Chapitre IV : Couches limites laminaires
1. Equations de la couche limite :
La couche limite est la zone d’interface entre un corps et le fluide environnant lors d’un mouvement
relatif entre les deux. Elle est la conséquence de la viscosité du fluide et est un élément important en
mécanique des fluides (aérodynamique, hydrodynamique….)
Considérons maintenant l'écoulement d'un fluide parallèlement à une plaque plane immobile.
L'application des conditions de non-glissement à la paroi de la plaque impose à la vitesse
d'écoulement du fluide une valeur nulle à la paroi (y=0). D'autre part, pour des distances y à la
paroi suffisamment grande, la vitesse de l'écoulement n'est pas perturbé par l'écoulement (u=u∞).
Ces considérations physiques amènent à considérer que les variations de la vitesse ne se réalisent
que sur une distance d'épaisseur finie. On définit alors une zone proche de la paroi où l'écoulement
du fluide est perturbé par la présence de la plaque : la couche limite.
Ecoulement sur une plaque
De façon plus précise, l'épaisseur de la couche limite correspond à la zone ou la vitesse est égale à
99% de la vitesse à l'infini. Elle est définie comme la distance à la paroi à partir de laquelle la
vitesse devient supérieure à 99% de la vitesse de l’écoulement uniforme (non perturbé par l’objet)
u(y=δ) =0.99U δ: épaisseur de la couche limite
2. Grandeurs caractéristiques de la couche limite : l’écoulement d’un fluide visqueux sur une
paroi solide représente une région dans laquelle la vitesse augmente de zéro à la paroi et s’approche
de la vitesse de l’écoulement libre. Cette région s’appelle « la couche limite »
On considère un écoulement bidimensionnel, permanent (stationnaire), incompressible (ρ=cte) d’un
fluide sans forces de masse (poids négligeable)
On admet aussi que :
- La vitesse de l’écoulement extérieur est d’ordre V∞
- La longueur caractéristique est d’ordre L
- L’épaisseur caractéristique est d’ordre δ < L
- Le gradient de pression est d’ordre ρV2∞
Avec ces hypothèses on peut déduire les équations de Navier-Stokes, les équations de la couche limite
dans le cas d’une plaque plane.
L’écoulement est donc décrit par les équations de N.S ainsi que l’équation de continuité, comme
suit :
Suivant x :
∂u ∂u ∂u ∂u 1 ∂p ∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u
+u +v +w = ρg x − + υ( 2 + 2 + 2 )
∂t ∂x ∂y ∂z ρ ∂x ∂x ∂y ∂z
Suivant y :
∂v ∂v ∂v ∂v 1 ∂p ∂ 2v ∂ 2v ∂ 2v
+ u + v + w = ρg y − + υ( 2 + 2 + 2 )
∂t ∂x ∂y ∂z ρ ∂y ∂x ∂y ∂z
Suivant z :
∂w ∂w ∂w ∂w 1 ∂p ∂2w ∂2w ∂2w
+u +v +w = ρg z − + υ( 2 + 2 + 2 )
∂t ∂x ∂y ∂z ρ ∂z ∂x ∂y ∂z
Sous forme vectorielle
2 dV
ρg − ∇p + µ∇ V = ρ
dt (2.1)
L’équation de continuité est :
∂ρ ∂ρ (u ) ∂ρ (v) ∂ρ ( w)
+ + + =0
∂t ∂x ∂y ∂z (2.2)
Compte tenu des hypothèses fixées ci-dessus, pour l’écoulement dans la couche limite. Les
équations de N.S et de continuité se réduisent à :
• Equation de continuité
∂u ∂v
+ =0
∂x ∂y
• L’équation de quantité de mouvement suivant x
∂u ∂u 1 ∂p ∂ 2u
u +v =− +ν 2
∂x ∂y ρ ∂x ∂y
• L’équation de quantité de mouvement suivant y
1 ∂p
0=−
ρ ∂y
Conditions aux limites
y Ecoulement libre
U∞, p∞ V= (u,v) u(y) δ<<L couche limite
Surface plaque L
• A la paroi : y=0 u = v =0
• A l’extérieur de la couche limite :y ∞ u ue p pe
Avec ue et pe viennent de la solution des équations d’Euler
∂u e 1 ∂pe
ue =−
∂x ρ ∂x
Quand on met cette dernière équation dans les équations de la couche limite ; on a :
∂u ∂v
+ =0
∂x ∂y
∂u ∂u 1 ∂p ∂ 2u
u +v =− +ν 2
∂x ∂y ρ ∂x ∂y
∂u ∂u ∂u e ∂ 2u
u +v = ue +υ 2
∂x ∂y ∂x ∂y
Epaisseur de déplacement
L’effet de la couche limite sur l’écoulement extérieur se traduit par la grandeur, nommée
épaisseur de déplacement :
∞ δ
1 u
δ * ( x) = ∫ (u e − u )dy = ∫ (1 − )dy
u ue (2.3)
0 e 0
En régime laminaire, l’épaisseur de déplacement s’exprime de la manière suivante :
1.72 x (2.4)
δ1 =
Re x
Epaisseur de quantité de mouvement
De la même manière, on définit l’épaisseur de la quantité de mouvement δ2 :
∞
u u
δ 2 ( x) = ∫ (1 − )dy
u
0 e
ue (2.5)
En régime laminaire, l’épaisseur de la quantité de mouvement s’exprime de la manière
suivante :
0.66 x
δ2 =
Re x (2.6)
Epaisseur en énergie
Simultanément, on définit l’épaisseur en énergie δ3 :
∞ (2.7)
u u2
δ 3 ( x) = ∫ (1 − 2 )dy
u
0 e
u e
On a le facteur de forme H qui est lié à la distribution des vitesses dans la couche limite
δ (2.8)
H= 1
δ2
Coefficient de frottement local
du τp
τp = µ y =0 Cf =
dy 2 (2.9)
ρV 2
3. Solutions exactes de la CLL (cas de la plaque plane)
La solution exacte des équations de Navier-Stokes pour le cas de la couche limite laminaire (CLL)
au-dessus d'une plaque plane est un problème classique en mécanique des fluides. La solution est
obtenue en considérant un écoulement stationnaire bidimensionnel le long de la plaque, avec des
conditions aux limites appropriées. La démonstration complète de cette solution implique une série
d'équations différentielles partielles, dont la résolution détaillée peut être complexe. Cependant, je
vais vous fournir une description générale du problème et des résultats.
Équations de Navier-Stokes Stationnaires : Les équations de Navier-Stokes pour un écoulement
stationnaire autour d'une plaque plane (x) axe parallèle à la plaque, (y) axe perpendiculaire à la
plaque) sont
∂u ∂v
+ =0
∂x ∂y
• u=0, v=0 à y=0
• u=0 à y=0
y
u ( y ) = U (1 − )
δ
∂φ 1 ∂ 2φ 2
u( y) = − y + ( 2 )y
∂x 2 ∂x
4. L'équation intégrale de Von Karman
L'équation intégrale de Von Karman est une équation utilisée en mécanique des fluides pour décrire
les propriétés de la couche limite visqueuse près d'une paroi solide. Elle est nommée en l'honneur du
physicien hongrois Théodore Von Karman. L'équation intégrale de Von Karman est utilisée pour
obtenir des informations sur la distribution de la vitesse dans la couche limite visqueuse près de la
paroi.
L'équation intégrale de Von Karman est formulée comme suit :
1 dU 1 d ln(τ )
=
U dy k dy
- U: La vitesse du fluide à une certaine distance de la paroi.
- y : La distance perpendiculaire à la paroi (normale à la paroi) à partir de la paroi.
- κ (kappa): La constante de Von Karman, qui a une valeur d'environ 0,4.
- τ : La contrainte de cisaillement à la paroi.
L'équation indique que le gradient de vitesse le long de la couche limite (gauche) est proportionnel
au gradient du logarithme de la contrainte de cisaillement à la paroi (droite). Cette relation est valable
dans la couche limite visqueuse, qui est la région près de la paroi où les effets visqueux dominent et
où la vitesse du fluide augmente rapidement depuis zéro à sa valeur asymptotique dans le flux
principal.
L'équation intégrale de Von Karman est utile pour déterminer des paramètres importants, comme
l'épaisseur de la couche limite, le profil de vitesse, et la contrainte de cisaillement à la paroi. Elle est
fréquemment utilisée dans l'analyse des écoulements en couche limite, en particulier dans le cadre de
la mécanique des fluides et de la thermodynamique.
5. Analyse de la CLL
L'analyse de la couche limite laminaire (CLL) par la méthode de Karman-Pohlhausen est une
approche classique pour déterminer les caractéristiques de l'écoulement dans une couche limite.
Cette méthode est souvent utilisée pour obtenir des solutions analytiques pour les profils de vitesse
et d'épaisseur de la couche limite. Explorons les détails de cette méthode.
Le profil de vitesse dans la couche limite laminaire peut être décrit par la méthode de Karman-
Pohlhausen. On suppose un écoulement bidimensionnel le long de la plaque, et les composantes de
vitesse sont notées comme suit : u(x, y)) et v(x, y), où (u) est la composante dans la direction du
déplacement de la plaque.
Les équations de Navier-Stokes sont simplifiées pour l'écoulement laminaire dans la couche limite,
et en supposant un écoulement stationnaire, ces équations se réduisent à :
∂u ∂v
+ =0
∂x ∂y
∂u ∂u ∂ 2u
u +v =υ 2
∂x ∂y ∂y
∂v ∂v ∂ 2v
u +v =υ 2
∂x ∂y ∂y
Transformation de Similarité :
La méthode de Karman-Pohlhausen utilise une transformation de similarité pour simplifier les
équations. Cette transformation introduit une variable similaire (eta) définie par :
y
η=
δ (x)
où δ(x)est l'épaisseur de la couche limite.
Paramètre de Similarité de Karman-Pohlhausen :
En utilisant la variable similaire (eta), on introduit le paramètre de similarité de Karman-
Pohlhausen, noté (H), défini par :
δ ∂u
H=
x ∂x
Profil de Vitesse Normalisé :
La méthode de Karman-Pohlhausen conduit à un profil de vitesse normalisé (u/ue) en fonction de
(eta) où (ue) est la vitesse à la paroi sous la forme :
u 1 ∂u
= 2 . f (η )
ue H ∂x
La fonction f(η) est déterminée en résolvant les équations différentielles obtenues après la
transformation.
6. Stabilité de la CLL
La stabilité de la couche limite laminaire (CLL) est un aspect crucial de la mécanique des fluides,
en particulier pour comprendre comment les perturbations ou les fluctuations dans l'écoulement
peuvent affecter la transition vers un écoulement turbulent. Explorons les détails de la stabilité de
la CLL.
Linéarisation des Équations de Navier-Stokes :
Pour étudier la stabilité de la couche limite, on commence par considérer les équations de Navier-
Stokes linéarisées autour de l'écoulement de base. On suppose que l'écoulement de base est
laminaire, ce qui signifie qu'il est stationnaire et sans perturbation.
Les équations linéarisées prennent la forme :
∂u ' ∂u ' ∂U 1 ∂p ' ∂ 2u ' ∂ 2u '
+U + v' =− +υ( 2 + 2 )
∂t ∂x ∂y ρ ∂x ∂x ∂y
∂v' ∂v' 1 ∂p ' ∂ 2v' ∂ 2v'
+U =− +υ( 2 + 2 )
∂t ∂x ρ ∂y ∂x ∂y
Analyse de la Stabilité :
1. Méthode d'Orr-Sommerfeld :
La méthode d'Orr-Sommerfeld est couramment utilisée pour analyser la stabilité de la CLL. Elle
consiste à résoudre un problème aux valeurs propres pour les perturbations (u) et (v'). Les modes
propres obtenus déterminent la stabilité de la couche limite.
2. Critère de Rayleigh :
Le critère de Rayleigh permet d'évaluer la stabilité en fonction des perturbations. Si une
perturbation croît exponentiellement avec le temps, la couche limite est instable.
Travaux Dirigés série n° 4
Exercice 1 :
Si la distribution des vitesses dans la couche limite laminaire sur une plaque plate est supposée être
donnée par le polynôme du premier ordre : u = a+by où a et b sont des constantes.
Déterminer :
1. le rapport entre l’épaisseur de déplacement et l’épaisseur de la couche limite (δ*/δ)
2. le rapport entre l’épaisseur du moment et l’épaisseur de la couche limite (θ/δ)
Exercice 2:
Montrer que, si la distribution de vitesses dans la couche limite laminaire sur une plaque plane est
supposée être un polynôme de second ordre (u = a + by + cy2), la distribution des vitesses peut être
exprimée comme suit :
u y y
= 2( ) − ( ) 2
U∞ δ δ
y u=U∞
δ u(y) fluide
Exercice 3 Un fluide newtonien de densité d=0.92 et de viscosité cinématique ν =1St s’écoule sur
une paroi plane en régime permanent. Le profil de vitesses près de la surface de la paroi est donné
u(y) π y
par l’équation = sin . Déterminer la contrainte de cisaillement à la paroi et à la surface libre
U 2 δ
en fonction de U et de δ .
TEST
EX01
En supposant que le gradient de vitesse dans la couche limite laminaire sur une plaque plate se
présente sous la forme d'un polynôme de second ordre, calculez :
a) L'épaisseur du déplacement de la couche limite
b) l'épaisseur de la quantité de mouvement de la couche limite
La distribution parabolique de second ordre de la vitesse est exprimée par : u(y)=a+by+cy2
EX02
Considérons un écoulement sur une plaque plane horizontale (1,25m x 2,5m) avec une vitesse de 3,0
m/s. Calculer :
a. L’épaisseur de la couche limite au bord à la limite longitudinale de la plaque,
b. La contrainte de cisaillement au milieu de la plaque plane,
c. La force de traînée résultante sur les deux faces de la plaque plane.
On donne ρ=850 kg/m3 : ν =10-5 m²/s.
QCM : auto-évaluation
1. Pour éviter le décollement de la couche limite dans un divergent :
o On favorise les ralentissements rapides du fluide
o On évite le ralentissement trop rapide du fluide
o On rend les parois très rugueuses
o On utilise les divergents les plus longs possibles
o On utilise des divergents les plus ouverts possibles
Références bibliographiques
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