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Classification Des Surfaces Topologiques Compactes: Ecole Normale Supérieure de Rennes Mathieu MARI

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Ecole Normale Supérieure de Rennes

Mathieu MARI

Classification des Surfaces Topologiques


Compactes

Maître de Stage : David CHATAUR


Laboratoire Paul Painlevé
Université Lille 1

L’anneau de Möbius, Paul Griot, Université Rennes 1.

Juin 2014
0.1 Préface
Ce mémoire est le rapport d’un stage de cinq semaines effectué au laboratoire Paul
Painlevé de l’université de Lille 1. Ce laboratoire compte cinq équipes de recherche dont
l’équipe Géométrie et Topologie dans laquelle travaille mon maître de stage David CHA-
TAUR. Maître de conférence habilité à diriger des recherches, son domaine de recherche
est la topologie algébrique. C’est un domaine qui s’attache à décrire les propriétés qualita-
tives d’objets géométriques via la construction d’invariants de nature algébrique (nombres,
groupes, algèbres). Il s’intéresse tout particulièrement à l’étude de la topologie des variétés
algébriques complexes (les solutions de systèmes d’équations polynomiales complexes), mais
aussi à l’étude des espaces de chemins et de lacets.
Ce mémoire est le fruit des lectures et des recherches que j’ai effectuées durant le stage
ainsi que des discussions avec David CHATAUR. Il est inspiré principalement de deux ou-
vrages : Massey [2] et le plus récent Gallier-Xu [3].

0.2 Notations
— R : l’ensemble des nombres réels.
— S2 : La sphère unité i.e. {x ∈ R3 , |x| = 1} où |x| désigne la valeur absolue de x.
— T2 : le tore.
— RP2 : le plan projectif.
— K2 : la bouteille de Klein.
— E ' F : E et F sont homéomorphes.

1
Table des matières
0.1 Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
0.2 Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1

1 Introduction 3

2 Surfaces 3
2.1 Cadre formel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2 Surfaces remarquables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2.1 La sphère : S2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2.2 Le tore : T2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2.3 Le ruban de Möbius . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2.4 La bouteille de Klein : K2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2.5 Le plan projectif réel : RP2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.3 Orientabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

3 Le théorème de classification des surfaces compactes 6


3.1 Somme connexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3.2 Le théorème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.3 Phase topologique : Triangulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.4 Phase algébrique : Complexe cellulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.4.1 Opération sur les complexes cellulaires . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.4.2 Formes normales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
3.4.3 Démonstration de la version algébrique du théorème de classification 14
3.5 Classification des surfaces à bords . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

4 Caractéristique d’Euler-Poincaré 18
4.1 Définition et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
4.2 Un corrolaire du théorème de classification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.3 Formule de Gauss-Bonnet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

5 Conclusion 22

2
1 Introduction
Dans ce mémoire, je vais présenter le théorème de classification des surfaces topologiques
compactes et en donner une démonstration, après avoir défini les outils nécessaires à la
compréhension et à la démonstration de ce théorème.
Ce théorème est assez surprenant puisque son énoncé est relativement simple alors que
sa démonstration est longue et nécessite divers outils mathématiques complexes. La pre-
mière preuve rigoureuse est dûe à Brahana[1] en 1921. On procédera à la démonstration de
ce résultat de topologie algébrique en deux phases. La première phase consiste à traduire
un problème topologique (deux surfaces données sont-elles homéomorphes) en un problème
algébrique via l’utilisation de complexes cellulaires, et la deuxième phase a pour but de ré-
soudre le problème algébrique. On parlera également d’invariants topologiques, comme la
caractéristique d’Euler-Poincaré qui joue un rôle essentiel dans le théorème de classification
et dans son utilisation.

2 Surfaces
Pour pouvoir parler de classification de surfaces, il faut d’abord définir la notion de
surface.

2.1 Cadre formel


Définition. On dit qu’un espace topologique séparé S est une surface sans bord et si tout
point possède un voisinage homéomorphe au disque ouvert {x ∈ R2 , |x| < 1}. Si de plus S
est compacte, on dira que c’est une surface fermée.
Dans la définition générale de surface, il n’y a pas d’hypothèses sur le fait que S soit un
sous-espace d’un espace topologique (comme R3 par exemple). La notion de surface fermée
définie ci-dessus est à distinguer de la notion topologique. En effet tout espace topologique
est à la fois fermé et ouvert. Dans le cadre de l’exposé, on ne s’intéressera qu’aux surfaces
compactes et connexes.
Une surface est un cas particulier en dimension deux de la notion de variétés.
La condition connexe n’est pas restrictive. En effet, deux surfaces (non-connexes) sont
homéomorphes si et seulement si :
1. Elles ont le même nombre de composantes connexes.
2. On peut trouver un « couplage » des composantes.
La définition précédente correspond à des surfaces sans bord, comme la sphère S2 par
exemple. Cependant on peut aussi considérer des surfaces à bords.
Définition. On dit qu’un espace topologique séparé S est une surface à bords si tout point
possède un voisinage homéomorphe au disque ouvert ou au demi-disque {(x, y) ∈ R2 , x2 +
y 2 < 1 et y ≥ 0}.

2.2 Surfaces remarquables


Toutes les surfaces sont définies à homéomorphisme près. Par exemple si une surface est
homéomorphe à une sphère, on dira que c’est une sphère.

2.2.1 La sphère : S2
La sphère est une surface fermée, homéomorphe à {(x, y, z) ∈ R3 , x2 + y 2 + z 2 = 1}.

3
2.2.2 Le tore : T2
Le tore c’est « la croute d’un donut ».
Plus formellement on peut caractériser
un tore de différentes façons :
— Dans R3 , on fait tourner le cercle
d’équation (x − 2)2 + z 2 = 1 autour
de l’axe (0z).
— T2 ' S1 × S1 , où S1 désigne le cercle.
— On obtient un tore en recollant les
deux bords d’un cylindre de façon
« naturelle ».
Le tore est une surface fermée.
Figure 1 – Un tore
2.2.3 Le ruban de Möbius
On obtient un ruban de Möbius en recol-
lant les deux cotés opposés d’un rectangle
après avoir fait vriller la feuille d’un demi-
tour.
Plus précisement, c’est le quotient du
carré [0, 1] (muni de la topologie induite par
la topologie naturelle de R2 ) par la relation
d’équivalence : (0, y) ∼ (1, 1 − y). Cette sur-
face possède des bords (un seul en réalité) et
ne possède qu’une seule face. On verra que
cette surface n’est pas orientable.
Figure 2 – Un ruban de Möbius
2.2.4 La bouteille de Klein : K2
La bouteille de Klein est une surface fer-
mée obtenue en recollant les deux bords d’un
cylindre dans « l’autre sens » par rapport au
tore.
Sa visualisation n’est pas simple puisque
dans l’espace, il y a auto-intersection. La
bouteille de Klein ne peut pas être plongée
dans R3 alors qu’elle peut l’être dans R4 .
Ceci est analogue au fait que si on dessine
un noeud sur une feuille, les traits se che-
vauchent alors qu’en vrai la corde ne s’auto-
intersecte pas. Figure 3 – Une bouteille de Klein
On peut également obtenir une bouteille
de Klein en « collant » deux rubans de Mö-
bius par leur bord.
La bouteille de Klein ne possède ni intérieur ni extérieur, et fait ainsi partie de la famille
des surfaces non-orientables, puisqu’on ne peut pas dire de quel côté de la surface se trouve
l’extérieur et l’intérieur.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le mot bouteille provient de la confusion entre
les mots allemand flasche (bouteille) et fläche (surface).

4
2.2.5 Le plan projectif réel : RP2
Le plan projectif réel est sûrement la sur-
face la plus difficile à visualiser parmi les
cinq présentées ici.
Imaginons que l’on souhaite décrire l’en-
semble des droites de l’espace passant par
l’origine. Soit H = {(x, y, z) ∈ R3 , x2 + y 2 +
z 2 = 1 et z ≥ 0}, la demi-sphère.
Si une droite n’est pas contenue dans le
plan z = 0, alors elle intersecte H en un
unique point.
Si la droite est dans le plan z = 0, son Figure 4 – Le plan projectif réel
intersection avec la frontière de H est consti-
tuée de deux points diamétralement opposés. Il faut donc « coller » chaque point de la
frontière de H avec le point diamétralement opposé, pour obtenir un ensemble représen-
tant « bien » l’ensemble des droites de l’espace passant par l’origine. Représenter signifiant
trouver un homéomorphisme.
Plus formellement, on définit la relation d’équivalence ∼ sur S2 par (x, y, z) ∼ (−x, −y, −z)
et on obtient RP2 ' (S2 )/∼ muni de la topologie quotient associée.
On peut également obtenir un plan projectif en « collant » un disque sur le bord d’un
ruban de Möbius.
On obient une surface fermée.
Par la suite on appelera plan projectif le plan projectif réel définit précédement.
Toutes les surface présentées ci-dessus sont connexes.

2.3 Orientabilité
On distingue les surfaces orientables et non-orientables. L’orientablité est intuitivement
la capacité à choisir de façon cohérente une normale sortante et une normale entrante en
chaque point de la surface. De manière équivalente, cela revient à choisir le sens direct d’un
repère en chaque point.
Pour un ruban de Möbius par exemple, on voit que l’on peut déplacer un repère orienté
de façon continue et retourner à notre point de départ avec une orientation différente. On
dira que le ruban de Möbius est non-orientable.

Figure 5 – Non-orientabilité du ruban de Möbius

5
Définition. On dit qu’une surface S est non-orientable si elle contient un sous-ensemble
homéomorphe au ruban de Möbius. Sinon S est orientable.

Par exemple, la bouteille de Klein et le plan projectif sont des surfaces non-orientables.
Si une surface est orientable, on peut rendre cette surface orientée, en décidant en chaque
point de quel côté est l’extérieur et de quel côté est l’intérieur de façon cohérente (tous les
choix d’orientation sont compatibles). Il y donc deux orientations possibles pour une surface
orientable. La sphère et le tore sont des exemples de surfaces orientables.

Propriété. L’orientabilité est un invariant topologique. Autrement dit, si deux surfaces S1


et S2 sont homéomorphes, alors S1 est orientable si et seulement si S2 est orientable.

Preuve. Soit h : S1 → S2 un homéomorphisme. Supposons S1 non-orientable. Alors il existe


un ruban de Möbius M1 ⊂ S1 . h(M1 ) est un ruban de Möbius car M1 ' h(M1 ) et h(M1 ) ⊂ S2
donc S2 est non-orientable.

3 Le théorème de classification des surfaces compactes


Maintenant définie la notion de surfaces, nous allons présenter le théorème de classifica-
tion. Pour cela, on commence par définir une « opération » sur les surfaces connexes.

3.1 Somme connexe


La somme connexe est une opération sur
les surfaces connexes (plus généralement sur
les variétés connexes de même dimension)
qui consiste à découper un disque dans une
surface S1 et un autre dans une surface S2
puis recoller les deux surfaces bord-à-bord. Figure 6 – Somme connexe de deux surfaces

Définition-propriété. Soient S1 et S2 deux surfaces connexes (éventuellement avec bords).


On choisit P1 ∈ S1 et P2 ∈ S2 tels qu’il existe des voisinages D1 et D2 respectivement
de P1 et P2 , chacun homéomorphe au disque fermé. On paramètre la frontière de D1 par
l’homéomorphisme γ1 : S1 → f r(D1 ), respectivement γ2 pour D2 .
◦ ◦
On pose alors la relation d’équivalence ∼ sur (S1 \ D1 ) t (S2 \ D2 ) par :

γ1 (t) ∼ γ2 (t), ∀t ∈ S1

La somme connexe de S1 et S2 , notée S1 #S2 est définie comme le quotient topologique de


◦ ◦
(S1 \ D1 ) t (S2 \ D2 ) par ∼.

On démontre que l’espace topologique obtenu est bien une surface et que quel que soit
le choix de V1 ,V2 ,γ1 ,γ2 on obtient toujours la même surface à homéomorphisme près. On
montre que la somme connexe est associative et commutative. On montre également que si
S1 et S2 sont fermées, alors S1 #S2 l’est aussi.
La sphère est « l’élément neutre » de cette somme, puisque pour toute surface S, S#S1
est homéomorphe à S.
La somme connexe de deux plans projectifs est une bouteille de Klein.

6
3.2 Le théorème
Etant donné une collection de surfaces fermées connexes, on peut générer de nouvelles
surfaces fermées connexes grâce à l’opération de somme connexe. On peut alors se demander
s’il n’existe pas des « briques élémentaires » qui par le biais de sommes connexes génèrent
l’ensemble des surfaces fermées connexes. Le théorème de classification nous le montre de la
manière suivante.

Théorème. Toute surface S fermée (compacte, sans bord) et connexe est homéomorphe
soit :
— à la sphère.
— à la somme connexe d’un certain nombre de tores.
— à la somme connexe d’un certain nombre de plans projectifs.

Les briques élémentaires sont donc le tore et le plan projectif. On remarque cependant que
dans cette classification, il n’apparait pas de somme connexe de plans projectifs et de tores.
On verra plus tard que la somme connexe d’un plan projectif et d’un tore est homéomorphe
à la somme connexe de trois plans projectifs.
Dans cette classification, l’ensemble des surfaces fermées connexes orientables est décrit
par la sphère et l’ensemble des sommes de tores, et l’ensemble des non-orienbles par les
sommes connexes de plans projectifs.

Pour démontrer ce résultat, on va procéder en deux phases :


— Une phase topologique : On va trianguler la surface et obtenir un objet homéomorphe
qui possède des faces, des arêtes et des sommets.
— Une phase combinatoire : On va « manipuler » cette triangulation pour la ramener à
une forme normale décrivant la somme de plans projectifs ou de tores.

3.3 Phase topologique : Triangulation


Intuitivement, trianguler une surface revient à couvrir notre surface de pièces de puzzle
obtenues en déformant des triangles.

Définition. Une triangulation d’une surface compacte S est une famille finie de fermés
(Ti )i=1...n couvrant S tel qu’il existe des homéomorphismes (φi : Ti0 → Ti )i=1...n où les Ti0
sont des triangles du plan (i.e. un compact dont la frontière est l’union de trois segments).
On appelle respectivement sommet et arête l’image d’un sommet et d’un coté, et par abus
de langage, les Ti seront appelés triangles. On impose que deux triangles distincts soient
disjoints, ou s’intersectent en un seul sommet ou en une unique arête.

Cette définition est relativement générale puisque l’hypothèse ici est juste compacte. Si
on s’intéresse aux surfaces compactes, connexes, sans bord il faut rajouter les conditions
suivantes :

— Connexité : Pour tout couple d’arêtes (a, a0 ), il existe une suite finie de triangles
T1 , . . . Tm telle que :
a ∈ T1 et a0 ∈ Tm et Ti ∩ Ti+1 6= ∅, 1 ≤ i < m

— Sans bord : Toute arête appartient à exactement deux triangles distincts.

7
Figure 7 – Exemples de triangulations, dans l’ordre : la sphère, le plan projectif et le tore.

Théorème. Toute surface compacte est triangulable.

On peut trouver deux démonstrations différentes de ce théorème dans Massey[2] et


Thomassen[5]. La démonstration de ce résultat nécessite entre autre le théorème de Jordan-
Schonflies indiquant qu’une courbe simple fermée du plan (comme un cercle) le sépare en
deux ensembles connexes : un intérieur borné et un extérieur non-borné. Ce résultat semble
très élémentaire, mais sa démonstration est longue et difficile. On pourra trouver une dé-
monstration dans Thomassen[5].

On peut généraliser la triangulation aux n-variétés où les triangles deviennent des n-


simplexes. Le théorème devient faux en dimensions superieures, par exemple il existe des
4-variétés ne possédant pas de triangulation.

On remarque que trianguler une surface est équivalent à la « polygonaliser ». Les tri-
angles deviennent des faces avec un nombre fini d’arêtes. Pour passer d’une triangulisation
à une polygonalisation on « fusionne » des triangles voisins. Pour l’inverse, pour chaque face
(polygone), on relie chaque sommet avec un point à l’intérieur, et on obtient un découpage
du polygone par des triangles.
Cependant, la différence notable entre les deux notions est qu’avec les polygones, on
s’autorise à recoller un côté du polygone avec un autre côté de ce même polygone.

3.4 Phase algébrique : Complexe cellulaire


On souhaite trouver une façon de représenter une polygonalisation de manière à pouvoir
mieux la manipuler. Ceci nous conduit à définir la notion de complexe cellulaire.
Un complexe cellulaire est ici défini par un ensemble de faces, un ensemble d’arêtes et un
ensemble de sommets, de telle sorte que l’intersection de deux faces distinctes soit une union
d’arêtes et de sommets, que l’intersection de deux arêtes disjointes soit une union d’arêtes.

Sur l’exemple, le complexe possède :


— 2 faces : ABC et BDEC
— 9 arêtes : AB, AC, BC, BD, DE,
CE, EF , CF , F G
— 8 sommets : A, . . . , H.

Figure 8 – Exemple de complexe cellulaire


8
On va cependant utiliser une autre définition plus pratique d’un complexe cellulaire :

Définition. Une cellule ou face est un n-uplet ordonné que l’on notera a1 a2 . . . an où les
ai sont les arêtes. On notera a ∈ F si a est une arête de F . Un complexe cellulaire régulier
C est une famille finie de faces. Les arêtes sont orientées, et si a désigne une arête, l’arête
opposée sera notée a−1 .

Il faut bien noter que a+1 et a−1 désignent la même arête, mais avec une orientation dif-
férente. L’orientation des arêtes nous indique dans quel sens les recoller entre elles. L’orien-
tation est très importante puisque par exemple si l’on prend un rectangle et que l’on recolle
les deux côtés opposés, on n’obtient pas le même résultat selon que l’on recolle dans un
sens ou dans l’autre (cylindre/ruban de Möbius). On confondra souvent une arête orientée
positivement, avec le nom de l’arête (a+1 = a).

Dans le cadre de notre problème, les surfaces sont connexes. On impose pour cela que si
l’on sépare notre complexe cellulaire en deux ensembles de faces, alors une face du premier
ensemble partage une arête avec une face du deuxième ensemble. Comme nous démontrerons
le théorème de classifiction dans le cadre de surfaces sans bord, on impose également que
chaque arête apparaisse exactement deux fois dans le complexe (il se peut qu’elle apparaisse
deux fois dans la même cellule).

Exemples :
— Les complexes {abc, b−1 e−1 d, a−1 f e, d−1 f −1 c−1 }
et {aa−1 } représentent la sphère.
— Le complexe à une face {aba−1 b−1 }
représente le tore.
— Le complexe {abcb} représente le ru-
ban de Möbius. On voit que les arêtes
a et c n’apparaissent qu’une seule
fois, ce sont donc des bords.
— Le plan projectif : {aa} Figure 9 – Sphère

Pour obtenir un complexe cellulaire à


partir de la triangulation d’une surface, il
suffit de nommer chaque arête de la surface
et lui associer un sens (l’arête a va de A à B
par exemple), puis associer à chaque triangle
de côtés a, b et c une cellule a±1 b±1 c±1 selon
l’orientation des arêtes. Figure 10 – Tore (gauche) et ruban de Mö-
bius (droite)

Par exemple, à partir d’une triangulation


de la sphère en tétrahèdre :
— On choisit un nom et un sens à chaque arête.
— On découpe les triangles en gardant l’orientation des arêtes.
— A chaque triangle, on associe une cellule selon l’orientation des arêtes.

Par exemple sur la figure suivante on obtient le complexe {abc, d−1 b−1 f, ef −1 a−1 , ed−1 c}
en choisissant de « lire » les arêtes dans le sens anti-horaire pour les trois premiers triangles
et dans le sens horaire pour la dernière. On verra plus tard que ce choix n’importe pas.

9
Figure 11 – Triangulation d’une sphère.

Réalisation d’un complexe cellulaire On souhaite à partir d’un complexe cellulaire C


(objet algébrique), fabriquer une surface qu’on appelera réalisation de C (objet topologique),
notée |C|.
Pour ce faire, à chaque cellule F = a±1 ±1
1 . . . an de C, on associe un polygone PF à n
côtés du plan de sommets (A1 , . . . , An ) dans cet ordre (on peut choisir une convention de
toujours les ordonner dans le sens anti-horaire par exemple). L’arête ai sera représentée par
le segment [Ai Ai+1 ]. Il n’est pas contraignant de considérer des côtés « arrondis » dans le cas
de cellules de la forme a1 a2 ou a1 .
On associe alors un paramétrage continu injectif γai : [0, 1] → [Ai Ai+1 ] de telle sorte que
γai (0) = Ai et γai (1) = Ai+1 si ai est orientée positivement et γai (0) = Ai+1 et γai (1) = Ai
sinon.
Les polygones (PF )F ∈C sont tous choisisSdisjoints et chacun est homéomorphe au disque
fermé. On construit alors la relation ∼ sur F ∈C PF de la façon suivante :
Soient a ∈ F ∈ C et b ∈ F 0 ∈ C et γa et γb les paramétrages correspondants. Si a et
b désignent la même arête, alors S on pose γa (t) ∼ γb (t), ∀t ∈ [0, 1]. On construit |C| comme
étant le quotient topologique de F ∈C PF par ∼.

Propriété 1. La réalisation du complexe cellulaire associée à une triangulation quelconque


d’une surface compacte S est homéomorphe à S.

Preuve. Lors de la triangulation d’une surface S, on construit une surjection continue τ


d’un ensemble T de triangles du plan (T ⊂ R2 ) dans S. On peut associer de façon évidente
un triangle de T à un polygone à trois côtés de la réalisation du complexe associée à la
triangulation. On rajoute dans la réalisation les « conditions de recollements » par le biais
d’une relation d’équivalence ∼. Il suffit donc de montrer que le quotient de T par la relation
d’équivalence est bien homéomorphe à S.
On a τ (p) = τ (p0 ) si et seulement p ∼ p0 . Ainsi, τ est constante sur chaque classe
d’équivalence ce qui nous autorise à définir τ : T/∼ → S tel que τ (p) = τ (p) où p désigne la
classe de p. Cette fonction est injective (car τ (p) = τ (p0 ) si et seulement p ∼ p0 ), surjective
(car τ l’est) et continue. C’est donc une bijection continue. Or T/∼ est compacte donc τ est
un homéomorphisme.

Définition. On dira que deux complexes cellulaires sont équivalents si leurs réalisations sont
homéomorphes. On définit là une relation d’équivalence que l’on notera ∼.

Cette propriété découle directement du fait que la relation d’homéomorphie entre espaces
topologiques est une relation d’équivalence.

10
On a réussi à transformer un problème topologique (deux espaces topologiques sont-ils
homéomorphes ?) en un problème plus algébrique (deux complexes cellulaires sont-ils équiva-
lents ?). On va alors identifier les transformations sur les complexes cellulaires qui conservent
l’équivalence, puis exhiber des représentants de chaque classe d’équivalence que l’on appel-
lera formes normales en utilisant ces « opérations algébriques ». Enfin, on va montrer que
ces formes normales sont les complexes associés à une certaine triangulation d’une sphère,
d’une somme connexe de tores ou d’une somme connexe de plans projectifs.

3.4.1 Opération sur les complexes cellulaires


On cherche ici à déterminer des transformations de complexes qui ne modifient pas la
structure topologique associée. Par exemple, renommer les arêtes est autorisé, à condition
bien sûr de ne pas renommer une arête avec le nom d’une arête déjà existante.

−1
Si F = a1 a2 . . . an est une face, la face opposée sera F −1 = a−1
n . . . a1 . La transformation
F → F −1 sera appelée retournement.

La transformation qui consiste à transformer la face a1 . . . an en ai . . . an a1 . . . ai−1 sera


appelée rotation.

Il est facile de voir que un complexe C 0 obtenu à partir d’une rotation ou d’un retour-
nement d’une face d’un complexe C est équivalent à C. Pour la rotation, c’est évident car
un polygone n’a pas de « sommet de départ » et pour le retournement il suffit de changer
l’orientation du polygone, mais les paramétrages γ vérifieront exactement les mêmes pro-
priétés.

Définition-propriété. Soit C un complexe cellulaire.


— F = a1 . . . an une cellule de C. A partir de F on crée deux cellules F10 = a1 . . . ai b et
F20 = b−1 ai+1 . . . an , où b est une nouvelle arête n’apparaissant pas dans C. On obtient
alors un nouveau complexe C 0 = (C \ F ) ∪ {F10 , F20 } équivalent à C. On dira que C 0 a
été obtenu à partir de C par découpage.
L’opération inverse qu’on appellera collage consiste à « fusionner » les deux cellules
a1 . . . ai b et b−1 ai+1 . . . an en la cellule a1 . . . ai ai+1 an .

Figure 12 – Opération de découpage/collage

— Si a est une arête de C, l’opération de remplacer les occurences de a+1 par deux arêtes
consécutives bc et a−1 par c−1 b−1 où b et c n’apparaissent pas dans C s’appelle une
extension. La transformation inverse est une contraction.

11
Figure 13 – Opération d’extension/contraction
Propriété. Si C 0 est un complexe obtenu par découpage ou extension à partir d’un complexe
C alors C et C 0 sont équivalents.

Preuve. Pour le découpage, la démonstration de cette proposition est quasi-identique à celle


de la proposition 1.
Pour l’extension, on montre que transfomer une arc γ et deux arcs γ1 et γ2 tels que :
γ1 (0) = γ(0), γ2 (1) = γ(1) et γ1 (1) = γ2 (0) ne « change rien » lorsque l’on passe au quotient.

Une conséquence immédiate est que si C 0 est obtenu par collage ou par contraction à
partir de C, alors C ∼ C 0 .

Définition-propriété. Un complexe C 0 est une dérivation de C si C 0 est obtenu à partir de


C après une succession finie de retournements, rotations, découpages, collages, extensions et
contractions. On a alors C 0 ∼ C.
Preuve. C’est une simple conséquence de l’associativité de ∼.
Exemple de dérivation : {aba−1 b} ∼ {aacc}.
{aba−1 b} ∼ {abc, c−1 a−1 b} (découpage) ∼ {abc, b−1 ac} (retournement)
∼ {cab, b−1 ac} (rotation) ∼ {caac} (collage) ∼ {aacc} (rotation)

12
Comment s’effectue algébriquement une somme connexe ? C’est-à-dire, comment à partir
de deux complexes peut-on obtenir grâce à un « algorithme » un troisième complexe dont
la réalisation est homéomorphe à la somme connexe des réalisations des deux premiers com-
plexes ?

Faire une somme connexe entre deux


complexes C1 et C2 s’effectue en plusieurs
étapes :

Découper un disque dans chaque sur-


face : Le schéma ci-contre justifie que
« faire un trou » dans une face F =
a1 . . . an de C1 revient à concaténer la chaine
avec kck −1 pour obtenir une nouvelle face
a1 . . . an kck −1 . On fait pareil avec C2 pour
obtenir la face b1 . . . bm hdh−1 .

Recoller les cercles entre eux : Pour recoller les cercles formés dans les deux surfaces,
il suffit d’identifier c avec d ! Mais dans quel sens recoller ? Faut-il décider que d = c ou
d = c−1 ? Ces deux choix sont en fait équivalents, puisque le retournement d’une cellule
« transporte l’équivalence ».
On crée le complexe C# contenant les faces a1 . . . an kck −1 et b1 . . . bm hc−1 h−1 , ainsi que
le reste des cellules de C1 et C2 , en considérant que C1 et C2 n’ont aucune arête en commun.

Simplification : Intéressons-nous aux faces a1 . . . an kck −1 et b1 . . . bm hc−1 h−1 . Les sché-


mas ci-dessous indiquent comment obtenir par dérivation la cellule a1 . . . an b1 . . . bm .

La somme connexe est donc une opération assez « simple » algébriquement. En particu-
lier, si on considère deux complexes à une face {a1 . . . an } et {b1 . . . am }, faire leur somme
connexe revient à les concaténer pour obtenir le complexe à une cellule a1 . . . an b1 . . . bm .

On a démontré précédemment que {aba−1 b} ∼ {aacc}. En réalité nous avons démontré


un résultat énoncé dans la première partie : La somme connexe de deux plans projectifs est
homéomorphe à une bouteille de Klein !

13
3.4.2 Formes normales
Définition. On appelle formes normales les complexes à une cellule (que l’on notera par
abus sans crochets) qui sont de l’une des trois formes suivantes :
(I) C = aa−1 - La sphère
(II) C = a1 b1 a−1 −1 −1 −1
1 b1 . . . an bn an bn , n ≥ 1 - Somme connexe de n tores
(III) C = a1 a1 a2 a2 . . . an an - somme connexe de n plans projectifs

Rappelons l’énoncé du théorème de classification : Toute surface fermée connexe est ho-
méomorphe soit à une sphère, soit à une somme connexe de tore, soit à une somme connexe
de plans projectifs.

Grâce à ce qui précède, on peut reformuler ce théorème en termes de complexes : Soit un


complexe cellulaire C tel que :
— Si l’on sépare notre complexe cellulaire en deux ensembles de faces, alors une face du
premier ensemble partage une arête avec une face du deuxième ensemble. (condition
de connexité)
— Chaque arête apparait exactement deux fois. (condition de bord vide)
Alors C est équivalent à une des formes normales décrites ci-dessus.

3.4.3 Démonstration de la version algébrique du théorème de classification


Etape 1 : Se ramener à un complexe à une cellule. Soit un C = {F1 , . . . , Fn } un
complexe cellulaire. On va montrer que C est équivalent à un complexe à une seule cellule.
Il suffit de montrer que pour n ≥ 2, un complexe à n faces est équivalent à un complexe
à n − 1 faces. D’après la condition de connexité, il existe a ∈ Fn tel qu’il existe i ≤ n − 1
tel que a ∈ Fi . On effectue un retournement de Fi si l’orientation de a est la même dans les
deux arêtes puis en utilisant des rotations puis un collage, on obtient à partir de Fn et Fi
une seule cellule. On arrive comme cela à construire un complexe à n − 1 faces équivalent à
C. La principe de récurrence nous fournit finalement un complexe à une face.
Lorsque les complexes n’ont qu’une seule face, on s’autorise l’abus d’enlever les crochets.

Etape 2 : Elimination des motifs aa−1 . On va montrer que aa−1 X ∼ X où X est non
vide.
aa−1 X ∼ {ad, d−1 a−1 X} ∼ {b, b−1 X} ∼ X.

Figure 14 – Elimination du motif aa−1

Exemple : abb−1 ckkdd−1 egh−1 he−1 g −1 c−1 a−1 ∼ kkege−1 g −1 .

14
Etape 3 : Se ramener à un complexe à un seul sommet. Dans la définition d’un
complexe, on ne décrit pas clairement la notion de sommet. Intuitivement, un sommet est
un « bout » d’une arête. On peut définir deux sommets à partir d’une arête orientée : le
sommet source et le sommet cible. Ils représentent chacun des deux bouts d’une arête (ils
peuvent être égaux).

Si P est le sommet cible de a alors c’est


également le sommet source de a−1 .
On définit une relation d’équivalence sur
les arêtes orientées : a et a0 sont équivalentes
si elles ont le même sommet cible.
Si on prend une face a1 . . . an , le sommet
cible de ai est également le sommet source de
ai+1 . On en déduit que ai et ai+1 sont équi-
valents. On fabrique ainsi les classes d’équi-
valences (sommet).

Exemple : Le complexe abca−1 db−1 c−1 d−1


a trois sommets : P = (a, b−1 , c), Q = (b, c−1 , d) et H = (a−1 , d−1 ).

Montrons alors que tout complexe est


équivalent à un complexe à un seul sommet.

Il suffit de montrer que si un complexe a


plus de deux sommets alors on peut toujours
en enlever un.

Soit P un sommet quelconque que l’on


veut enlever. Comme on suppose qu’il y a
plus de deux sommets, il existe une arête b
(orientée) ayant comme source P et comme
cible Q 6= P . Supposons qu’il y ait un
deuxième représentant du sommet P . On
effectue la dérivation (découpage, rotation,
collage) comme illustré ci-contre (si les deux
orientations de a sont identiques, on effectue
un retounement en plus).
On remarque que l’on a enlevé un repré-
sentant de la P et rajouté un représentant
de Q.
On effectue cette stratégie jusqu’à ce
qu’il n’y ait plus qu’un seul représentant de P . Figure 15 – Réduction du sommet P

S’il n’y a plus qu’un représentant de P alors il est de la forme P = (a), alors quitte à
effectuer un retournement ou/et une rotation, la cellule est de la forme aa−1 X. On peut alors
éliminer le dernier représentant de P (cf. Etape 2).

On élimine finalement tous les sommets jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un seul.

15
Etape 4 : Création des cross-cap. Soit a1 . . . an un complexe à une face. D’après la
condition de bords vides, il existe i ≥ 2 tel que ai = a±1
1 .

On dira que (a1 , ai ) est un couple de la première espèce s’ils ont la même orientation,
sinon c’est un couple de la deuxième espèce.

Montrons que aXaY ∼ bbY −1 X :

aXaY ∼ {aXb, b−1 aY } ∼ {aXb, bY −1 a−1 } ∼ bY −1 Xb ∼ bbY −1 X.

Figure 16 – aXaY ∼ bbY −1 X : Création d’une cross-cap

Cette dérivation nous permet de fabriquer le motif aa, l’une des briques élémentaires :
une cross-cap.

On considère un complexe C à une seule face et un seul sommet. Tant que C possède des
couples de la première espèce dont les deux représentants ne sont pas voisins dans l’écriture
de C, on effectue la dérivation précédente.

Si la cellule obtenue est de la forme a1 a1 . . . an an , alors la cellule est dans la forme normale
(II). Sinon, on passe alors à l’étape 5.

Etape 5 : Création des anses. On désigne par anse le fragment de cellule de la forme
aba−1 b−1 . Le terme anse provient du fait qu’une cellule de la forme aba−1 b−1 X répresente la
somme connexe de la réalisation de X avec un tore, ce qui revient à « ajouter une anse » à |X|.

On a : aU V a−1 X ∼ bV U b−1 X.

aU V a−1 X ∼ {aU b−1 , bV a−1 X} ∼ {aU b−1 , XbV a−1 } ∼ XbV U b−1 ∼ bV U b−1 X.

Figure 17 – aU V a−1 X ∼ bV U b−1 X

Quitte à renommer a, on peut écrire aU V a−1 X ∼ aV U a−1 X.

16
Maintenant, montrons que aU bV a−1 W b−1 X ∼ aba−1 b−1 XW V U :

a(U )(bV )a−1 (W b−1 X) ∼ abV U a−1 W b−1 X


∼ b(V U )(a−1 W )b−1 (Xa)
∼ ba−1 W V U b−1 Xa
∼ a−1 (W V U )(b−1 X)ab
∼ a−1 b−1 XW V U ab
∼ aba−1 b−1 XW V U

Arrivé à l’étape 5, les couples de la première espèce sont regroupés par paires. On s’oc-
cupe dans cette étape des couples de la deuxième espèce.

Soit un (a, a−1 ) un couple de la deuxième espèce de C tel que C = aXa−1 Y . Si X ou Y


est vide alors on utilise l’étape 2 pour éliminer aa−1 (sauf si X et Y sont vides auquel cas
on est sous la forme normale (I) ). Sinon il existe un couple de la deuxième espèce (b, b−1 )
tel que b ∈ X et b−1 ∈ Y . Ceci découle du fait que c’est un complexe à un seul sommet. En
effet, si la source et la cible de a sont égaux, alors il existe un couple (b, b±1 ) tel que b ∈ X
et b−1 ∈ Y . Or ce couple est par hypothèse de la deuxième espèce. C est donc de la forme
aX1 bX2 a−1 Y1 b−1 Y2 .
On utilise la dérivation précédente et on obtient aba−1 b−1 Y2 Y1 X2 X1 . Comme il n’y a pas
de retournement, aucun couple de la première espèce n’est formé par cette dérivation. On
itère jusqu’à ce que tous les couples de la deuxième espèce soient sous la forme de anses.

Si au début de l’étape 4 il n’y a que des couples de la deuxième espèce, alors la cellule
obtenue à la fin de l’étape 5 est sous la forme normale (III).
Sinon, la cellule est une concaténation de cross-cap de anses.

Etape 5 : Transformation des anses.

Lemme. La somme connexe d’un plan projectif et d’un tore est homéomorphe à la somme
connexe de trois plans projectifs.

RP2 #T2 ' RP2 #RP2 #RP2

Démonstration. Pour démontrer que la somme d’un plan projectif avec un tore est homéo-
morphe à la somme de trois plans projectifs, on va montrer que aabcb−1 c−1 X ∼ aaccbbX en
utilisant la dérivation : aaXY ∼ aY aX −1 .

aa(bc)(b−1 c−1 X) ∼ a(b−1 c−1 X)a(c−1 b−1 ) ∼ b−1 (c−1 Xac−1 )b−1 a
∼ b−1 b−1 a−1 c−1 Xac−1 ∼ c−1 (Xa)c−1 (b−1 b−1 a−1 )
∼ c−1 c−1 (abb)(Xa) ∼ a(bbX)a(c−1 c−1 )
∼ aaccbbX

Ainsi, il suffit qu’il y ait un seul cross-cap pour transformer toutes les anses en cross-caps.
Une fois que toutes les anses ont disparu, on obtient une cellule sous la forme normale (III).

Ceci achève la démonstration du théorème de classification.

17
3.5 Classification des surfaces à bords
Comment généraliser le théorème de classification aux surfaces compactes connexes avec
bords ?

On a déjà vu que « faire un trou » dans un complexe correspondait à rajouter le motif


hch−1 à une face, où h et c n’apparaissent pas dans le complexe.

Il existe également des formes normales pour les complexes dont la réalisation possède
des bords, qui paraissent naturelles avec la remarque précédente :

(I’) C = aa−1 h1 c1 h−1 −1


1 . . . hm cm hm - La sphère à m bords.
(II’) C = a1 b1 a−1 −1 −1 −1 −1 −1
1 b1 . . . an bn an bn h1 c1 h1 . . . hm cm hm , n ≥ 1 - Somme connexe de n tores
avec m bords.
(III’) C = a1 a1 a2 a2 . . . an an h1 c1 h−1 −1
1 . . . hm cm hm - somme connexe de n plans projectifs avec
m bords.

On peut montrer que tous les complexes de réalisation compacte connexe (avec ou sans
bords) sont équivalents à une des formes normales au dessus. La démonstration est très
similaire, il faut tout de même :
— Effectuer une étape 3-bis consistant à se ramener à un complexe à 1 sommet interne,
et m sommets de bords, si m est le nombre de bords. Ceci conduit à créer les motifs
hi ci h−1
i dans la cellule.
— Regrouper les motifs hi ci h−1 −1 −1
i ensemble. En utilisant la dérivation aU V a X ∼ aV U a X,
on montre que :

hch−1 Xkdk −1 Y ∼ h−1 (X)(kdk −1 Y )hc ∼ h−1 kdk −1 Y Xhc ∼ hch−1 kdk −1 Y X

4 Caractéristique d’Euler-Poincaré
4.1 Définition et propriétés
Définition. On considère un polyhèdre et on note respectivement F ,A et S son nombre de
faces, d’arêtes et de sommets. On définit la caractéristique d’Euler-Poincaré du polyhèdre,
notée généralement χ comme χ = F − A + S.

Remarque : Il peut y avoir différentes définitions de la caractéristique d’Euler-Poincaré


et celle ci-dessus est originellement appelée caractéristique d’Euler.
On peut étendre cette définition aux complexes cellulaires. Les complexes sous forme
normale ont une face et un sommet. On peut facilement calculer leur caractéristique d’Euler-
Poincaré.

Exemples :
— cube : χ = 6 − 12 + 8 = 2
— tétrahèdre : χ = 4 − 6 + 4 = 2
— χ(aa−1 ) = 1 − 1 + 2 = 2.
— χ(a1 a1 . . . an an ) = 1 − n + 1 = 2 − n
— χ(a1 b1 a−1 −1 −1 −1
1 b1 . . . an bn an bn ) = 1 −
2n + 1 = 2 − 2n
Figure 18 – Un cube et un tétrahèdre

18
Propriété. La caractéristique d’Euler-Poincaré est un invariant topologique. Autrement dit,
si C1 et C2 sont tels que |C1 | ' |C2 |, alors χ(C1 ) = χ(C2 ).
Preuve. On va montrer que C1 ∼ C2 ⇒ χ(C1 ) = χ(C2 ).
Il suffit de montrer que les rotations, retournements, collages, découpages, extensions et
contractions laissent invariant la caractéristique d’Euler-Poincaré.
— Pour les rotations et retournement c’est évident car F , A et S ne sont pas modifiés.
— Un découpage rajoute exatement une arête et une face. χ̃ = (F + 1) − (A + 1) + S =
χ + 1 − 1 = χ. χ est donc invariant par découpage et par conséquent également par
collage.
— Une extension rajoute exactement une arête et un sommet, donc ne modifie pas χ,
tout comme l’opération inverse, la contraction.

Quelle que soit la façon de trianguler une surface compacte donnée, on obtient donc tou-
jours la même caractéristique d’Euler-Poincaré. χ est donc une caractéristique intrinsèque à
une surface. Ceci permet d’étendre sa définition à l’espace des surfaces compactes. On peut
donc écrire χ(S) où S est une surface compacte.

Théorème (Descartes-Euler). Pour un polyhèdre convexe, on a F − A + S = 2


Démonstration. C’est immédiat puisque un polyhèdre convexe est homéomorphe à la sphère
et que la sphère a une caractéristique d’Euler-Poincaré égale à 2.

4.2 Un corrolaire du théorème de classification

Propriété. Soient S1 et S2 deux surfaces compactes. Alors χ(S1 #S2 ) = χ(S2 ) + χ(S2 ) − 2.
Preuve. Soient C1 = {F1 , . . . , Fn } un complexe de réalisation homéomorphe à S1 et C2 =
{F10 , . . . , Fm0 } un complexe de réalisation homéomorphe à S2 .
Le complexe C = {F1 , . . . , Fn hdh−1 , kdk −1 F10 , . . . , Fm0 } a une réalisation homéomorphe à
S1 #S2 .
En notant f (K), a(K) et s(K) respectivement le nombre de faces, d’arêtes et de sommets
d’un complexe K on a :
— f (C) = n + m = f (C1 ) + f (C2 )
— a(C) = a(C1 ) + a(C2 ) + 3. On a rajouté les arêtes h, k et d.
— s(C) = s(C1 ) + s(C2 ) + 1. On a rajouté le sommet (h, d, d−1 , k).
Au final, χ(C) = χ(C1 ) + χ(C2 ) + 0 − 3 + 1 = χ(C1 ) + χ(C2 ) − 2.
Rajouter un bord à une surface (i.e. enlever une surface homéomorphe à un disque ou-
vert), revient à concaténer une des faces du complexe C = {F1 , . . . , Fn } correspondant pour
obtenir par exemple le complexe C 0 = {F1 hch−1 , . . . , Fn }. C 0 a le même nombre de faces que
C, deux arêtes en plus (h et c) et un sommet en plus (h, c, c−1 ). On peut conclure en disant
que rajouter un bord diminue de un la caracteristique d’Euler-Poincaré d’une surface.

— Si S est une sphère avec m bords, sa caractéristique d’Euler-Poincaré est 2 − m.


— Si S est une somme connexe de n tore avec m bords, sa caractéristique d’Euler-
Poincaré est 2 − 2n − m.
— Si S est une somme connexe de n plans projectifs avec m bords, sa caractéristique
d’Euler-Poincaré est 2 − n − m.

19
On voit que si une surface a une caractéristique d’Euler-Poincaré paire, alors elle peut
être la somme de tores ou de plans projectifs. On peut alors distinguer les deux cas par leur
orientabilité. On peut énoncer un corollaire du théorème de classification.

Corollaire (Théorème de classification). Deux surfaces compactes connexes sont ho-


méomorphes si et seulement si elles ont même orientabilité, même caractéristique d’Euler-
Poincaré, et même nombre de bords.

Démonstration. On a déjà montré que si deux surfaces S1 et S2 sont homéomorphes, alors S1


est orientable si et seulement si S2 est orientable et les deux surfaces ont même caractéristique
d’Euler-Poincaré.
Par hypothèse, il existe un homéomorphisme h : S1 → S2 . Si on restreint h à la frontière
de S1 , on définit un homéomorphisme de f r(S1 ) sur son image, qui est la frontière de S2 . Le
nombre de composantes connexes étant conservé par homéomorphisme, les deux frontières
ont même nombre de composantes connexes, c’est-à-dire même nombre de bords.
Réciproquement, soient S1 et S2 deux surfaces compactes connexes qui ont même orien-
tabilité, même caractéristique d’Euler-Poincaré χ et même nombre de bords m.
Supposons que χ + m soit impair. Alors d’après le théorème de classification, il n’y a
qu’une seule surface (à homéomorphisme près) ayant m bords et une caractéristique d’Euler-
Poincaré χ, c’est la somme connexe de n = 2 − χ − m plans projectifs avec m bords. Donc
S1 et S2 sont homéomorphes par transitivité.
Si χ + m est pair, soit χ + m = 2 auquel cas les deux surfaces sont des sphères à m bords.
Sinon χ + m ≤ 0 et il y a deux surfaces correspondantes : la somme de n = 2 − χ − m plans
projectifs (avec m bords) ou la somme de 2−χ−m 2
tores (avec m bords). Comme S1 et S2 ont
même orientabilité, ils sont homéomorphes, puisqu’une somme de tores est orientable et une
somme de plans projectifs ne l’est pas.

On souhaite dire si deux surfaces compactes connexes quelconques sont homéomorphes.


En utilisant le théorème de classification, il faut trianguler les deux surfaces, fabriquer les
complexes correspondants, puis les mettre sous forme normale.
Avec le corollaire précédent, il nous suffit de décider de leur orientabilité et calculer leur
nombre de bords et leur caractéristique d’Euler-Poincaré. L’avantage supplémentaire est que
la première version du théorème nécessite de trianguler une surface compacte, et il n’existe
pas d’algorithme général permettant de trianguler une surface compacte quelconque.
A l’inverse, on peut décider de l’orientabilité, du nombre de bords et même de la caracté-
ristique d’Euler-Poincaré (section suivante) d’une surface compacte sans avoir à la trianguler.

4.3 Formule de Gauss-Bonnet

Sous certaines conditions, on peut calculer la caractéristique d’Euler-Poincaré d’une sur-


face grâce à la formule de Gauss-Bonnet.

Dans cette section on suppose que les surfaces considérées sont orientables, différentiables
(C ∞ ), et plongées dans R3 .
Il suffit en réalité que la surface soit C 2 , mais la condition C ∞ reste générale puisque
d’après un théorème de Hassler Whitney, toute surface C k peut être « lissée » (il existe un
difféomorphisme) en une surface C ∞ .

20
Définition. Soit S ⊂ R3 une surface orientée et différentiable. On définit l’application de
Gauss notée Γ de S à valeur dans la sphère S2 qui à un point P associe le vecteur unitaire
normal à S conformément à l’orientation de S.

Comme S et S2 sont tous deux plon-


gés dans R3 , et que le plan tangent à S
en P est parallèle au plan tangent à S2
en Γ(P ), on peut identifier les deux plans.
TP S = TΓ(P ) S2 .
La différentielle en P de l’application de
Gauss : dΓP : TP S → TΓ(P ) S2 peut donc être
vue comme un endomorphisme de TP S. On
l’appelle endomorphisme de Weingarten.
La courbure de Gauss en P est le déter-
minant de l’endomorphisme de Weingarten
que l’on note K.

— La courbure du plan est nulle en tout Figure 19 – Application de Gauss


point.
— La courbure de la sphère de rayon R
est constante égale à 1/R2 .

Le théorème suivant nous dit que même si la courbure est modifiée localement par un
homéomorphisme (deux sphères de rayon 1 et 2 sont homéomorphes mais n’ont pas la même
courbure), l’intégrale de la courbure est constante et ne dépend que de la caractéristique
d’Euler.

Théorème (Gauss-Bonnet). Soit S une surface fermée. Alors, on peut retrouver la ca-
ractéristique d’Euler-Poincaré à partir de la courbure de Gauss.
Z
Kds = 2πχ(S)
S

Par exemple pour la sphère S de rayon R,


Z Z
ds 2 1
Kds = 2
= 4πR · = 4π = 2 · χ(S)
S S R R2
On peut trouver une démonstration du théorème de Gauss-Bonnet dans The Gauss-Bonnet
Theorem [4]. On va simplement démontrer la formule de Gauss-bonnet dans le cas discret,
pour des polyhèdres.

On définit le défaut d’angle d(s) d’un sommet s d’un polyhèdre orientable comme 2π
moins la somme des angles qui le compose, fois plus ou moins 1 selon que le sommet soit
concave ou convexe.
— Si d(s) ≥ 0 : le sommet est convexe.
— Si d(s) ≤ 0 : le sommet est concave.
— Si d(s) = 0 : le sommet est plat.

21
Soit Π un polyhèdre orientable. On note respectivement S, F l’ensemble de ses sommets
et de ses faces. On définit la courbure totale K du polyhèdre Π comme la somme des défauts
d’angles de ses sommets. X
d(s) = ±(2π − θi )
X
K(Π) = d(s)
s∈S
Par exemple :
— Dans un cube (polyhèdre convexe),
chaque sommet a un défaut d’angle
de 2π − 3 · π2 = π2 . La courbure totale
est donc 8 · π2 = 4π.
— Dans un octahèdre régulier,
chaque sommet a un défaut d’angle
de 2π − 4 · π3 = 2π 3
. La courbure to-
tale de l’octahèdre régulier est donc
6 · 2π
3
= 4π.

Dans le cas discret, le théorème de


Gauss-Bonnet s’énonce de façon analogue :
X
K(Π) = d(s) = 2πχ(Π)
s∈S

Preuve. Il n’est pas restrictif de considérer que les faces du polyhèdre sont des triangles.
Chaque triangle possède 3 côtés, et chaque arête appartient à exactement 2 triangles, donc
3F = 2A. De plus 2χ = 2F − 2A + 2S = 2F − 3F + 2S = −F + 2S.
X X X XX
K(Π) = d(s) = (2π − θi (s)) = 2π · S − θi (s) = 2π · S − π · F
s∈S s∈S s∈S

car la somme des angles d’un triangle est π.


K(Π) = 2π · S − π · F = π(2S − F ) = π · 2χ

Ce théorème dans le cas « discret » intervient dans la démonstration de la formule de


Gauss-Bonnet dans Gluck[4].

5 Conclusion
Comprendre le théorème de classification, c’est mieux comprendre les surfaces compactes.
Grâce à ce théorème nous pouvons dire si deux surfaces compactes sont homéomorphes
et nous avons même explicité des représentants « simples » de chaque classe. Pour dire si
deux surfaces sont homéomorphes, on peut calculer quelques invariants topologiques d’une
surface comme la caractéristique d’Euler-Poincaré. Dans certains cadres, on peut la calculer
facilement grâce à la formule de Gauss-Bonnet. Grâce à la théorie de l’homologie, on peut
généraliser cette caractéristique à des dimensions supérieures (voire quelconque).
Cependant le théorème de classification que nous avons étudié ne peut se généraliser à
des dimensions supérieures, bien que la récente démonstration de la conjecture de Poincaré
nous ait permis d’achever la classification des 3-variétés. Bien qu’en dimensions supérieures
une classification ne soit pas possible, des résultats sensiblement analogues (bien que moins
forts) nous sont donnés par les théories de l’homologie et de la cohomologie.

22
Références
[1] Henry R. Brahana, Systems of circuits on two-dimensional manifolds, The Annals of
Mathematics. 1921.
[2] William S. Massey, A Basic Course in Algebraic Topology. 1991.
[3] Jean Gallier, Dianna Xu A Guide to the Classification Theorem for Compact Surfaces.
2011.
[4] Herman Gluck, Math 501, Differential Geometry, 7. The Gauss-Bonnet Theorem 2012.
[5] Carsten Thomassen, The Jordan-Schönflies Theorem and the Classification of Surfaces
1992.

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