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Texts Bac

Ce texte présente un dialogue entre Figaro et Suzanne au sujet de leur nouveau logement dans le château. Suzanne s'inquiète du fait que le Comte Almaviva a jeté son dévolu sur Figaro et pourrait profiter de leur proximité pour abuser d'elle.

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Texts Bac

Ce texte présente un dialogue entre Figaro et Suzanne au sujet de leur nouveau logement dans le château. Suzanne s'inquiète du fait que le Comte Almaviva a jeté son dévolu sur Figaro et pourrait profiter de leur proximité pour abuser d'elle.

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Texte bac n°1

DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE

À décréter par l’Assemblée nationale dans ses dernières séances ou


dans celle de la prochaine législature.
1
2 Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation,


demandent d’être constituées en Assemblée nationale. Considérant que
3 l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules
4 causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements,
5 (elles) ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits
6 naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration,
7 constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle
8 sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des
9 femmes, et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant
10 comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus
11 respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais
12 sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien
13 de la Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.
14 En conséquence, le sexe supérieur, en beauté comme en courage,
15 dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et
16 sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de
la citoyenne.

Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,


1791

*
Texte bac n°2
DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA

CITOYENNE Postambule

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout


1
l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus
2
environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le
3
flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation.
4
L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour
5
briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô
6
femmes ! Femmes , quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les
7
avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué,
8
un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur
9
la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La
10
conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée
11
sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle
12
entreprise ? Le bon mot du législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que
13
nos législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux
14
branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent :
15
femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre.
16
S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en
17
contradiction avec leurs principes, opposez courageusement la force de la raison
18
aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la
19
philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt
20
ces orgueilleux, nos serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de
partager avec vous les trésors de l’Être Suprême. Quelles que soient les barrières
que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le
vouloir.

Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791


Texte bac n°3

Supplément au voyage de Bougainville

« Le Plaidoyer de Polly Baker »

1 Permettez-moi, Messieurs, de vous adresser quelques mots. Je suis une


2 fille malheureuse et pauvre, je n’ai pas le moyen de payer des avocats pour
3 prendre ma défense, et je ne vous retiendrai pas longtemps. Je ne me flatte
4 pas que dans la sentence que vous allez prononcer vous vous écartiez de
5 la loi ; ce que j’ose espérer, c’est que vous daignerez implorer pour moi les
6 bontés du gouvernement et obtenir qu’il me dispense de l’amende. Voici la
7 cinquième fois, Messieurs, que je parais devant vous pour le même sujet ;
8 deux fois j’ai payé des amendes onéreuses, deux fois j’ai subi une punition
9 publique et honteuse parce que je n’ai pas été en état de payer. Cela peut
10 être conforme à la loi, je ne le conteste point ; mais il y a quelquefois des
11 lois injustes, et on les abroge ; il y en a aussi de trop sévères, et la
12 puissance législatrice peut dispenser de leur exécution. J’ose dire que celle
13 qui me condamne est à la fois injuste en elle-même et trop sévère envers
14 moi. Je n’ai jamais offensé personne dans le lieu où je vis, et je défie mes
15 ennemis, si j’en ai quelques-uns, de pouvoir prouver que j’ai fait le moindre
16 tort à un homme, à une femme, à un enfant. Permettez-moi d’oublier un
17 moment que la loi existe, alors je ne conçois pas quel peut être mon crime ;
18 j’ai mis cinq beaux enfants au monde, au péril de ma vie, je les ai nourris de
19 mon lait, je les ai soutenus par mon travail ; et j’aurais fait davantage pour
20 eux, si je n’avais pas payé des amendes qui m’en ont ôté les moyens. Est-
21 ce un crime d’augmenter les sujets de Sa Majesté dans une nouvelle
22 contrée qui manque d’habitants ? Je n’ai enlevé aucun mari à sa femme, ni
23 débauché aucun jeune homme ; jamais on ne m’a accusée de ces procédés
24 coupables, et si quelqu’un se plaint de moi, ce ne peut être que le ministre à
25 qui je n’ai point payé de droits de mariage. Mais est-ce ma faute ? J’en
appelle à vous, Messieurs ; vous me supposez sûrement assez de bon
sens pour être persuadés que je préférerais l’honorable état de femme à la
condition honteuse dans laquelle j’ai vécu jusqu’à présent.

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772


Texte bac n°4

L’Île des esclaves


Scène 3

TRIVELIN, CLÉANTHIS, esclave, EUPHROSINE, sa maîtresse

1
CLÉANTHIS. – Madame se lève ; a-t-elle bien dormi, le sommeil l’a-t-il rendu
2
belle, se sent-elle du vif, du sémillant dans les yeux ? vite sur les armes ; la
3
journée sera glorieuse ; Qu’on m’habille ! Madame verra du monde
4
aujourd’hui ; elle ira aux spectacles, aux promenades, aux assemblées ;
5
son visage peut se manifester, peut soutenir le grand jour, il fera plaisir à
6
voir, il n’y a qu’à le promener hardiment, il est en état, il n’y a rien à
7
craindre.
8
TRIVELIN, à Euphrosine – Elle développe assez bien cela.
9
CLÉANTHIS. – Madame, au contraire, a-t-elle mal reposé ? Ah ! qu’on
10
m’apporte un miroir ; comme me voilà faite ! que je suis mal bâtie !
11
Cependant on se mire, on éprouve son visage de toutes les façons, rien ne
12
réussit ; des yeux battus, un teint fatigué ; voilà qui est fini. Il faut
13
envelopper ce visage-là, nous n’aurons que du négligé, Madame ne verra
14
personne aujourd’hui, pas même le jour, si elle peut ; du moins fera-t il
15
sombre dans la chambre. Cependant il vient compagnie, on entre : que va-
16
t-on penser du visage de Madame ? On croira qu’elle enlaidit : donnera-t-
17
elle ce plaisir-là à ses bonnes amies ? Non, il y a remède à tout : vous allez
18
voir. Comment vous portez vous, Madame ? Très mal, Madame ; j’ai perdu
19
le sommeil ; il y a huit jours que je n’ai fermé l’œil ; je n’ose pas me
20
montrer, je fais peur. Et cela veut dire : Messieurs, figurez vous que ce
21
n’est point moi, au moins ; ne me regardez pas, remettez à me voir ; ne me
22
jugez pas aujourd’hui ; attendez que j’aie dormi. J’entendais tout cela, moi,
23
car nous autres esclaves, nous sommes doués contre nos maîtres d’une
24
pénétration… Oh ! ce sont de pauvres gens pour nous.
TRIVELIN, à Euphrosine – Courage, Madame ; profitez de cette peinture-là, car
elle me paraît fidèle.
EUPHROSINE. – Je ne sais où j’en suis.

L’Île des esclaves, Marivaux (1725)


Texte bac n°5
1
2
Le Mariage de Figaro
3
Acte I, scène 1
4
5 FIGARO, SUZANNE
6
7
FIGARO. Tu prends de l'humeur1 contre la chambre du château la plus commode, et qui tient
8
9 le milieu des deux appartements. La nuit, si Madame est incommodée2, elle sonnera de son
10 côté; zeste3, en deux pas tu es chez elle. Monseigneur4 veut-il quelque chose: il n'a qu'à
11 tinter du sien5;crac, en trois sauts me voilà rendu. SUZANNE. Fort bien ! Mais quand il aura
12 tinté le matin, pour te donner quelque bonne et longue commission, zeste, en deux pas, il est
13 à ma porte, et crac, en trois sauts...
14 FIGARO. Qu'entendez-vous par ces paroles ?
15 SUZANNE. Il faudrait m'écouter tranquillement.
16 FIGARO. Eh, qu'est-ce qu'il y a ? bon Dieu !
17 SUZANNE. Il y a, mon ami, que, las de courtiser6 les beautés des environs, monsieur le
18 comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c'est sur la tienne,
19 entends-tu, qu'il a jeté ses vues, auxquelles il espère que ce logement ne nuira pas. Et c'est
20 ce que le loyal Bazile, honnête agent de ses plaisirs, et mon noble maître à chanter, me
21 répète chaque jour, en me donnant leçon.
22 FIGARO. Bazile ! ô mon mignon, si jamais volée de bois vert7, appliquée sur une échine8, a
23 dûment redressé la moelle épinière à quelqu'un...
24 SUZANNE. Tu croyais, bon garçon, que cette dot9 qu'on me donne était pour les beaux yeux
25 de ton mérite ? FIGARO. J'avais assez fait pour l'espérer10.
26 SUZANNE. Que les gens d'esprit sont bêtes !
27 FIGARO. On le dit.
28 SUZANNE. Mais c'est qu'on ne veut pas le croire.
29 FIGARO. On a tort.
30 SUZANNE. Apprends qu'il la destine à obtenir de moi secrètement certain quart d'heure, seul
31 à seule, qu'un ancien droit du seigneur11... Tu sais s'il était triste12 !
32 FIGARO. Je le sais tellement, que si monsieur le Comte, en se mariant, n'eût pas aboli ce
33 droit honteux, jamais je ne t'eusse épousée dans ses domaines.
34
SUZANNE. Eh bien, s'il l'a détruit, il s'en repent13 ; et c'est de ta fiancée qu'il veut le racheter
35
en secret aujourd'hui.
36
FIGARO, se frottant la tête. Ma tête s'amollit de surprise, et mon front fertilisé14...
37
SUZANNE. Ne le frotte donc pas !
38
FIGARO. Quel danger ?
SUZANNE, riant. S'il y venait un petit bouton, des gens superstitieux...
FIGARO. Tu ris, friponne ! Ah ! s'il y avait moyen d'attraper ce grand trompeur, de le faire
donner dans un bon piège, et d'empocher son or !
SUZANNE. De l'intrigue et de l'argent, te voilà dans ta sphère.
FIGARO. Ce n'est pas la honte qui me retient.
SUZANNE. La crainte ?
FIGARO. Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse, mais d'échapper au péril en la
menant à bien : car d'entrer chez quelqu'un la nuit, de lui souffler sa femme, et d'y recevoir
cent coups de fouet pour la peine, il n'est rien plus aisé ; mille sots coquins l'ont fait. Mais...
(On sonne de l'intérieur.)

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1784

Texte bac n°6


1
L’Île des esclaves
2
3
Scène 10
4
5 CLÉANTHIS, EUPHROSINE, IPHICRATE, ARLEQUIN
6
7
8 CLÉANTHIS. - Mais enfin notre projet ?
9 ARLEQUIN. - Mais enfin, je veux être un homme de bien ; n’est-ce pas là un
10 beau projet ? Je me repens de mes sottises, lui des siennes ; repentez-
11 vous des vôtres, Madame Euphrosine se repentira aussi ; et vive l’honneur
12 après ; cela fera quatre beaux repentirs, qui nous feront pleurer tant que
13 nous voudrons.
14 EUPHROSINE. - Ah, ma chère Cléanthis, quel exemple pour vous !
15 IPHICRATE. - Dites plutôt quel exemple pour nous, Madame, vous m’en
16 voyez pénétré3. CLÉANTHIS. - Ah ! vraiment, nous y voilà, avec vos beaux
17 exemples ; voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font
18 les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre,
19 et puis, qui sont trop heureux dans l’occasion de nous trouver cent fois plus
20 honnêtes gens qu’eux. Fi ! que cela est vilain, de n’avoir eu pour tout
21 mérite que de l’or, de l’argent, et des dignités : c’était bien la peine de faire
22 tant les glorieux ; où en seriez-vous aujourd’hui, si nous n’avions pas
23 d’autre mérite que cela pour vous ? Voyons, ne seriez-vous pas bien
24 attrapés ? Il s’agit de vous pardonner ; et pour avoir cette bonté-là, que
faut-il être, s’il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ?
point du tout. Vous étiez tout cela, en valiez-vous mieux ? Et que faut-il être
donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison
; voilà ce qu’il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait
qu’un homme est plus qu’un autre. Entendez-vous, Messieurs les honnêtes
gens du monde ? Voilà avec quoi l’on donne les beaux exemples que vous
demandez et qui vous passent. Et à qui les demandez-vous ? À de
pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés, tout
riches que vous êtes, et qui ont aujourd’hui pitié de vous, tout pauvres
qu’ils sont. Estimez-vous à cette heure, faites les superbes, vous aurez
bonne grâce ! Allez, vous devriez rougir de honte !

L’Île des esclaves, Marivaux (1725)

Texte bac n°7


1
2
La première rencontre entre
3 le Chevalier Des Grieux et Manon
4
5
6
J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le
7
marquais-je un jour plus tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon
8
innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à
9
me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le
10
coche d‘Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures
11
descendent. Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité. Il en sortit
12
quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune,
13
qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui
14
paraissait lui servir de conducteur, s’empressait pour faire tirer son
15
équipage des paniers. Elle me parut si charmante que moi, qui n’avais
16
jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu
17
d’attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la
18
retenue, je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais
19
le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin
20
d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de
22
mon cœur. Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes
23
politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à
Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me
répondit ingénument qu’elle y était envoyée pas ses parents pour être
religieuse. L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était
dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour
mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes
sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi : c’était malgré
elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au
plaisir, qui s’était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses
malheurs et les miens.
Manon Lescaut, Abbé Prévost (1731)

Texte bac n°8


1
Les Liaisons dangereuses
2
Lettre 161
3
4 LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL À…
5 (Dictée par elle et écrite par sa femme de chambre.)
6
7 Être cruel et malfaisant, ne te lasseras-tu point de me persécuter ? Ne te
8 suffit-il pas de m’avoir tourmentée, dégradée, avilie, veux-tu me ravir jusqu’à
9 la paix du tombeau ? Quoi ! dans ce séjour de ténèbres où l’ignominie m’a
10 forcée de m’ensevelir, les peines sont-elles sans relâche, l’espérance est-
11 elle méconnue ? Je n’implore point une grâce que je ne mérite point : pour
12 souffrir sans me plaindre, il me suffira que mes souffrances n’excèdent pas
13 mes forces. Mais ne rends pas mes tourments insupportables. En me
14 laissant mes douleurs, ôte-moi le cruel souvenir des biens que j’ai perdus.
15 Quand tu me les as ravis, n’en retrace plus à mes yeux la désolante image.
16 J’étais innocente et tranquille : c’est pour t’avoir vu que j’ai perdu le repos ;
17 c’est en t’écoutant que je suis devenue criminelle. Auteur de mes fautes,
18 quel droit as-tu de les punir ? […]
19 Impitoyable dans sa vengeance, il m’a livrée à celui-là même qui m’a
20 perdue. C’est à la fois, pour lui et par lui, que je souffre. Je veux le fuir en
21 vain ; il me suit ; il est là, il m’obsède sans cesse. Mais qu’il est différent de
22 lui-même ! Ses yeux n’expriment plus que la haine et le mépris. Sa bouche
23 ne profère plus que l’insulte et le reproche. Ses bras ne m’entourent que
24 pour me déchirer. Qui me sauvera de sa barbare fureur ?
25 Mais quoi ! c’est lui… Je ne me trompe pas ; c’est lui que je revois. O mon
26 aimable ami ! reçois-moi dans tes bras ; cache-moi dans ton sein : oui, c’est
toi, c’est bien toi ! Quelle illusion funeste m’avait fait te méconnaître ?
combien j’ai souffert dans ton absence ! Oh ! ne nous séparons plus, ne
nous séparons jamais. Laisse-moi respirer. Sens mon cœur, comme il
palpite ! Ah ! ce n’est plus de crainte, c’est la douce émotion de l’amour.
Pourquoi te refuses-tu à mes tendres caresses ? Tourne vers moi tes doux
regards ! Quels sont ces liens que tu cherches à rompre ? pour qui
prépares-tu cet appareil de mort* ? Qui peut altérer ainsi tes traits ? que
fais-tu ? Laisse-moi : je frémis ! Dieu ! c’est le monstre encore !

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 161, 1782

*appareil de mort : apprêts, préparatifs d’une cérémonie mortuaire.


Texte bac n°9

La mort de Manon

Pardonnez, si j’achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous


1 raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple. Toute ma vie est destinée à
2 le pleurer. Mais quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon
3 âme semble reculer d’horreur, chaque fois que j’entreprends de l’exprimer.
4 Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma
5 chère maîtresse endormie, et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la
6 crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en
7 touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les
8 approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement ; et
9 faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible,
10 qu’elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d’abord ce discours que
11 pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les
12 tendres consolations de l’amour. Mais ses soupirs fréquents, son silence à
13 mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle
14 continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses
15 malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes
16 sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la
17 perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour, au moment même qu’elle
18 expirait ; c’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre, de ce fatal et
19 déplorable événement.
20 Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point sans doute
assez rigoureusement puni. Il a voulu que j’aie traîné, depuis, une vie
languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais
plus heureuse.

Manon Lescaut, Abbé Prévost (1731)

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