Cours
Cours
Frédéric Demoulin1
2
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Table des matières
1 Quelques rappels sur les vecteurs 2
1.1 Colinéarité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Norme d’un vecteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
La notion de barycentre (qui vient du grec barus qui signifie lourd, massif) a été introduite par Archimède1 au
III e siècle avant notre ère alors qu’il s’intéressait à l’équilibre des leviers. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il
aurait prononcé la célèbre phrase « donnez-moi un point d’appui, je soulèverai le monde ». Archimède apporta
une solution au problème simple (qu’en pensez-vous ?) proposé ci-dessous.
A G B
m
m′
Sur une tige de masse négligeable, on suspend deux masses m et m ′ en A et en B. Comment positionner le pivot G
pour que l’ensemble soit en équilibre ?
Les barycentres sont donc d’abord considérés d’un point de vue physique et concret. Il faut attendre le XIX e siècle
pour les considérer d’un point de vue purement mathématique. Le mathématicien August Ferdinand Möbius2 ,
dans son mémoire intitulé Der barycentrische Calcül rédigé en 1827, utilise des systèmes de points auxquels il
affecte un coefficient, ou masse, pouvant être aussi bien positif que négatif. La notion de barycentre devient alors
indépendante de la Physique.
De nos jours, les applications des barycentres ne manquent pas... Les problèmes d’équilibre de balance, de centre
de gravité, de centre d’inertie, de moyenne en statistique, la colorimétrie ainsi que les courbes de Bézier3 en CFAO4
sont autant de domaines dans lesquels intervient la notion de barycentre.
B C
→
−
u →
−
v
A
D
Théorème 1.1 Soit → −
u et →
−
v deux vecteurs non nuls.
Dire que u et v sont colinéaires équivaut à dire qu’il existe un réel k tel que →
→
− →− −
u = k→
−
v ou encore qu’il existe un réel
′ →− ′→
−
k tel que v = k u .
1
Illustre scientifique grec, mathématicien, physicien et ingénieur (287 av. J.C. – 212 av. J.C.).
2
Mathématicien et astronome allemand, connu surtout pour sa découverte du ruban de Möbius (1790 – 1868).
3
Ingénieur français chez Renault (1910 – 1999).
4
Acronyme de Conception et Fabrication Assistée par Ordinateur.
⊲ Démontrons, dans un second temps, que s’il existe un réel k tel que → −u = k→−
v , alors →
−
u et →
−
v sont colinéaires.
→
− →
− →
− →−
Soient u et v deux vecteurs non nuls et k un réel tel que u = k v . Soient A, B, C et D quatre points du plan (A 6= B
−→ −−→ −→ −−→ −→ −→
et C 6= D) tels que AB = k C D. Soit E le point de la droite (C D) tel que C E = k C D. On a alors AB = C E. ABEC est
−→ −−→
donc un parallélogramme, d’où (AB) (C E ) et par conséquent (AB) (C D). AB et C D ont même direction, ils sont
donc colinéaires.
1
Puisque →− v sont non nuls, k est également non nul. On peut alors poser k ′ = . Ainsi, dire que →
u et →
− −
u = k→
−
v revient
k
→
− ′→
−
à dire que v = k u . ä
Démonstration. On a :
−−→ −−→ →
− −−→ ³−−→ −→´ → −
αG A + βGB = 0 ⇔ αG A + β G A + AB = 0 (relation de Chasles)
−−→ −→ → −
⇔ (α + β)G A + β AB = 0
−−→ −→
⇔ (α + β)G A = −β AB
−→ −→
⇔ (α + β) AG = β AB
−→ β −→
⇔ AG = AB avec α + β 6= 0.
α+β
G2 A G1 B
(A ; kα) ; (B ; kβ) .
©
Autrement dit, on ne change pas le barycentre de deux points en multipliant tous les coefficients par un même
réel non nul.
Exemple. Le barycentre du système {(A ; −60) ; (B ; 12)} est encore le barycentre du système {(A ; −5) ; (B ; 1)}.
−−→ −→
Démonstration. Soit M un point de la droite (AB). Il existe alors un réel k tel que AM = k AB . Il vient :
−−→ −→ −−→ ³−−→ −−→´
AM = k AB ⇔ AM = k AM + MB
−−→ −−→ −−→ → −
⇔ k AM − AM + k MB = 0
−−→ −−→ → −
⇔ (1 − k) M A + k MB = 0 avec (1 − k) + k 6= 0
⇔ M = bar {(A ; 1 − k) ; (B ; k)} .
ä
On peut étudier plus précisément la position du barycentre G sur la droite (AB) en fonction des valeurs de α et β.
Théorème 2.6 Soit G le barycentre de (A ; α) ; (B ; β) .
© ª
−−→ −−→ →−
Démonstration. On a αG A + βGB = 0 .
−−→ →
− −−→ →
−
(i) Si α = 0, alors βGB = 0 soit puisque β 6= 0, GB = 0 . Les points G et B sont confondus.
(ii) Supposons α et β strictement positifs. Il vient 0 < β < α+ β, d’où, en passant aux inverses et en multipliant par
β β
β > 0, 0 < < 1. En multipliant par AB Ê 0, il vient 0 É AB É AB.
α+β α+β
−→ β −→ β
D’après le théorème 2.1, on a AG = AB, d’où AG = AB.
α+β α+β
On en tire finalement 0 É AG É AB. Le point G appartient donc au segment [AB].
Ce théorème présente un intérêt fondamental en pratique. Il permet d’affirmer que, quel que soit le point M, le
−−→ −−→ −−→
vecteur αM A + βMB est toujours colinéaire à MG. Il est alors très utile dans la détermination de lieux géomé-
triques.
αx A + βxB αy A + βy B
xG = et yG = .
α+β α+β
Autrement dit, G a pour coordonnées la moyenne pondérée des coordonnées de A et B.
Exemple. A(1; 3) et B(2; 1) sont deux points du plan. Le barycentre G de {(A ; −1) ; (B ; 2)} a pour coordonnées :
−x A + 2xB −1 + 4 −y A + 2y B −3 + 2
xG = = = 3 et yG = = = −1.
−1 + 2 1 −1 + 2 1
Démonstration. On a :
−−→ −−→ −−→ →
− −−→ ³−−→ −→´ ³−−→ −→´ → −
αG A + βGB + γGC = 0 ⇔ αG A + β G A + AB + γ G A + AC = 0 (relation de Chasles)
¢ −−→ −→ −→ → −
α + β + γ G A + β AB + γ AC = 0
¡
⇔
¡ ¢ −−→ −→ −→
⇔ α + β + γ G A = −β AB − γ AC
¡ ¢ −→ −→ −→
⇔ α + β + γ AG = β AB − γ AC
−→ β −→ γ −→
⇔ AG = AB + AC avec α + β + γ 6= 0.
α+β+γ α+β+γ
−−→ −−→ −−→ → − −→ β −→
Ainsi chercher un point G vérifiant αG A+βGB +γGC = 0 revient à chercher un point G tel que AG = AB +
α+β+γ
γ −→
AC .
α+β+γ
Si α + β + γ 6= 0, les points A, B et C ainsi que les réels α, β et γ étant donnés, il existe un unique point G tel que
−→ β −→ γ −→
AG = AB + AC. ä
α+β+γ α+β+γ
Définition 3.1 Ce point G est appelé barycentre du système de points pondérés (A ; α) ; (B ; β) ; (C ; γ) .
© ª
Soit G le barycentre de (A ; α) ; (B ; β) ; (C ; γ) . On a :
−−→ −−→ −−→ → − ³−−→ −−→´ ³−−→ −−→´ −−→ → −
αG A + βGB + γGC = 0 ⇔ α G H + H A + β G H + H B + γGC = 0
¢ −−→ −−→ −−→ −−→ → −
⇔ α + β G H + γGC + αH A + βH B = 0
¡
¢ −−→ −−→ →−
α + β G H + γGC = 0 d’après (1)
¡
⇔
Cette propriété d’associativité (encore appelée théorème du barycentre partiel) permet de ramener la construc-
tion du barycentre de trois points (ou plus) à celle du barycentre de deux points.
Cette propriété permet également de démontrer que des droites sont concourantes (voir démonstration du théo-
rème 3.5) ou que des points sont alignés.
y
Exemple. A(−1; 3), B(2; 4) et C (1; −2) sont trois points du plan. B
Le barycentre G de {(A ; 1) ; (B ; 2) ; (C ; 3)} a pour coordonnées : A
x A + 2xB + 3xC −1 + 4 + 3
xG = = =1 G
1+2+3 6 ~
j
y A + 2y B + 3yC 3+8−6 5
yG = = = .
1+2+3 6 6 O ~ x
i
C
4 Barycentre et centre d’inertie
4.1 Notion de centre d’inertie
Considérons le mouvement d’un solide lancé de manière quelconque au voisinage de la Terre. Étudier le mou-
vement de ce solide revient à connaître le mouvement de chacun des points matériels le constituant. Dans le
Le centre d’inertie est « le point d’équilibre des masses », autrement dit c’est le point par rapport auquel la masse
est uniformément répartie.
Remarque. En Physique, le centre de gravité de n points matériels est le barycentre de ces points pondérés par
leurs poids propres respectifs. Il est donc fondamentalement lié au champ de gravité dans lequel le corps est
plongé. Au voisinage de la Terre ou d’un astre, on confondra centre d’inertie et centre de gravité.
Afin de localiser le centre d’inertie d’une plaque homogène, on admettra le théorème suivant.
Théorème 4.1 Si la plaque possède un élément de symétrie matériel, cet élément de symétrie contient le centre
d’inertie.
Autrement dit :
– si la plaque possède un centre de symétrie, alors son centre d’inertie se trouve en ce point ;
– si la plaque possède un axe de symétrie, alors son centre d’inertie se trouve sur cet axe.
Exemples. Le centre d’inertie d’une tige homogène est le milieu de cette tige. Le centre d’inertie d’une plaque
triangulaire homogène est le centre de gravité du triangle.
4.2.2 Associativité
I1 I
I2
P1 P2
On se propose de déterminer le centre d’inertie I d’une plaque homogène (voir figure ci-dessous) formée :
– d’un rectangle ABC E avec AB = 4 et BC = 2 ;
– d’un triangle C DE équilatéral.
E C
A B
Le rectangle ABC E a pour centre d’inertie le milieu I 1 de ses diagonales [AC ] et [BE ].
Soit a1 son aire. On a a1 = AB × AE = 8 unités d’aires.
Le triangle AC E a pour centre d’inertie son centre de gravité I 2 , point d’intersection des médianes.
Soit P le pied de la hauteur issue de D. Comme le triangle C DE est équilatéral, P est le milieu de [EC ].
1
Soit a2 son aire. On a a2 = EC × P D. En appliquant le théorème de Pythagore dans le triangle PC D rectangle en
p2 p
P , on établit que P D = 2 3. On en déduit que a2 = 4 3 unités d’aires. n
p o n p o
D’après le théorème 3.2, I est le barycentre de {(I 1 ; a1 ) ; (I 2 ; a2 )}, soit de (I 1 ; 8) ; (I 2 ; 4 3) ou encore de (I 1 ; 2) ; (I 2 ; 3) .
p
−→ 3 −−→
On en tire que I 1 I = p I1 I2 .
2+ 3
I2
P I
E C
I1
A B