PUBERTE
I. Généralités :
La puberté représente le processus physique et psychologique, duquel résulte l’acquisition
des capacités de reproduction. Elle repose sur une séquence complexe d’événements
biologiques aboutissant à la maturation des caractères sexuels secondaires et à
0l’accélération de la croissance staturale.
Chez la fille, le développement pubertaire aboutit notamment au développement des seins,
de la pilosité pubienne ainsi qu’à l’apparition des premières menstruations témoignant
d’une mise en activité du système de reproduction. On nomme thélarche le moment
d’apparition des premiers signes de développement mammaire, pubarche les premiers
signes de développement de la pilosité pubienne, et ménarche les premières menstruations.
II. Âge de début de la puberté :
L'âge de début de la puberté et la vitesse de développement à travers ses différentes
étapes sont influencés par différents facteurs. Pendant les 150 dernières années, l'âge
auquel la puberté débute a diminué, principalement du fait de l'amélioration de la santé et
de la nutrition, mais cette tendance s'est stabilisée. Aux États-Unis, l'âge moyen de début
de la puberté est de 12,5 ans, mais le début varie selon l'origine ethnique
On dit alors que la puberté est également influencée par la situation géographique et les
toxiques environnementaux
III. Physiologie et biologie de la puberté :
Changement physique à la puberté :
Les modifications physiques de la puberté se produisent séquentiellement pendant l'adolescence, le
bourgeonnement du sein et l'apparition de la poussée de croissance sont habituellement les premiers
changements reconnus .
Les premiers signes de développement des seins apparaissent en moyenne vers 10 ans et demi, aboutissant à
des seins de taille adulte vers 15 ans. Le développement de la pilosité pubienne débute le plus souvent
quelques mois après celui des glandes mammaires.
L’accélération de la croissance pubertaire est concomitante des premiers signes pubertaires. La vitesse de
croissance augmente rapidement, atteint un pic, puis diminue.
Ainsi, la morphologie corporelle se modifie et le pelvis et les hanches s'élargissent, La graisse corporelle
augmente et s'accumule dans les hanches et les cuisses
Différents marqueurs pubertaires peuvent être utilisés pour apprécier l’évolution pubertaire. Les médecins se
basent historiquement sur la classification proposée par Tanner et Marshall a fin de classifier ces différents
stades évolutifs de la puberté
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o Développement mammaire selon Tanner :
- Stade S1 : Stade infantile, absence de bourgeon mammaire.
- Stade S2 : Petit bourgeon mammaire avec élévation du sein et de la papille et élargissement de l’aréole.
- Stade S3 : Poursuite de l’augmentation de la taille du sein et de l’aréole sans que leurs contours ne soient
séparés et pigmentation de l’aréole.
- Stade S4 : Saillie de l’aréole et de la papille au-dessus du plan du sein.
- Stade S5 : Stade adulte, saillie de la papille en avant de l’aréole et de la glande mammaire. (Retour de l’aréole
dans le même plan que la glande mammaire)
figure 1: Représentation schématique
des stades de Tanner I à V de la
maturation du sein chez les filles.
o Pilosité pubienne des filles selon Tanner :
- Stade P1 : Stade infantile, pas de pilosité.
- Stade P2 : Quelques poils droits peu nombreux le long des lèvres et sur le pubis.
- Stade P3 : Poils plus denses, épais et bouclés commençant à s’étendre vers la jonction
pubienne.
- Stade P4 : Pilosité d’aspect adulte, triangulaire, fournie.
- Stade P5 : Stade adulte, extension à la partie interne des cuisses
Ajoutons à cela, La croissance somatique durant la puberté s'accompagne de changements
osseux (apparition et ossification des points épiphysaires). Cette maturation osseuse s'apprécie
par comparaison à des atlas de référence radiographiques concernant le plus souvent la main et
le poignet, le genou, les épaules ou les hanches. L'âge osseux présente une meilleure corrélation
que l'âge réel avec les premiers signes de puberté, surtout en cas de puberté précoce ou
différée.
Changement biologique (hormonal) à la puberté :
Le fonctionnement de l'appareil génital féminin est contrôlé par l'interaction entre l'hypothalamus,
l'hypophyse antérieure et les ovaires :
L’hypothalamus induit à la sécrétion rythmique d’un peptide de petite taille appelé Gonadotrophine
Releasing Hormone (GNRH) ce qui stimule la libération des hormones gonadotropes, Luteinizing
Hormone (LH) et Follicle Stimulating Hormone (FSH) qui ont une action directe sur les gonades, ce
qui incite par suite la production des stéroïdes sexuelles l’œstrogène et la progestérone par les
ovaires.
2
figure 2 :Axe du système nerveux central,
hypothalamo-hypophyso-gonadique
figure 2
En outre, l’identification précise des mécanismes responsables du déclenchement de la
puberté demeure encore insaisissable.
Les influences principales qui contrôlent la libération de GnRH impliquent divers neurotransmetteurs
et peptides (par exemple, l'acide gamma-aminobutyrique (GABA), la kisspeptine). Ces éléments
pourraient inhiber la production de GnRH pendant l'enfance avant de favoriser sa sécrétion pour
déclencher la puberté au début de l'adolescence.
La croissance de la pilosité peut être associée à l'adrénarche, qui reflète la maturation des glandes
surrénales et la sécrétion d'androgènes surrénaliens tels que la Déhydroépiandrostènedione (DHEA).
Par ailleurs, la croissance pubertaire des os longs et des vertèbres est facilitée par un processus de
maturation des chondrocytes présents dans le cartilage de croissance épiphysaire. Diverses hormones
et facteurs de croissance interviennent dans cette évolution pendant la puberté : l'hormone de
croissance (GH), les facteurs de croissance insulino-mimétiques (IGF-1), le facteur de croissance des
fibroblastes (FGF-2), et les hormones sexuelles.
La GH, dont la sécrétion augmente pendant la puberté, stimule la production d'IGF-1 par le foie, tout
en favorisant la sécrétion d'IGF-1 et de FGF-2 par les chondrocytes eux-mêmes. Le FGF-2 stimule la
multiplication des chondrocytes, tandis que l'IGF-1 induit leur différenciation (ce qui entraîne une
augmentation de la synthèse des protéines). L'augmentation de la sécrétion de GH résulte de
l'amplification de ses pulsations sécrétoires, sous l'influence de l’augmentation des taux d'hormones
sexuelles au cours de la puberté.
Les changements hormonaux durant la puberté peuvent provoquer une variation des émotions ou
des émotions plus intenses. Par exemple, la tristesse ou la colère sont des émotions qui peuvent être
ressenties plus intensément lors d’un conflit avec un(e) ami(e), un frère, une sœur, un parent…
Le cycle menstruel
I. Concepts :
Le cycle menstruel (CM) naturel est surement le deuxième rythme biologique le plus primordial,
après Le rythme circadien, Il prépare le corps de la femme à une éventuelle grossesse. Cette série
d'événements se déroule chaque mois pendant les années fécondes de la femme (de la puberté à la
ménopause). En effet le CM est un rythme biologique important, dans lequel d’importantes
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fluctuations cycliques des hormones endogènes comme l’oestrogène et la progestérone sont mises
en évidence.
Pour simplifier la compréhension, le cycle menstruel est défini comme la période allant du premier
jour des règles au premier jour des règles suivantes, pendant laquelle la menstruation correspond à
l'exfoliation cyclique et régulière de la muqueuse utérine sous l'influence des hormones produites par
l'hypothalamus, l'hypophyse et les ovaires. En règle générale, la durée du cycle menstruel se situe
entre 25 et 32 jours. Mais les cycles menstruels des femmes varient du point de vue durée et
abondance des saignements, en fonction de l'âge, du poids, du régime alimentaire, de l'activité
physique, du niveau de stress et des déterminants génétiques de la femme.
II. La physiologie du cycle menstruel :
L’appareil génital féminin regroupe un ensemble d’organes situés dans la cavité pelvienne. Elle
comprend :
- Les organes génitaux internes avec les deux ovaires, les deux trompes de Fallope, l’utérus et le vagin
- Les organes génitaux externes avec la vulve
Figure 3 : coupe frontale de l’appareil
génital féminin
Vagin : cavité génitale chez la femme s'étendant de l'utérus à la vulve. C'est la voie de passage
des écoulements menstruels et des bébés quand ils naissent.
Endomètre : membrane muqueuse tapissant la cavité utérine.
Ovaire : la paire de glandes chez la femme qui produisent les ovules et les hormones sexuelles
féminines, l'oestrogène et la progestérone.
Trompes de Fallope (également appelées trompes utérines) : deux trompes longues et minces
reliées à l'utérus sont la voie de passage de l'ovule provenant des ovaires. C'est l'endroit où les
spermatozoïdes rencontrent l'ovule et où a lieu la fécondation
Ovule : la cellule germinale de la femme qui, une fois fécondée par un spermatozoïde, peut créer
un nouvel individu de la même espèce.
Col : portion étroite inférieure de l'utérus (orifice de l'utérus).
Follicule ovarien : petit sac dans l'ovaire qui comprend un ovule. Au début de chaque cycle
menstruel, plusieurs ovules commencent à mûrir. Un ovule arrive à maturité et est ensuite libéré
par le follicule ovarien dominant.
Corps jaune : après l'ovulation, le follicule ovarien dominant devient le corps jaune qui produit de
petites quantités d'oestrogène et des quantités importantes de progestérone.
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Utérus : organe musculaire creux situé dans le petit bassin de la femme où l'ovule fécondé croît
et se développe pendant la grossesse. En cas d’absence de la fécondation, la muqueuse utérine
se détache et elle est évacuée (menstruation).
Col : portion étroite inférieure de l'utérus (orifice de l'utérus).
L’hypothalamus et l’hypophyse sont deux glandes du système nerveux central qui ne font pas
partie de l’appareil génital féminin mais qui ont un impact sur celui-ci avec un rôle de contrôle du
cycle menstruel.
III. Effets des hormones sur le cycle menstruel :
Les hormones sont des messagers chimiques circulant dans les vaisseaux sanguins ce qui permet aux
organes du corps de communiquer entre eux.
Les hormones intervenant dans le cycle menstruel et leurs effets sur le cycle menstruel sont discutés
ci-après :
o Le GnRF (gonadolibérine) : sécrété par l’hypothalamus, pousse l'hypophyse antérieure à
produire, stocker et libérer le FSH et LH.
o FSH (hormone folliculo-stimulante) : hormone de l’hypophyse antérieur, son rôle est de
stimuler la croissance des follicule ovariens puis il favorise également les cellules folliculaires
pour qu'elles sécrètent des quantités importantes d'oestrogène.
o LH (hormone lutéinisante) : produit par l’hypophyse antérieur, il a comme mission de
déclencher l’ovulation et après la maturation elle favorise le développement de follicule
ovarien dominant en corps jaune, ensuite la LH influence ce dernier pour qu'il sécrète des
quantités plus importantes de progestérone et un peu d'oestrogène
o Oestrogène : hormone libéré par les follicules ovariens, elle a pour mission d favoriser la
croissance des vaisseaux sanguins dans l'endomètre, de diminuer la quantité d'endomètre
qui sera évacuée et d’encourager la maturation du follicule ovarien. L’oestrogène stimule les
glandes du canal cervical la rendant claire, élastique et glissante de sorte que les
spermatozoïdes puissent passer facilement. De plus, les œstrogènes contribuent au
processus de "feed-back" dans le cycle menstruel en envoyant à l’hypophyse des signes pour
la régulation des LH et FSH.
o Progestérone : le corps jaune après sa formation, il commence à sécréter de la progestérone,
cette hormone comme l’oestrogène développe encore davantage l'endomètre en renforçant
la maturation des vaisseaux sanguins, mais la progestérone limite également le volume de
l'endomètre et diminue la quantité de glaire cervicale produite et épaissit la glaire, de sorte
que les spermatozoïdes ne puissent pas la pénétrer. Sans progestérone, la stimulation de
l'endomètre causée par les œstrogènes serait trop forte. De même, par l’intermédiaire de
système de "feed-back", l’augmentation de progestérone inhibent la sécrétion de GnRF et
diminuent les sécrétions de FSH et de LH.
IV. LES PHASES DU CYCLES LENSTRUEL
Le cycle menstruel est généralement divisé en deux phases : folliculaire et lutéale. Ces deux ne
sont parfois pas suffisantes pour exprimer les nombreuses modifications hormonales : on peut
ajouter alors des sous-phases : folliculaire précoce et tardive, ovulatoire, et lutéale précoce,
moyenne et tardive.
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Figure 3 : Les différentes phases hormonales du cycle menstruel de 28 jours
La phase folliculaire
Il s’agit de la période entre le 1er jour des règles et l’ovulation. Elle correspond à la croissance d’un
ovocyte jusqu’à l’ovulation. La phase folliculaire précoce débute par la menstruation, avec une
durée de 4 à 6 jours. Lors de cette période, la quantité d’hormones sexuelles reste plutôt faible et
constante. La phase folliculaire tardive se définit par un accroissement de l’oestrogène à mesure
que les follicules ovariens murissent. Ce phénomène de maturation de l’ovocyte se fait en 3
stades : recrutement, sélection et dominance. Lors du recrutement, l’hormone de stimulation
folliculaire (FSH) mène au recrutement d’une cohorte de follicules. Par la suite parmi cette
cohorte seul un follicule est choisi, tandis que les autres subiront une atrésie. Enfin lors de l’étape
dominance, le follicule façonne sa croissance et supprime la maturation des autres follicules,
s’affirmant ainsi comme le follicule dominant.
L’ovulation
En fin de phase folliculaire tardive, une accentuation soudaine de l’hormone lutéinisante (LH)
amorce l’ovulation. Ce pic de concentration de LH résulte de la production de GnRH par
l’hypothalamus, induisant ainsi à une action de stimulation sur l’hypophyse. Cette augmentation
de LH favorise la synthèse de la progestérone responsable de l’augmentation de FSH. Le follicule
dominant se rompt sous l’action des prostaglandines et des enzymes protéolytiques et libère ainsi
l’ovule (le complexe ovocyte-cumulus) dans l’utérus.
La phase lutéale
Cette phase débute après l’ovulation jusqu’à l’apparition des règles suivantes avec une durée
d’environ 14 jours. Durant la phase précoce la croissance des cellules du follicule rompu se
poursuit et se concentrent en pigment jaune, la lutéine, en formant ainsi le corps jaune. Pendant
la phase lutéale moyenne, le corps jaune produit de la progestérone et un peu d’oestrogène. Son
but principal est de préparer l’endomètre pour l’implantation de l’ovule fécondé. Si l’ovule est
fécondé cette phase lutéale se terminera par l’implantation de ce dernier. Dans le cas contraire, le
corps jaune se détériorera, entrainant une baisse de la progestérone et des oestrogène. Le cycle
est alors prêt à repartir avec le détachement de la muqueuse utérine.ào
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La grossesse
I. DEFINITION :
La grossesse est l’état de la femme enceinte. Elle commence avec la fécondation et se termine avec
l’accouchement, (la gestation). C’est un événement si courant qu’on a tendance à oublier que cet
accomplissement est une merveille : une seule cellule, le zygote, se transforme en un être humain
complexe formé de billions de cellules.
La durée normale de la grossesse est calculée à partir du premier jour des dernières règles. Elle est
de 283 jours soit 40 semaines 1/2 d’aménorrhée, 10 mois lunaires, 9 mois du calendrier. Cependant,
cette valeur n’est qu’une moyenne et les écarts vont de 266 à 293 jours. L’unité de mesure la plus
utilisée actuellement est la semaine. Lorsqu’on parle d’âge gestationnel, on s’exprime en semaine
d’aménorrhée révolue.
II. LES PHASES DE LA GROSSESSE :
Il nous aurait fallu tout un manuel pour décrire ce processus en détail, nous nous donc limiterons d’exprimer
brièvement quelques phases de la grossesse :
1) L’ovulation :
L’ovulation est la mise en liberté d’un ovule : au terme du processus de maturation folliculaire, il se sépare de
l’ovaire. Dans un cycle normal de 28 jours, l’ovulation a lieu le 14ème jour. L’ovule, pondu à la surface de
l’ovaire, est aspiré par les franges du pavillon tubaire et pénètre dans la trompe.
2) LA FECONDATION :
Les spermatozoïdes pénètrent dans les voies génitales lors de l’éjaculation. Le sperme est projeté dans le cul-
de-sac postérieur du vagin et sur le col de l’utérus. La mobilité des spermatozoïdes est accrue par le milieu
acide du vagin. Ils traversent le milieu alcalin du col et remontent les voies génitales pour atteindre la portion
externe des trompes. En traversant la partie proximale de la trompe, les spermatozoïdes acquièrent leur
pouvoir fécondant (ou capacitation) qui leur permet de pénétrer dans l’ovule.
Dans l’ampoule d’une des deux trompes de Fallope, la fécondation est réalisée par la pénétration d’un
spermatozoïde dans l’ovule, puis la par la fusion des éléments nucléaires et cytoplasmiques des deux gamètes
qui donne un œuf diploïde, et déclenche le développement.
3) LA PERIODE EMBRYONNAIRE :
La période embryonnaire va de la quatrième à la huitième semaine du développement. A la fin de la
troisième semaine du développement, les feuillets embryonnaires fondamentaux sont en place et la
différenciation ultérieure des tissus et organes va pouvoir commencer :
L’ectoblaste donne naissance au système nerveux, à l’épiderme,
L’entoblaste fournit le revêtement épithélial du tube digestif, de l’appareil respiratoire et de la
vessie. Il est à l’origine des glandes,
Le mésoblaste donne naissance aux muscles, aux os et cartilages, au système cardio-
vasculaire, aux appareils rénal et génital.
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4) LE DÉVELOPPEMENT FŒTAL :
La période fœtale commence au troisième mois de grossesse (ou 10 SA) et se termine à la fin de la vie intra-
utérine. Elle est caractérisée par la maturation des tissus et organes et par une croissance rapide du corps.
III. LES MODIFICATIONS HORMONAUX
DURANT LA GROSSESSE :
o Le syncytiotrophoblaste de l’embryon (un type de cellule qui est impliqué dans la formation du placenta
pendant la grossesse), sécrète de la gonadotrophine chorionique humaine (hCG), une hormone qui agit
comme l'hormone lutéinisante (LH), à la différence qu'elle court-circuite les commandes de l'axe
hypothalamo-hypophyso-ovarien. Tout comme la LH, la hCG incite le corps jaune à continuer de sécréter
de la progestérone et des estrogènes.
o Le syncytiotrophoblaste, qui devient partie intégrante du chorion (lequel, rappelons-le, constituera une
partie importante de la contribution de l'embryon au placenta), continue à sécréter de la hCG tout au long
de la grossesse. En plus d'empêcher la dégénérescence du corps jaune, la hCG aide aussi à éviter le rejet de
l'embryon par le système immunitaire de la mère.
o Tous les tests de grossesse employés de nos jours sont basés sur les propriétés antigéniques de la hCG, qui
permettent de détecter celle-ci dans le sang ou l'urine de la femme quand elle est enceinte.
Habituellement décelable dans le sang de la mère dès le 2° jour après l'implantation, la concentration
sanguine de hCG continue d'augmenter jusqu'à la fin du 2° mois. Puis elle diminue brusquement. À quatre
mois de gestation, le taux de hCG descend à un niveau peu élevé qui se maintiendra jusqu'à la fin de la
grossesse. Entre le 2e et le 3e mois, le placenta (décrit dans la prochaine section) prend en charge la
sécrétion de progestérone et d'œstrogènes pour tout le reste de la grossesse. Le corps jaune dégénère
alors, et les ovaires demeurent inactifs jusqu'à ce que l'accouchement ait eu lieu.
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figure 5 : Courbe d’évolution des hormones HCG, progestérone et oestrogène au cours de la grossesse.
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À partir de la 5e semaine et à mesure qu'il grossit, le placenta sécrète diverses hormones qui modifient le
métabolisme de la mère.
• L'hormone de croissance placentaire (PGH) supprime et remplace l'hormone de croissance de la mère. Elle
augmente la disponibilité des nutriments pour le fœtus en stimulant la lipolyse et la production de glucose
(néoglucogenèse).
• L'hormone placentaire lactogène humaine (hPL, human placental lactogen), aussi appelée hormone
chorionique somatotrope (hCS, human chorionic somatomammo-tropin), est sécrétée en quantités
proportionnelles à la taille du placenta. Elle agit conjointement avec les œstrogènes et la progestérone pour
stimuler la maturation des seins en préparation de la lactation (figure 28.15). En outre, elle favorise la
croissance fœtale et exerce un effet d'épargne sur l'utilisation du glucose chez la mère en produisant une
certaine résistance aux effets de l'insuline. Cela signifie que les cellules de la mère métabolisent plus d'acides
gras et moins de glucose qu'en temps normal, ce qui laisse davantage de glucose au fotus. La hPL réduit
également la sensibilité à l'insuline. Par conséquent, un certain nombre de femmes enceintes (de 3 à 10 %)
présentent un diabète gestationnel et chez plus de la moitié de celles-ci ce diabète évoluera en un diabète de
type 2 plus tard au cours de leur vie.
• La corticolibérine (CRH) (4 p. 705) devient très abondante vers la fin de la grossesse. Cette augmentation
ferait partie des mécanismes déclenchant l'accouchement. À mesure que le taux de CRH s'accroît, les taux de
corticotrophine (ACTH) et de cortisol (4 p. 716) s'accroissent eux aussi. Il se peut que ces augmentations
protègent la mère en prévision de la période de stress qu'est l'accouchement. Par ailleurs, la hausse du taux de
cortisol fœtal favorise la maturation du fœtus, notamment celle des poumons.
Les taux plasmatiques de vitamine D activée doublent ou triplent durant la grossesse, augmentant du même
coup l'absorption du calcium. Cette élévation des taux de vitamine D survient même en présence d'un taux de
parathormone normal ou même faible lorsque l'apport de calcium est adéquat. C'est ainsi que le fœtus dispose
de tout le calcium dont il a besoin pour la minéralisation de ses os.
IV. LES MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUE
DURANT LA GROSSESSE :
Pendant la grossesse, plusieurs systèmes subissent des modifications physiologiques, dont nous verrons
quelques exemples dans les paragraphes qui suivent.
1) Système digestif
Au cours des premiers mois de la grossesse, nombre de femmes souffrent de nausées et de vomissements
(communément appelés nausées matinales). Ces malaises seraient dus aux concentrations élevées de hCG,
d'œstrogènes et de progestérone. Les brûlures d'estomac, causées par un retour du suc gastrique acide
dans l'œsophage (pyrosis), sont également un malaise courant, provoqué par le déplacement de l'estomac
sous la poussée de l'utérus gravide. Enfin, la constipation est fréquente parce que la motilité du tube
digestif est réduite au cours de la grossesse à cause de l'effet relaxant de la progestérone sur les muscles
lisses de sa paroi.
2) Système urinaire
Les reins produisent plus d'urine pendant la grossesse, car ils doivent fonctionner davantage pour
répondre à l'accroissement du métabolisme et du volume sanguin de la mère, et débarrasser l'organisme
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des déchets métaboliques du fœtus. Comme la vessie est comprimée par l'utérus gravide, la miction est
plus fréquente et impérieuse. Elle devient parfois involontaire : il s'agit alors d'incontinence.
3) Système respiratoire
Les œstrogènes provoquent un œdème et une congestion de la muqueuse nasale, qui peuvent
s'accompagner de saignement de nez. Le volume d’air courant augmente de manière marquée pendant la
grossesse, tandis que la fréquence respiratoire varie peu et que le volume résiduel diminue.
L’augmentation du volume d'air courant s'explique par la production accrue de CO et l'augmentation de la
sensibilité du centre respiratoire médullaire au CO sous l'action de la progestérone. Un grand nombre de
femmes souffrent de gêne respiratoire (dyspnée) vers la fin de la grossesse, lorsque l'utérus de plus en plus
volumineux repousse le diaphragme vers le haut.
4) Système cardiovasculaire
Les modifications physiologiques les plus importantes se produisent sans doute dans le système
cardiovasculaire. Le volume d'eau corporelle augmente, et à la 32° semaine, le volume sanguin total s'est accru
(une augmentation pouvant atteindre 40 %) pour répondre aux besoins du fœtus. L'augmentation du volume
sanguin permettra aussi à la femme de supporter une perte sanguine plus ou moins importante au moment de
l'accouchement.
La pression artérielle moyenne diminue habituellement vers le milieu de la grossesse, mais elle revient à sa
valeur normale au cours du 3e trimestre. Le débit cardiaque augmente de 35 à 40 %, selon le stade de la
grossesse. Cette augmentation facilite la circulation du volume sanguin accru. Comme l'utérus exerce une
pression sur les vaisseaux pelviens, le retour veineux des membres inférieurs peut être réduit, ce qui peut
provoquer des varices ou de l'œdème
Fait intéressant, certaines cellules fœtales passent dans la circulation maternelle. Comme ces cellules sont non
différenciées, elles peuvent élire domicile dans divers tissus de la mère et se différencier pour acquérir les
mêmes caractéristiques que les cellules qui les entourent. On ne connaît pas encore les conséquences de ce
phénomène, à savoir s'il peut prédisposer la femme à des maladies auto-immunes ou, à l'inverse, la protéger
de certaines maladies. Le temps et la recherche le diront.
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