Sustainable management of African rain forest
DETERMINATION DES PRINCIPAUX PARAMETRES
D’AMENAGEMENT AVEC PRISE EN COMPTE DES ESSENCES PEU
CONNUES1
E. Forni2
RESUME
Les principaux paramètres d’aménagement évoqués dans cette présentation sont
• Le choix des espèces ‘aménagement’ ;
• La rotation ;
• La possibilité ;
• La définition du parcellaire et les règles d’ouverture des unités de gestion ;
• Les interventions sylvicoles.
Les différents points abordés sont illustrés à partir d’expériences de divers pays d’Afrique
Centrale et de l’Ouest.
La prise en compte des espèces peu connues influera sur les valeurs que pourront prendre
certains de ces paramètres sans remettre en cause le principe de leur détermination.
Mots clés : Paramètres d’aménagement, rotation, possibilité, parcellaire, interventions
sylvicoles.
SUMMARY
The main management parameters discussed in this presentation are:
• The choice of the tree species involved;
• The rotation;
• The allowable cut;
• The delimitation of a parcel and the rules governing the opening and closing of the parcel
for harvesting;
• The silvicultural treatments.
These points are discussed using examples form various countries in West and Central Africa.
Taking into account the lesser-known timber species will change the value of these parameters
without, however, changing the principle of their assessment.
Keywords: Management parameters, rotation, allowable cut, cutting blocks, silvicultural
interventions.
1. INTRODUCTION
Pour cadrer cet exposé, il est peut-être bon de commencer par une définition. Qu’est-ce qu’un
paramètre ? Nous en trouvons les définitions suivantes dans le dictionnaire (Petit Robert) :
• ‘Elément important dont la connaissance explicite les caractéristiques essentielles d’un
ensemble, d’une question’ ou ;
• ‘Elément d’appréciation nécessaire dans la compréhension d’une question, d’un problème’.
1
Basé sur des synthèses du projet FORAFRI, rédigées par Robert Nasi.
2
CIRAD-Forêt, B.P. 2572, Yaoundé, Cameroun.
94
Part I: Workshops
La question qui nous préoccupe est celle sous-entendue dans l’intitulé de l’atelier qui nous
réunit cette semaine, elle peut être énoncée de la façon suivante : ‘Comment gérer durablement
une forêt afin d’assurer une production soutenue à long terme de bois en accord avec les
principes de renouvellement naturel des écosystèmes forestier, en garantissant sa pérennisation
dans toutes ses caractéristiques et fonctions’.
Il nous est demandé de porter une attention particulière aux essences peu connues. Ici une mise
au point s’impose dans le cadre de notre exposé ayant trait aux principaux paramètres de
l’aménagement.
2. LES PRINCIPES QUI REGISSENT LA DETERMINATION DES PRINCIPAUX
PARAMETRES DE L’AMENAGEMENT NE SONT PAS INFLUENCES PAR LA
PRISE EN COMPTE DES ESPECES PEU CONNUES
L’influence de ce groupe d’espèces se mesurera cependant dans les valeurs que pourront
prendre les principaux paramètres que nous examinerons.
Si nous revenons à notre définition de départ et à notre objectif, il est clair que de nombreux
paramètres doivent être pris en compte. Nous restreindrons notre propos à des paramètres
strictement forestier, sachant que les paramètres écologiques ou sociaux ont déjà été abordés au
cours des précédentes sessions.
Nous nous intéresserons donc aux points suivants :
• Le choix des espèces aménagement ;
• La rotation ;
• La possibilité ;
• La définition du parcellaire et les règles d’ouverture des unités de gestion ;
• Les interventions sylvicoles.
En conclusion, nous restituerons l’importance des espèces peu connues au niveau de ces
paramètres.
3. LE CHOIX DES ESSENCES
Les choix à effectuer pour établir la liste des espèces principales de l’aménagement sont d’une
importance fondamentale puisqu’ils sont la base de l’estimation du potentiel exploitable et donc
de la possibilité de l’unité à aménager.
Avant toutes choses, il est intéressant de rappeler quelques définitions ‘classiques’ en zone
tempérée (voir ONF, 1989) :
• Essence(s) dominante(s) : essence ou groupe d’essences le plus représenté dans l’unité à
aménager ; généralement mesuré en termes de surface terrière ;
• Essence(s) principale(s) : essence ou groupe d’essences qui détermine les durées de rotation
et, éventuellement, la sylviculture à appliquer ;
• Essences secondaires : toutes les essences associées à l’essence ou au groupe d’essences
principales.
Dans les forêts tempérées, aménagées de longue date, le choix des essences principales se fait
généralement en fonction des conditions écologiques locales afin d’assurer la stabilité des
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Sustainable management of African rain forest
peuplements et des objectifs principaux assignés à la forêt (production, protection, accueil du
public, etc.).
La problématique est totalement différente en forêt dense humide :
• La diversité spécifique, donc le nombre d’essences potentiellement exploitables, est
incomparablement plus élevée ;
• On ne connaît généralement pas l’âge des individus exploités et encore moins leur âge
optimum d’exploitabilité ;
• La décision d’exploiter une essence est basée sur la possibilité de vendre cette essence avec
un certain bénéfice de façon à couvrir les coûts d’exploitation et de transport : une essence
commercialisable dans un pays (le Fromager, Ceiba pentandra, en Côte d’Ivoire) ne le sera
pas dans un autre (Centrafrique) du fait des coûts de transport ;
• Les phénomènes de mode, souvent accentués par les étroitesses des marchés traditionnels, et
la richesse de la forêt jouent un rôle important dans la décision de récolter ou non : on ne
récoltera pas un bois sans débouché comme on ne récoltera généralement pas du Fromager
si l’on a du Sapelli (Entandrophragma cylindricum) !
Le résultat est une classification purement ‘économique’ des essences de forêt dense humide qui
sont généralement ventilées en quelques grands groupes définis par les possibilités de
commercialisation. Par exemple :
• En Côte d’Ivoire, on distingue (Dupuy, 1998) :
• Les essences principales qui sont valorisables en bois d’œuvre, subdivisées en trois
catégories (de 1 à 3) en fonction de leur valeur commerciale décroissante ;
• Les essences secondaires qui ne sont pas valorisables à l’heure actuelle.
• Au Ghana, on distingue (Ghartey, 1989) :
• les essences de classe 1 qui sont enregistrées comme ayant été exportées au moins une
fois pendant la période 1973-1988 ;
• les essences de classe 2 qui atteignent 70 cm de diamètre, relativement fréquentes mais
non exportées ;
• les essences de classe 3.
• Au Cameroun, on distingue généralement 5 groupes (ONADEF, 1991) : les essences des
groupes 1 et 2 sont presque toujours exploitées et commercialisées, les essences du groupe 3
sont commercialisables mais pas toujours exploitées, les essences du groupe 4 sont
potentiellement exploitables, les essences du groupe 5 sont des exotiques utilisées en
reboisement.
Dans un tel système l’appartenance de telle ou telle essence à tel ou tel groupe va
essentiellement dépendre du contexte économique local au moment de l’exploitation. Ainsi au
Ghana, dans les années 1960, l’Assamela (Pericopsis elata) considéré comme essence
‘secondaire’ était-il dévitalisé lors des traitements sylvicoles alors que de nos jours c’est un bois
recherché qui, de plus, figure sur l’annexe II de la CITES. En Côte d’Ivoire, le Fromager
appartient à la catégorie 1 des essences principales alors qu’au Cameroun il appartient au groupe
3 et qu’en Centrafrique il ne fait pas partie de la liste des essences exploitables.
Le problème du choix des ‘essences objectifs’ de l’aménagement se pose donc de façon aiguë
dans le contexte des forêts denses humides africaines. Ceci milite d’ailleurs pour l’utilisation
d’une possibilité par contenance avec indication du volume de préférence à une possibilité par
volume.
• Si l’on se base sur l’ensemble des essences potentiellement commercialisables pour calculer
la potentialité de l’Unité à aménager et la possibilité, on va droit à des problèmes avec
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Part I: Workshops
l’exploitant qui ne récoltera, de toutes façons, que la fraction effectivement
commercialisable de la ressource.
• Ce cas de figure existe au Congo où la notion de volume maximum annuel (VMA)
exploitable basée sur l’ensemble de toutes les essences principales mais appliquée par
l’exploitant aux quelques essences effectivement exploitées a conduit à un parcours de
l’Unité beaucoup plus rapide que ce que prévoyait l’aménagement.
• Si l’on se base sur les essences effectivement exploitées et commercialisées, on risque au
contraire de créer une sorte de rente de situation (l’exploitant disposant de la ressource qui
lui est utile ne cherchera pas à valoriser d’autres essences) ou d’avoir le risque de perdre
toute signification à l’aménagement.
En Centrafrique (Fargeot, 1995) où l’essence principale est le Sapelli (80% de la production), il
semblerait logique d’asseoir l’aménagement sur cette essence. Cependant, il y a quelques années
le cours à l’exportation des Longhi a très fortement progressé et il est devenu économiquement
intéressant d’exploiter ce groupe d’espèces. Du même coup, dans les forêts de la Lobaye, très
riches en Longhi (Gambeya spp.), un aménagement avec une possibilité uniquement basée sur le
Sapelli n’aurait plus eu de sens.
Ce problème n’a pas de solution simple ni universelle, il conviendra de le régler au coup par
coup en fonction de la richesse de l’unité à aménager et de sa situation par rapport aux
possibilités de ‘sortie’ des bois, des caractéristiques de l’exploitation forestière (en particulier la
présence ou non d’une industrie de transformation) et de la nécessaire conservation de la
biodiversité.
4. LA ROTATION
Nous nous plaçons dans l’optique d’un maintien de la structure irrégulière de la forêt, donc d’un
système de coupes polycyclique à intervalles de temps relativement court. Un des problèmes
cruciaux de l’aménagement réside dans la détermination de cet intervalle de temps entre deux
coupes ou rotation.
Le résultat est forcément un compromis entre les diverses contraintes socio-économiques,
techniques et écologiques. En effet, la durée de rotation choisie doit permettre la conservation
de tous les usages et fonctions de la forêt, la satisfaction des besoins ‘immédiats’ de l’entreprise
et une reconstitution satisfaisante du capital exploitable afin de ne pas compromettre les
productions futures. La démarche ne saurait être la même en forêt non exploitée (premier
passage en exploitation) ou en forêt déjà exploitée (passages ultérieurs).
4.1. En forêt non exploitée
Lors du premier passage en exploitation, l’opérateur va récolter le produit d’une capitalisation
sur plusieurs centaines d’années : la proportion en essences de valeurs (en général les Méliacées
à bois rouge) est élevée, les arbres sont de diamètre important. Ce premier passage est donc le
plus rémunérateur. Il est aussi plus coûteux puisque l’exploitant va devoir mettre en place son
infrastructure routière.
D’un point de vue économique, dans le calcul de la durée de rotation (qui dans ce cas est le plus
souvent égale à celle de l’aménagement) on devra tenir compte de la nécessité pour l’opérateur
d’avoir du matériel lourd capable d’ouvrir des routes en forêt et de débarder des grumes de
fortes dimensions. Il paraît logique qu’il puisse amortir son matériel pendant la durée de rotation
et en même temps faire des bénéfices, celle-ci devrait donc être compatible avec la durée
d’amortissement du matériel et le volume exploitable annuellement doit être suffisamment
grand pour permettre de rentabiliser ce matériel lourd.
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Sustainable management of African rain forest
Plus important, le calcul de la durée de la rotation dépend de la réponse choisie à la question :
doit-on reconstituer en fin de rotation le volume sur pied initial ? Si l’on répond oui à cette
question, on va être conduit soit :
A des durées de rotation longues (supérieures à 40 ans), difficilement acceptables par les
opérateurs quand les durées (15 ans au Cameroun) et tailles maximum de concession (200 000
hectares) ne sont pas compatibles avec ces rotations longues ; A réduire le prélèvement en
premier passage, ce qui risque de le faire passer en dessous du seuil de rentabilité économique.
D’un autre côté, une réponse négative à la question est discutable sur le plan de la conservation
de l’ensemble du potentiel de la forêt, à la base de la notion de gestion durable et il faudra
s’entendre sur le seuil acceptable de reconstitution à atteindre.
4.2. En forêt déjà exploitée
Lors du second passage (et des suivants), l’opérateur récoltera le produit de la croissance de la
forêt pendant la rotation en ce qui concerne les espèces commerciales principales – dont la vente
est assurée – et la capitalisation de plusieurs siècles (comme lors du premier passage) pour les
espèces commerciales ‘secondaires’ - pour lesquelles un marché existe peut-être.
Le volume récoltable en espèces principales va donc être inférieur à celui de la première
rotation, sauf si la durée de celle-ci permet la reconstitution complète du stock initial – ce qui
n’est le cas nulle part en Afrique. Cette ‘perte’ en produits de grande valeur va être compensée
par la récolte de produits de valeur économique certes inférieure mais dont le coût de récolte
sera plus faible, l’infrastructure routière n’étant plus à faire.
Il va de soi, que dès le deuxième passage, la rotation doit permettre une reconstitution complète
du stock initial afin d’assurer la durabilité de l’opération.
Il faut à tout prix éviter la dérive constatée partout en Afrique de l’Ouest, dont la forêt est
exploitée depuis longtemps et de façon bien plus intensive qu’en Afrique centrale, qui consiste à
effectuer des passages en coupes répétés à rotation très courte. Le premier passage récolte les
plus beaux Sipo (Entandrophragma utile), Sapelli, Acajou (Khaya spp.) ; le deuxième récolte
encore des bois rouges mais de qualité moindre ; et pour finir on récolte du Fromager. Le stock
doit impérativement être maintenu, en termes de qualité et de quantité, au niveau de ce qu’il
était avant le deuxième passage en coupe. Cela n’empêche pas une valorisation des espèces
secondaires, si un marché existe, qui sont en fait récoltées à coût marginal, le coût principal de
l’exploitation étant supporté par les essences principales.
4.3. Une proposition de méthode de calcul de la rotation
La méthode utilisée au projet A. P. I. Dimako couple durée de rotation et Diamètre Minimum
d’Exploitabilité (DME) via le calcul d’un pourcentage de reconstitution du nombre de tiges de
diamètre exploitable avant exploitation, pour les principales essences présentes et exploitées
(Durrieu de Madron et Forni, 1997).
Comme les coupes futures ne récolteront que la production cumulée pendant la durée de
l’aménagement, un nombre suffisant de tiges d’avenir (tiges de diamètre inférieur au DME) doit
rester sur pied, après le premier passage. La durée de rotation est donc directement liée au
passage de ces tiges du ‘groupe d’avenir’ au groupe ‘des tiges de diamètre exploitable’. Le
calcul doit alors prendre en compte la croissance et la structure diamétrique des principales
essences exploitées.
Un mode de calcul prenant en compte ces paramètres a été retenu, se basant sur deux hypothèses
simplificatrices :
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Part I: Workshops
• Les conditions actuelles se maintiennent dans le temps du point de vue climat, croissance
des arbres, etc. :
• Les accroissements décrits précédemment et la mortalité sont applicables sur des centaines
de milliers d’hectares.
La reconstitution est alors calculée en fonction des dégâts d’exploitation, de l’accroissement et
de la mortalité de quelques essences pour lesquelles ont dispose de données sur l’accroissement
et qui forment la majorité du volume exploitable (par exemple le Sapelli ; le Tali,
Erythrophleum ivorense ; l’Ayous, Triplochiton scleroxylon ou le Fraké, Terminalia superba).
Pour chacune de ces essences, les effectifs des classes de diamètre inférieures au DME actuel
sont utilisés. On leur applique un accroissement diamétrique en mm/an ainsi qu’un taux de
mortalité et un pourcentage de perte dû aux dégâts d’exploitation. Ces calculs sont effectués en
prenant la première (A) classe en dessous du DME puis les deux premières (A et B), puis les
trois premières (A, B et C) et ainsi de suite. On détermine à chaque fois un pourcentage de
reconstitution par rapport au nombre de tiges initialement exploitables.
Le travail est achevé lorsque l’égalité est obtenue entre récolte actuelle et récolte future. On se
rend compte qu’il est difficile d’envisager une reconstitution complète du stock initial à moins
d’augmenter les DME des principales essences de plusieurs dizaines de cm et en allongeant le
temps de rotation à 40 ans minimum.
5. LA POSSIBILITE
La possibilité peut être exprimée de trois principales manières :
• Par contenance pure.
Cette méthode simple et facilement contrôlable puisque l’on s’appuie sur des limites
d’assiette prédéfinies permet de garder le même parcellaire pour les rotations suivantes. Elle
a pour inconvénient de ne pas assurer un approvisionnement régulier pour l’exploitant et de
ne pas garantir un rendement soutenu pour les rotations suivantes.
• Par volume pur.
Cette méthode doit normalement permettre l’approvisionnement régulier de l’exploitant et
garantit un rendement soutenu pendant les rotations suivantes en supposant que la
production est correctement estimée. Elle ne permet de garder le même parcellaire pour les
rotations suivantes et est difficilement contrôlable sans désignation préalable des arbres.
Enfin se pose le problème de savoir sur quel volume la calculer. C’est un point sur lequel
aménagiste et exploitant ont toujours du mal à se comprendre.
• Combinaison contenance/volume.
C’est un compromis adopté actuellement pour l’élaboration des plans d’aménagements dans
plusieurs pays d’Afrique Centrale. Il consiste à définir des blocs de gestion quinquennaux
de surface variable mais de volume constant avec une bonne précision fournie par
l’inventaire d’aménagement et de délimiter à l’intérieur de chaque bloc (Unité de gestion ou
Unité Forestière d’Exploitation, UFE) des assiettes de coupe annuelles de surface
sensiblement égale.
Comme nous le verrons au point suivant, une certaine liberté laissée dans l’ouverture des
assiettes annuelles permet de minimiser les problèmes liés à l’approvisionnement de bois
d’œuvre.
6. LES REGLES D’OUVERTURE DES UNITES DE GESTION
Les règles d’ouverture des unités de gestion sont expliquées dans la Figure 1.
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Sustainable management of African rain forest
UFE 1 UFE 2 UFE 3 UFE 4 UFE 5 UFE 6
En exploitation En exploitation En exploitation En exploitation En exploitation En exploitation
Année d'ouverture 2004 2009 2014 2019 2024 2029
des UFE
2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030
2006 2011 2016 2021 2026 2031
Scénario idéal Scénario toléré mais pas recommandé
Scénario envisageable Scénario discuté
Figure 1 : Différents scénarios d'ouverture et de fermeture des UFE
Exemple selon la ligne grise :
• L'UFE 1 relativement pauvre a été exploitée en quatre années (2000 à 2003) ;
• Les inventaires d'exploitation ont montré que l'UFE 2 est très riche et l'exploitant décide de passer plus de temps (sept ans) afin de récolter le plus de bois dans les meilleures
conditions (2004 à 2010), ceci avec l'accord de l'administration ;
• Ayant pu durant ces sept ans mieux organisé la prospection de la 3ème UFE, celle-ci a pu être exploitée plus rapidement en quatre ans (2011 à 2014) ;
• Sur les deux UFE suivantes, l'exploitant trouve un rythme de croisière idéal de cinq ans sur chacune (2015 à 2019 puis 2020 à 2024) ;
Enfin, la dernière UFE est passée en six ans (2025 à 2030). En 2031 l'exploitation recommencera sur la 1ère UFE
100
Part I: Workshops
7. LES INTERVENTIONS SYLVICOLES
Une des préoccupations de l’aménagiste doit être d’inventorier et de cartographier les
peuplements selon une typologie adaptée à des buts d’aménagement forestier. Cette typologie
doit être établie en fonction des possibilités de choix des techniques sylvicoles disponibles. Les
paramètres à prendre en considération sont notamment :
• La continuité du couvert (photo-interprétation) ;
• La richesse en essences commerciales (inventaires) ;
• Les potentialités stationnelles (topographie, fertilité, vulnérabilité) ;
• La pression humaine agricole (intensité, type de spéculation…) ;
• Les problèmes phytosanitaires.
Cette typologie doit permettre une cartographie du massif avec établissement d’un parcellaire en
unités homogènes justifiables d’un traitement sylvicole unique. La taille de la parcelle est
fonction des moyens disponibles. Elle doit tenir compte d’impératifs techniques et
économiques. A titre indicatif la taille minimum d’une parcelle doit être de l’ordre de : 10
hectares pour les techniques de reboisement manuel, 30 hectares pour les techniques de
reboisement mécanisé et 100 hectares pour les techniques d’amélioration des forêts naturelles.
Le regroupement de ces unités au sein de séries (protection, production, régénération) doit
permettre la hiérarchisation des interventions sylvicoles dans le temps lors de la mise en œuvre
de l’aménagement. La chronoséquence des interventions doit tenir compte des limites
techniques qu’impose la mise en œuvre d’une technique donnée. Il faut considérer le coût des
opérations qui est un paramètre fondamental lors de la réalisation des interventions.
7.1. Typologie des peuplements de forêt naturelle1
L’analyse qualitative et quantitative de l’état des peuplements forestiers doit permettre
d’émettre un diagnostic de leur état sylvicole. En fonction de ce diagnostic il est possible de
programmer les interventions sylvicoles à réaliser au sein des peuplements. Dans cet esprit, un
essai de typologie simple a été réalisé en se basant sur trois paramètres sylvicoles :
• La richesse du ‘peuplement exploitable’ de diamètre supérieur au diamètre d’exploitabilité
technique (50 cm ou 60 cm) ;
• La richesse du ‘peuplement d’avenir’ dont le diamètre est compris entre 30 cm et 50 cm ;
• La richesse de la ‘régénération installée’ dont le diamètre est compris entre 1 cm et 10 cm.
Il est bien évident que de nombreux autres paramètres peuvent, et doivent être pris en compte.
Toutefois, l’expérience actuelle démontre souvent le caractère urgent des interventions en forêt
naturelle. Cette urgence, combinée à la faiblesse des moyens humains et techniques disponibles,
justifie la simplicité de l’approche proposée.
7.2. Principaux types de peuplements naturels
Dans un objectif de production, huit principaux types différents de forêts denses sont considérés
déterminant chacun des mesures sylvicoles appropriées :
• Forêt riche en équilibre ;
• Forêt riche avec un déficit en régénération ;
• Forêt riche avec un déficit en bois moyens ;
• Forêt riche avec déficit en gros bois ;
• Forêt déséquilibrée avec déficit en moyens bois et régénération ;
• Forêt dégradée avec déficit en gros bois et régénération ;
1
Exemple basé sur l’expérience de la Côte d’Ivoire (Dupuy, 1998).
101
Sustainable management of African rain forest
• Forêt dégradée avec déficit en gros bois et moyens bois ;
• Forêt très dégradée.
Voir les schémas de la méthode ivoirienne en Tableau 1 et Figure 2.
Tableau 1 : Typologie de peuplement forestier. Source: Dupuy (1998).
PEUPLEMENT PEUPLEMENT REGENERATION TYPOLOGIE DE
EXPLOITATION D'AVENIR INSTALLEE PEUPLEMENT
Diam. > 50 - 60 cm 30 cm < diam. < 50 cm 1 cm < diam. < 10 cm FORESTIER
N>N1 (tiges/ha) N > N3 (tiges/ha)
Diam. (cm) > 50 cm 30 < diam. (cm) < 501 Semi-décidue
Semi-décidue N1 = 20 Semi-décidue N2 = 30 N3 = 250
Sempervirent N1 = 12 sempervirent N2 = 20
Diam. (cm) > 60 cm 40 < diam. (cm) < 502 Sempervirent3
Semi-décidue N1 = 12 Semi-décidue N2 = 10 N3 = 150
Sempervirent N1 = 7 Sempervirent N2 = 8
Oui Oui Oui Riche en équilibre
Oui Oui Non Riche avec déficit en
régénération
Oui Non Oui Riche avec déficit en bois
moyens
Non Oui Oui Riche avec déficit en gros bois
Oui Non Non Déséquilibrée avec déficit en
moyens bois et régénération
Non Oui Non Dégradée avec déficit en gros
bois et régénération
Non Non Oui Dégradée avec déficit en gros
bois et moyens bois
Non Non Non Très dégradée
1
30 < diam. (cm) < 50
2
40 < diam. (cm) < 50
3
Sempervirent
8. CONCLUSION
Après ce bref survol de quelques-uns uns des paramètres à considérer pour tendre vers une
gestion forestière durable, nous allons envisager de façon synthétique, en guise de conclusion,
ce qu’implique la prise en compte des espèces peu connues dans le processus.
La prise en compte des espèces peu connues va d’abord augmenter le nombre d’espèces à
inventorier lors de l’inventaire d’aménagement.
Elle ne devrait pas avoir une grande influence sur la détermination de la rotation telle que nous
l’avons évoquée, mais la méthode proposée impliquera nécessairement des remontées
importantes des DME des essences de ce groupe, fixés généralement très bas (50 cm).
La possibilité augmentera mécaniquement avec le nombre d’espèces considérées pour son
calcul. Il s’agira de s’assurer que le chiffre proposé est réaliste sous peine d’entamer des
discussions interminables avec le concessionnaire chargé de la mise en valeur de l’unité
d’aménagement.
Enfin les critères déterminant les types d’intervention sylvicole à réaliser seront à adapter au
nombre d’espèces prises en compte. Le principe de la gestion forestière durable, s’il se
concrétise de façon significative dans de nombreux pays par des plans d’aménagement de plus
en plus élaborés, n’est malheureusement encore que trop rarement appliqué dans les faits sur le
terrain, même en ce qui concerne les seules essences forestières principales.
102
Part I: Workshops
FORET DE PRODUCTION
Inventaire
Diam. > 30 cm
Structure équilibrée Structure déséquilibrée
Gros bois Moyen
Diam. > 50 cm 30 cm < Diam. < 50 cm
N < 15 tiges/ha N < 25 tiges/ha
Peuplement Peuplement
Fermé Ouvert
Inventaire
AMELIORATION 1 cm < Diam. < 10 cm
ATTENTE
Inventaire
1 cm < Diam. < 10 cm
N < 200 tiges/ha N > 200 tiges/ha N < 200 tiges/ha
Diam. > 50 cm Diam. > 50 cm
N > 15 tiges/ha N < 15 tiges/ha
COUPE D'ABRI ET
D'ENSEMENCEMENT
Inventaire
1 cm < Diam. < 10 cm
N > 200 tiges/ha N < 200 tiges/ha
EXPLOITATION
CONVERSION
PAR
PLANTATION
AMELIORATION
ATTENTE
Figure 2 : Schéma d'intervention en forêt naturelle non améliorée. Source : Dupuy (1998).
103
Sustainable management of African rain forest
REFERENCES
Dupuy, B. (1998). Bases pour une sylviculture en forêt dense humide africaine. Série
FORAFRI, Document 4. Cirad-Forêt, Montpellier France. 328 pp.
Durrieu de Madron, L. et Forni, E. (1997). Aménagement forestier dans l’Est du Cameroun.
Structure du peuplement et périodicité d’exploitation. Bois et Forêt des Tropiques 254 : 39-
50.
Fargeot, C. (1995). Quelques réflexions sur l’aménagement de la forêt dense africaine non
exploitée. Document Ministère des Eaux, Forêts, Chasses et Pêche. Projet d’Aménagement
de la Sangha Mbaéré, Salo, République Centrafricaine.
Ghartey, K.K.F. (1989). Results of the inventory. In: Ghana forest inventory project seminar
proceedings, 29-30 March [Link]/Ghana Forest Department, Kumasi, Ghana. Pp. 32-
46.
ONADEF (1991). Normes d’inventaires d’aménagement de préinvestissement. ONADEF,
Yaoundé, Cameroun.
ONF (1989). Manuel d’aménagement. 3ème édition. Office National des Forêts, Paris, France.
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