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Corrigé d'examen de mathématiques avancées

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Mejdi Abassi
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Examens corrigés

François DE M ARÇAY
Département de Mathématiques d’Orsay
Université Paris-Saclay, France

1. Examen 1

Exercice 1. [Inégalité de Tchebychev] Soit f : Rd −→ R+ une fonction intégrable à


valeurs positives qui est Lebesgue-intégrable. Pour α > 0, on pose :
Eα := x ∈ Rd : f (x) > α .


Montrer que (figure-bonus possible) :


Z
 1
m Eα 6 f.
α
Exercice 2. En dimension d > 1, soit une fonction mesurable f : Rd −→ R+ à valeurs
positives finies.
(a) Rappeler la définition initiale de la mesurabilité d’une fonction, puis des caractérisa-
tions équivalentes.
(b) Montrer que, pour tout entier k ∈ Z, les sous-ensembles :
Ek := x ∈ Rd : 2k−1 < f (x) 6 2k


sont mesurables dans Rd .


(c) Montrer que l’on a la réunion disjointe (figure-bonus possible) :

[
Ek = x ∈ Rd : f (x) > 0 .

k=−∞

(d) Pour tout entier n ∈ N, on introduit la fonction étagée :


k=+n
X
Fn := 2k 1Ek ,
k=−n

ainsi que F := lim Fn . Montrer que l’on a en tout point :


n→∞
1
2
F 6 f 6 F.
(e)
P∞ Montrer que la fonction d’origine f est Lebesgue-intégrable si et seulement si
k
k=−∞ 2 m(Ek ) < ∞.
1
2 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(f) Avec a, b ∈ R, on introduit les deux fonctions :


 1  1
 
pour 0 < |x| 6 1, pour |x| > 1,
f (x) := |x|a et g(x) := |x|b
0 autrement, 0 autrement.
 

En utilisant (e), montrer que f est Lebesgue-intégrable sur Rd exactement lorsque a < d,
et aussi, montrer que g est Lebesgue-intégrable sur Rd exactement lorsque b > d.
Exercice 3. Sur un segment compact [a, b] b R, soit f : [a, b] −→ R une fonction réelle
quelconque, pas forcément bornée. Montrer qu’on peut néanmoins définir sans modifica-
tion la notion de Riemann-intégrabilité de f , mais montrer alors que si, pour tout ε > 0,
il existe une subdivision ∆ de [a, b] telle que la différence entre les sommes de Darboux
supérieure et inférieure de f satisfait Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 ε, alors ceci implique en fait que
f est nécessairement bornée.
Exercice 4. Soient E1 , E2 , E3 , . . . ⊂ Rd une infinité dénombrable d’ensembles mesurables
emboîtés de manière décroissante les uns dans les autres :
Ek ⊃ Ek+1 (k > 1).

On suppose que pour un certain entier k0 > 1, on a :



m Ek0 < ∞.
En utilisant un théorème fondamental énoncé avec soin concernant les réunions dénom-
brables disjointes d’ensembles mesurables, montrer que (figure-bonus possible) :
\∞ 

m Ek = lim m EK ,
K→∞
k=1

puis trouver un exemple simple faisant voir que cette conclusion peut être mise en défaut
sans l’existence de k0 tel que m(Ek0 ) < ∞.
Exercice 5. Le but de cet exercice est de montrer que recouvrir les sous-ensembles E ⊂ Rd
par un nombre fini de cubes ne suffit pas à produire un concept réellement satisfaisant de
mesure extérieure m∗ (E). On se restreint ici à la dimension d = 1. En effet, la mesure
extérieure de Jordan m∗J (E) peut être définie par :
J
X
m∗J (E) = inf Ij ,
j=1

où l’infimum est pris sur les recouvrements finis :


J
[
E ⊂ Ij ,
j=1

par des intervalles fermés Ij .


(a) Montrer que m∗J (E) = m∗J E pour tout sous-ensemble E ⊂ R.


(b) Trouver un sous-ensemble dénombrable E ⊂ [0, 1] tel que m∗J (E) = 1, tandis que sa
mesure extérieure de Lebesgue vaut m∗ (E) = 0.
1. Examen 1 3

Exercice 6. Dans Rd , soit un nombre fini quelconque n > 1 de sous-ensembles mesurables


A1 , A2 , . . . , An ⊂ Rd de mesures finies :
m(A1 ) < ∞, m(A2 ) < ∞, ......, m(An ) < ∞.
Montrer que (figure-bonus possible) :
  X X  
m A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An = (−1)k−1 m Ai1 ∩ Ai2 ∩ · · · ∩ Aik .
16k6n 16i1 <i2 <···<ik 6n

Exercice 7. Soit m la mesure de Lebesgue sur R et soit ε > 0 arbitrairement petit.


Construire un ouvert Ω ⊂ R dense dans R tel que m(Ω) 6 ε.
Exercice 8. Soit f ∈ Cc0 (Rd , R) une fonction réelle continue à support compact. Montrer
que : Z
0 = lim f (x − h) − f (x) dx.
h→0 Rd
d
supp(f ) ⊂ B(0,
Indication: Si R R) pour un rayon R  1 assez grand, se limiter à h ∈ R avec
|h| < 1 et se ramener à B(0,R+1) .
Exercice 9. Trouver une suite de fonctions en escalier fn : [0, 1] −→ R+ satisfaisant :
Z 1
0 = lim fn (x) dx,
n→∞ 0
mais telle que, en tout point x ∈ [0, 1], la suite numérique :
∞
fn (x) n=1
soit bornée et ne converge vers aucune valeur réelle. Indication: Utiliser la suite double
Fk,m (x) := 1[ k−1 , k ] pour 1 6 k 6 m, illustrer son comportement pour m = 1, 2, 3, 4,
m m
décrire en mots les idées qui viennent à l’esprit, et enfin, rédiger en détail une démonstra-
tion rigoureuse.
4 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

2. Corrigé de l’examen 1

Exercice 1. Comme f : Rd −→ R+ est Lebesgue-intégrable, pour tout réel α > 0, l’en-


semble de sur-niveau :
Eα := x ∈ Rd : f (x) > α


est mesurable dans Rd . De plus, l’inégalité entre fonctions :


f (x) > α · 1Eα (x) (∀ x ∈ Rd ),

est claire lorsque x 6∈ Eα car f (x) > 0 = α·0 par hypothèse, et vraie aussi lorsque x ∈ Eα ,
car f (x) > α = α · 1, donc elle est satisfaite partout.
Par intégration de cette inégalité, nous obtenons instantanément :
Z

f > α · m Eα ,
Rd

ce qui donne bien m(Eα ) 6 α1 Rd f .


R

α · m(Eα )

α α

R
Rd f

Eα Eα Eα

Géométriquement, l’hypographe de f :
(x, y) ∈ Rd × R+ : 0 6 y 6 f (x) ,

R
dont la mesure (d + 1)-dimensionnelle vaut Rd f d’après un théorème du cours, est
« coupé » à hauteur α > 0, et sur le sous-ensemble Eα ⊂ Rd où f > α, on ne retient que
la valeur-type α, ce qui correspond à restreindre la considération au « pseudo-rectangle »
de hauteur α et de « base » Eα , lequel est entièrement contenu dans l’hypographe de f
au-dessus de Eα :
 
(x, y) : x ∈ Eα , 0 6 y 6 α ⊂ (x, y) : x ∈ Eα , 0 6 y 6 f (x) ,
et par intégration « visuelle », on trouve bien que l’aire de ce pseudo-rectangle est inférieure
à l’aire intégrale totale : Z

α · m Eα 6 f.
Rd
2. Corrigé de l’examen 1 5

Exercice 2. (a) Une fonction f : E −→ {−∞} ∪ R ∪ {∞} définie sur un sous-ensemble


mesurable E ⊂ Rd est dite mesurable si, pour tout a ∈ R, son ensemble de sous-niveau :
f −1 [−∞, a[ = x ∈ E : f (x) < a ,
 

est un sous-ensemble mesurable de Rd . Dans le cours, on a obtenu les caractérisations


équivalentes suivantes :
• pour tout a ∈ R, l’ensemble :

x ∈ E : f (x) 6 a
est mesurable ;
• pour tout a ∈ R, l’ensemble :

x ∈ E : f (x) > a
est mesurable ;
• pour tout a ∈ R, l’ensemble :

x ∈ E : f (x) > a
est mesurable ;
• pour tout couple de nombres réels finis :
−∞ < a < b < +∞,
les ensembles-tranches : 
a<f <b
sont mesurables ;
• plus généralement, il en va de même en remplaçant {a < f < b} par l’un des trois
ensembles :
  
a6f <b , a<f 6b , a6f 6b .
(b) On en déduit que pour tout k ∈ Z, les ensembles Ek := {x ∈ Rd : 2k−1 < f (x) 6
2k } sont mesurables dans Rd .
(c) Pour tout k ∈ Z, l’ensemble Ek = {x ∈ Rd : 2k−1 < f (x) 6 2k } est contenu dans
l’ensemble :
E ∗ := x ∈ Rd : f (x) > 0 ,


donc : [
Ek ⊂ E ∗ .
k∈Z
Pour l’inclusion opposée, soit x ∈ E ∗ quelconque. Comme f (x) > 0, et comme la
réunion d’intervalles enchaînés :
a
2k−1 , 2k = ]0, ∞[

k∈Z

est disjointe, il existe un unique entier kx ∈ Z tel que :


2kx −1 < f (x) 6 2kx ,
ce qui signifie x ∈ Ekx , et donne bien :
[
Ek ⊃ E ∗ .
k∈Z
6 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(d) Soit x ∈ Rd quelconque fixé.


• Si f (x) = 0, alors pour tout n ∈ N, puisque x 6∈ Ek quel que soit k ∈ Z, on a :
X
Fn (x) = 2k 1Ek (x) = 0,

|k|6n

puis en faisant n −→ ∞ :
F (x) = 0 = f (x),
d’où trivialement F (x) 6 f (x) 6 F (x), car 21 0 6 0 6 0, c’est très vrai, mon bébé !
1
2
• Si maintenant f (x) > 0, il existe un unique kx ∈ Z tel que x ∈ Ekx , d’où pour tout
n > |kx | :
Fn (x) = 2kx ,
puis en faisant n −→ ∞ :
F (x) = 2kx .
Comme par définition de kx on a :
1
F (x) = 2kx −1 < f (x) 6 2kx = F (x),
2
en relaxant la « strictitude » de l’inégalité à gauche, nous obtenons bien 12 F (x) 6 f (x) 6
F (x).
(e) Comme f : Rd −→ R+ est mesurable àR valeurs positives finies, f est Lebesgue-
intégrable (par définition !) si et seulement si Rd f < ∞. Or une intégration de l’enca-
drement de f par F obtenu à l’instant dans la question précédente donne :
Z Z Z
1
F 6 f 6 F,
2 Rd Rd Rd

donc f est Lebesgue-intégrable sur Rd si et seulement si F l’est.


Maintenant, il est temps d’observer que la suite (Fn )∞
n=1 de fonctions positives est crois-
sante :
Fn+1 (x) − Fn (x) = 2−(n+1) 1E−n−1 (x) + 2n+1 1En+1 (x) > 0,
ce qui permet d’appliquer le théorème de convergence monotone pour obtenir :
Z Z   Z
F = lim Fn = lim Fn
Rd Rd n→∞ n→∞ Rd
Z X 
k
= lim 2 1Ek
n→∞ Rd |k|6n
X
2k m Ek

= lim
n→∞
|k|6n
X
2k m Ek

=
k∈Z
∈ R+ ∪ {∞},
et donc on a bien :
Z Z X
2k m Ek .

f < ∞ ⇐⇒ F < ∞ ⇐⇒
Rd Rd k∈Z
2. Corrigé de l’examen 1 7

(f) Avec un exposant a ∈ R, la fonction :


(
|x|−a lorsque 0 < |x| < 1,
fa (x) :=
0 ailleurs,
est mesurable à valeurs > 0.
Puisque dans la boule unité fermée {|x| 6 1}, on a |x|c 6 1 pour tout exposant réel
c > 0, la fonction fa est toujours intégrable lorsque a 6 0.
Supposons donc a > 0, et, en application de ce qui précède, regardons, pour tout k ∈ Z,
les ensembles :
Ek = x ∈ Rd : 2k−1 < fa (x) 6 2k


= x ∈ Rd : 0 < |x| 6 1 et 2k−1 < |x|1a 6 2k




= x ∈ Rd : 0 < |x| 6 1 et 1k 6 |x| < k−1 1



,
2a 2 a

qui s’avèrent ainsi visuellement être une collection infinie d’anneaux (en dimension d = 2),
ou de coquilles sphériques (en dimension d = 3), emboîtés.
Or lorsque k 6 0, on voit que Ek = ∅, et donc seuls les Ek avec k > 1 interviennent.
Maintenant, grâce à la question (e), f est Lebesgue-intégrable si et seulement si :
X∞
2k m Ek < ∞.

k=1
Mais chacune de ces coquilles d-dimensionnelles Ek avec k > 1 apparaît manifestement
comme étant la dilatée du facteur 1k de la coquille de référence :
2a

Ca := x ∈ Rd : 1 6 |x| < −1 1 ,

2 a

évidemment de mesure strictement positive finie 0 < m(Ca ) < ∞, et donc d’après la
propriété naturelle de dilatation de la mesure de Lebesgue :
m λ · F = λd m(F )

(λ > 0, F ⊂ Rd mesurable),

on obtient ici :  d
1
· m Ca ,
 
m Ek = k
2
a

d’où enfin, en reconnaissant une série géométrique sérendipitrice :



X∞ X∞
d
∞
 lorsque a > d,
2k m Ek = m Ca 2k(1− a ) =
 
(1− ad )
2
k=1 k=1 m(Ca )
 d lorsque 0 < a < d,
1 − 2(1− a )
ce qui montre que fa est intégrable si et seulement si a < d.
Passons maintenant au cas — fort similaire ! — de la fonction :
(
|x|−b là où |x| > 1,
gb (x) :=
0 ailleurs.
Lorsque b > 0, elle est manifestement non-intégrable.
Supposons donc b > 0. Dans ce cas :
Ek = x ∈ Rd : |x| > 1 et 1k 6 |x| < 1

k−1 ,
2b 2 b
8 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

avec Ek = ∅ pour k > 1. Toujours avec :


Cb := x ∈ Rd : 1 6 |x| < 1

1 ,
2− b

on vérifie que :
∞ lorsque 0 < b 6 d,

0 0
k(1− db )
X  X
2 m Ek = m Cb
k

2 = 1
m(Cb ) d lorsque b > d,
k=−∞ k=−∞
1 − 2 b −1
ce qui montre que gb est intégrable si et seulement si b > d.
Exercice 3. Soit f : [a, b] −→ R une fonction réelle quelconque, pas forcément bornée.
Dans la définition des sommes de Darboux associées à des subdivisions ∆ ⊂ [a, b], il se
peut alors que l’infimum de f sur un intervalle de la subdivision (ou son supremum) soit
infini, auquel cas la somme de Darboux correspondante est infinie. Dans tous les cas rien
ne nous empêche de vérifier si pour tout ε > 0, il existe une subdivision de [a, b] :

∆ = a = x0 < x1 < · · · < xn−1 < xn = b ,
telle que :
Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 ε.
Supposons cette condition verifiée pour un ε > 0 fixé, et montrons qu’alors f est né-
cessairement bornée. Raisonnons par l’absurde et supposons f non bornée, par exemple
sup[a,b] f = +∞. Alors il existe un entier 1 6 k 6 n tel que sur Ik = [xk−1 , xk ], on a
supIk f = +∞ et donc Σ∆ (f ) = +∞. Mais alors
Σ∆ (f ) > Σ∆ (f ) − ε = +∞.
Cela entraîne que sur un certain intervalle Il = [xl−1 , xl ], on a inf Il f = +∞, ce qui est im-
possible, car on considère des fonctions dont toutes les valeurs sont réelles. En conclusion,
si une fontion vérifie la définition de Riemann-intégrabilité, elle est nécessairement bornée.
Une autre démonstration possible part d’une caractérisation obtenue dans le cours :
une fonction f : [a, b] −→ R définie sur un intervalle compact [a, b] ⊂ R est Riemann-
intégrable si et seulement si, pour tout ε > 0, il existe deux fonctions en escalier encadrant
f:
esc esc
f1,ε 6 f 6 f2,ε ,
telles que :
Z b Z b
esc esc

06 f2,ε − f1,ε 6 ε.
a a
La fonction f sera de nouveau implicitement bornée, puisque les fonctions en escalier
sont (par nature) bornées.
Exercice 4. Cela apparaît explicitement dans le cours, mais refaisons la démonstration.
Quitte à renuméroter la suite, on peut supposer que k0 = 1 après éliminination des
ensembles E1 , . . . , Ek0 −1 qui ne comptent pas dans l’intersection infinie. Posons E :=
T ∞
k=1 Ek , et considérons alors les différences :

Ek Ek+1 (k > 1),
2. Corrigé de l’examen 1 9

de telle sorte qu’on peut représenter sous forme de réunion disjointe :



[  
E1 = E ∪ Ek Ek+1 .
k=1

Grâce au théorème d’additivité dénombrable disjointe, on peut alors calculer :


K−1
Xh
  i
m E1 = m(E) + lim m Ek − m Ek+1
K→∞
k=1

= m(E) + m E1 − lim m EK .
K→∞

Puisque m E1 < ∞, à gauche et à droite, on a des nombres réels positifs finis, donc après
simplification :

m(E) = lim m EK .
K→∞

Sans l’hypothèse que m Ek < ∞ à partir d’un certainT∞ rang k > k0 , l’énoncé est faux,
car si on prend par exemple Ek := [k, ∞[ ⊂ R, alors k=1 Ek = ∅ tandis que m(Ek ) = ∞
pour tout k > 1, ce qui entraîne la non-coïncidence :
\ ∞ 

m Ek = 0 6= ∞ = lim m EK .
K→∞
k=1

Exercice 5. (a) Pour prouver l’égalité demandée, on va raisonner par double inégalité.
• Avec ε > 0 arbitrairement petit, soit ∪Jj=1 Ij un recouvrement de E par un nombre fini
d’intervalles fermés tels que :
J
X
|Ij | 6 m∗J (E) + ε.
j=1

Alors en utilisant le fait qu’une réunion finie de fermés est fermée, il vient en prenant les
adhérences :
E ⊂ ∪ Ij = ∪ Ij .
16j6J 16j6J

Donc ∪Jj=1 Ij est aussi un recouvrement de la fermeture E par un nombre fini d’intervalles
fermés, ce qui implique par définition de m∗J (E) :
J
X
m∗J

E 6 |Ij |.
j=1

Cette inégalité étant vraie pour tout recouvrement de E, on peut passer à l’infimum, c’est-
>
à-dire faire ε −→ 0, pour obtenir une première inégalité :
m∗J E 6 m∗J (E).


• L’inégalité inverse est plus « naturelle-automatique », donc plus facile. En effet, si ∪Jj=1 Ij
est un recouvrement de E par un nombre fini intervalles fermés, alors l’inclusion :
E ⊂ E ⊂ ∪
16j6J
Ij ,
10 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

PJ
fait voir que ∪Jj=1 Ij est aussi un recouvrement de E, ce qui donne m∗J (E) 6 j=1 |Ij |,
puis en prenant l’infimum, l’inégalité inverse conclusive :
m∗J (E) 6 m∗J (E).
Notons qu’en réalité, nous venons simplement de ré-utiliser le fait connu que la mesure
extérieure de Jordan est croissante sur toute inclusion telle que E ⊂ E.
(b) On cherche ici un ensemble dénombrable de mesure de Borel-Lebesgue nulle dont
l’adhérence soit de mesure grande au sens de Jordan. Il vient naturellement à l’esprit de
regarder :
E := Q ∩ [0, 1],
qui a pour adhérence E = [0, 1].
Cet ensemble E est dénombrable car Q l’est, donc mesurable de mesure de Borel-
Lebesgue m(E) = m∗ (E) = 0.
Mais d’après la question précédente,
m∗J (E) = m∗J E = m∗J ([0, 1]) = 1,


puisque Jordan n’a pas fait la bêtise de ne pas attribuer 1 comme mesure — et comme
mesure extérieure ! — à l’intervalle unité [0, 1], ce qu’on peut vérifier rapidement comme
suit.
Tout recouvrement ∪Jj=1 Ij de [0, 1] par des intervalles vérifie nécessairement
PJ
j=1 |Ij | > 1, et comme on a même égalité en utilisant le recouvrement I1 = [0, 1], nous
déduisons bien que m∗J ([0, 1]) = 1.
Exercice 6. Les complémentaires des sous-ensembles Ai ⊂ Rd seront notés de manière
abrégée :
Rd \Ai =: Aci (i = 1, 2, 3 ··· ).

Pour la formule visée, le cas n = 1 est trivial, tandis que le cas n = 2 se démontre en
partant des trois réunions disjointes :
A1 ∪ A2 = (A1 ∩ Ac2 ) ∪ (A1 ∩ A2) ∪ (Ac1 ∩ A2),
A1 = (A1 ∩ Ac2 ) ∪ (A1 ∩ A2 ),
A2 = (A1 ∩ A2 ) ∪ (Ac1 ∩ A2 ),
dont on n’hésite pas à prendre les mesures :
m(A1 ∪ A2 ) = m(A1 ∩ Ac2 ) + m(A1 ∩ A2 ) + m(Ac1 ∩ A2 ),
m(A1 ) = m(A1 ∩ Ac2 ) + m(A1 ∩ A2 ),
m(A2 ) = m(A1 ∩ A2 ) + m(Ac1 ∩ A2 ),
et en remplaçant dans la première ligne les valeurs soulignées dans les lignes 2 et 3, on
obtient bien après petit toilettage arithmétique :
m(A1 ∪ A2 ) = m(A1 ) + m(A2 ) − m(A1 ∩ A2 ).
Ce cas n = 2 n’a l’air de rien, mais maintenant que nous décidons gaillardement de pas-
ser à l’implication de récurrence majeure, en supposant atteint le niveau n, pour démarrer
2. Corrigé de l’examen 1 11

en direction du niveau n + 1, il s’avère naturel d’utiliser ce qui vient d’être vu :


 n+1
[   n  
m Ai = m ∪ Ai ∪ |A{z
i=1
n+1
}
i=1
A0
| {z }
2
A01
 n   n  
= m ∪ Ai + m An+1 − m ∪ Ai ∩ An+1

i=1 i=1
 n   n 
= m ∪ Ai + m An+1 − m ∪ Ai ∩ An+1 ,
 
i=1 i=1

pour observer qu’au premier et au troisième termes ainsi apparaissants, on peut appliquer
en douceur l’hypothèse de récurrence, tout d’abord sans modification et sans effort au pre-
mier :
 n  n 

m ∪ Ai =
X X
(−1)k−1 m Ai1 ∩ · · · ∩ Aik ,
i=1
k=1 16i1 <···<ik 6n
puis avec un peu plus d’intentions esthéticiennes au troisième :
 n
 n   

∪ m Ai1 ∩ An+1 ∩ · · · ∩ Aik ∩ An+1
X X
(−1)k−1
 
m Ai ∩ An+1 =
i=1
k=1 16i1 <···<ik 6n
n 
X X 
= (−1)k−1 m Ai1 ∩ · · · ∩ Aik ∩ An+1
k=1 16i1 <···<ik 6n
n+1
X  X 
[Changer ` := k + 1] = (−1)` m Ai1 ∩ · · · ∩ Ai`−1 ∩ An+1 ,
`=2 16i1 <···<i`−1 6n

cette dernière somme multiple pouvant d’ailleurs être interprétée — agréablement pour la
suite — avec un `-ème indice i` égal à n + 1 :
X
,
16i1 <···<i`−1 6n
i` =n+1

car en effet, si nous revenons à ce dont nous étions partis et si nous y insérons les formules
que nous venons de façonner — le deuxième terme ne quittant pas sa douillette place —,
il vient :
 n+1
[  n 
X
k−1
X  
m Ai = (−1) m Ai1 ∩ · · · ∩ Aik + m An+1 −
i=1 k=1 16i1 <···<ik 6n
n+1
X  X 
− (−1)` m Ai1 ∩ · · · ∩ Ai`−1 ∩ An+1
`=2 16i1 <···<i`−1 6n
i` =n+1

n+1 
X
`−1
X 
= (−1) m Ai1 ∩ · · · ∩ Ai` ,
`=1 16i1 <···<i` 6n+1

et le résultat n’est autre que la formule désirée au niveau n + 1, puisque la première somme
rassemble exactement toutes les intersections dans lesquelles ne figure pas An+1 , tandis
que dans la deuxième somme (troisième terme), on trouve toutes les intersections de plus
de deux ensembles Ai parmi lesquels figure An+1 .
12 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Exercice 7. Pour construire un ouvert Ω ⊂ R dense et de mesure m(Ω) 6 ε arbitrairement


petite, on pense spontanément à l’ensemble Q ⊂ R des rationnels, et comme Q n’est pas
ouvert, il vient à l’esprit de former des intervalles ouverts de taille ajustée autour de ses
points et qui rétrécissent suffisamment vite.
Plus précisément, si (rn )∞n=1 est une énumération (bijective) des points (dénombrables)
de Q, essayons :

[  
Ω := rn − αn , rn + αn ,
n=1
où αn > 0 pour tout n > 1, de telle sorte que Ω est automatiquement ouvert. De plus Ω
sera de facto dense dans R, simplement parce qu’il contient :

[
Ω ⊃ {rn } = Q.
n=1
Majorons maintenant sa mesure :
∞ 
X 
m(Ω) 6 m rn − αn , rn + αn
n=1

X
= 2 αn .
n=1
1 ε
Il suffit alors pour conclure de choisir αn := 2 2n
pour atteindre m(Ω) 6 ε, grâce à Achille
P∞ 1
n=1 2n = 1 qui rejoint la Tortue.

Exercice 8. Puisque f est à support compact dans Rd , il existe R  1 assez grand pour
que :
supp f ⊂ B(0, R).
d
Soit un vecteur h ∈ R de norme |h| < 1. Nous affirmons que la fonction continue :
x 7−→ f (x − h) − f (x)
est à support inclus dans la boule ouverte B(0, R + 1). En effet, pour x 6∈ B(0, R + 1)
quelconque, i.e. avec |x| > R + 1, on a par inégalité triangulaire :
|x − h| > |x| − |h| > R + 1 − |h| > R + 1 − 1 = 1,
ce qui garantit que f (x − h) = 0, et comme on a évidemment aussi f (x) = 0, ceci prouve
notre affirmation.
Soit maintenant ε > 0 arbitrairement petit. La fonction f étant continue, elle est unifor-
mément continue sur le compact (boule fermée) B(0, R+2), à savoir, il existe δ = δ(ε) > 0,
qu’on peut — et qu’on va ! — supposer δ 6 1, tel que :
∀ |x| 6 R + 1 ∀ |h| 6 δ f (x − h) − f (x) 6 ε.
Alors : Z Z
f (x − h) − f (x) dx = f (x − h) − f (x)
Rd B(0,R+1)
Z
6 ε dx
B(0,R+1)

= ε m B(0, R + 1) ,
2. Corrigé de l’examen 1 13

>
quantité qui tend vers 0 avec ε −→ 0, puisque le volume d-dimensionnel :


0 < m B(0, R + 1) = B(0, R + 1) < ∞

de la boule en question est bien entendu fini.


Remarquons qu’on peut démontrer avec des moyens plus sophistiqués que le volume
d-dimensionnel d’une boule (ouverte ou fermée) de rayon R > 0 dans Rd vaut :

d
π2
B(0, R) = d
Rd ,
Γ( 2 + 1)

où Γ est la fonction Gamma d’Euler, définie pour x > 0 par :

Z ∞
Γ(x) := tx−1 e−t dt,
0

et qui peut être considérée comme un prolongement de la factorielle aux nombres réels,
sachant que Γ(n + 1) = n! (exercice !) pour tout n ∈ N.

∞
Exercice 9. Un simple dessin convainc que la suite fn (x) n=1
:

f1 := F1,1 ,
f2 := F1,2 , f3 := F2,2 ,
f4 := F1,3 , f5 := F2,3 , f6 := F3,3 ,
f7 := F1,4 , f8 := F2,4 , f9 := F3,4 , f10 := F4,4 ,
·················································································

prend
R1 une infinité de fois les deux valeurs 0 et 1 en tout point x ∈ [0, 1] fixé, tandis que
0
fn −→ 0, car la largeur des gratte-ciels de hauteur constamment égale à 1 qui glissent
n→∞
de la gauche vers la droite tend à rétrécir indéfiniment. Le voici, ce dessin !
14 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

F1,1

0 1

F1,2 F2,2

0 1
2
1 0 1
2
1

F1,3 F2,3 F3,3

0 1
3
1 0 1
3
2
3
1 0 2
3
1

F1,4 F2,4 F3,4 F4,4

0 1
4
1 0 1
4
2
4
1 0 2
4
3
4
1 0 3
4
1

Ainsi, il faut renuméroter tout cela. Comme la suite :


 m(m + 1) ∞ 
= 1, 3, 6, 10, 15, 21, 28, 35, . . .
2 m=1

est strictement croissante, à tout n > 1 est associé un unique entier m = mn > 1 enca-
drant :
mn (mn + 1) (mn + 1)(mn + 2)
+1 6 n 6 ,
2 2
l’écart entre ces deux extrémités valant :
(mn + 1)(mn + 2) mn (mn + 1)
− = mn ,
2 2
et donc, à tout n > 1 est associé un unique couple (mn , kn ) avec 1 6 kn 6 mm le
représentant sous la forme :
mn (mn + 1)
n = + kn .
2
Clairement :
lim mn = ∞,
n→∞

car une des inégalités ci-dessus donne 2n 6 mn + 2.
Ainsi, grâce à la renumérotation offerte par ces couples (kn , mn ), on a généralement :

fn (x) := Fkn ,mn (x),


2. Corrigé de l’examen 1 15

et donc : Z 1 Z 1
f (x) dx = Fkn ,mn (x) dx
0 0
Z 1
= 1[ kn −1 , kn ] (x) dx
mn mn
0
1
= −→ 0.
m n→∞
∞ n
Pour démontrer que la suite fn (x) n=1 des valeurs des fn en tout point fixé x ∈ [0, 1]
n’est pas convergente, il suffit d’expliquer l’assertion suivante :
∞
En tout x ∈ [0, 1], la suite des valeurs fn (x) n=1 prend une infinité de fois la valeur 0,
et aussi une infinité de fois la valeur 1.
En effet, puisque (fn )∞n=1 n’est qu’une renumérotation, il suffit de montrer que la suite
double : 16m<∞
Fk,m 16k6m
fait ce qui est affirmé.
Visuellement, il est transparent que la valeur 0 est prise très souvent, sûrement une
infinité de fois ! Pour s’en convaincre rigoureusement, fixons 0 6 x 6 12 , le cas 21 6 x 6 1
se traitant de manière similaire. Or dès que m > 3, on a 12 6 m−1 m
, et donc :
Fm−1,m (x) = 1[ m−1 ,m] (x) = 0,
m
∞
donc la valeur 0 est prise par toutes ces Fm−1,m m=1 — et beaucoup d’autres ! —, en
nombre infini.
Quant à la valeur 1, c’est presque aussi simple, car en x ∈ [0, 1] fixé, pour tout m > 1,
comme : m
[  k−1 k 
m
, m = [0, 1],
k=1
il existe au moins un entier kx,m avec 1 6 kx,m 6 m tel que :
1 = 1[ kx,m −1 , kx,m ] (x) = Fkx,m ,m (x),
m m
∞
et ces Fkx,m ,m m=1
sont manifestement infiniment nombreuses.
16 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

3. Examen 2

Exercice 1. (a) Montrer que ni l’inclusion L1 (Rd ) ⊂ L2 (Rd ), ni celle L2 (Rd ) ⊂ L1 (Rd )
ne sont vraies. Indication : supposer d = 1 et penser à √1x · 1]0,1[ ainsi qu’à x1 · 1[1,∞[ .
(b) Montrer que si une fonction f : E −→ C est définie sur un sous-ensemble mesurable
E ⊂ Rd de mesure m(E) < ∞, alors f ∈ L2 (E, C) implique f ∈ L1 avec :
p
||f ||L1 6 m(E) ||f ||L2 .
(c) Montrer que si f est bornée, i.e. si |f (x)| 6 C < ∞, et si f ∈ L1 (Rd ), alors f ∈ L2 (Rd )
avec : √ p
||f ||L2 6 C ||f ||L1 .
Exercice 2. (a) Établir l’existence de la limite suivante, et déterminer sa valeur :
Z ∞
4 t3 + 12
lim dt.
n→∞ 0 12 t6 + 3 n t + 2
Indication: Utiliser le théorème de convergence dominée.
(b) Faire de même pour :
Z π/2
sin(nx)
lim dx.
n→∞ 0 n sinx
R δ R π/2
Indication: Découper l’intégrale en 0 + δ .

Exercice 3. (a) Montrer pour f ∈ Cc0 (Rd , C) continue à support compact que l’on a :
0 = lim f (x) − f (δ x) L1 (Rd )
.
δ→1

(b) Généraliser cela aux fonctions f ∈ L1 (Rd , C) Lebesgue-intégrables quelconques.


Exercice 4. [Inégalité de Hardy dans Lp ] Soit un nombre réel 1 < p < ∞. L’objectif est
d’étudier l’opérateur qui, à une fonction f ∈ Lp (]0, ∞[, C), associe la fonction :
1 x
Z
x 7−→ T (f )(x) := f (t) dt (0 < x < ∞).
x 0
(a) Rappeler la valeur de l’exposant conjugué de p, dans l’inégalité de Hölder.
(b) Montrer que cette fonction x 7−→ T (f )(x) est bien définie pour x ∈ R∗+ .
(c) Montrer que si g ∈ Cc0 (]0, ∞[, C), alors g et T (g) sont liées par une équation différen-
tielle, que l’on explicitera.
(d) Montrer que si g ∈ Cc0 (]0, ∞[, C) est à support dans [a, A] avec 0 < a 6 A < ∞,
alors : 1
(A − a)1− p ||g||Lp
T (g)(x) 6 .
x
 p
(e) Montrer que x T (g)(x) tend vers 0 quand x −→ ∞.
3. Examen 2 17


(f) Montrer que T (g) ∈ Lp ]0, ∞[ .
(g) On suppose temporairement que g ∈ Cc0 (]0, ∞[, R+ ) prend des valeurs réelles posi-
tives. En exécutant une intégration par parties, et en utilisant ce qui précède, montrer que :
Z ∞ Z ∞
p p−1
T (g) Lp = − p g T (g) +p T (g)p .
0 0

(h) Toujours pour g ∈ Cc0 (]0, ∞[, R+ ), montrer en utilisant l’inégalité de Hölder que :
p
T (g) Lp 6 ||g||Lp .
p−1

n=1 de fonctions continues positives gn ∈ Cc ]0, ∞[, R+


(i) Montrer que si une suite (gn )∞ 0


converge en norme Lp vers une fonction-limite (positive) f ∈ Lp ]0, ∞[, R+ , alors :


lim T (gn )(x) = T (f )(x) (∀ x > 0).
n→∞

(j) Montrer que


p
 l’inégalité précèdente est maintenant vraie pour toute fonction f ∈
L ]0, ∞[, R+ :
p
T (f ) Lp 6 ||f ||Lp .
p−1
Indication: Utiliser Fatou.
(k) Montrer qu’elle demeure encore vraie pour toute fonction à valeurs complexes f ∈
Lp ]0, ∞[, C .
(l) Trouver un exemple de fonction f ∈ L1 (]0, ∞[) telle que T (f ) 6∈ L1 (]0, ∞[).
p
(m) Montrer qu’il n’est pas possible de remplacer la constante p−1 par une constante plus
1 ∞
petite. Indication: On pourra considérer la suite de fonctions t 7→ t− p · 1[1,n] n=1 .
(n) Examiner le cas p = ∞.
Exercice 5. Soit (fn )∞ d
n=1 une suite de fonctions mesurables fn : R −→ R Lebesgue-
intégrables convergeant presque partout vers une certaine fonction-limite :
f (x) = lim fn (x) (pour presque tout x ∈ Rd ),
n→∞
mesurable et intégrable qui satisfait :
Z Z
f = lim fn .
Rd n→∞ Rd

(a) On suppose toutes les fn > 0 positives, et on introduit la suite auxiliaire gn :=


min (fn , f ). Montrer que :
Z Z
lim gn (x) dx = f (x) dx.
n→∞ Rd Rd
Indication: Penser
à Fatou !
(b) Toujours en supposant toutes les fn > 0 positives, montrer que :
Z
0 = lim fn (x) − f (x) dx.
n→∞ Rd

(c) Montrer que la suite :


hn (x) = nd 1]0, 1 [d (x) − nd 1]− 1 , 0[d (x) (n > 1)
n n
18 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

R
converge ponctuellement vers 0 et que 0 = lim hn .
n→∞
(d) La suite (hn )∞ p d
n=1 converge-t-elle vers 0 dans un L (R ) pour 1 6 p < ∞ ?

Exercice 6. [Espaces de Sobolev] Ici, toutes les fonctions sont supposées à valeurs dans R.
On note S le C-sous-espace vectoriel de L ]0, 1[ constitué des fonctions f : ]0, 1[−→ C
2


de carré intégrable pour lesquelles il existe une fonction notée Λf ∈ L2 ]0, 1[ vérifiant :
Z 1 Z 1
0
f (x) ϕ (x) dx = − Λf (x) ϕ(x) dx,
0 0

pour toute fonction ϕ ∈ Cc1 ]0, 1[, C de classe C 1 sur ]0, 1[ et dont le support :


def 
supp ϕ := t ∈]0, 1[ : ϕ(t) 6= 0
est un sous-ensemble compact de ]0, 1[.
(a) En admettant
 la densité de Cc1 dans Cc0 , montrer que S est un sous-ensemble dense de
L2 ]0, 1[ .
(b) Montrer que :
Z 1 Z 1
hf, giS := f (x) g(x) dx + Λf (x) Λg (x) dx
0 0
définit un produit scalaire sur S .
(c) Montrer que S , muni de ce produit scalaire, est un espace de Hilbert.
Exercice 7. [Bases produits] Montrer que si (ϕi (x))∞ i=1 est une base hilbertienne de

L (R , C) et si (ψj (y))j=1 est une base hilbertienne de L2 (Rd2 , C), alors :
2 d1
∞
ϕi (x) ψj (y) i,j=1
forme une base hilbertienne de L2 (Rd1 × Rd2 , C).
4. Corrigé de l’examen 2 19

4. Corrigé de l’examen 2

Exercice 1. (a) En dimension d = 1, la fonction positive :


1
x 7−→ √ 1]0,1[ (x)
x
appartient à L1 (R) :
Z 1  √ 1
1
√ dx = 2 x 0 = 2,
0 x
mais n’appartient pas à L2 (R) :
Z 1 2 Z 1
1 1
√ dx = dx = log 1 − log 0 = ∞,
0 x 0 x

ce qui montre que L1 (R) 6⊂ L2 (R).


De manière quelque peu similaire bien qu’inversée, la fonction positive :
1
x 7−→ 1[1,∞[ (x)
x
1
n’appartient pas à L (R) :
Z ∞
1
dx = log ∞ − log 1 = ∞,
1 x
mais appartient à L2 (R) :
Z ∞  2  ∞
1 1
dx = − = 1,
1 x x 1
ce qui montre que L2 (R) 6⊂ L1 (R).
(b) Toutefois, sur tout sous-ensemble mesurable E ⊂ Rd de mesure m(E) < ∞, l’inclu-
sion :
L2 E, C ⊂ L1 E, C ,
 

est toujours vraie, grâce à une application astucieuse standard de l’inégalité de Cauchy-
Schwarz qui consiste à faire apparaître un facteur ‘1’ invisible :
Z Z Z 21  Z 21
2 2
||f ||L1 (E) = f (x) dx = f (x) · 1 dx 6 f (x) dx 1 dx
E E E E
p
= ||f ||L2 (E) m(E)
< ∞,
ce, pour toute fonction f ∈ L2 (E, C).
(c) Enfin, sur E = Rd , donc au contraire en mesure infinie, si f ∈ L1 (Rd ) est bornée :
f (x) 6 C < ∞ (pour presque tout x ∈ Rd ),
20 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

alors la norme L2 de f s’estime « brutalement » par :


Z 12 Z 21  Z 21
2 1+1
f (x) dx = f (x) dx 6 C f (x) dx
Rd Rd Rd
√ p
= C ||f ||L1 .
Exercice 2. (a) La suite de fonctions à intégrer, indexée par un entier n > 0, admet, par
exemple, la fonction-dominante indépendante de n suivante :
4 t3 + 12 4 t3 + 12 2 t3 + 6
6 = ,
12 t6 + 3n t + 2 12 t6 + 2 6 t6 + 1
R∞ 1
et l’on voit grâce à 1 t3 dt < ∞ que :
Z ∞ 3
2t + 6
dt < ∞.
0 6 t6 + 1
Ainsi, le théorème de convergence dominée s’applique et donne :
Z ∞ Z ∞ Z ∞
4 t3 + 12 4 t3 + 12
lim dt = lim dt = 0 = 0.
n→∞ 0 12 t6 + 3n t + 2 0 n→∞ 12 t6 + 3n t + 12 0

(b) Rappelons pour débuter que pour tout x ∈ [0, π2 ] :


2
x 6 sin x 6 x,
π
ce qui a été vu en cours. Ainsi :
sin (nx) nx x π
6 = 6 ,
n sin x n sin x sin x 2
R π Rδ R π
et en découpant 0 = 0 + δ avec δ > 0 petit, on majore :
2 2

Z π Z π
2 sin (nx) π 2 sin (nx)
dx 6 δ + dx,
0 n sin x 2 δ |n sin
{z x}
−→ 0
n→∞

ce qui démontre (exercice mental) que :


Z π
2 sin (nx)
lim dx = 0.
n→∞ 0 n sin x
Exercice 3. (a) Lorsque f ∈ Cc0 (Rd , C) est continue à support compact, disons supp f ⊂
B(0, R), une boule ouverte centrée en l’origine de rayon R  1 assez grand, la domination
uniforme en le paramètre dilatoire 21 6 δ 6 2 :
f (x) − f (δx) 6 2 max |f | · 1B(0,2R) ,
Rd

par une fonction appartenant à L1 (Rd ), assure qu’on peut appliquer le théorème de conver-
gence dominée, qui donne effectivement :
Z Z Z
lim f (x) − f (δx) dx = lim f (x) − f (δx) dx = 0 = 0.
δ→1 Rd Rd δ→1 Rd

(b) Comme prévisible, le même résultat pour toute fonction f ∈ L1 (Rd , C) —


circonstance plus générale — s’obtient grâce à un raisonnement par densité standard.
4. Corrigé de l’examen 2 21

En effet, comme Cc0 est dense dans L1 , pour tout ε > 0, il existe une fonction gε ∈
Cc0 (Rd , C)
telle que :
f − gε L1 (Rd ) 6 ε.
Maintenant, le résultat de la Question (a) s’applique à gε , et donne un δ(ε) > 0 assez
petit pour que :
|δ − 1| 6 δ(ε) =⇒ gε (x) − gε (δx) L1 (Rd )
6 ε.
Alors par inégalité triangulaire, toujours pour |δ − 1| 6 δ(ε), on estime :
f (x) − f (δx) L1
= f (x) − gε (x) + gε (x) − gε (δx) + gε (δx) − f (δx)
L1
6 f (x) − gε (x) L1 + gε (x) − gε (δx) L1
+ gε (δx) − f (δx) L1
6 ε + ε + ε = 3 ε.

Exercice 4. Avec un exposant 1 < p < ∞, à une fonction f ∈ Lp ]0, ∞[, C , associons
donc sa transformée de Hardy :
1 x
Z
x 7−→ T (f )(x) := f (t) dt,
x 0
définie pour x > 0.
(a) L’exposant conjugué de p est l’unique nombre réel 1 < p0 < ∞ satisfaisant 1 = p1 + p10 ,
et il vaut :
p
p0 = .
p−1
(b) Pour x > 0 quelconque, et f ∈ Lp (R∗+ , C) arbitraire, une application avisée de l’in-
égalité de Hölder permet de majorer :
1 x
Z
T (f )(x) = f (t) · 1 dt
x 0
Z x 1p  Z x  10
1 p p0
p 1
−1 1
6 f (t) dt 1 dt = ||f ||Lp · x p0 = ||f ||Lp · x− p < ∞,
x 0 0
pour constater agréablement que la valeur de T (f )(x) est finie en tout x > 0.
Rx
(c) En effet, une différentiation par rapport à x de la définitionR T (g)(x) = x1 0 g(t) dt —
x
justifiée car avec g ∈ Cc0 (R∗+ , C), le cours a montré que x 7−→ 0 g(t) dt est C 1 — donne :
1 x
Z
0 1
T (g) (x) = − 2 g(t) dt + g(x)
x 0 x
1 1
= − T (g)(x) + g(x),
x x
ce qu’on peut ré-écrire : 0
x T (g)(x) = g(x),
ou encore :
0 = − x T (g)0 (x) − T (g)(x) + g(x).
(d) Comme g ∈ Cc0 ]0, ∞[, C est supposée à support dans [a, A] avec 0 < a 6 A < ∞,

on a clairement :
1 x
Z
∀ 0 < x < a T (g)(x) = 0 = 0,
x 0
22 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

puis, pour a 6 x, toujours grâce à Hölder :


Z x
1
T (g)(x) = g(t) 1[a,A] (t) dt
x a
Z x 1p  Z x  10
1 p p0 p
6 g(t) dt 1[a,A] (t) dt
x a a
Z A 1p  Z A  10
1 p p
6 g(t) dt 1 dt
x a a
1 1− 1p
= ||g||Lp · A − a .
x
(e) Toujours avec supp g ⊂ [a, A], grâce à cette inégalité :
C
T (g)(x) 6 (C > 0)
x
il est clair qu’en se souvenant de l’hypothèse p > 1, on a un majorant qui tend vers zéro :
p Cp
x T (g)(x) 6 x p
x
Cp
= p−1 −→ 0,
x x→∞
ce qui livre le résultat.
(f)
Grâce à la Question (d), nous savons que :
C
T (g)(x) 6 1[a,∞[ ,
x
d’où : Z ∞ Z ∞
p p dx 1
T (g)(x) dx 6 C p
= C p p−1 < ∞,
0 a x a
car p − 1 > 0 depuis le début.
(g) Soit donc g ∈ Cc0 (R∗+ , R+ ) à valeurs positives, ce qui entraîne que T (g)(x) > 0 aussi.
Pour estimer :  p Z ∞
p
T (g) Lp = T (g)(x) dx
Z0 ∞
p
= 1 · T (g)(x) dx,
0
on effectue effectivement une intégration par parties en prenant la primitive du facteur
artificiel 1 :
Z ∞
 p h p i∞ p−1
T (g) Lp = x T (g)(x) − x p T (g)0 (x) T (g)(x) dx
0 0
p p
[Question (e)] = lim x T (g)(x) − 0 T (g)(0) − même chose
x→∞ ◦

Z ∞ h i p−1
[Question (c)] = 0− p g(x) − T (g)(x) T (g)(x) dx
0
Z ∞ Z ∞
p−1
= −p g T (g) +p T (g)p .
0 0
4. Corrigé de l’examen 2 23

(h) Une réorganisation de l’identité qui précède permet de la ré-écrire sous une forme où
il devient avisé d’appliquer — encore elle ! — l’inégalité de Hölder :
 p Z ∞
(p − 1) T (g) Lp = p g T (g)p−1
0
Z ∞ 1p  Z ∞  10
p
p (p−1)p0
6 p g T (g)
0 0
 p p10
0
[(p − 1)p = p] = p ||g||Lp T (g) Lp
p−1
= p ||g||Lp ||T (g)||Lp ,
ce qui conduit bien à :
p
T (g) Lp
6 ||g||Lp .
p−1
(i) Soit donc (gn )∞ n=1 une suite de fonctions positives gn ∈ Cc ]0, ∞[, R+ satisfaisant
0


||gn − f ||Lp −→ 0, pour une certaine fonction f ∈ Lp ]0, ∞[, R+ . Alors pour tout x > 0
n→∞
fixé, l’inégalité de Hölder va encore abuser de ses charmes :
1 x
Z

T (gn )(x) − T (f )(x) = T (gn − f )(x) = gn (t) − f (t) · 1 dt
x 0
Z x 1  Z x  10
1 p p
p0
p
6 gn (t) − f (t) dt 1 dt
x 0 0
1 1
= gn − f Lp x p0
x
−→ 0.
n→∞

(j) Par densité de Cc0 ]0, ∞[, R+ dans Lp ]0, ∞[, R+ , si f ∈ Lp ]0, ∞[, R+ est donnée,
  

n=1 de fonctions gn ∈ Cc ]0, ∞[, R+ telle que :


il existe une suite (gn )∞ 0

0 = lim f − gn Lp
.
n→∞

En utilisant le résultat de la question qui précède sous la forme :


lim inf T (gn )(x) = lim T (gn )(x) = T (f )(x) (∀ x > 0),
n→∞ n→∞

on peut majorer patiemment :


 p Z ∞
p
T (f ) Lp
= T (f )(x) dx
Z0 ∞
p
= lim inf T (gn )(x) dx
0 n→∞
Z ∞
p
[Fatou] 6 lim inf T (gn )(x) dx
n→∞
0 p p p
6 lim inf ||gn ||Lp
n→∞ p−1
 p p p
[Convergence des normes] 6 ||f ||Lp ,
p−1
24 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

puisque la convergence supposée ||gn − f ||Lp −→ 0 en norme Lp implique la convergence


n→∞
dans R+ des normes Lp :
||gn ||Lp −→ ||f ||Lp ,
n→∞

énoncé vrai dans n’importe quel espace vectoriel normée E, || · ||E :
   
||yn − x||E −→ 0 =⇒ ||yn ||E −→ ||x||E ,
n→∞ n→∞

ce dont on se convainc grâce à la majoration élémentaire :


||yn ||E − ||x||E 6 ||yn − x||E ,
expliquée par inégalité triangulaire (signe opposé similaire) :
||yn ||E − ||x||E = yn − x + x E
− ||x||E 6 ||yn − x||E + ||x||E ◦ − ||x||E ◦ .

(k) La fonction valeur absolue |f | est encore dans Lp , et puisqu’elle prend des valeurs
positives, la Question (g) s’applique à elle :
p p
T (|f |) Lp 6 |f | Lp = ||f ||Lp ,
p−1 p−1
et puis, des majorations naturelles conduisent à la généralisation désirée de l’inégalité de
Hardy :
Z ∞ p
1 x
 p Z
T (f ) Lp = f (t) dt dx
0 x 0
Z ∞ Z x p
1
6 f (t) dt dx
0 x 0
Z ∞
 p
= T |f | (x) dx
0
  p
= T |f | Lp
 p p p
6 ||f ||Lp ,
p−1
dorénavant vraie pour les fonctions à valeurs complexes.
(l) Soit la fonction :
1
f (t) := 2 1[1,∞[ (t),
 t
qui appartient à L1 ]0, ∞[, R+ . Sa transformée de Hardy vaut 0 pour 0 < x 6 1, et pour
x>1:
1 x 1
Z  
1 1
T (f )(x) = dt = 1− > 0,
x 1 t2 x x
d’où pour x > 2 :
1 1
T (f )(x) > ,
x2
ce qui fait qu’elle ne peut pas être dans L1 .
(m) Pour n > 1 entier, soit donc la suite de fonctions :
1
fn (t) := 1 1[1,n] (t).
tp
4. Corrigé de l’examen 2 25

Leurs normes Lp valent :


Z n 1p
1 1
||fn ||Lp = dt = log n p .
1 t
Ensuite, leurs transformées de Hardy T (fn )(x), qui s’annulent bien sûr pour 0 < x 6 1
valent pour 1 6 x 6 n :
 1 x
1 x 1 1 t− p +1
Z
T (fn )(x) = dt =
x 1 t 1p x − p1 + 1 1
 1 
1 x p0 1
= − 1
x p10 p0
1
x p0 − 1 0
= p ,
x
Rx Rn
et, par le même calcul dans lequel on remplace 1 par 1 , ces transformées valent pour
n6x:
1

0 n −1
p0
T (fn )(x) = p .
x
Alors l’expression exacte de la puissance p-ème de la norme Lp de T (fn ) est :
 p Z ∞
p
T (fn ) Lp = T (fn )(x) dx
1
1 p Z ∞ 1 p
n p0 − 1 p0 − 1
x n
Z
= (p0 )p p
dx + (p0 )p dx
1 x n xp
=: I1 (n, p) + I2 (n, p).
La deuxième intégrale, positive, se calcule et se majore par une constante indépendante
de n :
p x−p+1 ∞
 
1
0 p
0 6 I2 (n, p) = (p ) n − 1 p 0

−p + 1 n
1 p 1 1
= (p0 )p n p0 − 1 p−1
p−1 n
p p 1 1
[ 0 = p − 1] 6 (p0 )p n p0 ◦ p−1
p p−1 n ◦
0 p
(p )
= .
p−1
Quant à la première, son intégrande a pour équivalent :
 10 p  p
xp − 1 1 1 1
= 1 − ∼ (lorsque x −→ ∞),
x xp x x
donc : Z n
0 p 1
I1 (n, p) ∼ (p ) dx ∼ (p0 )p log n,
n→∞ 1 x n→∞
ce qui donne :
1 p 1
T (fn ) Lp ∼ p0 log n p = log n p .
n→∞ p−1
26 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Pour terminer, supposons comme suggéré qu’une constante 0 < Cp < ∞ dépendant de
p satisfasse :
T (f ) Lp 6 Cp ||f ||Lp (∀ f ∈ Lp (R∗+ ,R)).

En appliquant cela à nos fonctions (fn )∞


n=1 :

T (fn ) Lp
6 Cp ||fn ||Lp (∀ n > 1),

grâce à l’équivalent que nous venons d’obtenir :


p 1 1
∼ log n p 6 Cp log n p ,
n→∞ p − 1

nous concluons que :


p
6 Cp .
p−1
p
(n) Le cas p = ∞ devrait donner à la limite, puisque p−1
−→ 1 quand p −→ ∞ :
T (f ) L∞
6 ||f ||L∞ ,
et ceci est effectivement vrai, puisque pour tout x > 0 :
Z x
1
T (f )(x) = f (t) dt
x 0
1
6 x ||f ||L∞ ]0,x[
x
6 ||f ||L∞ .
Exercice 5. (a) Soit donc (fn )∞
n=1 une suite de fonctions mesurables positives intégrables
fn : Rd −→ R+ convergeant ponctuellement presque partout vers une certaine fonction-
limite intégrable :
f (x) = lim fn (x) (pour presque tout x ∈ Rd ),
n→∞
elle aussi positive qui satisfait :
Z Z
f (x) dx = lim fn (x) dx.
Rd n→∞ Rd
Soit aussi la suite auxiliaire : 
gn := min fn , f (n > 1),

d’où :
0 6 gn 6 fn et 0 6 gn 6 f.
Nous affirmons que :

lim gn (x) = lim min fn (x), f (x)
n→∞ n→∞
= f (x) (pour presque tout x ∈ Rd );

en effet, l’hypothèse que pour tout ε > 0, il existe N(ε)  1 tel que :
n > N(ε) =⇒ fn (x) − f (x) 6 ε
garantit aussi dans les deux cas possibles :
|f (x) − f (x)| = 0 6 ε,

gn (x) − f (x) =
|fn (x) − f (x)| 6 ε.
4. Corrigé de l’examen 2 27

Ensuite, en utilisant :
lim inf gn = lim gn = f,
n→∞ n→∞
l’inégalité de Fatou — qui s’applique car les gn > 0 sont positives — donne :
Z Z
f (x) dx = lim inf gn (x) dx
Rd Rd n→∞
Z
[Fatou] 6 lim inf gn (x) dx
n→∞ Rd
Z
[Trivial] 6 lim sup gn (x) dx.
n→∞ Rd
Par ailleurs, une intégration de l’inégalité gn 6 f donne :
Z Z
gn (x) dx 6 f (x) dx = constante < ∞,
Rd Rd
d’où en prenant la limite supérieure :
Z Z
lim sup gn (x) dx 6 f (x) dx,
n→∞ Rd Rd
et ces deux inégalités mises bout à bout impliquent qu’on a partout égalité, ce qui offre le
résultat demandé :
Z Z
lim inf = lim sup = lim gn (x) dx = f (x) dx.
n→∞ Rd Rd

(b) Nous observons que :



fn − f = fn + f − 2 min fn , f ,
car lorsque fn > f , on a bien :
fn − f = fn + f − 2 f,
et quand fn 6 f , on a bien aussi :
f − fn = fn + f − 2 fn .
Alors par intégration, le résultat (a) qui précède termine aisément :
Z Z Z Z
lim fn (x) − f (x) dx = lim fn (x) dx + f (x) dx − 2 lim gn (x) dx
n→∞ Rd n→∞ Rd Rd n→∞ Rd
Z Z Z
= f (x) dx + f (x) dx − 2 f (x) dx
Rd Rd Rd
= 0!
(c) Pour tout n > 1, la fonction :
hn (x) := nd 1]0, 1 [ (x) − nd 1]− 1 ,0[ (x)
n n

prend, en x = 0, visiblement la valeur hn (0) = 0.


Soit maintenant x ∈ Rd \{0} quelconque. Dès que l’une de ses coordonnées xi 6= 0 non
nulle satisfait :
1
|xi | > (∃ 1 6 i 6 d),
n
28 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

à savoir dès que :


1
n > ,
|xi |
on a hn (x) = 0, ce qui montre la convergence simple :
0 = lim hn (x) (∀ x ∈ Rd ).
n→∞

Ensuite, il est clair que :


Z
hn (x) dx = nd m ]0, n1 [ − nd m ] − n1 , 0[
 
Rd
1 d 1 d
= nd − nd
 
n n
= 0.
L’interprétation à conduire est de réaliser que sans l’hypothèse hn > 0, le résultat de la
Question (a) peut être mis en défaut.
(d) Soit un exposant 1 6 p < ∞. Pour p = 1 :
d d
hn L1 (Rd ) = nd n1 + nd n1 = 2 (∀ n > 1),

et pour 1 < p < ∞ :


 p
1 d 1 d
= (nd )p + (nd )p
 
hn Lp (Rd ) n n

= 2 nd(p−1) −→ ∞.
n→∞

En conclusion, on n’a donc jamais convergence vers 0 dans Lp (Rd ) de la suite (hn )∞
n=1 .

Exercice 6. (a) D’après un théorème du cours, Cc0 (]0, 1[) est dense dans L2 (]0, 1[) pour la
norme || · ||L2 , et il en va de même pour Cc1 (]0, 1[) — en fait, le cours a traité cela, et même
établi la densité de Cc∞ dans tous les Lp avec 1 6 p < ∞.
Lorsque f ∈ Cc1 , une simple intégration par parties :
Z 1 h i1 Z 1
0
f (x) ϕ (x) dx = f (x) ϕ(x) − f 0 (x) ϕ(x) dx
0 0 0
Z 1
[f (0) = ϕ(0) = f (1) = ϕ(1) = 0] = 0−0− f 0 (x) ϕ(x) dx
0 | {z }
=: Λf (x)

montre qu’on peut prendre la dérivée (continue) de f comme fonction associée Λf , donc
Cc1 ⊂ S , et ainsi, S est a fortiori dense dans L2 .
(b) Établissons tout d’abord que la correspondance :
f 7−→ Λf (f ∈ S )

est linéaire.
En fait, lorsqu’elle existe, i.e. lorsque f ∈ S , la fonction Λf satisfaisant :
Z 1 Z 1
0
f (x) ϕ (x) dx = − Λf (x) ϕ(x) dx (∀ ϕ ∈ Cc1 ),
0 0
4. Corrigé de l’examen 2 29

est unique, car si Λ∼


f est une autre telle fonction, après soustraction évidente, on obtient les
annulations : Z 1 
0 = − Λ∼f (x) − Λ f (x) ϕ(x) dx (∀ ϕ ∈ Cc1 ),
0
et par densité de Cc1 dans L2 , on déduit pour toute g ∈ L2 que :
Z 1 
0 = Λ∼ f (x) − Λ f (x) g(x) dx,
0

d’où Λ∼
f = Λf en choisissant g := Λ∼ f − Λf pour trouver l’annulation d’une norme L qui
2

implique l’annulation (presque partout) de la fonction.


Grâce à cette unicité, et grâce à la linéarité des intégrales qui définissent Λf , on vérifie
maintenant aisément que :
f1 + f2 7−→ Λf1 + Λf2 et que : µ f 7−→ µ Λf .
Une fois acquise cette linéarité de f 7−→ Λf , des raisonnements élémentaires standard
vus en cours montrent la bilinéarité :
Z 1 Z 1
hf, giS := f (x) g(x) dx + Λf (x) Λg (x) dx.
0 0
Enfin, pour conclure, on a bien positivité :
Z 1 Z 1
2
hf, f iS = f (x) dx + Λf (x)2 dx > 0,
0 0
et annulationR0 = hf, f iS si et seulement si f (x) = 0 presque partout, d’ailleurs seulement
1
grâce à 0 = 0 f 2 .
(c) Pour établir la complétude de S , h·, ·iS , soit donc (fn )∞

n=1 une suite de Cauchy :
 
∀ ε > 0 ∃ N(ε)  1 n1 , n2 > N(ε) =⇒ fn1 − fn2 S 6 ε ,
à savoir :
Z 1 2
Z 1  2
fn1 (x) − fn2 (x) dx + Λfn1 (x) − Λfn2 (x) dx 6 ε2 .
0 0

Or ceci implique manifestement la « cauchycité » dans L2 :


fn1 − fn2 L2
6 ε,
et comme L2 est complet, il existe une limite f ∈ L2 :
f − fn L2 n→∞
−→ 0.
∞
De même, la suite Λfn n=1 de L2 étant tout aussi de Cauchy grâce à la même inégalité,
comme L2 est complet, il existe une limite g ∈ L2 :
g − Λ fn −→ 0.
L2 n→∞

Il reste encore à démontrer que g = Λf .


À cette fin, en revenant aux identités intégrales qui définissent les Λfn :
Z 1 Z 1
0
fn (x) ϕ (x) dx = − Λfn (x) ϕ(x) dx (∀ ϕ ∈ Cc1 ),
0 0
30 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

l’inégalité de Cauchy-Schwarz garantit que le membre de gauche et le membre de droite


tendent respectivement vers :
Z 1 Z 1
0
f (x) ϕ (x) dx = − g(x) ϕ(x) dx,
0 0
ce qui montre que f ∈ S , avec Λf = g.
Exercice 7. Pour vérifier l’orthonormalité, étant donné deux couples (i, i0 ) et (j, j 0 ) d’in-
dices entiers > 1, le théorème de Fubini-Tonelli permet de décomposer l’intégrale :
Z
ϕi (x)ψj (y), ϕi0 (x)ψj 0 (y) L2 (Rd1 ×Rd2 ) = ϕi (x)ψj (y) ϕi0 (x)ψj 0 (y) dxdy
Rd1 ×Rd2
Z Z
= ϕi (x) ϕi0 (x) dx ψj (y) ψj 0 (y) dy
Rd1 Rd2
i j
= δi 0 δj 0
= δii,j
0 ,j 0 .

Ensuite, pour vérifier la complétude, il s’agit de montrer que toute fonction :


h(x, y) ∈ L2 Rd1 × Rd2


qui est orthogonale à toutes les ϕi (x)ψj (y) :


Z
0 = ϕi (x)ψj (y) h(x, y) dxdy
Rd1 ×Rd2
Z Z
= ϕi (x) ψj (y) h(x, y) dy (∀ i, ∀ j),
Rd1 d
|R 2 {z }
=:g(x)

est nécessairement nulle (presque partout). Mais alors, la fonction (mesurable) g(x) qui
apparaît∞ci-dessus est orthogonale à toutes les ϕi , donc par totalité de la base hilbertienne
ϕi (x) i=1 de L2 (Rd1 ), il vient, pour presque tout x ∈ Rd :
Z
0 = g(x) = ψj (y) h(x, y) dy (∀ j),
Rd2
∞
et à nouveau de manière similaire par totalité de la base hilbertienne ψj (y) j=1 de L2 (Rd2 ),
il vient :
h(x, y) = 0 (presque partout).
5. Examen 3 31

5. Examen 3

Exercice 1. [Convergence en mesure] On dit qu’une suite (fn )∞ n=1 de fonction fn : E −→


C de fonctions mesurables définies sur un sous-ensemble mesurable E ⊂ Rd converge en
mesure vers une fonction f : E −→ C si, pour tout δ > 0, on a :

0 = lim m {x ∈ E : |fn (x) − f (x)| > δ} .
n→∞

(a) Lorsque fn converge en norme L1 vers une fonction f ∈ L1 (E, C), montrer que fn
converge en mesure vers f , et généraliser ensuite cela aux espaces Lp avec 1 6 p < ∞.
(b) Avec l’hypothèse supplémentaire que m(E) < ∞, montrer que si (fn )∞ n=1 converge
presque partout vers une fonction f , alors (fn )∞
n=1 converge aussi en mesure vers f.
(c) En considérant la suite de fonctions sur R+ :
x
gn (x) := 1[0,n2 ] (x) (n > 1),
n
montrer que l’hypothèse m(E) < ∞ dans (b) est en général nécessaire.
R
Exercice 2. Soit f : Rd −→ R+ une fonction mesurable intégrable satisfaisant Rd f ∈
]0, ∞[. Soit α > 0 un paramètre. On introduit la suite numérique (an )∞ n=1 définie par :
Z   α 
f (x)
an := n log 1 + dx,
Rd n
avec an ∈ R+ ∪ {∞}.

(a) Montrer que m {x ∈ Rd : f (x) 6= 0} > 0, où m désigne la mesure de Borel-Lebesgue
sur Rd .
(b) Lorsque 0 < α < 1, montrer que ∞ = lim an . Indication: Utiliser le théorème de Fatou
n→∞
après en avoir soigneusement rappelé l’énoncé exact.
R
(c) Lorsque α = 1, montrer que f = lim an .
n→∞
(d) Lorsque α > 1, montrer que 0 = lim an . Indication: Montrer que la fonction y 7−→
n→∞
log(1+y α )
y
est bornée sur R+ .
Exercice 3. Soit (fn )∞
n=1 une suite de fonctions mesurables sur [0, 1] ⊂ R satisfaisant :
Z 1
∀ ε > 0 ∃ K(ε)  1 |fn | · 1{|fn |>K(ε)} 6 ε (∀ n > 1).
0

(a) Pour une constante réelle fixée K > 0, montrer que :


 Z 1 
1 
0 = lim sup fn · 1{ sup |fn | 6 K} .
p→∞ p 0 n6p n6p
32 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(b) Montrer, pour tout entier p > 1, que :


Z 1  X Z 1
sup fn · 1{ sup |fn | > K} 6 fn · 1 .
n6p n6p |fn | > K
0 16n6p 0
Z 1   X Z 1
sup |fn | · 1{ sup |fn |>K} 6 |fn | · 1{|fn |>K} ,
0 n6p n6p 0
16n6p

(c) Montrer que pour tout ε > 0 arbitrairement petit, il existe une grande constante réelle
K(ε)  1 telle que :
1 1
Z 
sup fn · 1{ sup |fn | > K} 6 ε (∀ p > 1).
p 0 n6p n6p

(d) Montrer que :  Z 1 


1
0 = lim sup fn .
p→∞ p 0 n6p

Exercice 4. Pour y ∈ R, on introduit :


Z 1
1
I(y) := p dx.
0 |x − y|
(a) Calculer I(y) et montrer que y 7−→ I(y) est une fonction continue bornée.
(b) Soit (yk )∞
k=1 une suite de nombres réels. Pour x ∈ [0, 1] et pour n ∈ N, on introduit :
n
X 1 1
gn (x) := 2
·p .
k=1
k |x − y k |
R1 ∞
Montrer que la suite numérique 0 gn (x) dx n=1 est bornée.
(c) Montrer que la suite de fonctions (gn )∞n=1 converge simplement vers une certaine fonc-
tion g∞ mesurable et intégrable sur [0, 1].
(d) Montrer que la série de fonctions de [0, 1] à valeurs dans [0, ∞] :

X 1 1
x 7−→ · p
k=1
k2 |x − yk |
converge presque partout vers une fonction finie.
(e) Montrer que si (yn )∞
n=1 est une suite à valeurs dans [0, 1] qui est dense dans [0, 1], alors
la fonction g∞ est discontinue en presque tout point.
(f) Montrer que si (yn )∞
n=1 est à valeurs dans [2, ∞], alors la fonction g∞ est indéfiniment
dérivable sur [0, 1].
Exercice 5. [Lemme d’Austin] Un ensemble qui est réunion I1 ∪ · · · ∪ In d’intervalles
ouverts non vides Ii ⊂ R est toujours de mesure :
m(I1 ∪ · · · ∪ In ) 6 m(I1 ) + · · · + m(In ).
Montrer qu’il existe une sous-famille d’intervalles deux à deux disjoints Ii1 , . . . , Iik pour
certains indices appropriés 1 6 i1 < · · · < ik 6 n tels que :
 1 
m(Ii1 ) + · · · + m(Iik ) = m Ii1 ∪ · · · ∪ Iik > m I1 ∪ · · · ∪ In .
3
6. Corrigé de l’examen 3 33

6. Corrigé de l’examen 3

Exercice 1. (a) Soit donc δ > 0 fixé. On travaille directement dans Lp avec 1 6 p < ∞.
Si on abrège, pour n > 1 :

En,δ := x ∈ E : |fn (x) − f (x)| > δ ,
il vient :
p
δ p 1En,δ (x) 6 (fn − f )(x) (∀ x ∈ E),

ce qui, après intégration, donne :


Z
p
 p
δ m En,δ 6 fn (x) − f (x) dx
E
−→ 0,
n→∞
et comme on peut diviser par la constante non nulle δ p > 0, on obtient bien :

lim m En,δ = 0.
n→∞

(b) Pour tout δ > 0 fixé, le but, sur E ⊂ R de mesure finie, si (fn )∞
n=1 converge simplement
presque partout vers une certaine fonction mesurable f , est d’atteindre :
 
0 = lim m En,δ = lim {x ∈ E : |fn (x) − f (x)| > δ} ,
n→∞ n→∞
autrement dit, d’établir que :
 
∀ε > 0 ∃ N (ε)  1 n > N (ε) =⇒ m En,δ ) 6 ε .

À cette fin, pour N > 1 entier, introduisons les ensembles :



GN := x ∈ E : |fn (x) − f (x)| < δ, ∀ n > N ,
qui sont emboîtés (exercice mental) :
GN ⊂ GN +1 (∀ N > 1),

et qui remplissent :

[
E = GN ,
N =1
parce que (exercice mental avec solution), en tout point x ∈ E, l’hypothèse de convergence
simple s’écrit :
 
∃ N (x, δ)  1 n > N (x, δ) =⇒ fn (x) − f (x) < δ ∀ n > N (x, δ) .
Les complémentaires :

FN := x ∈ E : ∃ n > N, |fn (x) − f (x)| > δ
[
= En,δ ,
n>N
34 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

sont alors décroissants :


 
FN = E GN ⊂ E GN +1 = FN +1 (∀ N > 1),

et comme : ∞ ∞
 [
\
FN = E GN = ∅,
N =1 N =1
en tenant compte de l’hypothèse qu’ils sont tous contenus dans l’ensemble E de mesure
finie, un théorème du cours donne :
\ ∞ 

lim m FN = m FN = 0,
N →∞
N =1

donc pour tout ε > 0 arbitrairement petit, il existe un entier N (ε)  1 assez grand pour
que : 
m FN (ε) 6 ε.
Alors la conclusion s’offre à nous, car maintenant, pour tout n > N (ε), on a :
 [ 
m En,δ ) = m En,δ
n>N (ε)

= m FN (ε)
6 ε.
(c) Sur E = R+ , ensemble de mesure infinie, la suite de fonctions positives :
x
gn (x) := n
· 1[0,n2 ] (x) (x ∈ R+ , n > 1),

est manifestement encadrée par :


x
0 6 gn (x) 6 n
−→ 0,
n→∞
ce qui montre la convergence simple vers la fonction nulle g := 0.
Toutefois, elle ne converge pas en mesure vers la fonction g = 0, car si δ > 0 est fixé :
m {x ∈ R+ : gn (x) > δ = m {0 6 x 6 n2 : nx > δ}
 

= m {δn 6 x 6 n2 }


= n (n − δ)
ne tend pas vers 0 lorsque n −→ ∞ — et même bien pire, diverge vers l’infini !
Exercice 2. (a) Si on avait au contraire :
0 = m {x ∈ Rd : f (x) 6= 0} ,

R R
on aurait 0 = Rd f , en contradiction avec l’hypothèse Rd f ∈ ]0, ∞[.
(b) Tout d’abord, le théorème de Fatou énonce que si une suite (fn )∞n=1 de fonctions me-
d
surables fn : R −→ R+ ∪ {∞} ne prend que des valeurs positives — hypothèse impor-
tante —, alors : Z Z
lim inf fn (x) dx 6 lim inf fn (x) dx.
Rd n→∞ n→∞ Rd
d
Ici, comme la mesure de {x ∈ R : f (x) > 0} est strictement positive, il existe δ > 0
tel que l’ensemble :
Eδ := x ∈ Rd : f (x) > δ

6. Corrigé de l’examen 3 35

est de mesure strictement positive :



m Eδ > 0,
car m({f > 0}) > 0 et car {f > 0} = ∪∞ 1
n=1 {f > n }.
Maintenant, supposons que l’exposant α dans :
Z   α 
f (x)
an := n log 1 + dx
Rd n
Z   α 
f (x)
> n log 1 + dx,
Eδ n

satisfait 0 < α < 1. Comme log (1 + x) ∼ x pour x proche de 0, et comme n nδ −→ ∞,
n→∞
il vient :   α 
δ
lim n log 1 + = ∞,
n→∞ n
et nous pouvons donc minorer :
Z   α 
f (x)
lim inf an > lim inf n log 1 + dx
n→∞ n→∞ Eδ n
Z   α 
f (x)
[Fatou !] > lim inf n log 1 + dx
Eδ n→∞ n
Z   α 
δ
> lim n log 1 + dx
Eδ n→∞ n

= m Eδ · ∞
= ∞.

(c) Lorsque α = 1, l’inégalité classique log (1 + y) 6 y valable pour tout y > 0 — en fait
pour tout y > −1, mais notre y := f (x) est ici > 0 — donne :
 
f (x)
n log 1 + 6 f (x) (∀ x ∈ Rd ),
n
d’où par intégration :
Z   Z
f (x)
an = n log 1 + dx 6 f (x) dx (∀ n > 1),
Rd n Rd

ce qui montre en particulier que tous ces an < ∞ sont finis.


Pour l’inégalité inverse, c’est encore et à nouveau Fatou qui nous appelons à la res-
cousse : Z  
f (x)
lim inf an > lim inf n log 1 + dx
n→∞ n→∞ Eδ n
Z  
f (x)
6 lim inf n log 1 + dx
Rd n→∞ n
Z
= f (x) dx,
Rd
cette dernière limite inférieure étant une vraie limite.
36 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(d) Supposons enfin que α > 1, et commençons par vérifier, comme cela a été suggéré,
que la fonction :
log (1 + y α )
y 7−→
y
est bornée sur R+ .
>
En effet, elle est C ∞ — donc C 0 — sur ]0, ∞[, et quand y −→ 0, l’équivalent log (1 +
y) ∼ y donne le prolongement par continuité :
log (1 + y α )
∼ y α−1 −→ 0,
y y→0 y→0

tandis que, lorsque y −→ ∞ :


log (1 + y α ) α log y
∼ −→ 0.
y y→∞ y y→∞

Par conséquent, il existe une constante 0 < Cα < ∞ telle que :


(0 6) log 1 + y α 6 Cα y

(∀ y ∈ ]0,∞[).

Ici appliquée à y := f (x)


n
, cette inégalité montre que les intégrandes des an sont unifor-
mément dominées par une fonction-majorante :
  α 
f (x) f (x)
n log 1 + 6 n Cα = Cα f (x),
n n
qui est intégrable sur Rd , puisque f avait été supposée l’être, ce qui permet premièrement
de constater agéablement la finitude de tous ces :
Z   α  Z
f (x)
an = n log 1 + dx 6 Cα f (x) dx < ∞,
Rd n Rd
et deuxièmement, en appliquant le théorème de convergence dominée, après avoir furtive-
ment observé l’annulation des limites ponctuelles en tout x ∈ Rd fixé :
  α   α
f (x) f (x) 1 α
(0 6) n log 1 + 6 lim n = α−1 f (x) −→ 0,
n n→∞ n n n→∞

de conclure que :
Z    α 
f (x)
lim an = lim n log 1 + dx
n→∞ Rd n→∞ n
Z
= 0 = 0.
Rd

Exercice 3. (a) Pour toute constante réelle fixée 0 < K < ∞, et tout entier p > 1, on a
clairement :
sup |fn | · 1{ sup |fn |6K} 6 K (∀ x ∈ [0,1]),
n6p n6p

d’où après intégration la majoration permettant de déterminer la limite demandée :


 Z 1  Z 1
1 1
lim sup |fn (x)| · 1{ sup |fn |6K} (x) dx 6 lim K dx
p→∞ p 0 n6p n6p p→∞ p 0
= 0.
6. Corrigé de l’examen 3 37

(b) Fixons un point x ∈ [0, 1], et choisissons un entier m = m(x) avec 1 6 m 6 p


réalisant :
fm (x) = sup fn (x) ,
16n6p

d’où :
fn (x) 6 fm (x) (∀ 1 6 n 6 p),

puis :
fn (x) · 1{ sup |fn |>K} (x) 6 fm (x) · 1{ sup |fn |>K} (x) (∀ 1 6 n 6 p).
n6p n6p

Lorsque |fm (x)| 6 K, le membre de droite vaut 0, il est donc inférieur à toute quantité
positive.
Lorsque fm (x) > K, on poursuit la majoration du membre de droite :
fn (x) · 1{ sup |fn |>K} (x) 6 fm (x) · 1
n6p

= fm (x) · 1{|fm |>K} (x)


X
6 fn (x) · 1{|fn |>K} (x),
16n6p

puis en prenant le supremum sur 1 6 n 6 p à gauche :


  X
sup |fn | · 1{ sup |fn |>K} 6 |fn | · 1{|fn |>K} ,
n6p n6p
16n6p

pour conclure par une simple intégration :


Z 1 X Z 1

sup |fn | · 1{ sup |fn |>K} 6 |fn | · 1{|fn |>K} ,
0 n6p n6p 0
16n6p

(c) Soient donc ε > 0 et K(ε)  1 comme dans l’hypothèse de cet exercice. Alors grâce
à ce qui précède, que l’on divise par p :
1 1
Z Z 1
 1 X
sup |fn | · 1{ sup |fn |>K(ε)} 6 |fn | · 1{|fn |>K(ε)}
p 0 n6p n6p p 16n6p 0
X
6 ε
16n6p
= ε.

(d) Il ne reste plus qu’à effectuer la synthèse de ce qui vient d’être vu. L’intégrale dont
il faut déterminer la limite quand p −→ ∞ se découpe naturellement en deux morceaux,
toujours avec K = K(ε) :
1 1 1 1 1 1
Z Z Z
sup |fn | = sup |fn | · 1{ sup |fn |6K(ε)} + sup |fn | · 1{ sup |fn |>K(ε)}
p 0 n6p p 0 n6p n6p p 0 n6p n6p
Z 1
1
[Questions (a) et (c)] 6 sup |fn | · 1{ sup |fn |6K(ε)} +ε
p 0 n6p n6p
| {z }
−→
n→∞
38 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

et donc, il existe N (ε)  1 assez grand pour que, pour tout n > N (ε), on ait :
1 1
Z
(0 6) sup |fn | 6 ε + ε,
p 0 n6p
ce qui établit bien la « zéro-ité » annoncée de la limite.
Exercice 4. (a) Trois cas sont naturellement à distinguer.
• Lorsque y 6 0 :
Z 1 h √
1 i1 p √
I(y) = √ dx = 2 x − y = 2 1 − y − 2 −y.
0 x−y 0

• Lorsque 0 < y < 1 :


Z y Z 1
1 1
I(y) = √ dx + √ dx
0 y−x y x−y
h √ iy h √ 1
= −2 y−x + 2 x−y y
√ p 0
= 2 y + 2 1 − y.
• Lorsque 1 6 y :
1
√ √
Z
1 h i1 p
I(y) = √ dx = − 2 y − x = 2 y − 2 y − 1.
0 y−x 0

Sur ] − ∞, 0[ ∪ ]0, 1[ ∪ ]1, ∞[, la continuité de y 7−→ I(y) est claire, tandis qu’au
premier point spécial 0 :
√ √ √ √
lim I(y) = 2 1 − 0 − −0 = 2 0 + 2 1 − 0 = lim I(y),
y−→0 0←−y
< <

et au point spécial 1 :
√ √ √ √
lim I(y) = 2 1 + 2 1 − 1 = 2 1 − 2 1 − 1 = lim I(y).
y−→1 1←−y
< <

Ainsi, y 7−→ I(y) est√continue sur R tout entier, donc bornée sur tout compact de R. Mais

comme, en utilisant b − a = √b−a √ , on a :
b+ a
1
lim I(y) = lim 2 √ √ = 0,
−∞←y −∞←y 1 − y + −y
ainsi que :
1
lim I(y) = lim 2 √ √ = 0,
y→∞ y→∞ y+ y−1
cette fonction I(·) est en fait bornée sur R tout entier.
(b) Ainsi donc, puisque :
||I||C 0 (R) = sup |I(y)| < ∞,
y∈R
il devient aisé de majorer uniformément en n > 1 les intégrales sur [0, 1] des fonctions
proposées :
n
X 1 1
gn (x) := 2
p (n > 1),
k=1
k |x − y k |
6. Corrigé de l’examen 3 39

où (yk )∞
k=1 est une suite quelconque de nombres réels, car en effet :
Z 1 n Z 1
X 1 1
(0 6) gn (x) dx = 2
p dx
0 k=1
k 0 |x − yk |
n
X 1
6 2
I(yk )
k=1
k
n
X 1
6 ||I||C 0 (R)
k=1
k2
π2
6 ||I||C 0 (R) ,
6
en se souvenant que ∞ 1 π2
P
k=1 k2 converge et vaut d’ailleurs 6 , comme nous l’a appris Euler.
(c) Tout d’abord, en tout point fixé x ∈ [0, 1], la limite ponctuelle :
g∞ (x) := lim gn (x)
n→∞

existe toujours dans R+ ∪ {∞}, car les valeurs gn (x) 6 gn+1 (x) croissent, et la fonction-
limite g∞ est mesurable, grâce à un théorème fondamental du cours.
De plus, comme 0 6 gn 6 gn+1 partout sur [0, 1], pour tout n > 1, le théorème de
convergence monotone s’applique et donne :
Z 1 Z 1 Z 1
g∞ (x) dx = lim gn (x) dx = lim gn (x) dx
0 0 n→∞ n→∞ 0
π2
6 ||I||C 0 (R)
6
< ∞,
inégalité fort agréable qui établit l’intégrabilité sur [0, 1] de la fonction positive g∞ .
(d) Observant que la fonction g∞ à valeurs dans R+ ∪ {∞} est bien entendu donnée par :

X 1 1
g∞ (x) = 2
·p ,
k=1
k |x − yk |
R
la finitude ainsi acquise de g∞ garantit alors, d’après un lemme du cours bien connu
car très souvent utilisé, que les valeurs 0 6 g∞ (x) < ∞ sont finies en presque tout point
x ∈ [0, 1] — car sinon,
R si ces valeurs étaient infinies sur un ensemble de mesure strictement
positive, on aurait g∞ = ∞.
(e) D’après la Question (d), la fonction :

X 1 1
g∞ (x) = 2
p
n=1
n |x − yn |
prend des valeurs finies en presque tout point x ∈ [0, 1]. Posons alors :

D := x ∈ [0, 1] : g∞ (x) < ∞ ,
et observons que yn 6∈ D car on a visiblement :
g∞ (yn ) = ∞ (∀ n > 1).
40 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Nous affirmons alors que :



D ⊂ x ∈ [0, 1] : g∞ n’est pas continue en x ,
ce qui montrera que g∞ est discontinue presque partout. En effet, par densité de (yn )∞
n=1
dans [0, 1], tout point x ∈ D est limite d’une certaine sous-suite (ynk )∞
k=1 :

ynk −→ x.
k→∞

Si g∞ était continue en x, elle serait nécessairement bornée dans un petit voisinage ouvert
non vide de x (exercice mental), contredisant le fait que :

g∞ ynk = ∞ (∀ k > 1).

L’interprétation à retenir est qu’une fonction peut tout à fait être Lebesgue-intégrable,
comme l’est g∞ , tout en étant discontinue presque partout.
(f) On suppose pour terminer au contraire que tous les yn , avec n > 1, sont dans [2, ∞[,
d’où :
yn − x > 2 − 1 (∀ n > 1, ∀ x ∈ [0,1]),

et donc :
1 1
√ 6 √ = 1,
yn − x 2−1
ce qui montre que la série :

X 1 1
2

n=1
n yn − x [0,1]

est normalement, donc uniformément, convergente sur [0, 1], donc définit une fonction
continue sur [0, 1], d’après un théorème classique connu.
Ensuite généralement, pour tout entier κ > 0, la dérivée κ-ème de la fonction x 7−→
(yn − x)−1/2 vaut :
− 1 −κ constanteκ
− 21 − 21 − 1 · · · − 12 − κ + 1 yn − x 2
  
= 1 ,
(yn − x)κ+ 2
et pour la même raison, on a les majorations uniformes par rapport à x ∈ [0, 1] :
dκ  − 12
 |constanteκ |
(y n − x) 6 1 ,
dxκ 1κ+ 2
qui garantissent la convergence normale-uniforme de la série dérivée terme à terme :
∞  (κ)
X 1 1
√ (κ > 0),
n=1
n2 yn − x [0,1]

donc grâce à un théorème connu, g∞ [0,1]


est de classe C κ pour tout κ > 0, donc est C ∞ .

Exercice 5. Avec n1 := n, on renote cette collection d’ouverts non vides :


I11 ∪ · · · ∪ In11 ,
on sélectionne l’un d’entre eux Ii11 de longueur maximale, on définit :
1 1
If
i1 := 3 Ii1 ,
6. Corrigé de l’examen 3 41

comme étant l’intervalle de même centre dilaté 3 fois, on supprime de la collection tous les
Ij1 avec j 6= i1 qui intersectent Iei11 , et on note, avec un certain entier 0 6 n2 6 n1 − 1, la
réunion des intervalles restants :
I12 ∪ · · · ∪ In22 .
Comme on a inclusion de tous les intervalles dans la réunion maintenant disjointe :
` 2
I 1 ∪ · · · ∪ I 1 ⊂ If I ∪ · · · ∪ I2 ,
1

1 n1 i1 1 n2
il vient :
m I11 ∪ · · · ∪ In11 = m Iei11 + m I12 ∪ · · · ∪ In22
  

= 3 m Ii11 + m I12 ∪ · · · ∪ In22 .


 

Ensuite, on répète ce procédé avec la collection restante, il se termine en un nombre fini


k 6 n d’étapes, et on obtient bien une sous-famille disjointe satisfaisant :
 
m I1 ∪ · · · ∪ In 6 3 m(Ii1 ) + · · · + m(Iik ) .
42 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

7. Examen 4

Exercice 1. [Convergence monotone en théorie de Riemann] Sur un intervalle [a, b] b R


avec −∞ < a < b < ∞, soit une suite de fonctions fn : [a, b] −→ R qui sont toutes
décroissantes sur [a, b]. On suppose que lim fn (x) =: f (x) existe en tout point x ∈ [a, b].
n→∞
Rb Rb
L’objectif est d’établir que a fn (x) dx −→ a f (x) dx, l’intégrale étant prise ici au sens
n→∞
de Riemann.
(a) Montrer que f est décroissante.
(b) Justifier que les fn ainsi que f sont toutes Riemann-intégrables.
(c) Au moyen d’une figure soignée, esthétique et ∞intelligente, faire voir sans mots qu’en
un point x0 ∈ ]a, b[, la suite numérique fn (x0 ) n=1 n’est pas forcément décroissante, ni
même croissante.
(d) Justifier, pour tout ε > 0, l’existence d’une subdivision :

∆ = ∆ε = a = x0 < x1 < · · · < xν−1 < xν = b
de l’intervalle [a, b] telle que les sommes de Darboux inférieure et supérieure Σ∆ (f ) et
Σ∆ (f ), dont on rappelera soigneusement la définition, satisfont :
Z b

Σ (f ) − ε 6 f (x) dx 6 Σ∆ (f ) + ε.
a

(e) Montrer qu’il existe un entier n = Nε  1 assez grand pour que :


ε ε
f (xκ ) − 6 fn (xκ ) 6 f (xκ ) + (∀ n > Nε , ∀ κ = 1, ..., ν).
b−a b−a
(f) Toujours pour n > Nε , montrer que :
Σ∆ (fn ) 6 Σ∆ (f ) + ε.
(g) Toujours et encore pour n > Nε , montrer que :
Σ∆ (fn ) > Σ∆ (f ) + ε.
(h) Montrer que :
Z b

Σ (fn ) − 2 ε 6 f (x) dx 6 Σ∆ (fn ) + 2 ε (∀ n > Nε ),
a

(i) Montrer que :


Z b Z b Z b
fn (x) dx − 2 ε 6 f (x) dx 6 fn (x) dx + 2 ε (∀ n > Nε ),
a a a
et conclure.
7. Examen 4 43

Exercice 2. [Borel-Cantelli] Soit une série ∞


P
k=1 ak (x) de fonctions mesurables définies
sur Rd satisfaisant toutes ak > 0 presque partout.
(a) Pour n > 1, soit fn (x) := nk=1 ak (x). Vérifier que fn (x) 6 fn+1 (x) presque partout.
P

(b) Justifier l’existence de lim fn (x).


n→∞
(c) Montrer que :
∞ Z
X ∞
Z X
ak (x) dx = ak (x) dx.
k=1 k=1

P∞ supplémentaire que la valeur du membre de gauche est < ∞, mon-


(d) Sous l’hypothèse
trer que la série k=1 ak (x) converge presque partout vers une certaine fonction-limite
mesurable finie.

P∞Soit maintenant une suite (Ek )k=1 de sous-ensembles mesurables
(e) de Rd satisfaisant
d
k=1 m(Ek ) < ∞. Montrer que l’ensemble des points x ∈ R qui appartiennent à une
infinité de Ek est de mesure nulle.
Exercice 3. Pour t > 0, on pose :
Z ∞
sin x
k(t) := e−t x dx.
0 x
(a) Montrer que k est une fonction C 1 sur ]0, ∞[.
(b) Montrer que k 0 (t) = − t21+1 .
(c) Calculer la limite de k(t) lorsque t −→ ∞.
(d) En déduire k(t).
(e) Calculer la limite quand t −→ 0 de k(t).
sin(x)
(f) La fonction x 7−→ x
est-elle intégrable sur [0, ∞[ pour la mesure de Lebesgue dx
sur R ?
Exercice 4. [Théorie de la mesure, Question de cours] Soit une fonction
f ∈ L1 (Rd , R+ ).
(a) Justifier brièvement qu’il existe une suite (ϕk )∞
k=1 de fonctions étagées positives ϕk > 0
qui tendent ponctuellement vers f en tout point, avec ϕk 6 ϕk+1 .
(b) Montrer que :
0 = lim f − ϕk L1 (Rd ) .
k→∞

(c) Soit un ensemble mesurable E ⊂ Rd . Sans rappeler toute la démonstration mais en


rappelant les idées, justifier soigneusement qu’il existe une famille finie de rectangle fermés
presque disjoints R1 , . . . , RJ tels que :
 [J 
m E∆ Rj 6 ε.
j=1

(d) Montrer que :


J
X
1E − 1Int Rj 6 ε.
j=1 L1 (Rd )

(e) Montrer que les fonctions en escalier sont denses dans L1 (Rd , R+ ).
44 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(f) Montrer que les fonctions continues à support compact sont denses dans L1 (Rd , R+ ).
(g) Comment étendre ces deux résultats à L1 (Rd , C) ?
Exercice 5. Soit Ω ⊂ Rd un ouvert, et soient deux nombres réels 1 6 p < q < ∞.
(a) Pour d = 1, trouver un exemple d’ouvert Ω ⊂ R de mesure m(Ω) = ∞ infinie tel que
Lq (Ω, C) n’est pas contenu dans Lp (Ω, C).
(b) Lorsque Ω est de mesure de Lebesgue finie, montrer au contraire que Lq (Ω, C) ⊂
Lp (Ω, C).
(c) Toujours sous l’hypothèse m(Ω) < ∞, montrer que :
1−1
sup ||f ||Lp (Ω) : f ∈ Lq (Ω, C), ||f ||Lq (Ω) = 1 = m(Ω) p q .


Indication: Appliquer l’inégalité de Hölder à f = f · 1 avec un réel p1 tel que p p1 = q.


Exercice 6. [Subdivisions verticales Lp ] Étant donné une fonction mesurable f : R −→
[0, +∞[, soit pour tout réel λ > 0 l’ensemble :

Eλ := x ∈ R : f (x) > λ .
(a) Justifier la mesurabilité de ces Eλ .
(b) Montrer que l’application λ 7−→ m(Eλ ) est mesurable.
(c) Pour tout exposant réel p avec 1 6 p < ∞, montrer que :
Z Z
p
λp−1 m Eλ dλ.

f (x) dx = p
R [0,∞[
8. Corrigé de l’examen 4 45

8. Corrigé de l’examen 4

Exercice 1. Tous les éléments de cet exercice apparaissent déjà dans le cours.
Exercice 2. Il en va de même pour cet exercice, lui aussi conçu en vu de tester l’assimilation
du cours.
Exercice 3. (a) Pour t > 0 et x > 0, posons :
sin x
f (t, x) := e−tx .
x
Soit ε > 0 arbitrairement petit. Comme t 7−→ f (t, x) est C 1 sur ]0, ∞[, de dérivée
− e−tx sin x majorée sur [ε, ∞[ par la fonction dominatrice uniforme en t :
− e−tx sin x 6 e−εx |sin x|
6 e−εx ,
qui est intégrable sur [0, ∞[, le théorème de dérivation des intégrales à paramètre s’applique
pour offrir le caractère C 1 sur [ε, ∞[ de la fonction :
Z ∞
sin x
k(t) := e−tx dx,
0 x
avec en sus une formule pour sa dérivée :
Z ∞
0
k (t) = − e−tx sin x dx.
0
Puisque ε > 0 était prédestiné — par les dieux tout-puissants de la morphogénétique
grecque — à tendre vers 0, nous concluons bien que la fonction k est C 1 sur ]0, ∞[.
(b) Il suffit de calculer l’intégrale précédente, grâce à une primitivation évidente :
Z ∞  h (i−t)x i 
e ∞
0 −tx ix
k (t) = − Im e e dx = − Im
0 i−t 0
 1 
= Im
i−t
1
= − 2 .
t +1
(c) Pour tout x > 0 fixé, il est clair qu’on a la convergence ponctuelle :
sin x
f (t, x) = e−tx −→ 0.
x t→∞
De plus, en utilisant l’inégalité classique |sin x| 6 x valable pour x ∈ [0, ∞[, on a la
majoration uniforme en t > 1 :
|sin x|
f (t, x) = e−tx 6 e−1·x · 1,
x
46 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

par la fonction dominatrice x 7−→ e−x , intégrable sur [0, ∞[. Ainsi, le théorème de conver-
gence dominée s’applique, pour offrir :
k(t) −→ 0.
t→∞

(d) On résout l’équation différentielle obtenue en (b) :


1
k 0 (t) = − ,
t2 +1
par simple primitivation pour obtenir :
k(t) = − arctan(t) + constante,
la condition à l’infini de (c) déterminant cette constante :
π
k(t) = − arctan t (t > 0).
2
(e) Il est alors clair que k(t) se prolonge continûment en t = 0, avec la belle valeur :
π
k(0) = .
2
(f) Ainsi, ce qui vient d’être acquis fournit la valeur de l’intégrale impropre au sens de
Riemann : Z ∞ Z M
π −0 sin x sin x
= e dx = lim dx,
2 0 x M →∞ 0 x
limite dont on peut indépendamment démontrer qu’elle existe, car :
∞ Z (n+1)π
X sin x
dx
n=0 nπ
x
est une série alternée de terme général tendant vers 0 lorsque n −→ ∞ (exercice), mais
à proprement parler, x 7−→ sinx x n’est pas intégrable au sens de Lebesgue sur [0, ∞[, car
lorsqu’on prend les valeurs absolues :
Z ∞ ∞ Z (n+1)π
sin x X |sin x|
dx = dx
0 x n=0 nπ x
∞ Z (n+1)π
X |sin x|
> dx
n=0 nπ
(n + 1)π
Z π ∞
1 X 1
= sin x dx · ·
0 π n=0 n + 1
2
= · ∞,
π
P∞ 1
on trouve un majorant qui vaut ∞ à cause de la divergence ∞ = k=1 k de la série
harmonique.
Exercice 4. À nouveau et encore — mais c’est la dernière fois ! —, cet exercice, ce n’était
que du cours !
8. Corrigé de l’examen 4 47

Exercice 5. En dimension d = 1, prenons Ω := [1, ∞[, satisfaisant comme suggéré


m(Ω) = ∞, et prenons un réel 0 < c < 1 satisfaisant :
c p < 1 < c q,
ce qui est possible car 1 6 p < q < ∞ Rpar hypothèse.
∞ R∞
Alors grâce à la connaissance de 1 x1e dx = ∞ pour e 6 1 et de 1 1
xe
dx =
 x−e+1 ∞ 1
−e+1 1
= e−1 pour e > 1, on voit que :
1
x 7−→
xc
n’appartient pas à Lp (Ω), mais appartient à Lq (Ω).
(b) Supposons donc maintenant l’ouvert Ω ⊂ Rd de mesure (de Borel-Lebesgue) finie,
toujours avec 1 6 p < q < ∞, et soit f ∈ Lq (Ω, C).
Pour montrer que l’on a aussi f ∈ Lp (Ω, C), l’astuce « intersidérale » à laquelle
R il fallait
penser (y compris dans de nombreux autres contextes) consiste, afin d’atteindre Ω |f |p <
∞, à appliquer l’inégalité de Hölder en faisant naître un deuxième facteur artificiel anodin,
le 1 :
p p
f (x) = f (x) · 1,
tout en choisissant des exposants finement ajustés :
q 1 1 r q
r := , + 0 = 1, r0 = = ,
p r r r−1 q−p
ce qui conduit à :
Z Z
p p
f (x) dx = f (x) · 1 dx
Ω Ω
Z  1r  Z  10
p r r

r0
[Hölder] 6 f (x) dx · 1 dx
Ω Ω
Z 1r   10
q r
[pr = q] = f (x) dx · m(Ω) ,
Ω | {z }
fini !
p q
d’où en faisant apparaître les vraies normes L et L :
1
q 1r p  1p

1
||f ||Lp (Ω) 6 ||f ||Lq (Ω) · m(Ω) r0

à savoir — exercice d’arithmétique élémentaire — :


1 − 1
||f ||Lp (Ω) 6 m(Ω) p q · ||f ||Lq (Ω)
< ∞,
ce majorant étant fini, puisqu’on a supposé f ∈ Lq (Ω).
En fait, cette inégalité montre mieux, elle fait même voir (exercice mental) que l’injec-
tion :
Lq (Ω) ,→ Lp (Ω)
est continue, et que la topologie définie par la norme || · ||Lp est plus fine que la topologie
définie par la norme || · ||Lq .
48 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

On peut aussi faire voir (mais cela n’était pas demandé) que cette inclusion Lq (Ω) ⊂
p
L (Ω) avec m(Ω) < ∞ est toujours stricte, en s’inspirant, et en généralisant (exercice), le
cas de la fonction :
1
x 7−→ c ,
x
sur Ω := [0, 1] ⊂ R en dimension d = 1, avec un réel 0 < c < 1 satisfaisant :
c p < 1 < c q,
R1 R1  −e+1 1
puisque 0 dx xe
= ∞ pour e > 1, et puisque 0 dx xe
= x−e+1 0 = 1−e 1
pour e < 1.
q p
On pouvait aussi montrer directement l’inclusion L (Ω) ⊂ L (Ω) lorsque m(Ω) < ∞
en utilisant l’inégalité élémentaire (distinguer |y| 6 1 et |y| > 1) :
|y|p 6 1 + |y|q (∀ y ∈ R, 1 6 p < q < ∞),

d’où avec y := f (x) et par intégration :


Z Z
p q
f (x) dx 6 m(Ω) + f (x) dx
Ω Ω
< ∞.
(c) Toutefois, c’était la première approche avec l’inégalité de Hölder qui était la plus adé-
quate, car dans l’inégalité générale obtenue à l’instant :
1 − 1
||f ||Lp (Ω) 6 m(Ω) p q · ||f ||Lq (Ω) ,
1 − 1
nous affirmons que la constante m(Ω) p q s’avère être optimale, i.e. être la plus petite
constante 0 < C < ∞ satisfaisant :
||f ||Lp (Ω) 6 C · ||f ||Lq (Ω) (∀ f ∈ Lq (Ω)),

comme on s’en convainc en réalisant qu’avec le choix « bête » de la fonction constante :


1
f := m(Ω)− q ,
on a en fait égalité dans l’inégalité :
Z  p 1p  p
 1p
− 1q 1 1
m(Ω) dx = m(Ω) · m(Ω)− q = m(Ω) p − q · 1

  1q
1
− 1q − qq
= m(Ω) p · m(Ω) · m(Ω)

1 1
Z  q 1q
− 1q
= m(Ω) p − q · m(Ω) dx .

Exercice 6. (a) Comme f : R −→ [0, ∞[ est mesurable, pour tout réel λ > 0, l’ensemble
de surniveau : 
Eλ := x ∈ R : f (x) > λ
est par définition mesurable.
(b) Un résultat du cours, obtenu dans le chapitre « Fubini-Tonelli », a fait voir qu’une fonc-
tion f : R −→ R+ comme celle-ci est mesurable si et seulement si son hypographe :

E := (x, λ) ∈ R × R+ : 0 6 λ 6 f (x)
est un sous-ensemble mesurable de R × R+ .
8. Corrigé de l’examen 4 49

Le théorème de Tonelli, appliqué à la fonction :


(x, λ) 7−→ 1E (x, λ),
nous assure alors que l’application R+ −→ R+ :
Z

λ 7−→ 1 · dx = m Eλ ,

est mesurable, puisque λ −→ m(Eλ ) est l’intégrale par rapport à la première variable x de
la fonction (x, λ) 7−→ 1E (x, λ).
(c) Pour terminer, avec un exposant réel 1 6 p < ∞, appliquons enfin le théorème de
Tonelli à la fonction mesurable > 0 :
R × R+ −→ R+
(x, λ) 7−→ p λp−1 1E (x, λ),
ce qui donne :
Z ∞ Z ∞ Z  Z
p−1 p−1
p λp−1 1E (x, λ) dxdλ

p λ m Eλ dλ = pλ 1 dx dλ =
0 0 Eλ R×R+
Z Z ∞ 
p−1
= pλ 1E (x, λ) dλ dx
R 0
Z Z f (x) 
p−1
= pλ dλ dx
0
ZR
p
= f (x) dx,
R
comme demandé.
50 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

9. Examen 5

Exercice 1. Sur un sous-ensemble quelconque E ⊂ R, si une fonction quelconque


g : E −→ R est bornée, on rappelle qu’il existe une suite minimisante (y`− )∞
`=1 et une
+ ∞
suite maximisante (y` )`=1 qui réalisent :
inf g = lim g(y`− ) et lim g(y`+ ) = sup g.
E `→∞ `→∞ E

On suppose donnée une suite de fonctions bornées fn : E −→ R, n > 1, qui convergent


uniformément vers une certaine fonction f : E −→ R :
∀ε > 0 ∃ N(ε) ∈ N ∀ n > N(ε) ∀x ∈ E fn (x) − f (x) 6 ε.

(a) Montrer que f est elle aussi bornée.


(b) Si deux fonctions h1 , h2 : E −→ R bornées satisfont :
h1 (x) 6 h2 (x) (∀ x ∈ E),

montrer que :
inf h1 6 inf h2 et sup h1 6 sup h2 .
E E E E

(c) Montrer que pour tout n > N(ε) :

inf fn − inf f 6 ε et sup fn − sup f 6 ε.


E E E E

On travaille dorénavant sur un intervalle réel E = [a, b] avec −∞ < a < b < ∞ et on
ajuste N(ε) pour que :
 
ε
n > N(ε) =⇒ ∀ x ∈ [a, b] fn (x) − f (x) 6 .
b−a
Soit g : [a, b] −→ R une fonction bornée.
(d) Si ∆ = {a = x0 < x1 < · · · < xν−1 < xν = b} est une subdivision quelconque de
[a, b] avec ν > 1, rappeler les deux définitions des sommes de Darboux inférieure Σ∆ (g) et
supérieure Σ∆ (g) de g.
(e) Montrer que pour tout n > Nε :
Σ∆ (fn ) − ε 6 Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (fn ) + ε.

(f) Montrer que toute fonction qui est limite uniforme d’une suite de fonctions Riemann-
intégrables est encore Riemann-intégrable.
(g) On appelle fonction réglée toute fonction qui est limite uniforme de fonctions en esca-
lier. Établir que les fonctions réglées sont Riemann-intégrables.
9. Examen 5 51

Exercice 2. Dans l’espace euclidien réel standard Rd de dimension d > 1, soit un sous-
ensemble mesurable E ⊂ Rd . On rappelle qu’une fonction f : E −→ {−∞}∪R∪{+∞} à
valeurs dans l’ensemble étendu des nombres réels est dite mesurable si tous ses ensembles
de sous-niveau : 
x ∈ E : f (x) < a (∀ a ∈ R),

sont mesurables.
(a) Montrer que {x ∈ E : f (x) > a} est mesurable, pour tout a ∈ R.
(b) Montrer que {f = −∞} et {f = +∞} sont mesurables.
(c) Montrer, pour tous réels −∞ < a < b < +∞, que l’ensemble :

x ∈ E : a < f (x) < b
est mesurable.
(d) Lorsque f : E −→ R est à valeurs finies, montrer que f est mesurable si et seulement
si l’image inverse f −1 (O) par f de tout sous-ensemble ouvert O ⊂ R est mesurable.
Exercice 3. [Questions d’assimilation du cours] Énoncer précisément sans démonstra-
tions :
(a) le théorème de Tonelli, suivi du théorème de Fubini, en explicitant l’articulation logique
naturelle qui existe entre eux lorsqu’on doit les appliquer dans des situations concrètes ;
(b) le théorème de Fatou inverse, avec les limites supérieures, au lieu des limites infé-
rieures ;
(c) le théorème de changement de variables dans les intégrales en théorie de Borel-
Lebesgue ;
(d) le théorème de dérivation sous le signe intégral d’une intégrale dépendant d’un para-
mètre, en supposant que la dépendance par rapport au paramètre est C 1 .
Exercice 4. Soit dx la mesure de Lebesgue sur R et soit f : R −→ {−∞} ∪ R ∪ {∞} une
fonction mesurable intégrable.
(a) Montrer que l’ensemble {x ∈ R : |f (x)| = ∞} est de mesure nulle.
(b) À l’aide du théorème de convergence dominée, montrer que :
Z n
1
0 = lim f (x) dx.
n→∞ 2 n −n

(c) En produisant un contre-exemple, montrer que cette limite n’est pas toujours égale à 0
(voire n’existe pas toujours) lorsque la fonction mesurable f n’est pas supposée intégrable.
(d) Maintenant, soit (hn )∞ n=1 une suite de fonctions mesurables intégrables sur R qui
converge presque partout vers une certaine fonction h := limn→∞ hn . Justifier que h est
mesurable.
(e) On suppose de plus que, pour tout n > 1, il existe une fonction positive intégrable
gn : R −→ R+ ∪ {∞} avec |hn | 6 gn dont la suite complète (gn )∞ n=1 converge presque
partout vers une certaine fonction g := limn→∞ gn qui est intégrable sur R. Après en avoir
justifié l’utilisation, appliquer le Lemme de Fatou aux deux fonctions gn − hn et gn + hn .
(f) Pour toute suite (an )∞ n=1 de nombres réels an ∈ R, montrer que :

lim inf − an = − lim sup an .
n→∞ n→∞
52 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(g) Montrer l’implication :


 Z ∞ Z ∞   Z ∞ Z ∞ 
lim gn (x) dx = g(x) dx =⇒ lim hn (x) dx = h(x) dx .
n→∞ −∞ −∞ n→∞ −∞ −∞

(h) Soit enfin (fn )∞


n=1une suite de fonctions mesurables intégrables sur R qui converge
presque partout vers une certaine fonction mesurable f qui est intégrable. Établir l’équiva-
lence :
 Z ∞   Z ∞ Z ∞ 
lim fn (x)−f (x) dx = 0 ⇐⇒ lim fn (x) dx = |f (x)| dx .
n→∞ −∞ n→∞ −∞ −∞

Indication: Pour l’implication « ⇐= », introduire gn := 2 |fn | + |f | ainsi que hn := |fn −
f | + |fn | − |f |.
Pour l’implication « =⇒ », utiliser l’inégalité |a| − |b| 6 a − b valable pour deux
nombres réels quelconques a, b ∈ R.
Exercice 5. Soit une fonction mesurable intégrable f : R+ −→ {−∞} ∪ R ∪ {∞}.
(a) Pour tout t ∈ R+ , montrer que la fonction R+ 3 x 7−→ e−xt f (x) est aussi mesurable
intégrable sur R+ .
(b) On introduit alors la transformée de Laplace de f :
Z ∞
Lf (t) := e−xt f (x) dx (t ∈ R+ ).
0
Montrer que la fonction R+ 3 t 7−→ Lf (t) ∈ R est finie et continue.
(c) Montrer que 0 = limt→∞ Lf (t).
(d) Calculer une expression explicite de Lf (t) pour f (x) := e−θx avec θ > 0.
(e) Faire de même pour f (x) := 1{06x61} · sin(x).
(f) Soient maintenant un nombre réel T > 0 et un entier n ∈ N. Montrer que :
Z ∞ X (−1)k
− en(T −x)
e f (x) dx = eknT Lf (kn).
0 k∈N
k!

(g) Montrer que :


Z ∞ Z ∞
− en(T −x)
lim e f (x) dx = f (x) dx.
n→∞ 0 T

(h) Soit un nombre réel a > 0. Établir qu’il n’existe pas de fonction mesurable intégrable
f sur R+ dont la transformée de Laplace vaut Lf (t) = e−at pour tout t > 0.
(i) Pour f : R+ −→ {−∞} ∪ R ∪ {∞} mesurable intégrable, montrer que t 7−→ Lf (t) est
C 1 sur ]0, ∞[.
(j) Quand f > 0 ne prend que des valeurs positives, montrer que :
   
x 7−→ x f (x) est L1 sur [0, ∞[ ⇐⇒ t 7−→ Lf (t) est C 1 sur [0, ∞[ .
10. Corrigé de l’examen 5 53

10. Corrigé de l’examen 5

Exercice 1. (a) Faisons ε := 1, prenons n := N (1), et, pour tout x ∈ E, par majoration
triangulaire, déduisons le résultat voulu :
|f (x)| 6 f (x) − fN(1) (x) + fN(1) (x)
6 f (x) − fN(1) (x) + fN(1) (x)
6 1 + sup fN(1)
E
< ∞,
car par hypothèse, fN(1) est bornée sur E !
(b) Clairement, de h1 6 h2 , on déduit pour tout x ∈ E que :
inf h1 6 h1 (x) 6 h2 (x) 6 sup h2 ,
E E

d’où deux extraits intéressants pour la suite :


inf h1 6 h2 (x) et h1 (x) 6 sup h2 (∀ x ∈ E).
E E
− ∞ + ∞
En prenant deux suites (y2,` )`=1 et (y1,` )`=1 qui réalisent :
− +
 
inf h2 = lim h2 y2,` et lim h1 y1,` = sup h1 ,
E `→∞ `→∞ E

il vient comme désiré :


inf h1 6 inf h2 et sup h1 6 sup h2 .
E E E E

(c) En appliquant le résultat de la question (b) qui précède aux deux inégalités :
fn (x) − ε 6 f (x) 6 fn (x) + ε (∀ x ∈ E),

on obtient :
inf fn − ε 6 inf f, inf f 6 inf fn + ε,
E E E E
et
sup fn − ε 6 sup f, sup f 6 sup fn + ε,
E E E E

d’où :
− ε 6 inf fn − inf f 6 ε et − ε 6 sup fn − sup f 6 ε,
E E E E

et on reconstitue l’inégalité demandée en se souvenant que −|α| 6 α 6 |α| pour tout


nombre α ∈ R.
54 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(d) Pour qui n’a pas oublié son cours :


X ν
Σ∆ (g) = (xκ − xκ−1 ) inf g,
[xκ−1 ,xκ ]
κ=1

Σ∆ (g) = (xκ − xκ−1 ) sup g.
κ=1 [xκ−1 ,xκ ]

(e) Grâce à la question (c) appliquée sur E := [xκ−1 , xκ ], en tenant compte de la normali-
sation de l’epsilon, nous avons, pour tout 1 6 κ 6 ν :
ε
inf fn − 6 inf f,
[xκ−1 ,xκ ] b−a [xκ−1 ,xκ ]

ainsi que :
ε
sup f 6 sup fn + .
[xκ−1 ,xκ ] [xκ−1 ,xκ ] b−a
Nous pouvons donc majorer :

Σ∆ (fn ) − ε = (xκ − xκ−1 ) inf fn − ε
[xκ−1 ,xκ ]
κ=1
ν ν
X ε X
= (xκ − xκ−1 ) inf fn − (xκ − xκ−1 )
κ=1
[xκ−1 ,xκ ] b − a κ=1
ν  
X ε
= (xκ − xκ−1 ) inf fn −
κ=1
[xκ−1 ,xκ ] b−a
ν
X
6 (xκ − xκ−1 ) inf f
[xκ−1 ,xκ ]
κ=1
= Σ∆ (f ),
ce qui est la première inégalité demandée.
La seconde inégalité Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (f ), abondamment vue en cours, est essentiellement
évidente, donc pourrait être revue en instantané ici en notant que l’infimum de f sur chaque
intervalle [xκ−1 , xκ ] est bien entendu majoré par son supremum sur ce même segment.
Pour ce qui est de la troisième inégalité, on procède de manière similaire quoique légè-
rement différente :

Σ∆ (f ) = (xκ − xκ−1 ) sup f
κ=1 [xκ−1 ,xκ ]
ν  
X ε
6 (xκ − xκ−1 ) sup fn +
κ=1 [xκ−1 ,xκ ] b−a
ν ν
X ε X
= (xκ − xκ−1 ) sup fn + (xκ − xκ−1 )
κ=1 [xκ−1 ,xκ ] b − a κ=1
= Σ∆ (fn ) + ε,
ce qui conclut la démonstration de :
Σ∆ (fn ) − ε 6 Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (fn ) + ε.
10. Corrigé de l’examen 5 55

(f) Soit comme ci-dessus f = lim fn , la convergence étant uniforme sur [a, b]. L’objectif
est de trouver, pour ε > 0 arbitrairement petit, une subdivision ∆ de [a, b] assez fine pour
que :
Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 3 ε.
Rien de plus facile ! Sachant que pour tout quadruplet de nombres réels :
α 6 γ 6 δ 6 β,
le petit segment [γ, δ] ⊂ [α, β] a une longueur inférieure au grand :
δ − γ 6 β − α,
on tire des inégalités de la question précédente, pour tout n > N(ε) :
Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (fn ) − Σ∆ (fn ) + 2 ε,
puis en prenant n := N(ε), il suffit de choisir ∆ telle que :
Σ∆ fN(ε) − Σ∆ fN(ε) 6 ε,
 

ce qui est possible, puisque fN(ε) est Riemann-intégrable par hypothèse !


(g) Dans le cours, on a démontré que les fonctions en escalier sont Riemann-intégrables,
donc la dernière question (f) vient d’établir que leurs limites uniformes — les fonctions
réglées — sont aussi Riemann-intégrables.
Exercice 2. (a) D’après un théorème du cours, le complémentaire dans R d’un ensemble
mesurable est toujours mesurable, donc pour tout a ∈ R :

{f > a} = E {f < a}
 
= E ∩ R {f < a}
est bel et bien mesurable !
(b) La mesurabilité étant préservée par réunions et par intersections dénombrables, les
deux écritures :
\ \
{f = −∞} = {f < −n} et {f = +∞} = {f > n}
n>1 n>1

font voir le résultat, en utilisant d’ailleurs furtivement (a) qui précède.


(c) On écrit :
{a < f < b} = {f < b} ∩ {f > a},
puis, afin de faire voir que le deuxième ensemble est lui aussi mesurable, on le récrit sous
la forme adéquate :
[ 
{f > a} = f > a + n1
n>1
[  / 
1
= E f <a+ n
.
n>1
| {z }
mesurable par définition
| {z }
mesurable par un théorème connu
| {z }
mesurable par un théorème connu
56 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(d) Dans l’un des tous premiers théorèmes du cours sur les ensembles mesurables, on a
montré en dimension d = 1 que tout ouvert O ⊂ R1 est réunion dénombrable d’intervalles
ouverts deux à deux disjoints : [
O = ]an , bn [ (− ∞ 6 an < bn 6 ∞),
n>1
d’où : [
f −1 (O) = f −1 ]an , bn [ .

n>1
| {z }
mesurable par (c)
| {z }
donc mesurable !

Exercice 3. (a) Comme cela a été dit en cours, dans la pratique réelle des exercices, c’est-
à-dire dans la vraie vie des mathématiques, on rencontre parfois une fonction mesurable
f : Rd1 × Rd2 −→ {−∞} ∪ R ∪ {+∞} définie sur un espace-produit :
Rd1 × Rd2 (d1 > 1, d2 > 1),

dont on ignore si elle est Lebesgue-intégrable — telle est la question que l’on se pose !
Alors on lui associe la fonction mesurable positive |f | > 0, fonction dont on voudrait
déterminer si elle est d’intégrale finie, ce qui rendrait l’étudiant(e) très content(e).
Mais comme on peut toujours calculer l’intégrale de |f | > 0 puisqu’on accepte, dans
la théorie, que les intégrales de fonctions mesurables > 0 puisse valoir ∞, on espère, en
utilisant le Théorème de Tonelli qui permet de se ramener à deux intégrales emboîtées en
dimensions inférieures d1 < d1 + d2 et d2 < d1 + d2 , pouvoir calculer ou estimer :
Z Z Z 
|f | = f (x, y) dx dy,
Rd Rd2 Rd1
et alors — bingo ! —, si le résultat numérique s’avère être fini, on peut conclure que f est
Lebesgue-intégrable sur Rd ! Quel contentement !
R Car ensuite, le Théorème de Fubini peut être appliqué puisque l’hypothèse (cruciale)
|f | < ∞ qui apparaît dans son énoncé est satisfaite, et on peut reprendre le calcul que
l’on vient de conduire pour |f | et recalculer alors pour f la valeur finie de son intégrale en
travaillant à nouveau avec des intégrales itérées :
Z Z  Z
f (x, y) dx dy = f.
Rd2 Rd1 Rd
| {z }
en général calculable

Bien entendu, ces énoncés sont tout aussi vrais pour l’ordre inverse d’intégration itérée :
Z Z 
f (x, y) dy dx,
Rd1 Rd2
puis : Z Z 
f (x, y) dy dx,
Rd1 Rd2
et la pratique enseigne que si on a fait un mauvais premier choix d’ordre, il y a de bonnes
chances que l’ordre inverse ouvre les portes secrètes.
(b) Le théorème de Fatou inverse, avec les limites supérieures, au lieu des limites infé-
rieures, s’énonce comme suit — attention à la frappe sur les doigts de qui oublie l’hypo-
thèse fn 6 0 !
10. Corrigé de l’examen 5 57

Théorème. [Inégalité généralissime de Fatou inverse] Étant donné une suite quelconque
de fonctions mesurables négatives sur Rd :
fn 6 0 (n > 1),

à valeurs dans {−∞} ∪ R− , on a :


Z Z
lim sup fn (x) dx 6 lim sup fn . 
n→∞ Rd Rd n→∞

(c) Éh bien, le théorème de changement de variables dans les intégrales en théorie de


Borel-Lebesgue s’énonce comme suit.

Théorème. [Changement de variables] Soit ϕ : U −→ V un difféomorphisme C 1 entre
deux ouverts U ⊂ Rd et V ⊂ Rd . Alors pour toute fonction mesurable f : V −→ C, la
composée f ◦ ϕ :
ϕ
∼ f
U −→ V −→ C
est aussi mesurable, et si f est de plus Lebesgue-intégrable, f ◦ ϕ est aussi Lebesgue-
intégrable avec la formule :
Z Z
f (y) dy = f ◦ ϕ(x) Jac ϕ(x) dx. 
V U

(d) Le théorème de dérivation sous le signe intégral d’une intégrale dont l’intégrande est
de classe C 1 par rapport à la variable et au paramètre s’énonce comme suit.
Théorème. [Dérivabilité sous le signe intégral] Si E × I 3 (x, t) 7−→ f (x, t) ∈ C est
une fonction définie sur le produit d’un sous-ensemble mesurable E ⊂ Rd par un intervalle
I ⊂ R d’intérieur non vide telle que :
(i) pour tout t ∈ I, la fonction x 7−→ f (x, t) est Lebesgue-intégrable en la variable x sur
E;
(ii) pour tout x ∈ E, la fonction t 7−→ f (x, t) est C 1 , de dérivée :
∂f
(x, t);
∂t
(iii) il existe une fonction positive g : E −→ R+ mesurable Lebesgue-intégrable sur E qui
domine uniformément :
∂f
(x, t) 6 g(x),
∂t
pour tout x ∈ E et tout t ∈ I ;
Alors en tout t ∈ I fixé, la fonction :
∂f
x 7−→ (x, t)
∂t
est Lebesgue-intégrable sur E, et surtout, la fonction :
Z
t 7−→ f (x, t) dx
E
est dérivable sur I de dérivée égale à :
Z Z
d ∂f
f (x, t) dx = (x, t) dx. 
dt E E ∂t
58 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Exercice 4. Soit donc f : R −→ {−∞} ∪ R ∪ {∞} une fonction mesurable intégrable, à


savoir dont l’intégrale de la valeur absolue est finie :
Z ∞
f (x) dx < ∞.
−∞

(a) Le fait que {|f | = ∞} est de mesure nulle est un théorème du cours, mais
redémontrons-le. Pour tout entier N > 1, la majoration :
Z

N · m {|f | > N } 6 |f | < ∞,

donne l’inégalité de Tchebytchev :


R
 |f |
m {|f | > N} 6 ,
N

dont le membre de droite tend visiblement vers zéro lorsque N −→ ∞. Mais puisque :
 \ 
|f | = ∞ = |f | > N ,
N >1

un théorème du cours sur les intersections dénombrables décroissantes d’ensembles me-


surables de mesure finie à partir d’un certain rang — ce qui est le cas ici ! — fait voir la
nullité demandée :
\ 
 
m {|f | = ∞} = m |f | > N
N >1
 
= lim m |f | > N
N →∞

= 0.
On pourrait aussi raisonner de manière plus directe, mais quelque peu moins rigoureuse,
par l’absurde, en supposant que m({|f | = ∞}) > 0, ce qui, puisque f est supposée
Lebesgue-intégrable, conduirait à un jeu contradictoire d’inégalités :
Z

∞ > |f | > ∞ · m {|f | = ∞}
R
= ∞.

Notons qu’il serait impossible d’en puiser une contradiction lorsque 0 = m({|f | = ∞}),
puisque ∞ · 0 n’a pas de valeur fixe attribuable.
(b) Puisque le sujet demande d’appliquer le théorème de convergence dominée, introdui-
sons la suite de fonctions mesurables :
1
fn (x) := f (x) 1[−n,+n] (x) (n > 1),
2n
lesquelles sont constamment dominées par la fonction intégrable f :

fn (x) 6 |f (x)| (∀ x ∈ R, ∀ n > 1),


10. Corrigé de l’examen 5 59

donc le célèbre théorème de Lebesgue s’applique pour offrir sur un plateau ce qui était
demandé :
Z n Z
1
lim f (x) dx = lim fn (x) dx
n→∞ 2n −n n→∞ R
Z
= lim fn (x) dx
R n→∞
Z
= 0
R
= 0!

Subrepticement, on a utilisé ici 0 = m({|f | = ∞}) de la question (a).


On peut en fait se passer du théorème de convergence dominée, grâce à la majoration
élémentaire :
Z n Z n
1 1
f (x) dx 6 f (x) dx
2n −n 2n −n
Z ∞
1
6 f (x) dx,
2n −∞
| {z }
constante < ∞
| {z }
−→ 0
n→∞

inégalité qui démontre bien :


Z n
1
lim f (x) dx = 0.
n→∞ 2 n −n

(c) La fonction f (x) := 1 constante égale à 1 n’est bien sûr pas intégrable sur R (elle est
d’intégrale infinie, ce qui est exclu), et la suite :
Z n
1
1 · dx = 1,
2n −n

est constante égale à 1, donc ne converge pas vers 0.


Plus subtilement, soit f : R −→ N la fonction paire définie, pour x > 0, par :
(
0 lorsque x = k ∈ N,
f (x) :=
(−1)k k lorsque k − 1 < x < k pour un entier k > 1.

Alors :
Z n Z n
1 2
f (x) dx = f (x) dx
2n −n 2n 0
1
− 1 + 2 − · · · + (−1)n n ,

=
n
60 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

somme dont les creux de vague croissent et décroissent alternativement, égale, lorsque
n = 2n0 − 1 avec n0 > 1, à :
n0 −1 fois
z }| {
[−1 + 2] + [−3 + 4] + · · · + [−(2n0 − 3) + (2n0 − 2)] − (2n0 − 1) 1 + 1 + · · · + 1 −(2n0 − 1)
=
2n0 − 1 2n0 − 1
0
−n
=
2n0 − 1
1
−→ − ,
n0 →∞ 2
et autrement, lorsque n0 = 2n est pair, constamment égale à :
n0 fois
z }| {
[−1 + 2] + [−3 + 4] + · · · + [−(2n0 − 3) + (2n0 − 2)] + [−(2n0 − 1) + (2n0 )] 1 + 1 + ··· + 1 + 1
=
2n0 2n0
0
n
=
2n0
1
= ,
2
et là, il y a deux limites possibles, − 12 et 12 .
1
Rn
Un exemple encore plus convaincant faisant voir que la limite de 2n −n
f n’existe pas
forcément est la fonction dérivée :
d 
f (x) := x sin x ,
dx
non intégrable sur R au sens de Lebesgue (exercice non immédiat) :
Z ∞
sin x + x cos x dx = ∞,
−∞
tandis que :
n
n sin n − n sin (−n)
Z
1 d 
x sin x dx =
2n
−n dx 2n
= sin n
oscille sans limite entre −1 et +1 lorsque n −→ ∞, grâce à un théorème de densité des
entiers naturels modulo 2π.
(d) D’après un théorème du cours, toute suite (hn )∞ n=0 de fonctions mesurables intégrables
sur R qui converge presque partout sur R a toujours pour limite une fonction qui est me-
surable. D’ailleurs, la théorie de la mesure est en grande partie érigée dans l’objectif de
stabiliser la mesurabilité par passage à des limites dénombrables quelconques.
Rappelons plus précisément que dans le cours, étant donné une suite quelconque
(hn )∞
n=1 de fonctions mesurables, on a démontré que les deux fonctions :

lim inf hn et lim sup hn


n→∞ n→∞
sont mesurables, et lorsque ces deux fonctions coïncident — partout ou presque partout,
cela revient au même —, i.e. lorsque hn converge (presque partout) vers une certaine
fonction-limite h = lim hn , on en a déduit que :
lim inf hn = lim hn = lim sup hn
n→∞ n→∞ n→∞
est mesurable.
10. Corrigé de l’examen 5 61

(e) On suppose maintenant que, pour tout n > 1, il existe une fonction positive intégrable
gn : R −→ R+ ∪ {∞} avec |hn | 6 gn dont la suite complète (gn )∞ n=0 converge presque
partout vers une certaine fonction g := limn→∞ gn qui est intégrable sur R.
Il est alors clair que les deux fonctions :
gn − hn > 0 et gn + hn > 0
combinaisons algébriques de fonctions mesurables sont mesurables, et de plus sont po-
sitives, hypothèse requise pour pouvoir appliquer le Théorème — généralissime ! — de
Fatou, lequel donne ici deux fois :
Z Z
 
lim inf gn − hn 6 lim inf gn − hn ,
n→∞ n→∞
Z Z
 
lim inf gn + hn 6 lim inf gn + hn .
n→∞ n→∞

Or gn −→ g et hn −→ h, donc en faisant extrêmement attention à la manière dont les


limites inférieures se distribuent à droite, i.e. en n’intervertissant pas le signe moins et la
limite inférieure :
Z Z Z Z

g− h 6 lim inf gn + lim inf − hn ,
n→∞ n→∞
Z Z Z Z
g+ h 6 lim inf gn + lim inf hn .
n→∞ n→∞

(f) Tout le monde sait en effet qu’il faut se méfier des signes « − » ! Rappelons que les
limites inférieure et supérieure d’une suite numérique quelconque (bn )∞ n=1 sont définies
par :
   
lim inf bn = lim inf bm et lim sup bn = lim sup bm .
n→∞ n→∞ m>n n→∞ n→∞ m>n

Ici appliquée à la suite bn := − an , cette définition de la limite inférieure peut être transfor-
mée en le résultat demandé :
  
lim inf − an = lim inf − am
n→∞ n → ∞ m>n
 
= lim − sup am
n→∞ m>n
 
= − lim sup am
n→∞ m>n
= − lim sup an .
n→∞

(g) Supposons donc que la suite gn satisfait :


Z ∞ Z ∞
lim gn (x) dx = g(x) dx.
n→∞ −∞ −∞
En revenant alors à la fin de la question (e) :
Z Z Z Z

g − h 6 g + lim inf − hn ,
n→∞
Z ◦ Z Z ◦ Z
g + h 6 g + lim inf hn ,
n→∞
◦ ◦
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cela permet instantanément de simplifier et d’obtenir :


Z  Z 
− h 6 lim inf − hn ,
n→∞
Z Z
h 6 lim inf hn .
n→∞

Mais la question (f) qui précède avait justement préparé le terrain à l’avance pour que
l’on puisse remplacer la première limite inférieure par une limite supérieure :
Z Z
− h 6 − lim sup hn ,
n→∞
Z Z
h 6 lim inf hn ,
n→∞

et en regardant bien droit dans les yeux ces deux inégalités, l’aigle-étudiant qui sommeille
en nous les voit s’articuler instantanément en un tryptique :
Z Z Z
lim sup hn 6 h 6 lim inf hn ,
n→∞ n→∞

ce qui lui permet d’attraper d’un seul coup d’œil sa proie-réponse :


Z ∞ Z ∞
lim hn (x) dx = h(x) dx,
n→∞ −∞ −∞
puisqu’une limite inférieure est de toute façon toujours inférieure à une limite supérieure !
(h) Soit enfin (fn )∞
n=1 une suite de fonctions mesurables intégrables sur R qui converge
presque partout vers une certaine fonction mesurable f qui est intégrable. Traitons d’abord
l’implication facile :
 Z ∞   Z ∞ Z ∞ 
lim fn (x)−f (x) dx = 0 =⇒ lim fn (x) dx = |f (x)| dx .
n→∞ −∞ n→∞ −∞ −∞
Pour cela, l’inégalité élémentaire valable pour deux nombres réels quelconques a, b ∈
R:
0 6 |a| − |b| 6 a − b ,
qui apparaissait — heureusement ! — comme indication dans le sujet, va expédier la dé-
monstration comme suit :
Z Z Z Z
0 6 fn − f 6 fn − f
Z
6 fn − f ,

car en effet, si le membre de droite tend vers zéro, le membre de gauche aussi !
Pour traiter l’autre implication, principale :
 Z ∞   Z ∞ Z ∞ 
lim fn (x)−f (x) dx = 0 ⇐= lim fn (x) dx = |f (x)| dx ,
n→∞ −∞ n→∞ −∞ −∞
introduisons, comme cela a été gentiment suggéré par le sujet, les deux fonctions auxi-
liaires :

gn := 2 |fn | + |f | et hn := |fn − f | + |fn | − |f |,
10. Corrigé de l’examen 5 63

lesquelles satisfont effectivement les conditions requises :


gn −→ g := 4 |f |, hn −→ h := 0, |hn | 6 gn
— on a même hn > 0, quoique cela ne serve pas spécialement —, ainsi que :
Z Z
lim gn = g,
n→∞

et donc une application directe de la question (g) donne :


Z Z Z
lim hn = h = 0 = 0,
n→∞

c’est-à-dire en remplaçant hn :
Z Z Z
0 = lim fn − f + lim |fn | − |f |,
n→∞ n→∞
| {z }
−→ 0
n→∞

d’où la conclusion : Z
0 = lim fn − f . 
n→∞

Exercice 5. (a) Les deux fonctions x 7−→ f (x) et x 7−→ e−xt sont mesurables, et on a
démontré en cours qu’un produit de fonctions mesurables est encore mesurable.
De plus, la majoration :
e−xt f (x) 6 |f (x)| (t ∈ R+ , x > 0),

donne après intégration :


Z ∞ Z ∞
−xt
e f (x) dx 6 e−xt f (x) dx
0
Z0 ∞
6 |f (x)| dx
0
< ∞,
ce qui démontre que x 7−→ e−xt f (x) est Lebesgue-intégrable, puisque x 7−→ f (x) l’est.
(b) Posons :
g(x, t) := e−xt f (x).
Pour tout t, nous venons de voir que x 7−→ g(x, t) est intégrable sur R+ . De plus, t 7−→
g(x, t) est continue sur R+ (et même C ∞ !). Enfin, l’inégalité-clé ci-dessus :
g(x, t) 6 |f (x)|
fournit une fonction-dominatrice intégrable indépendante de t.
Toutes les hypothèses du Théorème de continuité des intégrales dépendant d’un para-
mètres sont ainsi satisfaites, et donc, la fonction :
Z ∞
R+ 3 t 7−→ Lf (t) := e−xt f (x) dx ∈ R
0

est bel et bien continue !


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(c) À nouveau grâce à la domination intégrable uniforme |g(x, t)| 6 |f (x)|, pour toute suite
(tn )∞
n=1 de réels tn −→ ∞ divergeant vers l’infini, le théorème de convergence dominée de
Lebesgue s’applique pour donner :

Z ∞ Z ∞  
lim g(x, tn ) dx = lim e−xtn f (x) dx.
n→∞ 0 0 n→∞

De l’Exercice 4 (a), rappelons que 0 = m({|f | = ∞}), donc quitte à corriger f sur cet
ensemble de mesure nulle, on peut (on pouvait) supposer (dès le départ !) que f : R+ −→ R
ne prend que des valeurs finies, et alors il est clair que :

0 = lim e−xtn f (x) (∀ x > 0),


n→∞

R R
et puisque ]0,∞[
= [0,∞[
, nous concluons que :

Z ∞ Z ∞
−xtn
lim e f (x) dx = 0 · dx = 0.
n→∞ 0 0

Ceci étant valable quelle que soit la suite tn −→ ∞, on a bien fait voir que :

lim Lf (t) = 0.
t→∞

(d) La transformée de Laplace de la fonction f (x) := e−θx avec θ > 0 est :

∞ ∞
e−x(t+θ)
Z 
−xt −θx 1
Lf (t) = e e dx = = .
0 −t − θ 0 t+θ

(e) Le calcul de la transformée de Laplace de la fonction f (x) := 1{06x61} · sin(x) débute


astucieusement en douceur comme suit :
Z 1
Lf (t) = e−xt sin x dx
0
Z 1 
−xt ix
= Im e e dx
0
1 
ex(i−t)

= Im
i−t 0
 i−t 
e −1
= Im ,
i−t
10. Corrigé de l’examen 5 65

puis, pour faire disparaître les imaginaires au dénominateur, on multiplie en haut et à droite
par (−i − t), en notant que (i − t)(−i − t) = 1 + t2 :

(ei−t − 1)(−i − t)
Lf (t) = Im
(i − t)(−i − t)
−t
e (−iei − tei ) + i + t
= Im
1 + t2
−t
e i i
 1
= 2
Im − i e − t e + +0
1+t 1 + t2
e−t  1
= 2
− cos 1 − t sin 1 +
1+t 1 + t2
1 − e−t (cos 1 + t sin 1)
= .
1 + t2

(f) Le développement classique en série entière de l’exponentielle permet d’écrire :

n(T −x)
X (−1)k
e−e = eknT e−knx .
k∈N
k!

Multiplions-le par f (x) :


X (−1)k
−en(T −x)
e f (x) = eknT e−knx f (x).
k∈N
k!

Soit la suite de fonctions définies sur R+ :


n(T −x)
gn : x 7−→ e−e f (x) (n > 1),

qui sont mesurables uniformément dominées par :


n(T −x)
gn (x) = e−e f (x)
6 |f (x)| (∀ x ∈ R+ , ∀ n > 1),

donc intégrables. D’un autre côté, les termes :

(−1)k knT −knx


e e f (x)
k!
ont une somme absolument (car normalement) convergente, puisque :

(−1)k knT −knx eknT


e e f (x) 6 |f (x)|,
k! k!
et puisque :
X (enT )k nT
= ee < ∞.
k∈N
k!
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Cette convergence normale justifie l’interversion entre intégration et sommation infinie


dans le calcul suivant :
Z ∞ Z ∞ X
(−1)k knT −knx

−en(T −x)
e f (x) dx = e e f (x) dx
0 0 k∈N
k!
X (−1)k Z ∞
= e knT
e−knx f (x) dx
k∈N
k! 0

X (−1)k
= eknT Lf (kn),
k∈N
k!

qui aboutit à l’identité demandée.


(g) Lorsque n −→ ∞, la suite de fonction (gn )∞
n=1 introduite dans la question précédente
converge simplement vers :

 0 lorsque 0 6 x < T,

−1
g∞ (x) := e f (T ) lorsque x = T,

f (x) lorsque T 6 x.

Nous pouvons donc appliquer le théorème de convergence dominée, ce qui nous donne :
Z ∞ Z ∞
−en(T −x)
lim e f (x) dx = f (x) dx.
n→∞ 0 T

(h) Supposons par l’absurde qu’il existe une fonction f ∈ L1 (R+ ) dont la transformée de
Laplace vaut :
Z ∞
−a t
e = Lf (t) = e−xt f (x) dx,
0
pour une certaine constante a > 0.
Prenons alors un nombre réel 0 < T . Les questions (g) et (f) qui précèdent nous per-
mettent alors de représenter la quantité finie :
Z ∞ Z ∞
n(T −x)
f (x) dx = lim e−e f (x) dx
T n→∞ 0

(−1)k knT
X 
= lim e Lf (kn)
n→∞
k=0
k!

(−1)k knT −akn
X 
= lim e e
n→∞
k=0
k!
∞ k 
− en(T −a)
X
= lim
n→∞
k=0
k!
n(T −a)
= lim e− e
n→∞

1
 lorsque 0 < T < a,
= e−1 lorsque T = a,

0 lorsque T > a.
10. Corrigé de l’examen 5 67

Par conséquent : Z ∞
1
f (x) dx = ,
a e
tandis que, pour tout ε > 0 : Z ∞
f (x) dx = 0,
a+ε
R a+ε
ce qui contredit un théorème du cours d’après lequel a g doit tendre vers 0 avec ε, pour
toute fonction intégrable g.
(i) Soit t0 > 0 et soit l’intervalle ouvert l’entourant sans toucher {0} à gauche :
t0 ∈ t20 , 32t0 ⊂ ]0, ∞[.
 

La dérivée partielle de x e−xt f (x) par rapport à t est alors majorée par :
∂  −xt
e f (x) 6 − x e−xt f (x)

∂t
t0
6 x e−x 2 · |f (x)|
6 C0 · |f (x)|,
la constante 0 < C0 < ∞ étant une majorante quelconque de la fonction continue x 7−→
t0
x e−x 2 , laquelle vaut 0 en x = 0 et tend vers 0 lorsque x −→ ∞.
Grâce à cette majoration uniforme par la fonction-dominatrice C0 |f (x)| intégrable sur
R+ , le théorème de dérivation sous le signe intégral s’applique et offre le caractère C 1 de
t 7−→ Lf (t) sur ] t20 , 32t0 [, donc sur ]0, ∞[, puisque le choix initial de t0 > 0 était laissé à
notre entière discrétion.
(j) Maintenant, lorsque f > 0 ne prend que des valeurs positives, la fonction t 7−→ Lf (t)
est décroissante, puisque :
Z ∞
0 00 0 00 0 00 
0 6 t 6 t < ∞ =⇒ Lf (t ) − Lf (t ) = e−xt − e−xt f (x) dx
0
| {z } |{z}
>0 ∀x>0 >0
> 0.
De l’équivalence :
   
x 7−→ x f (x) est L1 sur [0, ∞[ ⇐⇒ t 7−→ Lf (t) est C 1 sur [0, ∞[ ,
démontrons en premier lieu l’implication la plus délicate ‘⇐=’.
Puisque le caractère C 1 de t 7−→ Lf (t) sur ]0, ∞[ est toujours ‘gratuitement’ vrai, en
vertu du résultat de la question (i) qui précède, c’est surtout la dérivabilité t = 0 qui est une
hypothèse ici, et par la décroissance qui vient d’être observée, l’hypothèse en question est
donc que la limite suivante existe et est positive finie :
Lf (0) − Lf (t)
0 6 − L0f (0) = lim
t −→ 0
>
t
Z ∞
1 − e−xt
= lim f (x) dx.
t −→ 0
> 0 t
Or pour faire voir que x 7−→ x f (x) est L1 sur [0, ∞[, un bon Coup de Fatou là où il
−xt
faut — qui s’applique car 1−et f (x) > 0, mais de grâce ! Monsieur de Marçay ! pas de
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frappe sur nos doigts fragiles ! — permet de vérifier que l’on a effectivement la finitude de
l’intégrale :
Z ∞
?
0 6 x f (x) dx < ∞
Z0 ∞
1 − e−xt
[Reconnaître une dérivée] = lim f (x) dx
0 t −→ 0
>
t
Z ∞
1 − e−xt
[lim = lim inf] = lim inf f (x) dx
0 t −→ 0
>
t
Z ∞
1 − e−xt
[Coup de Fatou !] 6 lim inf f (x) dx
t −→ 0
> 0 t
Lf (0) − Lf (t)
= lim inf
t −→ 0
>
t
Lf (0) − Lf (t)
[lim = lim inf] = lim
t −→ 0
>
t
= − L0f (0)
oui
< ∞,
ce qui montre que x 7−→ x f (x) est bien L1 sur [0, ∞[.
L’implication inverse ‘⇒’ est en fait plus facile, et généralement vraie sans supposer que
f > 0. Supposons donc x 7−→ x |f (x)| intégrable sur [0, ∞[. À nouveau grâce au théorème
de dérivation sous le signe intégral, comme dans la question (i), mais maintenant sur [0, ∞[
en incluant l’extrémité gauche {0}, on a la majoration uniforme de la dérivée partielle par
rapport à t :
− x e−xt f (x) 6 x |f (x)|,
par une fonction indépendante de t qui est intégrable sur [0, ∞[, et donc — youpi ! c’est
enfin fini ! —, le théorème de dérivation sous le signe intégral tord le cou à cette dernière
implication !
11. Examen 6 69

11. Examen 6

Exercice 1. Dans R muni de la mesure de Borel-Lebesgue m(•), soit un compact K ⊂ R


de mesure m(K) > 0 strictement positive. Pour tout entier n > 1, soit :
[ 
x − n1 , x + n1 .

Un :=
x∈K

(a) Vérifier que Un+1 ⊂ Un , pour tout n > 1.


(b) Montrer que :
\∞
K = Un .
n=1
l’inclusion non triviale, prendre z ∈ R\K, justifier que dist (z, K) > 0, puis
Indication: Pour
argumenter que z 6∈ UN pour N  1 assez grand.
(c) Montrer qu’il existe un entier N  1 assez grand pour que :
2
0 <
m(UN ) < m(K).
3

(d) Pour tout τ ∈ R avec |τ | < N1 , on pose Kτ := x − τ : x ∈ K . Vérifier que :




Kτ ⊂ U N ,
puis montrer que :    
UN K ∩ Kτ = UN \K ∪ UN \Kτ .
Indication: Élaborer une figure complète, parlante, notée.
(e) Montrer que :
2
 
m UN (K ∩ Kτ ) 6 3
m(UN ).
(f) Montrer que pour tout τ ∈ R avec |τ | < N1 , on a K ∩ Kτ 6= ∅.
(g) Obtenir le Théorème de Steinhaus, d’après lequel, si K est un compact de R de mesure
> 0, alors l’ensemble des différences :
K − K := x − x0 ∈ R : x ∈ K, x0 ∈ K ,


contient un voisinage ouvert de l’origine 0 dans R.


Exercice 2. Dans Rd avec d > 1 muni de la mesure de Borel-Lebesgue m(•), soit un
R mesurable f : E −→ R. On rappelle que par
ensemble mesurable E, et soit une fonction
définition, f ∈ L1 (E) si et seulement si E |f | < ∞.
(a) Montrer l’implication :
f ∈ L1 (E)
 
=⇒ 0 = lim n · m x ∈ E : |f (x)| > n .
n→∞

Indication: Utiliser la suite fn (x) := n · 1{|f |>n} (x).


70 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(b) On se propose  de démontrer que l’implication inverse n’est pas vraie. Soit la fonction
définie sur 0, e−1 , où e−1 ≈ 0, 369 · · · , par :

(
0 pour x = 0,
g(x) :=
x log x−1 pour 0 < x 6 e−1 .


Montrer que g(x) est continue sur 0, e−1 , croissante de g(0) = 0 à g(e−1 ) = e−1 .
 
1
. Montrer que f 6∈ L1 [0, e−1 ] , c’est-à-dire que :

(c) On pose f (x) := g(x)
Z e−1
f (x) dx = ∞.
0
le changement de variable u := x1 , puis, trouver une primitive.
Indication: Effectuer
(d) Montrer, pour tout entier n > 3, qu’il existe un unique réel xn ∈ 0, e−1 tel que :
 

1
− xn log xn = n
.
(e) Montrer que : 
n · m {|f | > n} −→ 0.
n→∞

Exercice 3. Soient −∞ < a < b < ∞, soit l’intervalle fermé [a, b], soit f : [0, 1] −→ [a, b]
une fonction mesurable, et soit ϕ : [a, b] −→ R une fonction convexe, au sens où :

∀ c ∈ [a, b] ∃ pc ∈ R tel que ϕ(y) > pc y − c + ϕ(c) ∀ y ∈ [a, b].
R1
(a) Montrer que la valeur de l’intégrale 0 f (x) dx appartient à l’intervalle [a, b].
(b) Établir l’inégalité de Jensen :
Z 1 Z 1 

ϕ f (x) dx > ϕ f (x) dx .
0 0

Exercice 4. Soit l’intervalle [0, 1], muni de la mesure de Borel-Lebesgue m(•). Soit un
exposant 1 6 p < ∞.
 
(a) Montrer (question de cours) que Lp [0, 1] ⊂ L1 [0, 1] , pour tout 1 6 p < ∞.
(b) Pour 1 6 p < ∞ fixé, calculer ||fn ||Lp , où pour n > 1 entier, les fonctions fn : [0, 1] −→
R+ sont définies par :
(
1
n pour n+1 < x < n1 ,
fn (x) := n · 1] 1 , 1 [ (x) =
n+1 n 0 autrement.

(c) Soit E, || · ||E un R-espace vectoriel normé. Si une suite {vn }∞



n=1 de vecteurs vn ∈ E
converge en norme vers un certain vecteur v ∈ E, montrer que l’on a aussi ||vn ||E −→ ||v||E
quand n −→ ∞. Indication: Après l’avoir justifiée, utiliser l’inégalité ||u||E − ||v||E 6
||u − v||E , pour tous u, v ∈ E.

(d) Pour tout 1 6 p < 2, trouver une fonction f ∈ Lp [0, 1] telle que fn converge vers f
en norme Lp .

(e) Pour tout 2 < p < ∞, montrer qu’il n’existe pas de fonction f ∈ Lp [0, 1] telle que
fn converge vers f en norme Lp .
(f) Pour tout exposant 1 6 p < ∞, montrer qu’il n’existe pas de fonction-dominatrice
g ∈ L [0, 1], R+ de la suite {fn }∞
p

n=1 .
11. Examen 6 71


(g) Pour p = 2, existe-t-il une fonction f ∈ L2 [0, 1] telle que fn converge vers f en
norme L2 .
Exercice 5. Dans Rd avec d > 1 muni de la mesure de Borel-Lebesgue m(•), soit un
ensemble mesurable E, et soit une fonction mesurable f : E −→ C.
(a) Soit f ∈ L1 (E). Pour n > 1 entier, on introduit :
1 2
fn (x) := 2 f (x) 1{|f |6n} (x).
n
Justifier brièvement que les fn sont mesurables, puis, justifier que :
X∞ Z Z X ∞ 
fn (x) dx = fn (x) dx.
n=1 E E n=1

(b) On pose :

X 1 2
F (x) := 2
f (x) 1{|f |6n} (x).
n=1
n
Montrer que :
2
X 1
F (x) = f (x) .
n2
n>max{|f (x)|,1}

(c) Pour tout entier N > 1, montrer que :


X 1 1
6 .
n>N
n2 N−1
R∞
cette somme avec N−1 dx
Indication: Comparer x2
.
(d) On admet la valeur de la série convergente :

X 1 π2
2
= ≈ 1, 645 · · · .
n=1
n 6
Montrer que : 
π2 2

 6
f (x) lorsque |f (x)| 6 2,
0 6 F (x) 6 |f (x)|2
 lorsque |f (x)| > 2.
|f (x)| − 1

(e) Toujours sous l’hypothèse que f ∈ L1 (E), montrer que :


∞ Z
X 1 2
2
f (x) dx < ∞.
n=1
n {|f |6n}
Indication: Montrerque F (x) 6 4 |f (x)| pour tout x ∈ E.
(f) Le fait que la somme de la Question (e) converge implique-t-il que f ∈ L1 (E) ?
72 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

12. Corrigé de l’examen 6

1
Exercice 1. (a) Comme 0 < n+1
< n1 , il est clair, pour tout x ∈ R, que :
1 1
⊂ x − n1 , x + n1 ,
   
x− n+1
, x + n+1
et donc : [ 
1 1

Un+1 = x− n+1
, x+ n+1
x∈K
[ 
x − n1 , x + n1 = Un .


x∈K

(b) Comme {x} ⊂ x − n1 , x + n1 pour tout entier n > 1 et tout point x ∈ K, la première
 
inclusion est claire :
\∞
K ⊂ Un .
n=1
Pour ce qui est de l’inclusion inverse, passons au complémentaire :

? ?
\ /\
Un ⊂ K ⇐⇒ R Un ⊃ R\K.
n=1 n>1

Étant donné un point quelconque z ∈ R\K, cherchons donc à montrer qu’il est dans R\ ∩
Un .
Rappelons que les compacts de R sont les sous-ensembles fermés-bornés. Alors d’après
un théorème connu de topologie générale, plusieurs fois utilisé en cours de théorie de la
mesure, on a stricte positivité de :
d := dist (z, K) > 0.
1
Ensuite, avec un entier N  1 assez grand afin que N
6 d, d’où :
1
dist (z, K) > N
,
le fait que par définition :
y ∈ x − N1 , x + N1 ,
 
∀ y ∈ UN , ∃ x ∈ K,
implique :
1
dist (y, K) < N
,
allié à l’inégalité triangulaire, garantissent que :
z 6∈ UN ,
d’où : \
z 6∈ Un ,
n>1
12. Corrigé de l’examen 6 73

et enfin : /\
z ∈ R Un .
n>1

(c) Toute réunion (y compris non dénombrable) d’ouverts étant encore un ouvert par défi-
nition d’une topologie, il est clair que chaque Un est ouvert, donc mesurable.
 
Soit R  1 assez grand pour que K ⊂ [−R, R]. Alors Un=1 ⊂ − R − 1, R + 1 , d’où
m Un=1 < ∞. Un théorème du cours qui requiert cette hypothèse de finitude assure alors
que :
\ 
0 < m(K) = m Un
n>1

= lim m Un ,
n→∞
 ∞
la suite m(Un ) n=1
étant décroissante.
Il existe donc un entier N  1 tel que :
3
0 < m(K) 6 m(UN ) < 2
m(K) < ∞,
d’où :
2
3
m(UN ) < m(K) < ∞.

(d) Effectivement, Kτ ⊂ UN , puisque UN contient tous les points à distance < N1 de K, et


puisque Kτ est un translaté de K à distance |τ | < N1 .
Ensuite, soit un point x ∈ UN avec x 6∈ K ∩ Kτ , c’est-à-dire x 6∈ K ou x 6∈ Kτ . Alors
x ∈ UN \K ou x ∈ UN \Kτ .
Inversement, soit y un point dans cette réunion à droite, c’est-à-dire y ∈ UN \K ou
y ∈ UN \Kτ . Dansles deux cas, y ∈ UN . De plus, y 6∈ K ou y 6∈ Kτ . Donc y 6∈ K ∩ Kτ , ce
qui donne y ∈ UN (K ∩ Kτ ).
(e) La mesure de Borel-Lebesgue étant invariante par translation, on a :

m Kτ = m(K).
Nous pouvons donc majorer :
     
m U N K ∩ Kτ = m UN \K ∪ UN \Kτ
 
6 m UN \K + m UN \Kτ
= m(UN ) − m(K) + m(UN ) − m(Kτ )
= 2 m(UN ) − 2 m(K)
2
[Question (c) − 23 m(K) < − 4
3
m(UN )] < 3
m(UN ).

(f) C’est immédiat parce que grâce à la question qui précède :


m K ∩ Kτ > 13 m(UN ) > 0,


et parce que tout ensemble de mesure strictement positive est évidemment non vide.
(g) Pour tout τ ∈ R avec |τ | < N1 , nous venons de voir qu’il existe un point :
xτ ∈ K ∩ K τ .
74 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Mais xτ ∈ Kτ signifie qu’il existe x0τ ∈ K avec :


xτ = x0τ − τ
⇐⇒ τ = x0τ − xτ .

Nous avons donc démontré que l’intervalle ouvert − N1 , N1 , qui est un voisinage ouvert
 
dans R de l’origine 0, est inclus dans K − K.

Exercice 2. (a) Puisque f est à valeurs dans R, d’où |f (x)| < ∞ pour tout x ∈ E, il est
clair que pour tout x ∈ E, on a :
0 = lim fn (x).
n→∞

De plus, les fn sont uniformément dominées par |f | qui est intégrable :



0 6 fn (x) 6 |f (x)| (∀ n > 1, ∀ x ∈ E).

Donc le théorème de la convergence dominée donne :


Z   Z
lim fn (x) dx = lim fn (x) dx,
E n→∞ n→∞ E

c’est-à-dire : Z
0 = lim fn (x) dx.
n→∞ E

(b) En effet, comme on sait que 0= lim ε log ε lorsque ε −→0+ , cette
 fonction − x log x
−1 −1
est continue en 0, donc sur 0, e . De plus, comme on a sur 0, e :
0
g 0 (x) = − x log x = − log x − xx = − log x − 1 > 0,
elle est effectivement croissante, de g(0) = 0 à :
g e−1 = e−1 log (e−1 )−1 = e−1 log e = e−1 .
 

(c) Avec x = u1 , d’où dx = − du


u2
, calculons :
Z e−1 Z e−1
1
f (x) dx = dx
0 0 x log x1
Z e
1  du 
= 1 − 2
∞ u log u u
Z ∞
du
=
e u log u
Z R
du
= lim
R →∞ u log u
he iR
= lim log log u
R →∞ e
 
= lim log log R − log log e◦
R →∞

= ∞.
12. Corrigé de l’examen 6 75

(d) Grâce au théorème des valeurs intermédiaires, et à la croissance de g(x) sur 0, e−1 ,
 

l’existence et l’unicité de xn tel que g(xn ) = n1 est claire, pourvu que n > 3 afin d’avoir :
1
n
6 0, 333 · · · < 0, 369 · · · = e−1 .

(e) En effet, pour tout n > 3, on a grâce à la continuité croissante de g : [0, e−1 ] −→
[0, e−1 ] :
x ∈ [0, e−1 ] : |f (x)| > n = |g(x)| 6 n1
 
 
= 0, xn ,
donc : 
n · m {|f | > n} = n · xn
[Question (d)] = − log1xn −→ 0,
n→∞
+
car xn −→ 0 .  −1 
1
En conclusion, cette fonction mesurable f (x) = x log 1 définie sur E := 0, e avec
 −1  x 
f (0) = ∞ et continue sur 0, e montre que la condition n · m {|f | > n} −→ 0 n’est
R R n→∞
pas suffisante pour garantir l’intégrabilité, car |f | = f = ∞, d’après la Question (c).

Exercice 3. (a) En effet, l’hypothèse :


a 6 f (x) 6 b (∀ x ∈ [0, 1]),

donne, après intégration sur [0, 1] :


Z 1 Z 1 Z 1
a = a dx 6 f (x) dx 6 b dx = b.
0 0 0

(b) Posons :
Z 1
c := f (x) dx ∈ [a, b],
0
exprimons l’hypothèse de convexité de ϕ :

ϕ(y) > pc y − c + ϕ(c) (∀ y ∈ [a, b]),

remplaçons y := f (x) là-dedans :


 
ϕ f (x) > pc f (x) − c + ϕ(c),
puis, intégrons sur [0, 1], et enfin, terminons les calculs :
Z 1 Z 1  Z 1

ϕ f (x) dx > pc f (x) dx − c + ϕ(c) dx
0 0 0
Z 1 Z 1 
= pc f (x) dx − f (x) dx + ϕ(c)
0 ◦ 0 ◦
= 0 + ϕ(c)
Z 1 
= ϕ f (x) dx .
0
76 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France


Exercice 4. (a) Comme la mesure m [0, 1] = 1 < ∞ de l’ensemble ambiant est finie,
on peut appliquer l’inégalité de Hölder en faisant apparaître la fonction 1, astucieusement
comme suit. 
Pour toute fonction f ∈ Lp [0, 1] , c’est-à-dire satisfaisant :
Z 1  1p
p
||f ||Lp = f (x) dx < ∞,
0

on constate que la fonction f appartient aussi à L1 , car avec l’exposant conjugué p1 + p10 = 1,
il vient :
Z 1 Z 1  1p  Z 1  10
p
p p0
||f ||L1 = f (x) dx 6 f (x) dx · 1 dx
0 0 0
= ||f || Lp ·1
< ∞.

(b) On calcule :
Z 1  1p
p
fn Lp
= n · 1] 1
,1[ (x) dx
n+1 n
0
Z 1  1p
n
p
= n
1
n+1
 1  1p
p 1 
= n −
n n+1
1
= n 1 .
n(n + 1) p

(c) Les deux inégalités triangulaires :


||u||E = u − v + v E
6 ||u − v||E + ||v||E ,
||v||E = v − u + u E
6 ||v − u||E + ||u||E ,
qui se ré-écrivent comme :
||u||E − ||v||E 6 ||u − v||E ,
− ||u||E + ||v||E 6 ||v − u||E ,
donnent effectivement :
||u||E − ||v||E 6 u − v E
.
En supposant donc que :
0 = lim vn − v E
,
n→∞

cette inégalité permet de terminer la question :

||vn ||E − ||v||E 6 vn − v E


−→ 0.
n→∞
12. Corrigé de l’examen 6 77

(d) Soit f := 0. Alors pour tout 1 6 p < 2, on a grâce à la Question (b) :


n
fn − 0 Lp = ||fn ||Lp = 1
n(n + 1) p
2
∼ n1− p −→ 0.
n∞ n→∞

(e) Tout d’abord, toujours grâce à la Question (b), on a :


n
||fn ||Lp = 1
n(n + 1) p
2
∼ n1− p −→ ∞.
n∞ n→∞
p

S’il existait f ∈ L [0, 1] satisfaisant :
0 = lim fn − f Lp
,
n→∞

alors la Question (c) impliquerait la convergence des nombres réels positifs :


||fn ||Lp −→ ||f ||Lp < ∞,
n→∞

en contradiction flagrante avec la divergence qui vient d’être montrée.



(f) Par l’absurde, supposons qu’il existe g ∈ Lp [0, 1], R+ satisfaisant :
fn (x) 6 g(x) (∀ n > 1, presque partout),

pour presque tout x ∈ [0, 1]. Comme les intervalles-supports de f1 , f2 , f3 , . . . , fn , . . . :


1 1 1 1 1 1  1 1
, ,
2 1
, ,
3 2
, , ...,
4 3
, , ...,
n+1 n

sont mutuellement disjoints, les inégalités précédentes impliqueraient que la somme infi-
nie :
X∞
h(x) := fn (x),
n=1
satisferait aussi :
|h(x)| 6 g(x) (presque partout).

Comme ||g||Lp < ∞, on en déduirait que ||h||Lp < ∞ aussi. Mais en fait, comme les
intervalles ci-dessus sont disjoints, on a :
∞ Z 1
p X n
||h||Lp = np dx
1
n=1 n+1

X np
=
n=1
n(n + 1)
= ∞,
1
P 1
car le terme général est équivalent à n2−p , or on sait que nc
< ∞ si et seulement si
c > 1, et ici, 2 − p > 1 est impossible car on a supposé 1 6 p < ∞.
(g) Si f existait, la suite {fn }∞ 2
n=1 devrait être de Cauchy en norme L , à savoir :
?
0 = lim fm − fn L2
,
n>m→∞
78 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

mais cela est impossible, car à cause du caractère disjoint des supports, on a pour tout
m<n: Z 1 Z 1 1/2
m n
2 2
fm − fn L2 = (m − 0) dx + (0 − n) dx
1 1
m+1 n+1
 1/2
1 1
= m2  +n 2
 ,
m(m + 1) n(n + 1)
1/2 √
quantité qui tend vers 1 + 1 = 2, certainement pas vers 0, lorsque n > m −→ ∞.

Exercice 5. (a) Puisque toutes ces fonctions visiblement mesurables d’après les théorèmes
du cours sont positives, avec la suite des sommes partielles :
N
X
gN (x) := fn (x),
n=1

cette égalité, qui est autorisée à signifier ∞ = ∞, est une conséquence directe du théorème
de convergence monotone, ou de Beppo-Levi, puisque gN 6 gN+1 , partout dans E.
(b) En effet :

X 1 2
F (x) = 2
f (x) 1{|f |6n} (x)
n=1
n

2
X 1
= f (x) 1
2 {|f |6n}
(x)
n=1
n
2
X 1
= f (x) .
n2
n>max{|f (x)|,1}

(c) Pour N = 1, on a trivialement n>1 n12 6 ∞, ne serait-ce que parce que cette série
P
converge, d’après le critère de Riemann.
Supposons donc N > 2. Comme la fonction x 7−→ x12 décroît sur ]0, ∞[, le principe de
comparaison entre séries et intégrales donne :

X 1 1 1 1
2
= 2+ 2
+ + ···
n=N
n N (N + 1) (N + 2)2
Z N Z N+1 Z N+2
dx dx dx
6 2
+ 2
+ + ···
N −1 x N x N +1 x2
Z ∞
dx
= 2
N −1 x

1
= .
N−1

(d) En revenant à la Question (b), quand |f (x)| 6 2, on majore aisément :



 2
X 1
0 6 F (x) 6 f (x)
n=1
n2
2 π2
= f (x) .
6
12. Corrigé de l’examen 6 79

Quand |f (x)| > 2, grâce à la Question (c), en introduisant :


Nx := plus petit entier > |f (x)|,
d’où :
1 1
|f (x)| − 1 6 Nx −1 puis 6 ,
Nx − 1 |f (x)| − 1
il vient : ∞
 2
X 1
0 6 F (x) = f (x)
n=N
n2
x

12
6 f (x)
Nx − 1
2 1
6 f (x) .
|f (x)| − 1
(e) Tout d’abord, il faut observer que :
∞ Z Z
X 1 2
f (x) dx = F (x) dx.
n=1
n2 {|f |6n} E

Donc il suffit de montrer que F ∈ L1 (E). Pour cela, on revient aux inégalités de la Ques-
tion (d).
2
Quand |f (x)| 6 2, en tenant compte de π6 6 2, on majore :
π2
0 6 F (x) 6 6
|f (x)| |f (x)|
6 2 · 2 · |f (x)|.
Quand |f (x)| > 2, on majore :
|f (x)|
0 6 F (x) 6 f (x)
|f (x)| − 1
2
6 f (x)
2−1
= 2 f (x) .
Dans les deux cas, on a :
0 6 F (x) 6 4 |f (x)|,
et comme f ∈ L (E), il en va de même pour F ∈ L1 (E). En conclusion, nous avons
1

démontré l’implication :
∞ Z
1
X 1 2
f ∈ L (E) =⇒ 2
f (x) dx < ∞.
n=1
n {|f |6n}

(f) Non, car avec la fonction f (x) := x1 1[1,∞[ (x), qui n’est pas dans L1 (E) avec E :=
[1, ∞[, on a néanmoins :
∞ Z ∞ Z
X 1 2
X 1 1
2
f (x) dx = 2 2
dx
n=1
n {|f |6n} n=1
n {x>1} x
π2
= < ∞.
6
80 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

13. Examen 7

Exercice 1. Soit une fonction R réelle mesurable f : R −→ R+ ∪ {∞} à valeurs positives qui
est intégrable, i.e. satisfait R f (x) dx < ∞. Pour un paramètre réel t > 0, on considère :
Z
f (x)
F (t) := p dx.
R 1 + t (f (x))2
f (x)
(a) Montrer que t 7−→ F (t) est continue sur R+ . Indication: Introduire g(x, t) := √ .
1+t f (x)2

(b) Montrer que 0 = lim F (t).


t→∞
∂g
(c) Pour (x, t) ∈ R× ]0, ∞[, calculer ∂t
(x, t), puis, en observant la décomposition :
1R (x) = 1{06f 61} (x) + 1{1<f } (x),
pour tout δ > 0 fixé, montrer la majoration pour tout t > δ :
∂g 1 1 f (x)3
(x, t) 6 2
f (x) · 1{06f 61} (x) + 2
· 1{1<f } (x).
∂t (1 + δ f (x)2 )3/2
(d) Déterminer une constante positive Cδ < ∞ telle que pour tout t > δ, on ait la majora-
tion :
∂g
(x, t) 6 12 f (x) · 1{06f 61} (x) + 12 Cδ f (x) · 1{1<f } (x).
∂t
(e) Établir que F est de classe C 1 sur ]0, ∞[.
(f) Pour t > 0, montrer que :
F (t) − F (0) − f (x)3
Z
= p p  dx.
t R 1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
(g) Montrer que le quotient différentiel :
F (t) − F (0)
t
admet une limite dans {−∞} ∪ R− lorsque t > 0 tend vers 0 en décroissant. Indication: Noter
h(x, t) la fonction sous le signe intégral obtenue à la Question (e), et penser à la monotonie.
(h) Montrer que :
− f (x)3
Z Z
1
lim p p  dx = − f (x)3 dx.
t→0 R
>
2
1 + t f (x) 1 + 1 + t f (x) 2 2 R

(i) Établir que la fonction t 7−→ F (t) est de classe C 1 sur [0, ∞[ si et seulement si f ∈
L1 (R) ∩ L3 (R).
13. Examen 7 81

d
p d > 1 entier, on munit R des coordonnées x = (x1 , . . . , xd ) et de
Exercice 2. Avec
d
la
2 2
norme |x| := x1 + · · · + xd . Pour tout multi-indice entier α = (α1 , . . . , αd ) ∈ N , on
∂ α1 ∂ αd
note ∂xα := ∂xα1 · · · α . Soit l’espace de Schwartz :
∂xd d
1
n
S (R ) := fonctions f : Rd −→ R de classe C ∞ telles que
d

o
0 = lim |x|κ ∂xα f (x) , ∀ κ ∈ N, ∀ α ∈ Nd .
|x|→∞

Pour ξ ∈ Rd , avec le produit scalaire x·ξ := x1 ξ1 +· · ·+xd ξRd , on définit la transformée


de Fourier d’une fonction quelconque f ∈ S (Rd ) par fb(ξ) := Rd f (x) e−2iπξ·x dx.
On s’intéresse à l’équation des ondes sur Rd d’inconnue une fonction u = u(x, t) de
classe C ∞ définie sur Rd × R, avec deux conditions initiales f, g ∈ S (Rd ) :
 2
∂ u ∂ 2u ∂ 2u
 + ··· + 2 = ,
 ∂x21


 ∂xd ∂t2
u(x, 0) = f (x),

∂u



 (x, 0) = g(x).
∂t
(a) Montrer que toute solution u de classe C ∞ sur Rd ×R, telle que x 7−→ u(x, t) appartient
à S (Rd ) pour tout t fixé, satisfait :
∂ 2u
− 4 π 2 |ξ|2 u
b
b(ξ, t) = (ξ, t).
∂t2
(b) Montrer que :

 sin 2π |ξ| t
b(ξ, t) = fb(ξ) cos 2π |ξ| t + gb(ξ)
u .
2π |ξ|
(c) L’objectif est d’établir qu’une solution de l’équation des ondes avec conditions initiales
est donnée par la formule intégrale :
i
sin 2π |ξ| t
Z h
e2iπx·ξ dξ.

u(x, t) := fb(ξ) cos 2π |ξ| t + gb(ξ)
R d 2π |ξ|
Commencer par justifier brièvement que (x, t) 7−→ u(x, t) est de classe C ∞ sur Rd × R.
(d) Montrer que cette formule intégrale est solution de l’équation aux dérivées partielles
∂2u ∂2u ∂2u
∂x2
+ · · · + ∂x2 = ∂t2 .
1 d

(e) Montrer que u(x, 0) = f (x).


(f) Montrer que ∂u ∂t
(x, 0) = g(x).
(g) La fonction ξ 7−→ fb(ξ) cos 2π |ξ| t appartient-elle à S (Rd ) ? La fonction ξ 7−→

|ξ| t)
gb(ξ) sin (2π
2π |ξ|
appartient-elle à S (Rd ) ?
(h) On introduit l’énergie d’une solution de l’équation des ondes (avec conditions ini-
tiales) :
Z  
∂u 2 ∂u 2 ∂u 2
E(t) := + ··· + + dx.
Rd ∂x1 ∂xd ∂t
82 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Établir que l’énergie est conservée, à savoir que l’on a E(t) = E(0) constamment pour
tout t ∈ R.
Exercice 3. Sur R2 = Rx × Ry , soit une fonction mesurable positive A : R2 −→ R+ . On
suppose qu’il existe une constante 0 6 C0 < ∞ telle que :
Z
A(x, y) dx 6 C0 , pour presque tout y ∈ R fixé,
ZR
A(x, y) dy 6 C0 , pour presque tout x ∈ R fixé.
R
On rappelle que pour toute fonction mesurable positive (x, y) 7−→ A(x, y) définie sur
R2 , un théorème du cours (Tonelli) a démontré que la fonction-tranche x 7−→ A(x, y) est
mesurable pour presque tout y ∈ R, et de même pour la fonction-tranche y 7−→ A(x, y).
On notera d(x, y) la mesure de Lebesgue sur R2 .
(a) Pour une fonction mesurable f : R −→ R avec f ∈ L∞ (R), on introduit :
Z
T f (x) := A(x, y) f (y) dy.
R
Justifier que y 7−→ A(x, y) f (y) est mesurable pour presque tout x ∈ R, puis montrer
que T f (x) est bien définie, pour presque tout x ∈ R. Indication: Montrer, pour presque tout
x ∈ R, l’inégalité T f (x) 6 C0 ||f ||L∞ .
(b) Pour deux fonctions quelconques f ∈ L∞ (R) et g ∈ L1 (R), montrer que l’application
(x, y) 7−→ A(x, y) f (y) g(x) est mesurable sur R2 , puis, montrer qu’elle est intégrable sur
R2 .
(c) Toujours avec deux fonctions quelconques f ∈ L∞ (R) et g ∈ L1 (R), montrer que
l’application x 7−→ T f (x) g(x) est mesurable et intégrable sur R.
(d) Montrer que la fonction x 7−→ T f (x) est mesurable.

(e) Montrer que f 7−→ T f : x 7−→ T f (x) définit un opérateur linéaire borné
L∞ (R) −→ L∞ (R), dont la norme d’opérateur satisfait |||T ||| 6 C0 ||f ||L1 .
(f) On suppose maintenant que f ∈ L1 (R) est intégrable. Établir que, pour presque tout
x ∈ R, laRfonction y 7−→ A(x, y) f (y) est intégrable en y, puis que la formule x 7−→
T f (x) = R A(x, y) f (y) dy définit une fonction mesurable-intégrable T f ∈ L1 (R) qui
satisfait l’inégalité T f L1 6 C0 ||f ||L1 .
(g) Pour une R fonction mesurable positive f : R −→ R+ ∪ {∞}, on définit à nouveau
T f (x) := R A(x, y) f (y) dy, en admettant que la valeur T f (x) ∈ R+ ∪ {∞} puisse
éventuellement être infinie. Justifier que x 7−→ T f (x) est mesurable.
(h) Soit maintenant un exposant réel 1 < p < ∞. Toujours avec f : R −→ R+ ∪ {∞}
positive, montrer l’inégalité :
Z  1p
 1− 1p p
0 6 T f (x) 6 C0 A(x, y) f (y) dy .
R

(i) Montrer l’inégalité :


Tf Lp
6 C0 ||f ||Lp .
(j) Toujours avec 1 < p < ∞, on suppose maintenant plus généralement que f ∈ Lp (R)
est à valeurs dans {−∞} ∪ R ∪ {∞}, sans forcément être positive.
13. Examen 7 83

Montrer que pour presque tout x ∈ R, la fonction y 7−→ A(x, y) f (y) est intégrable en
y. R
Pour ces x, on définit ensuite T f (x) := R A(x, y) f (y) dy, et on décide de poser
T f (x) := 0 pour les x appartenant à l’ensemble négligeable restant.
(k) Soit q := 1 − p1 . Établir, pour toute fonction g ∈ Lq (R), que la fonction x 7−→
T f (x) g(x), est mesurable. Indication: Penser encore à Tonelli → Fubini.
(l) Montrer que la fonction x 7−→ T f (x) elle-même est mesurable.
(m) Montrer que T f ∈ Lp (R) avec T f Lp 6 C0 ||f ||Lp .
(n) On pose A(x, y) := u(x − y) avec une fonction positive u ∈ L1 (Rd ) à valeurs dans
R+ ∪ {∞}. Montrer que A vérifie les hypothèses énoncées tout au début, et montrer que
l’on obtient la bonne définition du produit de convolution u ∗ v ∈ Lp lorsque v ∈ Lp , en
établissant la majoration :
u ∗ v Lp 6 ||u||L1 ||v||Lp .
84 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

14. Corrigé de l’examen 7

Exercice 1. (a) Puisqu’il s’agit d’une intégrale à paramètre, il est avisé d’introduire la
fonction positive de deux variables :

f (x)
R × R+ 3 (x, t) −→ p =: g(x, t) ∈ R+ .
1 + t f (x)2

Pour appliquer le théorème concerné du cours sur les intégrales à paramètres, trois obser-
vations sont nécessaires.
• Pour t > 0 fixé, la fonction x 7−→ g(x, t) est mesurable sur R, par opérations usuelles de
fonctions mesurables à valeurs dans R.
• Comme f est intégrable, il est clair que ses valeurs (0 6)f (x) < ∞ sont finies pour
presque tout x ∈ R, donc pour ces presque tous x ∈ R fixés, la fonction t 7−→ g(x, t) est
continue sur R+ ,
• Enfin, comme pour tout t ∈ R+ fixé, on a pour presque tout x ∈ R :

f (x)
g(x, t) = g(x, t) 6 p 6 f (x),
1 + t f (x)2
R
et comme f < ∞, il existe une fonction-dominatrice intégrable évidente.
D’après le théorème de continuité des intégrales à paramètre, on en déduit que F est
finie et continue sur R+ .
(b) Soit une suite {tn }∞
n=1 de réels tn −→ ∞ s’évadant vers l’infini à droite. Deux obser-
vations s’imposent.
 ∞
• Pour presque tout x ∈ R fixé tel que 0 < f (x) < ∞, il est clair que la suite g(x, tn ) n=1
tend vers 0 lorsque tn −→ ∞. C’est encore vrai si f (x) = 0, donc c’est vrai pour presque
tout x ∈ R.
• À nouveau, nous avons R une inégalité dominatrice uniforme g(x, tn ) 6 f (x) pour
presque tout x ∈ R, avec f < ∞.
Nous pouvons donc appliquer le théorème de convergence dominée, et grâce au critère
séquentiel, nous concluons bien que 0 = lim F (t).
t→∞
14. Corrigé de l’examen 7 85

(c) Aisément, on trouve :


∂g 1 f (x)3
(x, t) = −
∂t 2 (1 + t f (x)2 )3/2
1 f (x)3
6 1
2
f (x)3 · 1{06f 61} (x) + · 1{1<f } (x)
2 (1 + t f (x)2 )3/2
1 1 f (x)3
[y 3 6 y pour 0 6 y 6 1] 6 2 f (x) · 1{06f 61} (x) + · 1{1<f } (x)
2 (1 + t f (x)2 )3/2
1 f (x)3
6 21 f (x) · 1{06f 61} (x) + · 1{1<f } (x).
2 (1 + δ f (x)2 )3/2
(d) Ensuite, il s’agit de trouver une constante 0 6 Cδ < ∞ telle que, pour toute valeur
f (x) > 1 et tout t > δ, on ait :
1 f (x)3 1 f (x)3 ?
1
6 6 2
Cδ · f (x),
2 (1 + t f (x)2 )3/2 2 (1 + δ f (x)2 )3/2
ce qui équivaut à :
? 3/2
f (x)2 6 Cδ 1 + δ f (x)2 ,
c’est-à-dire à :
? 3
f (x)4 6 Cδ2 1 + δ f (x)2
 
= Cδ2 1 + 3 δ f (x)2 + 3 δ 2 f (x)4 + δ 3 f (x)6 ,

et l’on voit que l’on peut choisir :


1
Cδ := √ .

(e) Il s’agit à nouveau d’appliquer soigneusement un théorème du cours concernant la
dérivabilité (continue) d’une intégrale à paramètre. Nous allons montrer que F (t) est C 1
sur ]δ, ∞[ pour δ > 0 arbitraire, ce qui conviendra. Trois observations s’imposent, dont la
dernière repose sur la question précédente.
• Pour tout t > δ fixé, la fonction positive x 7−→ g(x, t) est intégrable car majorée par
f (x), d’après ce qui précède.
• Pour presque tout x ∈ R fixé, la fonction t 7−→ g(x, t) est de classe C 1 sur ]δ, ∞[,
puisque la racine carrée au dénominateur porte sur une fonction constamment > 1.
• Enfin, pour des paramètres t ∈ ]δ, ∞[, la Question (c) qui précède nous permet de majorer
la dérivée partielle, par rapport au paramètre, de l’intégrande :
∂g
(x, t) 6 12 f (x) · 1{06f 61} (x) + 12 √13 δ f (x) · 1{1<f } (x)
∂t  
6 12 + 12 √13 δ f (x) · 1R (x)
= constanteδ f (x),
par une fonction intégrable sur R indépendante de t.
86 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Grâce au théorème de dérivabilité des intégrales à paramètre, nous obtenons que t 7−→
F (t) est de classe C 1 sur l’intervalle ]δ, ∞[, de dérivée égale à :
− 12 f (x)3
Z
0
F (t) = 3/2 dx.
R 1 + t f (x)2

Le réel sécuritaire positif δ > 0 étant arbitraire, nous concluons que t 7−→ F (t) est bien de
classe C 1 sur ]0, ∞[.
(f) En effet, calculons en utilisant une astuce connue concernant les racines carrées :
!
F (t) − F (0)
Z Z
1 f (x)
= p dx − f (x) dx
t t R 1 + t f (x)2 R
Z  p 
1 1 − 1 + t f (x)2
= p f (x) dx
t R 1 + t f (x)2
p  p 
1 − 1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
Z 
1
= p p  f (x) dx
t R 1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
1 − 1 − t f (x)2
Z
1
= p p  f (x) dx
t R 1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
− f (x)3
Z
= p p  dx.
R 1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
p
(g) Effectivement,
p comme t −
7 → 1 + t f (x)2 est clairement croissante, ainsi que t 7−→
1 + 1 + t f (x)2 , donc leur produit aussi, après une inversion et un signe moins qui neu-
tralisent leurs inversions de monotonie respectives, la fonction sous le signe intégral :
− f (x)3
h(x, t) := p p ,
1 + t f (x)2 1 + 1 + t f (x)2
est elle aussi croissante par rapport à t ∈ ]0, ∞[. Par croissance de l’intégrale, il en va de
même pour :
F (t) − F (0)
Z
= h(x, t) dx.
t R

Clairement, h(x, t) 6 0, donc F (t)−F t


(0)
6 0 aussi.
>
Par conséquent, lorsque t −→ 0 tend vers 0 en décroissant, les valeurs du quotient
différentiel F (t)−F
t
(0)
décroissent dans l’ensemble R− des réels négatifs, donc il est clair
F (t)−F (0)
que t
tend vers une certaine limite négative, éventuellement égale à −∞.
(h) Pour toute suite {tn }∞ n=1 décroissante 0 < tn+1 6 tn avec 0 ←− tn , soit la suite de
fonctions mesurables sur R :
− f (x)3
hn (x) := h(x, tn ) = p p ,
1 + tn f (x)2 1 + 1 + tn f (x)2
satisfaisant d’après ce qui précède pour (presque) tout x ∈ R :
hn+1 (x) 6 hn (x) 6 0.
14. Corrigé de l’examen 7 87

Le théorème de convergence monotone inversé s’applique — il fallait y penser ! — et per-


met alors d’obtenir aisément :

F (tn ) − F (0)
Z
lim = lim h(x, tn ) dx
n→∞ tn n→∞ R
Z
= lim h(x, tn ) dx
R n→∞
− f (x)3
Z
= p p  dx
R 1 + 0 f (x)2 1 + 1 + 0 f (x)2
Z
1
= − f (x)3 dx.
2 R

Comme la suite tn −→ 0 était arbitraire, la question est « pliée » !

R(i) Premièrement, nous savons que F est C sur ]0, ∞[, continue sur [0, ∞[ avec F (0) =
1

R
f (x) dx.
Deuxièmement, nous venons de prendre conscience grâce à la Question (g) qui précède
que F (t) est dérivable à droite en 0+ si et seulement si la valeur :

F (t) − F (0)
Z
1
− f (x)3 dx = lim
2 R t→0 t

existe et est finie — appartient à R− —, c’est-à-dire si et seulement si f ∈ L3 (R), sachant


que f ∈ L1 (R) depuis le début.
Troisièmement, il nous reste encore à vérifier que la dérivée F 0 (t) sur ]0, ∞[ que nous
avons avons calculée à la Question (d) :

− 12 f (x)3
Z
0
F (t) = 3/2 dx,
R 1 + t f (x)2

>
tend, lorsque t −→ 0, vers cette valeur négative dorénavant supposée finie :
Z
0 1
F (0) = − f (x)3 dx ∈ R− .
2 R

Or par chance, l’intégrande concerné pour F 0 (t) :

− 21 f (x)3
`(x, t) := 3/2 ,
1 + t f (x)2

est à nouveau négatif croissant par rapport à t ∈ ]0, ∞[ pour presque tout x ∈ R fixé, donc
pour toute suite {tn }∞
n=1 avec 0 < tn+1 < tn , le théorème de convergence monotone nous
88 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

permet de conclure de manière analogue que :


Z
0
lim F (tn ) = lim `(x, tn ) dx
n→∞ n→∞ R
Z
= lim `(x, tn ) dx
R n→∞
− 21 f (x)3
Z
= 3/2 dx
R 1 + 0 f (x)2
Z
1
= − f (x)3 dx
2 R
0
= F (0).

Exercice 2. (a) À travers la transformation de Fourier, la différentiation par rapport à une


variable xk pour k ∈ {1, . . . , d} devient la multiplication par 2iπ ξk .
Comme la fonction u est C ∞ , comme ses fonctions-tranches x 7−→ u(x, t) appar-
tiennent à l’espace S (Rd ) où la transformation de Fourier est bien définie (de surcroît
inversible), et comme la différentiation par rapport à t commute avec la transformation de
Fourier dans l’espace des x, on obtient en effet :
 ∂ 2u ∂ 2u   ∂ 2u 
F + ··· + 2 = F ,
∂x21 ∂xd ∂t2
c’est-à-dire :
2 2 ∂ 2u
b(ξ, t) + · · · + 2iπ ξd
b
2iπ ξ1 u u
b(ξ, t) = (ξ, t),
∂t2
ou :
∂ 2u
− 4 π 2 |ξ|2 u
b
b(ξ, t) =(ξ, t).
∂t2
(b) Pour tout ξ ∈ Rd fixé, nous venons de trouver une équation différentielle ordinaire en
t du second ordre (ultra-classique !), dont la solution générale est :
 
b(ξ, t) = A(ξ) cos 2π |ξ| t + B(ξ) sin 2π |ξ| t .
u
Mais à cause des conditions initiales posées, qui deviennent après transformation de
Fourier :
∂b
u
u
b(ξ, 0) = fb(ξ) et (ξ, 0) = gb(ξ),
∂t
il est clair qu’on a nécessairement :
A(ξ) := fb(ξ) et 2π |ξ| B(ξ) = gb(ξ).
(c) La transformation de Fourier étant un endomorphisme de S (Rd ), on peut retrouver
u(x, t) par transformation de Fourier inverse :
i
sin 2π |ξ| t
Z h
e2iπx·ξ dξ,

u(x, t) = fb(ξ) cos 2π |ξ| t + gb(ξ)
Rd 2π |ξ|
et cette formule a clairement un sens car l’intégrale converge visiblement — ne serait-ce
que parce que fb et gb sont à décroissance rapide lorsque |ξ| −→ ∞, tandis que cos(•) et
sin(•) restent bornées.
14. Corrigé de l’examen 7 89

De plus, en x et en t, on a affaire ici à une intégrale à paramètres x ∈ Rd et t ∈ R, et à


nouveau, la décroissance rapide à l’infini de fb et de gb domine toutes les dérivées partielles
de l’intégrale par rapport aux variables x1 , . . . , xd et t.
Donc la fonction u(x, t) représentée par cette formule est bien C ∞ sur Rd × R.
(d) Par dérivation sous le signe d’intégration, on a d’une part, pour k ∈ {1, . . . , d} quel-
conque :
i
∂ 2u sin 2π |ξ| t
Z h
 2 2iπx·ξ
= fb(ξ) cos 2π |ξ| t + gb(ξ) 2iπ ξk e dξ,
∂x2k Rd 2π |ξ|
d’où :
∂ 2u ∂ 2u 
2 2 2 2

+ · · · + = − 4 π ξ1 − · · · − 4 π ξd u(x, t)
∂x21 ∂x2d
= − 4 π 2 |ξ|2 u(x, t),
et on a d’autre part :
Z dh i
∂ 2u 2 2 sin 2π |ξ| t
e2iπx·ξ dξ

= − 2π |ξ| fb(ξ) cos 2π |ξ| t − 2π |ξ| gb(ξ)
∂t2 R 2π |ξ|
= − 4 π 2 |ξ|2 u(x, t),
ce qui montre que cette expression intégrale satisfait bien l’équation aux dérivées partielles :
∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u
+ · · · + = .
∂x21 ∂x2d ∂t2
(e) Pour t = 0, il vient : Z
u(t, 0) = fb(ξ) e2iπx·ξ dξ
Rd
= f (x),
car on a fb ∈ S (Rd ), et on sait d’après le cours que f est égale à la transformée de Fourier
inverse de fb.
(f) Ensuite, en différentiant par rapport à t en t = 0, on a :

cos 2π |ξ| 0 i 2iπx·ξ
Z h
∂u
(x, 0) = 0 + 2π |ξ| gb(ξ) e dξ
∂t Rd 2π |ξ|
Z
= gb(ξ) e2iπx·ξ dξ
Rd
= g(x),
de nouveau grâce au fait que gb ∈ S (Rd ).
(g) Oui dans les deux cas, grâce à la formule de Leibniz, et grâce au fait que la dé-
croissance forte à l’infini de fb et de gb ainsi que de toutes leurs dérivées partielles do-
mine — neutralise
 ! —sintous les facteurs polynomiaux en ξ qui proviennent des dérivées
(2π|ξ| t)
de cos 2π|ξ| t et de 2π |ξ| — les détails « maniaco-masochistes » s’avérant quelque
peu fastidieux à écrire . . .
(h) Fill ??
90 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Exercice 3. (a) Comme y 7−→ A(x, y) est mesurable pour presque tout x ∈ R, son produit
avec la fonction mesurable f (y) est encore mesurable.
Ensuite, pour ces presque tous x ∈ R, comme on a |f (y)| 6 ||f ||L∞ pour presque tout
y ∈ R, l’intégrale qui définit T f (x) est convergente (existe), car :
Z
T f (x) 6 A(x, y) f (x) dx
R
Z
6 A(x, y) dy · ||f ||L∞
R
[Hypothèse] 6 C0 · ||f ||L∞ < ∞.
Donc pour presque tout x ∈ R, la valeur T f (x) calculée par une intégrale est bien définie
et donne un nombre réel unique qui appartient à R.
(b) Nous savons que les produits de fonctions mesurables sont encore mesurables, donc il
est clair que (x, y) 7−→ A(x, y) f (y) g(x) est mesurable.
Ensuite, pour déterminer si A(x, y) f (y) g(x) est intégrable sur R2 , à savoir si l’inté-
grale :
Z
?
A(x, y) f (y) g(x) d(x, y) < ∞,
R2

est finie, en remarquant que A(x, y) > 0, nous savons que le théorème de Tonelli permet
de tester cela au moyen d’intégrales unidimensionnelles itérées :
Z Z Z 
A(x, y) f (y) g(x) d(x, y) = A(x, y) |f (y)| dy |g(x)| dx
R2 R R
Z
[Hypothèse] 6 C0 ||f ||L∞ |g(x)| dx
R
= C0 ||f ||L∞ ||g||L1
< ∞.

(c) Comme (x, y) 7−→ A(x, y) f (y) g(x) est mesurable-intégrable sur R2 , le théorème de
Fubini nous assure alors que, pour presque tout x ∈ R, la fonction :
Z
x 7−→ A(x, y) f (y) g(x) dy
R
= T f (x) g(x),
est mesurable, avec de plus :
Z Z
T f (x) g(x) dx = A(x, y) f (y) g(x) d(x, y),
R R2

ce qui montre que x 7−→ T f (x) g(x) est aussi intégrable sur R.
(d) Nous savons que T f (x) g(x) est mesurable pour toute fonction g ∈ L1 (R), et il s’agit
maintenant d’éliminer ce facteur g. Or la fonction continue (mesurable) jamais nulle :
(
1 pour 0 6 |x| 6 1,
g(x) := 1
x2
pour 1 < |x|,
14. Corrigé de l’examen 7 91

1
appartient à L1 (R), et comme son inverse g(x) est encore mesurable car continu, le produit
suivant est mesurable :
1
T f (x) g(x) g(x) = T f (x).
(e) La linéarité de T est claire. Comme x 7−→ T f (x) est mesurable, on peut se poser la
question, avec f ∈ L∞ (R), de savoir si l’on a aussi T f ∈ L∞ (R).
Et c’est bien le cas, grâce à la Question (a) qui nous a fait voir que l’on a T f (x) 6
C0 ||f ||L∞ pour presque tout x ∈ R, majoration qui, d’ailleurs, fournit immédiatement l’in-
égalité demandée |||T ||| 6 C0 ||f ||L1 .
(f) Soit donc f ∈ L1 (R). Grâce au théorème de Tonelli et grâce à l’hypothèse faite au
début sur A(x, y), nous obtenons une inégalité :
Z Z Z 
A(x, y) |f (y)| d(x, y) = A(x, y) |f (y)| dx dy
R2 R R
Z Z 
= A(x, y) dx |f (y)| dy
R R
Z
6 C0 |f (y)| dy
R
= C0 ||f ||L1 < ∞,
qui montre que la fonction (x, y) 7−→ A(x, y) f (y) est intégrable sur R2 .
Alors le théorème de Fubini nous assure que pour presque tout x ∈ R, la fonction-
tranche y 7−→ A(x, y) f (y) est mesurable et intégrable. Ainsi, pour ces presque tous x ∈ R,
la valeur : Z
T f (x) := A(x, y) f (y) dy,
R
est bien définie, et le théorème de Fubini assure de plus que x 7−→ T f (x) est intégrable,
avec comme valeur :
Z Z
T f (x) dx = A(x, y) f (y) d(x, y).
R R2
Enfin, il est clair, grâce à ce que nous avons constaté au début de la question, que :
Z
T f L1 = T f (x) dx
R
Z Z
= A(x, y) f (y) dy dx
R R
Z
6 A(x, y) |f (y)| d(x, y)
R2
6 C0 ||f ||L1 .
(g) D’après
R le théorème de Tonelli (valable pour les fonctions réelles à valeurs > 0) appli-
qué à R2 A(x, y) f (y) d(x, y), chacune des deux fonctions intégrale-tranche possible est
mesurable — éventuellement à valeurs égales à ∞ sur un ensemble mesurable de mesure
> 0.
Ainsi, la fonction intégrale-tranche :
Z
x 7−→ A(x, y) f (y) dy = T f (x),
R
92 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

de R à valeurs dans R+ ∪ {∞}, est mesurable.


(h) L’astuce consiste à appliquer l’inégalité de Hölder en « découpant » la fonction A en
deux quartiers d’orange nappés de caramel, comme suit :
Z
T f (x) = A(x, y) f (y) dy
R
Z h i 1p h i1− 1p
= A(x, y) f (y) A(x, y) dy
R
Z 
1
p  1p  Z   1 1− 1p
1− 1p 1− 1p
6 A(x, y) f (y) dy
p A(x, y) dy
R R
Z  1p  Z 1− 1p
p
= A(x, y) f (y) dy A(x, y) dy ,
R R
pour en déduire, grâce à l’hypothèse faite sur A(x, y), que :
Z  1p
p 1− 1
T f (x) 6 A(x, y) f (y) dy C0 p .
R

(i) En prenant les puissances p-ièmes et en appliquant l’inégalité obtenue à l’instant, nous
pouvons calculer afin d’atteindre l’inégalité demandée :
 p Z
p
T f Lp = T f (x) dx
R
 1− 1 p Z  Z 
p p
6 C0 A(x, y) f (y) dy dx
R R
Z Z 
p−1
[Tonelli] 6 C0 A(x, y) dx f (y)p dy
ZR R

[Hypothèse] 6 C0p−1 C0 f (y)p dy


 R p
= C0p ||f ||Lp .

(j) Tout ce qui précède s’applique à la fonction positive x 7−→ |f (x)|. L’inégalité obtenue
à l’instant :
T |f | Lp 6 C0 |f | Lp = C0 ||f ||Lp ,
montre que T |f | ∈ Lp (R).
On en déduit que pour presque tout x ∈ R, la valur T |f |(x) < ∞ est finie, et donc,
pour ces presque tousR x, la fonction y 7−→ A(x, y) f (y) est intégrable en y, ce qui permet
de définir T f (x) := R A(x, y) f (y) dy, en décidant d’attribuer la valeur T f (x) := 0 aux
autres x, « perdus dans les limbres de la poussière nulle ».
(k) Pour établir la mesurabilité de la fonction x 7−→ T f (x) g(x), nous allons à nouveau
raisonner « indirectement », en appliquant Tonelli-Fubini.
Considérons donc encore la fonction mesurable (x, y) 7−→ A(x, y) f (y) g(x), et cher-
chons à démontrer qu’elle est intégrable sur R2 , de telle sorte que Fubini offrira la mesura-
bilité de la fonction-tranche :
Z
x 7−→ A(x, y) f (y) g(x) dy = T f (x) g(x).
R
14. Corrigé de l’examen 7 93

Grâce à Tonelli qui permet d’évaluer l’intégrale sur R2 d’une fonction positive comme
intégrale itérée, et grâce à Hölder, tout fonctionne « comme sur des roulettes » :
Z Z Z 
A(x, y) |f (y)| |g(x)| d(x, y) = A(x, y) |f (y)| dy |g(x)| dx
R2 R R
Z
= T |f |(x) |g(x)| dx
R
Z  p  1p  Z  1q
q
6 T |f |(x) dx |g(x)| dx
R R
= T |f | Lp
||g||Lq
6 C0 ||f ||Lp ||g||Lq .

(l) Comme dans la Question (d), la fonction continue (mesurable) jamais nulle :
1 pour 0 6 |x| 6 1,
(
g(x) := 1
pour 1 < |x|,
2
|x| q

1
appartient à Lq (R), et comme son inverse g(x)
est encore mesurable car continu, le produit
suivant est mesurable :
1
T f (x) g(x) g(x) = T f (x).

(m) Sachant que :


Z
T f (x) = A(x, y) f (y) dy
R
Z
6 A(x, y) |f (y)| dy
R
= T |f |(x),
nous pouvons obtenir par le calcul une majoration qui démontre que T f appartient bien à
Lp (Rd ) lorsque f ∈ Lp (Rd ) :
 p Z
p
T f Lp = T f (x) dx
ZR  p
6 T |f |(x) dx
R p
= T |f | Lp
 p
6 C0p |f | Lp
p
= C0p ||f ||Lp
< ∞.

(n) On voit aisément que A vérifie les deux hypothèses de départ avec la constante C0 :=
||u||L1 .
94 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Ensuite, puisqu’il est clair que :


Z
T v(x) = A(x, y) v(y) dy
R
Z
= u(x − y) v(y) dy
R
= u ∗ v (x),
on retrouve effectivement la définition du produit de convolution u ∗ v ∈ L1 ∗ Lp .
En cours au tableau ou dans le polycopié, nous avons démontré que L1 ∗ Lp ⊂ Lp , avec
un exposant quelconque 1 < p < ∞.
Ici, à l’extrême fin de cet exercice, nous constatons que tout ce qui précède fournit une
autre démonstration, alternative, du même résultat, tout en établissant à nouveau la belle
inégalité connue :
u ∗ v Lp = T v Lp
6 C0 ||v||Lp
= ||u||L1 ||v||Lp .
Excellente année 2022 ! ! !
Orange-Caramelle, tout dans l’âtre des mignardises
rayonne
illumine la cuisine suspendue
sur l’autre nappage
d’inondations
C’était une peau d’opale, et translucide, sur la pulpe,
craquante comme le fruit sous l’écorce en fusion
C’étaient,
des cristaux de bijoux de confiserie
prêts à nous transmettre leurs gemmes
petites sphères, petits quartiers, petites pommes,
orangescentes
Trêve des Confiseurs, Saint-Sylvestre 2021
15. Examen 8 95

15. Examen 8

Exercice 1. Dans Rd>1 muni de la mesure de Lebesgue m(•), soit une suite {An }∞
n=1 d’en-
sembles mesurables. On pose :
[∞ \∞ ∞ [
\ ∞
lim inf An := Ap et lim sup An := Ap
n→∞ n→∞
n=0 p=n n=0 p=n

(a) Justifier que ces deux ensembles sont mesurables.


(b) Montrer que :   
m lim inf An 6 lim inf m An .
n→∞ n→∞

(c) Trouver un exemple montrant que cette inégalité peut être stricte.
(d) On suppose qu’il existe un entier n0 > 0 tel que m ∪ Ap < ∞. Montrer que :

p>n0
  
m lim sup An > lim sup m An .
n→∞ n→∞

(e) Trouver un exemple montrant que cette inégalité peut être stricte.

Exercice 2. (a) Étudier la limite, lorsque n −→ ∞, de la suite numérique :


Z  n
1
cos dx = ? (n ∈ N).
]0,1] x
(b) Dans le cas a 6 1, déterminer, si elle existe, la limite :
Z  n
x
lim 1+ e−ax dx = ?
n→∞ [0,∞[ n
(c) Faire de même dans le cas a > 1.
Exercice 3. On note l’ensemble étendu des nombres réels positifs R+ := R+ ∪ {∞}.
(a) Soit une suite {fn }n∈Z de fonctions mesurables positives fn : R −→ R+ . Montrer que :
Z  X ∞  X∞ Z
fn = fn .
R n=−∞ n=−∞ R

(b) Pour f : R −→ R+ mesurable, et pour x ∈ R, on introduit :



X 
g(x) := f n + x ∈ R+ .
n=−∞

Montrer que :
Z 1 Z
g(x) dx = f (t) dt.
0 R
96 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(c) Montrer que si f : R −→ R+ est (Lebesgue-)intégrable, alors pour presque tout x ∈ R :



0 = lim f n + x .
|n|→∞

(d) A-t-on nécessairement f (t) −→ 0 lorsque |t| −→ ∞ ?


(e) Soit B un sous-ensemble mesurable de R, de mesure de Lebesgue m(B) < 1. Montrer
que la réunion de ses translatés entiers :
[ 
n + B 6⊃ R,
n∈Z

ne recouvre pas toute la droite réelle R. Indication: On pourra poser f := 1B .


Exercice 4. On considère la fonction à valeurs dans R+ définie pour x ∈ R+ par :
Z ∞ −xt2
e
f (x) := dt.
0 1 + t2
(a) Montrer que f est continue sur R+ . Que vaut f (0) ?
(b) Déterminer, si elle existe :
lim f (x) = ?
x→∞

(c) Montrer que x 7−→ f (x) est dérivable sur ]0, ∞[, hors l’origine. Indication: Avec a > 0
fixé arbitrairement petit proche de 0, on pourra raisonner d’abord sur ]a, ∞[.
(d) Déterminer, si elle existe :
lim f 0 (x) = ?
x→0
>

Indication: On pourra considérer plutôt − f 0 (xn ), avec une suite xn −→ 0, et travailler avec
lim inf.
Exercice 5. En dimension d > 1, soit un ensemble mesurable E ⊂ Rd de mesure
m(E) < ∞ finie. Soit L1 (E) l’ensemble des fonctions mesurables intégrables f : E −→
R = {−∞} ∪ R ∪ {∞}.
On dit qu’une partie (i.e. un sous-ensemble) H ⊂ L1 (E) est uniformément intégrable
si :  Z 
0 = lim sup f (x) dx .
n→∞ f ∈H {|f |>n}

(a) Montrer que l’on peut bien parler de limite lorsque n −→ ∞.



(b) La partie infinie suivante de L1 [0, 1] :
n o
H1 := i 1 1 , 1 : i ∈ N>1
h i
i+1 i

est-elle uniformément intégrable ?



(c) La partie infinie suivante de L1 [0, 1] :
n o
H2 := i 1h0, 1 i : i ∈ N>1
i

est-elle uniformément intégrable ?


15. Examen 8 97

(d) Montrer que toute partie H ⊂ L1 (E), qui est dominée au sens où il existe g ∈ L1 (E)
à valeurs dans R+ = R+ ∪ {∞} telle que :
f (x) 6 g(x) (∀ f ∈ H ),

est uniformément intégrable. Indication: On pourra introduire la suite :


g(x) si g(x) 6 n,

gn (x) :=
0 si g(x) > n.
(e) Toute partie uniformément intégrable dans L1 (E) est-elle nécessairement dominée ?

(f) Montrer que toute partie finie f1 , . . . , fK de L1 (E) est uniformément intégrable.
(g) Montrer que si une partie H ⊂ L1 (E) est uniformément intégrable, alors les deux
propriétés suivantes sont satisfaites :
(P1) sup ||f ||L1 (E) < ∞ ;
f ∈H
(P2) ∀ ε > 0 ∃ η > 0 tel que pour tout ensemble mesurable A ⊂ E :
Z
m(A) 6 η =⇒ sup |f | 6 ε.
f ∈H A

(h) Réciproquement, montrer que si une famille H de fonctions f ∈ L1 (E) définies sur
un ensemble mesurable E ⊂ Rd de mesure m(E) < ∞ finie satisfait (P1) et (P2), alors
elle est uniformément intégrable.
(i) Montrer que si {fi }∞ 1 1
i=1 est une suite convergente dans L (E), i.e. s’il existe f ∈ L (E)
satisfaisant :
0 = lim f − fi L1 (E) ,
i→∞

alors la partie fi : i ∈ N>1 est uniformément intégrable.
98 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

16. Corrigé de l’examen 8

Exercice 1. (a) D’après le cours, les intersections dénombrables et les réunions dénom-
brables d’ensembles mesurables sont encore mesurables, donc :

\ [∞
Bn := Ap et Cn := Ap ,
p=n p=n

sont mesurables, puis, pour la même raison :


[∞ ∞
\
Bn = lim inf An et Cn = lim sup An ,
n→∞ n→∞
n=0 n=0
sont eux aussi, encore mesurables.
(b) Avec Bn = ∩p>n Ap , nous avons une suite croissante Bn ⊂ Bn+1 d’ensembles mesu-
rables dont la réunion est lim inf An . Donc un théorème vu en cours garantit que :
n→∞
  
lim m Bn = m lim inf An ∈ R+ ∪ {∞}.
n→∞ n→∞
Par ailleurs, Bn ⊂ Ap pour tout p > n implique, par monotonie de la mesure :
 
m Bn 6 m Ap (∀ p > n),

d’où :  
m Bn 6 inf m Ap ,
p>n
et enfin, en prenant la limite quand n −→ ∞, nous obtenons bien :
   
m lim inf An 6 lim inf m Ap
n→∞ n→∞ p>n

= lim inf m An .
n→∞

(c) Pour n > 1, posons :


A2n−1 = [−2, 1] et A2n := [−1, 2].
Clairement :
 
3 = m A2n−1 = m A2n (∀ n > 1)

[−1, 1] = lim inf An ,


n→∞
d’où une inégalité stricte :
  
m lim inf An = 2 < 3 = lim inf m An .
n→∞ n→∞

(d) Avec Cn = ∪p>n Ap satisfaisant la décroissance Cn ⊃ Cn+1 , comme on a :


\ \
Cn = Cn ,
n>0 n>n0
16. Corrigé de l’examen 8 99

il est clair qu’on peut supposer d’emblée que n0 = 0. Alors un théorème du cours, qui
requiert expressément cette hypothèse de finitude de la mesure, garantit l’égalité :
\ 

m Cn = lim m Cn .
n→∞
n>0

Par ailleurs, Cn ⊃ Ap pour p > n implique par monotonie de la mesure que :


 
m Cn > m Ap (∀ p > n),

d’où :  
m Cn > sup m Ap ,
p>n
et enfin, en prenant la limite quand n −→ ∞, nous obtenons bien :
   
m lim sup An > lim sup m Ap
n→∞ n→∞ p>n

= lim sup m An .
n→∞

(e) Le même exemple qu’à la solution de la Question (c) fonctionne, et donne :


[−2, 2] = lim sup An ,
n→∞

d’où :  

lim sup m An = 3 < 4 = m lim sup An .
n→∞ n→∞

Exercice 2. (a) Soit A = {(kπ)−1 , k ∈ Z}. On remarque que cos(1/x) vaut ±1 si (1/x) ∈
πZ, c’est-à-dire x ∈ A, mais dès que x ∈
/ A, on a
|cos(1/x)| < 1 ⇒ (cos1/x)n → 0.
Or A est dénombrable donc de mesure nulle. Donc, pour presque tout x dans ]0, 1],
(cos(1/x))n tend vers 0. De plus, cette suite est bornée par 1, qui est une fonction inté-
grable sur ]0, 1]. D’après le théorème de convergence dominée,
Z   n
1
cos dx → 0.
]0,1] x
(b) Si a 6 1, le lemme de Fatou donne
Z Z
lim inf n→∞ fn (x)dx ≥ exp(x(1 − a))dx = +∞
[0,∞[ [0,∞[
R
et donc la suite fn (x)dx tend vers l’infini.
[0,∞[
n
(c) Posons fn (x) = 1 + nx e−ax . On remarque que ces fonctions sont positives. De plus
  x   x  x  
fn (x) = exp n ln 1 + − ax = exp n +o − ax → exp(x(1 − a)).
n n n
Cette dernière fonction est intégrable sur [0, ∞[ si et seulement si a > 1. Si a > 1, on peut
utiliser le théorème de convergence dominée, puisqu’on a la domination
  x   x 
fn (x) = exp n ln 1 + − ax ≤ exp n − ax ≤ exp(x(1 − a))
n n
100 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(avec exp(x(1 − a)) intégrable qui ne dépend pas de n). Donc , si a > 1,
Z Z
1
limn→∞ fn (x)dx = exp(x(1 − a))dx = .
[0,∞[ [0,∞[ a−1
Exercice 3. (a) C’est une application directe du théorème de convergence monotone.
(b) La fonction g est mesurable comme limite des fonctions mesurables N
P
−N f (x + n).
Comme f est positive, on a par théorème de convergence monotone — utilisé deux fois, la
première fois comme dans la Question (a) — :
Z 1 Z Z
X  CM X
g(t)dt = f (t + n) dt = f (t + n)dt
0 [0,1[ n∈Z n∈Z [0,1[
XZ CM
Z X Z
= f (t)dt = 1[n,n+1[ (t)f (t)dt = f (t)dt.
n∈Z [n,n+1[ R n∈Z R
R1 R
(c) Si f est intégrable sur R, alors 0 g(t)dt = R f (t)dt < +∞ et g est intégrable sur
[0, 1[. On a donc g finie presque partout sur [0, 1[, mettons sauf sur A. Comme g est pério-
dique de période 1, elle est finie sauf sur B = ∪n∈Z (n + A) qui est aussiP de mesure nulle
comme réunion dénombrable d’ensembles de mesure nulle. La série n∈Z f (x + n) est
donc convergente (dans R+ ) si x ∈ / B. On en déduit que son terme général f (x + n) doit
tendre vers 0 lorsque |n| → +∞ si x ∈ / B.
(d) On n’a pas Pnécessairement pour autant f de limite nulle en ∞, comme le montre par
exemple f = n≥1 n1[n,n+n−3 ] .
(e) On considère f = 1B . Alors
X X
g(x) = 1B (n + x) = 1B−n (x) = Card{n ∈ Z | x ∈ B − n} .
n∈Z n∈Z
S
En particulier g ≥ 1A avec A = n∈Z (n + B). Alors d’après 1, on a
Z 1 Z 1 Z
m(A ∩ [0, 1[) = 1A (t)dt ≤ g(t)dt = f (t)dt = m(B) < 1 .
0 0 R
L’ensemble A ne peut donc pas recouvrir [0, 1[, encore moins R.
Exercice 4. (a) La fonction de deux variables :
2
e−x t
(x, t) 7−→ ,
1 + t2
définie pour x ∈ R+ et t ∈ R+ , est, grâce à :
2
0 < e−x t 6 1,
dominée par une fonction manifestement Lebesgue intégrable sur R+ :
 e−x t2 1
0 6 2
6 .
1+t 1 + t2
−xt2
Comme pour tout t fixé, la fonction x 7−→ e1+t2 est continue, un théorème du cours
garantit que l’intégrale à paramètre :
Z ∞ −x t2
e
x 7−→ dt,
0 1 + t2
16. Corrigé de l’examen 8 101

est bien une fonction continue sur R+ .


Enfin, il est clair que :
Z ∞
1  ∞ π
f (0) = 2
dt = arctan t 0 = 2
.
0 1+t
(b) Soit une suite quelconque {xn }∞n=1 de réels xn −→ ∞. Grâce à la domination par une
fonction intégrable :
 e−xn t2 1
0 < 6 ,
1 + t2 1 + t2
le théorème de convergence dominée s’applique, et donne instantanément :
2
e−xn t
Z
lim f (xn ) = lim dt
n→∞ n→∞ ]0,∞[ 1 + t2
2
e−xn t
Z
= lim 2
dt
]0,∞[ n→∞ 1 + t
= 0.
Comme la suite xn −→ ∞ était quelconque, nous concluons que :
lim f (x) = 0.
x→∞

−x t2
(c) Pour tout t ∈ R+ fixé, la fonction à intégrer x 7−→ e1+t2 est continûment dérivable, de
dérivée :
2 2
∂  e−x t  t2 e−x t
= − .
∂x 1 + t2 1 + t2
Soit a > 0 arbitrairement proche de 0. Sur l’intervalle ]a, ∞[ strictement inclus dans
]0, ∞[, on peut majorer cette dérivée par une fonction-dominatrice indépendante du para-
mètre x :
2 −x t2
∂  e−x t  2 e
= t
∂x 1 + t2 1 + t2
2
2ea t
6 t
1 + t2
2
6 e−a t ,
qui est Lebesgue-intégrable par rapport à t sur R+ , grâce à a > 0 et à la décroissance rapide
2
à l’infini de t 7−→ e−a t .
Ainsi, les hypothèses du théorème de dérivabilité sous le signe intégral sont vérifiées, et
donc, la fonction x 7−→ f (x) est dérivable sur ]a, ∞[, de dérivée :
Z ∞ −x t2
0 2 e
f (x) = − t dt.
0 1 + t2
Comme a > 0 était arbitraire, et comme :
[    
a, ∞ = 0, ∞ ,
a>0

nous concluons que cela est vrai pour x ∈]0, ∞[.


102 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(d) Soit donc une suite quelconque {xn }∞


n=1 de nombres réels strictement positifs xn −→
∞. En changeant de signe la dérivée partielle de l’intégrande par rapport à x, posons :
2
e−xn t 2
gn (t) := t .
1 + t2
Chaque gn est continue sur R+ , donc mesurable, et positive. Donc le théorème de Fatou-
qui-fait-tout s’applique :
Z ∞ Z ∞
  Fatou
0
lim inf − f (xn ) = lim inf gn (t) dt > lim inf gn (t) dt
n→∞ n→∞ 0 0 n→∞
Z ∞
t2
= dt
0 1 + t2
Z ∞
1 
= 1− dt
0 1 + t2
= ∞,
et donc :  
lim − f 0 (xn ) = ∞,
n→∞
d’où nous concluons :
lim f 0 (x) = − ∞.
x→0
>

Exercice 5. (a) Regardons la suite numérique {cn }∞


n=1 à valeurs dans R+ définie par :
Z
cn := sup |f |.
f ∈H {|f |>n}

Pour 0 6 n < n + 1, comme :


 
|f | > n + 1 ⊂ |f | > n ,
il est clair que pour toute f ∈ H :
Z Z
|f | 6 |f |
{|f |>n+1} {|f |>n}
Z
6 sup |g|,
g∈H {|g|>n}

et enfin, en prenant à gauche le supremum pour f ∈ H , il vient :


Z Z
sup |f | 6 sup |g|,
f ∈H {|f |>n+1} g∈H {|g|>n}

ce qui signifie la décroissance de la suite positive {cn }∞


n=1 :

06 cn+1 6 cn ,
laquelle possède donc bien une certaine limite appartenant à R+ .
(b) Notons H1 := {fi }∞i=1 , et regardons :
Z
sup fi (x) dx.
i>1 {|fi |>n}
16. Corrigé de l’examen 8 103

Pour un entier n −→ ∞, nous avons :


(
n o ∅ si i 6 n,
x ∈ [0, 1] : i 1h 1 , 1 i (x) > n =  1 1

i+1 i ,
i+1 i
si i > n + 1,
donc : 
Z 0Z
 si i 6 n,
|fi | = i si i > n + 1,
{|fi |>n} 
 h
1 1
i
,
i+1 i
1 1 1

donc en calculant i i+1
− i
= i+1
, il vient :
Z n  o
1
sup |fi | = sup 0, i+1 i>n+1
i>1 {|fi |>n} i>1
1 n→∞
= −−−−−−−→ 0,
n+2
et ainsi, H1 est uniformément intégrable.
(c) Éh bien, cette fois-ci, non !
En effet, notons H2 = {gi }∞ i=1 , fixons un entier n qui tendra vers ∞, et observons que :
(
n o ∅ si i 6 n,
x ∈ [0, 1] : i 1h0, 1 i (x) > n =  1 
i 0, i si i > n + 1,
d’où : 
Z 0Z
 si i 6 n,
|gi | = i si i > n + 1,
{|gi |>n} 
 h
1
i
0,
i
1

et comme i i
− 0 = 1, il vient :
Z n  o
sup |gi | = sup 0, 1 i>n+1
i>1 {|gi |>n} i>1

= 1,
constante qui ne tend pas vers 0 lorsque n −→ ∞, et ainsi, la famille H2 n’est pas unifor-
mément intégrable — tant pis pour elle !
(d) D’abord, quand n −→ ∞, introduisons :
g(x) si g(x) 6 n,

gn (x) :=
0 si g(x) > n.
Ces gn > 0 sont positives, tendent vers g(x) = lim gn (x), et satisfont :
n→∞

0 6 gn (x) 6 gn+1 (x) 6 g(x),


donc le théorème de convergence monotone donne :
Z Z
n→∞
gn −−−−−→ g,
E E
d’où : Z
  n→∞
0 6 g − gn −−−−−→ 0.
E
104 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

Mais comme g(x) − gn (x) vaut 0 si g(x) 6 n et vaut g(x) si g(x) > n, cette dernière
intégrale est égale à :
Z Z
 n→∞
g − gn = g −−−−−→ 0.
E {g>n}

Ensuite, comme pour toute f ∈ H et tout entier n ∈ N, l’inégalité de domination :


n < f (x) 6 g(x),
donne :  
|f | > n ⊂ g>n ,
il vient : Z Z
n→∞
sup |f | 6 g −−−−−→ 0,
f ∈H {|f |>n} {g>n}
ce qui prouve que H est uniformément intégrable.
(e) Ah que non ! Revenons à H1 de la Question (b) qui était uniformément intégrable. S’il
existait g positive intégrable qui dominait toutes les fi (qui sont positives) :
0 6 fi (x) 6 g(x) (i > 1, x ∈ [0,1]),

c’est-à-dire si :
0 6 i 1 1 1
 (x) 6 g(x) (i > 1, x ∈ [0,1]),
,
i+1 i
comme on a la réunion presque disjointe :

[
   1 1
0, 1 = , ,
i+1 i
i=1
il viendrait :

X Z
1 1

0 6 i i
− i+1
6 g(x) dx
i=1 ]0,1]

X∞ Z
1
i+1
= ∞ 6 g,
i=1 ]0,1]

ce qui forcerait g à ne pas être Lebesgue-intégrable — contradiction.


R R
(f) Comme E |f1 | < ∞, . . ., E |fK | < ∞, cette partie finie est dominée par la fonction
positive appartenant à L1 (E) :
g := |f1 | + · · · + |fK |,
c’est-à-dire : 
0 6 fk (x) 6 g(x) (1 6 k 6 K, x ∈ E),

donc la réponse est un corollaire direct de la Question (d).


(g) Prouvons (P1). Comme :
Z
0 = lim sup |f |,
n→∞ f ∈H {|f |>n}

il existe N1 ∈ N tel que :


Z
n > N1 =⇒ sup |f | 6 1.
f ∈H {|f |>n}
16. Corrigé de l’examen 8 105

Prenons alors n := N1 . Pour f ∈ H quelconque, nous avons :


Z Z Z
|f | = |f | + |f |
E {|f |6N1 } {|f |>N1 }
6 m(E) · N1 + 1,
d’où (P1) : Z
sup |f | 6 m(E) · N1 + 1
f ∈H E
< ∞.
Prouvons ensuite (P2). Choisissons ε > 0 arbitrairement petit. À nouveau, comme par
hypothèse : Z
0 = lim sup |f |,
n→∞ f ∈H {|f |>n}
il existe N(ε)  1 tel que :
Z
n > N (ε) =⇒ sup |f | 6 2ε .
f ∈H {|f |>n}

Prenons n := N(ε), et prenons A ⊂ E mesurable avec :


ε
m(A) 6 2 N(ε)
=: η(ε).
Alors pour toute f ∈ H , nous pouvons majorer :
Z Z Z
|f | = |f | + |f |
A A∩{|f |6N(ε)} A∩{|f |>N(ε)}
ε
6 m(A) · N(ε) + 2
6 2ε + 2ε ,
ce qui est (P2).
(h) Pour n ∈ N, introduisons les sous-ensembles mesurables de E :

Af,n := |f | > n ,
avec l’objectif d’estimer uniformément :
Z Z
|f | = |f |.
Af,n {|f |>n}

Nous affirmons que si nous démontrons que :



0 = lim sup m Af,n ,
n→∞ f ∈H

alors H est uniformément intégrable.


En effet, ceci s’exprime comme :
  
∀ η > 0 ∃ N(η)  1 n > N(η) =⇒ sup m Af,n 6 η .
f ∈H

Si donc cela est vrai, fixons ε > 0 arbitrairement petit, et trouvons η(ε) > 0 assez petit
comme dans (P2), c’est-à-dire :
 Z 
m(A) 6 η(ε) =⇒ |f | 6 ε, ∀f ∈ H .
A
106 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

 
Alors avec A := Af,n qui satisfait m Af,n 6 η(ε), il vient pour tout n > N η(ε) :
Z
|f | 6 ε, ∀f ∈ H ,
Af,n

d’où l’uniforme intégrabilité :


Z

n > N η(ε) =⇒ sup |f | 6 ε.
f ∈H {|f |>n}

Il reste à faire voir que :


 n→∞
dn := sup m Af,n −−−−−−−→ 0.
f ∈H

 par l’absurde,en supposant que dn 6→ 0 lorsque n −→ ∞. Clairement,


Raisonnons
l’inclusion |f | > n + 1 ⊂ |f | > n donne la décroissance :
dn > dn+1 > · · · > 0,
et donc dn 6→ 0 s’exprime par l’existence d’un δ > 0 tel que :
dn > δ > 0 (∀ n > 1),

c’est-à-dire d’après la définition d’un supremum comme dans dn :


∃ δ > 0 ∀ n > 1 ∃ fn ∈ H

m Afn ,n > δ > 0,
ce qui implique : Z
||fn ||L1 (E) > fn
Afn ,n
> δ·n
n→∞
−−−−−−−→ ∞,
en contradiction manifeste avec (P1).
(i) Appliquons la Question (h) et montrons que (P1), (P2) sont satisfaites.
Pour (P1), utilisons l’existence d’un entier I tel que :
i > I =⇒ fi − f L1
6 1,
d’où pour tout i > I :
fi L1
6 fi − f L1
+ ||f ||L1
6 1 + ||f ||L1 ,
puis, obtenons (P1) :
sup fi L1 (E)
6 max fi L1
+ 1 + ||f ||L1
i>1 16i6I−1

< ∞.
Traitons enfin (P2). Par hypothèse :
 
∀ ε > 0 ∃ I(ε)  1 i > I(ε) =⇒ fi − f L1
6 ε ,

Or d’après un théorème du cours, (P2) est vraie pour une fonction donnée f ∈ L1 (E), et de
plus, par un raisonnement élémentaire, (P2) est vraie aussi pour un nombre fini de fonctions
16. Corrigé de l’examen 8 107

fi ∈ L1 (E), ce qui donne, pour tout ε > 0 arbitrairement petit l’existence de η(ε) > 0 tel
que pour tout A ⊂ E mesurable :
Z
m(A) 6 η(ε) =⇒ |f | 6 ε,
A
Z
=⇒ fi 6 ε ∀ 1 6 i 6 I(ε) − 1,
A
d’où en conclusion pour tous i > I(ε) :
Z Z Z
fi 6 f − fi + |f |
A A A
Z
6 f − fi + ε
E
6 ε + ε.
108 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

17. Examen 9

Exercice 1. Soit E ⊂ Rd un ensemble mesurable, soitR un exposant réel 1 6 p < ∞, et soit


∞ p p
une suite {fn }n=1 de fonctions fn ∈ L (E, C), i.e. E |fn | < ∞, qui satisfont l’hypothèse
de domination uniforme :
p
fn (x) 6 g(x) (∀ n > 1, p.p. x ∈ E),

par une certaine fonction positive intégrable g ∈ L1 (E, R+ ).


n→∞
On suppose que cette suite fn (x) −→ f (x) converge simplement presque partout vers
une certaine fonction f : E −→ C.
p
(a) Montrer que fn − f 6 2p g.
(b) Pour M ∈ N>1 , on introduit :

EM := x ∈ E : |x| 6 M et g(x) 6 M ,
ainsi que la suite :
gM := g · 1EM .
Montrer, pour tout ε > 0, qu’il existe un entier M = M(ε)  1 assez grand pour que :
Z
g 6 ε.
E\EM

(c) On fixe M = M (ε), et sur EM , on considère la suite de fonctions :


 ∞
fn · 1EM n=1 (n > 1).

Montrer, pour tout δ > 0, qu’il existe un sous-ensemble mesurable FM,δ ⊂ EM (dépendant
aussi de ε), et un entier N(δ)  1, tels que, pour tout n > N(δ), on ait :
Z Z
p p
fn − f + fn − f 6 m(EM ) · δ p + δ · 2p · M.
FM,δ EM \FM,δ

(d) Montrer que :


0 = lim fn − f Lp
.
n→∞

(e) Montrer que f ∈ Lp (E).


Exercice 2. On devra utiliser, à un certain moment, le résultat de l’Exercice 1. Sur R, soit
une fonction f ∈ C 1 (R, C) à valeurs complexes telle que f ∈ L2 (R) ainsi que f 0 ∈ L2 (R).
(a) Montrer que f · f 0 ∈ L1 (R).
(b) Montrer l’existence des deux limites :
lim f (x)2 et lim f (x)2 .
−∞←x x→∞

sur [−R, S].


Indication: Intégrer
(c) Montrer que ces deux limites valent 0. Indication: Raisonner par l’absurde.
17. Examen 9 109

(d) On note F (f ) ∈ L2 (R) la transformée de Fourier de f ∈ L2 (R), car l’écriture


fb(ξ) = R e−2iπξx f (x) dx n’est pas toujours légitime — sauf lorsque f ∈ L1 (R), ici si
R

f ∈ L2 (R) ∩ L1 (R), cf. le cours polycopié.


Pour tout entier n ∈ N>1 , on pose :
fn (x) := f (x) 1[−n,n] (x).
Justifier que fn ∈ L2 , puis, montrer que :
0 = lim fn − F L2
.
n→∞

(e) Justifier que fn ∈ L1 , puis, montrer que fbn converge en norme L2 vers F (f ).

(f) Montrer qu’il existe une sous-suite fbnk (ξ) k=1 de la suite {fbn (ξ)}∞

n=1 qui converge en
presque tout ξ ∈ R ponctuellement vers F (f )(ξ).
(g) On pose :
fn1 (x) := f 0 (x) 1[−n,n] (x).
Justifier que f 1 ∈ L1 , puis, montrer que fb1 converge en norme L2 vers F (f 0 ).
n n
(h) Établir la formule :
F (f 0 )(ξ) = 2iπξ F (f )(ξ).
Exercice 3. Sur R∗+ , soit une fonction mesurable f ∈ L2 (R∗+ , C) à valeurs complexes de
carré intégrable.
(a) Montrer que l’on peut, pour tout x > 0, définir :
Z ∞
f (t)
F (x) := dt.
0 x+t
Indication: Penserà Cauchy-Schwarz.
(b) Montrer que F est continûment Rdérivable sur tout intervalle ]a, ∞[, avec a > 0 quel-
∞ dt
conque. Indication: On pourra estimer a (a+t)4.

(c) Montrer que F ∈ C 1 (R∗+ ), avec la formule :


Z ∞
0 f (t)
F (x) = − dt.
0 (x + t)2
R∞
(d) On admettra la valeur de 0 √ulog u
(u−1)
du = π 2 . Pour ϕ, ψ ∈ L2 (R∗+ , C), montrer que la
fonction :
 log u
g(t, u) := ϕ(t) ψ t u ,
1−u
est intégrable sur R∗+ × R∗+ , avec :
Z
g(t, u) dtdu 6 π 2 ||ϕ||L2 ||ψ||L2 .
R∗+ ×R∗+

(e) Montrer que :


Z Z
2 f (t) f (s)
F (x) dx 6 dxdtds.
R∗+ R∗+ ×R∗+ ×R∗+ (x + t) (x + s)
110 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

(f) Pour s 6= t dans R∗+ , vérifier que :


Z
dx 1 s
= log .
R∗+ (x + t) (x + s) s−t t

(g) Établir l’inégalité :


F L2
6 π ||f ||L2 .
18. Corrigé de l’examen 9 111

18. Corrigé de l’examen 9

p
Exercice 1. (a) À la limite, quand n −→ ∞, en partant de fn (x) 6 g(x) presque
partout, il vient :
p
f (x) 6 g(x) (p.p.).

Nous pouvons donc majorer presque partout :


 p  p
p
fn − f = fn − f 6 |fn | + |f |
  p
6 2 max |fn |, |f |
= 2p max |fn |p , |f |p


6 2p g.
 ∞
(b) Comme la suite gM (x) M=1 est ponctuellement croissante, positive, et tend simple-
ment presque partout vers g(x) sur E, le théorème de convergence monotone s’applique :
Z Z
M→∞
gM −−−−−−−→ g.
E E
Donc la différence entre ces deux intégrales tend vers zéro :
Z
 M→∞
g − gM −−−−−−−→ 0,
E
c’est-à-dire : Z Z
  M→∞
g − gM + g − gM −−−−−−−→ 0,
E\EM EM
ou encore : Z
M→∞
g + 0 −−−−−−−→ 0.
E\EM
DoncR on a bien, pour tout ε > 0, l’existence d’un entier M = M(ε)  1 assez grand pour
que E\EM g 6 ε.

(c) Maintenat, comme EM ⊂ |x| 6 M est de mesure finie (inférieure ou égale au volume
de la boule de rayon M < ∞), le théorème d’Egorov s’applique à la suite de fonctions
mesurables définies sur EM :  ∞
fn · 1EM n=1 ,
qui converge par hypothèse ponctuellement presque partout vers f (x).
Ainsi, pour tout δ > 0 arbitrairement petit, il existe un sous-ensemble mesurable FM,δ ⊂
EM de mesure presque pleine :  
m EM FM,δ 6 δ,
en restriction auquel la suite :  ∞
fn F n=1
,
M ,δ
112 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

converge uniformément vers f F . Donc avec ce même δ > 0 arbitrairement petit, nous
M ,δ
avons :
 
∃ N(δ)  1 n > N(δ) =⇒ fn (x) − f (x) 6 δ p.p. sur FM,δ .
Nous pouvons donc majorer, pour n > N(δ) :
Z Z Z
p p p
fn − f = fn − f + fn − f
EM FM,δ EM \FM,δ
Z
6 m FM,δ · δ p + 2p · g

EM \FM,δ

6 m EM · δ + m EM FM,δ · 2p · M
p
  

6 m EM · δ p + δ · 2p · M.


(d) Soit ε > 0 arbitrairement petit, et fixons M = M(ε) comme à la Question (b). Choisis-
sons aussi δ = δ(ε) > 0 assez petit pour que :
m EM · δ p + δ · 2p · M 6 ε.


Alors pour tout n > N(ε), nous pouvons majorer :


Z Z Z Z
p p p p
fn − f = fn − f + fn − f + fn − f
E E\EM EM \FM,δ FM,δ
Z
p
fn − f + m EM · δ p + δ · 2p · M

6
E\EM
6 2p · ε + ε
ε→0
−−−−−→ 0,
ce qui montre qu’on a bien un théorème de convergence dominée dans les espaces Lp .
(e) Fixons n0 ∈ N>1 quelconque tel que fn0 − f Lp < ∞, ce qui est possible car nous
venons de voir que fn − f Lp devient de plus en plus petit.
Mais Lp (E) est un espace vectoriel grâce à l’inégalité de Minkowski ! Donc fn0 ∈ Lp
et fn0 − f ∈ Lp donne la réponse :
Lp 3 fn0 − fn0 − f = f !


Exercice 2. (a) L’inégalité de Cauchy-Schwarz :


Z Z 1/2  Z 1/2
0 2 0 2
f ·f 6 |f | |f |
R R R
= ||f ||L2 ||f 0 ||L2
< ∞,
montre bien que f · f 0 ∈ L1 .
(b) Comme f f 0 est continue et a pour primitive évidente 21 f 2 , et comme l’intégrale de
Lebesgue des fonctions continues coïncide avec leur intégrale de Riemann (impropre, gé-
néralisée), l’intégrabilité sur ] − ∞, ∞[ de f f 0 signifie l’existence de la double limite :
Z S
lim
−∞←−R
f (x) f 0 (−x) dx,
S →∞ −R
18. Corrigé de l’examen 9 113

c’est-à-dire de :
 S
1 2
lim
−∞←−R 2
f (x) .
S →∞ −R

Donc on a bien l’existence des deux limites :


lim f (x)2 et lim f (x)2 ,
−∞←x x→∞

dans lesquelles on peut évidemment enlever le carré (•)2 .


(c) Par l’absurde, si lim |f (x)|2 =: ` > 0 était non nulle, on aurait |f (x)|2 > 21 ` pour tout
x→∞
x > S  1 assez grand, d’où :
Z Z ∞
2 1
|f | > 2
` = ∞,
R S

ce qui contredirait massivement l’hypothèse que f ∈ L2 (R).


On vérifie de même que 0 = lim f (x)2 .
−∞←x
2
(d) Vérifier que fn ∈ L , c’est facile :
Z Z 2
2
fn (x) dx = f (x) 1[−n,n] (x) dx
R
ZRn
= |f (x)|2 dx
Z−n
6 |f (x)|2 dx
R
2
= ||f ||L2 < ∞.
Ensuite, comme :
n→∞
fn (x) −−−−−→ f (x) (p.p.),

et comme la suite |fn |2 6 |f |2 =: g est uniformément dominée par une fonction positive
intégrable, une application directe du résultat de l’Exercice 1 (d) avec p = 2 nous donne
bien :
0 = lim fn − f L2 .
n→∞

(e) La fonction fn étant à support contenu dans l’ensemble de mesure finie [−n, n], l’astuce
vue en cours qui consiste à appliquer l’inégalité de Cauchy-Schwarz au produit artificiel
f ·1:
Z Z
fn (x) dx = f (x) 1[−n,n] (x) dx
R R
Z n
1
= f (x) · 1 dx
−n
Z n 1/2  Z n 
2 2
6 f (x) dx 1 dx
−n −n

= ||f ||L2 · 2 n < ∞,
114 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

nous permet de constater que fn ∈ L1 . Ainsi, nous pouvons calculer les transformées de
Fourier de toutes ces fonctions fn au moyen de la formule intégrale classique :
Z ∞
fn (ξ) :=
b e−2iπξ fn (x) dx.
−∞
Ensuite, l’égalité de Parseval :
F fn − f

L2
= fn − f L2

nous permet de déduire que la transformée de Fourier « abstraite dans L2 » F (f ) de notre


fonction initiale f ∈ L2 est limite en norme L2 des transformées de Fourier « concrètes
dans L1 » fbn de ses approximations fn = f 1[−n,n] :
0 = lim fn − f L2
n→∞
= lim F fn − f

n→∞ L2

= lim fbn − F (f ) L2
,
n→∞
ce qui est un super-joli théorème général !
(f) Mais la convergence en norme L2 n’a souvent rien à voir avec la convergence ponctuelle
(presque partout).
Heureusement, d’après un théorème du cours, la convergence, en norme L1 , ou en norme
L2 , ou plus généralement en norme Lp avec 1 6 p < ∞, d’une suite de fonctions, vers
une certaine fonction-limite, implique, après extraction d’une sous-suite, la convergence
ponctuelle presque partout.
(g) Comme f 0 ∈ L2 par hypothèse, on procède exactement comme pour f ∈ L2 dans les
questions qui précèdent, pour obtenir de même :
0 = lim fbn1 − F (f 0 ) .
n→∞ L2

(h) Après extraction itérée d’une sous-sous-suite nkm m=1 de {nk }∞

k=1 , nous pouvons
nous arranger pour avoir simultanément les deux convergences ponctuelles :
m→∞
nkm (ξ) −
fd −−−−→ (f )(ξ),
m→∞
1
nkm (ξ) −
fd −−−−→ F (f 0 )(ξ),
en presque tout ξ ∈ R.
Mais avant de prendre ces limites, pour tout entier nkm , les deux transformées de Fourier
en question sont reliées entre elles grâce à une intégration par parties :
Z
[
F 1
nkm (ξ) = e−2iπξx f 0 (x) 1[−nkm ,nkm ] (x) dx
ZRnkm
= e−2iπξx f 0 (x) dx
−nk
 m nkm Z nkm
−2iπξx
= e f (x) + 2iπξ e−2iπξx f (x) dx
−nkm −nkm

= e−2iπξnkm f nkm − e+2iπξnkm f − nkm


 
+ 2iπξ fd
nkm (ξ).
◦ ◦
m→∞ m→∞
18. Corrigé de l’examen 9 115

Enfin, en faisant prestement tendre m → ∞ :


1
nkm (ξ) = 0 − 0 + lim fnkm (ξ),
lim fd d
m→∞ m→∞

nous obtenons la belle formule naturelle :


F (f 0 )(ξ) = 2iπξ F (f )(ξ).
En conclusion, la formule naturelle pour la transformée de Fourier d’une fonction f ∈
L ∩ C 1 dont la dérivée f 0 ∈ L1 est aussi intégrable :
1

fb(ξ) = 2iπξ fb(ξ) (Exercice subsididaire),

est encore valable pour une fonction f ∈ L2 ∩ C 1 dont la dérivée f 0 ∈ L2 est de carré
intégrable, après remplacement de la transformé de Fourier intégrale « concrète dans L1 »
• ) par la transformée de Fourier « abstraite dans L » F (• ).
2
(c

Exercice 3. (a) L’inégalité de Cauchy-Schwarz permet de majorer, pour x > 0 fixé :


Z ∞
f (t)
F (x) 6 dt
0 x+t
Z ∞ 1/2  Z ∞ 1/2
2 dt
6 f (t) dt
0 0 (x + t)2
1/2
= ||f ||L2 x1


< ∞,

ce qui fait voir l’intégrabilté, sur R∗+ , de la fonction t 7−→ fx+t


(t)
, quel que soit le paramètre
R ∞ f (t)
réel x > 0, et justifie donc que F (x) := 0 x+t dt est bien définie.
(b) Certainement, la fonction x 7−→ fx+t (t)
est continûment dérivable sur R∗+ pour tout t ∈ R∗+
f (t)
fixé, de dérivée égale à − (x+t) 2.

Sur tout intervalle ]a, ∞[ avec a > 0 fixé, l’inégalité de Cauchy-Schwarz — encore
elle ! — nous permet de majorer, uniformément pour x ∈ ]a, ∞[ :
Z ∞ Z ∞
∂ f (t) |f (t)|
dt = dt
0 ∂x x + t 0 (x + t)2
Z ∞ 1/2  Z ∞ 1/2
2 dt
6 f (t) dt
0 0 (x + t)4
1/2
= ||f ||L2 3 1x3

1/2
6 ||f ||L2 3 1a3
< ∞.
Mieux encore, uniformément pour x ∈ ]a, ∞[, nous avons :
∂ f (t) |f (t)| |f (t)|
= 2
6 =: g(t),
∂x x + t (x + t) (a + t)2
116 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France

avec g ∈ L1 (R∗+ ), car :


Z ∞ Z ∞ 1/2  Z ∞ 1/2
|f (t)| 2 dt
6 f (t) dt
0 (a + t)2 0 0 (a + t)4
1/2
= ||f ||L2 3 1a3


< ∞.
Le théorème de dérivation sous le signe intégral garantit alors que F est continûment déri-
vable sur ]a, ∞[, avec la formule :
Z ∞
0 f (t)
F (x) = − dt (x > a).
0 (x + t)2
(c) Ceci étant vrai sur tout intervalle ]a, ∞[ avec a > 0 quelconque, il est clair que cela est
vrai sur :
∪ ]a, ∞[ = R∗+.
a>0

(d) En utilisant le théorème de Fubini-Tonelli, puis l’inégalité de Cauchy-Schwarz —


qu’est-ce qu’elle est ‘collante’, celle-là ! —, nous obtenons la majoration demandée :
Z Z Z 
log u
g(t, u) dtdu = |ϕ(t)| ψ(t u) dt du
R∗+ ×R∗+ R∗+ R∗+ u−1
Z  Z 1/2  Z 1/2 
2 2 log u
6 |ϕ(t)| dt ψ(t u) dt du
R∗+ R∗+ R∗+ u−1
Z  Z 1/2 
2 dv log u
[v := t u] = ||ϕ||L2 ψ(v) du
R∗+ R∗+ u u−1
Z
log u
= ||ϕ||L2 ||ψ||L2 √ du
R∗+ u (u − 1)
[Admis] = ||ϕ||L2 ||ψ||L2 π 2 .
(e) Par définition, on a :
Z Z
2
F (x) dx = F (x) F (x) dx
R∗+ R∗+
Z Z Z 
f (t) f (s)
= dt ds dx
R∗+ R∗+ x+t R∗+ x + s
Z Z Z 
f (t) f (s)
6 dt ds dx
R∗+ R∗+ x+t R∗+ x + s
Z
f (t) f (s)
= dxdtds,
R∗+ ×R∗+ ×R∗+ (x + t) (x + s)
cette dernière égalité délectable étant offerte par les célèbres confiseries Tonelli.
(f) Pour s 6= t dans R∗+ , la décomposition :
 
1 1 1 1
= − ,
(x + t) (x + s) s−t x+t x+s
18. Corrigé de l’examen 9 117

nous permet d’intégrer :


Z Z ∞  
dx 1 1 1
= − dx
R∗+ (x + t) (x + s) s−t 0 x+t x+s
 ∞
1 x+t
= log
s−t x+s 0
1 s
= log .
s−t t
(g) Synthétisons toutes les belles gerbes de blé que nous venons récolter, en repartant de la
Question (c) :
Z
 2 f (t) f (s)
||F ||L2 = dxdtds
R∗+ ×R∗+ ×R∗+ (x + t) (x + s)
Z Z Z  !
dx
[Fubini-Tonelli] = |f (t)| f (s) ds dt
R∗+ R∗+ R∗+ (x + t) (x + s)
Z Z !
1 s
[Question (f)] = |f (t)| f (s) log ds dt
R∗+ R∗+ s−t t
Z Z !
1
[u := st ] = |f (t)| f (t u) log u du dt
R∗+ R∗+ u−1
[Question (d) avec ϕ = f = ψ] = π 2 ||f ||L2 ||f ||L2 ,
c’est-à-dire :
||F ||L2 6 π ||f ||L2 .

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