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On Affame Bien Les Rats

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Abde(a2i2 Mouride

A toutes les victimes de la tyrannie d'ici et d'ailleurs.


A toutes les femmes et les hommes
qui nous ont accompagnes et soutenus dans cette epreuve.

A ma mere...
Preface

A vingt-cinq ans, Abdelaziz Mouride a du subir l'horreur de la torture et


l'ignominie de !'injustice. Vingt-cinq ans apres, il continue de se rappeler
et nous invite a imaginer - imaginer seulement - ce qu'a ete sa souffran-
ce, a travers un livre singulier, puisqu'il a choisi pour s'y exprimer le sub-
terfuge de Ia bande dessinee, procede jusqu'a present inusite au Maroc en
pareille matiere.

C'est que l'ecriture classique a du lui paraitre impraticable, car elle l'aurait
contraint a raconter, detailler, dCterrer des souvenirs, alors que, comme Ia
plupart des supplicies, s'il tient a conserver Ia memoire de son calvaire, iJ
ne veut pas, pour autant, sonder les profondeurs, les plaies n'etant jamais
completement pansees.

Mais le contournement par le dessin n'etait pas suffisant a cet hom me deli-
cat et pudique pour s'eviter une destabilisation par la memoire. C'est pour-
quai il a recouru aussi a !'abstraction par l'anonymat : non seulement il ne
parle jamais a la premiere personne mais, en outre, il ne nomme aucun de
ses camarades sinistres. Alors, au lieu de nous raconter l'histoire de Ia tor-
ture qu'ils ont du subir au bagne de Derb Moulay Cherif et de la mascara-
de de prod~s que la basse-cour criminelle de Casablanca a jouee devant le
monde sans rougir, il s'est limite a nous esquisser quelques situations oil
les «hadjs,. exercent leurs talents de brutes et les juges leur zele dans Ia
betise, l'ecriture n'accompagnant le dessin que pour y instiller !'humour
necessaire au passage de Ia pilule.

On le sait depuis longtemps : ccux qui ont par trop souffert de Ia cruaute
de leurs «semblables» eviten1 de trop remuer Ia memoire. Rarissimes sont
en cffet ceux qui, au prix d'efforts surhumains, arrivent a raconter - tres
peu en n~alite, en depit des apparences - l'enfer qu'ils ont du subir. Le pre-
mier ecrit rendu public a probablement ete celui d'Evelyne Serfaty (Ia
Remcrcicments au Forum Marocain regrettee s~ur d'Abraham), qui a rapporte (dans le premier numero de
Souffies, edition de Paris, en Septembre 1973), les tortures qu'elle a subies
pour Ia Verite et Ia Justice. en Septembre - Octobre 1972 et dont elle est morte deux ans aprcs. Apres
elle, Abraham Serfaty a fait paraitre, pour Ia premiere fois (Ia seconde le
sera dans son livre «le Maroc, du noir au gris,., Syllepse, Paris, en 1998)
dans Ia revue fran~aise Les temps modcmes, en 1986, alors qu'il etait dete-
nu a Kenitra, un recit sur Ia torture qu'il a subie apres sa seconde arresta-
tion, fin 1974.
Plus tard, a Ia fin des annees 80, ce sera le tour de Driss Bouissef- Rekab
qui, du fond de Ia prison centrale de Kenitra, nous livrera, alors qu'il pur-
geait Ia peine a laquelle il avait cte condamne en mcme temps que
T RIK Mouride, un recit de ses epreuves particulierement emouvant (A l'ombre de
eai~ions I
I
Lalla Chafia). II y a quelques annees, un rescape du bagne-mouroir de
Tazmamart, Ali Bourequat, a publie en France un livre sur son calvaire
(Dix-huit ans de solitude). Un autre miracule du meme lieu de barbaric,
a
Mohamed Ra'iss, nous raconte depuis quelques semaines, travers le quo-
tidien Al-lttihad Al-Ichtiraki, scs souvenirs de la mort lente a laquelle on
le preparait methodiquement, avec une soixantaine d'autres bagnards, ce

5
qui a d'ailleurs ete largement concluant, puisque Ia moitie d'entre eux s'y
pour lui substituer un rcgimt' republicain; complot contre Ia surete inte-
sont finalement eteints. Dcpuis quelques mois, certains journaux maro-
rieurc de I'Etat; outrage a l'autorite publique; constitution illcgale d'asso-
cains publient des temoignages et des recits sur les tortures subies id ou
ciations; fabrication de raux documents administratifs... Pour tous ces
Ia par les unset les autres depuis une quarantaine d'annees. Malika Oufkir crimes, vous n'etes passible que de Ia reclusion pcrpetuelle. Repondez par
a ose (eh oui ! elle a «ose,., cette effrontee - «comment osez-vous vous oui ou par non aux questions qui vous seront posees, et sachez que tout
plaindre, alors que vous etes Ia fille d'un monstre ! ?~t, lui a-t-on reproche bavardage en dehors de ces rcponscs vous vaudra d'etre expulse de Ia salle
avec la plus grande indecence, commc si on avait le droit de lui faire payer d'audience et conduit a Ia cave•.
Je prix dec; mefaits de son pere !) nous raconter l'horreur a laquelle elle a
ete soumise dans d"autres bagnes, avec mere, fratrie et autres proches. Dans son immense mansuetude, Ia cour-serpillere ne condamna Mouride
Prochainemcnt, paraitra le recit de Jawad Mdidech, ex-compagnon de qu'a vingt ans de reclusion. Mais cornrne il a eu le front - avec scs cama-
Mouride, de ce qu'a ete pour lui l'horreur de «la chambre noire~t. rades, dans un chorus qui marquera a jamais J'histoire de Ia •justice• poli-
tique de ce pays, tant les accuses ont su y exprimer Ia revolte de Ia digni-
Les autres, lorsqu'ils ont une fibre de createurs, rccourent a l'ecriture litte- te contre Ia veuleric des mcrcenaires- de traiter les jugcs de rascistes («fas-
raire ou a !'expression plastique. C'est ainsi que Abdellatif Laabi publie cistes, fascistes,., jc ne t1nirai jamais d'entendre cette magnil1que clameur},
dans le premier numero de Souffles (edition de Paris, 1973) un poeme- il a cte condamne a deux ans supph~mentaires d'emprisonnemenl (et une
temoignage (Tiens bon, camarade} sur les tortures qu'il a subies avec amende de cinq mille Dirhams - il faut bien faire payer ces petits voyous,
Abraham Serfaty, apres leur arrestation en 1972. Abdelkader Chaoui, lui, qui sont a la solde des ennemis de Ia Patrie) pour outrage a magistrats.
nous a offert, a Ia fin des annees 80 (alors qu'il etait detenu a Kenitra, du Comme s'il etait concevable d'outrager les gens qui n'ont pas d'honneur !
fait de sa condamnation dans le meme prod·s ou fut juge Mouride), kana
wa Akhawatouha, un texte qui a marque. Quant a ce diable de Salah El Dans ce prod~s (3 Janvier - 15 fevrier 1977} ou furent juges 178 accuses
Ouadie, lui aussi «ressonissanb du meme proces et de Ia meme prison, il (139 presents au box et 39 par dCfaut, ctant «en etat de fuite•}, aucun n'au-
nous a amuses - la derision servant a faire passer agreablement le message ra echappe a la vigilance des chiens de garde du temple : taus furent en
- avec son Alaariss, qu'il n 'a pu publier que fin 1998, so it une dizaine d'an- effct condamnes, les peines allant de Ia reclusion perpetuelle a cinq ans
nees apres sa liberation. Quant a Abdellatif Derkaoui (condamne, lui, en d'emprisonnement.
1973, et libere une bonne douzaine d'annees apres}, iJ nous a offert une
impressionnante serie de tableaux de la vic carcerale a Ia fin des annees 80. Parmi eux, trois jeunes femmes : Rabia Fettouh, Fatima Oukacha et Salda
Menebhi, furent condamnees ace «minimum,.. «Cinq ans seulement ! Vous
Tous, cepcndant, acceptent de se retrouver ici ou Ia, comme cr fut le cas, entendez ? Apres tout, vous n 'etcs que des femmes !».
1c 4 Mars dernier, devant la sinistre b~tisst• de Derb Moulay Chcrif, ou
Abdellatif Zeroual, en 1974, et Amine Tahani, unc dizaine d'annces plus On le voit : les femmes marocaines n'ont pas attendu !'an 2000 pour «mar-
tard, furent tortures a mort, pour communier dans Jc silence, laissant par- cheflt et «faire bouger le Maroc•. Elles ont pris depuis longtemps le train du
ler pour eux les bougies et les fleurs. Maroc-Express ou sont montees, les unes apres les autrcs, de «sacrees
nanas•, telles Fatna Bouih et Latifa Jbabdi. Sans crier garc. Et elles n'ont
C'est que ceux qui revent - tel fut 1c crime de Mouride et de ses compa- pas hcsite a payer le prix le plus fort pour la defense de Ia dignite.
gno~s ~'in;ortun: - de construire une societe marocaine qui merite d'ctre
quahfiee d humame sont des artistes et, comme tels de dangereux malfai- C'est ainsi que Sa"ida Mcncbhi mourut, a vingt-cinq ans, le 11 Decembre
t~urs qu'il faut mettre hors d'etat de nuire par tous 'les moyens : la •ques- 1977, des suites d'une grrvr illimitce de Ia faim declenc:hee le 8 Novcmbre
tlom pour commencer; le procrs-inquisition pour eliminer : ~<Comment - par !'ensemble des condamnec;.
Comment - Comment ? Vous prctendez avoir le droit d'etre marxistc en
terre d'islam 71 "ous eAtes done un ather · un ennemt· de D1eu · · Paix sur toi, Saida.
• · v~ de Ia Patne
et du Roi ! Vous etes un agent du POLISARIO et de MOSCOU un traitre !
EcouteL.-moi bien ·· on aura·t r. · • · ' ·1· · Et mcrci a toi, Aziz, de m'avoir donne !'occasion de lui rendrc ici un f"ra-
. 1 pu vous 1atre JUger par Ie tnbunal nuttatrc,
qut vous ternel hommage.
. .aurait cond amne· a· 1a peme •
de mort pour intelligence avec I,en-
nemt. Mats vous avez la chance de vivre au Maroc ou notre Patrie est cle-
mente t · • · · • '
, e .mtsencordJeuse, ou l'Etat est un Etat de droit et le regime une
democratte exemplaire· c· est pourqu01 vous avcz le privilege d etrr Juge
0
OA 0 '
Abderrahim Berrada
par une co~r civile, qui respectc Irs droits dt' Ia defense bien que vous
soyez accuse de crimes g · · ' . Casablanca, le 21 Mars 2000
ravisstm<.·s : attentat contrc le regime monarchtque
6
7
Avant-propos
OSONS REVER CITOYENS !
OSONS DEFIER LA TYRANNIE !

PLUS JAMAIS ~ !

' histoire que vous allez lire n'est pas une fiction, meme si les faits

L qui y sont rapportes peuvent le laic;ser supposer. De dictatures en


dictatures, d'horreurs en horreurs savamment distillees sur les
ecrans de television, nous avions failli oublicr qu' il est de<; voyages dont
on ne revient jamais indemne.

Ces images Ia, vous ne les avez jamais vues. Aucune chaine de television ne
les a diffusees. Quelques journalistes et quelques rcrivains vous ont dil que
cela s'est passe ici, au Maroc, a l'aube des annecs 70. lis etaiem alors tres
rares, ceux qui osaient briser la chape de plomb de ces temps- 1ft Tres seuls,
ceux qui tentaient de casser ce silence de mort, de dire l'indicible. Par peur
du Makhzen, cette pieuvre qui prenait dans ses tentacules tous ccux qui, sans
-violence, revaient de mettre un peu d'ordre dans ce desordre methodique-
rnent organise. Revendiquer leurs droits, tout simplement. Etrc eduques, soi-
gnes, boire de l'eau potable ou beneficier de l'electricite quand, dans les cam-
pagnes, il n'y avait ( il n'y a?) que Ia faim, Ia peur et I'obscurite. L'ignorance.
La plus fidele compagne de Ia soumission.

IL CAUSE BIEN LE BLANC SEC ! CEST ~A. CONTINUE DE REVER.


Ces images Ia ne sont pas issut•s de !'imagination d'un auteur de roman TV TROUVES PAS ?
polic:ier. Elles sont I'<Puvre de Aziz Mouridt', arrl't<.; c.•n 19"/4 et co nd arnne a
22 ans de detention dans l'une des plus tnrihl<.·s pt isons clu Maroc. Au PouR sOR cHEF 1voru\ ou ~A MENE LEs
Ell.JDES ! ET GRA TVITES AVEC ~A CHEF !
basard de la visite d'une s~ur ou d'une rn(•n.·, d'un nJs ou d'un cama rade
passe entre les mailles du filet, d'un avocat solidaire, planche par planche.
dans Ia plus totale des clandestinites, el les sont parvenues jusqu'il nous. SI TV AIMES ~A. TV VAS ETRE SERVI.

Aziz Mouride a tout connu : Derb Moulay Cherif a Casab lanca, sinistre
c~ntre de detention, inaugure par la police fran\aise durant Ia peri ode colo-
ruale, la prison de Kenitra, Ia torture et les luttes aussi. Les greves et les
co~.ains mons pour que tous les autres r<.>stent debout. C'est cette histoire
CJ.~
11
_raconte aujourd'hui. Bien au-dela des portes des prisons, pour dire que LES VAGUES D'ARRESTATI~ ETAIENT MON'-JAIE
c etait ~ela le Maroc, exactement cela. C'est son temoignagc, heure apres COURANTE DURANT CETrE PERIODE. LEUR CIBL.E
peure, J,Our apres jour. Sans memoire, dit-on il n'y a pas d'avcnir. L'avenir, FAVORITE ETAIT LES UNIVERSITAIRES, PROFESSEURS
oous n aspirons q .. · · des eT EruDIANTS PARTia.JuEREMENT ACTIFS.
annees. de plomb us a tela . : tourncr
. la derniere page de Ia chromque MAIS BIENTOT, ELLES s'E)eNDIRENT AD'AVTRES
· ans nen oubher pour autam. SECTEURS QUE LA CRISE ECONOMIQUE ET SOCIALE
RENDAIT SENSIBLES AU DISCOVRS DE L'OPPOSmON
DE GAUCHE LA PLUS EXEcREe PAR LE MAKHZEN.

Rachid Maaskri
8 9
TOUS LES MOYENS A L'INSTANT MEME ou
ETAlENT SONS POUR ON VOUS MEr LA MAIN
PARVENIR A LA PERSCJto..NE
DESSUS, VOUS CESSEZ
EN QUESTION ...
D'ETRE UN HOMME.
vous ms UN NUMERO
AL'OMBRE DES MURS
I:>OUD..LETS D'UN DE
CES LIEUX DISONS
DISCRETS. PAS DE SOUCI
A SE FAIRE.
IL EN EXISTE UN PEU
PARTOUT DANS LE PAYS.
YA DE LA PLACE POUR
TOUT LE MONDE ...
DAR MOQRI.
LE COMPLEXE KALAAT
MGOUNA, DERB MOULAY
CHERIF. ET BIEN
D'AlJTRES ENCORE.
CEST DANS CE DERNIER
QUE NOUS ALLONS
VOUS ACCVEIU..IR.
VOTRE ODORAT SERA
FORTEMENT S0LL.ICITE
PAR UN MELANGE
SUBTIL DE RENFERME.
DE SUEUR, D'URINE.
REHAUssE PAR
L'HUMIDITE AMBIANTE.

MAIS CEST DANS LES CAMPAGNES QUE LE MAKHZEN


sEvrssAIT DE LA MANifRE LA PLUS IMPLACABLE.
ALORS FISTON. COMME ~A TV AIMES REVER ? AMON AVIS, IL FAUT LE SECOUER
AVANT. (;A VA COMME (;A ?
TES COMPLICES. FILS DE PUTE !
LES NOMS ? LES ADRESSES ?

DOMAINE STRICT'EMENT RESERVE. ENCADREES


PAR UN RESEAU DE CHIOUKHS
ET DE MOQADDAMS ROMPUS AUX METHoDES
SUBTILES t>U CONTROLe ET DE L'INTIMIDATION.
LES CAMPAGNES VIVAIENT DANS LA PEUR
APRES LES MECHANTS.
DU MAKHZEN. DONT LE POUVOIR
CEST AU TOUR DU
SE NOURRIT DE LA MISERE A LAQUELLE GENTlL D'EXERCER SES
I
IL LES A CONDAMNEeS. RECLAMER A CETTE EPoQuE TES BOUCHE TALENTS ...
DES ROUTEs. DES ECOLES, DES HOPrrAUX OJ OU QUOI?
L'fu:CTRicnE, DANS CES REGIONS, FISTON,
ECOUTE-MOI
PRINclPALES SOURCES DE RICHESSE DU PAYS.
BIEN! JE LES
ETAIT LE MEIU..EVR MOYEN DE S'ATTIRER CONNAISCES
ses FOUDREs. SALAUDS,
DES FAMILLEs ENT!ERes EN ONT FAIT ILS VONT
TE DETRUIRE.
L'EXPERreNce.

10 11
APRES CES ECHANGES DE COURTOISIE,
AUPARAVANT, UNE BONNE
PLACE AUX CHOSES sERieuSES.
DOUCHE POUR VOUS REMETTRE ~......_-'-<,
[)'APLOMB. LA QUALITE DES EAUX
N'EST PAS IDEALE. MAI5 ENFIN ...

. . . AVEC LES OUTn..S


DE TRAVAD.. APPROPRIES
AU PROFESS!~
DUTORTI~.
9A. CEST LE "PERROQUET'• .____.........._____.......__.
AINSI NOMME PARCE QUE ENSUITE, UN PETIT MASSAGE,
L'ON EST PERCHE .. EJ\FIN PRESQUE. QUESTION DE SE l>EGouRr:>IR
LE BANDEAU SURLES YEUX ET LA SERPIU..ERE MOUILLEE, PVANTE
l.ES MUsa.ES.
ASOUHAIT, POUR EMPECHER DE CRIER SON PLAISIR.

AIE ! ATIENTION ~A FAIT


UN PEU MAL ~A ! MAIS POUR
S'ETIRER LES MUSCLES ET,
AL'OCCASION, DEVELOPPER
LES CORDES VOCALES,
Y A PAS MIEUX...

PARLE I

TERRIBLE TOUT 9A NON ?


MAIS ATTENDEZ LA SUITE.
CERTAINS NE L'ONT JAMAIS
VECUE, COMME ABt>ELATIF ZEROUAL,

LE RESULTAT, LE VOICI. MORT DANS LA FLEUR DE L'AGE,


IL Y A MIEUX CEPENDANT ... POUR S'ETRE ACCROCHE A SON REvE.
SON CERTIFICAT DE DEcES
MENTIONNAIT : "MORT SUBITE
APRES BREve MALADIE".

12
13
PARLE SALAUD ! Ia, L'EGAl.ITE EST UN soua
DE TOUS LES .TOURS. 'TOUS
QUI VOUS FINANCE?
EGAUX DEYANT LA TORTURE".
AH!~CE~ANT LA PRESSION DE LA FOULE
AU RAFFINEMENT. QUI A DIT QUI ATTEND SON TOUR
N'Y FAIT RIEN ...
QUE LES MAROCAINS
SONT A LA TRAINE care
CREATIVITE ?
NON I DES MOTS TOUT ~A !
UN EXEMPLE ? "LE SAC".
VOUS COUVREZ VOTRE HOMME,
APRES L'AVOIR BIEN LIGOTE,
D'UN DRAP NAUsEABOND
DE PREFERENCE, ET vous LUI
MASSEZ LES COTES ASOUHAIT.
CEST FACILE, CEST PAS CHER,
ET CEST TOUT INDIQUE
POUR RENDRE LA PAROLE HADJ ! CASE CELUI-CI
A UN SOURD-MUET.. . ET AMENE L'AUTRE !

IL FAUT AVO.IR SOUS LA MAIN UN


CHIEN FEROCE POUR LUI LECHER LES LE Rdt.E DU HADJ (TOUTLE MONDE Ia S'APPEUE
PLAIES OVVERTES, ON NE SAIT J"AMAIS. HADJ) EST t>E VEILLER. DE JOUR COMME DE NUIT,
AU CONFORT t>ES CONVIVES. ENTRE Mn.LE ET
AUTRES CHOSES. FA.IRE REGNER LE SILENCE
ABSOLU. POUR EvrreR LA FATIGUE DES YEUX,VEILLER
ACE QUE LE BANDEAU NE GLISSE PAS ET SURVEillER
TOUT MOUVEMENT QUI POURRArr EN DEHORS
DE LEUR COUCHE, t>ERANGER LES HOTES.

.. . ET SI CE N'EST PAS ASSEZ, VOVs LUI PLONGEZ


LES PIEDS MEURTRis DANS DE L'EAU SALEE E\IIDEMMe-JT, ON NE P8JT FAIRE PLAISIR ATOJT LE MONDE.
ET 80UIU.ANTE... CERTAINS DOIVENT SE CONTENfER DE "t.A CAVE", OU n. EST
FORTEMENr C0NSEIU..E t>'ETRE UN CONT<JRSIONI.JISTE CfYt.fliWE,
PaJR POJVOIR SE TAD.LER UNE PLACE DE a-tOIX. -
14
15
LA CEST LE HADJ DANS SES CEVVRES. EN FAIT. ~LA BOUCH:
MOw:Nf DU REPAS, AVECDES
eEANrE VUECAEID-ETS.
IMPRENABLE
AVANCE Fn..s DE PUll: ! CE~TDE LA ROUTINE DONT n. DOIT S'ACQlJlTl""ER VN RAvr.s.se.Y.e.rr DES SENs. LE BAN:IEAU
I POUR TROMPER L'ENNUI, ~ SOMMEIL, OV ENCORE ET LES MENOTIES SONT DE RJ.GVEYR.
~~£ME POUR MANGER. AU MENJ : FEaJL.e-lTS
L-~=;;.~-------------~~-~1 PETITS ~-
'· POUR REMPLIR LA VACVITE DE SON EXISTENCE.
. Ir ~ AUX 1NSECTES ET AUX

I UN ~- AI.JTRE MOw:Nr DE ~ 3
I LA Q-fASSE AUX POUX, SPORT TRES, PRISE
I DANS CCS UEUX; ON 8\1 RAMASSE A LA PELLE.

AUTRE QUARTIER, AVTRES CONVIVES, AVTRES


HADJS. AU FOND. CEST LACHAMBRE NOIRE Ou,
A L'EPOQUE DE LA COlONISATION, LA POUCE (L.e.s seances de flagellation me font penser i~~le~t Qrd"t
FRA~AISE PRocEDAIT ALA TORTURE persome ne COMOISS<llt et qu1 pe I
Waham, ce Jeune gar~ que
.
DES NATIONAUSTES. IRONIE DU SORT. • ' nee dans ce lieu.
Ia raison pour n'avoir pas su en ~e~ a ~- ~ .
CERTAINS D'ENTRE EUX ONT PRis LA PLACE LE HADJ A EGALEMENT POUR Rdt..E DE PREPARER
DE L'ANCIEN BOUAAEAU, EN DEVENANT LES CANDIDATS A LA ... ENFIN AU J"EU DU PERCHOIR. Dans sa f oI.1e, Waham avait une Idee fixe qu II. repetalth d" c ·
a, qu1• vou1a1.t 1•e ntendre : se morier avec Ia f1lle du . a J·, e) qu1
EUX-MEMES TORTIONNAIRES. n. PREND SOIN DE LEUR TONDRE LA TETE. DE LEUR a
lui valait des seances de flagellation longueur de JOUmee.
PASSER UNE VIEILLE CHEMISE ET UN VIEUX PANTALON
KAKI. LA VIE DE CHATEAU QUOI .. .

SERRE TON BANDEAU Fn..5 DE PVTE !


A L'ORIGINE. MOULAY CHERIF ETAIT UN COMMISsARIAT .
CEST DE LA QUE LES POUCIERs FRA~AIS, APPVYEs DE
SUPPLEANTS AFRICAINS, SONT PARTIS, POUR MASSACRER
LES HABITANTS DU BIDONVILLE BEN M'S.IK, LE 7 DECEMBRE 1952.
CET INCIDENT EST CONNV DEPVIS LORS SOUS LE NOM
DE "COUP DES sENEGALAIS". PLUS TARD, LE DERB EST DEVENU
UN UEU SECRET DE DtreN-rrON POUR DES Mil.UERs D'OPPOSANTS
QUI S'Y SONT SVCcEDES DEPUIS LE DEBuT DES ANNEes 60.

SERRE TON BANDEAU OU JETE


FOUS MON PIED AU CUL !

Et savez-vous qui etait le hadj en chef de ce depotoir de Ia honte ?


Un certain Kaddcxr Yousfi, qui depuis, continue de gravir les echelons
de Ia hierarchie. Mieux, c'est lui que I'Etat marocain a, une fois,
depeche aupres de Ia Commission des Nations Unies sur Ia torture
a Geneve, pour faire reluire l'irnage de notre pays. Si Kaddour a ete
expulse seance tenante, apres avoir ete dhnasque par l'une de ses
victimes P"isente dans Ia salle. Dornrnage pour notre pays 1

16
17
L'IGNOMINIE NE sE LIMITE PAS AUX FRONTIERES DES MURS DE LA HONTE. ELLE TOUCHE MARS 1973. L'HORREUR ATTEINT SON PAROXYSME AU •CORPEs• CCJI'.NU EGALEMENT IMAGINEZ CES FEMMES ET CES
AUSSI LES FAM!LLES. SOUS lE NOM DE COMPLEXE D'ANFA, ANCIEN AEROPORT DE CASABLA~A HOMMES. ENTAssES DANS UN
DES CENTAINES ET DES CENTAINES DE PAYSANS VENUS DU MAROC PROFOND, LIEU SANS FENETRES,
ENTASsES ET ENCHANS LES UNS AVX AUTRES DURANT DES AJ\1\JEEs. YEUX BANDEs ET MENOTTES
AH! OUI! OUI! AVEC UN PEU D'ARGENT GLISSE
ILS ITArENT AU MAUVAI5 ENDROIT AU MAUVAIS MOMENT. AUX POINGS. PENDANT
VOTRE MARI SE PORTE COMME UN CHARME, MADAME. DANS DE BONNES MAINS, ~A PEUT S'ARRANGER,
DES ANNEES, QVI PLUS EST,
VOUS SAVEZ COMMENT ~A SE PASSE... I AFFAMES ET VIVANT DANS
\ DES CONDITIONS D'HYGIENE
I MEME
SORDIDES ... DES ENFANTS
\ ONT VU LE .JOUR Ia ...

OH ! COMMENT VOUS REMERCIER MONSIEUR !


PENSEZ-VOUS POUVOIR LUI REMETTRE EGALEMENT
DES vETEMENTS ET DE LA NOURRITURE ?

LA VIOlENCE DES HADJ'S SE HEURTE CEPENDANT


A LA RESISTANCE. MALGRE CE QU'El.LE IMPL.IQUE
COMM.E CONsEQUENcES...
)
. .. CE SONT CES NEME.s EliMENTs

~'
QUI EN=RElGNENT LA LOI,
EN BRAVANT LEV® DU SD...ENCE...
'

LA RESISTANCE, CEST AUSSI


LA VOLONTE DE VIYRE ET
DE S'INFORMER, GRACE AUX
.TOURNAUX SUBTIUSES AU COURS
DES INTERROGATOIRES OU PAR
LES HOMMES DE COR vEe.
NOUS AVONS APPRI.S LA UBERATION
t>U VIETNAM ET DE L'ANGOLA.
NOUS AVONS EGALEMENT EU
CONNAISSANCE DE L'ASSASSINAT DES AMIS TRES PROCHES.
DE OMAR BENJEU..OUN VNIS POUR LE PIRE... EMOUVANT
PAR DES FOUS DE DIEU .. . VOUS NE TROUVEZ PAS ?

18 19
CHAQUE CHOSE AYANT MALHEUREUSEMENT
UNE FIN. NOUS DEVIONS QUITTER
DERB MOULAY CHERIF. APRES UN SEJOUR
QUI N'A FINALEMENT DURE QUE 15 MOIS.
DEUX ANS TOUT AU PLUS POUR LES PLUS
CHANCEUX. CINQ ANS POUR UNE PETITE
MINORITE DE PRIVILEGIES. TOVTEFOIS.
CERTAINS ONT CHOISI D'Y MOURIR
PLUTOT QUE DELE QUITTER.
SAiD BRAHIM FUT L'UNE DE CES
PERSONNES TOUCHEES PAR LA GRACE
DES UEUX. NOUS L'AVIONS TROVVE LA
EN ARRIVANT, NOUS L'Y AVONS LAISSE
EN SORTANT.

ET NOUS VOILA EN PRISON PREVENTIVE. EH ! COMMENT ~A VA ?


ADIEU HADJS, A UNE AUTREFOIS PEUT TU ES TOUJOURS ENTIER AU MOINS ?
CEST VRAI QUOI ! CEST FOU
CE QUE J' AIME M'AMUSER !

8'-JTRE CES MOIJB..ITS DE GRANDE cotiRE...

LES SALAUDS !

ALLONS, DEPECHONS,
TOUTLE MONDE APOIL ! l.ES VOCI:fERATIONS AU PARLOIR .. .

... BONJOUR GARDIEN.


. .. ET LES MINUTES DE PROMENADE ...

. . . LES SEMAINES, PUIS LES MOIS DEfn.ENT


SANS QUE L'ON SACHE QUAND NI COMMENT
LE CAUCHEMAR VA PRENDRE FIN.
BEAUCOUP D'ENTRE NOUS ETAIENT MALADES.
CERTAINS SOUFFRAIENT DE DEPRESSION
NERVEUSE. MAIS LEUR SORT NE SEMBLATI
PAS PREOCCVPER L'ADMINISTRATION ...

20 21
n. y AVAIT CEPENDANT lCS MOMENT'S D'fvASION
L"B'NJJ. CE5T QUE l.ES FAMn..l.ES, liUES P~ DES SENl"I.YB\rrS
INOUBLIABlES. Ni.JIE DANS lCS CONDITIONS
INAVOUABI..ES, ET SANS DOUTE INTOXIQl.EE.S PAA
DiffiCil.ES. QUE NOUS PROCURAIT LA LECTURE...
LA ~AGANDE ~. SE SONT MISES DE LA PARTIE
EN~ LEUR f\EZ DANS a: QUI t-oE LES REGARDAIT PAS ..

TOJT SEMBLAIT CALNE., QUAND UN BEAU JOUR,


PIQUES PAR JE t-.E SAIS QUEUE MOUCI-E.
lCS DANGEREVX CRIMif\B.S
-~
LE DIRECTEVR
~- PORTEZ CETIE LETrRE
AU DIRECTl:UR, NOUS
ALLONS FAIRE UNE
GREVE DE LA FAIM.

. .. POUR, PRETENDENT-ILS. EXIGER L'AMELIORATION


DE LEURS coNDmoNS DE DETENnoN ET REa.AMER
LEUR PRocES.

ENFERMEZ-MOI 9A !
ET PUIS QUOI ENCORE ? CE SONT MAINTENANT
LES PRISONNIERS QUI DECIDENT DU PROGRAMME ? ON TORTUREZ-LES I AFFAMEZ- LES I
AURA TOUT VU ! D' AUTRES PRENDRONT LA RE'livE I

22 23
a-fiN LE 3 JANVIER. APRES UN AN
VOILA DE LA PART S'ouvRe LE PRocES... OU PWTOT QUELQUE CHOSE QUI RESSEMBlE
DE LA TYRANNIE ! DE TRES LOIN A UN PRocES. . .

LA, ON NE JOVE PLUS,


QUAND LA sECVRITE
INTBuEURE DE L'ETAT EST EN
DANGER. IL Y A ASSEZ DE PLACE
AU DEPOT POUR LE TIERs DE ~
POPULATION S'Il LE FAUT...

M. LE PRESIDENT, SI JE NE ME TROMPE PAS,


CE PROcES EST PUBLIC. MAIS IL EST DEPLO-
RABLE QUE CERTAINES FAMILLES, AINSI QUE
LA PRESSE SOIENT INTERDITES D'AccES !

ILS VEULENT UN PRocES? ON VA LEUR EN CONCOCTER UN QUllS N'OUBLIERONT PAS DE SI TOT. EN ATTENDANT.
n. VAUT MIEUX DESENGORGER LA PRisON. LA PRESENCE D'UN GRAND NOMBRE DE SUBVERSIFS N'ETANT JA'fAJS,
BONNf POUR L'IMAGE DE tAARQUE DU MAKHZEN. AINSI, 105 DETENUS ONT PRIS LE CHEMIN DE LALIBERTE APRES
LE t5EME JouR DE LA GREVE... ET LA DATE DU PRods EsT FIXEE A JANVIER t9n.

MOI AUSSI JE LE DEPLORE, CHER


MAITRE, MAIS ICI CE NEST PAS UNE
SALLE DES FETES, VOUS LE SAVEZ BIEN !
~====~~--------~

APf'APE.HJAENf. M. LE PRESIDENT
~~~~ VA PlUS VITE QUE LA MUSIQUE.
n. t--E TAROERA PAS A S'EN APERCEVOIR.
LORSQUE LA COUR SE TRANSFORMERA
EFFECTIVEMENT EN FETE FORAINE...

25
DANS CE CAS, M. LE PRESIDENT, VOUS AURIEZ DU JE NE VEUX RIEN SAVOIR SUR LES CONDITIONS CEST UN PARTI PRISM. LE PRESI DENT. AUTANT NOUS MAITRE I SI VOUS NE CESSEZ PAS
M'ADRESSER UN QUESTIONNAIRE. MAIS DAN~ DE TON INTERROGATOIRE A LA POLICE. TUNE DIRE quE ~EST LA ~AUTE DU qrTOYEN, S'IL VIENT AETRE IMMEDIATEMENT VOS SARCASMES,
UN TRIBUNAL, J AI LE DROIT D' ASSURER MA DEFENSE T AmNDArs TouT DE MEME PAs AcE QVELLE ENLEVE, SEQUESTRE, TORTURE. PUIS-JE VOUS RAPPELER JE VOUS SOUMETTRAI A LA RIGUEUR
COMME JE L'ENTENDS. EN ATTENDANT, JE REJETTE EN T ACCUEILLE DANS UN HOTEL 5 ETOILES. REPONDS- M. LE PRESIDENT QUE LA LOI PUNIT DE TELS ACTES, DE LA LOI I
BLOC LE RAPPORT DE POLICE ETABLI SOUS LA TORTURE. MOI PAR OUI OU PAR NON OU JE PRENDRAI TON COMME ELLE INTERDIT PAR AILLEURS AU J UGE.
REFUS POUR UN AVEU ! ET SI TU NES PAS CONTENT, DE RENDRE JUSTICE SOUS L'EMPRISE DE LA COLERE.
JE TE FERAl DESCENDRE ALA CAVE !

L'AMBIANCE DE FOIRE NE S'ATTENUA GUERE


LES JOURS SUIVANTS. AUCUN ARGUMENT
N'ETAIT ASSEZ BON POUR QUE I.E PRESIDENT
EN DEMORDE .

OTE TES PIEDS DE LA ! POLICE ! FAITES-


VOICI COMMENT LA POLICE A EXTORQUE LES PRETENDUS LE DESCENDRE A LA CAVE ,. I
AVEUX. REGARDEZ MES PIEDS M. LE PRESIDENT,
POUR ~A !
~A NE MERITE PAS L'AVIS D'UN EXPERT?
/

JE SUIS ETONNE QUE LA COUR DENIE LE DROIT


DE L'ACCUSE A SE DEFENDRE. L'ENLEVEMENT. .. ALA DECHARGE DE M.
LA DETENTION ABUSIVE, LA TORTURE. LE PRESIDENT. n. N'A,
NE CONCERNENT-ILS PAS LA JUSTICE? A AUCUN MOMENT DU
PRocES, PRONONCE LES.
MOTS "FU..S DE PVTE I" A
TU AURAIS DU TE SOUCIER AVANT L'ADRESSE DES ACCUsES,
COMME D.. EST D'USAGE
DE TA LIBERTE ! ICI CEST TROP TARD!
CHEZ LES FUCS POUR
DONNER PLUS DE POID
A LEUR AVTORITE.
UN AUTRE ...
our ! JE SUIS CON!RE TOUT
CE QUE VOUS REPRESENTEZ
M LE PRESIDENT. JE SUIS cqNTRE
VOTRE SYSTEME D'AUTORiiE
QUI sE NOURRIT DE LA TERREUR,
MENSONGE.DE L1NTIMIDATION,
LA CORRUPTION, DE L'HYPOCRISIE
QVILS GENERENT ! JE SUIS CONTRE L.--.----"1
VOS TENTATIVES DE ~EMENT
PARLE BAS, VOTRE RAPACI}E QUI ,
1
A. LA CAVE l
N A D'EGALE QUE VOTRE MEDIOCR!TE ·
\
27
26
CEST ALORS QUE tf SUBSTITUT DU CETAIT COMPTER SANS
L'INSOLENCE DE CES IL S'EN EST SORT! CAHIN-
PRoa.JREUR , A QVI LE JUGE A FAIT 1U N'ES PAS AUTORISE
DE L'OMBRE. ENTRE EN scENE .
AGITATEVRS QUI NEN APARLER AU NOM DES CAHA, EN Y LAISSANT
DEMANDAIENT PAS AUTRES ! ALA CAVE ! TOUT DE MEME DES BOUTS
PLUS POUR ENVOYER DE SA ROBE.
PAITRE LES DEUX
BOUFFONS. JE VOJS LE
DISAIS, IL N'Y A PAS
DANS SA SAINTE FRAYEUR,
PLUS DANGEREUX
REveuR! BIEN COMPREHENSIBLE,
M. LE JUGE A FAILLI TOMBER A
LA RENVERSE, EN CHERCHANT
AS'ARRACHER DE SON SIEGE.

SI DE TELS PROPOS SONT ENCORE PRONONCES JE VOUS


FERAI TRADUIRE DEVANT UN TRIBUNAL MILITAIRE !

lJ'.lJTUE DE ROOtR QUE LA SITIJATION


1\E a-iANGEA PAS LES JOURS SJDIANTS
MAl.Eflf LES PROTESTATIONS ADREssEES
PAR LES AVOCATS A LACOUR SU'REME, UNE DEMI-HEURE PLUS TARD ...
DE LEUR COTE. LES ACCUsES DECIDENT DE BOYCOTTER
DEMANDANT LE RESPECr DES DROITS
DE LA D8=ENse. LE PROCES TOUR A TOUR. AU COURS DE LEUR AUDITION,
SOUDAIN, ALORS QUE LE JVGE S'AFFAI- n.s REPETENT LE MEME REFRAIN.
RAIT AENVOYER QUELQVUN ALA CAVE (. ..)LA COUR A DECIDE D'EXPULSER DE LA SALLE TOUS I L - - - - - - - - - - - - - - - - -- ----j
UI\E VOIX SREvA DU FOND DE LA SALL.f... LES ACCUSES ET DE LES FAIRE SE PRESENTER
INDIVIDUELLEMENT POUR INTERROGA TOIRE.

QUE CELUI QUI A


PRONONCE
CES MOTSAIE
LE COURAGE
DE SE LEVER!

AU COURS DE CET ACTE, L'UN DES AVOCATS. MAiTRE ABDERRAHIM BERRAD~. .


, ' ' , ......... A..... -IT~A..... te RAISON AVAJ\klX • \
ALORs. LEs 239 Accuses se LEVERENT • FVr "GARDE" A RESIDENCE PAR DECISivt ... umu-......•""""' 1 .i;vc;;.
LEGEREMENT DIFFERENTE DE CElLE , , MAIS D'UNE MA~ERE ASSURER SA PROTECTION C0NTRE D'EveNruEU£5 REPREsAI1J.ES... I..-!-~~'---
PREVUE PAR M. LE PRESIDENT
JE VOJS INTERDIS DE RIRE .. .

28 29
r~u COJRS DES 1~ J~ ~ ~ LA ~ DE LA fAIM. 15 FEvRIER, DEUXIEME
jLESFAWU.ES. ~~. ~ ET DERNIER ACTE.
~lJCUIJ Eff~T PaJR FAIRE ~~~USE. ET,
~ FAISMIT, FIRENT EU.ES-MEMes L~ LE PRESIDENT COMMENCE PAR LA DISTRIBVTION
DU ~ SYN:>ICAL ET PCUTIQUE. 1>'\JI'-E GRATIFICATION GEN8w.E DE DEUX ANS
POUR 'TROUBLES A L.' AUDIENCE ET OI.JTRAGE
AMAGIS~T. APRES QUOI, IL ENTAME LA LECTURE
DES CONCLUSIONS DE LA COUR QUI NE FIRENT
QUE REPRODUIRE AU MOT PRES,
L'ACTE D'ACCUSATION DE LA POLICE.
~OINS, LA LECTURE SE POURSUIT
DE 20 HEURES A7 HEURES DU JOUR SUIVANT.. .

... EN FAIT M. LE PRESIDENT LIT


POOR L.UI-SEUL. LE RESTE DE LA SALLE :
PROCUREUR, JURES, GREFFIER, AVOCATS ET PUBLIC,
~ PARLER DES ACCUsES, FATIGUES
PAR LA GREvE DE LA FAIM, ONT FINI PAR cEDER 5 CCN>AMNAm:NS A~+ 2 MIS;
AU SOMMEIL. BERcES PAR LA VOIX RONRONNANTE 20 CCN>AMNAm:NS A~ ANS + 2 ANS;
ET MONOCORDE DU LECTEUR QUI, APPAREMMENT, 44 CCN>AMNAm:NS A20 MIS + 2 ANS;
AURAIT BEAUCOUP A FAIRE POUR SOIGNER 38 CCN>AMNAl!CNS A 10 ANS + 2 MIS
SA CI.JI..TVRE GENERALE ET SES CONNAISSANCES 19 CCN>AMNAl!CNS A 5 MIS + 2 ANS
DE LA ~NGVE ARABE ... 3 CCN:Wt'NAm:NS A2 MIS • 5 ANS ~vee ~-
Au TOTAL, PREs DE 25 SIEa£s DE PRI.SCN GJT ErE DI.STRiais
PAAM! l.ES 139 eEN3=IaAJRES. DEVX MAI..ADES IIENr~VX.
CEST L'ANNONCE DU VERDICT
VJCf!NES DE LA TCR~ Pa..!CIERE.
QUI REvEilLA LA SAlLE . ..
DCNr LE Ja.N: WAJ-WA, AQUI CJ.,j PaNAIT
TOJr ~.~DE~ ALA fUITIQ..€.
n. NETAIT PAS LE saL PAAMI LES ~.
t,t.~ EruDlANr e-J HISrOIRE, P~ QJ'D.. ~VAIT ~WI LA CO'IE
D'-"1 COJR5 D'HLSTOIRE INTITU.f : 1..A CRISE ~
ET ~ ~ D'Al.GEaRAS (1800)''. SANS CfJINIENf~.

TORTUREZ-LES, AFFAMEZ-LES !
D'AUTRES PRENDRONT LA RELEVE!

PENDANT CE TEMPs NOUs REF ,


ET
'
DE~ FAIM EN ~TTEN - L'EXPBUENcE DE L'C..-=cn
AISONs u~ uc..rr
.:;;,,.-.:;;NY~C;m.;;l"' I
cr.. 'S DE , DANT STOIQUEMENT QUE LES CHOSES SE PRE.seNrENf
vvv s JOURs MEI1.LEURs LE
l.ORSQU'ON EST • · MORAL ? SE POSE- T- ON LA QUESTION
~CCVLE. l.OR.sQvON N~ PLUs RIEN A PERDRE?
30
Lf 7 MARS 1977, NOUVEAU TRANSFERT, NOUVEAU VOYAGE
LE PRocES T'E'RMINE. l.ES GARDIENS DANS L' ABSURDE. CETTE FOIS ALA CENTRALE DE KEN!TRA .
DE LA PRISON DE AlN BOR.JA ACASABLANCA
ONr EV LA GENTILLESSE DE RESERVER
UN ACCUEil. DES PLUS CHALEVREUX AUX VOUS VOULEZ FAIRE DE LA POLITIQUE
COND~S CETAIT LE 2 MARS 1977. EN VOILA DE LA POUTIQUE !

AH I VOILA DE LA PART DU JUGE I

UN GROUPE DE 26 PER.SOf\t-.ES FVr DETAa-£ ET CONDUIT


DEs L'AARIVEE.
VERs 1£5 TERRIBl£5 CAQ-iOTS DU QUARTIER "D". POUR L'EXE.wt..E,
PCU RIEN. OJ SANS DOlJTE POUR SATISFAIRE l.ES PENCHANTS SADIQUES
tlE M. LED~. JUAIS PARMI a;~- JE SOUFfRAIS D'Vt-E ~
QUI W: ~ l.ES POUMONS D'AlJTRES DE RHJMATJSMES. Du..cERES
AL'ESTOMAC, OJ D'I-£MORRO~ ... Qlf!MPORTE. TOUS AU FRIGO I

ICI, CEST MOI QUI COMMANDE.


AUCUNE RECLAMATION NEST TOU~REE.
VOUS MARCHEZ DROIT OU VOUS CREVEZ.

-
----

32 33
ON SE LES GELE DANS CE Tl<OU l
CEST ICI Ql!ON VA PASSER 22 ANS?

) ON NE DOIT PASSE LAISSER FAIRE.


SINON ON Y PASSERA TOUS !

, NOOS N'ffiONS PAS MJB.JX LDTIS DANS LA COUR, UNE CAGE DE QUB.QUES
t MEl'1s OU L'ON NE SORTAIT QUE POUR UN QUART D'HEURE.

NOUS NE QUITTAMES CE QUARTIER MAUDIT QUE DEUX MOIS PLUS TARD. INUTil..E
DE DIRE QUE NOUS AVONS vEcu L'EvENEMENT COMME UNE ~. MAI5
NOUS N'Au.IONS PAS TARDER A DECHANTER.

IL Y A UN TERRIBLE COURANT FROID


QUI SORT DES CABINETS.

MON DIEU I DU SOLEIL. DE L'ESPACE!

ICI, l'ISot.EMENT PAR RANGEE DE CEU.ULES ETAIT


DE R!GUEUR. LE TEMPS DE LA PROMENADE TOUJOURS
LIMITE AUN QUART D'HEVRE PAR JOUR ...
35
MAlS PUJS QUE TOVT, LA NOUAAITVRE ETAIT ~ .. .
L.A SITVATION t-.E CHANGEA PAS AU FILDES MOIS, OU PWTOT SI, L'ETAU SE RESSERRAIT DE JOURS EN JOURS
l.£5 INT£RDITS, LES PROVOCATIONS SE ~ULTIPLIAIENT. AVEC TOUTE LlNGENIOSrrE D'UN DIRECTEVR •
CVl CHERCHAIT PAR TOUSLES MOYENS A FAIRE USAGE DE SES TERRIBLEs CACHOTS LE PASSAGE ATABAC
ErAIT EN PRIME. IL FAU.AIT AGIR VITE. LALLA CHAFIA LE CON.5EIU.AIT.

CEST AU COUR.S DU INJIS DE JV1ll.ET


n QUE LA PREMIERE GREve DE LA FAIM
DANS CETTE PRISON RJT ~ .
ALA SUITE DE LA MISE AU CAQ10T
DE L'UN D'ENTRE NOUS.

LA, AU BEAU MI1.l8J DE LA COUR,


liN: PIERRE DREssEE, TEMOIN MUET l.£5 CACHOTS ? UN FRIGO PUANT. DES Vf uMENTS LEGERS, DU PAIN ET DE
ET IMPERTURBABLE DU TEMPS L'EAU POUR UNIQUE NOURRITVRE. LA DUREE DU sEJOUR VARIE AU GRE DE
QUI S'ECOULE. UNE SORTE L'HUMEVR DE M. LE DIRECTEUR : UNE SEMAINE, 15 JOURS.. .
DE sERfNrrE SEMBLE SE DEGAGER MARCHER DROIT
DE CE ROC QUE LES INTEMP8u:Es ... CE QUI FIT ENRAGER M. LE DIRECTEUR, UN ANCIEN GARDIEN DE PRISON OU DE VOVS
INDIFfERENT. CEST POUR C8.A DONT LE SEUL MERITE ETAIT D'AVOIR UN PARENT HAUT PLAcE, AQUI II.. ECRASER ET
QVIl. FUT BAPTISE LAllA CHAFIA DEVAIT SA PROMOTION. ETRe UN OPPOSANT POLITIQUE, CETAIT S'OPPOSER POUR TOUT VOVS
- "LA GU8usseuSE"- PAR LES
GENERATIONS DE P8..auN.s QUI SE Asot..J PROTECTEUR ET DONC A LUI- MEME. IDIRE JE PREFfRe
DE LOIN
SONT Sl.JaiDEEs AUTOUR D'El.LE... LA SECONOE
SI I..A1.LA CHAFIA AVAIT PU PARI...ER,
IL f\E PL.AISANrAIT PAS LE DIRECT8JR.
IL CO~ PAR NOUS eftRMER SOLUTION !
8.LE AURAIT RACON"T£ LA
SOUFFRANCE DE MIU.IERS DANS DES CRUJLES It-~:>IVIDUEU£5
DE PRI.SOI\NIERS POUTIQUES, DEPlllS DEPoun..i.Ees DE TOllr, PUIS...
LA FIN DE L'EroQlJE COLONIALE.
JVSQU'A LA FIN DES A,.,.,es 80.
CERTA1NS NONT FAIT QUE PASSER,
AVANT QUE L'ON DEciDE DE LEUR
MORT, D'AUTRES ONT EU TOUT
LOISIR DE FAIRE SA CONNAISSA~
ET, DE S'ACCOMODER DE SA
ALLONS, CIRCULEZ l CIRCULEZ l PRESENCE, LA, AU BEAU Mn..IEU DE
LA COUR, DE S'INSPIRER DE SON
LES RASSEMBLEMENTS SONT INTERDITS I
CALME ET DE SA sot.It>ITE.

36
- -,-- ...~=-::DE;:-;-LA:-;;F~AIM~~LA;pjPLU""i"Ks"tDURE«ii=.--T---:GRA:;:~
~RJT ..,
: CE~A~UX~EFFORTS INCESSANTS DE NOS
tO.J ~ DE NOUS PRIVER DE IMlB.AS, FAMIU.Es. LA QUESTION DE LA ofTe..rrwN
tf C(AA'ERTVRES. DE LIVRES. DE SUCRE POLITIQUE PRIT EtflN ~ DIMENSION
ET DE NOOS Ef\FERMER PENDANT 12 ~OURS. INTERNATIONALE ON DUT ALORS SOl.fftER
lA LE DIRECffiJR NOUS COf\FISQUA EG~ AL'OREIU.E DE M LE DIRECT8.JR. DE MEl"l"Re
LES co.NERCl£5 DES CABINETS, QUI EMPEa1AIENT UN FREIN ASON AADEUR zSie.
LA ~ DES ODEURS NAUSEABONDES ~ n. PROMIT DONe DES AMfuORATIONS,
~SET L'D'-ITRUSION DES RATS AFFAMES. MAIS SES INSTINCTS SADIQUES
ONT EU TOT FAIT DE REPRENDRE LE DESSUS.

IL NEST PLUS POSSIBLE DE l'RA!iER AVEC CE SAl.Aut>


APREs TOUT, NOUs soMJ.~.Es DEs otrtNus POllllQUEs
CEST AL'ETAT Ql!Il. FAUT DESORMAIS SADRESSER
POUR EXIGER UN STA1\JT DE PR!S()N>.liERS POCITIQUES

ET COMME CE N'ETAIT PAS ASSEZ.


M . LE DIRECTEUR, EN TORTIONNAIRE DES SEMAINES DE DISCUSSIONS
QUI SE RESPECT£, LES REMIT AUX BONS ONT Ere NECESSAIRES POUR ETABUR
SOINS DE SES SBIRES. CEST DE CETTE I I ~ LISTE DE REVENDICATIONS
PREcrses. IL FAlLAIT METTRE
MANIERE. QUE L'UN D'ENTRE EUX PERDIT
L'OUIE. n.s DURENT PASSER LES 12 JOURS
LA BARRE ASSEZ HAUT
QUE DURA LA GREve ENTRE LES CACHOTS POOR OBTENIR L'ESSENTia.
ET LE QUARTIER " D". n. FAl.LAIT EGALEMENT DEf:INrR LES
MEil..LEuRS MOYENs DE FAIRE
ENTENDRE NOTRE VOIX HAUT ET FORT,
ET FIXER UNE DATE. LE 8 NOVEMBRE.
At.NIVERSAIRE DE LA MORT
D'ABDB..LATIF ZEROUAL, FUT RETENU.
' E AU sEIN DE LEUR PRISON
TROIS FEMMES COt>ET8'-ll S ALA GREve PLUS TAAD.
DE CASABLANCA ONT PRIS PART .
L'UNE D'ELLES RACONTE ...

• ~ lotme jour du mois de novembre


19n. nous avions decide toutes
Its trois d'entamer une greve de Ia faim,
pcQ- redarner le statut
de prisonniers politiques.
U! matinee se deroula normalement'
~ qui nous strprit. fi.Jous nous attendions
Q t~ tnotnent. a des represailles
de I administration. Nous sommes restees
~}? cour. respirant les dernieres
"VVITTees d'air, nourTissant notre corps
dts l'a)'ons du solei!, dont nous allions
SOns doute etre privies
pou. ~ longue periode.
~ etions Jrites
Q toutes les eventuaJ't I
• es ... II
l..t 19 Novembre. J'infirmier est enfin venJ
Au debut de l'apres-midi, alors que ... On nous fit sortir l'une apres I'autre, et on ~~ prise ~ t~~~- ~ constata que
~ faisions t.11 petit sonvne, Ia porte nous enferma dans Ia cour, pour fouiller rrtat de SaTda se detertorait...
s'OUW'it soudain, et tout ce que Ia cellule de fond en comble. Its n'ont laisse
J'cdninistration comptait comme homines que quelques Couvert\re.s et quelques veternents
de main, mvahit Ia cellule ... Apres quoi Ia gardieMe nous fouilla a notre
I

tour .. .

!)
-

~ l"hapital, ce fut IMle nouvelle epreuve. La police.


le diquetis des annes. les chiens policiers Ia ruit ...

. . . L£ midecin ordoma c,J.on nous mrtt


sous perfusion Ce c,J M lrm)SSft*
pcxr Fatima. a cause de Ia ~
de ses wines. Son corps rcfusalt
tout tiquide etronger. De milM
II en fallait plus pour nous pow' Rabio; apres qut~ jcu's,
intimider. Nous etions determi- a Ia suite d't.~~e infection,
nees a aller jusqu'au bout. Nous on dut intenoonve so perluskln.••
nous sommes jetees dans Jes
bras les 1.11es des autres pour
nous souhaiter du L.UL. . "UL.III":

... Mais Je mardi 29 novernbre. l'etat


Saido en revanche de sante de Sa"ida s'aggrava t>rusquement. · ·
stn'blait tenir le ~ . [)ouletrS a l'estomac, vomissements ripetes.
Ma9i les Yertiges Malgre Jes medicaments ?dmini~. •
tt Its palpitations son etat contirua a se ~der JLJSqU au
CSSQf~ ,
8 decembre, ou elle entra dans ll\ coma totaL
dans notre cas Transportee en salle de reanimation
potr un ultime combat. elle mou-ut ..
le 11 decembre, a rage de 26 ans.

41
POl.R N:JJS, ~DE LA I'JOlN8.J..E DE LA MORT DE ~A FVT UN COUP TRES, DUR.
KfN:n'RA.
MALS LOIN DE 1\005 ~. 8.LE NA FAIT QUE ~ NOTRE DETERMINATION. LN GREVI5rE RACONTE ... zeme semaine : les coliques sont deveB.Jes habituelles Au COli'S de Ia pi di ;c "e SEn'II:Jft, Ia adeu-
mime les rnorceaux de sucre perdent petit o petit leur de roon U"ft Wait CJJ blanc. Ek ruJeW:nt jc:lne
a
ford srisent Sats doutoe mon cxrps se
m semaine : tris dure. Des douJeurs Le sommeil est perturbe et discontinu. Reves etranges et.. Mois j'ai recommence 0 pouvoir lire, ce qui m'aide a
o Ia tet~ d aux intestins. Fatigue et effroyants : le plaisir de manger se mete a Ia terrea- :i~ les douleurs et ... ce temps qui s'etire interminable- l'lOti'Tit-i deu-1\'ime rm absela de rv..mt\rc,
Les cris des rats affcrris s·~ dJ ftnd.---t
I"'WSUs. vutiges. Mauvoise haJeine, de Ia repression . ment. La lecture me demande cependant plus d'efforts. dJ cxi>ftt. Des rats ~ mus CMilS
,__ ,_.;. les bains de bouche frequents. En ces circonstances, celle de "l'idiot" de Dostoievski, solidafts, m les Jri.ort
n'anive plus Q lire, ni a me concentrer. me convient parlaitement. de l'klS restes.

L.e monde autour


d~ moi s'assom-
brit. devient froid
et glacial . Malgre
les vetements,
mon corps se
refroidit
de jours en jours.

Un moment de bonheur. Ia prise du morceau de sucre, pcxrtant


peu frequeme dans Ia journee. Une fois dilue dans l'eau.
je l'absorbe par petites gorgees, lentement, pour faire
durer le plaisir.

Dans Ia ccxr. I'air est vivifiant. La marche cal me Fin de Ia semaine : je me leve
les nerts ~t rend au corps ll'l peu de sa vivacite potr uriner. Un vertige, un nwr noir
L'infirmier est YellJ prendre Ia tension
d ~ sa capacite de resistance . Je n'eprouve devant mes yeux. . . et puis
de certains camarades, dont l'etat
aUCll'l besoin de compagnie. ni mime de discuter plus rien .. .
de sante s'est manifestement degrade.
avec qui ~ ce soit. Apparemment. tout le Ce qui etait aussi mon ~ - Mo., tension
monde est dans le mime etat d'esprit. ... 't L.---- mais cela na pas em.s
e .ar ~. . d ·-:~ ... l"nf'
Et meme · a' ,nui
r ll'1tller nous avons
ll'le seconde I a lt\lr~ll~llon.. . . -• rr..~al
demande de transporter les malades les .plus atteintS a ,...,.. , .
n'a pu evrter cette reponse historlqJe. d~ du makhzen gronde
,
epoque .. "ne .:.ut-'
_......., de cette nrison
r ..
que. celur
. , .
f,t

qur. a paye, sa perne, · ou celui qui a terlt\lne sa VIe · · ·


Une bien belle retlexion de Ia part d'~
personnel responsab~e•. ~
de Ia deontologie medtcale.

II fallait que je m'en mele,


pour que le gardien fasse vite.
Sans doute que le camarade .
en question etait en train de vomrr ...

42
a
~ dirutetr consentit recevoir Ul'le delegation, histoire de prendre
... La deligotion accusa I'administration
Jot~ ambiCJJTte. Des signes de lassitude se lisaient sur son NouS somrnes cinq dans cette salle, et nous ne tordons
de fournir des produits detectueux
visage. La liste de nos revendications lui fut a nouveau exposee. 0 comprendre qu'il ne s'agit que d'un piege,
PCII'1'ni celles-ci, !'amelioration de Ia nourTitlre. II vanta Ia qualite comme les borres de sardines rouiiJees. ~'" tornre mentale ou physique de plus.
de nos festins en nous faisant remarquer que nous etions mieux nourris Le directeur dementit. On fit opporter
que Ia majorrti de Ia population marocaine. Nous approuvOmes cette une borte, on I'<XM"it ... Elle etait
analyse sociologique et culinaire, en lui faisant toutefois remarquer rouillee. Le directeur prit alors rair
que c'etait just~ pocr cette raison que nous etions des opposants. d'un chien battu...
Et que c'etait pocr cela. entre outre.s, que l'on cherchait avec tant
a
d'obstiMtion nous foire taire. Une reponse qui n'eut pas l'heur
de lui pklire "Ce pays affirma-t-il boigne dans Ia prosperite."

----
------------
La salle ou nous sommes enfern'\is doMt
sur une vaste ccxr. Toute.s les fenitres
. . . . Tard dans Ia nuit, nous sommes reveilles sont cassees et l'air qui s'y engouffre est gfacial.
par un bruit effrayant. J'ai cru a un cauchemar, Au cceur de cette nuit pluvieuse. nous attendons.
mais j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait grelottant de froid. Les rafales de vent poussent
21 £me jcxr : le. sucre provoque des nousees a prisent.
... Pas pour longtemps. L'infirmier, d'tl'l camarade en train de vomir ... Ia pluie a l'interie~.r. Los d'attendre, nous .
en effet, est venu cette mime nuit nous laissons finalement gogner par le sonmetl.
Foute de ne pouvorr me laver, je commence a digager
nous convier avec d'autres camarodes.
des ~ repoussantes . Mon etat de sante continue a rencontrer le medecin ...
de se degrader. Je n'orrive plus a tenir dans mon pantalon
devm.~ SOUdain trop large poll" ma taille. Plusieurs
d'entre nous ~rent de maux d'estomoc. On nous permit
de_ ~ mettre a deux par cellule pour que nous ,_,"'ions
sorn I~ de I'<Jlltre A" · · ,.. .....
· rnsr , Je vais ovoir de Ia compagnie ...

. . . L'infirmerie est tres loin


de notre quartier.
l.orsque nous arrivons
S\r les lieux. pas de medecin
mois juste une salle '
ou nous enfenne l'infirmier
avant de disparaitre... ·

44
23ime jot.r : ~ 8 heures du matin, trois ... Et profere des menaces contre notre insolence .
c:.arnarodes nous rejoignent a l'infirrnerie. Nous voila seuls avec les deux quidams qui se preparent
~vee deux prisomius de droit coiMU'\ un petit dejeuner tranquille. en devisant ... ... Cinq gros bras m'attende~t dans I~ piece ...
qui ~mbl~ devoir rester avec nous dans Ia salle. Et me re~oivent d'un orr narquors . ..
Nos protestations aupres de l'infirmier au sujet
des i~s de Ia veille et pour Ia presence
des droits comtiU\5 ne semblent pas avoir ete
pertinentes. D les balaie d'~ revers de main
agoce ..• L=;=;::==::::;:==:rr=ii _ _ _l l

J"ai entendu une discussion insolite entre deux camarades qui n'avaient . . . Ce soir-la. l'infirmier est reveru
jamais eu I'occasion de fa ire connaissance auparavant. Le premier : et o choisi parmi nous 5 camarades.
- Co~Mlent as-tu ete aMte ? II pretendoit que le medecin voulait
- Au matin, dans une crimerie, j'ai pris un verre de lait les voir. J"etois parmi les heureux
d croissant ...
Lrt
condidats a Ia visite ...
- Un croissant au chocolat ou sans chocolat ?
- ~u chocolat bien sll-. Une fois Ia porte ferrnee. l'infirmier m'i~!~
Une appetissante conversation s'engage alors autour de toutes une theiere en disant : "tu vois cette therere. elle ~
les f~ ~ c:,roissants. des meilleures recettes, des plats remplie de lait. Le medecin te dOMe l'ordre de Ia ~Ire
les mu~ux mrJotes.Une discussion a laquelle nous avons activement et de mettre fin a Ia greve. Sinon on te Ia fera borre
participe ...
i-----..,....,---------------'-j de force."

II revint une demi-heure plus tard.


seul. A mon tour de le suivre.

On nous introdu· it d
conduit chez le ~~de~ une petite salle. L'un d'entre nous fut
ern.
~·15J'ar. envte
.
de vomir a Ia we de
.
tra esti en infirmier.
ce tortionna•re
y, t de barbarie ...
pas QUestion pour moi de me laisser intimider par ses ac e 5
46
47
... :ravais a peine e.xprime mon refus Le tortionnaire n'en continue pas moins son travail.
que l'lJ"' des bourTeaux me souleve ... jusqu'O. Ia derniere goutte de lait.

. . . Et me laisse retomber de toutes ses forces


sur Ia table ...
. .. Le lendemain, nous rid~
des lettres de protestation...

... Face a ma resistance,l'un des bourreaux me prend . 'stre d Ia Justice ~""'ement Premier ministre .
... adressees a !'administration penitentiaire et au m•m e , . . • -~ . ie en cl t
par les cheveux et cogne violemment ma tete contre
Ia table, pendant que les autres me bourrent le ventre
Quand il l'apprend le directeur entre dans une rage folie et
,
se a
prec•p•te I m:•~-~. .
, Ies a utres . Une f o is dans notre salle, •I oruur•'"' .
aquan
furieusement les portes, les unes apres
et Ia poitrine de coups de poing. C'est alors que l'infirmier
entre en scene : il m'introduit une sonde dans Ia bouche
a
pour me forcer boire ...

"Si vous ne voulez pas etre raison-


nobles et VOUS meier de ce qui VOUS
regarde, nous vous liquiderons et dirons
que vous etes morts de faim. Dans
votre cas, nous avons carte blanche I"

de monde
[)ecidement. dans ce pays. trop
a carte blanche str nous.

La sonde n'est pas assez longue. Comme je me debats, elle


ne parvient qu'a
blesser ma gorge eta
me faire suffoquer. 3oeme jOll" : a l'infirmerie. nous sonvnesdesor'mOis
et
Meme mon estomac se revolte je rejette le liquide peine
avale ...
a de plus en plus ~· ~ OC:C:: apprement
dew< salles. Lesnouveaux .
que des negociationS ont eu heu. ~f~
Atw:~ __......;~ntants et l.fle COfM\ISSIOf'l.
nos r~.,.~··--'-'w!l de t•~IOf'l,
dJ dll'edet.r ~ ..... - dilegues du minist~
penitential~ et dese convnission ayant pose des
de Ia Justtee. Cett , discUSSion. not(]I1VI'\£nt
conditionS preat~tes~t~ants ont mis fin ..
l'anit de Ia goeve. litre ces"comiqueS ·
· · · A~ quoi, ils se jettent tous sur moi oux "negodations"• en ~;ces cols blancs
pcxr me maltriser ... De toutes f~· ce ne
qui peuven1' prendre des
------.nts.
cr~·~·--

48 49
de Ia nuit I'll\ des camarades
~"" J.01.1' : au cours · ' · "J''ai perdu Ia we Le midecin est impuissant a faire quoi que ce
"'~"';' ··nt· ·er se met •a, crter
~.., par It 1rmt
· .
I" Le souvenir d'un arttcle soit . I I tente de le persuader de mettre ftn
~~ ·"' • J ne vois plus rten . a Ia greve afin d'avoir des chances de ~
... Au moment ou !'ambulance franchit Ia porte ~ 1 e, d nN-_ve me revient : il parlait d'un
" . lu debut e 1a ~· - . t' , sa we. "Si j'agis maintenant, lui ripond notre
lit J01 au . d I we lui auss• , au quaran teme
de Ia prison, nous entendons des voix scanc:fer : ,... · · qui ava•t per u a ' · 'I' camarade ils attendront que tout le monde ait
p;lestilltl\ f . dans une prison tsrae tenne.
"tuez-les, torturez-les, d'autres prendront
p.r dt Ia greve de a =~vions subie dans cette maudite
1 perdu Ia ~. pour que Ia questi~ de Ia griw
Ia releve I". Cela nous fait un peu froid dans se regie d'elle-meme. Je refuse.
le dos, mal en point comrne nous le sonvnes, tqis ~ torture que d laignait de troubles de Ia vue
,;~e. ce camara e se P
mais ces voix de nos families, s'elevant COf'ltre
r. de maux c1e tete.··..:..·--------;-:;~_
Ia 1yraMie, nous font quand meme plaisir.

36eme jolr : on se risout finalement


otror\SPO('tel" les plus malades d en1're nous ' . ........c:.c:mt de l'ernmtnU
Deux de ses collegues ,5 e.. :-----
a ll\Opital. J e suis pcrmi les 5 P'-emiers cancfldats, a son tour chez le medectn.
aux-10 mrme q.i OfTt b i ~par rinfrnnier... ,---------,
Lo sOOie est tenement dramatique,
~ l'lll des policiers perd connaissance ·
A l"hOpit ol. des policiers anneset iquipes de talky walkies LI'Vl<XHII ? Ce sont des lits a peine plus confortobfes
nous acaJeillent. Lec.rs engins font un bruit d'enfer, ce qui que ceux de rinfirmerie de Ia prison, avec le calm£
ne favorise pas notr-e repos. Notr-e ouie devenant hyper en moins. ~ible de dormir. Le lendernain,
sensible, nous ne supportons pas le moindre chuchotement. d'CI.Itres grevistes nous rejoignent. L'openrtion
de 1ransfert se potrsuit, jusqu'au demier jotr
de Ia~.

, .stu sont donS


Tous les ~VI ·ssent
' tat T ous vom•
I ....r-____
Jt . .
, ~··•~... mot auss1
a-:
'"r. ,
des que je
cet e · ,.
de Ia bile jauncftre,
melee de song.. .
Pl'tnds de l'eau
~ du sucre. dont
Je ne peux plus
~trIa '1\Je
51
50
Au ccxrs de l'opres- midi, 44eme jour : une delegation officielle nous rend lhlmt..emepcrllw~
mon etat de sante se deteriore visite. Ses membres defilent devant nous comme si . . . Et piau a Ia farnille, des fGm~les perdant notre grM ...
cr~ coup. A mon tcxr nous etions dans les cages d'un zoo . Ils portent Ia ~ . Ia bi~-aim«.
je souffre de trolbles froJ\9liS , pour marquer leur rang ou lew- autorite. les enfants, Ia saar, le trere.
de Ia we. Je vois double et Certains d'entre eux sont a !'evidence analphabetes, les amis aussi. ceux et celles NOUS NE PENSIONS PAS QUE VOTRE
les objets semblent bouger mais tiement neanmoins a qui mieux mieux, a faire qui nous ont accompagnes GREve ALUIT DURER TOUT CE TEMPS
devant mes yeux. Deja, depuis _~ dans note folie equipee. AU DEBUT NOUS NOVS CONTENTIONS
etaloge de leur ignorance.
D'l~CRIRE ;U MINISTERE ET ALA PRESSE,
plusielrS. jcxrs, nous ~~·r$ qui valait nianmoins Ia peine
/MIS L'UN COMME L'AUTRE FAISAIENT
d' insonvue. J e ne dors qu lJ'le d'itre entreprise. Nous sommes
helre ou deux par jcxr. ~ ~ --'!.~,~• encore tres eprouves, LA S0URDE OREIU.E.
mais le bonheur d'etreindre
un itre cher, une epouse.
une mere, des enfants, des
amis est pour nous Ia meilletre
fa~n de se resS<Kreer.
eependo.nt. beaucoup d'entre
nous sont tres mal en point.
Ulceres. maux
de foie ou de reins,
rhumatismes ... Mon voisin, lui,
n'a pas encore recouvr-e Ia we.
.Tai appris plus tard, que Ia dite delegation, De plus, il souffre d'un
veRJe nigocier, comprenait des membres de desequilibre nerveux qui
Ia droite au Parlement, des representants du l'empeche de se tenir debout
ministere de Ia Justice, le directeur general de et encore moins de marcher.
Les poll'pClrlers dlrent tout l'apres-midi et se prolongent jusqu'a !'administration penitentiaire et des mectecins. II sera transfer£ dans
3 hetres du matin, sans CIUC\I'le consideration pour l'etat de
~ h8pital specialise.
sante de nos reprisentants . Sans doute table-t-on Sl.l' letr etat
de fatigue, pour leu- faire accepter n'i~e quoi.Une mid~ de pain 45erne jOLr : fin de Ia greve. .
de plus feroit !'affaire avec ces affomes, dewient- ils se dire. lhlis le combat est loin de se temuner.
Niarrnoins, nous n'etions pas dupes des intentions de c:et essaim de Patr l'hetre, place aux rejouissances.
frelons, mal elus. Finalement, c'est le petit David qui tetTaSSO Goliath. Une bonne douche polr convnencer.
Toutes nos revendications f\rent arrachUs . De !'amelioration des Le corps squelettique des C1UtreS m'effraie ... ALA PRISON, LES GARDIENS REFUSAIENT DE LAISSER RENTRER
conditions de detention a Ia levU de !'interdiction Sll' les livres, Un autre en me voyant, moi. s'est L'EAU ET LE SUCRE, MAIS SUR NOTRE INSISTANCE, ILS ONT
les jou'naux, et le poste de radio. Avec. ~ prime le droit de pblier tout bonnement evanoui. :Je ne FINI PAR ACCEPTER. ..
notre production intellectuelle dans les jcxrnaux. Dans les faits, pesais plus que 30 kilos.
nous avons reussi Q faire de notre prison lJ'le espace de liberte ... AU 17EME JOUR. NE VOYANT RIEN VENIR PENDANT LA FETE DU MOUTON,
que tout le pays nous enviait a l'ipoque. Paradoxalement, nous etions NOUS AVONS DECIDE DE MANIFESTER DEVANT LA PORTE DE LA PRISON...
deverus les seuls citoyens vraiment libres de ce pays.

52 53
LA MORT DE SAID~. AU 30EM~ JOUR A FAIT TOMBER
LES DERNIERES BARRIERES DE LA PEUR ...
fL-

.. . DEsoRIMis. RIEN. NI F'ERSCN-E.


LA POLICE EST INTfRVENUE, NOUS MENA~ANT t-E PaNAIT t-kJUS ~. NOUS SOMNES
D'EMPRISONNEMENT NOUS DECIDONS DE NOUS RENDRE DONC AL.L.Es ACASABLANCA. NOUS AVONS EXIGE
ARABAT POUR PROTESTER AUPRES DES RESPONSABLES. QVON NOUS REMETTE SON a:RruEIL...

. . . POUR L'EMMer-.ER DIRECTEMENr


A MARRAKECH. NOUS N AVIONS PLUS PEUR
DE DEFieR LES AUTORIT'Es EN MANIFESTANf
DANS LA RUE...

... NOUS SOMMES DONC REVENUS ALA


PRISON DE KENITRA, POUR UN NOUVEAU
RENDEZ-VOUS AVEC LA DECEPTION...

... SUR CES ~TREFAITS,UN ~SPONsABI.i= NOUS A RE~S


ET INFORMES QUE LE PROBLEME ALLAIT ETRE RESOLU_

... CETTE FOIS, NOUS A


VOIR LE MINISTRE DE LA JUSTICE. ALORS
DE BUREAU EN BUREAU D'UN FONCTION-
NAIRE AL'AUTRE, NOUS AVONS FThii PAR PEUPLE, REvEILLE- TOI I TES ENFANTS REMPLISSENT
FAIRE LE TOUR DE LA PROPRIETE, SANS LES PRISONS I
VOIR LE MINISTRE.....

... ALA FIN ON


NOUS A DESCENDUS ALA CAVE POUR
NOVS FAIRE ATTENDRE LE MINisTRE
EN FAIT~ ON NOU~ A ENfERMEs .
JUSQVA L'ARRIVEE DE LA POLICE
QUI NOUs A EMBARQUES. '
55
54
a
jw~ PEUX PAS ~VOIR CE Ql.E a:nE
M'A. APPRIS JE NAI PAS 8J
~ ~. mo. mere est lft viel11e femne. frogt1isi.e per les <115. N'IJis en
pensant ason pcrcoli'S de corrb:rttc»lte, ~ y a 20 <I1S.
I1 en fallait plus pour nous mettre geno\JX.
Matgre Ia dispersion, l'isolement, les brimades,
je me sUs dit : "w ilcl l.ft femne dent rHistoire
ne retierd'O notre greve de Ia faim s'est pcxrsuivie 17 jours
LA ~ DE FA.lRE DES Elus, JE to-E co.wRfN)S supplementaires. Apres quoi, de nouvelles
RI&J ALA Pa.ITIQ.£. MArS A
~ pas le ~. mais ~ a c:ontribue son iw a
A.VOlR ~ I.E.S
a 1a ccuse c1es cFoits de rHcmne dl Mt.roc. En Sl.i'.a1t 1es dedales negociations ont ete ouvertes. Cette fois
de rcdnnstration; en s'CM!t'ltlrcl1t dms les rues polr aier sa co&ere sans possibilite de revirement, ni detour.
~DECEPAYS,
et sa doUar, per c:mxr potr son fils,
J'A.I L~ DE NAVOlR efle a en effet oblige r---:ar--""'F"'_ _ _ _ _ _ __ j
PAS fSW ~ o-osE.
1a tyrcmie a desei'T'el"
JAMA.IS JE NA.UVJS PENSE
sa poig1e Slr le pays. Ble
QJ\A\1~
n'etait pas se:Ue. Ble etait
FVISSE NENTIR. ET'RE penn; aCJJtres mer-es.
t..kJ.E ET Tar~ d CJJtres epouses. d CJJtres
~. .----_J
SO!li"S ~. conme efle,
CMJient ose a11er
a rOSSOJt ciJ ciel
eta 1e fare
s'effOI"d-er. Pcxr
c.eJa efles rM mitt
mon respect
et rm cxr•sidenrtic.rt

II n'etait plus question d'humaniser Ia prison, mais de mettre


a
fin l'emprisonnement politique. En clair, de liberer
detinitivement le pays du joug de Ia tyrannie . ..
A Ia fin du mois de janvier alors que nous comrne~ons
I

a peine a nous retablir, nous apprenons soudain


que les engagements pris par Ia commission officielle I

II n'a pas fallu longtemps pour qu'elle le soit; sont consideres comme nuls et non avenus. Mieux :
quelques joors plus tard, dans Ia ooit .. .. que nous allons etre eparpilles par petits groupes
un peu partout dans les prisons marocaines . . .
Nous avons done decide de reprendre Ia greve.
.. . QUI. faisait ~ll\
. coid d'CI'T'OI'dissement
des que !'information a ete confirtnee ...
a Cosablarm. se pe.rrrdtait.
elMs r~ totale. c~e
sotJnettre des ~ a 1a
flagellation. den> l'enceirte
meme d'll'l lycU {avn1 78)...

... a des tortiomaires d eJ(er'(;ef'~~e<i~


lel.r sadisme CIJ mepris de Ia vie
des gens. Entre mille CIJtres.
que I'on se rappelle de Grina* ·:.
Que l'on se roppelle 1es eJ<actionS
de Ia ~ dQSSOinissement ...
... n. FAUT REveR CITOYEN I Il. FAUT
COVVER LAFLAMME DE L'UTOPIE I
MAIS AVANT TOUT. Il. FA~ COMBAT'mE
L'AMNESIE. POUR QUE LA MEMOIRE
RESTE AUX AGUETS. POUR QUE l.'ON
PVISSE DIRE ENF1N :
PWS J AMAIS CELA I
*Grina etait lrl militant socialiste,
mor-t sous Ia tor1\l"e policim .

57
56
Postface

r jt 11r bnil pa
r tu 11e briile. pa
i uou.\ 11r bni!on\j pas
Commcut It :t:uebre
De11iendront - elle clart ?

Nazim llikmcr

CHRONIQUE
DE LA TORTURE ORDINAIRE

Dar Moqri. Derb Moulay Cherif. Qalat Maggouna. Tazmaman. .. De~ nom
de lieux a haute charge symbolique qui sonnent comme Ia honte. Commc
Ia mort. lls disent la repression de nos annees de plomh. Et cette ignomi-
nie a jailli, puis s'est etalee a jamais sur les page de l'histoire dl' notre
pays. Annees noires d'arbitraire et de miserc dans cc Maroc de olcil ct
d'infamie illustre. Tout un peuplc a genoux dans Ia boue, dcvant !>On bour-
rcau. Celui-la meme qui a banni Ia caricature et cs derives de notrl" exis-
tence, baillonnant une fois de plus Ia libertc d'expression. C'cst Cl'tll' \ihcr-
te que Aziz Mouride nous raconte dans son livre. Liberte de Ia d(·chrann·
lorsqu'un pays tout entier est sous Ia tutclle du haillon. Centres secrets de
detention. Partout. Dans chaque ville. Pour agir avec Ia rapidite ct l'cffi-
cacite des rapaces. Enlevements. Sequestration. Torture. Detention arbi-
traire. Proces expeditifs. Incarceration ... Combien de desti~ bris~s ? De
vies detruites ? Parfois pour rien. Juste pour l'exemple. Planter Ia pcur
dans le regard des gens. Courber l'echine aux plus fie~. Frappcr dan
l'honneur, dans Ia dignite du peuple. Frappcr avec toute Ia detcmJination
de l'horreur, de l'insoutenable, dans le ccrur des famille , arrachant lc mari
a so n epousc, le pere a ses enfants, lr frcrc a sc~ sreurs, lc fils a ~a rn&rc...
Des milliers de families a jamais disloq uer«,, rompuc~ com me dans un film
d'horreur lorsque la bcte, assoiffcc ck ,ang, mas~o,acn· san~ tt•tt•nur tous
ccux qui se mcttent sur son chemin. Crux qui nc huri<nt pas clans Ia rni•mr
direction qu'elle. La bete immondc. Vivant du rnalht·ur et dt• Ia snufrrnn-
ce infinie de ses victimes. Qucl crime que cclui d'Ctre nO sur unc tt•rrt• oil

-~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
~ · ~ i m ~ p~u n
~ t .
~ k ~ 'd~ e ~ S ~ S ~ C ~ ~ m ~ ~gne ~
Oublier, disent les il.Jnes sensiblcs au qui ant des chases 3 >< reprochrr.
a WUS Irs etag5 et IOUS lcs nivraux?
59
Oublier ? Mais oublier quai ? Les dessins de Aziz Mouride nous obligent a aussi pour nous, qui sommec; rcstcs dehors. Pour la dignite dr tou~. Pour
garder les yeux grand ouverts. A nous interroger sur ce crime perpetre que le Maroc n 'ait plus a rougir de cs enfants. Pour qu'il n'y ait plu de
conrre l'humanite. Transformer nos points d'interrogation en pieux. pour place dans notre existence pour les Oufk.ir, le Basri, les Dlimi. 1c Archane.
les planter dans le creur de notre peur, de nos multiples lach etes pour qu'un lcs Youssfi Kaddour et autrcs tortionnaires ou commanditairc du crime.
seul cri de revolte trouve enfin son chemin vers La liberte. Un cri fort. Un Juste pour que le citoyen garde sa colonne vertebrate intactc. Pour que Ia
cri pluriel. Qui sortirait de toutes les gorges obstruees pour dire assez. dignitr soit respectee com me valeur sure. Aziz avoue qu'il n'a pu r~garder
Assez a Ia peur. Assez a Ia repression. Assez au crime. Pour dire non ega- sa femme et ses en fants dans lcs yeux qu'une fois on livre fini. Aidcz-
lement. Non au mepris du peuple. Non a l'irrespect de la personne. Non a nous a nous regarder en face sans que nous ayons a rougir de nou~-m(·n1l' .
l'impunite ! Plus jam a is d'hommes au-dessus des hommes et au-d essus des de toutes ces annees d'horreur ou la bouc a eclabou c nos rcves lc:s plus
lois ! fous : ceux d'un pays dcmocratique ct d'un ctat de droit !

L'histoire racontee dans ce livre n 'est en aucun cas un regard bloque sur le Racontce en noir et blanc, cette bande de~sine le noir d'un pan de notn.•
passe. C'est un regard feroce mais lucide pose sur Le present et qui appelle histoire. Des pages maculees du sang des tortures. Lts n:o,capt:s de
l'avenir. Pour denoncer l'horreur. Pour que la bete immonde ne vive plus Tazmamart, de Derb Moulay Cheri f, de Dar Moqri, de Qalat Me~gouna ...
parmi no us. Un cri contrc l'oubli. Pour que la memoire ne perde jamais de sont encore Ia pour nous rappcler cette grande misere. Les rcsponsabh.·s des
vue les murs d'opprobrc, les hurlements humains qui brisent Je calme de sevices sont encore la, cux aussi, pour torturer encore notre quotidicn par
notre sommeil, Les corps tordus, brises par les bourreaux... et notre silence leur presence, leur impunitc, leur a rrogance. Les lieux de Ia hontc sont
complice. Notre aveuglement. Nos faux-fuyants. Nos paroles creuses, nos toujours debout pour representer ce passe douloureux que nou.~ cherc.ho.ns
multiples demissions. L'histoire d'un homme. De millicrs d'hommes. a oublier. Ce ne sera pas facile. Surtout si les hommes aux mams oUJilces
L'histoire de Mouride. Celie de Sa'ida. Celie d' Evelyne. Celle de Zeroual. du sang des victimes et des marty rs continuent de polluer Ia scene sociale
Celie... C'est en fait L'histoire de chacun de nous qui est racontee a travers et politique du pays qui doit se faire sans eux, contre eux, contre leurs
ces dessins. Un voyage dans notre propre misere. Parce que nous avons methodes et leurs principcs. Nous aspirons tous a un Maro~ n.ouveau.
accepte. En tout cas, nous n'avons rien fait pour que cela ne se produise exorcise de taus Jes crimes du passe. Sinon, nous continuerons a v~vre .sur
des disparus de Tazmamart et autres lieux secrets de detcntton.
pas. Notre volonte et nos bras ont faibli devant L'horreur. Et l'horreur por- Ies ca d avres . 1 · · ·
tait un nom. Elle s'appelait feodalite. Et celle-d avait arme le bras des Nous continuerons a nous leurrer et a porter le bandeau n~ tr de a .vente
Goebbels marocains, des Himmler et autres Eichmann. Commissaires, flies, sur les y eux. Un bandeau plus epais que celu i q.ue l'o ~ f~tt. porter .a ~ous
directeurs ou gardiens de prisons et autres militaires devenus celebres dans les tortures du mondc, dans tous Jes endroits ou Ia dtgmte humamc est
l'epouvante, l'innommable... Pourtant, l'epouvante et l'innommable bafouee.
avaient des yeux, des bras, des enfants, des reves, un salaire, une voiture ...
Avaient-ils un c~ur ? Les monstres de Ia nuit ont falsifie les lettres de Ia Abdelhak Serhane
liberte et perverti les normes de Ia dignite, excellant dans l'art de Ia tartu-
r~. L'avion, le perroquet, le perchoir, la boutcillc, l'electricite, le sac, les bas-
s~nes d'eau polluee d'urine, les torchons javellises sur la bouche, les priva-
tio~s, les humiliations, les brulures de cigarettes, Ia faim, Ia maladie, le
frotd, le viol... Pire que Ia souffrance. Pire que Ia mort. Pire que toutes les
impuissances.

~I ne s'agit pas d'un film d'horreur ou d'une piece de theatre macabre. C'est
J~ste Ia vie au Maroc durant les annees soixante, soixantc-dix et quatre-
vt.ng~s. Avec ses zones d'ombres et ses flaques de sang. Ses larmes et ses
dechuements · Celles q ue nous raconte cette bande dessmee . . lorsque Jes
femmes et les hommes d'gt nes de ce pays sont broyes
. par Ia machine infer-
nate du systeme. Des corps anonymes, transformes en dechets humains.
Mais qui rcstent des femmes et des hommes qui luttent. Pour eux. Mais
61
60
c TARIK editions

185, Bd Zerktouni- Casablanca - Maroc


ISBN 9981-1974-0-8

c Paris Me<literranee

12, Rue du Renard - 75004 Paris


ISBN 2-8472-090-3

Conception graphique
Joelle Caramella

Couverture
Nadjib Berber

lmprime au Maroc - Avril 2000 -


sur les presses de l'imprimerie ldeale
a
Casablanca

Depot legal : 2ooo;5o4

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