INSA de Rouen, STPI 2
Année 2020 - 2021
Antoine Tonnoir
M7 : Introduction à la topologie et complément d’analyse.
IS du 14 juin 2021.
Durée 1h30.
Remarques préliminaires :
• La qualité de la rédaction, la clarté et la précision des raisonnements interviendront de façon
importante dans l’appréciation des copies.
• Les téléphones portables, calculatrices et documents sont interdits.
• Le barème et les temps pour les exercices sont donnés à titre indicatif.
Questions de cours : (20 min, 6p)
1. Soit f : E → F avec E et F deux e.v.n..
a) Rappeler la définition d’une fonction uniformément continue (u.c.) sur E. (1p)
b) Rappeler la définition d’une fonction Lipschitzienne (Lip.). (1p)
c) Montrer que f Lip. implique f u.c.. La réciproque est-elle vraie ? (1p)
d) Si E = F = R et f dérivable, montrer que f Lip. est équivalent à f 0 borné (1p)
2. a) Rappeler la définition d’un espace de Banach. Donner un exemple. (1p)
b) Rappeler le théorème de point fixe en précisant bien les hypothèses. (1p)
Exercice 1 (Coin coin) : (20 min, 4p)
Soit f (x, y) = xy et A = [−1, 1] × [−1, 1].
1. Montrer que A est compact et déduire que f admet un minimum et un maximum sur A. (1p)
2. Déterminer la(es) position(s) (x, y) où le minimum et le maximum sont atteints. (3p)
Correction :
1. L’ensemble A est un fermé borné de R2 qui est de dimension finie. Par conséquent, c’est un compact.
L’application f étant continue, on déduit qu’elle admet une minimum et un maximum sur A.
2. L’ensemble A étant fermé, on procède en deux étapes :
— On commence par chercher les éventuels extrema dans l’intérieur du domaine, qui est un ouvert.
Pour cela, on calcule le gradient et on cherche les points critiques.
— Ensuite, on regarde sur le bord du domaine si la fonction atteint un extremum.
Commençons avec l’intérieur du domaine. On a :
0 y 0
∇f (x, y) = ⇔ =
0 x 0
On a donc un unique point critique (0, 0). En ce point f (0, 0) = 0, or on a f (1, 1) = 1 ≥ f (0, 0) et
f (−1, 1) = −1 ≤ f (0, 0). Par conséquent, on déduit que le maximum et le minimum ne sont pas
atteint dans l’intérieur du domaine. Étudions maintenant sur le bord. On a :
FrA = {x = −1} × [−1, 1] ∪ {x = 1} × [−1, 1] ∪ [−1, 1] × {y = −1} ∪ [−1, 1] × {y = 1}
donc pour y ∈ [−1, 1] :
−1 = f (1, −1) ≤ f (1, y) = y ≤ 1 = f (1, 1) et − 1 = f (−1, 1) ≤ f (−1, y) = −y ≤ 1 = f (−1, −1)
1
et de même pour x ∈ [−1, 1] :
−1 = f (1, −1) ≤ f (x, −1) = −x ≤ 1 = f (−1, −1) et − 1 = f (−1, 1) ≤ f (x, 1) ≤ 1 = f (1, 1)
En résumé, f est maximale au coin (coin) (1, 1) et (−1, −1), et minimale en (1, −1) et (−1, 1). On
notera qu’on aurait pu arriver plus rapidement au résultat en notant que pour (x, y) ∈ (−1, 1)2
(ensemble ouvert), on a −1 < xy = f (x, y) < 1 et noter que les valeurs 1 et −1 sont atteintes au
coin (coin).
Exercice 2 (Application linéaire) : (20 min, 5p + 1p bonus)
Considérons l’application A : (C 1 ([0, 1], k · k) → (R, | · |) définie par :
Z 1
A(f ) = xf 0 (x) dx
0
et où : Z 1
kf k = |f (x)| dx + |f (1)| = kf k1 + |f (1)|
0
On admettra qu’il s’agit bien d’une norme.
1. Montrer que A est une application linéaire. (1p)
2. a) Rappeler 3 manières équivalentes de montrer qu’une application linéaire est continue (1p)
b) À l’aide d’une IPP, montrer que : (1p)
|A(f )| ≤ |f (1)| + kf k1
et déduire que l’application est continue.
c) Déterminer la norme de l’application A. Indication : Penser à considérer la suite de (2p)
fonction fn (x) = xn .
3. (Bonus) L’application A est-elle continue si on remplace la norme k · k par la norme k · k1 ? (b.1p)
Que peut-on en conclure sur l’espace E ?
Correction :
1. On a pour (λ, µ) ∈ R2 et deux fonctions f et g :
Z 1 Z 1 Z 1
A(λf + µg) = x(λf 0 (x) + µg 0 (x)) dx = λ xf 0 (x) dx +µ xg 0 (x) dx
0
| 0 {z } | 0 {z }
=A(f ) =A(g)
donc l’application A est bien linéaire.
2. a) On peut de manière équivalente montrer :
— que l’application est continue en 0,
— qu’il existe une constante M t.q. :
|A(f )| ≤ M kf k
— qu’il existe une constante M 0 t.q. pour tout f t.q. kf k ≤ 1 on a :
|A(f )| ≤ M 0
b) En appliquant une IPP, on a :
Z 1 Z 1 Z 1
0 1
A(f ) = xf (x) dx = [xf (x)]0 − f (x) dx = f (1) − f (x) dx
0 0 0
d’où : Z 1
|A(f )| ≤ |f (1)| + |f (x)| dx = kf k
0
| {z }
=kf k1
On déduit bien que l’application est continue car on a |A(f )| ≤ M kf k avec M = 1.
2
c) Sachant que l’application est continue, on sait que sa norme est bien définie et cette dernière est
donnée par :
|A(f )|
kAk = sup
f 6=0 kf k
On déduit de l’inégalité précédente que kAk ≤ 1 puisque pour tout f 6= 0 :
|A(f )|
≤1
kf k
Suivant l’indication, calculons pour n ≥ 1 :
Z 1 n+1 1
n−1 x n
A(fn ) = x(nx ) dx = n =
0 n+1 0 n+1
De plus, on a :
1 1 1
xn+1
Z Z
n n 1
kfn k = |fn (1)| + |fn (x)| dx = 1 + x dx = 1 + =1+
0 0 n+1 0 n+1
Ayant fn 6= 0, on déduit que :
n
|A(fn )| n
kAk ≥ = n+11 = −→ 1
kfn k 1 + n+1 n + 2 n→+∞
Par conséquent, on déduit que kAk ≥ 1. Étant également inférieur à 1, on a kAk = 1.
3. Si on remplace la norme k · k par k · k1 , on a alors pour la même suite fn :
Z 1 n+1 1
n x 1
kfn k1 = x dx = =
0 n+1 0 n+1
et d’autre part :
n
A(fn ) =
n+1
Ainsi :
n
|A(fn )| == nkfn k1
n+1
On en déduit que l’application n’est pas continue puisque (car sinon, il existerait une constante
M > 0 indépendante de fn t.q. |A(fn )| ≤ M kfn k). Or, on sait qu’en dimension finie, toutes les
applications linéaires sont continues. Par conséquent, l’espace C 1 ([0, 1]) n’est pas de dimension finie.
Exercice 3 (Amortissement) : (30 min, 5p + 1p bonus)
Considérons le système masse-ressort avec amortissement décrit par l’EDO suivante :
x00 (t) = −x(t) − x0 (t)
où on se donne une position initiale x(0) = x0 et une vitesse initiale x0 (0) = x00 .
1. a) Réécrire l’EDO sous la forme d’un système d’ordre 1 : (1p)
y 0 (t) = Ay(t)
où y(t) = [x(t), x0 (t)] et A est une matrice 2 × 2 que vous préciserez.
b) Montrer que le problème admet une unique solution. (1p)
2. Calculer à l’aide de l’exponentielle de matrice la solution de l’EDO. On s’attachera à (3p)
simplifier l’écriture de la solution de x(t).
3. (Bonus) Pour une EDO similaire avec un terme source : (b.1p)
x00 (t) = −x(t) − x0 (t) + f (t)
réécrire sous la forme d’un système d’EDO d’ordre 1 et résoudre à l’aide de l’exponentielle
de matrice (on obtient la formule de Duhamel ).
3
Correction :
1. a) Avec la définition de y, il est facile de voir que le système d’EDO devient :
0 0 1
y (t) = y(t)
−1 −1
| {z }
:=A
b) Pour ce faire, nous allons appliquer le Thm. de Cauchy Lip.. On doit donc vérifier que l’application
(t, y) → Ay est continue est Lip. par rapport à sa deuxième variable. La continuité découle
directement du caractère linéaire de A et parce qu’on est en dimension finie, et on a de plus pour
(y, z) ∈ R2 × R2 :
kAy − Azk ≤ kAkky − zk
donc l’application est bien Lip. Le problème de Cauchy : trouver y(t) solution du système d’EDO
et vérifiant y(0) = y0 admet donc bien une unique solution.
2. On sait que la solution s’exprime alors sous la forme suivante :
y(t) = etA y0
Pour calculer l’exponentielle de la matrice, diagonalisons la. On a :
P (λ) = det(A − λId) = −λ(−λ − 1) − (−1)1 = λ2 + λ + 1
On a alors le discriminant :
∆ = 12 − 4 × 1 × 1 = −3
et donc les deux racines complexes conjuguées :
√ √
−1 + i 3 −1 − i 3
λ1 = et λ2 =
2 2
Voyons maintenant les vecteurs propres associés. Commençons avec λ1 , on a :
−λ1 1 x1 0
=
−1 −1 − λ1 v1 0
Par construction de λ1 , les deux équations ne sont pas linéairement indépendante et on peut donc
poser simplement v1 = λ1 x1 d’où y 1 = [1, λ1 ] un vecteur propre associé à λ1 . De même, on a aura
y 1 = [1, λ2 ] un vecteur propre associé à λ2 . On en déduit la matrice de passage P :
1 1 −1 1 λ2 −1 i λ2 −1
P = ⇔ P = =√
λ1 λ2 λ2 − λ1 −λ1 1 3 −λ1 1
Ainsi, on a :
eλ1 t
0
tA
y(t) = e y0 = P P −1 y0
0 eλ2 t
λt
i e 1 0 λ 2 x0 − v0
=√ P
3 0 eλ2 t −λ1 x0 + v0
λt
i e 1 (λ2 x0 − v0 )
= √ P λ2 t
3 e (−λ1 x0 + v0 )
λt
e 1 (λ2 x0 − v0 ) + eλ2 t (−λ1 x0 + v0 )
i
=√ λ t λ t
3 λ1 e 1 (λ2 x0 − v0 ) + λ2 e 2 (−λ1 x0 + v0 )
Détaillons le calcul de x(t) la première composante de y(t) en se rappelant que λ2 = λ1 :
i i
x(t) = √ x0 λ2 eλ1 t − λ1 eλ2 t + √ v0 −eλ1 t + eλ2 t
3 | {z } 3 | {z }
=2iIm(λ2 eλ1 t ) =−2iIm(eλ1 t )
4
On a d’une part :
√ √
λ1 t 3 −t/2 √ 3 −t/2
2Im(λ2 e ) = (−1) sin( t)e − 3 cos( t)e
2 2
et d’autre part : √
λ1 t 3 −t/2
2Im(e ) = 2 sin( t)e
2
En regroupant ces résultats, on obtient :
√ √ ! √
sin( 23 t) 3 −t/2 2 3 −t/2
x(t) = x0 √ + cos( t) e + v0 √ sin( t)e
3 2 3 2
On retrouve bien une expression réelle qui vaut x0 en t = 0, et dont la dérivée x0 (0) = v0 .
3. Commençons par réécrire comme un système d’EDO :
0 0
y (t) = Ay(t) +
f (t)
| {z }
:=g(t)
En s’inspirant de la technique du facteur intégrant, on peut multiplier le système ci-dessus par e−tA
(qui est bien défini pour la même raison que etA est bien défini) :
e−tA y 0 (t) − Ay(t) = e−tA g(t)
| {z }
=(e−tA y(t))0
On peut alors intégrer pour déduire :
Z t Z t
−tA −sA
e y(t) = y0 + e tA
g(s) ds ⇔ y(t) = e y0 + etA
e−sA g(s) ds
0 0
Notons que pour la dernière équivalence, on a exploiter le fait que etA e−tA = Id. On peut démontrer
le résultat en notant que si yh (t) = etA y0 est solution de yh0 = Ayh , alors le problème : trouver ϕ(t)
vérifiant :
ϕ0 (t) = −Aϕ(t) pour t ∈ [0, T ]
ϕ(0) = yh (T )
admet une unique solution donnée par ϕ(t) = yh (T −t). En effet, ϕ0 (t) = −yh0 (T −t) = −Ayh (T −t) =
−Aϕ(t) et ϕ(0) = yh (T ). Par ailleurs, on sait également que ϕ(t) = e−tA yh (T ). En exploitant enfin
que yh (T ) = eT A y0 et que ϕ(T ) = yh (0) = y0 , on obtient :
ϕ(T ) = y0 ⇔ e−T A eT A y0 = y0
La dernière égalité étant vraie pour tout T et pour tout y0 , on déduit bien que e−tA etA = Id.
Bon courage !