurs réponses.
Source: ELO~~U dans "Le village camerounais A l'heure de l'ajustement", 1994,
p.226

Ces aides apportées par la famille élargie expliquent la


part peu importante des ressources affectées aux
scolaires en ville en comparaison de ceux du village
(tableau 57). Malgré les départs du village et grâce à la
présence de migrants venus de la ville, on a encore 8,1
personnes sur l'exploitation. Ces migrants de la ville
forment 20% des résidents de celle-ci.

399
Tableau nOS8: répartition des ménages selon le principal
bénéficiaire déclaré des ressources 1990 (en %) à Bafou

1. Enfants en bas-â~e, non scolarisés au village 2,8


2. Enfants en bas-âge, non scolarisés à l'extérieur 0,6
3. Scolaires et étudiants sans bourse au village 60,9
4. Scolaires et étudiants sans bourse à l'extérieur 29,2
5. Adultes chômeurs au village 1,9
6. Adultes chômeurs à l'extérieur 2,2
7. Adultes en difficulté au villall:e 0,6
8. Adultes en difficulté prisonniers à l'extérieur -
9. Malades ou handicapés au villa~e 1,6
10. Malades ou handicapés à l'extérieur 0,2

TOTAL 100,0

Source: selon enquêtes OCISCA, 1991 (rapporté par YANA, 1994, p.398).

Avec les difficultés économiques on constate une certaine


concentration des efforts des ménages urbains sur leur
propre progéni ture au détriment de la parenté élargie
(OCISCA, 1991,158 P .17). On assiste plus à l'effritement
du rôle de la famille providence plutôt qu 1 au
renforcement des liens de solidarité.

158 GRANGERET (I. ) , JANIN (P. ) jOCISCA, 1991, Les


planteurs et la crise à Bafou en 1991, op.cit.

400
Tableau n059: Fréquence des visites entre ville et
village en 1991
Fréquence des visites fois/anlEnsemblel
1 1
I-d-e-s-c-h-e-fs-d-'-exp-l-o-i-t-a-t1-'o-n-à-+-------1I-----
Ides parents/amis en ville 1 15,2\ 14,9\ 69,9\
-1 100,0\1

Ides parents/amis émigrés enl--------------- 1


Iville au village d'origine 1 9,6\ 16,1\ 74,3\ 100,0\1
1 1 1

Source: Projet OCrSCA, 1991, enquête phase 1 auprès de 335 ménages ruraux de la
chefferie Bafau (Ménoual

On a constaté que les échanges entre ces deux espaces


complémentaires, ville et village ne sont plus aussi
fréquents: en 1990, moins de 15% des citadins
entretiennent des relations étroites avec leur
village/chefferie d'origine. On retrouve le même
phénomène dans le sens village-ville. Cette tendance
évolutive à l' "éloignement" des deux espaces ne devrait
pas être sans conséquences sur les ménages ruraux.
L'accès à un appui en ville n'est plus assuré à ceux qui
en ont le plus besoin et la question d'une utilisation de
ces solidarités pour améliorer le sort des plus
défavorisés se pose. La famille providence représente un
facteur de cohésion et de stabilité sociales qui a ses
limites. Avec la crise, ce système de redistribution a
chaIlgé dans son fonctioIlnement: les échanges sont devenus
plus complexes; avec la baisse de pouvoir d'achat et les
conditions de vie difficiles, sont apparus de nouveaux
traIlsferts de vivres des villages vers toutes les
catégories de ménages urbains et non plus uniquement vers
les ménages pauvres; des scolaires sont accueilli daIls
les campagnes, l'envoi de vivres au village est également
apparu. Auj ourd 'hui la venue au village d'enfants de la
ville et leur prise en charge par la famille d'accueil
est un phénomène nouveau. En l'espace de deux ans entre
401
1991 et 1993, 80% des ménages enquêtés de Bafou ont
accueillis de nouvelles personnes. Pour les ménages
ruraux, l'envoi de scolaires en ville est encore un
élément de solution au financement de la scolarité en
plus d'être un rite initiatique. Mais la capacité pour
les ménages urbains d'aider ceux du village s'amoindrit
pour les raisons évoquées précédemment et les échanges
s'en ressentent: d'après nos observations, 59% des
ménages ruraux privés d'un appui venu de la ville, ne le
sont que depuis la crise. L'utilisation des emprunts est
révélatrice des priorités des ménages étudiés (tableau
60) puisque la formation scolaire est la première raison
pour recourir au crédit: 8 prêts sur 10 lui sont
consacrés.

402
Tableau n060: Utilisation des emprunts en 1991
(sur 346 répondants de Bafou)

1 Destination

!EquiPements et intrants agricoles 3


IBesoins sociaux (*) 83
1Habitat 4
1Alimentation 2
IAutres (**) 8

1 TOTAL 100

(*) Scolarité, maladies, événements familiaux


(**) Imprévus, achats fonciers, équipements ménagers,
etc.
Source: MOULENDE FOUDA, 1994, le village camerounais à
l'heure de l'ajustement, tableau 5 simplifié, p.375.

Les résultats sont là: 90% des filles comme des garçons
savent au moins lire et écrire. Mais les plus grandes
difficultés de trouver les moyens de scolariser les
enfants vont alors se traduire par la mise en place
progressive d'un nouveau mode de gestion de la
scolarisation: on constate qu 'on retire de l'école les
élèves médiocres (cas de 14 % des ménages) ou qu'on
retire les filles (6% des cas). Plus rare mais plus
inquiétant aussi, le retard observé de l'âge d'entrée à
l'école de tous les enfants. La région est à la recherche
d'un compromis qui rende possible et acceptable pour tous
la course aux diplômes. Ce compromis implique
l' appari tion de nouveaux acteurs ayant les capacités de
satisfaire ces droits à l'école puis au travail. Ils
peuvent se trouver dans l'Etat, les entreprises, les
collectivités locales. On doit trouver un équilibre
raisonnable entre une aspiration très forte à la
403
promotion sociale par l'école et une charge de la
scolarité trop lourde pour les budgets des familles 159 .
L'existence d'une proportion importante de chômeurs et
les difficultés croissantes pour les ménages urbains
d'offrir l' hébergement à ces jeunes à la recherche d'un
emploi remet en cause cette conception de la solidarité
de proximité. C'et un système qui fonctionne tant que
l'Etat assure sa part de providence: fonctionnaires bien
payés, solvabilité de la Caisse Nationale de Prévoyance
sociale, politique de "grands travaux" par les pouvoirs
publics. L'insolvabilité de l'Etat rejaillit sur le
système assistanciel familial: le rôle stabilisateur joué
par l' hébergement offert en ville n'est plus possible à
mesure que les tensions s'aggravent et que ces ménages
sont victimes de la contraction des activités. Le poids
croissant des scolaires peut-il remettre en cause sa
généralisation malgré l'enjeu que représente l'éducation.
L'individualisation des comportements et des situations
est une réaction de survie: en 1992 presque 2 ménages de
Bafou sur 3 enquêtés déclarent ne pas ou ne plus recevoir
d'aide de la part de ménages urbains. Les problèmes de
cohésion sociale se sont donc aggravés et celui des
inégalités se pose avec une plus grande acuité.

159 On constate que près de 3/4 des personnes à charge


sont des scolaires. Mais l'école doit cesser de produire
de plus en plus de chômeurs diplômés, à la recherche d'un
premier emploi. Ceux-ci constituent le gros (plus des
2/3) du bataillon des chômeurs.

404
PARTIE V

L'APPROCHE
INSTITUTIONNELLE DE LA
FERTILITE
Introduction

Le système bamiléké s'est voulu un système de


régulation centralisé: la vie des individus, leurs
activités jusqu'aux modalités de leur décès sont régies
par des règles collectives. Celles-ci intègrent aussi
160
bien des dimensions économiques que sociales • La
complexité de ces règles a conduit à une structuration du
pouvoir à plusieurs niveaux. La région est découpée en
villages, ceux-ci sont composés de quartiers ayant à leur
tête un chef sous les ordres de celui du village mais
avec une certaine latitude de décision. Le ménage

160 Plusieurs études détaillées existent à ce sujet,


parmi les plus connues:
TARDITS (C.) , 1960 Contribution à l'étude des
populations bamiléké de l'Ouest-Cameroun, L'homme
d'outre-mer, nouvelle série, n04, Paris, Editions Berger-
Levrault, 140p.
HURAULT (J.), 1963 - La structure sociale des Bamiléké,
Paris, Editions Mouton, 134p.
HURAULT (J.), 1970 - L'organisation du terroir dans les
groupements Bamiléké, Etudes Rurales, Paris, n037 - 38 - 39,
sept/oct 1970, pp.232-256.
HURAULT (J.), 1970 _ Essai de synthèse du système social
des Bamiléké, AFRICA, journal of the international
African Institute, vol.XL, january 1970, n01, pp.1-23.
BARBIER (J.C.), 1974 Le peuplement de la partie
méridionale du plateau bamiléké: l'exmple de la région de
~, Yaoundé, ORSTOM, 36p. multigr. (communication au
colloque CNRS: "Contribution de la recherche ethnologique
à l'histoire des civilisations au Cameroun" 24-28/9/1973)
DE LATOUR DEJEAN (C.H.), 1976 La structure parentale
dans une chefferie bamiléké du Ndé au Cameroun, Journal
des Africanistes, 46, n02, 1976, pp.95-103.

405
s'organise autour du chef de ménage qui a aussi ses
prérogatives pour des situations portant sur les
problèmes familiaux. Cette régulation a pu démontrer à
différentes occasions sa capacité à organiser
consciemment l'avenir de la population: les chefferies
violemment prises à parti au moment de la guerre civile,
certaines ayant même été brûlées, ont retrouvé ensuite
toute leur place à la tête de la société. De la même
façon en 1991, au moment des "villes mortes" organisées
par l'opposition camerounaise on a vu la désorganisation
du rythme des marchés. Ceux-ci revenaient à jour fixe
dans la semaine bamiléké qui compte huit jours. Leur
déplacement à chaque dimanche peut être interprété comme
une contestation non seulement du pouvoir mais aussi de
la chefferie. La force de cette organisation vient, à
notre avis, de ce que celle-ci intervient sur des
décisions qui concernent le long terme (gestion des
phénomènes migratoires, des allocations de terre, de la
succession des exploitations). Elle a toujours laissé les
ajustements de court terme se faire par les individus
(notamment les "élites de l'argent" entrées en jeu dans
les conflits politiques récents) Elle décide des grandes
priorités et concentre les ressources matérielles
(terres) et humaines sur les activités agricoles et
commerciales.

Le trait caractéristique de l'évolution de cette


société est, à bien des égards, comme dans les sociétés
du Nord, celui de l'individualisme. On a eu
progressivement un processus d'émancipation des individus
par rapport à leurs diverses tutelles. Emancipation des
hommes par rapport aux règles sociales de la tribu
(chefferie), émancipation des femmes par rapport aux
hommes, émancipation des cadets par rapport aux aînés ...
Ce processus évolutif n'est pas synonyme d'égoïsme ou
d'insensibilité à l'égard des autres, il n'empêche pas
l'adhésion à des tontines, à des groupes divers ou à une
coopérative . Ce qui change auj ourd 'hui c'est le côté

406
volontaire soit dans l'appartenance à un groupe ou d'un
choix quelconque: on n'impose plus à l'héritier de
reprendre l'exploitation, on n'est plus obligé
d'accueillir des étrangers sous son toit ou de distribuer
des terres sur demande. A coté du collectif, se mettent
en place des f0z:,ctionnements non prévus par la coutume.
La chefferie n'a d'autre solution que de tolérer ces
interventions informelles qui servent de soupape de
décompression. C'est le cas d' héri tiers ne revenant pas
forcément au village pour reprendre l'exploitation et
échappant ainsi à la règle coutumière. C'est aussi le cas
de l'existence de ces caféières, propriétés des femmes et
représentant une part importante de la production de
café, même si elle détourne celles-ci de leur fonction
première: nourrir la famille. Cette double organisation
constitue un facteur de flexibilité du système: on a vu
que l'entrée des femmes dans l'économie monétaire a
représenté, en cette dernière période de crise, une façon
de réduire le déséquilibre des rentrées financières des
ménages et permettait de mieux gérer la crise. La
combinaison de cette partie "non organisée" de
l'activité avec la régulation collective prévue forme
donc un ensemble cohérent. Cela a permis semble-t-il
d'éviter à différentes reprises une désintégration de la
société et a assuré sa pérennité et sa performance
économique. D'un autre coté, nous le verrons, ceci ne
présente pas que des avantages. Nous verrons également
que se posent les problèmes de la relation entre intérêts
particuliers et intérêt général. Nous essayerons
d'identifier ce qui du libéralisme économique ou du
contrat social permettra de sortir cette agriculture de
la crise qu'elle traverse.

407
CHAPITRE 15

La gestion des terres

Y.1S.A. La gestion des terres par la


communauté

Fonctions de la terre et régulations traditionnelles ...

Dans une zone densément peuplée, la terre est


l'élément central de l'agriculture, même si la gestion de
la main-d'oeuvre ne peut pas être négligée. La terre
n'est pas seulement un objet de travail. C'est aussi, en
pays bamiléké, la terre des ancêtres, le lieu où l'on
conserve leurs crânes, là où se trouve le bois sacré et
les maisons des Dieux (planche n019). C'est à partir d'une
terre que se fonde une famille, une dynastie. Un jeune
marié ne fonde vraiment un ménage que lorsqu'il a une
terre pour s'y installer. Le sentiment d'appartenir à une
terre est très fort. On est attaché à cet espace qui
d'après JANIN (1995, p.329) est un "espace vécu - par le
biais des alliances matrimoniales" et dont la
fonctionnalité l'emporte sur "l'espace pensé, imposé de
l'Etat cartésien". On peut prendre pour illustration la
période de la guerre ci vile et des regroupements
autoritaires de populations (1958-1962) dans des centres
situés en bordure de route (exemple de DOUMBOUO (MENOUA).
Le but était de surveiller la population et d' isoler les
maquisards retranchés dans les collines. Dès que la
menace s'est levée, les populations ont très vite regagné
leurs terres pour reprendre normalement leurs activi tés
agricoles. si ces centres sont restés des lieux de
commerce privilégiés puisque plusieurs services y avaient
été créés (dispensaires, marché), la logique de l'habitat
dispersé (chacun sur ses terres) a repris ses droits.
C'est à partir de la terre que s'organise la principale
fonction
408
Pla~-::'::::1e ~9: Les maisons C':èS Dieux

409
sociale de la chefferie et qui est de garantir un minimum
alimentaire vital à chacun. Le chef de village est ainsi
propriétaire de la totalité du foncier. Il le concède par
portion ou "concess ion" à chacun de ses administrés.
Autrefois, toutes les chefferies avaient en réserve des
terres pour doter chaque nouvelle famille qui voulait
s'installer. Aujourd'hui ce n'est plus toujours le cas et
cela pose un problème au système traditionnel de
protection sociale. Celui-ci combine plusieurs sources de
droits pour les individus dont la plus importante est
sans doute la terre. Toutes les chefferies admettent que
l'on peut vivre, nourrir une famille si l'on dispose
d'une terre à cultiver. Sa privation provisoire ou
l61
définitive (sanction grave ) s'accompagne d'une
exclusion de la communauté. La superficie concédée est
étroitement liée à la fonction sociale. Selon son statut
dans la société, l'importance des bons services rendus,
le chef attribue une concession plus ou moins étendue.
L'acquisition n'est jamais définitive et octroyée sous la

161 "Il ne peut y avoir de sanction plus dure que le


bannissement de la chefferie. Cette peine, prévue pour
sanctionner les infractions les plus graves envers la
personne du chef ou l'ordre social, équivaut à la mise
hors de la loi de l'intéressé( ... J. Le bap~i assiste à sa
mort civile. Les sociétés dont il faisait partie lui sont
fermées, ses cotisations ou ses dons lui sont retournés.
Il est déchu de ses titres. Ses plantations sont
saccagées, ses clôtures détruites, son bétail et ses
biens enlevés ( .. , J. Finalement, il est chassé de son
domaine, ses habitations fermées ( .. ,J. Celui-ci n'a
aucun recours ( ... J, Ce bannissement n'est pas toujours
définitif, mais ceux qui en ont été frappés et dont la
vie religieuse et sociale s'est trouvée brusquement
stoppée, en restent définitivement marqués, et le poids
de cette sanction pèse sur leurs descendants".
(DELAROZIERE, 1949, p.22),

410
condition de toujours faire preuve de bonne volonté.
Ainsi la surface cultivable est alignée sur une échelle
de mérite qui rappelle la place de l'individu dans la
communauté (notable ou simple citoyen), dans son lignage
(héritier ou non). La logique est donc profondément
inégalitaire.
.... ',~

perturbées par l'arrivée du café

L'introduction de cultures arbustives comme le café


est,' nous l'avons vu, venu - ébranler ce contrôle de
l'espace par la société. Cette:culture apparaît comme la
supei'pèsition d'un' droit: éconorilique qui se justifie par
de nouveaux besoins monétaires. Le droit à l'école, à la
santé sont des éléments aujourd'hui reconnus de
l'équilibre social et qui requièrent des rentrées
d'argent pour les ménages.' éCela se manifeste par le
besoin d' Une= certaine sécùri té -dans e l'appropriation des
terres. En effet, une culture pérenne comme le café
nécessite des investissements lourds avant de produire
(plantation, traitements, engrais, taille). Cela conduit
à la revendication de l'égalité dans la sécurité à
disposer de terres sur des périodes suffisamment longues.
Jusqu'à aujourd'hui, le café est une des principales
sources monétaires des ménages. Il contribue, en plus, à
la politique démographique de régulation en assurant la
possibilité de faire migrer les cadets en ville. Ce qui
explique, sans doute, qu'il a constitué la tolérance d'un
système de protection ou de sécurisation autre que celui
dont la régulation traditionnelle avait jugé bon de se
doter.

411
V. 15 . B . Evolution sociale et relachement du
contrôle institutionnel sur la terre

Posséder de la terre: une nécessité sociale pour le


migrant

L'émancipation des cadets sociaux vis-à-vis de la


tutelle du chef de famille, la généralisation des va-et-
vient des migrants, entre ville et village, grâce aux
progrès des transports rendent plus difficile la gestion
des terres. Les prérogatives vis-à-vis du foncier se
multiplient, chacun voulant accèder à une portion de
terre sur le domaine familial. Les aînés sont de moins en
moins rigides devant ces demandes des cadets au pouvoir
d'achat grandissant et dont le statut change
progressivement. Les règles d'héritage et d'une façon
générale le système culturel du groupe se modifient dans
le sens d'une moins grande régulation des terres. Cette
apparition de nouvelles tolérances, ces dernières années,
avive les problèmes fonciers des exploitations. La
nécessité pour les migrants de garder un pied au village
est fortement ressentie. Leur souci de se faire
reconnaître conune des membres du village à part entière
les amène à se transformer en "agriculteurs-
absentéistes ". Ainsi la présence de café dans certains
champs n'a parfois pas uniquement ni essentiellement une
fonction productive. Il est là pour répondre à un besoin
de marquage du foncier. Ces migrants S'imposent par leur
nombre. Sans être successeurs désignés, ceux qui ont
hérité d'un lopin de terre vont lui faire porter du café.
Si conune c'est le cas dans 27% des exploitations
enquêtées ce lopin, est déjà constitué d'une partie de la
plantation familiale, le café y sera vaguement entretenu.
Dans le cas contraire, on en plante. Les fenunes (mère,
soeurs) sont là pour cela. C'est elles qui cultiveront ce
champ. Approprié individuellement, il a un statut
secondaire. Labouré en fin de saison après les autres, il
est utilisé de façon peu intensive. Le café est tout
412
juste entretenu. La maison qu'on a pu y construire est
rarement ouverte et donne à l'ensemble un air abandonné.
Aucune activité d'élevage n'est bien sûr possible. La
prétention de ces migrants à conduire une activité
agricole depuis la ville peut paraître déplacée à ceux
qui n' y voient pas l'importance d'un lien fort avec le
besoin de se sentir partie prenante au~village. Pourtant
le retour au village pour ces absentéistes n'a lieu que
s'ils perdent leur travail en ville ou arrivent à l'âge
de la retraite. Cela paraît parfois surréaliste de voir
des étendues importantes presques abandonnées dans des
secteursioù l'on cultive jusqu'aux bords des routes. Ces
espaces:-:'" sous utilisés sont l~ résultats d'une
constru"ction socio-mentale du migrant. Si nous abordons
ce problème, c'est qu'en 1992 (enquête;ADOC), on a évalué
la proportion de ces "présents-absents" à 47%" des chefs
d'exploitation. Moins représentés dans la zone
septentrionnale; du plateau b~~iléké (37, 4%" des
exploitations) ils le sont plus dans la partie
méridionnale (54%"), les grandes villes proches exerçant
un pouvoir d'attraction plus fort.

Le morcellement de la terre lors des passages


successoraux

Nous pouvons aussi aborder la question cruciale de


l'évolution de la gestion des terres à partir des
cessions faites au moment des passages successoraux. Dans
nos enquêtes sur les exploitations, les agriculteurs
interrogés sur les cessions faites depuis leur arrivée à
la tête de l'exploitation, déclarent: --dans 39%" des cas
avoir cédé des droits de culture ou des lots de
construction,
-dans 2%" des cas avoir vendu des terres et
-dans 1%" en avoir loué.
On constate une certaine dérive du système de succession
traditionnel dit de l' héritier unique et qui avait pour

413
rôle d'assurer la conservation du patrimoine foncier. Si,
de fait, l'héritier n'a jamais eu la totalité de la
terre, il semble aujourd'hui, que la pression des autres
enfants pour un partage plus équitable, soit plus vive.
Le mode de partage le plus fréquent actuellement revient
à attribuer une portion de terre à l'ensemble des
héritiers mâles (57% des cas dans. les exploitations
enquêtées) . Compte tenu du nombre d'enfants, cela
correspond à une fragmentation non négligeable du
foncier. Dans certains cas extrêmes, on assiste à
l'éclatement de la concession, en parts égales, entre
tous les descendants, filles et garçons. Les résultats de
notre enquête de 1992, rapportés fi~:e 46, montrent que
le cas d'un héritier unique, sans diiltribution de lots,
°

n'a concerné que 18% des exploitatOions enquêtées.


'~\o~ •

i
~1
1

414
Figure 46: Répartition des exploitations selon le type de
transmission foncière. 100 exploitations enquêtées dans
tout l'Ouest

,,, Î .• bul

~:\ Partage des te:rres


au moment de 10 succession

... ~uet. AOOC 1112

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100 chefs


d'exploitations de la province de l'OUest, Noun excepté)

La distribution de lots n'est pas un phénomène mineur que


l'on peut négliger. Le nombre moyen de lots distribués
par les chefs d'exploitation que nous avons enquêtés est
de 3,5. La figure 47 nous donne une idée de cette
distribution de portions de terre.

415
Figure n047: Distribution des exploitations en fonction du
nombre de lots distribués par le chef d'exploitation

NOMBRE OE LOTS OlSTRIBUES


PAR LE CHEF D'EXPLOITATION
nb d'oplollatlona
20,-----=-----------------------,

o 2 3 • 5 15 7 8 g 10 11 12 13 1. >1.
3,5 lots distribues en moyenne

Source: Proj et ADOC 1.992 (enquête auprès de 1.00 chefs


d'exploitations de la province de l'OUest, Noun excepté)

De plus le nombre élevé de lots distribués à des absents


- plus de 2 en moyenne par exploitation - témoigne de la
place importante occupée par ce phénomène. En raison de
la possibilité pour le chef de ménage de distribuer des
droits de culture et des lots de construction à
416
l'intérieur de la famille, qui lui donne une certaine
surface sociale, les distributions de terres se sont
développées. Elles sont à considérer comme un échange
d'obligations mutuelles. On échange le droit de produire
contre une reconnaissance sociale. A priori abstrait, ce
pouvoir symbolique qui revient à celui qui octroie des
terres est très important pour lui. Le prêteur en sort
162
grandi, conforté dans une place de chef de famille • Ce
sera plus important qu un échange concret rarement
1

pratiqué (location ou fermage). Mais tout cela entraîne


des contraintes sur le foncier parmi lesquelles la
fertilité peut difficilement être prioritaire.

V.15.Ç. Des dérégulations sociales aux


conséquences agronomiques

Risques d'émiettement exagéré du foncier pour sauver la


cohésion sociale

Parce que l'appartenance à une société implique des


contingences auxquelles on ne peut pas toujours échapper,
les exploitations s'exposent par ces distributions de
terres à des difficultés dans leur activité agricole. En
même temps, à partir d'un certain seuil critique elles
ont la possibilité de se dérober à ces obligations. Les
exploitations ne sont plus toutes capables de
redistribuer des terres de cette façon. En 1992, une
proportion de 54% d'entre elles se trouvait à l'écart de
ces échanges. suivant l'étendue de l'exploitation, la
pression foncière dans le secteur, la distribution de

162 Le principe de distribution du droit est celui


d'une obligation sociale que l'on a vis-à-vis des autres.
Une grande exploitation (celle d'un notable en général)
implique presque, par définition, la distribution de
droits de culture.

417
terres peut se faire ou ne pas se faire, être plus ou
moins sélective en fonction des liens de parenté ou
d'amitié. On a observé que près de 2/3 des exploitations
enquêtées qui concèdent des droits de culture, les
réservent à la famille, 22% ont une attitude plus ouverte
envers le voisinage. Mais on sent aussi que 15% d' entre
elles se méfient des complexités familiales et ne
prennent des engagements qu'avec l'extérieur. Pour ces
dernières, il existe une relation entre le lien de
parenté et la facilité de reprise d'un droit de culture.
La reprise est difficile surtout vis-à-vis de parents.
C'est une opinion partagée par 20% des propriétaires de
droits. Il est donc logique de ne pas prendre de risque
si on n'est pas sûr de pouvoir assurer une certaine
pérennité du droit. Pris par ces impératifs de
distribution de lots de construction aux descendants
mâles et de lots de culture à toutes les femmes de la
famille, l'émiettement du foncier a parfois pris des
proportions difficilement compatibles avec une gestion
durable de la fertil i té. Nous avons vu que l'on donne
par obligation sociale des droits à des voisins et des
parents (32% des exploitations). Le devoir d'assister
techniquement les femmes qui n'ont pas de bonnes terres
ou pas suffisamment de surface est difficile à contourner
(cela touche 29% des exploitations enquêtées) .
L'assistance foncière aux membres de la famille ne se
discute guère (20% des exploitations). Derrière cette
arithmétique, se profile certes pour l'agriculteur une
certaine notabilité et grandeur sociale. Mais au-delà de
ces avantages le risque d'un émiettement exagéré du
foncier n'est pas à écarter et peut se faire sentir sur
le plan agricole. privilégiant une gestion sociale, ces
règles collectives ont conduit les exploitants à
morceller leur foncier et amené à la suppression des
jachères.

L'objectif implicite de cette gestion de la terre


est de conserver une cohésion sociale: les migrants se

418
soucient de ne pas se faire exclure de la société
traditionnelle et sont sensibles à la charge symbolique
de la possession d'une terre au village 163 • Dans la partie
centrale du plateau bamiléké, le phénomène de pénurie des
terres à la suite de l'accroissement démographique a
parfois suscité des ajustements. Dans ces conditions,
l'appartenance à la famille est devenue un élément
essentiel de l'attribution. Les proportions de parcelles
attribuées à des personnes sans parenté (13,6% en
moyenne) ou à des parents éloignés (9,6% en moyenne)
peuvent s'annuler dans ce cas. Malgré tout la diminution
des surfaces cultivées s'est fortement aggravée entre
1984 et 1990 (dernières statistiques agricoles
disponibles 164 ) et fait passer l'exploitation moyenne
d'une surface de 1,8 ha à 1,65 ha, soit une réduction de
8% en seulement 6 ans.

Le parcellaire particulier des exploitations constituées


à partir d'achats

A l'émiettement du foncier par la distribution de lots


s'ajoutent des ventes de terres de plus en plus
fréquentes. Ces pratiques, condamnées antan, sont une
façon pour les exploitants de passer une période
économique difficile face à une demande solvable et
pressante de citadins a~ses qui veulent construire au
village. Les résultats de l'enquête OCISCA-Bafou de

163
Ainsi, 47% des exploitations ont donné une
portion de terre à un enfant résidant en ville.

164 Voir les résultats des enquêtes agricoles des


campagnes 1985/86 et 1988/89 de la Direction des enquêtes
agro-économiques et de la planification du Ministère de
l'Agriculture avec la contribution financière et
technique des projetsAMP et CAPP de l'USAID.

419
165
1991 montrent cette augmentation inquiétante des
transactions foncières depuis la crise, une progression
(tableau n061) que DONGMO (1981, Tome l, p.178) avait déjà
fait observer.

Tableau 61: Evolution des différents modes d'accession à


la terre, dans la plaine des Mbos, entre 1963 et 1973.

PLAINE DES MEOS


TYPE D'ACCESSION
1963 1973

HÉRITAGE 3,0\ 5,0\

ACHAT/LOCATION 1,0\ 15,0\

PRET/CESSION GRATUITE 6,0% 55,0%

DÉFRICHEMENT/ATTRIBUTION 90,0% 25,0\

TOTAL 100,0\

Source: DONGMO (1981, tome l, p.178) citant une enquête


de NANKO (1973)

Ces évolutions provoquent la dislocation progressive du


foncier tout au long de l' histoire de l'exploitation.
Elles se traduisent par un accroissement des tensions
déj à fortes de 1 1 écosys tème . Ce mouvement de ventes de
terres dont on a vu l'amplification en période de crise
est moins destiné à améliorer la gestion à long terme de
l'exploitation qu'à équilibrer temporairement les
finances en baisse. Dans les zones les plus récerrunent
occupées (en altitude, par exemple) , certaines
exploitations de non héritiers se sont presque

165
op. cit.

420
entièrement constituées à partir d'achats. Cela donne un
parcellaire particulier:

~~~
~

421
1 Figure 48: Exemple de parcellaire d'une exploitation
agricole d'un homme de 36 ans, 3 femmes et 12 enfants de
Imoins de 12 ans, installé depuis 1978 (quartier FEMOCK-
iBAFOU), à 1800 m d' altitude.
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$-

166
Source: BERTRAND , 1988, p.71

166 mémoire (encadré par JOUVE (Ph.) et par nous-


même): BERTRAND (V.), 1988 - L'intégration du maraîchage
dans les systèmes de production agricole. Exemple de
Djuttitsa, chefferie Bafou en pays bamiléké, Ouest-
Cameroun, mémoire CNEARC/ESAT/CUOS-Opération Bafou,
Montpellier/Dschang, 80p.
422
Les agriculteurs prennent conscience aujourd'hui des
excès commis et de leurs conséquences sur une gestion
durable. On n'est toutefois pas encore arrivé à rectifier
l'appréciation sur le rôle que devrait reprendre la
chefferie dans cet te régulation des ressources. L'écart
considérable observé actuellement entre une gestion
rationnelle et des besoins inconsidérés de ceux qui
détiennent l'argent permettra-t-il le retour à un certain
pragmatisme et la redécouverte du bien-fondé d'une
régulation en amont?

423
CHAPITRE 16

Le rôle de la chefferie

Y.16.A. Forte pression de la structuration


sociale par le système traditionnel

Répartition inégalitaire des terres

L'affiliation de chaque individu au système de


stratification de la société apparaît comme une
composante essentielle pour l'agriculture de la région.
Le contrat qui lie les individus à la chefferie va plus
loin dans ses implications que la simple affectation de
terres. Les habitants ordinaires acceptent d'être
débiteurs d'une partie de leurs terres pour que les
notables puissent jouir d'une plus grande considération.
Pour rendre compréhensible une telle attitude, nous
devons expliquer ce qu'est la chefferie (planche n020).
Pour HURAULT (1970, p. 4), la structure de la chefferie
permet de la comparer à un royaume plutôt qu'à un
village. Les habitants, définis en fonction de leur lien
avec le chef se répartissent en 3 catégories:
-les descendants du chef,
-les serviteurs ou héritiers de serviteurs du chef
et autres notables,
-les simple habitants.

On retrouve à l'intérieur de chacune de ces grandes


catégories de subtiles distinctions fonction du degré
exact de parenté avec le chef et fonction d'autres
attributs complexes (tableau n062) .

424
P anche 20: La chefferie traditionnelle

425
La chefferie traditionnelle

426
Tableau n062: Répartition des 202 chefs de groupe
lignager de la chefferie Bangwa (Ndé) en 1973
NOTABLES FILS DE CHEF' SERVITElj'RS

Nze 11 Nze 19 Nze 7


FO 6 Mefô/Mafo 11 Tefô 9
Menkap 11 Nkuphu 6 Mbe'e 26
Nguembô 18 Nguafô 7 Sa' 23
Sa' 1 TUa 3
Sup/Sob 21
Mbe'e 10
Sa' 13

TOTAL 407 90 65

Source: Ch-Ho PRADELLES DE LATOUR DEJEAN (1991,p.1451


, Mefô ou Mafo signifie "mère du chef, ce titre revient de droit a la
vraie mère du chef ou a une de ses soeurs;
Nkuphu ou kuipu ("celui qui reçoit la main" ou "celui qui a hérité avec
le chef" est accordé au frère consanguin qui seconde le chef et le remplace en
cas d'absence;
Nguafo "enfant du chef" est décerné a un frère utérin du chef; Tèfo a un
simple frère consanguin;
Sup ou Sob qui veut dire "celui qui poignarde" est donné aux autres
frères qui ont acquis une stature sociale importante par leurs propres moyens.

Ces catégories correspondent toutes à ce qu 1 on appelle


des notables: "Les notables "fils de chefs" reçoivent des
titres qu'ils doivent à leur naissance mais surtout à un
choix. Parmi ses très nombreux frères, le chef
nouvellement nommé choisit un kuipu (adjoint), un wafo,
un nzemafo dont le titre se transmettra aux héritiers
successifs. ( ... ) D'autres, parmi ses frères, ayant fait
leurs preuves dans les sociétés de la chefferie,
reçoivent le titre moins considéré mais fort honorable de
167
sop( ... ). Les notables serviteurs reçoivent des titres

167 Il existait au moins deux catégories distinctes de


serviteurs, selon leur fonction dans la chefferie: les
tchinda ou domestiques du chef, les mwala' ("celui qui
prend soin du·· chef") sont de "véritables prêtres-
digni taires, dont l' activité s' exerce dans les domaines
religieux, politique, administratif et judiciaire, en
427
en rapport avec leurs services. Ceux des serviteurs qui
ont occupé des postes de confiance à la chefferie,
notamment mwala', serviteurs-prêtres, et ont exercé leur
fonction avec intelligence et fidélité, sont à l'issue de
leur service établis dans les mêmes formes que les
notables fils de chefs et reçoivent des titres
honorifiques tels que Sa 1 N, Ndefo N etc." (HURAULT, 1970,
p.5). Jusqu'à une époque récente, on concédait à ces
notables de plus vastes portions de terres en expropriant
éventuellemnt des habitants qu'on relogeait tant bien que
mal. La possibilité de faire admettre, notamment une
répartition des terres très inégalitaire entre ces
différentes catégories d'habitants repose sur plusieurs
caractéristiques originales des institutions du système
social bamiléké:
la qualité de descendant du chef n'est pas
acquise définitivement. Elle perd sa valeur à mesure que
l'on s'éloigne de l'origine. Seuls sont considérés comme
tel la 1ère et la 2ème génération. Au delà de la 3ème
génération, les individus sont retombés au niveau
ordinaire.
les sociétés coutumières de la chefferie sont
ouvertes à toutes les catégories de population avec des
chances égales et assurent la promotion des plus
persévérants et des plus capables des habitants.
l'héritage ne déroge pas à la règle du mérite
individuel.
le chef peut enjoindre certains notables qu'il
sait disposer de quantités de terre excédant leurs
besoins, d'en céder une part à de nouveaux habitants.
- dans les sociétés de quartier qui constituent la
cellule de base de l'organisation territoriale ainsi que
dans les tontines, tous sont admis sur un pied de
rigoureuse égalité.

vertu' d' une- délégation de pouvoirs permanente ( ... ) qui


leur est déférée par le chef (DELAROZIERE, 1949, p.57).

428
rien dans l'attribution des terres et dans le
système économique ne place une catégorie d'habitants
sous la dépendance d'une autre.

Aussi, la forte pression exercée par . la structuration


sociale est rendue supportable par l'espoir d'une
promotion pour soi-même ou ses héritiers et par
l'assurance pour chacun d'avoir des terres à cultiver. La
promotion des plus capables et des plus persévérants est
la fonction essentielle des sociétés coutumières de la
chefferie. Chacune constitue un degré de promotion. Pour
y entrer il faut payer et faire face aux frais de repas
et de denrées fixées par la coutume. Une société est
d'autant plus considérée que son appartenance entraîne de
plus lourdes dépenses. Dans une chefferie comme Bandjoun
où ce système est très développé, il existe à la
chefferie 11 sociétés (tableau n063) classées en quatre
168
catégories • Dans le quartier Tserhem de cette
chefferie, les 160 hommes chefs de groupe lignager se
répartissaient inégalement entre ces sociétés.

168
"L'appartenance à chaque catégorie est attestée
par des marques de prestige déterminées, particulièrement
dans l'habitat. Les notables de 1ère catégorie ont droit
à une place de lamentation sur le chemin principal, et à
une allée d'honneur descendant à leur concession selon la
ligne de plus grande pente. A la 2ème catégorie on a
droit à une case d'honneur (fa) en bambou jointé. A la
3ème catégorie on a droit à une toiture largement
débordante soutenue par des poteaux". (HURAULT, 1970,p.7)

429
Tableau n063: Classement des sociétés coutumières de la
chefferie de Bandjoun- quartier Tserhem, en 1967
Catégorie Nom des sociétés Répartition
des 160 chefs lignagers

1° catégorie Kémnjia, Kwo'si, Kùimta, Pangwop 8


2° catégorie M.swop, Mbenjié, Mwela', KamtEapo 22
3° catégorie Mwenkem 22
4° catégorie Mvénjong, Nye 49
Sans titre 59
TOTAL 160

Source: HURAULT (1970, p.7).

Ainsi, "la hiérarchie politique s'articule sur deux


statuts non exclusifs, l'un est préétabli et l'autre à
acquérir". (PRADELLES DE LA TOUR DEJEAN, 1976, p.96).
Parmi ces derniers, le titre de menkap qui signifie
"grand notable" et celui de nguembô ou "huile et taro"
sont des signes distinctifs de richesse. La distinction
Nze ou "héritier" s'applique à chaque chef de lignage
(choisi pour son mérite). Acquis à la guerre, le titre de
Sa 1 ("guerrier") tend à disparaî tre· et celui de Mbe' e
("celui qui soutient le chef") pouvai t être attribué à
des personnes autres que les serviteurs. Il y a donc bien
une promotion au mérite fondée sur l'évaluation des
actions personnelles de chaque individu.

Quant à l'attribution des terres, si les femmes n' en


169
disposent pas en propre et n'ont que des droits
précaires accordés par leur mari ou leur père, elles
peuvent, toujours à titre temporaire, cultiver les terres
mises par un notable à leur disposition. Ce droit d'usage
leur est accordé systématiquement. Si elles en ont la
force, elles peuvent toujours aller cultiver une

169
à l'exception des mafo, de leurs héritières et de
quelques femmes de notables.

430
"campagne" (ngo ou ngu) 170. Cela signifie ainsi pour
chacun la sécurité de pouvoir produire. Les fenunes ont
donc à disposition des droits de culture qui vont au delà
de la propriété du mari et fonction de leur capacité de
travail. Malgré la notion de droit attribué à titre
précaire (même pour les chefs de famille) que traduit
bien le terme de concession, une certaine sécurité existe
sur l'appropriation de la terre. Une terre ne peut être
reprise à un homme par le chef que pour indignité
caractérisée. Cette terre se transmet d'héritier en
héritier. Les intrigues et les interférences inavouables
prennent parfois le pas sur les souhaits du chef
d'exploitation et on ne manque pas quelques fois de
remplacer l'héritier désigné par un autre des ayant
l71
droi ts • Mais généralement l' héritier est choisi, pas
forcément parce qu'il est l'aîné mais pour son mérite
personnel et par son père (tableau n064) .

170 Terrains éloignés des régions habi tées et qui du


fait soit de leur pente soit de leur insalubrité (fonds
de vallée marécageux) ne se prêtent pas à l'établissement
d'habitations. La "campagne" est considéré comme une
terre communale sous le contrôle du chef. On ne peut y
faire que du vivrier. Il est interdit d'y installer des
clôture et toute forme d'élevage. Près de Bandjoun, la
campagne est constituée par les terres basses de la
vallée du Noun.

171 Un honune ne fait jamais connaître de son vivant


l' héri tier qu'il a choisi. Il révèle son choix, soi t au
chef si c'est un grand notable soit à l'une des sociétés
de la chefferie dont il fait partie. Certains ayant-
droits intriguent avec les nwala " serviteurs-prêtres,
membres de droit de toutes les sociétés où ils exercent
une influence déterminante. Leur vénalité est quelques
fois bien connue. Les membres du lignage s'inclinent
presque toujours devant le choix de l'héritier révélé par
les sociétés de la chefferie.
431
Tableau n064: Le choix du successeur
Cadet Fils unique A désigner- Ensemble

34,a --1 34,2\


1
15.2\- 16,4\-
-----1
1
1
lOO,O\-

- une épouse ou une co-épouse assure la gérance de l'exploitation en attendant la


désignaëion du successeur par le conseil de famille.
Source: Projet ADOC (auprès de 100 exploitations de la province de l'OUest-
calcul fait sur la base de 79 réponses).

Sécurité, solidarité, arbitrages sont offerts en contre-


partie

L' intériorisation par tous de ce système est un élément


essentiel du bon fonctionnement social et agricole. La
masse des agriculteurs vit dans la sécurité de produire,
dans l'espoir de s'élever dans la hiérarchie soit
personnellement soit par l'intermédiaire de leur
héritier. Les problèmes qui pourraient provenir de la
cohabitation de Ir élevage et de l'agriculture sont
minutieusement réglé par la coutume l72 • L' isolement des
concessions par des haies vives et leur tracé a été guidé
par le souci de laisser paître les animaux sur les hauts
de collines. Il est imposé par le système traditionnel La
matérialisation des limites est jugée nécessaire,
quelques buissons espacés suffisent. Les conflits

172 "De la période des semailles à la récolte du mais,


soit pendant trois à quatre mois, on laissait chèvres et
moutons enfermés dans des parcs à la partie supérieure
des concessions, les nourrissant de feuilles de bananiers
et aussi de feuilles de certains arbres plantés à cet
effet dans les haies arbustives. En août, le mais et les
arachides étant récoltés, on laissait les animaux libres
d'aller au pâturage, les équipant de fourches de bois en
guise de collier pour les empêcher de franchir les
clôtures". : (HURAULT, 1970, p.249)

432
fonciers relèvent aussi de l'arbitrage de la chefferie.
"Le chef politique peut accroître ses interventions en
tant que propriétaire foncier, révélant ainsi une
structure politique au-desssus des groupes de parenté"
(BARBIER, 1977, P .14). D'une façon générale, ce système
signifie sécurité du lendemain mais aussi retour
clientélistes et compensations diverses: pour DONGMO
(1981, p.49), "le renouvellement systématique de la
noblesse permet au nouveau chef de s'affranchir ( ... ) de
la tutelle de la noblese laissée par son père pour
s'appuyer sur celle créée par lui-même". Quand la ville
le repousse où qu'il a passé l'âge de travailler se
trouvant dans l'impossibilité de continuer "c'est dans sa
chefferie que l'émigré reviendra vieillir et mourir;
c' est là qu'il sera enseveli" (DELAROZIERE, 1949, P .19) .
Tous ces avantages vont donc de pair avec les
institutions qui apparaissent autoritaires, inégalitaires
et clientélistes1"73 . L'effort demandé aux habitants a donc
bien une contre-partie. N'est ce pas cette contre-partie
qui a permis jusqu'ici à la chefferie de survivre malgré
les périodes tourmentées de son histoire?

V .16. C. Crise ou recomposition permanente des


chefferies?

La chefferie contestée

L'extension du droit pénal français à tous les


territoires africains par la loi du 30 août 1946
(TARDITS, 1960,p.47) et la création de tribunaux de
subdivision a été un premier élément déstabilisant du
pouvoir des chefferies. Le recours offert au citoyen de

1"73 PRADELLES DE LATOUR DEJEAN (1991, p.174) conclut


en parlant de clientélisme et népotisme de l'organisation
politique bamiléké.

433
faire appel devant ces tribunaux d'un jugement prononcé
par la chefferie revenait à affaiblir le pouvoir
judiciaire du système traditionnel. Le danger d'un
affaiblissement de la chefferie esquissé par cette double
juridiction a très vite été écarté par un partage des
tâches. Il revenait à la chefferie de régler toutes les
affaires de voisinage, seuls les litiges importants
passaient par les tribunaux de subdivision. La
déstabilisation de la chefferie n'était pas souhaitée par
l'administration coloniale qui s'en servit pour la levée
des impôts et la levée de main d' oeuvre forcée pour les
travaux d'intérêt général (jusqu'en 1946). L'insurrection
upéciste et la répression engagée par le pouvoir colonial
(période 1958-1962) a représenté une crise grave de
l' histoire de la chefferie bamiléké. La collusion entre
le pouvoir colonial et les chefs collecteurs d'impôts
s'est trouvée soudain remise en cause dans cette
revendication nationaliste: des chefferies furent
brûlées, des chefs assass~nes par la rébellion.
Inversement, leur reprochant leur sympathie à l'égard des
maquisards upécistes, l'administration a destitué
certains autres chefs. au profit de notables plus acquis
au pouvoir central. Les réglements de comptes personnels
ne furent pas totalement absents de cette période de
troubles. La même période a été marquée par des
déplacements de populations regroupées dans des centres
afin de mieux maîtriser une situation confuse où il était
difficile de distinguer rebelles et habitants. La
majorité des 103 chefferies de l'époque fût dépecée pour
donner naissance à 142 regroupements en 1962. DONGMO
(1981, p.82) dit "il arrive même que des regroupements
soient formés de gens issus de plusieurs chefferies
limitrophes: c'est par exemple le cas de Babadjou Toumaka
formé de 12 quartiers de Babadjou et de 6 quartiers de
Bamessingué". Pour JANIN (1995, p. 525), en poursuivant
cette pratique bien après l'indépendance (1967), "le
gouvernement camerounais poursuivait l'élaboration d'un
véritable modèle socio-économique contraire aux habitudes
434
bamilékés". Mais 41% des 324 579 personnes regroupées en
1962 avaient déjà regagné leur habitation ordinaire en
1967. Ainsi, comme le souligne MBEMBE (1993, p.360)
"Après les grandes révoltes des années 1959-1962 et la
décapitation des maquis de l'UPC, ( ... ) en 1971, la
reconstitution de la chefferie a été prestement opérée.".
Pour WARNIER (1993, p. 216), la rébellion upéciste avait
peu de chance de la démanteler dans la mesure où elle
avait une politique de "destructions dépourvues
d'objectifs clairement déchiffrables". Elle a été réduite
à "une protestation aveugle capable de mettre à mal des
principes d' organisation politique et sociale séculaire
sans pour autant les détruire" (op.cit. p.216).

La chefferie en retrait

La contestation semble bien être le lot quotidien des


chefferies. COURADE (1993) dit "l'insoumission reste
habituelle et toujours évoquée ( ... ). On déplore la
vulgarisation de la chefferie et on assassine les mauvais
chefs c'est pour mieux indiquer à la chefferie qu 1 elle
est indispensable pour réguler les actes majeurs dans une
société dont les conflits et les inégalités s'avèrent
bien plus profonds que dans d'autres". Peu justifiées
dans bien des cas, les critiques à l'encontre des
chefferies dans l'allocation des ressources en terre a
amené au retrait de leur fonction essentielle de
préservation du foncier. Cela s'est traduit parfois par
leur refus d'arbitrer les conflits fonciers. Nos
observations montrent qu'en 1992, les cas de divagation
animale sont devenus fréquents et que moins d'un conflit
sur deux fait l'objet d'un arbitrage du chef.

435
Tableau n065: Fréquence du problème de divagation
animale et du parcage du petit bétail durant la période
de culture (avril-novembre)

!Divagationanimale 49,0%

IRuminants attachés à un piquet 63,2%

Iporcs dans un enclos 72,0%


1

Source: Projet ADOC 1992 (enquête auprès de 100


exploitations caféières de la province de l'Ouest).

Tableau n066: attitude des chefs vis à vis des problèmes


de divagation animale

Arbitrage du chef * 1 43%


Règlement à l'amiable**1 16%
Litige non résolu 1 25%
Autre 1 16%

Ensemble 1 100%

T paiement d'une amende •• avec ou sans compensation mais sans intervention du


chef.
Source: enquête ADOC, 1992, auprès de 100 exploitations de la province de
l'OUest.

L'intérêt de la chefferie

La perte de légitimité des chefs liée à une émancipation


des cadets sociaux a été aggravée par le comportement
corrompu et peu crédible de quelques-uns. Se plaçant au
service d'intérêts individuels, ils ont renforcé cet te
appréciation que la chefferie n'était plus garante des
intérêts collectifs. Confrontées à ces problèmes de
légitimité et à une pénurie des terres de plus en plus
436
a1gue, les chefferies ont eu tendance à laisser faire les
exploitations agricoles. Après des années de
dérégulations sociales et souvent agronomiques, un
certain nombre de chercheurs s'interrogent sur les
limites de ce fonctionnement et mettent l'accent sur
l'intérêt d'une intervention de la chefferie 174 • La
nécessité de disposer d'une structure administrative
solide et crédible pour tous apparaît pour combattre la
dislocation des ressources et placer les intérêts du
groupe au-dessus des particuliers. Le rôle que l'on
voudrait voir jouer par la chefferie est celui de la
création d'un environnement propice à une agriculture
durable. Il se partage entre plusieurs fonctions:
-garantir une certaine stabilité dans
l'appropriation des terres. Il faut qu'un minimum
d'investissement (financier mais aussi en travail) puisse
être fait sans craindre la menace du retrait des terres
au moindre prétexte. Aujourd'hui on observe des cas de
spoliations surtout à l'encontre des femmes chefs
d'exploitation mal considérées par la société et aussi de
nombreux cas de distributions de terres du vivant du chef
d'exploitation qui démantellent le patrimoine foncier
(tableau n067) .

174 "L'insoumission (à la chefferie) reste habi tuelle


et toujours évoquée ( ... ). On déplore la vulgarisation de
la chefferie et on assassine les mauvais chef, mais c'est
pour mieux indiquer à la chefferie qu'elle est
indispensable pour réguler les actes majeurs dans une
société dont les conflits et les inégalités s'avèrent
bien plus profonds que dans d'autres". (COURADE, 1993)

437
Tableau n067: Modes d'accession à l'héritage foncier
accribué par le PERE de son vivanc' 35,7\

dcnr.é par la FAMILLE après le décès du père

rediscribution du SUCCESSEUR 30,4\

accribution d'aucre PARENT 1,5\

USURPATION 3,5\

Ensemble 100,0\

• regroupe plusieurs c7~es de réponses: 'sur la demande d'un fils', "au mariage',
",!l'âge mar".
Source: Projet ADOC 1932 (enquête auprès de 100 exploitacions de la province de
l'OUest- calcul effectué sur la base de 339 atcributions)

-régler la gestion des productions animales.


L'élevage de chèvres s'est sensiblement développé avec la
diversification des activités dans les zones
périphériques du plateau bamiléké, limitrophes des
pâturages. Or ces animaux passent une partie de l'année
en liberté sans être attachés alors que la période de
cultures a déjà débuté: 37 % des exploitations élèvent
leurs petits ruminants de cette façon. De même 28% des
exploi tations laissent aussi leurs porcs en divagation.
Cette liberté des bêtes constitue une entrâve sérieuse au
développement de cultures comme le manioc ou le bananier
qui ont régressé de ces zones. Toutes les agricultrices
n'ont pas la possibilité de cultiver des parcelles
éloignées des habitations pour éviter ces dégâts. Le
règlement traditionnel explicite à ce sujet ne permettait
pas de débordement. Son non respect devient auj ourd' hui
une contrainte, d'autant plus grande qu'on est un petit
et qu'il est difficile d'aller se faire entendre.
-assurer un environnement financier stable. Dans ce
rôle la chefferie facilite le fonctionnement des
exploitations. L'organisation en tontines est le pilier
du financement du monde rural. La transgression de leurs
règles traditionnelles peut amener à une exclusion non
438
seulement de la tontine mais de la société. C'est ici
pleinement sa fonction institutionnelle qui intervient.
Ce système est accepté par tous comme étant du domaine du
quasi sacré. Le chef est appelé à intervenir lorsque se
pose un problème. C'est peut être une des attributions
que la chefferie ne peut laisser.
-organiser la mobilisation des gens autour de
comités de développement de quartier ou de village. C'est
essentiel pour son rôle d'offre en biens collectifs.
Ainsi bon nombre de pistes sont créées sur la base de
travaux "volontaires" initiés par le chef. Les
réalisations sont à la mesure du pouvoir qu'a conservé la
chefferie ainsi que du nombre et des moyens de ses
175
"ressortissants" • On peut par ce biais voir construire
des écoles ou se mettre en place des réalisations plus
importantes telle une salle des fêtes.
-protéger certains groupes sociaux dominés. Les
femmes chefs d'exploitation font partie de ces minorités.
C'est un groupe en expansion depuis l'accroissement du
nombre d'héritiers résidant en ville. Les femmes ont
beaucoup souffert de la régression du pouvoir des
chefferies. Leur rôle est important plus par la qualité
de leurs interventions que par le nombre. Elles sont
seules à pouvoir assurer quelques-unes des fonctions
évoquées précédemment.

L'évolution de l'interprétation qui est donnée du


bocage est sans doute un des meilleures exemples des
tensions contradictoires qui traversent la société
bamiléké. Nous sommes d'accord avec JANIN (1995, p.536)
pour dire que le bocage est une construction socio-
politique plutôt qu'une nécessité agronomique ou
écologique. Certes il a un rôle énergétique important en

175 Originaires d' un quartier résidants ailléurs. Ils


se groupent en association dans chaque ville.

439
fournissant du bois dans une reglon qui, sans lui, en
manquerait. L'influence qu'il a en matière de lutte anti-
érosive est importante. Le réseau de chemin et la mise en
défens des champs cultivés est indispensable dans une
région qui allie élevage et agriculture. Mais le fait que
la plantation, l'entretien des haies vives constitutives
du bocage aient été rigoureusement régis par la coutume
lui confère surtout un enjeu d'ordre qui colle avec le
désir du pouvoir communautaire d'encadrer les
populations. Un autre aspect de cet ordre établi rendu
par un paysage extrêmement artificialisé et structuré est
manifeste, cette fois, dans la non matérialisation des
limites des parcelles des femmes d'une exploitation. On
arrive à n'avoir aucun problème de limites en recourant
simplement à un double-billon, une pierre ou une touffe
d' herbe ridicule pour séparer deux parcelles. La
multiplication des haies aujourd'hui et notamment à
l'intérieur des concessions leur donne plutôt un
caractère conflictuel. Le conflit atteint son paroxysme
lorsqu'il s'agit d'émigrés qui entourent leur lot et
cloisonnent l'exploitation là où passait le chemin de
l'eau et d'autre accès importants. Ainsi d'un symbole
d'une société aux réflexes communautaires, le bocage est
devenu le signe de l'individualisme et de l'esprit
d'indépendance.

440
CHAPITRE 17

L'Etat: de la planification à l'absentéïsme

Un Etat omniprésent

De façon générale, les sociétés africaines


auxquelles ressemble le pays bamiléké ont toujours été
confrontées à un Etat omniprésent, faible en matière de
"résultat de développement" et peu légitime. Les lois de
l'Etat, ses règlements restent discutés et les pratiques
de marchandage avec l'administration sont enracinées.
Pourtant les décisions relevant de la souveraineté de
l'Etat sont nombreuses: exercice de la justice
coutumière, fonction de police, délivrance de pièces
d'Etat Civil, collecte de l'impôt, contrôle fiscal,
signature d'une nomination, d'un marché, octroi d'un
agrément industriel, d'une licence d'importation, d'un
ti tre foncier... Et on s'en rend d'autant mieux compte
que tout ceci est occasion pour les agents de l'Etat
d'extorquer de l'argent.
Nous sommes face, conune le dit BAYART (1989, pp. 104-
122), à un Etat prédateur qui redistribue à différents
groupes sociaux. Le clientélisme et les réseaux de
relation sont des canaux importants qui priment sur les
procédures administratives officielles. Dans une telle
situation, les droits de propriété privés ou publics sont
toujours contestables. On s'explique peut-être mieux
pourquoi un nombre si réduit d'exploitants agricoles
dispose de titres de propriété officiels. Une certaine
confusion entre ce qui est officiel et ce qui ne l'est
pas est grande. QU'il s'agisse des fonctionnaires, des
responsables du pouvoir ou des opérateurs privés, tous
ont du mal à respecter l'Etat de droit.

441
Au service du développement de l'appareil d'Etat ...

Pour ELA (1990, P .114) 176, dans cette redistribution le


monde rural serait plutôt défavorisé. On y capte le
surplus et la rente d'exportations agricoles notamment
par le biais des offices de commercialisation, de la
surévaluation des monnaies alors que les investissements
agro-industriels que l'on y fait sont peu propices aux
intérêts paysans. Au Cameroun, entre 1960 et 1980, les
deux tiers à trois quart des prélèvements sur le secteur
agricole ont servi à financer d'autres activités. Durant
le Ve plan (1981-86), 56%- des investissements agricoles
ont été consacrés à l'extension des sociétés de
n
développemene (MOREL, 1983, p. 205). Pour COURADE (1984,
p.80), "le projet camerounais de développement agricole
reflète des stratégies faciles à identifier pour mettre
l'agriculture au service prioritaire du développement de
l'appareil d'Etat et des catégories urbaines qui en
vivent" .

176 ELLA dit" aucun pays en Afrique n'échappe à cet te


situation: partout en Afrique noire la classe dirigeante
extrait un surplus à partir des producteurs primaires
qu'elle que soit l'idéologie du régime. L'Etat se taille
la part du lion dans la distribution de ce surplus."

177
Ces sociétés sont: HEVACAM (Hévéa), SOCAPALM
(Palmier à huile), CDC (Palmier à huile, Thé, Hévéa),
PAMOL (Palmier à huile, Hévéa), SODERIM (Riz), SEMRY
(Riz), SODECAO (cacao), SOSUCAM (Sucre). Ce qui conduit à
la réparti ton sui vante, selon les provinces: 29,3 %- pour
le Nord, 24,6%- pour le Centre-sud, 12,5% pour le
Littoral, 10,7% pour le Sud Ouest, 10,3% pour l'Ouest,
6,7% pour le Nord-Ouest, 5,6%- pour l'Est.

442
... très peu du développement rural

Dans notre région, l'aménagement de 443 ha de thé par la


CDC a donné lieu à l'expropriation puis au déplacement de
populations employées aujourd'hui comme main-d'oeuvre
salariée. Ce sont des procédés que l'on retrouve ailleurs
178
au Cameroun (COURADE , cité par ELA, 1990, p. 217). On
peut globalement identifier trois grandes phases dans
l'encadrement institutionnel du développement rural
(tableau nOG8)

178 voir COURADE (G.) - Les plantations d' Unilever au


Cameroun ou la croissance d'une firme multinationale dans
une région marginale", Cahiers de l' ONAREST, vol l, n02.

443
Tableau n068: Plus de soixante ans de vulgarisation agricole

Pression Système de vulgarisation


institutionne lie

Depuis les années 30 ,jusqu'à 1965, les pouvoirs publics ont


installé un Système National de Vulgarisation Agricole
(SNVAl.
centralisée Les objectifs explicites sont ,d'acquérir une crédibilité
et financière pour l'Etat. de perllettre aux lIénages ruraux de
lIoyenne s'acquitter d'obligations fiscales (i.pôts) en les faisant
rentrer dans l'économie lIarchande. C'est de Il que date la
division sexuelle des tâches (l'holllle s'occupe de 1.
culture d'exportation) et une certaine lIarginalisation du
vivrier (la recherche agricole est essentiellellent centrée
sur les cultures d'exportation).
Cette polhriQue agricole efficace 1 la période
coloniale ,s'est révélée inopérante ensuite:
prolifération des département sinistérieis intervenant dans
le développement rural. mauvaise définition des rôles de
chacun, lIanQue de cohérence. D' oil l' achelli nellent tard i f des
intrants. fixation aléatoire des prix garantis, gestion oil
prévaut le "bon sens" plutôt Que des lIéthodes éprouvées.

De 1966 à 1987, on assiste à une phase de lIultiplication


des 1I0yens et systèmes d'intervention en lIilieu rural.
Jusqu'en 1973, le système de vulgarisation est celui des
régionalisée Secteurs de Modernisation (SEM): organislles 1 cOllpétence
forte régionale s'appuyant sur une activité principale. Cette
et décentralisation rend l'encadrement plus efficient avec une
lIultitorlle meilleure spécialisation fonctionnelle, sectorielle et
ré~ionale. Beaucoup de fonctions sociales sont assurées.
Ces structures ont vu leur lIandat s'étendre 1 d'autres
cultures et même d'autres dOllaines d'intervention. De
sectoriel, ces or~anismes ont pris un caractère intégré.
Se révèle une bonne formule Quand ces structures sont,
COlllle l'UCCAO capables de donner une iapulsion à la
politique caféière. Ellie a été aussi 1 la base de la
politique d'artiCicialisation du lIilieu (engrais, produits
phytosanitaires, production de plants sélectionnés).
La aise en place pro~ressive des Sociétés de Déve10ppellent
(SODE) à partir de 1968, en rellplacellent des SEl( correspond
À une plus ~rande autonollie de ~estion. Ce systèlle,
toujours en place, a poursuivi avec plus ou 1I0ins de
réussite les activités des SEM. Les objectifs fixés
clairement dans le IVèlle plan (1976-1981) sont

III Le nOll de l'administrateur LalCarde est resté célèbre dans la région


pour sa réussite rellarQuable dans l'introduction du café Arabica.

444
l'allélioration du revenu de l' eXDloi tant lll ,
l'aώlioration de la balance des paieaents,
l'aDProvisionneaent urbain et la liaitation des
laDOrtations, soutien 1 l'essor industriel. Ce dernier
aspect se traduit par ~'arrivée de l'a,ro-industrie dans
la production a~ricole 1. L'Etat devient parfois l~~ .ëae
directeaent opérateur co..e ce fût le cas 1 1& COC" • Ces
sociétés sont réputées pour leur Caible productivité,
l'utilisation d'une aain d'oeuvre peu aotivée parce Que
sous Qualifiée et sous-psyée. La plus récente des Coraes
d'intervention en ai lieu rural: l' agr icul ture contractuelle
(BASTOS pour le tabac, 5AFEL pour le haricot vert). La
uJtrise de la production par l' ..ont (crédit et fourniture
de moyens de production externes) et par l'aval
(transforaation et aise sUr le aarché du produit Cini)
revient 1 l'industriel, l'exploitant géré ce Qu'il ya de
plus difficile la terre et la force de travail.

en retrait A partir de 1987, les problèaes économiques du pays sont


dans tous tels Qu'il devient iSDOssible pour l'Etat de poursuivre ses
les secteurs actions en silieu rural. Cette phase correspond à la
du développesent période de crise la plus ressentie par les producteurs.
Elle est caractérisée par un net Cléchissesent puis un
arrêt de toutes les interventions de l'Etat dans le domaine
de l'encadre.ent des producteurs. L'arrêt progressiC des
subventions aux intrants à partir de 1988 est le point de
départ d'un processus de désengagement ,énéralisé de l'Etat
dans les actions de développesent rural. Depuis 1991 le
systèse de vulgarisation est en soaseil.
Sourcu: éOI'osi 1 pUIir dl :
OMOHA (R.), lm - Ajpporl de Il lillion fpwls en r!publique de Côle-d'Ivoire (du' lU 24 lujllel
ill!l, Y1lM1ndi, "Uml, 1'77, IlIp, lultigr.
COORl\OE (;.), 1984 - Ou cOlplem qui c~14nl cher. h priori li 19ro-induslridh dlns l'Wiculture
clltrlMlnaise, ~rricajn., Puis. hrlhlh, .'14, pp.7S-91.
ICllAU ABIHA (f.), IA"GA (A.), HOlOYA (J.l, 1"4 • Il vulgui'11ion 19ricoh lU CutrOun: cas d. h
rechtrch./divtloppunl/forution 1 l'Univmit! ta Oschlng, Universiti de Oschal1<l, 40p., lultigr.

Ce Qui précède ne signifie pas que les agriculteurs n'ont pas profiter de
cette débauche de projeta de développesent. Cela aignilie en revanche Que ces

III Ce Que ne conCirlle pas 1& politique des prix puisque le pouvoir
d'achat du KI de caCé acheté au planteur est jusqu'en 1976 inférieur à ce
Qu'il était en 1960.
\1\ "La Cirae capitaliste peut s'associer à l'Etat pour la sise en place
d'une unité intégrée dans le cadre d'une association: elle apporte son savoir-
taire, l'Etat, son contrôle de l'espace et de la population, et les financiers
internationaux, l'essentiel du capital." (COURADE, 1984, p.84)
\Il La Calleroon Develo!,Œ1ent Corporation (CDe) est une société d'Etat gérée
par des C..erounaia. "Poids lourd" de l'a,ro-industrie du pays, elle
n'intervient dans notre zone d'étude Que sur une plantation de théiers de
taille llOdeste.
445
Ce qui précède ne signifie pas que les agriculteurs n'ont
pas profiter de cette débauche de projets de
développement. Cela signifie en revanche que ces derniers
ont surtout contribué à enrichir ceux qui ont une
position de pouvoir bureaucratique, une classe marchande
en voie d'émergence, des firmes capitalistes étrangères.
Prenons l'exemple du débat de l'emploi en milieu rural:
les rémunérations données aux salariés agricoles des
plantations de thé sont inférieures au revenu que leur
procurerait une exploitation agricole moyenne. Les
paysans ont été déplacé de leurs terres sans
indemnisation semble-t-il. L'existence d'un bloc agro-
industriel dans le secteur n'a pas ni résorbé l'exode
rural ni le chomage. Ce genre de projet coûte cher en
termes financiers, fonciers et sociaux (déplacement de
population). Les seuls capables de "tirer leur épingle du
jeu" sont une poignée de contremaîtres recrutés parmi les
enfants de notables mais en aucun cas les petits
producteurs. Un autre exemple du caractère sectoriel,
sélectif et socialement inégalitaire de ces interventions
porte sur les retombées de la coopérative pour les
producteurs: ceux qui ont le plus de chance d'en profiter
sont les notables villageois. La totalité des
responsables de la coopérative (en dehors des quelques
grands fonctionnaires qui sont à la tête de la structure)
sont des notables. Une grande majorité de chefs de
village, de quartier sont présents dans l' organigrarrune.
Mais la discrimination sociale peut être moins claire:
les "grands" ont un accès plus facile aux intrants, sont
soumis à moins de tracasseries sur les réfactions à la
pesée de la récolte, peuvent plus facilement obtenir des
crédits. On a observé que les terrains alloués dans le
cadre de l'aménagement des bas-fonds sont
préférentiellement attribués aux grands polygames. Les
techniciens chargés ~e l'encadrement ont tendance à ne
connaître que les -: grands planteurs etc. Quant à
l'agriculture contractuelle, corrune c'est ici le cas pour
le haricot vert, COURADE (1984, p.91) considère que son
446
avantage politique est réel dans la mesure où elle
"permet au régime de poursuivre l'élargissement de sa
base sociale en milieu rural, dans le cadre d'un
processus d'accumulation largement contrôlé par l'élite
. bureaucratique" .

V.17.B.La collusion des élites

Des origines lointaines

Ces procédures contemporaines d'utilisation des


positions de pouvoir ont des origines lointaines. Quand
les chefs bamiléké offraient une belle voiture américaine
à l'administrateur DELAUNEy179, c'était après avoir
prélevé une taxe supplémentaire en la présentant à leurs
suj ets conune une exigence du Blanc et en avoir conservé
par devers eux une fraction appréciable (BAYART, 1989,
p.101). Pour BAYART (1989, p.124-139), il existe une
collusion des élites, bourgeoisie d'affaires et
bourgeoisie politico-administrative pour S'enrichir et
dominer le champ social. Ces deux ensembles loin d'être
en conflit seraient plutôt fortement imbriqués et
difficiles à distinguer. " ... Le Cursus d'un Monkam, d'un
1BO
Kadj i, d'un Kondo est différent de celui dl un ministre
ou d' un haut fonctionnaire, encore que cela soi t déj à
moins vrai d'un Tchanque, secrétaire de l'Union douanière
et économique d'Afrique centrale avant de fonder les
Brasseries Nobra." La coopérative caféière en est un

179 DELAUNEY (M.), 1986 -Kala-Kala. De la grande à la


petite histoire, un ambassadeur raconte, Paris, Robert
Laffont, 88p.

190 Trois grands honunes d'affaires camerounais, les


deux premiers étant originaire de l'Ouest du pays.

447
exemple tout à fait représentatif. Nous avons eu
l'occasion de le montrer 1B1 , il Y a une certaine collusion
entre les responsables politiques et les dirigeants de
l'organisation. Ceci permet à l'Etat de garder localement
le contrôle de la rente tirée du café. La coopérative
n'a-t-elle pas financé des stades et des "maisons du
Parti" à l'époque du parti unique?
Ce que BAYART (1989, p.133) appelle la "Straddling class"
ou bourgeoisie mixte a des origines qui s'expliquent et
des atouts nombreux pour pérenniser son existence. Elle
s'est constituée en s'alliant aux structures établies du
pouvoir (chefferies) et a souvent favorisé leur
renforcement. L'impôt est prélevé de façon forfaitaire
par les chefs qui perçoivent légalement un pourcentage.
Ils établissent eux-mêmes la liste des contribuables,
l'assiette imposable issue en droite ligne de cette
pratique étant à la "tête du client". La chefferie en
tant que dispositif de l'inégalité sociale a bien
sauvegardé sa place au sein de l'Etat postcolonial. Dans
le système ancien il y avait deux catégories
subordonnées: les "jeunes" et les "fenunes"lB2. Les

1B1 Voir notre article: COURADE (G.), ELOUNDOU-ENYEGUE


(P.M.), GRJL~GERET (1.), 1991 L'Union Centrale des
Coopératives de l'Ouest du Cameroun (UCCAO): de
l'entreprise conunerciale à l'organisation paysanne, ~
Tiers Monde, t.XXXII, n0128, oct-déc.1991, Paris, pp.887-
899.
1B2 Ces deux groupes socialement construits
n'expriment pas nécessairement une différenciation
biologique liée au sexe et à l'âge. BAYART (1989, p149)
dit "Chez les Bamiléké, par exemple, certaines fenunes
étaient parties prenantes du système de pouvoir et en
tiraient des privilèges, tels que l'attribution de
terres, de serviteurs et de droits matrimoniaux. Le
statut le plus élevé était celui des ma-fo (mères-chefs)
qui autorisait la transmission du titre dans la ligne des
448
rapports capitalistes de production ont été une façon de
reproduire les clivages du passé conune l'atteste
l'exploitation économique de la femme. Ceux qui sont dans
les affaires ont profité d'une autre organisation
traditionnelle, celle des circuits financiers extra-
bancaires, les tontines. Celles-ci assurent aux grands
entrepreneurs "l'opacité qui sied à leur art" (BAYART,
1989, p.124). La transgression des règles conunerciales,
surtout lorsqu'il s'agit de payer la douane fait partie
des mêmes habitudes. Mais si la chefferie a profité de
l'Etat pour renforcer son pouvoir, à son tour elle a
183
favorisé l'intégration des groupes dominants • Il Y a

héritières successives et était à l'origine" d'une sorte


d'aristocratie féminine": la ma -fo est évidemment fenune
et la société féminine s'organise par rapport à elle avec
des hiérarchies démultipliées dans les quartiers et les
associations; mais elle est assimilée à un homme pour que
soit fondé sa participation au système de pouvoir et
d'administration. Fenune-chef, elle est fenune-honune afin
que s'articulent par elle les rapports sociaux de "signe
mâle" et ceux de "signe-femelle"".
183
BAYART (1989, p.216) dit: "A Bandjoun, la
chefferie la plus pretigieuse du pays bamiléké, peuplée
de 10 000 âmes, le fo intronisé en grande pompe en 1984,
Ngrie KAMGA, était administrateur civil et préfet du
département de la Méfou, dans la province du Centre,
quand il fut désigné par le conseil des neuf notables. Il
succédait à son propre frère, dont il était le nkwipo,
nous dirions l'adjoint ou le palatin. Son prédecesseur
n'était point pour autant une vieille barbe confite en
tradition, mais un ancien ingénieur agronome, à qui l'on
reprochai t d'avoir pris pour épouse favori te une
"étrangère" native d'une région autre que l'Ouest. Peut-
on d'ailleurs imaginer meilleur processus d'assimilation
réciproque que les circonstances controversées rien
n'est plus suspect qu'un accident de la circulation- de
449
bien Wl renforcement mutuel même si pour "le partage des
prébendes", on constate la prééminence de l'Etat central,
établie par le régime colonial, sur l'influence des
notables (BAYART, 1989, p.219).

La scolarisation: élément d'assimilation des élites

La scolarisation est un élément important d'assimilation


des élites. La maîtrise du savoir occidental conditionne
celle de l'Etat et de l'économie et l'école représente
une stratégie individuelle et sociale de "recherche
hégémonique" (BAYART, 1989,. La relation à l'école
établit celle à l'Etat et confère aux individus une
position sociale dominante qui va permettre " à la chèvre
de brouter là où elle est attachée,,194. D'où une
aspiration très forte à la promotion sociale par l'école
que l'on retrouve dans nos enquêtes: 3/4 des personnes à
charge étaient en 1991 des scolarisés. L'utilisation des
emprWlts, 8 sur 10 consacrés à l'école révèle cette
priorité même si le "gros bataillon" des chômeurs (68%")

sa disparition? Lorsque la mort le frappa, il voyageait


dans "une Mercedes appartennant au richissime homme
d'affaires Fotso Victor, originaire lui aussi de
Bandjoun". Son oraison fWlèbre fut prononcée par Wl autre
enfant du pays, M Nkuete, secrétaire général adjoint à la
Présidence de la République. Nul hasard en cela puisque
l' "Wle des premières personnalités à faire acte
d'allégeance au nouveau chef" fut M Wabo fondouop,
"grande dignitaire de la chefferie Bandjoun et homme
d'affaires de premier plan à Douala". Il était flanqué de
MM. Fotso, Koloko, Kadji Defosso, Sohaing, Tchanque,
autant d'entrepreneurs ...

184 Proverbe camerounais souvent évoqué quand on parle


de poli tique

450
est constitué de diplômés à la recherche d'un premier
emploi. En 1993 (Fig.no54), la contraction des ressources
des ménages les a obligé à réduire leur dépenses
scolaires (35% des cas), mais cette déscolarisation n'a
été ni brutale ni uniforme: ce sont les élèves médiocres
qui ont été retirés (14t des ménages enquêtés), les
filles (6% des cas) et dans de plus rares cas, on a
repoussé l'âge d'entrée à l J école pour tous les enfants.
Mais l'éducation semble toujours aussi importante aux
yeux des ménages.

Fig. 54: Gestion des dépenses scolaires

Gestion des depenses scolaires


sur 313 menages avec enfants

.~~_.....,~
62% maintiennent leurs dep. scolaires

OCI5C.l-I.Io. 1113.

451
Une paysannerie "non-capturée-?

L'Etat apparaissant assez inefficace pour augmenter le


niveau de vie des paysans, on n'a pourtant pas à
proprement parler une paysannerie qui cherche à
s' émanciper de cette tutelle.. L' esquive d'une
"paysannerie non capturée", cette autonomie du producteur
observée par HYDEN (1985, p.l00) nè nous semble pas
s' appliquer à notre région d'étude. On a plutôt observé
que les inj onctions de l' Et~t ont été relayées,
amplifiées, au point de placer les ménages, en période de
crise, en grandes difficultés. L'Etat a imposé sa logique
les cultures commerciales apparaissent d'autant plus
incontournables que les besoins des ménages pour
scolariser les enfants sont importants. L'utilisation
massive des engrais semble êtré une solution
incontournable pour éviter l'épuisement des sols. D' un
statut autarcique les exploitations sont' passées
aujourd'hui à une situation de dépendance forte vis-à-vis
de l'extérieur pour l'approvisionnement en intrants comme
pour la commercialisation. La crise des ménages en ville
se répercute directement sur ceux de la campagne
185
(GRANGERET-OWONA, 1993 ) : 80% des exploitations
enquêtées ont des relations avec la ville qui prennent
souvent la forme d'une assistance à la scolarisation des
enfants. Un ménage sur deux a des enfants scolarisés en
ville et dans le cas où la scolarité fonctionne bien, ces
enfants sont en partie ou totalement pris en charge par
le ménage urbain. Enfin la brutalité de l'administration
territoriale s'ajoute à celle des chefferie, à la
domination des aînés et à la sous-rémunération du travail
agricole pour inciter les jeunes à partir en ville.

GRANGERET-OWONA, 1993 - ..B"",a~f""0,-"u,,-----,,,1~9,-"9,-,,3,,--,--:----"'R.,.e~n...f..,oo<.or"'-c""""e"'_m""e~n.....


lB 5 t
des inégalités sociales, menaces sur la fertilité des
~, rapport d'étape, observatoire café/OCrSCA, 23p.
multigr.
452
Y,17,C, Abandon de l'encadrement agricole,
resserrement de l'action de l'Etat

Désengagement de l'Etat imposé par la situation


économique

En période de crise, la stabilisation des dépenses de


l'Etat étant cherchée par la libéralisation des filières
agricoles et par une politique de rigueur, il a été amené
à se désengager d' un certain nombre de fonctions qu'il
assurait auparavant. Il garde ses prérogatives
policières. A propos du Zaire et citant un administrateur
BAYART (1989, p.301 dit "malgré la crise, il y a une
chose qui marche bien, ce sont nos services de
renseignement! ". "Au Cameroun dans les années soixante-
dix, la Sûreté Nationale assumait un rôle
comparable ... observant les réunions associatives ou les
célébrations religieuses avec suffisamment d' ostentation
pour que les agents fussent souvent identifiés et
considérés comme les représentants officiels de la
légalité. Les tâches d'investigation au sujet des
individus soupçonnés d'opposition étaient vite laissées à
la redoutable Direction générale des études et de la
documentation dont la Brigade mixte mobile avait acquis
une réputation sinistre en matière de torture".
Resserrant donc ses actions autour de l'aspect sécurité,
l'Etat abandonne celles d'encadrement agricole: les
grands projets de développement, les subventions aux
intrants ont été mis en dormance ou simplement supprimés.
Le non paiement des contractuels de l'Etat et le
dégraissage de la fonction publique ont entraîné la
paralysie de structures comme les brigades
phytosani taires . Les subventions ont été arrêtées. La
dévaluation a su~v~ quelques temps après. La
transformation institutionnelle a été amorcée par le
453
démantèlement de l'énorme caisse de stabilisation des
produits de base (pour le robusta et le cacao) et la
disparition du monopole de commercialisation que détenait
l'UCCAO.

Des paysans sans Etat?

Malgré la capacité de la coopérative'· dans la gestion


régionale et son souci reconnu des intérêts des
planteurs, la crise économique a porté !ill coup réel à
cette structure. On peut avoir des' inquiétudes pour sa
survie. Le FMI et la banque Mondiale' s'attendaient à ce
qu'après une récession transitoire, l'économie agricole
reprenne- une trajectoire de croissance. Il est clair
pourtant que la structuration traditionnelle de la
société bamiléké pousse plus à un ~-fonctionnement
patriarcal verrouillé qu'à l'ultra libéralisme prôné par
le FMI, en réponse à la crise. Ce de9J;rer~ modèle semble
mal s' accomoder de toute absence d' Etat ~_ Les planteurs
sont plus enclins à réagir à une politique incitative
qu 1 aux signaux du marché. Ce comportement économique ne
devrait pas faciliter les changements qui pourraient
s'avérer longs et complexes. Le modèle d'une économie de
marché fondée sur la propriété privée est aux antipodes
des rentes de situation qui ont eu tendance ·à se créer.
L'apprentissage des opérateurs et la restructuration
nécessaire de l'appareil productif ne sont pas simples à
mettre en oeuvre.

454
PARTIE VI

LA VIABILITE DES MODES


D'EXPLOITATION
[ntroduction

~a viabilité du mode d'exploitation correspond' la façon


de travailler les éléments offerts par le milieu et à la
bapacité d'en extraire une production suffisante. Elle se
~esure par la faculté sur le long terme à renouveler ou
laméliorer la fertilité. Cette possibilité d'entretenir le
Isystème productif, es t d'abord fondée sur le
Irenouvellement des potentialités naturelles (plus ou
Imoins grande résistance à la dégradation), sur
Il' adéquation des syst'èmes techniques utilisés au milieu
let sur la transmission des savoir-faire de génération en
génération. Le mode d'exploitation est viable dès lors
que la production est suffisante et stable dans le temps.
Il doit permettre de satisfaire les besoins alimentaires
et monétaires de base. A travers lui, on observe comme le
dit REBOUL (1989, p.215) "la manifestation concrète de
leur (les agriculteurs) qualification professionnelle".
Sur le long terme, il ne peut y avoir de systèmes viables
que si la génération actuelle transmet son savoir-faire
aux générations futures sans déperdition professionnelle
importante. Qui plus est, la notion de viabilité se
réfère à une autre dimension. La praticabilité du mode
d'exploitation. On peut comprendre cette notion comme
l'éventail des choix de toute nature possibles compte
tenu des contraintes internes et externes qu'on subit ou
qu'on ne peut techniquement ou économiquement pas lever.
Ces contraintes relèvent tout autant de l'exploitation
agricole que de la structure familiale. La force de
travail mobilisable y est aussi importante que les
contraintes économiques à résoudre pour
l'approvisionnement en intrants ou la commercialisation.
On observe dans la région la transformation de certains
modes de production qui pourrait conduire à remettre en
cause la viabilité des exploitations concernées. Le
système de culture pure maraîcher fait sans doute partie
de ces modes d'exploitation dégradant. Les succès
économiques de court terme qu'il connaît depuis ces deux
455
dernières décennies ont certainement contribué à occulter
les dégâts écologiques qu'il engendre. Ce mode
d'exploitation nous apparaît comme l'illustration d'un
système productif non viable. C'est un système dans
lequel la terre qui était un "bien préservé pour être
transmis devient moyen de production acheté et usé pour
en extraire un profit immédiat" (idem, p. 13) 1 . De cet te
évolution peut. résulter des dégradations irréversibles
mettant en danger l'avenir de cette agriculture.

, ..
'. :::

cité par Claude MEILLASSOUX dans sa préface du


livre de Claude REBOUL, Monsieur le capital et Madame la
terre. Fertilité agronomique et fertilité économique,
1989.

456
CHAPITRE 18

Les modes d'exploitation dominants


et leurs ~9nséquences agronomiques
.....\ .. t ;,
... :
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~ h
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Sur ~ plan agronomi~e


on peut distinguer dans la région
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forestier,
. .'
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" -' '.
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' associées,
"
le. ' système
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de culture pure. è Ce' dernier classement est celui qui nous
semble le. plus,' opérat,ionnel. po.uF·. expliquer. les'· modes
d'exploitation. : ~ <. .·i . . , ' . .

.. ~. ~ ~
........

La caféière ombragée

Quand on parcourt une exploitation agricole en pays


bamiléké, le premier champ que l'on visite est la
caféière ombragée située à proximité des habitations. Cet
ensemble agro-forestier, pas facile à traverser, peut
frapper d' étonnement l'agronome qui s' y hasarde (planche
n021). La strate basse que l'on observe en se déplaçant
courbé sous les caféiers est celle des macabo, taro,
maïs, patate douce, haricot et ignames. Ces deux
dernières cultures sont d'ailleurs souvent enroulées
autour des caféiers qu'elles utilisent comme tuteur pour
aller chercher la lumière. Cette strate végétative basse
donne toute son importance alimentaire à ce champ
fournissant la presque totalité des cultures
"nourrissantes" de la région. Le café, planté de façon
régulière avec des intervalles de 2mx2,5m en général
457
Planche 21: ~~ système agro-forestier
(parfois 2mx2m) forme à hauteur d' homme, lUle voute de
végétation constituée des houpiers jointifs. Vu de loin,
du versant opposé par exemple, des grands arbres
(safoutier, avocatier, colatier, manguier entre lesquels
apparaissent des arbres de la strate moyenne (bananier
plantain, bananier doux, goyavier, agrume) masquent
presqu entièrement la caféière. La promiscuité de tout
1

ces végétaux entretient lUle ambiance climatique ombragée


et humide. Elle est guidée par la régIe d' extraire une
production importante. Les densités de plantation des
différentes cultures y sont prodigieuses (tableau n069) .

458
Tableau n069: Densité des cultures présentes dans les
systèmes agro-forestiers du pays bamiléké

Cultures Fréquence Densités observées


1 (\') (pieds/ha) 1

Café 1 100 2 450


2 Il
Arbres 1 58 70 1
Arbustes 1 51 180 1
Musacées 1 90 470 1
Maïs 1 81 31 700 1
Haricot 1 71 39 000 1
Taro+Macabo 1 72 12 900 1
Pomme de terre 1 47 15 200 1
Ignames 1 58 2 500 1
Autres culture (*) 1 39 1
1 1

Source: DUCRET (G.), GRANGERET (I.), 1986 Quelques


aspects des systèmes de culture en pays bamiléké, p.10.
Enquêtes ayant porté sur 158 associations agro-
forestières.
(*) ananas, courges, vernonia, manioc (dans 10\' des
parcelles) arachides (dans 5t des parcelles.

Ce champ est entouré d'une haie vive, facile à distinguer


tant elle est linéaire. Elle est constituée de nombreuses
espèces et forme une barrière infranchissable. Bien

2 L'Arabica est planté à forte densité, une fois et


demi plus élevée que les recommandations faites au niveau
de la région par le proj et de Développement Rural des
Plateaux de l'Ouest (1 600 pieds/ha). Il est vrai que ces
caféières souvent anciennes ont été implantées dans les
années 1960 à une époque où l'écartement préconisé était
de 2rnx2m.

459
entretenue, elle est renforcée par des "bambous") pour ne
pas laisser la possibilité aux animaux vagabonds de
pénétrer dans le champ. Les espèces ligneuses qu'on y
trouve ont toutes pour caractéristique commune leur
aptitude au bouturage ou au recépage. GAUTIER (1989, p.8)
nous donne les plus fréquentes: Vernonia ~., Dracaena
arborea, Dracaena deisteliana, Markhamia ~ , ~
~., Schefflera ~., Hymenodyction floribundurn. A la
base de la configuration complexe de l'association agro-
forestière, on retrouve un lieu où se superposent les
interventions de l'homme et de la femme, la culture
commerciale et les vivriers, deux champs menés l'un et
l'autre de façon intensive. Bien fertilisée, elle
bénéficie de la fertilisation apportée par l' homme sur
son café (160-70-70) à laquelle s'ajoute celle destinée
au vivrier, apportée par la femme (120-60-60)4 .
La compréhension de cet enrichissement rare en espèces et
en variétés du système agro-forestier n'est possible que
si l'on prend en compte la dimension sYmbolique et la
fonction rituelle de certaines espèces. Sinon on ne
s'explique pas la présence de cultures aussi peu
productives que le "kélagda" (labiée alimentaire) ou de
l'igname à bulbes aériens et on comprend à peine celle du
taro dans une région aussi densément peuplée. Or le taro
à la sauce jaune représente le met essentiel des
funérailles, on ne conçoit pas qu'il puisse en être
absent. De la même façon, il est rituel d'apporter à une
femme venant d'accoucher du "nkui" et il est impensable
qu'un chef traditionnel récemment intronisé n'en consomme
pas afin d' emmagasiner toute l'énergie nécessaire à sa

C'est ainsi que sont appelées les nervures des


feuilles de palmier raphia, coramment utilisée dans la
construction et l'ameublement.

4 D'après nos enquêtes de 1985 (DUCRET, GRANGERET,


opus cit., p.11).

460
nouvelle tâche. C'est une façon d' entretenir les
relations de bon voisinage que d' échanger des noix de
cola. Cela se fait quotidiennement, chacun ayant une
poignée de cola dans sa poche. L'envoi de régimes de
plantain à ses amis ou à sa famille en ville participe du
même genre de pratiques sociales. Enfin il y a les
arbustes ou arbres destinés à marquer les limites du
territoire. C'est l'usage principal de l'arbre de paix
(Dracaena deisteliana)et du dragonnier (Dracaena arborea)
qui par ailleurs a de piètres qualités de bois d'oeuvre
et de bois de feu. Le premier, planté également à
proximité des habitations a aussi une signification
religieuse puisqu'il protège la maison des mauvais
esprits et des vampires apportés par le vent du soir. En
limite de quartier ou de chefferie on plantera de la même
façon des espèces ligneuses à croissance rapide comme les
précédentes mais on leur préfera un arbre plus haut tel
l'eucalyptus.

Grâce à la couverture forestière, les interventions


culturales faites dans ces champs et qui visent à en
extraire des récoltes abondantes ne semblent pas
affaiblir le sol mais le rendrait plutôt moins
vulnérable. Malgré une culture continue, ces systèmes
agro-forestiers sont les plus performants: les cultures
vivrières y ont des rendements supérieurs à ceux des
autres champs (tableau n070) .

461
Tableau n070: Rendements comparatifs des vivriers en
système agro-forestier (type 1) et en système de vivriers
associés (type 2: association à base de tubercules; type
3: association à base d'arachide)
Système Système vivriers
agro-forestier associés
Type 1 Type 2 Type 3
Nombre de
parcelles 113 82 72

Macabo 3 200 2 060 l 640 1-2:S 1-3:S 1-4:NS


Ignames 1 800 2 400 1 450 1-2:S 1-3:NS 1-4:S
Taro 2 540 1 920 1 100 1-2:NS 1-3:S 1-4:S
Mais 1 670 2 080 1 140 1-2 :NS 1-3:S 1-4:TS
Pomme de terre 1 100 1 740 1 530 1-2:S 1-3:NS 1-4 :NS
Haricots 230 330 290 1-2:NS 1-3:NS 1-4 :NS

TS z diffrence très significative (seuil 1%)


S différence significative (seuil 5%)
NS différence non significative

Sources: enquêtes DUCRET(G.), GRANGERET(I), 1985 à Bafou (Menoua)

Ainsi malgré une densité plus faible que dans les champs
à tubercules (tableau n071) , taro et macabo qui sont des
plantes d'ombre et exigeantes réussissent mieux dans les
systèmes agro-forestiers sous café.

Les avantages de ce systèmes agro-forestier résident


d'abord dans la protection du milieu qu'il assure. Or la
dégradation est d'autant plus à craindre que nous sommes
en contexte de pente et de climat agressif. La protection
haute qu'il représente pour le sol se double d'une
protection basse grace aux racines structurantes de toute
cette végétation. L'état physique du sol est bon. En
surface cela se manifeste par un horizon humique
(nombreuses feuilles en décomposition) et profond. Il
constitue un milieu riche apprécié des plantes. La
culture sur un billonnage perpendiculaire à la pente
achève de freiner le ruissellement de surface qui aurait
pu encore entraîner une érosion. C'est ainsi que malgré
un climat agressif, les phénomènes érosifs sont rarement
observés sous système agro-forestier. Il en résulte à la
462
fois une bonne production, une diminution des coûts
d'entretien de la fertilité et une augmentation de
l'efficacité des pratiques fertilisantes: travail du sol,
fumure, fertilisation minérale. On peut même se permettre
un apport d'azote peu fractionné.

Le système de bas-fond

Le nom de raphiale désigne le peuplement monospécifique


de raphia yinifera plantés dans les ruisseaux qui
sillonnent le pays bamiléké. Le classement parmi les
arbres de cette monocotylédone sans tigeS est surement
discutablement mais se fait généralement ainsi. Les
raphiales forment des bandes en bas-fond dont la largeur
varie de quelques dizaines à quelques centaines de
mètres. La zone hydromorphe située de part et d'autre de
la raphiale fait l'objet d'un mode d'exploitation
particulier directement lié à la permanence de
l'affleurement de la nappe phréatique. Il n'est pas
toujours possible de la mettre en culture en dehors de la
période de saison sèche. Les cultures sont semées sur des
billons réhaussés qui placent les racines au dessus de
l'horizon asphixique (voir figure n043). On y retrouve les
cultures qui apprécient les sols profonds et meubles
(taro, macabo) et celles très exigeantes en eau (légumes
africains, tomates, courges). Le classement du système de
bas-fond dans les systèmes agro-forestiers se justifie
par le fonctionnement étroitement dépendant des cultures
associées en lisière de la raphiale et la raphiale elle-
même. si la vitesse d'écoulement de l'eau ne se trouvait
plus ralentie par la présence des raphias qui occupent le
lit des ruisseaux, on observerait un abaissement de la
nappe phréatique. Celle-ci passerait en dessous du seuil
qui lui permet d'approvisionner constamment les cultures.

Plus exactement à tige courte.

463
Grâce à un billonnage adapté, elle sert de bac de réserve
dans lequel puisent les racines des plantes. Sans cet
approvisionnement et sans apport d'eau extérieur, ces
sols tourbeux et séchants qui représentent un excellent
support physique ne seraient plus cultivables. Des essais
d' arrachage des raphiales ont été tentés dans certains
secteurs afin de libérer des surfaces en bas-fonds pour
la production maraîchère. Mais, pour plusieurs raisons,
l'arrachage des raphias est complexe. Les agriculteurs
d'une exploitation n'ont pas systématiquement un droit
sur les raphias limitrophes de leur exploitation. De plus
il s'agit d'un travail particulièrement difficile qui
consiste à dessoucher ces arbres au système racinaire
fasciculé puissant. Enfin, il y a un préalable sacré à
l'arrachage des raphias, celui d'apaiser la colère des
dieux dont les "maisons" jalonnent la lisière de la
raphiale. Si l'on considère cet ensemble raphiale et
vivrier de bas-fond comme un tout ayant un fonctionnement
interdépendant, ils font cependant l'objet d'une
exploi tation bien séparée. L' exploi tation de la raphiale
consiste d'abord a en extraire une boisson appelée "vin
de palme,,6, obtenue par incision de la base du bourgeon
floral. A la suite de cette période de production unique
dans la vie de l'arbre 7 , on procède à un abattage
sélectif des suj ets ayant fini d'être "vignés". Pour les
cultures vivrières situées à proximité, les options
prises sont proches de ce que nous verrons en culture
associée de vivriers sans café. La différence essentielle
consiste à intercaler parfois un cycle de culture
maraîchères en pur (essentiellemnt tomates) dans la
succession du mode d'exploitation associé. Globalement

Sève élaborée que l'on fera fermenter pour donner


une boisson alcoolisée titrant environ 6°.

7 Plante monocarpique ayant une seule floraison à la


fin de son cycle de vie.

464
nous n'auront pas comme c'est le cas en maraîchage
d'altitude, les inconvénients d'un système de culture
pure. Il s'agit d'une diversification passagère des
cultures qui permet aussi par la réalisation de petites
ventes de ces produits sur le marché local de multiplier
les sources de revenus.

Le bois d'eucalyptus de sommet de colline

La mise en place de petits bois d'eucalyptus s'inscrivait


dans un des thèmes de vulgarisation lancé par le proj et
de développement intégré de la région (PDRPO). Ce projet
se proposait d'utiliser des terres jusque là mal ou peu
exploitées sachant que l'électrification du pays
engendrait une demande en poteaux électriques qui
s'ajoutait aux besoins habituels de perches pour la
construction des maisons (charpente). Comment s'est
développé cette intervention? Qu'en est-il resté? A-t-on
à travers elle optimisé l'utilisation du territoire? Les
écologies principalement visées par ces productions
étaient celles des sommets de collines aux pentes fortes
et aux sols érodés et peu épais. Comme souvent en matière
d'actions de développement, ce sont les hommes qui ont
été sollicités. Des plants ont été distribués et mis en
place par l'ensemble de la main d'oeuvre familiale
mobilisée pour le travail lourd de plantation. La
croissance des arbres ainsi plantés s'est faite sans
problème. Leur exploitation a été rapide et relativement
lucrative. Comment expliquer que de nombreux exploitants
n'aient pas renouvellé cette expérience?
Si les études conduites sur le sujet sont fiables (divers
recoupements conduisent à le penser) la marge brute
dégagée à l' hectare est forte, supérieure à ce qu'on
obtient en maraîchage. Pourtant, elle n'est pas
suffisante pour passer les obstacles notamment sociaux à
la diffusion de ce système de culture. Sur le plan du
travail, ce système de culture remet en cause un principe
465
fondamental dans cette agriculture selon lequel chaque
tâche accomplie est payée en retour par un prélèvement
sur la récolte. Quand les femmes travaillent le café,
c'est pour y implanter des vivriers qu'elles maîtrisent
entièrement. Or, il n'en est rien en sylviculture (ni en
. maraîchage comme nous le verrons). Le lourd travail de
trouaison accompli par les femmes et les enfants se fait
aux dépens d'une force de travail déjà comptée au départ.
L'effort qui a pu être consenti la première fois n'a pas
été payé en retour. Selon toute vraisemblance cela ne
peut pas se reproduire. Dans certaines exploitations on
constate que cette production d'eucalyptus qui a tant de
mal à se généraliser a pu se poursuivre, parfois grâce à
l'emploi d'une main d'oeuvre salariée. Les rentrées
monétaires engendrées ont été attractives mais la
tendance qu'on observe est celle du remplacement de
certains bons champs vivriers par des bois eucalyptus. En
tout état de cause plutôt que de conduire à une
augmentation globale du niveau d' extration on a mis en
concurrence l'eucalyptus avec d'autres systèmes de
cultures plus intensifs et donc on a abouti au résultat
inverse. Le souci de départ qui était de conduire à une
optimisation collective du territoire s'est transformé en
support d'intérêts privés aux dépens même de la sécurité
alimentaire. En plus cette production dont le seul gros
acheteur est la compagnie nationale d'électricité place
les exploitations dans une situation de dépendance qui
peut devenir défavorable pour elles. En fait, une des
meilleures façons de résoudre en partie tous ces
problèmes est sans doute le passage à une forme moins
forestière et plus agro-forestière de ce mode
d'exploitation. Il s'agit en fait d'arbres qui semblent
pouvoir être associés à d'autres espèces avec succès
pendant au moins la première phase de leur développement.
Dans les parcelles fertiles à sol profond, les cultures
associées seront tous les vivriers classiques. ,En sommet
de coll ine, l'ananas sera la cul ture la plus adaptée.
Aussi certains agriculteurs ont été obligés de remettre
466
en cause le mode d'exploitation initialement prévu pour
pouvoir introduire et faire accepter ce nouveau système
de culture. Sur le plan écologique, la meilleure
protection du sol par les cultures associées est le
deuxième avantage de cette formule.

VI,1S.B. Le système de cultures associées

Même si les espèces cultivées ont beaucoup changé dans la


région, l'association des cultures a toujours été le mode
d'exploitation dominant de l'agriculture régional. Les
multiples introductions d'espèces nouvelles ont permis de
diversifier les associations. La répartition inégalitaire
des terres entre les agriculteurs qui fixait pour
certains à un niveau faible la surface agricole
utilisable imposait en effet ce système d'intensification
de la terre par l'association des cultures. La
combinaison d'espèces cultivées, semées, désherbées au
même moment réduit l'utilisation de la force de travail
par unité de surface dans une région également
déficitaire en main d'oeuvre disponible pour
l'agriculture. La disposition alternée des cultures
appartenant à des familles très différentes crée un effet
incontestable de barrière mécanique contre la propagation
des maladies. C'est ainsi que sans traitement chimique,
les maladies sont quasiment absentes de ces systèmes de
culture. L'introduction de cultures réputées améliorantes
comme les légumineuses (fixation d'azote) et le mais
(effet structurant des racines) ont indiscutablement
contribué au maintien de ce mode d'exploitation
enrichissant pour la fertilité des sols.

Ces parcelles associés s'inscrivent comme le mode


d'exploitation agro-forestier dans une logique de
dispersion des risques. Le champ que l'on appelle de
tubercules porte les associations vivrières considérées
comme les plus riches et constituées de 8- espèces
467
cultivées en moyenne (planche n 0 22). Les plus fréquentes
de ces espèces ainsi que leur densité de plantation sont
données dans le tableau n 0 71. Il se caractérise par la
présence dans 3/4 des associations de taro et de macabo
plantés à une densité forte supérieure aux normes admises
en culture pure. Les ignames sont présentes dans presque
la moitié de ces associations. En produisant un peu de
tout on a peu de chance de se trouver face à un échec
total. Elles présentent également le double intérêt
social de faciliter l'organisation du travail (un travail
tardif de désherbage verra les haricots prendre la place
des arachides disparues) et d'assurer une certaine
autonomie des exploitations produisant tout ce dont elles
ont besoin. Ces avantages réunis allaient naturellement
être à la base de l'association du café aux vivriers déjà
présents, évi tant une rupture trop brutale avec ce mode
d'exploitation harmonieux avec l'organisation sociale.
Justifié socialement ce mode d'exploitation l'est aussi
au plan technique. Les résultats obtenus dans le domaine
de la production sont tout à fait satisfaisants (tableau
n 0 73) .

Le champ dit d'arachide portant une association


relativement plus simple que la précédente a un nombre
d'espèces qui reste toutefois élevé (planche 23). C'est
une association que l'on rencontre sur les sols en pente,
située en haut de pente ou à mi-pente, sur sol
caillouteux et peu épais. D'ailleurs ce champ qui doit
être épierré chaque année dernmande un lourd travail de
préparation du sol. Cela consiste à mettre en tas les
morceaux de latérite qui apparaissent à la surface du
sol. Si on qualifie cette association de pauvre, c'est
par comparaison à la précédente. Les densités de
plantation sont sensiblement plus faibles. Seule la pomme
de terre présente dans 70% de ce type de parcelle y est
plantée à plus forte densité que dans les associations
précédentes. Quoi qu'il en soit le Coefficient
d'Utilisation du Sol calculé sur la base des densités
468
Planche 22: Le champ associé de tubercules
Planc _ 23: Le champ associé d'arachi e
relatives des cultures est encore deux fois et demi plus
élevé qu'en culture pure. Si l'on se réfère au tableau
n073 sur les rendements par type d'association, on verra
que les ignames, le maïs et la pomme de terre donnent
leur meilleur rendement dans ce dernier type, en général
peu ombragé.

Concernant la conduite des associations vivrières sans


café, la cultivatrice est en général seule à prendre des
décisions. Ce sont des associations où se cotoyent
cultures rustiques (ignames, manioc) et cultures fragiles
(arachides, pomme de terre). On assure une production
minimale avec les prem~eres, on tente une production de
luxe, éventuellement vendue avec les deuxièmes. On
retrouve dans la pratique de la fertilisation minérale
qui a une longue tradition dans la région, cette double
fonction du champ. La fertilisation moyenne (260-130-130)
est destinée en priorité au maïs et parfois aussi à la
pomme de terre. D'après les agricul trices "le maïs
nourrit les enfants, la pomme de terre rapporte de
l'argent". Là encore, on retrouve cette conception en
deux temps avec un minimum garanti et un maximum espéré.
Ce maximum, les agricultrices pourront l'atteindre si
elles ont accès en temps voulu et en quantité suffisante
à des engrais pour leur champ. C'est rarement une donnée
qu'elles maîtrisent à la plantation. La configuration du
champ à deux niveaux s'inscrit dans un raisonnement de
gestion sous contrainte, dans lequel on se laisse sans
cesse la posssibilité d'extraire un maximum de production
du champ si l'opportunité de pouvoir le faire se
présente. C'est une façon de garder une grande souplesse
d'adaptation en fonction des circonstances.

La couverture végétale relativement peu dense des


associations à base d' arachide, impose au.x agricultrices
de soigner le travail du sol si elles veulent éviter une
forte érosion des sols. Si elle se produit l'érosion
accentue le lessivage et rend moins efficace toute
469
fertilisation chimique. Les précautions à prendre sont à
la mesure de la pente, de la texture plus ou moins
sableuse du sol et varient selon l'agressivité climatique
locale. Ce qui rend délicat le travail sur ces
associations c'est leur fréquence d'apparition dans les
secteurs granitiques où les sols ont une moins grande
stabilité structurale. Des signes d'érosion y sont donc
souvent observés. Erosion hydrique, érosion éolienne,
phénomènes de battance sont les manifestations les plus
fréquentes d'une dégradation qui entraine la diminution
de la fertilité agronomique puis celle de la fertilité
économique. Les agricultrices se sont rendues compte que
dans les champs les pl us exposés, de longues jachères
doivent s'intercaler entre les périodes de culture pour
conduire à un mode d' exploitation temporaire plus
supportable par ce type de sol. L'enfouissement de
grandes quantités de pailles à la reprise de jachère
facilite l'infiltration de l'eau et limite le
ruissellement de surface. Le sol est alors mieux préparé
à affronter les agressions climatiques. On assure ainsi
un maintien durable de sa structure. Mais enfouir
beaucoup de végétation au labour n'est pas une solution
miracle, l'excès de matière verte peut "souffler" le sol
et nuire à la réussite du semis ou être cause de
salissement excesif de la culture par une levée de
mauvaises herbes. Le IT'.ais peut également souffrir d'une
faim d'azote. Les effets érosifs et les inconvénients
agronomiques sont suffisamment importants en culture
continue pour jutifier un retour fréquent de cette
jachère dans les situations les plus exposées.
Aujourd'hui les agricultrices n'ont pas meilleure parade
et elles acceptent l'effet dépressif de la jachère sur la
production en première année de culture.

470
Tableau n071: Densité des cultures présentes dans les
systèmes vivriers associés du pays bamiléké: cas du cha~p
de tubercules

Cultures Fréquence Densités observées 1

1 (%) (pieds/ha)

Taro+Macabo 1 77 . 16 200
Maïs 85 29 400
Haricot 77 39 900
Ignames 44 4 800
Pommes de terre 57 12 000
Musacées 54 485
Arbres 27 39
Arbustes 51 252
Manioc 16 1 600
Autres culture (*) 41

Source: DUCRET (G.), GRANGERET (I.), 1986 Quel~es


aspects des systèmes de culture en pays bamiléké, p.10.
Enquêtes ayant porté sur 103 associations vivrières à
base de tubercules.
(*) ananas, courges, vernonia, café à très faile densité
(400 pieds/ha dans 11% des associations) arachides (36
000 pieds/ha en moyenne dans 12% des parcelles.

471
Tableau n072: Densité des cultures présentes dans les
systèmes vivriers associés du pays bamiléké: cas du champ
d'arachide

Cultures Fréquence Densités observées


1 ( %-) (pieds/hal

Arachide 1 100 177 000


Mais 86 26 000
Haricots 81 33 000
Pomme de terre 71 27 800
Taro+t<lacabo 46 9 600
Ignames 39 2 600
Musacées 31 177
Arbres 17 34
Arbustes 40 130
Manioc 12,5 3 500

Source: DUCRET (G.), GRANGERET (1.), 1986 Quelques


aspects des systèmes de culture en pays bamiléké, p .10.
Enquêtes ayant porté sur 96 associations vivrières à base
d'arachide.

472
Tableau n073: Rendeme~ts moye~s par c~l:ure dans les aSSOCla~lons vlvriè~~s.
Compa~aisc~ e~cre 1995 et 1993

:'9a5 1::33 U,," tés


Ma:s 1 600 1 4? ~ K~ /r~a d~ g::-ain s~c

Haricot 250 5J ~ . Kg/ha de grain sec


Arachid", 450 4~J ~. Kg/ha de gcuss~s sèches

Macabo 2 260 1 1l4è ". ,Kg/ha de tuber·:ules


Pomme de terre ,: : 1 75,; 2BO Kg/ha de tubercules
Igna:nes 2 080 950 Kg/ha de tub",rcules
Musacées (l) 6':0 Kg/ha de frui t.s

Sources: DUCRET (G.). GRANGERET Ir.). :'985- er.""êtes effectuées' .! Eafou


(ch",fferie du plateau basaltique) sur 313 parcelles. er.quête déclarative
Projet: ADOe, 1993 - e~~...iêt~s pcr:ant sùr. 20 pa.~celles rép.ar~i-es sur 3
chefferies Baleveng (plateau basalti~>e). Fckoué (plateau gra"itiq>e) et aalacchi
(Pié:nor.tl, rend~:nents mes'..1rés par l~s ag~ic'llt.rices, a:..;. f~r et. .! rr,eSl.1re d~s
:-écoltes.
(l) rendements non mes'n'és en 1985

Les différences observées entre' les deux enquêtes ont


plusieurs types d'explication: Bafou, là où a été
effectuée l'enquête de 1985 est une chefferie plus
fertile que la moyenne de la r é g i o n ; - ' ,
La pomme de térr:e:' qui es t devenue à
Bafou une véritable culture' marchande y est
particulièrement soignée;
- La diminution du rendement de cultures
comme le macabo ou l'igname est ,a... attribué à
régression de la fertilisation,
. '". .
notalllfl.lent· sur
la
les
,
caféières. Depuis 1985 le prix des engrais a fortement
augmenté ( de 1 700 FCFA le sac à 8 000 FCFA) et leur
utilisation a diminué dans une grande proportion.
Les sols évolués sur basalte (comme à Bafou) ont une
bien meilleure stabilité structurale. Les dégradations
écologiques que pourrait entraîner la culture continue
n'y sont pas assez graves pour imposer aux agricultrices
des pér iodes de jachère longues et fréquentes. Nême si
les rendements des cultures marquent un fléchissement
très net, surtout avec le retrait de la fertilisation
chimique, le danger n'est certainement pas évident aux
ye1.Lx des agricultrices. Ainsi la culture vivrière
associée qui apparaît comme U"'-l systèrr.e stable et viable
473
lorsqu'on y intègre la jachère et le renouvellement des
stocks minéraux grace à la fertilisation chimique voit sa
fertilité agronomique remise en cause à terme par
l'évolution de ces pratiques culturales. La:, bonne
stabilité struèturale des~sols évolués'sur basaltè'masque
" , . ' - "
, " ". " ~
,

encore les dégradations ,qui .. ne, . peuvent " manquer'? de se


Droduire sur,. le long terme- dans le" ca~ 'd UIle ~ulture
l
1

~ontinue .: .. Da~~' 'un" premIéi-,' temps, le maintien d'une


structure du sol favorable se traduit Dar un surcroît de
travail de préparati"on.Il est probabie qu'en l'~bsence
de jachère, 'la lente dégradation' du stock organi~e se
double d'une' moins grande efficacité' de la'fumure
minérale malgré la diversité des systèmes racinaires
présents dans ces associations.
,-
.:.. t;-"'~
A

"'
) ..' ..- ~ -.>",:...
,
VI.1S.C. Le système pure
f '
•.1- .~... . i . ",-.
t ....'! ~ ., .Y""..~
',',' -, t'"··,'
Le maraîchage d'altitude
, ;

Le mode d'exploitation
.'. .
maraîcher de la,:, zone
..... 1
'd'altitude
. ~

(piémont des Nonts.Bamboutos) de la régibn.est,un exemple


évident o~ -/îi.~rel~Eive ré~ssitE:,.~conoQ1'f~è;~·s~Jfait aux
dépens de ,~a' fertilité
~. If,
agronomi~le~ Cette
.,
ancienne
réserve foncière des chefferies limitrophes est depuis
une trentaine d'années devenue progressivement une zone
de cultures maraîchères. Les exploitants plus ou moins
spécialisés possèdent là de grandes parcelles
monospécifiques de maraîchage de plein champ: du chou
vert surtout mais aussi de la pomme de terre, du poireau,
de la tomate, de la salade, des oignons, de l'ail plus
haut en altitude (planche n024). De temps en temps un
cycle de cultures vivrières associées conduites par les
femmes vient rompre la monotonie de la rotation
maraîchère.

474
On retrouve dans ce mode d'exploitation des
particularités propres à toutes les cultures maraîchères:
-Les variétés sont pour la plupart sélectionnées,
importées, renouvelées chaque année;
-Elles sont conduites en culture monospécifique,
selon des normes de plantation européennes;
-L'appui de système d'irrigation permet des
productions en contre-saison;
-Les intrants sont utilisés en quantités massives B •
On apporte des engrais à des doses de plusieurs centaines
d'unités d'azote à l'hectare. Les pesticides font l'objet
d'applications répétées (10 à 20 traitements par cycle,
en moyenne) 9 •

Les cul tures maraîchères de la région ont fai t


l'objet d'une étude spécifique: OPERATION BAFOU, 1988
Enquête sur les rendements des cultures maraîchères,
Dschang, CUDS/ Opération Bafou, 25p. multigr.
Elle nous donne les chiffres suivants:

Apports d'unité
fertilisantes
(Kg/ha)
N P205 K20
sur chou 715 326 326
sur pomme de terre 546 241 241

Nous avons encadré deux mémoires d'étudiant sur ce


thème:
NANA DJAFAROU, 1989 - Protection des cultures maraîchères
contre les ravageurs oinsectes dans la zone du piémont de
Bafou (Dschang) : problèmes et propositions
d'amélioration, Dschang, mémoire de fin d'études ITA
/CÙDS, 50p. multigr.
EDJO ELLA (A.) " op. ci t.

475
-Le travail salarié y est courant pour les tâches
de défrichement, labour et sarclage. Le labour,
contrairement au travail du sol courant est réalisé à
plat et au trident. Seul les travaux délicats de taille
de la tomate, traitement sont fait par l'agriculteur.
-les hommes sont fortement impliqués dans ces
cultures destinées à la vente. Toutes les femmes ne sont
pas concernées.

Ce nouveau mode d'exploitation n'est pas sans


conséquences sur la fertilité des sols. Les façons
culturales de restitution organique par écobuage sont
généralement abandonnées. Elles sont trop longues à
réaliser et relèvent d'un savoir-faire que les hommes qui
travaillent ces champs ne maîtrisent pas souvent. Elles
ont été remplacées par le brûlis en plein, plus rapide et
plus facile. Il serait tout à fait possible de restituer
les pertes organiques par un apport de compost. Ce n'est
pas la végétation qui manque pour le faire. Hais le
compostage recommandé par la vulgarisation est jugé trop
exigeant en main d'oeuvre et n'a jamais dépassé le stade
de quelques essais sporadiques. A cela s'ajoute une
accélération du rythme des ponctions réalisées sur le
sol. Presque trois cycles de culture se succèdent sur
l'année sur une même sole. Le passage du labour en
billons à un labour à plat réputé plus moderne entraîne
une forte aggravation des processus érosifs. Ceux-ci sont
accentués par une irrigation de surface qui suit un
réseau de rigoles mal contrôlé quand il s'agit de limiter
les dégâts érosif s . La cul ture monospécifique maraîchère
favorise le développement des maladies. En maraîchage les
jachères n'existent plus guère et on n'est pas rodé à la
pratique de la rotation. Les ravageurs en profitent. De
plus, on voit souvent de grossières erreurs d'aménagement
faire se côtoyer les jeunes pépinières indemnes avec des
champs en cours de récolte et infestés. Les traitements
chimiques ont remplacé l'effet de barrière mécanique qui
s'oppose à la progression parasitaire - en cultures
476
associées. Bien que nombreux (NANA-DJAFAROU, 1989, p. 30-
36), ils sont parfois impuissants à enrayer seuls la
propagation des maladies ou parasites. On verra des
champs de choux abandonnés à Plutella xylostella ou des
pommes de terre laissées à la voracité d'Agrotis ypsilon.
Leurs larves (chenilles) redoutables peuvent anéantir une
production. Jachère et rotation ne sont pas qu'un élément
indispensable de la lutte contre les ravageurs. Elles
servent à la restitution naturelle de la fertilité et à
la régulation des prélèvements nutritifs des. légumes. On
recommande d'alterner des plantes épuisantes conune les
légumes-feuilles avec celles qui le sont moins. Une
planche de 10m 2 peut donner 25 Kg de feuilles en 4 à 6
semaines en utilisant 125 g de N, 25g de P205, 290g de
K20, 75g de Ca, 40g de MgO. On conseille aussi de
favoriser la succession des cultures à systèmes
racinaires différents qui puiseront dans des couches de
sol variées. On préconise l'intégration de légumineuses
enrichissantes pour le sol. Le non suivi de toutes ces
reconunandations sont autant d'effets négatifs pour le
bilan humique jamais véritablement compensés par les
pratiques culturales.

L'absence de restitutions organiques suffisantes entraîne


des phénomènes classiques de dégradation du sol. Ces
cul tures pures laissent le sol longtemps dénudé, trop
brièvement protégé par une végétation dense. Il est donc
exposé à l'érosion qui peut être intense en cas de forte
pente et d'irrigation. On voit souvent des altérations de
l'état structural du sol, surtout dans les espaces à
recouvrement limoneux sujets au phénomène de battance. si
l'on n' y prend garde l' éta t du sol peut évoluer très
rapidement et accuser des détériorations quasi-
irréversibles. La maîtrise de la dynamique de l'eau comme
celle du bilan humique est pourtant indispensable au
maintien de bonnes conditions de croissance pour les
végétaux. Par ailleurs, les apports excessifs d'engrais
chimiques entraînent vraisemblablement des pollutions de
477
la nappe phréatique. Mais aucune étude sur le sujet n'a
jamais été conduite jusqu'à maintenant. Les rotations
insuffisamment diversifiées contribuent au maintien des
stocks parasitaires dans le sol et favorisent les
maladies et les résistances. Ces cul tures ne sont plus
possibles qu'à grand renfort de produits phytosanitaires
qui contribuent à la pollution des nappes. Cette
pollution est renforcée par l'utilisation de produits
toxiques parmi les plus dangereux. Interdits en Europe,
des produits aussi dangereux que le DDT se retrouvent sur
le marché camerounais et sont utilisés en maraîchage.
Enfin la difficulté de trouver de la main d'oeuvre
salariée à un bon prix conduit parfois au report des
travaux de labour sur des périodes très pluvieuses. Ces
conditions défavorables de travail du sol engendrent des
dégradations agronomiques, lissages et semelles de
labour. Malheureusement ces dégradations physiques des
sols et les diverses pollutions ne trouvent guère d'échos
auprès des agriculteurs et des encadreurs qui occultent
ces problèmes par la bonne performance économique de ce
mode d'exploitation. Les manifestations les plus
courantes de ces dégradations sont le plafonnement des
rendements des cultures, parfois l'annulation pure et
simple d'une récolte, la baisse d'efficacité des engrais
chimiques, les difficultés à contenir certaines
infestations parasitaires, les pertes de sol par érosion.
Donc, à terme c'est aussi la fertilité économique qui
devrai t être remise en cause. L' absence d'une formation
technique spécialisée des producteurs et surtout le
manque de référence à d'autres modes d'exploitation,
puisqu'il s'agit d' homme qui ne cul ti vent pas d'autres
champs, a sans doute contribué à aggraver ces erreurs
agronomiques. Le mode d'exploitation maraîcher ne reprend
rien des principes de production des autres modes
d'exploitation empiriquement construits au cours des
générations. C'est ainsi qu'on a abandonné le maintien
d'une couverture végétale dense et permanente pour
protéger le sol ou encore le calage des travaux du sol

478
sur les meilleures périodes. Les résultats
catastrophiques enregistrés par quelques uns ont
contribué à une redécouverte de ces principes. La prise
en compte de l'effet protecteur de l'association des
cultures apparaît lorsqu'un maraîcher réintroduit un
cycle de vivriers associés conduit par les femmes dans sa
rotation. On n'a pas encore franchi le pas de
l'association de cultures maraîchères qui existe pourtant
en Europe.

Le maraîchage de bas-fond

Autrefois les bas-fonds n'étaient pas considérés comme


des espaces particulièrement dotés par la nature. Leur
sol hydromorphe même s'il est épais et riche en matière
organique les réservait à la plantation de raphias,
toutes les autres cultures étant exclues. Une autre forme
de mise en culture de ces sols a commencé avec le
lancement d'un volet "di versification des ressources des
exploitations agricoles" dans le cadre du projet de
développement intégré conduit sur la région. De gros
travaux ont été engagés pour arracher les raphias qui
occupaient ces zones, drainer les sols pour abaisser le
niveau de la nappe phréatique affleurante et souvent
installer un réseau d'irrigation parce que la nappe était
trop basse après drainage. Les difficultés rencontrées
actuellemnt par les producteurs installés sur ces bas-
fonds concernent d'abord le maintien de la fertilité
chimique. L'hypothèse la plus vraisemblable concernant le
déclin de certains produits proviendrait de toxicités
aluminiques ou manganiques. Les apports répétés d'engrais
sous forme de sulfate d' ammoniaque couramment utilisé a
accentué l'acidité naturelle des sols rendant possible
ces toxicités. Le deuxième aspect relatif à leur
fertilité économique est lié au problème d'évacuation des
produits. Conscients du danger que fait peser la
479
production massive d'un seul produit (du chou) par tout
le monde et en même temps, les producteurs se sont
résolus à diversifier leurs cultures. La mauvaise
maitrîse de l'eau, les inondations périodiques rendent
diff icile la cul ture de pomme de terre ou d'oignon (qui
pourissent) et les conditions de vente éliminent les
cultures très fragiles corrune la salade ou la tomate. La
diversification la plus courante a été obtenue avec des
vivriers. Ce fût possible car ces champs attribués par
petites portions aux producteurs riverains sont des
champs d'appoint. Ce changement ne remet donc pas en
cause l'équilibre monétaires des ménages concernés. Mais
la question reste posée de la justification de tels
aménagements pour cultiver du maïs abondant par ailleurs.
limitent le choix des cultures maraîchères,

480
CHAPITRE 19

Les déterminants sociaux des différences


gestion agronomique

Toutes les exploitations ne se ressemblent pas, certaines


ayant des modes de productions plutôt dégradants alors
que d'autres s'en sortent mieux pour combiner rentabilité
économique et fertilité agronomique. Un certain nombre de
fonctionnements sociaux sont, à notre avis, à la base de
ces variations expliquant la mise en place soit de cycles
de dégradation de la fertilité soit au contraire
d'avantages cumulés favorables à son renouvellement. Nous
expliquons ici quelques uns de ces enchaînement qui
pourraient être mis en parallèle avec une typologie des
exploitations (voir annexe 3) .

VI.19.A. L'accès au foncier

Dans la société traditionnelle bamiléké comme dans


de nombreuses sociétés africaines, l'accès à la terre
n'est pas une relation directe mais se fait plutôt par
l'intermédiaire d'un individu ou d'un groupe (chef,
communauté, famille) détenteur de droits sur le
territoire. Il est coutume d'obtenir une terre à cultiver
d'un chef ou de tout autre individu en échange d'une
sorte de pouvoir symbolique qu'on lui reconnaît. La terre
échangée n'est pas propriété de celui qui cultive mais
simplement appropriée momentanément par lui. C'est, selon
GRUENAIS (1986, p.290) une sorte d'échange à travers
lequel il y a reconnaissance d'une autorité sur la
portion d'espace échangé.
Ce sys tème tradi tionnel semble bien, comme le rapporte
CROUSSE (1991, p.154), avoir, jusqu'à une date récente,
intégré avec succès l'aspect environnement. Même si les
bouleversements économiques, politiques et démographiques
481
rendent inopérants certains mécanismes régulateurs
utilisés antan comme la jachère.

La situation contemporaine en matière de pratiques


foncières est beaucoup plus polymorphe. Nous sommes
aujourd r hui à mi-chemin entre des formes communautaires
d'appropriation et des modes capitalistes d'affectation
(vente, location). L'individualisation a progressé et
s'est accompagnée d'une plus grande maîtrise de la terre.
L'introduction de cultures marchandes est à l'origine de
ces modifications. La pression démographique et le besoin
de sécuriser la production en augmentant la productivité
de la terre a fait évoluer la conception de l'espace, vu
désormais aussi comme un capital à exploiter et à
rentabiliser. Dans les projets de développement, la
préoccupation de Ir environnement n'a pas toujours figuré
comme une priorité. Le système maraîcher en est une bonne
illustration. Les effets positifs que l'on pouvait
attendre de l'appropriation de l'espace, de son
intensification et de la diversification des produits se
sont parfois terminés par des déséquilibres écologiques
préjudiciables au développement lui-même. Nous avons vu
qu'on ne peut guère se prononcer sur la viabili té d'un
mode d'exploitation sans analyser, de façon intégrée,
l'ensemble de la gestion du foncier, de l'organisation du
travail et de la protection de l'environnement. Que
penser de ces évolutions en terme de viabilité des modes
d'exploitation qui nous préoccupent particulièrement?

Le système traditionnel: différents types d'accès à


l'espace et d'environnement agronomique

Dans notre zone d'étude, l'ensemble des terres d'un


village est sous l'autorité traditionnelle de son chef
détenteur de droits sur le territoire de la chefferie.
C'est en référence à cette coutume que le terme de
"concession" est utilisé· - pour désigner les terres
482
utilisables par UL~e famille aussi bien que la maison
d'habitation. D~~s la logique traditionnelle,
l'appropriation de la terre s'inscrivait, comme la
production, dans une périodicité qui ne dépasse pas
l'année. Mais l'introduction de cultures pérennes comme
le café est venue bousculer les traditions et renforcer
le caractère permanent de cette attribution des terres.
Ainsi, bien que la quasi-totalité des exploitations ne
possèdent aucun titre foncier, celles-ci se sentent
propriétaires de la concession faite initialement par le
chef. Il ne viendrait à l'idée de personne, auj ourd' hui,
de contester cette propriété. L'introduction du café a,
donc facilité l'artificialisation du milieu.
Le pouvoir symbolique du chef sur les terres se réduit à
un territoire non affecté de la chefferie (quand il
existe encore) qui correspond à ce qu'on appelle la
réserve foncière. Ces terres concédées par la chefferie
ne mettent plus en j eu des surfaces très importantes.
Mais ces attributions existent toujours. D'après nos
observations, 25% des exploitations enquêtées auraient,
en 1992, reçu des attributions coutumières venant d'une
chefferie.

Au niveau de l'exploitation a lieu un important jeu


d'échanges de terre. La quasi-totalité des chefs de
famille procède à des distributions de lots de culture.
Seulement 2% des exploitations ne seraient pas concernées
par ces échanges lo . Ces attributions, pour près des 2/3
des exploitations peuvent être faites à des membres
extérieurs à la famille nucléaire. Plus de quatre droits
de culture, en moyenne, par exploitation sont attribués
en dehors de la famille restreinte. Dans la majorité des

10
Mais la possibilité de d' offrir UL~ droit de
culture varie considérablement d'un secteur à l'autre. Il
y a d'ores et déjà des zones où cela devient impossible
faute de terres en quantité suffisante. l'exploitation.

483
cas, ces droits de culture vont, en priorité à des femmes
de la famille élargie. Ainsi près des 2/3 des
exploitations n' ont sur leurs terres que des membres de
leur famille élargie. On peut s'étonner de voir que 15%
des exploitations ont, exclusivement, attribué des droits
à des personnes extérieures à la famille. Cette
préférence pour des personnes sans lien de parenté peut
s'expliquer par une plus grande facilité de reprise des
droits. Un tiers des chefs de famille pense que la
reprise d'un droit de culture est difficile, surtout
lorsqu'il s'agit de la famille. L'obligation sociale de
répondre à des demandes d'assistance est la raison
invoquée par 54% des exploitants pour la cession de
droits de culture. Selon eux, la durée de concession du
droit ne serait pas fonction du bénéficiaire. Ces droits
d'une durée rarement inférieure à un an, s'il n'y pas
d'événement majeur dans l'exploitation (succession,
expropriation), sont reconduits tacitement chaque année.
C'est la survivance d'une coutume qui permet à certains
groupes sociaux de continuer à cultiver alors que la
terre est une ressource dont ils ne disposent plus en
suffisance.

Les différents statuts fonciers attachés au type


d'attribution vont correspondre chacun à une pratique
agronomique. Mais globalement l'environnement agronomique
qui découle du système de distribution traditionnel est
favorable au maintien de la fertilité physique. Ce
système qui donne à chacun une surface limitée en
fonction de sa force de travail a un effet positif
incontestable de pousser à l'intensification des
surfaces. On peut toutefois faire une gradation de
l'environnement agronomique en fonction des garanties
qu'on a sur la pérenni té du droit, sur la sécuri té de
récolter et indépendamment des potentialités pédologiques
des sols:

484
-le droit de culture attribué par le
chef sur les réserves de la chefferie Remis en cause
annuellement dans les régions les plus peuplées du coeur
du plateau bamiléké, il ne favorise pas l'installation
d'associations végétales très sophistiquées.
L'accroissement démographique rend de moins en moins
fréquent ce type d'attribution.

-le droit de culture obtenu chez un


voisin Si le voisin est mieux doté en terres que soi-
même, sans problème foncier particulier, il est courant
en tant que voisine de lui demander l'octroi d'une
portion à cultiver. La portion ainsi cédée peut être plus
ou moins éloignée de la concession de l' agricul trice.
D'une façon générale l' agricul trice reste très discrète
sur une concession qui n'est pas la sienne. Les cultures
implantées sont à cycle court et récoltées en un minimum
de fois. L'association qu'on y implante sera le plus
souvent de type binaire, mais + haricots quelle que soit
l'aptitude culturale du sol. Aucun investissement coûteux
en semences telles les semences de pomme de terre ou en
engrais n'est fait.

- le droit de culture obtenu chez son


~ Il concerne des terres appartenant au père mais non
cultivées par sa propre mère. Il n'est pas automatique
mais dépend des ressources en terre de la concession
familiale. Les enfants d'une première épouse ont plus de
chances d'obtenir un tel droit. Au moment d'une
succession, il peut être dénoncé par le successeur ou
nouveau "père" de la famille. Sa pérennité va dépendre de
la pression de nouvelles demandes émanant d'ayants-droit
nouveaux puisque toutes les "femmes" de l'exploitation,
épouses, filles ou belle- filles de la famille et de la
belle-famille peuvent prétendre à un droit de culture
chez le "père". C'est un droit qui n'est pas cessible à
sa fille. ou à son fils mais qui reste attaché à la
485
concession initiale. La complexité de l'association qu'on
y implante va dépendre à la fois de la proximité du champ
par rapport à l'exploitation du mari et des relations
qu'on entretient avec les femmes de la concession du
"père".

-le droit de culture chez son mari. Il


est systématique. Sa surface dépend de la surface
agricole totale dont dispose le mari et du nombre des
femmes susceptibles de cultiver sur la concession
(épouses, mère, soeurs etc.). Dans le cas d'un d'un chef
de ménage monogame non héritier et donc libéré
d'obligations sociales, le droit de culture peut
recouvrir la totalité de la surface d'une exploitation.
Seuls, quelques lots affectés à une soeur, une belle-
soeur ou une voisine peuvent en réduire l'étendue. Dans
une grande concession d'un héritier polygame, les droits
de cultures distribués peuvent, par contre, être nombreux
segmentant la surface à l'extrême. En moyenne, chaque
femme dispose d'une surface d'environ 0,3-0,4 ha à
cultiver. Souvent la surface attribuée à chacune est
morcelée en plusieurs lots répartis sur l'ensemble de la
concession de façon à partager relativement équitablement
les différents types de sols et situations: sous café ou
non, près ou loin de la concession. Pour chacune des
épouses ces lots sur la concession de leur mari
constituent des champs alimentaires de premier plan. Ils
portent sur un nombre élevé de cultures, le choix des
espèces pouvant varier selon la situation d'ombrage. Plus
le champ est proche de la case, plus il sera touffu et
comportera une grande variété de cultures mélangées.
C' est dans ces champs que l'on déverse les différents
déchets ménagers qui leur confèrent parfois une fertilité
pédologique exceptionnelle (FEREMANS, 1995, p.8?).
Lorsque la femme dispose d'engrais, elle fertilise le
maïs de ces champs en. priorité. .Sous la caféière
principale de l'exploitation, les' associations sont
dominées. par les tubercules qui profitent des apports en
486
fumier de l'élevage de l'exploitation. A l'époque où
l'utilisation d'engrais était systématique pour les
caféières, le champ vivrier sous café prospérait
d'autant. Bénéficiant de soins particuliers, ces champs
ont une productivité souvent inégalée. Le sur-rendement
obtenu grâce à l'association complexe de cultures peut
atteindre 3 à 4 fois le rendement d'un champ en culture
pure.

-le droit de culture chez sa propre


~. Bien qu'il offre la plus grande sécurité en terme
de pérennité, sa mise en valeur va dépendre de
l'éloignement par rapport à la concession mari tale. Les
femmes sont souvent prêtes à parcourir plusieurs dizaines
de kilomètres pour le mettre en culture quand un problème
grace se pose dans l'exploitation de leur mari. Il est
cessible aux enfants, contrairement à celui qui a été
attribué chez le père. La sophistication de l'association
diffère sensiblement en fonction de l'éloignement mais
ils sont les seuls champs à pouvoir être laissés en
jachère, avec les précédents, sans menace de retrait.

-Le droit de culture dans le champ dit


de l'homme.C'est un champ, travaillé de façon
communautaire, par l'ensemble des femmes d'une concession
est, en théorie, pour l'alimentation de toute la famille
en cas de soudure difficile. Souvent, il est considéré
comme un devoir de le cultiver, ce que les femmes
accomplissent à contrecoeur. En pratique, la récolte est
à la disposition de l'homme qui peut décider de la vendre
en totalité. Cultivé plus ou rr~ins sous contrainte, c'est
un champ peu soigné, simplifié en ce qui concerne le
nombre de cultures. Pour cette raison, bien qu'étant de
bonne fertilité agronomique puisqu'il est souvent en
jachère de longue durée, sa productivité est rarement
excellente. Pour toutes ces raisons c'est un champ en
voie de disparition.

487
Le système moderne d'appropriation: l'achat de terre

-Les cha~s de femmes en propriété.


Quelquefois, l r agricultrice possède en propre des champs
qu'elle a acheté et qu'elle met elle-même en valeur. Ces
terres, libérées de toute tutelle extérieure, ont le plus
souvent été aménagées en caféière. Lorsque ces lots
achetés par des femmes se si tuent à la périphérie du
plateau bamiléké (plaine des M'bos, plaine du Noun), ils
sont cultivés de façon plus ou moins extensive, par
périodes bloquées sur l'année. Si par chance, ils se
trouvent à proximité de la concession familiale, ils
reçoivent une grande partie des engrais dont la femme
dispose. il a alors au contraire une conduite intensive
fondée sur l'implantation de café et de nombreux vivriers
qu on lui associe. Ainsi, il devient le champ le plus
1

intensif de la concession, au détriment d'autres champs


éventuellement.

- Les champs d' homme en propriété. Nous


devons faire une catégorie bien à part de ces champs
achetés par des hommes. Ils correspondent à un mouvement
d'appropriation en grand qui s'est produit dans la zone
d'altitude. Phénomène qui a démarré il y a une trentaine
d'années et qui a transformé l'agriculture. Il a permis
la constitution de grandes exploitations parfois
entièrement sur la base d'achats. Cela a contribué à
faire adopter des systèmes de culture simplifiés par
rapport à ce qui se faisait habituellement. Ils sont à
l'origine de la constitution de la zone maraîchère
d'altitude. A travers ce nouveau type d'accès à la terre,
on semble voir l'expression d' une contradiction évidente
entre grandes surfaces et intensification. La dispersion
des terres acquises par achat occasionne de nombreux
problèmes de portage pour les travaux agricoles. Mais ce
488
qui semble le plus marquant dans ce mode d'acquisition,
ce sont les effets agronomiques pervers qu'il a engendré.
La disproportion entre la force de travail disponible et
les surfaces cultivées conduit l'agriculteur à un travail
moins soigné des champs fondé en grande partie sur un
travail salarié. Dans le même temps, les problèmes de
main d'oeuvre et le recours au travail salarié rendent
impossibles des interventions agricoles à des dates
optimum. On est souvent amener à faire correspondre les
travaux de préparation du sol avec des périodes scolaires
où la main d'oeuvre est moins chère (travail des
enfants) .
Les hommes totalement mobilisés pour la culture des
champs maraîchers n'ont pas de temps pour les productions
animales qui ont disparu de ces exploitations. Les
restitutions organiques sont donc compromises. En
minimisant les restitutions organiques, on contribue à
une dégradation des sols qui se manifeste par une
mauvaise utilisation de l'eau et un rendement faible de
la fumure minérale (lessivage des engrais) . Des
investissements coûteux et appelés à durer comme
l'irrigation ne sont possibles que parce que cette
appropriation est réelle. Ils diminuent la rentabilité
immédiate et limitent les investissements qu'on
pourraient faire pour l'entretien de la fertilité
agronomique. Le paysage de cette zone ne laisse voir ni
haies vives ni rideaux d'arbres qui protègeraient les
sols contre l'érosion hydrique et éolienne. Sous la
responsabilité en temps normal des hommes, ces activités
sont abandonnées. On n'a pas de temps à consacrer à ces
travaux jugés secondaires. Pourtant il semble qu'en temps
que protection des sols vis à vis des vents, ces haies
soient des éléments d'accompagnement fort utiles au
maintien de la fertilité.

Les variations dans le mode d'accès à la terre se


traduisent par des façons différentes de penser l'espace.
489
Chaque mode d'accès va conduire à une pratique plus ou
moins soignée d'entretien de la fertilité. Les facteurs
de maintien ou de dégradations de la fertilité,
complexité de l'association, restitution organique,
fumure minérale, haies entraine des différences de
production importantes. Il Y a donc bien une liaison
forte entre l'accès au foncier et la gestion agronomique
qu'il engendre. Les caractéristiques du champ l'emportent
sur ses aptitudes culturales supposées pour fixer son
niveau d'intensification et de productivité. Le phénomène
récent d'achat de propriétés individuelles est donc un
événement agricole. Il va bien au-delà d'une augmentation
simple de la surface cultivée. Ce nouveau mode d'accès à
la terre, indépendamment des prérogatives des chefs de
terre habituels, est une toute nouvelle approche: pour
les cadets sociaux elle est le préalable à l'emploi
d'instruments de production telle que la fertilisation
chimique. Pour les aînés elle conduit plutôt a des effets
agronomiques pervers comme ceux observés en maraîchage.

VI.19.B. La condition pd vilégiée du


successeur

La situation de "successeur" pour un chef d'exploitation


se traduit concrètement par une augmentation importante
de la Surface Agricole Utilisable en comparaison de celui
qui ne l'est pas. Ce qui nous parait plus essentiel
encore c'est que cette superficie importante se double
d'un main d'oeuvre familiale tout aussi importante. Ainsi
quand l' héritier successeur arrive à la tête de
l'exploitation de son père, il reprend en bloc les terres
et toutes les personnes attachées à celles-ci: les
épouses de son père, les dépendants et autres personnes
ayant un droit de culture sur les terres. Il réunit de
cette façon un effectif de travailleurs suffisant pour
avoir un mode d'exploitation intensif. L'accroissement
des surfaces qui résulte de cette qualité de successeur
490
ne s'accompagne pas d'un processus d'extensification. Ces
exploitations combinent généralement un ensemble de
systèmes de cultures de type moderne (:naraîchage,
fruitiers, eucalyptus), de relativement fortes
fertilisations minérales qu'ils obtiennent notamment
grace au café qui leur en donne l'accès et un élevage
porcin conduit en enclos et à partir duquel ils procèdent
périodiquement à des restitutions organiques. Libéré au
moins en partie des travaux de culture, ce chef
d' exploi ta tion prend en charge l'entretien de ses haies
et la réparation de ses clôtures. Sur des exploitations
d'une superficie équivalente constituée à base d'achat et
qui ne sont pas par la force des choses dotées d'un
capital humain équivalent, on constate qu'un tel système
de production est impossible à maintenir. La diversité
des activités des exploitations de successeurs engendre
une augmentation de leurs revenus et surtout une plus
grande rusticité face aux fluctuations de l'environnement
économique. Ces revenus, synomimes de pouvoir d'achat
rejaillissent sur les possibilités d'achat d'engrais et
donc sur l'entretien de la fertilité. Ils peuvent
également conduire à l'achat de terres. A mesure que se
déroule ce fonctionnement, l'opportunité d'agrandir le
patrimoine se présente. La position dominante de ces
exploi tations se consolide. C'est ce fonctioI"'.nement que
nous avons schématisé à la figure nOSO.

491
Figure nOSO: Répercussions en chaîne découlant de la
condition de successeur

Successeur
1

1
grandes surfaces

~evenus-·-> achac de cerre


surfaces importances---> pl~sieur5

1
él~vage--->fientes \
épouses

~d~ve~sifi=ati0n-->+bcns revenus plusieurs épouses--> ~ain-dloeuvre


3=ondance

\ main-d'oeuvre---> élevage
eC possibilicé de diversif~cacion
surface

Dans ce type de d'exploitation où le capital humain


notamment est important en comparaison des surfaces
exploitées, la fertilité agronomique prime sur la
fertilité économique. Mais dans la mesure où
l'amélioration de la fertilité agronomique se traduit par
th~ investissement et donc une diminution de la
rentabilité à court terme au profit du long terme, elle
n'est accessible que si l'agriculteur à une marge de
manoeuvre financière suffisante. Cet équilibre et
précaire et peut rapidement s'inverser en cas de
problèmes familiaux importants (maladies graves, besoins
scolaires importants) ou de perturbations économiques de
grande ampleur (voir la chute des cours du café). La
situation financière de Ir exploitation se dégradant, on
optera pour un mode d'exploitation dont l'intérêt
économique de court terme s'obtient au détriment de la
fertilité du sol. Se met alors en place un système de
pratiques dégradantes pour la fertilité des sols et donc
~~e perte de viabilité des modes d'exploitation. C'est un
type de fonctionnement que l'on observe souvent dans les
492
exploitations en fin de carr1ere de chefs d'exploitation
qui n'ont, eux, pas de successeurs.

VI.19.C. Le statut défavorable des femmes

Le problème de la dégradation de la fertilité agronomique


observée dans les exploitations tenues par des femmes n'a
pas les mêmes origines. Ici, c' es~ leur place dans un
édifice social hiérarchique structuré qui leur est
défavorable qui est problématique. Elles y sont en
situation de groupe dominé par tous les autres. Le
développemnt de productions commerciales comme le café et
même le maraîchage a renforcé ce rapport de domination
qui découle de la structure sociale. Dans la di vision
sexuelle des tâches, la fonction unique qui leur est
confié est celle de nourrir les enfants. Elles ont un
rôle essentiel dans l'autosubsistance alimentaire.
Traditionnellement peu en contact avec l'extérieur, elles
se trouvent en position difficile dans les conditions
nouvelles de chef d'exploitation souvent à la suite du
décès de leur mari. Compétentes pour tout ce qui concerne
le travail des champs et notamment l'application des
savoir-faire en matière d'entretien de la fertilité
(écobuage, restitutions des déchets, billonnage), elles
ont des problèmes sérieux pour tout ce qui est
l'approvisionnement en intrants, le recrutement de main
d'oeuvre, la commercialisation, les relations de bon
voisinage. Elles souffrent souvent d'une carence en main
d'oeuvre. Les grands enfants sont fréquemement partis en
ville. Dans le cas des polygamies, les relations entre
co-épouses deviennent très difficiles en l'absence d'un
mari-arbitre. Elles sont en permanence soumises à des
spoliations de terre ayant beaucoup de mal à conserver
l'intégrité de leur territoire. Elles doivent faire face
à des problèmes d'escroquerie au moment de la vente des
produi ts qu'elles ont du mal à se faire payer. La main
d'oeuvre salariée qu'elles emploient se montre peu docile
493
face à un commandement féminin. Elles ont peu de temps à
consacrer à l'élevage qui pourrait leur assurer lli.e
production de fumier. Dans ce contexte l'entretien de la
fertilité agronomique dont la base est au moins de
conserver le patrimoine est un combat presque perdu
d'avance. La maitrîse sur les récoltes est si faible
qu'elle interdit toute vélléité d'intensification. Les
restitutions organiques sont quasiment absentes. Parfois
les jachères sont évitées de peur qu'un ayant-droit
prenne le prétexte de cette terre en friche pour
s'approprier un lot de construction. Tant que l'héritier
désigné ne revient pas sur l'exploitation, au mieux se
sont des exploitations en dormance. Le niveau
d'extraction est suffisamment faible pour qu'il n' y est
pas de dégradations trop importantes. Le danger le plus
grand pour ces exploitations vient du voisinage qui
convoite en permanence ces surfaces qui lui font tant
défaut.

VI,19,D, Les ressources des migrants de


retour (de la bordure méridionnale du plateau)

Ce qui étonne le plus chez les migrants de retour c'est


la conscience qu'ils ont de la place que doit avoir la
fertilité agronomique. C'est pour cela qu'ils ne la
sacrifient pas au profit de la rentabilité de court
terme. S'il est vrai qu 1 ils ont choisi des systèmes de
culture parmi les plus simples en s'engageant dans les
cultures maraîchères, il n'est pas moins vrai qu'ils
n'ont pas simplifié à l'extrème les modes de productions.
En général assez bien pourvus en moyens de travail grâce
à un capital accumulé pendant de nombreuses a~~ées
passées en ville, relativement plus éduqués que la
moyenne des agriculteurs, surtout plus informés. ils ont
pour eux des avantages cumulés. Installés sur des
surfaces plutôt faibles, ils n'ont pas sacrifié les
potentialités agronomiques des sols. Ils ont malgré leur
494
spécialisation professionnelle en maraîchage adopté des
modes de production différents des maraîchers d'altitude.
Ils savent que leur réusite dépendra des techniques
modernes et des innovations qu'ils sauront mettre en
oeuvre mais ils sont aussi convaincus de l'importance des
savoir-faire traditionnels. Ainsi, comme ces
exploi tations n'ont généralement pas d'élevage, ils
effectuent un paillage abondant de leurs cultures, à base
d' herbes fraîches coupées. Cette pratique qui revient à
une restitution organique va être doublée d'une
fertilisation minérale. De plus, ils ont observé que
l'économie d'eau assurée au passage par le paillage est
suffisante pour réaliser un cycle de fin de période
pluvieuse, produit en contre-saison et donc
particulièrement rentable. Ils insistent sur les aspects
conservation de leur produit. Producteurs de piments, ils
sèchent ceux-ci pour les vendre à un moment où les prix
sont les plus attractifs. Tout ceci n'est possible que
parce que ces jeunes agriculteurs n'économisent pas leur
force de travail. Dans le même temps, ils ont remis en
cause la division traditionnelle du travail entre hommes
et femmes. Leur épouse (ils sont monogame) est impliquée
à tous les niveaux du processus de production y compris
dans la commercialisation. Ils ont donc rejeté le système
social fondé sur la répartition des tâches qui n'a pas de
justification technique et qui leur apparaît comme une
entrave. Ils montrent ainsi qu'il est possible de
combiner fertilité agronow~que et économique. On peut
espérer que les revenus accumulés au moment de leur
installation permettront ultérieurement de trouver une
solution au problème du surtravail et assurer ainsi la
viabilité de' ce mode de production. La situation
géographique est une autre limite à la viabilité non pas
dans le temps mais dans l'espace de ce mode
d'exploitation. Une bonne desserte et une situation de
proximité des villes sont des caractéristiques qui
comptent beaucoup dans leur réussite.

495
VI.19.E. L'obligation de l'extensif pour les
exploitations enclavées (Fondjomekwet, Bendoumvenq)

De l'enclavement de l'exploitation agricole nait des


contraintes extérieures qu'elles peuvent difficilement
surmonter par des modes d'exploitation autres
qu'extensifs. L'irrégularité des occasions
d'approvisionnement ou de commercialisation exclus les
productions fragiles du genre maraîcher qui supportent
mal des retards à la vente. Ce qu'on observe dans les
secteurs mal désservis, en général peu peuplés, c'est le
choix d'un niveau d'extraction relativement faible et
d'un investissement dans l'entretien de la fertilité
minime par rapport à l'investissement initial lors de
l'implantation des cultures. Ces exploitations
confrontées aux difficultés d'être en prise sur
l'extérieur adoptent un fonctionnement presqu'en vase-
clos. Elles fuient la dépendance vis à vis des intrants
grâce à des cultures pérennes (palmier, bananier) peu
exigentes en fumure d'entretien lorsqu'une fumure de
fonds a été réalisée et peu sensibles aux attaques
parasitaires (café robusta plutôt qu'arabica). Pour
minimiser leur dépendance vis à vis du marché, les
agriculteurs procèdent à une première transformation des
produits (huile de palme) en s'équipant de petit
matériel. Leur choix en général de modes de production
agro-forestiers fait le reste en matière de protection
des sols. Quand il y a une production maraîchère elle est
destinée au marché local très vite saturé. On est ici à
l'opposé de la course à la productivité du maraîchage
d'altitude. La faible demande n'incite pas à intensifier.
Les modes d'exploitations restent largement empreints des
pratiques traditionnels de restitution de la fertilité.
La fertilité physique des sols ne court pas de danger de
dégradation, on est plutôt dans une logique de maintien
de bonnes potentialités naturelles. La viabilité de ce
mode d'exploitation est assuré tant que les besoins
496
restent modérés par unité de surface exploité et que la
fertilité économique reste suffisante.

En conclusion

Chaque mode d'exploitation correspond à un effort


d'adaptation au milieu compte tenu des contraintes
économiques et sociales. L'observation de ces modes de
production indique clairement que la plupart d'entre eux
se préoccupe de la viabilité à long terme sans pour
autant négliger la rentabilité immédiate. Le système
d'exploitation le plus "moderne" semble en même temps le
plus vulnérable en ce qu'il mobilise une main d'oeuvre
familiale qui se fait rare pour des raisons économiques.
Qui plus est ce système est le plus sensible aux
fluctuations des systèmes de prix qui viennent d'être
modifiés substantiellement par la dévaluation. La
sécurisation de l'environnement économique apparaît pour
ces modes d'exploitation les plus modernes comme la
condition indispensable à leur viabilité à long terme.
Les autres choix d'exploitation ont de multiples
objectifs en vue de concilier intérêts individuels et
collectifs, renouvellement de la fertilité et promotion
des cultures de rapport en économisant le temps de
travail de l'ensemble de la famille. Une exposition trop
poussée aux risques économiques, assez peu fréquente sur
l'ensemble de l'exploitation agricole, peut mettre en
cause cette gestion prudente de la fertilité qui
caractérise l'agriculture bamiléké. Enfin en période de
difficultés économiques, les exploitations les moins
extraverties sont aussi les plus rustiques. Il ne semble
pas exister de sentier unique vers la viabilité de
l'agriculture mais plusieurs voies possibles qui changent
dans le temps.

497
CONCLUSION
Conclusion

Au départ, la réflexion sur la fertilité se


résumait à la considérer comme une propriété de la
nature. La disponibilité en eau, facteur limitant courant
correspondait à une maîtrise de la fertilité. Avec
l'élaboration des teclmiques on a été amené à prendre
conscience de l'implication de l'homme sur une nature qui
lui impose ses limites. Il s'agissait, alors, pour lui de
la dominer. Située dans une période de progrès teclmique,
cette maîtrise par l'homme a été surtout liée à un
accroissement des intrants (engrais, pesticides) .
Importants dans tous les pays du Nord, ils ont été
inégalement diffusés au Sud où ils ne touchent qu'une
poignée d'agricultures, ne concernent qu une partie des
1

agricul teurs et sont réservés aux secteurs d'exportation


relativement modernes. On a pris conscience de
l'importance de l'humus donc aussi du fumier dans la
fertilité. C'est pourquoi l'association entre l'élevage
et l'agriculture, très valorisée, correspond à ce qu'on
peut faire de mieux. Malgré la validité de certaines
observations, cette unique conception de la fertilité n'a
pas résisté aux faits. Sa confrontation avec l'évolution
importante des ressources dans une région comme la nôtre
la remet en cause:
-la disparition du cheptel porcin, principal
fournisseur de fumier ne s'est pas traduit par une
diminution sensible de la production;
-contrairement à certaines affirmations proposées
par les chercheurs dans les années 70, l'introduction de
la culture du café ne peut guère apparaître comme
simplement concurrente des vivriers;
-cela infirme avec force le pessimisme de ceux pour
qui la disparition de la jachère vouait à l'échec le
maintien de la sécurité alimentaire et - qui prônaient la
stratégie d'intensification sur les importations
d' engrais. . . _.
498
Même si des reglons entières, à la périphérie du plateau
bamiléké restent encore peu productives, le niveau de
production est bon bien que parfois sans engrais. Les
exploitations prisonnleres de leur spécificité caféière
héritée de la période coloniale ne tirent pas toutes
parti au mieux de leurs sols et de leur main- d'oeuvre
mais gardent pourtant une production vi vrière correcte.
Pour juger d'une terre et des pratiques appliquées, le
révélateur unique était le rendement. Ainsi toute
situation plus productive était fertile et inversement.
Les tentatives maraîchères engagées par quelques-uns puis
abandonnées malgré de bonnes productions montrent que les
avantages d'une spéculation sur une autre ne se
déterminent pas uniquement sur la base de la comparaison
des productions. Ainsi, mise à l'épreuve des faits, cette
conception classique de la fertilité ne permet pas de
comprendre les choix des exploitants.

Aujourd'hui on en revient à imaginer la fertilité libérée


de l'entière dépendance des intrants. On l'envisage sous
forme d'une mobilisation de technologies traditionnelles.
La crise que l'on vient de connaître depuis la fin des
années 80 avec le retournement de la conjoncture mondiale
est venue rappeler les dangers d'un Sud dépendant et
d'une agriculture éloignée des méthodes locales. Elle a
contraint les agricultures en difficulté à retrouver ce
qui est durable, les savoir-faire locaux: importance de
la restitution au sol des déchets de cuisine et autres
résidus de récolte, mise en évidence des apports azotés
par la présence de légumineuses dans les associations,
avantages de l'écobuage sur le brûlis simple, bien-fondé
de la jachère et importance de l'enfouissement d'une
partie du recrû végétal, effets positifs des apports de
cendres et de l'épandage du fumier de porc et effet
protecteur des systèmes agro-forestier en situation de
pente. Heureusement ils n'avaient ici jamais été
totalement abandonnés et nous permettent de souligner la
gestion prudente de ces agriculteurs.
499
A l'opposition classique entre une fertilité
naturelle et une fertilité creee et artificielle, on
peut substituer une vision qui rende mieux compte des
performances inégales des exploitations agricoles. Elle
prendrait en compte le degré d'ouverture aux technologies
extérieures, la rationalité et l'efficacité des
mécanismes traditionnels de protection du sol.
Pluridisciplinaire et systémique, elle serait à même de
mettre en évidence les effets sociaux sur le
fonctionnement des exploitations. Entre une approche par
le système naturel/artificiel et celle en termes de
technologies modernes/savoir-faire locaux, elle met
l'accent sur les pressions lourdes de la société. Celles-
ci agissant dans la durée, forgent la configuration des
structures productives et sociales, les rapports hommes-
femmes, les attitudes vis-à-vis du phénomène
d'accumulation, les rapports de propriété et les
relations avec le monde extérieur. L'un des faits les
plus marquants concerne l'impact du retrait de la
régulation des chefferies sur le fonctionnement agricole
(divagation animale, spoliations de terres). Cette
régulation semble agir en effet de façon déterminante sur
le potentiel agricole à long terme et donc sur la
durabilité de l'agriculture. Le décollage de la
production est indissociable d'un cadre institutionnel
fort. En contournant les difficultés liées à la
cohabitation de l'homme et des femmes sur un champ unique
comme la caféière on favorise cette production. En
allégeant la pression exercée sur les sols grâce à
l'usage d'engrais en complément des technologies agro-
forestières, on restitue des matières organiques, on
assure la protection des sols et aussi une production
vivrière à la hauteur des besoins de cette population en
croissance continue. La diversification des systèmes de
production financée par les activités extra-agricoles
détermine leur degré de vulnérabilité à court terme et
leur potentiel de croissance à long terme. Dans le
500
domaine financier, l'adhésion aux tontines lorsque
l'environnement économique instable supprime l'accès aux
autres moyens d'emprunts peut permettre de rééquilibrer
une situation incertaine et même d'assurer la pérennité
de l'exploitation. Ainsi, la fertilité qu'on pourrait
qualifier d'exceptionnelle de la région s'explique avant
tout par ces fonctionnements sociaux venus en appui de
l'agriculture.

La spécialisation des exploitations en fonction de soi-


disant avantages comparatifs préconisée par les
développeurs se révélerait inefficace. Elle néglige
complètement la qualité de l'environnement social.
Procédant le plus souvent à des innovations techniques,
les migrants de retour de la périphérie du plateau
bamiléké ont cherché à trouver des productions valorisées
par un apport technologique important. Utilisant au mieux
la proximité des marchés des deux grandes métropoles, ces
agriculteurs se sont efforcés de produire pour une
clientèle urbaine. Acti vi tés exigeant une main-d'oeuvre
importante et une bonne desserte routière, les
productions maraîchères et l'élevage hors sol ont pu
s'installer dans les exploitations des Bamboutos. L'accès
à l'information de ceux qui ont passé une partie de leur
vie en ville offre un atout supplémentaire pour obtenir
des crédits. L'évolution des différentes exploitations et
des sous régions nous donne à penser que les ressources
humaines sont plus importantes que le reste sur l'avenir.
En témoigne le peu de dynamisme des exploi tations qui
n'ont pu s'assurer une succession correcte: les héritiers
résidents en ville ne mettent guère à profit des
exploitations dirigées par leur mère. De la même façon
les chefferies déstructurées de certains secteurs ne
constituent pas un cadre favorable pour que s'enclenchent
des processus de développement. Insuffisamment encadrées
par des élites peu soucieuses de réaliser un projet dans
leur village, on ne voit guère d'exploitations se

501
démarquer en créant des groupements, des proj ets ou des
spécialisations différentes du profil traditionnel.

Les tensions politiques récentes et l'implication de


certains chefs traditionnels dans ces conflits ont
précipité la crise de confiance qu'ils redoutaient,
achevant de déstabiliser les exploitations de leur
juridiction. Par là-même, les chefferies les mieux
structurées bénéficient d'une réaction positive à la
crise tandis que les autres sont pénalisées faute de
mobiliser des ressources venues souvent de l'extérieur.
Le désengagement de la chefferies des régulations qu'elle
assurai t antan se traduit par l'abandon des arbitrages
fonciers, par la spoliations des individus socialement
défavorisés, par le recours aux pratiques
d'empoisonnement pour règler les problèmes de divagation
animale, par l'abandon de certaines terres trop exposées
aux risques (feux de brousse, dents des ruminants ... ),
parfois de certaines cultures. Confrontés à des problèmes
fonciers insolubles, les migrants se voient dépouiller de
leurs terres sans espoir de retour. Les élites de
l'argent résidant en ville sont peu sollicitées pour
cotiser à l'amélioration des infrastructures (écoles,
routes) et les conditions de vie se dégradent. Les liens
entre la ville et la campagne si utiles pour la
scolarisation des enfants, la recherche d'un travail,
l'approvisionnement en intrants ou la commercialisation,
se distendent mettant moins la ville au service de la
campagne. La prise en compte de ces mécanismes de société
fait ressortir que la fertilité correspond moins à une
organisation interne de l'exploitation qu'à l'utilisation
de toutes les ressources, celles-ci pouvant venir de la
région comme de l'extérieur.

L'agriculture bamiléké est plus nuancée que ce


qu'ont ~ pu dire de nombreux chercheurs soit très
pessimistes soit trop optimistes. Les premiers nient
l'existence de facteurs conservatoires de cette société:
502
les femmes sont d'autant plus soucieuses de nourrir leur
famille et travailleuses qu'une partie de plus en plus
importante de la vie de l'exploitation repose sur elles.
Dans ces conditions elles ont tendance à diversifier
leurs productions, à aider leur mari pour scolariser les
enfants. Elles intensifient leurs champs et se lancent
dans des cultures autrefois réservées aux hommes. Cette
conclusion prend totalement à contre-pied l'image
classique de la femme bamiléké soumise à son mari du fait
du conditionnement social. Elle introduit la possibilité
d'une évolution vers des moeurs moins coercitives à
l'égard des femmes. Dès lors que des initiatives
individuelles permettent d'amortir les effets de la
crise, les chefferies (à tous les niveaux) ont intérêt à
les récupérer plutôt qu'à les combattre.

Mais ces tolérances évoquent aussi une réalité très


difficile des exploitations: l'agriculture contemporaine
ne s'organise plus autour d'un mode de fonctionnement
d'autosubsistance. Elle s'est professionnalisée et
institutionnalisée. Son implication dans les cultures de
ventes destinées aux citadins, son insertion sur le
marché international par le café ont largement contribué
à élargir les compétences des agriculteurs et leur espace
d'intervention. Dès lors que les espaces deviennent si
vastes, les aspects institutionnels associés prennent
plus d'importance. Privilégiant la formation pour la
promotion de ses enfants, l'agriculteur est dans
l'obligation d'avoir des ressources monétaires qui sont
obtenues grâce à ces produits de vente. L'objectif
explicite du choix de l'éducation est de placer un enfant
dans la fonction publique et de résorber ainsi une part
de l'incertitude dans laquelle vit la famille. Soumises à
une concurrence internationale impitoyable, les
exploitations ont de plus en plus de mal à faire face aux
dépenses les plus courantes. L'évolution de la condition
des femmes traduit, pour une large part, ces difficultés.
Il n'est donc guère surprenant que, dans cette
503
conjoncture difficile, la surexploitation des sols, la
simplification abusive des systèmes de culture, la
suppression des jachères, l'extension exagérée des fronts
pionniers sur des écologies fragiles soient les formes
dominantes de cette agriculture. Loin de se résoudre dans
la recherche de régulations plus performantes ces
dégradations agronomiques et écologiques traduisent aussi
des dérèglements sociaux et politiques: intervention des
chefferies en retrait, surexploitation des femmes,
divagations animales rarement arbitrées, contestations de
l'autorité des a~nes, problèmes fonciers et de
successions se traduisant par un éclatement des terres
etc.

Toutefois les difficultés conjoncturelles connues


par la région ne peuvent faire oublier ses dotations en
ressources naturelles et son organisation sociale. Les
espoirs d' aujourd' hui se fondent sur la capacité de la
société à innover. Elle devrait, par là, créer de
nouveaux avantages, autres que les rentes héritées de la
période coloniale. Cette capacité à innover est surtout
conditionnée par le niveau d'éducation des agriculteurs
de demain. L'acharnement des ménages à éduquer les filles
comme les garçons pourrait se révéler payant si ceux-ci
voulaient bien revenir à la terre. Un effort public de
recherche-développement est une deuxième condition
importante. L'existence de structures comme les tontines,
même si elles sont encore imparfaites, encourage les
exploitations agricoles. Elles peuvent être mise à
contribution pour le lancement d'activités nouvelles afin
de diversifier les productions. Le système de mobilité et
de solidarité caractérisé par un va-et-vient permanent
des individus entre la ville et la campagne se révèle
positif dans le fonctionnement des exploitations. Elles y
trouvent un intérêt pour leur approvisionnement comme
pour la commercialisation des produits.

504
Outre le secteur de la recherche, l'action de l'Etat doit
s'exercer de façon cruciale à travers sa politique
globale et son impact sur les prix des intrants ou des
produits agricoles. Sans fausser totalement le jeu de la
concurrence, un minimum de protection des producteurs
aurait pour conséquence d'aider cette agriculture à
améliorer en douceur sa compétitivité. D'autant que les
denrées importées concurrentes sont parfois, elles-mêmes
subventionnées par ailleurs. Le lâchage par l'Etat risque
fort d'entraîner des perturbations en chaîne plutôt que
de remettre à flot cette agriculture fragilisée par la
crise. C'est l'enseignement que nous devons tirer de
l'expérience de la dernière dévaluation de 1992.

505
SOURCES ET
BIBLIOGRAPHIE
GENERALITÉS

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TABLES
TABLE DES TABLEAUX

Tableau 1: Diminution des températures avec l'altitude


sur l'ensemble des hautes terres de l'Ouest 16
Tableau 2: Superficie, surface agricole utilisée et
population des départements du pays bamiléké 17
Tableau 3: Contribution de la région à la production
agricole nationale 27
Tableau 4: Situation du cheptel en 1986/87 31
Tableau 5: Fertilisation recommandée pour les
différentes cultures légumières à l'Ouest du Cameroun 126
Tableau 6: Distribution des exploitations en fonction
de la surface cultivée 180
Tableau 7: Evolution de la superficie moyenne
cultivée par exploitation et par actif entre 1965 et
1992 181
Tableau 8: Superficie cultivable par exploitation et
surface en jachère en fonction des départements 184
Tableau 9: Durée de la jachère selon la densité
rurale des chefferies en 1992 185
Tableau 10: Répartition des actifs entre différentes
catégories d'activité 187
Tableau 11: Nombre d'exploitations et surfaces
occupées par les différentes espèces de caféiers 195
Tableau 12: Distribution des exploitations selon la
taille de la plantation caféière exprimée en nombre de
pieds de café 195
Tableau 13: Proportion des terres occupées par le
café selon les catégories d'exploitation 196
Tableau 14: Evolution des tonnages d'engrais
distribués par l'UCCAO et achetés par les planteurs
en 1980-81 dans la province de l'Ouest (Noun exclus) 198
Tableau 15: Distribution des parcelles entre les
différents grands -:~ types d'association culturale
repertoriés - -- - 203
Tableau 16: Nombre de caféières et superficies
concernées par les traitements phytosanitaires 204
535
Tableau 17: Nombre de plantations caféières
concernées par un amendement ou une fertilisation
chimique 205
Tableau 18: Nature des amendements naturels apportés
aux caféières 206
Tableau 19: Types d'engrais utilisés et nombre
d'épandages réalisés sur 402 caféières de l'Ouest 209
Tableau 20: Doses d'engrais utilisées sur les
caféières par département de l'Ouest 209
Tableau 21: Description des achats de plants de café
dans chaque dpartement de la province de l'Ouest 211
Tableau 22: Evolution de la structure par âges de la
superficie occupée par le café arabica et robusta
dans les exploitations de la province de l'Ouest 212
Tableau 23: Evolution de la structure par âges de la
superficie occupée par le café arabica dans les
exploitations de la Ménoua 213
Tableau 24: Répartition des exploitations en fonction
du nombre de cultures associées au café, selon les
départements 215
Tableau 25: Distribution de parcelles cultivables, en
fonction de leur taille (sur 875 parcelles) 217
Tableau 26: Dispersion des parcelles des
exploitations selon la situation foncière locale
en 1992 219
Tableau 27: Distribution des parcelles en fonction du
nombre de cultures qu'elles portent en 1ère campagne 221
Tableau 28: Fréquence d' apparition des principales
cultures vivrières en culture de 1er cycle 226
Tableau 29: Cultures et densités de plantation des
associations végétales observées 231
Tableau 30: Coefficient d'Utilisation du Sol des
parcelles observées 232
Tableau 31: Contribution des différentes composantes
vivr1eres au Coefficient d'Utilisation du Sol de
l'association vivrière 233
Tableau 32: Rendements des différentes cultures
dans les parcelles observées 236
536
Tableau 33: Land Equivalent Ratio des parcelles
observées 238
Tableau 34: Production alimentaire (Kcalx10-1) des
différente parcelles observées (diminuée des pertes
après récolte) 240
Tableau 35: Production alimentaire (gx10-1 de
protéines) des différentes parcelles observées
(diminuée des pertes après récolte) 241
Tableau 36: Répartition des exploitations agricoles
de la province de l'Ouest, département par département
(excepté Bamoun) en fonction du nombre de leurs
parcelles cultivables 243
Tableau 37: Nombre d'espèces vivrleres cultivées par
type de champ, selon deux enquêtes faites en 1985 et
1992 266
Tableau 38: Densités et modes de semis observés dans
la région 290
Tableau 39: Densités relevées sur billon écobué 294
Tableau 40: proportion d'exploitation ayant déclaré
avoir subi une baisse des rendements vivriers et
devoir recourir au marché pour des achats
complémentaires 309
Tableau 41: Prix du kilogranune Free on Board du café
ll.rabica en 1987 en francs CFA selon les coopératives
départementales 312
Tableau 42: Evolution de la structure du produit
monétaire agricol annuel 315
Tableau 43: Production de café vert entre 1975 et
1990: place du CameroUL~ 317
Tableau 44: Déclaration d'intention des planteurs en
fonction d'une hausse du prix des engrais 321
Tableau 45: Evolution des rendements moyens du café
Arabica dans la province de l'Ouest de 1970 à 1992
(Kg de bon grain/ha) 322
Tableau 46: Rentabilité moyenne de l'arabiculture en
1991-92 (avant la dévaluation) 323

537
Tableau 47: Nombre d'exploitations concernées par le
développement d'activités nouvelles entre 1982 et
1992 337
Tableau 49: Evolution de la proportion d'exploitations
agricoles pratiquant de l'élevage dans la province de
l'Ouest (NOUil exclus sauf précision) 344
produit monétaire agricole annuel
Tableau 50: Quelques indicateurs démographiques
urbains et ruraux au Cameroun 346
Tableau 51: Evolution de la population rurale entre
1967 et 1987 349
Tableau 52: Evaluation de la migration rurale
bamiléké en 1976 351
Tableau 53: Age moyen des chefs d'exploitation par
secteur d'activité 356
Tableau 54: Effet de la date et du nombre de labours
sur le tassement d'un sol ferrallitique complexe
(mesures en octobre) 377
Tableau 55: Essais de fertilisation du mais sur
terroir de versant à Bafou (plateau basaltique) 383
Tableau 56: Sources de crédit des ménages en 1991 394
Tableau 57: Principaux biens et services échangés
entre les planteurs et leurs partenaires citadins
en 1992 399
Tableau 58: Répartition des ménages selon le
principal bénéficiaire déclaré des ressources 1990
à Bafou 400
Tableau 59: Fréquence des visites entre ville et
village en 1991 401
Tableau 60: Utilisation des emprunts en 1991 403
Tableau 61: Evolution des différents modes
d'accession à la terre, dans la plaine des M'bos,
entre 1963 et 1973 420
Tableau 62: Répartition des 202 chefs de groupe
lignager de la chefferie Ban~wa (Ndé) en 1973 427
Tableau 63: Classement des sociétés coutumières de la
chefferie de Bandjou- quartier Tserhem, en 1967 430
Tableau 64: Le choix du successeur 432

538
Tableau 65: Fréquence du problème de divagation
animale et du parcage du petit bétail durant la
période de culture (avril-novembre) 436
Tableau 66: Attitude des chefs vis à vis des
problèmes de divagation animale 436
Tableau 67: ~Iodes d'accession à l'héritage foncier 438
Tableau 68: Plus de soixante ans de vulgarisation
agricole 444
Tableau 69: Densité des cultures présentes dans les
systèmes agro-forestiers du pays bamiléké 459
Tableau 70: Rendements comparatifs des vivriers en
système agro-forestier (type 1) et en système de
vivriers associés (type 2: association à base de
tubercules, type 3: association à base d'arachide) 462
Tableau 71: Densité des cultures présentes dans les
systèmes vivriers associés du pays bamiléké: cas du
champ de tubercules 471
Tableau 72: Densité des cultures présentes dans les
systèmes vivriers aSSOCles du pays bamiléké: cas du
champ d'arachide 472
Tableau 73: Rendements moyens par culture dans les
associations vivrières. Comparaison entre 1985 et
1993 473

539
TABLE DES FIGURES

Figure 1: Les densités rurales en 1987 15


Figure 2: Diagramme paysager sur le plateau basaltique 19
Figure 3: Diagramme paysager sur le plateau granitique 20
Figure 4: Diagramme paysager en one d'altitude
(2 000-2 700m) 21
Figure 5: Toposéquence type en pays bamiléké 29
Figure 6: La répartition des chefferies enquêtées
dans 5 départements de la province de
l'Ouest 40
Figure 7: Types de cultivars de plantain représentés
dans la région 112
Figure 8: Le calendrier agricole de la région 135
Figure 9: Le bilan hydrique décadaire (station de
Dschang, 1965-1986) 136
Figure 10: Pluviométrie décadaire moyenne à Dschang
(période 1965-1986) 138
Figure 11: Evolution de l'humidité relative
moyenne sur l'année 140
Figure 12: Amplitude thermique quotidienne
(moyennes décadaires, période 1966-1986) 143
Figure 13: Durée moyenne quotidienne d'ensoleillement
à Dschang (période 1965-1986) 145
Figure 14: Relation entre la production de chou
(tonnes/ha) et l'apport d'engrais (unités/ha) 175
Figure 15: Fréquence des cultures dans les
exploitations 182
Figure 16: Distribution des exploitations agricoles
en fonction du nombre d'UTH 190
Figure 17: Evolution des tonnages de café livrés à la
coopérative de DSCHANG 193
Figure 18: Répartition des exploitations agricoles en
fonction de leur lieu principal d'achat des
engrais 200
Figure 19: Distribution des cafières selon leur âge 214

540
Figure 20: Projection des associations relevées dans
les parcelles enquêtées selon l'importance
de leurs composantes (céréale,
légumineuses et tubercules) 234
Figure 21: Repérage des associations venant en
première année de culture après jachère 245
Figure 22: Repérage des associations en fonction de
la position de la parcelle dans la pente 248
Figure 23: Repérage des associations comprenant du
café 250
Figure 24: Matrice des parcelles selon les cultures
présentes 255
Figure 25: Matrice ordonnée selon la ressemblance
des lignes 256
Figure 26: Matrice de Bertin finale après classement
des lignes et des colonnes 257
Figure 27: Repérage des associations en fonction de
leur localisation géographique 260
Figure 28: Mise en évidence de disparités géograhiques
par la matrice de Bertin 262
Figure 29: Les outils 278
Figure 30: Un billon écobué 281
Figure 31: Profil du billonnage selon les situations 286
Figure 32: Exemples d'itinéraires techniques et de
calendriers culturaux 301
Figure 33: Evolution de la production des principaux
vivriers depuis 20 ans, dans la province
de l'Ouest 307
Figure 34: Evolution comparative des exportations de
café/cacao et de produits pétroliers entre
1964 et 1992 310
Figure 35: Prix au planteur et du marché des cafés
arabica et robusta entre 1980 et 1990 313
Figure 36: Evolution de la proportion de grade A dans
le café livré à l'UCCAO entre 1961 et 1970 316
Figure 37: Distribution des exploitations en fonction
de l'âge du chef d'exploitation 322

541
Figure 38: Evolution des importations d'engrais au
Cameroun 332
Figure 39: Déplacement des billons d'une année sur
l'autre 334
Figure 40: Revenus totaux des différentes catégories
d'agriculteurs 355
Figure 41: Financement des activités d'élevage 358
Figure 42: Relation entre les revenus et le niveau
d'endettement 359
Figure 43: Conséquences de l'arrachage des raphias 370
Figure 44: Evolution du pourcentage de grains
attaqués dans un grenier traditionnel de
maïs au cours de l'année 382
Figure 45: Appréciation des exploitants sur l'aide
qu'ils reçoivent de la ville 397
Figure 46: Répartition des exploitations selon le
type de transmission foncière sur 100
exploitations enquêtées dans tout l'Ouest 415
Figure 47: Distribution des exploitations en fonction
du nombre de lots distribués par le chef
d'exploitation 416
Figure 48: Exemple de parcellaire d'une exploitation
agricole d'un homme de 36 ans, 3 femmes et
12 enfants, installé depuis 1978 (quartier
FEMOCK-BAFOU) à 1800 m d'altitude 422
Figure 49: Gestion des dépenses scolaires 451
Figure 50: Répercussions en chaîne découlant de la
condition de successeur 492

542
TABLE DES PLANCHES PHOTOGRAPHIQUES

Planche 1: Irrigation des cultures maraîchères 156


Planche 2: Le plateau basaltique: modelé doux aux
vallées peu encaissées et aux pentes
faibles 161
Planche 3: Reliefs en demi-orange du plateau
granitique 164
Planche 4: Le massif montagneux des Bamboutos aux
vallées en V et aux pentes fortes 167
Planche 5: Contribution importante du travail des
enfants 189
Planche 6: Les amendements traditionnels jamais
oubliés: apport de cendres 207
Planche 7: L'écobuage 282
Planche 8: Un outillage rudimentaire 288
Planche 9: Le séchage des haricots sous les avancées
de toit 298
Planche 10: Développement d'activités de commerce
et d'artisanat 358
Planche 11: Ventre de bois 366
Planche 12: l'Eucalyptus: une source de revenus
supplémentaires 367
Planche 13: Le raphia, peuplement végétal dense de
bas-fond 369
Planche 14: Le billonnage perpendiculaire à la pente 375
Planche 15: Un billonnage qui devient parallèle à la
pente en forte pente 376
Planche 16: L'elevage du porc 379
Planche 17: Le grenier à maïs en "bambous" 381
Planche 18: L'épierrage 390
Planche 19: Les maisons des Dieux 409
Planche 20: La chefferie traditionnelle 425
Planche 21: Le système agro-forestier 458
Planche 22: Le champ associé de tubercules 468
Planche 23: Le champ associé d'arachide 469
Planche 24: Le champ maraîcher d'altitude 475

543
SITUATION DANS LE PROFIL DES HAUTES TERRES
DE L'OUEST, DES 3 CHEFFERIES
DE L'ENQUETE AGRONOMIQUE

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M:SE iN '1ALA't.1l é:e'~'3<! e~e=.:.: .:a:a·:ulC..V1V't':.":: C'a':f~-:.&:t..J.re.C'Ul:''.ln9 "'''1.V'r~!r'Js ca!4iC'Ul::J.r~"cult.v~·.rr::.


GR:CCLS rbov:.:lS, OV1.a:I. s.a:"atcèa;e ;:e::.:. 6::'~vage :ndi::::r:u::.e!. ~e!;:.:' <!:~"'''3. c:'oldl':.....oa
:u.ra.!.::1os9'CI pet1.t. 4l~V<l9'e. ~:eva9'. hors -so" :vola::.llesl :na:a!chage b"'s·~ond

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1 1
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GP.ltN lTI Q llf::

Slt.!) .
)Iœ-.

• • ... ~ S i t-.

544
ANNEXES
IDENTIFICATION DES PARCE~~ES ENQUETEES

Prov Ouest, Dép. Ménoua, 3aleveng, "Champ de Véronique sous café", Surf: 162m'.

Nature de la main d'oeuv~e: l'agricultrice, véronique (lUTH)


ses 2 ex-coépouses et 1 autre agricultrice '(3UTH)
3 enfants de la concession (Innocent, 11 ans, Solange
(+ de 12 ans), Sébastien. ans (0,7 UTH+2xO,3UTH)

Description des travaux:

• labour: (7hx1UTH)
• semis: (2hx1UTH)
• sarclage: (2hx2UTH)
• binage: (3,5hx4UTH)
• récolte: (4hx1,3UTH)+(~~O,6UTH)+(O,5hxO,3UTH)+(lhxO,5UTH)

Temps de travaux:

Labour Se~is Sarclage Binage Récolte Total

(heures/ha) 430 120 250 860 510 2170


\ 20\ 5\ 11\ 40\ 24\ 100\

Proportion du travail: fait par les femmes 55\


fait par les enfants 45\
Identification

Prov Ouest, Dép. Ménoua, 3aleveng. "Champ de Catherine sous café", Surf: 828m'.

Nature de la main d'oeuv=e: l'agricultrice. Catherine (lUTH)


ses 4 enfants: Eveline, 18ans; Dorette, 16ans
.2xO.7UTH); Flore. 12 ans; Rosette,10ans (2xO,3UTH)

Description des travaux:

• labour: (4hx3,4UTH)
• semis: (2,5hx2,4UTH)
• sarclage: (l,5hxO,7UTH' + (4hx1UTH) + (4hx2.4UTH) + (5x1.4uth) + (3x1UTH)
• binage: (8hx4.1UTH)
récolte: (l,5hx:,4UTH)+(3hxO.7UTH)+(O,5hxO.7UTH)+(lhxO,7UTH) + (4hxO, 7UTH)+
(4hxO,7UTH)+(2hx2UTH)+(2~O,7UTH}+(2hxO,7UTH)

Temps de travaux:

Labour Se~is Sarclage Binage Récolte Total

(heures/ha) 164 72 298 396 213 1143


\ 14\ 6\ 26\ 35\ 19\ .;100\

Proportion du travail: :a~t par les femmes 36\


fait par les enfants 64%

545
Prc'l C~est, Dép. Ménoua, Fokoué, "Champ de Marie-André du haut", Surf: 1120m'.

Na:ure de la main d'oeuvre: l'agricultrice (lUTH)


Eric (18ans), Edwidge(16ans), Armand (14ans)
-3xO,7UTH
Judith (10ans)- 0,3UTH

Description des travaux:

• labeur: (3hx1UTH) + (Bhx1, 3UTH) + (Bx3, 4UTH)


• semis: (2hx1,4UTH)+ (2hx1,7UTH)
• sarclage: (Bhx2,7UTH)
• récolte: (lhx1,7UTH) + (lhx1,7UTH) + (2hx1,7UTH) + (lhx2UTH) + (3hx2,7UTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 360 55 190 150 755


4B~ 7~ 25~ 20~ 100~

Prcpor:ion du travail: fait par les femmes 44~


fait par les enfants 56~
Identification

Nac~ra de la main d'oeuvre:


Prcv OUest, Dép. Ménoua, Baleveng, "Champ de Téclaire sous café", Surf: 676m'.

Nat~re de la main d'oeuvre: l'agricultrice, Téclaire (lUTH)


ses 4 enfancs: Innocent,ll ans; Sébastien, 9 ans,
Eric-Marcel, Bans; Jean-Marcel, Bans (4xO,3UTH)

Des:ription des travaux:

• labour: (7hx1,3UTH)+ (7hx1,3UTH)+(7hxO,3UTH)


• semis: (2hx1, 6U'!'H)
• sarclage: (7hx2,2UTH)
• binage: (7hx1,6UTH)
récolte: (2,5hxO,3UTH)+(l,5hxO,3UTH)+(lhxO.3UTH)+(0,5hxO.3UTH)+(3hx1,6UTH)+
(2hxlL"rH)+(2hx1UTH)+(O,5hxO,3UTH)+(2hx1UTH)+(O,5hx1UTH)+(0,5hx1u~)

Te~ps de travaux:

Labeur Semis Sarclage B.='.age Récolte Total

(he~res/ha) 300 47 22B :55 201 941


~ 32% 5~ 2H :a~ 2H lOO~

546
Proportion du travai:: fait par les femmes 47%
fait par les enfants 53\

Identification

Prov Ouest, Dép. Méncua, Baleveng, "Champ de Rébecca du bas", Sur:: 250m'.

Nature de la main d'ceu';re: l'agricultrice, Rébecca (lL~d)


2 enfants: brigicce, lSa~s (O,7~d}, Louis, Il ans
(0,3UTH) 1 autre jeune fille, Florence (0,7UTH)

Description des travaux:

• labour: (3hxl,7UTH)
• semis: (lhx2UTH)
• sarclage: (4hxl,4UTH)
• binage: (3hxO,7UTH)
récolte: (2hxlUTH)+(2r~lUTH)+(2r~2u~)+(lhxO,7UTH)+(lhxlUTH)+
(lhxlUTH)+(lhxlUTH)+(lr~:UTH)+(lhxO,7UTH)+(0,6hxlUTH)+(a,5hxlUTri)+{lhxlUTH)
+
(0,5hxlUTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Binage Récolte Total

(heures/ha) 2~ BO 224 140 640 12B5


16% 6% 17% 11% 50% 100%

Proportion du travail: fait par les femmes 46%


fait par les enfants 54%

Identification

Prov OUest, Dép. Baw~outos, Balatchi, "Champ de Julienne caféière", Surf: 25GOm'.

Nature de la main d'ceuvre: l'agricultrice, Julienne (lUTH)


la grand-mère (lUTH)
le mari, Jean (lUTH)
4 enfants, 10ans, llans i2xO,3UTH) et 13ans, 15ans
(2xO,7UTH)

Description des travaux:

• Nettoyage, labour, récolte tubercules: (6hx4UTH) (7hx2,7UTH)


labour+récolte tubercules+semis: (B,5hxl,7UTH)+(4,5hxlUTH)+(10hx3,7UTH)+
(9~~2,7UTHl+(2,5hxlt~)+(3,5hx3,7UTH)
sarclage: (3r~0,7UTH)+(6,5~~lUTH)+(7,75r~2~~)+(B,5hx3U1:~)+(B,5hx2,7UTH)+
(9,5hx2,3UTH)
• récolte: (7,5hx4,7~~;·{B,5hx2,4UTH)

'547
Temps de travaux:

Labour + Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 480 390 220 1090


% 44% 36% 20% 100%

Proportion du travail: fait par les femmes 54%


fait par les enfants 46%

Identification

Prov Ouest, Dép. Bamboutos, Balatchi, "Champ de Geneviève du bas", Surf: 280m',

Nature de la main d'oeuvre: Geneviève, l'agricultrice (lUTH)


2 enfants de 15 et 17 ans (0,7+0,7UTH)
Description des travaux:

• labour: (6,5hx2,4UTH) + (5hx2,4UTH)


• semis: (2hxlUTH)+ (3hx2,4UTH)
• sarclage: (l,3hxlUTH)+ (3hxl,7UTH)
• récolte: (0, 5hxlUTH) + (l, 5hxlUTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Rêcolte Total

(heures/ha) 986 328 228 70 1612


% 60% 20% 14% 4% 100%

Proportion du travail: fait par les femmes 51%


fait par les enfants 49%
Identification

Prov Ouest, Dép. Bamboutos, Balatchi, "Champ de Geneviève sous café", Surf:
350m' ,

Nature de la main d'oeuvre: Geneviève l'agricultrice (lUTH)


2 enfants de 15 et 17 ans (0,7+0,7 UTH)

Description des travaux:

• labour: (5, 5hx2, 4UTH) + (lhxlUTH) + (3hxl, 70TH) + (3, 5hxl, 70TH)
• semis: (2hxlUTH)+{3hxl,7UTH)
• sarclage: (l, 5hxltiTH) + (2hxlUTH)
• récolte: (2hxl,7UTH) + (4hxl,7UTH)+(2.5hxlUTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Rêcolte Total

(heures/ha) no 203 100 363 1386


% 52% 15% 7% 26% 100%

548
Proportion du ~=a'la~l: Ea~t par les femmes 62%
fait par les enfa~ts 38%
Ident i fica tior.

Prov Ouest, Dé~. Ménoua, Fokoué, "Champ de Marthe, du bas", Surf: 250m'.

Nature de la main d'ceuvre: L'agricultr~ce Mar~he (lUTH)


2 enfants de 8 ans (2 fois O,7V~)

Description des travaux:

• labour+ semis: (7hxlUTH)


• sarclage: (3,5hxlv"rH) + (4hxlUTH)
récol~e: (O,5hx1UTH) + (lhx1UTH) + (0, 5hxlUTH) + (lhxlUTH) + (10hxl,3UTH) +
(10r~l,3UTH)+(5hxlUTd)

Temps de trava~:

~abcur+ Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 280 300 1360 1940


% 14% 16% 70% 100%

Proportion du t=avail: fait par les femmes 88%


fait par les enfants 12%
Identificatio~

Prov Ouest, Dé~. Ménoua, Fokoué, "Champ de Marie-André, du =as", Surf: 1030m'.

Nature de la main d'oeuvre: l'agricultr~ce, Marie(lv~H)


Eric (18ansl, Edwidge(16ans), Armand (14ans)
=3xO,7UTH
Judith (lOans)= 0,3UTH

Description des ~ravaux:

• labour+semis: (8hxlUTH) + (lhxlUTH) + (8hx2,7UTH) + (7hx2,7UTH) + (2hx1,3UTH) + 3hx1UTH)


• sarclage: (8;-~2, 7l.J-nl)
• récolte: (lr_x1,3l.J-nl) +(2hx1,3UTH) + (7hx2UTH) + (3hx2UTH) + (8hx2UTH)

Temps de trava'~x:

~~our+Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 535 210 387 1132


% 47% 17%·c 35% •. 1001;

Proportion du ~=a'lail: fait par les Eemrees 50%


fait par les enfants 5~%

549
Ident.ificat.ion

Prov euest., Dép. Ménoua, Fokoué. "Champ de Mart.he, du haut.", Surf: 785m'.

Nat.ure de la main d'oeuvre: L'agricult.rice Mart.he (lUTH)


2 enfant.s de a ans (2 fois a,7UTH)

Descript.ion des t.ravaux:

• labour: (7,Shxl,3UTH)+(7,5hxlUTH)+(9,Shxl,3UTH)+(lO,5hxl,3UTH)
• semis: (5hxl,3trI'H) + (lhxl,3UTH)
• sarclage: (5hxlUTH) + (6,5hx2UTH)
récolt.e: (l,5hxlUTH) + (7hxlUTHI+(5,Shxl,3UTH) + (9,5hxl,3UTH) + (lhxl,5UTH)+
(5hxl,3UTH)+(7hx4UTH)+(lhxlUTH)+(8hxlUTH)+(lhxlUTH)

Temps de t.ravaux:

Labour Semis Sarclage Récolt.e Tot.al

(heures/ha) 551 100 230 943 1824


30'1< St 13t 52t 100%

Proport.ion du t.ravail: fait. par les femmes 88t


fait. par les enfant.s 12t
Ident.ificat.ion

Prov OUest., Dép. Ménoua, Fokoué, "Champ de Marie Fondjio, derrière concession·
Surf: 1060m'.

Nat.ure de la main d'oeuvre: Marie, l'agricult.rice (lUTH)


4 enfant.s: Valérie (16ans), vict.orine((16ans), Clovis
(16ans), Hervé (16ans)a(4xO,3UTH)

Descript.ion des t.ravaux:

• labour: (8,5hx2UTHl
• semis: (lhx3,8trI'H)+ (2,7hx2,4UTH)
• sarclage: (1,3hx2,4UTH)+(l,3hx2,4UTH) .. ?
• récolt.e: ?

Temps de t.ravaux:

Labour Semis Sarclage Récolt.e Tot.al

(heures/ha) 160 100 7 7 ?


t 7'1< 7'1< 7'1< 7'1< 100%

Proport.ion du t.ravail: fai~ par les femmes 44%


~ait par les enfants 56%

550
IdenciEica=:.::::

Prov Oues:, :ép. Ménoua, Fokoué, "Champ de Marie. champ de :a maman", SurL
782m' .

Nature de :a :ain d'oeuvre: Marie, l'agricultrice (l~~H)


Maman de marie (co-épouse' (lUTH)
2 autres femmes (2x1UTH)
4 enfants: Valérie (16ans), Victorine{{16ans), Clovis
(16ans), He~l~ (l6ans) z{4xO, 3UTH)

Descriptien ies travaux:

• labour: ,8,5nx4UTH}+ (7,5hx4UTH)


• semis: lS,3bx3,BUTH)
• sarclage: i2,5hx1UTH}+{10hx3,8UTH)
• ré::olte: ?

Temps de tra~~~:

~abour Semis Sarclage Récolte To::al

(heures/ha) 818 257 517 ? ?


% ?% ?% ?% 100%

Proportior. èu travail: fait par les femmes 67%


fait par les enfants 33%
Identificat:':::::.

Prov OUest, :~p. Ménoua, Fokoué, "Champ d'Odile", Surf: 710m'.

Nature de :a :ain d'oeuvre: l'agricultrice, Odile (lUTH)


2 enfants de + de 12 ans (2xO,7UTH)
Description des travaux:

• labour: (6:-_"<2,4UTH) + (6hx2,4UTH) + (6hx2,4UTH)


• semis: (:!'.x2, 4 UTH)
• sarclage: 7hx1,7UTH)
• récolte: 'i

Temps de ::ra7aux:

Labour Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 608 40 170


% ?% ?% ?'Ir ?% :00%

Proportion èu ::ravail: fait par les femmes 51%


fait par les enfants 49%
IdeZ1tifica::':::

Prey Oues~, :ép. Ménoua, Baleveng, "Cha~p de Rébecca, du haut", S~rf: 343m~.

551
~ature de la main d'oeuvre: l'agricultrice, Rébecca (lUTH)
l autre agricultrice, Catheri~e (lUTH)
2 enfants: brigitte, 15ans (0,7UTH), Louis, 11 ans
(0,3UTH) autre jeune fille, florence (O,7UTH)

Description des travaux:

• labour: (8hx2UTH)
• semis: (3hx2UTH)
• sarclage: (4hx1UTH) + (lhxO,7UTH) + (3hx2UTH)
récolte: (2hxO, 7UTH) + (lhx1UTH) + (lhxlUTH) + (3hx2UTH) + (lhx1UTH) +
(2hx1UTH)+(lhx1UTH)+(0,5hxO,7UTH)+(lhx1UTH)+(lhx1,3UTH)+(O,5hx1UTH)+
(lhx1UTH)+(lhx1UTH)+2hxlUTH)+(4hx1UTH)+(2hx2UTH)+(lhx1UTH)+(lhx1UTH)+ (2hxO,7UTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 470 175 310 930 1885


25\ 9\ 17\ 49\ 100\

Proportion du travail: fait par les femmes 56\


fait par les enfants 44\
Identification

Prov Ouest, Dép. Ménoua, Baleveng, "Champ de Mathias", Surf: 1994m'.

Nature de la main d'oeuvre: Téclaire, Catherine les 2 épouses (2x1UTH)


les enfants de Téclaire: Valérie, Innocent,
Sébastien, Florette, Mathurine (lxO,7+4xO,3)

les enfants de Catherine: Evelyne, Dorette, Flore,


Solange, Rosette (2xO,7UTH+3xO,3UTH)

Description des travaux:

• labour: (7hx2,9LwrH)+(7hx3,3LwrH)+(2hx3,3UTH)
• semis: (5hx2UTH)+(2hx3,3UTH)+(3hx1,6UTH)
sarclage: (5hx3UTH)+ (4hx3UTH)+ (3hx1UTH) (6hxlUTH) + (7hx2,2UTH) + (7hxlUTH) +
(7hx3,3UTH) + (Ghx2,3UTH) + (4,5hx2,3UTH)+(7hx1,9UTH)
récolte: (0,5hx2,3UTH) + (3hx2,2UTH)+ (4hx2,2UTH) + (0, 5hxO, 7UTH) + (Ghx3,3UTH)+
(2hx2UTH)+(1,5hx2UTH)+(2,5hx2UTH)+(3hx1UTH)+(2r~lUTH)+(lhxO,3UTH)+(0,5hx1UTH)

Temps de travaux:

Labour Semis Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 250 107 596 273 1226


\ 20\ 9\ 49\ 22\ 100\

Proportion du travail: fait par les femmes 30\


fait par les enfants 70\

552
Iden:ification

Pro·.! Ouest, Dép. Bamboucos, =alatch::', "Champ de Julie!"..ne t d'..:. haut Il , Sur:: 1184m 2 •

Natu"e de la main d'oeuvre: l'agricultrice, Julienne (lu~H!


la grand-mère (lUTH)
le mari, Jean (lUTH)
4 enfants, 10ans (O,3UTH) e: 12 ans, 13ans, 15ans
(3xO,7UTH)

Description des travaux:

* défrichement: (7hx3,lUTH)
* écobuage: (4, 5hx3, lUTH)
* labour+épierrage: (7hx3,lu~rl)+(7r~3,lUTH)+(7hx3,lUTHl+(7r~x3,lUTH)
* semis: (5~x3,lUTH)+(7hx3,lv-rH)
* fe"tilisation: (lhx2,4UTHUl
• sa"clage: (9hx2, 7UTH) + (8, 5r~l, 7UTH) + (6hxl, 7t'TH) + (8, 2hxl, 3t:"!'Hl
récolte: (lhxl,7UTH)+(l,5~xO,7UTH)+(O,5hxO,7UTH)+(O,5hxlUTH)+(5,5x2UTH)+
(5,5x2,4UTH)+(9hxl,7UTH)+(9hx2,7UTHl+(8hx3UTH)

Temps de travaux:

Défrichement Labour Semis Engrais Sarclage Récolte Total

(heures/ha) 301 733 314 20 503 770 2641


% 11% 28% 12% 0,7% 20% 29'\- 100%

Proportion du cravail: fait ;:ar les femmes 39%


fait par les enfan:s 61%

553
PROJET ADoe Juin 1992

DOSSIER D 'EXPLOITATION

Département
U
Cherferie
LU
Densité rurale da la chefferie en 1987 LLLJ
Quartier
LU
Marché rural le plus proche
LU
Marché urbain le plus proche
LU
Accessibilité et enclavement èe l'exploitation: U
1. concessj~n isolée et/ou difficile d'accès
2. desserte par bonne piste rurale
3. route goudronnée à proximité

INom du chef
d'exploitation

Repérage dans
le quartier

", ~.'

554
L'EXPLOITATION SOUS TOUTES SES FACETTES
I, èCTIVITES"DANS L'ExpLOITATION ET HORS EXPLOITèTION ET LBVES
RELATIONS
1. L'e:rrle!tl~~oa u: ~!Ie n nIea: U
1. FIT le :~!! dl léalç!
2, pu n~ RtI~re dt Il !1I1ll1
!, plr u r!çimu IIhrii
(. letre

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1. m~lt!!:f
t~ef d' uplc!tl:!~c

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2. séFUi dimté 5. polY;1lI 2 ~pc:su
3. H"!! l. PO:7SI!e i :1 2 !pm!1

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II. L'ELEVAGE ET SES RELATIONS AVEC L'AGRICULTURE

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1
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III. EXTR~VERSION ET FRAGILITE QS L'EXPLOITdTION PAR RèPPORT A


L'ENVIROflNEMEtIT

1. C€pô: d! :i :::;~:1:!iê ~!] ~!:~~~:


:. C'::;Ült17; èscir:n!:~d!

\. ri:~it !:::;:~s ~':r. i1:t~:~:i~~


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IV l ZTMTIiGIES DE PIVEBSIFICèTION RES lICTIVI'!'I:S

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563
ARCHEOLOGIE ET EVOLUTION RECENTE DE L'EXPLOITATION

It ÇQNSTITUTION DU FONCIER
22. PUI DE MASSE DE L'llPl.DITlUal ÀC'ltELLE ET le 10100 DE L'[~Sr.\LL!TIOll (terres + construction)
(»e:sUIes IpproriDatives COI~tées en noubre de pas)
IndiQUu les différents c!laD.ps + parcelles, la date de leur lccession et le responsable tedlllique
les Uélents brortuts de la tOpcl9raplüe: lItleurnents rocbellI, cours d'eau, pentes, pistes.
les fléents d'occo.q:aUon du sol : Mies, ures de skhaqe,... .

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C::lt:::~::: ~; ~i2;li:!:~ dfç~ ~~:i!:. :'-::f ll:e ~~ ;i:~!~il :I~~! !':i :i :::~:S:'litr ~.~~ l:::!.~ 1~
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570
II. INDICATEURS DE SURCHARGE FONCIERE
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572
LE PRODUIT DE L'EXPLOITATION ET SON EMPLOI

I, PRINCIPALES SOURCES DE REVENUS EN 1991


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III. USAGg OU'ON FAIT DU HABeRE

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575
FICHE CAFE/VIVRIERS ASSOCIES
I. CoFEIERE pu CHEF P' eXPLOITATIQn

48. HISTORIQ~E DE LA CAFEIBR~

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II. CèFEIEBE DES FEMMES
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III. VIVIERS DES fEMMES

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5.1u :t!tru ~'u c~t FU sot:h:: rlr:!~! )'\1 de!!::i 1.1 tof\::! j! S'IHE!
E. !il etlto:u a'G 00, F1I sooffert ru:e roe 1'11 e:;:qi 1e la Hi~ j'ce:r:. uielle
7. lu ~lt'UU :I n ,:.: ~u s:t~~~:: ;,~ d'ii:t:!5 r\U~c.

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3. ~:at~ct ni: n~nml et nt~Ci (, l!3ul!:e Al1:e 5. L::a:'I:: Ç:ltUltl
~. ~::=ltc:1~1 ce;::~J:~:-! P~:1tl1(::! 7. 1~:t1~;tlj3 ::;z\~lii:i ~E3p::!~:e
1. :::u;ltl:~ uu e::::I:, :1 t~t:t. al a:,~::è;:i:~ lsq<at~tri,
579
FICHE CULTURE
APTITUDES DES ESPECES CULTIVEES SUR L'EXPLOITATION
VARIETES cor.:lu!S CULttm sur AP!I~iS
ESPECE par l'igrlcul trlce l'ex?loitatlon pree herbe slch ulad mUe Itocl .uil pIQd
(001 urnaculdre) (OU1/~CH) (I) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8)

lRACHIIlE

IlARICOT

llAWO

IGlfAlŒ

.
1
PLAIlTAlX 1

(1) mCOCItE : 1. très précoce 00 le pl~s précoce 2. lOye:muer.t prleoee 3. mdif


(2) nsl~lllCll L'DmBElŒlIt : 1. très résista:lt 2. lOye:Ulemt résista:lt 3. se.".sl~le
(3) R!SI~1lIC11 U S!cmKSSl : 1. rhlsta.,t 2. se.~sl~le
(4) nsmlllc! lllll!lL!lllES : 1. rt.siltant 2. ser.slMe
(5) IDSUCIn : 1. s'aecoaoole de tOl:S les soh 2. lOyerJleu~t exigea.,t 3. t:!.s exigeant
(6) PlCILItE Dt: StOC.UG! : 1. facile l stocker 2. stockage plus difficile
(7) RnlR:llD SEl!lS : 1. retard sans COnSélj'le~ee 2. nnsihle l l:Il retard
(8) PiOOOCflVItE : 1. très proèuctif 2. procluetivlté lOye.'U:e 3. fai~le proènetivité
580
TYPOLOGIE DES EXPLOITATIONS

Nous avons travaillé avec:

-100 "individus": 100 exploitations réparties sur


l'ensemble du pays bamiléké
-84 variables qui se répartissent entre:

-des variables agronomiques concernant la situation


agro-écologique, le type et l'importance des
fertilisations chimiques et organiques, les produits
phytosanitaires appliqués, la durée des jachères, la
gestion des animaux et des fientes, les problèmes liés à
la divagation animale ...
-des variables économiques comme l'accessibilité de
l'exploitation, la nature des activités agricoles, la
diversification des spéculations, les activités
extérieures à l'exploitation, le niveau des ventes, celui
des aides diverses, la fréquentation des marchés,
l'évaluation de la main-d'oeuvre ...
-des variables sociales relatives à la composition
familiale (sexe et âge du chef d'exploitation, taille de
la famille , niveaux scolaires ... ) le mode d'accession à
la propriété, le type de succession, les droits de
culture concédés, les modes d'acquisition de terres, les
charges sociales diverses, les relations avec la famille
en ville ...

Toutes les variables relatives à ces thèmes sont


susceptibles de se révéler discriminantes. On obtient une
typologie des exploitations apte à faire apparaître des
situations différentes dans la relation que l'homme
entretient avec la nature et qu'il construit avec sa
société et son environnement économique.

582
L'analyse des corres~ondances multi~les

Des facteurs sont établis à partir de relations linéaires


entre les variables. Le premier axe factoriel déterminera
la droi te selon laquelle la dispersion du nuage sera la
pl us importante. Le deuxième sera recherché de la même
façon parmi les formes linéaires orthogonales au premier
axe, donc indépendantes.

On déduit de cette analyse que:


-les variables constituent un espace à k dimensions
dans lequel les exploitations constituent un nuage de
points;
-les exploitations constituent un espace à n
dimensions dans lequel les variables constituent un nuage
principal.
Seules les variables "principales" participent au calcul
des axes factoriels (LEBART, 1995, P .108-141). La
variabilité du nuage ne sera établie qu'à partir de
celles-ci. Nous observons d'abord le pourcentage
d'informations conservées par chaque axe sur le nuage de
points.

Axe Pourcentage d'inertie

1 12,4 ************************
2 9,8 ********************
3 7,4 ***************
4 6,7 *************
5 5,7 ***********
6 5,1 **********
7 4,8 **********
8 4,6 *********
9 4,5 *********
10 4,2- ********

65,2

583
Nous remarquons que les axes 5,6,7,8,9,10 ont des
pourcentages voisins les uns des autres. Il faut savoir
qu'en cas de répartition aléatoire des points dans un
nuage, tous les axes conserveraient le même pourcentage
d'information sans pour cela être interprétables. Nous
limiterons, donc, notre étude aux quatre premiers axes.

Premier axe factoriel; la taille de la famille élément


essentiel de la diversification des activités

Ce premier axe contient la plus grande part d'information


(12,4%) .

Projection des variables sur l'axe:

sur la partie positive se projettent les


variables caractérisant de petites familles avec peu de
charges scolaires, celles de femmes chef d'exploitation,
sans élevage ni revenu importants et n'ayant pas tenté de
développer d'activités nouvelles. Sur la partie négative
se projettent les variables caractérisant, au contraire
de grandes familles de polygames, successeurs accordant
de nombreux droits de culture et supportant de lourdes
charges scolaires. Elles sont supportables grâce à
l'élevage de porc traditionnel mais aussi aux tentatives
de diversification maraîchère ou en élevage hors-sol. La
production de . fientes, l'achat d' engrais et des jachères
longues sont un atout pour la fertilité des sols. Cette
opposition indique que les exploitations tenues par des
femmes et défavorisées par une main d'oeuvre et un
foncier peu importants sont aussi les moins aptes à
diversifier leurs activités et à maintenir la fertilité
des sols.

584
projection des exploitations sur l'axe:

Sur la partie positive de l'axe se projettent des


exploitations de caféiculteurs successeurs
"traditionnels", caractérisées par l'abondance de main-
d'oeuvre, la présence d'élevage de porc et le
développement d'activités maraîchères. Opposées à celles-
ci les exploitations projetées sur la partie négative
appartiennent à des femmes veuves sans main-d'oeuvre et
sans activités autres que la culture vivrière. Sans
élevage et production de fiente, sans possibilité d'achat
de terres pour soulager la pression sur l'écosystème, la
gestion de la fertilité des sols est difficile pour cette
seconde catégorie. Ces deux types opposés d'exploitation
agricole se retrouvent indifféremment dans tous les
secteurs géographiques de la région.

Signification de l'axe 1:

Cet axe met en évidence l'importance de la famille dans


le développement et la diversification des activités
agricoles. Loin de ne constituer qu'une charge en
scolarité, une famille nombreuse constitue une main-
d'oeuvre d' appoint considérable, des relations avec les
scolaires en ville et tout ce qui s'y rapporte, des
transferts financiers de la part des plus grands enfants.
Ces caractéristiques familiales conditionnent la présence
d'un élevage et la production de fientes. On peut
imaginer leur influence indirecte sur l'entretien humique
des sols. En offrant une grande disponibilité en terres
et la possibilité d'acquérir plusieurs épouses, la
situation de successeur apparaît comme un avantage
considérable y compris pour la fertilité des sols. Pour
les exploitations qui ne bénéficient pas de ces avantages
familiaux, - l'avenir est: incertain, offrant peu de
perspectives propices à Ides -réactions énergiques face à
la crise et à la gestion rde la :fertilité'. On est dans une
dynamique de dégradation lente des conditions actuelles.
585
1er axe factoriel

Projection des variables sur l'axe

partie positive + de 2 enfants en primaire


+ de 10 résidents
Polygame de 2 épouses et plus
Vend des animaux
Plus d'l pers. va au marché
Plus de 40TH
1 truie ou plus
successeur
achète des aliments du bétail
Hozmne
production de fientes
dépenses de scolarité> sOOOOFCFA

Fezmne
pas achat alLments pour bétail
pas successeur
pas de truie
pas d'enfant en bas-age
revenu total < à 150 OOOFCFA
moins de 2 enfants
moins d'l personne au marché
pas de vente d'animaux
moins de 2 OTH
pas de revenu d'élevage
pas d'épouse
partie négative personne seule
pas d'enfant en primaire
moins de 6 résidents

586
De~~ième axe factoriel: la migration favorable à
l'innovation agricole

Il traduit 9,8% de la variabilité du nuage.

Projection des variables sur l'axe:

Sur la partie positive se projettent les variables


caractérisant les jeunes chefs d' exploitation instruits
et monogames, développant de nouveaux systèmes de
culture, maraîchers et fruitiers plutôt que caféiers. Ils
conservent, après leur passage en ville, une activi té
hors exploitation (artisanat surtout) qui les rend
autonomes pour payer les frais de scolarité et de santé.
Sur la partie négative, nous trouvons les variables
caractérisant les chefs de ménages peu instruits n'ayant
pas eu d'expérience passée en ville. Ils sont installés
sur des systèmes de cultures traditioIUlels avec arabica
qu 1 ils vendent à la coopérative et ne développent ni
activité maraîchère ni fruitière. Leurs revenus totaux
inférieurs à 150 000 FCFA les oblige à se faire aider
pour payer la scolarité des enfants et parfois les
dépenses de santé.

Projection des exploitations sur l'axe:

Sur la partie positive se projettent les exploitations


des jeunes migrants de retour des régions périphériques
peu peuplées du plateau bamiléké. Ils sont
particulièrement nombreux dans la reg1.on du NKAM,
produisant piments et autres légumes vendus dans les deux
grandes villes du pays. Ils s'appliquent à entretenir la
fertilité de leurs terres, déployant beaucoup
d'imagination et de temps à pailler leurs cultures. La
complicité qu'ils ont avec leur épouse facilite le

587
partage des tâches entre l 'homme qui cultive et la femme
qui l'aide à la culture et à la vente des produits.
Quand ils ont du café, ils s'arrangent pour en tirer le
meilleur prix en s'adressant à des acheteurs privés
plutôt qu'à la coopérative.
Sur la partie négative on a la projection d'exploitations
dont le chef est une fenune et on a de vieux planteurs
traditionnels d'arabica à la fois peu instruits et
n'ayant jamais quitté l'exploitation. Cela correspond à
des systèmes conservateurs qui vivent exclusivement des
revenus du café vendu à la coopérative et qui font de
maigres efforts pour l'intensification. On retrouve ces
exploitations dans les zones les plus densément peuplées
du coeur du pays bamiléké, là où la situation foncière
est devenue rigide.

Signification de l'axe 2:

Cet axe met en évidence la corrélation entre un passage


en ville du chef d'exploitation et la nature et la
diversité des systèmes de culture. Ce passage conditionne
la formation et l'information trouvée en ville devient un
facteur d'innovation agricole.

588
2ème axe factoriel

Projection des variables sur l'axe

partie positive chef de ménage instruit


une seule épouse
chef ménage de moins de 30 ans
+de 3 activités développées
chef de ménage monogame
honnne
a planté des arbres en 1992
chef ménage scolarisé en ville
pas d'arabica
développement du maraîchage
développement des fruits
scolarité payée par chef ména.

revenus arabica > à 30 OOOFCFA


planteur traditionnel pas d'immigrés revenus
--------> pas de revenus maraîchers
plus de 10 enfants
plusieurs épouses
plus de 53 ans
scolarité payée par autres
pas dév. act. fruitières
pas planté d'arbres en 1992
pas dév. act.maraîchères
o année en vill
femme chef d'exploitat femme
-------> 0 act dévelop par chef de mén
chef de, ménage sans instruction

partie négative __

589
Troisième axe factoriel: le handicap des zones isolées

Il traduit 7,4% de la variabilité du nuage.

Projection des variables sur l'axe:

Sur la partie positive se projettent les variables


caractérisant des zones très isolées qui interdisent des
activités commerciales extérieures. La modalité "revenus
du Robusta supérieurs à 100 000 FCFA" a un poids
important sur cet axe, le café robusta bénéficiant d'une
fertilisation chimique non négligeable et d'une bonne
protection phytosanitaire. L'isolement ne permet guère
qu'une timide diversification en maraîchage. Sur la
partie négative se projette une série de variables
caractérisant au contraire les exploitations fortement
tournées vers des activités extérieures. Des activités
commerciales se sont développées face à la crise.
L'agriculture vient en appoint parce qu'on a peu de
terres et une main-d'oeuvre insuffisante. L'achat du bois
utilisé est révélateur de la distance entre ces
exploitations et le milieu naturel.

Projection des exploitations sur l'axe:

Sur la partie positive, on retrouve les robustaculteurs


des régions très isolées à densité moyenne surtout dans
le NKAM (Fondjomkwet) et dans la partie sud de la MENOUA
(Fossong wentcheng). L'isolement caractérisé de ces zones
ne permet pas d'alternative à une intensification de la
caféiculture malgré l'abondance de terre et de main-
d'oeuvre.
A l'opposé, sur la partie négative, apparaissent les
exploitations de la MIFI, très bien desservies par les
voies de communication et celles situées à la périphérie

590
sud du NDE proche de Bafang ou le long de l'axe qui mène
à Douala.

Signification de l'axe 3

Cet axe subordonne la pluri-activité des exploitations et


la possibilité de diversifier les activités agricoles à
de bonnes infrastructures routières.

~ _~: - J ..Â.. ... ;.

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- -".; ~ - .

591
3ème axe factoriel

Projection des variables sur l'axe

partie positive pas d'activité hors exploitation


pas de double-actif
pas de revenu du commerce
revenu en robusta > 100 OOOFCFA
utilisation produits phyto
accès à l'exploitation difficile
développement du maraîchage
- de 2 activités maraîchères
pas de développement des fruits
+ de 4 sacs d'engrais achetés
- de 70 000 FCFA en maraîchage
plus de 3 actifs
moins de 4 lots distribués

développement du commerce
scolarité à payer > 60 000 FCFA
des droits de culture
moins de 2 UTH
moins de 2 lots distribués
bois de chauffage acheté
développement des fruits
1 actif
pas utilisation de produits phyto
pas développement act maraîchères
rev. du commerce > à 60 OOOFCFA
pas de revenus maraîchers
plusieurs double-actifs
activité hors exploitation

partie négative

592
Quatrième axe factoriel: la densité de population facteur
d'intensification

Il contient 6,7% de l'information totale.

projection des variables sur l'axe:

Sur la partie positive de l'axe sont projetées les


variables caractéristiques des zones de faible densité,
mises en culture par des plantations de robusta. Celles-
ci sont conduites de façon extensive sans engrais et avec
peu de traitements sanitaires. La situation périphérique
des zones concernées favorise les échanges avec Douala et
Yaoundé: on note le poids important des variables
"accueil de scolaires venus de la ville, "plusieurs
étrangers par ménage" et "migrants de retour". Sur la
partie négative, nous trouvons, au contraire les
variables caractérisant les zones densément peuplées
surtout exploitées en maraîchage. L'intensification des
terres apparaît par la projection des variables "jachère
de moins d'l an", "utilisation de produit phytosanitaire"
et "utilisation d'engrais".

Projection des exploitations sur l'axe:

Nous trouvons ici opposées, les exploitations des


robustaculteurs du Ndé et certaines du Nkam qui
présentent des systèmes de cultures peu extensifs
(jachères de plus de 5 ans) sur un foncier non limitant
(pas d'échanges de droits de culture ou de problèmes de
divagation animale) à celles des maraîchers des Bamboutos
à l'étroit sur leurs terres. Ces derniers ont de petites
familles (pas d'étranger sur l'exploitation, moins de 2
enfants) en relation avec leurs ressources foncières.
593
Signification de l'axe 4:

Cet axe met en évidence l'influence de la densité de


population sur l'intensification des systèmes de culture.
On observe de grandes variations dans les systèmes de
culture en fonction de la contrainte foncière. Nous
voyons aussi que les disponibilités foncières
interviennent sur l'accueil ou le retour de citadins, la
migration apparaissant bien comme un système régulateur
de la pression foncière.

594
4ème axe factoriel

Projection des variables et modalités sur l'axe

partie positive Irevenus robusta < à 100 OOOFCFA


1 zone de faible densité démo.
1 département du Ndé
revenus robusta > 100 000 FCFA
pas d'utilisation d'engrais
- 3 000 FCFA de produits phyto
pas de droits de culture demandés
pas de revenus d'élevage
pas de revenus de maraîchage
pas d'arabica
plus étrangers-résidents accueil
scolaires accueillis
+ d'un migrant de retour revenu
possède parcelles hors bamiléké
des jachères de plus de 5 ans

achat d'aliments du bétail


pas de scolaires accueillis
+ de 2 activités maraîchères
vente d'animaux
pas d'étrangers accueillis
moins de 4 sacs d'engrais
jachères de moins d'l an
droits de culture demandés
zone de forte dens de population
revenus d'élevage < à 50 000 FCFA
pas dévelop activités maraîchères
+ 3 000 F de produits phyto
rev. maraîchage> à 70 000 FCFA
département des Bamboutos
pas de robusta
partie négative

595
Classification ascendante hiérarchique

Elle a pour but de compléter l'analyse des


correspondances multiples en individualisant des groupes
d'exploitations (LEBART, 1995, p.155-176). La
classification hiérarchique réalise une partition des
exploitations, dans laquelle chacune est d'abord prise
séparément jusqu'à une partition en un seul groupe. Ces
partitions successives sont représentées par un arbre.
Elles correspondent à une perte d' inertie ou indice de
niveau telle qu'il apparaît des comportements types
différenciés. Le critère de ressemblance entre individus
est celui de la distance calculée par le KHI2. Les
individus appartenant à une classe prennent des valeurs
proches pour toutes les variables caractéristiques de la
classe. Chaque classe s'établit par une combinaison
linéaire des facteurs (voir annexe 1). La classification
établie à partir des facteurs plutôt que des variables
limite les risques de déformation liés aux projections et
améliore la partition en classes plus homogènes. Cette
complémentarité des analyses augmente donc la lisibilité
des résultats.

Etude détaillée des classes

Pour mieux comprendre ce qui différencie les


classes et ce qu'on peut en attendre en terme de
maintien/ renouvellement de la fertilité, il faut que
nous partions des résultats tirés des analyses pour aller
vers une description détaillée de chaque situation. Pour
définir le niveau de maintien ou de renouvellement de la
fertilité, nous avons intégré un certain nombre de
critères explicites: longueur des jachères, apports
d'engrais et de produits phytosanitaires, maintien ou
baisse des rendements vivriers. Nous leur avons adjoint
596
d'autres éléments: densité de population, tenure
foncière, itinéraire de vie du chef d'exploitation,
instruction etc. Notre argumentation se réfère à des
données qualitatives comme quantitatives recueillies au
cours de plusieurs enquêtes:

CLASSE 1: Les exploitations isolées du NKam et du


Ndé : produc tion extensive en rapport avec les besoins
d' une population éparse {22% des exploitations de notre
échantillon)

L'absence d' activi tés extérieures dans ces


exploitations où domine la culture de Robusta s'explique
par leur accès difficile qui gêne l'écoulement des
produits ou l'approvisionnement. Les atouts de ces
exploitations sur le plan fertilité sont fonction des
faibles densités de population. La pression sur le
foncier est modérée. Cela se traduit par des jachères
superleures à 5 ans, par la faiblesse des demandes de
lots de culture, par la possibilité de conduite extensive
du café, sans engrais ni produits phytosanitaires. Les
besoins des ménages sont importants pour ces familles qui
malgré plusieurs étrangers accueillis ne déséquilibrent
pas leurs ressources. Seule une activité maraîchère peut
conduire à l'intensification de la production (achat
d'engrais et de pesticides). Faute de pouvoir être
transportée, elle est vendue localement restant toujours
dans des limites "raisonnables" de surface et de
rendement. On est loin du maraîcher spécialisé mettant
engrais et pesticides en quantités telles que l'on peut
craindre pour l'environnement. Le maraîchage représente,
ici, une façon d'occuper les 3 actifs moyens par
exploitation.

597
CLASSE 2: Les exploitations au chef de ménage
instruit: une ouverture sur l'extérieure au service de la
fertilité des sols (26% des exploitations de notre
échantillon)

Au moment où le nombre d'exploitants instruits est


limité, cette caractéristique se révèle un atout
considérable pour l'exploitation. La plus grande partie
d'entre eux est constituée par des jeunes de moins de 30
ans qui de retour au village, vivent en monogame et
conservent des activités hors exploitation conduites en
parallèle à l'agriculture. Celles-ci peuvent être à
l'origine du financement d'activités agricoles nouvelles
de production maraîchère, fruitière ou animale. Ils ont
donc des spéculations plus diversifiées. Région à faible
densité de population et sans problème de fertilité des
sols, le Nkam accueille une majorité de ces chefs
d'exploitation. Les produits phytosanitaires appliqués
sur les légumes délicats favoriseront leur croissance
tandis que la fertilité des 5015 est garantie par de
longues jachères superJ.eures à 5 ans encore possibles
dans ces régions. Instruits également, grands polygames
et successeurs, d'autres chefs d'exploitation plus âgés
se révèlent aussi dynamiques que les premiers pour
développer maraîchage, fruits et productions animales.
Ils ont une main-d'oeuvre suffisamment importante (plus
de 4 UTH) pour être à la recherche de terres cul tivées.
Ils en achètent et demandent des droits de culture. Ils
soignent la fertilité de leurs sols en complétant les
jachères de longue durée (> 5 ans) par l'apport
d'engrais. L'instruction des producteurs favorise,
indépendamment de leur âge, les activités extra-agricoles
qui rejaillissent positivement sur l'agriculture.

598
CLASSE 3: Les exploitations des non successeurs "de
la Mifi et du Ndé: obligés d'intensifier, ils sont
parfois à la limite de la surexploitation des honunes et
des sols (19% des exploitations de notre échantillon)

Avec peu de terre, ces jeunes exploitants non


successeurs n'ont guère le choix en dehors de
l'intensification. Les fruits, le maraîchage, l'élevage
hors-sol sont des spéculations qui peuvent permettre de
s'en sortir sur un foncier exigu. Malheureusement, ces
exploitants sans grands moyens n'ont pas toujours de quoi
acheter engrais et pesticides pour compenser les
exportations des cultures. On utilise en moyenne moins de
4 sacs d'engrais par exploitation. Les jachères de moins
d'un an dans des zones comme les Bamboutos font craindre
pour le maintien de la fertilité. Les problèmes fonciers
y sont tels qu'on est souvent obligé d'acheter le bois,
ce qui était inimaginable il y a peu de temps. La
production de fumier est souvent mal gérée et
insuffisante pour représenter une solution à la fertilité
des sols. Les plus acculés sur le plan foncier sont
obligés de se tourner vers des activités commerciales
pour faire vivre la famille. Les droits de culture ne
suffisent pas à régler leurs problèmes de surfaces
cultivables. Ils connaissent aussi un goulet
d'étranglement au niveau du travail (- de 2 UTH). Ils
développent alors des productions plus économes en main-
d'oeuvre que le maraîchage. La cul ture des frui ts leur
convient bien. Les produits phytosanitaires sont alors
absents de ce système de culture extensif. L'artisanat
fait parfois partie des petites activités annexes
utilisées pour arrondir les fins de mois.

599
CLASSE 4: Les exploi ta tions de femmes: peu
diversifiées et extensives (11% des exploitations de
notre échantillon)

Gérées par des femmes seules, le plus souvent


veuves et sans instruction, ces exploitations se
caractérisent par un système de culture vivrier sans
apport d' intrants . Les animaux· sont absents. Le nombre
réduit de résidents limite la main-d'oeuvre et exclut des
activités comme le maraîchage. Des spéculations
extensives telles la production de fruits ou d' arbres
impliqueraient du temps pour les vendre et un réseau de
commercialisation dont elles ne disposent pas. Elles
n'ont ni le temps ni les il'.archandises à vendre pour se
rendre au marché chaque semaine. Leur âge, l'absence de
savoir-faire précis et d'instruction en général leur
interdit d'envisager une double-activité qui viendrait en
appoint de l' agricul ture. Ces observations expliquent la
faiblesse de leurs revenus, moins de 150 000 FCFA par an
et un fonctionnement presque autarcique. Elles expliquent
le peu de diversification, d'intensification du milieu et
de résultat. L'absence de successeur et de projet précis
pour l'avenir est vraisemblablement la raison profonde de
ces performances réduites. C'est l'insuffisance des
moyens financiers qui entrave l'utilisation d'engrais
dont elles reconnaissent parfaitement l'intérêt. Elles
confient donc, aux seules techniques culturales, le soin
d'entretenir la fertilité des sols. Celles-ci sont
nombreuses: associations culturales complexes intégrant
des légumineuses, restitution des résidus de récolte,
écobuage, billonnage transversal à la pente. Seule la
jachère est parfois abandonnée sous la pression
démographique.

600
CLASSE 5: Les exploitations de grands planteurs
traditionnels d'arabica: combinaison de techniques
modernes et traditionnelles pour l'entretien de la
fertilité (22% des exploitations de notre échantillon)

A la tête de grosses familles, plus de deux épouses


et plus de 10 résidents, ces planteurs n'ont, a priori,
pas de problème de main-d'oeuvre. On compte, en moyenne,
4UTH par exploitation. Successeurs de leur père ils sont
également bien dotés en terre et se permettent de
distribuer des lots (2 lots en moyenne). Comme les
femmes, ils n'ont jamais séjourné en ville et sont peu
instruits. Ils ont pour les mêmes raisons peu d'attirance
pour les activités extérieures à l'exploitation.
L'élevage, surtout porcin est l'une de leurs spéculations
favorites à côté du café. Ils investissent dans cet
élevage en achetant aliments et produits pharmaceutiques.
C' est une production destinée à la vente. Le café est
vendu, lui aussi, en général à la coopérative. Ils
développent souvent quelques activités maraîchères.
L'ensemble leur procure des rentrées d'argent plus
élevées que dans le cas précédent. Mais leurs nombreux
enfants les amènent à faire appel à toute la famille pour
le paiement de la scolarité. Plusieurs scolaires sont en
ville, souvent pris en charge par les familles d'accueil.
L'entretien de la fertilité des sols est facilité par la
production de fientes. Pourtant, celle-ci réservée aux
terres les plus proches des habitations, en général la
caféière principale, ont une action limitée dans
l'espace. L'engrais, plus de 4 sacs en moyenne achetés
par exploitation est utilisé en complément sur le café,
parfois sur le mais. Le troisième volet de l'entretien
des terres revient aux qualités protectrices du système
agro-forestier développé en arabiculture et autres
techniques de restitution des résidus de récolte.
Intensif, leur système de culture "traditionnel" est
plutôt favorable au renouvellement de la fertilité.

601
TABLE DES lVIATIERES
SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRO~lES
SOMt-"AIRE 2
INTRODUCTION 3

1° PARTIE
LA PLACE DU SOCIAL DANS LA GESTION DE LA FERTILITE
AGRONOMIQUE

Introduction 40

CHAPITRE 1
Les trois approches possibles de la fertilité 42
-approche analytique de la fertilité 42
-approche systémique de la fertilité 52
-approche sociale de la fertilité 59
CHAPITRE 2
Les modalités de gestion du milieu: les concepts-clés 66
-l'artificialisation spontanée 69
-l'innovation technologique et sociale
venant du dehors 73
CHAPITRE 3
Les modalités sociales de renouvellement de la
fertilité 81
-la question de la reproduction à long
terme de la fertilité 82
-l'impact des rapports sociaux et des
régulations à diverses échelles 86

602
II O PARTIE
L'ÉCOSYSTEME COMME CHAMP DES POTENTIALITES

Introduction 94

CHAPITRE 4
Les plantes cultivées dans le contexte de la région 96
Le maïs 97
*La variété locale une constante des
associations 98
* ... avec une sensibilité au stress
hydrique 99
* ... dans laquelle le choix de la date
de semis a une part essentielle de
responsabilité 100
*Son rôle alimentaire de premier
plan lui vaut d'être très soignée 101
Les tubercules 104
*La pomme de terre, plante de
lumière abondante après jachère 105
* ... avec en culture pure comme en
culture associée, un bon comportement
de la variété locale 105
*Le macabo à l'ombre des caféiers
et en zone humide 106
*II existe plusieurs espèces
d'Igname ... 108
* ... dont l'igname jaune
(Dioscorea dumetorum vraiment
rustique 108
*Le manioc a pour premier ennemi les
chèvres 109
*La patate douce comme aliment
d'appoint 111
Banane et plantain 111
*Une grande variété d'espèces mais
peu de sélection 114

603
Les légumineuses 115
*L'arachide:une plante sensible à
l'appauvrissement en matière
organique 115
* ... et fortement incommodée par
l'ombrage 116
*Le haricot:ses multiples variétés
offrent une grande souplesse
d'utilisation dans les associations 117
*Une grande souplesse que l'on
retrouve pour la conservation 119
*Le soja a été l'objet d'un grand
projet de développement 120
Les cultures légumières 122
*Un ensemble botanique très
hétérogène. . . 122
*Le climat tropical impose ses
exigences 123
*Des maladies relativement
nombreuses 124
*Les variétés locales n'ont pas pu
être améliorées 124
*Des recommandations pour la
fertilisation ont été faites 125
Les fruits 126
*Une production où dominent les
plantes pérennes hautes 127
Le café 128
*Malgré ~~e écologie favorable,
l'arabica est une culture délicate 128
*La variété jamaique reste la plus
adaptée au mode de culture rustique 129
*Le café a été développé comme
élément d'un ensemble agro-forestier131
Les autres cultures 131

604
CHAPITRE 5
Le rapport climat/plante 133
L'eau et la plante 133
*Deux cycles de culture possibles 133
*La grande régularité des pluies au
démarrage rend assez rare le cas de
re-semis 137
*L'excès d'eau en période de récolte
évité par le semis précoce du maïs 137
*Une humidité atmosphérique propice
aux maladies 139
La température et la plante 141
*Des températures printanières
favorables à une grande gamme de
végétaux 141
* ... et dont l'alternance est
appréciée par le maraîchage 142
La lumière et la plante 144
*Un déficit lumineux qui allonge le
cycle des cultures 144
*Des jours courts qui n'autorisent
pas certaines floraisons 146

CHAPITRE 6
Le rapport sol/plante 149
La fertilité du plateau basaltique
exploitée par des associations complexes 149
*Les sols profonds et largement
exploités de la partie centrale du
plateau... 149
* ... bénéficient d'une occupation
dense faite de systèmes agro-
forestiers 151
La fertilité du plateau granitique
entretenue par la jachère 151
*Les sols peu profonds,
perpétuellement rajeunis par érosion
dans la partie granitique... 151
605
* ... dont la fertilité dépend des
périodes de jachère 153
La fertilité des sols cendreux, la
nécessité de bien choisir le calendrier
cultural 154
*Riches, profonds et séchants, les
sols récents sur cendres
volcaniques. . . 154
* ... menacés par les cultures
maraîchères irriguées 154
La fertilité sur l'ensemble de la région:
les bonnes cultures aux bons endroits 156
*Dans l'ensemble des sols pauvres en
phosphore 156
*Sujets à inondation, les sols de
bas-fonds doivent être aménagés 157

CHAPITRE 7
Les effets du relief 159
Un couvert végétal dense, seul frein à
l'érosion 159
*L'escarpement méridionnal: barrière
à la mousson et domaine de la forêt
sempervirente 159
*Un plateau au modelé do~x et en
situation sous le vent ... 160
* ... mais une ambiance climatique en
trompe l'oeil, à l'agressivité non
négligeable 162
Une érosion contenue par la culture
temporaire 163
*Une zone Sud granitique au relief
affirmé ... 163
*occasionnant une dynami~~e de
versant guère plus importante que
sur basalte si on respecte les temps
de jachère 165

606
Risque érosif accru surtout en système
de culture pure 166
*La zone d'altitude:crêtes, ·vallées
encaissées, escarpements et piémont
au relief plus modéré 166
*Des températures plus fraîches qui
déplacent la gamme des cultures 168
*Mais une érosion qui limite
l'extension du front pionnier 170

CHAPITRE 8
Le bilan eau/sol/relief/plante 171
La diversité végétale, garantie contre les
risques climatiques, édaphiques, érosifs 171
*Des écosystèmes plus ou moins
durables 171
*L'eucalyptus bien adapté en sommet
de colline ... 172
* ... il serait bon de l'associer 173
L'association des cultures est adaptée à
toutes les situations géographiques et
économiques 173
*Les écosystèmes agro-forestiers
sont des systèmes mûrs reproduisant
la végétation climacique... 173
* ... opposés aux systèmes maraîchers
de monoculture intensive 174

607
III O PARTIE
LA VALORISATION DE L'ÉCOSYSTEME PAR LA TECHNOLOGIE

Introduction 176

CHAPITRE 9
L'échelle spatiale de la prise en charge: l'exploitation,
les champs, les parcelles, l'assolement 178
A l'échelle de l'exploitation 178
*Une surface agricole utilisable
réduite 179
*Une nécessaire intensification du
mode d'exploitation du sol 181
*Dégradation des pratiqués
d'entretien de la fertilité 183

*La force de travail disponible 185


*Le café: concurrent ou allié des
vivriers? 192
A l'échelle du champ 201
*Des soins différenciés par type de
champ 203
*Fertilisation: la combinaison des
ressources internes et externes 204
*Des vivriers qui profitent au
passage des soins apportés 214
A l'échelle de la parcelle 216
*La taille réduite et la dispersion
des parcelles: contraintes
sociales 216
*La dispersion des parcelles et
l'allongement consécutif du temps
de trajet est un autre inconvénient
du système de distribution
de terres 217
*L'intensification: mélange
d'organique et de chimique 219

608
*Des observations sur les parcelles
pour comprendre le choix des
associations 221
*La nécessité d'avoir des critères
synthétiques sur le couvert
végétal 225
*Règles d'organisation des
associations végétales 229
A l'échelle de l'assolement 242
*La jachère se traduit par une
spécialisation des associations 244
*La position de la parcelle dans la
pente n'entraîne pas de
modifications systématiques dans le
choix des associations 247
*Le café déplace la composition
végétale des vivriers vers des
espèces sciaphiles 249
*Comment décrire l'impact du café
sur les associations végétales 249
*Les variations locales observées
dans les associations 259

CHAPITRE 10
Les options dans les arrangements techniques 264
Options prises en fonction de motivations
sociales 266
*Des champs de femme plus intensifs
que les champs d'homme 266
*La caféière: un champ doublement
intensif où l'homme et ses femmes
cultivent ensemble 267
*Les champs à statut précaire: des
champs simplifiés 269
*Que le champ soit fertile ou non,
lorsqu'on a peu d'espace, on doit en
retirer un maximum 269

609
Options prises pour des raisons techniques270
*Le champ de case: le plus intensif
des champs proches 270
*La reprise de jachère: un champ
particulier 271

CHAPITRE 11
Les pratiques ou nmanières n de cultiver 273
Créer des conditions de fertilité avant
semis, des connaissances accumulées, une
innovation permanente 274
*La jachère herbeuse est le moyen
utilisé traditionnellement ~our
reconstituer la fertilité 274
*Une préparation du sol en trois
temps 276
*Un temps de travail allongé après
jachère 278
*L'écobuage s'impose après une
jachère de longue durée 280
*Le billonnage transversal et
cloisonné: une technologie
efficace... 284
* ... de qualité parfois inégale 287
Le semis: difficile choix des dates et
des densités, savoir-faire individuel et
organisation communautaire 287
*Un semis en temps voulu, facteur
de réussite de la culture 287
*Le semis en poquet, une sécurité
supplémentaire 289
*Les fortes densités de haricot à
interpréter par rapport à la
maîtrise de la récolte 290
*Les densités de maïs fonction des
aptitudes agronomiques des sols 291
*Des significations différentes
pour les densités en tubercules 291
610
*Le mélange des graines pour gagner
du temps 292
*Le semis délicat du deuxième cycle 293
*Un billon écobué sur lequel on sème
tout à la fois 293
Des priorités entre les champs pour
conciliers les disponibilités en travail
et les impératifs alimentaires 294
*Les premiers sarclages, un goulet
d'étranglement ... 294
* ... à faire en temps voulu si l'on
veut un résultat, surtout sur
arachides et après jachère 295
*Des récoltes sur huit mois de
l'année 296
*Une bonne saison de culture est
évaluée en fonction de la récolte
de maïs 299
*Un itinéraire technique en
raccourci et un calendrier cultural
plus tardif dans les champs
lointains 299

IV' PARTIE
LA MOBILISATION SOCIETALE DES RESSOURCES EXTRA-AGRICOLES
POUR PERENNISER L'AGRICULTURE

Introduction 304

CHAPITRE 12
Les faiblesses du système agricole révélées par la
dernière crise 306
Pas de véritable soutien au secteur
vivrier 307
Forte pression économique sur le planteur
de café 310
La libéralisation du secteur 317
611
CHAPITRE 13
La gestion de la pression socio-économique sur
l'écosystème 328
Les réponses dans le registre agro-sylvo
-pastoral 331
*La recherche permanente de
l'intensification 331
*Une organisation coopérative
globalement efficace 335
*La recherche de nouvelles
ressources 337
*Ces élevages qui déçoivent 339
Les réponses démographiques 344
*peu de signes évidents
d'ajustement démographique 344
* forte émigration masculine comme
ré~Jlateur de la croissance
démographique 346
*une mobilité géographique qui se
double d'une mobilité sociale 351
Les activités extra-murales 354
*une stratégie toute indiquée en
zone densément peuplée, pour les
jeunes et les migrants 355
*une solution qui se développe et
vient en appui de l'agriculture ... 357
* ... surtout en période de crise 360

CHAPITRE 14
L'optimisation des ressources 361
L'usage du territoire 362
*Peut-on d'ores et déjà annoncer la
fin du café? 362
*La domestication de l'arbre 365
*La gestion des pentes 372
*Des difficultés à recycler les
déjections animales 378

612
*Le stockage des denrées 380
*Des espaces nouvea~x colonisés 383
*L'optimum dans l'utilisation de la
force de travail 387
La mobilisation financière et identitaire 390
*Planche de salut grâce aux tontines391
*Les enjeux de la solidarité
ville/campagne 395

VO PARTIE
L'APPROCHE INSTITUTIONNELLE DE LA FERTILITE

Introduction 405

CHAPITRE 15
La gestion des terres 408
La gestion de la terre par la communauté 408
*Fonction de la terre et régulations
traditiop~elles... 408
* ... perturbées par l'arrivée du café411
Evolution sociale et relâchement du
contrôle institutionnel sur la terre 412
*Posséder de la terre: une
nécessité sociale pour le migrant 412
*Le morcellement de la terre lors
des passages successoraux 413
Des dérégulations sociales aux
conséquences agronomiques 417
*Les risques d'émiettement exagere
du foncier pour sauver la cohésion
sociale 417
*Le parcellaire particulier des
exploitations constituées à partir
d'achats 419

613
CHAPITRE 16
Le rôle de la chefferie 424
Forte pression de la structuration sociale
par le système traditionnel 424
*répartition inégalitaire des terres424
*Sécurité, solidarité, arbitrages
sont offerts en contre-partie 432
Crise ou recomposition permanente des
chefferies 433
*La chefferie contestée 433
*La chefferie en retrait 435
*L'intérêt de la chefferie 436
~
CHAPITRE 17 --"-
L'Etat: de la planification à l'absentéisme 441
Un Etat omniprésent 441
*Au service du développement de
l'appareil d r Etat. . . 442
* ... très peu du développement rural 443
La collusion des élites 447
*Des origines lointaines 447
*La scolarisation: élément
d'assimilation des élites 450
*Une "paysan,"1erie non capturée"? 4 52
Abandon de l'encadrement agricole,
resserrement de l'action de l'Etat 453
*Désengagement imposé par la
situation économique 453
*Des paysans sans Etat? 454

614
VI O PARTIE
LA VIABILITE DES MODES D'EXPLOITATION

Introduction 455

CHAPITRE 18
Les modes d'exploitations dominants et leurs
conséquences agronomiques 457
Le système agro-forestier 457
*La caféière ombragée 457
* Le système de bas-fond 463
*Le bois d'eucalyptus de sommet de
colline 465
Le système de cultures associées 467
Le système de culture pure 474
*Le maraîchage d'altitude 474
*Le maraîchage de bas-fond 479

CHAPITRE 19
Les déterminants sociaux des différences de gestion
agronomique 481
L'accès au foncier 481
*Le système traditionnel: différents
types d'accès à l'espace et
d'environnement agronomique 482
*Le système moderne
d'appropriation: l'achat de terre 488
La condition privilégiée du successeur 490
Le statut défavorable des femmes 493
Les ressources des migrants de retour (de
la bordure méridionnale du plateau) 494
L'obligation de l'extensif pour les
exploitations enclavées (Fondjomekwet,
Bendoumveng) 496

615
Conclusion 498
Sources et bibliographie 506
Table des tableaux 535
Table des figures 540
Table des planches photographiques 543
Annexes 544
Table des matières 602

616
Résumé

La ges~io~ de la =ertil~té des sols est une


p~éo::'::.:::at':"or. constante dans une zone densément peuplée
co:mr.e :'e ;::ays bamiléké. Malgré un climat ag~essif , un
re~le: ~i= et des risques é~osifs non négligeables,
g~~c:e à L:~ écosystème diversifié, des savoirs et des
sa""o~:--:a~=e accum'Jlés, l' ag~iculture familiale de
ceLte :-é:::ion a globalement atteint ses objectifs. La
::é:-~oèe de crise actuelle marquée par la libéralisation
de l'é.:::;nomie et se traduisar.t par la supp~ession des
subve~:~c:~s aux int~ants e~ par ~e recul de
l'er.caè=e~e~t agricole a souligné la dépendance aux
engra~5 de ce~te agriculture pour sa réussite. La
ten:ia::ce à la baisse de la p~oduction est suffisamment
~ette ::::n.::- la placer dans l'obligation de trouver des
moyens co~recteurs à ces pertt.:.rbations. L'accroissement
Je :..' e::f~cacité des e:·:ploitations attendu de la
2.ibéra:'~sation présupposait 2.' existence decondi tions
de :-é:.:.ssi ~e pou~ l' éla~gisse!ï.enl: et l' a::-Lélioration de
le'..:~ :::a;aci té de product ion qt.:i n'existe::: pas. Ainsi,
les Exploitations n'ont pas pu prcfiter de la
dèva2.t.:a:io~ de janvier 1994 et de la hausse consécutive
dè: :::-i:·: ::ayé au p2.anteur pou~ son café. A:l contraire,
une ges:icn agronomique moins soignée et des risques
a::::::-t.:.s pour la fertilité des sols sont allés de pair
a"le::: ~a dégradatio:1 des conditions de vie des ménages.
Les S::"stè:.te5 ce culture les plus mode~nes COITL11e le
mara:.:::r.age ont été pa~ticulièrement desservis par
l'a.:cr:::~ssement des difficultés d'approvisionnement en
intrar.:s et par la perte de pouvoir d'achat des ménages
'Jrba:"l".s. Sur le long terme, ces systèrr.es de culture se
50:1: ~é'lélés moins rustiques, ayant du mal à résister
au re::::urr.ement de conjoncture. Cela rappelle l'intérêt
des associations de cultures classiq;Jes pour leur
viabi:'~té à travers des mécanismes de dispersion des
risques et leur fonctionnement sur les ressources
lo:::a2.es.
Se2.on ~ous, le maintien d'une agriculture intensive va
déoer.j~e du groupe social et de son aptitude à mobiliser
ses resso:.:rces pour optimiser l'utilisation du milieu.
Pot:rtar.t tout en suscitant un espoir, rien ne laisse
suppose~ dans cette mobilisation q'Je les dégradations
ac:uel~es seront facilement compensées. Si on a toujours
eu l' :-:abi i:.ude de gérer de fortes densités sur un espace
de plus en plus restreint par l'émigration la
poursuite de celle-ci bute sur les problèmes économiques Abstract
ressentis par les ménages urbains. On note un
soulagement certain des exploitations grâce aux
activités extra-agricoles mais trop localisé et réservé The management of soil fertility is a continued
à celles qui disposent d'une force de travail preoccupation in the densely populated Bamileke region.
Ir.spi~e of a difficult climate, a hilly terrain, and the
disponible. Largement développés la gestion des arbres
~isk of significant soil erosion, the family farming
et des pentes ainsi que le recyclage des matières
organiques sont plus que jamais une nécessité mais on system of that region has largely achieved its goals.
déplore encore trop de pertes lors de la conservation This has been due to a diversified ecosys"Cem and the
des récoltes. La recherche incessante d'espaces nouveaux accumulated knowledge and know-how. The current economic
gagnés sur les zones marginales autrefois peu exploitées crisis, marked by the liberalisation of the economy,
ne doit pas masquer les problèmes d'organisation du "Chat led to the cancellation of subsidies to the inputs
travail qui se posent aux exploitations. Des questions a:ld decline of agricultural support system, underlined
restent en suspens sur la chefferie qui seI1'ble avoir the dependance of the farming system to fertilizers for
momentanément renoncé à prendre en cha~ge le rôle its success. The downward trend of production is clear
régulateur qui lui revient. Quant au démantèlement de enough to make it necessary to find means to correct
tous les contrôles de l'Etat, s'il a eu un effet positif these perturbations. The increase in the efficiency of
sur les prix payés au planteur, dans le même temps il the farms that had been expected from the liberalisation
~ad assumed the existence of conditions for success in
apparaît incompatible avec une relance de la production
et pose le problème de la protection des producteurs, the inc~ease and the improvement of their production
capacity which do not exist. Thus, the farms could not
difficile à confier au marché.
I:lake profit from the January 1994 devaluation, and the
resulting increase in price paid to the farmer for his
coffee. On the contrary, careless agronomic management,
and increasing ~isks for soil fertility, went hand-in-
ha:ld wi th the deterioration of the households living
condi tions. The most modern farming systems, such as
market-gardening, have been particularly harmed by
increasing difficulties in the supply of inputs, and by
"Che loss of purchasing power of the urban households. In
the long term, these farming systems turnedcame out to
be less rustic, being unable to hold out against the
deterioration of the economy. This recalls the advantage
of the classic system of mixed-cropping, for their
practicability through the risk diversification, and
their use of local resources.

From our point of view, the continuation of an


intensi ve farming system will depend on the communi ty,
and its capacity to mobilise its resources to make the
most effective use of the natural environment. However,
while we are optimistic about such mobilisations, it is
not evident that °they ca easily overcome the recent
degradation of the system. Even though the problem of
overpopulation of decreasing land areas has always been
solved by emigration, the continuation of this solution
bumps into the economic problems felt by urban
households. Sorne relief has been noticed on farm that
has arisen from « off» farm activities, but these are Je remercie la faculté
too limited and restricted to those wto have the universitaire des sciences
necessary man power. The weIl developed management of agronorr.iques de Gembloux et en
trees and slopes, as weIl as the recycling of organic part:iculier M Mathieu L. pédologue
material are more than ever a necessity but "Che high pour avoir envoyé Melle Nathalie
FERE~~NS en stage au Cameroun de
wastage at the point of harvesting is regrettable. Tr.e
ceaseless search for new space gained from marginal lanè février à mai 1995.
not much used in the past must not hièe the problems Son mémoire in'ci tulé Diagnostic du
linked to the organisation of labour that arise in niveau de fertilité de terres
farms. Questions remain unanswered about the chiefdoms représentatives des systèmes
which seem to have temporarily given up its role of d' exploitation villageois du plateau
regulator. As for the tearing down of aIl state control, bamiléké (Cameroun)~ a été largement
although it has had a positive outcome on priees paiè to utilisé pour la rédaction de la
the farmer, i t appears to be incompatible \-li th the partie pédologique de cette thèse
relaunch of production, and poses the problem of "Che
protection of producers which would be difficult to
leave to market forces.

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