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Bord Philosophie Tle A4

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SESSIONS -2016 à 2021-

Série : A4

+237697874374

Edition 2021

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EXAMEN BACCALAUREAT SERIE A-ABI SESSION 2021


EPREUVE PHILOSOPHIE COEF DUREE

MINESEC-OFFICEDUBACCALAUREATDUCAMEROUNBACCALAUREAT
DUREE:4heures SERIE:A4-ABI
COEFF.:4
SESSION : 202.1
Lecandidattraiteraobligatoirementlesdeuxpartiesdel'épreuve
PartieA.EvaluationdesRessources(9pts)
«L'hommeexcellent,entantqu'ilprenddesinitiativesnovatrices,engagelesortdeses
semblables.Ilnesauraitluiêtreinterditdevouloirsonproprebien;maisalors,ildoitagirde
tellesortequevouloirsonproprebiennecontredisepaslebiendesautres;end'autresterm es
seuleetmême
vouloirsonpropresalutetvouloirlesalutdesessemblablesdoiventêtreune
chose.Iln'estresponsablequeparcequ'ilestapteàlaliberté;etsisarecherchedelalib erté
se
devaitnuireàlalibérationdesautres,ilferaitéchecparlui-mêmeàsaproprelibérationet
mentntrécom
dénonce raitcommeindignedelaresponsabilitédel'humain.[...]nousavonsmo
l'africaindel'Afriquesous-développéeignoraitl'étenduedesaresponsabilité.C'estl'homme
quis'abandonneconsciemmentouinconsciemmentauxforcesoccultes,audestin,auxdieux.
e
Sedépouillantainsidesavéritableresponsabilité,ilsedépouilleaussilaplupartdutempsd
sonprivilègedecréer:dieuypourvoira,lesorcierypourvoira,lesancêtresypourvoiront!Nul
doutequec'estunhommeàquiilfautenseignerl'homme.»
E.Njoh-Mouelle,Delamédiocritéàl'excellence,Clé,1998,pp.159-160.
Atraversuneproductionécritedequinzelignes,aumoinsetdevingt-cinqlignes,au
plus,dégagel'intérêtphilosophiquedecetexteàpartirdesonétudeordonnée,c'est-à-diredes
élémentsci-après:
-Définitionduproblèmephilosophique(DP) 1,5pts
-Elémentsd'étudeanalytique(EA) 2pts
-Elémentsderéfutation(RT) 2pts
-Elémentsderéinterprétation(RIT) 2pts
-Conclusion(C) 1,5pts
PartieB.Evaluationdel'agircompétent(9pts)
Sujet:QuetesuggèrentcesproposdeMontaigne:«Philosopher,c'estapprendreàmourir»?
Consigne:Tuferasdusujetci-dessusunedissertationphilosophiqueenprenantencompteles
tâchesci-apres:

1tretâche:Rédigeuneintroductiondanslaquelletuposerasleproblèmephilosophiquedontil
estquestionetformuleraslaproblématiquesubséquente; 3pts.
2êmetâche:Apartirdetaculturephilosophiqueetdanslerespectdesrèglesdelalogique;
élaboreuneanalysedialectiqueduproblèmesoulevé; 3pts.
3emetâche:Propose,enguisedeconclusion,unesolutionpersonnelleetcontextualiséedudit
3pts.
problème;
Présentation2pts

SESSION2021 1/1

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CORRECTION PHILOSOPHIE BACC A4 2021

Partie A : La vérification des ressources (9 pts)

Consigne: A travers une production écrite de quinze lignes, au moins et de vingt-cinq lignes,
au plus, dégage l'intérêt philosophique de ce texte à partir de son étude ordonnée, c’est -à-dire
des éléments ci-après :
• Définition du problème philosophique (DP)
• Éléments d'étude analytique (EA)
• 2(deux) Éléments de réfutation (RT)
• 2(deux) Éléments de réinterprétation (RIT)
• Conclusion (C)

Compréhension du texte

Pour comprendre cet extrait de De la médiocrité à l'excellence et surtout bien le situer, il faut
prendre en considération ce qui suit ; l'acharnement de Njoh-Mouelle contre toute forme de
médiocrité et son engagement à définir les principes qui fondent l'excellence humaine, à
savoir, la créativité, la liberté, la responsabilité de soi et de tous. Selon ce philosophe
camerounais, la construction d’un véritable développement en Afr ique requiert des Africains
un volontarisme et un engagement fondés sur l’effort et le dépassement permanent de soi.

Définition du problème philosophique (DP)

Problème philosophique (énonciations possibles)


- L'auteur met en exergue les caractéristiques de l‘homme excellent l15pts
- L'auteur parle de l'homme excellent qu'il oppose à l'homme médiocre ;
- Le sens de la responsabilité de l'homme excellent ;

Explication analytique (EA)

L'auteur met en exergue les caractéristiques de l'homme excellent dans une démarche ternaire
qui se présente ainsi qu'il suit :
Dans le premier mouvement, Njoh-Mouelle dévoile les caractéristiques de l ‘homme excellent
et montre qu'il est un homme créatif. libre et responsable.
Dans le second mouvement, l'auteur souligne la signification de la responsabilité de l'homme
excellent en indiquant que celui-ci est cet être altruiste dont l'épanouissement est conditionne’
par celui des autres.
De là suit, dans le troisième mouvement. la présentation de la médiocrité de l ‘homme africain
sous-développé’ qui est décrit comme irresponsable et inapte à la créativité.

Transition : Il reste à se demander si la qualité et la pertinence des arguments proposes


dans le texte le préservent de toute objection. Mieux, malgré sa qualité, ce texte est-il à
l'abri de toute critique ?

Réfutation du texte (RT) (deux éléments au plus)

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Malgré sa qualité et sa pertinence, ce texte semble s'exposer à plusieurs critiques, qui pour la
plupart relèvent d’une attitude spirituelle rapprochant son auteur d‘ un idéalisme de type
platonicien ou kantien.
Première critique: Conception trop idéaliste et exigeante de l'excellence qui semble difficile à
réaliser. Tout se passe comme si Njoh-Mouelle « angélisait » l'homme excellent.
Deuxième critique : Méconnaissance de la nature égoïste et individualiste de l'homme,
davantage porté a rechercher son propre bonheur qu'à penser à celui des autres.
Troisième critique : Le défaut de culture et d'éducation, préalables nécessaires pour accomplir
le saut qualitatif que l'auteur exige de l’africain sous-développé.
Quatrième critique : Il semble difficile d'être excellent dans des situations de pauvreté
extrême, telles que celles qui caractérisent certains pays africains. Voila qui pourrait
hypocritement justifier des adages anti-moraux tels que ceux-ci : « qui vole au riche emprunte
à Dieu » « la chèvre broute là où elle est attachée » « ventre affamé n'a point d ‘oreilles »
Cinquième critique : L'aversion de l'auteur pour les attitudes de suivisme et de conformisme
n'invite-t-elle à la révolte, à l’anticonformisme et à la subversion, â la fois contre les autorités
légitimes (Dieu, ancêtres et autres tenants de l'ordre social et moral, etc.) et contre les valeurs
séculaires qui permettent à un peuple de se fixer, de se spécifier dans l'histoire ? Le suivisme
et le conformisme seraient moins à blâmer qu'une attitude de désinvolture qui ferait courir le
risque de l'oubli et de l'abandon de nos cultures.

Transition : Mais, ces critiques suffisent-elles à discréditer le texte et à lui enlever tout
mérite et toute valeur ?

Réinterprétation du texte (RIT) (deux éléments au plus)


Malgré les critiques sus-formulées, la pensée de Njoh-Mouelle s'inscrit dans la logique du
dessein qu'il s'impose, à travers le sous-titre de son ouvrage, « Essai sur la signification
humaine ait développement x. De son texte peuvent se dégager plusieurs leçons et mérites :
• D'abord, un mérite d'ordre éthique. L'auteur s'y attèle à la dénonciation des formes de
comportements qui, parce que dégradants, constituent de véritables freins à
l'émulation/épanouissement de l'ensemble du corps social. ll s'agit pour lui de montrer que le
vivre-ensemble exige de renoncer à des comportements qui frisent l'asservissement, le
renoncement à l'action, la paresse et l'inaction. Il s'agirait donc d'un message fort adressé à nos
compatriotes africains encore englués dans un conformisme paresseux au lieu de se situer
dans la perspective du héros bergsonien ou du surhomme nietzschéen, capables de construire
des valeurs pour eux-mêmes et pour leurs semblables.
• Ensuite, le texte dégage un mérite d'ordre didactique. En effet, Njoh -Mouelle met en
exergue les éléments qui permettent d'identifier l'homme excellent et de le distinguer de
l'homme médiocre (africain sous-développé). Ce qui nous permet d’appréhender les
conditions nécessaires sans lesquelles l'accès à l'excellence n'est pas possible, dans une
logique où l'aspiration au mieux-être des Africains reste hypothéquée par l’ignorance des
préalables mêmes du développement.
• Un autre mérite serait d'ordre méthodologique. En effet, même si elle peut être fustigée,
l'approche spiritualiste/ idéaliste de Njoh-Mouelle reste un idéal, un horizon intellectuel qui
doit susciter en nous volonté d'autopromotion, d'auto-amélioration et de remise en cause de
soi. En cela, l'auteur a le mérite d'indiquer aux hommes désireux de se développer, mais
ignorants de l'itinéraire à suivre, la démarche nécessaire pour échapper à la médiocrité et
accéder de fait à l'excellence.
• Enfin, on soulignera un mérite social. La pensée de Njoh-Mouelle dévoile les contours d'un
véritable humanisme communautaire où notre bien reste conditionné par celui des autres
(entourage). D'une part les médiocres, sont des obstacles pour eux-mêmes et pour les autres;

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d'autre part, les excellents veulent construire, à l'image du héros bergsonien ou du dialecticien
platonicien, des modèles et des valeurs positives humanistes, qui aspirent à l'universalité.
Ainsi, le texte de Njoh-Mouelle dégage à la fois une actualité et un intérêt philosophique
probants.

Conclusion (C)

Rappel du problème du texte: la réflexion de Njoh-Viouelle, dans cet extrait de De la


médiocrité à l‘excellence, mettait en évidence les caractéristiques de l'homme excellent.
Rappel de la thèse de l'auteur r il soutient que l'homme excellent est un homme créateur, libre
et responsable de lui-même et de tous les autres.
Rappel de la critique : certes, cette caractérisation de l'homme excellent (par la créativité,
l'humanisme et la responsabilité) semble problématique, surtout dans un contexte où les
propensions à l'égoïsme et à l'individualisme peuvent tempérer les nombreux appels à
l'humanisme, au solidarisme et à l'altruisme.
Indication de l ‘intérêt philosophique : Néanmoins, on note chez l'auteur la volonté affichée
de dégager les exigences d'un vivre-ensemble l'onde sur l'éthique de la solidarité, de
l'humanisme et l'exhortation a la créativité et à la responsabilité collective. Il s'agit d'une
interpellation a l'endroit des Africains afin qu'ils intègrent l'idée que tout accès au
développement exige de cultiver les valeurs morales se situant ait-delà de l'individualisme et
de l'ignorance

Partie B. La vérification de l’agir compétent

Sujet : Que te suggèrent ces propos de Montaigne: « philosopher, c'est apprendre à


mourir »

I. Compréhension du sujet

Michel Eyquem de Montaigne, philosophe humaniste français du Seizième siècle, {inscrit


dans une dynamique de rupture avec la pensée scolastique et médiévale davantage portée au
commentaire, et la diffusion de la pensée d’Aristote qu'à la considération d'un véritable an de
vivre et de bien vivre en soi et avec les autres. Cette volonté réformiste, qui est aussi celle de
la plupart des philosophes de son époque comme Rabelais, La Boétie, Maine de Biran et bien
d'autres, manifeste le souci , sur le plan socio-culturel, d'apporter aux autres une éducation
humanisante ou plus précisément des repères moraux l‘inclinant à mieux vivre sa relation
avec autrui. La pensée : « philosopher, c'est apprendre à mourir» aura préoccupé des penseurs
de diverse sensibilités ; elle s’origine dans Platon et prospèrera avec d'autres penseurs dont
Montaigne est l'un des plus illustres.
On se souviendra que ces penseurs étaient à la recherche de « l'honnête homme », en tant que
« tête bien faite n et non simplement « tête bien pleine ». A ce titre, les Essais de Montaigne
{investissent a construire une dynamique de la méditation intellectuelle axée justement sur
l'art de bien vivre sa vie. La présente citation, reprise humaniste de l'ontologie de Platon telle
qu'elle se décline dans Apologie de Sacrum, (Triton et surtout Phédon, nous instruit sur la
posture que le philosophe doit adopter face à la mort. Elle nous convie à envisager la mort
sous un angle heureux, à interpeler les hommes à en avoir une appréhension positive .
L’homme doit apprendre à regarder ln mort en face, à apprivoiser cette grande inconnue : « la
mort est le sort commun des hommes, et c’est folie de n ‘y pas peiner, ou de la représenter
comme une chose lointaine». La mort peut venir à tout moment et de partout.
Le sujet, ainsi libellé, invite le candidat a trois tâches conceptuelles essentielles :

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• Montrer en quoi la philosophie, qui par nature vise l'éducation de l'âme, se présente comme
une hygiène de vie nous habituant à mourir un corps pour donner à l'âme le plus de chance
d'accéder au salut et de {immortaliser : qu‘il s'agisse de Platon on de Montaigne, le l'faire -
valoir de cette citation est d'extirper en l'homme l'angoisse existentielle générée par la mort en
lui apprenant cette authentique sagesse selon laquelle non seulement la mon l'ait partie
intégrante de la vie (puisque tonte vie s'achève logiquement et nécessairement par la mort),
mais aussi et surtout que pour l'homme de bien, la mort est un prétexte à travers lequel
{inaugure une autre vie.
En conséquence, le sage / le philosophe ne doit pas la craindre ;
• Réagir en formulant des objections qui mettent en cause cette appréhension de la
philosophie et de ses rappons avec la mort que propose Montaigne/Platoon ct les difficultés y
afférentes ;
• En déduire, comme esquisse de justification, l'attitude à laquelle devrait nous conduire la
méditation philosophique sur la mort.

Définition des concepts


Philosophie : recherche de la vérité / effort d'élucidation du sens du réelle réflexion critique
orientée vers la satisfaction des besoins de l'homme ;
Mourir : cesser d ‘exister
Mort : Etat irréversible d'un organisme biologique conduisant à la cessation de vie /
Cessation complète et définitive de la vie d'un être humain/perte définitive par une entité
vivante des propriétés caractéristiques de la vie, entrainant sa destruction.
Apprendre : acquérir des savoirs et des aptitudes conduisant à la maîtrise d'une chose
ou d'un phénomène / développer la connaissance et la culture de quelque chose ou d'un
phénomène.
Reformulation: Selon Montaigne, la philosophie se réduit-elle à une méditation sur la
mon ?
On peut donc considérer les hypothèses suivantes :
• Si mourir, c'est cesser de vivre ou d'exister, alors, la philosophie, qui réfléchit sur les causes
et les fins dernières, pourrait bien dissiper en nous la peur que génère la certitude de mourir;
• si mourir, c'est dépasser la sensibilité de la vie végétative pour une vie spirituelle, mourir de
chair et continuer a vivre d'esprit, la philosophie, qui est fondée sur la transcendance du
sensible, ne serait-elle pas une thérapie, un art d'expérimenter au quotidien la mon en
s‘exerçant, par la pensée, à détacher l'âme du corps. la mort, entendue comme mise entre
parenthèses de notre sensibilité, ne serait-elle pas un état supérieur à celui de la vie (voir
Cicéron pour qui l'étude et la contemplation, à savoir la philosophie, tirent notre âme en
dehors du corps pour lui donner une autonomie de vie, La philosophie deviendrait alors un
entrainement à une vie.

I Introduction

II.1 Problème :
Le sujet invite à se prononcer sur la nature des rapports entre la philosophie et la mort /
l’attitude philosophique vis-à-vis de la mort / l’impact de la réflexion philosophique sur
la mort/ la manière dont la philosophie appréhende et Juge la mort / la signification ou
l'essence du philosopher eu égard à la mort/ la nature des rapports entre l’acte de
«philosopher» et l’acte de «mourir». Il s'agit, en fait, de s’interroger l’articulation entre
la réflexion philosophique et l'idée de la mort.

ll.2 Problématique : Ce problème peut être décliné en problématiques ainsi qu'il suit :

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• Philosopher est-ce mourir, en ce sens que la réflexion philosophique assènerait un coup


fatal à la volonté de vivre en portant l'homme vers une mon préjudiciable ?
• La réflexion philosophique peut-elle être autre chose qu'un engagement à la mort ?
• La pensée de Montaigne/Platon, pour autant qu’elle exprime adéquatement le lien,
entre la pensée et la mort, n‘invite-t-elle pas à rechercher les lieux possibles d’une
thérapie philosophique de la mort ?
• La philosophie n’est-elle pas en dernière instance une pensée qui veut surmonter la
dure épreuve de la mort en la conciliant avec les aspirations légitimes d’une vie viable et
profonde.

Développement

Thèse : Explication commentée de la pensée de Montaigne/Platon


Que signifie, pour Montaigne/Platon « philosopher, c'est apprendre à mourir » ?

l- La considération de la philosophie comme détachement de l’homme par rapport aux


perspectives existentielles par Montaigne (certainement à la suite de Platon). Les deux actions
« philosopher » et « mourir» renverraient exactement à la même chose et seraient donc dans
un rapport consubstantiel ou de nécessité logique : si philosopher c'est se détacher des
préjugés, de la corporéité, de la matérialité, mourir c'est perdre sa corporéité, sa matérialité au
profit d'une existence immatérielle, a-corporelle et uniquement spiritualisée. Ce qui établit le
lien entre la pensée de Montaigne et l'idée platonicienne du Phédon selon laquelle « Ceux qui
s‘appliquent à la philosophie et s‘y appliquent droitement ne s‘occupent du rien d‘autre que
de mourir et d’être morts ». Ainsi, Socrate affirme qu‘« il est impossible, en compagnie du
corps, de rien connaitre purement » Aussi conseille-t-il « Autant qu’il est possible. nous n
‘aurons ni commerce ni association avec le corps, sauf en cas d’absolue nécessité ». En cela, il
sera rejoint par Platon pour qui il est impératif que l'âme s’affranchisse du corps pour accéder
à la vérité : « Mais l'âme ne raisonne jamais mieux que quand rien ne la trouble, ni l'ouïe, ni la
vue, ni la douleur, ni quelque plaisir, mais qu‘au contraire elle s‘isole le plus complètement en
elle-même en en écartant le corps, et qu’elle rompt, autant qu’elle peut , tout commerce et tout
contact avec lui pour essayer de saisir le réel. » (Phédon)

2- D'un point de vue réaliste et sociologique, il apparaît aussi que philosopher, c’est choisir de
vivre dangereusement : l'activité du philosophe l'expose, soit à mise à l'index, soit à une
condamnation à mort; tellement il est gênant par sa détermination à dire la vérité, parfois
même en défiant la majorité et en contrariant les autorités Le cas Socrate en est un parfait
exemple, lui qui a embrassé, reconnait-il lui-même, « un genre de vie qui risque de le perdre
».

3- Aussi vrai que la pensée humaniste de Montaigne s'inspire de la pathologisation


platonicienne du corps, la philosophie, pour l'un et l'autre, est réflexion sur les causes et les
fins dernières. En ce sens, mourir ou philosopher, c'est abstraire en permanence son âme de la
prison du corps où elle est comme naturellement engluée a la sensibilité. Or qu‘est-ce que la
mort en fait? c'est la séparation du corps et de l'âme qui peut s'effectuer soit dans la réflexion /
spéculation / contemplation soit dans le trépas Le philosophe qui est rompu dans l'an de la
réflexion expérimente donc tellement la mort qu'il est impensable qu'il subisse encore les
assauts de l'angoisse existentielle. La philosophie, on le voit, est cette intelligence de la vie
qui sublime, neutralise et médicalise la mort.

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4- La mon n'est pas, comme le pensent souvent les non-philosophes, le contraire de la vie,
puisqu'elle inaugure une nouvelle vie. L’ascèse, entraînement quotidien à une vie purem ent
intellectuelle, spirituelle et a-corporelle qui s'apparente à la mort, élève dès lors le philosophe
au-dessus du commun des mortels. Ainsi, Socrate ne craignait point la mon qu'il considérait
comme un passage, une migration de l'âme dans un autre monde. De ces considérations, il
s'ensuit que la mort est le moment de la libération de l'âme, suite à sa séparation d'avec le
corps, cette libération par laquelle l'âme humaine, devenue pure et incorruptible, atteint une
perfection entéléchique lui permettant de siéger aux côtés des dieux. D'où cette déclaration de
Socrate : « Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais Transition : quelles sont les
difficultés liées aux rapports que Platon et Montaigne instituent entre la philosophie et la mort
? Une conscience philosophique permanente de la mort peut-elle totalement préserver
l’homme méditatif de l'angoisse et de la peur naturelle de la mon.

Antithèse
Il y a pourtant des difficultés liées à cette appréhension de la mort par la pensée
philosophique, du moins dans les termes que propose Montaigne.
1- Quoique humaniste, cette vision que Montaigne/Platon a des rapports entre la philosophie
et la mort, nous semble idéaliste : Montaigne/Platon semble nous proposer une euthanasie de
la vie. En effet, comment taire le corps sans taire la vie ? Comment réprimer les passions et
les désires sans sombrer dans une espèce du refus de vivre ?
2- L’ascétisme qui découle de cette haute conception de la philosophie nous semble radical.
Montaigne/Platon semble élever l'homme à la dimension de Dieu. Pourtant, nous rappelle
Pascal « L ‘homme n ‘est tri ange ni bête, [ / et le malheur veut que celui qui veut faire l'ange
fait la bête ».
3- Il s'agit résolument là d'une vision philosophique se situant en marge de tout hédonisme et
oublieuse du fait que l'homme n'est pas venu au monde pour souffrir, mais pour jouir.
D'où l'exaltation d'une existence immédiate et spontanée, éloignée de l'ascétisme. D'où l'idée
commune selon laquelle il faut « vivre d'abord et philosopher ensuite », La philosophie de la
mort, déjà encombrante et terrifiante, semble soustraire l'homme des «biens de ce monde»
qu'André Gide appelait les « nourritures terrestres» et qui ont conduit Epicure à s'écrier : «
mangeons et buvons, car demain trous mettrons ».
4- Confronté déjà aux vicissitudes d'une existence pénible, la pensée de la mort apparaît
comme un supplice et un tourment supplémentaire. La pensée philosophique sur la mon
apparaît comme une pensée angoissée et terrifiante (nécro-sophie) qui bute constamment
contre l'inconnu, le mystère, le silence, l'absurde. Dès lors, la philosophie elle-même semble
manifester une certaine impuissance face à la mort. Cf. Jean-Paul Sartre : « La mort est une
néantisation toujours possible de mes possibilités, mais qui est hors de mes possibilités. » Il
faut le confesser : plusieurs philosophes n'ont pas eu la même sérénité que Socrate (qui, lui-
même, dit-on, aurait d'ailleurs tressailli lorsque la cigüc a commencé à faire son effet) ; plus
encore, ils ont tremblé devant la mort (hypocondrie et thanatophobie ), montrant par-là leur
communauté de destin avec les autres hommes. Sur un ton cru et pessimiste, Blaise Pascal
décrit la misère de la condition humaine, malgré le « divertissement » auquel il s'adonne : «
Qu'on s’imagine un nombre d‘hommes dans les chaines, et tous condamnés à la mort, dont les
uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition
dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns et les autres avec douleur et sans
espérance, attendent leur tour. C‘est l’image de la condition humaine. Ce dernier acte est
sanglant, quelque belle qu'elle soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la
tête, et en voilà pour j'aurais. » (Pensées 199 et 2/0).

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5- L'invitation à une méditation philosophique sur le quotidien de l'homme. Voir avec Spinoza
l'idée selon laquelle « « Un homme libre ne pense à atteinte chose moins qu‘à la mort, et sa
sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » (Éthique)

Transition : Si de telles objections permettent de remettre en cause la vision que


Montaigne a des rapports entre la philosophie et la mort, il reste à se demander si au-
delà d'elles, on ne peut pas dégager, en tenues d'épilogue, une authentique sagesse de la
mort ,autant dire une didactique de la vie.

Synthèse : Justification/intérêt de la pensée de Montaigne à quelles leçons de vie nous


invite(nt) finalement Montaigne/Platon à travers cette(ces) philosophie(s) de la mort ?

l- Par son affirmation, Montaigne nous convie à une sorte de réalisme existentiel. La mort doit
cesser d'être l'adversaire (antinomie) pour devenir le compagnon irréductible de la vie. Il s'agit
donc d'une invitation à l'accepter comme un évènement non seulement probable, mais
davantage certain. Et on sait bien qu'avec Benjamin Franklin « Dans ce monde, il n'y a rien
d'assuré que la mort. » ll faut vivre avec la mort, la préparer et l'attendre. Le sage ne craint
point la mort, il la prépare avec sérénité et l'accueille avec joie.
2- Appel à la dé-biologisation de la mort : celle-ci cesse d'être un phénomène biologique pour
intégrer notre existence et notre quotidienneté.
3- En puisant dans l'ontologie et l'éthique platonicienne, Montaigne contribue à l'essor de
l'humanisme, au triomphe de la philosophie, désormais perçue comme une hygiène de vie, un
mode d'existence nous prescrivant d'obéir beaucoup plus à notre rationalité qu'il notre
sensibilité. Il nous apprend que le sage ou philosophe doivent plus s'occuper de l’éducation de
leur âme que de l’assouvissement de leurs besoins corporels/matériels.
4- Nécessite’ d'appréhender la mort comme un stimulant pour la réalisation de grandes
œuvres. Se référer également à Soren Kierkegaard, dans Le concept d‘angoisse : « La mon
envisagée dans le sérieux est une source d'énergie connue nulle autre : elle rend vigilant
comme rien d’autre. » La mon devient ainsi, non plus un non -sens, mais ce par quoi la vie
acquiert sens et destination.
5- La réflexion philosophique nous apprend comment apprivoiser la mon, comment
médicaliser la mort : l'accepter pour autant qu'elle soit inévitable, apprendre à vivre avec elle,
ne point en avoir peur. Avec Montaigne/Platon, il faut accepter la mon pour pouvoir vivre :
puisque la mort est panic intégrante de notre vie. Comme il le dit lui-même, « Il est incertain
où la mort nous attende, attendons-la partout » Essais
6- Le refus de la mort serait assimilable au refus de la vie. Ainsi, chez Platon, avec la mort,
l'âme retrouverait la plénitude de son savoir (sapience) ; et puisque la philosophie est un accès
à l'intelligible, elle serait un exercice à la mort. La réflexion philosophique nous apprend
comment apprivoiser la mon : l'accepter et apprendre à vivre avec elle, sans peur.
Avec Montaigne / Platon, il faut accepter la mort pour pouvoir vivre : puisque la mon est
partie intégrante de notre vie.
7- Montaigne/ Platon place la vie sous l'ombre de la mort et nous conseille de la braver en
l’intégrant comme évènement et pensée dans nos vies d'êtres humains, tant il est vra i que tout
ce qui est périssable. La mort devient, par le fait même, le compagnon naturel et inséparable
de l'homme, dont il porte les angoisses, les obsessions : «pas un pas sans sa mort », serait-on
forcé de penser.
8- Dans une perspective essentialiste, la mort peut être reconduite à quelque chose de moins
pénible. Cette attitude d'optimisme et de sérénité est celle à laquelle nous invitent Platon et
son maître Socrate, dans le Phédon. Elle nous fait voir que la mort soustrait l'âme de la

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tyrannie du corps et des « souillures » d'un monde pris au jeu des appétits sans fin, de la
démesure et de l’extravagance matérielle.

En somme, ce qu'il faut saisir au-delà de la pensée de Montaigne ou au travers de celle de


Platon, c'est que la philosophie doit pouvoir nous fournir les armes et les arguments pour
vivre positivement la mort et sublimer l'angoisse existentielle qu'elle génère. C'est peut-être ce
qui amènera Martin Heidegger à voir en l'homme un être pour la mort ; ce qui reviendrait à
souligner cette spécificité du philosophe qui fait corps avec la pensée de la mon et
l’expérimente abstraitement et au quotidien dans et par la réflexion, cette transcendance de la
corporéité, cette contemplation des intelligibles, a cette prière «naturelle par laquelle nous (les
philosophes) obtenons que la Raison nous éclaire » (cf Leibnitz).

Conclusion

Rappel du problème : l'altitude de la pensée philosophique face à cet évènement qu'est la


mort/nature des rappons entre la sagesse philosophique et l'idée de la mon.
Rappel de la thèse de Montaigne : la méditation philosophique dévoile a l’homme sa
dimension d’être mortel.
Rappel de la critique : concevoir la philosophique comme méditation sur la mort serait
déconcertante dans un contexte où l’homme aspire à vivre et surtout à vivre intensément, à
profiter de ce que André Gide appelle « les nourritures terrestres »
Solution contextualisée : la réflexion sur la mon rend celle-ci plus abordable et diminue la
détresse et l'angoisse de l'homme face à elle. Montaigne/Platon a ainsi le mérite de nous
montrer que philosopher, c'est dominer la hantise de la mort pour vivre pleinement et
sereinement sa vie en se préparant à l'accueillir partout où elle nous trouve. Voir Nietzsche:
«Il faut quitter la vie comme Ulysse quitta l'île de Nausicaa, non en la maudissant, mais en la
bénissant ».

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EXAMEN BACCALAUREAT SERIE A-ABI SESSION 2020


EPREUVE PHILOSOPHIE COEF DUREE

N.B : Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet I : La philosophie est-elle nécessairement fille de son temps ?

Sujet II : Quelles réflexions vous suggère cette affirmation de Montaigne :


« Chacun appelle barbare ce qui ne relève pas de son usage » ?

Sujet III : Dégagez L’intérêt philosophique du texte suivant à partir de son étude
ordonnée.
"La philosophie a le souci que ce qui est tenu pour divin se réalise dans le monde séculier au
lieu de s'évaporer dans le sentiment et les "effluves de la dévotion", elle tient à ce que le
monde soit effectivement moral, honnête, libre.
En tant que sagesse du monde, la philosophie "se range par suite au côté de l’État contre les
prétentions de la domination religieuse dans le monde, mais d‘autre part aussi elle s’oppose
tout à l’arbitraire et à la nature contingente du pouvoir séculier". La caractérisation de la
philosophie comme sagesse du monde ainsi que son étroite parente‘ avec la ‘science
rejoignent le souci de Bacon et de Descartes de faire que l’homme, par la science et la
philosophie, non seulement connaisse mieux le monde, mais aussi développe sa puissance sur
lui pour l’aménager à son profit, et se libérer ainsi de la nécessité du besoin."

Marcien Towa, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle.


Yaoundé. Editions Clé. Pp.66-67.

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CORRECTION PHILOSOPHIE BACC A4 2020

Sujet I : La philosophie est-elle nécessairement fille de son temps ?


I. Compréhension du sujet
Le sujet, libellé sous forme interrogative, convie le candidat à trois tâches conceptuelles
essentielles :
• Montrer en quoi la philosophie est tributaire de son milieu d’enracinement et ne semble pas
aller au-delà, ce qui témoignerait de l'ancrage du discours philosophique dans l’actualité du
vécu ;
• Réagir en formulant des objections contre cette lecture réductionniste en indiquant en quoi la
philosophie transcenderait son temps et son milieu originel pour revêtir une dimension
universelle et continuelle ;
• En déduire, comme esquisse de solution finale, une certaine ambivalence de la philosophie
qui, quoi que partant généralement des problèmes spécifiques à un espace donné et à un temps
donné, a cependant la capacité à se généraliser, s’universaliser dans une perpétuité qui la rend
apte à rechercher aux problèmes constants des solutions pérennes.

II. Introduction
Définitions
• Philosophie : réflexion critique et rationnelle sur les questions fondamentales qui hantent
l’esprit humain / pensée critique articulée autour des problèmes existentiels de l’homme et du
monde.
• Être fille : être le produit ; revêtir la coloration, résulter ;
• Nécessairement : sans restriction, immanquablement, inévitablement, absolument, sans
doute, etc.
• Temps : moment, actualité, période, traduit l’enracinement dans le temps et dans l’espace.
Identification du problème : la nature du rapport de la philosophie au temps (ensemble des
événements qui structurent L’existence d’un peuple à un moment donné de l’histoire /
contextualisation de la philosophie / l’actualité du discours philosophique/ origine ou
fondement du discours philosophique.
Construction de la problématique :
Est-il possible de limiter la philosophie à un temps précis seins remettre en cause sa prétention
comme pensée du général et de l’universel et sien du particulier et de l'instant ?
La philosophie, comme pensée critique, est-elle inévitablement assujettie aux problèmes de
son époque, sans pouvoir aller au-delà ? N’échappe-t-il pas il la temporalité pour revêtir une
dimension universelle et atemporelle ?
Le discours philosophique, comme expression et quête de la vérité est-il toujours fondé sur les
questions qui émaillent l’actualité ?

III. Plan possible


Le sujet ainsi analysé nous permet d’envisager un plan ternaire qui peut se décliner ainsi qu’il
suit :
III.1 Thèse : La philosophie serait liée à un contexte précis à partir duquel elle se
justifierait '
Idée 1 : La philosophie comme discours d’intellection, de compréhension, de
rationalisation du monde.
Selon Hegel, « la philosophie a pour tâche d’élaborer les fondements du rationnel, elle est la
saisie de ce qui est présent et effectivement réel. »

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Idée 2 : La philosophie émerge de la praxis quotidienne des hommes et des peuples. Elle en
porte l’empreinte, la coloration et la saveur. Ainsi, Marx montre que « les philosophes ne
sortent pas de terre comme des champignons » ; ils sont toujours les fruits de leur époque, la
quintessence, la manifestation consciente et vivante de l’infrastructure économico -matérielle
qui les tonifie et les vivifie.
Idée 3 : La philosophie épouse et exprime le mouvement de la société. Selon Sartre, «la
philosophie se constitue pour donner son expression au mouvement général de la société. »
Idée 4 : Le philosophe est alors vu comme celui instruit la société. Njoh-Mouelle le considère
comme « l’oracle de la société » : « Le philosophe est comme l’oracle d’une société. [...] Il
réfléchit, c’est-à-dire analyse, compare, confronte le réel avec l’idéal qu’il porte en lui,
confronte la laideur existante avec le beau devant être, l’injustice existante avec la justice
devant être, bref, le désordre existant avec Perdre devant être. Il a le sens de l’humain et cela
au fond, appuyé sur la raison universelle, qui sert de critère à toutes ses entreprises. »
Idée 5 : Il s’ensuit une dénonciation de tout projet philosophique abstrait, coupé du vécu des
hommes pour autant que comme le dit Mikel Dufrenne, « le destin de la philosophie est lié à
l’intérêt qu’elle porte à l’homme ».
Conclusion partielle : Ainsi, la philosophie apparaît tout d’abord comme la « pensée de
l’instant », la « pensée d'un instant » et ne peut donc pas extrapoler le contexte originel sans
se trahir, du moins s’atténuer.
Transition : Mais une philosophie trop prisonnière de son époque ne se condamne-elle
pas à une efficacité limitée ? La philosophie n’est-elle pas plus la pensée du général que
celle du particulier ?
III.2. Antithèse : La philosophie comme pensée du général et de l’universel, transcende
le temps et l’espace.
Idée 1 : La philosophie, comme le montre Mikel Dufrenne, dans son ouvrage ‘’Pour I
‘homme’’, est « un discours d‘un homme qui s’adresse aux hommes pour leur parler de
l’homme et du monde. » Or, l’homme est partout et toujours le même
Idée 2 : La résurgence des mêmes problèmes et leur permanence oblige la philosophie à
développer un discours renouvelé certes, mais qui s’articule selon une certaine constance.
Idée 3 : Le discours philosophique se caractérise par son universalité et surtout sa généralité.
Pour Aristote, « il n’y a de science que du général » , et Hegel dira plus tard que la
philosophie est la pensée du général et non du particulier. Il s’agit là de l’une d es Raisons
ayant conduit Hegel à exclure les Africains du champ de la philosophie au motif que ceux-ci
pensent le particulier et non le général, ils pensent l’instant et non le mouvement continu de
l’histoire (Hegel, Leçons sur l ’histoire de la philosophie).
Idée 4 : La philosophie n’a l’intérêt que par son désintéressement. Elle est utile par sa
distanciation par rapport au quotidien, laquelle lui permet de mieux connaître et de bien
réfléchir. Pour Aristote, dans La Métaphysique, « ce fut pour échapper à l’ignorance que les
premiers philosophes se livrèrent à la philosophie » et non pour une fin utilitaire quelconque.
Cette distanciation permet, selon Raymond Aron, de cultiver «la philosophie pour la seule
philosophie ».
Idée 5 : Le philosophe est donc un homme libre par rapport à la temporalité et à la spatialité.
C’est une pensée de la transcendance. Il est l’homme de partout certes, mais finalement de
nulle part. il se situe toujours, selon Jankélévitch, « quelle que part dans l’inachevé ». La
quête philosophique de la vérité ignore toute longitude et toute latitude.
Idée 6 : Avec Platon, la philosophe échappe à la contingence du monde sensible pour, via
l’ascension dialectique, s’élever à la contemplation de vérités éternelles. Le monde des Idées,
de l’épistémè est le lieu par excellence de connaissances absolues, parfaites échappant au
balancement et au changement incessant. La philosophie est donc, non pas quête d‘une vérité,
celle du moment, mais quête de la vérité absolue qui transcende l’historicité et la temporalité.

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Socrate est Socrate, non pas parce qu’il a de particulier comme Athénien, mais parce qu'il a le
général comme modèle moral.
Conclusion partielle : La philosophie apparaît donc inexorablement comme pensée
transcendant, générale et univer selle. En cela, elle n’a ni coloration de lieu ni saveur d’un
espace précis.
Transition : Mais, si la philosophie aspire à l’universalité, C’est-à-dire à transcender
l’espace et le temps, comment en définitive situer la pertinence du discours
philosophique ?
III.3 L’ambivalence caractéristique de la philosophie : La philosophie comme pensée de
l’universalité et de la particularité
Idée l : La réflexion philosophique doit allier la pensée de l’instant et celle du mouvement
continu de l’histoire. Ainsi, selon Jean Wahl, « toute philosophie est méditation sur le dedans
et le dehors et sur tout ce qui transcende le dedans et le dehors. »
Idée 2 : En tant qu’expression de la sagesse humaine ‘dans sa transversalité et son
universalité, la pensée philosophique, quand bien même elle résulterait d’un individu et d’une
époque, serait toujours susceptible d’exercer une influence décisive sur la postérité.
L’histoire de la philosophie est en même temps une philosophie de l’histoire, capable
d’enrichir et d’outiller l’existence des hommes aux divers âges de l’histoire. En ce sens, la
morale d’Epicure, les maximes de La Rochefoucauld, la sagesse socratique de la mort et le
rigorisme moral kantien constituent, aujourd’hui encore, un inépuisable patrimoine, autant
dire des prémisses incontournables à toute vraie didactique de l’existence.
Idée 3 : Cette double caractérisation de la philosophie ressort clairement des versants de la
dialectique platonicienne : le philosophe s’élève jusqu’à la contemplation (mouvement
général, universel); il redescend ensuite dans la caverne pour y impulser et opérer des
changements (mouvement particulier suivant le milieu où on veut implémenter ses idées).
Idée 3 : Il faut donc distinguer entre les problèmes urgents auxquels doit s’attaquer
instantanément la philosophie, ct les problèmes sérieux, les vrais, ceux-là, à cause de leur
pérennité et de leur universalité, résistent à l’usure du temps et deviennent éternels. C'est
pourquoi, nous dit Ludwig Wittgenstein, dans les Remarques philosophiques, « il n’y a rien
de plus merveilleux au monde que les vrais problèmes de philosophie. ». C’est par leur
capacité à poser et à se préoccuper de ce genre de problèmes qu’on reconnaît la valeur des
grands et des vrais philosophes.
Idée 4 : La philosophie apparaît alors, selon une belle expression empruntée à Edgar Morin,
dans ‘’Une politique de civilisation’’, comme une pensée « globale >> (think global and act
local), c’est-à-dire qui parvient à conjuguer le global (universel) et le local (particulier).
Idée 5 : la philosophie est un usage rationnel et impersonnel de la pensée dans la résolution
des problèmes de l’homme : (e La philosophie est une activité discursive, qui a la vie pour
objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. » (André Comte-Sponville, Une éducation
philosophique) Conclusion partielle : On le voit, la vraie philosophie est celle qui, tout en
s’enracinant dans la pratique et le vécu quotidien des hommes et (les peuples, peut
s’universaliser et transcender la temporalité.

IV. Conclusion
• Rappel du problème soulevé par la question posée
• Rappel succinct de la thèse et de sa critique
• Solution personnelle au problème (et ouverture)

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Correction sujet II

Sujet 2 : Quelles réflexions vous suggère cette affirmation de Montaigne: «chacun


appelle barbare ce qui ne relève pas de son usage» ?

l. Compréhension du sujet
Michel Eyquem de Montaigne, philosophe humaniste français du Seizième siècle, s’inscrit
dans une dynamique de rupture avec la pensée scolastique et médiévale davantage portée au
commentaire et à la diffusion de la pensée d’Aristote qu’à la considération d’un véritable art
de bien vivre. Cette volonté réformiste, qui est aussi celle de la plupart des philosophes de son
époque comme Rabelais, La Boétie, Maine de Biran et bien d’autre s, manifeste le souci
marqué, sur le plan socio-culturel, d’apporter aux autres une éducation humanisante. On se
souviendra que ces penseurs étaient à 1a recherche de l’« honnête homme», en tant qu‘une
«tête bien faite » et non simplement une «tête bien pl eine». A ce titre, la série d’Essais publiée
par Montaigne, met un point d’honneur sur les relations interindividuelles, notamment la
question de la diversité des mœurs, des coutumes et des modes de vie, fustigeait en fait la
dépréciation des valeurs des uns par les autres et donc circonvenant à toute volonté
d’hégémonie ou d’infériorisation culturelles souvent assorties de catégorisations péjoratives.
On voit donc, à travers la pensée ici proposée, la volonté de Montaigie d’en appeler à une
acceptation mutuelle des valeurs culturelles et à leur cohabitation harmonieuse. Ce qui revient
en fait à considérer, comme principe, l’égalité entre les cultures.
Par cette approche, Montaigne met toutes les cultures au même niveau. Dès lors, l’épithète
barbare souvent associée par les uns aux cultures des autres devient simplement le fait d’un
rapport extérieur à celles-là, mais surtout d’une ignorance et d’un mépris injustifié à l’égard
des pratiques des autres.

Commençons par expliciter les concepts :


Culture : Ensemble des éléments exprimant la manière d‘être au monde et de vivre d’un
groupe de personnes ;
Barbarie : Expression manifeste de la stupidité d’un individu ou d’un peuple, défaut de
civilisation.
Cirage : pratique, façon de faire, manière d’être et d’agir.
Reformulation du sujet : Selon Montaigne, le regard que l’on jette sur les cultures / usages des
autres est toujours dépréciatif.

II. Introduction
II.1 Problème : Le sujet invite à se prononcer sur la nature des rapports entre les différentes
cultures/ l’attitude vis-à-vis des autres cultures/ la valeur des autres cultures ! la manière dont
nous percevons ou jugeons les cultures qui sont différentes des nôtres. Il s’agit, en fait, de
{interroger sur la problématique de la coexistence/cohabitation des culturels ; notamment
celle du relativisme culturel.
II.2 Problématique : Ce problème peut être décliné en problématiques ainsi qu’il suit :
La multiplicité des cultures ne les condamne-belle pas à entretenir des rapports conflictuels ?
La culture de l’autre n’est-elle pas toujours regardée avec mépris et dédain en ceci que le non-
nôtre est toujours assorti de catégorisation péjorative ?
La pensée de Montaigne, même si elle exprime adéquatement la cohabitation plus ou moins
tendue entre les différentes cultures, n’invite-t-elle pas à rechercher les lieux possibles de la
tolérance culturelle dans un monde qui se mondialisé sous la forme d’un darwinisme culturel
ou d’un eugénisme culturel ?
Faut-il s’accorder avec Montaigne que la barbarie, expression de ce qui n’est pas civilisé,

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relève simplement de la divergence des cultures ? Est-il légitime de taxer les autres de
barbares ou sauvages au simple motif que leurs us et coutumes seraient différents des nôtres ?

III. Plan possible


III.1 Thèse : Explication/analyse de la pensée de Montaigne : toute culture qui n’est pas nôtre
est taxée de barbare
En fait, pense Montaigne, le regard porté sur les cultures des autres est toujours subjectif,
dépréciatif, dénigrant discriminatoire. L’auteur met exergue la xénophobie culturel le qui
semble caractériser chaque être humain.
Argument 1 : Les cultures des autres sont toujours considérées comme mauvaises. Ce que les
autres font, leurs manières d’être et de faire est d’emblée rejetée. Les étiquettes sont vite
trouvées : hier, « eux » et « nous » ; aujourd’hui « tontinards » ou << sardinards » ; toujours
est-il qu’on est loge’ et coincé dans une assignation péjorative et inquisitrice. On a les déchus
d’un bord et les élus d’un autre bord. Telle est la triste réalité à laquelle a très s ouvent conduit
la cohabitation des cultures.
Argument 2 : Le rejet des autres cultures s’accompagne de la survalorisation de notre propre
culture. Chaque groupe culturel, mu par un égoïsme et aux autres, dans un certain
protectionnisme qui pousse ses membr es à développer ce qu’on pourrait appeler des «
mécanismes de défense » contre toute forme d’agression ou d’assimilation venant des autres.
Désormais, différences riment avec divergences, particularismes et exclusion/rejet. Ainsi, la
cohabitation sociale se vit selon des rapports continuellement tendus et générés par
l’exclusion de l'autre.
Arguments 3 : La conséquence en est cette volonté d’effacer les autres cultures et d’imposer
la nôtre comme culture d’élite. La mondialisation peut d’ailleurs se lire sous le prisme de la
volonté d’imposer la culture occidentale aux autres peuples.
Argument 4 : Il en résulte des crispations, des frustrations qui poussent aux attitudes
réactionnaires et à une sorte de protectionnisme culturel. C‘est ce que montre Samuel
Huntington dans Le choc des civilisations ou encore Benjamin R. Barber dans Djihad contre
MacWorld.
Conclusion partielle : Ainsi, il apparaît fort clair que le pluralisme cul turc est toujours assorti
d’un regard inquisiteur et dénigrant sur les autres cultures.
Transition : Toutefois, faudra-t-il toujours voir dans les pratiques culturelles des autres des
éléments à rejeter, à éliminer ? La différence culturelle, n’est-elle que motif de conflits ?
IIL.2 Antithèse : Objections à la pensée de Montaigne : La positivité de la diversité culturelle
Même si la diversité culturelle semble a priori s’apprécier sous le mode de la conflictualité, il
n’est pas évident qu’elle ne soit en réalité que porteuse d’adversité entre les hommes.
Argument l : L’absurdité de la hiérarchie culturelle et les velléités d’hégémonie alimentent
insidieusement les conflits culturels, Aimé Césaire, dans son Discours sur le colonialisme
pensait justement qu’exploiter la différence culturelle en sa faveur pour nuire aux autres ou
les vilipender, constituerait non seulement une offense à la conscience morale universelle,
mais aussi l’une des plus grandes bêtises de l’homme moderne. Aussi écrivait -il que : « Le
colonisateur qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la b ête,
s‘entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-mente en bête ».
Argument 2 : Essentiellement, les cultures n’ont rien de conflictuel. C’est ce que pense Karl
Marx qui estime au contraire que c'est la dynamique antagoniste de rapports de production, au
fondement des classes sociales, qui génère les contradictions qui, à leur tour, causent des
conflits sociaux.
Argument 3 : La fragmentation sociale sur la base des spécifications culturelles est corrosive à
l’édification de véritables États-Nations. A cet effet, Eric Fattorine, dans Besoin d’Afrique,
disait qu’« On ne battit pas une société sur des isolements, il faut un minimum d’horizon

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commun ».
Argument 4 : Le rejet de l’autre est en réalité auto-rejet dès lors qu’on admet que nous avons
tous la même humanité, la même dignité. Tel est le sens du message de Lévi-Strauss, pour qui
« Le barbare, c’est l’homme qui croit à la barbarie »
Comme on peut le constater, ma citoyenneté/ nationalité /humanité doit remporter sur mon
identité qui n’est alors qu‘une infâme panic de mon « être homme » : en réalité, on n’est
jamais citoyen d’une tribu, d’un groupuscule et ou ne peut en être qu'un membre. En ce sens,
la détermination du naître ne doit en aucun cas avoir de la préséance sur la promotion de
Vôtre. La tribalité, par exemple, n'est donc pas un obstacle à ma citoyenneté voire à mon
humanité. En revanche, si cette tribalité dégénère en tribalisme, cela est immoral et incivique.
Transition : Si la diversité culturelle n’est pas en soi une source de conflits entre les hommes,
comment peut-on réussir une cohabitation heureuse entre les cultures ?
Comment les dérives naturelles générées par la diversité culturelle peuvent-elle être jugulées
en vue d’assurer à nos États et à notre humanité con temporaine décadente un passage
harmonieux de l’hétérogénéité à l’homogénéité ?
III.3 Synthèse, intérêt/valeur de l’affirmation de Montaigne : diversité culturelle et
enrichissement : positiver l’altérité et la diversité
On comprendrait ainsi mal la dénonciation par Montaigne de tout regard négateur sur les
cultures des autres dans un monde — celui de la mondialisation — où la cohabitation
culturelle semble se dérouler sous le mode de la stigmatisation. Mais, alors comment entrevoir
les rapports entre les cultures pour une existence sociale apaisée et détendue ?
Argument 1 : Tout part du principe d’égalité biogénétique entre les hommes. Selon Louis de
Jaucourt, cette égalité « est fondée sur la constitution de la nature humaine commune à tous
les hommes, qui naissent, croissent, subsistent et meurent de la même manière » et «la nature
humaine se trouve être la même dans tous les hommes ». Il n’y a « qu'une race d’hommes :
l’homo sapiens et les spécificités culturelles constituent ce qu’Aristote appelle des « accidents
» et n’altèrent nullement notre nature humaine commune. Toute action doit se fonder sur une
idée générale de l’espèce humaine, qui soit la même dans toutes les cultures. Aussi devons -
nous, comme nous y invite Noam Chomsky, revendiquer "le droit à l’universalité“.
Argument 2 : L’idée de l’égalité culturelle dans la différence est un principe qu’il faut
promouvoir par l’éducation et faire vivre dans les esprits comme conviction. Le « Contrat
Social » signe la formation d’une véritable « identité collective » qui produit une sensibilité à
toute agression contre le corps social, et une solidarité par laquelle chaque citoyen dilate son «
moi » aux dimensions d’un « nous » La perspective d’une coexistence multi -grégaire et
l’exigence citoyenne d’une conscience nationale intégrative sont-elles en soi opposées ?
Claude Lévi-Strauss, dans Race et Histoire appelait déjà à préserver la diversité culturelle
dans un monde menacé par la monotonie et l’uniformité. La tolérance impose de se situer
dans une posture réceptive et objective, puisque, dit-il, « la diversité des cultures est derrière
nous, autour de nous et devant nous {et doit être] une manière de construire l’humain ».
Argument 3 : Il faut construire l’homogénéité à partir de l’hétérogénéité. Telle est le défi
lancé par Kant dans son Projet de paix perpétuelle et qui invite à faire passer les cultures du
mode de la « cacophonie » à celui de « l’unisson », pour finalement arriver à la « symphonie
», comme dans le cas d’une chorale ‘où le maître de cœur a réussi à fusionner les voix tout en
faisant garder à chacune d’elle sa particularité. Il faut ici encourager et favoriser des initiatives
politiques et socioculturelles, à un moment où nos pays subissent des agitations diverses, et où
des atteintes à l’har monie collective s'expriment activement. La création au Cameroun, en
2016, de la commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme est un engagement
des autorités de la république en faveur de la diversité culturelle, de la tolérance et du respect
de la différence. La réflexion éducative doit se soucier de construire et de renforcer la
diversité culturelle à travers une meilleure prise en compte des identités culturelles nationales.

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Développer une symbiose entre les tribus et les cultures. C’est d’ailleurs ce qui justifie les
politiques nationales d’équilibre dont le but est de ne léser aucune communauté dans la
distribution des privilèges nationaux.
Argument 4 : Le principe des « échanges culturels » ou des « dialogues interculturels » est à
envisager. Du moment où, comme le disait Cheikh Hamidou Kane, dans l’Aventure ambiguë,
« L’ère des destinées singulières est révolue » et ; où aucun peuple ne saurait encore vivre de
la seule préservation de soi, il faut rentrer dans la dynamique des échanges enrichissants.
Senghor plaidait déjà pour l’avènement d’une « civilisation de l’universel », « rendez-verts du
donner et du recevoir ».
Argument 5 : Toute culture oscille entre évolution, mutation et transformation. Telle est
l’évidence qui se dégage de l’œuvre monumentale de Marcien Towa. C’est à l’art de
démontrer que toutes les cultures sont dans une dynamique instable qui les soustrait à
l’authenticité, à l’immobilisme et qui les rend disponible aux enrichissements. En mettant en
garde contre toute dilution ou tout ostracisme culturel, A. Césaire, lui aussi, souligne, dans
Discours sur le colonialisme, que « Toute culture est un mélange d'éléments effroyablement
hétérogènes ».
Argument 6 : L'homme, être d'amour et de penchant pour son semblable, a en lui de quoi faire
violence à la violence, de quoi anéantir les velléités belliqueuses que Freud et Lorenz ont
crues naturelles en lui : c’est la culture. C'est d’ailleurs pourquoi on parle d’une culture de la
paix dans un sens où il développerait comme des anticorps susceptibles de combattre les
dérives humanistes telles que la xénophobie et toutes les formes d’individualisme. La culture,
la vraie, élève l’homme vers l’idéalité, le soustrait des contingences du monde sensible de
Platon comme lieu de la doxa et du valgus.
Argument 7 : Dans Éloge de la différence, Albert Jacquard l'ait justement l’apologie de
l’altérité qui doit se voir comme une promesse de bonheur, un appel à la communion, à la
fraternité, à ‘Rameur, au sens où le message chrétien nous invite à aimer notre prochain
comme nous-mêmes. De même, Marc-Aurèle pense que « Le propre de l’homme, c'est
d'aimer même ceux qui l’offensent ». D'où d’ailleurs l'impératif catégorique de Kant : « Agis
toujours de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta propre personne que dans la
personne d'autrui, toujours ct en même comme une fin et jamais simplement comme un
moyen ». La prospérité nationale signifie qu’il n'y a sur le chantier de la construction
nationale, ni bassa ni bamiléké, ni Beti, etc, mais des camerounais.
En réalité, « la culture se définit essentiellement par ce qui est partagé et transmis. La culture
c’est ce que nous avons en commun avec d'autres. » (Cl. Roy).
L’universalité du genre humain commande donc que les hommes, qui qu'ils soient et d’où
qu’ïls viennent, bénéficient des mêmes égards et de la même bienveillance. L’égalité est ainsi
le principe séculier de l’Etat de droit et de toute république digne de ce nom

IV. Conclusion
Rappel du problème soulevé par la citation
Rappel succinct de la thèse et de sa critique
Solution personnelle au problème (et ouverture).
A l’évidence, la pluralité/diversité des cultures a très souvent été vite assimilée à un appel à la
conflictualité. Ce qui pourrait justifier que la cohabitation de plusieurs groupes culturels soit
évoquée comme source de la plupart de tensions sociales et des atteintes au vivre-ensemble.
A travers sa formule Montaigne, écrivain humaniste de la renaissance, fustigeait déjà en son
temps la bâtardise culturelle, voire la barbarie à laquelle étaient sommairement condamnées
certaines cultures prétendument inférieures. Mais il faut dire que s’il était une vertu justifiant
hypocritement les dérives humanistes de l’antiquité telles que l’esclavage et la colonisation, le
mythe du barbare est aujourd’hui, surtout par rapport à la mondialisation et aux idéaux du

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savoir vivre ensemble que caresse notre humanité post moderne, un véritable anachronisme.
Voilà pourquoi ayant certainement scruté les vices d’une culture occidentale un peu tr op
encline à la satisfaction de l’avoir au détriment de la valorisation de l’être, c’est -à-dire du
spirituel et de l’humain, Cheikh Anta Diop, de regretté mémoire, a choisi de donner à Furie de
ses plus généreuses productions intellectuelles le titre paradoxal suivant ; Civilisation ou
barbarie.

EXAMEN BACCALAUREAT SERIE A-ABI SESSION 2019


EPREUVE PHILOSOPHIE COEF DUREE

N.B. : Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants.

Sujet1:
La diversité culturelle est-elle source de conflits entre les hommes?

Sujet 2:
Quelles réflexions vous suggère cette pensée de Malebranche :
« Les philosophes sont obligés à la religion, car il n’y a qu’elle qui puisse les tirer de
l’embarras où ils se trouvent»?

Sujet 3 : Dégager l’intérêt philosophique d e ce texte à partir de son étude ordonnée


« Amener au jour une authentique philosophie africaine signifierait à coup sûr que nos ancêtres
ont philosophé, sans pour autant nous dispenser, nous, de philosopher à notre tour.
Déterrer une philosophie, ce n'est pas associe philosopher. L’occident peut se vanter d’une
brillante tradition philosophique. Mais L’occident qui a reconnu l’existence de cette tradition
et qui en a même saisi le contenu n’a pas encore commence à philosopher. La philosophie ne
commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage culturel et philosophique à une critique
sans complaisance. Pour le philosophe aucune donnée, aucune idée si vénérable soit- elle, n’est
recevable avant qu’elle ne soit passée au crible de la pensée critique. En fai t la philosophie est
essentiellement sacrilège en ceci qu’elle se veut l’instance normative suprême ayant seul le
droit de fixer ce qui doit ou non être tenu pour sacré, et de ce fait abolit le sacré pour autant
qu’il veut s’imposer à l’homme du dehors. C’est pourquoi tous les grands philosophes
commencent par invalider ce qui était considéré jusqu'à eux comme absolu. »

Marcien Towa, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle,


Yaoundé, Éditions Clé, pp. 28-29.

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CORRECTION PHILOSOPHIE BACC A4 2019

Correction sujet l : La diversité culturelle est-elle source de conflit entre les hommes ?

I. Compréhension du sujet
Le sujet, libellé sous forme interrogative, convie le candidat à unis-tâches conceptuelle
essentielles :
• Montrer en quoi la diversité culturelle peut alimenter les conflits entre les hommes ;
• Circonvenir à cette lecture négativiste de la diversité en indiquant en quoi elle serait plutôt
source d’enrichissement mutuel ;
• En déduire, en terme de solution finale, comment dépasser les rapports souvent tendus entre
les cultures pour construire une véritable société multiculturelle où triomphe le savoir vivre
ensemble.

II Introduction
Définitions
Culture: ensemble des réalités matériels et spirituelles produites par l’homme. Ell e
renvoie plus précisément au mode de vie d’une société.
Diversité culturelle : coprésence/ coexistence de plusieurs cultures dans un espace vital
donné ;
Conflit : divergence, opposition, animosité, querelle, désaccord.
Identification du problème : valeur de la diversité culturale/ impact de la diversité
culturelle sur le vivre ensemble. Il s’agit de faire le procès (en terme de passif et d’actif)
de la diversité culturelle.
Construction de la problématique : La coexistence de plusieurs cultures devrait-elle
nécessairement créer des désaccords entre les hommes ?
Faut-il appréhender la diversité culturelle comme un obstacle, un handicap au vivre
ensemble ou alors, y voir, en revanche un appel à l’ouverture à l’autre, autant dire, un
atout au triomphe du mieux vivre ensemble ?
III. Plan possible
Le sujet ainsi analysé nous permet d’envisager un plan ternaire déclinable de la manière
suivante :
III.1 Thèse : La diversité culturelle, source a priori de conflits
A l'évidence, la pluralité/diversité des cultures a très- souvent été vite assimilée à un appel à la
conflictualité. Ce qui pourrait justifier que la cohabitation de plusieurs groupes culturels soit
évoquée comme source de la plupart de tensions sociales et des atteintes au vivre ensemble.
Plusieurs arguments sont ainsi proposés :
Argument 1 : Les différences culturelles alimentent des différends sociaux sur la base des
clivages « nous » - « eux » . Plus il existe ides cultures une société, plus le lien social se
complexifie en se densifiant. La cohésion sociale, fruit d’une mutualisation des mœurs
devient la chose la moins évidente. Chaque groupe culturel, mu par un égoïsme, s'engage, par
rapport aux autres, dans un certain protectionnisme qui pousse ses membres à développer ce
qu’on pourrait appeler des « mécanismes de défense » contre toute forme d’agression ou
d’assimilation venant des autres. Le pouvoir devient plus difficile à partager et, la
démographie aidant, les plus grands sont tentés d'exercer comme une dictature du nombre
contre les plus petits; et cela se voit tant au plan politique qu’économique.
Désormais, différences riment avec divergences, particularismes et exclusion/rejet. Selon
E. Mounier, dans Le personnalisme, « La vie de société estime guérilla permanente.» Ceci
indique clairement que la cohabitation sociale se vit selon des rapports continuellement
tendus et générées par les égoïsmes et les différences. -

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Argument 2: La diversité est cause de la fragmentation sociale. La recherche du soutien


des siens pousse à se détourner des autres pour se replier sur sa communauté
d'appartenance. Selon Charles Taylor, «Une société fragmentée est celle dont les membres
éprouvent de plus en plus de mal à s'identifier à leur collectivité politique en tant que
communauté. ».
Arguments 3 : La diversité culturelle conduit à des crispations sur des questions
identitaires, socioculturelles et ethniques (minorités, marginalisés, autochtomes,
tribalisme, injustices, inégalités, etc...
Ainsi, constate Michel Tozzi, « Le lien politique et civique se dissout dans une crise plus
globale du lien social et civil, tendant à associer citoyenneté et civilité, avec la montée de ce
qu'on nomme précisément les incivilités, les violences urbaines, le sentiment d'insécurité. »
Argument 4 : Les différences conduisent à ce qu e G. Bourdieu appelait l’étiquetage des
individus. La crise dite anglophone, qui sévit actuellement au Cameroun, et la dernière
élection présidentielle ont permis de mesurer les difficultés que pose la cohabitation de
plusieurs cultures dans notre pays. On assiste régulièrement aux appels au soulèvement
des communautés contre d’autres, exacerbés par l’accaparement des structures de l’Etat
par certaines communautés (État-tribu ou État-ethnie). Les étiquettes sont vite trouvées
: hier, « eux » et « nous » ; aujourd'hui: « tontinards » ou « sardinards » toujours est-il
qu’on est logé et coincé dans une assignation péjorative et inquisitrice. « Quel malheur ou
quel privilège d’être né ici ou là-bas » : on a les déchus d’un bord et les élus d'un autre
bord. N'a-t-on pas souvent entendu certains, à tort ou à raison, parler du « pays
organisateur » pour désigner ceux qui appartiennent au cercle restreint des décideurs «
du moment» ? Voilà la triste réalité à laquelle a très souvent conduit la cohabitation des
cultures. En fait, dit Montaigne dans Essais, « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de
son usage ». Et ne rien arranger, ceux mêmes, qui donnent des leçons de morale, de
civisme et de patriotisme ne semblent plus jouir de quelque légitimité pour le faire.
Argument 5 : Le pluralisme, lorsqu'il est mal harmonisé, pourrait constituer le terreau
des replis identitaires et, par ricochet, un alibi du favoritisme qui génère toutes les
figures d’égoïsme exposant ainsi les citoyens à diverses frustrations. Le grand
chansonnier camerounais, Donny Elwood n'avait-il pas vu juste, lui qui chantait « mon
frère est en haut, moi-même je suis en haut » ?
Au regard de ce qui précède, le socle culturel est toujours saisi comme la raison
fondamentale des conflits sociaux et l’obstacle majeur à l'émergence de l’intégration
nationale.
Transition : Toutefois, faudra-t-il toujours voir dans la diversité culturelle la pomme de
discorde sociale contre laquelle il faut s'insurge ? La différence culturelle, bien gérée et bien
maîtrisée, n’unit-elle pas plus qu'elle n’oppose ?
III.2 Antithèse : La positivité de la culturelle
Même si la diversité culturelle semble a priori s'apprécier sous le mode de la
conflictualité, il n’est pas évident qu'elle ne soit en réalité que porteuse de conflits entre
les hommes.
Argument 1 : L’absurdité de la hiérarchie culturelle et les velléités d’hégémonie
alimentent insidieusement les conflits culturels. Aimé Césaire, dans son Discours sur le
colonialisme pensait justement qu’exploiter la différence culturelle en sa faveur pour
nuire aux autres ou les vilipender, constituerait non seulement une offense à la personne
humaine universelle, mais aussi l’une des plus grandes bêtises de l’homme moderne.
C’est pourquoi il écrit que « Le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience,
s’habitue à voir dans l'entre la bête, s'entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se
transformer lui-même en bête ».
Argument 2 : Essentiellement, les cultures n’ont rien de conflictuel. C’est ce que pense

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Karl Marx qui estime au contraire que c’est la dynamique antagoniste de rapports de
production, au fondement des classes sociales, qui génère les contradictions qui, à leur
tour, causent des conflits sociaux.
Argument 3 : La fragmentation sociale sur la base des spécifications culturelles est
corrosive à l’édification de véritables États-Nations. A cet effet, Eric Fattorine, dans
Besoin d’Afrique, disait qu’« On ne battit pas une société sur des isolements, il faut un
minimum d’horizon commun ».
Argument 4 : Le rejet de l’autre est réalité auto-rejet dès lors qu'on admet que nous
avons tous la même humanité, la même dignité. Tel est le sens du message de Lévi-
Strauss, pour qui « Le barbare, c’est l’homme qui croit à la barbarie »
Argument 5 : Ce sont aussi les velléités hégémonistes et expansionnistes de certaines
cultures qui donnent à penser que la diversité des cultures est un acide dissolvant de la
cohésion sociale. Les dérivées frondeuses et belliqueuses de certains peuples ont souvent
fait penser à une finalité guerrière dans les rapports entre entités culturelles (tribales on
ethniques) différentes, au point où on n’hésite pas à lire la figure des sociétés modernes
comme celle d’un darwinisme culturel, à savoir le lieu où chacune d’elles se bat pour sa
propre survie, en « consommant les autres pour survivre ».
Comme on peut le constater, ma citoyenneté/nationalité/humanité doit l’emporter sur
mon identité qui n’est alors qu’une infâme partie de mon « tout humain » : en réalité, on
n’est jamais citoyen d’une tribu, d’un groupuscule et on ne peut en être qu'un membre.
En ce sens, la détermination du naître ne doit en aucun cas avoir de là préséance sur la
promotion de mon être. La tribalité, par exemple, n'est donc pas un obstacle à ma
citoyenneté voire à mon humanité.
Transition : Si la diversité culturelle n’est pas en soi une source de conflits entre les hommes,
Comment peut-on réussir une cohabitation heureuse entre les cultures ? Comment les dérives
naturelles générées par la diversité culturelle peut-elle être jugulée en vue d’assurer à nos
États et à notre humanité contemporaine décadente un passage harmonieux de l’hétérogénéité
à l'homogénéité ?
III.3 Synthèse : diversité culturelle et enrichissement : positiver l’altérité et la diversité
Argument 1 : Tout part du principe d'égalité biogénétique entre les hommes. Selon Louis
de Jaucourt, cette égalité «est fondée sur la constitution de la nature humaine commune
à tous les hommes, qui naissent, « unissent, subsistent et meurent de la même manière » et «
la nature humaine se trouve être la même dans tous les hommes ». Il n'y a qu'une race
d'hormones : l'homo sapiens et les spécificités culturelles constituent ce qu’Aristote
appelle des « accidents » et n’altèrent t nullement notre nature humaine commune.
Toute action doit se fonder sur une idée générale de l'espèce humaine, qui soit la même
dans toutes les cultures. Aussi devons-nous, comme nous y invite Noam Chomsky,
revendiquer “ le droit à l'universalité".
Argument 2 : L'idée de l'égalité culturelle dans la différence est un principe qu'il faut
promouvoir par l'éducation et faire vivre dans les esprits comme conviction. Le « Contrat
Social » signe la formation d’une véritable « identité collective » qui produit une
sensibilité à toute agression contre le corps social, et une solidarité par laquelle chaque
citoyen dilate son « moi » aux dimensions d'un « nous ».
La perspective d’une coexistence multi grégaire et l'exigence citoyenne d'une conscience
nationale intégrative sont-elles en soi opposées ? Claude Lévi-Strauss, dans Race et
Histoire appelait à préserver la diversité culturelle dans un monde menacé par la
monotonie et l’uniformité. La tolérance impose de se situer dans une posture réceptive et
objective, puisque, dit-il, « la diversité des cultures est derrière nous, autour de nous et
devant nous [et doit être] une manière de construire l'humain ».
Argument 3 : Il faut construire l'homogénéité à partir de l’hétérogénéité. Telle est le défi

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lancé par Kant dans son Projet de paix perpétuelle et qui invite à faire passer les cultures
du mode de la « cacophonie » à celui de « l'unisson », pour finalement arriver à la «
symphonie », comme dans le cas d’une chorale où le maître de cœur a réussi à fusionner
les voix tout en faisant garder à chacune d'elle sa particularité. Construire l'unité dans
la diversité, tel fut le pari de l'ancien président tanzanien Julius Nyérété qui se donna le
défi de construire un socialisme modèle tanzanien (socialisme Ujamaa) sur la base de la
multiplicité des tribus présentes dans le pays et dont il en explicita la forme dans son
ouvrage Le Socialisme africain. Il faut ici encourager et favoriser des initiatives
politiques et socioculturelles, à un moment où nos pays subissent des agitations diverses,
et où des atteintes à l'harmonie collective s'expriment activement. La création au
Cameroun, en 2016, de la commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme
est un engagement des autorités de la république en faveur de la diversité culturelle, de
la tolérance et du respect de la différence. La réflexion éducative doit se soucier de
construire et de renforcer la diversité culturelle à travers une meilleure prise en compte
des identités culturelles nationales. Il faut développer une symbiose entre les peuples et
les cultures. C’est d'ailleurs ce qui justifie les politiques nationales d'équilibre régional
dont le but est de ne léser aucune communauté dans la distribution des privilèges
nationaux.
Argument 4 : Le principe des « échanges culturels » ou des « dialogues interculturels » est à
en visages. Du moment où, comme le disait Cheikh Hamidou Kane , dans L’Aventure
ambiguë « L’ère des destinées singulières est révolue.» et où aucun peuple ne sautait
encore vivre de la seule préservation de soi, il faut rentrer dans la dynamique des
échanges enrichissants. Senghor plaidait déjà pour l'avènement d’une « civilisation de
l'universel »., « rendez-vous du donner et du recevoir ». Au Cameroun, n’avons-nous pas
tous, à l’époque de la réunification, la construction du pont sur le Moungo, comme
symbole fort d’ouverture, d'échange et de brassage multiculturel qui, au-delà de nos
différences respectives, nous a fait voir l’intérêt et les avantages qu'il y a à vivre et à
mutualiser avec les autres ?
Argument 5 : Toute culture oscille entre évolution, mutation et transformation. Telle est
la goutte de vérité contenue dans l’évolutionnisme d’un Herbert Spencer et qui se dégage
aussi «de l'œuvre monumentale de Marcien Towa, Identité et transcendance. Ces auteurs
ont en commun l’art de monter que toutes les cultures so nt dans une dynamique instable
qui le soustrait à l’authenticité, à l’immobilisme et qui les rend disponible aux
enrichissements. Ainsi, en mettant en garde contre toute dilution ou tout ostracisme
culturel, A. Césaire souligne, mon sans raison, dans Discours sur le colonialisme, que «
Toute culture est un mélange d’éléments effroyablement hétérogènes ».
Argument 6 .L’homme, être d’amour et de penchant pour autrui, son semblable, a en lui
de quoi faire violence à la violence, de quoi anéantir les velléités belliqueuses que Freud
et Lorenz ont crues naturelles en lui : C’est la culture. C’est en pourquoi d’ailleurs qu’on
parle d’une culture de la paix dans un sens où il développerait comme des anticorps
susceptibles de combattre les dérives humanistes telles que la xénophobie et toutes les
formes d’individualisme. Dès lors, on peut dire que la culture, la vraie, élève l’Homme
vers l’idéalité, soustrait des contingences du monde sensible de Platon comme lieu de la
doxa et du vulgus.
Argument 7 : Dans Eloge de la différence, Albert Jacquard fait justement l'éloge de
l’altérité qui doit se voir comme une promesse de bonheur, un appel à la communion, à
la fraternité, à l’amour, au sens où le message chrétien invite à aimer notre prochain
comme nous-mêmes. C’est pourquoi Marc-Aurèle pense que « Le propre de. L’homme,
c’est d’aimer même ceux qui l’offensent ». D’où, l’impératif catégorique ultime de Kant : «
Agis toujours de telle sotte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta propre personne que

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dans la personne d'autrui, toujours et en même comme une fin et jamais simplement comme
un moyen ». Ainsi, l’ancien président camerounais se plaisait à dire que l'unité nationale
signifie qu’il n'y a sur le chantier de la construction nationale, ni bassa, ni bamiléké, ni Béti,
etc, mais des camerounais.
L’universalité du genre humain commande donc que les hommes, qui qu’ils soient et
d’où qu’ils viennent, bénéficient des mêmes égards et de la même bienveillance. L’égalité
est ainsi le principe séculier de l’État et de tout e république digne de ce nom.

IV. Conclusion
Notre réflexion s’est évertuée à analyser et à apprécier la valeur de la diversité culturelle. Sans
nier le fait que la diversité est un écueil à notre volonté de vivre ensemble en harmonie, il
serait tout de même excessif d’assimiler celle-ci à un facteur limitant de l'harmonie sociale.
En réalité, la pluralité des cultures est un élément à capitaliser dans la volonté de construction
d’une véritable société du bien vivre ensemble qui se départisse des velléités d’exclusion et de
repli identitaire, causes d'inertie, pour s'inscrire résolument dans une dynamique de symbiose,
de cohésion et de mutualisation. Les différences entre les hommes doivent se vivre comme
des sources d'enrichissement pour une société unifiée et cohérente, pour autant que, selon St
Exupéry, « si tu diffère de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ». C’est au final la dialectique
du général et du particulier, de l’un et du multiple, du << nous >> et du << eux » qui se trouve
engagée comme réponse aux conflits sociaux, «dans une dynamique de communion avec les
autres, dans la franchise, la tolérance, la sincérité et le pardon.

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EXAMEN BACCALAUREAT SERIE A-ABI SESSION 2018


EPREUVE PHILOSOPHIE COEF DUREE

N.B. : Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet I : L’homme est-il prisonnier du temps?

Sujet Il : Quelles réflexions vous suggère cette affirmation de Spinoza :


« Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres »?

SUJET III : Dégagez l'intérêt philosophique du texte suivant à partir de son étude
ordonnée.

"Dans la religion « le contenu est donné, il est considéré comme au-dessus ou au-delà de la
raison». La religion conçoit l'esprit humain comme borné, limité et ayant donc besoin que les
vérités essentielles pour l’homme, que sa raison infirme serait incapable de découvrir par elle -
même, lui soient révélées d’une façon surnaturelle et mystérieuse. Mais l’idée d’une vérité au -
delà de la raison, inaccessible naturellement à l’esprit humain, est a bsolument inconcevable par
la philosophie" qui repose sur le principe diamétralement opposé selon lequel la pensée ne doit
rien présumer en dehors d’elle-même, c’est-à-dire, que la philosophie ne doit rien admettre
comme vrai qui n’ait été saisi comme tel par la pensée."

Marcien Towa. Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle.


Yaoundé. Éditions clé, P62

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CORRECTION PHILOSOPHIE BACCA A4 2018

Sujet l : L’homme est-il prisonnier du temps ?

I. Compréhension du sujet
Ce libellé interrogatif convie le candidat à trois taches conceptuelles essentielles :
• Montrer (dans une première approche) en quoi consiste l’esclavage de l’homme vis -à-vis du
temps;
• Démontrer (dans une deuxième approche) que cet esclavage est relatif parce que l’homme
lutte contre la tyrannie du temps dont il essaie de maîtriser le cours et de domestiquer le flux;
• En déduire, en termes de solution finale, que si sur le plan matériel il subit l'usure du temps,
l’homme triomphe dans une certaine mesure de lui en s’immortalisant spirituellement à
travers ses œuvres et ses actes.
NB. Il est important que les candidats sachent faire usage des concepts clés ci-après :
- Temporalité/historicité/durée/instant;
- Temps subjectif ou psychologique : temps existentie l vécu par la conscience d’un sujet ;
- Temps objectif ou physique: temps absolu, scientifique, universel existant en soi,
chronologie, flux perpétuel dont je ne peux que suivre et poursuivre le cours et par rapport
auquel tout est daté.

Il. INTRODUCTION
Le temps est généralement défini tantôt comme un paramètre des situations, des
événements, tantôt comme un facteur d’évolution. Le Vocabulaire et technique et critique
de la philosophie d’André Lalande l’identifie à «un changement continuel par lequel le
présent devient le passé ». On parle alors du cours du temps. Ainsi défini, le temps
apparaît comme le plus grand facteur limitant de la volonté et de la liberté humaine et le
problème ici posé est celui de son impact négatif sur nos existences : si tout ce qui existe
est soumis à la dure loi de l’usure et voué à la précarité, devons-nous pour autant
conclure que notre aventure existentielle soit marquée du sceau d’un esclavage vis -à-vis
du temps? Autrement dit, même s'il reste vrai que sa liberté et son désir d’éternité:
(comme dira F erdinand Alquié) butent contre l’écueil de la temporalité, est-il légitime de
penser que l’homme est prisonnier du temps?

III. PLAN POSSIBLE


III.1 Thèse : La servitude de l’homme face au temps
Le temps est le cadre conceptuel dans lequel se déploie mon existence, et le monde
matériel dont je fais partie ne peut être saisi que par et dans le temps. D’où cette
affirmation de Kant selon laquelle le temps est une « forme a priori de la sensibilité ». Il en
découle donc tout d’abord que l’homme, parce que soumis à la finitude, est prisonnier
du temps et les raisons pour le confirmer sont légion :
Argument 1: L’irréversibilité du temps :
Il est impossible de remonter le cours du temps parce qu’il s’écoule dans une seule
direction. On comprend dès lors la détresse affective du poète Lamartine qui, dans son
poème Le Lac, implorait en vain l'indulgence du temps en ces termes : « Ô temps !
Suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours ».

Argument 2 : L'extrême évanescence du temps :


Tout se passe comme si le temps était fait pour s’évanouir: il apparaît comme une

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succession d’instants dont aucun ne ressemble à l’autre. .


Héraclite affirmait en ce sens que « tout coule et rien ne demeure » et qu’« on ne peut pas se
baigner deux fois dans le même fleuve ». Puisque chaque moment de notre existence
s'évanouit dans le temps, celui-ci apparaît à la fois comme le destinataire et le tombeau
de nos actes. La croissance, le vieillissement et plus tard le dépérissement et la mort sont
l'œuvre destructrice du temps au regard de laquelle on a pu affirmer que « sous le
firmament, tout n’est que changement, tout passe ». Dans cette perspective, on ne
manquerait pas ici de relever la détresse de l’homme qui, à l’image de Marcel Proust, se
lance désespérément « à la recherche du temps perdu » sans espoir de le retrouver.

Argument 3 : L’usure du temps :


Rien ne résiste totalement au temps : tout ce qui est substance, comme moi naît, grandit
et meurt. Le temps est ainsi comparable à un éternel instrument qui use tout et que rien
n’use.

Argument 4 :L’indifférence du temps :


Le temps manifeste son indifférence vis-à-vis de notre volonté et reste impassible à toute
négociation: dans le temps, tous les humains « voyagent» à la même vitesse. Il n’est
impossible d'anticiper sur mon rendez-vous galant de demain, mon salaire du mois ou
de retarder naissance de mon bébé dont je n’ai pas encore fini d’apprêter la layette.
Au regard de ce qui précède, ma finitude, mon impuissance voire ma vulnérabilité face
au temps est apparemment établie.
Transition : Toutefois, la souveraineté du temps vis-à-vis de mon existence et de mon activité
est-elle absolue

III.2 Antithèse : L’homme mène une lutte acharnée contre le joug du temps
Même si mon existence apparaît engluée dans la volonté souveraine de la temporalité, il
n’est pas évident que je sois pour elle une victime consentante.
Argument l : L’homme fait d’abord preuve d’une maîtrise de la temporalité qu‘il sait lire
et décrire : non seulement il peut morceler et convertir le temps en ses multiples
séquences, mais il-peut également établir un pont entre ses trois principaux moments
que sont le passé, le présent et le futur. On sait bien qu’à côté du « temps perdu» qui ne
revient pas, Marcel Proust s’enthousiasmait du « temps retrouvé», suggérant ainsi l’idée
d'une domestication possible du flux temporel.

Argument 2: L'homme est même dans une certaine mesure maître du temps parce qu’il a
pu le domestiquer et le partitionner en se le représentant dans l'espace, nomment à
travers les cadrans des horloges. Il vient par ailleurs, par la magie de l’audio -visuel,
revisiter nostalgiquement son passé, en tirer: les leçons qui s’imposent et se projeter
sereinement, en termes de résolutions, vers un meilleur avenir. L’homme n’a -t-il pas
aujourd'hui, grâce au pouvoir de la science et de la technologie, la possibilité de
«voyager dans le temps »

Argument 3 : A la différence des autres animaux, l’homme est capable de vivre


subjectivement le temps : il peut, à sa guise, décider de le contempler, de le « passer »
(divertissement) ou de l'utiliser en le mettant à profit dans l’action. De norme absolue, le
temps devient ainsi une donne relative vécue subjectivement par chaque conscience,
ainsi que l'a montre le philosophe Henri Bergson.

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Argument 4 :L’esprit humain et la grandeur d’âme de l’homme nous empêchent de


l’assimiler à un accident de l’univers, un simple jouet du temps : en sortant de sa
finitude naturelle pour déployer son existence beaucoup plus dans la sphère du culturel,
l'homme conjure la précarité de son existence et s’oppose à la souveraineté du temps.
Les grands hommes dont la pensée et/ou les actes ont positivement influencé le cours du
temps, ont contribué par leurs œuvres à l’éternité de l'esprit humain. Leur entrée dans
le panthéon de l’historicité fait d'eux des âmes immortelles ayant défié la temporalité au
sens même où André Malraux a pu dire que « l'art est un anti-destin »

Transition : Si l’homme sort plus ou moins victorieux de sa lutte contre la temporalité, doit-on
encore l’assimiler à un prisonnier du temps ?

III.3 Synthèse: L’homme transcende la prison du temps


Apparemment livré en pâture au flux temporel, l’homme lutte constamment contre la précarité
de sa condition en secouant le joug du temps. Telle qu’elle se dépl oie dans la science, la
culture et l’art, l’intelligence humaine nous donne la preuve que l'humanité refuse d'être logée
dans la prison de la temporalité et de souscrire fatalement à la modicité de notre simple
existence matérielle. Au lieu de le subir, l'homme maîtrise et transcende le temps. Il- est
parvenu, aujourd'hui, à une gestion du temps qu’il est et même du temps qu’il fait.
S'agissant du temps qu’il fait, il en possède une parfaite connaissance au point de pouvoir le
prévenir (météo) et de se prémunir contre ses dérives, qu’il désigne sous le vocable
d’intempéries.
En ce qui concerne le temps qu’il est, il peut le gérer à sa guise en imposant à chacune de ses
activités un timing et un chronogramme. Il procède ainsi à une véritable prévoyance, une
planification, autant dire une budgétisation du temps. Il est donc dans une certaine mesure
dompteur du temps

IV. CONCLUSION
Notre réflexion s'est évertuée à analyser et à évaluer l'influence du temps sur l’existence
humaine. Sans nier le fait que la temporalité est un écueil à notre activité et à notre désir
d'éternité, il serait tout de même excessif d’assimiler l’homme à un prisonnier dont le temps
serait le geôlier. En réalité, pour sortir victorieux de la lutte permanente que nous devons
mener contre la précarité de notre existence et le flux impitoyablement évanescent du temps,
il faut le meubler, l’occuper utilement par comme le déclare si bien Vladimir Jankélévitch,
«Le temps est le plus lourd récipient quand on le vide et le plus léger quand on le remplit». Le
temps n’est donc pas totalement un adversaire pour l’homme; il est même à égards son
partenaire et c’est bien pour cela qu’humanité, temporalité et historicité sont indissociables.

CORRECTION SUJET2

Sujet 2 : Quelles réflexions vous suggère cette affirmation de Spinoza : « Les hommes se
trompent en ce qu’ils se croient libres » ?

I. compréhension du sujet
Spinoza, philosophe hollandais a développé une conception de l'homme et du monde
tributaire de la vision stoïcienne faisant de l'homme un simple rouage d'une nature soumise à
un mécanisme et donc, à un ordre de la nécessité implacable. Ce qui a pour effet de remettre
en cause la liberté humaine ou tout au moins de l’hypothéquer en l’assujettissant aux
déterminations latentes qui font d’elle une simple illusion : croire qu’on est libre alors que
dans la réalité on ne l'est pas. Cette conception de la liberté l'amène à l’entrevoir dans le

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prisme d’une connaissance rationnelle et parfaite qui situe l’homme dans les béatitudes. Njoh-
Mouelle a, lui aussi, su mettre en évidence (quoique s’eût été pour la critiquer) à travers
l'équation : liberté = béatitude = bonheur. Dont ceci nous conduit à croire que l’homme
libre ne serait donc pas celui qui est capable d’agit selon sa volonté ou ses propres appétits ,
mais cet être conscient des déterminations que la nature fait peser sur lui, et capable de saisir
l’ensemble des lois et mécanismes qui régissent le fonctionnement de la nature.
Par cette approche, Spinoza dépasse le dualisme entre l’homme et la nature. Il n’y a plus de
contradiction entre être libre et être soumis aux lois de la nature. D’une certaine façon, être
libre c'est intérioriser, s'approprier cette soumission. C’est donc ce qui poussera P. Ricœur,
dans De l’interprétation, à dire qu’avec: Spinoza « on se découvre d’abord esclave, on
comprend son esclavage, on se trouve libre de la nécessité comprise ».
Voilà, simplement dite, la conception spinoziste de la liberté. C’est elle qui fixe le cadre de
compréhension de la présente citation dudit auteur soumise à l’appréciation des candidats.
Il importe que les candidats fassent bon usage des concepts-clés suivants :
Liberté : Situation dans laquelle l’homme agit suivant sa volonté.
Homme : Animal social, créature, réalité dynamique et agissante, soumise au flux des
événements et donc capable d'inclinations.
II. INTRODUCTION
II.1 Problème : Le sujet invite à se prononcer sur L’existence ou la non existence d’une
liberté propre à l’homme. Il pose ainsi le problème de l’effectivité de la liberté humaine.
II.2 Ce problème peut être décliné en problématiques ainsi qu’il' suit :
- L’homme est-il réellement libre ou alors ne baigne-t-il que dans l’illusion d‘être libre ?
- La considération de l’homme comme un être pris dans le jeu du monde ne fait -elle pas
de lui un simple élément d’un système qui surpasserait aussi bien sa conscience que sa
volonté et lui dénierait toute prétention à la liberté ?
- L’homme ne devrait-il pas concevoir la liberté comme un mirage, une impression, une
simple vue de l’esprit, que les tribulations de l'existence l’obligent finalement à
déconsidérer?

III. PLAN POSSIBLE


IlI.l Thèse : Explication/analyse de la pensée de Spinoza
En général, pense Spinoza, la liberté humaine n’est qu’une apparence et illusion.
Argument 1 : l’homme n’étant qu’une créature, est soumis à l'ordre naturel, lequel se
confond avec l'ordre divin, selon la logique panthéiste du philosophe hollandais. Il est, un peu
comme le pensaient les Stoïciens, embarqué dans les rouages d’un mécanisme qui
l’embrigade et l’emprisonne.
En tant qu’il fait partie du règne animal, il est soumis aux lois qui régissent le fonctionnement
de ce règne. Une lecture biologique de l’existence humaine nous montre en effet qu’il est
soumis au pouvoir de l'encodage génétique et à des métabolismes divers : hormones,
adrénaline, vieillissement cellulaire, etc.

Argument 2 : L’homme est pris dans le jeu des déterminations psychologiques


involontaires. Il subit le fouet de ses inclinations ou appétits (désirs, passions, etc.). Il s’agit
là du déterminisme psychologique dont, après Spinoza, la psychanalyse freudienne s'est faire
le chantre en montrant qu’il est insidieusement manipulé par les pulsions dont il ne maîtrise ni
les tenants ni les aboutissants.

Argument 3 : L’homme est aussi pris dans le jeu des forces structurelles diverses :
- Forces économiques à travers la dynamique conflictuelle des classes sociales
(marxisme);

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- Forces sociales à travers la division du travail et le jeu des interactions (Durkheim,


Marx, comte) : Charles Blondel, dans Introduction à la psychologie collective, souligne
le fait que « Les influences collectives s’insinuent partout dans notre vie psychique »
On pourrait donc être tenté, au regard de ce qui précède, de considérer l’homme -comme un
simple jouet de la nature et de ses caprices.

Transition : Toutefois, adhérer sans réserve à cette pensée de Spinoza ne fait-elle pas de
l'homme un être condamné à vivre une fatalité insurmontable?

III.2 Antithèse : Objections à la pensée de Spinoza


Cette conception négative de la liberté que véhicule Spinoza pose certainement quelques
difficultés :
Argument 1 : Elle repose sur l’ignorance de la spécificité de la conscience comme volonté et
d’autodétermination: libre arbitre (Descartes) ; l'autonomie de la volonté (Kant) valorisation
de la subjectivité (Kierkegaard, Sartre qui dira même, dans L existentialisme est un
humanisme, qu’« Il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, il est liberté »), etc.

Argument 2 : Cette vision spinoziste semble considérer les servitudes de l’existence sous-
estimant ainsi les efforts que l’homme déploie au quotidien pour sortir de la misère sa
condition.

Argument 3 : En véhiculant le message d’un déterminisme naturel proche de la fatalité,


Spinoza semble refuser à l’homme toute possibilité de révolte, d’engagement, de
détermination, alors que cette révolte constitue sans doute la leçon fondamentale de A.
Camus, aussi bien dans L‘Homme révolté (« La conscience vient au jour par la révolte »)
que dans Le Mythe de Sisyphe (« il n’y a pas de destin qui ne se surmonte par le mépris
»).

La conception spinoziste de la liberté est donc finalement défaitiste.

Transition : Mais sans balayer du revers de la main cette conception spinoziste de lai-
liberté, ne nous apparaît-il pas important, au-delà des critiques formulées à son
encontre, de dégager les enseignements qui en découlent?

III.3. Synthèse, intérêt/valeur de la vision spinoziste de la liberté


On comprendra ainsi que, paradoxalement, Spinoza ne peut entrevoir la liberté en dehors de la
nécessité. Mais, alors comment concilier nécessité et liberté si tant-est que, a priori, les deux
semblent se rejeter?

Argument 1 : La critique de Spinoza semble ainsi proche de celles de Baçon, Laplace,


Engels,
Marx, mais aussi de Freud. Conscients du caractère déterminé de nos inclinations, ils nous
invitent à en prendre connaissance, à en mesurer l’impact réel ou possible sur notre agir
quotidien afin de pouvoir les maitriser. Telle est leçon que donne Freud lorsqu’il affirme que
«là où ça est, moi doit devenir ». Il en découle donc que c'est faire preuve de naïveté que de
s’abandonner idéalement à l’illusion d’une liberté sans pression, ni opposition ou limites.

Argument 2 : Spinoza refusa de faire de la liberté un état. En montrant l’homme face eux
déterminismes divers, il veut peut-être nous enseigner que la liberté humaine n’est pas une
donnée, mais une conquête de tous les jours : si l’homme n’est pas libre, il importe qu'il se

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ibère, et qu’il se libère précisément de la nécessité inéluctable, et de ce point de la liberté es t


un processus et plus que telle un acte.

Argument 3 : Spinoza entend souligner la spécificité de la liberté humaine en tant qu'elle est
toujours prise dans le jeu des forces de la vie, lesquelles forces nous sont souvent, sinon
toujours ignorées.

Argument 4 : Il oblige à rechercher cette liberté totale et parfaite qui es inconcevable sans la
parfaite connaissance et la maîtrise de la nature sans laquelle l’homme ne saurait prétendre au
bonheur.

Argument 4 : Il dénonce l’attitude paresseuse de ceux qui ne conçoivent la liberté-que dans


l’absence de toute pression, de toute opposition ou de toute contrainte, alors que la vie nous
oppose tout cela et nous invite à y faire face : se dire libre pour n’avoir pas à combattre, voilà
un renoncement et un découragement auquel Spinoza ne saurait souscrire.

1V. CONCLUSION

-Rappel du problème soulevé par la citation


- Rappel succinct de la thèse et de sa critique
- Solution personnelle au problème (et ouverture)

• En déduire, en termes de solution finale, que si s ur le plan matériel il subit l'usure du


temps, l’homme triomphe dans une certaine mesure de lui en s’immortalisant
spirituellement à travers ses œuvres et ses actes.
NB. Il est important que les candidats sachent faire usage des concepts clés ci-après :
- Temporalité/historicité/durée/instant;
- Temps subjectif ou psychologique : temps existentiel vécu par la conscience d’un sujet ;
- Temps objectif ou physique: temps absolu, scientifique, universel existant en soi,
chronologie, flux perpétuel dont je ne peux que suivre et poursuivre le cours et par
rapport auquel tout est daté.

Il. INTRODUCTION
Le temps est généralement défini tantôt comme un paramètre des situations, des événements,
tantôt comme un facteur d’évolution. Le Vocabulaire et technique et critique de la
philosophied’André Lalande l’identifie à «un changement continuel par lequel le présent
devient le passé » . On parle alors du cours du temps. Ainsi défini, le temps apparaît comme le
plus grand facteur limitant de la volonté et de la liberté humaine et le problème ici posé est celui

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