Sentence Arbitrale TAS: Assana Nah vs FRMF & MAT
Sentence Arbitrale TAS: Assana Nah vs FRMF & MAT
SENTENCE ARBITRALE
rendue par le
et
Première Intimée
&
Second Intimé
Palais de Beaulieu Av. Bergières 10 CH-1004 Lausanne Tel: +41 21 613 50 00 Fax: +41 21 613 50 01 [Link]
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 2
I. PARTIES
3. Le Club Moghreb Athletic de Tétouan (MAT) (le « Club » ou le « second Intimé ») est
un club de football affilié à la FRMF, dont le siège est à Tétouan. Il évolue en
championnat Botola Pro 1.
II. FAITS
5. La description des faits ci-dessous est un résumé établi sur la base des éléments fournis
par les Parties dans leurs écritures ou à l’audience. Seuls les éléments non contestés sont
exposés ci-dessous. Les allégations controversées seront examinées, en tant que de de
besoin, dans la partie de la sentence touchant au fond de l’affaire.
6. Par un courrier du 3 février 2021, le Club informe le club de football camerounais Coton
Sport de Garoua de sa volonté d’engager le Joueur, lequel évoluait alors au sein de ce
club, et s’engage à lui verser la somme de USD 30'000 à titre d’indemnité de formation.
affaires étrangères pour faciliter les procédures d’octroi de visa d’entrée du Joueur, afin
qu’il puisse rejoindre l’équipe dans les plus brefs délais.
11. Le 18 février 2021, le Club rédige une lettre invitant son « nouveau joueur suite au
contrat professionnel entre les deux parties signé et légalisé le 05 février 2021 » à se
« présenter de toute urgence au siège de notre club […] pour rejoindre les
entraînements et les matchs officiels de notre équipe sénior du MAT ».
13. Le 25 février 2021, après avoir obtenu son visa deux jours plus tôt, le Joueur arrive au
Maroc et, accompagné par son agent M. Youssef Moussaid, se rend immédiatement à
Fès où le Club jouait un match le lendemain. Si le Joueur a commencé à s’entraîner dès
le 26 février 2021 avec l’équipe du MAT, il n’a pas joué le match opposant ce club au
MAS Fès. Le Joueur a par ailleurs passé une visite médicale à son arrivée à Fès.
14. Le 1er mars 2021, le Club conclut un contrat de location d’appartement meublé au
bénéfice du Joueur.
15. Le 23 mars 2021, le Joueur passe une autre visite médicale organisée par le Club.
16. Le 1er avril 2022 au matin, après s’être entraîné avec le Club, le Joueur quitte
l’appartement mis à sa disposition, après en avoir remis les clefs, et ne se présente plus
au Club à partir de cette date. Le même jour, en début d’après-midi (14:06), le Club
procède au virement d’une somme de de 13'500 Dirhams (MAD) en faveur du Joueur.
17. À une date indéterminée au début du mois d’avril, le Joueur participe à un tournoi amical
organisé par l’association de M. Youssef Moussaid, Premier’Art Management, au
Sporting Club Chabab Mohammedia, au cours duquel le Joueur a été légèrement blessé.
18. Le 9 avril 2021, dans un courrier en arabe intitulé « mise en demeure », le Club demande
au Joueur de rejoindre l’administration dans un délai de 24 heures « pour effectuer
directement les procédures concernant le contrat […] et présenter les éclaircissements
concernant [son] absence aux entraînements à partir du 02/04/2021 sans justification
légale ». Le courrier « signifie » aussi le Joueur « de la nécessité de présenter le dossier
médical [le] concernant ainsi que la présentation d’explications nécessaires relevant
de [sa] participation à un événement sportif hors de la ville de Tétouan ».
20. Le 13 avril 2021, l’Intermédiaire adresse une lettre au Club intitulée « Recours Contre
le club de Moghreb de Tétouan », par laquelle, après avoir constaté que le Club avait
manqué au respect des obligations stipulées dans le Contrat d’engagement de Joueur
professionnel, réclame « dommages et réparations sur la valeur du contrat du jour ainsi
que la rémunération de l’intermédiaire ». La réclamation est annoncée dans un premier
temps auprès de la FRMF, « puis si cela ne s’avérait pas suffisant », un « recours auprès
des instances de la FIFA » est envisagé.
21. Le 29 avril 2021, le Club met en demeure le joueur de le rejoindre. S’il ne se présentait
pas à l’administration du Club dans les 48 heures, le Contrat de travail serait « résilié
de fait ».
22. Le 2 septembre 2021, le Joueur conclut un contrat de joueur professionnel avec le club
amateur de Mouloudia Marrakech de football.
23. Le 15 décembre 2021, le Joueur conclut un contrat de joueur amateur avec le club
Nessma Sportive de Settat.
24. Le 29 avril 2021, le Joueur introduit une instance auprès de la Chambre nationale de
résolution des litiges (la « CNRL ») de la FRMF, par laquelle la somme de 2'543'000
MAD est réclamée au Club pour le compte du Joueur, en plus d’une somme de 150'000
MAD au bénéfice de l’Intermédiaire.
25. Réunie le 15 octobre 2021, la CNRL adopte une sentence (la « Décision attaquée »),
transmise le 17 novembre 2021 au Joueur, dans laquelle elle se dit compétente pour
connaître de la demande du Joueur contre le Club sur la base de l’article 69-2 des Statuts
de la FRMF, de l’article 28 du Règlement de la FRMF sur le statut et le transfert des
joueurs (le « RSTJ FRMF »), de l’article 3 du Règlement de la CNRL, de l’article 230
du Dahir des obligations, « outre les dispositions du contrat de travail conclu entre les
parties […] ».
27. Au fond, la CNRL estime que le Club a gardé le silence à l’égard de certains éléments
soulevés par le Club et n’a pas débattu les éléments produits, « ce qui insinue qu’il est
en fait aveu, conformément à l’article 406 de la loi des obligations et des contrats ».
28. La CNRL rejette aussi les arguments du Club fondés sur le retard du Joueur, puisque le
Club ne lui a obtenu le visa que le 18 février 2021 et que le Joueur est arrivé le 25 février
2021, tandis que « le club n’a pas fait état de l’arrivée tardive en vertu du devoir et sa
répercussion sur la stabilité contractuelle ».
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 5
29. S’agissant des allégations du Club, la CNRL juge qu’aucune preuve n’a été fournie de
la participation du Joueur à un tournoi de recrutement de joueurs africains au profit de
clubs européens ; que la seule preuve fournie par le Club de la défaillance du Joueur est
la copie de la mise en demeure du 13 avril 2021 qui lui a été adressée par
l’Intermédiaire ; que le défaut de paiement de salaires par le Club pour février et mars
2021 est établi, en plus du défaut de paiement de l’indemnité de logement ; qu’en
enregistrant le contrat auprès de la FRMF le 5 février 2021 sans compléter les formalités
de qualification du Joueur, le Club a violé une obligation sportive d’une manière à
rendre impossible la poursuite de la relation contractuelle, engendrant ainsi de grands
préjudices à l’égard du Joueur ; que par ailleurs la responsabilité du Joueur, alléguée par
le Club, dans sa situation de non qualification est dénuée de justification.
30. La CNRL aboutit à la conclusion que le Club doit supporter la responsabilité légale
quant à la résiliation contractuelle avec les conséquences qui en découlent en matière
de réparation de préjudice. Concernant les salaires dus pour la période de février au 29
avril 2021, la CNRL condamne le Club au paiement de la somme de 17'500 MAD,
correspondant aux salaires de février, mars et avril 2021 (3 x 10'000), déduction faite de
la somme de 13'500 MAD que le Joueur a reconnu avoir perçue. Concernant en
revanche la valeur résiduelle du Contrat jusqu’à son terme du 30 juin 2024 (montant
demandé de 330'000 MAD), la CNRL juge que « la demande présentée à ce sujet est
prématurée à la date de l’introduction de l’instance » et qu’« il convient en conséquence
de la rejeter en l’état ». La CNRL condamne de plus le Club à verser au Joueur le
montant de 250'000 MAD correspondant à la prime de signature pour la saison sportive
2020/2021. En revanche, la CNRL rejette les demandes du Joueur concernant les primes
prévues au titre des années 2021/2022, 2022/2023 et 2023/2024, qu’elle analyse comme
des primes de rendement, liées à la participation du Joueur aux matchs, et non des primes
de signature. La CNRL juge encore que nonobstant la mise à disposition d’un logement
par le Club, le Joueur a droit à l’indemnité contractuelle de logement pour les mois de
février, mars et avril 2021, qu’elle évalue à un montant de 21'000 MAD.
31. Au total, le Club est condamné par la CNRL à verser au Joueur un montant de
279'000 MAD, incluant 1'500 MAD pour dépens de l’instance, la somme totale étant
assortie d’un taux d’intérêt de retard de 5 %.
32. La décision de la CNRL est transmise au Joueur, via son agent, dans sa version originale
en arabe, à la date du 17 novembre 2021.
34. La CCA rendra sa décision le 11 mars 2022, laquelle sera notifiée aux parties concernées
le 15 mars 2022. La décision retient la compétence de la CCA et déclare l’appel
recevable. La CCA confirme le jugement rendu en premier ressort par la CNRL au motif
qu’il a été « judicieusement prononcé et a été motivé légalement », sous réserve de la
correction d’une erreur matérielle concernant le montant de l’indemnité de logement
due, évaluée à 10'500 MAD au lieu de 21'000 MAD. La CCA corrige le montant global
dû par le Club, ainsi fixé à « 209'000 Dirhams au lieu de 279'500 Dirhams ».
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 6
35. Le 8 décembre 2021, l’Appelant dépose une déclaration d’appel contre la FRMF et le
Club auprès du Tribunal Arbitral du Sport (le « TAS »). L’appel est dirigé contre la
sentence de la CNRL du 15 octobre 2021.
36. Par courrier du 13 décembre 2021, le Greffe du TAS invite l’Appelant à régulariser sa
déclaration d’appel en payant le droit de Greffe du TAS.
38. Le 23 décembre 2021, l’Appelant demande au Greffe du TAS des clarifications quant
au dies a quo de la prolongation de délai octroyée par le TAS. Le même jour, afin de
préserver ses droits, l’Appelant fait parvenir au TAS, par plusieurs courriers
électroniques, un document comprenant la description des faits et des moyens de droit
fondant l’appel (il s’agit en fait du mémoire adressé à la CNRL), accompagné des pièces
y relatives.
39. Le 24 décembre 2021, le document valant Mémoire d’appel est envoyé en courrier
recommandé par l’Appelant.
40. Par courrier du 27 décembre 2021, le Greffe du TAS accuse réception de la Déclaration
d’appel et informe les Parties de l’ouverture de la présente procédure arbitrale
conformément aux articles 47 et suivants du Code de l’arbitrage en matière de sport (le
« Code »). Les Parties sont informées qu’au vu de l’ouverture de la procédure arbitrale,
la suspension du délai imparti pour déposer le Mémoire d’appel est levée, et que les
observations préliminaires valant Mémoire d’appel déposées à titre conservatoire par
l’Appelant seront notifiées aux Intimés si l’Appelant ne dépose pas d’autre Mémoire
d’appel dans le délai prolongé. Le Greffe note également que l’Appelant requiert que le
litige soit soumis à un arbitre unique.
41. Le 19 janvier 2022, l’Appelant est invité à renseigner le Greffe sur l’envoi par courrier
de son Mémoire d’appel ou de ses documents préliminaires valant Mémoire d’appel. Le
Greffe du TAS relève par ailleurs qu’en l’absence de réponse dans le délai imparti des
Intimés sur le nombre d’arbitres, il incombera à la Présidente de la Chambre arbitrale
d’appel du TAS, ou sa suppléante, de décider.
42. Par courrier du 24 janvier 2022, le Greffe du TAS accuse réception du courrier
comportant les observations valant Mémoire d’appel, transmises en pièce jointe aux
Intimés, lesquels sont à leur tour invités à déposer leur réponse dans un délai de vingt
jours. Le Greffe invite en outre les Intimés à se déterminer sur la proposition de
l’Appelant que « le litige dans son entier soit soumis au TAS dans le cadre de la présente
procédure ».
44. Le 3 février 2022, le Greffe du TAS note que les Intimés ne se sont pas déterminés sur
la proposition de l’Appelant de soumettre au TAS l’intégralité du litige entre les Parties.
45. Le 10 février 2022, le Club envoie sa Réponse par courrier. En l’absence de paiement
des frais de dédouanement, ledit courrier a toutefois été retourné à l’expéditeur par DHL.
46. Le 16 février 2022, le Greffe du TAS note qu’aucun des Intimés n’a déposé de réponse
dans le délai imparti et invite les Parties à indiquer si elles souhaitent la tenue d’une
audience.
48. Le 21 février 2022, le Greffe du TAS accuse réception des courriers respectifs des
Intimés, notant que le second Intimé ne voit pas d’inconvénient à la tenue d’une
audience, tandis que la FRMF requiert la tenue d’une telle audience.
49. Le 21 février 2022, le second Intimé envoie par courriel au Greffe du TAS sa Réponse
au Mémoire d’appel datée du 7 février 2022. La Réponse du second Intimé est
également téléchargée sur la plate-forme de dépôt en ligne du TAS le 24 février 2022.
51. Le 25 mars 2022, le Greffe du TAS informe les Parties des mesures d’instruction
complémentaires sollicitées par l’Arbitre unique, conformément à l’article R44.3 al. 2
du Code, formulées comme suit :
52. Les Parties sont également informées que l’Arbitre unique a décidé de tenir une
audience dans la présente affaire, à la date proposée du 25 avril 2022.
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 8
53. Par courrier du 29 mars 2022, le Club indique souhaiter « reporter la date du 24 avril
2022 ». Considérant que la date envisagée était le 25 avril 2022, que l’objection
formulée est arrivée tardivement, que le second Intimé n’indique pas être indisponible
le 25 avril 2022 et qu’il ne fournit aucune justification, le Greffe du TAS convoque les
Parties à une audience par visioconférence le 25 avril 2022.
54. Le 1er avril 2022, la première Intimée produit la décision d’annulation du Certificat
international de transfert, et indique que la CCA de la FRMF a rendu son jugement le
11 mars 2022, lequel a été notifié aux parties concernées le 15 mars 2022.
55. Le 5 avril 2022, le Greffe du TAS invite la première Intimée à produire également une
copie de la décision rendue par la CCA de la FRMF, accompagnée le cas échéant d’une
traduction en français.
56. Le 7 avril 2022, le Greffe du TAS accuse réception du courrier de l’Appelant du 6 avril
2022, incluant la production de la pièce 10 annoncée à l’appui de ses observations valant
Mémoire d’appel. Ledit courrier précise au sujet de la pièce 9 qu’il s’agit d’une
référence au témoignage de l’Appelant, qui sera à la disposition de l’Arbitre unique lors
de l’audience. Le Greffe du TAS prend note également que l’Appelant sollicite la
restitution du délai imparti pour faire part de ses disponibilités pour l’audience ainsi que
le report de celle-ci, et invite les Intimés à se prononcer sur ces requêtes.
57. Le 12 avril 2022, le Greffe du TAS accuse réception du courrier du second Intimé
envoyé le 9 avril 2022 comprenant la liste de ses participants à l’audience. Le Greffe du
TAS note en outre que les Intimés ne se sont pas déterminés sur la requête de l’Appelant
en restitution du délai imparti pour faire part de ses disponibilités pour l’audience ainsi
que sur sa requête visant à obtenir le report de celle-ci.
58. Par courrier du 14 avril 2022, les Parties sont informées par le Greffe du TAS comme
suit :
- Au vu du silence des Intimés et compte tenu du fait que les traductions en français
a) de la Décision attaquée et b) du jugement rendu par la CCA de la FRMF le 11
mars 2022 n’ont pas été versées au dossier dans le délai imparti, la requête de
l’Appelant en report de l’audience est acceptée. Par conséquent, l’audience agendée
au 25 avril 2022 est annulée et reportée à une date ultérieure ;
- Un nouveau délai au 25 avril 2022 est imparti à la première Intimée pour produire
les deux traductions en français mentionnées ci-dessus ;
- A défaut de production dans le délai imparti, il appartiendra à l’Appelant de
produire une traduction réalisée par un traducteur assermenté, au plus tard le 13 mai
2022 ;
- L’Arbitre unique prendra en considération dans la sentence les frais engagés par les
Parties, conformément à l’article R64.5 du Code ;
- Les dates du 27 ou du 30 mai 2022 sont proposées aux Parties pour la tenue de
l’audience.
59. Le 17 avril 2022, le second Intimé indique ne pas être disponible aux dates d’audience
proposées.
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 9
61. Le 25 avril 2022, le Greffe du TAS invite les Parties à lui faire part de leurs
disponibilités pour une audience les 17 mai ou 13 juin 2022.
62. Par courrier du 2 mai 2022, au vu des disponibilités de l’Appelant et du silence des
Intimés, le Greffe du TAS convoque les Parties à l’audience d’instruction et de jugement
fixée le lundi 13 juin 2022, par visioconférence.
63. Le 6 mai 2022, le Greffe du TAS transmet aux Parties une Ordonnance de procédure,
qu’elles sont invitées à contresigner et à retourner au TAS dans le délai du 13 mai 2022.
65. Le 16 mai 2022, le second Intimé retourne à son tour l’Ordonnance de procédure dûment
contresignée.
66. Le 19 mai 2022, les Parties sont informées par le Greffe du TAS que la requête de
l’Appelant visant à obtenir un second échange d’écritures est rejetée et que les parties
pourront faire valoir leurs arguments, notamment sur la demande reconventionnelle du
second Intimé, lors de l’audience.
69. Le 9 juin 2022, en réponse à une question de l’Appelant, le Greffe du TAS informe les
Parties qu’aucun appel n’a été enregistré au Greffe du TAS contre la décision rendue
par la CCA de la FRMF.
70. Le 10 juin 2022, le Greffe du TAS accuse réception du courrier de la FRMF l’informant
du nom des participants à l’audience pour le compte de la première Intimée.
71. L’audience se tient le lundi 13 juin 2022 à 15 heures (heure de Lausanne) par
visioconférence. Sont présents :
72. A l’issue de l’audience, les Parties font savoir qu’elles n’ont aucune objection à formuler
concernant la conduite de la procédure, la constitution de la formation arbitrale ou leur
droit d’être entendues.
73. Le 14 juin 2022, le Greffe du TAS, faisant suite à l’audience, invite l’Appelant à
produire copie de tout contrat de travail signé après la résiliation de son contrat avec le
Club Moghreb de Tétouan.
74. Le 23 juin 2022, le Greffe du TAS accuse réception du courrier de l’Appelant du 22 juin
2022 et de ses pièces jointes en réponse à la sollicitation qui lui a été adressée le 14 juin
2022.
75. Le 23 septembre 2022, le Greffe du TAS prend note du fait que l’Appelant n’est plus
représenté par son agent et que Me Serge Vittoz n’est plus son avocat dans la procédure
de la cause.
76. Sont présentés ci-après les principaux arguments des Parties. Ces arguments seront
examinés plus en détail, en tant que de besoin, dans la partie de la sentence examinant
le fond du litige. Si seuls les arguments essentiels sont exposés ci-après, toutes les
soumissions ont dûment été prises en compte par l’Arbitre unique, y compris celles
auxquelles il n’est pas expressément fait référence.
A. Position de l’Appelant
78. En substance, l’Appelant fait valoir que plus d’un mois après son arrivée au Club, il
n’avait perçu aucune rémunération ; qu’il n’avait vraisemblablement pas été enregistré
pour jouer les matchs officiels ; qu’il vivait dans une précarité indigne ; que les
dirigeants du Club le poussaient à modifier les termes de son contrat en sa défaveur ;
que sa mise en garde auprès des dirigeants du Club était resté lettre morte, en
conséquence de quoi il a résilié le Contrat de travail. Considérant le comportement
abusif du Club et le non-enregistrement du Joueur par le Club auprès de la FRMF, la
résiliation du Contrat par le Joueur est selon lui intervenue « pour juste cause » au sens
du RSTJ FRMF. Il en résulte que M. Assana Nah est en droit de toucher une indemnité
de la part du Club comprenant la rémunération et autres avantages dus au Joueur en
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 11
vertu du Contrat, ainsi que la durée résiduelle du Contrat. M. Assana Nah réclame
également des sanctions sportives pour le Club sur le fondement de l’article 19.5 RSTJ
FRMF.
« A la forme
1. Déclare le présent appel recevable.
Au fond
2. Annule la décision du 17 novembre 2021 de la Commission Nationale de
Résolution des Litiges de la Fédération Royale Marocaine de Football en ce qui le
concerne
Puis, rendant une nouvelle décision se substituant à la décision annulée :
3. Ordonne au Club Moghreb de Tétouan de payer t un montant de MAD 270'250 à
titre de rémunération impayée.
4. Ordonne au Club Moghreb Athletic Tétouan de payer à M. Assana Nah Innocent
un montant de MAD 2'359’250 à titre d’indemnité pour rupture unilatérale du
Contrat de travail.
5. Ordonne le Club Moghreb Athletic Tétouan de payer à M. Assana Nah Innocent
un intérêt de 5% p.a. sur l’ensemble des montants ci-dessus.
6. Détermine que le Club Moghreb de Tétouan et la FRMF supportent l’ensemble des
frais de la présente procédure arbitrale.
7. Rejette toutes autres ou plus amples conclusions déposées par le Club Moghreb de
Tétouan et/ou la FRMF. » (mise en évidence dans l’original)
80. La FRMF s’est abstenue de produire des observations écrites dans le cadre de la présente
procédure.
81. Lors de l’audience, la FRMF a fait valoir que le recours contre elle devait être déclaré
irrecevable, l’action étant dirigé contre le Club dans le cadre d’une relation
contractuelle. Elle note qu’aucune prétention n’est dirigée contre elle et que la
Fédération n’encourt aucune responsabilité dans le présent litige.
82. Le Club conteste les allégations de mauvais traitement du Joueur. Il fait valoir que même
si la qualification du Joueur au 5 février 2021 n’a pas été possible, le Club avait
l’intention de rester engagé dans le Contrat et de qualifier M. Assana Nah
ultérieurement. Il dit avoir déposé le dossier du Joueur auprès de la FRMF, et que la
prime de signature prévue à l’article 5 du Contrat n’était exigible qu’à partir de la date
de qualification par la FRMF et au maximum au 30 juin 2021. S’agissant de l’absence
de qualification du Joueur par la FRMF faute pour le Club d’avoir fourni les documents
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 12
nécessaires, le Club fait valoir que la FRMF ne travaille pas de manière informelle mais
qu’elle procède par procédures administratives claires. Le Club relève aussi que le
Joueur a été logé à l’hôtel et qu’un appartement a été mis à sa disposition, qu’il a reçu
des avances d’argent, que son salaire a été mis à disposition et qu’il l’a encaissé le 1er
avril 2022. Concernant le départ du Joueur, le second Intimé avance que cet acte est
prohibé par la loi, s’agissant d’un étranger dont le titre de séjour n’est que provisoire.
Le Joueur étant encore sous la responsabilité du Club, ce dernier en aurait dû être
informé au préalable. Le second Intimé affirme que la procédure de résiliation n’a pas
été respectée, car même dans le cas d’une résiliation pour juste cause, il y a une
procédure à respecter (justifier le cas de juste cause, mise en demeure, délai…). Le Club
conteste par ailleurs les allégations tendant à établir qu’il porterait la responsabilité de
la rupture du Contrat. Le Club considère qu’il n’est redevable au Joueur d’aucune
somme d’argent, le salaire du mois de mars ayant été encaissé, tandis que la prime de
signature n’était exigible qu’après la qualification du Joueur, les autres primes du
Contrat étant par ailleurs des primes de rendement, liées aux résultats du Joueur en
compétition. Il relève que le Joueur n’a pas mené à bien la série de tests médicaux, alors
qu’il découlerait du Contrat qu’en l’absence de passage avec succès de ces tests, le
Contrat deviendrait nul et non avenu. Enfin, le Club allègue que les propos injurieux et
dégradants tenus par le représentant du Joueur à l’encontre du Club n’auraient pour autre
objectif que de masquer un cumul de fautes et de contradictions de sa part.
V. COMPÉTENCE DU TAS
« Un appel contre une décision d’une fédération, association ou autre organisme sportif
peut être déposé au TAS si les statuts ou règlements dudit organisme sportif le prévoient
ou si les parties ont conclu une convention d’arbitrage particulière et dans la mesure
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 13
aussi où la partie appelante a épuisé les voies de droit préalables à l’appel dont elle
dispose en vertu des statuts ou règlements dudit organisme sportif. »
85. Dans sa déclaration d’appel, l’Appelant entend fonder son appel sur l’article 30 du
Règlement de la CNRL. Cette disposition prévoit ce qui suit :
« Article 30 : Recours
a) Recours en appel
Les sentences de la CNRL sont susceptibles d’appel devant la Commission Centrale
d’Appel de la FRMF […].
Toutefois, les sentences peuvent être objet d’appel en dernier ressort directement devant
la Chambre Arbitrale de Sport Maroc ou le TAS. […] » (soulignement ajouté)
86. Nonobstant l’article 69.2 des Statuts de la FRMF qui prévoit qu’en matière
contractuelle, les sentences de la CNRL « sont susceptibles de recours devant la
commission d’appel de la FRMF », sans que le TAS soit mentionné, hormis pour
connaître des recours en dernier ressort contre les décisions de la commission d’appel
de la FRMF, et nonobstant, dans le même sens, l’article 28 du RSTJ FRMF, l’Arbitre
unique constate que l’article 30 du Règlement de la CNRL, qui mentionne le TAS de
manière non équivoque pour connaître d’un appel en dernier ressort contre une sentence
de la CNRL, est de nature à établir en l’espèce la compétence du TAS, laquelle n’est
pas contestée par les Intimées et est confirmée par la signature de l’Ordonnance de
procédure par les Parties.
A. Recevabilité formelle
88. L’article 70 des Statuts de la FRMF (« Tribunal arbitral du sport (TAS) ») prévoit de
manière analogue que « [l]e délai d’appel est de vingt-et-un (21 jours) à compter de la
notification ou de la publication de la décision contestée ».
89. En l’espèce, la Décision attaquée est datée du 15 octobre 2021. Il ressort des pièces du
dossier que cette décision a été adressée, dans sa version originale en arabe, à
l’Intermédiaire, par courrier électronique, le 17 novembre 2021.
90. La déclaration d’appel du Joueur a été déposée auprès du TAS le 8 décembre 2021 et a
été régularisée dans le délai imparti.
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 14
91. Sans préjudice de la validité, contestée par le Joueur, d’une notification effectuée dans
les conditions de l’espèce (supra § 89), l’Arbitre unique constate que la déclaration
d’appel a été déposée dans le délai prévu par l’article R49 du Code, et répond aux
conditions fixées par l’article R48 du Code.
93. Selon la jurisprudence du TAS tirée du droit suisse, la question de la qualité pour agir
ou pour défendre est une question de fond et non pas de recevabilité, puisque la
légitimation passive d’une partie a trait au fondement matériel de l’action et son absence
entraîne le rejet de celle-ci (CAS 2020/A/7356 ; CAS 2020/A/6694 ; CAS
2016/A/4602 ; CAS 2013/A/3047 ; TAS 2008/A/1639 ; TAS 2009/A/1928 & 1929).
94. L’Arbitre unique note toutefois que le droit suisse n’est pas applicable au fond dans le
cas présent (infra § 97 et ss) et que la première Intimée a entendu placer sur le terrain
de la recevabilité ratione personae son objection relative au défaut de qualité pour
défendre de la FRMF.
95. C’est donc sous cet angle que l’Arbitre unique a examiné l’argument de la première
Intimée (supra § 81), selon lequel l’appel serait irrecevable en ce qu’il la viserait,
l’action étant, selon elle, dirigée contre le Club dans le cadre d’une relation
contractuelle.
96. L’Arbitre unique rejette cet argument. En effet, la Décision attaquée est la sentence du
15 octobre 2021 rendue par la Chambre nationale de règlement des litiges de la FRMF,
si bien que l’appel de l’espèce est bien dirigé contre « une décision d’une fédération »
au sens de l’article R47 du Code. De plus, si le litige de l’espèce présente bien à l’origine
un caractère contractuel, il comporte à certains égards une dimension disciplinaire.
Ainsi, en l’absence de juste cause, la résiliation d’un contrat est susceptible d’entraîner
des conséquences telles que le paiement d’une indemnité et des sanctions sportives (art.
19 RSTJ FRMF ; art. 17.1 du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la
FIFA (« RSTJ FIFA »)), ce que l’Appelant réclame d’ailleurs en l’espèce. Partant, le
litige de l’espèce présente un caractère « mixte » en ce qu’il comporte un volet
horizontal et un volet vertical (v. P. Pellaux / M. Reeb, « La désignation de la partie
défenderesse devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) », Bull. TAS, 2021/02, p. 29),
de telle sorte que c’est à bon droit que l’Appelant a désigné comme parties intimées à
la fois le Club et la FRMF (id., et les références citées note 19 : E. de la Rochefoucauld,
« Standing to be sued, a procedural issue before the Court of Arbitration for Sport
(CAS) », in Bull. TAS, 2010/1, pp. 51-56, et CAS 2017/A/5359). Au demeurant,
l’Arbitre unique constate que la FRMF a signé sans réserve l’Ordonnance de procédure
qui la désigne comme première Intimée.
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 15
97. L’Appelant affirme que le présent litige est « soumis principalement aux règlements de
la FRMF et de la FIFA » en matière de résiliation de contrat de travail pour justes
motifs, le droit marocain s’appliquant à titre supplétif pour les cas non prévus dans les
règlements précités. L’Appelant se réfère en particulier aux articles 15 et suivants du
RSTJ FRMF, ainsi qu’aux articles 13 et suivants du RSTJ FIFA, « dispositions
similaires et qui requièrent une interprétation et une application uniforme ».
98. Le second Intimé dit n’avoir « aucune objection sur les textes de loi évoqués » par
l’Appelant, « mais la condition sine qua non de leur application est le strict respect des
procédures ».
99. L’Ordonnance de procédure signée par les Parties prévoit en son paragraphe 7 (« Droit
applicable au fond ») :
« Conformément à l’article R58 du Code, l’arbitre unique statue selon les règlements
applicables et, subsidiairement, selon les règles de droit choisies par les parties, ou à
défaut de choix, selon le droit du pays dans lequel la fédération, association ou autre
organisme sportif ayant rendu la décision attaquée a son domicile ou selon les règles
de droit que l’arbitre unique estime appropriée. Dans ce dernier cas, la décision de
l’arbitre unique doit être motivée. »
100. En application de l’article R58 du Code, le droit applicable à titre principal consiste en
« les règlements applicables ». Dans le cas présent, il s’agit notamment du RSTJ FRMF
(édition 2017), ainsi que le RSTJ FIFA (édition janvier 2021), dont le RSTJ FRMF
reprend plusieurs dispositions, en application de l’article 1.3 RSTJ FIFA.
101. En application de l’article R58 du Code, le droit applicable à titre subsidiaire, consiste
en « les règles de droit choisies par les parties, ou à défaut de choix, […] ». En l’espèce,
le Club et le Joueur sont liés par un Contrat d’engagement de joueur professionnel, dont
l’article 1er détermine le « Cadre juridique ». Il y a donc lieu de déterminer que les
parties ont bien choisi des « règles de droit » au sens de l’article R58 du Code.
103. Outre le Contrat lui-même, l’Arbitre unique est ainsi invité à appliquer à titre subsidiaire
le droit marocain (loi sur l’éducation physique et le sport ; législation sur les contrats
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 16
104. Au surplus, l’Arbitre unique note que l’article 7 du Contrat (« Résiliation du Contrat »)
stipule que « [l]es causes de résiliation du contrat doivent être conformes aux
dispositions du règlement du statut et du transfert des joueurs de la FIFA ». Le RSTJ
FIFA a ainsi vocation particulière à s’appliquer aux questions touchant à la résiliation
de contrat.
105. Aux termes de l’article 30 précité (supra § 85) du Règlement de la CNRL, une sentence
de la CNRL est susceptible de faire l’objet d’un appel devant diverses instances : la
CCA de la FRMF, la Chambre arbitrale du sport du Maroc, ou le TAS. L’Arbitre unique
note que la disposition n’interdit pas la possibilité qu’une même sentence de la CNRL
soit l’objet d’appels concurrents devant ces différentes instances, lesquelles sont
susceptibles d’adopter des solutions divergentes voire inconciliables. Considérant le
risque d’insécurité juridique qui en résulte, l’Arbitre unique est d’avis que la FRMF
pourrait utilement considérer de revoir le texte de l’article 30 afin d’éviter la survenance
de telles situations.
106. Dans le cas présent, la Décision attaquée devant le TAS par le Joueur a fait, en parallèle,
l’objet d’un appel de la part du Club devant la CCA de la FRMF. Dans un courrier du 5
janvier 2022 adressé au Président de la CCA, le Joueur a suggéré sans succès que les
Parties soumettent conjointement l’ensemble du litige au TAS. Cette proposition a été
réitérée par l’Appelant devant le TAS.
107. Le 11 mars 2022, soit trois mois avant l’audience devant le TAS dans la présente affaire,
la CCA a rendu une décision confirmant, sous réserve de la correction d’une erreur
matérielle, la sentence de la CNRL. Cette décision n’a été l’objet d’un appel devant le
TAS ni de la part du Club, ni de la part du Joueur – ni, au reste, de la part de la FRMF.
108. L’Appelant allègue que les « deux procédures parallèles ont un objet sensiblement
différent puisque la procédure devant le TAS ne porte que sur la détermination du
montant de l’indemnisation en raison de la rupture unilatérale du Contrat de travail
sans justes motifs et que la demande reconventionnelle incluse dans la réponse du
Second Intimé doit être déclarée irrecevable en application de l’article R55 du Code
TAS ».
109. L’Arbitre unique considère à titre liminaire que l’appel parallèle effectué par le Club
devant la CCA est sans effet sur sa compétence pour connaître de l’appel du Joueur
devant le TAS. La compétence du TAS, non contestée par les Parties, découle en effet
de la lecture combinée de l’article R47 du Code et de l’article 30 du Règlement de la
CNRL (voir supra §§ 86). L’introduction d’un appel devant une autre instance par le
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 17
Club n’est pas de nature à priver d’effet l’application de ces textes, ce que le second
Intimé n’allègue d’ailleurs pas.
110. Ensuite, l’Arbitre unique considère qu’il n’est pas lié par la décision rendue par la CCA.
En effet, l’article R57 du Code prévoit que « [l]a Formation revoit les faits et le droit
avec plein pouvoir d’examen ». La circonstance que, dans une procédure parallèle, la
CCA a rendu une décision sur l’appel du Club n’est pas de nature à faire obstacle à
l’application de l’article R57 du Code. Cependant, il y a lieu de prendre en
considération, à titre factuel, la solution donnée par la CCA, et dans la mesure
compatible avec l’article R57 du Code, de lui accorder une certaine attention de manière
à éviter de placer les Parties dans une situation juridiquement inextricable.
B. Demande reconventionnelle
113. L’Arbitre unique note que plusieurs faits de la présente affaire sont l’objet d’allégations
contradictoires de la part des Parties, dont beaucoup ne reposent pas sur des éléments
de preuve autres que les affirmations des protagonistes. Si l’audience a permis de
clarifier un certain nombre d’éléments factuels, il n’en demeure pas moins que la tâche
de l’Arbitre unique n’a pas été facilitée par la présentation de leur dossier par les Parties.
114. Il résulte de l’exposé des faits (supra §§ 6 et ss) et des propos échangés lors de
l’audience que le Joueur et le Club ont conclu le Contrat de Joueur professionnel le 5
février 2021, date qui correspond au dernier jour de la période d’enregistrement
mentionnée à l’article 6 RSTJ FRMF, avec l’espoir que le Joueur pourrait être enregistré
le jour même auprès de la FRMF. Pour des raisons débattues par les Parties (le Club
affirme que le Joueur n’a pas envoyé son dossier médical dans les temps),
l’enregistrement n’a pu avoir lieu le jour même. Néanmoins, le Club a continué ses
démarches pour faire venir le Joueur, vraisemblablement dans l’optique d’un
enregistrement au cours de la période suivante d’enregistrement fixée par la FRMF.
L’arrivée a été effective le 25 février 2021, le Joueur ayant bénéficié d’une invitation et
d’un billet d’avion envoyés par le Club. A partir du 26 février 2021, il a participé aux
entraînements du Club et a bénéficié d’un appartement mis à sa disposition par le Club,
le contrat de location à son nom ayant été signé le 7 mars 2021. Pour diverses raisons,
à nouveau contestées par les Parties, le Joueur a quitté l’appartement mis à sa disposition
par le Club le 1er avril 2021 et ne s’est plus présenté aux entraînements à partir de cette
date.
115. L’objet principal du litige porte sur la rupture du Contrat de joueur professionnel
(infra B) et les conséquences qui en découlent (C). Avant d’examiner ces questions, il
convient d’établir que le Contrat était bien en vigueur (A).
117. Le second Intimé fait valoir que le Joueur doit se soumettre aux examens médicaux
prescrits par le Club (article 6 du Contrat). Se prévalant de l’article 15 du Contrat, il
relève que le Contrat devient nul et non avenu si le Joueur ne passe pas avec succès les
tests médicaux prévus par le règlement du Club, avant d’affirmer que la série de tests
médicaux entamés le 23 mars 2021 ne constituaient qu’une première étape. Lors de
l’audience, l’Appelant s’est pour sa part prévalu de l’article 20.4 RSTJ FRMF selon
lequel « [l]a validité d’un contrat ne peut dépendre du résultat positif d’un examen
médical […] ».
118. L’Arbitre unique constate que la position du Club sur l’entrée ou le maintien en vigueur
du Contrat est ambiguë, en ce qu’elle semble sous-entendre, sans jamais le formuler
explicitement, que le Contrat pourrait être privé d’effet, faute pour le Joueur d’avoir
passé avec succès les examens médicaux requis.
119. Toutefois, le comportement des parties au Contrat entre l’arrivée du Joueur sur le
territoire marocain et la date du 1er avril 2021 n’est pas de nature à remettre en cause
l’entrée en vigueur du Contrat. Le Joueur a en effet participé aux entraînements du Club
et s’est soumis aux examens médicaux organisés par le Club. De son côté le Club
reconnaît avoir mis un appartement à la disposition du Joueur, lui avoir fait des
« avances d’argent […] en attendant le versement de son salaire qui doit être effectué
à la fin du mois », et affirme que ledit salaire « a été mis à sa disposition et il l’a
encaissé », et que la prime de signature devait être payée « à partir de la qualification
du joueur, et jusqu’au 30-06-21 ».
120. De plus, le Club dit dans ses écritures que « la non qualification du joueur n’avait aucun
impact sur son contrat qui restait valable pour pouvoir le qualifier ultérieurement », ou
encore : « Nous avons déjà évoqué la cause qui nous a empêché de qualifier le joueur,
mais ceci n’avait rien à voir avec son contrat qui était toujours valable et que le club
avait la ferme intention d’en exécuter les clauses, mais à condition que le joueur
procède de même ».
121. Sur la base de ces éléments, l’Arbitre unique constate que les Parties se rejoignent pour
considérer que le Contrat de Joueur professionnel conclu entre l’Appelant et le second
Intimé produisait ses effets, au moins à titre provisoire. L’Arbitre unique considère donc
comme établi que l’Appelant et le second Intimé étaient bien liés par le Contrat de joueur
professionnel du 5 février 2021.
122. La présentation des faits de l’espèce par l’Appelant, d’une part, et par le second Intimé,
d’autre part, n’est pas dénuée d’ambiguïté en ce qui concerne la date à laquelle la
résiliation du Contrat est censée être intervenue, voire en ce qui concerne l’identification
de la partie à l’origine de la résiliation.
123. Dans ses pièces écrites, l’Appelant affirme ainsi que la résiliation est de son fait et
qu’elle est intervenue pour « juste cause ». La résiliation a été effectuée, selon lui, par
le courrier recommandé, intitulé « Recours contre le club de Moghreb de Tétouan »,
envoyé par l’Intermédiaire le 13 avril 2021. Toutefois, lors de l’audience, en réponse à
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 20
une question de l’Arbitre unique, l’Appelant est revenu sur sa position et a affirmé que
la date de résiliation du Contrat par le Joueur correspondait plutôt au 1er avril 2021, jour
auquel il a quitté le Club. Dans le document valant Mémoire d’appel, l’Appelant affirme
par ailleurs qu’« il doit être considéré que c’est le Club qui a rompu le Contrat de
travail, en raison de ses multiples violations dudit contrat ».
124. De son côté, le second Intimé affirme avoir procédé à la résiliation du Contrat, après
avoir adressé au Joueur plusieurs courriers à son domicile. Le courrier du 29 avril 2021
adressé par le Club au Joueur précise en ce sens : « si vous ne vous présentez à
l’administration du club dans un délai de 48 heures, votre contrat est résilié de fait ».
125. L’Arbitre unique estime que son mandat dans la présente affaire consiste à déterminer
si l’Appelant a résilié le Contrat pour juste cause, avec les conséquences juridiques qui
résultent. Le différend entre les Parties ne porte pas, en revanche, sur la question de
savoir si le Club a résilié le Contrat pour juste cause après le départ du Joueur, la
Décision attaquée ne traitant pas cette question et aucun argument en ce sens n’ayant
été présenté au cours de la procédure devant le TAS. En particulier, l’Arbitre unique
relève que le Club n’a pas entendu fonder sa demande de dédommagement, au
demeurant déclarée irrecevable à titre de demande reconventionnelle (supra § 112), sur
la rupture du Contrat pour juste cause par le Club lui-même.
126. Le RSTJ FRMF, qui transpose dans la réglementation marocaine le RSTJ FIFA, pose le
principe du « Respect des contrats » (article 15, analogue à l’article 13 RSTJ FIFA).
Nonobstant le principe de stabilité contractuelle, l’article 16 RSTJ FRMF (semblable à
l’article 14.1 RSTJ FIFA) envisage la « Rupture de contrat pour juste cause » de la
manière suivante :
« En présence d’un cas de juste cause, un contrat peut être rompu par l’une ou l’autre
des parties sans entraîner de conséquences (ni paiement d’indemnités, ni sanctions
sportives). »
« Tout comportement abusif d’une partie visant à forcer l’autre partie à résilier ou à
modifier les termes du contrat donne droit à cette autre partie (joueur ou club) de
résilier le contrat pour juste cause. »
128. De plus, l’article 14bis RSTJ FIFA, intitulé « Rupture d’un contrat pour juste cause en
raison de salaires impayés », est formulé de la manière suivante en son premier
paragraphe :
129. L’Arbitre unique note que ces deux dernières dispositions du RSTJ FIFA ne figurent
pas dans le RSTJ FRMF en vigueur à l’époque des faits (le RSTJ FRMF de 2017 ; elles
ont été introduites dans le RSTJ FRMF d’avril 2021). Toutefois, elles sont directement
applicables au cas d’espèce, notamment par renvoi direct de l’article 7 précité du
Contrat au RSTJ FIFA (supra § 102). D’ailleurs l’Appelant se prévaut implicitement de
l’article 14.2 RSTJ FIFA lorsqu’il soutient que le Club a eu des « comportements
abusifs », de même que le second Intimé semble se référer à l’article 14bis RSTJ FIFA
quand il affirme que « même dans le cas d’une résiliation pour juste cause il y a une
procédure à respecter (justifier le cas de juste cause, mise en demeure, délai) ».
130. Au vu de ces dispositions, l’Arbitre unique constate que la résiliation pour juste cause
en raison de salaires impayés (art. 14bis RSTJ FIFA) obéit à un régime autonome,
distinct de la résiliation pour juste cause en raison de comportement abusif (art. 14.2
RSTJ FIFA), ce qui nécessite de les examiner de manière séparée. Il n’est toutefois pas
exclu qu’un défaut de paiement de salaires participe, avec d’autres éléments, d’un
comportement abusif.
132. L’Arbitre unique note que l’article 14 bis apparaît dans le RSTJ de la FIFA à l’occasion
de la révision du règlement entrée en vigueur en juin 2018. Tout en y apportant des
précisions réglementaires, cette disposition s’inscrit dans la continuité de la
jurisprudence du TAS (voir en ce sens, CAS 2020/A/6727, § 111), qui a reconnu que si
le club employeur manque de manière répétée à son obligation fondamentale de payer
le salaire de son employé, ce dernier peut légitimement se libérer du contrat pour juste
cause, à condition d’avoir mis en demeure le club de s’acquitter de ses obligations (voir
par ex. CAS 2006/A/1180, TAS 2015/A/3955 & 3956, CAS 2015/A/4322, CAS
2017/A/5180).
133. Aux termes de l’article 14bis RSTJ FIFA, un certain nombre de conditions cumulatives
caractérisent la résiliation d’un contrat pour juste cause en raison de salaires impayés :
1) le club doit avoir omis de payer au moins deux salaires mensuels au joueur aux dates
prévues ; 2) le joueur doit mettre en demeure par écrit le club débiteur, 3) en lui
accordant un délai de régularisation de quinze jours. Force est de constater en l’espèce
qu’aucune de ces trois conditions n’est réunie.
134. En premier lieu, il n’est pas établi que le Club était débiteur de deux salaires impayés à
la date de résiliation du contrat pour juste cause invoquée par l’Appelant – quelle que
soit cette date (le 1er ou le 13 avril 2021).
135. Au 1er avril 2021 (jour où le Joueur a quitté son appartement), le Club était bien
redevable au Joueur du salaire du mois de mars 2021. L’Arbitre unique note néanmoins
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 22
que le Contrat ne précise pas que le salaire mensuel doit être versé avant l’expiration du
mois concerné. L’Annexe G du RSTJ FRMF, à laquelle renvoie l’article 5.1 du Contrat,
prévoit que la rémunération est « perçue en fin de mois » (art. 2-G). Cette disposition
est suffisamment imprécise pour ne pas prohiber le versement du salaire le premier jour
suivant la fin du mois concerné.
136. Par ailleurs, si le Club a allégué lors de l’audience que le salaire du mois de février 2021
était dû au Joueur au motif que le Contrat de Joueur professionnel stipule que le Contrat
commence à courir à compter du 4 février 2021 (article 4), M. Assana Nah n’a rejoint
le Club Moghreb de Tétouan que le vendredi 26 février 2021. Sans qu’il soit nécessaire
de trancher de manière définitive si, au vu de ces circonstances, le salaire du mois de
février était dû au prorata du nombre de jours du mois de février (28) à compter du 4
février ou du 26 février, l’Arbitre unique constate à tout le moins que le Club n’était pas
redevable au Joueur d’un salaire plein pour le mois de février. Or, l’Arbitre unique
interprète les termes « deux salaires mensuels » de l’article 14bis RSTJ FIFA comme
désignant des salaires mensuels pleins.
137. Au 13 avril 2021 (date de résiliation pour juste cause initialement invoquée par
l’Appelant), considérant le virement de MAD 13'500 effectué par le Club au bénéfice
du Joueur à la date du 1er avril 2021, il est établi que le Club s’était acquitté du paiement
du salaire du mois de mars 2021 (10'000 MAD), ainsi que de l’indemnité de logement
(3'500 MAD), conformément à l’article 5.1 du Contrat de joueur professionnel. La
condition du défaut de paiement de deux salaires mensuels n’était à cette date
assurément pas remplie.
138. En second lieu et en tout état de cause, l’Arbitre unique relève que la condition de mise
en demeure du Club par écrit n’a pas été remplie. Les avertissements du Joueur ou la
« mise en garde » orale à une date indéterminée, mentionnés par l’Appelant, ne sont de
toute évidence pas constitutifs d’une mise en demeure écrite. Il en va de même des
appels téléphoniques ou messages envoyés au Club par l’Intermédiaire (évoqués lors de
l’audience), dont l’Appelant n’apporte pas la preuve, au demeurant. Le fait que les
relations entre le Club et le Joueur ou l’Intermédiaire soient exclusivement orales,
comme l’Appelant l’a fait valoir lors de l’audience, n’est pas une circonstance
permettant de déroger à l’article 14bis RSTJ FIFA.
« Non homologation du contrat dans les délais impartis, de plus votre club n’a pas
envoyé à la fédération royale marocaine de football tous les éléments nécessaires pour
la qualification du joueur, nombreux éléments en notre possession dans ce sens, par
conséquence la fédération royale marocaine a annulé le CIT du joueur à cause de ce
retard et la fédération camerounaise le confirme ».
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 23
141. De même, et en troisième lieu, l’Arbitre unique constate que la condition du délai de
régularisation de 15 jours laissé au Club pour s’acquitter des salaires impayés est
manifestement absente du courrier recommandé du 13 avril 2021.
142. En conclusion, l’Arbitre unique considère, conformément à l’article 14bis RSTJ FIFA,
que le Joueur n’était pas en droit de résilier le Contrat pour juste motif en raison de
salaires impayés.
143. L’Appelant dit avoir « été traité comme un sous-homme » (absence de rémunération,
absence initiale de logement, absence de nourriture, déplacements par ses propres
moyens etc.), et avoir été victime de racisme. Participeraient de ce « traitement
dégradant » « la menace, l’intimidation et la pression » exercées sur le Joueur pour le
pousser à signer un nouveau contrat à des conditions financières « trois fois inférieures à
celles prévues dans le Contrat de travail ». Il est aussi allégué que les pressions exercées
le jeune joueur de vingt ans, en mettant à l’écart son agent, visaient à repousser l’entrée
en vigueur du Contrat au 1er juillet 2021, date d’ouverture de la période suivante
d’enregistrement. L’Appelant soutient qu’au 1er avril 2021, le Joueur n’avait perçu
aucune rémunération (ni prime, ni salaire), malgré ses demandes réitérées, et qu’il
n’avait joué aucun match officiel faute d’avoir été enregistré par le Club auprès de la
FRMF. L’Appelant affirme que l’absence d’enregistrement constitue une juste cause de
résiliation avec effet immédiat d’un contrat de travail (CAS 2016/A/4560, §§ 110 et s.).
Il y a lieu de relever également les manquements contractuels listés dans le courrier
recommandé du 13 avril 2021 adressé au Club : « Non homologation du contrat dans
les délais impartis, de plus votre club n’a pas envoyé à la fédération royale marocaine
de football tous les éléments nécessaires pour la qualification du joueur, […] par
conséquence la fédération royale marocaine a annulé le CIT du joueur à cause de ce
retard et la fédération camerounaise le confirme ».
144. Pour sa part, le second Intimé conteste être à l’origine de comportements abusifs. Il
confirme avoir déposé le dossier du Joueur auprès de la FRMF ; il fait valoir que la
prime de signature n’était exigible qu’à compter de la « qualification par la FRMF et
au maximum au 30-06-2021 » ; que le Joueur n’a pas été maltraité mais qu’il a bénéficié
d’un appartement mis à disposition par le Club, que le salaire du mois que le Joueur a
passé au sein du Club lui a été payé, et que l’administration lui a avancé de l’argent à
plusieurs reprises pour subvenir à ses besoins. Il affirme de plus que les « propos
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 24
injurieux, dégr[a]dant[s], à l’encontre du Club [ne sont rien d’] autre qu’une tentative
de masquer un cumul de fautes et de contradictions ».
145. L’Arbitre unique relève que l’article 14.2 RSTJ FIFA précité (supra § 127) a été
introduit en 2018 sur la base de la jurisprudence constante du TAS (voir le commentaire
de l’article 14 in FIFA, Commentary on the Regulation on the Status and Transfer of
Players, 2021, p. 109). En application de cette disposition, le droit de résilier le Contrat
pour juste cause est conditionné par 1) la preuve d’un comportement abusif, 2) lequel
« vis[e] à forcer l’autre partie à résilier ou modifier les termes du contrat ». Ces deux
conditions cumulatives seront examinées successivement.
i. Comportement abusif
146. La détermination du caractère abusif d’un comportement relève d’une analyse au cas
par cas. Dans la jurisprudence du TAS, un comportement abusif résulte par exemple du
fait pour un club de séparer de manière durable un joueur du reste de l’équipe, du
manquement d’un club à protéger les droits de la personnalité d’un joueur, ou encore du
fait pour un club de désenregistrer un joueur pour faire jouer à sa place un autre joueur,
sans pour autant terminer le contrat (Commentary on the Regulation on the Status and
Transfer of Players, 2021, pp. 109 et s.). De même, le défaut de diligence nécessaire
d’un club pour procéder à l’enregistrement à temps d’un joueur pour participer à un
championnat serait susceptible de constituer un comportement abusif (id., p. 115).
L’Arbitre unique note également que dans l’affaire CAS 2016/A/4560 dont se prévaut
l’Appelant, le TAS a jugé :
« By not registering the Player, even if it had the legal options to do so, the Club
effectively barred in an absolute manner the potential access of the Player to
competition and, as such, violated one of his fundamental rights as a football player,
thus breaching the contract since it de facto prevented the Player from being eligible to
play for the Club. »
148. Le Club fait valoir sans être contredit qu’au 5 février 2021 le Joueur n’avait pas fourni
le dossier médical requis à l’article 8.1 RSTJ FRMF (« Demande d’enregistrement »).
A l’audience, l’Appelant s’est contenté de relever que le Club n’apportait pas la preuve
qu’il avait demandé au Joueur de fournir un dossier médical. L’Arbitre unique relève en
tout état de cause que l’article 13 RSTJ FRMF (« Certificat international de transfert »)
prévoit qu’« [u]n joueur enregistré auprès d’une Fédération autre la FRMF ne peut
être enregistré auprès de la FRMF que lorsque celle-ci est en possession d’un Certificat
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 25
International de Transfert (CIT) établi par l’ancienne Fédération, cette dernière étant
tenue de délivrer le CIT sans condition, gratuitement et sans limite temporelle ». Il
ressort des pièces du dossier qu’à la date du 5 février 2021, la FRMF n’était pas en
possession du CIT concernant le Joueur, ledit certificat ayant été obtenu le 10 février
2021.
149. Au vu de ces éléments, l’Arbitre unique arrive à la conclusion que le Joueur ne pouvait
pas nourrir l’attente légitime d’un enregistrement auprès de la FRMF dès le 5 février
2021, faute pour le Club d’être en mesure de fournir immédiatement le dossier médical
du Joueur ainsi que le CIT, que la FRMF venait tout juste de solliciter, le jour même,
auprès de la fédération camerounaise. A tout le moins, les deux parties au Contrat ont
assumé le risque que l’enregistrement ne puisse intervenir le jour même, et que par
conséquent, en application de l’article 6 RSTJ FRMF, le Joueur ne puisse être enregistré
avant l’ouverture de la période suivante d’enregistrement, le 1er juillet 2021. Dans ces
conditions, l’absence d’enregistrement du Joueur par le Club ne saurait caractériser un
« comportement abusif » au sens de l’article 14.2 RSTJ FIFA. Le fait allégué que le
Club n’aurait pas envoyé à la FRMF tous les éléments requis en vue de l’enregistrement
du Joueur (après le 5 février) ne semble pas non plus déterminant, dans la mesure où
l’ouverture de la période suivante d’enregistrement n’intervenait pas avant le 1er juillet
2021. Dans la même veine, l’article 9 RSTJ FRMF disposant que « [l]a participation à
un match officiel d’un joueur non enregistré par la FRMF est irrégulière », l’Appelant
n’est pas fondé à reprocher au Club de ne pas lui avoir fait jouer de match.
151. Au vu de ces éléments pris isolément ou cumulativement, l’Arbitre unique conclut qu’il
n’est pas établi que le comportement du Club, même s’il n’est sans doute pas
complètement irréprochable, présente un caractère « abusif » au sens de l’article 14.2
RSTJ FIFA.
ii. Comportement destiné à forcer l’autre partie à résilier ou modifier les termes du
contrat
sur le Joueur pour le faire signer un contrat plus défavorable ne sont étayées par aucun
élément de preuve. L’Intermédiaire a affirmé, lors de l’audience, avoir reçu du Joueur
des photographies d’un nouveau contrat proposé au Joueur par le Club, mais ces
éléments de preuve potentiels n’ont pas été produits au cours de la procédure. Il n’est
pas plus établi que l’absence d’enregistrement du Joueur par le Club, qui peut
s’expliquer par les motifs réglementaires ci-dessus détaillés, visait à forcer le joueur à
accepter des conditions contractuelles moins favorables ou à rompre ce contrat.
153. L’Arbitre unique aboutit à la conclusion que le Joueur n’a pas établi que le club était à
l’origine d’un « comportement abusif d’une partie visant à forcer l’autre partie à
résilier ou à modifier les termes du contrat » et que partant, le Joueur était en en droit
de résilier le contrat « pour juste cause ».
C. Conséquences juridiques
154. Etant parvenu à la conclusion que l’Appelant n’avait pas résilié le Contrat pour « juste
cause », l’Arbitre unique rejette toutes les demandes d’indemnisation de l’Appelant sur
ce fondement.
156. Un principe général de droit pénal et de droit disciplinaire interdit la reformatio in pejus.
Ce principe d’application fréquente dans la jurisprudence du TAS en matière
disciplinaire (ex. : CAS 2002/A/432, §§ 52 et s. ; CAS 2018/A/5800, § 94) prend pour
signification que la situation juridique de la partie qui fait appel ne doit pas être aggravée
du fait de l’appel (CAS 2018/A/5929, § 116). L’Arbitre unique constate que ce principe
est également susceptible d’application dans le domaine non disciplinaire, notamment
à l’occasion d’appels devant le TAS dirigés contre les décisions d’organes fédéraux dans
des litiges à dimension contractuelle (TAS 2018/A/5994, § 95 ; CAS 2015/A/4177, §
53 ; CAS 2012/A/2932, § 104). En vertu de ce principe, le TAS, saisi par voie d’appel,
ne pourrait pas réduire le montant de l’indemnisation accordée à l’Appelant dans la
décision attaquée ; à plus forte raison, le TAS ne pourrait pas priver l’Appelant de toute
indemnisation en annulant purement et simplement la décision attaquée.
157. L’Arbitre unique considère que les circonstances de l’espèce se prêtent tout
particulièrement à la mise en œuvre de l’interdiction de la reformatio in pejus. En effet,
l’Arbitre unique rappelle que la Décision attaquée devant le TAS a été l’objet d’un appel
parallèle interjeté par le Club devant la CCA de la FRMF, et que la CCA a confirmé la
sentence de la CNRL, sous réserve de la correction d’une erreur matérielle. De plus, le
Club s’est abstenu de faire appel de la décision de la CCA. Lors de l’audience, le Club
a affirmé à ce sujet : « on a estimé qu’on doit s’arrêter là » ; « on doit s’y plier » ; « on
a décidé de ne pas aller plus loin ». Au vu de ces éléments mis en regard avec le principe
d’interdiction de la reformatio in pejus, et eu égard, au surplus, aux considérations de
sécurité juridique évoquées supra (§§ 105, 110), l’Arbitre unique juge qu’il n’y a pas
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 27
158. L’Arbitre unique conclut que le Joueur est en droit de bénéficier de l’indemnisation
fixée par la Décision attaquée, sous réserve de la correction des erreurs matérielles
qu’elle comporte. Dans la mesure où l’Appelant ne saurait tirer aucun droit acquis
d’erreurs de calcul opérées par l’organe auteur de la Décision attaquée, l’Arbitre unique
considère en effet que la mise en œuvre du principe d’interdiction de la reformatio in
pejus est sans préjudice de la correction des erreurs matérielles existant dans la décision
objet d’un appel.
160. Saisie en appel par le Club, la CCA a relevé à juste titre : « une erreur matérielle a été
introduite en comptant le montant de la valeur locative, il convient de le modifier et de
l’arrêter au montant de 10.500 Dirhams au lieu de 21.000 Dirhams ». Toutefois, dans
son dispositif, la CCA commet à son tour une erreur de calcul (à moins que l’erreur
provienne de la traduction de la décision en français), lorsqu’elle « [c]onfirme le
jugement rendu en premier ressort et le modifie toutefois en corrigeant le montant
global en mettant qu’il est de 209.000 Dirhams au lieu de 279.500 Dirhams ».
161. L’Arbitre unique calcule en effet que la somme due par le Club au Joueur au titre de
l’indemnité de logement est bien de 10'500 MAD ; que, partant, la CNRL, en fixant le
montant à 21'000 MAD, a condamné le Club à verser un surplus indu de 10'500
MAD (21'000 - 10'500) ; que par conséquent, il convient de retrancher cette somme du
montant total de 279'500 MAD ; qu’ainsi, le montant dû par le Club au Joueur est de
279'500 - 10'500 = 269'000 MAD.
162. L’Arbitre unique considère enfin qu’il n’y a pas lieu de revenir sur le taux d’intérêt de
retard sur la somme totale, fixé à 5 % par la CNRL dans la Décision attaquée, qui
correspond au demeurant à une pratique courante devant le TAS (ex. : TAS 2017/A/4960,
§ 20.7). Conformément au principe de la prohibition de la reformatio in pejus, il y a lieu
de faire courir les intérêts à compter du jour de notification au Club de la Décision
attaquée. Le jour exact de cette notification ne ressortant pas des pièces du dossier,
l’Arbitre unique retient la date du 17 novembre 2021, date à laquelle le Joueur admet
avoir eu connaissance de la Décision attaquée.
X. FRAIS ET DÉPENS
(…).
*****
TAS 2021/A/8553 Innocent Assana Nah c.
Fédération Royale Marocaine de Football
& Club Moghreb de Tétouan – page 28
1. Rejette l’appel déposé par Innocent Assana Nah le 8 décembre 2021 à l’encontre de la
sentence rendue par la Commission Nationale de Résolution des Litiges de la Fédération
Royale Marocaine de Football le 15 octobre 2021.
2. Confirme le dispositif de la sentence rendue par la Commission Nationale de Résolution
des Litiges de la Fédération Royale Marocaine de Football le 15 octobre 2021, sous
réserve de la modification suivante résultant de la correction des erreurs matérielles :
« Alloue à Innocent Assana Nah le montant de 269'000 Dirhams »
3. (…).
4. (…).
5. Rejette toutes autres ou plus amples conclusions.