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Experts-Comptables et Révolution Numérique

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Séminaire

Transformations numériques
n n n Séance du 6 mars 2017

Les secrets de la transformation digitale


des experts-comptables
par

n Jean Saphores n
Vice-président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables,
en charge de l’innovation, au service des cabinets

En bref

Menacée par la remise en cause de son monopole à la fin des années 1990,
la profession d’expert-comptable s’est organisée pour tirer profit de la révolution
numérique. Elle a mené, depuis plus d’une décennie, un minutieux travail
de normalisation avec les nombreux acteurs sociaux, fiscaux et bancaires. Ainsi,
cette profession qui jouit de la confiance des chefs d’entreprise a-t-elle mis
en place [Link], plateforme de dématérialisation qui concentre les flux
de quelque deux millions d’entreprises, auprès desquelles elle joue un rôle
de facilitateur, d’intégrateur et de tiers de confiance. Cette réussite de toute
une filière permet à l’expert-comptable en France de conserver auprès des PME
une place stratégique. Grâce à cette solidité sur les fondamentaux de la tenue
de compte, l’expert-comptable peut poursuivre et développer des activités
additionnelles de conseil et envisager de manière sereine la phase prochaine
d’automatisation du document qu’annoncent les progrès de l’intelligence
artificielle.

Compte rendu rédigé par François Boisivon

L’Association des Amis de l’École de Paris du management organise des débats et en diffuse les comptes rendus,
les idées restant de la seule responsabilité de leurs auteurs. Elle peut également diffuser les commentaires que suscitent ces documents.

Séminaire organisé grâce aux parrains de l’École de Paris (liste au 1er mai 2017) :

• • • • • •
Algoé 1 ANRT Be Angels Carewan CEA Caisse des dépôts et consignations Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris Île-de-France Conseil régional •
• • • • • • •
d’Île-de-France Danone EDF ENGIE ESCP Europe FABERNOVEL Fondation Crédit Coopératif Fondation Roger Godino Groupe BPCE HRA Pharma 2 • •
• • • • • •
IdVectoR2 La Fabrique de l’Industrie Mairie de Paris MINES ParisTech Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique – DGE Ministère de la Culture
• • • • • •
et de la Communication – DEPS NEOMA Business School Orange PricewaterhouseCoopers PSA Peugeot Citroën Renault SNCF Thales UIMM VINCI Ylios • • • •
1. pour le séminaire Vie des affaires
2. pour le séminaire Ressources technologiques et innovation

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Tél. : 01 42 79 40 80 – Fax. : 01 43 21 56 84 – email : pelieu@[Link] – [Link]

1
Exposé de Jean Saphores

Une fragile prérogative d’exercice


Nous sommes environ 20 300 experts-comptables, regroupés dans quelque 13 000 cabinets d’expertises,
employant 140 000 collaborateurs environ, qui travaillons pour plus de 2,5 millions de TPE et de PME –
soit les trois quarts des entreprises françaises (rappelons que la comptabilité des grandes entreprises est certifiée
par un commissaire aux comptes). Notre profession est en pleine mutation. Comme tout le monde, nous avons
été confrontés à la “révolution”, à la “transition” numérique, et nous pouvons nous demander si nous ne risquons
pas d’être “désintermédiés”, ce qui résume en somme l’atmosphère de disruption où le travail humain et l’activité
économique sont partout plongés.

Dès 1998, Frits Bolkestein, commissaire européen d’alors au marché intérieur et auteur de la très controversée
directive “services”, nous annonçait que nous ne pourrions conserver notre prérogative d’exercice sur la tenue
de comptabilité, menaçant, par conséquent, les trois quarts du chiffre d’affaires de notre profession. Ce fut
un aiguillon puissant.

Le président du Conseil supérieur, Dominique Ledouble (en fonction de 1998 à 2001) me chargea dès
ce moment d’un groupe de travail sur l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication
(TIC). Nous comprenions qu’à l’avenir, le pouvoir reviendrait à celui qui détiendrait l’information. L’Internet
apparaissait comme le média des médias – non seulement le web, mais la téléphonie, la télévision, l’audiovisuel
en général –, nous décidâmes donc de nous approprier cet instrument, pour nous-mêmes et pour nos clients.

Ainsi placé au centre des échanges d’information des entreprises, l’expert-comptable est devenu incontournable.

Apprivoiser et construire la puissance normative


Les Nations unies ont adopté, pour l’échange de données informatisées (EDI), la norme EDIFACT, utilisée
dans les administrations du monde entier ainsi que pour le commerce et les transports. En découlent différentes
normes comptables. En France, la Direction générale des impôts opte en 1997 pour la norme EDIFACT,
sous l’impulsion d’un arrêté du Premier ministre Alain Juppé, instituant son usage pour les administrations.
Créée dès 1992 par l’Ordre des experts-comptables, l’association EDIFICAS a servi de base de lancement
à l’organisation des téléprocédures selon la norme EDIFACT, contrôlant la qualité des fichiers émis grâce à
des logiciels attestés. C’est donc la normalisation qui a permis de généraliser la dématérialisation. Et nous sommes
les acteurs de cette normalisation, puisque nous sommes partie prenante du processus onusien par le biais
du groupe de travail TBG (Trade and Business Group) 14, constitué en 1997 à l’UN/CEFACT (United Nations
Centre for Trade Facilitation and Electronic Business).

En même temps qu’elle choisissait notre norme EDIFACT, INFENT (Information d’Entreprise), la Direction
générale des impôts adhérait à EDIFICAS. Nous rédigeons donc avec elle les normes concernant la liasse fiscale,
la TVA, les prélèvements à la source, l’impôt sur les sociétés, les valeurs locatives, la taxe sur les salaires,
qui régissent tous les échanges de données informatisées avec l’administration fiscale. Nous avons également
pris part à l’installation des normes sociales. Enfin, nous avons construit la plateforme d’intermédiation
[Link], vouée à servir de support à tous les types d’échanges dématérialisés : informations bancaires
(collecte des factures électroniques), redistribution par téléprocédures aux différents acteurs de documents
sécurisés et tracés, archivage de ceux-ci sur la période de prescription.

Au cœur des échanges


[Link] regroupe aujourd’hui 10 000 cabinets d’experts-comptables environ, et transmet les données fiscales
de 2,2 millions d’entreprises, soit les deux tiers de la fiscalité française. Tous les flux fiscaux d’EDI conformes

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à la norme INFENT – liasse, TVA, etc. – l’empruntent. Mais des flux sociaux transitent également par
[Link] – puisque plus de 500 000 entreprises l’utilisent pour leur déclaration sociale nominative –,
ainsi que des échanges bancaires – car les banques, contraintes aux ratios de risque de Bâle II et III, se tiennent
informées des comptes des entreprises (les experts-comptables utilisent, pour tenir la comptabilité, des relevés
bancaires, et fournissent en retour les liasses fiscales). Nous alimentons en outre la centrale des bilans de la Banque
de France (base FIBEN)pour plus de la moitié.

EDIFICAS : un véhicule normatif adapté


La norme EDIFICAS INFENT fonctionne comme un porte-conteneurs, qui décharge ses boîtes, par les voies
de la plateforme, aux différents ports d’escale. Une partie de la cargaison embarque à destination de la DGFiP
(Direction générale des Finances publiques), une autre à destination du centre de gestion, une autre encore
de la banque commerciale et une dernière enfin de la Banque de France et des commissaires aux comptes.

Tous les éditeurs de logiciels comptables passent par EDIFICAS pour mettre en place la normalisation, et nombre
d’entre eux utilisent [Link] pour les téléprocédures des cabinets d’experts-comptables et l’intermédiation
avec les autres partenaires. La plateforme a ouvert en avril 2001, avant que les procédures concernant la TVA
ne soient à leur tour lancées, au mois de mai.

Depuis 2015, toutes les déclarations fiscales professionnelles sont dématérialisées. Les formalités et les déclarations
salariales des entreprises, regroupées dans la déclaration sociale nominative, le seront elles aussi avant la fin
de 2017. Depuis le 1er janvier 2017, la facture électronique est devenue obligatoire pour les marchés publics
obtenus par les entreprises de plus de 5 000 salariés. Cette obligation va s’étendre progressivement d’ici 2020
à toutes les entreprises, y compris aux TPE, et favorisera la dématérialisation totale. Les banques, par des initiatives
du type SEPA mail (service de messagerie sécurisée entre les prestataires des services de paiement), automatisent
aussi les règlements. Une ordonnance du 10 février 2016 révise le Code civil et établit l’équivalence entre écrit
électronique et écrit papier. L’identité numérique est gérée en Europe par le règlement eIDAS, applicable depuis
le 1er juillet 2016.

Nous avons créé, le 30 septembre 2015, l’expert-comptable numérique, ce qui marque le début de notre transition
numérique. De plus en plus, les experts-comptables utilisent le Cloud et le SaaS (Software as a Service – logiciel
en tant que service), permettant ainsi à tous les utilisateurs d’exploiter les logiciels professionnels installés sur
un serveur distant, grâce auquel se met en place un travail collaboratif avec nos clients.

De moins en moins comptables, de plus en plus experts


La profession a des atouts, et le principal d’entre eux est sa proximité avec ses clients. Notre enquête de satisfaction
biannuelle montre que ceux-ci nous considèrent non seulement comme leur principal conseiller, mais qu’ils
nous reprochent d’être insuffisamment présents. Ils nous font aussi une grande confiance, pour ne pas dire
une confiance absolue – ce qui nous oblige.

Nous jouons auprès de l’entreprise un rôle de médecin généraliste, dans un marché qui nous demande d’être
de moins en moins comptables et de plus en plus experts. Nous devons donc, parfois, faire appel, comme
le généraliste, à des spécialistes, et par conséquent travailler en réseau. Mais nous demeurons indépendants,
ce qui est une force : nous pouvons refuser un client, dès lors que nous considérons que les éléments qu’il nous
fournit sont incomplets ou défaillants.

S’insérer dans les flux en les organisant…


Notre principale difficulté tient au défi social et culturel que nous devons relever : la profession doit, d’une part,
accepter le changement technologique et, d’autre part, s’efforcer de “rajeunir” l’information sur laquelle
elle travaille, pour se mettre en phase avec la rapidité de circulation des données. Ainsi établissons-nous

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actuellement (en mars 2017) les bilans de 2016. Les outils collaboratifs nous rapprochent du temps réel,
mais bouleversent nos habitudes.

La France compte 3 millions de TPE, et très peu d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui forment
les satellites indispensables aux très grosses entreprises. C’est en organisant les flux de données des entreprises,
en jouant auprès d’elles un rôle de conseil, que nous parviendrons à cette synchronisation.

La tenue de la comptabilité sera bientôt complètement automatisée ; elle est, selon certaines études, la deuxième
prestation de services la plus “ubérisable”. Nous avons donc choisi de le faire nous-mêmes : c’est plus simple
et plus fiable. Notre mission est, dans ces conditions, d’organiser la collecte des documents électroniques
que nous vérifions et validons, puisque les robots doivent être alimentés, et surtout, doivent l’être correctement.
La question de l’attestation est centrale, car le monde numérique réclame de la confiance – un maître-mot.
Nous sommes des professionnels de la confiance, qui attestons de la force probante de l’information comptable,
fiscale, sociale, juridique et financière, dont nous organisons la distribution, mais aussi la conservation, grâce
à l’archivage électronique sécurisé.

Du temps étant dégagé par la robotisation de la tenue des comptes, la partie conseil de notre activité se trouve
automatiquement renforcée.

… puis en les maîtrisant pour nos clients


En pratique, nos clients ne demandent pas nécessairement que nous réduisions nos honoraires, mais que nous
les aidions à maîtriser les flux d’information. C’est ce que nous nommons le full service : la comptabilité y est
la portion congrue, mais outre le conseil de gestion ou financier, nous avons vocation à prendre en charge
le système administratif de l’entreprise. La facture électronique, qui sera bientôt généralisée, en est un bon exemple.
En effet, beaucoup d’entreprises savent l’établir, mais non la gérer, c’est-à-dire lui apposer un sceau électronique
et la distribuer à ceux qui en sont les destinataires.

Le Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables a voulu placer l’année 2016 sous le signe de la transition
numérique, sensibilisant nos confrères à celle-ci et les accompagnant dans un processus qui demeure long,
compliqué, et qu’on ne peut mettre en œuvre seul. Mais notre action se tourne aussi, bien évidemment,
vers les entreprises, que nous devons non moins accompagner, avec l’aide du Conseil national du numérique.
Par ailleurs, nous développons des outils d’identité numérique, de statistiques, de réseau, de collecte des factures,
de coffres-forts numériques, qui nous permettront d’armer la profession pour mieux servir les entreprises.

Débat
n n n

Spécificités françaises
Un intervenant : Dans les années soixante, la comptabilité, qu’elle fût tenue par des comptables agréés ou par des
experts-comptables, avait le culte du livre et sentait l’encre. Comment avez-vous pu passer, sans altérer la confiance,
du papier à l’informatique ? Une telle mutation technologique a dû faire verser du sang et des larmes. Par ailleurs,
vous n’avez pas évoqué les normes IFRS (International Financial Reporting Standards), qui nous ont été dictées
par les États-Unis : l’adoption, aux dépens de l’amortissement historique, de la comptabilisation des actifs à partir
de leur valeur de marché (fair value) a marqué la défaite totale de l’Europe…

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Jean Saphores : Je ne porte plus de manches de lustrine ! Mon père était expert-comptable, et j’ai connu les visites
au centre informatique, les cartes perforées et les interclasseuses. En ce temps, les experts-comptables n’étaient
pas censés tenir les comptabilités, tâche alors réservée aux comptables agréés. Ils exerçaient pourtant, les uns
et les autres, le même métier. Le processus de fusion des deux professions, entamé dès la fin des années soixante,
s’est clos par la loi du 8 août 1994, nous permettant d’envisager plus sereinement l’évolution technologique
que nous avons toujours accompagnée.
Les normes IFRS ne concernent que les sociétés cotées ou en passe de l’être, et par conséquent, dans l’immense
majorité des cas, les commissaires aux comptes, non les experts-comptables, qui travaillent pour des PME ou
des TPE. Cette dichotomie n’existe pas aux États-Unis, qui n’ont pas institué de prérogative d’exercice sur la tenue
de comptabilité, et cela notamment parce que la comptabilité n’y est pas normalisée. Cela explique le fait que l’on
y pratique beaucoup l’audit.

Int. : Dans les pays anglo-saxons, à la différence de la France, de la Belgique et de l’Espagne, il n’existe pas de plan
comptable imposé par la loi. On y tient la comptabilité suivant les Generally Accepted Accounting Principles
(GAAP). Et c’est la déclaration fiscale qui fait référence.

J. S. : Grâce au plan comptable, les bilans et la liasse fiscale sont établis de la même façon par tous les logiciels.
C’est cette démarche normative qui nous a permis de participer au groupe de travail des Nations unies. Les normes
américaines commencent à être utilisées en Europe pour le reporting, comme la norme informatique XBRL
(Extensible Business Reporting Language), qui s’appuie sur les protocoles IFRS. Elle est très appréciée aux Pays-Bas,
mais n’y concerne que 14 % des entreprises, alors que nos vieilles procédures sont en France appliquées par
l’ensemble des entreprises.

Modernisation des pratiques et constantes culturelles


Int. : Les relations avec le chef d’entreprise sont-elles, dans le contexte actuel, aussi étroites qu’autrefois ?

J. S. : Oui, mais nous travaillons avec des conseillers en gestion et en gestion de patrimoine, des conseillers
juridiques, également présents dans l’entreprise. Le patrimoine professionnel et celui du chef d’entreprise, lorsque
cette dernière est de petite taille, sont bien souvent imbriqués, ce qui n’est pas le cas des grandes entreprises,
où intervient le commissaire aux comptes.

Int. : Les entreprises sortent plus rapidement et plus fréquemment leur bilan dans le monde anglo-saxon qu’en
France. Pensez-vous que grâce à l’informatisation de la collecte des données, on puisse désormais, même en France,
le présenter non plus fin avril, mais le 15 janvier ?

J. S. : C’est avant tout sa forme qui fait la valeur de notre comptabilité pour l’administration fiscale. Aux États-Unis,
les bilans sont en partie prévisionnels, raison pour laquelle les audits sont plus nombreux. Les normes que nous
sommes tenus de respecter nous ralentissent, mais nous permettent aussi de présenter à tout moment à l’inspection
fiscale le fichier des écritures comptables. En somme, nous n’avons pas le droit d’évaluer. Cela dit, nous tâchons
de sortir rapidement nos bilans, en janvier ou février, ce qui est d’autant plus aisé que notre client est un peu
organisé (indépendamment de la question du support papier ou informatique), même si cette organisation
n’est pas, loin s’en faut, le cas général.

Refuser le corporatisme et faire passer le droit dans les faits


Int. : Pourriez-vous nous rappeler la part, dans votre chiffre d’affaires, de la tenue de compte et celle du conseil ?

J. S. : En moyenne, la part de conseil est un peu inférieure à 10 %, la tenue de comptabilité compte pour plus
de 50 %, la révision 15 % environ, la déclaration sociale représente peu ou prou la même proportion, et le conseil
juridique, qui n’est pas prodigué par tous les cabinets, demeure un peu inférieur à 5 %.

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Int. : Vous êtes au cœur de tous les flux, ce qui, même si les normes françaises vous ont aidés, demande une bonne
dose de diplomatie…

J. S. : Le corporatisme est un obstacle. D’ailleurs, résoudre les problèmes de vos partenaires, c’est souvent
résoudre les vôtres. Vous aurez noté que lors de la réorganisation récente des professions réglementées,
les experts-comptables sont demeurés très discrets. Nous sommes, à l’échelle européenne, une exception, dont
rien n’indique qu’elle durera. Pourtant, notre portail a mis en place une prérogative de fait, qui résistera, même
si le législateur devait nous ôter notre prérogative de droit.
En mars 2013, l’enquête de l’Inspection générale des finances, point de départ des lois Macron, ne nous faisait
qu’un reproche : nous n’ouvrions pas notre capital. Mais l’Ordre, peu de temps avant, avait entrepris de réformer,
sur ce point, la profession. C’est l’exemple même des préoccupations d’anticipation et de collaboration avec
les instances de régulation, nationales ou européennes, qui nous animent depuis une vingtaine d’années. Ce qui
ne signifie pas qu’il ne faille pas, parfois, convaincre nos propres confrères du bien-fondé de cette philosophie.

Les moyens de la sécurité


Int. : Les grandes entreprises ont adopté des normes d’échange des données informatiques dès le début des années 1990.
Ce furent, pour les banques, les normes d’échanges télématiques banques-clients (ETEBAC), ou pour le secteur
automobile, les normes ODETTE, en Europe, et plus spécifiquement GALIA en France, conformes aux normes
internationales EDIFACT. Cependant, les délocalisations, dix ans plus tard, ont considérablement freiné cette
évolution vers la robotisation – la main-d’œuvre lointaine coûtait alors moins cher – et les algorithmes créés
à cette époque pour garantir la confiance ont été cassés. Comment aujourd’hui, un expert-comptable, avec
la formation qu’il a reçue, peut-il être considéré, face aux hackers, comme un tiers de confiance ? Les GAFA
(auxquels s’ajoute Microsoft) paient des légions d’ingénieurs pour maintenir leurs données à l’abri du piratage.
Les coffres-forts électroniques sont loin d’être inviolables et la sûreté de l’archivage numérique est une gageure.
Quels moyens avez-vous mis en œuvre pour sécuriser, au moins à moyen terme, les flux et la conservation
des données ?

J. S. : Dans les années 1990, les noms CCMX et Cegid, des principaux éditeurs de logiciels de comptabilité,
sonnaient comme ceux de divinités, dont les adeptes étaient voilés d’un nimbe de mystère. Aujourd’hui, nous
expliquons à nos confrères qu’ils doivent se prendre en charge. Pour ce qui est de la sécurité, je relève d’abord qu’il
y a deux types de tiers de confiance : celui qui garantit la fiabilité des données numériques et celui qui organise
la sécurité des serveurs – nous avons à cet égard signalé les dangers du Cloud. Si nous prétendons assurer
la première de ces missions, nous confions bien sûr la seconde à d’autres, dont c’est le métier. La plateforme
[Link] est un des quinze sites les plus protégés de France qui jusqu’à présent n’a pas été “débranché”.
Ce ne sont pas les experts-comptables qui en organisent la sécurité, mais ce sont eux qui fixent les règles du jeu.
Nous sommes les tiers de confiance des données, que nous attestons, auxquelles nous apposons notre sceau.

Int. : Mais comment faites-vous pour garantir six ans de conservation, délai de prescription pour le contrôle fiscal,
ou dix ans, pour l’archivage en général ?

J. S. : Nous recourons à des tiers archiveurs. Ce sont des spécialistes qui mettent en œuvre des protocoles
complexes, répondant notamment à la norme NF Z 42-013 sur l’archivage électronique sécurisé.

Adapter la formation et diversifier le recrutement


Int. : À la différence des ingénieurs britanniques, qui reçoivent leur diplôme de la profession, les ingénieurs français
le reçoivent de l’Éducation nationale. Qu’en est-il des experts-comptables ?

J. S. : Ils sont français, ils reçoivent donc leur diplôme du ministère, contrairement à nos homologues américains,
qui l’obtiennent de l’American Institute of Certified Practising Accountants (AICPA), ou britanniques, pour lesquels
il est délivré par l’Institute of Certified Practising Accountants (ICPA).

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Int. : Comment avez-vous formé la profession aux fonctions de conseil ?

J. S. : Nos formations sont encore mal adaptées aux évolutions du métier. Les jeunes, embauchés généralement
après trois ou cinq ans d’études supérieures, se forment dans les cabinets. Mais l’expert-comptable demeure
un généraliste et dans les domaines spécifiques, notamment l’exportation, il n’est pas plus compétent aujourd’hui
qu’hier, à l’exception de quelques confrères spécialisés. Son champ de compétence est avant tout le quotidien
du chef d’entreprise.
Le diplôme d’État d’expertise-comptable (DEC, bac + 8), est accessible après trois ans de stage en cabinet,
effectué à la sortie d’une formation universitaire ou technique. Par ailleurs, nous recrutons désormais des jeunes
qui n’ont pas été initialement formés à la comptabilité.

Int. : Quel est le profil de ces jeunes venus d’autres filières ? Faut-il être aujourd’hui formé au numérique pour
travailler dans un cabinet d’experts-comptables ?

J. S. : Nous continuons à embaucher des gens qui ont fait des études comptables, mais nous devons compléter
ces compétences par celles d’ingénieurs agronomes pour l’agroalimentaire, de commerciaux qui améliorent
la vente de nos services, de spécialistes de l’organisation en entreprise… à vrai dire, par une grande variété de
profils. Les ingénieurs en informatique sont, en revanche, peu nombreux, car nous sous-traitons l’essentiel
des prestations dans ce domaine. Nous avons obtenu que notre premier niveau de diplôme, avant le diplôme
d’État, soit celui du master, afin de récupérer le cas échéant des gens venus d’autres formations. Nous avons
tendance à recruter des gens mieux formés et provenant d’horizons plus divers, qui seront plus adaptables
aux évolutions très rapides du contexte.

Arbitrer la concentration
Int. : Quelle est l’attitude des grands réseaux d’audit – par exemple In Extenso, filiale du cabinet international
Deloitte ? Comment utilisent-ils les outils numériques ? sont-ils satisfaits de s’appuyer en France sur des bases
comme les vôtres ? Quelles sont, symétriquement, vos relations avec les éditeurs de logiciels, éventuellement jaloux
de votre position de pivot, tandis que vous-mêmes ne souhaitez sans doute pas favoriser la constitution, chez eux,
d’un monopole ?

J. S. : Nous avons de fréquents contacts avec les uns et les autres. Deloitte a séparé sa branche audit et sa branche
expertise-comptable, en l’occurrence In Extenso, qui est une nouvelle marque, et qui rachète de nombreux
cabinets. Nous devons être attentifs à ce mouvement de concentration. Les TPE pourraient s’y perdre : elles
ne verraient plus leur expert-comptable. Certains réseaux conservent de petites structures, afin de maintenir
ce rapport de proximité, mais d’autres régionalisent. In Extenso est un des gros clients de la plateforme ;
PricewaterhouseCoopers l’utilise également, ainsi que Cerfrance, pour partie. KPMG et Fiducial ont leurs
propres outils.
Quant aux éditeurs, il faut distinguer ceux que j’appellerais classiques, qui ont du mal à passer de la vente
de licence à la location (devenue le modèle d’entreprise du Cloud), et les nouveaux acteurs, venus du web,
dont les applications ne nécessitent pas qu’on en réécrive les chaînes. Lorsqu’un éditeur vendait une licence
pour une période déterminée, il en facturait également la maintenance, ce qui générait dès le début un chiffre
d’affaires important, alors qu’avec la location, les rentrées sont nettement moins massives, plus progressives.
Les habitudes sont également différentes : un éditeur installé veillera jalousement sur ses clients, tandis que
les nouveaux venus ont une culture du réseau et du partage. Tous n’ont pas la même vision de l’évolution
de leur métier. Certains sont en défense de marché, d’autres en conquête.

Vers le tout-numérique
Int. : L’administration fiscale peut déjà accéder directement aux comptes bancaires des entreprises et effectuer
des contrôles à distance. À quoi ressemblera le stade final de la numérisation ? Où en sont vos travaux sur
le coffre-fort électronique ?

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J. S. : La loi de finances rectificative de 2016 permet, à partir du 1er janvier 2017, l’examen de comptabilité
à distance. Dans trois à quatre ans, on remettra sûrement le fichier des écritures comptables avec la liasse fiscale.
Nous allons vers l’État-plateforme. Le contrôle s’industrialise. Lorsque la facture électronique sera généralisée,
d’ici 2020, et donc directement accessible à l’administration fiscale, il ne restera plus qu’à supprimer les Cerfa
(imprimé officiel dont le modèle est fixé par arrêté). Les liasses fiscales, comme les déclarations, seront devenues
inutiles.
Le coffre-fort numérique est un espace sécurisé au sein duquel on peut échanger. Le relevé d’identité
de coffre, le RIC, a fait l’objet d’une publication de la Fédération nationale des tiers de confiance (FNTC) en juin
2015. Son fonctionnement est analogue à celui du relevé d’identité bancaire (RIB). S’il est correctement utilisé,
le coffre scelle et trace tous les échanges, pour parvenir, son contenu inviolé, sur les serveurs. Il faut aujourd’hui
plusieurs années pour fracturer un coffre muni d’un scellement 2048 bits.
Le bulletin de paye électronique, qui sera généralisé, sauf refus explicite du salarié, à partir du 1er janvier 2017
par l’article 54 de la loi El Khomri, nécessite l’usage de coffres-forts numériques. Le salarié doit pouvoir conserver
son bulletin quarante-cinq ans, ou jusqu’à l’âge de 75 ans, dans un espace dont il est seul à posséder la clé, où
les dépôts sont réalisés grâce à des RIC agréés. Derrière ce coffre se construira un archivage électronique sécurisé,
qui devra, au cours du temps, remettre à jour les codes garantissant la sécurité des pièces et adapter celles-ci
aux évolutions des logiciels de lecture. Les moines copistes ne faisaient pas autre chose au Moyen-Âge.

Les exigences éthiques ne sont pas solubles dans la technique


Int. : Nous avons évoqué la généralisation des factures électroniques, la déclaration sociale nominative (DSN),
envoyée aux opérateurs de la protection sociale, les logiciels de caisse inviolables, les liasses fiscales, qui deviennent
le grand livre intégral, etc. Quel est l’état de la réflexion quant aux empiètements que pourraient signifier ces nouvelles
pratiques sur les libertés publiques et privées ? Une critique, du même ordre, par exemple, que celle déployée par
Tristan Nitot dans son ouvrage, Surveillance://, consacré aux GAFA, se fait-elle jour ? Des technologies de chaînes
de blocs – sans serveurs, sans centres de données – seraient-elles là aussi en train de se mettre en place ou du moins
d’être considérées par la profession des experts-comptables ?

J. S. : Nous sommes soumis au secret professionnel. La confidentialité, notamment sur le Cloud, est une de nos
préoccupations, et nous demandons aux éditeurs de s’y engager. Nous travaillons beaucoup sur la protection
des données personnelles, avec les spécialistes de ces domaines : la Fédération des Tiers de confiance du
numérique (FNTC), mais aussi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). La chaîne
de blocs, ou blockchain, séduit beaucoup, car la sécurité y est le produit même de la circulation des informations.
Malheureusement, elle est aussi la cible d’attaques, notamment contre le bitcoin, la monnaie virtuelle dont
elle garantit les échanges. La chaîne de blocs est aussi un excellent outil de blanchiment, car si les transactions
sont certifiées, l’identité des termes demeure inconnaissable. C’est donc une technologie intéressante, dont nous
suivons l’évolution, mais dont l’opacité entre en contradiction, pour le moment, avec notre métier.

Travail en réseau, à tous les niveaux


Int. : L’expert-comptable, avez-vous dit, est insuffisamment présent, et j’ajoute, souvent trop cher. Qui plus est,
il ne sait pas toujours répondre aux multiples questions que se pose le responsable d’une petite entreprise, voire
d’une association. L’École de Paris du management a reçu, dernièrement, un responsable de la réorganisation
des agences d’une caisse du Crédit Agricole1, qui a précisément fait le choix de développer l’expertise et surtout
sa mutualisation : le conseil est d’autant plus efficace que la clientèle pourra s’adresser non pas à un généraliste
omniscient, mais à une pléiade de spécialistes vers lesquels elle sera orientée selon son besoin. Avez-vous songé
à spécialiser les experts-comptables et à mutualiser entre les cabinets les différents domaines de l’expertise ?

1. Éric Campos et Dominique Gayte, “Redonner vie aux agences face à l’incertitude des modèles de valeur de la banque”,
séminaire Vie des affaires de l’École de Paris du management du 6 décembre 2016.

© École de Paris du management – 187, boulevard Saint-Germain – 75007 Paris


Tél. : 01 42 79 40 80 – Fax. : 01 43 21 56 84 – email : pelieu@[Link] – [Link]

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J. S. : Ce que nos clients demandent à leur cabinet d’expertise comptable, c’est effectivement une expertise
globale pour l’ensemble des questions administratives. Le cabinet, à son niveau, utilise déjà des compétences
diversifiées. La mise en place de la DSN, par exemple, risque de causer des problèmes insurmontables
à un expert-comptable qui travaillerait seul ; lorsque c’est le cas, encore fréquent à Paris, il dispose désormais,
grâce à des listes de diffusion, d’un réseau de confrères pour le conseiller. Les cabinets intègrent aussi, dans
leur stratégie de développement, outre des services comptable et fiscal, des services social et juridique, de gestion
de patrimoine, voire de gestion de la facturation.

L’expert-comptable de demain : un pédagogue


Int. : Comment anticipez-vous l’arrivée d’un outil comme Watson, le système d’intelligence artificielle développé
par IBM, qui a déjà fait plonger d’un cinquième les effectifs recrutés aux États-Unis par les cabinets d’avocats
ou remplacé des juges dans des affaires qui relèvent de ce que nous appellerions ici le tribunal de police ?

J. S. : Cet outil concerne surtout, pour le moment du moins, les professions juridiques, voire médicales. La petite
entreprise doit s’adresser, en permanence, à plusieurs interlocuteurs – l’Urssaf, le RSI, l’Administration fiscale
– avec lesquels les procédures sont différentes. Notre objectif serait de garantir que le client continue d’avoir
besoin de nous, même s’il utilise des outils d’intelligence artificielle, pour obtenir confirmation de la validité
des procédures qu’il utilise. Nous ne pouvons y parvenir qu’en maintenant une relation directe, de confiance.
Le temps libéré par ce que peut prendre en charge l’intelligence artificielle ne concerne pas des collaborateurs
qui ont la même compétence que ceux qui peuvent réellement conseiller. Notre travail sera, lors de la transition
numérique, non seulement de nous approprier les outils, mais de faire monter la profession en compétence.
Cependant, le collaborateur qui assumait autrefois des tâches purement comptables ne deviendra pas conseil
du jour au lendemain. Il lui faudra acquérir une tournure d’esprit différente. Nous devons aussi être ceux qui,
en personne, expliquent à leurs clients la relation avec les organismes collecteurs et redistributeurs (Urssaf et RSI)
et leur fonctionnement. C’est aussi cela, répondre à la demande d’expertise et de confiance du client.

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n Présentation de l’orateur n

Jean Saphores : expert-comptable et commissaire aux comptes, il est en charge


de la dématérialisation de la profession d’expert-comptable de 1997 à 2005,
puis de 2009 à 2017 ; il met en place les téléprocédures avant de démarrer les
études sur le document électronique au sein de l’Ordre des experts-comptables
et de la FNTC (Fédération des Tiers de confiance du numérique) qu’il a présidée
neuf ans.

Diffusion mai 2017

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