DEUXIÉME PARTIE
RÈGLES PARTICULIÈRES À CHAQUE
TYPE DE SOCIÉTÉ
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CHAPITRE PREMIER
LA SOCIÉTÉ À RESPONSABILITÉ LIMITÉE
SARL
Trois sections seront consacrées à l’étude de cette société :
- SECTION I : La constitution de la SARL ;
- SECTION II : LE fonctionnement de la SARL ;
- SECTION III : La Dissolution et la transformation de la SARL.
SECTION I : LA CONSTITUTION DE LA SARL
A côté des conditions de constitution communes à toutes les sociétés commerciales, la SARL
est soumise à des conditions particulières de fond (§ I) et de forme (§ II) dont la violation est sanctionnée
par la loi (§ III).
§ I LES CONDITIONS DE FOND
Elles concernent les associés (A), le capital social et les apports (B) de même que l’objet social
(C).
A/ LES ASSOCIES DE LA SARL
Le csc a fixé le nombre minimum et le nombre maximum pour constituer la SARL.
Le nombre minimum exigé est de deux associés avec cette remarque que dans le cas où toutes
les parts sociales se trouvent réunies entre les mains d’un seul associé, la société dispose d’une année
pour régulariser sa situation (ramener le nombre des associés à deux) ou se transformer en SUARL
(article 93 al. 4 CSC).
Le nombre maximum est fixé à 50 associés. Lorsque ce nombre devient supérieur au seuil
légal, la société doit, dans un délai d’une année, soit se transformer en société anonyme, soit ramener le
nombre à 50 associés, sinon tout intéressé peut demander la dissolution de la société.
B/ LE CAPITAL SOCIAL ET LES APPORTS
1/ Le capital social
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Depuis la loi du 27 décembre 2007 précitée, aucun seuil légal n’est exigé pour le capital social
autrement dit la SARL peut se constituer avec un capital égal à zéro dinar.
2/ Les apports
Les apports peuvent être en nature, en numéraire et depuis la loi précitée, ils peuvent être en
industrie. Les apports sont représentés par des parts sociales.
(a) Les apports en numéraire
Les apports en numéraire doivent être intégralement et immédiatement libérés dés la constitution
de la société.
Les fonds doivent être déposés auprès d’un établissement financier au nom de la société. Le
gérant ne peut retirer les fonds qu’après la constitution définitive de la société. Dans le cas où la société
n’a pas été constituée dans un délai de six mois à la date du dépôt, tout apporteur peut saisir le juge des
référés pour obtenir l’autorisation de retirer ses fonds.
(b) Les apports en nature
Les apports en nature doivent être intégralement libérés à la constitution de la société et doivent
faire l’objet d’une évaluation par un commissaire aux apports, lequel commissaire est désigné par les
associés à l’unanimité ou, à défaut, par le président du tribunal de première instance.
Lorsque la valeur de l’apport ne dépasse pas trois mille dinars, les associés peuvent décider à la
majorité de ne pas désigner un commissaire aux apports. Dans ce cas, ils seront responsables
solidairement de la valeur attribuée à l’apport.
(c) Les apports en industrie
Les apports en industrie étaient interdits avant la loi du 27décembre 2007. Depuis cette loi, il
est devenu possible d’apporter à la société ses connaissances et son savoir faire (la richesse
immatérielle).
C/ L’OBJET SOCIAL
La SARL est commerciale par la forme quelque soit sont objet. En principe, cette société est
libre de choisir l’activité qu’elle souhaite faire sous réserves des limites prévues par la loi. C’est ainsi
que la SARL ne peut pas avoir pour objet les activités d’assurances ou de banques car ces activités sont
fortement capitalistiques et exigent des capitaux énormes.
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§ II LES CONDITIONS DE FORME
Ces conditions sont relatives aux statuts de la société (A) et aux mesures de publicité (B).
A/ LES STATUTS DE LA SARL
Les statuts de la société (le contrat) doivent être établis par écrit, lequel écrit doit être signé par
les associés ou par leur mandataire.
Les statuts doivent contenir les mentions obligatoires (forme de la société, sa durée, son nom,
siège social, objet social, montant du capital social), ils doivent aussi donner une identification des
associés personnes physiques (nom, état civil, domicile, nationalité) ou personnes morales (nom de la
société, siège social, nationalité, objet…) ainsi que la désignation du gérant (gérant statutaire).
Les statuts doivent également indiquer l’institution financière habilitée à recevoir les apports en
numéraire, l’évaluation des apports et les modalités de leur libération et répartition. Ils doivent constater
que les apports ont été totalement libérés et préciser la date de clôture du bilan annuel.
B/ LES MESURES DE PUBLICITE
Les statuts doivent faire l’objet d’une publication au J.O.R.T. dans un délai d’un mois à partir
de la constitution définitive de la société1. La publication est faite par le représentant légal de la société
et sous sa responsabilité.
Les statuts doivent faire l’objet d’une immatriculation au registre de commerce pour que la
société soit valablement constituée2. L’art 103 du csc précise, à cet effet, que la SARL sera considérée
comme une société en nom collectif de fait tant qu’elle n’a pas été immatriculée au registre de
commerce.
§ III SANCTIONS DE LA VIOLATION DES CONDITIONS DE CONSTITUTION
La violation des conditions de constitution de la SARL est sanctionnée, en principe, par la nullité
(A) mais le législateur a prévu la possibilité d’éviter la nullité par la régularisation (B).
A/ LA NULLITE DE LA SARL
* Réglementation : La nullité est prévue par l’article 104 CSC qui affirme que la SARL est nulle pour
non respect des conditions de constitution prévues par le code.
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Cette publication doit être effectuée selon la nouvelle loi N 2018-52 du 29 octobre 2018 entrée en vigueur le 06
février 2019, au journal officiel du Centre National du Registre des Entreprises (articles 47 et 48).
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L’immatriculation de la société doit être effectuée selon la nouvelle loi précitée au registre national des
entreprises auprès du Centre National du Registre des Entreprises.
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L’art 105 du même code précise que lorsque la nullité est prononcée, la société considérée
comme une société en nom collectif de fait (article 104) sera liquidée en tant que telle.
* Conséquence de la nullité : L’article 106 CSC a prévu une sanction contre les associés et les gérants
qui seront considérés responsables solidaires des dommages causés envers les tiers et les associés par
cette annulation.
B/ REGULARISATION DE LA NULLITE
Le législateur a prévu plusieurs moyens destinés à éviter la nullité de la SARL :
* l’action en nullité est éteinte lorsque sa cause a disparu le jour où le tribunal statue en première
instance, et le juge saisi peut accorder un délai pour permettre aux associés de régulariser la situation
(art 107 du csc ) ;
* lorsqu’une assemblée générale a été convoquée pour couvrir la nullité, le juge doit surseoir à statuer
pour permettre la régularisation (art 107 du csc) ;
* lorsque l’irrégularité est relative à la violation d’une mesure de publicité, tout intéressé peut mettre la
société en demeure pour procéder à la régularisation sinon il peut s’adresser au juge qui désignera un
mandataire chargé d’accomplir les formalités de publicité (art 108csc).
SECTION II : LE FONCTIONNEMENT DE LA SARL
Nous allons étudier, à travers quatre paragraphes, les organes de gestion de la SARL (§ I), les
organes de délibération (§ II), les organes de contrôle (§ III) et le régime juridique des parts sociales
émises par la SARL (§ IV).
§ I LES ORGANES DE GESTION DE LA SARL
La gestion de la SARL est assurée par un gérant qui est le mandataire des associés et le
représentant légal de la société. Il s’agit d’étudier ici le statut du gérant (A), ses pouvoirs (B) ainsi que
sa responsabilité (C).
A/ STATUT DU GERANT
On va étudier les modes de désignation du gérant et les modes de cessation de ses fonctions.
1/ Désignation du gérant
Le gérant est nommé par les associés. Il doit être une personne physique.
Le gérant peut être désigné parmi les associés ou parmi les tiers. Il peut être un gérant statutaire
quand il est nommé par les statuts et un gérant non statutaire lorsqu’il est désigné en dehors des statuts.
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La durée du mandat du gérant est fixée par les statuts, à défaut, la durée est de trois ans
renouvelable.
La rémunération du gérant est fixée par les statuts ou par les associés. Elle peut consister en une
somme d’argent ou un pourcentage sur les bénéfices ou sur le chiffre d’affaires.
2/ Cessation des fonctions du gérant
Les fonctions du gérant cessent par l’arrivée du terme, par la démission ou encore par la
révocation.
* La démission : La démission du gérant est possible à condition qu’elle ne porte pas préjudice à la
société.
* La révocation : La révocation du gérant peut être décidée par les associés ou par décision judiciaire.
• La révocation par les associés : Lorsque la révocation est décidée par les associés, il faut
distinguer selon que le gérant est statutaire ou non statutaire.
Quand le gérant est statutaire, il ne peut être révoqué que dans les conditions exigées pour la
modification des statuts c.à.d. par décision des associés représentant les trois quarts du capital social, ce
qui se traduit par une majorité qualifiée des 75% (article 122 al. 1 CSC).
Quand le gérant est non statutaire, il est révoqué par décision des associés représentant la moitié
du capital social (art 122 al. 2).
• La révocation par le juge : La révocation judiciaire du gérant est prévue par l’article 122
dernier alinéa qui dispose que les associés représentant le un quart du capital social peuvent s’adresser
au juge pour obtenir la révocation du gérant (pour permettre à la minorité de révoquer un gérant qui
détient la majorité ou qui est soutenu par une majorité qui le rend irrévocable).
B/ POUVOIRS DU GERANT
Le gérant dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société. Il faut distinguer
entre les pouvoirs du gérant à l’égard des associés et ses pouvoirs vis à vis des tiers.
1/ Les pouvoirs du gérant à l’égard des associés
Ils sont déterminés par les statuts, qui peuvent limiter ou pas les pouvoirs du gérant.
• Limitation des pouvoirs du gérant par les statuts : Lorsque les statuts limitent les pouvoirs
du gérant et que ce dernier dépasse les limites statutaires, il s’expose à une double sanction :
- il peut être révoqué ;
- il peut être poursuivi pour préjudice causé à la société ou aux associés.
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• Les statuts n’ont pas prévu de limitation des pouvoirs du gérant : Dans ce cas, le gérant
peut effectuer tous les actes à condition qu’ils rentrent dans l’objet social et répondent à l’intérêt de la
société.
2/ Les pouvoirs du gérant à l’égard des tiers
Le législateur a assuré une protection efficace aux tiers qui contractent avec la société.
L’art 114 dernier alinéa du csc affirme que les clauses statutaires qui limitent les pouvoirs du
gérant n’ont aucun effet sur les tiers, on dit qu’elles sont inopposables aux tiers même si elles ont été
publiées.
L’art 114 va plus loin lorsqu’il précise que la société est engagée envers les tiers lorsque le
gérant a dépassé l’objet social à moins de prouver la mauvaise foi du tiers (la loi a voulu sanctionner la
société du fait qu’elle a choisi un mauvais gérant).
C/ RESPONSABILITE DU GERANT
Le gérant de la SARL encourt une triple responsabilité : une responsabilité civile, une
responsabilité commerciale et une responsabilité pénale.
1 - La responsabilité civile du gérant
La responsabilité civile du gérant est prévue par l’art 117 du csc qui dispose que le gérant est
responsable sur le plan civil lorsqu’il commet une faute.
La faute peut être selon cet article :
* Une violation des dispositions légales comme par exemple la violation des formalités de publicité ou
la distribution de dividendes fictifs ;
* une violation des statuts comme le non respect des limites statutaires ;
* une faute de gestion qui peut être un détournement des biens sociaux ou un abus des biens sociaux ;
L’action en responsabilité est d’ordre public. Dès lors, les statuts ne peuvent pas interdire
l’exercice de cette action ni le limiter.
L’action en responsabilité peut être exercée à titre individuel, l’associé doit, dans ce cas, prouver
le préjudice personnel subi à cause de la faute du gérant. L’action en responsabilité peut aussi être
exercée par un ou plusieurs associés représentant le dixième du capital social, on parle alors de l’action
sociale (art 118 c).
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L’action en responsabilité se prescrit par trois ans à compter du fait dommageable ou de sa
révélation (art 120 csc).
2 - La responsabilité commerciale du gérant
La responsabilité commerciale du gérant est prévue par l’art 121 csc, il s’agit de l’action en
comblement du passif.
L’action en comblement du passif est exercée lorsque la faillite de la société ou le règlement
judiciaire a fait apparaître une insuffisance d’actif. Dans ce cas, le syndic de la faillite ou l’administrateur
judiciaire ou tout créancier peut saisir le juge qui peut décider que les dettes de la société seront
supportées par le gérant sur son patrimoine personnel. Le gérant ne peut se dégager de cette
responsabilité qu’en prouvant qu’il a géré la société en « bon père de famille » en tant que mandataire
loyal et diligent.
L’action en comblement du passif se prescrit par trois ans à partir du jugement qui a prononcé
la faillite ou le règlement judiciaire.
3 - La responsabilité pénale du gérant
La responsabilité pénale du gérant est prévue par les articles 145 à 147 du csc.
L’art 145 a prévu une peine d’emprisonnement de 16 jours à 6 mois et une amende de 1.000 à
3.000 dinars ou de l’une de ces deux peines contre le gérant qui a émis dans le public des valeurs
mobilières3.
L’art 146 a prévu une peine d’emprisonnement d’un an à cinq ans et une amende de 500 à 5.000
dinars contre les gérants :
* qui ont commis le délit d’abus de biens sociaux. Ce délit est constitué lorsque le gérant a utilisé
ses pouvoirs dans un but contraire à l’intérêt de la société pour son intérêt personnel ou pour favoriser
d’autres personnes ;
* qui ont commis le délit de présentation de faux états financiers.
L’art 147 a prévu des sanctions pécuniaires (amendes) de 500 à 5.000 dinars contre les gérants :
* qui n’ont pas établi l’inventaire ou le bilan ou le rapport de gestion ;
* qui n’ont pas convoqué l’assemblée annuelle ;
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L’émission dans le public des valeurs mobilières constitue une infraction dans la SARL car les parts sociales ne
sont jamais négociables.
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* qui n’ont pas remis dans les délais légaux (20 jours avant la tenue de l’assemblée) le bilan, le
rapport de gestion et le rapport du commissaire aux comptes.
* qui n’ont pas consulté les associés lorsque les fonds propres de la société sont descendus au
dessous de son capital social ;
* qui n’ont pas convoqué les associés afin de désigner le commissaire aux comptes lorsque cette
désignation est obligatoire.
§ II LES ORGANES DE DELIBERATION
Les organes de délibération sont les organes qui ont le pouvoir de décision à savoir les associés.
Les associés exercent le pouvoir de délibération à travers l’assemblée générale. Ils sont
convoqués à cette assemblée par le gérant, à défaut, par le commissaire aux comptes et à défaut, par le
ou les associés qui détiennent le quart du capital social.
La convocation est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception 20 jours avant la
tenue de l’assemblée et doit contenir l’ordre du jour de la réunion ainsi que les résolutions proposées.
L’assemblée générale peut être ordinaire (A) ou extraordinaire (B).
A/ L’ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE (AGO)
L’AGO est obligatoire une fois par an au moins. Elle doit être tenue dans un délai de 6 mois à
compter de la clôture de l’exercice social.
Le gérant doit communiquer les documents suivants :
- le rapport de gestion ;
- les états financiers ;
- l’inventaire des biens ;
- les résolutions proposées ;
- le rapport du commissaire aux comptes s’il existe.
Dés la communication de ces documents, tout associé a le droit de poser des questions écrites
au gérant et ce, 8 jours au moins avant la tenue de l’assemblée, ce dernier est tenu de répondre aux
questions au cours de ladite assemblée. Par ailleurs, chaque associé a le droit de se faire communiquer
les documente de gestion des trois dernières années et se faire aider par un expert comptable. Cet
ensemble des droits extrapatrimoniaux reconnus aux associés est d’ordre public.
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Les décisions sont votées lors de cette assemblée à la majorité des associés représentant plus de
50% du capital social. Dans le cas où cette majorité n’a pas été atteinte, il y aura une deuxième assemblée
où les décisions seront prises à la majorité des voix des associés présents ou représentés.
Les résolutions votées sont en général relatives à l’approbation des comptes sociaux et
l’affectation des bénéfices. Il convient, toutefois, de remarquer que l’art 140 du csc a pris le soin de
préciser que la société doit prélever 5% de ses bénéfices à chaque exercice social pour la constitution
des réserves légales, ce prélèvement n’est plus obligatoire lorsque les réserves ont atteint le dixième du
capital social.
B/ L’ASSEMBLEE GENERALE EXTRAORDINAIRE (AGE)
L’AGE des associés se réunit chaque fois qu’il y a modification des statuts.
* Principe : Majorité qualifiée des 75% : Les modifications statutaires doivent être approuvées par
décision des associés représentant les trois quarts au moins du capital social : il s’agit de la majorité
qualifiée des 75%, majorité prévue par l’article 131 CSC.
* Atténuation d’origine conventionnelle : Majorité inférieure ou supérieure à 75% : Les statuts
peuvent prévoir une majorité inférieure à 75% du capital social comme ils peuvent prévoir une majorité
supérieure à 75% sans possibilité, cependant, de prévoir l’unanimité, c’est ce qui ressort de l’article 131
CSC tel que modifié par la loi du n° 2009-16 du 16 mars 2009.
* Exceptions d’origine légale : A ces différentes règles relatives à la majorité, la loi a prévu des
dérogations :
1) L’unanimité : Le CSC exige l’unanimité en matière de changement de la nationalité ou encore
lorsqu’il s’agit de transformer la SARL en SNC ou en société en commandite simple ou par actions
(article 143 CSC).
2) La majorité des 50% : Le code n’exige que la majorité des 50% du capital social c.à.d. la majorité
absolue lorsqu’il s’agit de transformer la SARL en SA si le capital social est supérieur à cent mille dinars
(article 144 al. 2 CSC) ou encore lorsqu’il y a une augmentation du capital social par incorporation des
réserves.
L’AGE doit se réunir lorsqu’il y a une augmentation ou une réduction du capital social.
• L’augmentation du capital social
Cette opération se réalise, soit par des apports en nature ou en numéraire, soit par incorporation des
réserves.
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1 - Augmentation du capital social par des apports en nature : elle exige les mêmes conditions
prévues lors de la constitution de la société (commissaires aux apports ….).
2 - Augmentation du capital social par des apports en numéraire : dans ce cas, les associés ont un
droit préférentiel de souscription à cette augmentation, droit qui est d’ordre public.
Le gérant doit informer les associés de l’ouverture des souscriptions par lettre recommandée
dans un délai de 21 jours, passé ce délai, les associés qui ne se sont pas manifestés sont considérés avoir
renoncé à leur droit de participer à l’augmentation du capital social ; dans ce cas, les parts nouvelles
seront réparties entre les autres associés dans un délai de 21 jours. A l’expiration de ce nouveau délai, la
souscription sera alors ouverte aux tiers.
Les fonds provenant de la souscription sont déposés dans un compte bancaire et si
l’augmentation du capital social n’est pas réalisée dans un délai de 6 mois à compter de la date de l’AGE
qui l’a décidée, tout apporteur peut saisir le juge des référés afin d’obtenir l’autorisation de retirer ses
fonds.
3 - Augmentation du capital social par incorporation des réserves : La décision d’augmenter le
capital social est prise à la majorité des associés représentant 50% du capital social (c’est une dérogation
à la règle de la majorité qualifiée des 75% du capital social).
Les réserves qui vont être incorporées au capital sont bien entendu les réserves statutaires.
• La réduction du capital social
La réduction du capital social est une décision qui a pour effet de modifier les statuts, elle doit être,
par conséquent, approuvée par les associés représentant au moins les trois quarts du capital social réunis
en AGE (art 136 csc).
La décision de réduire le capital social peut être motivée par des pertes ou en dehors de toute pertes.
Elle est réalisée, soit par réduction du nominal des parts sociales, soit par réduction du nombre des parts.
Le projet de réduction doit être communiqué au commissaire aux comptes (s’il existe) trois mois
avant la date de la réunion de l’AGE, ce dernier doit rédiger un rapport dans lequel il indique son
appréciation sur les causes et les conditions de la réduction.
Les créanciers dont la créance est antérieure à la décision de réduction doivent être informés dans
un délai de 15 jours à compter de la date de réunion de l’AGE par lettre recommandée avec accusé de
réception.
Les créanciers ont le droit de s’opposer à la réduction étant donné que « le capital social est le gage
général des créanciers » et ce, dans un délai d’un mois à partir de la publication de la décision de
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réduction. L’opposition se fait devant le juge des référés, ce dernier peut, soit rejeter l’opposition
(lorsque la réduction est motivée par des pertes graves), soit prononcer la déchéance du terme (les
créances vont devenir immédiatement exigibles), soit exiger de la société de constituer des sûretés
(garanties) suffisantes pour garantir le paiement des créances.
§ III LES ORGANES DE CONTROLE
Le contrôle de la gestion de la SARL s’effectue par les associés (A) ou par le commissaire aux
comptes (B) ou bien par l’expert de gestion (C).
A/ LE CONTROLE PAR LES ASSOCIES
Les associés contrôlent la gestion sociale lors des assemblées générales et ce, à travers leur droit
à l’information et leur droit de poser des questions écrites au gérant qui est tenu d’y répondre.
Le contrôle s’effectue aussi en dehors des assemblées générales puisque tout associé a le droit
de poser des questions écrites deux fois par an au gérant qui dispose d’un mois pour répondre par écrit
(art 138 csc). Par ailleurs, chaque associé a le droit de consulter les documents de gestion des trois
derniers exercices et se faire aider par un commissaire aux comptes.
B/ LE CONTROLE PAR LE COMMISSAIRE AUX COMPTES
Le commissaire aux comptes est un technicien de la comptabilité, il est chargé de contrôler la
comptabilité de la société, d’en vérifier la régularité et la sincérité afin de donner une image réelle et
fidèle sur la véritable situation de la société et ce, conformément aux dispositions légales et
réglementaire et aux normes déontologiques.
1/ Désignation et cessation des fonctions du commissaire aux comptes
(a) Les modes de désignation du commissaire aux comptes
La désignation du commissaire aux comptes peut, dans certains cas, être obligatoire dans la
mesure où elle est imposée par la loi. Elle peut aussi être facultative car prévue par les associés.
(1) La désignation obligatoire : elle est prévue par l’art 123 csc qui renvoie à l’art 13 du même code.
Cet article renvoie à son tour au décret n° 2006-1546 du 6 juin 2006 qui fixe les critères de désignation
du commissaire aux comptes, il s’agit :
- du bilan : le total du bilan doit être de 100.000D ;
- du nombre d’employés : 10 employés ;
- du produit hors taxes : le total doit être de 300.000D.
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(2) La désignation facultative : les associés peuvent, en cas de silence des statuts, demander à
l’assemblée de désigner un commissaire aux comptes. L’art 124 csc dispose à cet effet que le ou les
associés qui détiennent un dixième du capital peuvent demander à l’assemblée générale de procéder à
la désignation d’un commissaire aux comptes, celle-ci est libre d’accepter ou de refuser la demande. Le
même art précise que lorsque cette demande émane de ou des associés qui détiennent un cinquième du
capital, l’AGE doit procéder à la nomination, en cas de refus, les associés peuvent s’adresser au juge qui
désignera d’office un commissaire aux comptes.
Le commissaire aux comptes peut être une personne physique ou une société, personne morale.
Le mandat du commissaire aux comptes est de 3 ans renouvelable trois fois lorsqu’il s’agit d’une
personne physique et cinq fois lorsqu’il s’agit d’une société.
La nomination du commissaire aux comptes doit être publiée au JORT et dans deux journaux
quotidiens dont l’un est en langue arabe et ce, dans un délai d’un mois à compter du jour de la
désignation. Elle doit aussi être notifiée à l’ordre des experts-comptables de Tunisie ou à la compagnie
des comptables de Tunis dans un délai de 10 jours de sa désignation.
La rémunération du commissaire aux comptes est fixée par la loi.
Par ailleurs, la loi a prévu des cas d’incompatibilité avec la fonction du commissaire aux
comptes, c’est ainsi qu’il est interdit de désigner le commissaire aux comptes parmi le gérant de la
société ou par les apporteurs en nature ou parmi les personnes qui perçoivent un salaire du gérant. Cette
désignation est nulle et elle entraîne une sanction pénale pécuniaire à savoir une amende de 2000 à
20.000D.
(b) Les cas de cessations des fonctions du commissaire aux comptes
Le mandat du commissaire aux comptes prend fin par :
- L’arrivée du terme prévu ;
- La révocation : celle-ci peut être décidée, soit par les associés, soit par le juge. Dans les deux cas, elle
doit être motivée ;
- La démission : le commissaire aux comptes peut démissionner avant l’expiration du terme prévu dans
le mandat à condition que cette démission ne porte pas préjudice à la société sinon il s’expose à payer
des dommages et intérêts.
2/ Missions et pouvoirs du commissaire aux comptes
(a) Missions du commissaire aux comptes
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(1) Mission principale
La principale mission du commissaire aux comptes consiste à vérifier la régularité des comptes
de la société et leur sincérité conformément à la loi et aux dispositions réglementaires. Cette mission
de contrôle est une mission permanente, elle doit être menée par le commissaire aux comptes sans que
ce dernier n’ait à porter de jugement sur la politique de gestion suivie par la société ; la loi interdit, en
effet, toute forme d’immixtion dans la gestion sociale.
(2) Missions secondaires
Le commissaire aux comptes doit :
- vérifier les livres, la caisse, le portefeuille et les valeurs de la société ;
- contrôler la régularité et la sincérité des inventaires et les informations données sur les comptes de la
société ;
- certifier la régularité des comptes annuels, cette mission de certification consiste à attester que les états
financiers sont réguliers et sincères et donnent une image fidèle sur la situation financière de la société ;
- dresser un rapport à l’assemblée générale dans lequel il doit déclarer qu’il a effectué un contrôle détaillé
sur la situation de la société selon les normes comptables, il peut émettre trois sortes d’avis dans ce
rapport :
* soit certifier les comptes sociaux ;
* soit certifier avec des réserves ;
* soit refuser la certification.
- rendre compte de sa mission de contrôle et signaler, s’il y a lieu, les irrégularités, les inexactitudes et
les faits délictueux dont il a eu connaissance lors de l’exercice de sa mission.
(b) Pouvoirs du commissaire aux comptes
Le commissaire aux comptes dispose d’un certain nombre de prérogatives qui lui permettent
d’accomplir sa mission :
- il a un pouvoir d’investigation à l’égard de la société et des tiers ;
- il peut, en ce qui concerne la société et ses filiales, opérer toutes les vérifications qu’il estime
nécessaires, il peut se faire communiquer les pièces et les documents qu’il juge utiles à l’exercice de sa
mission ;
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- en ce qui concerne les tiers, il peut recueillir toutes les informations auprès des personnes qui ont
accompli des opérations avec la société mais dans ce cas, il doit obtenir une autorisation judiciaire.
3/ Les obligations du commissaire aux comptes
Le commissaire aux comptes est tenu au secret professionnel, cette obligation est prévue par
l’art 271 CSC.
Par ailleurs, ce même article dispose que le commissaire aux comptes est tenu de révéler au
procureur de la république les faits délictueux dont il a eu connaissance.
Face à ces deux obligations qui peuvent sembler contradictoires, on a pu dire que le commissaire
comptes joue le rôle « d’agent double » car d’un coté, il est obligé de respecter le secret professionnel
sinon il s’expose à des sanctions pénales, et d’un autre coté, la loi l’oblige à jouer le rôle de dénonciateur
faute de quoi il peut encourir des peines privatives de liberté (1 à 5 ans de prison) et/ou des sanctions
pécuniaires (amende de 1200 à 5000D).
4/ La responsabilité du commissaire aux comptes
Le commissaire aux comptes peut engager sa responsabilité sur le plan disciplinaire, civil et
pénal.
(a) La responsabilité disciplinaire : Elle est prévue par la réglementation relative à la profession. Cette
responsabilité est engagée lorsque le commissaire aux comptes commet une violation des règles
professionnelles et déontologiques.
(b) La responsabilité civile : Le commissaire aux comptes engage sa responsabilité sur le plan civil
tant à l’égard de la société, des associés qu’à l’égard des tiers, des dommages causés par sa faute ou
celle de ses préposés (art 272 csc).
L’action en responsabilité se prescrit par trois ans à compter de la découverte de la faute.
(c) La responsabilité pénale : Sur le pan pénal, le commissaire aux comptes encourt une peine
d’emprisonnement de un à cinq ans et/ou une amende de 1200 à 5000 D lorsqu’il a sciemment donné
ou confirmé des informations mensongères sur la situation de la société.
Il s’expose aux même sanctions lorsqu’il divulgue le secret professionnel ou lorsqu’il ne révèle
pas au procureur de la république les faits délictueux dont il a eu connaissance (art 271 csc).
C/ CONTRÔLE PAR L’EXPERT DE GESTION
L’art 139 csc a prévu la possibilité de désigner un expert de gestion dans le but de protéger les
associés minoritaires. Cet article permet aux associés qui représentent le dixième du capital social de
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demander au juge des référés de désigner un expert de gestion ou même un collège d’experts dont la
mission est de dresser un rapport sur une ou plusieurs opérations de gestion. Ce rapport sera
communiqué à l’associé qui l’a demandé et sera annexé au rapport du commissaire aux comptes pour
être soumis aux associés avant la tenue de l’assemblée générale.
§ IV LE REGIME JURIDIQUE DES PARTS SOCIALES
Les parts émises par la SARL ne sont jamais négociables, par contre, elles sont cessibles sous
certaines conditions.
Les conditions de l’opération de cession des parts sociales diffèrent selon qu’il s’agisse d’une
cession entre les associés (A) ou à des tiers étrangers à la société (B).
A/ CESSION DES PARTS SOCIALES ENTRE ASSOCIES
La cession des parts sociales à un associé est libre. Cependant, les statuts peuvent prévoir des
clauses qui limitent la liberté de cession (art 109 al 10 CSC). Ces clauses sont valables à condition
qu’elles ne contiennent pas des restrictions plus sévères que celles prévues pour la cession à des tiers.
Ce genre de clauses a pour but de prévenir une éventuelle prise de contrôle et vise à empêcher
le renversement de la majorité en place.
B/ CESSION DES PARTS SOCIALES A DES TIERS
La cession des parts sociales à des tiers étrangers à la société est possible mais cette opération
obéit à des conditions et à une procédure strictement réglementées par la loi et plus particulièrement par
les art 109 et 110 du csc.
D’après l’art 109 csc, le projet de cession doit être notifié à la société et à chacun des associés.
Face à cette notification, la société a plusieurs possibilités :
* Elle peut accepter la cession, dans ce cas, la cession doit être décidée par la majorité des associés
représentant au moins les trois quarts du capital social ;
* Elle peut aussi ne pas faire connaître sa décision à l’associé qui veut céder ses parts en gardant le
silence, dans ce cas, si dans un délai de trois mois à compter de la notification l’associé n’a pas reçu de
réponse, le silence de la société équivaut au consentement tacite à la cession ;
* Elle peut répondre par le refus de donner son consentement à la cession projetée, dans ce cas, l’associé
cédant ne doit pas rester prisonnier de ses parts sociales.
Les associés sont obligés d’acquérir ou de faire acquérir les parts sociales dans un délai de trois
mois à compter de la date du refus.
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La société peut aussi dans le même délai décider avec le consentement exprès de l’associé cédant
de racheter les parts sociales et réduire, par conséquent, son capital social du montant de la valeur des
parts rachetées. Le prix de la cession est fixé d’un commun accord avec les associés, en cas de désaccord,
le prix sera déterminé par un expert judiciaire (expert comptable) désigné par les parties ou par le juge.
Lorsque suite au refus de l’agrément, aucune solution n’est intervenue dans un délai de trois
mois, l’associé cédant peut réaliser la cession initialement prévue (art 109 al. 8).
SECTION III : LA TRANSFORMATION ET LA DISSOLUTION DE LA SARL
La SARL est dissoute par les causes de dissolution communes à toutes les sociétés. Toutefois,
le code a tenu à apporter des précisions quant aux causes susceptibles d’entraîner la dissolution de cette
société (§ I). Le code a par ailleurs prévu la possibilité d’éviter la dissolution de la SARL par la
transformation (§ II).
§ I LES CAUSES DE DISSOLUTION PRECISEES PAR LE CODE
La SARL est dissoute par les causes communes à toutes les sociétés commerciales. Cependant,
la loi est venue préciser les causes qui ne sont pas susceptibles d’engendrer la dissolution de ladite
société (A) en insistant sur les causes qui peuvent provoquer la dissolution de cette dernière (B).
A/ LES CAS INSUSCEPTIBLES DE CAUSER LA DISSOLUTION DE LA SARL
Ces cas sont prévus par l’art 141 csc qui dispose que le décès d’un associé n’est pas une cause
de dissolution de la SARL. Ce même article a pris le soin d’affirmer que cette disposition est d’ordre
public et que toute stipulation contraire sera considérée comme nulle et non avenue.
Par ailleurs, l’art 141 dans son deuxième alinéa précise que la faillite d’un associé, son
redressement judiciaire ou la perte de sa capacité ne sont pas des causes de dissolution de la SARL.
B/ LES CAUSES DE DISSOLUTION DE LA SARL
Parmi les causes de dissolution communes à toutes les sociétés, l’art 142 csc a insisté sur la
dissolution de la SARL pour pertes des fonds propres. Cet art précise que lorsque les documents
comptables de la société font apparaître que les fonds propres de la société sont réduits à plus de la
moitié de son capital social suite à des pertes, le gérant doit réunir les associés en assemblée générale
extraordinaire dans un délai de deux mois à compter de la constatation des pertes. L’AGE devant cette
situation peut décider d’éviter la dissolution en procédant, soit à la réduction du capital social pour qu’il
corresponde à la réalité de la situation, soit à l’augmentation du capital d’un montant égal aux pertes. La
non régularisation peut entraîner la dissolution à la demande de tout intéressé. Le juge saisi peut, dans
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ce cas, accorder à la société un délai de six mois pour lui permettre de régulariser sa situation sinon il
prononcera la dissolution et la société sera alors liquidée.
§ II LA TRANSFORMATION DE LA SARL
La SARL peut être dissoute lorsque le nombre des associés est devenu supérieur à 50 ou lorsque
les parts sociales se trouvent réunies entre les mains d’un seul associé. Devant ce genre de situation, la
loi a prévu la possibilité d’éviter la dissolution par la transformation de la SARL, soit en société par
actions (A), soit en société unipersonnelle à responsabilité limitée (B).
A/ TRANSFORMATION DE LA SARL EN SOCIETE PAR ACTIONS
L’article 93 CSC dispose que lorsque le nombre des associés dépasse 50 associés, la SARL
dispose d’une année pour régulariser sa situation (ramener le nombre des associés à 50) ou se
transformer en société par actions : en société anonyme ou en société en commandite par actions.
* Transformation en société anonyme : La Transformation de la SARL en société anonyme suppose
une délibération spéciale prise en AGE. Il s’agit, en effet, d’une délibération modificative des statuts.
La délibération est prise par une majorité d’associés représentant les ¾ du capital social (majorité
qualifiée des 75%). Cependant, une majorité de 50% du capital social est suffisante si ce dernier est
supérieur à cent mille dinars (article 144 al. 2 CSC).
* Transformation en société en commandite par actions : Dans ce cas, l’article 143 CSC exige que
la décision soit prise à l’unanimité des associés. Cette disposition est justifiée par le fait qu’une partie
des associés – les commandités – vont devenir responsables personnellement, solidairement et
indéfiniment du passif social.
B/ TRANSFORMATION DE LA SARL EN SUARL
La réunion des parts sociales entre les mains d’un seul associé peut entraîner la dissolution de
la société. Cependant, l’article 93 CSC a accordé à la SARL un délai d’une année pour régulariser sa
situation en cédant une partie des parts à un tiers-acquéreur ou en se transformant en société
unipersonnelle à responsabilité limitée - SUARL -.
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