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CONSERVATOIRE

Ce document décrit les conditions et effets de la saisie conservatoire d'un navire selon le droit tunisien. Il explique les conditions liées à la créance et au navire nécessaires pour procéder à une telle saisie, et les effets d'une telle saisie comme l'immobilisation du navire.

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CONSERVATOIRE

Ce document décrit les conditions et effets de la saisie conservatoire d'un navire selon le droit tunisien. Il explique les conditions liées à la créance et au navire nécessaires pour procéder à une telle saisie, et les effets d'une telle saisie comme l'immobilisation du navire.

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la saisie conservatoire du navire

Sommaire

I) Les conditions relatives la saisie conservatoire du navire

1) Les conditions liées à la créance

2) Les conditions liées au navire

II) Les effets de la saisie conservatoire du navire

1) L’immobilisation

2) La mainlevée

Introduction

1
Le secteur maritime représente un poids important pour l'économie et constitue l’un des
piliers fondamentaux de la stratégie de développement socio-économique des pays grâce aux
échanges commerciaux, d’importations et d’exportations qu’il assure. Il constitue un enjeu
majeur et vecteur essentiel du commerce extérieur. Ainsi aucune expédition maritime ne
pourra avoir lieu qu’en présence d’un navire, « l'outil principal de la navigation maritime »1
et l’instrument indispensable de l’exercice d’une activité d’armement maritime. Celui-ci est
défini par l’article 4 du CCM comme étant « le bâtiment affecté à la navigation maritime ».
Pour sa qualification, celle- ci s’avère une question primordiale afin de pouvoir lui appliquer
les règles spécifiques gouvernant le droit maritime étant considéré comme l’ensemble des
règles juridiques relatives à la navigation qui se fait sur la mer. De ce fait l’article 14 CDR
prévoit « Sont meubles par nature, les corps qui peuvent se transporter d'un lieu à un autre,
soit par eux-mêmes, soit par l'effet d'une force étrangère ». Ainsi d’un point de vue juridique,
le navire est ainsi considéré comme un bien meuble par nature mais qui a les caractéristiques
d’un bien immeuble et qui répond parfaitement à son régime juridique ce qui le rend en fait
un meuble d’exception car il peut être immatriculé et cette immatriculation lui confère une
nationalité . Cette existence de nationalité est donc une nécessité absolue pour tout navire car
celui-ci sera soumis à la loi de son pavillon. Ainsi, en tant qu’un bien engendrant le crédit et
les revenus, le navire est considéré comme un gage principal des créances maritimes.

Les créanciers du propriétaire sans distinguer qu’ils soient hypothécaires, privilégiés ou


simples chirographaires peuvent agir. Les droits de poursuite se réalisent et se concluent par la
saisie du navire, c'est-à-dire en cas de sa défaillance, l’un de ses créanciers peut demander la
saisie du navire du débiteur dans le port pour le contraindre à payer la créance due.

À vrai dire, la saisie selon l’article 309 CPCC « a pour effet de mettre sous-main de justice
les biens sur lesquels elle porte et d'empêcher que le débiteur n’en dispose au préjudice de
ses créanciers ». Il existe deux types de saisie : la saisie conservatoire en droit tunisien,
“Arrest of ships” pour les américains2, la mise en chaîne pour les belges qui constitue une
mesure conservatoire ayant pour rôle d’éviter la disparition d’un gage. Selon l’article 322
alinéa 2 du CPCC « La saisie conservatoire peut être autorisée pour sûreté de toute créance
paraissant fondée en son principe et dont le recouvrement est en péril, même s'il s'agit d'une
créance à terme ou conditionnelle ».

1
DAMOU (S) , « L’immobilisation du navire suite à une saisie conservatoire entre le droit marocain et les
conventions internationales» , Université Mohamed 5, Revue Almanara, Vol.18,2017..
2
FRCP, Federal Rules of Civil Procedure -Rule C,USA.

2
La saisie exécutoire, quant à elle, est une mesure plus grave puisqu’elle débouche sur la vente
du navire et donc priver l’armateur de son droit de propriété on dit “Attachement“ 3. Ainsi ,
en droit maritime la saisie conservatoire du navire est largement ouverte aux créanciers de
l’armateur . Elle est un simple moyen de pression exercée par le créancier on dit c’est “ un
formidable moyen de pression sur l’armateur débiteur puisqu’il paralyse son outil
d’exploitation .” 4

Le régime de la saisie conservatoire du navire impose une particularité soulignée par la


jurisprudence, la doctrine et même à l’échelle internationale suscitant une attention
remarquable.

Tout ça nous a amené à se poser la problématique suivante :

Quel est le régime juridique de la saisie conservatoire du navire ?

Pour répondre à cela il faut mettre en exergue les conditions réunies pour procéder à la saisie
afin de marquer les incidences de celle-ci.

De ce fait on va traiter dans une première partie : Les conditions relatives à la saisie
conservatoire du navire et dans une deuxième partie : Les effets de la saisie conservatoire
du navire.

I) Les conditions relatives à la saisie conservatoire du navire


La saisie conservatoire du navire est spéciale puisqu’elle se diffère par rapport à celle des
autres biens meubles selon l’article 100 CCM si la saisie conservatoire d’un navire non
susceptible d’hypothèque elle va être dans les formes et les conditions édictées par le CPCC,
dans le cas contraire c’est à dire susceptible d’hypothèque elle est effectuée dans les formes et
les conditions du CCM. Dans le dernier cas, elle présente des conditions particulières grâce à
la nature spéciale du navire comme étant un meuble particulier .Ces conditions se divisent en
deux ; des conditions liées à la créance (1) et d’autres qui concernent l’objet de cette saisie, à
savoir le navire (2).

1) Les conditions liées à la créance

3
The supplemental rules of Admiralty or maritime claims and asset forfeiture action , Rule B.
4
VIALARD (A), « Droit maritime », PUF, 1997,p. 311 .

3
L’existence de la créance est obligatoire ; c’est la cause de la saisie, elle doit être bien
évidemment exigible mais la spécificité c’est qu’elle doit être de nature maritime5. L’article
101 CCM nous donne une liste des créances considérées comme étant maritime : «
constituant des créances maritimes, les prétentions à un droit ou à une créance ayant l’une
des causes suivantes :

1) Les dommages causés par un navire, soit par abordage, soit autrement

2) Les pertes de vies humaines ou dommages corporels causés par un navire ou provenant de
l’exploitation d’un navire

3) L’Assistance et sauvetage

4) Les Contrats relatifs à l’utilisation ou la location d’un navire par charte-partie ou autrement

5) Les Contrats relatifs au transport des marchandises par un navire en vertu d’une charte-
partie, d’un connaissement, ou autrement ;

6) Pertes ou dommages aux marchandises et bagages transportés par un navire ;

7) Avaries communes

8) Les Remorquages ;

9) Pilotage ;

10) La Fourniture quel qu’en soit le lieu, de produits ou de matériels, faite à un navire en vue
de son exploitation ou de son entretien.

11) La construction, réparation, équipement d’un navire ou frais de cale ;

12) Salaires des capitaines officiers ou hommes d’équipage ;

13) Débours du capitaine et ceux effectués par les chargeurs, les affréteurs ou les agents pour
le compte du navire

14) Litige sur la propriété ou la copropriété d’un navire ;

15) L’exploitation ou droits aux produits d’exploitation d’un navire ;

5
Art.100 paragraphe 2 «...la saisie conservatoire des navires tunisiens ou étrangers, susceptibles d’hypothèque,
n’est autorisée qu’en faveur des titulaires des créances maritimes au sens de l’article suivant».

4
16) toute hypothèque maritime et généralement toute créance qui a sa source dans l’une des
causes qui permettent l’application de la limitation de responsabilité des propriétaires ou
amateurs de navires ».

On constate que le champ de la saisie conservatoire du navire est spécial par rapport aux
règles générales de la saisie conservatoire indiquées dans le CPCC. Ce dernier n’indique pas
ce critère lié à la créance, il suffit juste d’avoir une créance pour procéder à la saisie
conservatoire, en plus cette solution est contradictoire par rapport à l’article 192 Code des
droits réels qui considère que «les biens du débiteur sont le gage commun de ses créanciers et
le prix s’en distribue entre eux par contribution, à moins qu’il n’y ait entre les créanciers des
causes légitimes de préférence ». On constate qu’une telle exigence est consacrée dans la
convention de Bruxelles de 1952.6 Cette condition est exigée dans certains pays qui adoptent
la théorie du navire est une personne morale qui se distingue des autres personnes donc selon
cette théorie le navire ne garantit que les créances qui proviennent de son exploitation.

Il faut noter que la liste de l’article 101 du CCM peut être divisée selon la doctrine en deux
catégories du paragraphe 1 au 13 ème ce sont des “ créances personnelles ”, du 14 ème
paragraphe au 16 ème : sont assimilées aux droits réels.

La créance doit être à part maritime fondée en principe et dont le recouvrement est en péril
selon l’article 322 CPCC.

La créance doit être fondée en principe, la convention de Bruxelles indique que celui qui
prétend qu’il a une créance qu’il prouve son existence. La preuve du fondement de cette
créance peut être faite par tous les moyens. La doctrine et la jurisprudence confirment que
c’est possible de demander une saisie conservatoire en se basant sur un droit éventuel
d’indemnisation avant d'avoir un jugement qui va déterminer la nature même de la
responsabilité. La cour de cassation en se basant sur l’article 322 CPCC a confirmé que cet
article n’a pas exigé que la créance doit être certaine il suffit juste qu’elle soit fondée en
principe à travers les preuves. Le fait que la créance n’est pas certaine, le droit comparé
indique que le juge doit quand même déterminer sa valeur sinon la saisie va être nulle.

L’article 322 CPCC a exigé qu’il faut que la créance soit non seulement fondée en principe
mais son recouvrement est en péril ; on peut citer comme exemple : le fait de vendre le
6
Convention internationale pour l’unification de certaines règles sur la saisie conservatoire des navires de mer
conclue à Bruxelles 1952 .

5
navire par le débiteur .On peut comprendre l’exigence d’une telle condition surtout dans le cas
du navire étranger ; le débiteur peut s’enfuir avec son propre navire sans revenir à ce port et le
créancier ne va plus avoir de garantie. Lorsqu’il n’y a pas de titre exécutoire, la situation du
créancier devient critique. Il faut dire que le législateur n’a pas seulement exigé que des
conditions liées à la créance mais d’autres qui concernent l’objet de la saisie (le navire).

2) Les conditions liées au navire :

En droit du commerce maritime, le navire est une garantie de ses créanciers. Par rapport à la
nature de cette créance, le droit anglais considère que l’action en justice sur la base d’une
créance maritime est de nature réelle. En droit tunisien selon les articles 102 et 103 CCM
l’objet de la saisie conservatoire diffère et dépend de la dette si elle est du navire ou de son
locataire (suite à son exploitation).

Pour le premier cas le navire est une garantie des dettes de son propriétaire ce qui est évident.
L’article 102 CCM a prévu que tout titulaire d’une créance maritime (selon l’article 101 du
même code) peut saisir tout navire appartenant à son débiteur. Ça veut dire «tout demandeur
peut saisir soit le navire auquel la créance se rapporte , soit tout autre navire appartenant à
celui qui était, au moment où est née la créance »7. On peut comprendre que la saisie peut
être liée au navire objet de la créance ou n’importe quel navire qui appartient au débiteur à
condition que la créance soit de l’une des cas prévus dans l’article 101 CCM du paragraphe 1
au 13ème , sinon la saisie doit être sur le navire objet de la créance seulement et ce
conformément à l’article 102 CCM.

Dans la pratique et par crainte de cette possibilité, les propriétaires des navires décident dans
certains cas de créer des sociétés qui ne possèdent qu’un seul navire “single ship companies”
pour que la garantie ne concerne pas les autres navires qu’ils possèdent. On constate que le
propriétaire peut même créer une société de gestion du navire pour préserver ses autres biens
de ses créanciers.

7
Sans préjudice des dispositions du par. 4 et de l’art. 10, tout Demandeur peut saisir soit le navire auquel la
créance se rapporte, soit tout autre navire appartenant à celui qui était, au moment où est née la créance
maritime, propriétaire du navire auquel cette créance se rapporte alors même que le navire saisie est prêt à faire
voile, mais aucun navire ne pourra être saisi pour une créance prévue aux alinéas o, p ou q de l’article premier à
l’exception du navire même que concerne la réclamation.

6
Afin de mettre fin à ces pratiques la jurisprudence française a indiqué qu’il faut utiliser le
critère de l’unité financière et de gestion pour que le créancier puisse faire une saisie sur les
autres navires de son débiteur 8

Le navire garantie également ses propres créances ; c’est le cas de la saisie d’un navire affrété
et c’est ce qu’on le constate de l’article 103 CCM : « dans le cas d’un affrètement de navire,
avec remise de la gestion nautique, lorsque l’affréteur répond seul d’une créance maritime
relative à ce navire, le demandeur peut saisir ce navire ou tel autre lui appartenant.. » Nul
autre navire du fréteur ne peut être saisi en vertu de cette créance maritime

Le navire peut garantir les créances qui résultent de son exploitation, c’est à dire la créance
n’a aucun lien avec celui qui le possède mais avec son affréteur si ce dernier est celui qui le
gère et c’est ce qui fait la différence entre elle et la saisie exécutoire . La jurisprudence
française explique cette possibilité par le principe de l’apparence qui protège les créanciers
dans les deux cas précités.

Toutefois, certains navires ou bateaux sont insaisissables ; les bateaux et les navires qui
constituent des bâtiments de guerre, affectés à l’exécution d’un service public maritime… 9

Si les conditions de saisie sont remplies, la saisie conservatoire va produire ses effets.

II) Les effets de la saisie Conservatoire du navire

Certes, la saisie conservatoire se caractérise par la paralysie de l’outil essentiel de l’entreprise


d’armement10. Ainsi, on va voir l’immobilisation du navire (1) qui s’avère un effet principal
de la saisie et la mainlevée (2) .

1) L’immobilisation du navire :
L’effet principal et immédiat recherché par le créancier pour amener le débiteur à régler sa
dette est l’immobilisation du navire. C’est-à-dire l'empêchement au départ du navire, la

8
Cass .com, R,27 nov 1991, société constance de navigation contre compagnie corunesa de navigation ,
J.C.P.1921 ,p 42,389 « Il résulte de l’article 70 de la loi de 1967 portant statut des navires et 29 de décret ( pris
en son application ) que le juge des référés commerciaux , pour apprécier si le navire dont il est demandé
d’autoriser la saisie conservatoire est la propriété de débiteur , est fondé à prendre en considération l’apparence
ou l'assimilation »
9
Art 2 CCM paragraphe 2 « Les bâtiments de guerre et ceux qui sont affectés à un service public de l'Etat ou
d'une collectivité publique locale ne sont soumis au présent Code que dans ses seules dispositions concernant
l'abordage, l'assistance et le sauvetage.»
10
[Link] p.336

7
première conséquence juridique prévue par la convention de Bruxelles de 1952 qui stipule
dans son article premier que « la saisie » signifie l’immobilisation du navire. L’article 104
du code de commerce maritime a marqué un des effets de la saisie conservatoire qui est
l’immobilisation du navire en prévoyant « la saisie immobilise le navire ». Il faut noter que
l'autorisation de la saisie selon l'article 104 CCM doit être faite « dans les formes et délais
prévus aux articles 213 et suivants et 311 et suivants du code de procédure civile et
commerciale » la saisie ne «peut être subordonnée qu'à la condition qu'une caution ou
garantie valable soit fournie par le demandeur ».

Ainsi l'empêchement au départ du navire est autorisé par le président du tribunal de 1ere
instance du lieu où le navire est amarré par une ordonnance sur requête. L'ordonnance qui
porte l'autorisation de la saisie va fixer un délai qui ne peut pas excéder un mois dans lequel le
demandeur va intenter une action devant le juge compétent. Il faut noter que si l'action n'est
pas intentée dans le délai la saisie conservatoire est « nulle et non avenue» (article 104) et
ainsi la caution déchargée. Cette ordonnance doit indiquer « la somme pour laquelle elle a été
accordée » et ce selon l'article 322 CPCC. Le débiteur reste en possession du navire jusqu'à ce
que cette saisie conservatoire se transforme en saisie exécutoire.

Pour ce qui est de la responsabilité de notification des autorités portuaires de l’autorisation de


la saisie conservatoire et de l'empêchement du navire de départ du port, c'est l’huissier notaire
qui est chargé. Ce dernier va rédiger une ordonnance sur requête qui est dispensée des
formalités d’enregistrement contrairement à la saisie exécutoire et ceci dû au fait que la saisie
Conservatoire est une procédure temporaire qui vise la protection seulement d’un droit et ne
touche pas aux droits du propriétaire du navire et n’entraîne pas l’exécution sur le navire par
sa vente donc c’est inutile de l’indiquer dans un registre d’enregistrement. De plus, l’huissier
notaire se charge d’informer la décision de la saisie avec tous les documents requis à l’office
de la marine marchande et des ports pour interdire le débarquement du navire. Le législateur
tunisien, comme la convention du Bruxelles de 1952 qui n’a pas été ratifiée par la Tunisie,
autorise la saisie conservatoire sur le navire, avec autorisation du juge, même si ce dernier est
prêt à partir. Ceci est bien indiqué dans l’article 102 du CCM.

En ce qui concerne l’immobilisation du navire des questions se posent aussi sur l’autorité
compétente pour faire la procédure ainsi que toutes les mesures prises à cet effet pour
exécution de la décision de saisie , l’idée de régime de garde des navires saisis et les effets de

8
l’immobilisation sur les droits du propriétaire du navire plus précisément , l’absence d’atteinte
à ses droits .

Pour ce qui est des autorités administratives compétentes pour la mise en œuvre de
l’autorisation de la saisie, ce sont les autorités administratives du port où le navire est amarré
qui sont responsables d’interdire le navire de quitter le port et celles-ci doivent prendre toutes
les procédures et les mesures pour exécuter l’autorisation de la saisie après en avoir
légalement informées. Et l’interdiction du navire se fait même si ce dernier est prêt à partir et
ce expressément prévu par l’article 102 du CCM ce qui a été bel et bien indiqué
ultérieurement. Ainsi, dès qu'un jugement est rendu pour signer la retenue de la saisie
Conservatoire par l’autorité ou le juge compétent, il est légalement interdit à ce navire de
quitter le port et cela est placé sous la responsabilité de toutes les autorités responsables dans
le port de prendre toutes les mesures pour assurer l’exécution de l’immobilisation.

Ceci marque l’essence même de la saisie conservatoire et son effet et but protecteur. Pour ce
qui est du rôle de la marine marchande dans l’empêchement du navire de débarquer dans un
premier lieu, le représentant de la marine marchande vérifie la validité de tous les documents
et connaît le nom et la nationalité du navire pour décider d’appliquer les procédures en
vigueur notamment prévues dans les articles de 100 à 106 CCM. Puis il vérifie les procédures
des articles de 213 et suivants de CPCC et les articles 291 et suivants CPCC. La marine
marchande va interdire l’autorisation au capitaine de naviguer, confisquer les papiers du
navire et indiquer la remarque que ce navire est saisi.

L’immobilisation du navire est une conséquence très importante de la saisie conservatoire.

La question est de savoir qui est le gardien du navire saisi est ce que c’est le capitaine, le
débiteur ou le créancier. L’article 44 du CCM indique que « Le capitaine est la personne
remplissant les conditions légales à laquelle est confié le commandement du navire ou celle
qui, pour des motifs légitimes, l'exerce en fait temporairement ». Ce qui illustre implicitement
que le capitaine demeure le gardien du navire saisi. De même l’article 60 renforce cette idée
dans son alinéa 3. D’où des responsabilités qui incombent au capitaine en cas
d’anéantissement du navire et ce selon les dispositions de l’article 96 de COC.

Toutefois l’immobilisation n’affecte pas les droits du propriétaire sur le navire. On dit qu'il y
a une absence de transfert de propriété. Il a la liberté totale d’agir sur le navire saisi par toutes
les actions légales possibles et ce expliqué par l’absence de tout texte qui prévoit le contraire.

9
Et ce contrairement à la saisie exécutoire vu que le législateur a prévu expressément dans
l’article 112 CCM «A partir de l'inscription de la saisie-exécution sur le registre, le débiteur
ne peut aliéner le navire ou d'hypothéquer ». De même, le législateur français dans l’article
30 de décret du 27 octobre 1967 et celui 24 février 1971 11 prévoit que « la saisie
conservatoire empêche son départ sans porter atteinte aux droits de son propriétaire ».
Donc la saisie conservatoire du navire ne porte aucune atteinte aux droits du propriétaire

B) La mainlevée

Les saisies conservatoires ne peuvent se prolonger indéfiniment, l'immobilisation qu’elle


entraîne ne peut se justifier que par l’intention d’un règlement du litige entre le créancier et le
débiteur, en d’autres termes c’est un moyen de gêner l’armateur et l’amener à payer sa dette.
Indépendamment de la transformation de la saisie conservatoire en saisie- exécution, il se peut
qu’auparavant intervienne une mainlevée de la saisie, un effet important, qui reflète
l’efficacité de la saisie conservatoire.

Au sens large, la mainlevée est un acte par lequel un particulier ou un juge arrête les effets
d’une hypothèque, d’une saisie, d’une opposition, ou d’une mesure de protection des
majeurs12 (sauvegarde de justice, curatelle, tutelle…). Dans la matière maritime on vise par
mainlevée, une décision qui met fin à l’immobilisation d’un navire. C’est un moyen par lequel
le débiteur cherche à libérer son bien de la mesure conservatoire, soit volontairement 13, après
avoir payé la saisie, soit à la suite d’une rétractation d’ordonnance ou d’une décision
judiciaire rendue par le juge de fond.

Le doyen Rodière estime que "tout armateur sérieux la demande (la mainlevée de la saisie)
dès que la saisie conservatoire est exercée ; il n’attend pas que le tribunal soit saisi au fond
et juge qu’il ne doit rien et que la saisie est nulle ; il s’empresse de délivrer son navire, quitte
à agir d’autre part"14.

11
Article 30 du décret n 71-161 du 24 février 1971 , Recueil des textes du droit maritime français au 1er janvier
1983 ,le droit maritime français 1983
12
Lexique des termes juridiques, Dalloz ,25eme édition. 2017
13
DENYSE.(C) « saisies conservatoires et saisies-exécutions ». Bruylant ,Bruxelles 1979, p 338
14
RODIERE (R) ,« Le Navire », p.203.

10
En se référant aux règles générales du CPCC, le législateur dans l’article 105 CCM a prévu
explicitement une première possibilité de mainlevée, qui s'avère basée sur une « bonne et
suffisante caution» ou « des garanties suffisantes»15.

L’emploi de ces deux notions renvoie à une idée de “ protectionnisme”16

La garantie, peu importe sa nature, vise la protection du créancier contre l’insolvabilité de


l’armateur, elle se traduit donc comme « tous les avantages spécifiques à un ou plusieurs
créanciers dont la finalité est de suppléer à l’exécution régulière d’une obligation ou d’en
prévenir l’inexécution»17 .

De même, la Cour d’appel de Montpellier dans l’arrêt « Navire Vicky » rendu le 9 janvier
1992 a énoncé que le juge des référés ne peut donner mainlevée de la saisie conservatoire
d’un navire qu’après avoir constaté la fourniture d’une caution ou d’une garantie suffisante.

Afin d’assouplir le procès, le législateur tunisien a octroyé aux parties la liberté de choisir la
nature et le montant de la garantie.

A défaut, le même juge qui a ordonné la saisie conservatoire du navire, sera fondé à
déterminer ces deux éléments. Il faut noter que cette règle, inspirée de la convention
internationale de Bruxelles18, a été adoptée par plusieurs législations.

Concernant cette question, la cour de cassation française dans son arrêt rendu le 18 janvier
2001 a statué, en s’appuyant sur les articles 5 et 7 de la convention de Bruxelles qu’en cas de
désaccord entre les parties, la faculté d'apprécier la somme et nature de la garantie doit être
passé automatiquement au juge compétent, qui doit annoncer la libération du navire dès que
l’armateur sérieux fournisse une garantie suffisante ou une bonne caution. La garantie peut
être fournie sous forme de cautionnement réel ou personnel, quand le saisissant accepte
qu'une personne installée dans le pays de la saisie ou en dehors de ce pays se porte caution. Il
y a ceux qui pensent que le cautionnement n’assure pas toujours la protection des droits des
15
Article 105 CCM. « Le juge qui a accordé la saisie peut en donner mainlevée dans les conditions et formes
prévues à l'article 219 du Code de Procédure Civile et Commerciale et doit accorder immédiatement celle-ci s'il
est fourni bonne et suffisante caution..»
16
LACHUNOU (M) « L’assiette de la créance maritime en matière de saisie conservatoire de navire en droit de
la CEMAC» Neptunus, [Link], Université de Nantes Vol. 28, 2022, p.9
17
LEGEAIS (D.), Sûretés et garanties du crédit, LGDJ, 6e éd., 2008, p. 16.
18
Art.5 de la convention internationale de Bruxelles du 10 mai 1952 pour l’unification de certaines règles en
matière de saisie conservatoire de navires de mer « Faute d’accord entre les Parties sur l’importance de la
caution ou de la garantie, le Tribunal ou l’Autorité Judiciaire compétente en fixera la nature et le montant ».

11
créanciers maritimes , en fait la caution peut devenir insolvable, et s’il se trouve hors du pays
où la saisie conservatoire a été prononcée, il devient difficile de l’assigner 19. De plus, cette
garantie peut prendre la forme soit d’une garantie bancaire, soit, souvent, d’une lettre de
garantie émanant du P and I Club20 ( Protection and Indemnity Club) de l’armateur.

En fait, le problème délicat est de savoir si le montant de la garantie doit être fixé en fonction
de la valeur du navire saisie ou de celle de la créance maritime.

Le législateur tunisien ne donne pas une réponse directe à cette question mais on peut déduire
de l'article 105 CCM, qu’il a opté pour la valeur de la créance maritime, puisqu’il a donné
le choix aux parties de fixer la somme de la garantie. De même, il en découle de l’article 138
CCM, que lorsque la garantie fournie atteint la pleine limite de la responsabilité, elle entraîne
la mainlevée.

Dans la plupart des cas, cette limite est de la même valeur du navire, ce qui nous amène à dire
que les deux possibilités sont admises par le législateur tunisien.

Il faut savoir que la fourniture d’une garantie suffisante n’est pas la seule condition prévue
dans l’article 105 CCM, le législateur a également exigé que la saisie ne soit pas pratiquée en
raison de créance relative à un litige sur la propriété ou la copropriété du navire. Car le
saisissant dans ce cas ne cherche pas à recouvrer une créance contre l’armateur mais il
cherche à mettre la main sur le navire même.

Dans tous les cas, le juge peut soit autoriser l’exploitation du navire saisi par le débiteur,
lorsque celui-ci aura fourni des garanties suffisantes, soit régler la gestion du navire. C'est -à -
dire, suite à une autorisation judiciaire, l’armateur peut exploiter, temporairement, son navire.

Le doyen Rodière considère que le juge qui a déjà accordé la saisie use de ce palliatif pour la
lever provisoirement en permettant au navire d’entreprendre des voyages dont le profit
d’ailleurs pourrait intéresser le saisissant pour l’enrichissement qu’il apporte à son débiteur.
Pour certains auteurs, cette règle n’est pas utile 21 et constitue une menace pour les créanciers

19
OULD DARAMANE (B.),« La saisie conservatoire des navires en droit mauritanien », Faculté de Droit et
des Sciences Politiques de Tunis,1998. p.113.
20
GECHEV (S.) « La saisie conservatoire des navires de mer droit bulgare et droit français », Faculté de droit
et de science politique de Marseille, 2014-2015. p.84.

21
PONTAVICE (E) : « statut des navires » Librairies techniques, Paris 1976, p.331.

12
surtout si le navire saisi n’est pas appelé à entreprendre des voyages réguliers touchant le port
de la saisie.

La mainlevée judiciaire est caractérisée par l’absence d’un accord amiable entre les deux
parties. Le débiteur a le droit de demander en justice la mainlevée de la saisie conservatoire,
afin de pouvoir exploiter son navire. L’article 104 CCM prévoit la possibilité suivante « si
l'action n'est pas intentée dans le délai imparti, la saisie conservatoire pratiquée sera
considérée comme nulle et non avenue et la caution, éventuellement fournie, déchargée».

Il en ressort, de cet article, que le législateur exige l’action au fond devant le juge compétent
dans un délai déterminé dans l’ordonnance de saisie, en respectant les formalités prévues par
le CPCC et une caution en cas où le demandeur ne réside pas sur le territoire tunisien. En
effet, sous peine de mainlevée de la saisie conservatoire, le créancier saisissant est obligé
d’introduire une action au fond afin de protéger ses droits. Cependant, cette situation se
présente rarement car il est difficile d’imaginer, par exemple, qu’un créancier étranger qui a
déjà fourni une caution pour la garantie de ses droits puisse se négliger au point de ne pas
poursuivre la procédure ouverte sur sa demande. La mainlevée judiciaire est ordonnée
également si les explications du saisi ou l’armateur, demandeur en référé ont convaincu le
juge à l’absence de fondement de la créance allégué. Autrement dit, toute décision de saisie
conservatoire , qui s'avère non basée sur l’une des créances dites maritimes et mentionnées
dans l’article 101 CCM sera considérée nulle.

L’article 219 CPCC reconnaît au saisissant le droit de contester la décision de mainlevée


puisque les ordonnances sur référés ne statuent qu’au provisoire et ne sont pas définitives.

La mainlevée ne couronne pas toujours toute saisie conservatoire du navire.

On doit mettre en considération l'hypothèse négative où le débiteur ne paie pas sa dette


malgré l’immobilisation de son navire, dans ce cas la saisie conservatoire va être convertie en
saisie-exécution.

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