Cours DIP
Cours DIP
Bibliographie
1- Ouvrages
- Alland D., Manuel de droit international public, 3è édition mise à jour, Paris, PUF, 2016, 2 tomes,
tome 1 304 p, tome 2 … p, …
- Anzilotti D., Cours de droit international, 1 volume. Introduction, Théorie générale, traduction par
G. Gidel, Paris, Sirey, 1929.
- Carreau D., Fabrizio Marrella, Droit international, Paris, Pédone, 11è édition, 2012, 760 p.
- Combacau J., Sur S., Droit international public, 11è édition, Paris, Montchrestien, 2014, 820 p.
- Corten O., Klein P. (dir), Les conventions de Vienne sur le droit des traités, commentaire article par
article, Bruxelles, Bruylant, 2006, 3 volumes.
- Cot J.P., Pellet A., Forteau M. (dir), La Charte des Nations Unies, commentaire article par article,
Paris, Economica, 2005, 1571 p.
- Daillier P., Forteau M., Pellet A., Droit international public, Paris, LGDJ, 8è édition, 2009, 1510 p.
- E. Decaux, O. de Frouville, Droit international public, 9 è édition, Paris, Dalloz, 2014, 608 p.
- De Visscher Ch., Théories et réalités en droit international public, 4è édition, Paris, Pédone, 1970,
450 p.
- J.F. Dobelle, Frederique Coulée, Marc Perrin de Brichambaut, Leçons de droit international public,
2è édition, 2011, Presses de Sciences Politiques et Dalloz, 701 p.
- Dupuy R.J., ″Le droit international″, QSJ ? n° 1060, 11è édition, Paris, 2001, 128 p.
- Emmanuel Adouki, Le Congo et les traités multilatéraux, Paris, L’Harmattan, 2007, 253 p.
- Dupuy P.M., Kerbrat Y., Droit international public, 12è édition, Paris, Dalloz, 2014, 921 p.
- Lacharrière G de, La politique juridique extérieure, Paris, Economica, 1983, 236 p.
- River R., Droit international public, Paris, PUF, 2013, 736 p.
- Rousseau Ch., Droit international public, 5 volumes, Paris, Sirey.
- Ruzié D., Teboul G, Droit international public, 23è édition, Paris, Dalloz, 2015, 368 p.
- Jean Salmon, Le droit international à l’épreuve du tournant du XXIè siècle, Cours de droit
international, 2002, 363 p. tiré à part.
- Carlo Santulli, Droit du contentieux international, Paris, Montchrestien, 2015, 638 p.
- Santulli C., Introduction au droit international, Paris, Pédone, 2013, 310 p.
- Blaise Tchikaya, Le droit de l’Union africaine. Principes, institutions et jurisprudence, Paris, Berger
Levrault, 2014, 247 p.
3
- Truyol y Serra A., Histoire du droit international public, Paris, Economica, 1995, 188 p.
2- Dictionnaire et documents
- Eric David, Code de droit international, 2011, 5è édition, Bruxelles, Bruylant, 2011,
- E. Decaux, N. Lemay-hebert, D. Placidi-frot, M. Albaret, Les grandes résolutions du Conseil de
Sécurité des Nations Unies, Paris, Dalloz, 2012, 500 p.
- P.M. Dupuy, Y. Kerbrat, Les grands textes de droit international public, (8è édition), Paris, Dalloz
2012, 950 p.
- Gouttenoire A., Les grands arrêts de la Cour européenne des Droits de l’homme, 2011, Paris, thèmes,
893 p.
- Jean Salmon (dir), Dictionnaire de droit international public, Bruxelles, Bruylant / AUF, 2001, 1198
p.
- Blaise Tchikaya, Memento de la jurisprudence, 6è édition, Hachette éducation, 2015, 168 p.
3- Revues
Chapitre 1 La coutume
L’article 38 paragraphe 1-b) du Statut de la Cour internationale de Justice définit la coutume comme
la preuve d’une pratique générale acceptée comme étant le droit. L’on observe, en matière de
coutume, une terminologique variée. Mention est faite au « droit international commun », au « droit
commun », au « droit des gens communs », aux « principes du droit international coutumier », au
« droit coutumier » ou aux ″règles de droit international″. Parmi ces expressions, celle de « droit
international général » semble la plus répandue. La coutume est une source formelle du droit
international public ; elle est par, conséquent, obligatoire. Si la doctrine est unanime sur ses effets, on
constate, néanmoins, une divergence entre les auteurs. Elle est relative au fondement de son caractère
4
obligatoire. La coutume est une pratique observée comme étant obligatoire. Ces caractéristiques lui
confèrent une certaine souplesse. Toutefois, son caractère non écrit, est parfois source d’incertitude.
Ce qui justifie les entreprises de codification menées.
I- Le fondement de la coutume
Parmi les auteurs volontaristes, Anzilotti Dionizios et Hans Triepel occupent une place particulière.
CPJI, A, 7 septembre 1927, Lotus, Série A, n° 10, p. 18. "le droit international régit les rapports
entre Etats indépendants. Les règles de droit liant les Etats procèdent donc de la volonté de ceux-ci,
volonté manifestée dans des conventions ou dans des usages acceptés généralement comme
consacrant des principes de droit et établis en vue de gérer la coexistence de ces communautés
indépendantes ou en vue de la poursuite des buts communs. Les limitations à l’indépendance ne se
présument pas."
Jusqu’au XVIIIè siècle, la coutume internationale est perçue par certains auteurs comme l’expression
tacite d’un accord survenu entre diverses autorités. Elle doit être conforme à la raison et, elle constitue
l’expression de la volonté divine révélée. Ce point de vue est défendu par des auteurs désireux de
préserver le consentement de l’Etat en matière d’engagements internationaux. On peut citer
notamment Anzilotti, Triepel, la doctrine soviétique représentée par G.I. Tunkin et, celle des pays en
voie de développement. L’approche volontariste encore qualifiée de « conception subjective de la
coutume » est consacrée par la Cour Permanente de Justice Internationale dans l’affaire du Lotus et
confirmée par la Cour internationale de Justice dans l’affaire du Plateau Continental en Mer du Nord
(CIJ, A, 20 février 1969, Plateau Continental en Mer du Nord).
abstenus. La République Sud Africaine conteste la légalité de cette résolution au motif qu’elle a été
adoptée en violation de l’article 27 paragraphe 3 de la Charte de l’ONU. La Cour Internationale de
Justice rejette cet argument au motif que la procédure suivie correspond à une pratique qui est apparue
au sein du Conseil de sécurité et opposable à tous les Etats membres : « Les débats qui se déroulent
au Conseil de sécurité depuis de longues années prouvent abondamment que la pratique de
l’abstention volontaire d’un membre permanent a toujours et uniformément été interprétée (…)
comme ne faisant pas obstacle à l’adoption de résolutions. La procédure suivie par le Conseil de
sécurité (…) a été généralement acceptée par les membres des Nations Unies et constitue la preuve
d’une pratique générale de l’organisation. »
L’existence d’une règle coutumière suppose la présence de deux éléments : l’élément matériel et
l’élément psychologique.
Les organes habilités à représenter l’Etat au niveau international peuvent contribuer à l’émergence
d’une coutume internationale indéniable. Les déclarations et les communications du ministre des
affaires étrangères, sur des questions qui intéressent son département et destinées aux agents
diplomatiques accrédités auprès de son pays, engagent, généralement, l’Etat au niveau international.
La Cour internationale de Justice a eu l’occasion d’affirmer le rôle des organes extérieurs de l’Etat
6
dans la formation de la coutume internationale, CIJ, A, 6 avril 1955, Nottebohm et CIJ, A, 21 mars
1959, Interhandel. Il ressort notamment de ces deux affaires que les règles coutumières relatives à la
protection diplomatique sont créées par l’activité des organes étatiques.
Par organes internes, l’on entend les organes qui agissent dans la sphère interne. Il s’agit, entre autres,
des tribunaux, du parlement et de l’administration. Chacune de ces institutions peut, dans son
fonctionnement, contribuer à l’émergence d’une coutume internationale.
La jurisprudence interne peut conduire à l’apparition d’une coutume internationale ainsi que le
constate la Cour permanente de justice internationale dans les affaires du Lotus et des emprunts
Serbes.
La loi élaborée par les parlements nationaux peut être à l’origine d’une coutume internationale. L’on
peut citer les législations nationales instituant des zones de pêche, des zones économiques exclusives
et des plateaux continentaux.
Le précédent coutumier peut être constitué à la suite d’actes adoptés par les organisations
internationales dans le cadre de leur droit interne ou au niveau international.
CIJ, A.C., 21 juin 1971, Conséquences juridiques pour les Etats de la présence continue de
l’Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest Africain), Rec. 1971, p.22.
Dans cette affaire, la Cour internationale de Justice admet que la pratique suivie par un organe des
Nations Unies est opposable à tous les Etats membres de l’ONU. Par le biais d’une résolution, le
Conseil de Sécurité a prononcé la révocation du mandat de la République Sud-Africaine (R.S.A.) sur
la Namibie. Cette résolution a été élaborée sur la base du vote affirmatif de trois des cinq membres
permanents du Conseil de Sécurité : les deux autres se sont abstenus. La République Sud-Africaine
conteste la légalité de cette résolution au motif qu’elle a été adoptée en violation de l’article 27
paragraphe 3 de la Charte de l’ONU. La Cour internationale de Justice rejette cet argument au motif
que la procédure suivie correspond à une pratique qui est apparue au sein du Conseil de Sécurité et
opposable à tous les Etats membres : « Les débats qui se déroulent au Conseil de Sécurité depuis de
longues années prouvent abondamment que la pratique de l’abstention volontaire d’un membre
permanent a toujours et uniformément été interprétée (…) comme ne faisant pas obstacle à l’adoption
de résolutions. La procédure suivie par le Conseil de Sécurité (…) a été généralement acceptée par
les membres des Nations Unies et constitue la preuve d’une pratique générale de l’organisation ».
L’organisation internationale est un sujet de droit qui poursuit la réalisation d’un objectif déterminé.
Elle est appelée à se prononcer sur certaines questions juridiques. Ces prises de position qui émanent
de ses organes compétents constituent parfois des précédents coutumiers. A titre d’illustration,
l’activité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en matière d’autodétermination a contribué à
l’apparition d’une règle de droit international rendant illégale la colonisation. Cette nouvelle règle est
8
notamment inscrite dans la résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960, Déclaration concernant
l’octroi de l’indépendance aux peuples et aux pays coloniaux. En sus des Etats et des organisations
internationales, d’autres acteurs interviennent aussi en matière de constitution de la règle coutumière.
Il s’agit des Organisations Non Gouvernementales (ONG), des sociétés multinationales et des
individus.
De plus en plus présentes sur la scène internationale, les organisations non gouvernementales
participent au processus coutumier. Cette contribution s’observe notamment en droit international
humanitaire. Et l’on peut mentionner le rôle particulier du Comité International de la Croix Rouge
(CICR), organisation de droit Suisse, dans la codification des normes du droit international
humanitaire.
A priori, les personnes privées ne peuvent avoir la prétention de participer à la formation d’une
coutume internationale. Une partie de la doctrine soutient, à l’instar de J. Barberis, l’existence de
coutumes internationales résultant de la pratique ininterrompue et constante des personnes privées. J.
Barberis rapporte l’existence d’une coutume locale créée par les ressortissants colombiens et
vénézuéliens et insérée dans des règlements locaux. Celle-ci est relative à la réglementation de
l’utilisation des eaux du fleuve Tachira entre les Etats.
Quel que soit l’auteur du précédent, une coutume internationale doit s’inscrire dans le temps.
2 - La répétition du précédent dans l’espace et le temps : l’exigence d’une pratique immémoriale
dans le temps
- CIJ, A 20 novembre 1950, Haya Della Torre, (Colombie/Pérou), Rec. P. [Link] règle
coutumière doit être "conforme à un usage constant et uniforme.
- CIJ, A 18 décembre 1951, Pêcheries anglo-norvégiennes, Rec. 1951, p. 139. La coutume est
"une pratique constante et suffisamment longue. "
9
- CIJ, 12 avril 1960, Affaire du droit de passage en territoire indien, Rec. 1960, p. 40. "La
coutume est une pratique constante et uniforme."
- CIJ, A. 20 février 1969, Plateau continental de la Mer du Nord, Rec. parag. n° 74 et 77. La
coutume est "une pratique constante" qui résulte de la "fréquence des actes en cause" et à la "pratique
fréquente et uniforme."
Les pays en voie de développement et les pays socialistes vont se servir de cette évolution pour tenter
de réformer le Droit international public. Leur stratégie consiste notamment à formuler rapidement
de nouvelles normes coutumières qui viendraient améliorer ou abroger la coutume classique. Les
nouveaux Etats critiquent de manière sélective « un droit international coutumier dont la formation
historique s’est opérée à la fois en dehors de lui (le Tiers-Monde) et largement contre lui »1. Les
coutumes ne leur sont pas, par conséquent, opposables car « l’écoulement du temps nécessaire à la
création de la règle coutumière correspondait pratiquement à la période durant laquelle les Etats
qui forment maintenant la grande majorité du Tiers-Monde n’étaient pas encore indépendants et ne
pouvaient donc participer au processus normatif en question »2. La stratégie normative des nouveaux
Etats suscite la désapprobation de la doctrine classique qui dénonce cette « coutume sauvage ». Par
« coutume sauvage », elle dénonce les « contre-coutumes, dont l’excroissance soudaine est nourrie
de volontés alertées, dénonçant la désuétude et l’imposture des premières, dont un long passé faisait
oublier qu’elles devaient leur développement non à la sagesse des nations mais à l’action des plus
puissantes d’entre elles »3. Tenant compte de cette évolution, certains auteurs ont pensé que le facteur
temps avait cessé d’être déterminant dans le processus coutumier. Ils avanceraient même l’idée de
l’apparition de coutume « instantanée ». Il est difficile de partager un tel point de vue. Car, ce serait
oublier que la coutume est aussi bien une norme qu’un processus. Et, c’est au terme de celui-ci qu’elle
1
M. Bedjaoui, Pour un Nouvel Ordre Economique, op. cit, p. 136.
2 G. de Lacharriere, La politique juridique extérieure, op. cit, p. 32.
3
R.J. Dupuy, La Communauté Internationale entre le mythe et l’histoire, Paris, Economica, 1986, p 132.
10
Déjà, la CPJI admet, en 1930, qu’une pratique remontant à moins de dix ans puisse être à l’origine
d’une coutume internationale, CPJI, 1930, Avis relatif à la participation de la ville de Dantzig à
l’OIT, Série B, n° 18.
Elle confirme cette démarche quelques années plus tard dans l’affaire des pêcheries islandaises :
- La coutume générale
Les coutumes générales ont une portée universelle. Elles ont vocation à s’appliquer à tous les
membres de la communauté internationale. Le juge international a eu l’occasion d’identifier des
coutumes générales. Elles possèdent une origine particulière et, elles produisent des effets déterminés.
CIJ, A. 20 février 1969, Plateau continental de la Mer du Nord. Dans cet arrêt, la Cour constate
que l’absence de pratique générale ne permet pas de conclure à l’existence d’une règle coutumière
11
contenue dans l’article 6 paragraphe 2 de la Convention de Genève sur le plateau continental d’autant
plus que cette disposition peut faire l’objet de réserve.
- La coutume régionale
Bien que l’article 38 paragraphe 1-b) du Statut de la Cour internationale de Justice ne consacre
pas l’existence de coutumes régionales, les Etats et la Cour internationale de Justice en admettent la
possibilité.
CIJ, A, 20 novembre 1950, Haya Della Torre, p. 277. Ce litige oppose le Pérou à la Colombie qui
a accordé l’asile diplomatique dans son Ambassade à Lima au sieur Haya Della Torre, homme
politique de nationale Péruvienne. La Colombie soutient l’existence d’une coutume régionale qui
permet à l’Etat qui accorde l’asile diplomatique d’opérer une qualification unilatérale du délit commis
afin de déterminer s’il justifie l’asile diplomatique. La Cour examine les précédents évoqués par la
Colombie. Elle conclut à des « incertitudes et des contradictions » et en l’absence d’une pratique
constante acceptée comme étant le droit ». Bien que dans le cas d’espèce, la Cour Internationale de
Justice ait exclu l’existence d’une coutume régionale, elle en admet, cependant, le principe. Celle-ci
produit des effets particuliers.
- La coutume locale
La Cour internationale de Justice s’est prononcée sur l’existence d’une coutume locale dans l’affaire
du droit de passage en territoire Indien. Elle énonce, à cet effet, un principe soumis à des modalités
particulières d’application. La Cour européenne des droits de l’homme en confirme l’existence
plusieurs décennies après.
CIJ, A, 12 avril 1960, Affaire du droit de passage en territoire indien, Rec. 1960, p. 39. « On voit
difficilement pourquoi le nombre des Etats entre lesquels une coutume locale pourrait se constituer
sur la base d’une pratique prolongée devrait nécessairement être supérieur à deux.
La Cour ne voit pas de raison pour qu’une pratique prolongée constituée entre deux Etats, pratique
acceptée par eux comme régissant leurs rapports, ne soit pas à la base de droits et d’obligations
réciproques entre ces deux Etats. »
La coutume internationale est un comportement observé par les sujets de Droit international avec la
conviction qu’il est obligatoire. Les sujets de droit se soumettent à une véritable règle de droit en
adoptant une certaine pratique et non à un simple usage. La coutume se distingue en outre, de la
courtoisie.
L’opinio juris est une notion qui apparaît dans la doctrine allemande au début du XIX è siècle. C’est
l’école historique allemande, représentée par des auteurs comme Savigny et Puchta, qui relève que la
répétition des mêmes comportements ne suffit pas et qu’il faut en plus du précédent l’élément
psychologique. La coutume apparaît, de leur point de vue, comme « l’expression d’une conscience
commune des intéressés ».
CIJ, A. 20 février 1969, Plateau continental de la Mer du Nord, Rec. parag. 77. La Cour nota
que « deux conditions doivent être remplies : non seulement les actes considérés doivent représenter
une pratique constante, mais, en outre, ils doivent témoigner par leur nature ou la manière dont ils
sont accomplis, de la conviction que cette pratique est rendue obligatoire par l’existence d’une règle
de droit. La nécessité de pareille conviction, c’est-à-dire l’existence d’un élément subjectif, est
implicite dans la notion même d’opinio juris sive necessitas. Les Etats intéressés, conclut la Cour,
doivent donc avoir le sentiment de se conformer à ce qui équivaut à une obligation juridique. »
CPJI, A. 7 septembre 1927, Lotus, p. 28. « De l’avis de la Cour, cette conclusion n’est pas fondée,
même si la rareté des décisions judiciaires que l’on peut trouver dans les recueils de jurisprudence
13
était une preuve suffisante du fait invoqué par l’agent du gouvernement français, il en résulterait
simplement que les Etats se sont souvent abstenus en fait d’exercer les poursuites pénales et non
qu’ils se reconnaissent obligés de ce fait. Or c’est seulement si l’abstention était motivée par la
conscience d’un devoir de s’abstenir que l’on pourrait parler de coutume internationale. Le fait
allégué ne permet pas de conclure que les Etats aient été conscients de pareil devoir. Par contre,
comme on le verra tout à l’heure, il y a d’autres circonstances qui sont de nature à persuader du
contraire. »
A – Définition
L’existence d’une codification découle d’une pratique étatique considérable, de précédents
jurisprudents et d’opinions doctrinales convergentes (article 15 du Statut de la CDI).
La codification de la coutume internationale peut être définie de manière particulière. Elle est
entreprise par des organes déterminés et, elle produit des effets juridiques précis.
La codification consiste à donner une forme écrite à des règles coutumières, ce qui permet de lever
les incertitudes qui existent sur le contenu de la règle coutumière. Elle peut être définie de manière
restrictive ou extensive. D’un point de vue restrictif, la codification consiste à transcrire une norme
coutumière telle qu’elle existe au moment où l’exercice s’effectue. Cette démarche présente
l’avantage d’identifier la règle coutumière stricto sensu. L’inconvénient résulte, néanmoins, du fait,
qu’un tel exercice est tourné vers le passé et la norme conventionnelle qui en résulte risque de se
trouver très vite inapplicable car dépassée. D’un point de vue extensif, la codification intègre les
éléments relevant de la coutume existante ainsi que les éléments de développement du droit. Cet
exercice est tourné vers l’avenir, ce qui permet d’élaborer un texte dont la longévité sera certaine dans
la mesure où il tient compte des éléments d’évolution du droit. Le Statut de la commission du droit
international reprend les deux aspects de la codification dans ses articles.
La définition de la codification peut se faire de façon restrictive ou extensive. Il faut distinguer la
codification stricto sensu et le développement progressif du droit. Ainsi, au terme de l’article 15 du
Statut de la Commission du droit international, l’expression "développement progressif du droit
international" est employée, pour la commodité, pour couvrir les cas où il s’agit de rédiger des
conventions sur des sujets qui ne sont pas encore réglés par le droit international ou relativement
14
auxquels le droit n’est pas encore suffisamment développé dans la pratique des Etats. De même,
l’expression "codification droit international" est employée, pour la commodité, pour couvrir les cas
où il s’agit de formuler avec plus de précision et de systématiser les règles du droit international
dans les domaines dans lesquels il existe déjà une pratique étatique considérable, des précédents et
des opinions doctrinales ».
Le droit international public est à l’origine un droit essentiellement coutumier constitué par les
pratiques considérées comme obligatoires par les Etats. Les imprécisions de la règle coutumière
justifient les codifications entreprises et par la suite l’apparition d’une nette prédilection à l’égard de
la norme conventionnelle. Ce qui pose la question de la survivance de la coutume en tant que source
du droit international public.
La codification ne fait pas perdre à la norme son caractère coutumier (préambule de la Convention
de Vienne). La règle possède désormais un double fondement : un support coutumier et un support
conventionnel. Sa portée est, toutefois, relative. Alors que la règle coutumière est régie par le principe
de l’opposabilité générale, la règle conventionnelle est soumise au principe de l’effet relatif des
traités.
CIJ, A, 10 mai 1984, Activités militaires et paramilitaires des USA au Nicaragua (compétence),
Rec. 1984, p. 421.
« Le fait que les principes sont codifiés ou incorporés dans des conventions multilatérales ne veut pas
dire qu’ils cessent d’exister et de s’appliquer en tant que principes de droit coutumier, même à l’égard
des pays qui sont parties aux différentes conventions ».
CIJ, A, 27 juin 1986, Activités militaires et paramilitaires des USA au Nicaragua (fond), Rec.
1986, paragraphes 174-179.
15
« Les règles du droit international coutumier conservent une existence et une applicabilité autonome
par rapport à celles du droit international conventionnel, lors même que les deux catégories de droit
ont un contenu identique ».
Alors que d’aucuns avaient prédit sa disparition, la coutume demeure bel et bien une source du droit
international public et elle entretient des relations avec les autres sources du droit international public.
Le traité et la coutume dont des sources formelles du droit international public et elles possèdent la
même autorité. La codification de la coutume donne à la norme coutumière un caractère écrit sans
toutefois que disparaisse son fondement coutumier (article 43 de la Convention de Vienne). Une
norme conventionnelle peut conduire à l’apparition d’une norme coutumière. Le principe de l’effet
relatif des traités a pour conséquence qu’un Etat qui est tiers à l’égard de la règle coutumière peut
être lié en vertu de la règle coutumière car la coutume générale, sauf opposition persistante, est
opposable à tous, (CIJ, 1969, Plateau continental en mer du Nord). La coutume peut aussi modifier
un traité. Modification de l’article 27 paragraphe 3 de la Convention des Nations Unies suite à la
pratique observée par les Etats au niveau du Conseil de Sécurité, (CIJ, AC, 21 juin 1971, Namibie).
En cas de conflit entre les normes coutumières successives portant sur le même objet, c’est la règle
coutumière la plus récente qui l’emporte et, la règle spéciale sur la règle générale sauf s’il s’agit d’une
norme jus cogens.
- Le réflexe de solidarité.
L’attentisme de certains Etats s’explique aussi par la solidarité qui les caractérise. Appartenant à des
alliances ou d’autres formes de groupement, les Etats attendent parfois que le leader de ce groupement
agisse pour se déterminer. Cette réaction se justifie par le souci de ne pas méconnaître les règles de
l’alliance.
17
Les actes unilatéraux des Etats sont nés des exigences de la vie internationale. Le silence de l’article
38 du Statut de la Cour internationale de Justice justifie le rôle déterminant joué par la jurisprudence
internationale. La doctrine opère une classification et détermine les conditions de validité, de
modification et d’abrogation des actes unilatéraux des Etats. Plusieurs caractéristiques peuvent être
relevées.
– Ce sont des déclarations formulées publiquement et manifestant la volonté de s’engager peuvent
avoir pour effet de créer des obligations juridiques. Lorsque les conditions pour qu’il en soit ainsi son
réunies, le caractère obligatoire de telles déclarations repose sur la bonne foi ; les Etats intéressés
peuvent donc en tenir compte et tabler sur elles, ils sont fondés à exiger que de telles obligations
soient respectées ;
- Tout Etat a la capacité d’assumer des obligations juridiques par des déclarations unilatérales ;
– Pour déterminer les effets juridiques de telles déclarations, il convient de tenir compte de leur
contenu, de toutes les circonstances de fait dans lesquelles elles sont intervenues et des réactions
qu’elles ont suscitées ;
– une déclaration unilatérale n’engage internationalement l’Etat que si elle émane d’une autorité ayant
compétence à cette fin. En vertu de leurs fonctions, les chefs d’Etat, les chefs de gouvernement et les
ministres des affaires étrangères sont habilités à formuler de telles déclarations. D’autres personnes
représentant l’Etat dans des domaines déterminés peuvent être autorisées à engager celui-ci, par leurs
déclarations, dans les matières relevant de leur compétence ;
– les déclarations unilatérales peuvent être formulées par écrit ou oralement ;
– les déclarations unilatérales peuvent être adressées à la communauté internationale dans son
ensemble, à un ou plusieurs Etats ou à d’autre entités ;
– Une déclaration unilatérale n’entraîne d’obligations pour l’Etat qui l’a formulée que si elle a un
objet clair et précis. En cas de doute, on tient compte du texte, du contexte et des circonstances ;
– une déclaration unilatérale en conflit avec une norme impérative du droit international général est
nulle ;
– aucune obligation ne peut résulter pour les autres Etats de la déclaration unilatérale d’un Etat. Ils
peuvent être soumis à des obligations s’ils y consentent ;
18
- Une déclaration qui crée des obligations juridiques à la charge d’un Etat auteur ne saurait être
arbitrairement rétractée.
Il existe une divergence doctrinale relative à l’existence des actes unilatéraux des Etats, tranchée par
la Cour internationale de Justice qui consacre l’existence de cette source formelle du droit
international public.
Deux thèses doctrinales se sont longtemps opposées :
- Fauchille, Traité de droit international public, 1926 : "Comme en droit privé, certains actes
unilatéraux et volontaires peuvent engendrer des engagements à la charge des Etats."
La déclaration d’occupation promulguée par le gouvernement norvégien est illégale et non valable.
Le Danemark soutient sa souveraineté continue, pacifique et non contestée, reconnue par la Norvège
par la déclaration de M. IHLEN du 22 juillet 1919. Le Ministre des Affaires étrangères déclare ne pas
s’opposer à la présence du Danemark en Norvège en échange de son appui aux visées de la Norvège
sur le Spitzberg. La Cour relève l’interdépendance des positions des deux Etats. Elle déclare : "La
Cour considère comme incontestable qu’une telle réponse à une démarche du représentant
diplomatique d’une puissance étrangère, faite par le Ministre des Affaires étrangères au nom du
gouvernement, dans une affaire qui est de son ressort, lie le pays dont il est le ministre gouvernement
(p. 53)… "La Cour ne peut envisager la déclaration IHLEN du 22 juillet 1919 que comme
inconditionnée et définitive". (p. 54). Elle ne peut accepter la volonté de la Norvège de remplacer un
engagement inconditionné et définitif par un engagement sous réserves.
19
- CIJ, A, 20 décembre 1974, Affaire des essais nucléaires (Australie contre France). « Il est
reconnu que des déclarations revêtant la forme d’actes unilatéraux et concernant des situations de
droit ou de fait peuvent avoir pour effet de créer des obligations juridiques. Des déclarations de cette
nature peuvent avoir et ont souvent un objet très précis. Quand l’Etat auteur de la déclaration entend
être lié conformément à ses termes, cette intention confère à sa prise de position le caractère d’un
engagement juridique, l’Etat intéressé étant désormais tenu en droit de suivre une ligne de conduite
conforme à sa déclaration.
Un engagement de cette nature, exprimé publiquement et dans l’intention de se lier, même hors du
cadre des négociations internationales, a un effet obligatoire. »
Les effets produits par l’acte unilatéral ne doivent pas résulter d’un autre acte juridique qu’il soit
unilatéral, bilatéral ou multilatéral. Car si tel était le cas l’on se trouverait face à un acte conventionnel
et non plus à un acte unilatéral. Certains auteurs à l’instar du Professeur Virally ont tenté de
comprendre les buts poursuivis par les auteurs de certains actes. Ils ont relevé, qu’il s’agit pour eux
d’obtenir un certain avantage. Par conséquent, la recherche de cet avantage viendrait disqualifier le
20
caractère unilatéral de l’acte4. Il ne faut pas, toutefois, confondre la réciprocité des avantages avec la
réciprocité des engagements. Ce qui est déterminant, c’est l’autonomie de l’engagement, du point de
vue de sa validité, par rapport à d’autres actes juridiques.
A. La notification
La notification est l’acte par lequel un Etat porte à la connaissance d’un ou de plusieurs Etats un fait
déterminé auquel s’attachent des conséquences juridiques (Anzilotti). La notification est
généralement facultative et elle conduit à la mise en œuvre d’un régime juridique particulier. L’Etat
peut être obligé d’informer les tiers :
CIJ, A, 9 avril 1949, Détroit de Corfou.
La Cour rappelle l’obligation pour l’Albanie de notifier à la Grande Bretagne l’existence du champ
de mines dans sa mer territoriale.
CIJ, 27 juin 1986, Activités militaires et paramilitaires des Etats-Unis d’Amérique au
Nicaragua.
La Cour constate que les Etats-Unis n’ont pas signalé la présence de mines posées dans les eaux du
Nicaragua (paragraphe n° 215).
4
M. Virally, « Le principe de réciprocité dans le Droit international contemporain », RCADI, 1967, III, tome 122, p. 4.
21
- L’obligation pour les parties à l’Acte général de Berlin du 26 février 1885 en application de l’article
34 de notifier toute occupation du territoire ou tout établissement de protectorats sur les côtes
africaines aux autres puissances ;
- La déclaration de guerre ou la déclaration de neutralité ;
- La déclaration facultative d’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour internationale de
Justice en application de l’article 36 paragraphe 2 des Statut de la Cour internationale de Justice.
La notification produit des effets juridiques à l’égard des Etats tiers. Elle détermine, en cas d’absence
de réaction de la part du destinataire, son comportement et sa position vis-à-vis de l’objet de la
notification.
B. La reconnaissance
La reconnaissance est la manifestation de volonté d’un Etat par laquelle il entend considérer comme
lui étant opposable une situation déterminée. Pour Anzilotti, « Le droit international attache des effets
juridiques au seul fait de reconnaissance, en ce sens que l’Etat qui a reconnu une prétention donnée
ou un certain état de choses ne peut plus en contester la légitimité, et cela indépendamment de tout
accord avec le sujet en faveur duquel la reconnaissance a lieu ». Pour Cet auteur, la reconnaissance
remplace la prescription en droit international car, « ce n’est pas l’écoulement du temps comme tel,
mais la volonté manifestée par la reconnaissance, grâce à l’écoulement du temps qui transforme ainsi
les situations de fait en situations juridiques ».
La reconnaissance suppose en principe une déclaration explicite. Cependant, le silence ou un certain
comportement affiché et imputable à l’Etat peut être constitutif de reconnaissance.
Le juge international a consacré cette hypothèse dans diverses affaires :
- CIJ, 18 décembre 1951, Pêcheries anglo-norvégiennes (par son silence la Grande bretagne a accepté
les lignes de bases de la Norvège) ;
- CIJ, A 15 juin 1962, affaire du Temple de preah Vihear (le comportement thaïlandais équivaut à
l’acceptation du tracé de la frontière qui figure sur une carte illustrant les travaux de la commission
mixte de délimitation établie entre les deux pays).
-
La reconnaissance peut être déclarative ; il s’agit des conséquences tirées d’une situation préexistante
(Etat) (mouvement de libération nationale). Elle peut être constitutive c’est-à-dire anticipée et
contribuer à la consolidation d’une situation particulière.
La reconnaissance d’un Etat est déclarative tandis que la reconnaissance des mouvements de
libération nationale est constitutive ; car c’est grâce à l’appui multiforme accordé au mouvement de
libération nationale que celui-ci bénéficie d’un statut international.
22
L’Etat est libre de reconnaître ou de ne pas reconnaître. Cependant, il ne peut reconnaître une situation
contraire à une norme de jus cogens.
C. La protestation
La protestation est une déclaration par laquelle un Etat affirme ne pas reconnaître comme légitime
une prétention, une conduite ou une situation déterminée. La protestation empêche la consolidation
d’une situation et elle a pour conséquence son inopposabilité au sujet de droit international. Elle est
l’acte contraire à la reconnaissance. Elle rend inopposable à l’Etat une situation déterminée. Tandis
que l’absence de protestation est considérée comme une forme d’acquiescement.
SA , 1911, Chamiza, USA/Mexique
La Commission international sur les frontières considère que les protestations répétées du Mexique
contre l’occupation par les USA de la région contestée du Rio Grande entre El Paso et Ciudad Juarez
suffit à interrompre la prescription acquisitive.
CIJ, A, 18 décembre 1951, Pêcheries anglo-Norvégiennes.
Dans cette affaire, la Cour relève le défaut de protestation de la Grande Bretagne, puissance maritime,
qui n’a pas réagi à la délimitation des espaces maritimes opérée par la Norvège.
D. La renonciation
La renonciation est l’acte unilatéral par lequel un Etat abandonne volontairement un droit. La
renonciation doit être expresse, car les limitations à l’indépendance des Etats ne se présument pas.
CIJ, Affaires des ressortissants américains au Maroc, CPJI, A, septembre 1927, Lotus, p. 18.
CIJ, 20 février 2000, Affaire du Mandat d’arrêt.
La Cour rappelle le principe de l’immunité de juridiction d’un ministre des affaires étrangères en
fonction sauf renonciation expresse par son Etat.
E. La promesse
La promesse est définie comme une « déclaration unilatérale de volonté par laquelle un sujet de droit
international s’engage à adopter un certain comportement à l’égard d’un autre sujet sans subordonner
l’efficacité d’un tel engagement à une contre-prestation quelconque ou à une manifestation
quelconque de volonté antérieure ou postérieure, implicite, de la part du bénéficiaire de la promesse ».
La promesse fait naître des droits au profit des tiers.
23
CPJI, A, 5 avril 1933, Affaire du Groeland Oriental : La déclaration constitue une véritable
promesse.
La validité de l’acte unilatéral repose sur diverses conditions relatives à son auteur, sa forme et son
contenu, les circonstances de fait dans lesquelles il est intervenu et les réactions qu’il suscite
(paragraphe 3 des Principes directeurs).
Il existe une certaine souplesse en matière d’imputation de l’acte unilatéral quand on tient compte du
fait qu’il existe des représentants privilégiés de l’Etat qui n’ont pas à produire de pleins pouvoirs.
Selon l’article 7 paragraphe 2 de la Convention de Vienne sur le droit des traités conclus par
les Etats, il s’agit du chef de l’Etat, du chef du Gouvernement, du ministre des affaires étrangères et
des diplomates accrédités.
Plusieurs autorités peuvent donc engager leur Etat.
La forme de l’acte unilatéral peut être variable, elle peut être écrite ou orale. Ce qui est déterminant,
c’est l’intention de l’auteur de l’acte de s’engager car le Droit international public n’est pas formaliste
ainsi que l’affirme le Professeur Reuter : ″le Droit international dans son principe [n’étant] pas
formaliste, s’attache donc à la volonté comme pivot de sa théorie de l’acte juridique″. Son point de
vue est partagé par la Cour internationale de Justice, dans l’affaire des essais nucléaires français dans
le Pacifique :
CIJ, A, 20 décembre 1974, Essais nucléaires français dans le Pacifique, Rec. 1974, p. 276-268.
″Pour ce qui est de la forme, il convient de noter que ce n’est pas là un domaine dans lequel le Droit
international impose des règles strictes ou spéciales. Qu’une déclaration soit verbale ou écrite, cela
n’entraîne aucune différence essentielle, car de tels énoncés faits dans des circonstances particulières
peuvent constituer des engagements en Droit international sans avoir nécessairement à être consignés
par écrit. La forme n’est donc pas décisive″.
Les actes unilatéraux oraux sont des déclarations faites par divers organes susceptibles d’engager
l’Etat.
CPJI, 5 avril 1933, Affaire du Statut juridique du Groenland Oriental, Rec. 1933, Série A/B n°
53, p. 71.
25
La Cour constate que la déclaration du ministre des affaires étrangères de la Norvège, Monsieur
IHLEN faite en réaction à la demande du Gouvernement danois suffit à engager la Norvège.
CIJ, A, 18 novembre 1960, Sentence arbitrale rendue par le Roi d’Espagne, Rec. 1960, p. 213.
La Cour constate que le Nicaragua « par ses déclarations expresses et par son comportement, a
reconnu le caractère valable de la sentence ».
CIJ, 3 février 2006, Activités armées sur le territoire du Congo, (RDC contre Rwanda).
Il s’agit d’une déclaration faite par le ministre rwandais de la justice devant la Commission des droits
de l’homme, paragraphe 48.
Les actes unilatéraux écrits consistent en une variété d’instruments notamment la lettre, le
communiqué, la déclaration écrite, et la note verbale.
L’acte unilatéral consiste en la création d’obligations pour son auteur et de droits pour d’autres sujets
de droit. Ces droits et obligations doivent être matériellement possibles sinon l’acte unilatéral est
dépourvu de validité juridique. L’objet de l’acte doit être clair et précis.
CIJ, A, 20 décembre 1974, Essais nucléaires français dans le Pacifique, paragraphes 43, 51, 46,
53.
″Des déclarations de cette nature peuvent avoir et ont souvent un objet très précis (…). L’objet des
déclarations étant clair (…) la Cour tient qu’elles constituent un engagement comportant des effets
juridiques″.
CIJ, 3 février 2006, Activités armées sur le territoire du Congo (RDC contre Rwanda).
L’absence de précision dans une déclaration permet de la considérer comme une déclaration
d’intention et non comme un acte unilatéral, (paragraphe 42 p. 24).
La succession de deux actes unilatéraux contradictoires relatifs au même objet est possible. Les deux
actes unilatéraux sont valables juridiquement, cependant, la responsabilité internationale de l’Etat qui
n’exécute pas l’un des deux actes unilatéraux peut être engagée. Un acte unilatéral, pour être valable,
ne doit pas avoir un objet contradictoire avec une norme de jus cogens.
Ils ont pour destinataires la communauté internationale dans son ensemble, un ou plusieurs Etats ou
d’autres entités (paragraphe 6 des Principes directeurs)
Seule l’interprétation restrictive est admise. L’interprétation tient compte en priorité du texte de la
déclaration, du contexte et des circonstances dans lesquelles elle a été formulée (paragraphe 7 des
principes directeurs).
Pour l’abrogation :
L’acte unilatéral peut être modifié ou abrogé conventionnellement suite à l’accord exprimé par les
destinataires. Il s’agit plutôt de s’interroger sur l’abrogation ou la modification unilatérales d’un tel
acte juridique et surtout sur les conditions dans lesquelles elles peuvent s’opérer. Car s’il existait une
totale liberté, ces Etats, pourraient se délier très facilement de leurs obligations. Le Doyen Dehaussy
admet, pour son auteur, la possibilité d’abroger ou de modifier l’acte unilatéral. A cet effet, il
reconnaît un tel pouvoir au Président égyptien à propos du Canal de Suez. La Cour internationale de
Justice dans l’affaire des essais nucléaires français adopte une démarche contraire et précise : « La
Cour estime que l’engagement unilatéral résultant de ces déclarations ne saurait être interprété
comme ayant comporté l’invocation d’un pouvoir arbitraire de révision ». Ainsi si la révision
demeure possible ; elle est, cependant, soumise à certaines conditions et ne doit pas être arbitraire. Le
juge international a eu l’occasion de le préciser lors de la révocation par les Etats-Unis d’Amérique
de leur déclaration d’acceptation de la juridiction de la Cour.
CIJ, A, 26 novembre 1984, Activités militaires et paramilitaires des USA au Nicaragua, Rec.
1984, p. 418.
Le pouvoir de révocation des Etats-Unis d’Amérique a été admis, toutefois, la Cour relève que les
Etats-Unis d’Amérique auraient dû respecter le préavis de six mois qu’ils s’étaient fixés : « Les Etats-
Unis ont certes le droit, inhérent à tout acte unilatéral d’un Etat, de changer la teneur de leur
déclaration ou d’y mettre fin ; ils ont néanmoins assuré une obligation irrévocable à l’égard des
autres Etats qui acceptent la clause facultative, en déclarant formellement et solennellement que tout
changement semblable ne prendrait effet qu’après l’expiration des six mois de préavis ».
27
La problématique de l’abrogation des actes unilatéraux des Etats s’est posée de nouveau avec la
reprise des essais nucléaires français en 1995. Le Président français François Mitterand en avril
1992, décide d’un moratoire sur les essais nucléaires souterrains. Cette décision a été remise en cause
par le Président Jacques Chirac le 13 juin 1995. Le chef d’Etat français recoure à une argumentation
détaillée afin de justifier cette abrogation :
- Les essais sont nécessaires avant le passage à la simulation en laboratoire ;
- Il n’existe aucune menace pour l’environnement du Pacifique Sud ;
- Les essais sont entrepris avant l’achèvement des travaux relatifs au Traité portant interdiction
générale des essais.
Pour la Publicité :
Quelle que soit sa forme, l’engagement doit faire l’objet de mesures de publicité adéquates. Le défaut
de publicité affecte la validité de l’acte. Tant que la publicité de l’acte unilatéral n’est pas réalisée,
son auteur a la possibilité de le modifier. Dès qu’il est publié, il acquiert toute force juridique et, il ne
peut être modifié ou abrogé qu’à certaines conditions.
5
J.D. Sicault, « Du caractère obligatoire des engagements unilatéraux en Droit international public », RGDIP 1979, tome
83, p. 656.
28
Il convient de distinguer les actes unilatéraux relatifs au droit interne de l’organisation internationale
et les actes unilatéraux concernant les relations de l’organisation internationale avec les sujets de droit
et qui sont relatifs au droit réglementaire.
CIJ, AC, 13 juillet 1954, Effets des jugements du Tribunal Administratif des Nations Unies
(TANU) accordant une indemnité.
- CIJ, AC, 28 mai 1948, Conditions d’admission d’un Etat comme membre des Nations Unies.
- TPIY, Tadic Dusko, n II-94-I-AR-72, 2 octobre 1995, paragraphe 28.
- CIJ, O, 14 avril 1992, Lockerbie.
République Fédérale d’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis, la France et le Japon ont voté contre.
Tandis que l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Autriche, le Luxembourg et la Norvège se sont abstenus. »
I - Définition
Il y a une distinction entre les principes généraux du droit et les principes généraux de droit
- Bela Vitanyi, « Les positions doctrinales concernant le sens de la notion de principes généraux de
droit reconnus par les nations civilisées », RGDIP 1982, p. 52 : « La notion de "principe général du
droit" n’évoque, au fond, aucune identification aux sources formelles de droit, qui désignent, au sens
propre du terme, les procédés par lesquels une norme de conduite ayant trait à une situation ou à un
rapport de vie dont la réglementation s’impose obtient sa qualité de règle de droit positif tandis que
le statut confère aux principes généraux de droit la qualité de source subsidiaire du droit. »
- Baron Descamps, Procès-verbaux des séances du Comité de juristes, 1920, 16 juin – 24 juillet
1920, La Haye, p. 316 : "Les dispositions de l’article 38 paragraphe 1, lettre e, ne donnent pas aux
juges un pouvoir nouveau, étant donné que l’application de ces règles est de pratique constante dans
les juridictions internationales."
- CPJI, A, 7 septembre 1927, Lotus. "Le sens des mots principes du droit international ne peut,
selon leur usage général, signifier autre chose que le droit international tel qu’il est en vigueur entre
toutes les nations faisant partie de la communauté internationale."
Pour certains auteurs, la convention et la coutume constituent les seules sources formelles du droit
international public. Par conséquent il ne saurait exister de principes généraux de droit dérivant des
systèmes de droit interne. Tout principe général de droit soit s’exprimer par les traités universels et
les coutumes généralement acceptées.
31
″La conception selon laquelle les principes généraux de droit sont des principes normatifs des
différents systèmes juridiques ne saurait être admise pour cette raison qu’il l’existe pas de principes
normatifs communs aux deux systèmes juridiques opposés : socialisme et bourgeois. Les principes de
ces systèmes, même lorsqu’ils présentent une similitude formelle, sont radicalement distincts par leur
nature de classe, par leur rôle dans la société et par leurs buts″. Cette prédilection pour ces deux
sources s’explique par le volontarisme des Etats socialistes pour qui, il ne peut exister de droit
international sans l’expression du consentement des Etats à être liés. Et, toute tentative tendant à
affirmer l’existence de principes généraux de droit autonomes revendrait, en fait, à imposer les
principes juridiques émanant des pays capitalistes. Certains auteurs contestent toute autonomie aux
principes généraux de droit par rapport aux autres sources du droit international public. Ils avancent
à cet effet plusieurs arguments.
Ce courant est notamment représenté par la doctrine socialiste qui conteste l’existence des principes
généraux car il est difficile de prétendre que les nations civilisées ont une conception morale et
économique commune qui apparaîtrait dans les législations nationales. Les divergences entre les
législations nationales ne permettent pas de soutenir l’existence de principes généraux de droit
international. Il n’existe que deux sources du droit international public qui possèdent des processus
spécifiques de formation.
Pour certains auteurs, les principes généraux de droit seraient une étape dans le processus de
formation de la norme coutumière. Cette conception apparaît dans l’opinion dissidente du vice-
président de la Cour internationale de Justice dans l’affaire plateau continental en mer du Nord.
Le juge se demande si, en dépit de l’absence de ratification de la Convention de Genève par
l’Allemagne, les règles ne peuvent pas lui être opposables en qualité de principe général du droit. Il
faut observer que cette approche est difficile à admettre car elle reviendrait en réalité à réintégrer le
processus de formation de la coutume internationale.
Les tenants de ce courant appartiennent à la thèse dualiste. Ils considèrent que les principes généraux
de droit peuvent naître dans les différents systèmes juridiques internes. Cependant, leur réception en
droit international s’opère grâce à l’un des modes de création des règles de droit international :
coutume pou convention internationale.
L’autonomie des principes généraux de droit est reconnue par différents auteurs notamment Ago, Sir
Gérald Fitzmaurice, Verdross, Ch. Rousseau, Charles De Visscher, Jean Basdevant qui se
réfèrent pour cela à une argumentation particulière. Expression de la conscience juridique des
peuples, les principes généraux de droit constituent une source formelle du droit distincte des traités
et de la coutume. Le juge international qui est confronté à un problème juridique auquel ni le traité ni
la coutume n’apportent de solution doit éviter le déni de justice (non liquet). Il a l’obligation de dire
le droit et il se réfère pour cela aux principes généraux de droit. Face à la lacune du droit international,
le juge international est autorisé par l’article 38 paragraphe 1c à recourir aux principes consacrés par
les systèmes juridiques nationaux qui ne sont pas encore incorporés dans la coutume ou les
conventions internationales (Anzilotti). En y recourant, le juge ne crée pas le droit ; il ne bénéficie
nullement d’une habilitation législative. Il est tenu au respect des principes dégagés par les droits
nationaux in foro domestico et par le droit international. Son pouvoir n’est nullement discrétionnaire.
Plusieurs décennies de jurisprudence permettent d’envisager la classification des principes généraux
de droit. Sur ce point Heilborn affirme que les principes généraux de droit seraient des moyens
auxiliaires de détermination du droit auxquels peut recourir le juge international en cas de lacune ou
d’insuffisance6. Les principes généraux de droit constituent l’expression de la conscience juridique
du droit des peuples. Ils sont présents dans les différents systèmes juridiques de manière formelle ou
latente. Leur reconnaissance par le juge présente un caractère déclaratif. Car ils ont une existence
juridique propre ; et ils traduisent l’idée d’une justice supérieure. Mais en le faisant, le juge n’est
nullement un législateur, il ne crée pas le droit, il se contente d’appliquer au cas d’espèce un principe
dont l’existence est établie sur une base objective.
L’article 38 paragraphe 1 d) du statut de la Cour internationale de Justice parle de "La doctrine des
publicistes."
Les internationalistes, en tentant de définir la doctrine, se sont heurtés à la diversité de sens qu’est
son caractère non obligatoire, la doctrine contribue à la détermination du Droit international public.
Les propositions relatives à la définition de la doctrine peuvent être regroupées en deux catégories.
Elles revêtent d’une part, un sens politique et, un sens juridique, d’autre part.
- Le sens politique
La première définition de la doctrine résulte de la pratique internationale qui permet de relever les
politique des Etats latino-américains. La doctrine Brejnev aura contribué à l’affirmation de la théorie
parlé notamment des doctrines Monroe, Estrada et Stimson. Ces propositions sont de nature
politique et elles justifient les choix de politique étrangère arrêtés par les Etats.
34
La doctrine est une conception et une interprétation du droit qui résultent des travaux des différents
point de vue émis par un auteur sur une question posée en droit international. Elle consiste en une
et à déterminer les normes applicables. La variété des propositions doctrinales met en évidence
permettent d’observer l’apparition de plusieurs courants doctrinaux. Ces auteurs développent une
conception du Droit international public basée d’une part, sur la théorie du droit naturel, extérieur
aux Etats et déterminant les comportements (Francisco De Vitoria, Francisco Suarez et Hugo De
Goot Grotuis. D’autres auteurs se réfèrent d’autre part, au positivisme et au volontarisme ; le Droit
international étant le résultat de la volonté des Etats. Aujourd’hui, la frontière sépare les
réformateurs, qui ont une lecture dynamique du Droit international public et qui veulent le réformer
II - La jurisprudence
35
La jurisprudence s’entend de l’ensemble des décisions judiciaires ou arbitrales qui émanent des
juridictions. En droit international, la jurisprudence joue un rôle important dans l’interprétation des
traités et l’application de l’équité.
En effet, le paragraphe 2 de l’article 38 du Statut reconnaît à la Cour internationale de Justice de
statuer ex aequo et bono. Le recours à l’équité peut se faire à la demande des parties exprimée dans
des clauses de jugements en équité insérées dans les compromis. Ces clauses sont fréquentes pour
le règlement de différends territoriaux ou en matière de droit de la responsabilité.
L’équité peut être définie comme l’établissement de la justice entre deux prétentions différentes.
Elle permet de combler les lacunes du droit et de rétablir une certaine égalité dans des hypothèses
où l’application stricte du droit aurait pu conduire à un déséquilibre. Ce qui confère au juge une
latitude certaine.
Le juge international ne rend toutefois pas sa décision ex nihilo. La décision du juge est en effet
subordonnée à l’existence d’un différend. Le différend a été défini par les juridictions internationales,
la CPJI et la CIJ notamment.
CPJI, A, 30 août 1924, Exceptions préliminaires, Concessions Mavrommatis en Palestine :
"Un différend est un désaccord sur un point de droit ou de fait, une contradiction, une opposition de
thèses juridiques ou d’intérêts entre deux personnes."