Études canadiennes / Canadian Studies
Revue interdisciplinaire des études canadiennes en
France
91 | 2021
L’État et la défense nationale dans un monde
désordonné : Le Canada et la France en perspective
The State and national defence in a disorderly world: a comparison between
France and Canada
Laurence Cros et Jean-Christophe Boucher (dir.)
Édition électronique
URL : [Link]
ISSN : 2429-4667
Éditeur
Association française des études canadiennes (AFEC)
Édition imprimée
Date de publication : 30 décembre 2021
ISSN : 0153-1700
Référence électronique
Laurence Cros et Jean-Christophe Boucher (dir.), Études canadiennes / Canadian Studies, 91 | 2021,
« L’État et la défense nationale dans un monde désordonné : Le Canada et la France en perspective »
[En ligne], mis en ligne le 30 décembre 2021, consulté le 05 février 2022. URL : https://
[Link]/eccs/4961
AFEC
INTRODUCTION DE LA PUBLICATION
Ce numéro thématique est porté par notre rédacteur invité Jean-Christophe Boucher,
professeur adjoint à l’École de politique publique et au Département de science
politique de l’Université de Calgary et codirecteur du Réseau canadien de défense et de
sécurité (RCDS). Il rassemble des chercheurs des deux côtés de l’Atlantique, dans le but
d’examiner la façon dont le Canada et la France développent leur politique de défense
et de sécurité afin de prendre en compte les nouveaux facteurs et enjeux d’un
environnement de sécurité changeant : augmentation de la compétition des grandes
puissances ; émergence de nouveaux acteurs ; et crise d’identité et de légitimité des
organisations de la défense qui ont caractérisé la coopération internationale en matière
de sécurité internationale des dernières décennies. Ces bouleversements affectent le
comportement des grandes puissances, mais ils forcent également les autres États, tels
que le Canada et la France, à redéfinir leurs intérêts, réaligner leurs associations avec
les autres membres de la société internationale, et réorienter leurs politiques de
défense et ressources militaires.
N°91 - Décembre 2021
L’État et la défense nationale dans un monde désordonné : Le Canada et la
France en perspective
Numéro dirigé par Laurence CROS, Université de Paris, rédactrice-en-chef, et
Jean-Christophe BOUCHER, Université de Calgary, rédacteur invité
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS ........................................................................................................... 5
David G. HAGLUND, Université Queen’s et Stéphane ROUSSEL, École nationale
d’administration publique. « Les Perdants » : aux fondements historiques de la culture
stratégique contemporaine de la société québécoise ...................................................... 11
Jean-Christophe BOUCHER, Université de Calgary. Opinion publique et politique de
défense du Canada à l’ombre de la compétition des grandes puissances ....................... 33
Cornel TURDEANU, Simon Fraser University, Alexander MOENS, Simon Fraser
University et Elizabeth DE VIEL CASTEL, Department of National Defence. Talking
to Defence Stakeholders: How the Canadian and French Ministries of Defence Engage
Important Individuals and Organizations ....................................................................... 63
Philippe DUMAS, École nationale d’administration publique. L’approvisionnement de
la défense du Canada : Les projets d’avions de combat dans un monde en mutation .... 91
Marianne GRENIER, Université de Calgary. Infrastructures essentielles après la
COVID-19 : prévoir et mitiger l’augmentation des cybermenaces .............................. 119
Julien LAUZON CHIASSON, École nationale d’administration publique.
Meaningfulness and Meaninglessness in Ontological Security: Understanding
Information Warfare’s Fundamental Principles ........................................................... 141
Pierre COLAUTTI-FÉRÉ, Université Laval et Jacob FORTIER, Université de
Montréal. Loyalty or autonomy? Canadian and French divergent strategic behaviors in
time of power transition ............................................................................................... 165
Laurent BORZILLO, CEPEL (Université de Montpellier) / Réseau d’analyse
stratégique et Justin MASSIE, Université du Québec à Montréal. Le Canada, la France
et la guerre contre Daech ............................................................................................. 189
Varia
Pierre MARTIN, CNRS-PACTE / Science Po Grenoble. Les élections fédérales
canadiennes du 20 septembre 2021.............................................................................. 211
Prix de thèse AFEC
Charlotte BEZAMAT-MANTES, Université de Paris 8. Une étude géopolitique des
réserves urbaines à Saskatoon et Winnipeg : quels outils d’analyse, quels
enseignements ? ........................................................................................................... 221
AVANT-PROPOS
Jean-Christophe BOUCHER, Université de Calgary
Laurence CROS, Université de Paris
Ce numéro thématique de la revue sur « L’État et la défense nationale
dans un monde désordonné : Le Canada et la France en perspective »1 est porté
par Jean-Christophe Boucher, professeur adjoint à l’École de politique publique
et au Département de science politique de l’Université de Calgary et codirecteur
du Réseau canadien de défense et de sécurité (RCDS). Les articles, pour la
plupart, ont été présentés lors d’une journée d’études à Université de Paris le 17
novembre 20212, précédée la veille par des rencontres entre la délégation
canadienne et les centres de recherche français sur la défense et la sécurité. Cette
journée et ce numéro ouvrent donc la voie à une collaboration qui s’annonce
fructueuse et enrichissante entre les spécialistes de sécurité français et canadiens.
Les États occidentaux font face à un nouvel environnement de sécurité,
marqué par la transformation et l’incertitude. Premièrement, au niveau
systémique, nous assistons à une transition de la puissance caractérisée par un
retrait des États-Unis sur l’échiquier international et une volonté de la Chine et,
dans une moindre mesure, la Russie, de se positionner comme compétiteurs. Au
niveau local, l’émergence de nouveaux acteurs, tels que les groupes terroristes,
ou certaines puissances régionales, contrarient la puissance américaine. Non
seulement ces bouleversements affectent le comportement des grandes
puissances, mais ils forcent également les autres États, tels que le Canada et la
France, à redéfinir leurs intérêts, réaligner leurs associations avec les autres
membres de la société internationale, et réorienter leurs politiques de défense et
ressources militaires.
Deuxièmement, les organisations de la défense qui ont caractérisé les
dernières décennies, telles que l’OTAN ou l’Europe de la défense, sont en crise
1
Nous souhaitons remercier David Haglund, membre du comité scientifique de la revue et professeur
à l’Université Queen’s, qui a le premier évoqué l’idée d’un numéro sur les questions de défense et
sécurité au Canada, dans le contexte d’une augmentation des tensions entre les États-Unis et la Chine,
et qui nous a mis en contact.
2
Nous remercions les différents partenaires qui ont aidé à organiser cette journée : l’École des
politiques publiques (Université de Calgary) ; le Ministère de la Défense nationale du Canada ; le
Réseau canadien de défense et de sécurité ; le Réseau d’analyse stratégique ; le Laboratoire de
recherche sur les cultures anglophones (LARCA UMR 8225, Université de Paris) ; l’Association
française d’études canadiennes. Le projet a été financé à l’aide d’une subvention partenariat du
Conseil de recherches en sciences humaines (subvention 895-2019-1000).
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER ET LAURENCE CROS
d’identité et de légitimité. D’une part, les multiples interventions militaires post-
2001 auxquelles ont participé ces organisations ont révélé des failles importantes
quant à leur aptitude à mettre en œuvre un projet d’édification de la nation :
pensons notamment à l’Afghanistan, la Libye, ou encore la Syrie et l’Irak. En
outre, ces interventions ont également démontré que la capacité militaire et la
volonté des alliés étaient à géométrie variable, faisant du partage équitable des
charges au sein de ces organisations un enjeu militaire et politique sensible.
D’autre part, la solidarité au sein de ces alliances semble se fracturer ou, à tout le
moins, se fragiliser, créant ainsi une force d’inertie et minant leur détermination
à faire face aux différents enjeux sécuritaires contemporains.
Troisièmement, l’univers de la sécurité s’est complexifié avec
l’apparition de nouveaux enjeux tels que la cyber sécurité, la prolifération
nucléaire, la guerre hybride et informationnelle, les changements climatiques, les
flux migratoires ou encore l’automatisation et le développement de l’intelligence
artificielle. Dans un tel contexte, les États doivent non seulement se procurer le
matériel militaire nécessaire, développer les tactiques et doctrines militaires et
s’entraîner pour affronter de proches compétiteurs dans un environnement multi-
domaines, mais également demeurer à la fine pointe de l’innovation
technologique pouvant faire face à ces nouvelles menaces.
Dans ce numéro spécial, nous avons tenté de rassembler des chercheurs
des deux côtés de l’Atlantique, dans le but d’examiner la façon dont le Canada et
la France développent leur politique de défense et de sécurité afin de prendre en
compte les nouveaux facteurs et enjeux d’un environnement de sécurité
changeant. Le premier objectif de ce numéro spécial est d’examiner la façon dont
ces nouveaux enjeux et phénomènes sécuritaires engendrent des défis inédits et
complexifient davantage l’administration de la défense pour le Canada et la
France. Ainsi, nous avons canalisé notre réflexion autour de trois thèmes
centraux : 1) la mémoire historique et la relation entre la société civile et les
affaires militaires au Canada ; 2) l’administration des acquisitions militaires et la
politique de défense du Canada face aux défis sécuritaires émergeants ; 3) les
interventions militaires et opérations extérieures.
Le second objectif est d’encourager les débats publics sur les questions
de politique de défense du Canada. Effectivement, ce numéro spécial fait partie
d’une initiative plus large du Réseau canadien de défense et de sécurité (RCDS).
Le RCDS est un partenariat de recherche financé par le Conseil de recherches en
sciences humaines réunissant plus de 10 universités canadiennes. Le RCDS est
un effort visant à favoriser les liens entre les universitaires, les institutions civiles
et militaires, les divers organismes du ministère de la Défense nationale (MDN),
les Forces armées canadiennes (FAC) et la société civile. Le but du RCDS est
6 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
AVANT-PROPOS
d’encourager la recherche universitaire dans le domaine de la politique de défense
afin de contribuer à la formulation de politiques de défense.
Le troisième objectif de ce numéro est de développer un corpus
francophone portant sur les enjeux de politique de défense et de mettre en valeur
l’expertise francophone (et québécoise) dans ce domaine de recherche. En effet,
le corpus scientifique en politique étrangère et de défense du Canada est
principalement anglophone, limitant sa portée au sein de l’environnement
intellectuel francophone au Canada et à travers la francophonie. Les auteurs
francophones, tant ceux enseignant au Québec que dans les autres provinces
canadiennes, doivent trop souvent à écrire en anglais, contribuant ainsi davantage
l’anglicisation de la production scientifique de ces chercheurs. En outre,
l’enseignement de la politique étrangère et de défense au Canada se fait
essentiellement à travers les textes et conversations en anglais, faute d’une
littérature adéquate en Français. De ce fait, l’introduction au champ de l’analyse
de la politique étrangère du Canada se fait en anglais pour les étudiants
francophones, renforçant l’idée selon laquelle la pensée et les débats entourant les
questions de la place du Canada dans l’espace international se produisent « in
English ».
Le premier thème de ce numéro spécial rassemble trois textes portant sur
les relations civilo-militaires au Canada. La première contribution, proposée par
David Haglund et Stéphane Roussel, intitulée « ‘Les Perdants’ : aux fondements
historiques de la culture stratégique contemporaine de la société québécoise »,
adopte une perspective historique afin d’examiner la façon dont les Canadiens, et
plus spécifiquement les Québécois, structurent leur conception des enjeux de
sécurité. Les auteurs emploient ainsi le concept de culture stratégique comme
passerelle liant l’histoire et la science politique, en rappelant combien la mémoire
d’événements passés peut déterminer la perception du présent. Dans ce texte, les
auteurs arguent que la culture stratégique québécoise est dépendante d’un oubli,
soit la période de guerre récurrente sévissant en Amérique du Nord à l’époque de
la Nouvelle-France, et d’une surexposition, soit la défaite des Plaines d’Abraham
en 1759. La juxtaposition de ces phénomènes d’oubli et de surexposition dans la
mémoire collective du Québec permet d’expliquer, à tout le moins en partie,
l’attitude des Québécois en ce qui concerne les enjeux de politique défense au
Canada. Le deuxième article, « Opinion publique et politique de défense du
Canada à l’ombre de la compétition des grandes puissances », de Jean-Christophe
Boucher, examine la perception des Canadiens des différentes questions de
politique de défense. Celui-ci explore les facteurs structurant l’opinion des
Canadiens en matière de politique de défense, tels que le régionalisme, les
facteurs sociodémographiques et la partisanerie. À partir de données colligées à
travers un sondage d’opinion publique représentatif de la population canadienne
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 7
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER ET LAURENCE CROS
(n=1504 répondants), organisé entre le 21 et 31 août 2020, trois grands thèmes
sont étudiés : la perception de la menace, l’appui aux interventions, et la confiance
du public envers les décideurs et guides d’opinion en matière de politique de
défense. Le troisième texte du numéro spécial, « Talking to Defence
Stakeholders: How the Canadian and French Ministries of Defence Engage
Important Individuals and Organizations », de Cornel Turdeanu, Alexander
Moens et Elizabeth de Viel Castel, cherche à analyser la façon dont les Ministères
de la défense canadien et français organisent leur dialogue avec les intervenants
de la société civile. Ainsi, l’article révèle comment les ministères de la Défense
canadien et français interagissent avec les universitaires, think tanks, et
influenceurs nationaux, comparant leurs méthodes et les meilleures pratiques.
Les textes traitant le deuxième thème de ce numéro spécial explorent les
enjeux associés à l’administration de l’approvisionnement militaire et la politique
de défense du Canada face aux défis sécuritaires émergeants. La première
contribution, qui s’intitule « L’approvisionnement de la défense du Canada : Les
projets d’avions de combat dans un monde en mutation », de Philippe Dumas,
porte sur le projet des avions de combat au Canada. En effet, malgré un monde
sécuritaire en fluctuation et une augmentation des dépenses militaires,
l’acquisition de nouveaux avions de combat demeure un défi. Ainsi, ce texte tente
de comprendre comment cet environnement influence les projets d’acquisition
majeurs de la défense. L’auteur suggère que l’acquisition de matériel militaire est
le produit d’une triple attention : répondre à un environnement sécuritaire qui
détermine les besoins, aux considérations politiques internes et aux modalités du
marché de la défense. Le deuxième texte de cette thématique, « Infrastructures
essentielles après la COVID-19 : prévoir et mitiger l’augmentation des
cybermenaces », de Marianne Grenier, examine la politique canadienne en
matière de protection des infrastructures essentielles contre les cybermenaces
depuis l’émergence de la COVID-19. Selon l’auteure, l’approche du
gouvernement canadien en la matière témoigne d’un processus de sécurisation
incomplet, limitant la capacité des organisations fédérales à faire face aux
menaces. Cet article explore les conséquences de la pandémie de la COVID-19
sur la sécurisation des IE canadiennes en examinant les discours liés à la
cyberprotection des IE dans les sphères politique, publique et médiatique. Enfin,
le troisième article, « Meaningfulness and Meaninglessness in Ontological
Security: Understanding Information Warfare Fundamental Principles », proposé
par Julien Lauzon Chiasson, développe les fondements théoriques de la guerre de
l’information. Selon l’auteur, la cible des opérations d’influences est la sécurité
ontologique des sociétés. En effet, la guerre de l’information cherche à modifier
un biais négatif de l’adversaire et à lui substituer un biais favorable par des
moyens subversifs. Ceci est fait en convainquant des acteurs sociaux d’un récit
8 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
AVANT-PROPOS
illusoire qui les envoie dans une quête de sens menant potentiellement à des
actions subversives. Cette approche théorique est appliquée à la désinformation
et aux théories du complot au Canada durant la pandémie de COVID-19.
Le troisième thème porte sur les interventions militaires et opérations
extérieures du Canada et de la France. Le premier texte, « Entre fidélité et
autonomie : les divergences stratégiques du Canada et de la France », de Pierre
Colautti et Jacob Fortier, traite des choix stratégiques des alliés des États-Unis,
tels que le Canada et la France, dans un contexte de transition de la puissance. Les
auteurs notent que les pays alliés semblent faire des choix divergents afin de
s’adapter aux fluctuations au sein du système international et ceci, malgré des
intérêts similaires. Afin d’expliquer cette dichotomie, les auteurs argumentent que
le Canada et la France ont une perception différente de la menace et interprètent
la transition de la puissance de façon distincte. En outre, le Canada et la France
ne disposent pas de la même marge de manœuvre en matière de politique
étrangère, ce qui structure leurs choix respectifs. Le dernier texte, de Justin
Massie et Laurent Borzillo, Le Canada, la France et la guerre contre Daech,
examine la nature et le cadre d’exécution de la participation du Canada et de la
France aux opérations militaires contre Daech. Les auteurs suggèrent que les
impératifs d’alliance ont influencé la contribution de ces deux pays. Toutefois, les
auteurs soulignent que la façon dont ces deux pays légitimèrent leur engagement
permit à l’un, la France, d’éviter une politisation de la question, tandis que le
Canada dut modifier sa contribution en fonction des aléas électoraux.
À la suite de ce dossier thématique mais non sans lien avec cette question
des aléas électoraux, la revue propose dans sa rubrique Varia un article de Pierre
Martin qui présente le résultat de l’élection fédérale canadienne du 20 septembre
2021. Provoquée par le Premier ministre libéral Justin Trudeau, elle ne lui a
toutefois pas permis de retrouver une majorité absolue de sièges à Ottawa.
L’analyse montre que les résultats de ces élections constituent une réplique
presque parfaite de ceux de 2019, permettant aux Libéraux de conserver le
pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire.
Selon la tradition annuelle de la revue, ce numéro 91 conclut avec un
article de la récipiendaire 2021 du Prix de thèse de l’AFEC, Charlotte Bezamat-
Mantes, tiré de son doctorat sur « Analyse géopolitique des stratégies territoriales
pour l’autodétermination des Premières Nations au Canada : le cas des réserves
urbaines à Saskatoon et Winnipeg » (Institut français de géopolitique, Université
de Paris 8). La création de réserves « indiennes » urbaines, phénomène récent au
Canada, contribue à la résolution des revendications territoriales autochtones
mais pose la question du droit à la ville des gouvernements autochtones et génère
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 9
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER ET LAURENCE CROS
des rivalités de pouvoir complexes entre les gouvernements non-autochtones et
ceux des Premières Nations.
Pour conclure cet avant-propos, les rédacteurs remercient tous les
participants, contributeurs et évaluateurs, qui ont permis la parution de ce numéro,
original par sa thématique dans les annales de la revue. Il s’agit du 4e numéro
publié pendant la pandémie de Covid, et nous nous réjouissons que cette période
difficile n’arrête pas la production d’une recherche de qualité sur le Canada.
10 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« Les Perdants » : aux fondements historiques de la culture
stratégique contemporaine de la société québécoise1
David G. HAGLUND, Université Queen’s
Stéphane ROUSSEL, École nationale d’administration publique
Le concept de culture stratégique est l’une des passerelles qui permettent de lier l’histoire et la science
politique, en rappelant combien la mémoire d’évènements passés peut déterminer la perception du
présent. Mais cette mémoire est sélective, sujette aux oublis comme aux surexpositions. Ce texte est
une relecture de certains fondements historiques de la culture stratégique de la société québécoise
contemporaine, fortement teintée de l’internationalisme de Pearson, qui est souvent confondu avec du
« pacifisme. » Il vise à démontrer de cette culture stratégique est en partie tributaire d’un oubli, soit la
période de guerre endémique sévissant en Amérique du Nord à l’époque de la Nouvelle-France, et
d’une surexposition, soit la défaite des Plaines d’Abraham en 1759, dont le souvenir encore
douloureux pourrait avoir imprimer, dans la mémoire collective des Québécois, l’idée selon laquelle
la guerre est une aventure qui risque d’aboutir à une grande catastrophe.
“Strategic culture” is one of those conceptual bridges that link history with political science, among
other reasons because it reminds us of the hold that memories of past events can continue to exercise
upon contemporary reality. But those memories are always subjective, sometimes downplayed to the
point of nearly being forgotten altogether, at other times so overstated as to yield a highly distorted
sense of the past and of its relationship to the present. This article constitutes a revisitation of
contemporary Quebec strategic culture, which has been so strongly stamped with the impress of a
“Pearsonian internationalism” that it has become easy to confuse it with “pacifism.” Yet Quebec’s has
also been a strategic culture that also stems from a great deal of historical amnesia. What seems to
have been effaced from the collective memory has been the long period in which war was endemic in
New France. Only a very small part of this earlier period has escaped erasure from collective memory.
It has been the closing act, on the battlefield of the Plains of Abraham, which has been “remembered”
only too well. So well has it been recollected, in fact, that it has fostered within Quebec society the
unshakable conviction that, for Quebeckers, war must always be a risky undertaking susceptible of
leading to catastrophe.
Parmi les mythes et les stéréotypes souvent associés à la société
québécoise figure celui qui veut qu’elle soit composée d’irréductibles
« pacifistes » ou « antimilitaristes », qui refusent de prendre les armes lorsque
vient le temps de le faire et qui se méfient des décisions du gouvernement
canadien en matière de défense (MONGEAU 1993 ; GRANATSTEIN 2007, 136-
163). L’historien Éric Bédard classe d’ailleurs ce mythe parmi les « Dix idées
reçues sur l’histoire du Québec » (BÉDARD 2019, 371-372. Voir aussi
ROBITAILLE 2003 ; RIOUX 2004). Comme nous l’avons établi ailleurs
(ROUSSEL et BOUCHER 2015 ; voir aussi MASSIE et BOUCHER 2013), le
terme qui s’appliquerait le mieux pour désigner l’attitude souvent plus critique
1
Ce texte approfondit certaines idées exprimées par les auteurs dans HAGLUND et ROUSSEL 2020.
Ceux-ci tiennent à remercier le professeur Éric Bédard (TELUQ) pour ses commentaires.
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
des Québécois à l’égard des entreprises à caractère militaire que celle des autres
Canadiens est celui « d’internationalisme antiimpérialiste ». D’une part, les
Québécois francophones sont réticents à soutenir les engagements militaires du
Canada auprès des grandes puissances, que ce soit l’Empire britannique autrefois
ou les États-Unis aujourd’hui. D’autre part, attachée aux institutions
internationales (Nations Unies, Organisation du traité de l’Atlantique Nord,
Francophonie, Commonwealth), partisane enthousiaste des opérations de
maintien de la paix, résolument tournée vers l’espace euroatlantique, la société
québécoise serait en fait la gardienne de l’orthodoxie « pearsonienne ». Ce terme
renvoi à Lester B. Pearson, ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1957 et
Premier ministre de 1963 à 1968, ardent promoteur du multilatéralisme et figure
marquante du maintien de la paix, qui a largement contribué à forger l’approche
dite « internationaliste libérale », laquelle domine la politique étrangère
canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale (NOSSAL, ROUSSEL et
PAQUIN 2015, 150-155).
Ces deux conceptions de la culture stratégique québécoise, soit le
pacifisme et l’internationalisme antiimpérialiste, ont ceci en commun qu’elles
renvoient, chacune à leur manière, à une attitude critique face à l’usage de la force.
Si l’adhésion de la société québécoise autour des idées internationalistes libérales
révèle un phénomène de convergence avec la société canadienne anglophone, des
différences notables subsistent dans l’attitude des deux groupes sur certaines
questions, en particulier en ce qui a trait à la décision d’engager des troupes dans
des missions de combat outre-mer (ROUSSEL et BOUCHER 2015 ; RIOUX
2004).
L’objectif de ce texte est de contribuer à la réflexion sur l’origine des
particularités de la culture stratégique québécoise francophone. L’hypothèse est,
en effet, que les différences, résiduaires mais tenaces, entre les attitudes des deux
groupes trouvent leurs racines dans les expériences historiques propres à la
société québécoise francophone, et donc qui ne font pas partie de l’imaginaire
collectif canadien anglophone. Le soutien de la société québécoise à une politique
étrangère internationaliste libérale est relativement récent, puisqu’il semble
apparaitre entre 1945 et 1960 (GOW 1970), donc en même temps que chez les
autres Canadiens. Mais sous cet engagement internationaliste persisteraient des
attitudes dictées par des idées, des expériences ou par des traumatismes collectifs
issus d’un passé parfois lointain.
Ainsi, l’apparente prédisposition à l’antiimpérialisme affichée par
l’opinion publique québécoise serait le prolongement du grand mythe de la
« survivance » (BOUCHARD 2019, 269-297 ; BÉDARD 2017), soit le projet qui,
du milieu du XIXe siècle jusqu’à la Révolution tranquille (1960-1980), visait à
12 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
s’assurer de la survie de la société canadienne-française perçue comme étant
perpétuellement menacée d’être submergée par la culture « anglo-saxonne »,
survie garantie par une forme de repli sur soi. Cette attitude aurait conduit les
Canadiens français à éviter de se mêler des affaires des « Anglais », qu’il s’agisse
de « leurs » institutions (dont les forces armées) ou de « leur » Empire. La culture
stratégique de la survivance inscrit donc une révulsion à l’idée d’aller se battre
pour défendre des intérêts qui ne concernent pas la société canadienne-française,
mais qui appartiennent aux Britanniques ou, aujourd’hui, aux Américains. Le
rejet de la conscription en 1917-1918 et en 1942-1944, de même que la forte
opposition à l’engagement du Canada en Irak en 2003, en seraient les
manifestations les plus édifiantes.
L’objectif de ce texte est de remonter encore plus loin dans cette
exploration des racines de la culture stratégique contemporaine de la société
québécoise, en faisant plutôt référence à une période au cours de laquelle la guerre
a joué un rôle central dans la vie collective des Canadiens français, mais qui ne
s’applique pas aux autres communautés qui peuplent le Canada, à l’exception des
nations autochtones. Il s’agit de la période de la Nouvelle-France (1608-1763),
au cours de laquelle la paix est une anomalie et la guerre est omniprésente, et qui
se termine, en 1759-1760, par une catastrophe militaire qui scelle de manière
définitive le destin des Canadiens français.
Curieusement, la société québécoise contemporaine semble avoir fait
l’impasse sur son passé guerrier de l’époque du Régime français (pourtant marqué
par un certain nombre de faits d’armes) pour ne cultiver que la mémoire de
l’effondrement final et entreprendre un perpétuel travail d’introspection sur le
sens à donner à ce dernier événement (COURTOIS 2121). Or, tant cette amnésie
que ce souvenir surexposé peuvent contribuer à expliquer le mythe de la « société
pacifique » et la prégnance actuelle, pour les Québécois, de la culture stratégique
pearsonienne. Nous proposons donc l’hypothèse troublante selon laquelle la
société québécoise cultive, à travers une mémoire sélective de la Nouvelle-
France, une « culture stratégique du perdant » qui alimente sa méfiance à l’égard
du recours à la guerre. De la défaite de 1759 sur les Plaines d’Abraham et de ses
suites tragiques que sont la Conquête de 1760 et la Cession de 1763, la société
québécoise aurait retenu que la guerre est non seulement une entreprise inutile,
mais aussi hasardeuse et très coûteuse, et sans doute également humiliante. La
guerre est ainsi associée à la défaite. C’est cette dimension que nous allons
aborder dans ce texte.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 13
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
Culture stratégique et mémoire collective
Le terme culture stratégique désigne « un ensemble cohérent et persistant
d’idées, propre à un contexte sociohistorique donné, qu’entretient une
communauté à l’égard de l’usage de la force armée et du rôle des institutions
militaires » (ROUSSEL et MORIN 2007, 18). Le concept et ses différentes
applications ont été décrits dans de nombreux textes (GREATHOUSE 2010 ;
HAGLUND 2014 ; WASINSKY 2015), si bien que nous nous en tiendrons ici
qu’à quelques remarques utiles pour situer notre démarche.
La notion de culture stratégique est généralement employée à des fins
explicatives, au sens où elle sert à rendre compte des décisions des dirigeants
politiques et militaires. Elle est utilisée soit comme un facteur causal (donc une
variable indépendante qui influence directement la prise de décision politique),
soit comme un facteur contextuel (au sens où elle réduit les options possibles en
fonction de ce qu’elle définit comme « acceptable » et « inacceptable », sans pour
autant déterminer une décision finale), soit enfin comme un discours justificatif
visant à légitimer une décision. Nous ne faisons référence à aucune de ces trois
démarches ici, dans la mesure où le but de ce texte n’est pas d’établir un lien de
causalité entre la culture stratégique et le comportement de la société québécoise.
Notre intérêt est plutôt de documenter l’origine du contenu de la culture
stratégique québécoise contemporaine. Certes, celle-ci a des conséquences
indirectes sur les décisions que prend le gouvernement canadien (BOUCHER et
ROUSSEL, 2008), ce qui justifie en soi son examen, mais ce n’est pas notre
objectif ici que de les identifier.
Le contenu de la culture stratégique peut être influencé par un grand
nombre de facteurs, tels que les valeurs dominantes, les croyances et les
consensus dans la société, ou encore les courants d’idées qui circulent dans le
système international. Toutefois, la grande majorité des auteurs qui s’intéressent
à la question estime que l’histoire y joue un rôle important. La culture stratégique
émane d’une série d’expériences historiques propres à une communauté et est
constituée des « leçons » que celle-ci en tire.
Ces expériences historiques ne sont pas conçues ici comme une série de
faits objectifs dont le sens est donné et fixe, mais plutôt comme la mémoire des
évènements passés qu’entretient collectivement une communauté. Elle prend
donc un caractère profondément subjectif et le sens ou les interprétations donnés
à ces évènements peuvent changer à travers le temps, entre autres à travers les
manipulations opérées par des agents sociaux pour servir des desseins politiques
ou identitaires. Certains évènements, qualifiés de « traumatismes » (au sens où ils
renvoient à une tragédie qui est dépeinte comme ayant changé le parcours d’une
14 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
société et transformé son identité de manière irrévocable ; voir ALEXANDER
2004, 1), peuvent mettre des décennies avant d’acquérir ce statut, mais par la suite
teinter de manière disproportionnée la façon dont une société se perçoit, allant
même jusqu’à donner lieu à la création de « mythes nationaux » destinés à
perpétuer le souvenir d’un âge d’or révolu ou d’un « paradis perdu », ainsi qu’à
entretenir l’espoir de le retrouver sous une forme différente (BOUCHARD 2014
et 2019).
Le caractère subjectif de la mémoire collective signifie non seulement
que le souvenir d’évènements passés peut être magnifié et réinterprété, mais aussi
simplement biffé et oublié. C’est le sort réservé à ceux qui ne cadrent pas avec
l’identité et le récit dominant d’une société ou avec le projet politique qu’elle
porte.
L’amnésie de la Petite guerre
Comme le souligne Jean-Yves Gravel, le « Régime français est la
période la plus troublée de notre histoire. La Nouvelle-France, qui ressemble à un
vaste camp militaire, connait à peine cinquante ans de paix de la fondation de
Québec jusqu’à la Conquête. La guerre et la paix sont tellement liées à la vie
quotidienne des habitants que le fusil est, pour ainsi dire, accroché à la charrue »
(GRAVEL 1974, 5). En effet, on peut dénombrer pas moins de trois guerres dites
« iroquoises » (1647-1653, 1657-1677 et 1689-1697), auxquelles s’ajoutent les
« guerres intercoloniales », soit quatre guerres entre puissances européennes qui
se répercutent en Amérique du Nord, y aspirant tant les Autochtones que les
colons et leurs descendants « canadiens » : la Guerre de la Ligue d’Augsbourg
(1688-1697), la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1713), la Guerre de
Succession d’Autriche (1744-1748) et la Guerre de Sept Ans (1754-1763)
(GAUTHIER 2020, 203-204). À ce compte, il faut aussi ajouter plusieurs
expéditions sanglantes, telles que les expéditions de Samuel de Champlain contre
la nation mohawk (1609, 1610 et 1615) ou encore la prise de Québec par des
flibustiers anglais, les frères Kirke, au cours de la guerre franco-anglaise de 1627-
1629 (elle-même dans le cadre de la Guerre de Trente Ans). Ces dates sont
cependant sujettes à caution, dans la mesure où d’innombrables raids et
escarmouches ont lieu hors des dates officielles de ces conflits (DECHÊNE 2008,
461-509). Les cent-cinquante ans d’existence de la Nouvelle-France sont ainsi
ponctués de conflits meurtriers qui opposent les Français et les Canadiens à la
Confédération iroquoise et aux Anglais. D’autres guerres vont opposer les
Français à d’autres nations autochtones au sud des Grands Lacs (OUELLET
2017), tels que les Mesquakies (Renards) établis dans l’actuel Michigan, ou
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 15
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
encore les Natchez, de la région du Mississippi, qui seront en grande partie
exterminés ou réduits en esclavage.
Il existe une abondante historiographie consacrée à la Nouvelle-France,
et une partie non négligeable porte sur les dimensions militaires de cette période.
Mais ces dimensions sont, curieusement, négligées dans la mémoire collective,
ou encore réduites, dans la culture populaire, à une activité presque bénigne et
sans commune mesure avec les guerres contemporaines. Une chanson du groupe
Les Cowboys fringants, intitulée La Sainte Paix (2002), qui perpétue l’image du
Québec pacifiste, évoque cette idée :
J’viens d’un pays tranquille
Qui n’a jamais vu de missiles
Icitte du temps quand on s’battait
C’était à coups de mousquets
Les paroles laissent entendre que « se battre à coup de mousquets » est
moins sérieux que de recourir à des armes de destruction massive. C’est
certainement juste du strict point de vue quantitatif, mais la guerre en Nouvelle-
France ne peut pas être réduite à des escarmouches menées avec des armes
imprécises. En fait, loin d’être un phénomène marginal ou anecdotique, la guerre
occupe une place extrêmement importante dans la vie quotidienne des Canadiens,
que ce soit dans l’économie, l’administration ou l’occupation du territoire
(DECHÊNE 2008 ; CHARTRAND 2009 ; ECCLES 1971). De la violence de
cette époque, la mémoire collective de la société québécoise ne conserve
généralement que des images éparses, comme le combat désespéré de Dollard des
Ormeaux au Long-Sault (1660), le « Massacre de Lachine » (août 1689) ou les
raids corsaires de Pierre Le Moyne d’Iberville dans la Baie d’Hudson et à Terre-
Neuve (1695-1697). Les interprétations données à ces évènements changent
évidemment avec le temps, mais elles tournent souvent autour de quelques figures
héroïques et du rôle de « victime de la cruauté iroquoise ».
Ce que rappellent les travaux des spécialistes, mais qui n’apparait guère
dans la culture populaire, est le caractère extrêmement cruel des affrontements
qui se déroulent en Amérique du Nord entre 1650 et 1759 et qui, selon les critères
contemporains, pourraient être qualifiés de « guerres ethniques ». Bon nombre
des expéditions militaires menées par les belligérants, en particulier (mais pas
exclusivement) par les Canadiens et les Autochtones, visent en fait à massacrer
des populations civiles, à les affamer ou à les chasser d’un territoire donné. Les
raids menés par les Iroquois contre les Hurons (Wendats) et les établissements
français, la déportation des Acadiens, ou encore ceux menés par les Canadiens
contre les villages anglais (tel le raid meurtrier contre Schenectady en 1690, en
16 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
représailles au massacre de Lachine) appartiennent à cette catégorie. Les
massacres de civils et de prisonniers, et même certaines formes de torture comme
le scalp, étaient couramment utilisés. Plusieurs gouverneurs de la Nouvelle-
France ont utilisé la pratique consistant à rémunérer leurs alliés autochtones au
nombre de scalps -- soi-disant prélevés chez l’ennemi (LOZIER 2003 ;
DECHÊNE 2008, 177-180). Dans bien des cas, des enfants ont été capturés pour
être élevés chez leurs ravisseurs. Quant aux propriétés, bâtiments et récoltes, ils
étaient incendiés. Une telle manière de faire la guerre horrifiait les officiers
européens (LACROIX-LECLAIR et OUELLET 2011 ; NERICH 2009, 26, 97),
bien qu’elle n’ait rien à envier aux exactions commises en Europe, notamment au
cours de la Guerre de Trente ans. L’Amérique du Nord des XVIIe et XVIIIe siècles
est donc tout sauf un havre de paix, et le Canadien de la Nouvelle-France est, de
ce point de vue, bien éloigné de ses descendants qui se targuent d’un penchant
prononcé pour la paix.
La Petite Guerre
Jusque dans les années 1660, les efforts de colonisation de la Nouvelle-
France sont essentiellement le fait d’initiatives privées, avec le soutien inégal, et
souvent minimal, de l’État français. Les premiers défenseurs de la colonie
naissante sont donc les colons eux-mêmes qui, dans les lieux les plus menacés
(Port-Royal, Trois-Rivières, Montréal), s’organisent en milices. Mais celles-ci
perdent rapidement leur mission purement défensive. Lorsqu’arrive enfin le
régiment de Carignan-Salière (1665) et que celui-ci entreprend trois campagnes
contre les Iroquois, quelques centaines de miliciens l’accompagnent (DECHÊNE
2008,105-107, 468).
Il faut cependant attendre avril 1669, après le départ du Régiment de
Carignan-Salière, pour que Louis XIV ordonne la constitution d’une milice
formelle regroupant tous les hommes valides (GAUTHIER 2020, 20-24 ;
DECHÊNE 2008, 111-114). Avec les Compagnies franches de la Marine, la
milice constitue l’épine dorsale de la défense de la Nouvelle-France jusqu’au
début de la Guerre de Sept ans. Ainsi, le Régime français utilise une mesure qui,
250 ans plus tard, deviendra une hérésie pour les Québécois : la conscription.
Celle-ci est reçue avec peu d’enthousiasme par la population et la réputation de
la milice est douteuse, surtout aux yeux des officiers français. Les miliciens vont
tout de même jouer un rôle militaire important, du moins jusqu’à l’arrivée de
troupes régulières en nombre conséquent à la veille de la Guerre de Sept Ans
(DECHÊNE 2008 ; HORN 2006).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 17
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
Les milices adoptent un style de la guerre propre aux Canadiens français
et aux Autochtones, soit la « Petite Guerre ». S’il est une première mouture de la
culture stratégique canadienne-française, c’est dans cette notion qu’elle réside. La
pratique de Petite Guerre est bien documentée (BALVAY 2006 ; CASSEL 2001 ;
LACROIX-LECLAIR et OUELLET 2011 ; NERICH 2009). Berndt Horn la
décrit ainsi :
La petite guerre was, in essence, small-scale irregular warfare. Key to its
success was the selection of limited objectives that could be easily
overcome. Stealth and surprise were of the utmost importance, ambushes
and raids were the preferred method of attack, and lightning-quick strikes
were always succeeded by immediate withdrawals. There were no follow-
on attacks or campaigns, and rarely were any of the tactical operations
capable of achieving a larger strategic value other than pre-empting,
delaying, or disrupting possible enemy offensive action. (HORN 2006, 22)
La Petite Guerre rappelle donc plusieurs autres méthodes de combat, que
ce soit l’emploi des troupes légères dans les armées européennes en appui aux
unités de ligne ou les tactiques de guérilla (LACROIX-LECLAIR et OUELLET
2011, 49). Elle a été largement utilisée par le gouverneur Frontenac et ses
successeurs, de la fin du XVIIe siècle jusqu’au début de la Guerre de Sept Ans,
que ce soit contre les Iroquois ou contre les colonies anglaises. Face à ces
dernières, il s’agit d’une stratégie asymétrique (du « faible au fort ») visant à
compenser l’infériorité démographique criante de la Nouvelle-France. Tout au
long des guerres franco-britanniques, les Canadiens cherchent à frapper leurs
adversaires là où ils sont le plus vulnérables, en maximisant la surprise, de
manière à les maintenir dispersés et sur la défensive. Au cours des guerres de la
Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et celle de Succession d’Espagne (1702-1713),
ce serait environ 70 raids contre des villages de Nouvelle-Angleterre et de New
York qui auraient été ainsi menés, et probablement tout autant durant la Guerre
de Succession d’Autriche (1740-1748) (DECHÊNE 2008, 490-495). Bien
souvent, il s’agit de petits commandos regroupant des miliciens et des
Autochtones commandés par des officiers du rang, parfois de troupes auxiliaires
opérant avec les forces régulières.
La pratique de la Petite Guerre est en partie à l’origine des cruautés
évoquées plus haut. D’une part, elle est le prolongement des usages empruntés
aux Autochtones, qui les pratiquaient bien avant l’arrivée des Européens (nous y
reviendrons). Elle s’est ainsi transmise aux Canadiens qui, en ayant eux-mêmes
fait les frais, l’ont intégré, sans toutefois en reprendre les dimensions rituelles ou
spirituelles. Elle devient plutôt un instrument de guerre psychologique servant des
fins stratégiques, puisque les actes de cruautés contribuaient à renforcer le climat
18 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
de terreur permanent chez les Anglo-américains (NERICH 2009, 194-195). Ceci
explique que, en dépit de la révulsion qu’inspirait cette manière de faire la guerre
aux officiers européens, ces derniers s’en sont accommodés (DECHÊNE 2008,
176-177 ; LACROIX-LECLAIR et OUELLET 2011, 50; NERICH 2009, 29-32),
du moins jusqu’à ce que le général français Montcalm impose sa conception de
la stratégie à suivre à partir de 1758, en dépit de l’opposition du Gouverneur
Vaudreuil, conception nettement plus conforme à la guerre à l’européenne menée
avec des troupes de ligne.
L’héritage autochtone
L’évolution des alliances avec certaines nations autochtones (Innu,
Abenakis, Algonquin, Etchemins, Huron, Montagnais, et Outaouais) joue un rôle
crucial dans l’établissement de la Nouvelle-France en 1603 (BÉDARD 2021, 23-
26), explique sa longévité (TREMBLAY 2009a, 142-154 ; HORN 2006, 38) et
est une cause de sa chute finale (NERICH 2009, 175-186). Mais le recours à la
Petite Guerre par les Canadiens rappelle aussi l’importance et la profondeur de
l’influence autochtone dans le domaine militaire sur les colons français et leurs
descendants nés au pays, ce que soulignent tous les auteurs qui s’intéressent à la
question. Ainsi :
Les croyances de l’époque justifiaient l’usage de la Petite Guerre car elle
était devenue la façon la plus naturelle de se battre. L’apprentissage puis
le transfert de cette méthode de guerre irrégulière ont été possibles en
raison de l’absolue nécessité de s’allier aux Amérindiens. […] À leur
contact, les colons ont peu à peu adopté leurs coutumes. La culture
amérindienne permit ainsi aux Canadiens de s’adapter au climat, aux
nécessités du transport, d’alimentation, d’habillement. […] Les
équipements et les accessoires de la guerre amérindienne furent
rapidement assimilés par les colons. Peu à peu, les colons français, à cause
de la guerre à l’amérindienne, furent coupés de leurs origines européennes
et de facto perdirent les références culturelles et éthiques européennes. Au
cours du XVIIIème siècle les représentants du Roi avaient noté que les
Canadiens étaient devenus un peuple ayant une vision du monde bien
différente de celle de leur mère patrie. (LACROIX-LECLAIR et
OUELLET 2011, 51).
La Petite Guerre devient donc un repère identitaire, qui rapproche les
Canadiens des Autochtones et, du même souffle, les distinguent des Français.
L’archétype du milicien canadien ne correspond pas à l’image du « citoyen-
soldat » que l’on associe généralement aujourd’hui à la milice, mais tient bien
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 19
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
plus du guerrier et du franc-tireur rébarbatif à la discipline et à la hiérarchie et qui
mène ses propres affaires, fussent-elles une guerre, à sa manière (DECHÊNE
2008, 69-92; HORN 2006, 44 note 3).
La reconnaissance de la contribution autochtone à la culture militaire
canadienne en Nouvelle-France est certes importante, car elle constitue un lien
historique entre les Premières Nations et la société québécoise, lien qui, comme
la notion même de Petite Guerre, est aujourd’hui presque oublié. Mais elle
soulève néanmoins deux problèmes délicats liés aux exactions qu’entraine la
Petite Guerre, et dont il faut tenir compte pour s’assurer de la justesse de cette
reconnaissance.
D’une part, les exactions associées aux « manières autochtones » de faire
la guerre doivent être abordées dans le contexte plus large de la culture de ces
nations, qui leur donne un sens et une finalité bien différents de ceux que dicte
une perspective occidentale. Ainsi, le fait de procéder à des enlèvements (en
particulier d’enfants) s’inscrit dans des buts de guerre démographiques, soit la
nécessité de combler les vides causés non seulement par la guerre elle-même,
mais aussi par la famine et surtout, après l’arrivée des Européens, par des
épidémies foudroyantes (SIOUI 1994, 315-333 ; SIOUI 2018, 70-79 ; VIAU
2000). Par ailleurs, il faut se garder de généraliser sur l’ensemble de la période
considérée. Si certaines pratiques semblent avoir été courantes (scalps, massacres
de civils, maltraitance des prisonniers), bien d’autres, parmi les plus horrifiantes
(tortures, sacrifice humain, anthropophagie), étaient exceptionnelles ou même
abandonnées au XVIIIe siècle (DECHÊNE 2008, 175-187).
D’autre part, l’argument de « l’héritage autochtone » peut trop
facilement servir d’alibi aux descendants des miliciens de la Nouvelle-France
pour se dédouaner des gestes posés par leurs ancêtres. S’il est fort peu probable
que les miliciens canadiens aient repris à leur compte les rituels autochtones les
plus condamnables aux yeux des Occidentaux, leur participation à certains
massacres de civils l’est beaucoup plus. Ce sujet, délicat à aborder car il oblige à
se pencher sur un passé trouble, a pu être évité, à l’extérieur des cercles des
historiens et des anthropologues s’intéressant à la Nouvelle-France, puisque la
Petite Guerre s’est estompée dans la mémoire collective de la société québécoise.
De l’image du milicien participant à des raids sur des villages iroquois ou de
Nouvelle-Angleterre et de New York, il ne reste souvent que celle l’agriculteur-
guerrier défendant sa chaumière à l’aide de son vieux mousquet, ou encore du
coureur des bois faisant le commerce des fourrures.
Pourquoi la mémoire de la Petite Guerre et de ses horreurs sont-elles
ainsi devenues le territoire presque exclusif des chercheurs férus d’histoire de la
20 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
Nouvelle-France ou des guerres nord-américaines ? De nombreuses hypothèses
peuvent être avancées, à commencer par celle d’y voir une conséquence de la
façon dont l’étude et l’enseignement de l’histoire ont évolué au Québec :
concentrés sur la question nationale et fortement influencés par l’École des
Annales et l’étude de la vie quotidienne, ils ont marginalisé l’étude de la guerre
et des institutions militaires, à tout le moins jusqu’au tournant des années 2000
(TREMBLAY 2009a et 2009b). Mais ce phénomène serait lui-même la
conséquence d’un autre élément contextuel encore plus général : la Petite Guerre,
et en particulier les actions offensives du milicien, entre en contradiction avec les
grands mythes de la société québécoise, que ce soit celui de la « survivance », de
la Nouvelle-France comme « paradis perdu » (BOUCHARD 2019) ou de celui du
Québec intrinsèquement pacifiste. C’est d’ailleurs un sort semblable qui attend la
mémoire de la participation des Québécois aux deux conflits mondiaux, au profit
de celle du déserteur fuyant la conscription. Une hypothèse complémentaire, et
qui est généralement mentionnée du bout des lèvres, car elle n’est pas sans créer
un malaise, serait celle de la « culture stratégique des perdants ».
La suprême défaite
Le traumatisme
Si la Petite Guerre est presque absente dans la mémoire collective de la
société québécoise, il en va tout autrement de la phase finale de l’histoire militaire
de la Nouvelle-France. S’il est un « moment formateur » dans la culture
stratégique de la société québécoise, ou encore l’ancrage d’un mythe national,
selon les termes de Gérard Bouchard (2019, 146), c’est bien l’ensemble que
forment le siège de Québec (juin-septembre 1759), la bataille des Plaines
d’Abraham (13 septembre 1759) et la campagne qui mène la capitulation de
Montréal (8 septembre 1760). En février 1763, la France cède le Canada aux
Britanniques. La Nouvelle-France n’existe plus.
La Guerre de Conquête constitue très certainement un traumatisme pour
les Canadiens de l’époque, ne serait qu’en raison des victimes civiles et des
destructions qu’engendrent le siège de Québec et les suites de la campagne
britannique (MATHIEU ET IMBEAULT 2013) Le choc de la cession et la fuite
des élites politiques et militaires vers la France ont probablement achevé de
désorienter les Canadiens. Si le Traité de Paris de 1763 est l’événement
déterminant, les dimensions proprement militaires des évènements de 1759-1760
demeurent, encore aujourd’hui, un sujet extrêmement sensible. Ainsi, plusieurs
recherches démontrent la prégnance des références à la chute de Québec et à la
Conquête en raison du caractère « déstructurant et refondateur, déprimant et
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 21
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
définiteur, ponctuel et durable par ses conséquences » de l’événement
(LÉTOURNEAU et. al 2015 ; voir aussi LÉTOURNEAU, GANI et LÉVESQUE
2013). De même, le projet, finalement annulé, de tenir une reconstitution de la
bataille à l’occasion de son 250e anniversaire provoque une très vive controverse
(TREMBLAY 2009. L’auteur prend vivement à partie les opposants à cette
reconstitution). À l’évidence, le pénible souvenir de cette défaite sur le champ de
bataille éclipse le reste de l’histoire militaire de la Nouvelle-France, voire du
Québec.
Mais s’agit-il d’un traumatisme collectif ou culturel pour autant, du type
de ceux qui modifient profondément l’identité du groupe ? Ingo Kolboom, qui
s’appuie sur les travaux de Heinz Weinmann, estime que « les Canadiens ou les
Canadiens français, dans les décennies d’avant 1840, ne percevaient dans le
tournant de 1760 ni la dimension d’une défaite traumatisante, ni celle d’une
séparation traumatisante d’avec la France, comme ils commencèrent à le faire
après 1850. » Il ajoute que « les anciens Canadiens qui vécurent la guerre de Sept
Ans sur leur territoire ne ressentirent ni la défaite française, ni la séparation d’avec
la France, ni le pouvoir britannique, comme quelque chose de véritablement
traumatisant, et n’en entretinrent pas le souvenir. » (KOLBOOM 2012, 11 et 12.
Voir aussi COURTOIS 2021). Que s’est-il passé entre cette apparente
indifférence de la fin du XVIIIe siècle et la surexposition constatée aujourd’hui ?
En fait, ce n’est qu’après une autre défaite presque aussi catastrophique
que ressurgit, au plan collectif et identitaire, le traumatisme de 1759, soit l’échec
du soulèvement des Patriotes au Bas-Canada en 1837-1838. Selon le modèle
proposé par Jeffrey Alexander (2004), un traumatisme culturel met un temps plus
ou moins long à émerger, puisqu’il doit s’inscrire dans la création d’un récit et
d’une littérature qui rationalisent et donnent un sens aux évènements. C’est
justement ce qui semble se produire à partir du milieu du XIXe siècle. La défaite
des Patriotes « ne rendit que plus amère la Conquête » (COURTOIS 2021, 384),
ouvrant ainsi la voie à un autre projet politique, celui de la « survivance », porté
par une Église de plus en plus influente au Canada français et qui s’était opposée
an recours à la force par les Patriotes, ainsi que par une partie de la petite élite
intellectuelle canadienne-française. Pour celle-ci (dont les historiens François
Xavier Garneau et, plus tard, Lionel Groulx), il s’agissait de faire accepter le cadre
canadien dans lequel le projet politique canadien-français allait désormais se
déployer, tout en donnant un sens à la lutte sociale et politique que la survie de la
communauté dans ce contexte allait nécessiter. Il fallait donc « fournir des repères
à un peuple porté à douter de lui-même, et l’inscrire dans une continuité
historique » (BÉDARD 2011, 49). C’est dans ce contexte que la catastrophe de
1759-1760, toujours reconnue comme telle, devient néanmoins une « défaite
victorieuse », voire « une défaite-martyre, dont la mémoire constitue un appel
22 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
continu à l’unité » (KOLBOOM 2012, 7 et 12). Cette construction du récit de la
Conquête n’est pas inhabituelle dans la mesure où les sociétés, contrairement aux
individus, peuvent plus facilement transformer un traumatisme en ressort
politique et en discours de légitimation pour alimenter un projet à saveur
nationaliste ou autonomiste. Une dynamique semblable peut s’observer au cours
du XXe siècle, au gré de l’évolution des revendications souverainistes. Steven
Mock, qui analyse la place d’une « défaite » dans un projet national, mentionne
le cas du Québec :
France’s loss to Britain in the Battle of the Plains of Abraham on
September 13, 1759, the decisive battle that brought Quebec under British
control, provided a later Québécois nationalism a moment from which the
struggle to maintain political and cultural sovereignty for a distinct French-
Canadian nation could be dated. (MOCK 2012, 4)
La Petite Guerre n’occupe pas une place importante dans ce récit
reconstruit, et le personnage du milicien y tient un rôle marginal. Toutefois, il
contribue tout de même à la scission identitaire entre Français et Canadiens. Dans
l’historiographie traditionnelle au Québec, la défaite des Plaines d’Abraham est
un échec des troupes et officiers français, et non pas des Canadiens (ANDRÈS
2008, 85-86). C’est un général français, Montcalm, qui élabore la stratégie et qui
mène les troupes sur le champ de bataille, et ce sont les troupes françaises qui se
débandent (PARISEAU et BERNIER 1987, 31). Le gouverneur canadien,
Vaudreuil, avait bien suggéré de poursuivre la Petite Guerre plutôt que de
concentrer les troupes pour une bataille décisive (stratégie qui laisse plusieurs
historiens sceptiques, tels que TREMBLAY 2009, 46-51 et 89-91 ; HORN 39-
40). Quant aux miliciens canadiens présents le 13 septembre, ils ont fait le coup
de feu et c’est plutôt leur incorporation improvisée parmi les troupes de ligne qui
aurait semé la confusion (HORN 2006, 41). Le sentiment d’avoir été
« abandonné » par la France en 1763 achèvera la scission entre les deux sociétés,
du moins jusqu’en 1855, sinon jusqu’en 1940 (HAGLUND et MASSIE 2012 ;
MASSIE 2013, 81-117).
La culture du perdant
La Conquête a donné lieu à l’un des plus grands débats entre historiens
québécois sur le sens politique social et économique à donner aux évènements de
1759-17632. Mais bien peu de travaux ont été consacrés à ses conséquences sur
2
Par exemple, le débat entre « l’École de Montréal », selon qui la Conquête fut une grande catastrophe
déterminante pour le Québec, mais qui aurait pu être évitée, et « l’École de Québec », pour qui,
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 23
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
le rapport qu’entretiendront par la suite les Canadiens français, puis les
Québécois, avec la guerre et les institutions militaires. Il y a pourtant, à cet égard,
plusieurs pistes à suivre.
Ainsi, la Conquête éloigne les Canadiens des activités et des institutions
militaires. La milice est reformée sous le Régime militaire britannique, en raison
certes de la pression de la menace américaine, mais surtout pour agir en tant
qu’institution de contrôle social et politique, et comme rouage servant à s’assurer
que les décisions de l’administration soient mises en œuvre au sein de la
population (GAUTHIER 2020 : 94-100). Plusieurs Canadiens participent bien
aux combats visant à repousser les tentatives d’invasions américaines en 1775-
1776 et 1812-1813, mais cette contribution est sans commune mesure avec le
passé. L’échec de la Révolte des Patriotes achève de consumer cette rupture.
« L’humiliation de la défaite et l’abandon de la métropole coupent
psychologiquement le « Canadien » […], de la chose militaire. Désormais, la
guerre c’est l’autre, l’affaire de l’Anglais » (TRUDEAU 2009, 86).
Le traumatisme de la défaite sous les murs de Québec hante d’autant plus
la mémoire collective de la société québécoise qu’elle n’aura jamais été
compensée ou rééquilibrée par une « revanche » ou une victoire de la même
ampleur. Au contraire, les Québécois ne s’approprient pas les victoires
remportées par les troupes britanniques ou canadiennes (dont ils font pourtant
partie) durant la Révolution américaine, la Guerre de 1812 et les deux conflits
mondiaux. Comme pour la Petite Guerre, la contribution des combattants
canadiens-français à tous ces conflits est marginalisée dans la mémoire collective
québécoise. Pire, les guerres mondiales ont probablement engendré un nouveau
traumatisme, celui de la Conscription (RICHARD 2004), qui éloigne encore
davantage la société québécoise de la chose militaire et qui alimente une autre
strate de la culture stratégique de la société québécoise, soit sa propension à
l’antiimpérialisme. Les jeunes Canadiens français et Québécois boudent
longtemps les institutions militaires, qui le leur rendent bien, à tout le moins
jusque dans le dernier quart du XXe siècle (CHIASSON-LAUZON et ROUSSEL
2021). L’armée demeure, au mieux, une organisation « anglaise », quand elle
n’est pas un instrument de répression.
La mémoire collective de ces traumatismes a certainement des
conséquences qui vont bien au-delà de l’indifférence ou la méfiance à l’égard des
institutions militaires. Puis, « avec la pendaison des Patriotes, il semble que la
cassure psychologique de 1763 se reproduit en plus violente, en plus définitive.
inéluctable, elle n’a cependant qu’un impact limité sur les structures de la société québécoise (voir
BÉDARD 2011, 47-64 ; COURTOIS 2021).
24 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
« LES PERDANTS » : AUX FONDEMENTS HISTORIQUES DE LA CULTURE
STRATÉGIQUE CONTEMPORAINE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE
Dorénavant, la guerre, n’est plus chez nous une option. » (TRUDEAU 2009, 87).
Mis à part les activités du Front de Libération du Québec (FLQ) dans les années
1960, la violence n’est plus considérée comme une avenue crédible pour atteindre
des objectifs politiques.
La référence à la notion de défaite militaire permet d’insérer la culture
stratégique dans un trait social et identitaire de la société québécoise de portée
beaucoup plus générale, celui de la « victime » ou du « perdant ». Ce thème, que
l’on trouve dans les grandes enquêtes sociomarketing (comme celle de LÉGER
et al. 2016, 114-126), est aussi présent dans les réflexions sur les sources
historiques de l’identité québécoise. Ainsi, l’historien Jocelyn Létourneau évoque
l’image des « mythistoires de Losers » (LÉTOURNEAU 2006) ou encore du
« pauvre petit perdant » (LÉTOURNEAU 2004, 31). D’autres chercheurs
évoquent indirectement ce trait à travers l’examen de l’attitude des « petites
nations » (ADAMS 2004) ou « petites sociétés » (BOUCHER et THÉRIAULT
2005) face aux conflits internationaux ou à la mondialisation, déchirées entre leur
désir de prendre leur place sur la scène internationale et la crainte d’être
marginalisées ou écrasées par les États plus puissants. La modernisation rapide
du Québec dans les années 1960 et 1970, de même que le rattrapage économique
et l’émergence d’un capital québécois francophone (le « Québec Inc. »), ont
certainement atténué, voir discrédité, le trait collectif du perdant et de la victime
(BOUCHARD 2019), mais il se manifeste encore dans la lecture de l’histoire
récente, telle que celle des échecs de l’option souverainiste lors des référendums
de 1980 et 1995.
S’il y a bien des causes historiques à l’établissement de cette attitude
collective de victime ou de perdant, que ce soit la domination économique et la
marginalisation (voire la pauvreté) culturelle, il n’en demeure pas moins que ce
sont d’abord des défaites militaires qui ont inscrit la société canadienne-française,
puis québécoise, dans la trajectoire britannique et canadienne, ceci pour le
meilleur ou pour le pire. S’il s’agit d’un facteur lointain et diffus, on en retrouve
certainement les traces dans la culture stratégique contemporaine. La guerre ne
peut que désavantager les petites nations, car si celles-ci peuvent en être les
victimes, elle leur permet rarement d’en tirer quelques bénéfices
(LÉTOURNEAU 2004, 31). Dans le cas de la société québécoise, la mémoire
collective de 1759 est certainement un rappel constant de ce principe.
Conclusion
La culture stratégique est en grande partie déterminée par la mémoire
collective du groupe qui la porte. Comme toute mémoire, elle est sujette à des
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 25
DAVID HAGLUND ET STÉPHANE ROUSSEL
amnésies et des surexpositions. L’oubli de la Petite Guerre et du milicien qui
commet des gestes qui seraient aujourd’hui condamnés est probablement un
passage obligé, surtout si l’on cherche à faire valoir le mythe selon que les
Canadiens et leurs descendants québécois forment un peuple intrinsèquement et
historiquement « pacifiste ». Cet oubli ouvre également la voie, quoique plus
indirectement, à la culture stratégique internationaliste, qui met l’accent sur la
modération, la négociation, les institutions et le droit. Les guerres « ethniques »
ou « totales » (toutes anachroniques que soient ces notions dans ce contexte)
auxquelles se livrèrent les Nord-Américains aux XVIIe et XVIIIe siècles, trouvent
mal leur place dans le récit contemporain. De même, l’entretien du souvenir
douloureux de la défaite des Plaines d’Abraham (comme de celui de l’échec des
Patriotes soixante-dix ans plus tard) et de l’impossibilité de renverser le cours des
choses qui en résulte, ont pu nourrir un sentiment de méfiance et d’inutilité vis-à-
vis de l’usage de la force comme moyen de changer la condition politique des
Canadiens français, puis des Québécois.
Les références à cet oubli comme à cette surexposition n’apportent pas,
en soi, d’explication ou d’interprétation sur l’attitude de la société québécoise
contemporaine face aux questions liées à la guerre ou aux institutions militaires.
D’autres « strates historiques » se sont ajoutées sur ces expériences originelles,
que ce soit le grand mythe de la survivance et son corolaire antiimpérialiste du
milieu du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe, ou encore l’ouverture sur le monde
après la Seconde Guerre mondiale, accélérée par la Révolution tranquille. De
même, les changements sociaux et démographiques (tels qu’une hausse marquée
du taux de scolarisation, l’urbanisation ou encore la marginalisation de la religion)
ont transformé les valeurs de la société québécoise, ce qui a aussi un impact sur
sa culture stratégique. Mais il n’en demeure pas moins que la prédominance de la
défaite militaire de 1759-1760 dans la mémoire collective demeure un élément
que l’on peut difficilement ignorer pour rendre compte du contenu de cette culture
stratégique.
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Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 31
Opinion publique et politique de défense du Canada à l’ombre
de la compétition des grandes puissances
Jean-Christophe BOUCHER, Université de Calgary
Les dernières années ont été marquées par une montée de la rivalité entre la Chine et les États-Unis.
Du pivot asiatique de l’administration Obama aux guerres commerciales de l’administration Trump,
les relations entre la Chine et les États-Unis se gâtent. Dans une large mesure, ces fluctuations au sein
de l’environnement international affectent les États, et plus particulièrement les alliés des États-Unis,
tel que le Canada. Plus spécifiquement, est-ce que la rivalité Chine-États-Unis influence la perception
des Canadiens sur les questions de politique de défense ? Dans cet article, nous analysons l’attitude
des Canadiens en matière de politique de défense à l’ombre de la compétition des grandes puissances.
Nous explorons ainsi les facteurs structurant l’opinion des Canadiens en matière de politique de
défense, tels que le régionalisme, les facteurs sociodémographiques et la partisanerie. Trois grands
thèmes seront explorés : la perception de la menace, l’appuis aux interventions et la confiance du
public envers les décideurs et guides d’opinion en matière de politique de défense. Pour ce faire, nous
avons organisé un sondage d’opinion publique représentatif de la population canadienne (n=1504
répondants) entre le 21 et 31 août 2020 afin d’examiner ces questions.
The last few years have been marked by an increase in rivalry between China and the United States.
From the Asian pivot of the Obama administration to the trade wars of the Trump administration,
relations between China and the United States are worsening. To a large extent, these fluctuations in
the international environment affect states, and in particular allies of the United States, such as Canada.
More specifically, does the China-US rivalry influence Canadians’ perceptions of defense policy
issues? In this article, we analyze the attitude of Canadians to defense policy in the face of competition
from the great powers. We thus explore the factors structuring the opinions of Canadians on defense
policy, such as regionalism, socio-demographic factors, and partisanship. Three main themes will be
explored: threat perception, support for interventions and public confidence in decision-makers and
opinion leaders in defense policy. To do this, we conducted a public opinion survey representative of
the Canadian population (n = 1,504 respondents) between August 21 and 31, 2020 to examine these
questions.
Les dernières années ont été marquées par une montée de la rivalité entre
la Chine et les États-Unis, secouant ainsi vigoureusement les fondations des
relations internationales. Du pivot asiatique de l’administration Obama aux
guerres commerciales de l’administration Trump et enfin au renforcement du
dispositif d’alliance dans la région indopacifique de l’administration Biden, les
relations entre la Chine et les États-Unis se gâtent. Dans ce contexte incertain, le
Canada peine et hésite à développer les assises de sa politique étrangère et à
arrimer les ressources nécessaires afin de réaliser ses ambitions. Dans quelle
mesure la rivalité Chine-États-Unis influence-t-elle la perception des Canadiens
sur les enjeux de politique de défense ?
Or, toute élaboration de politique étrangère au sein des démocraties
libérales doit, dans une certaine mesure, tenir compte de la volonté générale. En
effet, sur des sujets comme la participation aux interventions militaires, la
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
promotion des droits de l’homme, la négociation d’accords commerciaux et
l’augmentation et distribution de l’aide étrangère, les citoyens participent
activement aux débats publics en matière de politique étrangère. Dans un contexte
de délibération démocratique, les dirigeants politiques doivent justifier et
expliquer leurs décisions de politique étrangère de manière à obtenir l’assentiment
général du public ou, dans la mesure où ces décisions se posent en porte-à-faux
de l’opinion collective, défendre et légitimer ces choix (ENTAM 2004 ;
BERINSKY 2009 ; BAUM et POTTER 2015 ; KATZ 2017). Malheureusement,
l’analyse statistique de l’opinion publique en matière de politique étrangère est
parcellaire au Canada (Boucher 2020 ; FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET
2014 ; BOUCHER et NOSSAL 2017 ; GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT
2016). Bien que les sondeurs canadiens recueillent d’excellentes données, la
fréquence de ces sondages demeure épisodique, ce qui limite la capacité
d’explorer en profondeur la nature et les facteurs structurants de l’attitude du
public à l’égard des questions de politique étrangère. Par conséquent, une grande
partie de nos connaissances et hypothèses théoriques concernant l’attitude des
Canadiens à l’égard de la politique étrangère dépend fortement des données et de
la littérature américaine. Afin de pallier ces lacunes, nous avons parrainé une large
étude d’opinion publique, exhaustive (plus de 70 questions), conduite dans les
deux langues officielles, et représentative de la population canadienne (n=1504
répondants).
Dans cet article, nous examinons l’attitude des Canadiens en matière de
politique de défense à l’ombre de la compétition des grandes puissances. D’abord,
nous ferons un survol des connaissances sur le sujet afin d’identifier nos
hypothèses. Ensuite, nous développerons notre cadre théorique dans le but
d’analyser l’influence de facteurs sociodémographiques (tels que la langue
maternelle, le genre, et l’âge) et de la partisanerie qui sous-tendent les préférences
des Canadiens en matière de politique étrangère. Trois grands thèmes seront ainsi
explorés : la perception de la menace et les conséquences d’une recrudescence
des tensions générées par la montée en puissance de la Chine et le déclin relatif
des États-Unis ; l’appui aux interventions militaires (contribution à la sécurité
internationale, défense du territoire canadien, assistance aux autorités civiles) ; et
les questions relatives à la société canadienne et la politique de défense telles que
la confiance du public envers les décideurs et guides d’opinion en matière de
politique de défense. Finalement, nous procéderons à une analyse quantitative
afin d’évaluer ces questions.
Cadre théorique : opinions en matière de politique de défense au Canada
Trois grandes lignes d’enquête sont proposées au sein des études portant
sur les facteurs influençant les préférences des Canadiens en matière de politique
34 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
étrangère. La première, et probablement la mieux développée au Canada, examine
la façon dont les facteurs identitaires façonnent l’attitude des Canadiens sur les
enjeux de politique étrangère. Influencés par un cadre théorique constructiviste,
ces travaux soutiennent que les États ont une culture nationale (ou culture
stratégique) particulière, structurée par des normes et des croyances propres à ces
sociétés (KATZENSTEIN 1996 ; HOPF et ALLAN 2016). L’attitude du public
et des élites politiques à l’égard de la politique étrangère est donc encadrée par
des considérations normatives attribuées à l’attachement culturel ou idéologique
que l’on trouve dans des sociétés particulières. À cet égard, les débats sur la
politique étrangère prennent toujours la forme de questions sur le bien-fondé des
initiatives politiques. Ce cadre organise ainsi les débats publics tel un marché des
idées portant sur la légitimité et l’efficacité des options de politique étrangère
(KATZ 2017, 17). En outre, comme le soutient Holsti, ces systèmes de croyances
sont :
[...] un ensemble de lentilles à travers lesquelles l’information concernant
l’environnement physique et social est reçue. Il oriente l’individu dans son
environnement, le définissant pour lui et lui identifiant ses caractéristiques
saillantes. (HOLSTI 1992, 245)
À cet égard, ces systèmes de croyances définissent des politiques acceptables et
inacceptables et servent de moyen d’arbitrage pour juger le comportement des
gouvernements. Au sein de la littérature américaine sur le sujet, la relation entre
les systèmes de croyances et la politique étrangère identifie généralement trois
catégories principales : le militarisme, l’internationalisme et l’isolationnisme
(WITTKOPF 1990 ; FEAVE et GELPI 2004 ; GRAVELLE et al. 2017 ;
RATHBUN et al. 2016).
Au Canada, cette hypothèse a toujours été au centre des conversations
sur la politique étrangère et plusieurs auteurs ont cherché à examiner comment
ces « idées dominantes », pour reprendre la typologie utilisée par Nossal, Roussel
et Paquin (2015), peuvent influer sur la façon dont les Canadiens perçoivent les
questions de politique étrangère (CROS 2015 ; ROUSSEL 2007 ; ROUSSEL et
BOUCHER 2008 ; MASSIE 2013 ; MCDONOUGH 2013 ; GRAVELLE et al.
2014 ; PARIS 2014a ; NEVITTE et GIBBINS 1986 ; CARROL 2009 ; ANKER
2005 ; MUNTON et KEATING 2001 ; MUNTON 2003 ; MARTIN et
FORTMANN 1995 ; MASSIE et BOUCHER 2013). La majorité des études,
malgré quelques débats sur la nature et le nombre d’idées dominantes au Canada
(SMITH et TURENNE-SJOLANDER 2013), identifient trois idées dominantes :
l’internationalisme libéral, le continentalisme et l’isolationnisme.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 35
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
L’internationalisme libéral1 fait référence à l’idée selon laquelle les
intérêts nationaux canadiens sont mieux servis en s’engageant activement dans
les affaires mondiales et particulièrement une préférence pour le multilatéralisme,
la promotion du droit international et en agissant en tant que bon citoyen
international. Le continentalisme, pour sa part, « postule que le Canada devrait
maintenir une identification étroite avec le rôle du pays en tant qu’allié américain
en Amérique du Nord » (MCDONOUGH 2013, 227). Ces deux idées dominantes
favorisent souvent des politiques étrangères distinctes. Nous pouvons observer
cette fracture entre l’internationalisme et le continentalisme à travers des
questions de politiques de défense telles que le soutien à des déploiements
étrangers spécifiques et l’opinion sur les dépenses militaires (FITZSIMMONS,
CRAIGIE et BODET 2014) ; le rôle des Forces armées canadiennes dans la
promotion de la paix et de la sécurité internationales ; le soutien à la
diversification ou à l’intensification du commerce et l’institutionnalisation des
relations économiques avec les États-Unis (ADAMS 2003) ; ou le soutien au droit
international et aux régimes des droits de l’homme. Ainsi, l’internationalisme
libéral demeure attaché à l’idée d’une contribution du Canada à la paix et la
sécurité internationales en travaillant par l’entremise d’institutions multilatérales,
de préférence, mais pas nécessairement, au sein de missions de maintien de la
paix onusiennes (CROS 2015 ; MASSIE 2008 ; ROUSSEL et BOUCHER 2008 ;
GRAVELLE et al. 2014 ; PARIS 2014a ; 2014b). À l’inverse, le continentalisme
préconise une interprétation plus étroite de l’intérêt national mettant l’accent sur
la défense de l’Amérique du Nord, l’intégrité territoriale du Canada et une relation
privilégiée avec les États-Unis (NEVITTE et GIBBINS 1986 ; FORTMANN et
LAROSE 2004 ; MCDONOUGH 2013).
Au niveau empirique, plusieurs études semblent démontrer que
l’attachement identitaire façonne la perception du public à l’égard de la politique
étrangère (MASSIE 2008 ; BOUCHER et NOSSAL 2017 ; MCDONOUGH
2013 ; GRAVELLE et coll. 2014). Ces spécificités identitaires suivent davantage
les contours régionaux que, comme on le suppose souvent au sein de la littérature
canadienne, le clivage linguistique. Les chercheurs ont confirmé que les
Québécois ont un attachement particulier pour l’internationalisme libéral
(MASSIE 2008 ; ROUSSEL et BOUCHER 2008 ; GRAVELLE et al. 2014).
Cependant, contrairement aux idées reçues, les Québécois ne sont pas
nécessairement pacifistes et approuvent le recours à la force sous certaines
conditions, comme en témoigne le fort appui au sein de la société québécoise pour
les interventions militaires au Kosovo (1999), en Bosnie (1995), en Libye (2011)
1
L’isolationnisme est souvent attribué à un système de croyances en matière de politique étrangère
qui fut particulièrement important durant la période de l’entre-deux-guerres.
36 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
et en Syrie/Irak (2014-2015). Cet attachement à l’internationalisme libéral n’est
pas distinctif aux Québécois, en fait les habitants de la Colombie-Britannique ont
des idéaux similaires. En contrepartie, les Albertains et, dans une moindre
mesure, les habitants de la Saskatchewan et du Manitoba adhèrent plutôt au
continentalisme (MCDONOUGH 2013 ; GRAVELLE et al. 2014 ; MASSIE
2008).
Deuxièmement, plusieurs études cherchent à examiner dans quelle
mesure les facteurs sociodémographiques, comme le genre, le niveau de scolarité
et le revenu, façonnent les préférences des Canadiens sur les enjeux de politique
de défen se (LANDRIAULT 2016 ; FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET
2014 ; MCLAUCHLIN 2017 ; KEEBLE et SMITH 1999). Quoique parcellaires
et provisoires, plusieurs résultats intéressants ont été identifiés. Par exemple,
Fitzsimmons, Craigie et Bodet (2014) ainsi que McLauchlin (2017) constatent
que les Canadiens n’ayant pas fait d’études universitaires sont plus susceptibles
d’appuyer les dépenses en politique étrangère que les autres Canadiens. En ce qui
concerne l’influence du genre sur les préférences en matière de politique défense,
les résultats restent ambigus. Certaines études, comme Fitzsimmons, Craigie et
Bodet (2014), montrent que le genre a une incidence sur l’attitude des Canadiens,
tandis que d’autres trouvent que le soutien des femmes aux opérations de paix est
une question d’intensité plutôt que d’orientation (MCLAUCHLIN 2017). Ce
manque de données empiriques sur l’impact du genre est une lacune importante.
En effet, la littérature féministe est particulièrement importante et caractérise
l’une des contributions théoriques et empiriques essentielles aux débats sur les
politiques publiques (KEEBLE et SMITH 1997). Le fait que nous n’ayons pas
davantage exploré la façon dont le genre peut structurer les opinions des
Canadiens en matière de politique étrangère, et plus particulièrement, sur les
enjeux de politique de défense est problématique. En outre, dans la mesure où le
gouvernement Trudeau a fait de l’analyse comparative entre les sexes une pierre
angulaire de sa politique étrangère depuis 2017, il est essentiel d’approfondir
notre compréhension sur les préférences des femmes. D’autres facteurs, comme
le niveau de revenu, la religiosité et l’attention portée aux affaires étrangères et
internationales, n’ont exercé aucune influence sur l’attitude des répondants à
l’égard de la mission en Afghanistan (FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET
2014). De toute évidence, il reste encore beaucoup à découvrir sur la façon dont
les variables sociodémographiques déterminent les préférences en matière de
politique étrangère, d’où la nécessité d’avoir accès à des sondages d’opinion
publiques longitudinaux et plus exhaustifs pour examiner davantage ces
hypothèses.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 37
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
La troisième ligne d’enquête portant sur les déterminants nationaux de
l’opinion publique en matière de politique de défense insiste sur le rôle de la
partisanerie. Une littérature florissante, mais surtout américaine, en
comportement électoral explore comment l’affiliation politique influe sur les
préférences des individus en matière de politique étrangère au sein des
démocraties. L’hypothèse de la partisanerie suggère un mécanisme causal où les
attitudes en matière de politique étrangère suivent de près l’opinion exprimée par
des agents informés tels que les élites politiques (GUISINGER et SAUNDERS
2017 ; SAUNDERS 2015). En effet, l’opinion de l’élite politique est
particulièrement importante dans le domaine de la politique étrangère dans la
mesure où le grand public n’a pas d’inclination particulière, de connaissance
immédiate, ou d’intérêt pour des questions spécifiques. À cet égard, les points de
vue des élites servent de raccourci heuristique (POPKIN 1991 ; WESTERN
2005 ; WITTKOPF 1990 ; ZALLER 1992 ; ZALLER et FELDMAN 2002).
Au Canada, plusieurs études récentes ont porté sur la partisanerie et son
impact sur l’opinion publique (GECELOVSKY et KUKUCHA 2009 ; BOW et
BLACK 2008 ; FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET 2014 ; BOUCHER et
NOSSAL 2017 ; GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT 2016). Les résultats
montrent que les électeurs conservateurs ont des vues cohérentes et stables de la
politique étrangère et ont tendance à favoriser des politiques plus militaristes.
Fitzsimmons, Craigie et Bodet (2014), par exemple, ont constaté que « les
partisans conservateurs sont beaucoup plus susceptibles d’appuyer des niveaux
plus élevés de dépenses [militaires] que les non-partisans (et les partisans d’autres
partis en général) » (11). En revanche, ils n’ont pu trouver aucune relation
significative entre les électeurs libéraux et néo-démocrates et les questions de
politique étrangère, ce qui suggère que la source des préférences du public est un
problème à multiples facettes. De même, Gravelle et al. (2014) et Landriault
(2016) ont constaté que les répondants qui s’identifiaient au Parti conservateur
étaient plus favorables aux interventions militaires et moins favorables aux
options stratégiques plus larges associées au maintien de la paix, à l’aide étrangère
et aux droits de la personne. Une étude plus approfondie est justifiée compte tenu
de l’analyse des données ou des résultats significatifs en ce qui concerne les
perceptions des électeurs libéraux et néo-démocrates sur les questions de politique
de défense.
Hypothèses et variables
Notre étude tente de comprendre et mesurer l’influence du régionalisme,
des facteurs sociodémographiques, et de la partisanerie sur l’opinion publique
canadienne sur un ensemble d’enjeux associés à la politique de défense : la
perception de la menace, l’appui aux interventions internationales (la contribution
38 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
à la sécurité internationale, opérations militaires et assistances aux autorités
civiles), et la confiance du public envers le décideurs et guides d’opinion en
matière de politique de défense. De manière générale, nous devrions également
pouvoir discerner une certaine homogénéité entre les effets mesurés au sein de
l’analyse statistique, dans la mesure où ces différents facteurs devraient avoir un
impact similaire d’une question à l’autre.
En ce qui a trait à la perception de la menace, nous avons posé trois
questions aux répondants. D’abord, de façon générale, nous avons demandé dans
quelle mesure la défense nationale était un élément important afin de promouvoir
la place du Canada dans le monde.2 Ensuite, plus spécifiquement sur la perception
de la menace, nous avons demandé dans quelle mesure ils croyaient que le Canada
faisait face à des menaces internationales ?3 Enfin, nous avons posé une question
ouverte, demandant aux répondants d’identifier la menace, selon eux, la plus
importante pour le Canada. En ce qui concerne l’impact du régionalisme sur la
perception de la menace, la littérature suggère que les Québécois adhèrent
davantage que les autres Canadiens aux idéaux de l’internationalisme libéral et,
conséquemment, devraient être moins enclins à identifier la défense nationale
comme étant un élément important de la politique étrangère canadienne, à
considérer que la menace extérieure est moins importante et à identifier les États-
Unis comme étant l’une des menaces les plus importantes (MASSIE et
BOUCHER 2013 ; MCLAUCHLIN 2017). En contrepartie, les répondants des
prairies (Alberta et Saskatchewan) semblent s’associer davantage au
continentalisme et sont donc plus attachés à la défense nationale, plus pessimistes
face aux dangers extérieurs et identifient la Chine comme principale source de
menace à la sécurité du Canada.
Pour ce qui est des facteurs sociodémographiques et de la perception de
la menace, une certaine confusion règne au sien des études existantes. En
principe, les répondants masculins devraient être plus favorable à l’idée selon
laquelle la défense nationale est un instrument important de la politique étrangère
canadienne et percevoir le système international comme étant plus conflictuel. De
la même manière, les études précédentes (LANDRIAULT 2016 ;
FITZSIMMONS, CRAIGIE, et BODET 2014 ; MCLAUCHLIN 2017) semblent
2
« Selon vous, dans quelle mesure, le cas échéant, la défense nationale est-elle importante pour
promouvoir la place du Canada dans le monde ? » L’échelle était de 0 (Pas du tout important) à 10
(Très important).
3
« Dans quelle mesure, le cas échéant, pensez-vous que le Canada fait face à des menaces
internationales ? ». Les répondants devaient utiliser une échelle de 0 (Pas du tout) à 10 (À un niveau
très élevé).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 39
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
suggérer que les autres dimensions sociodémographiques telles que l’âge ou le
niveau d’éducation n’ont que très peu d’incidence sur l’attitude des Canadiens sur
la perception de la menace.
Finalement, en ce qui a trait à la partisanerie, les auteurs s’accordent
généralement pour suggérer que les répondants s’identifiant comme
Conservateurs ont tendance à être davantage favorables aux questions de politique
de défense (GECELOVSKY et KUKUCHA 2009 ; BOW et BLACK 2008 ;
FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET 2014 ; BOUCHER et NOSSAL 2017 ;
GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT 2016). Ainsi, ces résultats suggèrent
que les Conservateurs sont plus ouverts à l’idée que l’usage de la force est un
instrument essentiel de la politique étrangère du Canada, plus enclins à percevoir
le système international comme étant plus menaçant et, s’il l’on se fie aux
dernières années et plateformes électorales du Parti Conservateur du Canada
(PCP), à identifier la Chine comme étant la menace la plus importante pour la
sécurité du Canada. En revanche, les personnes s’identifiant comme partisans du
Parti Libéral du Canada (LPC) ou encore du Nouveau Parti Démocratique (NDP)
devraient, en théorie, être plus circonspectes face à l’utilité de la défense
nationale, et plus optimistes face aux menaces extérieures. En outre, certains
auteurs (BOW 2008) ont suggéré que ces partis politiques étaient influencés par
un courant antiaméricaniste et, conséquemment, percevaient les États-Unis
comme une menace pour la stabilité internationale.
Afin de mesurer l’attitude des Canadiens au sujet des interventions
internationales, nous avons posé une série de questions portant sur les priorités
des Forces armées canadiennes (FAC). Ces questions analysaient l’opinion des
Canadiens par rapport à la défense du territoire, de l’espace aérien et des eaux
canadiennes, à la protection des citoyens canadiens, à la contribution des FAC à
la sécurité internationale et à l’assistance aux autorités canadiennes lors de crises
intérieures. D’abord, la thèse du régionalisme suggère en général que les
Québécois, attachés à l’internationalisme libéral, seraient plus favorables à l’idée
d’une participation des FAC à la sécurité internationale que les répondants des
autres régions canadiennes. À l’inverse, les Canadiens des prairies (Alberta –
Saskatchewan – Manitoba) devraient être plus favorables à la défense du territoire
et de la population du Canada, comme le suggèrerait une adhésion au
continentalisme. Ensuite, en ce qui concerne les traits sociodémographiques, les
études précédentes suggèrent que les femmes seraient plus favorables à une
contribution des FAC à la sécurité internationale, mais ces travaux restent muets
sur la question de la protection du territoire et de la population du Canada ainsi
que sur l’assistance aux autorités civiles. En outre, l’âge ne semble pas avoir une
incidence sur l’ensemble des enjeux de politique de défense, tandis que le niveau
d’éducation semble avoir un impact sur la question des dépenses militaires, mais
40 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
non sur les préférences en matière de priorités des FAC (FITZSIMMONS,
CRAIGIE et BODET 2014 ; MCLAUCHLIN 2017). Enfin, conformément à
littérature, nous faisons l’hypothèse que les électeurs conservateurs seraient
davantage favorables à la défense du territoire et de la population canadienne,
tandis que les électeurs associés aux LPC et NPD seraient plus favorables à une
contribution active des FAC à la sécurité internationale (GRAVELLE et al. 2014 ;
LANDRIAULT 2016).
Notre troisième thème se concentre sur des questions plus larges de
relations civilo-militaires et plus spécifiquement la confiance du public envers les
décideurs et guides d’opinion en matière de politique de défense. Les auteurs
œuvrant dans le domaine des relations civilo-militaires soulignent généralement
que la confiance est au cœur des relations entre les forces armées et les
communautés politiques qu’elles servent, plus particulièrement dans le contexte
de sociétés démocratiques telles que le Canada (FEAVER and KOHN 2021 ;
MALESIC 2018 ; NIELSEN et SNIDER 2009). Toutefois, peu d’études, et
aucune au Canada, cherchent à évaluer directement le niveau de confiance du
public envers les divers acteurs et guides d’opinion façonnant la politique de
défense au Canada. Ainsi, dans le sondage, nous avons intégré une série de
questions évaluant la confiance des Canadiens envers l’habilité des dirigeants des
forces armées, des politiciens, des médias, du milieu académique et de l’industrie
de la défense.4 Au Canada, le niveau de confiance pour ces différents intervenants
de la politique de défense est fortement influencé par le régionalisme, les
répondants des prairies exprimant généralement une plus grande méfiance face
aux « élites ». Au sujet des variables sociodémographiques, une littérature
importante cherche à évaluer dans quelle mesure la confiance envers les
institutions sociales et politiques est associée au genre, à l’âge ou au niveau
d’éducation (HAERPFER et al. 2020). Les résultats demeurent parcellaires et
semblent fluctuer en fonction des pays, mais en règle générale, le genre et l’âge
ne semblent pas être associés au niveau de confiance des agents, tandis que le
niveau d’éducation accroît la confiance envers les institutions (KOŁCZYŃSKA
2020). Finalement, les Conservateurs demeurent, en règle générale, plus
sceptiques quant à l’habilité des institutions, et surtout celles directement
associées au gouvernement, des médias, ou encore du milieu académique, à
façonner des politiques qui seront à l’avantage du Canada.
4
Veuillez indiquer dans quelle mesure vous faites confiance aux habilités des dirigeants des
institutions suivantes à façonner des politiques qui seront à l’avantage du Canada ? » L’échelle était
de 0 (Je n’ai aucune confiance) à 10 (J’ai beaucoup confiance).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 41
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
Perception de la menace et politique de défense canadienne
Le graphique 1 ci-dessous cherche à analyser l’importance des différents
enjeux de politique étrangère afin de promouvoir la place du Canada dans le
monde. Cette question permet de comparer l’importance que les Canadiens
accordent à la politique de défense par rapport aux autres instruments de politique
étrangère. Comme nous pouvons le constater, les Canadiens estiment que la
diplomatie, l’environnement et le commerce demeurent les enjeux les plus
importants. En ce qui concerne la défense nationale, en dépit du fait que les
Canadiens y soient relativement favorables (avec une moyenne de 6.7), elle
demeure l’un des outils les moins importants, avec l’aide internationale. Ces
résultats suggèrent que la défense nationale reste, somme toute, l’un des
instruments les moins prisés pour faire avancer les intérêts et les valeurs du
Canada sur la scène internationale, dans la hiérarchie des priorités en matière de
politique étrangère.
Graphique 1 : Importance des instruments de politique étrangère*
* Dans quelle mesure les éléments suivants sont-ils importants pour promouvoir
la place du Canada dans le monde ?
Le graphique 2 illustre, quant à lui, la perception des Canadiens
concernant la présence de menaces internationales et tente, en quelque sorte, de
mesurer le sentiment d’insécurité ressenti par les Canadiens. Malheureusement,
42 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
nous ne disposons pas de données longitudinales nous permettant d’évaluer si les
Canadiens perçoivent le système international comme étant plus dangereux
qu’auparavant. Toutefois, ces résultats indiquent qu’en août 2020, une majorité
de Canadiens jugeait que le Canada faisait face à un niveau relativement élevé de
menace (avec une moyenne de 5.7).
Graphique 2 : Perception de la menace*
* Dans quelle mesure pensez-vous que le Canada fait face à des menaces
internationales ?
Nous avons également demandé aux Canadiens d’identifier la menace le
plus importante selon eux. 21.8% des répondants ont mentionné que la Chine était
la menace internationale qui les préoccupait le plus, 17.4% les États-Unis et\ou le
Président américain Donald J. Trump, 10,1% les attaques cybernétiques, 7,1% le
terrorisme, 6,6% les guerres commerciales et 5,8% les changements climatiques.
En premier lieu, les Canadiens semblent donc être principalement attentifs aux
conséquences sécuritaires associées à la transition de puissance sur l’échiquier
international. En outre, malgré une affiliation naturelle et historique avec
Washington, les Canadiens se méfient de l’instabilité politique endémique aux
États-Unis. Ensuite, les Canadiens considèrent également un ensemble d’enjeux
de sécurité non-traditionnels comme les attaques cybernétiques, le terrorisme, et
les changements climatiques comme particulièrement importants.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 43
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
Tableau 1 : Menaces les plus importantes pour le Canada
Menace Pourcentage
Chine 21.80%
États-Unis/Trump 17.40%
Attaques cybernétiques 10.10%
Terrorisme 7.10%
Guerres commerciales 6.60%
Changements climatiques 5.80%
Afin d’évaluer l’influence du régionalisme, des facteurs
sociodémographiques et de la partisanerie sur ces questions, nous avons utilisé un
modèle de régression linéaire multiple dont les résultats sont présentés dans le
tableau 1 ci-dessous. Premièrement, en ce qui a trait à l’impact du régionalisme
sur l’opinion des Canadiens sur l’importance de la défense nationale, la
perception de la menace et la nature de ces enjeux sécuritaires, nous distinguons
peu de résultats probants.5 Une seule association semble se dessiner, où les
Brittano-Colombiens choisissent la Chine comme la menace principale pour le
Canada. Cette relation est intéressante pour deux raisons. D’une part, la
Colombie-Britannique est la seule province canadienne touchant l’océan
Pacifique et, conséquemment, il semble raisonnable que ses habitants soient plus
attentifs aux enjeux de sécurité dans la région indopacifique. D’autre part, la
Colombie-Britannique est également l’une des provinces où l’on retrouve une
plus grande proportion de Canadiens issus de la diaspora chinoise, et plus
spécifiquement de filiation avec les mouvements migratoires de Hong Kong et
Taiwan, défiants de la politique officielle de la Chine continentale. Autres
résultats intéressants, les Québécois ne semblent pas se distinguer de la moyenne
des Canadiens sur ces questions, suggérant ainsi, comme l’ont souligné plusieurs
études (ROUSSEL et BOUCHER 2008 ; MASSIE et BOUCHER 2013), que
l’image des deux solitudes, d’une division principielle entre les deux univers
linguistiques canadiens, est probablement erronée pour représenter la spécificité
de l’opinion des Québécois sur un ensemble d’enjeux en matière de politique
étrangère.
5
Nous avons choisi l’Ontario comme le point de référence dans l’analyse statistique. Dans une large
mesure, les résultats des répondants ontariens représentent la moyenne canadienne, ce qui en fait un
point de référence idéal.
44 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
Tableau 1 : Politique de défense et menaces internationales
Lorsque l’on examine l’influence des facteurs sociodémographiques, le
niveau d’éducation ne semble pas être associé aux préférences sur ces questions,
tandis que les Canadiens les plus aisés ont une perception plus élevée de la
menace. Les femmes sont plus enclines que les hommes à considérer la défense
nationale comme étant un instrument important afin de promouvoir la place du
Canada dans le monde et plus susceptibles de considérer les États-Unis comme
principale menace à la sécurité du Canada. À l’inverse, les hommes identifient la
Chine et les attaques cybernétiques comme les menaces les plus importantes. Les
Canadiens plus âgés, quant à eux, considèrent la défense nationale, la perception
de la menace, et les attaques cybernétiques comme étant les dangers les plus
importants. La perception de la menace chez les Canadiens plus âgés est
particulièrement conséquente dans la mesure où un saut générationnel (notre
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 45
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
variable mesure trois groupes d’âge : de 18-34, 34-54, 55 et plus) augmente la
perception de la menace de 0.744 point. Ainsi, la différence entre les générations
plus jeunes (génération z et les milléniaux plus jeunes) et les Canadiens issus de
la génération baby-boomers est de près de 1.5 point. En d’autres termes, les baby-
boomers sont 15% plus soucieux de la menace externe.
L’affiliation politique est l’un des facteurs les plus associés à l’opinion
des Canadiens sur les questions de défense nationale et reproduit, avec plus de
précisions, les résultats d’études précédentes sur la question (GECELOVSKY et
KUKUCHA 2009 ; BOW et BLACK 2008 ; FITZSIMMONS, CRAIGIE et
BODET 2014 ; BOUCHER et NOSSAL 2017 ; GRAVELLE et al. 2014 ;
LANDRIAULT 2016 ; MCLAUCHLIN 2017). Nous avons identifié le parti
libéral comme la catégorie de référence afin de distinguer la relation entre la
partisanerie et l’opinion des Canadiens sur les enjeux de défense nationale.
D’abord, en ce qui a trait à l’importance de la défense nationale comme outil de
politique étrangère, les partisans du Bloc Québécois, du Parti vert et du NPD sont
tous moins favorables que les partisans libéraux. En contrepartie, comme nous
l’avions suggéré précédemment, les Conservateurs considèrent la défense
nationale comme importante. Dans une large mesure, ces résultats semblent
identifier une scission claire au sein de l’échiquier électoral canadien où les
électeurs plus progressistes (Parti vert et NPD) et nationalistes (BQ) sont
généralement moins enclins que les autres Canadiens à considérer la défense
nationale comme un outil essentiel de la politique étrangère. Ici l’effet est
important : en général, les Néodémocrates sont 10% moins favorables (1.172
point) que les Libéraux. Ensuite, en ce qui concerne la perception de la menace,
aucun résultat important n’est ressorti de l’analyse statistique, mais les partisans
du BQ et du Parti Conservateur sont davantage préoccupés par la menace
chinoise. À l’inverse, les électeurs plus conservateurs (PCC et PPC) sont moins
susceptibles de considérer les États-Unis comme une menace, corroborant l’idée
selon laquelle les Conservateurs sont davantage continentalistes et priorisent une
meilleure coopération avec les États-Unis (BOUCHER 2012). En contrepartie,
les Néodémocrates sont plus critiques quant à la place des États-Unis dans le
système international.
Interventions militaires
La deuxième série de questions explore l’attitude des Canadiens envers
les interventions militaires. Comme nous pouvons le constater, protéger les
citoyens canadiens et défendre le territoire canadien demeurent les deux priorités
identifiées par les répondants. Ici, leurs moyennes respectives sont de 8.8 points,
mais avec un grand nombre de personnes choisissant la valeur maximale, soit 10
(comme nous pouvons l’observer à l’aide de la taille du graphique violon)
46 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
comparativement aux autres missions des Forces Armées Canadiennes. Au
troisième rang, nous retrouvons l’assistance aux autorités civiles. Il faut souligner
que le sondage a été effectué en août 2020, pendant le déploiement des membres
des Forces Armées Canadiennes dans les établissements de longue durée pendant
la pandémie de la COVID-19, ce qui a certainement renforcé l’assentiment
populaire pour ce type de mission. Finalement, de façon étonnante, nous
retrouvons au dernier rang la contribution à la sécurité internationale, une pièce
maîtresse de l’internationalisme libéral. Ici, quoique la moyenne soit relativement
haute (7.26 points), les avis sont davantage partagés que pour les autres missions
(surtout en juxtaposition des fonctions de protection des citoyens et du territoire
canadien) et la variabilité des réponses est plus importante. En dernière analyse,
il semble y avoir un consensus clair sur le fait que les missions prioritaires pour
les FAC sont les missions de protection du Canada (tant les citoyens que le
territoire) et la participation active des FAC aux opérations d’urgence afin de
soutenir les autorités civiles.
Graphique 3 : Opinion publique sur les interventions militaires*
* Selon vous, dans quelle mesure les priorités suivantes sont-elles importantes
pour les Forces armées canadiennes, ou ne sont-elles pas du tout importantes ?
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 47
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
Le tableau ci-dessous présente les résultats de nos analyses statistiques.
Premièrement, comme nous pouvons l’observer, quelques relations semblent se
dessiner en ce qui a trait à l’impact du régionalisme sur ces questions.
Tableau 2 : Politique de défense et interventions militaires
Deux observations principales méritent d’être examinées. D’abord, les Albertains
semblent être moins favorables à l’idée selon laquelle les FAC devraient
contribuer à la sécurité internationale (-0.43 points) et à l’assistance aux autorités
civiles (-0.53 points). Ensuite, les Québécois sont plus favorables aux missions
de protection des citoyens canadiens et d’assistance aux autorités civiles. Il est
possible que les répondants du Québec confondent les deux catégories, voyant les
missions d’assistance aux autorités civiles comme étant essentiellement une façon
de protéger les citoyens canadiens, surtout dans le contexte d’une participation
importante des FAC au Québec pendant la crise de la COVID-19. Toutefois, ces
48 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
résultats suggèrent également que la perception des FAC au sein de la société
québécoise, souvent qualifiée de pacifiste, est particulièrement positive et
témoigne d’une certaine militarisation de l’imaginaire collectif au Québec
(BOUCHER et ROUSSEL 2015 ; MASSIE et BOUCHER 2013). Ces données
soulignent, en outre, que l’idée selon laquelle les Albertains et les Québécois
présentent des visions antinomiques sur les enjeux de politique de défense, à tout
le moins en ce qui a trait aux interventions militaires, semble se confirmer
(LANDRIAULT 2016 ; MASSIE 2008 ; MCDONOUGH 2013 ; BOUCHER
2020).
Deuxièmement, lorsque nous examinons les résultats associés aux
variables sociodémographiques, certaines relations se dessinent. Les Canadiens
plus éduqués et plus aisés sont moins favorables à une contribution à la sécurité
internationale (mais de façon très marginale avec seulement -0.018 et -0.006
points de différence entre les catégories). Les femmes, quant à elles, semblent
préférer les missions de protection des citoyens canadiens et l’assistance aux
autorités civiles, comparativement aux répondants masculins. L’âge des
répondants est un facteur particulièrement important, soulignant ainsi une
scission générationnelle au sein de la population canadienne. Dans une large
mesure, plus les Canadiens sont âgés (par tranche de 18-34, 34-55, et 55+), plus
ils sont enclins à prioriser la défense du territoire canadien, la contribution à la
sécurité internationale et les missions d’assistance aux autorités civiles.
Inversement, il est intéressant de constater que les jeunes Canadiens sont moins
favorables aux interventions militaires visant à contribuer à la sécurité
internationale (ou en général), témoignant ainsi d’un effritement de l’attachement
à l’internationalisme libéral et, possiblement, d’une montée de l’isolationnisme
chez les jeunes. En outre, on se souviendra que les Canadiens plus âgés étaient
pareillement plus susceptibles de souligner l’importance de la défense nationale
comme un outil de politique étrangère et de percevoir le système international
comme étant plus menaçant. Dans les faits, les jeunes Canadiens, ayant atteint
l’âge de la majorité après les années 1990 et à l’ombre des attentats du 11
septembre 2001, du succès mitigé des interventions en Afghanistan, Libye, Irak,
et Syrie, de la crise financière en 2008, et d’une plus grande sensibilité aux
questions associées aux changements climatiques, sont plus circonspects en ce
qui concerne l’utilité des outils militaires. En outre, dans la mesure où le Canada
n’a pas participé ou mis l’accent sur les opérations de maintien de la paix depuis
le milieu des années 1990, malgré un attachement symbolique ancré dans la
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 49
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
psyché canadienne, les jeunes Canadiens n’ont que très peu d’exemples probants
d’une politique de défense proprement internationaliste6.
Enfin, la partisanerie est particulièrement importante pour structurer les
opinions des Canadiens en matière d’interventions militaires. Les électeurs du
Bloc Québécois, fidèles à leur vocation nationaliste, sont moins attachés à l’idée
que les FAC devraient prioriser la défense du territoire canadien. Les
Conservateurs, comme l’ont souligné plusieurs études précédentes
(GECELOVSKY et KUKUCHA 2009 ; BOW et BLACK 2008 ;
FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET 2014 ; BOUCHER et NOSSAL 2017 ;
GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT 2016 ; MCLAUCHLIN 2017), sont
plus favorables aux enjeux de défense nationale, notamment en ce qui a trait à la
défense du territoire et des citoyens canadiens, et des missions d’assistance aux
autorités civiles. En contrepartie, ils sont moins favorables à une contribution à la
sécurité internationale soulignant ainsi une vision plus réaliste de la place du
Canada sur l’échiquier international (MCDONOUGH 2013). Les électeurs des
partis plus progressistes (Parti vert et NPD) sont généralement plus critiques
envers l’ensemble des missions des FAC. Dans la mesure où ils sont peu enclins
à considérer la défense nationale comme un outil de politique étrangère important
(comme nous l’avons signalé plus haut), cette opinion semble être cohérente et
suggère que la façon dont les Canadiens se positionnent idéologiquement sur le
spectre gauche-droite est largement associée à leurs préférences en matière de
politique de défense. Les résultats sur les électeurs du Parti Populaire du Canada
(PPC), un parti représentant l’idéologie d’extrême-droite, sont particulièrement
intéressants. En effet, en observant les données de l’analyse statistique, il semble
que les préférences de ces répondants coïncident avec ceux des partis
progressistes (Parti vert et NPD) et non, comme on pourrait le penser, avec les
Conservateurs. Aucune étude n’a examiné la façon dont les membres du PPC se
positionnent sur les questions de politique étrangère, et encore moins de politique
de défense, mais ces résultats suggèrent que ces électeurs adhèrent davantage à
une perception populiste des relations internationales qui milite pour un
retranchement des engagements internationaux et une méfiance envers les élites,
notamment celles associées aux autorités gouvernementales.
La société canadienne et la politique de défense du Canada
La troisième dimension explorée dans ce sondage tente de mettre en
valeur la relation entre la société canadienne et la politique de défense du Canada.
Plus particulièrement, nous cherchons à mesurer le niveau de confiance envers
les différents acteurs associés à la politique de défense, un élément essentiel des
6
Cette hypothèse vraisemblable m’a été suggérée par Jocelyn Coulon.
50 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
relations civilo-militaires au sein des démocraties. Nous avons donc demandé
dans quelle mesure les répondants avaient confiance en l’habilité des dirigeants
des forces armées, des services de renseignement, des politiciens, des médias, du
milieu universitaire et de l’industrie de la défense. Le graphique 4 ci-dessous
présente les résultats de façon générale.
Graphique 4 : Confiance envers les élites politiques et leaders d’opinion en
matière de politique de défense*
* Veuillez indiquer dans quelle mesure vous faites confiance aux habilités des
dirigeants des institutions suivantes à façonner des politiques qui seront à
l’avantage du Canada ?
Comme nous pouvons le constater, les membres de la communauté
universitaire sont perçus comme étant les plus dignes de confiance en matière de
politique de défense avec une moyenne de 6.13 points. Les responsables
militaires, quant à eux, sont relativement bien évalués dans ce sondage, avec une
moyenne de 5.8 points, soit légèrement au-dessus d’une opinion neutre.
Toutefois, ces données furent colligées avant la vague massive d’allégations
d’inconduites sexuelles au sein de la haute direction des Forces armées
canadiennes : ainsi, nous devons prendre ces résultats avec une certaine prudence
et noter qu’ils reflètent probablement la situation avant ce scandale. À l’opposé,
la confiance envers les politiciens et les médias en matière de politique de défense
est relativement basse, affichant respectivement des moyennes de 4.69 et 4.5. Ces
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 51
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
résultats sont particulièrement préoccupants dans la mesure où les élites
politiques, qui dictent ultimement la politique de défense, et les membres des
médias, dont la tâche principale est d’informer la population canadienne sur les
enjeux de défense et sécurité, devraient représenter des sources privilégiées sur
ces questions et signalent une fracture importante dans les relations civilo-
militaires au Canada. En outre, dans un contexte informationnel où les opérations
de désinformation menées par des acteurs étrangers semblent s’accroître, un
manque de confiance envers les politiciens et les journalistes diminue la résilience
du Canada et sa capacité à contrecarrer ces campagnes d’influence.
Le tableau 3 ci-dessous présente les analyses statistiques examinant les
facteurs associés à la confiance des citoyens canadiens envers les élites politiques
et les leaders d’opinion sur les enjeux de politique de défense.
Tableau 3 : Politique de défense et relations civilo-militaires
En ce qui concerne l’importance du régionalisme sur la confiance des
Canadiens envers les différents acteurs associés à la politique de défense, deux
52 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
grands courants de dessinent. D’une part, les Albertains semblent être
particulièrement critiques face aux politiciens. Naturellement, dans un contexte
où il y a un phénomène d’aliénation conséquent en Alberta, essentiellement pour
accuser les membres de la classe politique d’ignorer les doléances (et l’industrie)
albertaines, ces résultats paraissent logiques. D’autre part, les Québécois
expriment un niveau de confiance élevé envers tous les acteurs associés à la
politique de défense, et plus particulièrement pour les dirigeants des FAC
(presque 1 point de différence avec les Ontariens). Ici encore, l’hypothèse la plus
plausible enfin d’expliquer cette réalité est l’effet du déploiement des membres
des FAC pendant la crise de la COVID-19, une opération largement perçue de
façon positive par les habitants du Québec. Nonobstant cette particularité, ces
données suggèrent que les Québécois, plus que les autres Canadiens en général,
entretiennent une relation de confiance avec les différents acteurs influençant de
près ou de loin les politiques de défense du Canada et témoignent d’une certaine
aisance avec les questions militaires.
En ce qui a trait aux questions sociodémographiques, il semble que le
niveau d’éducation et la situation économique des répondants aient un impact
négatif, mais minime, sur la confiance des répondants envers les élites politiques
et leaders d’opinion en matière de politique de défense. Les femmes, quant à elle,
font davantage confiance aux politiciens, aux membres de la communauté
académique et à l’industrie de la défense que les hommes, suggérant que les
relations civilo-militaires au Canada sont influencées par les questions de genre.
En dernier lieu, les Canadiens plus âgés estiment que les dirigeants des FAC, les
politiciens, et les médias sont plus dignes de confiance, comparativement aux
générations plus jeunes. La littérature sur les facteurs sociodémographiques et les
opinions des Canadiens sur les enjeux de politique étrangère et de défense fait
cruellement défaut. À la lumière de ces résultats, et ceux des tableaux précédents,
l’ensemble des variables sociodémographiques, mais plus particulièrement le
genre et l’âge des répondants, permet d’expliquer en partie la façon dont les
préférences des Canadiens sur ces enjeux sont structurées. Des analyses plus
approfondies sur la question permettraient d’explorer les mécanismes causaux
sous-jacents.
La partisanerie est très associée à la confiance des Canadiens pour les
élites politiques et guides d’opinion dans le domaine de la défense nationale,
laissant sous-entendre que l’appartenance politique des Canadiens est
particulièrement importante pour expliquer leur confiance envers les institutions
politiques du pays. Premièrement, la confiance des Conservateurs envers les
acteurs associés à la politique de défense correspond à nos hypothèses initiales.
Les électeurs conservateurs ont davantage confiance en l’aptitude des dirigeants
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 53
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
militaires et de l’industrie de la défense à façonner des politiques à l’avantage du
Canada. Ces résultats correspondent à l’ensemble des études précédentes (et des
données présentées dans cet article) selon lesquelles les Conservateurs sont
généralement plus favorables que les autres partisans politiques aux questions de
politiques de défense en général (FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET 2014 ;
GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT 2016 ; MCLAUCHLIN 2017).
Néanmoins, il semble que cet a priori positif ne se transpose pas à l’ensemble des
autres guides d’opinion. En effet, les Conservateurs sont très critiques face aux
politiciens (-17.8%), aux médias (-20.2%) et aux membres de la communauté
universitaire (-20%). Dans l’ensemble, les électeurs du Bloc Québécois font
moins confiance (entre 5 et 7 %) aux différents acteurs œuvrant en politique de
défense que les électeurs libéraux, excluant les médias. Pour un parti
souverainiste cherchant à protéger les intérêts québécois, cela semble être dans la
mouvance de l’attitude historique du BQ sur les enjeux de politique de défense
(ROUSSEL et THÉORÊT 2007). En effet, la question du sondage met l’accent
sur la promotion des intérêts du Canada, ce qui amorce naturellement la fibre
nationaliste québécoise. En outre, comme le suggèrent Roussel et Théorêt (2007),
les enjeux de défense du Canada ne sont pas une priorité au sein du programme
politique du Bloc Québécois. Ainsi ces résultats peuvent refléter une certaine
indifférence de la part des répondants. Les électeurs du Parti vert et du NPD sont
également moins susceptibles que les Libéraux de faire confiance à l’ensemble
des intervenants en politique de défense (une légère différence entre les Verts et
le NPD sur les médias et le milieu universitaire). En dernier lieu, les partisans du
PPC représentent une version exagérée de l’opinion des Conservateurs, avec une
très forte méfiance envers les politiciens (-43%), les médias (-37%), et le milieu
universitaire (-47%), exprimant ainsi un sentiment antiélitiste propre aux
mouvements populistes.
Il faut noter que les raisons expliquant la méfiance envers les institutions
œuvrant dans le domaine de la politique de défense entre, d’une part, les
Conservateurs et le PPC et, d’autre part, les partisans du BQ, du Parti vert et du
NPD sont probablement distinctes. En effet, à la lumière de l’ensemble des
données examinées dans cet article, les Conservateurs expriment des positions
généralement favorables à la politique de défense. Dans ce contexte, leur
hésitation envers les politiciens, médias et milieu universitaire est probablement
justifiée par le fait qu’ils considèrent ces acteurs comme n’étant pas suffisamment
solidaires vis-à-vis des besoins et intérêts du Canada en matière de défense. Au
contraire, les membres du BQ, du Parti vert et du NPD ont révélé des opinions
habituellement défavorables sur un ensemble d’enjeux en politique de défense.
Vraisemblablement, leur méfiance envers les décideurs et guides d’opinion en
politique de défense est justifiée par le fait qu’ils les considèrent comme étant trop
54 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
favorables aux institutions militaires. Toutefois, à en juger par la très grande
variabilité entre les partisans des différents partis politiques canadiens en ce qui a
trait à la confiance envers les décideurs et guides d’opinion, les relations civilo-
militaires au Canada semblent être dans un état fragile. Un tel manque de
confiance de la part des Canadiens – principalement ceux affiliés à certains partis
politiques – envers les autorités militaires et civiles associées à la prise de décision
en politique de défense augmente de façon importante notre susceptibilité face
aux campagnes de désinformation. Ce manque de confiance parmi certains
Canadiens permet aux acteurs étrangers d’exploiter les réseaux d’affiliation
politiques (surtout chez le PPC, les Conservateurs, le NPD et le Parti vert) dans
le but de promouvoir et d’influencer l’environnement informationnel au Canada.
Conclusion
Notre objectif principal dans cet article était d’examiner l’influence de
trois groupes de facteurs (le régionalisme, les variables sociodémographiques, et
l’affiliation politique) sur l’opinion des Canadiens sur les enjeux de politique de
défense à l’ombre de la compétition des grandes puissances. Plus
particulièrement, nous avons cherché à comprendre la façon dont ces facteurs sont
associés à trois questions différentes sur l’importance de la politique de défense
comme outil de politique étrangère et la perception de la menace, l’appui des
Canadiens sur les interventions militaires, et la confiance des Canadiens envers
les autorités militaires et civiles ainsi que les différents acteurs sociétaux (médias,
intellectuels, et industrie de la défense) associés aux relations civilo-militaires.
Trois grandes conclusions générales semblent se dégager de nos résultats.
Premièrement, l’impact du régionalisme, l’une des explications centrales
au sein de la littérature sur la perception des Canadiens en matière de défense,
reste spécifique à certains thèmes de notre étude. Le régionalisme n’apparaît pas
être un facteur explicatif central dans la façon dont les Canadiens discernent
l’importance de la politique de défense ni la perception de la menace (sauf pour
les Britanno-colombiens estimant que la Chine est une menace pour le Canada).
Il semble ainsi que la perception de la menace et des sources de ces menaces soit
relativement homogène à travers le Canada. Ceci pose des questions importantes
sur la notion des cultures stratégiques distinctes à travers le Canada, dans la
mesure où ce concept repose, en partie, sur l’idée selon laquelle la perception de
menace diffère en raison du contexte historique et culturel particulier à chaque
société. Toutefois, nous distinguons quelques disparités régionales en ce qui a
trait à l’appui aux interventions militaires et à la confiance des Canadiens envers
les décideurs et guides d’opinion. Dans ce contexte, il semble que l’influence du
régionalisme sur les questions de politique de défense soit à géométrie variable,
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 55
JEAN-CHRISTOPHE BOUCHER
doive être considérée de façon spécifique à chaque question, et ne puisse pas faire
l’objet de déclarations absolues telles que l’idée d’un Québec pacifiste ou d’une
Alberta militariste.
Deuxièmement, les variables sociodémographiques semblent avoir été
relativement importantes pour l’ensemble des questions. Malheureusement, en
dépit d’une littérature très riche aux États-Unis sur l’impact de ces facteurs sur
l’opinion des citoyens en matière de politique étrangère, les mêmes analyses font
cruellement défaut au Canada. Notre examen démontre que le genre et l’âge (et
parfois le niveau d’éducation et le revenu) sont systématiquement associés à des
opinions divergentes sur l’ensemble des questions posées dans notre sondage. De
façon générale, les femmes demeurent moins circonspectes que les hommes sur
l’importance de la défense comme outil de politique étrangère, plus favorables à
une contribution des FAC à la sécurité internationale et aux missions d’assistance
aux autorités civiles, et font davantage confiance aux décideurs et guides
d’opinion en matière de politique de défense. En d’autres mots, les femmes sont
fréquemment plus positives que les hommes sur un ensemble d’enjeux de
politique de défense. Naturellement, ces résultats doivent être considérés dans le
contexte d’une contribution des FAC aux opérations d’assistance aux autorités
civiles pendant la pandémie de la COVID-19 et avant la divulgation de multiples
allégations d’inconduites sexuelles au sein des institutions militaires. L’âge
semble également être important. Globalement, les Canadiens plus âgés sont plus
favorables aux questions de politique de défense, perçoivent le système
international comme étant plus menaçant, soutiennent davantage les diverses
interventions militaires et font plus confiance aux décideurs et guides d’opinion.
Inversement, ceci suggère que les jeunes Canadiens, notamment ceux issus des
générations z et jeunes milléniaux, sont généralement moins enthousiastes et
expriment parfois un penchant pour l’isolationnisme, remettant ainsi en cause
l’idéal internationaliste de la politique étrangère canadienne. Nos résultats
indiquent une rupture générationnelle sur les questions de politique étrangère en
général et, plus spécifiquement, relatives à la politique de défense du Canada.
Finalement, à tous les niveaux, la partisanerie semble être un facteur
extrêmement important structurant l’opinion des Canadiens en matière de
politique étrangère. Notre sondage nous a permis de renforcer notre
compréhension des attitudes partisanes pour les répondants associés aux partis
Libéral et Conservateur, et nos résultats reproduisent, dans leurs grandes lignes,
les données des études précédentes (FITZSIMMONS, CRAIGIE et BODET
2014 ; GRAVELLE et al. 2014 ; LANDRIAULT 2016 ; MCLAUCHLIN 2017).
Les Conservateurs sont, en règle générale, plus susceptibles d’être favorables aux
différentes questions de politique de défense, outre la participation des FAC à la
sécurité internationale. Toutefois, notre sondage a également examiné l’opinion
56 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
OPINION PUBLIQUE ET POLITIQUE DE DÉFENSE DU CANADA À L’OMBRE DE LA
COMPÉTITION DES GRANDES PUISSANCES
des électeurs des autres partis politiques, tels que le Bloc québécois, le Parti vert,
le NPD et le PPC, pour lesquels nous ne disposons que de très peu de données.
Les électeurs du Parti vert et du NPD, représentant l’aile progressiste de
l’échiquier politique canadien, sont habituellement très critiques face aux
questions de politique de défense, ne considérent pas la politique de défense
comme un outil essentiel de la politique étrangère du Canada, et sont
généralement défavorables à l’ensemble des interventions militaires auxquelles
participent les FAC. En outre, leur confiance envers les décideurs militaires et
civils ainsi que les guides d’opinion en matière de politique de défense est plutôt
négative. Les membres du PPC, l’aile droite de la politique canadienne,
présentent, quant à eux, une vision populiste des relations internationales teintée
par un certain antiélitisme et isolationnisme. Dans ce contexte, malgré un
alignement idéologique avec les Conservateurs, les PPC représentent une image
très différente de la politique de défense. En dernière analyse, il n’y a pas de
consensus politique sur les priorités en matière de défense nationale. Cette réalité
est plutôt étonnante dans la mesure où les enjeux de politique de défense font
rarement l’objet de débat lors des élections fédérales.
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62 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
Talking to Defence Stakeholders: How the Canadian and
French Ministries of Defence Engage Important Individuals
and Organizations
Cornel TURDEANU, Simon Fraser University
Alexander MOENS, Simon Fraser University
Elizabeth DE VIEL CASTEL, Department of National Defence
How and why does the Canadian Department of National Defence conduct stakeholder engagement,
and how does this compare to France? This research elucidates how the Canadian and French
Ministries of Defence engage with academics, think tanks, and leading opinion makers domestically,
comparing methods, and best practices. This article begins by examining Canada’s Department of
National Defence, next it examines France, and last it provides a comparative discussion of both.
Pourquoi et comment le ministère de la Défense nationale du Canada mène-t-il un dialogue avec les
intervenants, et comment cela se compare-t-il à la France ? Cette recherche révèle comment les
ministères de la Défense canadien et français interagissent avec les universitaires, think tanks, et
influenceurs nationaux, comparant leurs méthodes et les meilleures pratiques. L’article commence par
examiner le ministère de la Défense nationale du Canada, ensuite il examine la France, et enfin il
fournit une discussion comparative des deux.
How and why does the Canadian Department of National Defence
conduct stakeholder engagement, and how does this compare to France? This
study addresses a gap in the literature as well as a general lack of comparative
context available to defence practitioners in Canada. Drawing upon literature,
government websites, and interviews with Canadian and French defence officials,
the study analyzes how the Canadian Department of National Defence and the
French Ministère des Armées engage with domestic academics, think tanks, and
other leading defence opinion makers. The article begins by analyzing the
different teams within the Canadian Ministry of Defence (MoD) whose primary
purpose is to engage stakeholders, followed by a section that examines similar
teams within the French MoD. We conclude with a comparative section that also
examines what lessons, if any, the two countries can draw from each other.
Based on our findings, we propose a common framework through which
the why of our research question can be understood. This framework proposes
that MoDs conduct stakeholder engagement for three main reasons. The first
reason is for policy informing purposes, with the aim of drawing knowledge into
the MoD from expert communities, such as academics and think tanks, to help
solve the MoD’s policy problems and inform senior decision making. In Canada
and France, this type of stakeholder engagement also aims at nurturing the growth
of a local defence studies academic community, often through funding. This
ensures that the pool of strategic thought from which the MoD can pull knowledge
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
will grow in the future. The second reason is for Scientific Innovative purposes,
in order to find cutting-edge solutions to the armed forces’ science and
technological needs. This type of stakeholder engagement also gives funding to
expert communities, though it is closer to a contract, given that the recipients must
have a more tangible end product than policy-informing funding. Lastly, MoDs
engage stakeholders for information disbursing purposes, pushing out knowledge
about the military or MoD with the aim of informing, influencing or educating
key individuals and organizations, therefore contributing to the overall public
“debate” on defence issues. It is important to note that while some of the
organizations we observe fit neatly into only one of the above categories, others
may fit in more than one. One example is the Mobilizing Insights in Defence and
Security (MINDS) program, whose raison d’être is clearly rooted in policy
informing stakeholder engagement, but which also lists “contributing to the
Canadian public’s understanding of defence and security issues” as one of its
three priorities (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020a, 6). This
means that at least some of the activities it carries out resemble information
disbursing stakeholder engagement as well.
Figure 11
Information Policy Informing Scientific
Disbursing Innovation
Canada • ADM(PA) • Mobilizing • Innovation for
Stakeholder Insights in Defence
Engagement Defence and Excellence and
Team Security Security
(MINDS) (IDEaS)
France • DICOD – • DGRIS • DGA theses aid
Defence • Club Phoenix • Defence
Correspondents • Pact for Higher Innovation
Program Education Agency (DIA)
• EMA-Com (PES) • Innovation
• SGA-Com • IRSEM Defence Lab
• IHEDN (IDL)
1
For a list of acronyms, please refer to Annex 1.
64 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
Conceptualization
The first term needing conceptualization is Ministries of Defence
(MoDs), due to their complex structures that contain a myriad of subordinate
entities. In Canada, some examples include the three operational elements,
namely the Canadian Army, Royal Canadian Air Force, and Royal Canadian
Navy on the military side, and Assistant Deputy Minister (Policy) (ADM(POL))
on the civilian side. Many of these individual sub-units have their own teams and
methods to engage stakeholders. In order to be parsimonious, we will not attempt
an exhaustive analysis of all efforts by all parts of MoDs to conduct stakeholder
engagement. We will instead only examine teams that operate at the national and
cross-service level, not delving into individual operational elements or other sub-
units.
The second task is to conceptualize both the terms “stakeholders” and
“engagement”. As we found out when contacting defence personnel, stakeholder
engagement is a concept that has not yet “travelled” between countries or even
between different parts of the Canadian government. For the purpose of this study,
we define stakeholders as domestic university professors, academic researchers,
policy analysts from think tanks or other research bodies and institutes, and
leading influential thinkers. Many of these individuals speak publicly, lead
networks, conduct research on defence, or teach university-level classes on the
subject. In the definition of stakeholders, we also include “future influencers”, the
types of individuals found in “top 30 under 30 lists”, and university students,
especially at the graduate level. In contrast, we are not examining MoD teams that
interact with the media, the general public, film, the defence industry, lobbyists,
celebrities, or marketing. While the teams we examine occasionally interact with
foreign stakeholders, we focus on those whose activities are mostly domestic.
When it comes to the term “engagement”, we are referring to small-scale
activities that engage stakeholders individually or in small groups. This includes
sending military speakers to events, classrooms, conferences, hosting
stakeholders at the MoD HQ where they receive or give technical briefs, or
military base familiarization visits. We also define engagement as support given
to students, professors, think tanks, institutes, universities, NGOs and other
organizations in the form of grants, scholarships, or structured agreements. We
will therefore exclude from this definition activities that target large numbers of
individuals from the general public. For example, we do not examine TV
advertisements, media relations, military parades, sporting events, and festivals
as they engage large numbers of the general population. We also exclude from
our analysis social media pages that belong to armed forces or MoDs, for similar
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 65
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
reasons. While military recruitment is a by-product of the activities conducted by
some of the teams we analyze, it must be their secondary task and is not the focus
of our study.
Methodology
In terms of a methodological and theoretical framework, we find some
alignment with practice theory. From an ontological perspective, we find that
practitioners inside MoDs and the “way in which they do things is essential to
understanding macro phenomena such as order, institutions, and norms”
(POULIOT and CORNUT 2015, 300). We examine for example how
practitioners inside DND’s MINDS team and ADM(PA) stakeholder engagement
team (SET) do their job and what types of activities they undertake to engage with
stakeholders. In the case of the MINDS program, it is providing funding for
stakeholders, organizing competitions, and evaluating applicant’s requests. From
an epistemological perspective, we align with most practice theorists by agreeing
“on the importance of developing concepts and categories that can travel across
cases, while not being so rigid to believe that this knowledge should mirror
practices” (POULIOT and CORNUT 2015, 301). In our case we believe that the
concept of stakeholder engagement, and the three-part framework we develop,
which seeks to explain why MoDs conduct stakeholder engagement, is
transferable across different countries. At the same time, we recognize that what
we are developing is not a universal law, and that some countries’ MoDs have
additional reasons for conducting stakeholder engagement, and therefore teams
that will not fit in our framework neatly. One example in Canada from outside
DND is the Canadian Security and Intelligence Service (CSIS) Academic
Outreach and Stakeholder Engagement Team. While this team fits partly into our
framework by engaging academics for policy informing reasons, it also acts in an
“operational” fashion by engaging stakeholders as part of CSIS operations. This
was evident for example during the Covid-19 pandemic when the CSIS team
engaged academics in order to prevent theft by foreign actors of intellectual
property related to vaccine development in Canadian universities (LATHEM
2020). This shows us that perhaps in future research a fourth “Operational
stakeholder engagement” category could be added to our framework.
While practice theory is open to a plurality of methodological
approaches (ADLER and POULIOT 2011, 22), scholars agree that an inductive
approach is often the most conducive, starting “bottom-up with the mundane out
of which the social emerges” (POULIOT and CORNUT 2015, 302). In a similar
fashion, this study relies on inductive methods, seeking to know how and why
MoD practitioners do their jobs, and building a greater understanding of MoD
stakeholder engagement from there. In our research we followed a pattern where
66 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
we reflected on what we knew about Canada’s efforts to engage stakeholders, and
then asked ourselves; how is this done in France, and how does this compare to
Canada? We also sought to better understand the entirety of Canada’s efforts, not
just those of ADM(PA)’s SET, and therefore interviewed officials from other
teams within DND whose work also consisted of stakeholder engagement. When
it came to France, we had no pre-existing knowledge of how stakeholder
engagement was done by their MoD. There was also a limited amount of literature
that allowed us to truly open up the “black box” of both the French and Canadian
MoDs. Therefore, one of the main methods used in this study were semi-
structured interviews with defence public affairs and policy practitioners. In the
end we conducted seven different interviews in Canada, and two interviews in
France, including one with a group of French officials from a number of different
teams within the MoD. The level of our interviewees ranged from Director-
General and Colonel down to the manager level. Interviews lasted approximately
an hour each, and most were conducted over Zoom with one being conducted in-
person.
Our interviews were supplemented with extensive searches of the
websites of both countries’ MoDs to place our findings into context. This search
also yielded a number of publicly available documents that proved useful
including grant application guidelines, annual reports of teams that conduct
stakeholder engagement, a parliamentary report about one of the teams, and
strategic guiding documents for others. Lastly, we are standing on the shoulders
of giants by using the existing literature on Canadian and French defence studies
outlined below to triangulate and confirm our findings.
Literature Review
In France, several recent pieces of literature examine the field of defence
studies domestically, and while it is not their main focus, they touch on the types
of support that the French MoD gives to defence academics. Christophe Lafaye
(2020) provides an overview of the field of defence history and also examines the
role of the French MoD in supporting researchers, and places the contributions of
IRSEM to French defence studies in context. Holeindre and Jeangène Vilmer
(2015) bemoan the state of French defence studies, and provide a
recommendation for the creation of l’Association pour les études sur la guerre et
la stratégie (AEGES), a structuring body to help the field gain a foothold in
France. Getting closer to our question, Jeangène Vilmer (2017) provides a deeper
examination of the roadblocks to robust defence studies in France, and proposes
ways in which the French MoD can encourage its growth. In Canada, Philippe
Lagassé (2020) provides a personal analysis of Canadian defence studies and
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 67
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
some of its challenges when interacting with and building expertise on defence.
Meanwhile, in the context of civil-military relations, Stephen Saideman (2020)
identifies think tanks and academics as some of the key holders of knowledge on
Canadian defence, and covers how they (and other civilian actors) can hold the
military to account. Getting much closer to our research question, Juneau and
Lagassé (2020) cover DND’s efforts to bridge the gap between academia and
defence policy makers. Their article explains the history of the programs DND
has used to support academics over the years, and evaluates their successes and
shortcomings.
Our main contribution to the existing literature will therefore be to place
Canada and France’s MoD stakeholder engagement efforts in a comparative
context. Our secondary contribution will be to build upon existing literature by
examining interactions between MoDs and defence stakeholders that go beyond
solely the MoD policy groups interacting with just academics. We hope to build
on this by including the role of public affairs and defence scientific teams in
engaging stakeholders as well. At a much more general level, our work on
stakeholder engagement lays the foundation for future research into how
stakeholder engagement practices from the French MoD could be adopted by
Canada, and vice versa. We hope therefore that this literature could be a useful
contribution to the field of policy transfer (DOLOWITZ 2000). Besides the fact
that this would address a gap in the literature, this could also prove to be useful
for French and Canadian defence practitioners and defence academics.
Findings for Canada’s Department of National Defence
Policy Informing - MINDS
The Mobilizing Insights in Defence and Security (MINDS) program was
born out of a series of initiatives by DND’s policy group (ADM(POL)) to engage
Canada’s academic community dating back to the 1960’s. Efforts began in 1967
when the Military and Strategic Studies Program was launched with the aim of
supporting military and defence studies at Canadian universities. In 1994, this
was replaced by the Security and Defence Forum, with an annual budget of $2.5
million and a mandate to fund 12 permanent centers in universities across Canada
(JUNEAU & LAGASSÉ 2020, 213). In 2011, DND switched focus, deciding to
pivot away from funding permanent university centers to a model that was more
flexible and focused on allowing DND to draw on the most cutting edge and
relevant expertise in a timely manner (JUNEAU & LAGASSÉ 2020, 214-215).
This effort, named the Defence Engagement Program (DEP) had three main
pillars; targeted engagement grants for events such as conferences, expert briefing
series, which consist of inviting experts to DND to brief interested internal
68 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
stakeholders, and scholarships for graduate students (JUNEAU & LAGASSÉ
2020, 217).
In 2017, Canada launched a new defence strategy, Strong Secure
Engaged, which placed a renewed emphasis on engaging academia with promise
of $4.5 million of funding (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2016b,
67). As a result, in 2019 the Defence Engagement Program (DEP) evolved into
MINDS, keeping the DEP’s previous three pillars and adding two new ones; A. a
rapid response mechanism and B. collaborative networks. The most important
innovation by far were the collaborative networks, having truly become the centre
of gravity of MINDS2. These networks consist of a funding package of $250,000
per year per network, for three years, and are available to academics and other
experts that can apply as a group. Each network is usually led by an academic
from a lead university, who acts as a hub for a group of other researchers The
networks’ focus is organizing events and producing research with the aim of
addressing a set of policy issues chosen from a list of DND priorities. Each year
a total of three successful networks are chosen from all applicants. An example
established in 2020 is the Réseau d’analyse stratégique (RAS), jointly headed by
two professors from Queen’s University and Université du Québec à Montréal,
the first fully bilingual of the MINDS networks so far. The network examines
three main topics, namely, the role of great powers, multilateral organizations,
and defence capacity building. In its first two years the network has organized
over a dozen events, calls for papers, and even launched a podcast, reaching
thousands of people.
Being made up of only six policy officials and two directors from
ADM(POL), the MINDS team is compact. The team’s efforts are focused on
promoting their various funding programs to potential applicants, assessing
incoming grant applications, choosing winners, and evaluating the work being
done by their currently funded collaborative networks and grant recipients.
Despite their small size, the financial resources at their disposal allow the MINDS
team to carry out an outsized amount of engagement for a team of their size.
Through the nine current MINDS-funded collaborative networks, they have been
able to mobilize dozens of Canadian academics to focus their research towards
policy challenges relevant to DND, who might otherwise have been pursuing
other research topics.
2
Much of the information in this section related to MINDS is the result of an interview conducted
with DND officials overseeing the program (March 29, 2021).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 69
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
Besides the collaborative networks, in its first year MINDS disbursed 45
targeted engagement grants of up to $50,000 each for a total of $1.7 million
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020a, 12). These one-time funds
helped organize numerous conferences, workshops and other events. In order to
more directly channel new and cutting-edge knowledge to as many personnel in
the Department of National Defence and Canadian Armed Forces (DND/CAF) as
possible, MINDS also hosted 18 expert briefings at (NDHQ) DND’s
Headquarters in Ottawa (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020a,
10). At the same time, MINDS also organizes closed-door expert briefings,
between DND/CAF executives and world-renowned academics like John
Mearsheimer and Robert Kaplan. The closed-door meetings were a good
opportunity for General Officers/ Flag Officers and senior DND/CAF executives
to be exposed to some of the leading thinkers in International Relations.
When ADM(POL) first developed the MINDS program, DND officials
were unsure if it would be viable. While their budget increased by 88%, the
MINDS team did not yet know if Canada’s defence and security academic
community was large enough to support 9 new networks. Looking back after two
years, officials in charge of the program are relieved that those fears did not come
to fruition. There was a large amount of interest to form networks since the
program’s inception, and from a diverse set of academic backgrounds. MINDS
officials pointed out that some of the academics were new to studying defence
and previously unknown to them. MINDS is therefore on track to achieve its goal
of fostering and broadening the academic community that studies defence and
security issues in Canada. Through the funding of dozens of conferences and
workshops, MINDS also achieved its secondary goal of contributing to the
Canadian public’s understanding of defence and security issues. The program is
not without some challenges, however. In a recent internal survey of DND/CAF
members, a surprisingly small number of individuals outside of a few key
directorates knew about MINDS. However, those that did know about it,
overwhelmingly indicated that they used its research to a great extent. Going
forward, one of the key areas the MINDS team will focus on is making a larger
part of DND/CAF aware of MINDS and how it can be of use to them. As a
corollary to this, the MINDS team will need to ensure that they foster a deeper
level of two-way dialogue between MINDS-funded researchers on one side, and
consumers of this research within DND on the other. For example, defence
academics are highly appreciative of receiving in-depth feedback on their
publications from individuals within DND who work on the files they research.
70 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
Scientific Innovative - IDEaS
IDEaS is a competitive funding program run by Defence Research and
Development Canada, the branch of DND that employs defence scientists that
“develop and deliver technical solutions to the CAF and DND” (GOVERNMENT
OF CANADA 2021). IDEaS is different from MINDS in that the funding it
provides is more like a contract, where applicants have to apply to a tender
through the government of Canada’s buy and sell system. The funding is meant
to cover costs including in the conceptual stage, prototype testing, and even
product development (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020b).
Applicants are asked to address defence challenges from the hard sciences, with
some examples being persistent maritime surveillance, CBRN hazard detection
and planning, and collaboration of robotic systems (DEPARTMENT OF
NATIONAL DEFENCE 2020b). A small number of IDEaS’ challenges,
however, are also related to the social sciences (JUNEAU 2020, 218), and
therefore receive applications from academics in that field. One example is the
challenge to “recruit, retain, and reach 25% representation of women by 2026”
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020b). One of the successful
applicants was the University of Waterloo, which received $182,000 for a study
on how to improve gender diversity in the CAF (PUBLIC SERVICES AND
PROCUREMENT CANADA 2018). IDEaS also places emphasis on long term
collaboration with academia, and similarly to MINDS, encourages the formation
of three-year networks that can receive up to $1.5 million each and that must have
a university as a lead (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2021a). The
funding amounts, however, are much larger than MINDS, with $1.6 billion over
20 years earmarked for the program (DEPARTMENT OF NATIONAL
DEFENCE 2021b). It is therefore not surprising that the IDEaS program also
attracts applications from large defence companies like General Dynamics and
Thales (PUBLIC SERVICES AND PROCUREMENT CANADA 2018).
In their rationale IDEaS officials clearly see this program as a step in
matching countries like the US, UK, and Australia, and point to these countries
as recently having earmarked significant budgetary amounts for similar programs
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2018). In terms of measuring
success, the decision whether to renew the IDEaS program funding will not be
based on the number of contracts signed but on the actual augmentation of CAF
and DND capabilities (JUNEAU & LAGASSÉ 2020, 219).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 71
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
Information Disbursing - ADM(PA) Stakeholder Engagement Team
When it comes to information disbursing stakeholder engagement, an
important player in DND is the Stakeholder Engagement Team that sits under the
Assistant Deputy Minister (Public Affairs) (ADM(PA)). The team is made up of
approximately 20-25 individuals at any given time, most with a communications
and public affairs background. Approximately a quarter of the staff are military
public affairs officers that are integrated with the civilian staff, including
reporting directly to a civilian director. The team is strategically spread out across
Canada, in order to have an on-the-ground presence in the most populated and
fastest growing regions3. This layout includes Stakeholder Engagement Offices
(SEOs) in Montreal, Toronto, and Vancouver, with a satellite office in Calgary.
Canada’s vast geography, and the cultural differences between each province
make it important for Ottawa-based DND to have an ear on the ground in each
region. The regional offices’ feedback on what has cultural saliency in each
province helps to inform the HQ public affairs team and helps to break through
the “Ottawa information bubble”, where some issues are given high importance
that matter little outside the National Capital Region. The HQ team is located in
Ottawa, and besides giving overall direction to the SET, they are also in charge
of engagements within the National Capital Region (NCR).
The SET’s 2017-2020 strategy calls for engagements with three different
categories of individuals; opinion leaders, diversity leaders, and future influencers
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2016a, 1). Examples of
individuals that would fit into the opinion leader category include executives,
analysts, and academics representing universities, think tanks, industry
associations, private and public research and scientific organizations, NGOs, and
community organizations. Examples from the diversity leader category include
indigenous leaders, women’s organizations, multicultural associations and media,
and LGBTQI organizations (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE
2016a, 1). And finally examples from the future influencer category could include
university students, especially those at the master’s and PhD level who conduct
research in fields related to DND priorities (DEPARTMENT OF NATIONAL
DEFENCE 2016a, 1). In practice, however, the majority of interactions the SET
facilitates daily is with defence studies academics and think tanks. This is
however changing, and some regional offices, especially Vancouver and
Montreal, have made broad in-roads in engaging organizations that provide
advocacy for diversity issues such as gender, or that represent diaspora
communities. An example at the regional level is the advisory council on diversity
3
Most of the information in this section is the result of interviews with DND officials from ADM(PA),
April – May, 2021
72 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
(ACD), an initiative started by the Vancouver office. The ACD is comprised of
individuals from some of the largest ethnic communities in British Columbia, who
once a quarter meet with the highest-ranking CAF officer in British Columbia,
the Admiral in charge of the Royal Canadian Navy’s Maritime Pacific Fleet
(MARPAC).
The SET traces its origins back to the 1990’s, when National Defence
Public Affairs Offices (NDPAOs) were established in regions across Canada.
ADM(PA) operated alone in this field with the mandate of building relationships
with regional opinion-makers (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE
2016a, 1). More recently, “the Canadian Armed Forces command and control
structure changed to include joint regional headquarters – many of which
introduced their own active stakeholder engagement programs, focused on
community outreach in major population centres” (DEPARTMENT OF
NATIONAL DEFENCE 2016a, 1). At the national level, with the establishment
of ADM(POL)’s Defence Engagement Program followed by MINDS, the SET
HQ team also found its self in a much more crowded operating environment. Co-
ordination and resourcing challenges grew in 2012 “when ADM(PA)’s
stakeholder engagement operations were reduced by six personnel across the
country” (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2016a, 1). The cuts also
included the closure of the NDPAOs in Halifax, Calgary and a satellite office in
Winnipeg.
Much of what the SET does is driven by public affairs priorities. The
mission of SET is to “advance the understanding of Defence issues among the
Canadian public through the engagement of stakeholders”; and the mandate is to
“engage stakeholders who have the influence to help advance defence priorities”
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2016a, 4). While MINDS and
SET will often engage the same stakeholders, on the SET side these engagements
are much more “tactical” in nature. This includes sending DND/CAF speakers to
stakeholders’ university classrooms, conferences, workshops, and podcasts.
Often the speakers are commanding officers of internationally deployed CAF
operations, who will speak from theatre via video, or in-person if they have
recently returned to Canada. While the SET co-ordinates hundreds of speaking
events each year, its involvement is not limited to sending speakers to external
events, but it also regularly organizes its own. These include closed-door
roundtables where stakeholders can get technical briefings from DND/CAF
personnel in a Chatham House Rules environment at NDHQ or via VTC. The
SET will also make an effort to connect stakeholders with opportunities to tour
military bases and watch exercises. The hope is that these individuals will come
away from these meetings or tours better informed about the CAF and therefore
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 73
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
better able to speak to their networks, classrooms, and the media. SET hopes that
engaging these stakeholders can be beneficial, as academics and other defence
experts can act as translators and purveyors of defence knowledge to the greater
public. When it comes to program evaluation, the SET is currently also
implementing surveys to identify whether individuals that attended SET events
have indeed become better informed.
Unlike in MINDS, where one of the main metrics of success is how much
useful research is produced, for SET the metrics of success are first; how large of
an audience was reached, second; whether this audience became more familiar
with DND/CAF after the engagement, and third; whether their perception of the
DND/CAF improved. The fact that the SETs engagements don’t have the
requirement to produce useful research means that its staff have great flexibility
and are able to innovate when planning activities. Unfortunately, much of this
potential latitude for flexibility is lost because of numerous levels of bureaucracy
that stifle quick responses to stakeholder needs. Similarly, motivating internal
CAF/DND personnel to speak at events can be challenging at times. SET must
ask officials and officers to participate in public affairs events, it has no authority
to task them.
Some opportunities for innovative engagement could exist in a post-
pandemic environment, for example, the revival of stakeholder visits to deployed
operations. This program, which ran during Canada’s involvement in Afghanistan
in the 2000’s, saw DND/CAF facilitating visits of defence academics, and think-
tank analysts to theatre, much like the embedded journalist program but for a
shorter duration. Academics who had been on these visits produced some of the
most influential Canadian books on the War in Afghanistan (SAIDEMAN 2016).
Reviving this program would be a unique value proposition that could contribute
to Canadian civil society’s understanding of the CAF’s international
deployments, including in Jordan, Latvia, Iraq, Romania, and Ukraine. Another
route that the SET could take is to become an organizer of public consultations.
This happened in the lead up to the launch of Canada’s current defence strategy
in 2016 when the SET and its regional offices organized dozens of public
consultation sessions on what the new document should contain. These sessions
were open to the public and often took place in large auditoriums with the
Minister of Defence or other senior DND officials in attendance.
74 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
Findings for France’s Ministère des Armées
Policy Informing – DGRIS, Pact for Higher Education, and IRSEM
When it comes to policy-informing stakeholder engagement, there is no
bigger player in the French Ministère des Armées (hereafter, MoD) than the
Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). In
total, the DGRIS is composed of approximately 200 individuals, within which
approximately 21 individuals, known as the section for research and
communication, are assigned to engage academic researchers4. This section has a
budget of €10 million, of which €7.5 million is dedicated specifically for
researchers studying defence & security. Compared to MINDS, this team has an
annual budget and staff that are both approximately four times as large. Amongst
many other things, the DGRIS oversees the implementation of a brand-new push
by the MoD to engage with, and build from the ground up French defence studies,
through an agreement called the Pact for Higher Education (PES).
Despite some successful efforts by the MoD to engage with defence
academia since the 1970’s, including through the creation of the Fondation pour
les études de défense nationale (1972-1992), it wasn’t until the past decade that
the ministry began a renewed effort (JEANGÈNE VILMER 2017, 57). To
understand this recent push, one must understand that the 2010’s were a decade
where France’s security context changed considerably with “the military entering
numerous international operations (Libya 2011, Ivory Coast 2011, Mali 2013,
CAR 2013, Iraq 2014, Syria 2015), domestic operations (Vigipirate, Sentinel),
and an increased terrorist risk since 2015” (JEANGÈNE VILMER 2017, 57).
These events have contributed to a renewed awareness by the public and
government of the importance of the military, defence, and importantly the study
of these subjects (JEANGÈNE VILMER 2017, 57). Therefore, the minister of
defence in 2017, Jean-Yves Le Drian, made a commitment to support the
“emergence of an academic strategic thinking within the social sciences and
humanities” (JEANGÈNE VILMER 2017, 57). As a result, the French MoD, a
year later, launched the Pact for Higher Education (PES) which spelled out the
need for the French MoD to help establish “war studies” as a discipline in French
higher learning institutions. This pact received endorsements from two
consecutive defence ministers, including currently serving Florence Parly, whose
strongly phrased statement in support of the program pointed out that it would be
4
Much of the information in this section was obtained through interviews with a Canadian defence
official on May 21, 2021, and several French defence officials in Paris on June 29, 2021.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 75
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
a “harmful illusion” for the study of defence to be limited to the hard sciences,
while ignoring social sciences (PARLY 2018).
Similarly to Canada’s MINDS program, the PES is built upon several
axes. Under Axis 1, the French MoD sets out the task of rectifying the absence of
university courses as well as academic experts specialized in defence, and it
points to the “Anglo-Saxon model of War Studies” as one that must be emulated
(MINISTÈRE DES ARMÉES 2018). Several actions are proposed under this
axis, including official collaboration with the French conference of university
presidents, as well as structures to bring together academics and policy makers.
In comparison, while DND does constantly strive to maintain contact with
university leadership, it has not yet made a similar official call for collaboration
with Canadian university presidents. In addition, axis 1 calls for increased
opportunities for academia and defence personnel to work together, including by
“promoting exchanges between defense personnel and teacher-researchers, and
by allowing mobility and secondment of experts from the Ministry of the Armed
Forces to higher education establishments and vice versa” (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2018). In comparison, in Canada there is only one opportunity for CAF
officers to pursue a secondment at a Canadian higher learning institution, namely
at Queen’s University, under the Canadian Defence Fellow program.
Under Axis 2 the PES sets out the goal of “regenerating” a pool of French
defence researchers including through long term funding (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2018). Several actions have already been put in place towards this aim,
especially at the PhD level. This includes DGRIS funding the studies of individual
doctoral and post-doctoral researchers (MINISTÈRE DES ARMÉES 2019b). In
addition, there is also €50,000 in funding available through the “Ambassador”
Post-Doctoral program for French social sciences researchers that wish to spend
up to 12 months abroad. In total, the French MoD is funding 40 doctoral students
at the moment, a “historically unique level for the French Armed Forces”
(MINISTÈRE DES ARMÉES 2018). Under MINDS, Canada has made a similar
commitment, both in scale and scope, to fund young researchers. In 2020, this
took the form of $640,000 in scholarships which were given out to 34 university
students researching defence topics (4 undergraduate, 11 Masters, 19 PhD and
Post-doc) (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2020b).
Another new initiative under Axis 2 is the launch in 2019 of the Phoenix
Club, a new forum that already has 80 members, which, besides academic
researchers, also includes think tanks, large defense or civil companies, start-ups,
and consultancies. The Phoenix club meets once every two months to discuss
various defence thematic issues (MINISTÈRE DES ARMÉES 2019a). While
Canada’s DND organizes ad-hoc meetings and roundtables with defence experts
76 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
frequently, it has yet to create a body like the Phoenix Club for these opportunities
to take place systematically.
Under Axis 3 of the PES, the French MoD has created a centre of
excellence label which can be given to universities that are a “pole of academic
excellence” in the teaching and studying of defence (MINISTÈRE DES ARMÉES
2018). Towards this end, the DGRIS together with the several other key MoD
bodies5, in 2021 selected 2 universities: University of Paris 8, and Jean Moulin
University of Lyon 3, to host Centres of Excellence (MINISTÈRE DES ARMÉES
2021c). The label-awarding process started in 2017 with a call for projects that
saw applications from 26 different institutions involving 200 researchers
(MINISTÈRE DES ARMÉES 2021c). With a total of €1.5 million (CAD $2.2
million) going to each winning project over 5 years, this new funding will mostly
provide opportunities for young researchers. An example of one of the winning
recipients is the Jean Moulin Lyon 3 University, which won with its proposal
entitled “The interconnection of high-level strategic capabilities (future air power,
outer space, nuclear, missile defence)” (IESD 2021). In comparison to Canada,
we can draw a parallel between the centre of excellence label and the MINDS
funded Collaborative Networks. While both structures provide a similar amount
of money to a thematic initiative over several years, the Centre of Excellence label
is more permanent (reminiscent of the SDF) and so far more exclusive, with only
two labels awarded country-wide versus MINDS’ nine total networks.
Under Axis 4 of the PES, the French MoD recognizes that while France
is one of the few countries that has a military expeditionary capacity, “French
strategic thinking does not occupy the place that it should hold on the international
scene” (MINISTÈRE DES ARMÉES 2018). The MoD therefore commits to
several actions that will increase the visibility of French defence researchers,
including the promotion of their work through communication efforts by DGRIS
staff, who will also ensure that they maintain an up-to-date map of the French
research community (MINISTÈRE DES ARMÉES 2018). In this axis the French
MoD also commits to organizing a Biannual “Strategic Defence Studies”
conference, under the patronage of the minister of defence, which will bring
together “the entire academic community” working in this field (MINISTÈRE
DES ARMÉES 2018). In comparison, a logic of promoting Canadian defence
research abroad is still absent from any of DND’s programs. While MINDS may
fund some academic research which goes on to subsequently get attention outside
5
Armed Forces Staff, the Directorate General for Armaments, the General Secretariat for
Administration and the Directorate for Higher Military Education.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 77
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
of Canada, it does not undertake a systematic effort to promote this work
internationally.
Outside of the PES, another aspect of how the French MoD engages
defence stakeholders that does not have a Canadian equivalent is through
institutes that have an affiliation with the MoD or military. The most prominent
example is the Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM).
While its researchers have scientific independence, IRSEM is directly funded by
the MoD, and under the supervisory authority of the DGRIS. Being neither a think
tank nor a university institute, where it brings added value is that it is positioned
“at the intersection of the two worlds of the MoD and university research”
(JEANGÈNE VILMER 2016). Founded in 2009 the institute currently has about
40 staff, all with PhDs, researching and publishing on a variety of topics related
to defence and national security (IRSEM 2021). This institute plays a significant
role in developing war and defence studies in France, and is one of the few places
in the French academic world where the military and academia work closely
together (LAFAYE 2020, 51). Thus, in terms of categorization, IRSEM flips our
concept of policy informing stakeholder engagement on its head. Instead of
having the MoD go out to draw research from externally affiliated civilian
academics, it creates a space where they can conduct this research, but under the
tutelage of the MoD. Similar to other policy informing initiatives, it also helps to
build the next generation of defence research in France by supervising doctoral
students, and providing stipends and post-doctoral opportunities (JEANGÈNE
VILMER 2016). In a way, IRSEM’s role also overlaps with Information
Disbursing stakeholder engagement, as it contributes significantly to the national
debate on defence. It does so by distributing its research in different formats,
hosting conferences, and even running a podcast.
However, far from showing that the French defence academic scene is
well developed, this multitude of government-sponsored initiatives is actually
seen in France as an indicator of a problem. It points to the fact that civilian
universities do not yet have sufficiently developed defence and war studies
departments, and government-sponsored work is therefore necessary to fill this
gap (LAFAYE 2020, 49). A main problem in France is the marginalization of
defence studies due to a legacy of anti-militarism in French universities. This
phenomenon can be traced to a societal desire for peace after WWII, then
intensified by the war in Algeria in 1960, and even more so after the end of the
cold war by the hope that international relations would thereafter be defined by
peace (LAFAYE 2020, 50).
As for the MoD its self, the current openness to engaging with
researchers outside government is new in France, with the position of the French
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TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
MoD previously having been that the state should be the holder of its key defence
information6. This change came about due to a realization that outside research
can contribute greatly to the state’s knowledge-bank and that there is more
research to be done than the state can undertake alone7. While defining success
can be a challenge for relationship-oriented organisations, the DGRIS measures
success both qualitatively and by evaluating the evolution of public debate.
Unlike the Canadian Stakeholder Engagement Team in ADM(PA), the DGRIS
and the French MoD and Armed Forces writ large do not have an official strategy
for engaging with individual multicultural communities, which in France is
considered illegal8. According to French defence officials, “a French citizen is a
French citizen and all citizens should be treated equally”9.
Scientific Innovative - Direction Générale de l'Armement (DGA)
The key players within French defence that conduct scientific innovative
stakeholder engagement are the Direction Générale de l’Armement (DGA) and
its sub-unit the Agence de l'innovation de défense (AID), which is the research
and development service of the French MoD. While defence procurement and
innovation are administered separately in Canada, with military procurement
being a civilian process outside of DND, in France they are unified within the
MoD. The DGA in total has placed €13.8 billion in orders to industry in 2020,
has a staff of 10,000, and an annual budget for investing in military innovation of
€992 million (DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ARMEMENT 2021a), a scale
that is unparalleled in Canada. This fact is reflected in the scope of the DGA’s
engagement with academia, and expert communities. For example, unlike
anything found in Canada, the DGA subsidizes four entire higher learning
institutions which are under its supervision. These universities include the
prestigious Institut Polytechnique de Paris, and the Higher Institute of
Aeronautics and Space (ISAE), both with thousands of military and civilian
students (DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ARMEMENT 2021b). These
universities serve the MoD by not only training the next generation of engineers
that will help French defence industry meet its needs, but also by conducting
6
Interview with French defence officials in Paris, June 29th, 2021.
7
Ibid.
8
Interview with French defence officials in Paris, June 29th, 2021. As a response to the question of
whether the French MoD engages with groups that represent multicultural organizations, or certain
diasporas like ADM(PA) does in Canada.
9
Ibid.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 79
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
research in the field of defence (DIRECTION GÉNÉRALE DE L’ARMEMENT
2021b). In Canada, there is no equivalent to this arrangement in scale or scope.
Through direct funding, the DGA has also been instrumental in fostering
a new generation of researchers and scientists (LFAYE 2020, 49). This support
comes in the form of funding for 130 doctoral students each year, mostly from
the hard sciences and engineering but since the mid-1990s also a few from the
social sciences (JEANGÈNE VILMER 2018, 28-29). Some of these social
sciences students that have received DGA funding now tend to hold high level
positions and have become renowned defence studies and international relations
academics (JEANGÈNE VILMER 2018, 29). Successful applicants will
generally receive approximately €120,000 for a three-year period of research
(AGENCE DE L’INNOVATION DE DÉFENSE 2021). Since 2011, each year
ten of the students receiving DGA funding are also selected through a Franco-
British co-operation agreement that allows PhD students to carry out their work
in both French and UK defence laboratories under dual supervision (AGENCE
DE L’INNOVATION DE DÉFENSE 2021).
Another body through which the French MoD conducts scientific
innovative - stakeholder engagement is the Innovation Defense Lab (IDL), run
jointly by a team of 15 individuals from the État-major des armées (EMA)10 and
the DGA. The lab is meant as a third-party, located outside the direct influence of
the MoD, and therefore able to create “links between external and internal players
in the defence ecosystem”, including academics (AGENCE DE
L’INNOVATION DE DÉFENSE 2021). The lab aims both to test sufficiently
mature projects, but also to support tailor made projects.
Information Disbursing – DICoD, EMA-Com, and SGA-Com
In France the main actors that conduct Information Disbursing
stakeholder engagement are the MoD’s various public affairs bodies. In addition,
we find that the Institute for Higher Studies in National Defence (Institut des
hautes études de défense nationale, IHEDN) also conducts a form of Information
Disbursing stakeholder engagement through its courses that engage a broad cross
section of influential French individuals.
In France the rough equivalent of Canada’s ADM(PA) is the Defense
Information and Communication Delegation (DICoD). Similar to ADM(PA) this
organization provides public opinion analysis, creative services, imagery, social
media, websites management, and media relations. Also similar to Canada, each
10
Chief of Defence Staff
80 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
branch (land, air, marine) of the French military has its own public affairs service,
named SIRPAs. In addition, other directorates-general like the Directorate
General of Armaments (DGA), the Chief of Defence Staff Office (EMA), and the
General Secretariat of Administration (SGA) all have their own communications
branches (DE GANAY 2021). DICoD centrally employs 122 personnel, while
each of the three SIRPAs (air, land, marine) employs approximately 40 personnel
each, with DGA-Com, EMA-Com, and SGA-Com also employing 20 to 40
additional personnel each (DE GANAY 2021).
One difference between the two countries, is that while ADM(PA) has
seen growth in its budget and personnel in the past decade, DICoD has seen the
opposite. Between 2008 and 2020 DICOD’s budget has been cut by 50% and its
staff by 55% (DE GANAY 2021). Much of the staff is located in Paris, while
others are spread out throughout France, with DGA-Com for example posting
staff in 9 different centres throughout the country (DE GANAY 2021). While no
team exists within the broad French defence-communications community that
solely conducts stakeholder engagement like the SET does in Canada, there are
several teams which conduct some aspects of it.
EMA-Com for example coordinates all domestic and expeditionary
operations communication. The EMA engages externally and functions to push
information out to the public rather than bringing in external information that is
useful to the French MoD11. When coordinating operations-related
communications, additional manpower is put at EMA-Com’s disposal by the
Army, Navy and Air force SIRPAs as appropriate. One important aspect of the
EMA’s work includes organising press visits in theatre. This usually involves
bringing 10-15 journalists to a foreign operation, or embedding journalists within
an operation12. Stakeholder and media visits to deployed operations is something
DND used to carry out extensively in Afghanistan, but which have been reduced
in scale and duration significantly.
SGA-Com is yet another team which conducts some stakeholder
engagement activities, especially when it comes to youth, and learning about the
French military and veterans historically. In France this task is called
“maintaining the army-nation bond” and is comprised of several initiatives to
which a total of €38 million is allocated annually (DE GANAY 2021). A whole
communication effort and website presence is dedicated to the many initiatives
through which the French military engages young people at the elementary and
11
Interview with French defence officials in Paris, June 29th, 2021
12
Interview with French defence officials in Paris, June 29th, 2021
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 81
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
high school level13. Some of these initiatives include internships, organization of
a youth civic service volunteer force, and the Global Defence and Security Class
(CDSG) program that links individual military units with middle and high school
classes. This latter initiative was founded in 2016 through an “inter-ministerial
protocol” aimed at developing links between youth, defense and national security
(MINISTÈRE DES ARMÉES 2021a). With 370 CDSGs spread over the whole
country, involving more than 9,250 students, it is larger in scale and scope than
any equivalent Canadian project.
DICoD itself is involved in the organization of the Defence
Correspondent program. This initiative sees the selection of an elected municipal-
level official to become the “Defence Correspondent” for their respective
jurisdiction. In this function, they are charged with overseeing several activities
that raise awareness of the military in their community. This includes
conferences, military base visits, veteran’s visiting classrooms, townhalls on
defence issues, and raising awareness of defence in local media (MINISTÈRE
DES ARMÉES 2021b).
Lastly, outside of the defence public affairs establishment, another key
organization which can be argued carries out information disbursing stakeholder
engagement is the Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
Established in 1948, the IHEDN plays a vital role in engaging a wide sector of
stakeholders from across French society. While its director is a three-star general
of the Armed Forces, unlike IRSEM for example, it does not report to the MoD,
but directly to the French Prime Minister (IHEDN 2020, 5). Every year the
institute runs courses (cycles) on a variety of topics related to defence, with the
flagship “national cycles” lasting approximately one year each, running two days
a week (IHEDN 2021). The courses are open to senior professionals and officials
from the civilian and military world, including business leaders, defence industry,
academics, think-tank experts, elected officials, personalities from associations
and trade unions, and the press (IHEDN 2021). Participants join a cohort of
approximately 45 individuals14 and learn the foundations of one of five “major”
areas of defence offered by the institute such as defence policy, maritime security,
or cybersecurity. The cycles are both lecture-based and interactive, including
simulations, war gaming scenarios, military base visits, and exercise observation.
The IHEDN also offers shorter courses lasting approximately six weeks, for
individuals located in the “regions” outside of Paris, as well as “youth courses”
lasting one week for students and young professionals (IHEDN 2021). Overall,
14
90 individuals in the case of the Defence Policy Major
82 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
this institute has a massive impact, reaching 5000 activity participants and
auditors every year (IHEDN 2021). The IHEDN is admittedly an outlier amongst
the other organizations in our information disbursing category due to the fact that
it is not a “public affairs” focused entity. However, the fact that through its course
offerings it is focused to a large extent on informing external stakeholders on
defence, means that the information disbursing category is the most appropriate
for it.
Comparative Discussion
So far, we have examined why Canada and France’s MoDs engage
defence stakeholders in detail. We have established that it is for three reasons; to
inform policy; to promote scientific innovation; and to disburse information. We
find that this pattern holds true across both countries, and that all of the
organizations observed can more or less fit into this framework. We have also
established how MoDs conduct each type of stakeholder engagement, through the
myriad of teams, programs, institutes, and methods we outlined above.
What conclusions can we now draw about how the two countries’ efforts
compare? To begin with, we find that both MoDs’ policy shops, through
competitive processes, have sought to support the establishment of academic
networks and centres of excellence that can produce useful research. In both
countries, this was done out of a need to support and build up a defence academic
community that was perceived as being inadequately developed. In Canada, the
narrative is that of a defence studies scene that was once great but had in recent
decades declined (LAGASSÉ 2019). In France, it was outlined numerous times
in academic literature and in officials’ rhetoric that French defence studies had
never achieved the greatness of peers like the UK and US, and that France had to
catch up to the “Anglo-Saxon” world. What we can see is that both countries have
stepped up considerably in the past five years with financial support and official
frameworks to support the growth of defence studies. Canada’s MINDS program
has achieved remarkable success and will soon have nine new academic networks
to its name. One of the side-effects of this surely will be to establish a new
generation of Canadian doctoral students interested in defence, some of whom
will hopefully go on to hold important academic positions.
However, what Canada lacks in comparison to France is the level of
ambition in supporting defence academia, especially when it comes to attention
and rhetoric from senior officials. When two consecutive defence ministers make
strongly worded statements in support of a program, it means that it is taken very
seriously. This is the case in France with the Pact for Higher Education, and it is
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 83
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
unfortunately not the case yet with MINDS in Canada. However, with a new
minister of national defence that has a background as a law professor, there is
hope that engaging with academia will become even more of a priority for DND.
In this regard, Canada still has much to learn from France. For example, one
model seen in France but not in Canada is that of a strategic research institute like
IRSEM, housing civilians with a defence studies academic background under the
direction of the MoD’s policy unit. This is not a uniquely French model but is
also seen in Germany, for example, with the German Institute for Defence and
Strategic Studies. In both France and Germany, these institutes are fairly young,
having been established in the last decade, yet both have already built a strong
reputation. Canada could over time build such an institute, perhaps attached to the
Royal Military College and under the supervision of ADM(POL).
Other smaller scale policy informing stakeholder engagement initiatives
are present in France which could be adopted in Canada. This includes the
Phoenix Club, a more structured way to bring together top defence stakeholders
and their MoD counterparts on a quarterly basis. Canada could also emulate the
French promises under the PES to host a biannual “Strategic Defence Studies”
conference under the patronage of the minister of defence, as well as promote the
work of defence research internationally. This latter promise could consist of
ensuring some MINDS funding is dedicated to having defence academics
participate in international strategic conferences. Finally, reflecting promises
under Axis 1 of the PES, Canada could make a pledge to facilitate exchanges
between military officers and teacher-researchers, placing the former in
universities, and the latter in the MoD for temporary exchanges. This type of
experience, lasting up to one year, could be funded under MINDS, and would
allow defence academics to understand practitioners’ work better and vice versa
(JUNEAU 2020, 224).
When it comes to scientific innovative stakeholder engagement, we have
a harder task of providing a direct comparison between Canada and France. It is
clear that in this space France is several tiers above Canada, driven in large part
by its world-renowned defence industry. It is admittedly difficult for Canada to
emulate such an industrial powerhouse, yet there is one smaller scale initiative,
the Innovation Defence Lab, which could be adopted in Canada. This semi-
independent entity, under the joint supervision of the French Chief of Defence
Staff office, which helps accelerate innovations at a smaller scale would be ideal
for engaging Canada’s many defence small and medium enterprises, and ensuring
their ideas reach maturity. Asides from this, for a country of Canada’s stature
when it comes to defence innovation, IDEaS is an excellent start and more than
adequate.
84 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
TALKING TO DEFENCE STAKEHOLDERS: HOW THE CANADIAN AND FRENCH
MINISTRIES OF DEFENCE ENGAGE IMPORTANT INDIVIDUALS AND ORGANIZATIONS
Comparing the two nations’ information disbursing efforts reveals a
more level playing field. The French MoD’s public affairs branch is roughly the
same size as Canada’s, and unlike Canada it has been shrinking for at least a
decade. This is a puzzling development for France, especially at a time when new
communication technologies like social media, and the proliferation of
misinformation would point to a necessity to grow, not shrink, public affairs staff.
Unlike France, Canada also has a dedicated stakeholder engagement team within
ADM(PA) that interacts with important domestic individuals and organizations
from a public affairs perspective.
Still, France remains ahead of Canada in several aspects of information
disbursing stakeholder engagement. For example, its efforts to engage youth with
the military are far more extensive than Canada. There are several initiatives like
the SDGS that are aimed at engaging young people not just for recruitment
purposes, but also to maintain an “army-nation link”, spread civic values, and
learn about war from a historical perspective. Lastly, the IHEDN is a giant when
it comes to engaging stakeholders, especially those which are interested in
defence but are not experts or defence academics. The scale of the IHEDN is
impressive and would be difficult for Canada to emulate. Canada could begin by
opening up a few “auditor” spots in professional military courses to civilian
defence academics and think tank analysts, including at the Canadian Forces
College.
Future Research Agenda and Conclusion
Our study on France and Canada’s MoD stakeholder engagement
answers some questions, yet opens the door to many others. For one, we would
like to know not just why and how MoDs conduct stakeholder engagement, but
also what works well, and how this is measured. We only began to scrape the
surface of program evaluation by asking defence officials how they measure
success. Yet we believe a whole comparative study could be conducted to
evaluate the effectiveness of MoD stakeholder engagement programs. Another
important limitation of our study is that in many ways our examination is a mile
wide and an inch thick. We analyzed all stakeholder engagement programs
whether policy informing, scientific innovative, or information disbursing across
two countries. Comparing stakeholder engagement across only one of these
categories could be a comprehensive study by itself. We therefore hope to carry
separate analyses of each type of stakeholder engagement in the future. For added
comparative context, we also hope to examine not just Canada and France but
other liberal democratic allies in Europe, North America, and the Indo-Pacific.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 85
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
In conclusion, we intend for this study to be a useful reflexive exercise
for defence practitioners in Canada and France who conduct stakeholder
engagement. If we can spark conversations in both countries about what more can
be done to engage defence stakeholders, then we will consider our study a
success. We similarly intend that defence stakeholders, such as academics, armed
with the knowledge of programs from abroad will ask more of their MoD in terms
of being engaged if they learn it is being done better elsewhere. We also hope that
our study will spark a transatlantic dialogue between French and Canadian
defence practitioners in order to share best practices in stakeholder engagement.
As Canadians with experience in both academia and government we certainly
learned much from France, and hope to take several of these lessons back to
Canada.
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Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 89
CORNEL TURDEANU, ALEXANDER MOENS AND ELIZABETH DE VIEL CASTEL
Annex 1 – Glossary of Terms
Canada
• ADM(PA): Assistant Deputy Minister of Public Affairs
• ADM(Pol): Assistant Deputy Minister of Policy
• DRDC: Defence Research and Development Canada
• IDEaS: Innovation Defence Excellence and Security
• MINDS: Mobilizing Insights in Defence and Security
• SET: Stakeholder Engagement Team
France
• AID : Agence de l'innovation de défense
• DGRIS : Direction générale des relations internationales et de la stratégie
• DICOD : Délégation à l'information et à la communication de la Défense
• EMA : État-major des armées
• IDL : Innovation Défense Lab
• IHEDN : Institut des Hautes Études de Défense Nationale
• IRSEM : Institut de recherche stratégique de l’École militaire
• PES : Pacte Enseignement Supérieur
• SGA : Secrétariat général pour l'administration
90 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’approvisionnement de la défense du Canada : Les projets
d’avions de combat dans un monde en mutation1
Philippe DUMAS, École nationale d’administration publique
Face à la transformation de l’ordre international au cours de la dernière décennie, le Canada prévoit
d’augmenter ses dépenses militaires. Néanmoins, l’approvisionnement de la défense demeure un défi
lorsqu’il est question d’acquérir les capacités militaires permettant de répondre à ce nouvel
environnement sécuritaire. À cet égard, comment cet environnement influence-t-il les projets
d’acquisition majeurs de la défense ? L’article vise à retracer les facteurs expliquant
l’approvisionnement de la défense à partir d’une approche mécanistique. Bien que l’environnement
sécuritaire façonne l’élaboration des besoins, les projets d’avions de combat analysés sont également
influencés par différentes considérations politiques au cours du processus d’approvisionnement et par
les conditions du marché de la défense.
Canada plans to increase its military spending in response to the changing international order over the
next decade. However, defence procurement remains a challenge when looking at the acquisition of
military capabilities required to respond to this new security environment. In this regard, how does
this environment influence major defence acquisition projects? This article seeks to trace the factors
explaining defence procurement in Canada, using a mechanistic approach. While the security
environment shapes the development of requirements, the fighter aircraft projects analysed are also
influenced by various political considerations during the procurement process and by the defence
market conditions.
L’ordre international reposant sur l’hégémonie américaine est
incontestablement remis en question depuis quelques années. On constate une
transition de puissance et une menace grandissante d’un conflit avec de grandes
puissances comme la Chine ou la Russie. Plusieurs alliés des États-Unis –
notamment le Royaume-Uni et l’Australie – ont récemment revu leurs politiques
de défense, prenant en compte cette nouvelle réalité (BORZILLO et al. 2021). Le
Canada a également actualisé sa politique de défense en 2017 (Protection,
Sécurité, Engagement (PSE), s’articulant autour de cette perspective
(MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE (MDN) 2017, 50-51). Malgré
les changements dans le rapport de forces entre les grandes puissances et les
menaces qui évoluent à travers le temps, on peut noter une continuité entre la
politique de défense PSE et les énoncés politiques produits depuis les années
1960, dont les rôles que le Canada souhaite se donner sur la scène internationale
et les stratégies que celui-ci compte adopter (ROUSSEL, PAQUIN et MASSIE
2018, 11-12). Autrement dit, les grandes orientations du Canada en matière de
défense ne changent pas, et ce, même si l’environnement sécuritaire se
transforme.
1
J’aimerais remercier Jean-Christophe Boucher et Laurence Cros dans le cadre de ce numéro spécial,
ainsi que les évaluateurs anonymes pour leurs commentaires constructifs.
PHILIPPE DUMAS
La politique de défense PSE prévoit une augmentation croissante des
dépenses militaires entre 2017 et 2027 pour combler les besoins en matière de
défense du Canada. Le niveau de dépenses militaires adéquat fait l’objet d’un
débat récurrent entre les experts de la défense canadienne (JUNEAU, LAGASSÉ
et VUCETIC 2020). À juste titre, on peut s’interroger sur le niveau de dépenses
militaires et les implications que celui-ci peut avoir sur les capacités des Forces
armées canadiennes (FAC) à accomplir leurs missions ou sur les relations avec
les alliés. Le Canada est généralement considéré comme un pays qui n’a pas de
menaces directes en raison de sa géographie et qui bénéficie de sa proximité ainsi
que de sa relation avec les États-Unis. Dans ces conditions, augmenter le budget
de la défense n’est pas dicté par un impératif de survie ou des pressions
extérieures, mais est plutôt à la discrétion des gouvernements. D’ailleurs, le lien
entre l’augmentation récente des dépenses militaires du Canada et le
renouvellement de la menace russe tous azimuts reste difficile à établir
formellement selon une étude récente (HAESBROUCK 2021). De même, il est
difficile d’établir un lien avec les pressions américaines des dernières années sur
les pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) afin que ceux-
ci augmentent leurs dépenses militaires.
La politique de défense se concrétise par le développement et le
renouvellement des capacités des FAC, soit les aptitudes permettant de faire face
aux risques liés aux missions qu’on leur demande d’accomplir (DEPARTMENT
OF NATIONAL DEFENCE (DND) 2016b, I/2-7). Dans le cadre de PSE, cela se
traduit par des centaines de projets d’immobilisation et de contrats de service qui
permettent aux FAC d’avoir un ensemble de capacités afin de remplir les missions
qui leurs sont confiées. L’approvisionnement de la défense au Canada ou plus
particulièrement les projets d’acquisition majeurs, des projets se chiffrant en
centaines de millions, voire en milliards de dollars, suscitent souvent la
controverse politique. Les gouvernements rencontrent souvent des difficultés à
les réaliser sans que cela cause de problèmes en termes de coûts et de délais ou
lors de la mise en opération de l’équipement. Dans la politique de défense PSE,
le gouvernement reconnaît ces enjeux dans la réalisation d’une « petite portion de
projets d’équipement complexes et de grande valeur » (MDN 2017, 74). Plusieurs
alliés du Canada vivent une problématique similaire malgré de multiples réformes
de leurs processus d’approvisionnement. Les projets d’acquisition majeurs
amènent non seulement au développement des principales capacités des FAC,
mais conditionnent également d’autres projets d’équipements, d’infrastructures,
d’entraînement, de maintenance et de modernisation.
Dès lors, on peut se poser la question de recherche suivante : comment
l’environnement sécuritaire influence-t-il la réalisation des projets d’acquisition
majeurs de la défense ? L’article propose un réexamen des principaux facteurs de
92 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
l’approvisionnement de la défense par le biais d’une approche mécanistique. En
retraçant le mécanisme causal de « contraintes structurantes » (l’action découlant
des alliances, des orientations budgétaires et du système d’approvisionnement)
lors de la réalisation de projets d’avions de combat se déroulant sur trois époques,
il est avancé que ce mécanisme se manifeste d’abord pendant l’élaboration des
besoins. Par la suite, celui-ci a une action continue, entraînant des événements à
partir desquels il est difficile de revenir en arrière lors du processus. Les éléments
découlant de l’environnement sécuritaire deviennent de la sorte un facteur ou une
considération parmi d’autres au cours de la réalisation des projets. En apportant
une contribution empirique, cet article souhaite dépasser les idées reçues sur
l’approvisionnement de la défense au Canada.
Pour ce faire, celui-ci est divisé en quatre parties. La première partie est
un tour d’horizon du fonctionnement de l’approvisionnement de la défense et des
considérations à la base des projets d’acquisition majeurs au Canada. Sur la base
d’une recension conceptuelle des écrits, le cadre d’analyse et la démarche
méthodologique sont exposés dans la deuxième partie. La troisième partie
présente notre analyse des projets d’avions de combat du Canada depuis les
années 1970. Quelques pistes de réflexion sont proposées en guise de conclusion.
Le processus d’approvisionnement
De manière générale, l’approvisionnement de la défense se résume à
répondre aux questions « où », « quand » et « comment » un pays acquiert et
maintient des capacités militaires pour une période donnée avec plus ou moins
d’autonomie (UTTLEY 2018). Cette définition suggère l’importance de
considérations stratégiques et du fonctionnement de l’approvisionnement propres
à chaque pays. En ce qui a trait au Canada, celui-ci est d’abord partie prenante
d’alliances qui lui permettent de réaliser ses objectifs, mais qui conditionnent en
contrepartie ses choix en matière d’approvisionnement : le North American
Aerospace Defense Command, appelé communément NORAD, l’OTAN et le
Groupe des cinq, connu généralement sous le nom des Five Eyes. À ce titre, la
politique de défense du Canada repose essentiellement sur l’interopérabilité des
FAC avec les forces de ses alliés, principalement celles des États-Unis, afin de
réaliser ses objectifs. Dans les faits, les FAC n’ont pas les capacités suffisantes
pour être en mesure de se déployer seules et de mener des opérations d’envergure
à l’étranger.
L’interopérabilité est la capacité à pouvoir opérer conjointement avec
d’autres. Celle-ci peut se développer à plusieurs niveaux et de diverses manières
(MOON, FEWELL et REYNOLDS 2008). Ainsi, acquérir de l’équipement
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 93
PHILIPPE DUMAS
identique ou compatible contribue à atteindre un certain degré d’interopérabilité
sur le plan opérationnel, tout en favorisant une collaboration technique avec les
pays alliés. L’achat de matériel militaire implique nécessairement une
planification de la gestion des chaînes d’approvisionnement mondiales afin que
les FAC puissent conserver les différentes capacités que celui-ci procure. Le
Canada est dépendant de ses alliés pour acquérir une large partie de son
équipement militaire. Sa production est en partie limitée à des composants entrant
dans la production de plateformes complètes et son industrie de la défense est
profondément imbriquée à celle des États-Unis, ce qui se reflète dans les
nombreuses ententes entre les deux pays ainsi que dans les politiques et les lois
canadiennes.
Ce dernier point nous amène à présenter le système d’approvisionnement
de la défense au Canada. Celui-ci est considéré comme étant unique en raison de
sa nature « décentralisée » et « multiministérielle » (AUGER 2020, 21). Les pays
du Groupe du cinq ont tous un système en matière d’approvisionnement distinct
(Tableau 1). En outre, la conduite des projets est confiée à des entités qui ont des
mécanismes de reddition de comptes différents
Tableau 1 : La gouvernance des projets d’acquisition dans les pays du Five-Eyes
(AUGER 2020)
Pays Caractéristique du modèle d’approvisionnement
États-Unis Chaque service (Air Force, Navy, etc.) est responsable de ses
projets avec le soutien d’un bureau d’approvisionnement
distinct au sein du Département de la Défense.
Royaume- L’organisme Defence Equipment and Support est
Uni responsable des projets et relève d’un ministre responsable
de l’approvisionnement de la défense rattaché au ministère
de la Défense
Australie L’organisme Capability Acquisition and Sustainment Group
est responsable des projets et relève du ministère de la
Défense
Canada Plusieurs ministères (MDN, SPAC, ISDEC) et les FAC sont
conjointement responsables des différentes étapes du
processus d’approvisionnement lors de projets d’acquisition
majeurs
Nouvelle- Le ministère de la Défense est responsable au cours du
Zélande processus d’approvisionnement avec le soutien de la Force de
défense de la Nouvelle-Zélande
94 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
Contrairement à ses principaux alliés, le Canada est toutefois le seul qui
a plus d’un ministère ou d’une entité responsable au cours d’un projet
d’acquisition majeur :
− Les FAC identifient les besoins opérationnels et analysent les options
disponibles ;
− Le MDN valide le projet, établit son financement, puis le coordonne ;
− Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) est responsable des
aspects contractuels et d'élaborer la stratégie d’approvisionnement ;
− et Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDEC) se
charge d’évaluer les propositions en suivant la Politique de Retombées
industrielles et technologiques.
Le point de départ d’un projet est lorsque les FAC identifient une
capacité qui doit être renouvelé ou acquise. On évalue également si celle-ci est
soutenable à long terme, ce qui conduit normalement à plus d’une solution. Sinon,
le choix de privilégier une seule option doit être justifié. Ensuite, le projet en lui-
même passe par un processus d’approbation du MDN afin de valider certains
aspects du projet. Cette démarche permet de le développer, d’en évaluer les
risques et de débloquer le financement nécessaire à sa réalisation. Le processus
est itératif et interactif entre les équipes du FAC et ceux du MDN afin d’établir
les besoins opérationnels, tout en considérant les incertitudes politiques comme
les changements de priorités du gouvernement ou technologiques telles que
l’obsolescence des systèmes militaires (systèmes de communication, de combat,
etc.).
Après que le Cabinet a donné son aval à la mise en place d’un projet, ce
dernier s’inscrit dans le processus plus large d’approvisionnement public où les
autres ministères sont impliqués. En collaboration avec le MDN, SPAC (appelé
généralement Travaux publics) analyse le projet pour élaborer la stratégie
d’approvisionnement. Sauf motifs raisonnables, le gouvernement doit mener un
appel d’offres auprès d’entreprises qualifiées dans le cadre des projets
d’acquisition majeurs. De son côté, ISDEC (connu avant tout sous le nom
d’Industrie Canada) établit et évalue le volet industriel des propositions soumises
par les entreprises. Selon la Politique de Retombées industrielles et
technologiques, l’entreprise ou le consortium d’entreprises qui remporte un appel
d’offres pour un projet d’acquisition majeur doivent actuellement réinvestir
l’équivalent d’au moins 100 % de la valeur du contrat afin de remplir les objectifs
de développements économiques de la politique. Il y a donc trois grands volets
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 95
PHILIPPE DUMAS
qui sont évalués au cours du processus de sélection d’une proposition : militaire,
contractuel et industriel. Un projet d’acquisition majeur reste un éternel
compromis entre la qualité de l’équipement, ses différents coûts et le temps
nécessaire pour le réaliser.
Afin d’assurer l’échange d’information entre les ministères et l’adoption
d’une approche commune, des comités interministériels sont mis en place. Il est
important de mentionner que les projets sont aussi revus par les organismes
centraux (le Bureau du Conseil privé, le Secrétariat du Conseil du Trésor et le
ministère des Finances) afin que le Cabinet puisse les approuver à différentes
reprises au cours du processus. La conduite d’un projet d’acquisition majeur est
encadrée par un ensemble de lois, de politiques et de directives qui garantissent
l’intégrité du processus d’approvisionnement et l’application de certaines
obligations, procédures ou exceptions suivant la direction prise. Par exemple,
selon les politiques du Secrétariat du Conseil du Trésor, le processus est subdivisé
en cinq grandes phases (l’identification, l’analyse des options, la définition, la
mise en œuvre et la clôture du projet), incluant chacune un sous-ensemble
d’étapes reliées à des activités à réaliser et de documents à produire en vue
d’appuyer la prise de décision de l’exécutif et la réalisation des projets. Au-delà
des cinq phases et de certaines activités incontournables comme la rédaction d’un
énoncé de besoins opérationnels, le processus d’approvisionnement est en
mutation depuis 2009 afin de l’améliorer.
On peut maintenant concevoir que le processus d’approvisionnement est
complexe, sollicitant des ressources importantes des ministères ainsi qu’une
étroite collaboration entre eux. En somme, un projet d’acquisition majeur est un
dilemme en termes de politique publique, car il peut susciter de nombreux enjeux
pour le gouvernement en raison de ses ramifications politiques, stratégiques,
techniques, industrielles et économiques à l’échelle nationale et internationale.
Le cadre d’analyse mécanistique
Les travaux mobilisant les théories des relations internationales
proposent paradoxalement peu d’outils permettant de répondre directement à la
question de recherche. Toutefois, deux constats heuristiques se doivent d’être
soulevés. Selon les trois paradigmes de la discipline (le réalisme, le libéralisme et
le constructivisme), les alliances militaires constituent un élément incontournable
pour expliquer le transfert d’armements des grandes puissances vers les autres
États comme le Canada (VUCETIC et TAGO 2015 ; HOEFFLER et MÉRAND
2016 ; VON HLATKY et RICE 2018 ; WILLARDSON et JOHNSON 2021).
Ensuite, certains proposent d’analyser davantage les préférences nationales afin
de comprendre la prise de décision et le processus de sélection des projets
96 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
d’acquisition majeurs (MASSIE 2011 ; VUCETIC et RYDBERG 2015 ;
NOSSAL 2016). Ces constats nous indiquent de surcroît que le lien avec la
conjoncture internationale reste difficile à établir ou qu’un projet d’acquisition
majeur n’est pas forcément rattaché à un enjeu international en particulier.
Les approches théoriques en politiques publiques conduisent à regarder
comment les projets sont réalisés au sein des gouvernements et les diverses
motivations des acteurs. Ainsi, le fonctionnement du processus
d’approvisionnement exerce une influence et permet d’expliquer le résultat des
projets d’acquisition majeurs (COLLINS 2021, 290). Les perspectives découlant
de l’approche du principal-agent et de la politique bureaucratique sont pertinentes
pour analyser les projets d’acquisition majeurs. Ces approches permettent de
mettre en lumière, entre autres, les dynamiques de négociation entre les acteurs
(les militaires, les fonctionnaires, les ministres, etc.) ainsi que leurs préférences
lors de l’évaluation des options (LAGASSÉ 2020, 123). En outre, il a été
démontré que la manière dont les relations se forment sur la base de structures
formelles entre les acteurs peut entraîner des effets aussi favorables que
désastreux lors de la réalisation des projets d’avions de combat au Canada
(ATKINSON et NOSSAL1981 ; NOSSAL 2013).
À travers une approche prospective, plusieurs travaux offrent un regard
à la fois analytique et prescriptif sur l’approvisionnement de la défense au
Canada. Par exemple, on se penche sur les enjeux de reddition de comptes et
d’efficience liés au processus d’approvisionnement tout en proposant des
recommandations (WILLIAMS 2006 ; STONE 2012 ; 2015 ; COLLINS 2019).
Cela est généralement l’occasion de comparer l’approche canadienne avec celles
de pays alliés comme l’Australie. Ensuite, quelques rapports ont pour objectif de
mettre en lumière les plus récents développements dans la gouvernance de
l’approvisionnement de la défense et l’évolution des projets d’acquisition majeurs
qui sont en cours (SLOAN 2014 ; PERRY 2015 ; 2017). Ces rapports présentent
finalement des pistes d’explication en ce qui a trait aux retards des projets.
Malgré des publications récentes, la documentation scientifique sur
l’approvisionnement de la défense au Canada reste sommaire et éparse, constituée
de quelques monographies, chapitres et articles. La plupart des travaux n’ont pas
de cadre d’analyse formel ou regardent des phénomènes plus larges que le
fonctionnement d’approvisionnement de la défense (e.g. les relations entre les
États, l’économie politique de la défense). Toutefois, quelques travaux ont
recensé un certain nombre de facteurs, de nature internes et externes, à considérer
afin d’expliquer les projets d’acquisition majeurs (MIDDLEMISS 1995 ;
NOSSAL 2016 ; COLLINS 2021). À travers ces travaux, un constat demeure :
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 97
PHILIPPE DUMAS
les projets d’acquisitions majeurs deviennent, pour diverses raisons, un enjeu
politique (PLAMONDON 2010 ; NOSSAL 2016 ; MAAS 2018 ; COLLINS
2021). Une synthèse de ces propositions permet d’établir un mécanisme causal
afin d’expliquer la réalisation des projets d’acquisition majeurs.
Un mécanisme causal est un système « théorisé » qui implique des
acteurs et des activités générant une force causale (BEACH et PEDERSEN 2013,
176). Un mécanisme opère à l’intérieur d’un contexte qui peut influencer son
action. Dans le cadre de l’approvisionnement de la défense, on considère que les
mécanismes causaux peuvent avoir deux types d’action : continue ou réactive
(FALLETI et MAHONEY 2015, 221-222). À la différence de l’action continue,
l’action réactive est susceptible de remettre en cause le projet.
Afin d’analyser les projets d’acquisition majeurs, nous avons élaboré le
mécanisme de « contraintes structurantes » à partir des constats de la
documentation scientifique. Celles-ci sont les répercussions résultant de trois
éléments : les alliances, les capacités budgétaires et le système
d’approvisionnement de la défense. Présentés comme des facteurs invariants dans
les travaux sur le sujet, ces éléments interreliés délimitent le champ d’action, la
portée et les possibilités, lors de la réalisation d’un projet d’acquisition majeur.
Les acteurs impliqués doivent composer avec ces éléments exogènes aux projets
sans pouvoir les changer. Les considérations d’interopérabilité et de contributions
du Canada sont la principale répercussion des alliances, influençant les options
envisagées par les acteurs lors des projets. Cela agit comme proxy de l’influence
de l’environnement sécuritaire sur le résultat d’un projet. Les allocations
budgétaires estimées déterminent l’ampleur et la viabilité des projets. Puis, le
fonctionnement du processus d’approvisionnement est enclin à produire des
enjeux liés à la coordination, à la négociation et à l’atteinte de consensus entre les
acteurs. Différents résultats sont envisageables, dépendamment des éléments non-
systématiques que l’on associe au contexte qui peuvent entraîner une action
continue ou réactive du mécanisme causal. En somme, les trois variables
composant le mécanisme exercent une influence cumulative, ce qui permet
d’élaborer une explication de nature structurelle des projets d’acquisition majeurs.
Afin de mettre en lumière l’action des contraintes structurantes au cours
des projets étudiés, la méthode de retraçage de processus (process tracing) est
utilisée. Celle-ci vise à relever la présence d’éléments systématiques, les
mécanismes causaux, ou non-systématiques, contextuels, entre deux points dans
le temps en vue d’avoir une explication suffisante des résultats (BEACH et
PEDERSEN 2013, 51-52). En pratique, on recherche d’abord le mécanisme que
l’on considère être un élément nécessaire à l’explication à travers le temps, puis
d’autres éléments qui influencent le déroulement des projets afin d’élaborer une
98 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
explication suffisante (Figure 1). Cette démarche permet par la suite d’effectuer
une comparaison entre les cas afin d’examiner l’influence du mécanisme dans les
différents contextes. Selon Paquet et Broschek (2017, 306-307), la présence d’un
mécanisme causal et son action peuvent être validées par la comparaison.
Figure 1 : Schéma du retraçage de processus
Les cas étudiés sont le programme du Nouvel avion de chasse (1975-
1980), la modernisation des CF-18 (1992-2001) et les différents projets de
remplacement des CF-18 (2005-2020). Le choix des projets d’avions de combat
est à la fois pratique et symbolique. Ces projets ont marqué leur époque respective
et sont rattachés à l’environnement sécuritaire. De plus, les avions de combat
constituent un besoin récurrent des FAC et s’inscrivent à l’ordre du jour des
gouvernements à travers le temps. Ces projets se démarquent de ceux réalisés
dans l’urgence dans le cadre de l’intervention des FAC en Afghanistan au cours
des années 2000. En dernier lieu, les projets d’avions de combat s’échelonnent
sur plusieurs années, permettant de vérifier si ceux-ci changent en fonction de la
transformation de l’environnement sécuritaire et de l’évolution des technologies
permettant l’interopérabilité avec les alliés sur les différents terrains d’opérations.
Il faut avoir une connaissance fine du déroulement et du contexte des
projets, ce qui se traduit nécessairement par une quantité importante de données
pour réaliser un processus de retraçage. Bien que le domaine de
l’approvisionnement de la défense soit un milieu difficile d’accès en raison de sa
nature et de sa culture technique teintée par la sécurité nationale et le secret
commercial, plus d’une centaine de documents d’archives ou internes obtenus par
des demandes d’accès à l’information ont pu être rassemblés et 29 entrevues ont
été menées, notamment avec des officiers des FAC et des hauts fonctionnaires.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 99
PHILIPPE DUMAS
Au cours de l’analyse, on s’attendait à retrouver des références explicites et
récurrentes à travers le temps aux trois éléments du mécanisme dans les propos
tenus dans les documents ou par les intervenants, soutenant des justificatifs et des
décisions (Tableau 2). Ces données ont été donc soigneusement triangulées,
limitant d’une part les biais propres à chacune ainsi que les lacunes au récit
chronologique ou causal des projets étudiés, et d’autre part, permettant d’attester
de l’action du mécanisme causal sur une période donnée.
Tableau 2 : l’opérationnalisation du mécanisme de contraintes structurantes
Preuves attendues Exemple de preuve – Interopérabilité
Preuve que le budget impacte
sur la réalisation du projet ; « Le fait d’avoir un appareil qui rend
difficiles les opérations dans le contexte
Preuve que le fonctionnement de binational du NORAD ou dans le cadre
l’approvisionnement influence d’une coalition menée par les États-
la réalisation du projet ; Unis pourrait s’avérer problématique »
Preuve que les considérations *Extrait d’un rapport du Vice-chef
d’interopérabilité influencent la d’état-major de la Défense (2013, 35)
réalisation du projet.
Les projets d’acquisition d’avions de combat
Le programme du Nouvel avion de chasse (1975-1980)
S’articulant dans une période charnière de la Guerre froide, la Détente,
le programme du Nouvel avion de chasse va conduire à l’achat et à la mise en
service de 138 appareils CF-18 par le Canada. Cette période est caractérisée par
une diminution temporaire des tensions entre les superpuissances, ce qui
transforme le contexte stratégique et influence l’élaboration des besoins
opérationnels des FAC. Après quelques années de réductions budgétaires, le
Canada réinvestit dans les capacités militaires au milieu des années 1970 afin de
maintenir ses engagements au sein du NORAD, renouvelé pour une deuxième
fois en 1975, et de l’OTAN. Plusieurs projets d’acquisition majeurs sont
confirmés pendant la Révision de la structure de la Défense (1975-1977) comme
le programme du Nouvel avion de chasse (MDN 1977, 2).
100 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
Au sein de l’aviation, on envisageait déjà de remplacer les CF-101, les CF-104 et
les CF-5 pour des raisons opérationnelles, logistiques et technologiques. L’étude
New Fighter Aircraft (NFA), produite en parallèle souligne les enjeux de ces
flottes (l’obsolescence technologique, les coûts d’opération en augmentation,
etc.) tout en jetant les fondements du programme du Nouvel avion de chasse. En
vertu des options disponibles, on suggère que 130 à 150 appareils seraient
suffisants pour remplacer les flottes existantes et remplir les besoins opérationnels
des FAC.
Figure 2 : Graphique exposant les besoins en matière d’avions de chasse
(VICE CHIEF OF THE DEFENCE STAFF 1978)
La figure 2 est l’adaptation d’un graphique retrouvé dans les archives qui
présente l’analyse du nombre d’appareils sollicités. Cette analyse tient compte de
deux scénarios élaborés à partir de la menace posée par l’Union soviétique ainsi
que des rôles et des missions rattachés aux engagements internationaux du
Canada en Amérique du Nord et en Europe. Les seuils posaient un problème avant
même la création du programme du Nouvel avion de chasse. La première cible
faisait en sorte que la flotte passerait de 266 à 100 appareils opérationnels. Le
Canada ne serait ainsi plus en mesure de remplir ses engagements auprès de ses
alliés. La lecture de l’environnement sécuritaire, combinée à une évaluation des
appareils potentiels et aux coûts estimés, expliquerait en bonne partie ce choix de
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 101
PHILIPPE DUMAS
réduire de près de la moitié la flotte opérationnelle d’avions de combat des FAC
(DEPARTMENT OF EXTERNAL AFFAIRS 1977b).
Le Cabinet donne son approbation pour la mise en place d’un bureau de
programme en 1977, regroupant les équipes des ministères, mais agissant de
manière indépendante. Son mandat est de définir les besoins opérationnels et de
réaliser l’appel d’offres pour acquérir 130 à 150 appareils. Un budget fixe est
établi, 2,34 milliards, ainsi qu’une liste de sept appareils européens et américains
disponibles sur le marché. Ces appareils sont susceptibles de remplir les besoins
opérationnels des FAC sans que des modifications majeures soient nécessaires
lors de l’achat (off-the-shelf) :
− Le F-14 Tomcat de Grumman ;
− Le F-15 Eagle de McDonnell Douglas ;
− Le F-16 Fighting Falcon de General Dynamics ;
− Le F-18A Hornet de McDonnell Douglas ;
− Le F-18L Cobra de Northrop (McDonnell Douglas) ;
− Le Tornado de Panavia ;
− Le F1E de Dassault-Breguet.
Le bureau de programme doit également évaluer les propositions en vue
d’émettre des recommandations au Cabinet. Bien que l’on évalue d’abord si les
appareils remplissent les besoins opérationnels, les considérations industrielles
sont aussi importantes, comme l’expose la demande de propositions, document
guidant les entreprises dans la rédaction de leurs propositions :
Although the need to satisfy the military requirement is the prime
consideration, the Canadian Government’s Objective is the most cost-
effective program from the standpoint of achieving adequate operational
effectiveness, minimizing program risk and life cycle cost and maximizing
the industrial benefit to Canada (SUPPLY AND SERVICE CANADA
1977, 1).
Au cours de l’évaluation des propositions, on finit par établir une liste
restreinte afin de réduire la charge du travail d’évaluation, de contrôler davantage
les délais et de stimuler la compétition entre les concurrents. Toutefois, cette
approche peut entraîner des conséquences politiques, en plus d’avoir des effets
négatifs sur le déroulement du programme (NFA PROGRAM OFFICE 1978a).
Le Cabinet choisit de conserver le F-16 et le F-18A dans la course malgré
l’action de certains acteurs pour influencer la composition de la liste restreinte,
102 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
dont le MDN en raison de sa préférence pour le F-15, le meilleur appareil sur plan
militaire (NFA PROGRAM OFFICE 1978b ; 1978c). Le F-15 était néanmoins
considéré comme hors de prix par le bureau de programme. En fait, on estime que
les deux propositions restantes, malgré leurs lacunes respectives, sont les seules
qui sont financièrement abordable et permettent d’avoir un nombre suffisant
d’appareils afin de pouvoir remplir les engagements internationaux du Canada.
De plus, cette composition de la liste restreinte ne remet pas en cause l’intégrité
du processus de compétition, ce qui aurait été le cas si le F-15 ou le F-18L avaient
été inclus simultanément avec le F-18A, étant donné la participation de
McDonnell Douglas dans ses trois propositions.
Les négociations contractuelles avec les deux entreprises se déroulent
sur plusieurs mois. Après un report de la décision en raison des élections de 1980
et divers jeux de coulisse pour influencer la décision du Cabinet entourant la
sélection finale, le F-18A, renommé CF-18, est sélectionné en avril 1980. Cette
décision a suivi les recommandations du bureau de programme du Nouvel avion
de chasse. On juge la proposition rattachée au CF-18 supérieure, suite à la
comparaison des volets militaire, contractuel et industriel (Tableau 3).
Tableau 3 : Sommaire de l’évaluation des propositions
(NFA PROGRAM OFFICE 1980)
Avantage du CF-16 Avantage du CF-18
Facteur Égalité
Significatif Marginal Marginal Significatif
Militaire
NORAD/
X
Souveraineté
OTAN air-air X
OTAN air-sol X
Disponibilité X
Attrition X
Capacité de
X
survie
Soutien
X
logistique
Potentiel de
X
croissance
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 103
PHILIPPE DUMAS
Contractuel
Modalités X
Coût
X
d’acquisition
Taille initiale
X
de la flotte
Finance X
Industriel
Avantages liés
X
à l’appareil
Avantages liés
aux sous- X
systèmes
Avantages liés
à l’assemblage X
final
Avantages liés
à X
l’électronique
Avantages liés
à la X
technologie
Autres
X
avantages
Lors du retraçage de processus, le mécanisme de contraintes
structurantes se manifeste avant même la création du programme, soit lors des
réflexions stratégiques et politiques, puis dans les grandes orientations qui en
découlent sur le plan budgétaire et en matière d’approvisionnement. L’achat des
nouveaux appareils devait s’effectuer à l’intérieur d’une période déterminée afin
de rencontrer la planification budgétaire du MDN découlant de la Révision de la
structure de la Défense de 1975 (Figure 3). Le choix du mode
d’approvisionnement off-the-shelf incarne aussi cette considération. Ainsi, les
objectifs du programme (militaires, contractuels et industriels) sont
interdépendants, car ceux-ci sont susceptibles de changer si l’un d’eux est modifié
(CF-18 PROJECT OFFICE 1986, 12).
104 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
Figure3 : La planification budgétaire des grands projets d’immobilisation
(DEPARTMENT OF EXTERNAL AFFAIRS 1977a)
L’action du mécanisme se poursuit au cours du processus de sélection
final, où le choix du CF-18 reflète ces considérations sous-jacentes comme cet
extrait de l’énoncé de projet le démontre : « The CF-18 aircraft will be procured
off-the-shelf to minimize development costs and to maximize standardization and
interoperability with the Allied forces » (CF-18 PROJECT OFFICE 1986, 21). En
somme, l’environnement sécuritaire exerce une influence initiale, puis tacite sur
le déroulement du programme du Nouvel avion de chasse complété en 1988. La
menace russe était toujours importante, mais relativement stable selon l’analyse
des FAC (MDN 1977). D’autres éléments liés au processus d’approvisionnement
prennent rapidement le pas au cours du programme comme des considérations
politiques et économiques d’ordre national.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 105
PHILIPPE DUMAS
La modernisation des CF-18 (1992-2001)
Dès la fin des années 1980, le MDN souhaite prolonger la durée de vie
des CF-18, alors estimée à une vingtaine d’années, soit 2003. Divers changements
dans la gestion des appareils ont permis de prolonger leur durée de vie jusqu’en
2010, et ce, sans effectuer de maintenances majeures (GOUVERNEMENT DU
CANADA 2014). Le nombre d’appareils opérationnels a été aussi réduit afin de
prolonger leur durée de vie et de suivre les cibles budgétaires du Livre blanc de
la défense de 1994 (MDN 1994, 52). Le budget de la Défense a été réduit durant
les années 1990 dans le cadre des efforts du gouvernement de rétablir les finances
publiques. Bien que ses alliés aient aussi procédé à des réductions importantes de
leurs dépenses militaires à la fin de la Guerre froide, celles du Canada ont
déstabilisé le cycle d’approvisionnement des FAC. Plusieurs projets d’acquisition
majeurs qui devaient être réalisés durant les années 1990 ne l’ont pas été, faute
de budget. Dans les circonstances, le remplacement des CF-18 n’était tout
simplement pas une solution envisagée, selon des répondants rencontrés.
Un constat s’impose néanmoins au cours de la décennie. Les opérations
menées dans le Golfe (1991) ainsi qu’au Kosovo (1999) et le fait que plusieurs
pays alliés modernisent leurs flottes d’avions de combat indiquent que la
modernisation des CF-18 devient une nécessité pour que ces derniers demeurent
interopérables (CHIEF OF THE AIR STAFF 2003, 2-3). On prévoit moderniser
les CF-18 au milieu des années 1990, mais les restrictions budgétaires ont retardé
l’initiative (CHIEF OF THE AIR STAFF 2004, 7). Entre 1992 et 2001, le projet
de modernisation a été révisé à quelques reprises avant de devenir une priorité,
prenant une ampleur et des appellations différentes :
− Le projet de modernisation de milieu de vie du CF-18 ;
− Le projet de prolongation de la durée de vie des systèmes du CF-18 ;
− Le projet de modernisation progressive des CF-18.
Le projet de modernisation progressive des CF-18 va de l’avant après
une série de révisions et d’approbations au sein du MDN (DND 2000b). La
modernisation est officiellement approuvée en 2001. Celle-ci est principalement
composée de deux phases regroupant plusieurs projets touchant les principaux
systèmes des appareils. Quelques projets de moindre envergure sont ajoutés par
la suite pour un total de 17 projets estimés à 2,6 milliards de dollars.
L’un des éléments clés de la modernisation des CF-18 est l’offre de
Boeing (qui a fusionné avec McDonnell Douglas en 1997) : la proposition de
modification technique #583. Cette proposition a largement influencé la
modernisation, favorisant son approbation par le gouvernement même si cela
106 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
incluait de procéder à un processus non concurrentiel pour la majorité des projets
identifiés.
The aim of CF-18 Modernization is to extend the useful operational life of
the CF-18 to the current anticipated estimated life expectancy of 2017–
2020. The largest project within CF-18 Modernization is the United States
Navy developed upgrade package - Engineering Change Proposal 583
(Substantive cost $1.1B BY). ECP 583 is a multi-national effort involving
the USN, United States Marine Corps and the Royal Australian Air Force
[…]. Treasury Board Secretariat has advised that ECP 583 would not be a
Major Crown Project due to the low risk (DND 2000a, 1).
En fait, plusieurs militaires ont avancé qu’il était inconcevable que le
Canada s’engage seul dans un projet modernisation majeure des CF-18 en raison
des risques élevés et des coûts exponentiels de ce type d’initiative. Le choix de
mener un processus non concurrentiel allait de soi avec la proposition de Boeing.
Les autres ministères qui regardaient les aspects contractuels et industriels de la
modernisation étaient satisfaits par la stratégie d’approvisionnement. Les deux
phases du projet de modernisation des CF-18 ont été complétées respectivement
en 2006 et en 2010. La durée de vie des appareils est estimée dorénavant à 2017-
2020, en plus de garantir l’interopérabilité des appareils à moyen terme.
Un autre élément important du projet est le nombre d’appareils de la
flotte qui ont été modernisés. Aucun document interne justifiant la modernisation
de 80 des 122 appareils toujours disponibles de la flotte de CF-18 n’a été retrouvé,
selon un rapport réalisé par le Bureau du vérificateur général du Canada (2004,
11). Néanmoins, on peut retracer le moment et quelques éléments qui permettent
de comprendre les différents motifs de cette décision. Cette orientation a d’abord
été prise au cours de l’été 2000 alors que l’énoncé de besoins opérationnels
indiquait toujours que plus de 100 appareils seraient modernisés (DND 2000c).
Ensuite, les propos recueillis lors des entrevues ont permis de confirmer
que le gouvernement a envisagé de moderniser entre 65 et 100 appareils avant
que le nombre soit fixé à 80. L’augmentation du budget de la défense à la fin des
années 1990 et l’évolution des opérations des avions de combat au cours de la
décennie, dont le retrait des appareils basés en Europe et les opérations menées à
l’étranger des CF-18, auraient été les facteurs influençant cette décision :
The Liberal government under Jean Chrétien was no fan of fighter
airplanes. In fact, in 1994 policy paper, there was a conversation about
why we need fighters at all […] First of July 1999, 12 CF-18s that were
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 107
PHILIPPE DUMAS
been in Kosovo flew over Parliament Hill and Jean Chrétien saluted. So,
if you told me that three years earlier that Jean Chrétien was become a fan
of CF-18, I could not believe this. So, there was a political change that
taking place. The government of the day recognized the value of the CF-
18 contribution in Kosovo. So, that was important. It set the political
support for modernization. Even though, the money was not there.
After the withdrawal of Europe, a decision has been made on the number
of fighters that was going to be modernized because it is expensive. And a
decision has been taken that 80 CF-18s were enough to meet the
operational needs in the new context […] (extraits d’entrevue).
Enfin, on doit se rappeler que les projets d’acquisition majeurs et leurs
orientations sont ultimement décidés à l’échelle politique après que le MDN et
les FAC ont exposé les options afin de pouvoir réaliser les différentes missions
envisagées par la politique de défense. D’ailleurs, les événements du 11
septembre 2001 et le rôle accru des CF-18 que l’on envisage par la suite n’ont pas
entraîné de remise en question de cette orientation (DND 2002).
En résumé, on observe systématiquement la récurrence des contraintes
structurantes (le souci d’interopérabilité, les fluctuations budgétaires et les
modalités d’approvisionnement) ainsi que leur interrelation au cours du projet de
modernisation. L’environnement sécuritaire est la raison d’être sans être le
véritable moteur du projet de modernisation progressive des CF-18.
Les projets de remplacement du CF-18 (2005-2020)
Dès 2001, le Canada avait l’intention de remplacer les CF-18 avant 2020
par l’entremise d’un processus compétitif, selon une série de notes d’information
internes obtenues par les médias (CASTONGUAY 2012). L’identification des
besoins et l’analyse des options commencent cependant seulement en 2005 et
s’échelonnent jusqu’en 2008. Le projet de remplacement des CF-18 n’était pas à
l’époque une priorité, contrairement à d’autres projets rattachés aux opérations en
Afghanistan. Dès 2006, on estime toutefois que le F-35 Joint Strike Fighter (JSF)
de Lockheed Martin est, en fonction des informations disponibles, le meilleur
appareil pour répondre aux besoins des FAC, en plus d’être l’option la plus
abordable (DIRECTOR AEROSPACE REQUIREMENTS 2006, 3-4).
Cette démarche favorise d’abord le renouvellement de la participation au
programme JSF en 2006 auquel le Canada participe depuis 1997 avec d’autres
pays alliés. Ce renouvellement fait en sorte que les entreprises canadiennes
peuvent participer à la phase de production du F-35. En contrepartie, le Canada
108 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
doit verser une contribution annuelle afin de demeurer partenaire. Selon le
protocole d’entente signé, le Canada devra renoncer à appliquer sa politique de
retombées économiques si ce dernier souhaite acheter le F-35. Ensuite, on met en
place le bureau de projet de chasseur de la nouvelle génération (New Generation
Fighter Capability), dont le mandat est de poursuivre l’évaluation des options
disponibles afin de soumettre un plan d’action au Cabinet.
Entretemps, le gouvernement dévoile la Stratégie de Défense Le Canada
d’abord qui prévoit que les CF-18 seront remplacés par 65 avions de combat de
la nouvelle génération afin de remplir les engagements internationaux du Canada
(MDN 2008, 17). On avait initialement fixé le nombre à 80 appareils en 2006.
Après avoir envisagé divers scénarios, 65 appareils étaient considérés à la fois
comme le nombre suffisant et minimum pour répondre aux besoins des FAC. En
2010, on conclut que le F-35 constitue le seuil appareil qui remplit entièrement
les besoins des FAC au cours de la rédaction de l’énoncé de besoins opérationnels.
On considère également que son acquisition sera effectuée au moyen d’un contrat
à fournisseur unique (DND 2011). D’autres stratégies d’approvisionnement sont
aussi envisagées, mais on considère que l’analyse sur le F-35 justifie l’attribution
d’un contrat à fournir unique.
Qui plus est, l’enjeu industriel du programme JSF devient une source de
préoccupations au sein des ministères. On souhaite que le gouvernement s’engage
dans les meilleurs délais à acquérir le F-35 dans le but de favoriser l’industrie
canadienne dans l’obtention de contrats liés à sa production (PUBLIC WORKS
AND GOVERNMENT SERVICES CANADA 2010a et 2010b). En juillet 2010,
le gouvernement annonce ainsi son intention d’acheter 65 F-35 sans mener de
processus compétitif pour un montant total estimé à 9 milliards de dollars.
Cette annonce déclenche une controverse politique sans précédent qui va
s’échelonner sur près de deux ans, retarder le projet, avant de mener à sa remise
en question. On critique le manque de transparence du gouvernement, à
commencer par la manière dont la décision a été prise. De même, les estimations
des coûts du projet sont remises en question à un moment où le développement
du F-35 connaît de nombreuses difficultés et que le coût estimé de chaque appareil
a doublé, puis triplé. Après le rapport du Bureau du vérificateur général sur le
remplacement des CF-18 publié en 2012, le gouvernement décide de reprendre à
zéro l’évaluation des options à partir d’une nouvelle approche qui se veut
beaucoup plus transparente. Les ministères impliqués dans l’évaluation des
appareils disponible sur le marché sont sous la supervision d’un Secrétariat
indépendant créé pour l’occasion. De plus, différents rapports indépendants sont
commandés afin de valider l’ensemble de la démarche. L’un d’eux évalue
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 109
PHILIPPE DUMAS
notamment que l’acquisition des F-35 pourrait coûter plus de 40 milliards de
dollars à long terme (KPMG 2012).
Le Secrétariat dépose son rapport final en 2014. Ses conclusions sur
l’évaluation des options n’ont pas été rendues publiques. Même si l’énoncé de
besoins opérationnels a été revu, tout porte à croire que le F-35 reste encore la
principale option considérée. En parallèle, quelques échanges de courriels
internes entre les instances démontrent que l’on considère divers scénarios en vue
d’acquérir le F-35 et que l’on prépare une annonce en ce sens au courant de 2014
(A-2014-00189). En plus d’être partiellement dévoilée par les médias, cette
éventualité est attestée par quelques entrevues. Le gouvernement décide au bout
du compte de reporter la décision et annonce un projet de prolongement de la vie
des CF-18. On souhaite ainsi conserver la capacité d’avions de combat afin de
remplir les engagements du Canada au sein du NORAD et de l’OTAN jusqu’à
leur remplacement (DND 2015). À ce moment, le remplacement des CF-18 en est
à la phase de l’analyse des options (ROYAL CANADIAN AIR FORCE 2015).
À la suite des élections fédérales de 2015, on envisage de tenir une fois
de plus un processus compétitif pour remplacer les CF-18, après la publication de
sa nouvelle politique de défense. Toutefois, le nouveau premier ministre avait
publiquement écarté le F-35 d’une éventuelle compétition lors de la campagne
électorale. Après la relance du processus, le gouvernement a pris de nouvelles
orientations dont un projet de flotte intérimaire menant à l’achat de F-18 utilisés
par l’Australie depuis les années 1980 pour compléter la flotte existante de CF-
18, en attendant les nouveaux appareils. Malgré les changements du projet
rebaptisé « projet de capacité future en matière d’avions de chasse » (Future
Fighter Capability Project), le gouvernement met finalement en place un
processus concurrentiel en décembre 2017 après avoir effectué une nouvelle
analyse des options, une mise à jour des besoins opérationnels et des consultations
avec l’industrie (PUBLIC SERVICES AND PROCURMENT CANADA 2017).
Le contrat estimé officiellement entre 15 et 19 milliards de dollars sera
accordé au plus tard en 2022, pour l’un des deux appareils toujours en lice : le F-
35 de Lockheed Martin et le Gripen de Saab. Airbus et Dassault, produisant
respectivement l’Eurofighter Typhoon et le Rafale, ont retiré leurs propositions
au cours de la compétition. Le Canada a éliminé Boeing de la compétition après
avoir considéré le F-18 Super Hornet (à ne pas confondre avec les CF-18) lors du
projet de flotte intérimaire. À court terme, on peut envisager que la pandémie de
COVID-19 risque d’entraîner des répercussions sur les projets d’acquisition en
cours de la Défense nationale.
110 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
L’APPROVISIONNEMENT DE LA DÉFENSE DU CANADA : LES PROJETS D’AVIONS DE
COMBAT DANS UN MONDE EN MUTATION
Le projet devrait mener à l’acquisition de 88 avions de combat, suivant
la politique de défense PSE (MDN 2017, 13), ce qui représente une augmentation
notable. Le Canada prévoit aussi de conserver les CF-18 jusqu’en 2032 au lieu de
2025, au même titre que les appareils rachetés à l’Australie. Ces projets
d’intégrations et de modernisation comportent leurs lots de défis logistiques,
techniques et financiers, en plus d’être interdépendants avec le projet de capacité
future en matière d’avions de chasse (DND 2016b; 2018).
On peut une fois de plus noter la présence du mécanisme de contraintes
structurantes au cours des projets. L’interopérabilité des appareils au sein des
différentes alliances (NORAD, OTAN et Five Eyes) ainsi que les impératifs
financiers sont invariablement au centre des différentes itérations du projet de
remplacement des CF-18 proposés à travers le temps par les gouvernements
(DND 2016a; 2016b). Cependant, le mécanisme permet uniquement d’expliquer
les différents blocages ou les changements d’orientation des gouvernements au
cours du processus d’approvisionnement entre 2010 et 2020.
Conclusion
En comparant les trois cas, le mécanisme de contraintes structurantes qui
a été développé pour l’analyse est nécessaire pour expliquer le déroulement des
projets d’acquisition majeurs, mais reste non-suffisant. Les contraintes
structurantes permettent de mettre en lumière le déroulement et les limites des
projets d’acquisition majeurs. La réalisation des projets est également susceptible
d’être les conséquences de dynamiques internes ou de la politique nationale ainsi
que d’un ensemble d’impondérables comme l’illustrent les changements
d’orientations et les choix en matière d’approvisionnement dans les cas étudiés.
D’autres facteurs, dont certains éléments contextuels, sont nécessaires
pour expliquer les projets d’avions de combat, à commencer par les conditions du
marché. Celles-ci étaient différentes d’une époque à l’autre, favorisant une
approche en matière d’approvisionnement au détriment d’une autre. D’ailleurs, la
participation du Canada au programme JSF et le fait que la grande majorité de ses
alliés ont choisi le F-35 ou l’opèrent tendent à réduire à bien des égards sa marge
de manœuvre. Le remplacement des CF-18 a ainsi exercé une influence sur le
fonctionnement de l’approvisionnement de la défense au Canada. On se doit
toutefois de relever que le processus tend maintenant à ressembler à celui du
Nouvel avion de chasse.
Ces éléments contextuels font en sorte que la séquence mécanistique a
une action continue ou réactive dans les cas analysés. Le contexte interne exerce
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 111
PHILIPPE DUMAS
néanmoins une influence moins importante sur les projets d’acquisition majeurs
qu’on le laisse souvent entendre. L’augmentation du nombre d’appareils
envisagés dans le cadre du remplacement des CF-18, alors que certains avaient
prédit le contraire, reste d’ailleurs pour le moment difficile à expliquer. Le Canada
n’est pas le seul à revoir à la hausse le nombre d’appareils opérationnels parmi
les alliés des États-Unis. Ce changement pourrait s’expliquer par un changement
dans la perception de l’environnement sécuritaire à partir de 2016.
L’information disponible ne permet pas d’explorer davantage les motifs
du gouvernement d’augmenter le nombre d’appareils du projet. À cet égard, on
en sait également très peu sur la façon dont les alliés influencent les projets dans
ces circonstances. Cela expose la principale limite de ce type de recherche, à
savoir l’accessibilité de l’information qui nous permet de ne pas tomber dans le
piège de la spéculation ou de considérer la donne politique comme le seul facteur
pouvant expliquer les projets d’acquisition majeurs de la défense au Canada.
Bien que l’article offre une nouvelle perspective des projets
d’acquisition majeurs au Canada, certains constats restent pour l’instant limités
aux cas étudiés. À cet égard, la comparaison avec la trajectoire de projets
d’acquisition majeurs réalisés par d’autres pays comparables au Canada (e.g. des
pays participants au programme F-35 comme le Royaume-Uni, l’Australie, et les
Pays-Bas) est une piste de recherche pour mieux comprendre l’influence de
l’environnement sécuritaire.
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Infrastructures essentielles après la COVID-19 : prévoir et
mitiger l’augmentation des cybermenaces
Marianne GRENIER, Université de Calgary
Les cybermenaces contre les infrastructures essentielles (IE) sont en augmentation depuis l’émergence
de la COVID-19. Les IE canadiennes se retrouvent dans des positions précaires du fait de la difficulté
pour les autorités canadiennes à gérer les risques associés aux cyberattaques. L’approche du
gouvernement fédéral en matière de cybersécurité témoigne d’un processus de sécurisation incomplet,
limitant la capacité des organisations nationales à faire face aux menaces. Cet article explore les
conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur la sécurisation des IE canadiennes en examinant
les discours liés à la cyberprotection des IE dans la sphère politique, publique et médiatique.
Cyber threats to critical infrastructure (CI) have been rising since the beginning of the COVID-19
health crisis. Canadian CI find themselves in precarious positions considering the difficulty Canadian
authorities have in managing the risks associated with cyberattacks. The federal government's
approach to cybersecurity demonstrates an incomplete securitization process, limiting the ability of
national organizations to deal with threats. This article explores the ramifications of the COVID-19
pandemic on the Canadian CI securitization process by examining the discourse related to cyber
protection of CI in the political, public and media spheres.
Le premier aspect que mentionne la page web de Sécurité publique
Canada concernant les infrastructures essentielles (IE) est leur objectif :
« [a]ccroître la résilience des infrastructures essentielles du Canada. Partenaires,
partage d’informations, exercices, résilience et risques. » Pourtant, la capacité des
IE, publiques et privées, à investir adéquatement dans le domaine de la
cybersécurité fut grandement affectée durant l’année 2020, en partie du fait de la
diminution des ressources financières et humaines. Même avant la crise sanitaire
de la COVID-19, les efforts préventifs et proactifs en matière de cybersécurité
étaient rares parmi tous types d’industries, ces derniers se contentant souvent de
réagir aux menaces (MILLER 2016, 23). Cela dit, les conséquences possibles des
cyberattaques, brèches ou erreurs humaines ont, depuis longtemps, été reconnues
comme dangereuses et pouvant perturber le bon fonctionnement des IE
(GENDRON et RUDNER 2012, 14). Lorsque vient le temps de considérer le sort
des IE, les répercussions liées à des cyberattaques peuvent directement impacter
la société.
Avec l’arrivée de la COVID-19, les cybermenaces ont augmenté, plaçant
les IE canadiennes dans une position précaire. En effet, l’emploi de plateformes
en ligne a bondi en réponse aux restrictions sanitaires, entraînant une
augmentation des vulnérabilités et des attaques (PASSERI 2021). Ainsi, la
réévaluation de l’utilisation, de la dépendance et de la protection des IE est
essentielle afin d’anticiper et prévenir les menaces auxquelles sont confrontées
les infrastructures et la population canadienne. Depuis mars 2020, la capacité des
MARIANNE GRENIER
autorités canadiennes à gérer les risques associés aux cyberattaques dans un
contexte d’enjeux émergents est mise à rude épreuve. L’approche du
gouvernement canadien en matière de cybersécurité illustre un processus de
sécurisation incomplet, limitant l’aptitude des organisations nationales à faire
face aux obstacles naissants et en constante évolution. La théorie de la
sécurisation, mise de l’avant par l’école de Copenhague, souligne une distinction
entre les discours de sécurisation et les réalités du terrain.
Cet article vise à examiner les discours liés à la cyberprotection des IE
dans les sphères politique, publique et médiatique à travers cette première
question : quelles sont les conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur la
sécurisation des IE canadiennes ? En réfléchissant à une deuxième question :
pourquoi les IE canadiennes sont-elles actuellement limitées dans leur capacité
à résister à la menace ? il sera possible d’illustrer les tendances présentes et
futures en matière de cybersécurité qui fragilisent l’environnement sécuritaire du
Canada. Nous utiliserons pour cela les données sur les cybermenaces, ainsi que
les données publiques concernant les incidents et la protection des IE.
Il est d’abord primordial de préciser le concept d’IE en considérant les
nombreuses définitions existantes. Sécurité publique Canada les caractérise
comme telles :
[…] les processus, les systèmes, les installations, les technologies, les
réseaux, les biens et les services qui sont essentiels à la santé, à la sécurité
ou au bien-être économique des Canadiens et des Canadiennes, ainsi qu’au
fonctionnement efficace du gouvernement. Les IE peuvent être autonomes
ou interconnectées et interdépendantes dans les administrations
provinciales, territoriales ou nationales ou entre celles-ci. La perturbation
de ces IE pourrait se traduire en pertes de vie et en effets économiques
néfastes, et pourrait considérablement ébranler la confiance du grand
public (2021).
Considérant l’objectif de cette recherche, soit d’approfondir les raisons
liées aux limitations du processus de sécurisation des IE canadiennes, la définition
utilisée par le gouvernement canadien sera privilégiée. Cependant, il est aussi
crucial de prendre en compte d’autres conceptualisations des IE. Gendron et
Rudner proposent trois principales caractéristiques qui permettent de déterminer
quelles infrastructures peuvent être jugées essentielles (2012, 11). Tout d’abord,
les infrastructures ont un pouvoir ou une importance symbolique. Deuxièmement,
le fonctionnement des communautés est lié par un considérable degré de
dépendance et d’immédiateté aux IE. Finalement, les dépendances complexes de
la société sur les IE ont des effets connus et imprévus, ainsi que des conséquences
120 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
au-delà du local. Ces caractéristiques permettent d’élargir la compréhension de
ce que signifie l’expression « essentielle » (ou critique).
Différents domaines de production et de travail sont souvent englobés
dans la locution IE, par exemple, le secteur de l’agriculture et de la nourriture, les
technologies de l’information, les systèmes de santés, la défense, les
télécommunications, les installations gouvernementales, les services d’urgences,
les finances, l’énergie, ainsi que le secteur comportant le traitement des eaux,
produits chimiques, nucléaires, etc. (ALAGAPPAN et al. 2020, 1091) Plusieurs
débats existent quant à ce qui devrait être inclus ou non dans les domaines
essentiels. Considérant les objectifs de la recherche, nous utiliserons la liste des
IE émise par les autorités canadiennes.
Théorie de sécurisation
La théorie de la sécurisation de l’école de Copenhague, issue des écrits
de Buzan, Weaver et De Wilde, est au cœur des études de sécurité et des théories
des relations internationales (1998). Elle propose l’idée que les menaces à la
sécurité sont conceptualisées et verbalisées principalement par une autorité,
comme les décideurs politiques, les responsables des États, les personnes
influentes, etc., à travers des actes de discours. Par exemple, les sujets sécurisés
vont être accompagnés de termes associés à l’urgence, tels que « dangereux,
menaçant, alarmant » (EROUKHMANOFF 2018). Ces termes sont utilisés dans
le but de présenter une situation comme un problème de sécurité. Les actes de
sécurisation visent à convaincre une audience (ou un public) qu’un sujet précis
est un danger urgent et imminent pour la protection de l’État, afin de promouvoir
certaines politiques. Une sécurisation réussie implique que l’audience accepte le
sujet à titre de menace et soutienne la mise en place de mesures extraordinaires
pour contrer ce danger (EROUKHMANOFF 2018).
En utilisant le modèle de Buzan sur les types de menaces auxquelles les
États font face, on peut conclure que le Canada est un État où la cohésion
sociopolitique est forte tandis que la puissance militaire est relativement faible,
laissant ainsi le pays vulnérable aux attaques militaires (1991). Selon Hare, cela
s’exprimerait dans le cyberespace par des attaques contre les IE, par exemple
(2010). Cette logique implique que les autorités canadiennes devraient sécuriser
les cybermenaces de types militaires, y compris celles contre les IE, puisqu’elles
se présentent comme les principales cybervulnérabilités de l’État.
Dans le cas des cybermenaces contre les IE, les chercheurs et
universitaires s’interrogent pour savoir si le processus de sécurisation s’avère un
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 121
MARIANNE GRENIER
succès ou plutôt un échec. Pour certains, le processus a été réussi, car les
cyberattaques contre les IE sont perçues comme des problèmes de sécurité
nationale. Pour d’autres, le processus est un échec, puisque le public n’a pas
accepté le concept des cybermenaces comme un défi central et urgent pour le
fonctionnement des systèmes (FRIIS et REICHBORN-KJENNERUD 2016, 32).
Le résultat de ce refus aurait conduit à des allocations réduites ou limitées des
ressources à la protection contre les cyberattaques. Cependant, de nombreuses
études se penchent principalement sur la perspective américaine (BABAR et ALI
2021, 2). Bien que le processus aux États-Unis doive être exploré, du fait de leur
position sur l’échiquier mondial et leurs capacités techniques, analyser l’attitude
et les actions d’autres pays, tels que le Canada, est primordial pour améliorer la
compréhension des cyberphénomènes, en constants changements et évolution.
Revue de littérature
Selon Aradau, la protection des IE en tant que problème de sécurité
émergea au milieu des années 1990, mais la manière dont elle est comprise varie
considérablement (2010, 492). Dans son évaluation des IE et de la cybersécurité,
Aradau suggère également que l’ajout du mot « essentielles » après
infrastructures (« critical » en anglais) puisse être interprété comme une tentative
de sécurisation. Divers auteurs mentionnent la complexité du concept, conduisant
à une approche éclectique quant à la sécurité des systèmes essentiels (ARADAU
2010, 501). Malgré les efforts de sécurisation des IE en les déclarant comme
cibles à travers le monde, les mesures étatiques et les positionnements
internationaux sur leur protection sont loin d’être homogènes.
Un immense défi concernant la gestion des IE est le nombre significatif
d’infrastructures entre les mains du secteur privé (BAGGETT et SIMPKINS
2018, 173). Comme les domaines publics et privés se côtoient dans le
fonctionnement de services essentiels liés directement aux activités de l’État et de
sa population, la complexité est grande pour les gouvernements, chargés
d’équilibrer les dynamiques sécuritaires. La privatisation de multiples secteurs
vitaux au fonctionnement de la société canadienne alourdit aussi la tâche
d’assurer une couverture de protection standardisée aux IE (RUDNER et
GENDRON 2012). Cette situation n’est pas unique au Canada, mais doit être
prise en compte en considérant les vulnérabilités qui peuvent en résulter. Tout
d’abord, la privatisation peut entraîner un délaissement des mesures de sécurité et
des investissements à long terme en lien avec la protection de la clientèle et des
services, pour potentiellement atteindre d’autres objectifs en termes de capital
(DEAN 2015). Deuxièmement, le domaine privé peut aussi engendrer une
fragmentation au sein d’un même secteur économique ou technique. Cela signifie
qu’un manque de règles communes peut mener au développement ou à
122 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
l’augmentation de fragilités (DEAN 2015). Par ailleurs, les actes de dissimulation
peuvent également être la norme dans les secteurs privés lorsque des
vulnérabilités, des attaques ou des brèches d’information et de données sont
identifiées, empêchant ainsi l’amélioration future de la sécurité de toutes les IE
(RICE et MAUNU 2017).
Il est aussi vital de considérer que le pays est grandement affecté par les
positions politiques et militaires de ses alliés occidentaux, principalement par
celles des États-Unis, sans compter certaines politiques des puissances
européennes. Il est donc difficile de complètement isoler les positions
canadiennes de celles d’autres pays. Au Canada, de nombreux secteurs d’IE sont
fortement interconnectés à ceux des États-Unis (RUDNER et GENDRON 2012,
15). L’approvisionnement canadien en produits médicaux (vaccins, médicaments,
etc.) est particulièrement dépendant des États-Unis (SLAUGHTER 2021). Par
ailleurs, le secteur de l’énergie est un autre exemple de cette proximité où les deux
nations peuvent être touchées par les conséquences de cyberattaques. La récente
cyberattaque contre l’oléoduc américain, Colonial Pipeline, paralysant
temporairement l’afflux de pétrole en Amérique du Nord, mais principalement
aux États-Unis, a aussi impacté le Canada (YUN 2021). Ce dernier n’est donc pas
isolé des effets liés à l’arrêt de fonctionnement d’une si grande industrie, même à
l’étranger. Cette connectivité permet de partager des biens et ressources, mais
présente également des vulnérabilités qui pourraient affecter de nombreuses
nations.
De plus, le développement et l’accessibilité croissante aux technologies
augmentent les craintes liées à la protection des IE. Certains chercheurs
soulignent que l’expression « cybersécurité » est principalement basée sur les
menaces extérieures, alors qu’elle devrait inclure des sujets beaucoup plus
complexes (c.-à-d. accidents techniques, erreurs internes, etc.) souvent mis de
côté par les agences de défense nationale (NISSENBAUM 2005, 65). D’une autre
manière, les IE et leurs cyberespaces sont perçus comme des structures fixes ou
rigides (ARADAU 2010, 506-507). En réalité, ces systèmes sont dynamiques,
agissant et réagissant aux événements, innovations et sociétés, pouvant influencer
les vulnérabilités, tout comme les menaces contre eux.
Au Canada, les domaines qui sont impliqués dans la définition d’IE par
la sécurité publique sont les suivants : l’énergie et les services publics, les
finances, l’alimentation, le transport, le gouvernement, les technologies de
l’information et de la communication, la santé, l’eau, la sécurité et le secteur
manufacturier (SÉCURITÉ PUBLIQUE CANADA 2021). Le Canada présente
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 123
MARIANNE GRENIER
une liste beaucoup moins exhaustive comparativement aux 16 secteurs inclus par
les États-Unis1, englobant ainsi différents domaines dans de mêmes secteurs
(CISA 2021).
Cybersécurité des IE
Entre 2019 et mai 2020, une augmentation des cyberattaques contre les
secteurs de la défense, les secteurs publics et le secteur de la santé a été observée
à travers le monde (ALAGAPPAN et al. 2020, 1099). Malgré la temporalité
restreinte de ces recherches, ces tendances se multiplient et sont démontrées par
nombreuses sources (THIBODEAU 2020). Il est impossible d’identifier et de
rassembler les données de l’ensemble des cyberattaques durant une certaine
période, mais plusieurs médias spécialisés visent à illustrer les schémas et
tendances des attaques disponibles publiquement. Les principales motivations
derrière ces intrusions, depuis quelques années, sont la cybercriminalité, le
cyberespionnage, l’hacktivisme et la guerre (THIBODEAU 2020, 1102). En
outre, les cyberattaques contre les IE prennent diverses formes, allant des logiciels
malveillants aux hameçonnages, en passant par des attaques ciblées ou des fuites
internes.
Depuis le début de la pandémie de COVID-19, il y a eu une
augmentation incomparable concernant l’utilisation d’Internet, la
visioconférence, la dépendance au courrier électronique et plus encore, créant
ainsi un terrain toujours plus attrayant pour les pirates. Par ailleurs, la hausse du
nombre d’hôpitaux et d’infrastructures de soins de santé ciblés par des attaques
de type rançongiciel a aussi été constatée, au Canada comme dans le reste du
monde (HOROWITZ 2021). Ce type d’attaques signifie que les pirates bloquent
l’accès légitime aux systèmes et données internes, tout en demandant une rançon
en échange de l’accès.
Le Centre canadien pour la cybersécurité affirme que les cyberattaques
parrainées par des États contre des IE canadiennes entraînant des pertes de vies
sont peu probables sans hostilités ouvertes (CENTRE CANADIEN POUR LA
CYBERSÉCURITÉ 2020). D’ailleurs, Brewster a établi que les principaux
acteurs étatiques derrière les cyberattaques contre les IE nord-américaines sont
toujours la Chine, la Russie et la Corée du Nord (BREWSTER 2020). Malgré ces
informations, les systèmes essentiels au pays sont davantage victimes d’attaques,
ce qui laisse croire que la possibilité des cyberattaques provoquant des victimes
1
Les secteurs regroupés sous le terme « critical infrastructure » sont « chemical; commercial;
communication; critical manufacturing; dams; defense; emergency services; energy; financial; food
and agriculture; government; healthcare and public health; IT; nuclear waste; transportation; and water
and wastewater. »
124 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
ou des blessures physiques n’est pas négligeable et doit être prise en compte
quand vient le temps d’adresser la sécurité des dispositifs.
De plus, avec l’arrivée de COVID-19, des pressions d’autant plus
importantes sont exercées sur les IE. Les nouvelles mesures sanitaires, telles que
la distanciation physique ou les fermetures imposées des industries « non
essentielles », ajoutent des difficultés et complexités au travail des IE, tandis que
les cybermenaces se multiplient. Protéger et identifier toutes les potentielles
vulnérabilités d’un système est une tâche colossale, qui est demandée aux
entreprises, infrastructures et employés. En revanche, les attaquants n’ont besoin
que de trouver une vulnérabilité qui n’est pas protégée pour mener à bien leurs
offensives. Cette notion est regroupée sous le concept d’asymétrie, souvent
abordé dans les domaines d’ingénierie, de sécurités digitales et logicielles
(RUDNER et GENDRON 2012, 40).
Méthodologie
Dans le but d’analyser le processus de sécurisation des IE canadiennes,
les débats à la chambre des communes fédérales ont été collectés via Hansard.
Spécifiquement, les données de l’année 2019 et des mois de janvier et février
2020 ont été comparées à celles de la période allant de mars 2020 à mai 2021.
Ainsi, les deux périodes d’environ 14 mois ont pu être comparées à travers 87
documents pour la première période et 120 pour la seconde. Des recherches
textuelles ont été faites pour comparer l’utilisation de termes liés à la
cyberprotection et sécurité des IE au pays. Il fut alors possible d’observer les
tendances et différences entre les discussions politiques au niveau fédéral pendant
les périodes précédant et suivant le début de la pandémie de COVID-19. Cela
permit d’évaluer le processus de « speech act » (discours) qui tente de sécuriser
des cybermenaces contre les IE en manifestant l’imminence des dangers des
cyberattaques et l’urgence d’agir.
Les résultats pourraient démontrer une différence entre les discours de la
Chambre des communes pré COVID-19 et ceux post mars 2020 (début des
restrictions sanitaires en Amérique du Nord). En effet, il est attendu que le nombre
et la fréquence d’utilisation d’expressions liées à la cyberprotection des
infrastructures soient beaucoup plus importants après mars 2020.
De plus, la couverture des événements concernant des problèmes de
sécurité des IE nationales depuis l’année 2019 par les médias de grande envergure
au Canada a été analysée. Plus précisément, des termes tels que « cybersécurité »,
ainsi qu’« infrastructure essentielle », ont été utilisés pour rassembler les
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 125
MARIANNE GRENIER
mentions sur le sujet. Un survol de la littérature abordant la sécurité des IE a aussi
été fait, spécifiquement celle qui s’intéresse aux infrastructures canadiennes, ainsi
qu’aux tendances cyber des dernières années. Les brèches d’information des
compagnies ou des industries privées ne seront pas prises en compte dans le cadre
de cette recherche, pour des raisons de ressources limitées et en raison du nombre
impressionnant d’événements de la sorte. En revanche, il est important de
considérer que ces attaques sont aussi de grande envergure et peuvent avoir des
conséquences insoupçonnées. Les rapports d’incidents majeurs concernant les IE
au Canada seront observés à la fois dans les importants médias de masse
canadiens ainsi que les principaux médias spécialisés en cybersécurité.
Ce travail tente de combler un manque de recherche et de connaissances
par rapport aux réalités nationales des IE et leur cyberprotection. Une condition
typiquement canadienne est l’absence de travaux sur certaines failles de sécurité,
en raison du manque de données canadiennes ou de l’utilisation de nombreuses
données américaines. De ce fait, cette recherche vise à explorer la vision et le
processus de sécurisation de la cybersécurité des IE uniquement canadiennes.
Finalement, une analyse des différentes explications pour les résultats
obtenus lors de la recherche a été faite, permettant ainsi d’ouvrir la discussion sur
de potentielles solutions et approches publiques et privées au Canada.
Résultats
Les résultats obtenus, basés sur les débats de la chambre des communes
fédérales (tableau 1), présentent d’abord une disparité temporelle. En effet, durant
les 14 mois précédents le début de la crise sanitaire en Amérique du Nord en mars
2020, le nombre de débats où les IE et les termes rattachés à « cyber » ont été
mentionnés s’élevait à 27. Le terme « cyber » pouvait être associé à toute autre
expression, tel que cybersécurité, cybervulnérabilités, cybermenaces, etc. Les
résultats de cette recherche textuelle révèlent 27 débats parmi les 87 débats de
l’année 2019 jusqu’à mars 2020 où les deux termes (IE et cyber) ont été
mentionnés. Cependant, il est important de noter que cela ne signifie pas que
chacun de ces débats liait ces termes. Il est possible qu’ils aient été énoncés durant
le même débat, sans autres liens connexes. D’autre part, la période de 14 mois
suivant le début de la crise de COVID-19 (post mars 2020) comprenant un total
de 120 débats, présente des résultats surprenants quant aux mentions des
expressions IE et cyber. Vingt-trois mentions totales ont été faites. Ainsi, les
débats concernant les problématiques liées aux phénomènes cyber et les IE à la
Chambre des communes fédérales ont diminué depuis le début de la crise
sanitaire.
126 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
Tableau 1. Nombre de débats à la Chambre des communes fédérale mentionnant
la cybersécurité des IE comparativement aux cyberattaques contre des IE
canadiennes
Nombre de Cyberattaques contre des IE au Canada
débats répertoriées par des médias spécialisés en
mentionnant cybersécurité 3
« cybersécurité »
et
Hackmageddon Bleeping SiliconANGLE
« infrastructures
(PASSERI Computer (2021)
essentielles » à la
2021) (2021)
Chambre des
communes
fédérale 2
Pré
27 14 1 4
COVID-19
Post
23 15 5 5
COVID-19
Variance -14,81 % 7,14 % 400,00 % 25,00 %
Les positions officielles des branches gouvernementales liées à la
sécurité semblent décrire une réalité contraire à ces données récoltées. Le Centre
canadien pour la cybersécurité (CCC) présente les cybermenaces ciblant les IE en
tant que sujet important et urgent à considérer (2020). Elles sont en effet
considérées comme un obstacle grandissant à la sécurité de la nation et de la
population canadienne, leurs données et fonctionnements. Comme précédemment
mentionné, le rapport annuel 2020 de l’évaluation des cybermenaces nationales
du CCC estime que les principaux adversaires seraient des nations ennemies dans
un contexte sans « climat d’hostilité à l’échelle internationale. » (CENTRE
CANADIEN POUR LA CYBERSÉCURITÉ 2020, 21) Il est par contre difficile
de mettre de côté le potentiel des cyberincidents dirigés contre des entreprises
privées ou même publiques dont les activités sont directement liées au
fonctionnement de la nation. Des fragilités internes et des erreurs digitales ou
humaines peuvent aussi mener à une hausse des cybervulnérabilités.
2
De janvier 2019 à mai 2021
3
Excluant les brèches de données
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 127
MARIANNE GRENIER
Par ailleurs, les médias spécialisés en matière de cybersécurité et de
technologies de communication ont reporté une plus grande fréquence de
cyberincidents affectant le Canada depuis mars 2020, comparativement à la
période de 2019 à février 2020 (PASSERI 2021). Comme le présente le tableau,
trois grands sites spécialisés, Hackmageddon, Bleeping Computer et
SiliconANGLE, répertorient tous une augmentation des attaques contre les IE
canadiennes suivant mars 2020. Cette comparaison permet aussi de corroborer la
hausse des cyberattaques mentionnée par de nombreux médias traditionnels
(THIBODEAU 2020). Cette réalité semble en contradiction avec le manque
d’intérêt et de mentions de ces problématiques par les élus fédéraux. Il n’est
actuellement possible d’identifier aucune corrélation entre les mentions par les
membres du parlement fédéral canadien à propos des aspects cyber des IE et le
nombre ou la fréquence des cyberattaques, vulnérabilités et incidents des IE
canadiennes. Ces résultats sont peu logiques, compte tenu de la réalité des
incidents et menaces ciblant les IE canadiennes. Les élus font preuve de peu
d’intérêt à mettre en avant le débat public sur la nécessité d’aborder ces
problématiques.
TABLEAU 2. CYBERATTAQUES PAR MOIS
(2020, 2019, 2018) (PASSERI 2021)
2020 2019 2018
250
NOMBRES DE CYBERATTAQUES
231 227
214
200 205 199
191 194 192
187 187
166 154 164 163 164
160 140 157
150 145 145 147
144
126 133 132 132 129
115 117 116
100 100 100 106 106
98
85
50
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
MOIS
Les données rassemblées sur le site de Paolo Passeri (hackmageddon)
démontrent clairement une multiplication des cyberattaques reportées sur le site
128 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
chaque année depuis 2018 à travers le monde. Passeri montre aussi une
augmentation en nombre des attaques reportées contre tous les milieux d’IE
répertoriés sur le site. Une autre notion à souligner est la croissance des incidents
de cyberwarfare et espionnage, chacune des instances difficiles à identifier dans
le domaine de la cybersécurité (PASSERI 2021). De plus, ces dernières sont
significativement plus liées à des attaques contre des IE. Il est possible de
supposer un intérêt particulier des pays ennemis envers les IE, dans l’objectif
d’augmenter le pouvoir de levier dans un cas potentiel de tensions grandissantes
(CENTRE CANADIEN POUR LA CYBERSÉCURITÉ 2020, 21).
D’autre part, les médias traditionnels les plus consultés par la population
canadienne présentent un portrait tout aussi vital.4 Tout d’abord, les grands
réseaux d’information et journaux canadiens portent une attention particulière aux
nouvelles internationales majeures liées à la cybersécurité (AHMED 2021).
Ainsi, ils rapportent les incidents et piratages d’envergure dans le monde, parfois
indépendamment des répercussions nationales, bien que différents liens soient
souvent mis en avant quant aux possibles impacts que ces événements pourraient
avoir au Canada (LABINE 2021). Les piratages visant les IE canadiennes sont,
pour leur part, très médiatisés, menant les médias à inviter des experts en
cybersécurité pour analyser les événements et les conséquences potentielles de
telles attaques (RADIO-CANADA 2021). Par contre, les attaques perçues comme
ayant peu de répercussions directes sur les citoyens canadiens, que ce soit sur les
plans économiques ou de vie privée, semblent peu attrayantes pour les médias
canadiens traditionnels. De plus, les médias tentent de toucher la population
canadienne, peu informée par rapport au milieu de la cybersécurité, ou de la
sécurité générale des IE (BEAUCERON SECURITY 2020). Ainsi, une
explication possible du nombre limité de rapports sur des cyberincidents au
Canada est le manque d’intérêt direct pour les lecteurs des grands médias ou la
perception de ces derniers que ces informations et incidents sont négligeables. Il
est d’ailleurs possible de remarquer dans les journaux canadiens une chute
significative de leurs mentions des expressions « cyber » et « infrastructures »
après le début de la pandémie (Tableau 3). Cela peut s’expliquer par le fait que
les informations sur la crise sanitaire aient été considérées comme plus pressantes
et plus demandées par les lecteurs.
4
Les médias canadiens d’envergure qui ont été observés sont Radio-Canada, TVA Nouvelles, La
Presse, Le Journal de Montréal, CBC, CTV News, le Globe and Mail et le Toronto Star.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 129
MARIANNE GRENIER
Tableau 3. Articles canadiens mentionnant « cyber » et « infrastructure » avant
et après le début de la COVID-19 (PROQUEST 2021)
Janvier 2019 à mars 2020 Mars 2020 à mai 2021
Nombre
512 217
d’articles
Quelles sont les conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur la
cybersécurisation des IE canadiennes ?
Tout d’abord, concernant les conséquences de la pandémie sur le
processus de sécurisation des IE canadiennes, différentes pistes peuvent être
explorées. Les membres élus du parlement fédéral canadien mettent peu l’accent
sur la sécurité des IE canadiennes et leur cyberprotection. Cela signifie que le
discours de sécurisation dans le domaine politique est peu présent ; il est absent
des allocutions qui présentent les plus grandes menaces ciblant la société et la
population, et ne provient pas des élus fédéraux. Deuxièmement, les discours et
mentions en Chambre des communes ne sont pas compatibles avec les réalités
des IE dans le monde ainsi qu’au Canada. En effet, le nombre d’attaques
répertoriées dans l’ensemble est élevé, et particulièrement celles contre les IE.
Tandis que les élus abordent moins le sujet, les dangers augmentent (PASSERI
2021).
Sur la base de ces données, il est clair que le processus de sécurisation,
selon la théorie de l’école de Copenhague, n’est pas complet et ne réussit pas à
atteindre la population. Le public n’est pas encouragé à considérer les
cyberattaques comme un problème de sécurité urgent et menaçant la nation. Les
cyberattaques sont un problème globalement accepté comme une menace de
sécurité, ce qui est aussi vrai pour la population canadienne (BROOKS 2021). Par
contre, la prise de conscience par la population des répercussions potentielles,
ainsi de la réelle possibilité que les IE canadiennes soient attaquées et leurs
fonctionnements altérés, ne semble pas totale. La cybersécurité des IE est un
problème perçu comme lointain, arrivant aux autres nations ou individus, et n’est
pas à prendre en compte urgemment, encore moins durant une période de crise
sanitaire. Pourtant, les IE sont limitées dans leur capacité à résister à la menace
pour l’instant, dû en grande partie au manque de sécurisation.
130 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
Pourquoi les IE canadiennes sont-elles actuellement limitées dans leur
capacité à résister à la menace ?
Les facteurs empêchant une meilleure protection des IE peuvent être
englobés sous quatre principaux concepts, soit : l’augmentation des vulnérabilités
des IE, la croissance des inégalités, la réduction des investissements et intérêts en
sécurité ainsi que l’interdépendance grandissante des IE.
En premier lieu, la croissance des vulnérabilités est liée au fait que de
nombreuses entreprises et infrastructures ont vu leurs activités se transférer en
ligne et à distance, suite aux restrictions physiques pour limiter la propagation de
la COVID-19. En raison de ces changements drastiques et rapides, plusieurs
vulnérabilités n’ont pu être identifiées et effacées immédiatement. L’utilisation
des plateformes de communication numérique à distance, des applications de
sauvegarde nuagique et l’accessibilité aux données personnelles d’employés sont
des cybervulnérabilités qui ont augmenté de manière fulgurante après mars 2020
(ALAGAPPAN et al. 2020). Les employés de nombreuses IE ont vu leurs rôles
et tâches changer, sans compter ceux dont le travail fut déplacé à domicile
(FRANKLIN 2020). Ces bouleversements dus à la pandémie ont eu des
répercussions directes sur les formes et les cibles des cyberattaques :
The growing dependence on remote application software during the
COVID 19 also saw an increased attack on various videoconferencing
platforms. The uncharted territory of the platform getting big attracted
attackers and saw vulnerabilities being exploited. A classic example is
Zoom. Zooms online platform became a target of attackers exposing
zooms security vulnerabilities. The password attacks led users to
compromise user accounts and as many as half a million accounts, and
passwords were up for sale in dark web platform (ALAGAPPAN et al.
2020, 1095).
En effet, en possession de données telles que les noms d’utilisateurs
combinés aux mots de passe, spécifiquement ceux d’individus ayant des postes
liées aux IE, les attaquants peuvent pénétrer des systèmes fragiles.
L’augmentation fulgurante de travail à distance depuis mars 2020 a directement
contribué à l’amplification de vulnérabilités préalablement ignorées ou laissées
de côté. Une des raisons expliquant cette situation est liée au fait que les activités
de nombreuses IE étaient physiquement et numériquement centralisées,
conditions rarissimes depuis le début des mesures d’isolement social.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 131
MARIANNE GRENIER
Deuxièmement, les inégalités ont souvent fait l’objet de recherches liées
aux phénomènes criminels et cyber (HEIMER 2019). La pandémie, les
restrictions et les pertes d’emplois ont d’ailleurs exacerbé les inégalités dans le
monde, et particulièrement en Amérique du Nord (FERREIRA 2021). En raison
de ces pertes d’emplois, les inégalités sociales ont bondi en 2020, laissant la place
à une montée de la criminalité, plus spécifiquement en ligne considérant les
restrictions physiques en place. La notion de corrélation entre les inégalités
sociales et les délits n’est pas nouvelle ; en revanche, les capacités offertes dans
l’univers digital ont su multiplier les opportunités de commettre des actes
criminels (CONSEIL DES ACADÉMIES CANADIENNES 2021). Malgré les
efforts canadiens pour réduire la prévalence des crimes grâce à divers
programmes et en tentant de diminuer les inégalités sociales et économiques au
pays, la sphère digitale permet à n’importe quel individu ou groupe de pirater des
installations et des informations partout dans le monde. La réalité internationale
du monde digital complique grandement la tâche des pays occidentaux qui visent
à réduire les impacts des inégalités sur leur territoire, quand de nombreux
attaquants sont originaires des régions où les variables criminogènes sont plus
importantes. Par ailleurs, il est aussi important de considérer que plus de temps
libre alloué aux attaquants signifie que les individus intéressés par les cybercrimes
peuvent alors utiliser ce temps pour développer leurs capacités ou simplement
perpétrer davantage d’attaques.
Troisièmement, les limitations des IE en matière de cybersécurité au
Canada sont aussi expliquées par le manque et la réduction des ressources,
humaines, techniques, ou financières, pour faire face aux cybermenaces. Les
difficultés économiques liées à la pandémie ont entraîné plusieurs coupures
d’emplois ou d’investissement dans certains sous-secteurs, en particulier celui de
la sécurité (AIELLO 2020). Cela résulte en la mise de côté des activités de
sécurité, autant sur le plan physique que cyber. Les fragilités des secteurs
essentiels sont alors disproportionnellement affectées, puisque les efforts de
protection sont transférés pour répondre à d’autres besoins.
Pistes de solutions
En matière d’approches potentielles visant à réduire les vulnérabilités
des IE canadiennes, différentes solutions doivent être explorées. Premièrement,
la société canadienne doit prioriser la protection de ses IE avant et après les crises.
Réagir à une crise, telle que celle de la COVID-19, uniquement lorsqu’elle
survient empêche la réflexion et l’amélioration efficace des protections en place.
Différentes méthodes, comme enquêter, tirer des leçons des erreurs passées,
bonifier les plans d’urgence, examiner les situations d’autres pays ou industries
132 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
et leurs difficultés, etc., doivent être mises en avant et encouragées pour prévenir
de futurs incidents.
Deuxièmement, il est primordial d’assurer l’excellence des employés au
service de la sécurité des IE canadiennes. Cela signifie, par exemple, attirer
l’innovation, embaucher des travailleurs de différents horizons ou formations,
mettre en avant des incitations salariales ou sociales, développer la réputation de
la sécurité des IE, encourager le développement des compétences, et plus encore.
Les systèmes essentiels doivent savoir rivaliser avec des secteurs qui sont
actuellement plus intéressants pour la main-d’œuvre qualifiée et expérimentée,
ainsi que pour les diplômés et les jeunes professionnels innovants.
Troisièmement, les dirigeants canadiens doivent envisager des moyens
de diversifier l’utilisation et les interdépendances des IE. Cela signifie éviter de
s’appuyer sur un secteur ou une installation uniques, tout en augmentant la
diversité des employés, des innovations et des sources d’approvisionnements. En
réduisant la dépendance à une seule IE, cela aiderait à diminuer les effets des
attaques réussies ainsi les impacts des vulnérabilités. Il serait également possible
de repenser notre approche de l’interconnexion et de prioriser des systèmes
analogiques dans certains cas. D’autres solutions potentielles incluent le cryptage,
différents audits, des systèmes d’authentification plus résistants et la meilleure
formation des travailleurs. Considérant que 95 % des intrusions sont dues à des
erreurs humaines, les individus sont en effet le maillon faible en ce qui concerne
les cybervulnérabilités (AHOLA 2019).
De nombreux organismes d’application de la loi suggèrent que du
renseignement de qualité supérieure aideraient à prévenir les cybermenaces
(CENTRE CANADIEN POUR LA CYBERSÉCURITÉ 2020, 9). Cependant,
plus d’information n’équivaut pas nécessairement à de meilleures décisions. Il
serait plutôt possible qu’en savoir plus sur l’ennemi, qu’il s’agisse d’un État ou
d’un groupe malveillant, sur ses intentions et de ses tactiques, concentre
l’attention sur une direction, laissant des failles et faiblesses inaperçues et non
résolues. Les pays occidentaux s’appuient particulièrement sur le renseignement,
ce qui laisse croire que les principales menaces viennent d’États ennemis, tandis
peu ou pas d’intérêt est manifesté pour se préparer aux effets secondaires de
catastrophes majeures. Au lieu de cela, l’attention et les efforts pourraient
consister à repenser le modèle national, laissant de côté les tendances des autres
puissances ou de l’Internet pour se concentrer sur le succès et la protection des
IE.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 133
MARIANNE GRENIER
Pour mettre en place ces solutions potentielles, la classe dirigeante doit,
tout d’abord, mettre l’accent sur les problématiques des IE, que ce soit au niveau
fédéral, provincial ou même régional. Cela permettrait ainsi d’étoffer le processus
de sécurisation qui est actuellement incomplet. Par ailleurs, un aspect à considérer
pour améliorer la protection des IE est la différence de normes d’une province à
l’autre. Certains secteurs sont régis par les provinces, créant des disparités au
Canada. Ainsi, la mise en place de certaines normes de cybersécurité
pancanadiennes pour les industries privées et publiques permettrait une
amélioration des conditions actuelles des infrastructures vitales à la société
canadienne. Une manière d’arriver à cette fin est d’investir et mettre l’accent sur
les motivations des IE à être proactives en ce qui concerne la protection de leurs
produits et infrastructures. Finalement, une autre proposition permettant le
développement du processus de sécurisation des cyberstructures des IE touche le
secteur de la sécurité. Les agences et professionnels du domaine doivent être plus
attentifs aux enjeux cyber, diversifier leurs approches en matière de sécurité
physique et digitale, et ce, dans tous les milieux d’activités.
Conclusion
L’impact de la pandémie de COVID-19 en matière de cybersécurité ne
semble guère avoir servi de leçon aux élus politiques fédéraux. Cette recherche
démontre que peu de changements réels, voire aucun, dans la façon dont la classe
dirigeante aborde les cybermenaces, ne sont observables. Ainsi, il est possible
d’identifier un échec de sécurisation des cyberattaques contre les IE canadiennes.
Les élus canadiens et la population ne perçoivent pas ces vulnérabilités et attaques
comme des dangers urgents et imminents contre la nation et contre lesquels il faut
agir et investir pour les prévenir. D’autres problématiques liées à la pandémie,
telles que les mesures sanitaires, la vaccination et les impacts économiques ont su
éclipser les préoccupations sécuritaires des EI.
L’approche des autorités canadiennes ne répond pas aux critères de la
théorie de sécurisation de l’école de Copenhague, car le discours n’est pas mis en
avant adéquatement pour atteindre l’audience. La population canadienne est au
courant de quelques notions liées à la cyberprotection des IE nationales, grâce aux
médias traditionnels. Par contre, même les médias traditionnels manifestent peu
d’intérêt à approfondir la situation actuelle des problèmes de cybersécurité,
jugeant cet aspect peu attrayant pour leur public et entretenant une perception
indirecte et lointaine des dangers. Les médias spécialisés portent une attention
particulière aux cibles des cyberattaques, qui sont publiquement accessibles. Ces
sites et médias sont toutefois principalement consultés par des experts dans les
domaines cyber et des individus spécifiquement intéressés par le sujet. Considérés
134 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES APRÈS LA COVID-19 : PRÉVOIR ET MITIGER
L’AUGMENTATION DES CYBERMENACES
comme du contenu spécialisé, ces médias sont peu accessibles à la population
générale.
Diverses raisons expliquent l’augmentation des cyberattaques contre les
IE suivant le début de la pandémie de COVID-19. Comme mentionné, la
croissance des inégalités, les mises à pied de masse ainsi que la montée des
vulnérabilités des IE suite aux mouvements vers le travail à domicile. Ces
vulnérabilités accentuées par la progression rapide de la crise sanitaire sont en
partie des aspects qui pourraient être abordés pour approfondir le discours
sécuritaire de la part des personnes influentes.
Les principaux acteurs des IE et de la sécurité comprennent davantage
les risques et les véritables dangers des cybermenaces. Malgré cela, leur influence
sur les décisions et positions des autorités canadiennes, des médias et leur accès
à la population générale sont limités. Il est pourtant primordial de mettre l’accent
sur la protection de nos infrastructures, sur lesquelles la population canadienne
s’appuie énormément.
Par ailleurs, de nombreux obstacles nationaux et internationaux limitent
actuellement l’innovation, la réinvention et la mise en œuvre de nouvelles
approches de la protection des systèmes essentiels. Malgré ces observations,
investir dans la défense des IE aiderait le Canada à devenir un chef de file en
termes de résilience et à faire prospérer ses communautés en sûreté. Dans la
mesure où les incidents liés à la cybersécurité des IE dans le monde augmentent
et où celles-ci ont été particulièrement affectées dans les dernières années, mettre
en avant un processus de sécurisation efficace et réfléchi est vital. La protection
de ces infrastructures est primordiale pour le bon fonctionnement de la société
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Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 139
Meaningfulness and Meaninglessness in Ontological Security:
Understanding Information Warfare’s Fundamental Principles
Julien LAUZON CHIASSON, École nationale d’administration publique
This article establishes a theoretical foundation to information warfare (IW). Ontological security
(OS) is identified as the target of IW. The transition between ontological security and ontological
insecurity is done, in both ways, through losing and finding meaning (meaningfulness and
meaninglessness). In its essence, information warfare seeks to destroy an adversary detrimental
meaning and substitute its own favourable meaning through deceptive means. It does so by convincing
social actors of an illusory narrative sending them on a quest for meaning potentially leading to
subversive actions. This theoretical approach is applied to disinformation and conspiracy theories in
Canada during the COVID-19 pandemic.
Cet article établit des fondements théoriques à la guerre de l’information (GI). La sécurité ontologique
(OS) est identifiée comme la cible d’une GI. La transition entre la sécurité ontologique et l’insécurité
ontologique se fait, dans les deux sens, en perdant et en découvrant du sens (vide et plénitude de sens).
Dans son essence, la guerre de l’information cherche à détruire un sens nuisible de l’adversaire et à
lui substituer un sens favorable à nos intérêts par des moyens trompeurs. Ceci est fait en convainquant
des acteurs sociaux d’un récit illusoire les envoyant vers une quête de sens menant potentiellement à
des actions subversives. Cette approche théorique est appliquée à la désinformation et aux théories du
complot au Canada durant la pandémie de COVID-19.
This article will present and develop the concept of ontological security
in the context of information warfare. Ontological security distinguishes itself
from physical security. It was Brent J. Steele who notably introduced this concept
to the realm of international relations. The thesis he defended posits that “states
pursue social actions to serve self-identity needs, even when these actions
compromise their physical existence.” (STEELE 2008, 2) The corollary thesis we
will explore is that the physical security of states can be compromised by
negatively influencing the self-identity needs state pursue. We will start by
exploring how the literature has considered that self-identity of states can be
negatively influenced. Following this, meaningfulness and meaninglessness will
be shown to be the influential pivot that information warfare can manipulate to
affect ontological security and self-identity. The premise stating that policy is
driven by the interests of changing domestic coalitions is here assumed. It is from
those coalitions’ varying conception of the self-identity of states that a significant
part of foreign policy is derived. The action of these coalitions of individuals are
in turn affected by the nature and degree of their ontological security/insecurity.
Following a development of this theoretical approach, those concepts
will be applied to further our understanding of disinformation and conspiracy
theories during the COVID-19 pandemic in Canada. It will suggest that public
JULIEN LAUZON CHIASSON
messaging should include a component of meaningfulness generation. This would
help to reach out a segment of the population whose mind spiralled from feelings
of ontological insecurity into a disinformed or conspiratorial worldview.
1) The Concept of Ontological Security in the Context of Information
Warfare
1.1 What is Ontological Security (OS)?
Anthony Giddens, who brought the concept of OS from the
psychological to the social sciences, defines it as the possession, “on the level of
the unconscious and practical consciousness, [of] ‘answers’ to fundamental
existential questions which all human life in some way addresses.” (GIDDENS
1991, 47) Those existential questions concern the foundational structure of the
beingness of humans. They relate to the nature of existence, the identity of
objects, the finitude of human life and our separation from the non-self, the
presence of others, and the continuity of self-identity (GIDDENS 1991, 55).
Those questions usually stay at the unconscious level of the mind, but their
assumed answers are nonetheless necessary for the continuity of practical
consciousness. Indeed, daily functional operations presuppose the acceptation of
the persistence of the identity of objects. Yet, the only proof of the persistence of
the identity of the object is by inference (so far, the objects have never been
radically altered without a stable physical cause). Therefore, the unconscious
assumes the stability and continuity of external reality to conduct daily practical
actions. This is the utility of habits; they lead us into stable patterns of behaviour
based on the presupposition of persistent identities.
The critical element to consider is that a short or prolonged crisis can
trigger a change in our regime of habits that leads to reconsidering our ontological
assumptions. Those are moments when self-identity and worldviews are
challenged and deep transformational changes are possible. A crisis at the level
of society can trigger self-identity changes in a sufficient percentage of the
population to restructure the self-identity of a domestic coalition. Importantly,
this crisis can be either objectively real or only perceived as real. In both cases,
the self can restructure his ontological assumptions around a new set of
fundamental beliefs. Yet, most existential questions are so essential to a
functional interaction with ourselves and the world that problems in this realm
usually leads us to the field of psychiatry. Laing, the psychiatrist who coined the
term ontological security, explained that “if a position of primary ontological
security has been reached, the ordinary circumstances of life do not afford a
perpetual threat to one’s own existence. If such a basis for living has not been
reached, the ordinary circumstances of everyday life constitute a continual and
142 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
deadly threat” (LAING 1960, 42). It is this psychological feeling of continual
deadly threats that, according to Laing, can lead to various forms of madness.
The most superficial of those existential questions, that of self-identity,
is the one that has the most relevance to international relations because it brews
in socially functional but ontologically questioning individuals that can have the
power to affect socio-political activities. Still, threats to self-identity affect the OS
of individuals who will act to keep at bay this feeling of “everyday life continual
and deadly threat”. The direction of those actions varies depending on the
perceived nature of the threat. In this lies the power to influence socio-political
actions by controlling the narrative about the nature and strength of the
ontological threat.
1.2 Ontological Security as the Target of Information Warfare (IW)
Derek Bolton explicated the link between OS and IW by showing how
IW targeted the underlying anxiety of social groups. For Bolton, IW aim is “to
radicalize internal debates to erode the Self, generating a sense of existential crisis
and anxiety – ontological insecurity.” (BOLTON 2020, 6) In a nation’s
ontological engagement with its own Self, the nation develops a sense of identity
that is strengthened through positive symbolic and experiential affirmation.
Conversely, a nation sense of Self can also be weakened by the internal erosion
emerging from the fragmentation of identities, affirmation of intergroup
hostilities and a radicalization of differences and disagreements. IW is one of
those below-the-threshold activities to which retired General Vance referred to as
a death by a thousand cuts (VANCE 2020). The Self deconstructs itself by
questioning its own values and more importantly its own narrative. The nation
story is invaded by a distorted narrative with a malignant purpose. As a caveat, a
nation’s self-narrative is always evolving. Internal changes and disagreements are
normal. But when a foreign power or an internal subversive group clandestinely
attempts to negatively influence a nation’s narrative through lies and deception,
then the evolution of the nation’s story becomes a case of national security.
While information warfare has many precedents in human history, the
rise of the digital age and the networked society increased its potential reach and
influence. Russia was certainly the most prominent actor to adapt subversion
tactics to the modern internet, but this playbook has been used and adapted by a
variety of other actors, both domestic and foreign, state and non-state. In this
networked social environment, the international discourse has changed in a way
where the natural evolution of socio-political thought is hard to distinguish from
an intentional forced influence. Canada has found itself in a reactive position
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 143
JULIEN LAUZON CHIASSON
following the unexpected transformation of the multilateral international
environment which had delivered great prosperity and security to the country in
the previous decades. One key characteristic of ontological self-identity
transformation is that once it becomes deeply rooted, it generates new stable
habits (of body and mind) which are difficult to change. The state of ontological
insecurity being untenable over the long term for psychological beings, a new
sense of stability and security must emerge around a new narrative. Given that
such a narrative provides a feeling of return to ontological security, the mind
would need to undergo anew a moment of ontological insecurity in which its
newly acquired narrative is questioned at its root before an again renewed sense
of self-identity is acquired. The mind is averse to this painful psychological
process and therefore creates resistance when facing an attempt to change the
narrative providing feelings of ontological security. Indeed, “while the individual
Self may be in flux, it is comforted by the perceived continuity of the nation1 it is
embedded within.” (BOLTON 2020, 5)
What we can vaguely referred to as populism is one such ontological
transformation rooted in a new sense of ontological security. Canada must then
become adept at navigating this new identity narrative environment to strengthen
its own multilateralism narrative without inadvertently feeding the ontological
insecurity of domestic and foreign social groups through bad policies and wrong
messaging.
Much could be said about the practical mechanisms of IW, but they are
better understood when the underlying conceptual understanding of IW principles
are established. This is the task we set forth in this article. As an introduction, we
summarized how OS has been conceptualized and why IW targeted OS. We now
turn to a deeper exploration of ontological security with the goal of understanding
its fundamental principles. Those principles are the ontological levers that can be
manipulated by IW when targeting a nation and its society. They can then provide
helpful insights when developing national security principles to prevent
interference to the legitimate evolution of national self-identity narratives.
1.3 Deeper Dive into Ontological Security
Much of the work on OS has been derived from Steele’s characterization
of the subject, which was itself directly influenced by Giddens. Steele strongly
emphasizes the self-identity of states in his approach to OS2. Giddens also gave
self-identity the central role by making it the question of most relevance to
1
Or its private perception of the nation’s narrative.
2
The subtitle of Steele’s 2008 book is “Self-identity and the IR State”.
144 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
modernity3. His concept of self-identity is “the self as reflexively understood by
the person in terms of her or his biography.” (GIDDEN 1991, 53) This definition
was borrowed by Bolton to explain that “OS is intimately entwined with one’s
community” (BOLTON 2020, 5) since one’s community is the ever-present
context of a person’s biography. Therefore, when conceptualizing IW as targeting
OS, we should focus on the purposeful manipulation of the relationship between
a person and his community (BOLTON 2020, 5).
Yet, approaching ontological security strictly from the perspective of
self-identity leaves out a unique feature of OS which should be included: the
meaningfulness of existence. A nation’s narrative defines a nation’s values, as
correctly identified by both Bolton and Steele. Bolton went as far as saying that
IW undermined “the stability of established belief systems (meaninglessness)”
(BOLTON 2020, 8). IW indeed “subverts existing frameworks for managing
anxiety around existential questions” (Bolton 2020, 8). But it is not simply
through “undermining a stable metanarrative […] [that] IW destabilizes
individuals’ biographical narratives” (BOLTON 2020, 8). Giddens, Steele and
Bolton, by focusing on the importance of maintaining the stability of the self’s
narrative for preserving ontological security, left aside the empowering feeling of
illusory meaning. In other words, the destabilization of biographical narratives is
a consequence and not a cause. It is because IW provides an alternative
empowering narrative that self-identity is challenged. IW does not directly
breakdown communities, split families and divide countries, it creates alternative
illusory narratives with the specific aim of empowering individuals within new
communities of meaning. It is only as a consequence that previous social
boundaries are disrupted. As an information operation distorts meaning within a
pre-existing narrative, IW simultaneously generates both ontological security and
insecurity. IW empowers imaginary heroes trapped in an illusory quest:
Ontological security scholarship in IR has been criticized for being
excessively concerned with continuity and focusing mostly on how states
or other agents seek to protect their identity, while largely ignoring change,
or seeing it as a negative force to be avoided. (GUSTAFSSON and
KRICKEL-CHOI 2020, 876).
IW narrative can offer a desired change to individuals experiencing
existential anxiety within their current national narrative. Simultaneously, IW
reinforces the anxiety around this dominant narrative. IW is, and has always been,
a revolutionary playbook against an evil force. The irony always being that
3
Giddens’s 1991 book title is: Modernity and Self-Identity.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 145
JULIEN LAUZON CHIASSON
someone’s tyrant is someone else’s king. As an example, the Islamic State was
particularly effective at recruiting online. Their propaganda focused on personal
glory and empowerment to present a heroic martyr narrative, alongside the
traditional duty to kindred and religion (YODER et al. 2020, 1). This appeal to
heroism does not seek to trigger ontological insecurity, but to empower
individuals into a narrative of the narrator’s choosing. The strength of the
meaning attributed to one’s national narrative is a determining factor to
countering subversive information. If someone is not the hero of his own nation’s
story, he might become the hero of someone else’s story.
1.4 Widening the Understanding of Ontological Insecurity
Gustafsson and Krickel-Choi argue that OS studies have not fully
recognized the importance and usefulness of the precursor existentialist anxiety
literature for understanding the concept of OS (GUSTAFSSON and KRICKEL-
CHOI 2020, 876). In particular, their article accounts for the creative power of
anxiety. When an alternative narrative is presented in contradiction with the
dominant narrative, anxiety can be used as a means of creatively transforming
reality. Relations are reimagined and gradually altered to bring the expectations
from the new narrative closer to reality (GUSTAFSSON and KRICKEL-CHOI
2020, 889-890).
While Bolton and others partly define ontological insecurity through
anxiety, anxiety is here distinguished from ontological insecurity. “While fear is
seen as linked to a specific object or threat, anxiety is understood as involving a
more diffuse or general feeling of insecurity”; in contrast ontological insecurity
is “a deep incapacitating state of not knowing which danger to confront and which
to ignore” (GUSTAFSSON and KRICHEL-CHOI 2020, 878). But as the authors
recognize themselves, this distinction is a matter of degree. Anxiety can lead to
ontological insecurity, while easing ontological insecurity can be resorbed in a
more manageable form of anxiety. For the sake of understanding the
psychological aim and impact of IW, the key aspect of both states is that the
confusion around threats and danger leaves a pervasive feeling of insecurity.
Ontological insecurity is more incapacitating and anxiety allows for a greater
functionality in everyday habits, but they are both a slippery slope toward
confusion and a questioning of the meaning of one’s threat environment.
The path out of this confusion is a clarification of the identity of
surrounding dangers. To emerge from this confusion, an individual needs to
redefine meaning in its environment, which implies injecting meaningfulness into
his confused world. Ontological insecurity and anxiety will naturally drive an
individual into the rabbit hole of seeking meaning. This is the creative power of
146 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
anxiety, which drives individuals to seek meaning and transform reality
accordingly.
1.5 Bridging Ontological Security and Insecurity
This leads us to present the key contribution this article makes. The
transition between ontological security and ontological insecurity is done both
through losing and finding meaning (meaninglessness and meaningfulness). This
implies that IW operates based on two fundamental principles: destroying
meaning in someone’s reality and creating meaning in someone’s reality.
In an experiment, Tilburg and Igou assessed whether participants’ sense
of a meaningful existence would increase adherence to worldviews. They
concluded that if “life is generally appraised as meaningful, then personal and
cultural worldviews, central components of one’s overall meaning system, are
strengthened. If life is not generally appraised as meaningful, then worldview
adherence is less pronounced.” (TILBURG and IGOU 2011, 30) In a subsequent
paper, the same authors studied boredom, a sentiment generally characterized by
an activity or situation being devoid of purpose and that makes people attempt to
re-establish a sense of meaningfulness. Given that political ideologies can aid in
the quest for meaningfulness, their study suggested that boredom could lead to
the endorsement of extreme political orientations and that the search for meaning
played a mediating role (TILBURG and IGOU 2017, 1-22). Other belief systems,
like religions, also have a similar role in reducing boredom and quenching the
thirst for meaning (TILBURG et al. 2019). IW attempts to devoid the world of
meaning to restructure reality around an interpretation in support of the interests
of the IW agent. This is done by deconstructing a social group’s worldview
around which OS is built (triggering anxiety or ontological insecurity) to facilitate
the imbuement of reality with a new order of meaning.
When exploring the bridge that the sense of meaning represents for
feelings of ontological security and insecurity, it presents us with the question of:
how do people experience the presence or absence of meaning? And how can that
sense of meaning be manipulated to reflect someone else’s interest? Meaning is
generated by valuing beliefs. These determine what is important for a person.
Individuals act on the basis of what they believe is important in life. IW is
intertwined with disinformation and conspiracy theories. This false information
entangled with illusory conspiracies serve to undermine the OS of individuals by
generating that diffuse feeling of insecurity through a threat that is as elusive as
permeating the whole fabric of society.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 147
JULIEN LAUZON CHIASSON
The key here is that fear and uncertainty lead to conspiracy theories, but
only if these theories involve powerful groups or institutions that people
distrusted to begin with. Fear and uncertainty may actually increase support for
powerful groups or institutions that people do trust. (VAN PROOIJEN 2018, 30)
Trust is what gives value to a specific belief and generate meaning.
Beliefs are by definition not grounded on logical proof but on trust, faith or
confidence in something or someone. As we give value to a belief, we invest our
trust in it and transform this belief into a guiding force of our existence; basically,
we generate existential meaning. This is why in the process of meaninglessness
that leads individuals believing in conspiracy theories to feelings of anxiety and
ontological insecurity, central mottos are ‘Trust no one’ and ‘Nothing is what it
seems’. As trust erodes, the meaning attributed to our beliefs is weakened and
leaves us confused and in search of another meaning.
The rise of conspiracy culture is part and parcel of the project of
modernity and that progressive modernization in fact motivates the appeal and
popularity of paranoid narratives. Typically, modern sentiments of
epistemological, ontological and existential insecurity […] have proven to be
formative in the cultural production of contemporary conspiracy culture.
(AUPERS 2012, 31)
Aupers’ thought shows that certain individuals perceive modernity’s
scientific project as offering a world of causal processes devoid of meaning.
Scientific culture explains how the world functions, but not what the world means.
Consequently, modern social organizations formed around the rationalization of
society have tended to generate a sense of alienation from certain segments of the
population, as bureaucracy and large organizations feel external and alien to their
daily life. This is typified by the anxiety generated by the conspiracy belief in evil
forces within the so-called deep state. This alienation from one’s own national
organization and associated identity is what Aupers refers to when saying that the
project of modernity is formative of the contemporary conspiracy culture. The
alienation of feeling your own interests estranged from those of your national
group within a broken social trust opens vulnerabilities for the manipulation of a
belief system’s meaningfulness.
1.6 IW as the Exploitation of Vulnerabilities in a Society’s Sense of
Meaning
In contrast to traditional warfare, whose doctrine has focused on material
targets and physical destruction, “Information warfare is directly concerned with
the will of the adversary, their way of life and their beliefs about themselves and
148 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
the world around them.” (MUNRO 2010, 12) IW aims to manipulate its target’s
will to reorient it toward conceptions beneficial to the manipulator and deleterious
to the manipulated nation. As it starts by breaking down the assumed beliefs of a
target, information operations must convince that assumed meanings are bathed
in lies and untruths. Those who are vulnerable to IW influence are the individuals
already susceptible to feelings of alienation from the rational scientific culture of
modernity. This anxiety towards modern society and state is a contributing factor
to their quest for a different sense of meaning. It follows that their central
epistemological view of the world is not an empiricist epistemology seeking proof
in experimental repeatability. Their epistemological approach is moulded by a
quest for coherency based on a few key unproven certainties. Implanting those
key certainties is the foundational task of IW. If one central aspect of reality is
turned upside down, then it opens the mind to considering whether the whole
world might be upside down. As a former QAnon believer explained:
When you start getting information from these groups... It starts with
something small. […] Child trafficking is real. Sex trafficking is real. It’s
a real problem … It piques your interest because as a mom, I want to
protect my kid. I want to know everything. […] They would send me more
information and it snowballed to just build bigger and bigger. Eventually,
you get that huge crazy theory and you believe it, but it didn’t start that
way. (ROSA 2021)
Notably, she added that when President Biden was sworn in, given the
conspiracy theory of a wide blackout on the day of inauguration, she felt “so much
anxiety and fear”. If her fear of a blackout had been confirmed by a corresponding
external event, it would have reinforced her belief in the conspiracy, even if there
was no link between the two events. Therefore, a follow-up step of IW is to
reinforce a set of false beliefs by a corresponding partial truth confirmed in the
external reality. The Russian information operation conducted in the United
States in preparation for the 2016 presidential elections started with a wide
dissemination of false or divisive online socio-political content (DIRESTA et al.
2018, 76-82). This online information was mired with false conspiratorial
information such as that a child sex ring was operated for Democratic party
officials out of a pizzeria basement in Washington, D.C.4 Russian hacking and
dumping of Podesta emails, which incriminated him in a secret intimate
relationship with a minor, was a kernel of truth that led greater credence to the
child sex ring conspiracy theory. This conspiracy gave even more attention to the
Podesta emails and, in a vicious circle, those revelations strengthened the belief
4
This is the Pizzagate conspiracy theory.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 149
JULIEN LAUZON CHIASSON
in this conspiracy theory. Similarly, a public figure of authority known to have
access to secret information repeating conspiratorial beliefs lends great credence
to such beliefs. This is again an external confirmation of a, up to this point, virtual
belief system. Once the seed of doubt has been implemented in a previous belief
system and a new belief system is emerging from it, it is reinforced by a
community of believers seeking clues to its confirmation. Belief then becomes a
social activity from which an additional sense of purpose is derived.
When the meaning of a national story is fading, it opens vulnerabilities
for seeds of lies to turn worldviews upside down. Individuals’ sense of meaning
can become threatened by a flow of information contradicting the appearance of
reality. As the sense of meaning upon which their ontological security was built
is shattered, individuals become vulnerable to the false promise of a renewed
feeling of ontological security. As the world is being covered by an illusion of
darkness, a flickering promise of light needs not be encumbered by the truth.
1.7 Philosophical Foundation of Ontological Insecurity
Feelings of ontological security and insecurity are rooted in a
fundamental way of being in the world. The ontological nature of our being is
concerned with feelings of security and insecurity. Threats can be geared toward
our physical embodiment, leading to injury and ultimately death. But the death of
our body is not the essential worry of the mind. The mind’s concern is that
physical death implies the disappearance of our presence in the world. This
distinction can be part of religious manipulation that sacrifices physical security
in promise of a continuity of presence in a world beyond death. Indeed, terror
management theory studies how people use cultural worldviews and religious
beliefs to maintain the fear of death at the fringe of their awareness (AYARS et
al. 2015). Therefore, the desire for physical security is founded in a desire to
maintain our presence in the world. Beside physical death, there are other ways
to feel as if our presence in the world is fading, maybe to the point of
disappearance. This was Laing’s original point in his existential study in sanity
and madness:
The child who cries when its mother disappears from the room is
threatened with the disappearance of his own being, since for him also
percipi = esse5. It is only in the mother’s presence that he is able fully to
live and move and have his being. (LAING 1960, 118)
5
To be perceived = to be
150 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
Our natural state of being in the world as children is of ontological
insecurity, as if our being was fading away unless a parent, especially the mother,
confirms the reality of our own existence with its presence. As we grow, we build
our ontological security by integrating a system of belief that confirms to
ourselves the reality of our presence in the world. This is what is called the Self.
Self-consciousness is the constructive reflection of our own identity as it confirms
the reality of the existence of our being. When we encounter another being, an
information flow is manifested and data on all levels is exchanged between that
pair of beings. The reason we are not engulfed by the information we receive is
that our sense of identity is strong enough to filter what is ontologically coherent
with our Self and what is not. Without such a sense of self-identity, “every
relationship threatens the individual with loss of identity” (LAING 1960, 44). In
such an encounter, the ontologically insecure individual is notably vulnerable to
engulfment in the world of this other being through the information flow between
them.
This state of ontological insecurity is not only of a psychological nature,
but also fundamentally part of the essence of being human. It is because humans
are beings oriented toward death that their essence is of ontological insecurity. As
Heidegger explained, even from an unauthentic posture, “in the entangled flight
from death, the everydayness of Dasein6 bears witness to the fact that they itself
is always already determined as being-toward-death, even when it is not explicitly
engaged in ‘thinking about death’” (HEIDEGGER 2010, 244). He also exposed
that the path toward an authentic engagement with the human Self (Dasein) is
through “an understanding of death in the sense of being toward this possibility
without fleeing it or covering it over” (HEIDEGGER 2010, 250). This
consciousness of “being-toward-death is essentially anxiety […] [where] Dasein
finds itself faced with the nothingness of the possible impossibility of its
existence” (HEIDEGGER 2010, 254). The path toward authenticity that
Heidegger describes in “Being and Time” is not one amongst many paths, it is
part of the essence of being human (Dasein). It can be experienced through a
variety of life circumstances, but it is ever present to that being who is *in* the
world. It is as ontologically fundamental as his thrownness toward death.
Information operations, in their goal of triggering ontological insecurity,
are pushing individuals on the path toward an illusion of authenticity. In
everyone’s deepest recess of the mind, there is a feeling that something is not
quite right, that the world is more than it seems, that appearances cannot be only
what are, that there is a thing-in-itself or a world behind the matrix. IW taps into
6
The concept of Dasein is Heidegger’s conceptual approach to the being of humans.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 151
JULIEN LAUZON CHIASSON
this ontological path toward authenticity by triggering the anxiety concomitant to
ontological insecurity through the deceptive exposition of ever-present but veiled
threats. In the form of amplifying, twisting, or demonizing various issues such as
corruption, racism, immigration, fascism, pedophilia, secret society, genocide,
mass manipulation, etc., IW is triggering that sense of being toward death, of
being headed toward impending doom. Those illusory systemic, often secretive
and hidden, pervasive forces at work are indicative not only of the inescapability
of our individual death, but of an imminent tragedy for the social group within
which we draw part of our ontological security. The agents of IW simultaneously
incite to stop running away or covering from this false truth that has now been
revealed. In doing so, they send individuals on a false path of authenticity from
which life shines of a deeper, although deceptive, meaning.
1.8 The Quest for Meaningfulness of Being
Being toward death reveals the ontological ground from which existence
springs: Time. As a being oriented toward non-being, humans are essentially
determined by the passage of time. “Death is the never-reached horizon of
experience” (BAUGH 2000, 73) from which primordial temporality is
established. Heidegger’s philosophical inquiry was to understand the meaning of
being in general and at the end of his opus he is left wondering if “there [is] a way
leading from primordial time to the meaning of being?” (HEIDEGGER 2010,
415). We present the argument that Heidegger found himself in this dead end
because of the paradoxical approach of seeking the meaning of being in general
from the phenomenological experience of a being who stands at the source of all
meaning. Through his analysis of the death of God, Nietzsche exposed the
fundamental absence of inherent purpose in the world. He then posited that the
Übermensch is one who creates his own value and purpose (NIETZSCHE 2005,
21-27). By doing so, Nietzsche presented an understanding of Dasein where the
creation of meaning is part of its ontological structure. Being temporally exposed
to the horizon of death is being condemned to the meaninglessness of all attempts
to avoid the inevitable disappearance of all meaning for a conscience.
Simultaneously, the unveiled authenticity of being is to find itself with time. This
primordial time that the Dasein is left with opens an existential desire for this time
to be meaningful. Only through the acceptance of ontological insecurity can
humans truly value meaningful time. Making time meaningful is a call to action
into finding the truth of Being. It plunges an authentic self to unveil the truthful
ontological meaning it brought forth into existence. To paraphrase Plato, only an
examined life is worth living. Unfortunately, under conditions of a false
authenticity of being, the meaningfulness of existence is a deception. Once the
lies at the origin of the sense of authenticity are revealed, the feeling of
meaningfulness is deprived of meaning since it held no truth. This is the
152 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
treacherous effect of IW to manipulate victims with a false sense of
meaningfulness that can only reveal itself as empty. But in the process, domestic
subversive actions are taken based on this treacherous sense of meaningfulness.
1.9 The Dynamic of Information Warfare’s Fundamental Principles
The dynamic between ontological security and ontological insecurity is
connected by the existential movement of meaningfulness and meaninglessness.
Under conditions of an honest questioning consciousness grounded in the horizon
of truth, this movement can lead one’s self to live an authentic existence.
Conversely, the deception of manipulatory information leads into illusory
authenticity. Information warfare is the art of illusory authenticity for the sake of
manipulatory meaningfulness. It makes use of the same conceptual horizon that
underpins the ontological essence of being, but toward the revelation of an
illusory meaningful existence benefiting an external actor. To better understand
the fundamental principles of information warfare, the states of ontological
security and insecurity as well as the existential processes of meaningfulness and
meaninglessness need careful and attentive study. In its essence, information
warfare seeks to destroy an adversary detrimental meaning and substitute its own
favourable meaning through deceptive means. It does so by exploiting
vulnerabilities in human beings’ ontological insecurities and subsequent need for
meaningfulness.
2) Disinformation and Conspiracy Theories in Canada during the COVID-
19 Pandemic
In 2020 and 2021, multiple publications in the field of public health have
shown the adverse effect of disinformation and conspiracy theories on vaccination
and public health measures and restrictions (GRIMES 2021, MARCO-FRANCO
et al. 2021, SONG et al. 2021, DIB et al. 2021, BASCH et al. 2021, TAGLIABUE
et al. 2020, GOTTLIEB et al. 2020, ROMER et al. 2020, and many others). The
COVID-19 pandemic is the type of crisis that can trigger feelings of ontological
insecurity. Many of the regime of habits upon which our ontological assumptions
were built have been shattered; the patterns of life which infused a sense of
meaningfulness into our existence have withered. Most authors approach the issue
of disinformation and conspiracy theories from the perspective of presenting a
solution born of rational discourse. For example, Grimes suggests that:
A more Socratic approach might be more effective at disabusing people of
such misconceptions. Instead of dismissing concerns, we can ask questions
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 153
JULIEN LAUZON CHIASSON
of adherents which stimulates critical thinking, giving scope for the
changing of views. (GRIMES 2021, 4)
This highlights the rational approach of knowledge-based discourse,
which opposes truth against false information. Similarly, Marco-Franco “suggests
an approach based on education and truthful information, persuading the
population of the benefits of a vaccine on a voluntary basis” (MARCO-FRANCO
et al. 2021, 1). This approach is valuable and important, yet we suggest
complementing it with a discourse centred around transferring meaningfulness
from the disinformed worldview toward the rational worldview. This would be
done not through a struggle between truth and false, but through empowering a
sense of meaningfulness in the rational worldview. To understand the value of
such an approach, we will look at the type of discourse being produced by the
disinformed and conspiracy-inspired worldview about the COVID-19 pandemic
in Canada. We will see how this discourse infuses meaningfulness into an
ontologically insecure existential posture.
2.1 How many Canadiens Hold Disinformed or Conspiratorial
Beliefs?
To have an idea of the scale of disinformation, in the first few months of
the pandemic, “96% of Canadians who used the Internet to find information saw
COVID-19 information that they suspected was misleading, false or inaccurate”.
During the same period, 53% of all Canadians “had shared COVID-19
information they found online without knowing if it was accurate” (GARNEAU
and ZOSSOU 2021, 3-4). This is an indicator that sharing information might often
not be an initial reflex based on the truthfulness or falseness of the information.
To verify the accuracy of the information, “the two most commonly used methods
were consulting other sources (69%) and clicking on the link to read the full
article (53%)”, while only 27% “researched the authors or source to see
credibility” (GARNEAU and ZOSSOU 2021, 5-6). This suggests that content and
comparative analysis have more value for those readers than the authoritative
weight of scientific or state authorities. We tend to believe what makes sense to
us, more than what is considered to be true by an authority in possession of the
skills and knowledge to correctly assess the veracity of an information.
In April 2021, a poll showed that:
37% of Canadians believe COVID-19 was created in a lab and released by
mistake, 31% that COVID-19 was created as a biological weapon in a lab,
15% that big pharma helped spread the virus, 9% that the vaccine includes
154 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
a chip that will track people and 6% there is a link between COVID-19
and 5G (INSIGHTS WEST 2021).
Interestingly, the number of believers had increased or remained similar
compared to another Canadian survey on the same subject from one year earlier
(STECULA et al. 2020). A November 2020 survey in Quebec showed that about
20% of the respondents believed without hesitation a series of disinformed or
conspiracy statements around downplaying COVID-19, its real origin and the
government manipulatory role in the pandemic (LANGLOIS and SAUVAGEAU
2021, 37-38). The important aspect is that a significant minority of Canadiens
believe one conspiracy or another regarding the COVID-19 pandemic. It follows
that there is an associated minority ready to act on those beliefs through protests,
civil disobedience, acts of vandalism or simply non-compliance with public
health directives. Indeed, those beliefs do lead to national security concerns. In
August 2021, on the campaign trail, Justin Trudeau cancelled a public appearance
near Toronto because of security reasons when anti-vaccine and anti-lockdown
protesters were threatening him with violence (MAJOR 2021). There are many
reasons why protesters trailed Mr. Trudeau campaign speeches for the following
weeks, including political rivalry, the impact public health measures have had on
the economy and libertarian beliefs opposing lockdowns. Yet, declarations from
certain protesters indicate that conspiracy theories were at least a motivating
factor to the radicalization of their public actions, which included renewed threats
of violence and the throwing of objects.
2.2 What is the Content of Conspiratorial and Disinformed Beliefs
about COVID-19?
COVID-19 conspiracies include a wide range of beliefs. While some
people believe that the COVID-19 is simply not more dangerous than the common
flu, others believe that an elite of satanic pedophile pull the strings of governments
and invented the pandemic to control the global population (LANGLOIS and
SAUVAGEAU 2021, 37-38). Along the path of doubting some commonly held
beliefs to thinking that everything is a lie concocted by a perverted elite,
individuals develop an alternative worldview that renew their connections to
themselves, people around them and the world. Therefore, we suggest that the
relevant content is not so much the precise beliefs themselves but the world of
meaning they generate. In what appeared to be a resignation post, Ron Watkins7,
following President Biden sworn-in ceremony, posted on Telegram: “As we enter
7
Ron Watkins is believed to be behind the online persona of Q, or at least the second person behind
it (HOBACK 2021).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 155
JULIEN LAUZON CHIASSON
into the next administration please remember all the friends and happy memories
we made together over the past few years” (MERLAN 2021). As he seemed to
abandon the shadow leadership role of the QAnon community, Ron Watkins
conveyed that what really mattered were the friendships and happy memories
made along the way.
The anti-vaccine conspiracy movement already had ground in the
population before the pandemic. Anti-mask groups were the logical continuity of
this belief movement. For example, the Ontario-based group “Hugs Over Masks”
partnered with “Vaccine Choice Canada”, an anti-vaccination organization
(IRELAND 2020). Hugs Over Masks Instagram slogan is “WE CHOOSE LOVE
& HUGS OVER FEAR & MASKS”. This is meant to send a positive, reassuring
message to diminish fear with the emotion of love. This presents the group as an
entity where love and community play a meaning-building role in the life of
participants. As an event triggers fear and anxiety that bring about a state of
ontological insecurity, such a movement actually pretends to empower
individuals with “love and light” in order to make people feel safe and secure.
This new community of believers become a meaning-building force in an
individual’s path of return toward ontological security. Hugs Over Masks
protesters claim that it is the COVID-19 measures that are “unnecessarily harming
Ontarians’ health and rights” (MITCHELL 2021). The pattern is of displacing the
source of the threat from the virus toward the government. As the pandemic
appears to offer no path toward a return to ontological security (in particular in
terms of returning to our comforting regime of habits), the displacement of the
source of the threat at least offers potential actions that can lead us back to
ontological security (by removing governmental measures that trigger OS).
Then one thing may lead to another, a disbelief in public health measures
can lead down the rabbit hole toward believing the government to be the actual
source of the virus. Alexis Cossette-Trudel, a conspiracy theorist leader based in
Quebec, spreads the belief that the Trudeau government is involved or complicit
in the release of the COVID-19 virus from a Wuhan laboratory in China
(COSSETTE-TRUDEL 2021, 14 min.). For his viewers, it gives a sense that
someone is finally able to explain the origin of the virus and bring clarity to what
is otherwise an extremely confusing situation; in other words, it reduces fear and
uncertainty. Using the previously defined concepts in the present article, the effect
is actually to move someone’s emotional state from a general feeling of anxiety8
toward a feeling of targeted fear9. Since the official discourse is unable to provide
a conclusive and simple explanation of an anxiety-triggering phenomenon,
8
A more diffuse or general feeling of insecurity.
9
Contrary to anxiety, fear is linked to a specific object or threat.
156 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
individuals take the opportunity to offer an explanation (even if wacky) that
involve a well-known familiar target: Trudeau and the government. The general
sense of anxiety can resolve itself into a more directed feeling of fear. This is a
process by which anxiety has been given meaning so it can resolve itself into a
meaningful fear. One’s suffering is therefore not meaningless; there is a defined
reason for it and thus, it has meaning. If at least there is a clear source to the
insecurity, there are steps that can be taken toward eliminating the perceived
threat.
Since the virus is itself seldom experienced in personal life, the source
of OS appears to actually be the governmental restrictions. Obviously, once the
virus strikes in one’s personal life, beliefs can change. This is the case of
Gwendoline Rodriguez, a Quebec resident, who “was one of the people who
thought it was a bad cold”. She posted on Facebook that “having had it [COVID-
19] and having currently 60 per cent of my lungs affected, well, I have totally
changed my mind” (LAPIERRE 2021). The same was experienced by another
Quebec resident, Giselle Beaudoin, who succumbed to the virus. Giselle’s sister
posted on Facebook: “She [Giselle] asked me to tell you to make sure you all get
vaccinated because she did not believe. Like some of you, she was a complotiste
and anti-masker” (LAPIERRE 2021). Faced with real death, true authenticity can
better reveal itself, such as in the care for others to not fall prey to the same lies
that befell us.
2.3 Why do Canadians Believe in Disinformation and Conspiracy
Theories?
Why did people like Gwendoline or Giselle chose to believe
disinformation or conspiracy theories on COVID-19 instead of the official
information from scientific and state authorities? They were presented both sets
of information, but in the end chose to believe one over the other. Why?
One possible answer (and the most common in the public health
academic literature) is that they made errors in their logical reasoning processes
that led them to lend more credence to the false belief system over the true one.
While that is partly a valid answer, this article presents the complementary
explanation that the false belief system has the advantage of offering a higher
sense of origin, mission and agency that better trigger feelings of meaningfulness
and therefore create an easier path of return to ontological security. Those three
components offer a temporal horizon for creating meaningfulness of being. The
origin of a story presents the past of being, the mission its future and the agency
offers freedom of being and power to act within this exposed horizon.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 157
JULIEN LAUZON CHIASSON
Disinformation about COVID-19 being a Chinese virus or being intentionally
spread by governments contributes to establishing a narrative of the origin which
plays into a sense of familiarity with an [Link] mission then becomes a
struggle against the government or secret elites. This can express itself in voting
choices, demonstrations or even insurgent-style actions. The ability to undertake
a mission gives agency to individuals and empowers their sense of freedom, their
power to act against the source of their ontological insecurity. Having a clear
temporal horizon of being is what generates meaningfulness. Understanding our
place in our temporal horizon answers the fundamental question from which
ontological security flows.
“The persistence of feelings of personhood in a continuous self and
body” happens from the reification of history into a narrative which allows “the
continuity of self-identity” (GIDDENS 1991, 55). Yet that self-identity can only
give value to life by virtue of a sense of meaningful existence. Not all narratives
are equal in their capability to breathe meaningfulness into existence. A temporal
narrative only offers a horizon for being. It is having a personal meaning of being
that projects an individual to step into his horizon of meaningful time. From there,
his being can be ontologically secure from knowing that he has stability of
meaning within the finite flow of time. Individuals particularly susceptible to
ontological insecurity are the easiest to sweep into a narrative of ontological
security reconstruction such as those offered by leaders of disinformation and
conspiracy theories. They offer the sense of meaningfulness these individuals
desperately thirst for, such as when Vladimir Sobolev (the British Columbia-
based co-founder of “Hugs over Masks”) affirms that his movement is in a
“spiritual war above all” and that they are “fighting for humanity”. In his vision,
he is offering people a chance of “fighting for everyone who doesn’t have a voice”
(SHEPERT 2020). This discourse connects with people like Jean-François Fortin
who expressed that:
When we feel that the truth is hidden from us, we are frustrated. Emotion
sets in and fear sets in. And when you see several people [demonstrating], when
10
Other forms of narratives also contribute to defining adversaries and provide a sense of mission.
For example, the explanation of the zoonotic source of the virus has been integrated to the story of the
negative impact human actions have on the environment and animal habitats. Yet, throughout history,
certain tropes have tended to recur and be more compelling than others. Secretive elites and corrupted
governments have often proved very compelling rhetorical devices, partly because they have
historically sometime played out to be true and are familiar yet elusive themes. They have also been
able to provide a strong “rally around the flag” effect.
158 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
MEANINGFULNESS AND MEANINGLESSNESS IN ONTOLOGICAL SECURITY:
UNDERSTANDING INFORMATION WARFARE’S FUNDAMENTAL PRINCIPLES
you see that you are not alone, it helps to [alleviate] a little our emotion, our fear11
(BALTHAZARD 2021).
Ontological insecurity creates, by the simple structure of being, a need
for meaningfulness. An empowering narrative is necessary to find anew a sense
of stability and security in their being. By bringing people honest and truthful
meaningfulness of existence, a conspiratorial drift can be avoided during anxiety
generating crisis. This implies that public discourse around the COVID-19
pandemic should take into consideration, alongside rationality, the importance of
meaningfulness.
Figure 1: Schematic Presentation of Information Warfare Fundamental
Principles
Ontological
security
Meaningfulne Meaninglessn
ss ess
Ontological
insecurity
11
Original French version: « Lorsqu’on sent que la vérité nous est cachée, on est frustré. L’émotion
embarque et la peur embarque. Et lorsqu’on voit plusieurs gens [manifester], lorsqu’on voit qu’on
n’est pas seul, ça aide à [atténuer] un peu notre émotion, notre peur. »
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 159
JULIEN LAUZON CHIASSON
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Loyalty or autonomy? Canadian and French divergent strategic
behaviors in time of power transition
Pierre COLAUTTI-FÉRÉ, Université Laval
Jacob FORTIER, Université de Montréal1
Faced with the decline of American power and the growing assertiveness of China and Russia,
Washington’s main allies must make strategic choices in foreign policy and defense. Yet U.S. allies
appear to be making quite divergent strategic choices in dealing with the transition of power.
Representative of these strategic differences, France and Canada do not implement the same strategic
behavior to adapt to these systemic changes. That NATO member countries with relatively similar
interests adapt their foreign and defense policies in such diverse ways reveals, in our view, deeper
differences on how these countries perceive threats to the international order; how they conceive the
ongoing power transition; and each state’s relative capability to change its foreign policy. In this
mainly descriptive paper, we therefore intend to characterize both allies’ behaviors in time of power
transition, relatively to these three axes of divergence.
Face au déclin de la puissance américaine et à l’affirmation croissante de la Chine et de la Russie, les
principaux alliés de Washington doivent faire des choix stratégiques en matière de politique étrangère
et de défense. Or, les alliés américains semblent faire des choix stratégiques divergents afin de faire
face à la transition de puissance. Représentatifs de ces différences stratégiques, la France et le Canada
n’adoptent pas les mêmes comportements stratégiques pour s’adapter aux changements ayant cours
dans le système international. Le fait que des pays membres de l’OTAN ayant des intérêts relativement
similaires adaptent leurs politiques étrangères et de défense de manière aussi diverse révèle, à notre
avis, des différences plus profondes sur la façon dont ces pays perçoivent les menaces à l’ordre
international ; la façon dont ils conçoivent la transition de puissance en cours ; et la capacité relative
de chaque État à changer sa politique étrangère. Dans cet article principalement descriptif, nous
caractérisons ainsi les comportements stratégiques de la France et du Canada en période de transition
de puissance à l’aune de ces trois axes de divergence.
The current international system is undergoing important
transformations. At the core of these changes lies the United States’ relative
decline in power and China’s rise as a credible peer competitor, which has given
way to a return of multipolarity and renewed great power competition (ALLISON
2017; LAYNE 2018). Indeed, China and Russia have all shown increasing
bellicosity towards U.S. hegemony and have repeatedly challenged the rules of
the current liberal international order (LIO). China, for instance, has taken a much
more confrontational posture vis-à-vis the American presence in Southeast Asia
1
We acknowledge with thanks the editors of this special issue, Jean-Christophe Boucher and Laurence
Cros, for their constructive comments and suggestions, and the two anonymous reviewers. We are
also grateful for the insights provided by Stéfanie von Hlatky, Justin Massie, Jonathan Paquin, Laurent
Borzillo, Maxandre Fortier, and all participants at the conference ‘La politique de défense du Canada
et de la France dans un monde désordonné’, which took place in Paris in November 2021. Jacob
Fortier would also like to thank the National Defence MINDS program for its financial support. Final
responsibility for the article remains with us.
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
and is asserting its territorial claims in the South and East China Seas through
manifestations of military force (MORTON 2016). Similarly, Russia has engaged
in a hybrid war in Ukraine and continually threatens the Baltic states with military
deployments near their borders (LANOSZKA 2016), in addition to interfering in
the electoral process of several liberal democracies (ZIEGLER 2018).
Alongside the threats posed by China and Russia, the election of the
Trump administration in 2016 further delegitimized the institutions, alliances, and
norms at the heart of the liberal order (STOKES 2018). Indeed, the ‘America
First’ nationalist and protectionist doctrine Washington endorsed as an official
foreign policy has shown that the United States is no longer willing to shoulder
alone the entire burden of maintaining liberal international order (IKENBERRY
2018). In addition, Washington has harshly criticized some of its NATO partners
for failing to meet their own burden-sharing goals for the alliance’s common
defense. As a result, concerns about the U.S. abandonment – that is, the fear that
Washington will not provide support in those contingencies where support is
expected (CHA 2000) – have become more salient. The waning of America’s
hegemonic power, therefore, poses a significant strategic challenge to U.S. allies
who helped establish the liberal order and benefited greatly from it (MASSIE and
PAQUIN 2019). Indeed, these allied countries face new threats from the new
assertiveness of China and Russia but are unsure of the role the United States will
play in ensuring their security (LAYNE 2009; COOLEY and NEXON 2020).
The transformation of the strategic and security environment of U.S.
allies is prompting them to make strategic choices with respect to their foreign
and defense policies (MASSIE and PAQUIN 2019). Historically, U.S. allies have
often chosen different paths to ensure their security and maintain their position in
the international order. The current context of transformation of the international
system exacerbates these strategic divergences, resulting in very different
strategic behaviors among the United States’ allies. Representative of these
strategic divergences, France and Canada do not implement the same foreign
policy strategies to deal with the rise of new powers and the relative decline of
the United States. We recognize that the two countries do not perceive their role
in the international order in the same way and have distinct capacities to
implement their foreign and defense policies. However, they are among the
United States’ greatest strategic allies and share common values, in addition to
influencing each other within a ‘Francosphere’ (MASSIE 2013). According to
Justin Massie, France is indeed fundamental to the Canadian strategic culture and
specifically to the decision-making process on the use of armed forces (MASSIE
2008). Moreover, Paquin and Beauregard (2013) point out that Canada has, in the
past, often aligned its foreign policy with that of France. Yet, the two countries
166 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
now seem to be adapting their foreign and defense policies in very divergent ways
with respect to the changes taking place in the international system.
On the one hand, Canada is firmly reaffirming its loyalty to Washington
and NATO, which together represent the main pillars of its defence. Ottawa also
seems convinced of the leading role that the United States must play on the
international stage in order to preserve the liberal order. Thus, recent changes in
the strategic environment do not appear to radically disrupt Canadian foreign and
defence policy. On the other hand, France has made numerous declarations
concerning the strategic autonomy of Europe and the need to prepare for an
abandonment of the United States, without, however, completely reconsidering
its security alliances with Washington. Unlike Ottawa, Paris seems in a position
to reorient its foreign policy, in particular through the diversification of its
security partners.
What characterizes the strategic differences between Canada and France
in dealing with changes in the international system? What perceptions lie behind
such opposing strategic behaviors? That NATO member countries with relatively
similar interests adapt their foreign and defense policies in such diverse ways
reveals, in our view, deeper differences on how these countries perceive threats
to the international order; how they conceive the ongoing power transition; and
each state’s relative capability to change its foreign policy. In this mainly
descriptive paper, we therefore intend to characterize both allies’ behaviors in
time of power transition relatively to these three axes of divergence. Drawing on
official statements, white papers and secondary sources, we identify major
differences in how both states conceive their strategic environment and seem
capable to change their foreign policy. Our purpose is less to identify the reason
why Canada and France behave in this way, than to highlight significant
differences between two NATO allies’ strategic responses to the current transition
of power in the international system.
This paper is organized as follows. In the first part, we detail the three
axes of divergence that we use to illustrate the distance between the strategic
behaviors of France and Canada. The following section examines in more detail
their strategic behaviors in relation to the axes of divergence. In a comparative
design, we identify elements of the two countries’ official discourse to
characterize their respective perceptions of security threats, their anticipation of
the power transition, and their willingness and capacity to change their foreign
policy. We finally discuss the major strategic differences between France and
Canada in conclusion.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 167
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
Identifying strategic divergences
As mentioned above, our objective in this article is to highlight essential
divergences between the strategic behaviors of France and Canada in dealing with
the transformation of the international system. To do that, we rely on works which
argue that the strategic behavior secondary states adopt in time of power transition
is often contingent on how they perceive threats to their security and evaluate
their capacity to change their foreign policy and benefit from changes in the
international system. This reading is consistent with neorealist theory. Indeed,
major neorealist works have focused on threat perception to explain states’
foreign policy (WALT 1987) and underlined how states are rational actors who
make choices based on their strategic environment assessment (CHRISTENSEN
and SNYDER 1990). In order to identify and characterize the differences between
Canada and France strategic behaviors, it is, therefore, necessary to reflect on (1)
how the two countries perceive the threats to their security, (2) how they
anticipate the transition of power, and (3) how they are able and eager to
reorganize their foreign and defense policy to adapt to the new challenges they
face.
Threat perception
Threat perception is often central in models used to explain how states
react to changes in the international distribution of power. Indeed, an abundant
literature claims that states oppose rising powers that may pose a threat to their
security (balancing), ally themselves to the rising hegemon (bandwagoning), or
adopt an ambiguous strategic positioning, often called hedging (LOBELL et al.
2015; CIORCIARI and HAACKE 2019). According to neorealist theorists, states
respond to the dominant power (WALTZ 1979) or the threatening state (WALT
1987) by balancing against it or by bandwagoning with it. Fearing that the
assertion of a revisionist hegemon like China would affect the balance of power
in the international system and thus have “unwanted consequences” for their
security, states tend to counterbalance the emerging power, either through internal
or external efforts to maintain the status quo (WALTZ 1979, 118). Facing a
particularly threatening power, states sometimes calculate “that [their] security is
integrally intertwined with the security of [their] alliance partners” and, thus, seek
to chain gang with their allies, especially for front-line states like Poland or Japan
whose borders run along those of a revisionist power (CHRISTENSEN and
SNYDER 1990, 140).
We, therefore, consider that threat perception is central to the strategic
positioning of a state and that it is necessary to identify it in order to characterize
the strategic differences between France and Canada. We measure threat
168 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
perception by analyzing official documents, such as white papers and public
remarks or interviews made by state officials (President, Prime Minister,
Ministers, Directors of national agency). Specifically, we seek to identify
references to security threats related to the transformation of the international
system in the public communications of both countries. This is, of course, an
important methodological limitation since it is not guaranteed that actual threat
perceptions are entirely consistent with those publicly communicated by state
officials. For this reason, we also rely on secondary literature, which identifies
the level of threat perceived by Canada and France with respect to the
assertiveness of Russia and China.
Perception of the transition of power
How states judge and anticipate changes in the distribution of power in
the international system is also often discussed in the literature on strategic state
behavior. Indeed, the decision of states to balance, rally, or protect themselves
against powers that threaten their security depends on the changes they foresee in
the international system. For example, by joining the rising power, states believe
the side they support will triumph over the declining hegemon, which, in turn,
will profit them as the new world order is constituted and its benefits are
redistributed (SCHWELLER 1994). This is one of the hypotheses put forward to
explain the behavior of the Philippines vis-à-vis China and the United States.
During a trip to Beijing, President Rodrigo Duterte announced his desire to
separate from the United States on the military, social and economic levels (IDE
2016). Ultimately, U.S. allies may balance against China or Russia to maintain
the liberal world order and protect their interests, or conversely, bandwagon with
the powerful revisionist states to benefit from the reconstruction of the
international system. The strategic behavior of France and Canada must therefore
be interpreted in light of their respective perceptions of the opportunities that may
arise from the transition of power.
As with threat perception, we rely primarily on the public statements of
Canadian and French officials to reveal how the two states anticipate the transition
of power. We argue that their strategic differences have much to do with how the
two states view the transition of power in the current international system and the
benefits they might derive from it. We rely on the model of Thomas Christensen
and Jack Snyder, who assert that the perception of system polarity and offense-
defense balance affects the behavior of states (CHRISTENSEN and SNYDER
1990, 139).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 169
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
Strategic flexibility
Our final point of divergence concerns the strategic flexibility of states.
We consider strategic flexibility as the ability to achieve the desired foreign policy
change to adapt to the deterioration of the strategic environment. We
acknowledge expressly two dimensions of flexibility that influence the
maneuverability of a state. The first one describes the internal constraints, that is,
the resources available and the institutional, political, and technological
constraints permitting the application of those resources.
For example, suppose secondary states decide to opt for strategic
autonomy in order to cope with changes in the international system. They must
mobilize substantial internal resources to access the means, capabilities, and
capacities necessary to implement that autonomy (ZANDEE et al. 2020).
However, states may lack the financial resources and technological and industrial
expertise to support this foreign and defense policy shift. They have thus little
choice but to rely on alternative partners (BARNETT and LEVY 1991, 375-76).
In addition to internal strategic flexibility, we recognize an external
dimension that includes credible alternative security partners. It is not so much a
question of which allies should be the best, but rather who can be available and
helpful in reorienting one’s foreign and defense policies to address systemic
changes (ROTHSTEIN 1968, 59-64). A state that takes advantage of alternative
allies to change its strategic alignment is a good representation of successful
external strategic flexibility.
We, therefore, assess in this paper the flexibility of Canada and France
to secure their interests and cope with the global power transition. We consider
strategic flexibility as the main feature in explaining the behavior of states in the
face of both American abandonment and the international transition of power. A
lack of flexibility - no security alternative - requires states to maintain their
alignment with Washington or to invest internally massively. On the contrary,
broad strategic flexibility and new credible partners available make it easier for
states to change their foreign policy. Ultimately, while the strategic behavior of
states derives from their perception of the security threat and their anticipation of
the rebalancing of power in the system, their strategic room for maneuver
constrains them in the behavior they can actually adopt.
In sum, our descriptive analysis in a comparative format allows us to
identify major divergences between the strategic behaviors of two important U.S.
allies in a period of power transition. The next section focuses on comparing the
behavior of the two states along the three axes of divergence.
170 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
Canada: still searching for its place in a changing world
Although Canada’s strategic culture has evolved significantly over the
past century, specific characteristics remain. First, the country sees itself as a
middle power that has always sought to improve its international position by
mediating within the Atlantic Alliance and promoting international peace
(BLOOMFIELD AND NOSSAL 2007; WOHLFORTH ET AL. 2018). Second,
Canada’s strategic culture is characterized by its security dependence on the
United States and its bicultural Atlanticism, i.e. at the junction of the Anglo-
Saxon world (U.S.A and UK) and France (MASSIE 2013, 246). Indeed, Canada
often defines itself as the United States’ staunchest ally. The election of Donald
Trump and the implementation of important protectionist policies as well as the
president’s harsh criticism of liberal institutions, have, however, weakened this
‘privileged relationship’. Still, the tenacity shown by Ottawa throughout Trump’s
presidency to maintain good relations with the White House revealed how crucial
the relationship with Washington is for Canada (BLANK and GATTINGER
2018). At the same time, Canada continues to reiterate its commitment to the
liberal international order, from which it has benefited greatly, and to stress the
importance of the security alliances of which it is a member. Thus, the decline of
American hegemony and the strategic consequences it engenders for the
international system do not seem to force Canada towards a drastic realignment
of its foreign and defence policy. Specifically, Canada continues to demonstrate
its loyalty to the United States and its NATO partners (NATIONAL DEFENCE
2021). For instance, 540 members of the Canadian Armed Forces (CAF) serve on
Operation Reassurance as part of a NATO enhanced Forward Presence Battle
Group in Latvia and participate in NATO’s deterrence measures in Eastern
Europe against Russia. The CAF also assumed command of NATO Mission in
Iraq between November 2018 to November 2020, which aim is to help strengthen
Iraqi security and military forces to prevent the return of terrorism and assure
regional stability (NATIONAL DEFENCE 2020).
Nevertheless, Ottawa does not seem particularly prepared for great
powers’ competition. Additionally, its investment in defence remains modest
(1.4% of GDP in 2020) and does not have a strategy for Asia. In other words,
Canada does not balance internally against China. Moreover, Canada’s ambitions
to contribute to peace and security do not meet its limited capabilities. Thus,
Canadian leaders do not seem to know what strategy to adopt; Canada’s foreign
and defence strategy remains largely ambiguous (RODMAN 2020). Jocelyn
Coulon, the former advisor to Minister of Foreign Affairs Stéphane Dion, argues
that Canada should prioritize its relation with Africa (COULON 2017) while
former diplomat Hugh Stephens urges Canada to diversify its relations in the
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 171
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
Indo-Pacific region in order to avoid dependence on the United States and China
(STEPHENS 2020). Ultimately, Canada is still searching for its place in a
changing world.
Threat perception
Since the invasion of Crimea, Canada has toughened its tone vis-à-vis
Russia, and now refers to its military adventurism as a direct strategic threat to
the liberal and democratic world (GLOBAL AFFAIRS CANADA 2017). As for
China, Canada remains more nuanced, but the tragic saga of Huawei and the two
Michaels’ detention reflected the increasingly strained relations between the two
countries. In its political statements, Canada is often reluctant to refer directly to
China as a strategic threat and rather laconically condemns unilateral actions and
threats to peace without specifying their origin (DEPARTMENT OF
NATIONAL DEFENCE 2017, 50; 2020). The Canadian Security Intelligence
Service (CSIS) Director, David Vigneault, however, recently accused China of
using all elements of state power to carry out activities that pose a direct threat to
Canada’s national security and sovereignty (CSIS 2021). Canada’s then top
general, Jonathan Vance, highlighted the risks associated with Chinese coercive
diplomacy and cyber attacks (VANCE 2020). Canada has also followed its allies
in condemning Beijing’s repressive actions in Hong Kong (GLOBAL AFFAIRS
CANADA 2021), and participated in some maneuvers in the South China Sea
where a Canadian Warship recently transited despite diplomatic tensions with
Beijing (THE CANADIAN PRESS 2021).
Historically, Canada has avoided public debate about the strategic threat
that China may pose to Canada (MANICOM 2012), and despite recent tensions,
China’s rise to power is still often identified as an economic opportunity rather
than a strategic issue. In sum, Canada is gradually becoming aware of the possible
threats posed by China’s ascent, but Ottawa lags behind other allies, such as
Australia, which has been at the forefront of the growing confrontation between
the ‘West’ and Beijing (KÖLLNER 2021). Regarding Russia, the National
Security and Intelligence Committee of Parliamentarians report identifies it with
China as the primary culprits of espionage and foreign interference (NSICOP
2021, 21). Canada is thus more explicit regarding the Russian threat, which was
already identified in the 2017 Defence Policy as a challenger of the international
security environment (DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2017, 50).
To face these threats and meet its alliance commitments, Trudeau’s governments
planned to modernize Canadian military equipment (IISS 2021, 43-44). Canada
intended to replace its CF-18 aircraft but delayed its final decision in 2022
whereas the Army would receive a new Armoured Combat Support Vehicle. The
Defence Ministry also planned to improve its surveillance capabilities in the
172 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
Arctic and provide the Navy and the Coast Guard with 15 new vessels, including
destroyers, frigates, and icebreakers. However, Canadian military expenditure
remains limited and does not meet the NATO standard of 2% of GDP (NATO
2021).
Perception of the power transition
In an address to Parliament on June 6, 2017, Minister of Foreign Affairs
Chrystia Freeland indicated that Canada supports the integration of emerging
Asian powers into the global system in a way that is additive and which allows
for the maintenance of the best aspects of the previous international order
(GLOBAL AFFAIRS CANADA 2017). Canada thus recognizes that the global
balance of power is evolving, but remains strongly committed to the rules-based
international order that promotes both its political and economic interests
(DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE 2017, 50). Canadian references to
the current transition of power therefore generally emphasize the multipolar
aspect of the international system rather than the competition between the great
powers and the revisionist attitude of China and Russia. Ottawa also insists, in its
political statements, on the preservation of liberal institutions and the
maintenance of multilateralism which are essential to Canadian strategic interests
and which are expected to play a promising role in ensuring a pacific global
transition of power (PRIME MINISTER OF CANADA 2019a; 2019b;
SCHERER 2021)
Prime Minister Trudeau’s statement to President Biden on American
leadership, which, according to him, has been “sorely missed over the past years”
(ASSOCIATED PRESS 2021), perfectly illustrates Canada’s preference for
maintaining U.S. preponderance in international affairs. The current distribution
of power in the international system still favors the United States, which profits
Canada, but securing a future beneficial to Canadian strategic interests also
requires a sustained commitment by Washington to major security alliances and
liberal institutions.
Strategic flexibility
Canada’s geographic proximity to the United States means that its
powerful neighbor primarily provides its external security2. Moreover, the
absence of direct security threats in recent decades has made Canadian defence
policy reluctant to consider anything other than the integration of its defence with
2
On this issue, see NOSSAL 2020.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 173
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
that of North America. As a result, there is a strong incentive in Canada to pass
the buck to the United States in order to face the emerging threats related to the
transition of power in the international order and the return of great power politics.
Canada’s room for maneuver to modify its foreign and defence policy in order to
cope with the relative decline of American hegemony is indeed quite limited.
Canada’s current strategy is consistent with its previous behaviors: to achieve
security at home and conduct limited but valued engagement abroad that does not
endanger its economy (LEUPRECHT and SOKOLSKY 2015). In addition, it
would be more difficult for the Canadian government to justify massive defence
investments when the country does not face direct threats to its sovereignty and
when Canada can rely on the United States to provide much of North America’s
security3. Economic and health crises are expected to be a priority by Canadian
governments in the future. The Canadian easy riding or buck-passing strategy has
pleased governments so far, and is therefore likely to remain (RODMAN 2020).
The reluctant ally: France’s greatness and the European autonomy
Unlike Canada, French leaders are particularly enthusiastic about
promoting French foreign policy orientations and therefore frequently appear in
the media to defend the government’s choices on these issues. Moreover, France’s
role in world politics is the subject of significant public debate, in contrast to
Canada, where foreign policy issues are little discussed in the public sphere.
Indeed, the French Republic, whose memories of a glorious past where the
country had a preponderant role in international affairs are often at the heart of
foreign policy discourse, positions itself much more explicitly with regard to the
power transition and current threats to the international order.
Since its election in May 2017, French President Emmanuel Macron has
striven to ensure that Europe develops technological, industrial, financial, and
military capabilities to decide on its own without being dependent on China,
Russia, or the United States. In other words, France aims to strengthen European
strategic autonomy. In the run-up to the last G7 and NATO summits, the French
president evoked that two of his main objectives were to have European autonomy
recognized by his partners and “to build a new partnership with the United States”
(ÉLYSÉE 2021). Macron’s position for greater autonomy is consistent with a
conception widely shared by French elites on the particular role that the country
must play in world affairs. Regularly identified by the United States as an unruly
ally within NATO, France has often not hesitated to challenge the strategy of its
American ally and to stand apart. The most notable examples are France’s
3
On Canadian attitude toward defence issues, see BOUCHER 2020
174 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
withdrawal from NATO’s integrated military command structure in 1966 and
Jacques Chirac’s firm opposition to the war in Iraq in 2003.
The desire for strategic independence from the great powers is often
expressed through a Gaullist nostalgia for the greatness of France. It is thus a
recurrent conception that can be explained by two major beliefs shared by many
French political elites. On the one hand, French policymakers consider what Alice
Pannier and Olivier Schmitt qualify as “France’s missionary self-understanding”
(2019, 899). French exceptionalism is thus used to justify an ambitious foreign
policy and the defense of universal values such as the protection of human rights
(RIEKER 2017). On the other hand, French leaders often think that their country
deserves better status on the world stage, given its permanent position on the
United Nations Security Council, its nuclear capabilities and its leading role in
the economic and technological field. This idea is sustained by the memory of
periods when France played a significant role as a great power in the world.
Therefore, for many French policymakers, both beliefs justify France’s approach
to strategic autonomy to restore the country's declining great power status.
However, the complexity of contemporary threats and France’s limited
capabilities to address them prevent it from acting unilaterally, which ultimately
justifies the country’s integrated involvement in coalitions (PANNIER and
SCHMITT 2019). In short, France’s current position is to use the power transition
to establish a fourth way between the United States, China, and Russia.
Consequently, the French president pledged at multiple occasions to restore the
greatness of France through European strategic autonomy (GHECIU 2020).
Threat perception
Like most of its NATO allies, including Canada, France faces various
security threats. Indeed, the French Strategic Review released in 2017 identified
several threats such as Islamist terrorism (MINISTÈRE DES ARMÉES 2017, 37),
proliferation (38-41), cyberattacks (35), grey zone conflict and hybrid strategy
(47), or military competition between great powers (41). Due to the numerous
Islamist attacks on its territory during the 2010s, France played a leading military
role in order to disintegrate transnational Islamist networks. France nevertheless
depends on partners to cope with the broader nature the threats it faces and the
proliferation of theaters of operations4.
4
More than 30 000 military personnel are deployed, including near 22 000 abroad (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2021b and IISS 2021).
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 175
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
Regarding China and Russia, French authorities expressed great
concerns because “not only [these countries] have capabilities that are often
superior in number to those of Europe, but they are [also] engaged in a policy of
capability modernization and technological catch-up” (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2017, 41). These considerations have prompted the French president
to implement a two-sided diplomatic policy combining appeasement and
collaboration with firmness when the latter is necessary (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2017; ÉLYSÉE 2020). Moreover, the deterioration of the strategic
context with the growing assertion of revisionist powers justified a strategic
update (MINISTÈRE DES ARMÉES 2021a), as well as an increase in the defence
budget and a modernization of capabilities (JOURNAL OFFICIEL 2018).
Accordingly, the Programme Budget Law foresaw that France would reach 2%
of GDP devoted to defence by 2025 (finally reached in 2020) and an investment
of nearly 200€ billion between 2019 and 2023. The Ministry of Armed Forces
also planned to increase the number of troops since French authorities recognized
officially in the Strategic review that the French armed forces are under high
pressure (MINISTÈRE DES ARMÉES 2017, 28). Finally, the renewal of military
capabilities will enable France to face the return of open warfare, hybrid and cyber
threats (JOURNAL OFFICIEL 2018, 28, 45-52; see also ÉLYSÉE 2020).
France’s willingness to demonstrate its military force is also seen as a means to
appear as a great power (GHECIU 2020, 33).
Perception of the power transition
In an address to the French Military Academy (École de guerre) on
February 7, 2020, French President Emmanuel Macron confessed that “A new
hierarchy of powers is materializing, at the cost of a global strategic competition,
uninhibited, carrying risks of incidents and uncontrolled military escalation for
the future” (ÉLYSÉE 2020). Macron’s position can be summed up in three main
postulates. First, China’s assertiveness is “the most striking phenomenon of the
beginning of the century” (MINISTÈRE DE L’EUROPE ET DES AFFAIRES
ÉTRANGÈRES 2018, 3). Through its Belt and Road Initiative, China offers an
alternative model to the liberal order, which could potentially result in a
restructuring of the institutions within which global diplomacy takes place.
Moreover, the relationship between China and the United States will be decisive
for international stability and security, as the two great powers could stumble into
military confrontation (MINISTÈRE DE L’EUROPE ET DES AFFAIRES
ÉTRANGÈRES 2018, 3; ÉLYSÉE 2019). The second element in Macron’s
statement concerns the threat posed by Russia to the unity of Europe and NATO.
Nevertheless, French leaders do not conceive European security without a
relationship of trust with Russia (ÉLYSÉE 2020; LE DRIAN 2020).
176 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
Finally, Paris often points to U.S. unilateralism, which undermines
liberal values of respect for multilateralism, international cooperation, and
international law. In addition, the election of Donald Trump reinforced the idea
that the United States can be a threat to the liberal order, thus forcing Europeans
to take their responsibilities to protect the standards that make up this international
order and to guarantee the security of Europe themselves (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2021a, 41). In times of strategic competition, U.S. and European
interests may not always be aligned. In an interview with the media Le Grand
Continent, Macron added that “it is therefore not tenable that [France and
Europe’s] international policy should be dependent” on the United States
(MACRON et al. 2020). Ultimately, Russia remains the main threat to Europe
whereas China seems to be the major (systemic) challenge. In short, the
unilateralism and anti-liberal populism of the Trump administration have revealed
the fragility of the liberal international order, which prompted French President
Macron to position himself as chief defender of liberal values (GHECIU 2020,
35-36) by setting up a fourth path between the great powers.
Strategic flexibility
Although France remains committed to its alliance with the United
States, French Defence Minister Florence Parly argued in an address to the Center
for Strategic and International Studies in Washington that France “need[s] to find
support everywhere [it] can” (PARLY 2017). The France-United States
relationship still prevails in specific areas, especially in the fight against terrorism
and intelligence sharing. The United States thus remains a significant ally to
France. However, French leaders worry about U.S. commitment to European
security and fear U.S. abandonment (MINISTÈRE DES ARMÉES 2019).
Although French Presidents regularly attempted to persuade the United States to
remain engaged in Europe and French-led operations in the Sahel (PANNIER and
SCHMITT 2019), Paris has prepared for the eventuality of a U.S. withdrawal as
suggested by the Trump presidency.
As a result, France has reinvested both in its diplomacy and its armed
forces, as explained above. France thus has much more internal flexibility than
Canada. On the other hand, strategic flexibility depends primarily on the
availability of (external) partners. It seems that France can count on credible and
valid alternatives, thanks in particular to the growing awareness of its European
partners. Paris has fostered collaboration within small groups of states, especially
with crucial members of the European Union, such as Germany, Italy, and Spain.
Regarding industrial cooperation, France, Germany, and Spain will collaborate in
the Future Combat Air System (FCA) which consists to build a sixth-generation
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 177
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
fighter. The Germans and the French also collaborated in the Main Ground
Combat System, a new tank to replace the French Leclerc and the German
Leopard. At the same time, France started alone the construction of a new aircraft
carrier to replace the Charles de Gaulle. In addition, European Union security and
defense cooperation is also making headway. While noteworthy developments
have been observed on critical initiatives such as the Permanent Structured
Cooperation (PESCO) or the European Defence Fund (EDF), new initiatives,
such as the Strategic Compass, were also initiated (FIOTT and ZEISS 2021, 161-
176).
However, the British exit from the European Union is changing France’s
strategic environment. Although Britain remains a powerful ally, Brexit illustrates
a broader challenge for France: attracting and convincing its partners of the
legitimacy of its strategy of autonomy from the United States. Therefore, if France
has difficulty engaging its partners beyond rhetoric, Paris can still act in some
respect unilaterally, or even in a disruptive way, in order to inspire action
(MAJOR 2021). French leaders are thus trying to change the mentality of
European allies. “It is a matter of conceiving the terms of European sovereignty
and strategic autonomy” to avoid becoming the vassal of great power “and no
longer have a say” as President Macron explained (MACRON et al. 2020).
Conclusion
Despite the election of Joe Biden and the expected return of American
leadership on the international scene, doubts persist about the ability and
willingness of the United States to return to its past level of engagement in world
affairs. Moreover, the relative decline of American power at the expense of China
is causing Washington to shift its attention from certain regions of the world to
Asia. In fact, the return to great powers competition is no longer hypothetical, but
very real, which is not without posing security threats to France and Canada.
Indeed, both countries must adapt to the increasingly assertive presence of
revisionist powers in the international system that threaten the rules-based
international order from which Canada and France have greatly benefited.
178 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LOYALTY OR AUTONOMY? CANADIAN AND FRENCH DIVERGENT STRATEGIC
BEHAVIORS IN TIME OF POWER TRANSITION
Table I. Synoptic comparison of the strategic divergences between Canada and
France
Axes of divergence Canada France
Threat perception Explicit on Russia. Explicit on both Russia
Nuanced on China, and China.
which is more or less
perceived as an
(economic) opportunity.
Perception of the Perception is slowly The power transition is
power transition changing, but little a challenge, but also an
emphasis is generally opportunity.
placed on the evolution
of power distribution in
the international
system.
Strategic flexibility No room for maneuver. Alternatives exist, but
No willingness to attracting them over the
change its foreign long term is a
policy. significant challenge.
Willingness to diversify
its strategic alignment.
However, the security threats implied by such a rebalancing of global
power and an upcoming revision of the international order are not exactly the
same for the two countries, nor are they effectively perceived in the same way in
Ottawa and Paris. Canada, until very recently, disregarded China’s rise to power
and viewed it primarily from an economic opportunity perspective. Likewise,
while the threats that China and Russia can pose to Canadian security and
strategic interests are becoming clearer, the country remains laconic in its official
statements regarding the threats emerging from a changing international order. In
France, officials are much more explicit in their condemnations of aggressive
Russian and Chinese behavior, as well as the more or less long-term threats posed
by the return of rivalries between great powers. Paris has gone so far as to adapt
its defence budget accordingly and invest in a diversification of its military
capabilities, which suggests a perception of the threat much more acute than
Canada.
How both countries judge the current global power transition is even
more representative of their strategic divergences. In its policy statements,
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 179
PIERRE COLAUTTI-FÉRÉ ET JACOB FORTIER
Canada has emphasized that the integration of emerging Asian powers into the
global system should occur in a way that is additive and which allows for the
maintenance of the best aspects of the previous international order. The
rebalancing of power in the international order, which is intrinsic to the transition
of power, is often sidestepped in official Canadian statements, which focus
instead on protecting multilateralism and international institutions. France, for its
part, clearly approaches the competition between great powers linked to the
transition of power in the international order and sees it as an opportunity to
reposition Europe and ensure its strategic autonomy.
The ability and willingness of the two U.S. allies to change their foreign
and defense policies to address the transition of power and threats to the liberal
international order are very different, which explains the divergent approaches
taken by the two countries. Canada’s unique geographic position and the virtual
absence of direct threats to its sovereignty mean that the country relies heavily on
Washington for its security. It could hardly be otherwise since Canada’s strategic
destiny is in some ways tied to that of its powerful neighbor. For France, the room
for maneuver for a transformation of its foreign policy is more complex and
therefore allows Paris to consider a change of course. Indeed, Paris envisions a
future in which Europe would have much greater strategic autonomy and would
therefore be less dependent on the United States to ensure its security.
Despite divergent strategic attitudes, both countries have remained
deeply committed to their shared history with the United States and the defense
of liberal values. Both states, therefore, have little interest in abandoning the
liberal international order that has favoured their interests, but as demonstrated
above, they do have an interest in considering alternative security paths to adapt
to global upheaval.
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Le Canada, la France et la guerre contre Daech
Laurent BORZILLO, CEPEL (Université de Montpellier) / Réseau
d’analyse stratégique
Réseau d’analyse stratégique
Justin MASSIE, Université du Québec à Montréal
Engagés dès le début de la coalition internationale contre Daech dirigée par les États-Unis, le Canada
et la France ont toutefois varié significativement dans la nature et le cadre d’exécution de leur
participation militaire. Cet article propose de comparer la participation militaire de la France et du
Canada dans la guerre contre Daech en arguant que les impératifs d’alliance ont joué un rôle
prépondérant dans les engagements des deux pays. D’autres variables influencèrent toutefois les
décisions françaises et canadiennes. Paris justifia son engagement par la menace sécuritaire posée par
l’État islamique, ce qui favorisa la non-politisation de cette opération, contrairement au Canada, où
les contraintes électorales impactèrent son engagement militaire. Alors que le Canada mit fin à ses
opérations de combat suite à l’élection de Justin Trudeau, la France a maintenu une contribution
importante tout au long du conflit. Le Canada a donc fait évoluer sa contribution militaire pour
répondre aux contraintes électorales tout en demeurant un allié fiable de l’OTAN et des États-Unis,
tandis que la France a mis profit cette intervention pour renforcer ces liens avec les États-Unis, et plus
précisément l’interopérabilité de ses forces armées avec celles de ses alliés.
Engaged from the outset in the US-led international coalition against Daesh, Canada and France have,
however, varied significantly in the nature and execution of their military involvement. This article
compares the military participation of France and Canada in the war against Daesh, arguing that
alliance imperatives played a dominant role in both countries’ commitments. However, other variables
influenced French and Canadian decisions. Paris justified its commitment by the security threat posed
by the Islamic State, which favoured the non-politicisation of this operation, unlike Canada, where
electoral constraints impacted its military commitment. While Canada ended its combat operations
following the election of Justin Trudeau, France maintained a significant contribution throughout the
conflict. Canada therefore shifted its military contribution to respond to electoral constraints while
remaining a reliable ally of NATO and the United States, while France used the intervention to
strengthen its ties with the United States, and more specifically the interoperability of its armed forces
with those of its allies.
Les politiques étrangères du Canada et de la France sont rarement
comparées l’une à l’autre, non seulement du fait de la disparité de leurs moyens
et de leurs ambitions internationales, mais également de leurs intérêts
prétendument divergents. Le Canada est couramment considéré comme un ardent
défenseur d’une Alliance atlantique élargie et globale, alors que la France
privilégie le développement d’un pilier européen de défense (MASSIE 2011).
Alors que l’OTAN poursuit son volet expéditionnaire en reprenant un mandat de
renforcement des capacités militaires de l’Irak, plus ambitieux que celui mis de
l’avant entre 2004 et 2007, et ce alors même que la stratégie de renforcement des
capacités locales est remise en question par le retour au pouvoir des Talibans en
Afghanistan, on ne peut que constater une nette divergence d’attitudes entre
Ottawa et Paris. Si le Canada a fait le choix d’investir fortement dans la mission
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
de l’OTAN en Irak, en prenant notamment son commandement de 2018 à 2020,
ceci est loin d’être le cas de la France. Pourtant, au plus fort des opérations contre
Daech, ce fut la France qui se révéla une alliée plus fiable que le Canada.
La coalition dirigée par les États-Unis contre l’État islamique en Irak et
en Syrie depuis 2014 a en effet mis en relief une solidarité sans faille de la France
par rapport au retrait prématuré du Canada des opérations de combat en 2016. Si
le Canada fut le premier allié des États-Unis à frapper l’ÉI en Syrie, il a également
été le premier membre de la coalition à se retirer complètement des opérations de
frappes aériennes contre Daech, alors que la France maintient encore sa
contribution aérienne à ce jour, sans compter la présence continue de ses forces
spéciales dans la région. Autrement dit, la France semble démontrer une plus
grande fiabilité à titre d’alliée des États-Unis que le Canada, situation pour le
moins paradoxale compte tenu des coûts humains et financiers énormes qu’a
consentis le Canada en Afghanistan afin, justement, de rehausser sa réputation
d’allié fiable auprès des États-Unis (MASSIE et ZYLA 2018). Comment
expliquer ce retournement de situation ?
Cet article tente d’expliquer les variations de l’engagement militaire de
la France et du Canada au sein de la Coalition internationale contre Daech. Nous
arguons que les impératifs d’alliance expliquent la participation des deux pays au
sein de la coalition dirigée par les États-Unis, alors que la variation de leurs
contributions militaires tient à la (non-)politisation de la guerre sur la scène
intérieure. Nous démontrerons dans un premier temps que la contribution
militaire canadienne a changé de nature à la suite des promesses électorales du
nouveau gouvernement de Justin Trudeau. Ce dernier a toutefois compensé le
retrait des frappes aériennes par une augmentation de sa contribution dans la
formation et l’entraînement des troupes irakiennes, pour tenter de minimiser les
dommages à son statut d’allié fiable. La France, quant à elle, n’a pas été
confrontée à de semblables contraintes électorales. Sa volonté de maintenir un
rôle commensurable à son rang de puissance de premier plan, la menace terroriste
pesant sur son territoire et son désir d’afficher une étroite solidarité avec les États-
Unis l’ont ainsi amené à fournir la deuxième contribution militaire en importance
de la coalition contre Daech, après seulement les États-Unis eux-mêmes. Bien que
les attentats qu’a connus la France n’aient pas influé directement sur sa
contribution, ils ont mis en exergue la réalité de la menace terroriste, solidifiant
de ce fait le consensus politique contre Daech et réduisant à quia toute opposition
d’ordre politique à l’engagement français. Le Canada a donc entaché sa réputation
d’allié fiable pour répondre à des contraintes électorales, tandis que la France a
poursuivi son rapprochement militaire auprès des États-Unis, amenant certains à
la qualifier de meilleure alliée des États-Unis (SHURKIN et WILSON 2015).
190 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
L’article présente tour à tour les engagements militaires du Canada et de
la France dans la guerre contre Daech, puis conclut avec quelques considérations
pour l’avenir des relations d’alliance des États-Unis.
Le Canada, un allié ambivalent
L’initiation des opérations contre Daech
Dès l’annonce du président Barack Obama, le 7 août 2014, de mener des
frappes aériennes ciblées pour stopper l’expansion rapide de l’État islamique en
Irak, le gouvernement conservateur de Stephen Harper exprime son soutien à tous
les efforts militaires des États-Unis. Il déploie d’abord deux avions de transport
pour aider à transporter des fournitures militaires de l’Europe vers les forces
kurdes en Irak, puis engage des troupes au sol aux côtés des forces américaines.
Bien que relativement petit, le contingent militaire canadien était formé d’environ
70 forces d’opérations spéciales (FOS) opérant près des lignes de front. La
mission des FOS canadiennes consistait à accompagner les troupes kurdes
irakiennes, notamment en dirigeant des frappes aériennes contre des cibles au sol,
en tirant des missiles antichars sur l’ÉI, en participant à des échanges de tirs et en
utilisant des tireurs d’élite pour repousser les attaques ennemies sur les lignes de
front (FISHER 2015).
La décision de déployer rapidement des FOS dans une mission
« d’instruction, de conseils et d’aide » aux forces de sécurité irakiennes dirigée
par les États-Unis est prise essentiellement en fonction de considérations
d’alliance. Bien que le Premier ministre Harper déclare que l’ÉI représente une
grande menace pour la sécurité du Canada et de ses alliés, il insiste sur le fait que
son gouvernement agit à la demande des États-Unis. Dans une déclaration d’une
rare candeur, le Premier ministre affirme :
The position the government of Canada has generally taken in those kinds
of situations is where there is a common threat to ourselves and our allies,
and where particularly our major allies – the United States and also the
United Kingdom, France – are willing to act, the general position of the
government of Canada is that we’re also willing to act and prepared to play
our full part (CLARK et CHASE 2014).
En revanche, des considérations de politique intérieure peuvent
expliquer pourquoi le gouvernement Harper a limité le rôle des FOS à celui
d’accompagner les forces kurdes plutôt que de mener des opérations offensives.
En effet, les deux principaux partis d’opposition, le Parti libéral (PLC) et le
Nouveau Parti démocratique (NPD), s’opposent à la participation du Canada à
des opérations de combat contre Daech (PELLETIER et MASSIE 2019). Alors
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 191
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
qu’une élection fédérale se profile à l’automne 2015, le gouvernement Harper
cherche à éviter que des militaires canadiens soient « capturés, puis paradés en
combinaison orange avant de se faire couper la tête » (MANSBRIDGE 2015).
Un même souci de soutenir les efforts militaires américains tout en
limitant les risques pour le Canada amène le gouvernement Harper à annoncer le
3 octobre 2014 la participation de six chasseurs CF-18 aux opérations de frappes
aériennes contre Daech, de même que quatre avions de transport, de
ravitaillement et de surveillance. Lors de son allocution à la Chambre des
communes visant à débattre de sa décision de participer aux opérations de combat,
le Premier ministre déclare tout d’abord que la « menace que présente l’État
islamique est bien réelle. Elle est grave et elle est explicitement dirigée en partie
contre notre pays. » Il ajoute toutefois que ce sont principalement des impératifs
d’alliance qui motivent sa décision. « Lorsque nos alliés décèlent une menace qui
nous vise aussi et y réagissent, nous Canadiens, ne restons pas en retrait. Nous
faisons notre part d’efforts » (HARPER 2014, 8228). Il va même jusqu’à admettre
que le Canada pourrait laisser à d’autres le soin de mener le combat sans pour
autant nuire à sa sécurité. Il insiste toutefois que cela serait contraire à l’identité
canadienne et nuirait à son influence internationale :
Les Canadiens n’ont jamais eu pour habitude de choisir la voie la plus
facile ou celle qui leur vaudra des éloges et de laisser les tâches difficiles
aux autres. Nous ne devrions pas nous faire d’illusion. Si le Canada veut
continuer d’avoir voix au chapitre sur la scène internationale — et il le faut
puisqu’un grand nombre de nos enjeux sont mondiaux —, il doit savoir
que faire cavalier seul lui vaudra de ne pas être pris au sérieux (HARPER
2014, 8227).
Le gouvernement conservateur émet toutefois plusieurs restrictions
visant à prévenir les critiques des partis d’opposition. L’engagement militaire du
Canada n’engagera pas d’opérations de combat au sol, évitera un embourbement
à long terme dans la région, et ne visera que le territoire irakien, faute d’appui du
régime de Bachar al-Assad pour frapper l’ÉI en Syrie. Malgré tout, à une seule
exception près, les députés libéraux se joignent à leurs collègues du NPD en
votant contre la mission de combat du Canada contre Daech.
La crainte d’une action illégale en Syrie est rapidement écartée. Lors du
renouvellement de la mission de combat cinq mois plus tard, le gouvernement
Harper annonce l’élargissement de la portée de la mission de frappes aériennes à
l’est de la Syrie, faisant du Canada le premier allié des États-Unis à frapper l’ÉI
en Syrie. Si cet élargissement se justifie par le fait que le territoire syrien sert de
base d’opération de l’ÉI, la contribution militaire canadienne n’apporte que peu à
192 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
l’effort de guerre américain. Les CF-18 n’effectueront que cinq frappes en Syrie
entre avril 2015 et février 2016, soit une fraction négligeable des milliers de
frappes américaines. L’objectif de l’élargissement des opérations de combat à la
Syrie tient moins à la valeur militaire que politique de la contribution canadienne
(MASSIE et MUNIER 2022). C’est que le Canada répond à une demande
expresse de la part des États-Unis, qui cherchent à accroître la légitimité de la
coalition multilatérale en Syrie, mais ne dispose pas de suffisamment de chasseurs
pour accroître sa contribution aérienne et ainsi peser davantage sur le plan
opérationnel. Le gouvernement écarte aussi l’option d’accroître le contingent de
troupes au sol et choisit plutôt l’option la moins coûteuse et la moins risquée :
élargir la mission de bombardement à la Syrie sans augmenter la quantité de
personnel et d’équipement déployée (BREWSTER 2015).
Transformation de l’engagement canadien
Le Premier ministre Harper fait de la guerre contre l’ÉI l’un des enjeux
de la campagne électorale d’octobre 2015. Et avec raison. Alors que tant le NPD
que le PLC s’opposent à la campagne de bombardements canadiens, une large
majorité (61%) des électeurs estime que le Canada devrait continuer sa mission
de combat contre Daech, incluant les partisans conservateurs (87%), une majorité
de libéraux (52%) et une pluralité de néo-démocrates (46%) (PELLETIER et
MASSIE 2019, 37). Mais cette réactivité du gouvernement conservateur aux
préférences des électeurs est insuffisante pour s’accrocher au pouvoir (CLARKE
et al. 2017). Les Libéraux de Justin Trudeau sont élus à la tête d’un gouvernement
majoritaire et voient à mettre en œuvre la promesse électorale de mettre fin aux
opérations de combat du Canada en Irak et en Syrie.
Le nouveau premier ministre tient parole malgré une pression accrue de
la part des alliés du Canada pour le maintien des frappes aériennes canadiennes.
À la suite des attentats terroristes de Paris en novembre 2015, la France et les
États-Unis intensifient leurs campagnes de bombardements et demandent à leurs
alliés d’augmenter leur contribution à la coalition contre l’ÉI. Le président
français invoque l’article 42.7 du traité de Lisbonne pour solliciter l’assistance
des membres de l’Union européenne, alors que le secrétaire américain à la
Défense réclame l’accroissement des contributions des membres de la coalition à
l’effort de guerre, incluant des avions de combat, de reconnaissance et des FOS.
L’Irak, quant à elle, demande au Canada de revoir sa décision de mettre fin à sa
campagne de bombardements (BREWSTER 2017). Le ministre de la Défense
Harjit Sajjan reconnait que les alliés souhaitent le maintien des CF-18 canadiens,
mais affirme du même souffle ne ressentir « aucune pression » d’augmenter la
contribution militaire du pays (HALL 2016). Pourtant, la nouvelle mouture de la
mission canadienne annoncée par le Premier ministre Trudeau en février 2016 a
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 193
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
de quoi surprendre. Certes, Ottawa met fin aux frappes aériennes, mais le
contingent de soldats canadiens triple, pour un maximum de 830 troupes, incluant
200 FOS. Plus encore, la nouvelle mission comporte des risques accrus pour les
troupes canadiennes, puisque davantage de FOS seront déployées sur les lignes
de front afin de soutenir les soldats kurdes dans leur offensive contre l’ÉI
(BREWSTER 2016). La nouvelle mission canadienne tente ainsi de répondre à
une double contrainte : intérieure, d’une part, en respectant un engagement
électoral, et extérieure, d’autre part, en répondant à l’appel des alliés pour une
contribution militaire accrue. Dans les mots du Premier ministre : « J’ai rassuré
mes alliés et les Canadiens que si, nous en ferons davantage » (cité dans CURRY
& CHASE 2015).
L’arrivée au pouvoir du président Donald Trump n’est certainement pas
étrangère à l’augmentation considérable du contingent canadien en Irak. Fidèle à
sa conception transactionnelle des alliances, le président Trump critique de
manière acerbe le Canada pour son sous-investissement en défense et sa trop
faible contribution à la lutte contre le terrorisme. Il souhaite que l’OTAN en fasse
davantage pour contrer l’ÉI et soutient que sa stratégie consiste à « bomb the shit
out of ISIS ». Plus encore, Trump est sur le point d’annoncer publiquement sa
volonté que les États-Unis quittent l’OTAN lors du sommet de l’Alliance
atlantique à Bruxelles en juillet 2018 (SCHUETTE 2021). C’est dans ce contexte
que le Premier ministre Trudeau annonce que le Canada assumera le
commandement de la nouvelle mission de formation et de renforcement des
capacités de l’OTAN à Bagdad, approuvée l’année précédente (SMITH 2017).
Jusqu’à 250 militaires canadiens serviront dans le cadre de ce commandement,
notamment des conseillers, des formateurs, du personnel de quartier général et du
personnel de protection des forces. À ceci s’ajoute le déploiement continu de trois
hélicoptères Griffon, de deux avions de transport aérien tactique, de 20 ingénieurs
spécialisés dans les engins explosifs, d’équipes d’aide à la formation en Jordanie
et au Liban et de 200 membres des FOS. Cette importante contribution militaire
permet au gouvernement Trudeau d’affirmer que le Canada fait sa juste part au
sein de l’OTAN et dans la lutte contre le terrorisme, espérant par le fait même
amoindrir les attaques du président américain à l’égard de la fiabilité de son voisin
du nord (CLARK 2020).
Le Canada maintien le commandement de la mission de formation de
l’OTAN jusqu’en novembre 2020, au terme duquel il demeure néanmoins engagé
dans la lutte contre Daech, quoique de façon plus réduite, au moins jusqu’en mars
2022. Seuls environ 500 militaires canadiens sont déployés en Irak, alors que le
gouvernement en a autorisé jusqu’à 850. Lors d’une très rare mise à jour sur
l’opération canadienne contre Daech, le commandant des FOS annonce en avril
2021 que les troupes canadiennes ont participé à une offensive militaire contre
194 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
l’ÉI (BERTHIAUME 2021). Il s’agit selon lui d’une exception à la règle, compte
tenu du fait que le rôle des Canadiens dans la région consiste habituellement à un
soutien loin des zones de combat. Cela attire très peu l’attention des médias et du
public, permettant au gouvernement de poursuivre la mission contre Daech sans
contrainte intérieure.
En somme, l’engagement canadien contre l’ÉI témoigne d’une volonté
partagée de la part des gouvernements Harper et Trudeau de maintenir la
réputation d’allié fiable du Canada, tout en répondant à des impératifs de politique
intérieure. La politisation de la guerre lors de l’élection fédérale de 2015, en
particulier, a contribué à conditionner l’engagement militaire canadien à des
impératifs électoraux. En l’absence d’une telle politisation, il est probable que
l’engagement militaire canadien se poursuive, sous le radar public, dans une
volonté de préserver la solidarité d’alliance.
La France, une alliée fiable
Concernant un pays considéré il y a encore peu comme un allié réticent
au sein de l’OTAN, un tel titre peut paraître assez surprenant. Il s’explique
cependant compte tenu, d’une part, du caractère tangible de la menace terroriste
et djihadiste pour Paris – y compris sur son territoire – et d’autre part, de
considérations liées à la défense de son rôle de grande puissance, à l’échelon
régional, mais aussi international (en lien avec son siège permanent au Conseil de
sécurité des Nations unies). Si dès le début des opérations contre Daech, la France
s’est rapidement distinguée par l’ampleur de sa contribution – celle-ci faisant
d’elle le deuxième contributeur de la coalition après les États-Unis – elle fut et
demeure également le pays le plus touché par les menaces d’attentats et les
attaques terroristes depuis 2014, dénombrant ainsi plus de 260 victimes et près de
1 000 blessés en sept ans (REYNIÉ 2019).
L’initiation des opérations contre Daech
Face à l’offensive de Daech à l’été 2014, Paris apporta rapidement son
aide aux autorités irakiennes. Dès août 2014, des livraisons d’armes et de
fournitures humanitaires eurent lieu, à destination des autorités centrales et kurdo-
irakiennes (MERCHET 2014a). Rapidement et au cours de l’automne de la même
année, des effectifs militaires furent déployés avec pour mission de former leurs
homologues irakiens (Ministère des Armées 2021a). Des forces spéciales furent
également déployées en Irak (cf. Task Force Hydra), contribuant aux côtés des
Américains, des Britanniques et des Canadiens à des missions de renseignement
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 195
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
et à de l’aide au ciblage sur la ligne de front1. Paris mit en outre à contribution
ses forces aériennes et navales dans la lutte contre Daech. Dès septembre 2014,
des Rafales menèrent des frappes aériennes depuis la base aérienne française des
Émirats arabes unis. Par la suite, ces frappes eurent lieu également à partir de la
Jordanie, une base aérienne projetable y étant mise sur pied en novembre 2014.
Parallèlement en octobre 2014, une frégate française intégrait le dispositif de la
Task Force 50, composante navale de la coalition contre Daech. À peine six mois
plus tard, ce fut d’ailleurs l’ensemble du groupement aéronaval (GAN) français
qui entra en action, plusieurs des bombardements étant menés alors depuis le
porte-avion.
Pourtant, aussi remarquable que soit l’ampleur de la contribution
française, celle-ci n’eut qu’un impact opérationnel des plus faibles : la part
française dans les bombardements effectués ne représentant au mieux que 5 % de
l’ensemble (MERCHET 2014b ; PLUMMER 2016). Pour reprendre les propos
d’un ancien haut gradé français, l’opération Inherent Resolve fut avant tout une
opération essentiellement américaine2. Quelles raisons poussèrent alors l’appareil
politico-militaire français à s’engager, qui plus est à ce point, et par ailleurs sous
le même gouvernement à l’origine du retrait français d’Afghanistan en novembre
2012 ?
Trois raisons sont à l’origine de cet important engagement français
contre Daech au Machrek : la première est liée à la menace sécuritaire et terroriste
considérée comme forte ; la deuxième a trait à la volonté d’assurer le « rôle » de
la France, que cela soit à l’international ou dans la région ; la troisième peut se
résumer par le désir d’être aux côtés des États-Unis dans le cadre des opérations
militaires menées dans la région. La menace terroriste en particulier à l’égard du
territoire national fut dès le début mis en avant (L’Obs 2014c ; Le Point 2014) par
les membres de l’appareil décisionnel français, qu’ils soient politiques,
diplomates ou militaires3. Lors du vote de l’Assemblée nationale le 24 septembre
2014 relatif à l’engagement militaire français, le Premier ministre socialiste
Manuel Valls déclarait ainsi que « notre sécurité nationale est en jeu, comme elle
ne l’a jamais été au cours de ces dernières années » (Le Figaro 2014b). Cette
crainte d’attentats, présente dès l’été 2014, s’explique en outre compte tenu du
contingent élevé de djihadistes d’origine française présent en Syrie et en Irak dès
1
Entretien avec un officier général français le 18 juin 2021.
2
Ibid.
3
Entretien avec un officier général français le 18 juin 2021 ; entretien avec un officier général français
le 19 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le 24 juin 2021 ; entretien avec un diplomate
français le 6 juillet 2021 ; entretien avec un officier général français le 7 juillet 2021.
196 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
2014 (DAGUZAN 2017 ; HECKER 2015). Toutefois, eu égard à l’efficacité
opérationnelle plus que limitée de l’engagement français contre l’État islamique,
l’ampleur – en termes d’effectifs et de moyens déployés – de ce dernier résulte
avant tout des impératifs d’alliance et de rôles entretenus par Paris sur la scène
internationale.
Il y eut en effet la volonté pour les décideurs français d’assurer et de
maintenir le « rôle de la France », ce que Manon-Nour Tannous (2017) résume
assez bien dans son article par l’expression « tenir son rang ». À travers cette
expression, trois préoccupations semblent avoir dicté les comportements et
décisions des officiels français. La première a trait au rôle de la France en tant
que grande puissance, membre permanent avec droit de veto du Conseil de
sécurité de l’ONU. Dans les mots du Premier ministre français Manuel Valls :
« Un péril mortel s’étend au Moyen-Orient. La stabilité de la région et, au-delà,
la sécurité du monde est menacée par le groupe terroriste. […] La France assume
ses responsabilités, parce qu’elle est membre permanent du Conseil de sécurité »
(Le Figaro 2014b).
Les officiels français souhaitaient de plus maintenir le rang de la France
dans la région, plus particulièrement dans le cadre de la crise syrienne
(TANNOUS 2017). Pour rappel, depuis le début de la guerre civile en 2011, la
France s’est très tôt positionnée contre le régime de Bachar al-Assad, en apportant
un soutien fort aux rebelles (JAUVERT 2014 ; LEVALLOIS 2016 ; L’Obs
2014c). Participer à la coalition internationale contre Daech fut utilisée comme
un moyen de maintenir la cohérence de la politique française sur le dossier syrien
(JAUVERT 2014 ; TANNOUS 2017), tout en assurant la place de la France à la
table de négociation4 relative à ce dossier (LEVALLOIS 2016 ; TANNOUS
2017 ; 2018).
Troisièmement, aux dires d’un de nos interlocuteurs5, il convient de
rappeler que depuis le mandat de Nicolas Sarkozy, la France avait développé de
forts liens avec les pétromonarchies du Golfe, la création de la base militaire
française aux Émirats arabes unis en étant une illustration des plus concrètes. Les
évènements en Syrie et en Irak étant au cœur des préoccupations des « nouveaux
proches alliés » de la France, ne pas intervenir aurait donné une mauvaise image
de la France auprès de ceux-ci, et ce alors qu’au même moment d’importants
contrats d’armements étaient en négociations (JAUVERT 2014).
4
Entretien avec un diplomate français le 6 juillet 2021 ; entretien avec un diplomate français le 24
juin 2021.
5
Entretien avec un officier général français le 7 juillet 2021.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 197
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
Il y eut enfin chez les officiels français une troisième raison justifiant
l’engagement militaire conséquent dans la coalition internationale – bien que
celle-ci se soit déclinée selon diverses nuances – à savoir l’objectif d’être aux
côtés des États-Unis contre Daech. Le besoin français d’une véritable implication
américaine dans la crise syrienne – Paris n’ayant pas suffisamment de puissance
à lui seul pour influer le cours des évènements – dictait de prendre part à la
coalition internationale de manière notable, afin d’espérer pouvoir orienter les
actions américaines relatives à la crise syrienne6. Il y avait également une volonté
de soigner les relations franco-américaines, eu égard à l’aide conséquente que les
États-Unis fournissent à la France dans le cadre de ses opérations au Sahel depuis
20137 (PANNIER et SCHMITT 2019, 907). Enfin, plusieurs membres des forces
armées auraient été en faveur d’une participation française à l’opération Inherent
Resolve, et ce afin de renforcer l’interopérabilité entre les armées françaises et les
militaires des pays alliés et plus particulièrement avec les États-Unis8. Aux dires
d’un de nos interlocuteurs9, depuis 2012 environ, la France prenait ainsi part à
des exercices de planification avec le Centcom10 de concert avec les Britanniques
et les Canadiens portant en partie sur la région du Machrek11. La marine nationale
française illustre d’ailleurs ce développement des échanges et de l’interopérabilité
en particulier avec les États-Unis, celle-ci menant la mission « Bois Belleau »
avec la marine américaine dans le Golfe persique quelques mois à peine avant le
déclenchement des opérations de la coalition internationale contre Daech
(VANDIER 2020).
Bien que proche de Washington, et souhaitant renforcer ses liens avec
les Américains, l’exécutif français se distingua toutefois d’autres alliés
occidentaux – tel le Canada – par sa mise à distance de l’Alliance atlantique dans
le cadre de sa lutte contre Daech, ou a minima par ses velléités d’englober celle-
ci dans un ensemble international plus large. Dès août et septembre 2014, le
gouvernement français essaya en effet d’élargir la coalition aux pays arabes, mais
6
Entretien avec un diplomate français le 6 juillet 2021 ; entretien avec un diplomate français le 24
juin 2021.
7
Entretien avec un officier général français le 7 juillet 2021.
8
Entretien avec un officier général français le 18 juin 2021 ; entretien avec un officier général français
le 7 juillet 2021.
9
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021
10
Commandement central des États-Unis. Cette structure américaine est responsable des opérations
militaires des États-Unis au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud.
11
Les sous-chefs opérations des états-majors se retrouvaient apparemment deux fois par an.
Parallèlement leurs services échangeaient régulièrement entre eux durant l’année.
198 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
également à la Chine et à la Russie12 (LASSERRE 2014). Il y eut en outre une
nette volonté de limiter toute implication de l’OTAN, tant en 2014 qu’au cours
des années suivantes. Pour reprendre les propos d’un de nos interlocuteurs13 :
« l’OTAN, ce n’est pas le levant ».
La contribution française se signala également par son refus, du moins
jusqu’à l’automne 2015, de prendre part à des actions contre Daech en Syrie.
Compte tenu du soutien français initial à l’égard de la rébellion (TANNOUR
2017 ; 2018), soutien initié sous la présidence de Nicolas Sarkozy et poursuivi
par la présidence de François Hollande, la France refusait toute action favorisant
les intérêts du régime de Bachar al-Assad. Plusieurs politiques critiquèrent ou
justifièrent ce positionnement, divisant de fait les partis de gouvernement –
socialistes, centristes et conservateurs – non pas entre eux, mais au sein même de
ceux-ci (DE BONI 2015 ; GIRARD 2015 ; MERCHET 2015). L’intensification
de la menace sécuritaire posée par Daech – médiatisée par les premiers attentats
commis en France durant le premier semestre de 2015 – mit fin toutefois à ce trait
particulier de l’intervention française à l’automne 201514, les forces spéciales et
les chasseurs-bombardiers français intervenant alors également en Syrie (L’Obs
2015).
Évolution de l’engagement français
Conséquente dès l’été 2014, la contribution française à la lutte contre
Daech fut loin de décroitre au cours des années suivantes, durant le mandat de
François Hollande ou même celui de son ancien ministre, devenu président en
2017, Emmanuel Macron. Rapidement, les militaires en charge de former leurs
homologues irakiens furent regroupés au sein des Task Forces Narvik et
Monsabert. Composées de près de 200 soldats, celles-ci furent particulièrement
actives jusqu’en 2019, leurs effectifs commençant alors à être réduits, avant d’être
intégralement rapatriés lors de la crise sanitaire au printemps 2020 (MINISTÈRE
DES ARMÉES 2021a). De 2016 à 2019, une unité d’artillerie regroupant environ
150 troupes et trois canons d’artillerie dits Caesar fut également déployée (cf.
Task Force Wagram). Elle prit part aux affrontements en lien avec la reprise de
Mossoul, mais également aux derniers combats à la frontière syro-irakienne
contre les derniers bastions de Daech situé dans l’Est syrien (MINISTÈRE DES
12
Entretien avec un officier général français le 18 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le
24 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le 6 juillet 2021.
13
Entretien avec un diplomate français le 6 juillet 2021.
14
Au regard de l’impact opérationnel global de l’engagement militaire français (cf. pourcentage de
frappes aériennes) au sein de la coalition internationale, ce changement n’eut cependant aucun impact
concrètement contre Daech sur un plan tactique.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 199
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
ARMÉES 2021a). Enfin depuis la première intégration d’une frégate française à
la Task Force 50 en 2014, celle-ci comprend régulièrement depuis au moins un
bâtiment français, quand ce n’est pas le porte-avion Charles de Gaulle, voire
l’ensemble du groupement aéronaval français. En effet, il est à noter que depuis
le premier déploiement du GAN, ce dernier ou du moins une partie comprenant à
chaque fois le porte-avion a été déployé plus de six fois dans le cadre des
opérations contre l’État islamique. En moyenne ces déploiements durent huit
semaines. Par deux fois, le GAN prit ainsi la tête de la Task Force 50, des navires
alliés complétant au besoin le groupement (MINISTÈRE DES ARMÉES 2021a ;
Le Figaro 2021).
Paris maintint également et encore aujourd’hui ses contributions
aériennes et terrestres relatives à ses forces spéciales15. En moyenne environ une
dizaine d’avions de combat sont ainsi engagés depuis 2014, leur nombre n’ayant
fluctué qu’à la marge (MINISTÈRE DES ARMÉES 2021a), sans compter
quelques appareils de surveillance (Awacs, Atlantique 2). Pour ce qui est des
forces spéciales françaises, à partir de 2015, elles furent engagées également en
Syrie, particulièrement auprès des forces kurdes syriennes. Dans l’obligation de
limiter leur présence – voire de se replier plus à l’Est – suite aux diverses
opérations turques lancées dans le Nord de la Syrie, à ce jour, elles sont toujours
actives dans la région, bien que concentrées désormais au Kurdistan irakien16.
Malgré le changement de législature et d’exécutif en 2017, il est à noter
que les raisons et causes à l’origine de l’engagement français et de son ampleur
ne varièrent pas et ne furent guère impactées par les attentats commis en France.
Même après les attaques de Paris de novembre 2015 ou celle de Nice de juillet
2016, à chaque fois les décisions ayant mené peu de temps après à un
renforcement de l’engagement français avaient déjà été prises quelques semaines,
voire quelques mois plus tôt. À l’exception donc de quelques bombardements
supplémentaires dans les jours ayant suivi ces attentats, les actions militaires
françaises ne furent jamais dictées par ceux-ci. Ces attaques terroristes ont
toutefois favorisé la saillance de l’enjeu de la menace djihadiste au fil des années
et l’adhésion de l’opinion publique à l’opération Inherent Resolve, et plus
particulièrement à son volet français (cf. opération Chammal), (Le Figaro 2015).
Ceux-ci ont également eu pour conséquence le maintien d’un fort consensus au
sein des partis politiques et des gouvernements successifs depuis 2014
(BARLUET 2015 ; Le Point 2014 ; L’Obs 2014b ; MERCHET 2014a). Les seules
polémiques portèrent sur l’élargissement du théâtre d’opérations français à la
15
Entretien avec un diplomate français le 3 septembre 2021.
16
Ibid.
200 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
Syrie et par extension sur l’attitude à adopter vis-à-vis du régime syrien, tant dans
la lutte contre Daech que dans le cadre de la guerre civile syrienne17.
Parallèlement, la forte contribution française favorisa le développement
de mécanisme de coordination avec ses alliés, mais fut confrontée également à
certains obstacles. Elle contribua au renforcement des liens avec les États-Unis,
en particulier sous l’administration Trump, et permit dans une certaine mesure au
gouvernement français d’influer sur certaines décisions américaines, ainsi que de
la coalition. L’opération Chammal permit ainsi le développement d’un niveau
conséquent d’interopérabilité avec les États-Unis jamais atteint jusqu’ici18, y
compris entre les marines19 (VANDIER 2020). Il y eut cependant régulièrement
des accrocs sur le renseignement et lors des phases d’intensification des frappes
aériennes françaises menées après chaque attentat. En ce qui concerne les
premiers, aux dires d’un de nos interlocuteurs20, ces accrocs révèlent la culture
encore relativement faible d’une partie du personnel politico-militaire français
quant au fonctionnement d’une coalition internationale, en particulier lorsque l’on
est un partenaire mineur sur le plan opérationnel.
En ce qui concerne les moyens militaires engagés au fur et mesure, il
semble que ceux-ci résultent à la fois d’initiatives françaises21 et de demandes
formulées principalement par les États-Unis. Il n’y eut pas toutefois de requêtes
rejetées, conséquence d’échanges en amont réguliers sur les besoins des uns et les
possibilités des autres22. Pour reprendre les propos d’un officier général : « les
Américains fournissent une liste de course, mais c’est une liste réfléchie de leur
part et tenant compte des moyens de leurs partenaires et alliés »23. Dans le cadre
des exigences de Donald Trump relatives à la nécessité que les alliés prennent
aussi leur part du fardeau, la France et le gouvernement de Macron se signalèrent
17
Peu à peu les discours officiels français sous la présidence de François Hollande abandonnèrent
l’exigence de changement de régime, et même celle de départ de Bachar al-Assad. Bien que lors de
ses premières semaines à l’Élysée, Emmanuel Macron mentionna sa volonté de faire un
aggiornamento de la politique syrienne de la France – c’est-à-dire l’acceptation de la résistance du
régime syrien et le caractère chimérique d’un départ de Bachar al-Assad – ce dernier avait déjà eu lieu
dès la fin de la présidence de François Hollande (TANNOUR 2018, 191).
18
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le
6 juillet 2021 ; entretien avec un diplomate français le 3 septembre 2021.
19
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021.
20
Ibid
21
En particulier en ce qui concerne les moyens maritimes engagés.
22
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le
3 septembre 2021.
23
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 201
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
ainsi par un fort taux d’engagement, y compris en augmentant l’effectif de la Task
Force Hydra en Syrie en 2018 (Lagneau 2018) ou en mettant à disposition la Task
Force Wagram pour les ultimes opérations visant à détruire les dernières poches
de résistances de Daech à la frontière syro-irakienne (MINISTÈRE DES
ARMÉES 2021a).
Plus importante opération française de ces dernières années, après
l’opération Barkhane au Sahel, l’engagement français dans la coalition
internationale contre Daech s’explique au final par les menaces sur la sécurité
nationale liées au terrorisme ; la volonté des acteurs impliqués de maintenir le
rôle et le rang de la France sur la scène régionale et internationale ; et le souhait
de ces mêmes acteurs d’être aux côtés des États-Unis dans le cadre de cette
intervention. Toutefois l’ampleur et la poursuite de cet engagement ne
s’expliquent véritablement qu’à travers les alliances de Paris et les enjeux de rôles
que celles-ci lui imposent. Le maintien d’un fort consensus politique favorable à
une intervention conséquente contre l’État islamique est enfin à souligner, celui-
ci ayant été alimenté par les nombreux attentats commis en France. Cette
contribution française à l’opération Inherent Resolve met en lumière, en outre, le
fort rapprochement en termes d’interopérabilité poursuivi actuellement par la
France, essentiellement avec les États-Unis, mais également avec le Royaume-
Uni (PANNIER et SCHMITT 2019, 899-908) et le Canada, à travers entre autres
les régulières planifications ayant lieu avec le Centcom24 (MERCHET 2014a).
Toutefois, au rebours de certains de ses alliés tels le Canada, le Royaume-Uni ou
encore l’Allemagne, ce rapprochement opérationnel ne se fait que dans des cadres
bilatéraux ou minilatéraux et n’implique en aucun cas l’OTAN, ou seulement de
manière limitée25 (PANNIER et SCHMITT 2019, 911).
Conclusion
Bien que différents par l’ampleur de leurs moyens respectifs et de leurs
revendications traditionnelles sur la scène internationale, les engagements
français et canadiens dans la coalition internationale contre Daech se rejoignent
par leur importance. Ceux-ci restent toutefois relatifs en termes opérationnels, en
particulier en ce qui a trait aux frappes aériennes. Il ressort de notre comparaison
que dans les deux cas, les impératifs d’alliance ont été fortement, voire
24
Entretien avec un officier général français le 19 juin 2021 ; entretien avec un diplomate français le
3 septembre 2021.
25
À cet égard le volet de formation de l’opération français, du temps où il était encore actif, resta en
dehors de l’opération de formation lancée par l’OTAN à partir de 2018 (ORGANISATION DU
TRAITÉ DE L’ATLANTIQUE NORD 2021). Actuellement cette mission de l’OTAN ne comprend
d’ailleurs que trois Français (MINISTÈRE DES ARMÉES 2021b).
202 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LE CANADA, LA FRANCE ET LA GUERRE CONTRE DAECH
exclusivement – pour le Canada – à l’origine de leur engagement. Ces impératifs
d’alliance sont toutefois variables selon les pays. Certes, l’entretien de relations
de confiance avec les États-Unis fut recherché tant par Ottawa que par Paris.
Toutefois, alors qu’Ottawa en a profité pour mettre en exergue également sa
fiabilité en tant que membre de l’Alliance atlantique, Paris a surtout mis l’accent
sur ses nouveaux partenariats stratégiques avec des pays arabes du Golfe persique,
et des États-Unis plus spécifiquement26.
Outre la menace d’ordre terroriste pesant sur le territoire français, la
défense de la réputation de la France en tant que grande puissance, tant à l’échelon
régional (en lien avec la guerre civile en Syrie) qu’international fut également un
facteur déterminant de la contribution française. La première eut probablement
pour conséquence – en particulier suite aux attentats frappant la France –
d’empêcher la politisation des opérations militaires, ce qui fut le cas de
l’engagement français en Afghanistan lors de la campagne présidentielle de 2012,
ainsi que pour l’engagement canadien au cours de ces dernières années.
L’évolution de la contribution canadienne vers essentiellement des contributions
dans le cadre du volet formation de l’opération Inherent Resolve semble
cependant avoir en partie atténué la politisation de celui-ci, ce sujet n’ayant pas
été un enjeu majeur de l’élection anticipée de 2021 (MASSIE et al. 2021).
Bien que les deux pays cherchent pour diverses raisons à être des alliés
fiables, il convient de noter la prise de distance menée jusqu’ici par la France vis-
à-vis de l’OTAN, a contrario du Canada. Il est possible toutefois que cette
position évolue dans l’avenir, aux dires d’un de nos interlocuteurs27 : le désastre
afghan, le retrait continu et progressif des Américains du Moyen-Orient, ou
encore l’implication récente de l’OTAN dans le cadre des opérations menées
contre les groupes djihadistes au Sahel (LAGNEAU 2021) n’excluent pas une
éventualité évolution française dans les prochaines années. Contrairement à ce
que l’on pourrait croire – étant donné le recours de l’article 42.7 du traité de
Lisbonne de l’Union européenne par Paris à la suite des attentats de novembre
2015 – dans le cadre de ses missions au Moyen-Orient contre l’État islamique, la
France n’a jusqu’ici guère promu une participation plus active de l’UE, ou même
de l’Initiative européenne d’intervention (du moins au Machrek). On peut
constater ici un développement par la France de ses liens avec un certain nombre
de pays anglo-saxons : outre les États-Unis, ceci concerne également le Royaume-
Uni, mais aussi le Canada. La participation avec les trois premiers aux
planifications menées au Centcom entretient ce rapprochement. S’il est
26
Entretien avec un diplomate français le 3 septembre 2021.
27
Ibid.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 203
LAURENT BORZILLO ET JUSTIN MASSIE
chimérique – voire absurde – de voir en Paris le futur membre d’un Six-Eyes, ces
rapprochements ne sont pas non plus négligeables, en particulier dans le cadre des
développements actuels de la compétition internationale entre grandes
puissances.
La comparaison de la France et du Canada démontre ainsi la force des
caractéristiques accolées traditionnellement aux politiques étrangères et de
défense des deux pays (que l’on se place en termes de culture stratégique ou de
rôle28. Même si les contraintes électorales ont fait évoluer l’engagement
canadien, l’analyse démontre que cela n’a eu pour résultat que de restreindre les
marges de manœuvre pour le gouvernement canadien, sans modifier
fondamentalement sa politique favorable à Washington.
Les deux cas d’étude mettent enfin en exergue la question du processus
de politisation des questions de défense et diplomatie. A priori, il est tentant de
considérer que la menace terroriste et les attentats sont la cause de l’absence de
politisation de l’engagement français contre Daech, en particulier lors de la
campagne présidentielle de 2017. Le phénomène contraire ayant eu lieu lors de la
campagne présidentielle de 2012 avec l’engagement français en Afghanistan, on
constate ainsi une situation inverse aux deux dernières élections générales
canadiennes. Une étude plus approfondie sur ces processus de mise à l’agenda
comparant la France et le Canada constituerait ainsi une suite logique à ces
premières recherches.
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210 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
Les élections fédérales canadiennes du 20 septembre 2021
Pierre MARTIN, CNRS-PACTE / Science Po Grenoble
Lors de ces élections qu’il avait lui-même provoquées, le Premier ministre libéral Justin Trudeau
conserve le pouvoir, mais échoue à obtenir une majorité absolue de sièges à Ottawa. Les résultats de
ces élections constituent de fait une réplique presque parfaite de ceux de 2019. Les conservateurs
arrivent en tête en termes de suffrages, mais sont devancés par les libéraux en nombre de sièges ; le
NPD stagne en troisième position ; et le Bloc se maintient. Les principales évolutions concernent les
forces mineures : les Verts reculent fortement, victimes de leurs divisions, et le Parti populaire
progresse en mobilisant l’hostilité aux mesures contraignantes prises pour lutter contre la pandémie.
Justin Trudeau, après un début de campagne difficile, beaucoup d’électeurs étant lassés de son
leadership marqué par des promesses non tenues et des scandales et lui reprochant d’avoir provoqué
des élections inutiles, a su dans un deuxième temps utiliser la mauvaise image des conservateurs et
leurs contradictions et insuffisances sur la gestion de la pandémie de Covid pour arracher à nouveau
un gouvernement minoritaire.
After these elections, which he himself called for, Liberal Prime Minister Justin Trudeau is still in
power, but has failed to win an absolute majority of seats in Ottawa. Indeed, the result of these
elections is almost similar to that of the 2019 elections. The Conservatives are ahead in the vote count,
but have less seats than the Liberals; the NDP does not improve its third place; and the Bloc keeps its
seats. The main changes concern minor forces: the Green Party, a victim of its divisions, loses much
of its support, and the People’s Party of Canada increases its support by mobilizing around it’s the
opposition to the constraints imposed to fight against the pandemic. Justin Trudeau had a difficult
early campaign, with many voters wary of his leadership, which was marred by unfulfilled promises
and scandals, and not understanding why he insisted on imposing these unnecessary elections.
However, in the second part of the campaign, he managed to use to his advantage the bad image of
the Conservatives and their incoherence and ineffectiveness concerning the fight against the Covid
pandemic, in order to pull through and win a second minority Government.
Ces élections anticipées ont été convoquées le 15 août 2021 par Madame
Mary Simon, Gouverneure générale du Canada, à la demande du Premier ministre
libéral Justin Trudeau.
La situation politique
Justin Trudeau ne dirigeait plus qu’un gouvernement minoritaire depuis
les élections du 21 octobre 2019 (MARTIN 2019) où il avait subi un net recul. Le
Premier ministre espérait que sa bonne gestion de la pandémie de la Covid lui
permettrait d’obtenir des Canadiens un gouvernement majoritaire. De plus, il
savait que tous les partis étaient prêts pour des élections et qu’à la sortie de la
pandémie l’opposition serait beaucoup moins coopérative au Parlement,
notamment quand des choix budgétaires difficiles seraient à effectuer après les
fortes dépenses de soutien à l’économie. Il ne voulait pas laisser au nouveau chef
PIERRE MARTIN
1
conservateur Erin O’Toole le choix du moment de l’affrontement, mais au
contraire le prendre de vitesse et profiter de sa faible notoriété.
La campagne électorale
Le début de la campagne fut cependant difficile pour Justin Trudeau, car
la majorité des Canadiens ont interprété sa décision de convoquer des élections
comme une manœuvre politicienne. De plus, beaucoup de Canadiens, lassés des
promesses non tenues et des scandales2 qui ont terni son image, souhaitaient
mettre fin à l’ère Trudeau, au pouvoir depuis 2015 (MARTIN 2015), Les
reproches des Canadiens vis-à-vis des libéraux (LÉGER 2021) concernaient
principalement le manque de leadership de Trudeau et d’éthique du parti, mais
assez peu les politiques effectivement mises en œuvre. Cependant, les
conservateurs avaient aussi leurs points faibles. Contrairement aux libéraux, les
critiques des sondés (LÉGER 2021) portaient beaucoup plus sur les options du
parti (avortement, droits des LGBT, changement climatique, contrôle des armes
à feu, gestion de la pandémie) que sur l’image du leader. Les conservateurs ont
une mauvaise image, car ils sont porteurs de valeurs morales minoritaires dans
l’opinion sur les enjeux de société et, de plus, perçus comme divisés. Erin
O’Toole a tenté de recentrer le parti en prenant des positions très modérées sur
les questions de société, promettant de ne pas remettre en cause le droit à
l’avortement et le mariage gay, de défendre une taxe carbone, tout en restant flou
sur une remise en cause du contrôle des armes à feu, au grand mécontentement
des durs du parti. Cela a permis aux libéraux de l’accuser de se contredire pour
gagner les élections.
La fin de campagne a été marquée par les attaques de Justin Trudeau
contre les conservateurs, qui ont mis en évidence avec succès leurs contradictions
sur la gestion de la pandémie. Alors qu’Erin O’Toole s’était prononcé pour la
vaccination, la majorité de ses candidats ont refusés de dévoiler leur statut
vaccinal, contrairement à ceux des libéraux et des néodémocrates, tous vaccinés.
De plus, dans la dernière semaine de campagne le Premier ministre conservateur
de l’Alberta, Jason Kenney, a dû avouer son échec face au regain local de
l’épidémie et prendre des mesures restrictives auxquelles il s’était toujours refusé,
1
Cet avocat d’affaires et député ontarien, ancien ministre, a pris la direction des conservateurs le 24
août 2020.
2
En particulier, en 2020, l’affaire WE Charity, association qui a bénéficié d’un contrat de 900 millions
de dollars et qui a rétribué des membres de la famille de Justin Trudeau. Le ministre des Finances Bill
Morneau a dû démissionner, mais Justin Trudeau a été blanchi par le rapport du Commissaire à
l’éthique.
212 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES CANADIENNES DU 20 SEPTEMBRE 2021
affaiblissant ainsi encore indirectement la crédibilité des conservateurs fédéraux
sur cet enjeu important aux yeux des Canadiens.
Jagmeet Singh, le leader des néodémocrates, s’est posé comme la
principale alternative aux libéraux et aux conservateurs. Sa critique de la gestion
Trudeau a été implacable : « À chaque enjeu qui nous tient au cœur, la situation
s’est empirée. La crise climatique s’empire. La crise du logement s’empire. M.
Trudeau a pris des décisions qui blessent les gens. » (cité par DONAHUE 2021).
Cependant, il n’a pas réussi à briser les logiques de vote anti-conservateur en
faveur des libéraux, seul parti paraissant capable de barrer l’accès au pouvoir à
M. O’Toole, et anti-libérale en faveur des conservateurs, ces derniers paraissant
comme les seuls capables de chasser les libéraux du pouvoir.
Le quatrième grand parti au niveau fédéral, le Bloc québécois, a connu
un début de campagne laborieux. Mené comme en 2019 par Yves-François
Blanchet, il a été menacé par la perspective d’un vote antilibéral des Québéçois
au profit des conservateurs, vote encouragé par le Premier ministre du Québec
François Legault. Toutefois, les violentes attaques de la journaliste Shachi Kurl
contre Blanchet lors du débat officiel en anglais, l’accusant de soutenir des lois
québécoises discriminatoires3 et reprochant aux francophones du Québec de ne
pas être clairs vis-à-vis du racisme, ont contribué à ressouder l’électorat
francophone derrière le Bloc en fin de campagne, d’autant plus que celui-ci est le
seul parti fédéral à soutenir le gouvernement du Québec sur ces deux lois.
Les Verts ont abordé ces élections en étant profondément divisés par
l’affrontement entre leur leader Annamie Paul et le conseil fédéral du parti4.
Le chef du parti populaire, l’ancien député conservateur Maxime
Bernier, dans la logique de ses positions de droite radicale libertarienne, s’est
quant à lui fait le héraut de tous les adversaires des mesures restrictives des
3
La loi 96 porte sur la défense de la langue française comme langue officielle au Québec. La loi 21
est la première loi à proclamer que « l’État du Québec est laïc ». Elle interdit le port de signes religieux
aux employés de l’État en position d’autorité et aux enseignants du secteur public.
4
Annamie Paul, nouvelle cheffe des Verts depuis le 3 octobre 2020, est la première femme noire et
de confession juive à devenir chef d’un parti fédéral. La crise au sein du parti a éclaté en mai 2021 à
propos de la crise israélo-palestinienne. Madame Paul a été critiquée pour avoir appelé les deux parties
à la désescalade sur Gaza et pour avoir maintenu sa confiance à son directeur de communication, après
que celui-ci a accusé d’antisémitisme les deux députés verts qui avaient critiqué cette position,
rappelant la position traditionnelle de condamnation de l’occupation israélienne. Le conseil fédéral et
Madame Paul sont alors entrés en conflit. Celui-ci n’était pas résolu au moment du déclenchement des
élections.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 213
PIERRE MARTIN
libertés prises pour lutter contre la pandémie (masques, confinement, vaccination)
prenant part à des manifestations parfois violentes.
L’offre électorale
Au cours de son dernier mandat, Justin Trudeau n’est pas revenu sur sa
promesse de 2015 de réforme du mode de scrutin, qu’il avait abandonnée en 2017.
Ainsi le mode de scrutin traditionnel uninominal à un tour est maintenu.
2010 candidats se sont présentés dans les 338 circonscriptions, soit 136
de moins qu’en 2019. Comme en 2019, les libéraux, les conservateurs et les
néodémocrates ont été présents dans toutes les circonscriptions5 et le Bloc dans
les 78 circonscriptions du Québec. Les Verts n’ont présenté que 252 candidats
contre 338 en 2019. Le parti populaire a présenté 312 candidats contre 315 en
2019. Les 355 candidats restants (contre 401 en 2019) représentaient des petits
partis ou étaient indépendants.
Les résultats
Tableau I : Ensemble Canada
2006 2008 2011 2015 2019 2021
Votants* 64,7 58,8 61,3 68,3 66 62,1
(308) (308) (308) (338) (338) (338)
Verts 4,5 6,8 3,9 (1) 3,5 (1) 6,5 (3) 2,3 (2)
NPD 17,5 18,2 30,6 19,7 15,9 17,8
(29) (37) (103) (44) (24) (25)
Libéraux 30,2 26,2 18,9 39,5 33,1 32,6
(103) (77) (34) (184) (157) (160)
Bloc 10,5 10 (49) 6,1 (4) 4,7 (10) 7,7 (32) 7,7 (32)
(51)
Conservateurs 36,3 37,6 39,6 31,9 34,4 33,7
(124) (143) (166) (99) (121) (119)
PP 1,6 5
Autres 1 (1) 1,2 (2) 0,9 0,7 0,8 (1) 0,9
Les résultats sont en pourcentages des inscrits pour les votants et en pourcentages des
suffrages exprimés pour les forces politiques. Les sièges sont entre parenthèses. Les
résultats officiels de la participation en 2021 ne sont pas encore connus.
5
Sauf à Dartmouth—Cole Harbour (Nouvelle-Écosse) où le candidat conservateur s’est retiré peu de
temps avant la date limite du dépôt des candidatures, rendant impossible pour son parti de le
remplacer.
214 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES CANADIENNES DU 20 SEPTEMBRE 2021
Le tableau montre que la participation est en recul par rapport à celle de
2019, mais ce recul peut s’expliquer par la courte campagne électorale et le
contexte pandémique : les règles de distanciation ont fortement compliqué les
opérations de vote et notamment allongé les files d’attente. Malgré le recul de
l’horaire de fermeture des bureaux de vote, certains électeurs n’ont pas pu voter.
Les résultats de cette élection sont marqués par une remarquable stabilité
d’ensemble par rapport à ceux de 2019, avec des libéraux qui retrouvent un
gouvernement minoritaire. Comme en 2019, on a une inversion entre les résultats
en voix et ceux en sièges : les libéraux l’emportent avec 160 sièges contre 119
pour les conservateurs, alors que ces derniers sont en tête en termes de suffrages.
Comme en 2019, cette situation s’explique par la géographie électorale : les
conservateurs sont victimes de leur trop forte concentration de suffrages dans les
provinces de l’Ouest central (Alberta et Saskatchewan). Les principaux
mouvements électoraux en termes de suffrages concernent les petits partis avec
l’effondrement des Verts et la progression du parti populaire, alors que les quatre
principaux partis sont très stables, avec un effritement des libéraux et des
conservateurs et une petite progression des néodémocrates. L’effondrement des
Verts a majoritairement profité aux néodémocrates et aux libéraux, permettant à
ces derniers de compenser un léger recul en faveur des conservateurs qui ont
perdu sur leur droite au profit du parti populaire.
Tableau II : Québec
2006 2008 2011 2015 2019 2021
Votants 63,9 61,7 62,1 66,4 65,5 62,4
(75) (75) (75) (78) (78) (78)
Verts 4 3,5 2,1 2,3 4,4 1,5
NPD 7,5 12,2 (1) 42,9 25,4 10,7 (1) 9,8 (1)
(59) (16)
Libéraux 20,7 23,7 14,2 (7) 35,7 34,2 33,6
(13) (14) (40) (35) (35)
Bloc 42,1 38,1 23,4 (4) 19,3 32,5 32,1
(51) (49) (10) (32) (32)
Conservateurs 24,6 21,7 16,5 (5) 16,7 16 (10) 18,6
(10) (10) (12) (10)
PP 1,5 2,7
Autres 1,1 (1) 0,8 (1) 0,9 0,6 0,7 1,7
Rappel résultats des élections provinciales du 1er octobre 2018 : votants 66,5 %, CAQ 37,4
% (74), libéraux 24,8 % (32), PQ 17,1 % (9), QS 16,1 % (10), Verts 1,7 %, autres 2,9 %.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 215
PIERRE MARTIN
Au Québec, la stabilité est également la règle avec une petite progression
des conservateurs qui ont profité de la consigne en leur faveur du Premier ministre
François Legault, progression très insuffisante pour leur permettre de gagner des
sièges. On doit noter que François Legault a été fortement critiqué localement
pour sa gestion de la pandémie. Les libéraux restent en tête devant le Bloc, mais
perdent un siège au profit du Bloc.
Tableau III : Ontario
2006 2008 2011 2015 2019 2021
Votants 66,6 58,6 62,1 68,2 65,3 61,8
(106) (106) (106) (121) (121) (121)
Verts 4,7 8 3,8 2,9 6,2 2,2 (1)
NPD 19,4 18,2 25,6 16,6 (8) 16,8 (6) 17,8 (5)
(12) (17) (22)
Libéraux 39,9 33,8 25,3 44,8 41,5 39,3
(54) (38) (11) (80) (79) (78)
Conservateurs 35,1 39,2 44,4 35 (33) 33,2 34,9
(40) (51) (73) (36) (37)
PP 1,6 5,5
Autres 0,9 0,9 0,9 0,5 0,7 0,3
C’est encore dans l’Ontario que tout s’est joué en faveur des libéraux qui
y restent dominants. Ils y ont limité leur recul en faveur des conservateurs, ne
perdant au total qu’un siège. Comme en 2019, les conservateurs ont été victimes
de l’impopularité du Premier ministre provincial conservateur Doug Ford.
216 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES CANADIENNES DU 20 SEPTEMBRE 2021
Tableau IV : Provinces de l’Atlantique
2006 2008 2011 2015 2019 2021
Votants 64,5 58,8 62 (32) 70 (32) 67,6 61,6
(32) (32) (32) (32)
Verts 2,3 6 3 3,5 12,2 (1) 3,2
NPD 22,7 (3) 26 (4) 29,5 (6) 18 15,9 (1) 16,9
Libéraux 39,9 35 (17) 29,3 58,7 40,8 43,6
(20) (12) (32) (26) (24)
Conservateurs 34,5 (9) 29,6 37,9 18,9 28,6 (4) 31,5 (8)
(10) (14)
PP 1,2 4,4
Autres 0,6 3,4 (1) 0,3 0,8 1,2 0,4
Dans les provinces de l’Atlantique, la stabilité d’ensemble du niveau des
grands partis cache des mouvements non négligeables liés à l’effondrement des
Verts. Cet effondrement profite en partie aux libéraux, ce qui leur permet de
compenser des pertes vers les conservateurs. Au final, les conservateurs gagnent
4 sièges6 sur les libéraux, qui prennent les sièges néodémocrates et verts.
Tableau V : Ouest et Nord
2006 2008 2011 2015 2019 2021
Votants 63 (95) 56,7 59,6 70,1 66,7 62,8
(95) (95) (107) (107) (107)
Verts 5,3 8,5 5,9 (1) 5 (1) 6,9 (2) 2,9 (1)
NPD 22 (14) 21,5 26,5 19,5 18,8 24 (19)
(15) (16) (20) (16)
Libéraux 22,8 16,4 (8) 12 (4) 31,4 20,5 21,3
(16) (32) (17) (23)
Conservateurs 48,4 52,3 54,5 43,1 51,2 44,4
(65) (72) (74) (54) (71) (64)
PP 1,9 6,2
Autres 1,5 1,3 1,1 1 1 (1) 1,2
C’est dans l’Ouest et le Nord qu’ont eu lieu les évolutions les plus
sensibles avec un net recul en voix et en sièges des conservateurs qui y restent
cependant dominants. Les conservateurs perdent des voix vers le parti populaire
6
Dont deux en Nouvelle-Écosse, dans la dynamique de leur victoire sur les libéraux aux élections
provinciales du 17 août 2021.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 217
PIERRE MARTIN
en zones rurales et vers les néodémocrates et les libéraux en zones urbaines. Dans
les deux cas, la pandémie de Covid a sans doute accentué le phénomène de
polarisation entre la droite radicale anti-restriction et l’électorat urbain se
détournant des conservateurs, jugés comme manquant de fermeté contre la
pandémie. Les libéraux et les néodémocrates ont également profité du fort recul
des Verts qui conservent cependant un siège grâce à la réélection de leur
précédente leader Elisabeth May en Colombie-Britannique.
Les motivations de vote
Tableau VI : Meilleur parti par enjeu
Enjeu/Parti PCC PLC NPD Verts PP BQ Aucun
Coût de la vie 26* 24** 20 22 2 4 3 21
Santé 15 22 25 22 2 4 4 18
Économie et 11 28 25 17 2 4 3 17
emplois
Environnement 11 16 23 15 20 3 3 17
Intégrité 10 22 19 22 3 4 4 25
Impôts 5 28 21 18 2 4 3 22
vaccination 5 21 30 13 3 4 3 24
Dépenses 4 30 20 15 3 4 2 24
gouvernementales
Autres 13
* Enjeu prioritaire (1 seule réponse), pourcentages en colonne.
** Meilleur parti, pourcentage en ligne (INNOVATIVE RESEARCH 2021).
Le tableau VI nous indique que le coût de la vie a été de loin la première
question prioritaire dans le vote des Canadiens (26 %) devant la santé (15 %),
l’économie et l’emploi (11%), l’environnement (11 %)7 et l’intégrité (10 %). Les
impôts, la vaccination et les dépenses gouvernementales sont arrivés
sensiblement après dans les considérations des électeurs. Si les conservateurs sont
considérés comme le meilleur parti sur le coût de la vie et l’économie, ils ne
devancent pas beaucoup les libéraux sur ces deux enjeux importants. Là où ils ont
plus nettement l’avantage (impôts et dépenses), ce sont des enjeux secondaires.
Les libéraux ont un petit avantage sur la santé, devancent les Verts sur
l’environnement et ont nettement l’avantage sur la vaccination. Sur leur point
faible, l’intégrité, aucun autre parti ne soulève d’enthousiasme. Les
néodémocrates ont une bonne tenue partout, mais n’arrivent en tête nulle part. Les
7
Contre 25 % en 2019 (MARTIN 2019, 156).
218 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES CANADIENNES DU 20 SEPTEMBRE 2021
Verts ne sont crédibles que sur l’environnement, où ils sont devancés par les
libéraux. Le parti populaire n’est crédible sur aucune question. La position faible
du Bloc fait illusion, car en fait il est très crédible sur l’enjeu de la défense des
intérêts du Québec qui ne concerne que les Québécois.
Les conséquences politiques
« Tout ça pour ça ! » comme l’a déclaré Yves-François Blanchet le soir
des résultats (cité par LABBÉ 2021). Justin Trudeau a de nouveau gagné les
élections, mais il n’a toujours qu’un gouvernement minoritaire et n’a ainsi pas
atteint son objectif. Les conservateurs subissent un nouvel échec porteur de
divisions et de contestations de leur leader, à qui il est reproché d’avoir sacrifié
les principes du parti par opportunisme électoral, poussant certains électeurs
traditionnels à s’abstenir sans pour autant séduire les centristes déçus de Trudeau.
Les néodémocrates restent incapables de sortir de leur statut de minoritaires, de
« conscience sociale du Canada ». Suite à la déroute des Verts, Annamie Paul a
démissionné de son poste de leader le 27 septembre 2021. Malgré la vague de
chaleur exceptionnelle (dôme de chaleur) qui a frappé durant l’été la Colombie-
Britannique, les Verts ont été incapables de mettre la crise climatique en tête de
l’agenda. Seul le Bloc, qui s’est maintenu, et le parti populaire qui va bénéficier
de subventions fédérales grâce à son résultat à plus de 4 %, peuvent s’estimer
satisfaits.
Dans un premier temps, Justin Trudeau devrait pouvoir négocier avec les
néodémocrates et le Bloc à la Chambre, car aucun parti ne veut de nouvelles
élections, leurs caisses étant vides. Mais il est probable que de nouvelles élections
auront lieu avant quatre ans, dans une situation qui pourrait être moins favorable
pour les libéraux.
Bibliographie
DONAHUE, Yannick. 2021. « ‘M. Trudeau n’est pas un progressiste’, avertit
Jagmeet Singh ». Radio-Canada, 18 septembre. [Link]
[Link]/nouvelle/1825302/chef-liberal-npd-elections-canada-communes
INNOVATIVE RESEARCH. 2021. “Canada This Month Weekly Tracking:
Public Opinion Research.” September 13. [Link]
LABBÉ, Jérôme. 2021. « ‘On a envie de dire : « Tout ça pour ça »’, résume Yves-
François Blanchet ». Radio-Canada, 21 septembre. [Link]
[Link]/nouvelle/1825750/resultats-quebec-elections-federales-2021
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 219
PIERRE MARTIN
LÉGER. 2021. « Sondage Léger : le baromètre des priorités électorales des
Canadiens ». Le Journal de Montréal, 13 septembre.
[Link]
electorales-des-canadiens
MARTIN, Pierre. 2015. « Le triomphe de Justin Trudeau ». Commentaire 152 :
877-879. [Link]
justin-trudeau-11189
MARTIN, Pierre. 2019. « Les élections fédérales du 21 octobre 2019 ». Études
canadiennes 87 : 145-158. [Link]
220 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
Une étude géopolitique des réserves urbaines à Saskatoon et
Winnipeg : quels outils d’analyse, quels enseignements ?
Charlotte BEZAMAT-MANTES, Université de Paris 8
La création de réserves « indiennes » urbaines, phénomène récent au Canada, découle de la résolution
des revendications territoriales autochtones. Ces nouvelles réserves, à vocation économique,
catalysent des rivalités de pouvoir complexes entre les gouvernements non-autochtones et ceux des
Premières Nations et posent la question du droit à la ville des gouvernements autochtones. L’article
contextualise l’émergence des réserves urbaines, produits d’une stratégie territoriale et économique
originale, présente la méthodologie géopolitique suivie par l’auteure et synthétise les principaux
résultats de son travail de thèse fondé sur trois études de cas en Saskatchewan et dans le Manitoba.
The creation of ‘Indian’ urban reserves, a recent phenomenon in Canada, emerges from the resolution
of Indigenous land claims. These new reserves, intended to be economic vehicles, reveal the complex
power rivalries involving First Nations and non-Indigenous governments and question Indigenous
governments’ right to the city. This paper offers some context to understand the emergence of urban
reserves, the product of an unprecedented territorial and economic strategy; presents the geopolitics
methodology used by the author; and summarizes the main results of her doctoral dissertation,
centered around three case studies in Saskatchewan and Manitoba.
« Oh, ça va être un casino, une station-service, un tabac »1 ; « la valeur de
nos propriétés va baisser, la criminalité va augmenter, il va y avoir des
taudis et des chiens (errants) »2 ; « est-ce que vous pouvez me garantir que
je serai en sécurité quand je marcherai dans la rue la nuit si les Premières
Nations mettent la main sur cette propriété ? »3
Les propos en épigraphe, que me rapporta Jamie Wilson4 en 2016,
témoignent d’une crainte profondément ancrée chez les Winnipégois non-
autochtones par rapport à la présence des Premières Nations dans leur ville. Il
1
“Oh, it’s gonna be a casino, a gas bar, a smoke shop”
2
“Our property values are gonna go down, crime rates are gonna go up, we’re gonna have shanty
housing, and dogs”
3
“Can you guarantee me that I will be safe at night walking the streets if First Nations take over this
property?”
4
Commissaire aux relations découlant des traités au Manitoba entre 2010 et 2016 (WILSON 2016)
Wilson est membre de la Nation crie d’Opaskwayak.
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
s’agissait ici de réactions à la création d’une réserve indienne5 urbaine dans un
quartier très riche de la capitale manitobaine.
Les Autochtones représentent en 2016 environ 4,9 % de la population
canadienne (STATISTICS CANADA 2017a). Bien que l’identité autochtone
canadienne soit complexe et varie selon des facteurs culturels, historiques et
géographiques, l’article 35 de la Loi constitutionnelle reconnaît trois groupes
principaux d’Autochtones : les Inuits (3,9 % de la population autochtone), les
Métis (35,1 %) et les Premières Nations (58,4 %)6 (STATISTICS CANADA
2017b). Le présent article se concentrera uniquement sur les Premières Nations,
qui sont dotées de gouvernements (le Chef et le Conseil de la bande7) exerçant
leurs compétences et la souveraineté de leur communauté sur un territoire bien
spécifique : les réserves indiennes. Depuis 1867, le Parlement du Canada a la
compétence exclusive sur les Indiens et les réserves (PARLEMENT DU
ROYAUME-UNI 1867). Autrement dit, les Autochtones sont une
« responsabilité » fédérale.
La Loi sur les Indiens – outil législatif tentaculaire régulant depuis 1876
tous les aspects de la vie des membres des Premières Nations – définit une réserve
indienne comme une « parcelle de terrain dont Sa Majesté (la Reine du Royaume-
Uni, qui est également la cheffe d’État du Canada) est propriétaire et qu’elle a
mise de côté à l’usage et au profit d’une bande » (PARLEMENT DU CANADA
1985). Les réserves indiennes se trouvent, dans leur immense majorité, éloignées
des centres de population, des activités économiques, des infrastructures de
communication et des terres agricoles de bonne qualité.
Cet isolement géographique et la piètre qualité des terres de réserves sont
l’une des raisons pour lesquelles les gouvernements des Premières Nations se
trouvent aujourd’hui dans une situation de grande dépendance financière à
l’argent alloué par le gouvernement fédéral : il s’agit souvent de la seule source
de revenus des bandes. L’insuffisance de ces revenus fédéraux participe à créer
des conditions de vie très difficiles sur les réserves. En outre, la dépendance
financière des Premières Nations produit à son tour une dépendance politique des
gouvernements autochtones, dont les dépenses sont strictement encadrées par le
5
Le terme « indien », bien que largement tombé en désuétude dans le langage courant, continue
d’avoir une valeur légale. Un ou une Indienne est une personne inscrite sur le Registre des Indiens,
tenu par le Ministère fédéral des Affaires autochtones.
6
Les 2,7 % restants sont des personnes déclarant des identités autochtones multiples ou bien non
incluses dans les trois autres catégories.
7
Le terme « tribu », usité aux Etats-Unis, n’a aucune valeur légale au Canada ; le mot « bande »
désigne une communauté autochtone dont l’existence légale est reconnue par le gouvernement fédéral.
222 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
gouvernement fédéral. Les Premières Nations, qui revendiquent depuis les
premiers temps de la colonisation européenne leur droit à l’auto-détermination,
se trouvent donc entravées dans l’exercice de leur souveraineté.
Depuis la fin du XXe siècle, l’une des réponses proposées par certaines
Premières Nations à ce double problème de dépendance financière et politique
est la formulation d’une stratégie territoriale visant à créer du développement
économique à l’extérieur des réserves rurales, dans de nouveaux territoires
autochtones : les réserves urbaines. La résolution des revendications territoriales
autochtones, issues de traités signés à la fin du XIXe siècle, a récemment donné
aux Premières Nations les moyens légaux et financiers de créer ces nouveaux
territoires.
Les réserves urbaines sont théoriquement des enclaves de souveraineté
autochtone au beau milieud’une ville8. Elles sont généralement conçues et
aménagées par les Premières Nations comme des zones de développement
économique9 : on y trouve notamment des commerces et des espaces de bureaux,
appartenant généralement à la bande. Les revenus issus de ces zones de
développement économiques vont dans le coffre des gouvernements des
Premières Nations, qu’il s’agisse des bénéfices réalisés sur les ventes de biens et
de services ou bien des impôts qu’ils collectent sur leurs terres, comme la taxe sur
la consommation ou la taxe professionnelle.
Ces revenus, indépendants du gouvernement fédéral, apportent aux
Premières Nations une certaine dose d’agentivité, leur permettant d’accroître leur
autonomie politique. Elles ont ainsi les moyens financiers d’exercer leur droit
revendiqué à l’auto-détermination et d’améliorer les conditions socio-
économiques de leurs membres sur les réserves et en dehors.
La création de réserves urbaines, qui commence dans les années 1980 et
s’est accélérée depuis le milieu des années 2010, provoque des conflits entre les
gouvernements autochtones et tous les niveaux de gouvernements non-
autochtones : fédéral, provincial et municipal. Même si les formes et les
protagonistes de ces conflits diffèrent d’un cas à l’autre, l’enjeu du conflit est
8
La définition officielle (« une réserve urbaine est une réserve située à l’intérieur ou à proximité d’une
agglomération urbaine ») admet qu’une réserve urbaine peut se trouver en dehors d’un centre urbain,
sans que la « proximité » soit définie précisément. Ces réserves urbaines hors des villes provoquent
peu de conflits.
9
Et non comme des zones résidentielles – même si certains cas existent, comme la réserve urbaine de
la Première Nation de Long Plain en bordure de la ville de Portage la Prairie, dans le Manitoba.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 223
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
toujours le même : il s’agit d’obtenir ou de conserver le contrôle et l’usage d’un
territoire.
Je me suis penchée dans ma thèse de doctorat sur plusieurs cas de
réserves urbaines afin de chercher à comprendre les ressorts de ces conflits et d’en
identifier les conséquences sur le développement économique et la présence
urbaine des gouvernements autochtones (BEZAMAT-MANTES 2020).
Cet article est structuré en trois parties. Je commence par des éléments
de contextualisation permettant de comprendre l’origine des réserves urbaines et
leur potentiel subversif vis-à-vis de la géographie coloniale. Je développe ensuite
la démarche que j’ai suivie aux cours de mes travaux doctoraux et la méthodologie
utilisée. Enfin, je présente les cinq principaux résultats issus de mon travail de
thèse.
Premières Nations, revendications territoriales et géographie coloniale : les
réserves urbaines ou le droit à la ville des gouvernements autochtones
Pour comprendre d’où viennent les revendications territoriales
autochtones contemporaines, il faut revenir à la fin du XIXe siècle. Pendant la
période 1871-1923, le gouvernement fédéral et des dizaines de Premières Nations
signent 11 traités, appelés Traités Numérotés. Le non-respect de ces traités par le
gouvernementfédéral conduisit à l’émergence de revendications territoriales de la
part des Premières Nations et, plus d’un siècle après la signature des traités, à la
création de réserves urbaines.
Pour des raisons de concision, il n’est pas possible d’entrer dans le détail
dans la description du contexte et des raisons ayant poussé les gouvernements
autochtones et fédéral à signer ces documents fondateurs. L’élément essentiel pour
comprendre l’émergence des revendications territoriales autochtones est la promesse
faite par le gouvernement fédéral qu’en échange de l’accès accordé par les
Premières Nations au territoire et aux ressources, il réservera une partie de ce
territoire pour l’usage exclusif des premiers habitants du continent ; autrement dit
le gouvernement fédéral s’engage dans les Traités Numérotés à créer des réserves
indiennes, dont la taille sera proportionnelle au nombre de membres de chaque
communauté autochtone.
Or, des dizaines de Premières Nations signataires des traités ne reçurent
jamais la quantité totale de terres de réserve que le gouvernement fédéral leur
avait promise. Il existe ainsi une véritable dette territoriale du gouvernement
envers ces Premières Nations. Les communautés autochtones en question ont
donc ce que l’on appelle des « droits fonciers issus des traités ».
224 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
Pendant des décennies, ces droits fonciers – dont le gouvernement
fédéral a pourtant connaissance, comme la lecture des Lois des ressources
naturelles de 1929 de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba suffit à le
prouver – ne sont ni reconnus, ni appliqués. Jusqu’en 1951, l’article 141 de la Loi
sur les Indiens interdit aux Premières Nations de mener une action en justice
contre le gouvernement, y compris pour faire valoir la reconnaissance de leurs
droits territoriaux. Il faut attendre la décision Calder c. Colombie Britannique,
rendue par la Cour suprême en 1973, pour que le gouvernement fédéral se décide
à créer un Bureau des Revendications des Autochtones l’année suivante : c’est le
début de la résolution des revendications territoriales. Le long processus de
négociations entre le gouvernement fédéral, les provinces et les Premières
Nations aboutit à partir des années 1990.
En 1992, en Saskatchewan, 26 Premières Nations signent avec le
gouvernement fédéral et le gouvernement provincial un accord global appelé
Entente-cadre sur les droits fonciers issus des traités. L’Entente-cadre prévoit le
versement d’environ 430 millions de dollars aux Premières Nations, afin
qu’elles puissent acheter entre 1 700 et 6 300 kilomètres carrés de terres privées,
qu’elles pourraient faire ajouter à leurs réserves existantes.
Dans le Manitoba, les négociations sur les droits fonciers issus des traités
prennent une forme différente. Les 29 Premières Nations dont le gouvernement a
reconnu les droits territoriaux ont signé neuf accords différents entre 1994 et
2008 : quatre accords bilatéraux entre une Première Nation et le gouvernement
fédéral dans le nord du Manitoba, quatre autres dans le sud de la province et une
Entente-cadre globale tripartite (gouvernement fédéral, gouvernement du
Manitoba et 21 Premières Nations). Certaines de ces Premières Nations reçurent
de l’argent pour acheter des terres privées, comme en Saskatchewan, tandis que
d’autres obtinrent la possibilité de sélectionner une superficie prédéfinie de terres
publiques – les Terres de la Couronne – qui seraient ensuite ajoutées à leurs
réserves10.
Parmi toutes ces Premières Nations, je me suis intéressée dans mon
travail de thèse à un groupe spécifique : celles qui ont reçu de l’argent pour
acheter des terres privées, qu’elles peuvent sélectionner n’importe où elles le
souhaitent. Cette forme de résolution de la dette territoriale envers les Premières
Nations a révélé des rivalités de pouvoir profondes entre tous les niveaux de
gouvernement autochtones et non-autochtones. En effet, qu’une Première Nation
10
Dans le sud du Manitoba, il n’existe quasiment pas de Terres de la Couronne : les Premières Nations
du sud reçurent donc de l’argent pour acheter des terres privées à la place.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 225
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
achète un terrain privé ne suffit pas à en faire une terre de réserve : il faut que la
Première Nation passe par un processus très complexe, appelé conversion en
réserve, qui implique l’intervention et lacollaboration de quatre gouvernements :
le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial, le gouvernement municipal
et le gouvernement autochtone. C’est à ce processus de conversion en réserve que
je me suis particulièrement intéressée dans ma thèse, parce que c’est l’un des
moments qui provoquent le plus de conflits entre les gouvernements autochtones
et les autres.
Pour comprendre le potentiel conflictuel de la création des réserves
urbaines, il faut se rappeler que la géographie coloniale est toujours une réalité au
Canada. Cette géographie coloniale, de manière schématique, repose sur une
assignation des places : aux colons et à leurs descendants, la ville, et aux
Autochtones, le rural.
De la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, la politique du
gouvernement fédéral envers lesmembres des Premières Nations reposait, entre
autres, sur le principe de la ségrégation. Pendant des décennies, les Premières
Nations eurent interdiction de quitter la réserve indienne rurale ou de commercer
avec l’extérieur sans l’autorisation d’un représentant du gouvernement, l’agent
indien. En parallèle, on assistait à un véritable effacement de la présence
autochtone urbaine, via l’expropriation des réserves dans ou près des villes et la
relocalisation des Autochtones urbains sur des réserves rurales, tandis que les
lieux et les paysages étaient renommés avec des noms européens.
La mise à l’écart matérielle et symbolique des peuples autochtones,
produit de politiques gouvernementales délibérées, déboucha ainsi sur
l’émergence de deux représentations complémentaires : d’une part, celle d’une
incompatibilité fondamentale entre autochtonie et urbanité, et d’autre part, celle
de la ville comme un territoire européen par essence (PETERS 1996 ;
COULTHARD 2014, 173-174). Les Autochtones sont alors aux yeux des
Européens associés à la ruralité, au passé et plus généralement à l’idée de nature.
La ville représente quant à elle « le futur/la modernité, espace que l’Autochtone
est incapable d’occuper adéquatement sans que cela n’engendreun problème »
(PETERS 1996, 1).
Même si les membres des Premières Nations se sont largement urbanisés
depuis le milieu du XXe siècle, les gouvernements des Premières Nations eux
restent bel et bien ruraux : les villes et villages sont aujourd’hui dans leur
immense majorité sous souveraineté non-autochtone et, dans le même temps, la
majorité des réserves est située hors des espaces urbanisés. La création de
territoires urbains sous souveraineté autochtone présente alors un formidable
226 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
potentiel de rupture de cette géographie coloniale, venant remettre en cause la
représentation de la ville comme un territoire nécessairement non-autochtone.
Toutefois, l’extension de la souveraineté autochtone aux territoires
urbains ne se produit pas dans un vide. Les Premières Nations doivent créer une
toute nouvelle relation avec un type de gouvernement avec lequel elles n’ont que
très peu eu affaire – conséquence de leur relégation loin des centres urbains. En
effet, les Premières Nations doivent négocier avec les gouvernements municipaux
des villes où elles souhaitent établir une nouvelle réserve urbaine et conclure avec
eux un accord formel qu’elles doivent ensuite présenter au gouvernement fédéral.
S’il n’y a pas d’accord municipal, le gouvernement fédéral refuse de considérer
la création d’une nouvelle réserve. Ces négociations font ressortir des rivalités de
pouvoir entre Premières Nations et municipalités pour le contrôle du territoire de
la ville. La création de réserves urbaines ne se fait donc pas sans heurts et elle pose
la question de la place des gouvernements des Premières Nations dans les
territoires urbains et, in fine, de leur droit à la ville.
J’ai envisagé ces nouveaux territoires sous le prisme du concept de la
zone de contact, forgé par la linguiste américaine Mary Louise Pratt. Pratt définit
les zones de contact comme « des espaces sociaux dans lesquels les cultures se
rencontrent, se confrontent et s’appréhendent, souvent dans des contextes de
relations de pouvoir hautement asymétriques comme le colonialisme, l’esclavage
ou leurs conséquences telles qu’elles sont vécues en de nombreux endroits du
monde aujourd’hui »11 (PRATT 1991, 34).
Les chercheuses en urbanisme et en aménagement du territoire Libby
Porter et Janice Barry ont utiliséle concept de la zone de contact pour étudier les
relations entre gouvernements municipaux et autochtones dans un contexte plus
spécifiquement urbain (BARRY et PORTER 2011). Ce concept m’a permis de
m’interroger sur le rapport de forces entre les deux gouvernements, sur les
facteurs qui ont façonné ce rapport de forces et sur ses conséquences sur le rôle
et la place des Autochtones comme entités souveraines dans la ville.
La zone de contact que constitue une réserve urbaine est autant un espace
physique – là où les frontières des deux juridictions se touchent – qu’un espace
symbolique : la zone de contact est le lieu où « les systèmes de gouvernance
11
“the social spaces where cultures meet, clash and grapple with each other, often in contexts of
highly asymmetrical relations of power, such as colonialism, slavery or their aftermaths as they are
lived out in many parts of the world today”
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 227
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
autochtones et non-autochtones se rencontrent »12 (BARRY 2017). Ce concept de
la zone de contact a été un cadre d’analyse fondamental dans mon travail de thèse,
dont je vais à présent exposer la méthodologie.
La méthode géopolitique : une analyse multiscalaire et pluridisciplinaire
mettant les représentations au cœur de l’analyse
Ma thèse avait pour objet de comprendre comment les réserves urbaines
transforment les relations de pouvoir entre les Premières Nations et les différents
niveaux de gouvernement canadien. Mon hypothèse principale était que les
réserves urbaines représentaient un levier majeur pour l’émancipation et
l’autodétermination des Premières Nations et répondaient en partie à leurs
revendications de souveraineté.
Pour mener à bien mes analyses, je me suis appuyée sur trois cas d’étude
dans deux provinces. J’ai choisi le Manitoba et la Saskatchewan car ce sont les
deux seules provinces dans lesquelles des accords sur les revendications
territoriales ont été conclus, et c’est donc là que de nouvelles réserves indiennes
pouvaient être créées.
J’ai d’abord étudié l a réserve de la Nation Crie de Muskeg Lake dans
la ville de Saskatoon. Présentée comme un modèle de relations
intergouvernementales à suivre, c’est l’une des plus anciennes du Canada et c’est
la première réserve véritablement urbaine. Cette ancienneté m’a permisd’étudier
les dynamiques et les stratégies sous-jacentes à la création et au développement
de ces nouveaux territoires sur le long terme.
Ensuite, la réserve de la Première Nation de Long Plain créée en 2013 à
Winnipeg, la capitale du Manitoba, représentait un cas d’étude plus conflictuel,
plus récent, dans un contexte beaucoup plus institutionnalisé, offrant ainsi un
contraste intéressant avec la situation de Muskeg Lake.
Enfin, j’ai choisi d’étudier également le cas des Kapyong Barracks, un
terrain militaire désaffecté dans la ville de Winnipeg, parce qu’il y avait une
dynamique de conflit ouvert et durable avec l’Etat central mais aussi parce que
plusieurs gouvernements autochtones revendiquaient le terrain, posant ainsi la
question des rivalités de pouvoir potentielles entre les Premières Nations elles-
mêmes.
Pour réaliser ce travail de thèse, je me suis appuyée sur la démarche
géopolitique, initiée par le géographe Yves Lacoste et enseignée à l’Institut
12
“Indigenous and non-Indigenous governance systems meet”
228 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
Français de Géopolitique. La géopolitique est une démarche visant à analyser les
rivalités de pouvoir entre acteurs pour le contrôle du territoire. La démarche
géopolitique peut s’intéresser aux conflits entre États mais également à l’intérieur
même des États. Je me suis plus précisément inscrite dans la lignée des travaux de
Philippe Subra qui invite à considérer les conflits d’aménagement du territoire comme
des conflits géopolitiques à part entière (SUBRA 2012, 2014). En effet, même en
l’absence de conflit ouvert armé ou médiatisé, les acteurs qui s’affrontent dans les
conflits d’aménagement du territoire luttent eux aussi pour obtenir ou conserver le
contrôle sur un territoire donné : ces conflits sont donc eux aussi géopolitiques.
Pour décrire et analyser ces trois projets et leur potentiel conflictuel, j’ai
procédé en trois étapes. Dans un premier temps, j’ai cherché à identifier les acteurs
participant à chaque conflit et qui sont ancrés dans un territoire spécifique : qui
participe à ce conflit, en quel nom et au nom de quoi ? Quel est le territoire de
référence de ces acteurs, qu’appellent-ils « leur » territoire ? Il fallait aussi
s’interroger sur la dimension temporelle des rapports de force entre les acteurs,
car les rivalités de pouvoir qui les animent évoluent dans le temps. J’ai ensuite
cherché à préciser les enjeux du conflit : c’est-à-dire ce pourquoi les acteurs se
mobilisent, ce qu’ils cherchent à obtenir ou à empêcher. Enfin, j’ai cherché à
identifier les moyens du conflit : quels outils sont utilisés par les camps qui
s’affrontent ? Quelles sont les ressources mobilisées, les stratégies déployées, et
à quelles échelles ?
Révéler l’origine et les impacts des réserves urbaines a nécessité une
approche pluridisciplinaire. Pour comprendre l’émergence des revendications
territoriales autochtones, j’ai été puiser dans l’histoire, la science politique et le
droit. Pour mener mon enquête de terrain et collecter les discours véhiculés par
les acteurs du conflit, j’ai emprunté aux méthodes de la sociologie. Pour analyser
les ressorts des conflits d’aménagement du territoire, je me suis appuyée sur les
travaux de géographes, d’urbanistes et de géopolitologues.
L’analyse des représentations véhiculées par les acteurs du conflit est
l’un des outils de la démarche géopolitique. Il s’agit de comprendre comment les
protagonistes du conflit se représentent leur identité, leur histoire, leur territoire,
et ceux des autres. Identifier et déconstruire les représentations liées aux réserves
urbaines m’a permis de mettre en lumière les motivations et les stratégies des
acteurs autochtones, fédéraux, provinciaux et municipaux, ceci afin de
comprendre comment les rivalités de pouvoir multiacteurs et multiscalaires
influençaient la fabrique des territoires urbains.
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 229
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
Les entretiens avec les acteurs se sont avérés dans le cadre de cette thèse
indispensables pour comprendre les représentations liées aux réserves urbaines
parce qu’elles sont peu traitées dans la presse et que la littérature est mince13.
Pour réaliser mon enquête de terrain, j’ai passé dix-huit mois à Winnipeg entre
septembre 2015 et juillet 2017 en tant qu’étudiante invitée au département
d’études autochtones de l’Université du Manitoba. Je me suis également rendue
à Saskatoon (Saskatchewan). J’ai mené une quarantaine d’entretiens qui m’ont
permis de rencontrer des chefs de Premières Nations, des responsables du
développement économique et des acquisitions territoriales de plusieurs
Premières Nations, des conseillers municipaux, des chercheurs ou encore des
fonctionnaires des gouvernements municipaux, manitobain et fédéral14. Ces
entretiens m’ont fourni un matériau riche et absolument indispensable, non
seulement pour collecter des données factuelles, mais aussi et surtout pour
recueillir les discours et comprendre les stratégies des acteurs impliqués dans la
création et le développement des réserves urbaines.
Les analyses menées dans ma thèse m’ont permis de parvenir à plusieurs
conclusions, que je vais succinctement présenter.
Une analyse géopolitique des réserves urbaines : principaux résultats
Premièrement, mon hypothèse de départ, comme je l’ai expliqué, était
que les réserves urbaines représentaient un formidable outil pour
l’autodétermination des Premières Nations, car elles devaient servir de réparation
à la dépossession territoriale qui avait précédé. A l’issue de mes travaux, je suis
pourtant arrivée à la conclusion inverse, qui constitue le principal résultat de ma
thèse. Je démontre en effet que les réserves urbaines, perçues par les Premières
Nations comme un outil au service de leur émancipation, produisent au contraire
une nouvelle forme de dépossession, plus subtile qu’auparavant. Avec les
réserves urbaines, telles qu’elles sont créées aujourd’hui en tout cas, les peuples
autochtones sont dépossédés non plus de leurs territoires, mais de leur autorité
politique, de leur contrôle sur ces territoires.
Deuxièmement, j’ai montré dans ma thèse que pour comprendre
comment les réserves urbaines bouleversent la géographie coloniale, il faut
mesurer le degré de contrôle effectif des Premières Nations sur leurs nouveaux
territoires urbains, et donc étudier les relations entre gouvernements autochtones
13
Il n’existe par exemple qu’un seul ouvrage entièrement consacré aux réserves urbaines (BARRON
et GARCEA 1999)
14
Cette quarantaine d’entretiens comprend ceux que j’ai menés pour mon mémoire de Master 2
(BEZAMAT-MANTES 2014).
230 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
et municipaux. J’ai donc retracé la genèse des zones de contact entre les
gouvernements des Premières Nations et lesgouvernements municipaux. J’ai pu
montrer que, dans le cas des réserves urbaines, la zone de contact
intergouvernemental est construite sur quatre dimensions principales :
l’aménagement du territoire, la législation, la fiscalité et la question des services
municipaux. Mon analyse du rapport de force entre les Premières Nations et les
municipalités hôtes des réserves urbaines a démontré qu’il existe un strict
encadrement de la souveraineté autochtone au niveau local.
La définition et l’analyse des zones de contact de la Nation Crie de
Muskeg Lake et de la Première Nation de Long Plain montrent en effet clairement
que le contrôle sur le territoire n’est pas exercé librement par les Premières
Nations. On assiste à une déconstruction, volontaire par les municipalités, de la
discontinuité entre la réserve indienne et la ville. La législation, les pratiques
d’aménagement du territoire, la gestion du foncier ou encore le régime de fiscalité
des réserves urbaines sont alignés sur ceux de la municipalité-hôte. Les
gouvernements des Premières Nations conservent, sur le papier, l’autorité
politique sur leurs terres de réserve, mais cette autorité ne peut être exercée
concrètement que dans le cadre prédéfini par la municipalité.
La littérature avait déjà noté que la coopération des municipalités était un
facteur déterminant pour la création de nouvelles réserves urbaines (BARRON et
GARCEA 1999). Mes cas d’études m’ont permis de préciser l’impact de la
relation avec la municipalité sur les projets de réserves urbaines. Muskeg Lake
perçoit sa relation avec la ville de Saskatoon comme une relation
intergouvernementale constructive et très positive ; Long Plain, par contraste,
considère la création de sa relation avec Winnipeg comme une obligation à
laquelle elle a dû se soumettre et l’exaspération envers la ville est parfois évidente.
Pourtant, les zones de contact que constituent les deux réserves urbaines sont
quasiment identiques sur les quatre dimensions de l’aménagement du territoire,
de la législation, des services municipaux et de la fiscalité. J’ai ainsi révélé que,
pour une Première Nation, avoir une relation conflictuelle avec le gouvernement
municipal peut retarder la création d’une réserve urbaine, mais qu’avoir une
relation positive avec la ville n’accroît pas pour autant son niveau de contrôle sur
ses territoires urbains.
En troisième lieu, j’ai montré, grâce à l’analyse multiscalaire, que l’on
ne peut comprendre le rapport de forces entre Premières Nations et municipalités
qu’en incluant une analyse aux échelons supérieurs, impliquant les
gouvernements fédéral et provincial. C’est la Politique fédérale d’Ajouts aux
Réserves qui rend obligatoire la conclusion d’un accord formel, appelé accord
Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021 231
CHARLOTTE BEZAMAT-MANTES
municipal, entre la Première Nation qui veut créer une réserve urbaine et la
municipalité-hôte. L’obligation pour les gouvernements autochtones de présenter
au gouvernement fédéral un accord municipal fait pencher le rapport de force à
l’avantage des municipalités. Les villes sont ainsi en position dominante dans les
négociations avec les Premières Nations et peuvent donc déterminer les
paramètres de la zone de contact. Or, si le gouvernement fédéral rend obligatoire
la conclusion d’un accord municipal, c’est pour garantir aux gouvernements
provinciaux – qui chapeautent les municipalités – que la création de nouvelles
réserves se fera en consultation avec les gouvernements municipaux. Le rapport
de force local entre Premières Nations et municipalités est donc aussi le produit
de dynamiques de plus petite échelle, impliquant les gouvernements fédéral et
provincial.
Quatrièmement, l’analyse multiscalaire m’a permis de résoudre un
paradoxe apparent de la stratégie d’autonomisation des Premières Nations via les
réserves urbaines – le paradoxe étant qu’elles acceptent la restriction de l’exercice
de leur souveraineté, alors que leur objectif est d’accroître les moyens de la mise
en œuvre de l’autodétermination. En fait, l’autonomie recherchée par les
Premières Nations s’inscrit avant tout dans le cadre de leur relation avec l’Etat
fédéral – parce que c’est lui qui chapeaute les gouvernements autochtones, c’est
lui qui détient les réserves et qui tient les cordons de la bourse. Les réserves
urbaines permettent dans ce contexte de peser sur un obstacle fondamental à
l’autonomie des Premières Nations, c’est-à-dire leur dépendance financière au
gouvernement fédéral. Ainsi, mon analyse multiscalaire permet de mieux
appréhender les stratégies d’autonomisation des Premières Nations. Mes travaux
démontrent qu’il y a bel et bien un strict encadrement de la souveraineté
autochtone par les municipalités au niveau local, mais que les Premières Nations
considèrent cette restriction de leur souveraineté comme un compromis
nécessaire en l’état actuel. Ce compromis est nécessaire parce qu’il leur permet
de mettre en œuvre leur stratégie de développement économique, pour obtenir, à
une autre échelle, les moyens matériels de l’autonomie vis-à-vis du gouvernement
fédéral.
Enfin, avec le cas des Kapyong Barracks, j’ai mis en évidence que le
territoire couvert par le Traité n°1 représentait un territoire de référence pertinent
pour analyser l’évolution des stratégies d’autonomisation des Premières Nations.
C’est sur l’appartenance à une histoire commune que se construit le discours de
reformation de la nation précoloniale mis en avant par les Premières Nations du
Traité n°1. Cette histoire commune a servi à cimenter le front commun des
Premières Nations face au gouvernement fédéral et c’est autour de cette histoire
commune que s’articule la stratégie économique de ces Premières Nations sur les
Kapyong Barracks. Mon analyse des rivalités de pouvoir pour le contrôle de
232 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
UNE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE DES RÉSERVES URBAINES À SASKATOON ET WINNIPEG :
QUELS OUTILS D’ANALYSE, QUELS ENSEIGNEMENTS ?
l’ancien terrain militaire révèle alors l’émergence d’un nouveau niveau d’analyse
pertinent. Il ne s’agit plus seulement d’analyser, à l’échelle locale, les relations
entre Premières Nations et municipalité et, à l’échelle régionale, les relations entre
le gouvernement provincial et les Premières Nations. Il faut également prendre en
compte un niveau d’analyse supplémentaire : celui des relations entre les
Premières Nations elles-mêmes, où le territoire de référence n’est plus la réserve
ou la province mais le territoire couvert par le Traité, et qui transcende à la fois
les limites des réserves et les frontières coloniales des provinces.
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234 Études canadiennes/Canadian Studies, n° 91, décembre 2021
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achevé d'imprimer janvier 2022