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Rapport Annuel 2023 de la BCE

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Rapport annuel

2023
Sommaire
Regard sur 2023 5

L’année en chiffres 7

1 Nette diminution de l’inflation à mesure que le resserrement de la


politique monétaire continue de se transmettre fortement 8

1.1 Expansion de l’activité économique mondiale à un rythme


modéré et baisse de l’inflation totale 9

1.2 L’activité économique stagne dans la zone euro 12

1.3 Les mesures de politique budgétaire dans un environnement


macroéconomique difficile 16

1.4 L’inflation totale s’est fortement ralentie tout au long de l’année 19

1.5 Les conditions de crédit et de financement se sont fortement


durcies à mesure de la hausse des taux directeurs 23

Encadré 1 Les implications macroéconomiques du changement


climatique 26

Encadré 2 Le rôle des profits unitaires dans les tensions actuelles


sur les prix intérieurs 29

2 La politique monétaire en territoire restrictif 33

2.1 Poursuite d’une politique monétaire restrictive afin de ramener


l’inflation à la cible de 2 % 34

2.2 Les évolutions du bilan de l’Eurosystème à mesure que la


politique monétaire continue de se resserrer 38

2.3 Gérer les risques financiers liés aux instruments de politique


monétaire 44

Encadré 3 L’évolution de l’excédent de liquidité et son impact sur le


taux du marché des opérations non garanties en euros 46

3 Un secteur financier européen résilient, mais évoluant dans un


environnement de stabilité financière fragile 50

3.1 L’environnement de la stabilité financière en 2023 50

3.2 Politique macroprudentielle : préserver la résilience du secteur


financier lorsque les conditions macrofinancières sont difficiles 53

Rapport annuel 2023 de la BCE 1


3.3 Les activités microprudentielles visant à garantir la sécurité et la
solidité des banques individuelles 56

3.4 La contribution de la BCE aux initiatives de l’UE et aux initiatives


internationales 57

4 Le fonctionnement harmonieux des infrastructures de marché et


des paiements 61

4.1 Les services TARGET 61

4.2 Le projet d’euro numérique 63

4.3 L’innovation et l’intégration des infrastructures de marché et des


paiements 63

4.4 La surveillance et le rôle des banques centrales d’émission 65

Encadré 4 Les nouvelles technologies pour le règlement en


monnaie de banque centrale sur le marché de gros 67

5 Les opérations de marché et les services financiers aux autres


institutions et aux établissements financiers 69

5.1 Les évolutions des opérations de marché 69

5.2 La gestion des opérations d’emprunt et de prêt de l’UE 71

5.3 Les services de l’Eurosystème en matière de gestion des


réserves 72

6 Les espèces sont demeurées le moyen de paiement le plus utilisé


par les citoyens européens et ont affiché un faible niveau de
contrefaçon 74

6.1 Circulation des billets en euros et garantie de l’accès aux


espèces et de leur acceptation 74

6.2 Étude sur l’empreinte environnementale des billets en euros 76

6.3 Évolution de la contrefaçon des billets en euros 76

6.4 Préparatifs en vue des futurs billets en euros 77

7 Les statistiques 78

7.1 Nouvelles statistiques, statistiques élargies de la zone euro et


autres évolutions 78

7.2 Publication de nouveaux indicateurs statistiques liés au climat 79

7.3 Rendre la collecte des données bancaires plus efficace 80

Rapport annuel 2023 de la BCE 2


Encadré 5 Première publication des nouveaux comptes
distributionnels de patrimoine des ménages 81

Encadré 6 Les statistiques sur les paiements ‒ élargissement du


champ d’application et augmentation de la fréquence 82

8 Les activités de la BCE en matière de recherche 84

8.1 Le point sur les initiatives de recherche du SEBC 84

8.2 Le point sur les initiatives de recherche de la BCE 85

8.3 Le point sur les travaux des pôles de recherche du SEBC 86

Encadré 7 Dynamiques économiques après la survenance


d’événements extrêmes – quantification des arbitrages en
matière de stabilité financière pour la politique monétaire en
périodes d’inflation élevée 87

9 Les activités et obligations juridiques de la BCE 89

9.1 Les compétences de la Cour de justice de l’Union européenne


concernant la BCE 89

9.2 Les avis de la BCE et les cas de non-respect 91

9.3 Le respect des interdictions relatives au financement monétaire


et à l’accès privilégié 94

10 La BCE dans un contexte européen et international 95

10.1 L’obligation de rendre compte de la BCE 95

10.2 Les relations internationales 96

Encadré 8 L’objectif secondaire de la politique monétaire de la BCE 98

11 La promotion de la bonne gouvernance et de la durabilité sociale


et environnementale 100

11.1 Le point sur les questions environnementales, sociales et de


gouvernance 100

11.2 Le renforcement de l’éthique et de l’intégrité 101

11.3 La communication et la transparence de la politique de la BCE 103

11.4 Permettre à nos collaborateurs d’exceller pour l’Europe 105

11.5 Poursuivre les efforts afin de relever les défis relatifs à


l’environnement et au changement climatique 110

Encadré 9 La BCE suit l’innovation 114

Rapport annuel 2023 de la BCE 3


12 Faisons connaissance 116

Comptes annuels 120

Bilan consolidé de l’Eurosystème au 31 décembre 2023 121

Rapport annuel 2023 de la BCE 4


Regard sur 2023

En 2023, la BCE a affermi les progrès réalisés dans sa lutte contre l’inflation dans la
zone euro. En début d’année, l’inflation globale était toujours proche de son niveau
record. Les effets négatifs des chocs antérieurs d’offre et de demande s’atténuaient
mais continuaient de tirer les prix vers le haut. Deux évolutions importantes ont
toutefois ouvert la voie à un net recul de l’inflation au cours de l’année.

Premièrement, les effets des chocs passés ont commencé à s’estomper. Les prix de
l’énergie, qui avaient fortement augmenté en raison de la guerre injustifiée menée
par la Russie contre l’Ukraine, ont chuté et la dissipation des goulets d’étranglement
mondiaux au niveau de l’offre s’est poursuivie. La seule baisse des prix de l’énergie
explique pour moitié le ralentissement de l’inflation en 2023. Deuxièmement, la BCE
a continué de resserrer sa politique monétaire et favorisé ainsi un nouveau repli de
l’inflation, en freinant la demande. Au total, de janvier à septembre, nous avons
relevé les taux d’intérêt directeurs de 200 points de base supplémentaires.

Ces décisions monétaires, sur fond d’environnement très incertain, sont restées
guidées par une approche s’appuyant sur les données. Pour évaluer précisément
jusqu’à quel niveau il convenait de porter les taux d’intérêt, nous avons utilisé trois
critères : les perspectives d’inflation, la dynamique de l’inflation sous-jacente et la
force de la transmission de la politique monétaire. À partir de septembre, nous avons
constaté une amélioration des perspectives d’inflation et une transmission puissante
de la politique monétaire. Toutefois, l’inflation sous-jacente restait élevée et les
tensions d’origine interne sur les prix étaient fortes.

Sur la base de ces éléments, nous avons décidé que les taux d’intérêt directeurs de
la BCE avaient atteint des niveaux qui, maintenus pendant une durée suffisamment
longue, contribueraient fortement au retour au plus tôt de l’inflation vers notre
objectif. Nous nous sommes donc engagés à conserver les taux directeurs à ces
niveaux aussi longtemps que nécessaire, tout en continuant à suivre une approche
fondée sur les données, selon les mêmes critères, pour déterminer de manière
appropriée le degré et la durée de cette orientation restrictive.

Nous avons en parallèle accéléré la normalisation du bilan de l’Eurosystème afin


qu’il demeure conforme à notre orientation globale. Il s’est contracté de plus de
1 000 milliards d’euros en 2023, en grande partie du fait de l’arrivée à échéance et
des remboursements anticipés d’emprunts contractés dans le cadre de nos
opérations ciblées de refinancement à plus long terme. Nous avons également
cessé en cours d’année les réinvestissements au titre de notre programme d’achats
d’actifs. Et, en décembre, nous avons annoncé la suppression progressive des
réinvestissements dans le cadre du programme d’achats d’urgence face à la
pandémie.

Alors que nous consolidions les progrès dans la lutte contre l’inflation, nous avons
poursuivi nos travaux visant à prendre en compte les risques liés au climat dans le
cadre de nos missions. En mars, nous avons publié les premières déclarations

Rapport annuel 2023 de la BCE 5


financières en matière de climat concernant les avoirs en titres du secteur des
entreprises détenus par l’Eurosystème. L’intensité en carbone de nos
réinvestissements d’actifs d’entreprises a diminué d’environ deux tiers au cours des
douze mois à compter d’octobre 2022, date à laquelle nous avons commencé à les
orienter vers des émetteurs présentant de meilleures performances climatiques.

Des progrès considérables ont été réalisés dans un autre domaine crucial pour nos
travaux : les paiements. Nous avons en effet lancé notre nouveau système de
paiement de gros T2 en mars. Celui-ci contribue à l’harmonisation et à l’efficacité
des marchés financiers européens, grâce à l’introduction d’un nouveau système de
règlement brut en temps réel, qui remplace le système TARGET2 opérationnel
depuis 2007, et à la simplification de la gestion de la liquidité de la monnaie de
banque centrale.

Nous avons également entamé la phase préparatoire du projet d’euro numérique en


novembre. Cette nouvelle étape, qui fait suite à une phase d’étude fructueuse de
deux ans, permettra de jeter les bases de l’éventuelle émission d’un euro
numérique. Un euro numérique coexisterait avec les espèces, sans s’y substituer.
Les billets et pièces demeurent le moyen de paiement le plus fréquemment utilisé
par les habitants de la zone euro, dont une nette majorité considère qu’il est
important de pouvoir payer en espèces.

C’est en partie pour cette raison que la BCE prépare une nouvelle série de billets en
euros, le symbole le plus tangible et le plus visible de l’unité européenne. Sur la
base des résultats de deux enquêtes publiques réalisées à l’été 2023, le Conseil des
gouverneurs a sélectionné deux thèmes potentiels pour cette nouvelle série : « La
culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ». La BCE devrait décider des
graphismes définitifs en 2026, après que les Européens auront exprimé leurs
préférences sur une liste de dessins possibles.

Au cours d’une année qui a marqué le vingt-cinquième anniversaire de la BCE, nous


avons célébré l’arrivée de la Croatie dans la zone euro. L’adoption de l’euro par la
Croatie, en janvier, a porté à vingt le nombre de pays constituant la zone euro, soit
près du double de ceux qui avaient participé à l’introduction de la monnaie unique.
L’expansion de la zone euro reflète l’attractivité durable de notre union monétaire
dans un monde de plus en plus imprévisible. En 2023, le soutien populaire en faveur
de l’euro est resté proche de ses niveaux records.

Il n’aurait pas été possible de parcourir tout ce chemin sans les efforts constants et
le dévouement des agents de la BCE au service de notre mission : le maintien de la
stabilité des prix pour les habitants de la zone euro. C’est un honneur de les diriger
et de présider aux destinées de cette institution.

Francfort-sur-le-Main, avril 2024

Christine Lagarde

Présidente

Rapport annuel 2023 de la BCE 6


L’année en chiffres

Le marché du travail de la zone euro a bien résisté L’inflation s’est fortement ralentie dans la zone euro

Le taux de chômage de la zone euro s’est établi à 6,5 % en L’inflation totale dans la zone euro s’est établie à 2,9 % en
moyenne en 2023, revenant de 6,6 % en janvier à 6,5 % en décembre 2023, contre 9,2 % en décembre 2022. Le
mars et restant globalement stable sur le reste de l’année. ralentissement a été de plus en plus généralisé à l’ensemble des
composantes.

La BCE a continué de relever ses taux d’intérêt directeurs La résilience des banques de la zone euro s’est encore
renforcée

La BCE a relevé ses taux directeurs de 200 points de base Le ratio de fonds propres de base de catégorie 1 (CET1) des
supplémentaires en 2023, portant le taux de la facilité de dépôt à banques de la zone euro s’est établi à 15,6 % au troisième
4 %. Le resserrement de la politique monétaire s’est transmis trimestre, soit un taux proche de son plus haut niveau depuis le
vigoureusement à l’économie. début de la supervision bancaire européenne et reflétant une
rentabilité plus élevée et une réduction des risques dans les
portefeuilles des banques.

Préférences en matière de paiement Nouveaux indicateurs statistiques de la BCE relatifs au


changement climatique

60 % des citoyens de la zone euro considèrent qu’il est La BCE a publié trois nouvelles séries d’indicateurs statistiques
important d’avoir la possibilité de payer en espèces. Dans le relatifs à la finance durable, aux émissions de carbone et aux
même temps, un peu plus de la moitié des consommateurs de la risques physiques dans le cadre de son plan d’action plus large
zone euro préfèrent payer par carte ou autres modes de pour le climat.
paiement électroniques,

25e anniversaire de la Banque centrale européenne Décarbonation des portefeuilles du secteur privé

En 2023, la BCE a célébré son 25e anniversaire avec le message L’intensité carbone des investissements a diminué de plus de
« La valeur de l’unité », lui permettant de souligner le succès de la 65 % au cours des 12 mois qui ont suivi le début des
monnaie unique et ses avantages pour les citoyens européens. réinvestissements orientés en octobre 2022.

Rapport annuel 2023 de la BCE 7


1 Nette diminution de l’inflation à mesure
que le resserrement de la politique
monétaire continue de se transmettre
fortement

En 2023, l’économie mondiale a mieux résisté que prévu initialement, en poursuivant


sa croissance à un rythme modéré. Cela s’explique principalement par la croissance
économique dans les économies de marché émergentes et aux États-Unis, tandis
que la plupart des autres économies avancées ont été plus fortement affectées par
des conditions de financement restrictives et la forte incertitude géopolitique.
L’inflation mondiale a nettement diminué en raison de la baisse des prix des
matières premières énergétiques, tandis que les tensions sous-jacentes sur les prix
sont restées élevées. L’euro s’est renforcé en termes effectifs nominaux et vis-à-vis
du dollar américain.

Dans la zone euro, la croissance économique s’est affaiblie en 2023. Le secteur


industriel a été particulièrement affecté par le durcissement des conditions de
financement, le coût élevé des intrants et l’atonie de la demande mondiale, tandis
que dans un premier temps le secteur des services a encore pu bénéficier des effets
prolongés de la réouverture de l’économie après la pandémie. Alors que le
resserrement des taux d’intérêt de la BCE se transmettait vigoureusement à l’activité
économique, le marché du travail a relativement bien résisté. Les gouvernements de
la zone euro ont continué de réduire progressivement les mesures de soutien
adoptées en réponse à la pandémie, aux chocs sur les prix de l’énergie et sur
l’inflation, annulant en partie l’assouplissement budgétaire antérieur. L’inflation totale
a fortement diminué dans la zone euro, en particulier grâce à la variation des prix de
l’énergie devenue négative avec la dissipation des fortes hausses des prix de
l’énergie enregistrées en 2022. L’inflation sous-jacente a également commencé à se
modérer, soutenant un processus désinflationniste général et reflétant la dissipation
de l’impact des chocs passés et les effets croissants du resserrement de la politique
monétaire. Toutefois, les tensions d’origine interne sur les prix ont remplacé les
tensions extérieures en tant que principaux déterminants de l’inflation, car le marché
du travail a favorisé une forte évolution des salaires nominaux, les travailleurs
cherchant une compensation pour les pertes de pouvoir d’achat liées à l’inflation
passée.

Rapport annuel 2023 de la BCE 8


1.1 Expansion de l’activité économique mondiale à un
rythme modéré et baisse de l’inflation totale
La croissance économique L’économie mondiale a poursuivi sa croissance à un rythme modéré en 2023, la
mondiale a été modérée face au
resserrement de la politique croissance restant globalement inchangée à 3,5 % par rapport à 2022
monétaire et à une incertitude (graphique 1.1) 1. Bien que modérée en comparaison historique, la croissance a été
élevée
plus élevée que prévu en début d’année, favorisée par un marché du travail
dynamique et une demande soutenue de services malgré la poursuite du
resserrement de la politique monétaire 2. L’économie mondiale a été principalement
tirée par l’activité dans les économies de marché émergentes et aux États-Unis,
tandis que dans la plupart des autres économies avancées, les conditions de
financement restrictives et les effets persistants des facteurs géopolitiques sur les
prix de l’énergie ont pesé plus fortement sur la demande. Aux États-Unis, l’économie
a mieux résisté que prévu dans un contexte de demande intérieure robuste et de
marché du travail dynamique. Les turbulences dans le secteur financier aux
États-Unis au début de l’année n’ont pas eu d’impact macroéconomique important.
En Chine, un nouvel effondrement du secteur de l’immobilier résidentiel, ainsi qu’une
faible demande intérieure et extérieure, ont mis un terme au rebond économique du
début d’année qui faisait suite à l’assouplissement en décembre 2022 des mesures
très restrictives liées à la pandémie. Néanmoins, l’économie chinoise a atteint
l’objectif de croissance de 5 % environ fixé par le gouvernement.

Graphique 1.1
PIB mondial et sa composition
a) Croissance du PIB mondial en volume b) Composition de la croissance mondiale
(variations annuelles en pourcentage) (contributions en points de pourcentage)

Sources : BCE, calculs des services de la BCE et projections macroéconomiques établies par les services de la BCE, mars 2024
Notes : « PIB mondial » exclut la zone euro. La moyenne pré-pandémique concerne la période allant de 2012 à 2019. Les valeurs
pour 2023 sont des estimations sur la base des données disponibles et des projections macroéconomiques de mars 2024 établies par
les services de la BCE.

1 L’économie mondiale, telle qu’elle est mentionnée dans cette section du Rapport annuel, exclut la zone
euro.
2 Les projections macroéconomiques de décembre 2022 établies par les services de l’Eurosystème
prévoyaient un ralentissement de la croissance mondiale à 2,6 % en 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 9


La dynamique du commerce Le commerce mondial a été faible en 2023, la croissance des importations s’étant
mondial s’est affaiblie en raison de
la normalisation des profils de ralentie, à 1,2 %, soit un taux de croissance nettement inférieur à celui de 5,5 %
consommation après la pandémie enregistré l’année précédente et à la moyenne pré-pandémique de 3,1 % 3. Le
ralentissement a reflété trois tendances majeures. Premièrement, la demande
mondiale s’est réorientée des biens vers les services avec la suppression définitive
des restrictions liées à la pandémie. Deuxièmement, la part dans la demande
intérieure de la consommation, généralement moins dépendante des échanges que
l’investissement, a augmenté. Enfin, les économies de marché émergentes, dans
lesquelles les échanges réagissent moins aux variations de l’activité économique,
ont apporté une contribution plus importante à l’activité mondiale en 2023. Malgré
l’accroissement des barrières commerciales et des résultats d’enquêtes auprès des
entreprises suggérant une possible relocalisation des chaînes de valeur, les signes
d’une fragmentation des flux commerciaux agrégés sont restés limités jusqu’à
présent.

L’inflation a diminué, mais les L’inflation annuelle totale mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC)
tensions sous-jacentes sur les prix
restent élevées dans l’ensemble des pays membres de l’OCDE, à l’exception de la Turquie, a
diminué par rapport aux niveaux élevés observés en 2023, sous l’effet de la
diminution des prix de l’énergie. Elle s’est ralentie à 3,9 % en décembre, et sur
l’ensemble de l’année 2023, elle s’est établie à 5,3 %, contre 7,3 % en 2022
(graphique 1.2, partie a). L’inflation hors énergie et produits alimentaires s’est
également ralentie, mais dans une bien moindre mesure, indiquant que les tensions
sous-jacentes sur les prix demeurent fortes et généralisées. Cela a été
particulièrement visible dans les économies avancées, où les tensions sur les
marchés du travail ont contribué aux taux de croissance élevés des salaires, rendant
la hausse des prix des services plus persistante (graphique 1.2, partie b).

3 La moyenne pré-pandémique est mesurée sur la période allant de 2012 à 2019.

Rapport annuel 2023 de la BCE 10


Graphique 1.2
Taux d’inflation totale et d’inflation core dans l’OCDE
a) Inflation totale et ses composantes b) Inflation dans les grandes économies
principales
(variations annuelles en pourcentage, données mensuelles) (variations annuelles en pourcentage, données mensuelles)

Sources : Sources nationales via Haver Analytics, OCDE et calculs des services de la BCE.
Notes : ZE : zone euro. L’inflation dans les pays de l’OCDE exclut la Turquie et est calculée sur la base des IPC nationaux et des
pondérations des dépenses de consommation finales privées annuelles exprimées en termes de parité de pouvoir d’achat. L’inflation
core exclut l’énergie et les produits alimentaires. Les dernières observations se rapportent à décembre 2023.

Les prix des matières premières Les prix des matières premières ont diminué tout au long de 2023 en raison d’une
énergétiques ont diminué car la
faiblesse de la demande a baisse de la demande. Les prix du pétrole ont baissé de 4 %, la faiblesse de la
contrebalancé les contraintes demande de pétrole provenant des économies avancées contrebalançant la hausse
d’offre
de la demande qui a suivi l’assouplissement des mesures de confinement en Chine.
Par ailleurs, la faible demande de pétrole a plus que contrebalancé les effets des
réductions de l’offre par le groupe OPEP+ ainsi que les risques sur l’offre exercés
par des facteurs géopolitiques incluant les sanctions imposées à la Russie et le
conflit au Moyen-Orient. La baisse des prix du gaz en Europe a été nettement plus
importante, les prix du gaz ayant poursuivi la baisse amorcée fin 2022 et ayant été
réduits de 58 % supplémentaires au cours de 2023. La consommation de gaz en
Europe est restée inférieure aux normes historiques en raison d’une baisse de la
demande industrielle, de la réduction de la consommation de gaz réalisée par les
ménages et de conditions météorologiques clémentes au cours des mois d’hiver. La
stabilité de l’offre de gaz naturel liquéfié (GNL) a également permis aux pays
européens de commencer la saison de chauffage avec des stocks de gaz pleins.
Malgré une plus grande stabilité du marché européen du gaz par rapport à l’année
précédente, les risques en matière d’approvisionnement, tels que les grèves dans
les terminaux de GNL en Australie, ont continué d’engendrer des périodes de forte
volatilité des prix, illustrant la sensibilité du marché européen du gaz durant la
transition vers l’abandon des importations de gaz russe.

L’euro s’est renforcé en termes L’euro s’est renforcé en termes effectifs nominaux (+3,9 %) et vis-à-vis du dollar
effectifs nominaux et vis-à-vis du
dollar américain américain (+3,4 %) sur la base des données de fin d’année, dans un contexte de
fluctuations intra-annuelles notables. La dynamique des taux de change a été
principalement influencée par l’évolution des anticipations de marché résultant des
changements apportés aux politiques monétaires et de perspectives économiques

Rapport annuel 2023 de la BCE 11


volatiles. Soutenu initialement au cours du premier semestre de l’année par
l’amélioration des conditions macroéconomiques dans la zone euro et par un rythme
plus rapide de resserrement de la politique monétaire, l’euro a commencé mi-juillet à
se déprécier vis-à-vis du dollar américain. Le raffermissement du dollar, qui a été
généralisé, a été attribué à des surprises positives en matière de données
économiques et aux anticipations par les marchés d’une orientation de politique
monétaire plus stricte pendant plus longtemps aux États-Unis. Une réévaluation de
l’orientation vers la fin de l’année, dans un contexte de baisse des taux d’inflation, a
entraîné une nouvelle appréciation de l’euro. Parmi les devises des principaux
partenaires commerciaux, l’euro s’est nettement renforcé vis-à-vis de la livre turque,
du rouble russe, du yen japonais et de la couronne norvégienne. Toutefois, il s’est
affaibli par rapport à la livre sterling, au franc suisse et au zloty polonais.

Parmi les principaux risques pesant sur les perspectives de croissance économique
mondiale fin 2023, on comptait une nouvelle aggravation des tensions géopolitiques,
un ralentissement plus prononcé de l’économie chinoise et des tensions
inflationnistes plus persistantes qui nécessiteraient un resserrement plus fort
qu’anticipé de la politique monétaire. La matérialisation de ces risques réduirait
l’activité économique mondiale. De plus, les marchés mondiaux des matières
premières sont demeurés très sensibles aux risques en matière
d’approvisionnement, ce qui pourrait alimenter l’inflation et peser sur la croissance
mondiale dans l’année à venir.

1.2 L’activité économique stagne dans la zone euro


La croissance de la zone euro s’est Le PIB en volume de la zone euro a augmenté de 0,4 % en 2023, après une hausse
affaiblie, les effets de la hausse des
taux d’intérêt se généralisant de 3,4 % en 2022 (graphique 1.3). La croissance a reflété des contributions positives
de la demande intérieure et des exportations nettes. La variation des stocks a
exercé un effet modérateur. À la fin de l’année, la production dans la zone euro se
situait 3,0 % au-dessus de son niveau d’avant la pandémie (au dernier trimestre
2019) et 1,4 % au-dessus de son niveau au premier trimestre 2022, lors de l’invasion
de l’Ukraine par la Russie. Le ralentissement de la croissance en 2023 était
largement imputable aux répercussions économiques de la guerre, qui a eu des
effets variables selon les pays, reflétant leurs différentes structures économiques. Si
le secteur industriel a été particulièrement touché par le resserrement de la politique
monétaire, le niveau élevé des prix de l’énergie et l’affaiblissement de la demande
mondiale, le secteur des services a relativement bien résisté, continuant de
bénéficier des effets de la réouverture de l’économie à la suite de la pandémie.
Toutefois, la faiblesse de la croissance s’est généralisée vers la fin de l’année,
l’incidence de la hausse des taux d’intérêt se transmettant aux différents secteurs
parallèlement aux effets de contagion du secteur industriel fragile vers les services.

Rapport annuel 2023 de la BCE 12


Graphique 1.3
PIB en volume de la zone euro
(variations annuelles en pourcentage ; contributions en points de pourcentage)

Source : Eurostat.
Note : Les dernières observations se rapportent à 2023.

Les dépenses de consommation La croissance de la consommation privée s’est nettement ralentie en 2023. Elle a
étaient davantage orientées vers
les services que vers les biens stagné au premier semestre de l’année, la baisse continue des dépenses de biens –
mesurée par le volume du commerce de détail (graphique 1.4) – contrebalançant la
demande toujours positive de services. Au troisième trimestre, la consommation
privée a augmenté, portée par la consommation de services des ménages qui a elle-
même bénéficié des effets de réouverture persistants, et par le rebond des
dépenses en biens durables. Les dépenses totales en biens (y compris les biens
semi-durables et non durables) ont continué de se contracter dans un contexte de
durcissement des conditions de financement. Globalement, les dépenses des
ménages ont augmenté de 0,5 % en 2023. En 2023, les dépenses des ménages ont
été soutenues dans une certaine mesure par le revenu disponible réel, la
progression des salaires nominaux s’accélérant, l’inflation se ralentissant
progressivement et la croissance de l’emploi restant résiliente. Néanmoins, la
transmission du durcissement des conditions de financement à l’économie réelle
semble avoir pesé sur les dépenses des ménages, l’épargne demeurant importante.

Rapport annuel 2023 de la BCE 13


Graphique 1.4
Production et commerce de détail dans la zone euro
(indice : juin 2022 = 100)

Sources : Eurostat et calculs de la BCE.


Notes : Le commerce de détail est mesuré en termes réels. Les dernières observations se rapportent à décembre 2023 pour la
production dans les services et à janvier 2024 pour le reste.

L’investissement a été freiné par le La croissance de l’investissement hors construction (qui constitue une approximation
durcissement des conditions de
financement de l’investissement privé hors immobilier résidentiel) s’est ralentie tout au long de
l’année 2023 4. Alors que le premier trimestre 2023 a été marqué par une croissance
vigoureuse liée à l’atténuation des goulets d’étranglement au niveau de l’offre, les
taux d’augmentation trimestriels ont progressivement diminué et l’investissement a
reculé au quatrième trimestre avec la baisse de la demande intérieure et extérieure,
la résorption des arriérés de commande, le fléchissement des bénéfices des
entreprises et le durcissement des conditions de financement. L’incertitude suscitée
par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et par le conflit au Moyen-Orient,
entre autres facteurs, est également susceptible d’avoir réduit les incitations à
l’investissement pour les entreprises. Néanmoins, l’abondance des bénéfices et des
réserves de liquidité ainsi qu’une baisse de l’endettement ont, en moyenne, renforcé
les bilans des entreprises ces dernières années et, parallèlement aux financements
au titre du programme Next Generation EU (NGEU) visant à soutenir les
investissements dans les domaines de la numérisation et du climat, ont contribué à
une certaine résilience de l’investissement par rapport à d’autres composantes des
dépenses. Globalement, l’investissement hors construction a augmenté de 2,9 % en
2023.

Dans l’ensemble, les investissements dans la construction ont continué de fléchir


en 2023. Cela s’explique principalement par la baisse de l’investissement dans la
construction résidentielle résultant des coûts élevés de construction, de la hausse
continue des taux d’intérêt appliqués aux prêts hypothécaires et du durcissement
des critères d’octroi de crédit, ce qui a compliqué l’accès au financement des
ménages et pesé sur la demande de biens immobiliers résidentiels. D’autres
domaines du secteur de la construction, tels que le génie civil, ont été plus

4 Cf. l’encadré intitulé « Les actifs incorporels des entreprises multinationales en Irlande et leur impact
sur le PIB de la zone euro », Bulletin économique, no 3, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 14


résistants, soutenus par les investissements dans des infrastructures publiques.
Fin 2023, l’investissement dans la construction était supérieur de 2,1 % à son niveau
d’avant la pandémie, affichant une baisse de 0,6 % pour l’ensemble de l’année.

Le solde des échanges de biens dans la zone euro est redevenu excédentaire
en 2023, face à la baisse des prix de l’énergie importée. La croissance des
exportations est restée atone, dans un contexte de demande extérieure faible. Les
exportations de produits manufacturés ont été soutenues par l’atténuation des
goulets d’étranglement au niveau de l’offre, tandis que les effets persistants du choc
sur l’offre d’énergie et l’appréciation de l’euro en termes effectifs ont contribué à la
faiblesse des exportations. La faible performance des exportations s’est étendue aux
exportations de services au second semestre, le soutien apporté par la demande
latente après la réouverture de l’économie mondiale se dissipant. Avec
l’affaiblissement de la demande intérieure, les importations dans la zone euro ont
également reculé, sous l’effet de la diminution des importations de biens
intermédiaires, liée aux déstockages effectués par les entreprises et à la baisse des
importations d’énergie. Dans l’ensemble, la contribution des échanges à la
croissance du PIB de la zone euro a été légèrement positive en 2023.

Marché du travail

Le marché du travail de la zone euro a continué de bien résister dans l’ensemble en


2023, bien que ses évolutions et les indicateurs tirés d’enquêtes à la fin de l’année
aient signalé un fléchissement. Le taux de chômage s’est établi en moyenne à 6,5 %
en 2023 ; il a reculé de 6,6 % en janvier à 6,5 % en mars, pour rester globalement
stable à ce niveau pendant le reste de l’année (graphique 1.5). L’emploi total et le
nombre total d’heures travaillées se sont bien maintenus malgré la stagnation de
l’économie, augmentant respectivement de 1,4 % et 1,6 % en 2023. Le nombre
moyen d’heures travaillées n’a augmenté que de 0,2 % en 2023, et au quatrième
trimestre 2023, il est revenu à un niveau inférieur de 1,3 % à celui observé avant la
pandémie, probablement en raison de facteurs tels que la rétention de main-d’œuvre
(c’est-à-dire que les entreprises maintiennent plus d’effectifs que nécessaire en
période de ralentissement économique) et une hausse des congés maladie. Le taux
d’activité de la tranche d’âge des 15-74 ans a augmenté pour atteindre 65,7 % au
quatrième trimestre 2023, soit 1,1 point de pourcentage au-dessus de son niveau
d’avant la pandémie. Au second semestre, la demande de main-d’œuvre a montré
des signes d’assouplissement, le taux de vacance d’emploi restant élevé mais
diminuant progressivement après le pic atteint au deuxième trimestre 2022. Dans
l’ensemble, alors que la transmission à l’économie des hausses des taux d’intérêt
décidées par la BCE est restée vigoureuse, l’emploi total et le marché du travail de
la zone euro (qui font partie des objectifs de l’Union européenne auxquels la BCE
peut contribuer sans préjudice du maintien de la stabilité des prix) sont demeurés
relativement résilients.

Rapport annuel 2023 de la BCE 15


Graphique 1.5
Marché du travail
(échelle de gauche : variations trimestrielles en pourcentage ; échelle de droite : en pourcentage)

Sources : Eurostat et calculs de la BCE.


Note : Les dernières observations se rapportent à janvier 2024 pour le taux de chômage et au quatrième trimestre 2023 pour l’emploi
et pour le nombre d’heures travaillées.

1.3 Les mesures de politique budgétaire dans un


environnement macroéconomique difficile
Le ratio de déficit budgétaire de la Le ratio de déficit des administrations publiques de la zone euro a continué de
zone euro a diminué, les
gouvernements ayant commencé à diminuer en 2023, suivant une trajectoire amorcée au plus fort de la pandémie
réduire progressivement les (graphique 1.6) 5. Le resserrement progressif de la politique budgétaire se reflète
mesures de soutien
discrétionnaires également dans l’orientation budgétaire, qui s’est légèrement durcie en 2023 pour la
troisième année consécutive 6. Toutefois, à peine un peu plus du tiers de
l’assouplissement observé en 2020 s’est inversé jusqu’à présent (graphique 1.6).
Cela signifie que le solde budgétaire corrigé du cycle reste très inférieur à son
niveau d’avant la pandémie, en raison des mesures durables adoptées dans le
contexte de la pandémie en 2020 et des mesures de soutien liées à l’énergie mises
en œuvre à partir de 2022.

5 Après la date d’arrêté pour le présent Rapport, les résultats budgétaires officiels pour 2023 ont été
publiés et ils font état, dans certains pays, de déficits budgétaires nettement plus élevés qu’estimé
précédemment.
6 L’orientation budgétaire reflète la direction et l’ampleur de la relance de l’économie par la voie des
politiques budgétaires, au-delà de la réaction automatique des finances publiques au cycle
conjoncturel. Pour plus de détails sur ce concept, cf. l’article intitulé « L’orientation budgétaire de la
zone euro », Bulletin économique, no 4, BCE, 2016.

Rapport annuel 2023 de la BCE 16


Graphique 1.6
Solde des administrations publiques et orientation budgétaire de la zone euro
(en pourcentage du PIB)

Sources : Projections macroéconomiques pour la zone euro établies par les services de l’Eurosystème, décembre 2023 et calculs de
la BCE.
Note : La mesure de l’orientation budgétaire est ajustée du côté des recettes depuis 2021 en déduisant les subventions octroyées au
titre de la facilité pour la reprise et la résilience du programme NGEU, ces recettes n’ayant pas d’effet de resserrement
macroéconomique.

Un nouveau durcissement de Du point de vue de fin 2023, trouver la meilleure façon d’inverser l’expansion
l’orientation budgétaire serait
approprié cumulée des quatre dernières années (graphique 1.7) et de réduire les ratios de
dette constituera un défi pour les autorités budgétaires, en particulier parce que les
évolutions démographiques, les transitions écologique et numérique ainsi que
l’environnement géopolitique nécessiteront à l’avenir une marge de manœuvre
budgétaire. Les budgets publics pour 2024 indiquaient la poursuite du cycle de
durcissement budgétaire au niveau de la zone euro. Cette évolution reflète en
grande partie le retrait des mesures budgétaires discrétionnaires qui avaient été
adoptées en réponse aux chocs énergétique et d’inflation. Selon les estimations, ces
mesures représentaient plus de 1 % du PIB en 2023, mais seule une faible partie
d’entre elles devait rester active en 2024. Toutefois, certaines des mesures
expansionnistes adoptées par les gouvernements pendant la pandémie semblaient
devoir s’inscrire dans la durée, et, sur la base des budgets 2024, ne devraient pas
être désactivées à brève échéance. C’est le cas pour l’augmentation des transferts
et des subventions mais aussi, dans une certaine mesure, pour les réductions de
l’impôt.

Rapport annuel 2023 de la BCE 17


Graphique 1.7
Décomposition de l’orientation budgétaire et des mesures discrétionnaires de la
zone euro
(en pourcentage du PIB)

Sources : Projections macroéconomiques pour la zone euro établies par les services de l’Eurosystème, décembre 2023 et calculs de
la BCE.
Notes : La mesure de l’orientation budgétaire est ajustée du côté des recettes depuis 2021 en déduisant les subventions octroyées au
titre de la facilité pour la reprise et la résilience du programme NGEU, ces recettes n’ayant pas d’effet de resserrement
macroéconomique. « Autres mesures » se rapporte principalement aux mesures adoptées pendant la pandémie et à leur retrait
ultérieur.

Un nouveau durcissement de l’orientation budgétaire semble également approprié


du point de vue de la politique monétaire. La crise énergétique s’étant largement
atténuée, les gouvernements devraient continuer de retirer les mesures de soutien
correspondantes, ce qui est essentiel pour éviter d’accentuer les tensions
inflationnistes à moyen terme. Sans cela, une politique monétaire plus stricte serait
nécessaire. Outre le retrait progressif des mesures liées à la pandémie et à
l’énergie, les pouvoirs publics devraient plus généralement progresser vers des
situations budgétaires plus solides afin de garantir que les finances publiques
s’inscrivent sur une trajectoire durable.

L’UE a besoin d’un cadre solide et Il demeure essentiel de disposer d’un cadre communautaire solide pour la
crédible pour la coordination des
politiques économiques et coordination et la surveillance des politiques économiques et budgétaires. À la suite
budgétaires de débats approfondis, le Conseil de l’Union européenne a adopté en 2023 une
réforme du cadre de gouvernance économique de l’UE, qui a ouvert la voie à un
trilogue entre la Commission européenne, le Conseil de l’UE et le Parlement
européen. 2024 sera une année de transition importante vers sa mise en œuvre 7.

7 Dans un avis publié en juillet 2023, la BCE salue les propositions de la Commission européenne
concernant la réforme et formule quelques observations et suggestions techniques en vue d’améliorer
encore le nouveau cadre et de le rendre plus transparent et plus prévisible. Cf. l’avis de la Banque
centrale européenne du 5 juillet 2023 sur une proposition de réforme de la gouvernance économique
dans l’Union (CON/2023/20) (JO C 290 du 18.08.2023, p. 17).

Rapport annuel 2023 de la BCE 18


1.4 L’inflation totale s’est fortement ralentie tout au long de
l’année
L’inflation totale dans la zone euro, mesurée par l’indice des prix à la consommation
harmonisé (IPCH), est revenue à 2,9 % en décembre 2023, une baisse de 6,3 points
de pourcentage par rapport à son niveau de décembre 2022. Elle a affiché une
baisse régulière tout au long de l’année, le processus désinflationniste se faisant
également sentir dans l’inflation sous-jacente au fil des mois. En novembre, l’inflation
totale a atteint un point bas temporaire de 2,4 %, son niveau le plus bas depuis plus
de deux ans (nettement inférieur à son pic de 10,6 % enregistré en octobre 2022)
(graphique 1.8). Toutefois, l’inflation a de nouveau légèrement augmenté en
décembre, en raison des effets baissiers exercés par les mesures budgétaires liées
à l’énergie sur les niveaux des prix un an auparavant. Toutes les principales
composantes de l’inflation ont enregistré une diminution des taux d’inflation en
glissement annuel au cours du second semestre 2023, reflétant la dissipation de
l’impact des précédents chocs sur les coûts et l’atonie de la demande dans un
contexte de resserrement de la politique monétaire. Toutefois, les taux d’inflation en
glissement annuel (hors prix de l’énergie) étaient encore, à la fin de l’année,
nettement supérieurs à leurs moyennes de long terme, tandis que les taux
annualisés en glissement trimestriel s’étaient déjà largement rapprochés de ces
références. La dynamique des prix des biens s’est ralentie plus rapidement que celle
des services, la réduction des goulets d’étranglement au niveau de l’offre et des
coûts des intrants ayant permis d’atténuer considérablement les tensions. La hausse
des prix des services s’est accélérée jusqu’à mi-2023, en raison d’une demande
post-pandémique toujours vigoureuse, de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre
et de facteurs temporaires liés aux mesures budgétaires. Du fait du ralentissement
de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, l’hétérogénéité des
taux d’inflation entre les pays de la zone euro s’est également nettement réduite.

Rapport annuel 2023 de la BCE 19


Graphique 1.8
Inflation totale et ses composantes principales
(variations annuelles en pourcentage ; contributions en points de pourcentage)

Sources : Eurostat et calculs de la BCE.


Note : Les dernières observations se rapportent à décembre 2023.

La hausse des prix de l’énergie Les évolutions des prix de l’énergie ont contribué pour plus de moitié à la baisse de
s’est fortement ralentie tandis que
la hausse des prix des produits l’inflation totale entre décembre 2022 et décembre 2023. Les prix de l’énergie ont
alimentaires s’est modérée encore enregistré une forte hausse en janvier 2023, mais à la fin de l’année ils
avaient reculé de 25,6 points de pourcentage, pour s’inscrire en territoire négatif.
Cela reflète la dissipation des fortes augmentations des prix de gros de l’énergie
enregistrées en 2022. Toutefois, la hausse des prix de l’énergie est demeurée
légèrement volatile, les marchés de gros de l’énergie se montrant sensibles à des
événements tels que le conflit au Moyen-Orient. Dans le même temps, la hausse
des prix des produits alimentaires a atteint un point haut à 15,5 % en mars 2023.
Elle s’est ensuite considérablement ralentie sur le reste de l’année, tout en restant
supérieure à 6 % en fin de l’année, en raison des effets persistants des chocs
antérieurs sur les coûts, résultant de l’énergie et d’autres intrants, ainsi que des
tensions accrues exercées par les bénéfices unitaires et les coûts de main-d’œuvre.

L’inflation sous-jacente a L’inflation core – mesurée par la hausse de l’IPCH en excluant les composantes
commencé à se modérer, mais est
demeurée élevée à la fin de l’année volatiles que sont l’énergie et les produits alimentaires – a continué d’augmenter au
premier trimestre de l’année, mais s’est ensuite ralentie, revenant à 3,4 % en
décembre après un pic à 5,7 %. Cette baisse a résulté dans un premier temps de la
variation des prix des biens industriels non énergétiques, la demande de biens ayant
fléchi dans un contexte de durcissement des conditions de financement
(cf. section 1.2) et de tensions accumulées liées aux goulets d’étranglement
antérieurs au niveau de l’offre, alors que les coûts élevés de l’énergie avaient
commencé à se dissiper. Dans le même temps, la hausse des prix des services a
oscillé à des niveaux élevés jusqu’en août, en raison d’une demande toujours forte
après la réouverture de l’économie (pour les secteurs des services nécessitant de
nombreux contacts tels que les loisirs et les vacances) et de l’augmentation des
coûts de main-d’œuvre, en particulier compte tenu de la part plus importante de la
main-d’œuvre dans la structure de coûts du secteur des services par rapport au

Rapport annuel 2023 de la BCE 20


secteur manufacturier. Vers la fin de l’année, toutefois, la hausse des prix des
services s’est également légèrement ralentie et a confirmé le processus
désinflationniste général. De plus, le décalage de la dynamique de l’inflation dans les
services a reflété le fait que de nombreuses composantes des services accusent
généralement un retard par rapport à l’inflation totale (par exemple, les logements,
les services postaux et médicaux). Tous les autres indicateurs de l’inflation
sous-jacente se sont également nettement modérés au cours de l’année, reflétant la
dissipation de l’impact des chocs passés et l’incidence croissante du resserrement
de la politique monétaire, mais ils ont continué de s’inscrire dans une fourchette
large, et la plupart d’entre eux sont restés à des niveaux nettement supérieurs à
ceux observés avant la pandémie 8.

Les coûts de main-d’œuvre sont La croissance du déflateur du PIB (une mesure fiable des tensions d’origine interne
devenus le principal contributeur à
l’inflation intérieure dans le courant sur les prix) s’est établie en moyenne à 6,0 % en 2023. En comparaison, la variation
de l’année moyenne des prix à l’importation est ressortie à – 2,9 %, reflétant le passage de
moteurs externes de l’inflation à des moteurs internes. Si les bénéfices ont continué
de jouer un rôle de premier plan dans les tensions d’origine interne sur les prix au
tournant de l’année 2022/2023 (cf. encadré 2), les coûts de main-d’œuvre sont
progressivement devenus le principal facteur, compte tenu des fortes évolutions des
salaires et d’une diminution de la productivité du travail (cf. graphique 1.9). La
croissance annuelle de la rémunération par tête a augmenté, pour atteindre 5,1 %
en moyenne en 2023, contre 4,5 % en 2022, des taux nettement supérieurs à la
moyenne de 1,7 % enregistrée avant la pandémie (2015-2019), ce qui a été favorisé
par les tensions persistantes sur les marchés du travail (cf. section 1.2). Ce nouveau
renforcement reflète en partie le fait que les travailleurs cherchent à compenser les
pertes de pouvoir d’achat des salaires nominaux résultant de l’inflation passée. La
croissance des salaires négociés a augmenté pour s’établir à 4,5 % en moyenne en
2023 ; la différence par rapport à la croissance effective des salaires suggère qu’il
existe une composante encore importante de glissement des salaires, bien que
moins élevée qu’en 2021-2022 9. La croissance de la rémunération par tête et celle
des salaires négociés ont commencé à se ralentir vers la fin de l’année, mais elles
demeurent à des niveaux élevés, ce qui indique que de fortes tensions sur les
salaires nominaux persisteront courant 2024. Cela reflète un redressement des
salaires réels plutôt que les signes d’une dynamique salaires-prix déstabilisatrice.

8 Pour plus d’informations sur l’inflation sous-jacente, cf. l’encadré intitulé « Les mesures de l’inflation
sous-jacente : un guide d’analyse pour la zone euro », Bulletin économique, no 5, BCE, 2023.
9 Le glissement des salaires mesure les écarts entre les évolutions des salaires effectifs et les évolutions
des salaires négociés, reflétant les variations des heures supplémentaires, les primes, les tensions sur
le marché du travail et d’autres facteurs.

Rapport annuel 2023 de la BCE 21


Graphique 1.9
Rémunération par tête dans la zone euro
(variations annuelles en pourcentage ; contributions en points de pourcentage)

Sources : Eurostat, BCE et calculs de la BCE.

Les anticipations d’inflation à long La moyenne des anticipations d’inflation à plus long terme des prévisionnistes
terme ont légèrement diminué,
restant ancrées autour de la cible professionnels, qui se situait à 2,2 % fin 2022, a légèrement baissé, pour revenir
de 2 % de la BCE à 2,1 % en 2023. D’autres données d’enquêtes, telles que celles tirées de l’enquête
de la BCE auprès des analystes monétaires et celles de Consensus Economics, ont
également suggéré que les anticipations d’inflation à plus long terme étaient bien
ancrées autour de la cible de 2 % de la BCE. Une mesure de la compensation de
l’inflation à plus long terme extraites des instruments de marché (le taux des swaps
indexés sur l’inflation à cinq ans dans cinq ans) a augmenté pour atteindre un pic
de 2,7 % en août, mais est revenue à 2,3 % fin décembre dans un contexte
d’informations indiquant une inflation totale plus faible que prévu et des perspectives
de croissance économique modérées (cf. section 1.2). En toute hypothèse, les
mesures extraites des instruments de marché corrigées des primes de risque
impliquent des anticipations « véritables » très proches de 2 %. Du côté des
consommateurs, les anticipations d’inflation médianes à trois ans sont demeurées
légèrement supérieures, à 2,5 % en décembre, reflétant peut-être une forte
incertitude, un climat économique défavorable et des niveaux de prix encore élevés
par rapport aux salaires 10.

10 Pour plus d’informations sur les perceptions d’inflation et l’incertitude des consommateurs, cf. l’encadré
intitulé « Un examen plus détaillé des anticipations d’inflation des consommateurs : éléments tirés de
l’enquête de la BCE sur les anticipations des consommateurs », Bulletin économique, no 7, BCE, 2022.
Pour les résultats récents de l’enquête sur les anticipations des consommateurs concernant les
anticipations de croissance économique, cf. « Economic growth and labour markets », BCE, 2024.
Pour plus d’informations sur la perception par les consommateurs de la relation entre l’inflation et les
conditions économiques, cf. Candia (B.), Coibion (O.) et Gorodnichenko (Y.), « Communication and the
Beliefs of Economic Agents », NBER Working Paper Series, no 27800, National Bureau of Economic
Research, 2020.

Rapport annuel 2023 de la BCE 22


1.5 Les conditions de crédit et de financement se sont
fortement durcies à mesure de la hausse des taux
directeurs
Baisse des rendements obligataires Les tensions inflationnistes étant restées élevées et persistantes tout au long
malgré le resserrement de la
politique monétaire, reflétant une de 2023 (cf. section 1.4), la BCE a résolument poursuivi le resserrement de la
modification des anticipations vers politique monétaire jusqu’à septembre, et maintenu par la suite les taux d’intérêt
la fin de l’année
directeurs à des niveaux restrictifs, afin de garantir un retour de l’inflation à la cible
de 2 % à moyen terme (cf. section 2.1). Le taux – sans risque – des swaps au jour le
jour (OIS) à dix ans a oscillé autour de 3 % durant la majeure partie de l’année,
atteignant un pic à 3,3 % en octobre avant de revenir en moyenne à 2,5 % en
décembre (graphique 1.10). La baisse du taux OIS à dix ans vers la fin de l’année a
résulté d’un fort recul des anticipations des marchés financiers relatives aux taux
d’intérêt, principalement après des résultats plus faibles que prévu pour l’inflation.
Ce recul des anticipations n’a été que partiellement compensé par une hausse de la
prime de terme. Les rendements des emprunts publics à long terme ont suivi très
étroitement les évolutions du taux OIS. Leurs spreads ont été peu affectés par le
processus de normalisation du bilan de l’Eurosystème (cf. section 2.1) et à la fin de
l’année, ils étaient pratiquement les mêmes qu’en décembre 2022. La moyenne
pondérée du PIB des rendements nominaux des emprunts publics à dix ans pour la
zone euro s’est établie à 2,7 % en moyenne en décembre 2023, soit 10 points de
base au-dessous de son niveau un an auparavant.

Graphique 1.10
Taux d’intérêt à long terme, et coût de l’emprunt pour les entreprises et pour les
prêts au logement consentis aux ménages
(en pourcentages annuels)

Sources : Bloomberg, LSEG et calculs de la BCE.


Notes : Observations mensuelles. Le rendement des emprunts publics à 10 ans dans la zone euro est une moyenne pondérée du PIB.
Les indicateurs relatifs au coût de l’emprunt sont calculés en agrégeant les taux débiteurs bancaires à court terme et à long terme à
l’aide d’une moyenne mobile sur 24 mois des volumes de contrats nouveaux. Les dernières observations se rapportent à décembre
2023.

Les marchés boursiers ont été Les prix des actions ont augmenté en 2023 à la fois dans le secteur non financier et,
soutenus par la baisse des primes
de risque plus encore, dans le secteur bancaire. Une baisse des primes de risque sur actions
a soutenu les prix des actions dans un contexte de volatilité faible et en diminution,

Rapport annuel 2023 de la BCE 23


en dépit de tensions géopolitiques accrues. L’indice des actions bancaires de la
zone euro a continué d’être soutenu par les anticipations d’une augmentation des
bénéfices des banques, à court terme comme à long terme, les turbulences
observées sur les marchés en mars qui avaient résulté des difficultés du secteur
bancaire aux États-Unis et en Suisse exerçant un impact négatif important mais
temporaire. Les indices larges relatifs aux prix des actions des sociétés non
financières et des banques de la zone euro ont achevé l’année 2023 environ 12 %
et 23 % au-dessus de leurs niveaux respectifs de fin 2022. Les rendements des
obligations d’entreprises ont diminué et leurs niveaux de décembre 2023 ont été
inférieurs, en moyenne, à ceux de décembre 2022, tant pour le segment bien noté
(investment-grade) que pour le segment à haut rendement (high-yield), en raison
d’une baisse des taux sans risque conjuguée à une compression des écarts de
rendement pour ces obligations.

L’agrégat monétaire large et L’agrégat monétaire large (M3) a stagné, reflétant principalement le resserrement de
l’intermédiation bancaire ont reflété
le resserrement de la politique la politique monétaire. Son taux de variation annuel est ressorti à 0,1 % seulement
monétaire en décembre, après avoir significativement baissé en 2023 et avoir même enregistré
temporairement des taux négatifs pour la première fois depuis le début de l’Union
monétaire (graphique 1.11). Cette baisse a été liée à l’atonie de la création de crédit,
aux coûts d’opportunité élevés de la détention d’actifs liquides et à la réduction du
bilan de l’Eurosystème. Même si les bilans des banques sont restés robustes dans
l’ensemble, les remboursements des fonds empruntés dans le cadre de la troisième
série d’opérations de refinancement à plus long terme ciblées ainsi qu’une
contraction des portefeuilles d’actifs de l’Eurosystème ont réduit l’excédent de
liquidité. Les coûts de financement des banques ont nettement augmenté, mais dans
une moindre mesure que les taux directeurs, les banques se tournant vers des
sources de financement de marché plus coûteuses et se livrant à une concurrence
plus active pour attirer les dépôts des clients en leur offrant des intérêts plus élevés.

Avec le resserrement de la politique La transmission du resserrement de la politique monétaire aux conditions de


monétaire, les taux débiteurs
bancaires ont fortement augmenté financement au sens large est restée forte en 2023. Comme indiqué par l’enquête
pour les entreprises et les ménages sur la distribution du crédit bancaire dans la zone euro, les banques ont continué de
durcir sensiblement leurs critères d’octroi (c’est-à-dire les directives internes ou les
critères d’approbation des prêts) pour les prêts consentis aux ménages et aux
entreprises. Cette évolution a été confirmée par l’enquête sur l’accès des entreprises
au financement en ce qui concerne les entreprises et par l’enquête sur les
anticipations des consommateurs s’agissant des ménages. Les taux débiteurs
bancaires nominaux ont de nouveau fortement augmenté en 2023, atteignant leurs
plus hauts niveaux en près de 15 ans. Le taux débiteur bancaire composite appliqué
aux prêts au logement consentis aux ménages s’est établi à 4,0 % à la fin de
l’année, soit une augmentation de 100 points de base environ par rapport à fin 2022,
et le taux équivalent pour les prêts consentis aux sociétés non financières a
augmenté de 180 points de base, ressortant à 5,2 %, soit près de deux fois la
hausse observée pour les ménages (graphique 1.10). Les hausses des taux
débiteurs ont été plus rapides et plus importantes que lors des précédents épisodes
de resserrement monétaire, reflétant principalement les relèvements plus rapides et
de plus grande ampleur des taux directeurs intervenus depuis juillet 2022. La
disparité des taux débiteurs entre les pays est restée contenue, signe que les

Rapport annuel 2023 de la BCE 24


modifications de la politique monétaire de la BCE se sont transmises sans heurt aux
taux débiteurs dans l’ensemble de la zone euro.

Les prêts bancaires aux ménages Les prêts bancaires aux ménages et aux entreprises se sont nettement ralentis en
et aux entreprises se sont
nettement ralentis 2023, sous l’effet du durcissement des conditions de crédit (graphique 1.11). Les flux
nets mensuels de prêts ont été presque nuls au cours des trois derniers trimestres
de l’année. Le taux de croissance annuel des prêts bancaires consentis aux
ménages a fléchi, s’établissant à 0,3 % pour l’année, reflétant principalement le
ralentissement des prêts hypothécaires dans un contexte de baisse des prix des
logements pour la première année depuis 2014. Le taux de croissance annuel des
prêts bancaires aux entreprises s’est également inscrit en recul, ressortant à 0,4 %
en décembre et les flux nets de financement externe global vers les entreprises se
sont situés à des points bas historiques (graphique 1.12).

Graphique 1.11
Croissance de M3 et croissance des crédits aux entreprises et aux ménages
(variations annuelles en pourcentage)

Source : BCE.
Notes : Les entreprises sont des sociétés non financières. Les dernières observations se rapportent à décembre 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 25


Graphique 1.12
Flux nets de financement externe vers les entreprises
(flux annuels en milliards d’euros)

Sources : BCE et Eurostat.


Notes : Les entreprises sont des sociétés non financières. IFM : institutions financières monétaires. Dans la rubrique « prêts des
non-IFM et du reste du monde », les institutions financières non monétaires comprennent les autres intermédiaires financiers, les
fonds de pension et les sociétés d’assurance. Les rubriques « prêts des IFM » et « prêts des non-IFM et du reste du monde » sont
corrigées des cessions de prêts et de la titrisation. La rubrique « Autre » correspond à la différence entre le total et les instruments
inclus dans le graphique et comprend essentiellement les prêts interentreprises et les crédits commerciaux. Les dernières
observations se rapportent au troisième trimestre 2023. Le flux annuel pour 2023 est calculé comme la somme sur quatre trimestres
des flux du quatrième trimestre 2022 au troisième trimestre 2023.

Encadré 1
Les implications macroéconomiques du changement climatique

La BCE s’efforce de mieux comprendre les conséquences macroéconomiques du changement


climatique et des politiques visant à atténuer ses effets, conformément aux engagements pris à la
suite de l’évaluation de la stratégie de politique monétaire de 2020-2021 11. Ces efforts sont
particulièrement pertinents au regard du principal mandat de la BCE, qui est de maintenir la stabilité
des prix. La complexité du changement climatique ainsi que la nature non linéaire et très incertaine
de ses effets nécessitent une analyse macroéconomique approfondie pour limiter les erreurs de
prévision et comprendre les changements structurels que le changement climatique entraîne dans
l’économie.

Le changement climatique affecte déjà l’inflation dans la zone euro. Selon les estimations d’une
étude de la BCE, la chaleur extrême de l’été 2022 a accentué la hausse des prix des produits
alimentaires en Europe d’environ 0,7 point de pourcentage après un an, c’est-à-dire en 2023
(graphique A) 12. La hausse des prix des services peut également être affectée par des étés plus
chauds, éventuellement via l’impact sur les prix des produits alimentaires et la sensibilité à la
température des services liés au tourisme 13. L’impact de la hausse des températures estivales sur

11 Cf. « La Banque centrale européenne présente un plan d’action visant à inscrire les questions liées au
changement climatique dans sa stratégie de politique monétaire », communiqué de presse, BCE,
8 juillet 2021.
12 Cf. Kotz (M.), Kuik (F.), Lis (E.) et Nickel (C.), « The impact of global warming on inflation: averages,
seasonality and extremes », Working Paper Series, no 2821, BCE, mai 2023.
13 Cf. Ciccarelli (M.), Kuik (F.) et Martínez Hernández (C.), « The asymmetric effects of weather shocks
on euro area inflation », Working Paper Series, no 2798, BCE, mars 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 26


l’inflation pourrait être plus important dans un climat plus chaud : une vague de chaleur comparable
à celle de 2022 se produisant sous le climat de 2035 pourrait, dans un scénario pessimiste,
augmenter la hausse moyenne des prix des produits alimentaires de 1 point de pourcentage. Dans
un scénario optimiste, l’effet d’une vague de chaleur similaire ne serait qu’un peu moins grave
(0,8 point de pourcentage). La hausse des températures aura un impact plus important sur les
régions déjà plus chaudes. Cela implique des effets différents sur l’inflation selon les pays de la
zone euro, ce qui constituerait un vrai défi pour la transmission d’une politique monétaire unique.

Graphique A
Impact croissant des vagues de chaleur sur la hausse des prix des produits alimentaires en Europe
(année de vague de chaleur, points de pourcentage)

Source : Kotz et al. (cf. la note de bas de page no 12).


Notes : Impacts estimés par une approche basée sur une régression en données de panel au niveau mondial, en utilisant des prix mensuels et des données
climatiques à haute résolution. Les barres montrent l’écart cumulé de la hausse des prix des produits alimentaires par rapport au scénario de référence des
projections après 12 mois en raison des températures extrêmes de juin, juillet et août. Le graphique est basé sur la combinaison des élasticités d’une hausse
des températures de 1° C avec les résultats de 21 modèles climatiques mondiaux. Les températures sont basées sur un été équivalent à celui de 2022 (c’est-
à-dire dans la queue supérieure de la distribution des températures sur la base des climats futurs projetés) et sont extraites des résultats des modèles
climatiques dans le cadre d’un scénario d’émissions optimiste (dans lequel la hausse des températures mondiales serait inférieure à 2° C en 2100) et d’un
scénario pessimiste (dans lequel les émissions augmenteraient tout au long du siècle à venir). Les impacts pourraient être réduits grâce à une adaptation
ambitieuse à des climats plus chauds.

Les évènements météorologiques extrêmes réduisent généralement la production à court terme,


mais l’impact économique total s’étend au-delà des effets directs et immédiats qui résulteraient, par
exemple, de la destruction de maisons, d’usines et de machines. Il s’agit par exemple de
perturbations dans d’autres régions ou secteurs par le biais des liens entre les chaînes
d’approvisionnement ou de la dégradation d’infrastructures. Les pertes de revenus dans les
secteurs affectés et la baisse de production réduisent généralement la demande de produits et
services d’autres secteurs. Autre effet, la hausse de l’incertitude pourrait amener les ménages et
les entreprises à réévaluer leurs points de vue sur le risque de désastre et donc entraîner une
baisse des dépenses.

Sur des horizons plus longs, le changement climatique peut également réduire la croissance de la
production de façon plus persistante 14. Par exemple, la diminution de l’enneigement menacera la
viabilité de nombreux domaines skiables en Europe, et certaines régions méditerranéennes
pourraient devenir trop chaudes pour le tourisme estival ; cette évolution pouvant cependant
s’avérer bénéfique pour les régions les plus septentrionales. Les rendements de l’agriculture et de

14 Cf. l’article intitulé « L’impact du changement climatique sur la production potentielle », Bulletin
économique, no 6, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 27


la sylviculture seront probablement réduits par des températures moyennes plus élevées. Même si
les changements de cultures peuvent atténuer certains de ces effets, les températures moins
prévisibles et les cycles de précipitations seront également susceptibles de peser sur la production
agricole. La hausse des températures au-dessus de la zone de confort d’environ 19-22° C – ce qui
pourrait se produire plus fréquemment sous un climat plus chaud – réduit la productivité des
travailleurs.

L’adaptation, c’est-à-dire l’ajustement à des climats plus chauds, pourrait contribuer à limiter les
impacts macroéconomiques. Cela inclut, par exemple, l’installation de la climatisation pour réduire
l’impact du stress thermique sur la productivité du travail ou la réorientation vers d’autres cultures
pour limiter les pertes de productivité agricole. Toutefois, ces mesures auront probablement des
répercussions sur les budgets publics et la marge de manœuvre budgétaire 15. L’assurance
constitue un autre outil pour l’adaptation, mais il existe déjà un important déficit de couverture
assurantielle pour le climat en Europe 16.

Pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de l’Accord de Paris et éviter un
réchauffement climatique plus catastrophique, une transformation structurelle de l’économie de
grande ampleur est nécessaire. Le capital et le travail doivent être réalloués d’un secteur à l’autre
et au sein des secteurs, même au sein des entreprises individuelles (par exemple, les
constructeurs automobiles devront réorienter leurs usines de la fabrication de véhicules thermiques
vers celle de véhicules électriques à batterie). La réussite de cette réallocation dépendra de la mise
en œuvre de politiques de transition efficaces ; de la flexibilité des marchés et en particulier de la
capacité de l’économie à financer et à absorber les importants investissements en capital
nécessaires ; de l’évolution des technologies de décarbonation et de la disponibilité de la main-
d’œuvre qualifiée pour les appliquer.

Les analyses suggérant un impact économique favorable des mesures de politique climatique
introduites à ce jour ne dressent probablement pas un tableau d’ensemble de la situation 17. Les
évaluations fondées sur un modèle disponibles pour les trajectoires de prix du carbone ne montrent
qu’un effet limité sur la production et l’inflation 18. Toutefois, les mesures incluses sont encore loin
d’atteindre l’objectif de l’UE de réduction des émissions, et l’impact plus large de la transition – y
compris les effets d’une réglementation et d’objectifs renforcés – peut être moins facile à quantifier.

La vitesse de la transition affecte considérablement l’impact économique final : retarder la transition


nécessitera des changements politiques plus rapides et plus radicaux par la suite, augmentant la
probabilité d’actifs échoués et d’une hausse du chômage structurel 19. De plus, les différentes
politiques de transition n’ont pas toutes le même impact sur la productivité 20. Les politiques

15 Cf. « The climate change challenge and fiscal instruments and policies in the EU », Occasional Paper
Series, no 315, BCE, version révisée en juin 2023.
16 Cf. Christophersen (C.) et al., « What to do about Europe’s climate insurance gap », The ECB Blog,
BCE, 24 avril 2023.
17 Cf. l’encadré intitulé « Les politiques liées au climat dans les projections macroéconomiques établies
par les services de l’Eurosystème et de la BCE pour la zone euro et l’impact macroéconomique des
mesures budgétaires vertes », Bulletin économique, no 1, BCE, 2023.
18 Cf. l’article intitulé « Les conséquences macroéconomiques de la transition vers une économie bas
carbone », Bulletin économique, no 5, BCE, 2023.
19 Ces questions sont explorées dans les scénarios climatiques publiés par le Réseau pour le
verdissement du système financier, un groupe de 134 banques centrales et superviseurs et
de 21 observateurs, auquel la BCE et le Système européen de banques centrales contribuent
activement.
20 Cf. Benatti (N.), Groiss (M.), Kelly (P.), Lopez-Garcia (P.), « Environmental regulation and productivity
growth in the euro area: testing the Porter hypothesis », Working Paper Series, no 2820, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 28


fondées sur le marché – telles que les taxes carbone – ont moins d’impact sur la productivité des
entreprises à forte intensité en carbone que les politiques non fondées sur le marché (telles que
l’interdiction de certains produits ou processus).

La compétitivité de l’économie de la zone euro est également affectée par les choix en matière de
politiques de transition au niveau mondial. Elles incluent la hausse du prix du carbone ainsi que les
politiques industrielles telles que le récent Inflation Reduction Act aux États-Unis. Le système
d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) peut déclencher des « fuites de carbone »,
c’est-à-dire la relocalisation de l’activité économique et des émissions dans des régions où les
exigences en matière d’émissions sont moins strictes. Ce phénomène peut être réduit en calibrant
conjointement avec soin le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » et les mécanismes
existants de prévention des fuites de carbone 21.

Dans l’ensemble, le changement climatique et les politiques d’atténuation affectent presque tous
les aspects de l’analyse macroéconomique réalisée par les banques centrales. Des questions clés
restent en suspens, notamment en ce qui concerne la façon dont la transition devrait se dérouler et
les changements structurels qui en résulteront pour l’économie, l’impact macroéconomique des
conditions météorologiques extrêmes et les risques liés à l’accélération du changement climatique,
ainsi que le rôle du capital naturel et des services écosystémiques.

Encadré 2
Le rôle des profits unitaires dans les tensions actuelles sur les prix intérieurs

Cet encadré se concentre sur la manière dont les profits unitaires ont contribué, d’un point de vue
comptable, à la dynamique des tensions sur les prix intérieurs en 2023.

Les tensions sur les prix intérieurs ont été très fortes en 2023, mais se sont légèrement atténuées
au cours de l’année, les profits unitaires ayant diminué.

La croissance du déflateur du PIB, qui affiche un important co-mouvement avec la hausse de


l’IPCH hors énergie et produits alimentaires (IPCHX), peut être décomposée entre les contributions
des coûts unitaires de main-d’œuvre, des profits unitaires et des impôts unitaires (moins les
subventions) (graphique A) 22, 23. La croissance annuelle du déflateur du PIB a continué de
s’accélérer nettement en 2023, atteignant une moyenne de 6,0 % contre 4,7 % en 2022. Ce résultat

21 Cf. Böning (J.), Di Nino (V.) et Folger (T.), « Benefits and costs of the ETS in the EU, a lesson learned
for the CBAM design », Working Paper Series, no 2764, BCE, janvier 2023.
22 Les profits unitaires sont calculés comme l’excédent brut d’exploitation et le revenu mixte divisés par le
PIB en volume et incluent une correction pour le revenu des travailleurs indépendants. Rapporter
l’excédent brut d’exploitation et le revenu mixte à la production en volume, qui inclut la consommation
intermédiaire en plus du PIB, permettrait d’obtenir un indicateur plus exhaustif. Toutefois, la production
en volume n’est pas disponible en raison du manque d’informations relatives à la consommation
intermédiaire.
23 Les principales différences conceptuelles entre le déflateur du PIB et l’IPCHX résultent du fait que
l’IPCHX est fondé sur les prix de vente des biens et services consommés par les ménages dans les
catégories concernées, qu’ils soient produits au niveau national ou importés, tandis que le déflateur du
PIB prend en compte les prix de la valeur ajoutée de tous les produits fabriqués par l’économie
nationale et n’inclut pas la contribution de la consommation intermédiaire aux prix finaux. Cf. l’encadré
intitulé « Comment les profits unitaires ont-ils contribué à la récente accentuation des tensions sur les
prix domestiques de la zone euro ? », Bulletin économique, no 4, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 29


contraste avec un taux moyen de 1,6 % sur la période comprise entre 1999 et 2021. À partir d’un
point haut historique à 6,4 % au premier trimestre 2023, le taux de croissance a commencé à se
modérer pour s’établir à 5,3 % au quatrième trimestre. Les profits unitaires ont contribué sur
plusieurs trimestres en 2022 et 2023 à la forte hausse du déflateur du PIB, représentant environ la
moitié ou plus de son taux de croissance élevé. Par comparaison, la contribution moyenne était
légèrement supérieure à un tiers sur la période comprise entre 1999 et 2019. La contribution des
profits unitaires a ensuite fortement diminué en 2023, contribuant à contrebalancer les
augmentations de la contribution des coûts unitaires de main-d’œuvre sur la période.

Graphique A
Déflateur du PIB et contributions
(variations annuelles en pourcentage ; contributions en points de pourcentage)

Sources : Eurostat et calculs de la BCE.

Les évolutions économiques exceptionnelles après la pandémie expliquent la forte croissance


des profits unitaires en 2022 et début 2023.

Les profits unitaires évoluent généralement en corrélation étroite avec les évolutions des
indicateurs conjoncturels tels que le PIB en volume. En outre, ils sont généralement affectés par les
fortes variations des termes de l’échange, par exemple des fluctuations importantes des prix à
l’importation ou de ceux du pétrole. Ces caractéristiques reflètent le fait que, quand la demande est
plus soutenue que la production potentielle, il est plus facile pour les responsables de la fixation
des prix d’augmenter les prix et les profits unitaires sans perdre de parts de marché, tandis que lors
de chocs sur les coûts des intrants, liés par exemple aux prix de l’énergie, les profits sont
généralement utilisés, au moins temporairement, pour éviter de répercuter l’intégralité de la hausse
des coûts sur les prix de vente. Le ralentissement économique observé en 2022 et 2023, dans la
mesure où il a résulté de la baisse de la demande par rapport à l’offre, ainsi que la détérioration
marquée des termes de l’échange en 2022 liée à la forte hausse des prix des importations auraient
par conséquent tous deux reflété des évolutions des profits unitaires plus faibles que celles qui ont
été observées (graphique B). Cela suggère que d’autres mécanismes et des facteurs plus
exceptionnels peuvent avoir joué durant cette période. Les déséquilibres entre l’offre et la demande
dans de nombreux secteurs économiques ont constitué l’une des sources de la vigueur des profits
unitaires pendant ces années. Même si les perturbations des chaînes d’approvisionnement durant
la pandémie ont provoqué des contraintes d’offre généralisées, les mesures gouvernementales

Rapport annuel 2023 de la BCE 30


financées par la dette ont limité l’impact du ralentissement de la croissance sur les revenus
disponibles et contribué à un niveau élevé d’épargne. Cette épargne et la demande latente
associée ont dopé la demande dans de nombreux secteurs à la suite de la réouverture après les
confinements. Dans un tel environnement caractérisé par une demande agrégée importante par
rapport à l’offre, les hausses prononcées des coûts des intrants peuvent conduire les responsables
de la fixation des prix à augmenter leurs prix sans nécessairement modifier leur stratégie de fixation
des marges commerciales. Cela implique une transmission des coûts des intrants et une
contribution significative des profits unitaires aux tensions sur les prix intérieurs, comme observé
récemment 24.

Graphique B
Profits unitaires, PIB en volume et déflateur des importations
(variations annuelles en pourcentage)

Profits unitaires
PIB en volume
Déflateur des importations
25

20

15

10

-5

-10

-15
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023

Sources : Eurostat et calculs de la BCE.


Note : Les dernières observations se rapportent au quatrième trimestre 2023.

Les facteurs exceptionnels s’estompant, les profits unitaires se sont réalignés avec le cycle
économique et leur rôle classique d’amortisseur

Avec l’atténuation des déséquilibres entre l’offre et la demande après la pandémie et le


ralentissement significatif des tensions sur l’énergie et sur les autres coûts des intrants en 2023, la
croissance des profits unitaires a commencé à se ralentir et à revenir progressivement à des
niveaux plus normaux. La dissipation des déséquilibres offre-demande a rendu plus difficile
d’augmenter les marges sans perdre des parts de marché et a contribué à des hausses plus
contenues des profits unitaires. L’évolution de l’environnement vers des tensions plus modérées sur
les coûts des intrants a permis une modération de la dynamique des prix de vente. Cela signifie
que la croissance des profits unitaires devrait se ralentir même si les entreprises conservent leur
approche en matière de répercussion des coûts des intrants et de fixation des marges
commerciales. En outre, grâce à la diminution des tensions sur les coûts des intrants, il peut avoir
été plus facile pour les entreprises d’amortir les tensions sur les coûts de main-d’œuvre. Les
évolutions plus faibles des profits unitaires sont également cohérentes avec une conjoncture
économique relativement atone en 2023. Globalement, les profits unitaires semblent avoir renoué

24 See Arce (O.), Hahn (E.) and Koester (G.), « How tit-for-tat inflation can make everyone poorer », The
ECB Blog, BCE, 30 mars 2023 et l’encadré intitulé « Comment les profits unitaires ont-ils contribué à la
récente accentuation des tensions sur les prix domestiques de la zone euro ? », Bulletin économique,
no 4, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 31


avec leur rôle classique d’amortisseur, contrebalançant une transmission plus importante aux prix
intérieurs des tensions élevées sur les coûts unitaires de main-d’œuvre.

Rapport annuel 2023 de la BCE 32


2 La politique monétaire en territoire
restrictif

En 2023, la BCE a continué d’augmenter les taux directeurs et de les maintenir à


des niveaux suffisamment restrictifs pour assurer un retour au plus tôt de l’inflation
vers la cible de 2 % à moyen terme. Au cours des neuf premiers mois de l’année,
elle a relevé les taux de 200 points de base, portant le taux de la facilité de dépôt
à 4 %, les tensions inflationnistes exceptionnellement fortes liées aux coûts élevés
de l’énergie s’étendant à l’ensemble de l’économie. Les prix élevés des produits
alimentaires ont également constitué un facteur contributif important. De plus, bien
qu’en diminution, les effets des goulets d’étranglement au niveau de l’offre et de la
demande latente liée à la levée des restrictions dues à la pandémie ont continué de
pousser les prix à la hausse, et la croissance des salaires s’est affermie. Les
décisions de la BCE ont reflété une approche s’appuyant sur les données et se sont
fondées sur l’évaluation des perspectives d’inflation à moyen terme compte tenu des
données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l’inflation
sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Au cours de
l’année, les informations disponibles ont montré de façon croissante que le
resserrement de la politique monétaire se transmettait de manière vigoureuse à
l’économie. En outre, les données disponibles relatives à l’inflation indiquaient que le
processus de désinflation, ressortant notamment de la baisse des mesures de
l’inflation sous-jacente, continuait de progresser. Enfin, le Conseil des gouverneurs a
décidé de laisser les taux directeurs de la BCE inchangés lors de ses réunions
d’octobre et de décembre.

Le bilan de l’Eurosystème a continué de se contracter dans le cadre de la


normalisation de la politique monétaire entamée en 2022 et ce en dépit de la
contribution supplémentaire de 45 milliards d’euros apportée par le bilan de la
Banque nationale de Croatie (Hrvatska narodna banka) à la suite de l’adoption de
l’euro par la Croatie le 1er janvier 2023. Le bilan de l’Eurosystème a atteint
6 900 milliards d’euros en fin d’année, soit une baisse de plus de 1 000 milliards en
un an et de près de 2 000 milliards par rapport à son point haut de mi-2022. Cette
diminution a principalement résulté de l’arrivée à échéance et des remboursements
anticipés des fonds à long terme empruntés par les banques dans le cadre de la
troisième série d’opérations de refinancement à plus long terme ciblées (TLTRO III)
et a été favorisée par la fin des deux phases de réinvestissement total et partiel dans
le cadre du programme d’achats d’actifs (APP), au cours des périodes débutant en
mars et en juillet respectivement. En décembre 2023, le Conseil des gouverneurs a
décidé d’avancer la normalisation du bilan de l’Eurosystème, exprimant son intention
d’abandonner progressivement, à compter de juillet 2024, les réinvestissements
réalisés dans le cadre du programme d’achats d’urgence face à la pandémie
(pandemic emergency purchase programme, PEPP). En 2023, après l’annonce de
décembre 2022, l’Eurosystème a travaillé à la révision de son cadre opérationnel
pour le pilotage des taux d’intérêt à court terme, qui s’est achevée en mars 2024.

Rapport annuel 2023 de la BCE 33


De plus, en 2023, la BCE a poursuivi la suppression progressive, initiée en 2022, de
ses mesures d’assouplissement des garanties introduites en réponse à la pandémie,
et la notation de crédit de la République hellénique a été relevée au niveau bien
notée (investment-grade). Tout au long de 2023, l’Eurosystème a mis l’accent sur la
gestion des risques afin de garantir une mise en œuvre efficace de la politique
monétaire, notamment en diversifiant les sources d’évaluation du crédit acceptées.
Les taux d’intérêt directeurs ayant été relevés pour réduire l’inflation, la BCE a
enregistré des pertes liées aux revenus d’intérêts négatifs, qui ont été en partie
compensées par les coussins financiers constitués antérieurement. Le revenu
monétaire de la BCE devrait à nouveau augmenter à l’avenir, ce qui renforcera son
efficacité opérationnelle.

2.1 Poursuite d’une politique monétaire restrictive afin de


ramener l’inflation à la cible de 2 %
En janvier, l’inflation se situait Début 2023, la croissance économique a stagné dans la zone euro, après une
encore à 8,6 %, tandis que
l’économie continuait de bien décélération marquée depuis mi-2022. Toutefois, l’économie montrait des signes de
résister malgré des défis croissants résilience face aux défis importants liés à l’atonie de l’activité économique mondiale,
aux incertitudes géopolitiques en raison de la guerre menée par la Russie contre
l’Ukraine et à l’inflation élevée parallèlement à un durcissement des conditions de
financement. L’inflation totale a fléchi en janvier, en raison de la baisse des prix de
l’énergie, demeurant cependant élevée à 8,6 %, compte tenu également des prix
élevés des produits alimentaires. Cette évolution a résulté en partie de l’impact
généralisé des coûts élevés de l’énergie dans l’ensemble de l’économie, qui a
également influencé les prix des produits alimentaires, conjugué à la persistance de
facteurs – même s’ils se dissipent – liés à la pandémie, tels que les perturbations
des chaînes d’approvisionnement et la demande latente. La croissance des salaires
s’est également redressée.

Le Conseil des gouverneurs a Compte tenu des perspectives d’inflation à moyen terme, le Conseil des
relevé les taux directeurs en février
et exprimé son intention de gouverneurs a réaffirmé son intention de maintenir une politique monétaire restrictive
continuer à le faire et a relevé les trois taux directeurs de la BCE de 50 points de base lors de sa
réunion de février. Il a également déclaré qu’il avait l’intention de relever les taux
d’intérêt de 50 points de base supplémentaires lors de sa réunion de mars et qu’il
évaluerait ensuite la trajectoire future de la politique monétaire. Le Conseil des
gouverneurs est resté déterminé à relever les taux d’intérêt à un rythme régulier pour
les porter à des niveaux suffisamment restrictifs afin d’assurer un retour au plus tôt
de l’inflation vers sa cible de 2 % à moyen terme. Le maintien des taux d’intérêt à
des niveaux restrictifs devrait progressivement réduire l’inflation en freinant la
demande et en prévenant tout mouvement à la hausse durable des anticipations
d’inflation.

Lors de sa réunion de février, le Conseil des gouverneurs a également fixé les


modalités de la réduction des titres détenus par l’Eurosystème dans le cadre de
l’APP. Cela fait suite à sa décision de décembre 2022 de ne plus réinvestir
intégralement les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance
à partir de mars, afin que le portefeuille APP diminue de 15 milliards d’euros par

Rapport annuel 2023 de la BCE 34


mois en moyenne entre mars et juin 2023, le rythme de réduction ultérieur devant
être déterminé plus tard. Les réinvestissements en obligations d’entreprises seraient
orientés plus nettement vers les émetteurs affichant de meilleures performances
climatiques. Tout en restant axée sur l’objectif de stabilité des prix de la BCE, cette
stratégie visait à mieux tenir compte du risque financier lié au climat dans le bilan de
l’Eurosystème et à décarboner progressivement les avoirs en obligations
d’entreprises, conformément à l’objectif secondaire de la BCE de soutenir les
politiques économiques générales dans l’UE, qui incluent des efforts visant à
atténuer l’impact du changement climatique (cf. encadré 8).

Les turbulences dans le secteur En mars, dans un contexte de turbulences dans le secteur bancaire aux États-Unis
bancaire américain ont alimenté
l’incertitude en Europe, soulignant et en Suisse, les tensions sur les marchés financiers se sont fortement accrues et
la nécessité d’une approche ont renforcé l’incertitude relative aux perspectives de croissance et d’inflation dans la
s’appuyant sur les données pour
les décisions relatives aux taux zone euro. En outre, les projections macroéconomiques de mars établies par les
d’intérêt
services de la BCE prévoyaient des niveaux d’inflation durablement élevés, en
particulier pour l’inflation hors énergie et produits alimentaires, malgré une baisse
attendue de l’inflation au cours des prochaines années. Avec la projection d’une
inflation restant trop forte pendant une trop longue période, le Conseil des
gouverneurs a décidé de relever les trois taux d’intérêt directeurs de la BCE de
50 points de base. De plus, l’incertitude accrue a souligné l’importance d’une
approche fondée sur les données pour les décisions du Conseil des gouverneurs
relatives aux taux directeurs. Celui-ci a par conséquent également clarifié sa
« fonction de réaction », en expliquant que ses décisions relatives aux taux
directeurs seraient guidées par trois critères : les perspectives d’inflation compte
tenu des données économiques et financières disponibles, la dynamique de
l’inflation sous-jacente et la vigueur de la transmission de la politique monétaire. Le
Conseil des gouverneurs a également continué de suivre attentivement les tensions
sur les marchés, se tenant prêt à prendre les mesures nécessaires pour préserver la
stabilité des prix et contribuer à la stabilité financière dans la zone euro. Au cours
des mois suivants, le secteur bancaire de la zone euro a bien résisté aux tensions
en provenance de pays n’appartenant pas à la zone euro.

Il est devenu de plus en plus À mesure que l’année avançait, il est devenu de plus en plus évident que la politique
évident que la politique monétaire
restrictive avait un impact significatif restrictive du Conseil des gouverneurs en matière de taux d’intérêt avait un impact
sur les conditions de financement significatif sur l’économie. Les hausses antérieures des taux se sont transmises
dans la zone euro
vigoureusement aux conditions monétaires et de financement dans la zone euro –
les premières phases du mécanisme de transmission – et ont progressivement
exercé des effets sur l’ensemble de l’économie, même si les délais et la vigueur de
la transmission à l’économie réelle demeuraient incertains. En avril, les taux
d’emprunt pour les entreprises et les prêts hypothécaires ont atteint leurs niveaux les
plus élevés en plus d’une décennie. La baisse de la demande de crédit qui en a
résulté, ainsi que le durcissement des critères d’octroi, ont entraîné un
ralentissement progressif de la croissance des prêts. En juin, les banques ont
également remboursé le montant le plus important au titre des fonds empruntés
dans le cadre des TLTRO III, ce qui a entraîné une baisse significative de l’excédent
de liquidité. Cette réduction n’a pas entravé la transmission harmonieuse des
modifications des taux directeurs aux taux sans risque sur les marchés monétaires,
même si une asymétrie est apparue s’agissant de la réaction de l’écart entre le taux

Rapport annuel 2023 de la BCE 35


à court terme de l’euro (€STR) et le taux de la facilité de dépôt de la BCE. Le spread
ne s’est pas resserré avec la réduction de la liquidité, alors qu’il s’était élargi lorsque
la liquidité avait augmenté (cf. encadré 3).

Le Conseil des gouverneurs a L’inflation totale a fortement diminué. Elle est revenue à 6,1 % en mai, contre 8,5 %
continué de relever ses taux
directeurs, les tensions sous- en février, 6,9 % en mars et 7,0 % en avril. Toutefois, même s’il était prévu que
jacentes sur les prix demeurant l’inflation continue de se replier vers la cible, en grande partie sous l’effet du
élevées...
durcissement concomitant des conditions de financement freinant de plus en plus la
demande, les anticipations prévoyaient toujours que les tensions sur les prix restent
trop fortes trop longtemps. Le Conseil des gouverneurs a donc opté pour deux
nouvelles hausses consécutives des taux d’intérêt de 25 points de base, en mai et
en juin, respectivement.

...a interrompu les Après la réduction de leur rythme en mars, juillet a marqué la fin des
réinvestissements au titre de l’APP
à compter de juillet... réinvestissements au titre de l’APP. Il était toujours prévu que les réinvestissements
au titre du PEPP se poursuivent au moins jusqu’à fin 2024. Dans le même temps,
les évolutions observées depuis la précédente réunion de politique monétaire du
Conseil des gouverneurs ont conforté l’anticipation selon laquelle l’inflation reculerait
encore sur le restant de l’année, mais demeurerait supérieure à la cible pendant une
période prolongée. Sur cette base, le Conseil des gouverneurs a continué de relever
les taux d’intérêt, de 25 points de base supplémentaires en juillet.

...et ramené la rémunération des Le Conseil des gouverneurs a également décidé, en juillet, de ramener à 0 % la
réserves obligatoires à 0 %,
améliorant l’efficacité de la politique rémunération des réserves obligatoires précédemment fixée au taux de la facilité de
monétaire dépôt. L’objectif de cette décision était de maintenir l’efficacité de la politique
monétaire en gardant le contrôle sur l’orientation de la politique monétaire tout en
assurant la transmission intégrale des décisions en matière de taux d’intérêt aux
marchés monétaires. Elle a également amélioré l’efficacité de la politique monétaire
en réduisant les charges d’intérêts globales liées aux réserves, tout en atteignant le
même degré de restriction monétaire.

L’inflation ne montrant pratiquement aucun progrès en août par rapport au taux


de 5,3 % enregistré en juillet et les perspectives d’inflation présentées dans les
projections de septembre établies par les services de la BCE ayant été révisées à la
hausse pour 2023 et 2024, principalement en raison d’une trajectoire plus élevée
des prix de l’énergie, le Conseil des gouverneurs a de nouveau relevé les taux
directeurs de la BCE de 25 points de base lors de sa réunion de septembre. La
hausse cumulée sur 2023 est ainsi ressortie à 200 points de base et le taux de la
facilité de dépôt à 4 % (graphique 2.1).

Rapport annuel 2023 de la BCE 36


Graphique 2.1
Modifications des taux d’intérêt directeurs de la BCE
(en points de pourcentage)

Source : BCE.

...et a déclaré que le maintien des Toutefois, il était envisagé que l’économie demeure atone au cours des mois
taux directeurs aux niveaux actuels
pendant une durée suffisamment suivants, après avoir stagné au premier semestre de l’année. L’impact croissant des
longue contribuerait fortement au mesures de resserrement du Conseil des gouverneurs sur la demande intérieure,
retour au plus tôt de l’inflation à la
cible conjugué à un environnement difficile pour le commercial international, a conduit les
services de la BCE à réviser nettement à la baisse leurs projections relatives à la
croissance économique en septembre 2023. En outre, alors que les tensions sous-
jacentes sur les prix persistaient à des niveaux élevés, la plupart des indicateurs ont
commencé à fléchir et la trajectoire projetée de l’inflation hors énergie et produits
alimentaires a également été légèrement révisée à la baisse. Sur la base de son
évaluation actualisée, le Conseil des gouverneurs a également considéré que les
taux d’intérêt directeurs de la BCE avaient atteint des niveaux qui, maintenus
pendant une durée suffisamment longue, contribueraient fortement au retour au plus
tôt de l’inflation au niveau de la cible.

Octobre a mis fin à la plus longue Après dix relèvements consécutifs, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser
période de hausses consécutives
des taux d’intérêt de l’histoire de inchangés les taux directeurs de la BCE lors de sa réunion d’octobre. Depuis le
l’euro début des hausses de taux en juillet 2022, la BCE a porté le taux de la facilité de
dépôt de – 0,50 % à 4 % en septembre 2023. Même s’il était encore prévu que
l’inflation reste durablement élevée en raison de fortes tensions d’origine interne sur
les prix, elle a continué de diminuer nettement en septembre, revenant à 4,3 %.
Cette baisse s’est accompagnée d’un fléchissement des mesures de l’inflation sous-
jacente. Les risques géopolitiques accrus liés, à partir d’octobre, au conflit au
Moyen-Orient ont également encore davantage souligné l’importance de l’approche
du Conseil des gouverneurs fondée sur les données pour déterminer le niveau et la
durée appropriés de la restriction appliquée dans ses taux directeurs.

L’inflation est revenue à 2,4 % en Vers la fin de l’année, l’inflation a continué de diminuer, pour s’établir à 2,4 % en
novembre
novembre. Toutefois, lors de sa réunion de décembre, le Conseil des gouverneurs a
estimé qu’elle repartirait probablement temporairement à la hausse à court terme, en
raison d’effets de base. L’inflation sous-jacente a continué de ralentir. Les

Rapport annuel 2023 de la BCE 37


projections macroéconomiques des services de l’Eurosystème ont suggéré que
l’inflation reprendrait sa baisse progressive en 2024. Dans le même temps, les
tensions sur les prix intérieurs ont été considérées comme restant élevées, en raison
principalement d’une croissance soutenue des coûts unitaires de main-d’œuvre.

Le Conseil des gouverneurs a Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs a décidé, lors de sa réunion de
maintenu ses taux inchangés et
décidé d’avancer la normalisation décembre, de laisser ses taux directeurs inchangés.
du bilan de l’Eurosystème
Il a également décidé en décembre d’avancer la normalisation du bilan de
l’Eurosystème. Il a exprimé son intention de réinvestir, en totalité, les
remboursements au titre du principal des titres du PEPP arrivant à échéance jusqu’à
mi-2024, avant de réduire le portefeuille de 7,5 milliards d’euros par mois en
moyenne jusqu’à la fin de l’année et de cesser les réinvestissements par la suite.

2.2 Les évolutions du bilan de l’Eurosystème à mesure que


la politique monétaire continue de se resserrer
Le bilan de l’Eurosystème a été En 2023, le bilan de l’Eurosystème a poursuivi la réduction progressive commencée
progressivement réduit, avec la fin
des réinvestissements au titre de en 2022 avec la normalisation de la politique monétaire. Il a encore diminué avec la
l’APP et l’arrivée à échéance des fin des phases de réinvestissement total et partiel de l’APP en février et juin,
opérations TLTRO III
respectivement. Dans le cadre du PEPP, l’Eurosystème a poursuivi les
réinvestissements en totalité tout au long de l’année. Fin 2023, le bilan était revenu
à 6 900 milliards d’euros, principalement en raison de l’arrivée à échéance
d’opérations TLTRO III, ainsi que de remboursements anticipés et, dans une
certaine mesure également, du fait que le portefeuille de l’APP a commencé à être
liquidé.

Fin 2023, les actifs liés à la politique monétaire figurant au bilan de l’Eurosystème
s’élevaient à 5 100 milliards d’euros, soit une baisse de 1 200 milliards par rapport à
fin 2022. Les prêts aux établissements de crédit de la zone euro représentaient 6 %
du total des actifs (après 17 % fin 2022) et les actifs acquis à des fins de politique
monétaire, 68 % du total des actifs (après 62 % fin 2022). Les autres actifs financiers
figurant au bilan étaient principalement constitués d’avoirs en devises étrangères,
d’or et de portefeuilles de titres libellés en euros autres que ceux détenus à des fins
de politique monétaire.

Au passif, le montant global des avoirs de réserve des établissements de crédit et du


recours à la facilité de dépôt est ressorti en baisse à 3 500 milliards d’euros fin 2023
(après 4 000 milliards fin 2022) et représentait 51 % du passif total (après 50 %
fin 2022). Les billets en circulation sont restés pratiquement inchangés,
à 1 600 milliards d’euros et représentaient 23 % du passif total (après 20 %).

En 2023, après l’annonce de décembre 2022, l’Eurosystème a travaillé à la révision


de son cadre opérationnel pour le pilotage des taux d’intérêt à court terme, qui s’est
achevée en mars 2024.

Rapport annuel 2023 de la BCE 38


Graphique 2.2
Évolution du bilan consolidé de l’Eurosystème
(en milliards d’euros)

Source : BCE.
Notes : Les chiffres positifs se rapportent à l’actif et les chiffres négatifs au passif. La ligne de l’excédent de liquidité est présentée
comme un chiffre positif bien qu’elle corresponde à la somme des rubriques suivantes du passif : excédent des avoirs en compte
courant par rapport aux réserves obligatoires et recours à la facilité de dépôt.

L’adoption de l’euro par la Croatie le 1er janvier 2023 et l’intégration du bilan de la


Banque nationale de Croatie (Hrvatska narodna banka) dans le bilan consolidé de
l’Eurosystème a accru le total de ses actifs et de ses passifs de 45 milliards d’euros.

Distribution des portefeuilles de l’APP et du PEPP selon les


catégories d’actifs et les juridictions
Le retrait des programmes d’achats L’APP comprend quatre programmes d’achats d’actifs : le troisième programme
a été bien absorbé par les marchés
d’achats d’obligations sécurisées (CBPP3), le programme d’achats de titres adossés
à des actifs (ABSPP), le programme d’achats de titres du secteur public (PSPP) et le
programme d’achats de titres du secteur des entreprises (CSPP). Le PEPP a été
mis en place en 2020 pour faire face à la pandémie. Toutes les catégories d’actifs
éligibles dans le cadre de l’APP le sont également dans le cadre du PEPP ; une
dérogation aux exigences d’éligibilité a été temporairement accordée dans le cadre
du PEPP pour les titres émis par la République hellénique 25.

En décembre 2021, le Conseil des gouverneurs a confirmé son intention d’amorcer


la normalisation progressive de sa politique monétaire, en réduisant le rythme de ses
acquisitions de titres pour le PEPP et, par la suite, l’APP. Le Conseil a annoncé la fin
des achats nets d’actifs dans le cadre du PEPP et, en mars 2022, a donné une date
de fin attendue pour les achats nets dans le cadre de l’APP. L’Eurosystème a mis fin
aux achats nets dans le cadre du PEPP au 1er avril 2022 et a continué de réinvestir

25 La dérogation a été accordée au lancement du PEPP et est restée en place jusqu’en septembre 2023.
Ce même mois, la notation de crédit pertinente ayant été relevée au niveau bien noté (investment
grade), la dérogation n’était donc plus nécessaire.

Rapport annuel 2023 de la BCE 39


(en totalité) les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance
acquis dans le cadre du programme. Il a mis fin aux achats nets dans le cadre de
l’APP au 1er juillet 2022 et a commencé à ne réinvestir (en totalité) que les
remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance. Il a ensuite
décidé de réduire les avoirs de l’Eurosystème dans le cadre de l’APP à un rythme
mesuré et prévisible via le réinvestissement partiel des remboursements au titre du
principal des titres arrivant à échéance entre mars et juin 2023, garantissant ainsi le
maintien d’une présence continue de l’Eurosystème sur le marché au titre de l’APP
au cours de cette période. Enfin, le Conseil des gouverneurs a confirmé le
15 juin 2023 qu’il interromprait les réinvestissements dans le cadre de l’APP à partir
de juillet 2023. Pour le PEPP, les réinvestissements en totalité se sont poursuivis
jusqu’à fin 2022 et tout au long de 2023. Le 14 décembre 2023, le Conseil des
gouverneurs a annoncé son intention de poursuivre les réinvestissements, en
totalité, des remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance
acquis dans le cadre du PEPP pendant le premier semestre 2024 et de réduire le
portefeuille du PEPP de 7,5 milliards d’euros par mois en moyenne au second
semestre 2024, avant d’interrompre les réinvestissements dans le cadre du PEPP à
la fin de la même année. Les achats au titre des réinvestissements ont continué
d’être réalisés sans heurt et conformément aux conditions de marché respectives en
vigueur.

La taille du portefeuille de l’APP est demeurée stable pendant la phase de


réinvestissement total, de juillet 2022 à février 2023. Pendant la phase de
réinvestissement partiel, de mars à juin 2023, elle a baissé de 60 milliards d’euros, à
un rythme moyen de 15 milliards d’euros par mois, avant le début de la liquidation
intégrale en juillet 2023. Globalement, les détentions au titre de l’APP sont revenues
de 3 254 milliards d’euros (au coût amorti) fin 2022 à 3 026 milliards d’euros
fin 2023. Le PSPP constituait la part la plus importante de ces avoirs,
avec 2 403 milliards d’euros, soit 79 % du total des avoirs détenus dans le cadre de
l’APP à la fin de l’année. Dans le cadre du PSPP, les remboursements ont en
général été réinvestis dans la juridiction dans laquelle les remboursements au titre
du principal étaient attendus. De plus, quelques banques centrales nationales ont
acheté des titres émis par des institutions supranationales de l’UE. Fin 2023,
l’échéance moyenne pondérée des avoirs détenus dans le cadre du PSPP ressortait
à 7,0 ans, avec quelques variations d’une juridiction à l’autre. L’ABSPP représentait
moins de 1 % (13 milliards d’euros) du total des avoirs au titre de l’APP à la fin de
l’année, le CBPP3 9 % (286 milliards) et le CSPP 11 % (324 milliards). Les achats
d’obligations d’entreprises et d’obligations sécurisées ont été guidés par des
classements comparatifs reflétant la capitalisation boursière de l’ensemble des
obligations d’entreprises et des obligations sécurisées éligibles, respectivement.
L’Eurosystème a continué d’orienter ses achats de titres du secteur des entreprises
vers les émetteurs présentant de meilleures performances climatiques et a réalisé
ses premières publications d’informations financières en matière de climat relatives
aux détentions de titres d’entreprises dans le cadre du CSPP et du PEPP, ainsi que
pour ses portefeuilles ne relevant pas de la politique monétaire – cf. section 11.5.
Les achats de titres dans le cadre de l’APP ont été mis en œuvre sans heurt au
premier semestre 2023. La phase de réinvestissement partiel et l’arrêt des achats

Rapport annuel 2023 de la BCE 40


ont été bien absorbés par les marchés financiers et n’ont pas causé de perturbations
majeures.

Fin 2023, les avoirs au titre du PEPP s’élevaient à 1 700 milliards d’euros (au coût
amorti). Les portefeuilles d’obligations sécurisées représentaient moins de 1 %
(6 milliards d’euros) du total, les avoirs en titres du secteur des entreprises 3 %
(46 milliards) et les avoirs en titres du secteur public 97 % (1 614 milliards) 26.
L’échéance moyenne pondérée des titres du secteur public détenus dans le cadre
du PEPP est ressortie à 7,3 ans fin 2023, avec des différences d’une juridiction à
l’autre.

Les remboursements de titres du secteur privé dans le cadre de l’APP et du PEPP


ont représenté 80 milliards d’euros en 2023, tandis que les remboursements de titres
du secteur public dans le cadre du PSPP et du PEPP ont représenté 438 milliards.
Les réinvestissements dans le cadre de l’APP et du PEPP se sont établis
à 36 milliards d’euros pour les titres du secteur privé et à 271 milliards pour les titres
du secteur public. Étant donné les remboursements importants et inégalement
répartis, les réinvestissements au titre du secteur public ont été lissés entre les
différentes juridictions et dans le temps afin de garantir une présence régulière et
équilibrée sur le marché, en tenant dûment compte de la formation des prix de
marché et de considérations relatives au fonctionnement des marchés. Ce
mécanisme de lissage a conduit à des écarts temporaires additionnels des avoirs au
titre du PEPP relativement à une allocation conforme à la clef de répartition du
capital de l’Eurosystème, mais ces écarts ont été largement inversés avant la fin de
la période de lissage, qui correspond à l’année civile au cours de laquelle les
remboursements interviennent.

Les actifs acquis dans le cadre du PSPP, du CSPP, du CBPP3 et du PEPP ont
continué d’être mis à disposition à des fins de prêts de titres, en vue de soutenir la
liquidité du marché obligataire et du marché repo. En 2023, les conditions sur le
marché repo se sont nettement améliorées par rapport à l’année précédente, ce qui
s’est reflété dans une baisse des volumes de prêts.

Évolutions des opérations de refinancement de l’Eurosystème

Fin 2023, l’encours des opérations de refinancement de l’Eurosystème s’élevait


à 410 milliards d’euros, soit une baisse de 914 milliards par rapport à fin 2022. Cette
variation reflète principalement les remboursements volontaires anticipés
(312,5 milliards d’euros) et l’arrivée à échéance d’opérations (612,9 milliards) dans
le cadre de la série des TLTRO III. L’échéance moyenne pondérée des opérations
de refinancement en cours de l’Eurosystème a diminué, revenant d’environ
10,5 mois fin 2022 à 5,2 mois fin 2023.

26 Le total dépasse 100 % en raison des arrondis.

Rapport annuel 2023 de la BCE 41


Levée progressive des mesures d’assouplissement des garanties
prises en réponse à la pandémie

En mars 2022, la BCE a annoncé la levée progressive des mesures


d’assouplissement des garanties introduites en réponse à la pandémie. Ces
mesures constituaient un élément essentiel des mesures de politique monétaire
prises par la BCE pour faire face à la pandémie, facilitant l’accès des contreparties
aux opérations de crédit de l’Eurosystème en augmentant le volume des garanties
éligibles. Les mesures portaient essentiellement sur la réduction temporaire des
décotes sur l’ensemble des catégories d’actifs dans une proportion fixe de 20 % et
sur l’élargissement temporaire des dispositifs relatifs aux créances privées
additionnelles (additional credit claim, ACC) mis en œuvre par certaines banques
centrales nationales.

La suppression progressive a commencé en juillet 2022. Dans une deuxième étape,


qui est entrée en vigueur le 29 juin 2023, la réduction temporaire des décotes sur les
actifs négociables et non négociables a été totalement supprimée par la mise en
œuvre d’un nouveau barème de décote, marquant ainsi le retour au niveau pré-
pandémique de tolérance au risque de la BCE pour les opérations de crédit 27.

Une troisième étape de la levée progressive des mesures d’assouplissement des


garanties prises en réponse à la pandémie sera un examen complet des dispositifs
ACC. Certaines banques centrales nationales ont mis fin à leurs dispositifs ACC soit
en intégralité soit en partie courant 2023 ou avant 28. En novembre 2023, la BCE a
annoncé la fin de l’éligibilité des titres de créance à court terme comme garantie
conformément à l’orientation relative à des mesures temporaires concernant
l’éligibilité des garanties 29, ainsi que de certains éléments spécifiques des dispositifs
ACC. De plus, la BCE a décidé de restaurer le seuil minimal de 25 000 euros pour
les créances privées domestiques acceptées en garantie au plan domestique, ainsi
que de prolonger la validité des dispositifs ACC avec les éléments qui ont été
conservés, au moins jusqu’à fin 2024. Ces décisions seront mises en œuvre
courant 2024.

En septembre 2023, la notation de crédit applicable à la République hellénique a été


relevée de l’échelon 4 de qualité du crédit à l’échelon 3 sur l’échelle de notation
harmonisée de l’Eurosystème (de BB+ à BBB-), positionnant tous les instruments de
dette émis par l’administration centrale de la République hellénique au niveau
investment grade (bien noté) 30. Les titres de créance émis par l’administration
centrale de la République hellénique, qui bénéficiaient auparavant d’une dérogation
incluse dans l’orientation relative aux mesures temporaires concernant l’éligibilité

27 La date d’entrée en vigueur tient compte de la date de l’opération TLTRO III arrivée à échéance en juin.
28 L’impact sur les garanties de la suppression de certains éléments des dispositifs ACC a été
particulièrement notable pour l’Espagne, la France et le Portugal.
29 Orientation de la Banque centrale européenne du 9 juillet 2014 relative à des mesures temporaires
supplémentaires concernant les opérations de refinancement de l’Eurosystème et l’éligibilité des
garanties et modifiant l’orientation BCE/2007/9 (BCE/2014/31) (JO L 240 du 13.08.2014, p. 28)
30 Pour une évaluation des effets financiers et économiques attendus du relèvement au niveau
investment grade (bien noté) sur l’économie grecque, cf. Anastasatou (M.), Balfoussia (H.),
Bragoudakis (Z.), Malliaropulos (D.), Migiakis (P.), Papageorgiou (D.) et Petroulas (P.), « Effects of a
sovereign credit rating upgrade to investment grade on the Greek economy », Economic Bulletin, no 58,
Banque de Grèce, 2023, p. 7-28.

Rapport annuel 2023 de la BCE 42


des garanties sont donc, à compter de septembre 2023, soumises aux critères
d’éligibilité du dispositif de garanties général.

Évolutions des actifs négociables éligibles et des garanties


mobilisées

Le montant nominal des actifs négociables éligibles a augmenté de 1 200 milliards


d’euros en 2023 pour atteindre un niveau de 18 300 milliards en fin d’année
(graphique 2.3). Les titres des administrations centrales sont demeurés la catégorie
d’actifs la plus importante (9 900 milliards d’euros). Les autres catégories d’actifs
comprenaient les obligations d’entreprises (1 900 milliards d’euros), les obligations
bancaires sécurisées (1 800 milliards) et les obligations bancaires non garanties
(2 000 milliards). Les titres des administrations régionales (603 milliards d’euros), les
titres adossés à des actifs (600 milliards) et les autres actifs négociables
(1 400 milliards) représentaient chacun une fraction relativement faible de l’univers
des actifs éligibles.

Graphique 2.3
Évolutions des actifs négociables éligibles
(en milliards d’euros)

Source : BCE.
Notes : Les valeurs des actifs sont des montants nominaux. Le graphique présente les moyennes des données de fin de mois pour
chaque période.

Entre l’ajustement des taux d’intérêt applicables aux TLTRO III en novembre 2022 et
fin 2023, les contreparties ont remboursé 80 % de leur encours de crédit, ce qui s’est
accompagné d’une réduction importante des garanties mobilisées, de plus de
900 milliards d’euros (graphique 2.4). Après les remboursements anticipés réalisés
entre novembre 2022 et janvier 2023, les contreparties ont démobilisé plus
particulièrement les obligations d’État, qui ont un coût d’opportunité relativement
élevé et peuvent être utilisés pour financer des opérations repo privées. De plus,
elles ont démobilisé plus de 250 milliards d’euros d’obligations sécurisées et de titres
adossés à des actifs en 2023. L’arrivée à échéance de l’opération TLTRO III en juin
2023 s’est également accompagnée d’une importante réduction des garanties

Rapport annuel 2023 de la BCE 43


mobilisées (environ 300 milliards d’euros), soit 60 % du crédit net remboursé ce jour-
là. Toutefois, les deux tiers de cette baisse des garanties mobilisées sont dus à la
levée progressive partielle des mesures d’assouplissement des garanties prises en
réponse à la pandémie, en particulier la suppression progressive de certains pools
d’ACC en France et l’annulation de la réduction restante de 10 % des décotes.

Graphique 2.4
Évolutions des garanties mobilisées
(en milliards d’euros)

Source : BCE.
S’agissant des garanties, les données présentées sont des moyennes de fin de mois pour chaque période, après valorisation et
décotes. Concernant l’encours des crédits, les données quotidiennes sont utilisées.

2.3 Gérer les risques financiers liés aux instruments de


politique monétaire
L’Eurosystème gère en permanence les risques financiers inhérents à la mise en
œuvre de ses opérations de politique monétaire. Sa fonction de gestion des risques
vise à parvenir à un équilibre entre risque et efficacité, c’est-à-dire à atteindre les
objectifs de politique monétaire avec le minimum de risques possible 31.

Les pertes ont découlé La BCE a relevé ses taux directeurs plusieurs fois en 2023 afin de ramener l’inflation
d’inadéquations entre les actifs et
les passifs en matière de sensibilité à la cible de 2 % à moyen terme fixée par le Conseil des gouverneurs. Cela a
aux taux d’intérêt augmenté le coût du passif au bilan des banques centrales de l’Eurosystème, alors
que le revenu généré par leurs portefeuilles de titres de l’APP et du PEPP, ainsi que
par les TLTRO III, est demeuré faible. Cela s’est traduit par un revenu d’intérêt
négatif, qui peut être partiellement couvert par les coussins financiers constitués au
cours des années précédentes. Si ces coussins sont pleinement utilisés, toute perte
restante est comptabilisée au bilan. Toutefois, ces pertes peuvent être compensées
par les bénéfices futurs et n’affectent pas la capacité des banques centrales de

31 Cf. « The financial risk management of the Eurosystem’s monetary policy operations », BCE,
juillet 2015.

Rapport annuel 2023 de la BCE 44


l’Eurosystème à fonctionner efficacement. À terme, l’asymétrie entre les actifs et les
passifs de l’Eurosystème devrait diminuer, ce qui améliorera son compte de
résultat 32.

Les principales modifications du cadre de gestion des risques de l’Eurosystème en


2023 ont été une plus grande diversification de ses sources d’évaluation du crédit et
une orientation plus nette des achats de titres du secteur des entreprises vers les
émetteurs ayant une meilleure performance climatique.

Une plus grande diversification des sources d’évaluation du crédit

2023 a été marquée par l’acceptation de sources supplémentaires d’évaluation du


crédit au sein du dispositif d’évaluation du crédit de l’Eurosystème (Eurosystem
Credit Assessment Framework, ECAF). L’ECAF est un cadre de gestion des risques
utilisé par l’Eurosystème pour atténuer le risque de crédit des actifs utilisés dans les
opérations de politique monétaire. Il définit les procédures, règles et techniques qui
garantissent que l’exigence, par l’Eurosystème, de normes élevées en matière de
crédit pour l’ensemble des actifs éligibles soit satisfaite en permanence. Cela
implique l’évaluation, l’acceptation et le suivi de différents types de sources
d’évaluation du crédit.

Le système interne d’évaluation du En avril 2023, le Conseil des gouverneurs a décidé d’accepter le système interne
crédit de la Banque de Grèce a été
accepté comme source d’évaluation d’évaluation du crédit de la Banque de Grèce, qui fournit des évaluations des entités
du crédit juridiques grecques du secteur non financier, comme source d’évaluation du crédit.
Ces évaluations peuvent désormais être utilisées pour déterminer l’éligibilité des
créances privées sur les sociétés non financières grecques en garantie des
opérations de crédit de l’Eurosystème et les décotes qui leur sont appliquées. Le
système interne d’évaluation du crédit de la Banque de Grèce est l’un des neuf
systèmes d’évaluation du crédit de banque centrale nationale actuellement acceptés
par le Conseil des gouverneurs.

Scope Ratings GmbH est agréé En novembre, le Conseil des gouverneurs a décidé d’agréer Scope Ratings GmbH
comme nouvelle agence externe de
notation du crédit comme nouvel organisme externe d’évaluation du crédit (external credit assessment
institution, ECAI), après une évaluation approfondie par l’Eurosystème de la
candidature de cette entreprise sur la base des critères d’agrément de
l’Eurosystème pour les ECAI. L’évaluation a pris en considération des critères
quantitatifs et qualitatifs, ainsi que tout commentaire pertinent formulé par l’Autorité
européenne des marchés financiers (European Securities and Markets Authority,
ESMA) en matière de supervision bancaire. Les notations fournies par Scope
Ratings seront utilisées avec les notations des ECAI déjà agréées (DBRS
Morningstar, Fitch Ratings, Moody’s et S&P Global Ratings) pour déterminer
l’éligibilité des actifs acceptés en garantie des opérations de politique monétaire et
les décotes qui leur seront appliquées une fois achevé le processus d’intégration de
Scope Ratings au sein de l’infrastructure informatique de l’Eurosystème.

32 Cf. la note explicative « D’où proviennent les bénéfices et les pertes de la BCE et des banques
centrales nationales de la zone euro ? », BCE, actualisé le 19 mai 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 45


Gérer les risques liés aux achats d’actifs réalisés dans le cadre de
l’APP et du PEPP
Les risques financiers liés aux En 2023, le réinvestissement des remboursements au titre du principal des titres
achats d’actifs ont continué d’être
gérés sur la base de cadres de arrivant à échéance a continué d’être mené aux fins de la politique monétaire dans
contrôle des risques spécifiques à le cadre du PEPP et, jusqu’à fin juin, dans le cadre de l’APP également. Les risques
chaque classe d’actifs
financiers liés à ces programmes sont gérés sur la base de cadres de contrôle des
risques financiers spécifiques qui prennent en compte les objectifs de politique
monétaire de chaque programme et les caractéristiques et les profils de risque des
différents types d’actifs achetés. Les cadres comportent des critères d’éligibilité, des
évaluations du risque de crédit et des procédures de diligence raisonnable, des
cadres de valorisation, des portefeuilles de référence et des limites. Ils s’appliquaient
aux achats nets d’actifs et continuent de s’appliquer au réinvestissement des
remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance, ainsi qu’aux
avoirs détenus aussi longtemps qu’ils demeurent inscrits au bilan de l’Eurosystème.
Les principaux éléments de ces cadres, tels que résumés dans le tableau 2.1 de la
section 2.3 du Rapport annuel 2022 de la BCE, restent valides. S’agissant des titres
du secteur des entreprises, l’Eurosystème a appliqué une orientation plus nette de
ses réinvestissements des remboursements au titre du principal des titres arrivant à
échéance vers des émetteurs ayant une meilleure performance climatique dès le
début des réinvestissements partiels au titre de l’APP en mars 2023.

Encadré 3
L’évolution de l’excédent de liquidité et son impact sur le taux du marché des opérations
non garanties en euros

Cet encadré analyse les effets de la réduction du bilan de l’Eurosystème sur le marché monétaire
en euros. La contraction de l’excédent de liquidité résultant de la réduction du bilan n’a pas
perturbé la transmission des modifications des taux d’intérêt directeurs de la BCE aux taux du
marché monétaire des opérations en blanc. Toutefois, une asymétrie est apparue en 2023 dans la
réaction du spread entre le taux à court terme en euros (€STR) et le taux de la facilité de dépôt de
la BCE, qui a été moins sensible à la réabsorption de l’excédent de liquidité qu’à l’injection
antérieure de liquidité. Une analyse préliminaire suggère que ce phénomène est probablement
temporaire.

Le nouveau resserrement de la politique monétaire a réduit la liquidité

Le taux de la facilité de dépôt n’étant plus négatif et en raison du recalibrage des conditions pour
les TLTRO III, l’excédent de liquidité s’est réduit, revenant de 4 400 milliards d’euros le 27 juillet
2022 à 3 300 milliards d’euros le 31 décembre 2023 (graphique A, partie a). Cette réduction, à
hauteur de 1 100 milliards d’euros, résulte principalement du remboursement de 1 700 milliards
d’euros empruntés par les banques dans le cadre des TLTRO III. L’arrivée à échéance des avoirs
de l’Eurosystème détenus au titre du programme d’achats d’actifs (asset purchase programme,
APP) a également contribué à cette baisse, les remboursements qui n’étaient pas réinvestis
absorbant 300 milliards d’euros. À l’inverse, l’évolution des facteurs autonomes a permis de
réinjecter 900 milliards d’euros de liquidités excédentaires dans le système, reflétant une réduction
des dépôts ne relevant pas de la politique monétaire détenus par les clients institutionnels auprès

Rapport annuel 2023 de la BCE 46


de l’Eurosystème. Cette réduction s’est effectuée progressivement, après des ajustements de la
rémunération de ces dépôts.

La diminution de la liquidité n’a pas réduit l’écart entre l’€STR et le taux de la facilité de dépôt

Les données historiques suggèrent qu’une baisse importante de l’excédent de liquidité devrait
entraîner une réduction de l’écart entre l’€STR et le taux de la facilité de dépôt. Néanmoins, la
diminution récente de l’excédent de liquidité n’a pas abouti à une compression de cet écart
(graphique A, partie b), lequel s’est élargi jusqu’au second semestre 2022 puis stabilisé à près de
– 10 points de base à partir de novembre 2022. Cette rupture par rapport aux profils historiques
soulève la question de savoir s’il s’agit d’un phénomène temporaire ou d’une transformation
structurelle.

Graphique A
Évolution de l’excédent de liquidité
a) Excédent de liquidité et composantes b) Excédent de liquidité et écart €STR/taux de la
facilité de dépôt
(en milliers de milliards d’euros) (axe des abscisses : excédent de liquidité en milliers de milliards d’euros ;
axe des ordonnées : écart en points de base)

Sources : BCE (base de données sur les opérations de marché), Bloomberg et calculs des services de l’Eurosystème.
Notes : Partie a) : le taux de la facilité de dépôt a été négatif jusqu’au 26 juillet 2022, puis il est passé de –0,50 % à 0,00 % le 27 juillet. Partie b) : le taux de la
facilité de dépôt a été négatif du 1er octobre 2019 au 26 juillet 2022 (période couverte par ce graphique). Le taux de la facilité de dépôt a été égal à zéro du
27 juillet 2022 au 13 septembre 2022. Le taux de la facilité de dépôt est positif depuis le 14 septembre 2022, date à laquelle il a été relevé de 0,00 % à
0,75 %.

Déterminants

La désactivation effective du système à deux paliers pour la rémunération des réserves


excédentaires des banques en juillet 2022 a permis de disposer de 1 000 milliards d’euros
supplémentaires de liquidités excédentaires à des fins de négociation (graphique B, partie a).
Pendant la période de taux négatifs et à la suite de l’introduction du système à deux paliers en
octobre 2019, l’excédent de liquidité effectivement disponible à des fins de négociation était
inférieur au montant total de l’excédent de liquidité, une partie de cet excédent détenu auprès de
l’Eurosystème bénéficiant d’une rémunération favorable (c’est-à-dire qu’elle était exemptée de taux
d’intérêt négatifs). La fin des taux d’intérêt négatifs en juillet 2022 a mis un terme à cet avantage.

Rapport annuel 2023 de la BCE 47


La libération de fonds négociables supplémentaires a soutenu, entre autres, les opérations des
banques sur les dépôts à vue non garantis.

D’après l’ensemble de données relatif aux statistiques des marchés monétaires (money market
statistical reporting, MMSR), les emprunts non garantis sont passés d’une moyenne quotidienne
de 120 milliards d’euros pendant la période de taux négatif de la facilité de dépôt en 2021 et 2022
à 210 milliards d’euros fin 2023, cette hausse concernant l’ensemble des secteurs de contrepartie
(graphique B, partie b). Le retour à des taux positifs et la fin du système à deux paliers ont ainsi
entraîné une hausse notable de l’offre sur le compartiment des opérations en blanc.

Dans un contexte d’offre excédentaire, les banques ont bénéficié d’un pouvoir de marché plus
important dans la négociation des taux d’intérêt avec leurs clients, comme cela apparaît clairement
dans la plus grande dispersion de leurs contributions au calcul du €STR, la majorité tirant le taux
vers le bas. Si les investisseurs fournissant des fonds ont privilégié les échéances courtes, car ils
anticipaient une hausse des taux de la BCE, les banques n’ont montré que peu d’appétence pour
ces échéances qui n’ont pas d’effet positif sur les mesures réglementaires de la liquidité tout en
augmentant de façon coûteuse la taille totale de leur bilan. Les banques ont donc tendance à
facturer une prime aux déposants pour compenser l’effet négatif de ces dépôts sur leur ratio de
levier. Cette prime a exercé une pression à la baisse sur l’€STR, en particulier aux dates de
déclaration trimestrielle et de fin d’année.

Graphique B
Activité de négociation
a) Excédent de liquidité négociable et écart b) Emprunts non garantis par secteur de
€STR/taux de la facilité de dépôt contrepartie
(échelle de gauche : excédent de liquidité en milliers de milliards d’euros ; (en milliards d’euros)
échelle de droite : écart en points de base)

Sources : BCE (base de données sur les opérations de marché, MMSR), Bloomberg et calculs des services de l’Eurosystème.
Notes : Partie a) : le taux de la facilité de dépôt a été négatif jusqu’au 26 juillet 2022, puis il est passé de – 0,50 % à 0,00 % le 27 juillet. « Réserves
exonérées » se réfère à la part de l’excédent de liquidité exemptée d’une rémunération négative au titre du système à deux paliers. Partie b) : le taux de la
facilité de dépôt est positif depuis le 14 septembre 2022, date à laquelle il a été relevé de 0,00 % à 0,75 %. Le montant des transactions indiqué dans le
graphique comprend tous les dépôts à vue à court terme en euros, les dépôts des sociétés non financières, les comptes de dépôt à vue rémunérés (call
accounts) et d’autres emprunts résiduels d’une durée inférieure ou égale à un an. SNF : sociétés non financières. « Autre » se rapporte aux fonds
d’investissement (à l’exception des fonds d’investissement monétaires), aux fonds de pension et aux caisses d’assurance, ainsi qu’aux secteurs résiduels.

Rapport annuel 2023 de la BCE 48


L’absence de compression du spread pourrait être un phénomène temporaire

En conclusion, l’absence de compression du spread entre l’€STR et le taux de la facilité de dépôt


pourrait être un phénomène temporaire car, dans un contexte d’offre excédentaire, les banques
conservent leur pouvoir de marché pour négocier le prix des dépôts à court terme en vue de couvrir
les effets sur les ratios réglementaires. Un réalignement de l’€STR et du taux de la facilité de dépôt
pourrait encore avoir lieu à mesure que la baisse des niveaux de liquidités excédentaires se
poursuivra, ce qui pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs entre l’offre et la demande d’espèces.

Rapport annuel 2023 de la BCE 49


3 Un secteur financier européen résilient,
mais évoluant dans un environnement
de stabilité financière fragile

Les banques de la zone euro se sont montrées résilientes en 2023, en particulier


face aux faillites de banques aux États-Unis et en Suisse. Elles ont bénéficié des
progrès réalisés sur plusieurs fronts, ainsi que de l’engagement prudentiel continu.
L’environnement de la stabilité financière est néanmoins demeuré fragile, le
durcissement des conditions financières affectant l’économie réelle et le secteur
financier. Les autorités nationales ont continué à mettre en place les coussins
macroprudentiels ou à les durcir pour accroître la solidité du secteur bancaire. De
plus, les cadres réglementaires pour les banques ainsi que pour l’infrastructure et les
innovations financières ont été renforcés afin d’accroître la résilience à long terme du
système financier.

3.1 L’environnement de la stabilité financière en 2023


L’environnement de la stabilité L’environnement de la stabilité financière dans la zone euro est resté fragile
financière dans la zone euro est
resté fragile en 2023, reflétant un ensemble de défis liés à l’inflation élevée, au durcissement des
conditions financières, aux perspectives de croissance plus faibles et aux récentes
tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui s’ajoutent aux effets de la guerre
actuelle menée par la Russie contre l’Ukraine. En mars 2023, les faillites de banques
aux États-Unis et en Suisse ont déclenché un choc financier puissant mais
finalement de courte durée, grâce à une action résolue des autorités qui a entraîné
un déplacement rapide des préoccupations relatives à la stabilité financière vers
d’autres questions, telles que les effets des taux d’intérêt élevés et les risques
baissiers pesant sur la croissance. Le relèvement des taux directeurs de la BCE a
continué de pousser progressivement à la hausse les coûts de financement dans
tous les secteurs de l’économie. Toutefois, l’allongement des périodes de fixation
des taux d’intérêt pour les prêts octroyés les années précédentes, ainsi que la
résistance des marchés du travail et l’accumulation d’épargne, ont atténué les
implications en termes de risque de crédit de la hausse des coûts d’emprunt pour les
emprunteurs tout au long de l’année. De manière générale, la qualité des actifs des
banques de la zone euro est restée solide, mais les pertes sur prêts des banques
ont commencé à croître, bien qu’à partir de niveaux faibles, et les entités du secteur
de l’intermédiation financière non bancaire ont continué de faire face à un risque de
crédit élevé lié à un plus grand nombre de dégradations de notation de leurs
portefeuilles d’obligations.

Les conditions financières se sont Les emprunteurs souverains de la zone euro, ayant bénéficié des taux d’intérêt bas
durcies et les coûts du service de la
dette ont augmenté pour les des années antérieures et soutenus par l’instrument de protection de la transmission
ménages, les entreprises et les de la BCE, ont observé une hausse généralisée des coûts de financement en 2023,
administrations publiques
avec une dispersion limitée entre pays au cours de l’année. Néanmoins, les

Rapport annuel 2023 de la BCE 50


gouvernements devant renouveler les dettes arrivant à échéance à des taux d’intérêt
plus élevés, leurs coûts de financement demeurent sensibles à l’évolution des
fondamentaux budgétaires, notamment au risque de dérapage budgétaire, qui
pourrait raviver des craintes quant à la soutenabilité de la dette souveraine. Dans le
même temps, toute dynamique injustifiée et désordonnée sur le marché de la dette
souveraine peut être contrée par la flexibilité des réinvestissements dans le cadre du
programme d’achats d’urgence face à la pandémie et par l’instrument de protection
de la transmission de la BCE, si les conditions nécessaires sont réunies.

De même, avant et pendant la pandémie, le secteur des entreprises a profité de taux


d’intérêt bas, et ses bénéfices se sont bien maintenus en 2023. Avec l’atténuation
des effets liés à la reprise, le durcissement des conditions de crédit et la hausse des
coûts du service de la dette, les vulnérabilités des entreprises se sont accrues. Bien
que demeurant généralement peu nombreuses, les faillites d’entreprises ont
commencé à augmenter pendant l’année. Les sociétés immobilières ont été
particulièrement vulnérables, en raison du ralentissement du marché de l’immobilier
commercial dans la zone euro.

En 2023, le secteur des ménages a fait face à une détérioration de sa capacité à


assurer le service de la dette, en raison de la hausse des taux d’intérêt et de la
correction sur les marchés de l’immobilier résidentiel. L’augmentation marquée des
coûts d’emprunt depuis le début du cycle de resserrement de la politique monétaire
a clairement eu un impact négatif sur la demande de prêts hypothécaires. Malgré
cela, la robustesse du marché du travail et les contraintes sur l’offre de logements
ont favorisé un ralentissement ordonné des marchés de l’immobilier résidentiel.
Toutefois, les valorisations encore élevées suggèrent que des vulnérabilités
pourraient se concrétiser si les corrections des prix devenaient désordonnées.

Les marchés financiers sont restés Abstraction faite des divers épisodes de volatilité observés en 2023, la fixation
vulnérables aux mauvaises
surprises globale des prix sur les marchés financiers pendant l’année semblait s’appuyer sur
des attentes optimistes quant aux perspectives macrofinancières et présentait donc
une vulnérabilité à toute mauvaise surprise. Tandis que les primes de risque
semblaient bien correspondre aux tendances historiques sur le marché des
obligations d’entreprises, elles se sont nettement comprimées sur le marché des
actions. La réaction inhabituellement modeste du cours des actions à la hausse des
taux d’intérêt risquait d’exposer les actions à des réévaluations brutales, si les effets
défavorables du ralentissement économique sur la rentabilité des entreprises
s’avéraient plus importants qu’attendu par les investisseurs. En outre, le sentiment
des marchés à l’égard du risque est resté très sensible à de nouvelles surprises
concernant les perspectives d’inflation et de croissance et, par extension, la
trajectoire de la politique monétaire.

Le ratio de fonds propres de base de catégorie 1 (CET1) des banques de la zone


euro s’est établi à 15,6 % au troisième trimestre 2023, soit un taux proche de son
plus haut niveau depuis le début de la supervision bancaire européenne et reflétant
une rentabilité plus élevée et une réduction des risques dans les portefeuilles des
banques. Des coussins de fonds propres et de liquidité solides ont contribué à
préserver la confiance dans le système bancaire de la zone euro lorsque des
tensions sont apparues à la suite des faillites de banques américaines et suisses en

Rapport annuel 2023 de la BCE 51


début d’année. En outre, le rendement des fonds propres des banques a continué
d’augmenter pour atteindre 10,0 %, son niveau le plus haut depuis plus de dix ans,
porté par l’accroissement des marges nettes d’intérêts, les rendements des actifs
ayant augmenté plus rapidement que le coût de financement. Si les bénéfices des
banques ont été soutenus par ces effets favorables, ils étaient menacés par trois
vents contraires : a) le risque que la combinaison de l’inflation plus élevée, de la
hausse des coûts du service de la dette et de la détérioration de l’environnement
macroéconomique ait un effet négatif sur la qualité des actifs des banques, ce qui
avait déjà commencé à se manifester avec les premiers signes d’une augmentation
des taux de défaillance et des arriérés de paiement ; b) le durcissement des critères
d’octroi de crédit pesant sur la demande de prêts, et les flux de nouveaux prêts
reculant à leurs plus faibles niveaux depuis 2015 ; et c) une probable augmentation
des coûts de financement, les taux de dépôt agrégés commençant à remonter –
notamment pour les dépôts à terme – et le financement de marché commençant à
se renchérir. Malgré ces défis, les résultats du test de résistance 2023 à l’échelle de
l’UE mené par l’Autorité bancaire européenne (ABE) ont confirmé que les banques
devraient rester résilientes face à des chocs défavorables graves.

Le secteur de l’intermédiation Le secteur de l’intermédiation financière non bancaire est resté relativement stable
financière non bancaire est resté
exposé aux risques de liquidité et en 2023, observant des flux continus vers les fonds d’obligations souveraines et
de crédit d’obligations d’entreprises de bonne qualité (investment-grade). Cela a favorisé une
plus grande absorption de la dette émise par les États et par les entreprises. Dans le
même temps, les entités du secteur de l’intermédiation financière non bancaire ont
réduit activement leur exposition globale au risque de crédit pendant l’année grâce à
un processus continu d’atténuation des risques, réorientant leurs portefeuilles
d’investissement vers des actifs comparativement plus sûrs. Ils sont toutefois restés
vulnérables au risque de crédit. En raison de la forte incertitude économique et du
durcissement des conditions financières, ce secteur risquait de subir des moins-
values de réévaluation résultant de dégradations de notation de ses portefeuilles
d’obligations, ainsi que des défaillances. Il continuait également d’être exposé au
risque de liquidité, les coussins de liquidité des fonds obligataires et actions
demeurant bas dans le contexte du durcissement des conditions financières. De
manière générale, les liquidités détenues par les différents compartiments du
secteur restant limitées, le risque existait que des sorties soudaines de fonds
d’investissement, des appels de marge importants ou des polices d’assurance
devenues caduques mènent à des cessions forcées d’actifs. Les fonds
d’investissement immobiliers étaient toujours particulièrement exposés à la
réalisation des moins-values et aux sorties de fonds des investisseurs, compte tenu
notamment des difficultés rencontrées par le secteur de l’immobilier commercial.
L’instabilité de ce compartiment était particulièrement préoccupante, au vu de son
importance pour le secteur immobilier et de son potentiel d’amplification des risques
dans ce secteur.

Les banques, les fonds d’investissement et les assureurs de la zone euro ont de
nouveau fait face à des défis soulevés par le changement climatique en 2023. Le
cyber-risque a également nécessité un suivi attentif. La multiplication de
catastrophes naturelles majeures résultant du changement climatique et le volume
croissant des pertes associées ont en outre fait augmenter les primes d’assurance

Rapport annuel 2023 de la BCE 52


dans un contexte d’offre limitée d’assurances contre les risques liés au climat 33.
Cela a souligné le risque qu’une plus grande incidence des chocs climatiques
exacerbe les problèmes de rentabilité que connaissent les assureurs non-vie et
accentue les déficits de couverture assurantielle existants (la proportion de pertes
économiques non couvertes par une assurance), avec un effet négatif possible sur
la situation macroéconomique et la stabilité financière.

3.2 Politique macroprudentielle : préserver la résilience du


secteur financier lorsque les conditions macrofinancières
sont difficiles
Les autorités nationales ont La BCE a pour mission d’évaluer les mesures macroprudentielles relatives aux fonds
continué à mettre en place les
coussins macroprudentiels ou à les propres proposées par les autorités nationales pour les banques établies dans les
durcir pays participant au mécanisme de surveillance unique. Il est important de souligner
qu’elle a le pouvoir d’appliquer des mesures plus strictes en matière de fonds
propres, si nécessaire. La BCE a examiné attentivement les orientations de politique
macroprudentielle nationales et n’a pas jugé nécessaire d’y recourir en 2023,
plusieurs pays ayant déjà mis en œuvre de nouvelles mesures macroprudentielles
ou durci les dispositifs existants afin de renforcer la résilience de leurs systèmes
bancaires face à l’accumulation de vulnérabilités et de risques baissiers.

Préserver la résilience du système financier et promouvoir les


mesures macroprudentielles ciblées
Les coussins macroprudentiels En 2023, les préoccupations en matière de stabilité financière ont porté sur les
devraient être maintenus afin de
préserver la résilience des banques implications de la hausse des taux d’intérêt et sur les risques de baisse de la
en cas de détérioration des croissance. D’un point de vue macroprudentiel, le durcissement des conditions
conditions du secteur bancaire
financières a entraîné un ralentissement continu du cycle financier, mais aucun
risque systémique ne s’est concrétisé. Les positions de fonds propres des banques
sont notamment restées solides, même si la marge de manœuvre en fonds propres
varie selon les banques et les pays, et que les contraintes au niveau de l’offre de
crédit ne sont pas liées aux exigences de fonds propres des banques. Pour la
période à venir, les coûts plus élevés du service de la dette et la détérioration de
l’environnement macroéconomique pourraient compromettre la capacité de
remboursement du secteur non financier et amoindrir progressivement la qualité des
actifs des banques. Cette situation, associée à la contraction du volume des prêts et
à la hausse des coûts de financement, pourrait avoir une incidence négative sur la
rentabilité et la résilience des banques.

Dans ce contexte, les autorités nationales ont continué à durcir leur politique
macroprudentielle en 2023, de manière à renforcer la résilience des banques. Cela a
été facilité par la rentabilité des banques et leur marge de manœuvre en fonds

33 Seuls 25 % des dommages liés à des catastrophes climatiques sont actuellement assurés dans l’UE.
Pour plus de détails, cf. « Policy options to reduce the climate insurance protection gap », Discussion
Paper, BCE et Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles, avril 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 53


propres, qui sont restées élevées en moyenne malgré l’environnement
macrofinancier difficile. Certaines autorités nationales ont activé le coussin de fonds
propres contracyclique afin de remédier aux vulnérabilités liées à l’accumulation du
risque de crédit et d’accroître la marge de manœuvre macroprudentielle sous la
forme de coussins libérables. En 2023, huit pays ont introduit ou renforcé le coussin
contracyclique, portant le nombre total de pays ayant mis en place ou annoncé un
taux de coussin contracyclique positif à 14 en fin d’année. De plus, un total
de 11 pays ont mis en place ou annoncé un coussin pour le risque systémique
global ou sectoriel 34, tandis que les banques de dix pays ont observé une
augmentation de leurs coussins de fonds propres pour les autres EIS, en partie du
fait d’une méthodologie révisée des taux planchers de la BCE 35. Enfin, 15 pays ont
maintenu des mesures relatives aux emprunteurs pour éviter une prise de risque
excessive des banques dans l’activité de prêts aux ménages.

La BCE a communiqué son analyse et ses avis sur les sujets relatifs à la politique
macroprudentielle en 2023. Dans les chapitres relatifs à la politique
macroprudentielle des numéros de mai et novembre de sa Financial Stability
Review, elle souligne l’importance de préserver des coussins macroprudentiels en
cas de détérioration des conditions du secteur bancaire 36. Elle explique également
pourquoi il est nécessaire que les mesures existantes relatives aux emprunteurs
restent en vigueur et qu’elles continuent à agir comme des filets de sécurité
structurels, afin de veiller à ce que les critères d’octroi de crédit ne se détériorent pas
et que les emprunteurs restent résilients. Par ailleurs, elle suggère que la rentabilité
élevée du secteur bancaire pourrait permettre à certains pays de mettre en œuvre
de nouvelles hausses ciblées des coussins macroprudentiels, sous réserve d’éviter
les effets procycliques. Enfin, la BCE a publié des avis expliquant pourquoi
l’instauration de taxes exceptionnelles à la charge des établissements de crédit dans
certains pays pourrait avoir des effets négatifs sur la stabilité financière 37.

L’expérience de la pandémie La BCE a consacré un Macroprudential Bulletin à la possible mise en place d’un
suggère que le rôle des coussins
macroprudentiels libérables devrait taux neutre positif sur le coussin contracyclique. De manière générale, l’expérience
être renforcé de la pandémie suggère que le rôle des coussins macroprudentiels libérables doit
être renforcé, pour remédier efficacement aux chocs systémiques défavorables qui
peuvent survenir indépendamment de la position d’un pays dans les cycles
économique ou financier. Fin 2023, six pays avaient déjà mis en place ou annoncé

34
Fin 2023, sept pays avaient introduit ou annoncé un coussin de risque systémique sectoriel pour
remédier aux risques pesant sur le secteur de l’immobilier résidentiel (Belgique, Allemagne, Lituanie,
Malte, Portugal et Slovénie) et sur le secteur des entreprises (France).
35 Cf. « Governing Council statement on macroprudential policies », BCE, décembre 2022. De plus, en lien
avec les nouveaux taux planchers, des coussins de fonds propres plus élevés pour les autres EIS sont
devenus applicables au 1er janvier 2024 pour les banques de trois pays (Grèce, Espagne et Italie) et le
deviendront dans un autre pays à compter du 1er janvier 2025 (Slovénie).
36 Cf. Financial Stability Review, BCE, mai 2023 et Financial Stability Review, BCE, novembre 2023.
37 Cf. a) Lituanie : Avis de la Banque centrale européenne du 4 avril 2023 sur la mise en place d’une
contribution temporaire de solidarité (CON/2023/9) ; b) Italie : Avis de la Banque centrale européenne
du 12 septembre 2023 sur l’instauration d’une taxe exceptionnelle à l’égard des établissements de
crédit (CON/2023/26) ; c) Slovénie : Avis de la Banque centrale européenne du 2 novembre 2023 sur la
mise en place d’une taxe temporaire sur les banques (CON/2023/35) ; d) Lettonie : Avis de la Banque
centrale européenne du 11 décembre 2023 sur une commission temporaire prélevée auprès des
établissements de crédit aux fins de la protection de l’emprunteur d’un prêt hypothécaire
(CON/2023/42) ; et e) Pays-Bas : Avis de la Banque centrale européenne du 15 décembre 2023 sur la
mise en place d’une taxe sur les établissements de crédit (CON/2023/45).

Rapport annuel 2023 de la BCE 54


des cadres pour la fixation d’un taux neutre positif 38. Ces cadres étaient fondés sur
des approches différentes, donnant lieu à des taux neutres positifs variés. À moyen
terme, une approche plus harmonisée de la fixation des taux neutres positifs dans
les pays de l’union bancaire semblerait souhaitable, car elle apporterait plus de
cohérence et d’efficacité dans la prise de décision tout en permettant suffisamment
de souplesse à l’échelle nationale. La BCE a réitéré son appel à créer un vaste
ensemble de mesures pour remédier de manière globale aux vulnérabilités du
secteur de l’intermédiation financière non bancaire. Ces mesures devraient tenir
compte des cadres existants et reposer sur une forte coordination internationale.

La coopération avec le Comité européen du risque systémique


Le CERS a continué d’analyser les En 2023, la BCE a apporté un soutien analytique, statistique, logistique et
sources potentielles de risque
systémique et a publié une administratif au secrétariat du Comité européen du risque systémique (CERS). Elle a
recommandation sur l’immobilier notamment co-présidé le groupe de travail sur les instruments (IWG), le groupe de
commercial
travail sur l’analyse (AWG) et le groupe de travail sur les tests de résistance, ainsi
que l’équipe de projet BCE/CERS sur le suivi du risque climatique. Elle a également
co-présidé les équipes agiles placées sous l’autorité de l’AWG/groupe d’analyse
macroprudentielle (MPAG) et de l’IWG/groupe de politique macroprudentielle
(MPPG) et chargées d’évaluer l’incidence de l’inflation élevée et des hausses des
taux d’intérêt sur la stabilité financière, ainsi que l’équipe agile AWG/MAPG chargée
de la liquidité systémique.

Par ailleurs, la BCE a soutenu les travaux du CERS sur : a) les outils
macroprudentiels pour la cyber-résilience 39 ; b) les implications systémiques et les
mesures possibles concernant les crypto-actifs et la finance décentralisée 40 ; c) le
suivi des vulnérabilités liées à l’intermédiation financière non bancaire 41 ; d) les
mesures possibles pour remédier aux risques en matière de dette des entreprises et
de fonds d’investissement immobiliers 42 ; e) les vulnérabilités dans le secteur de
l’immobilier commercial, qui ont donné lieu à la publication d’une recommandation
par le CERS 43 ; et f) les cadres macroprudentiels sur la gestion des risques liés au
climat 44. Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site internet du
CERS et dans ses rapports annuels.

38 Fin 2023, les pays suivants ont introduit ou annoncé un taux neutre positif pour le coussin
contracyclique : Irlande (1,5 %), Chypre (0,5 %), Lettonie (1 %), Lituanie (1 %), Pays-Bas (2 %) et
Slovénie (1 %).
39 Cf. « Advancing macroprudential tools for cyber resilience », CERS, février 2023.
40 Cf. « Crypto-assets and decentralised finance », CERS, mai 2023.
41 Cf. « NBFI Monitor », CERS, juin 2023.
42 Cf. « Issues note on policy options to address risks in corporate debt and real estate investment funds
from a financial stability perspective », CERS, septembre 2023.
43 Cf. « ESRB issues a recommendation on vulnerabilities in the commercial real estate sector in the
European Economic Area », communiqué de presse, CERS, 25 janvier 2023.
44 Cf. « Towards macroprudential frameworks for managing climate risk », BCE, CERS, décembre 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 55


3.3 Les activités microprudentielles visant à garantir la
sécurité et la solidité des banques individuelles
Les banques sont restées robustes Malgré l’environnement macroéconomique difficile, les banques européennes sont
en raison des progrès réalisés au
cours des dernières années et de restées robustes tout au long de 2023, notamment après les turbulences observées
l’engagement prudentiel continu en mars, qui avaient été déclenchées par la faillite de quelques banques régionales
américaines et qui ont atteint leur point culminant en Europe avec le rachat de Credit
Suisse par UBS sous le contrôle des autorités suisses. Dans un exercice de collecte
de données dédiées mené par la BCE et l’ABE, les banques ont déclaré 73 milliards
d’euros de moins-values latentes nettes sur les titres de créance en valeur
comptable. Ce montant a été considéré comme contenu par rapport aux chiffres
déclarés aux États-Unis. L’amélioration de la qualité des actifs et de la rentabilité a
permis aux banques de résister à un ralentissement économique sévère dans le
scénario défavorable du test de résistance 2023 de la BCE. Cette résilience globale
est attribuable aux efforts déployés par les banques au fil des années, à la
diversification de leurs sources de financement et à leurs bonnes conditions de
liquidité, ainsi qu’à l’engagement prudentiel continu de la BCE, comme par exemple
les travaux menés sur le risque de taux d’intérêt dans le portefeuille bancaire depuis
2021. Dans le processus régulier de contrôle et d’évaluation prudentiels
(Supervisory Review and Evaluation Process, SREP) mené en 2023, les notes
SREP globales sont restées globalement inchangées. Les exigences au titre du
pilier 2 pour les fonds propres CET 1 ont été fixées à 1,2 % en moyenne,
contre 1,1 % en 2022.

Malgré les résultats du SREP et bien que les banques européennes aient enregistré
une rentabilité record en 2023, la BCE estime qu’il faut se garder de tout excès de
confiance. La transmission croissante et progressive de ses taux directeurs aux taux
des dépôts des banques et l’augmentation globale des coûts de financement des
banques, ainsi qu’une détérioration de la qualité des actifs dans le secteur de
l’immobilier résidentiel et dans d’autres secteurs sensibles aux taux d’intérêt
pourraient compromettre la pérennité de profits élevés. Les travaux de surveillance
prudentielle de la BCE restent concentrés sur les faiblesses persistantes dans la
gestion du risque, la gouvernance et les contrôles internes, et sur les risques
émergents.

La supervision est devenue plus Au cours de l’année 2023, la supervision bancaire de la BCE est devenue plus
efficace et davantage axée sur les
risques efficace et davantage axée sur les risques. Sur la base de ses travaux internes et
des recommandations du groupe d’experts, la BCE a mis en œuvre un nouveau
cadre de tolérance au risque permettant aux autorités de surveillance d’adapter et
de prioriser leurs activités selon la situation individuelle de la banque soumise à leur
surveillance prudentielle, plutôt que d’adopter une approche universelle applicable à
tous (one size fits all). Dans le même ordre d’idée, elle a introduit un nouveau cadre
d’évaluation pluriannuel pour le SREP, permettant aux autorités de surveillance de
mieux calibrer l’intensité et la fréquence de leurs analyses. Elle a également
commencé à développer des processus d’intensification plus rapides et plus
efficaces, en s’appuyant sur l’ensemble des outils de supervision bancaire, y

Rapport annuel 2023 de la BCE 56


compris les astreintes financières, par exemple dans le domaine des risques liés au
climat et à l’environnement 45.

Trois banques ont été sanctionnées par la BCE en 2023 46.

En décembre 2023, la BCE a publié les priorités prudentielles pour 2024-2026, qui
sont les suivantes : a) renforcer la résilience face aux chocs macrofinanciers et
géopolitiques immédiats, b) accélérer le traitement effectif des insuffisances en
matière de gouvernance et de gestion des risques liés au climat et à
l’environnement, et c) faire des progrès plus importants dans la transformation
numérique et élaborer des cadres solides de résilience opérationnelle.

Dans le cadre de ses efforts continus pour renforcer la transparence, en 2023, la


BCE a publié a) son approche en quatre étapes pour déterminer les exigences au
titre du pilier 2 en fonction des différents risques, b) la méthodologie SREP relative
au risque de crédit et au risque de marché applicable au cycle 2024, et c) le Guide
sur les procédures relatives aux participations qualifiées ; et en janvier 2024, elle a
publié une version actualisée du Manuel de surveillance prudentielle dont la dernière
publication remonte à 2018.

En avril 2023, la BCE, en collaboration avec le Conseil de résolution unique, a


accueilli favorablement un ensemble de modifications législatives du cadre européen
de gestion des crises et de garantie des dépôts proposées par la Commission
européenne.

En octobre 2023, Claudia Buch a été nommée en tant que nouvelle présidente du
Conseil de surveillance prudentielle de la BCE, conformément au processus de
sélection institutionnel établi.

De plus amples informations sont disponibles sur le site internet de la BCE consacré
à la supervision bancaire et dans le Rapport annuel de la BCE sur les activités de
surveillance, 2023.

3.4 La contribution de la BCE aux initiatives de l’UE et aux


initiatives internationales
Plusieurs étapes importantes ont De nouveaux progrès ont été accomplis en 2023 en matière d’amélioration du cadre
été franchies dans l’amélioration du
cadre réglementaire réglementaire du secteur financier. Les principales avancées furent 1) l’accord sur la
mise en œuvre par l’UE des réformes définitives de Bâle III, 2) les initiatives visant à
faire face aux risques liés au climat et 3) la proposition de renforcement du cadre de
l’UE pour la gestion des crises et l’assurance des dépôts. D’importantes avancées

45 Cf. « Powers, ability and willingness to act – the mainstay of effective banking supervision », discours
de Frank Elderson, membre du Directoire de la BCE et vice-président du conseil de surveillance
prudentielle de la BCE, à la Maison de l’euro, Bruxelles, 7 décembre 2023.
46 Faisant usage de son pouvoir de sanction à l’égard des établissements de crédit soumis à la
surveillance prudentielle, la BCE a sanctionné Landesbank Hessen-Thüringen Girozentrale et
Goldman Sachs Bank Europe pour déclaration erronée de leurs besoins en fonds propres, en février
2023 et en mai 2023 respectivement. En août 2023, elle a sanctionné de Volksbank pour avoir mal
calculé ses besoins en fonds propres.

Rapport annuel 2023 de la BCE 57


ont également été réalisées en matière de réglementation des crypto-actifs et
d’amélioration de la réglementation des infrastructures de marché, par exemple
s’agissant de la compensation centrale.

Améliorer le cadre réglementaire des banques


Les travaux sur la réglementation En 2023, la BCE a continué de soutenir les négociations sur le paquet bancaire de
bancaire se sont concentrés sur la
mise en œuvre de Bâle III, le l’UE, qui comprend un ensemble de modifications du règlement sur les exigences de
programme d’action de la BCE en fonds propres (Capital Requirements Regulation, CRR) 47et de la directive sur les
matière de finance durable et la
gestion de crise exigences de fonds propres (Capital Requirements Directive, CRD) 48 visant à
mettre en œuvre les réformes définitives de Bâle III dans l’UE. En décembre, les
instances préparatoires du Parlement européen et du Conseil de l’UE ont approuvé
le paquet bancaire de l’UE. Les textes définitifs du CRR et de la CRD devraient être
adoptés d’ici fin avril 2024, une fois conclues les révisions juridiques. Les réformes
sont destinées à soutenir encore davantage la capacité de résistance du système
bancaire de l’UE, notamment en augmentant les fonds propres nécessaires pour
couvrir l’exposition au risque de crédit, au risque opérationnel et au risque de
marché. Elles renforceront également la panoplie d’outils prudentiels, y compris pour
faire face aux risques liés au climat et aux autres risques en matière de durabilité 49.
De plus, la BCE a contribué au programme d’action de l’UE en matière de finance
durable, notamment en publiant des avis sur une directive sur le devoir de vigilance
des entreprises en matière de durabilité et sur un règlement sur les activités de
notation environnementale, sociale et de gouvernance 50.

Les discussions sur l’achèvement de l’union bancaire se sont concentrées sur


l’amélioration du cadre de l’Union pour la gestion des crises et l’assurance des
dépôts. Le 18 avril 2023 la Commission européenne a publié une proposition
législative visant à renforcer la gestion des crises bancaires dans l’UE et, en
particulier, à améliorer les options des autorités en matière de traitement des
défaillances des petites et moyennes banques. La BCE a accueilli très
favorablement le paquet législatif dans l’un de ses avis 51, soulignant la nécessité de
meilleurs outils et options de financement pour la gestion des crises. Au-delà du
paquet réglementaire proposé, la BCE a appelé à de nouvelles avancées vers
l’achèvement de l’union bancaire. En particulier, cela nécessite la mise en place d’un

47 Règlement (UE) no 575/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 concernant les
exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit et modifiant le règlement (UE)
no 648/2012 (JO L 176 du 27.06.2013, p. 1).
48 Directive 2013/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 concernant l’accès à
l’activité des établissements de crédit et la surveillance prudentielle des établissements de crédit,
modifiant la directive 2002/87/CE et abrogeant les directives 2006/48/CE et 2006/49/CE (JO L 176 du
27.06.2013, p. 338).
49 Pour une évaluation détaillée du paquet bancaire de l’UE et de l’orientation de la BCE, cf. « Des règles
strictes, des banques solides – le paquet bancaire », Rapport annuel 2022, BCE, mai 2023.
50 Cf. l’avis de la banque centrale européenne du 6 juin 2023 sur la proposition de directive sur le devoir
de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CON/2023/15) (JO C, 249, du 14.07.2023, p. 3)
et l’avis de la Banque centrale européenne du 4 octobre 2023 sur la transparence et l’intégrité des
activités de notation environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) (CON/2023/30) (JO C,
C/2023/1354, du 01.12.2023).
51 Cf. l’avis de la Banque centrale européenne du 5 juillet 2023 sur les modifications du cadre de l’Union
pour la gestion des crises et l’assurance des dépôts (CON/2023/19) (JO C 307 du 31.01.2023, p.19).

Rapport annuel 2023 de la BCE 58


système européen d’assurance des dépôts et d’un cadre européen pour la liquidité
en cas de résolution.

Finaliser un cadre réglementaire pour les crypto-actifs et en


matière de lutte contre le blanchiment de capitaux
Des progrès importants ont été La BCE a continué de soutenir la finalisation et la mise en œuvre d’un cadre
réalisés en matière de
réglementation des crypto-actifs et réglementaire pour les crypto-actifs en 2023, au niveau tant européen
d’amélioration du cadre de lutte qu’international. Après l’entrée en vigueur dans l’UE du règlement sur les marchés
contre le blanchiment de capitaux
de crypto-actifs 52 en juin, la BCE a apporté sa contribution sur un certain nombre de
normes techniques coordonnées par l’Autorité bancaire européenne et l’Autorité
européenne des marchés financiers et qui visaient à mettre en œuvre le règlement.
Au niveau international, elle a contribué aux progrès réalisés au sein d’instances
internationales telles que le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board,
CSF), le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (Basel Committee on Banking
Supervision, CBCB) et le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché
(Committee on Payments and Market Infrastructures, CPIM). Plus précisément, le
CSF a finalisé son cadre réglementaire global pour les activités liées aux crypto-
actifs, fournissant des recommandations de haut niveau pour réguler les activités et
les marchés de crypto-actifs et pour les dispositifs mondiaux de stablecoins. Ces
recommandations ont été intégrées à la feuille de route plus large du G20 sur les
crypto-actifs, qui a été adoptée en octobre et a également bénéficié des apports de
la BCE. De plus, la BCE a soutenu les travaux du CBCB sur le durcissement et la
clarification de certains aspects de sa norme sur l’exposition des banques aux
crypto-actifs. En particulier, les ajustements durcissent les critères permettant aux
stablecoins de recevoir un traitement réglementaire préférentiel.

La BCE a également poursuivi sa contribution active à la finalisation du paquet


législatif proposé par la Commission européenne sur la lutte contre le blanchiment
de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), y compris la création d’une
autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux au niveau de l’UE. Comme
indiqué dans ses avis 53, la BCE a soutenu la coopération étroite et le partage
d’informations entre les autorités de surveillance LBC/FT et la supervision bancaire
européenne et, plus généralement, un régime efficace de l’UE pour contrer le risque
d’utilisation abusive du système financier de l’UE à des fins de blanchiment de
capitaux et de financement du terrorisme.

52 Règlement (UE) 2023/1114 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2023 sur les marchés de
crypto-actifs, et modifiant les règlements (UE) no 1093/2010 et (UE) no 1095/2010 et les directives
2013/36/UE et (UE) 2019/1937 (JO L 150, du 09.06.2023, p. 40).
53 Cf. 1) Avis de la Banque centrale européenne du 16 février 2022 sur une proposition de règlement
instituant l’Autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme
(CON/2022/4) (JO C 210 du 25.05.2022, p. 5) ; 2) Avis de la Banque centrale européenne du 16 février
2022 sur une proposition de directive et de règlement relatifs à la prévention de l’utilisation du système
financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (CON/2022/5) (JO C
210 du 25.05.2022, p.15) ; et 3) Avis de la Banque centrale européenne du 30 novembre 2021 sur une
proposition de règlement visant à élargir les exigences de traçabilité aux transferts de crypto-actifs
(CON/2021/37) (JO C 68 du 09.02.2022, p.2).

Rapport annuel 2023 de la BCE 59


Soutenir les progrès vers l’union des marchés de capitaux et le
renforcement du cadre réglementaire de l’IFNB
Des efforts continus pour faire Les travaux législatifs se sont poursuivis en 2023 sur les initiatives visant à
avancer l’union des marchés de
capitaux et la règlementation du approfondir l’intégration des marchés de capitaux de l’UE dans le cadre du plan
secteur de l’IFNB d’action 2020 de la Commission européenne relatif à l’union des marchés de
capitaux. Au cours de l’année, la BCE a contribué au débat de politique publique sur
l’avenir de l’union des marchés de capitaux par le biais de divers publications et
discours 54. De plus, la présidente de la BCE, ainsi que les présidents de
l’Eurogroupe, de la Banque européenne d’investissement, du Conseil européen et
de la Commission européenne ont publié un article de blog sur l’importance de
l’union des marchés de capitaux pour orienter l’épargne de l’Europe vers la
croissance. La BCE a aussi participé activement aux discussions de l’Eurogroupe
sur l’avenir des marchés de capitaux et des marchés financiers européens et a
contribué au processus législatif lié à l’examen du règlement sur l’infrastructure du
marché européen 55.

De plus, la BCE a continué de souligner l’importance de remédier aux vulnérabilités


structurelles des entités de l’intermédiation financière non bancaire (IFNB) et
d’améliorer le cadre de mesures approprié dans une perspective macroprudentielle.
Dans une analyse des récents épisodes de tensions dans le secteur de l’IFNB, la
Revue de stabilité financière et le Bulletin macroprudentiel de la BCE ont débattu
des implications en matière de niveau de préparation s’agissant de la liquidité et de
levier d’endettement dans ce secteur 56. La BCE a également été impliquée dans
l’évaluation par le CSF des implications en matière de stabilité financière du levier
d’endettement dans l’IFNB et a activement contribué aux travaux en cours visant à
améliorer la capacité de résistance de ce secteur 57. S’agissant des fonds
d’investissement ouverts, la BCE a contribué à la révision des recommandations du
CSF visant à gérer les décalages de liquidité dans ces fonds 58.

54
Cf. Panetta (F.), « Europe needs to think bigger to build its capital markets union », The ECB Blog,
BCE, 30 août 2023 ; « Une révolution kantienne pour l’union des marchés de capitaux », discours de
Christine Lagarde, présidente de la BCE, lors du Congrès bancaire européen, Francfort-sur-le-Main,
17 novembre 2023 ; et « Banking Union and Capital Markets Union: high time to move on », discours
de Luis de Guindos, vice-président de la BCE, lors de la conférence annuelle conjointe de la
Commission européenne et de la Banque centrale européenne sur l’intégration financière européenne,
Bruxelles, 7 juin 2023.
55 Cf. le chapitre 4 pour plus de détails sur le règlement sur l’infrastructure du marché européen.
56 Cf. « Non-banks’ liquidity preparedness and leverage: insights and policy implications from recent
stress events », Financial Stability Review, BCE, mai 2023 ; et « The growing role of investment funds
in euro area real estate markets: risks and policy considerations », Macroprudential Bulletin, BCE,
3 avril 2023.
57 Cf. « The Financial Stability Implications of Leverage in Non-Bank Financial Intermediation », CSF,
6 septembre 2023 ; et « Enhancing the Resilience of Non-Bank Financial Intermediation, Progress
Report, CSF, 6 septembre 2023.
58 Cf. « Revised Policy Recommendations to Address Structural Vulnerabilities from Liquidity Mismatch in
Open-Ended Funds », CSF, 20 décembre 2023, et « The growing role of investment funds in euro area
real estate markets: risks and policy considerations », Macroprudential Bulletin, no 20, BCE, avril 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 60


4 Le fonctionnement harmonieux des
infrastructures de marché et des
paiements

L’Eurosystème joue un rôle central dans le développement, la gestion et la


surveillance des infrastructures de marché et des paiements. En 2023,
l’Eurosystème a renouvelé avec succès son système de paiement de gros et a
poursuivi le développement des services TARGET. En vue de renforcer encore
l’intégration et l’innovation sur les marchés européens des paiements et des titres,
l’Eurosystème a actualisé sa stratégie en matière de paiements de détail et a
commencé à analyser l’incidence potentielle des technologies émergentes sur le
règlement des transactions financières de gros. Dans le cadre de ses travaux
d’exploration d’un éventuel euro numérique, l’Eurosystème est passé de l’analyse à
la phase préparatoire.

4.1 Les services TARGET


L’Eurosystème a lancé avec succès Le 20 mars 2023, l’Eurosystème a lancé avec succès son nouveau système de
son nouveau système de paiement
de gros T2 paiement de gros T2, qui remplace le système TARGET2 en fonctionnement depuis
novembre 2007. Le système T2 instaure un dispositif de règlement brut en temps
réel (RBTR), une fonction centrale de gestion de la liquidité qui optimise la gestion
des liquidités dans l’ensemble des services TARGET et offre un ensemble de
composantes communes partagées entre les services TARGET ainsi qu’une
extension des heures de fonctionnement. La migration a eu lieu entre le 17 et le
20 mars 2023, et les banques ont toutes commencé à utiliser le nouveau système
après une migration de type « big bang » le lundi 20 mars 2023. Le nouveau
système est conforme à la norme internationale d’échange de messages entre
établissements financiers (ISO 20022) et apporte d’importants gains d’efficacité. En
outre, le nouveau dispositif T2 permet aux opérateurs de marché de rationaliser la
gestion de la liquidité de la monnaie de banque centrale pour leurs opérations en
euros dans les paiements de gros et de détail ainsi que pour le règlement de titres.

Quelque 1 000 banques utilisent T2 pour réaliser des opérations en euros, pour leur
propre compte ou pour celui de leurs clients. Si l’on inclut les succursales et les
filiales, plus de 40 000 banques sont connectées à T2 à travers le monde. En 2023,
une moyenne de 409 444 paiements par jour, d’une valeur quotidienne moyenne de
2 200 milliards d’euros, ont été traités à l’aide de T2 et son prédécesseur TARGET2.
Cela représente une augmentation du volume journalier des paiements de 2,9 % par
rapport à 2022.

À compter du 1er janvier 2023, à la suite de l’adhésion de la Croatie à la zone euro,


la communauté financière croate est passée de son système RBTR national à
TARGET2/T2. L’intégration du marché croate aux services TARGET s’est poursuivie

Rapport annuel 2023 de la BCE 61


en juin avec la migration vers le service TARGET Instant Payment Settlement
(TIPS), et en septembre, lorsque le dépositaire central de titres (DCT) croate a
rejoint TARGET2-Titres (T2S).

Le DCT croate a été affilié dans le cadre d’une vague au cours de laquelle cinq DCT
ont rejoint avec succès la plateforme T2S : Euroclear Bank, l’un des plus grands
DCT au monde, le système de règlement-livraison de titres d’État bulgare et le
dépositaire central AD, l’autre DCT opérant en Bulgarie, Središnje klirinško
depozitarno društvo d.d. (SKDD) en Croatie et Euroclear Finland. La plateforme T2S
connecte désormais 24 DCT de 23 marchés européens, permettant ainsi le
règlement de titres en euros et en couronnes danoises. Cette vague de migration a
constitué une évolution importante pour T2S et l’Eurosystème sur le plan du
fonctionnement, de l’exploitation et de la stratégie. En particulier, l’affiliation réussie
d’un DCT (Euroclear Finland) qui gère des comptes d’investisseurs finaux confirme
une nouvelle fois que les infrastructures de marché de l’Eurosystème fonctionnent
avec l’ensemble des marchés et juridictions de l’UE. En outre, sur le plan de
l’exploitation, la migration d’Euroclear Bank amène les instruments d’euro-
obligations directement dans T2S et, à partir de 2024, dans le système de gestion
des garanties de l’Eurosystème (Eurosystem Collateral Management System,
ECMS). En 2023, T2S a traité en moyenne 699 868 opérations par jour, pour une
valeur quotidienne moyenne de 790,3 milliards d’euros.

TIPS a continué de jouer un rôle important dans le développement des paiements


instantanés en euros, avec de nouvelles affiliations de banques et de communautés
nationales en 2023. L’augmentation du nombre de participants à TIPS a entraîné
une hausse du volume des transactions de plus de 127 % par rapport à 2022, avec
un pic de 28 millions de paiements instantanés réglés en décembre 2023 (contre
18,7 millions en décembre 2022). Les tests relatifs à la connexion de la Banque de
Suède (Sveriges Riksbank) et de la couronne suédoise à TIPS pour les paiements
instantanés en 2024 ont été achevés avec succès. La collaboration entre
l’Eurosystème et la Banque nationale du Danemark (Danmarks Nationalbank) pour
connecter la couronne danoise à TIPS (et T2) en 2025 s’est poursuivie sans heurts.

En juillet 2023, l’Eurosystème a publié une nouvelle structure tarifaire pour TIPS qui
est entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Elle garantit que le service fonctionne sur la
base d’un recouvrement des coûts, sans réaliser de bénéfices. La structure tarifaire
de TIPS vise parallèlement à favoriser l’adoption des paiements instantanés en
Europe, qui devrait également s’accélérer, compte tenu de la proposition législative
de la Commission européenne visant à rendre les paiements instantanés en euros
accessibles à tous les citoyens et entreprises titulaires d’un compte bancaire dans
l’UE et dans les pays de l’Espace économique européen.

Outre ces trois services de règlement, l’Eurosystème développe actuellement un


nouveau service TARGET, à savoir le système ECMS. Il s’agira d’un système unifié
de gestion des actifs utilisés comme garanties dans le cadre des opérations de
crédit de l’Eurosystème dans l’ensemble des juridictions de la zone euro. Le
lancement de l’ECMS a été déplacé d’avril 2024 à novembre 2024 afin de donner
aux utilisateurs davantage de temps pour mener à bien les tests des fonctionnalités
de l’ECMS dans un environnement stable.

Rapport annuel 2023 de la BCE 62


4.2 Le projet d’euro numérique
La BCE a lancé la phase La phase d’analyse du projet d’euro numérique s’est étalée sur deux ans pour
préparatoire du projet d’euro
numérique s’achever en octobre 2023. Le bilan des travaux réalisés au cours de la phase
d’analyse a servi de fondement à la décision du Conseil des gouverneurs de la BCE
de lancer la phase préparatoire. Le début de cette nouvelle phase n’implique pas
une décision sur l’émission ou non d’un euro numérique. Cette décision ne peut être
envisagée par le Conseil des gouverneurs qu’après l’adoption du cadre législatif
pour l’euro numérique au niveau de l’UE.

Au cours de la phase d’analyse, l’Eurosystème a convenu de la conception de haut


niveau et des exigences techniques pour un euro numérique. Les travaux ont été
soutenus par un exercice de prototypage visant à valider la conception proposée
d’un point de vue technique ainsi que par des travaux de recherche de groupes de
réflexion 59 visant à recueillir des informations sur les préférences et les attentes des
utilisateurs potentiels. Un dialogue étroit et transparent avec des acteurs du marché,
d’autres institutions de l’UE et des décideurs politiques a permis à l’ensemble des
parties prenantes d’apporter leur point de vue sur les options de conception et de
distribution. Des analyses de marché sur des aspects techniques ont montré qu’il
existait suffisamment de fournisseurs européens capables de mettre au point des
solutions en matière d’euro numérique, et qu’une série d’options de conception
architecturale et technologique étaient disponibles.

Le premier stade de la phase préparatoire, qui a débuté le 1er novembre 2023,


durera deux ans et jettera les bases de l’éventuelle émission d’un euro numérique.
Au cours de cette période, l’accent sera mis sur la finalisation du recueil de règles
relatives à l’euro numérique (digital euro rulebook) ainsi que sur la sélection des
fournisseurs susceptibles de mettre en œuvre une plateforme et une infrastructure
pour un euro numérique. L’Eurosystème approfondira par ailleurs les tests et les
expériences, et continuera de consulter l’ensemble des parties prenantes, y compris
le public, pour s’assurer qu’un euro numérique réponde aux normes les plus élevées
en matière de qualité, de sécurité, de respect de la vie privée et de facilité
d’utilisation.

Les éventuelles étapes ultérieures seront décidées par le Conseil des gouverneurs
en fonction des résultats du premier stade de la phase de préparation et des
évolutions du processus législatif.

4.3 L’innovation et l’intégration des infrastructures de marché


et des paiements
L’Eurosystème a actualisé sa En novembre 2023, l’Eurosystème a publié une mise à jour de sa stratégie en
stratégie en matière de paiements
de détail matière de paiements de détail à la lumière des changements importants dans le
paysage des paiements au cours des quatre années qui ont suivi son lancement. En

59 Pour plus d’informations, cf. les conclusions des groupes de réflexion dans l’étude sur les nouvelles
méthodes de paiement numérique de mars 2022 et dans l’étude sur les caractéristiques des
portefeuilles numériques de mars 2023 réalisées dans le cadre du projet d’euro numérique.

Rapport annuel 2023 de la BCE 63


particulier, la Big Tech a renforcé ses activités dans le domaine des services de
paiement, ce qui pourrait avoir un effet négatif sur l’autonomie stratégique de
l’Europe en matière de paiements. En outre, la guerre menée par la Russie contre
l’Ukraine a souligné l’importance des risques (cyber) pour les infrastructures
critiques en Europe, y compris pour les services de paiement. Par ailleurs, des
progrès considérables ont été réalisés en ce qui concerne le projet d’euro
numérique.

La stratégie actualisée maintient ses objectifs principaux, qui sont d’élaborer des
solutions paneuropéennes pour les paiements au point d’interaction (c’est-à-dire au
point de vente physique et dans l’espace mobile et de commerce électronique), et de
renforcer encore l’espace unique de paiement en euros (Single Euro Payments
Area, SEPA), en recourant avant tout au plein déploiement des paiements
instantanés. La stratégie ajoute l’objectif d’accroître la résilience des paiements de
détail, notamment en mettant à disposition des solutions de paiement de secours.
Enfin, la complémentarité entre la stratégie de l’Eurosystème en matière de
paiements de détail et le projet d’euro numérique est mise en avant, avec l’accent
sur les différentes manières pour un euro numérique de contribuer à la réalisation
des objectifs de la stratégie. Par exemple, un euro numérique offrirait une solution
de paiement paneuropéenne en soi, tout en aidant les solutions de paiement de
détail privées à atteindre une portée paneuropéenne.

Des progrès ont été réalisés en Conformément à son objectif de poursuite de l’intégration des marchés financiers
matière d’intégration financière
dans le domaine du post-marché européens dans le domaine du post-marché, et de contribution à la réalisation de
l’union des marchés des capitaux, le groupe consultatif de l’Eurosystème sur les
infrastructures de marché pour les titres et les garanties (Advisory Group on Market
Infrastructures for Securities and Collateral, AMI-SeCo) a continué de rendre compte
des progrès réalisés par les marchés AMI-SeCo (l’Espace économique européen et
les marchés britannique et suisse) pour le respect des normes du programme
d’harmonisation T2S, du règlement unique sur la gestion des garanties pour l’Europe
(Single Collateral management Rulebook for Europe, SCoRE) (qui est également
nécessaire pour interagir avec l’ECMS) et des normes relatives aux changements
institutionnels (corporate events) – en ce compris les normes relatives à
l’identification des actionnaires. Le taux global de conformité par rapport aux normes
d’harmonisation de T2S est resté autour de 90 %. Les cinq nouveaux DCT qui ont
rejoint T2S en septembre 2023 ont été évalués comme étant à un niveau élevé de
conformité par rapport aux normes d’harmonisation de T2S. Le Corporate Events
Compliance Report a fourni la preuve que des progrès avaient également été
accomplis en ce qui concerne le respect des normes relatives aux changements
institutionnels. Dans le tableau de bord relatif au second semestre de 2023, l’AMI-
SeCo a noté des retards dans les progrès des intervenants en matière de conformité
par rapport aux normes SCoRE applicables. Compte tenu du report à
novembre 2024 de la mise en service du système de gestion des garanties de
l’Eurosystème (Eurosystem Collateral Management System, ECMS), l’AMI-SeCo a
accepté de reculer la date limite de mise en conformité avec les normes SCoRE
concernées.

Rapport annuel 2023 de la BCE 64


Afin de recenser les obstacles qui subsistent à l’intégration de l’environnement du
post-marché des titres dans l’UE, l’AMI-SeCo a lancé en novembre 2023 une
enquête auprès de ses membres ainsi que des membres des groupes de parties
prenantes nationales. L’AMI-SeCo a également apporté sa contribution à la
Commission européenne et au Conseil européen sur les aspects post-marché de la
proposition de la Commission visant à rendre plus efficaces les procédures
transfrontières de retenue à la source et a communiqué à l’Autorité européenne des
marchés financiers (AEMF) son point de vue sur l’éventualité d’un raccourcissement
du cycle de règlement des opérations sur titres standard T+2.

Enfin, l’Eurosystème a commencé à analyser l’incidence potentielle des technologies


émergentes, en ce compris la technologie des registres distribués (distributed ledger
technology, DLT), sur le règlement des transactions financières de gros.

4.4 La surveillance et le rôle des banques centrales


d’émission
L’évaluation complète des services Le fonctionnement sécurisé et efficace des infrastructures de marchés financiers
TARGET a débuté
(IMF) et des services de paiements dans la zone euro est une priorité constante de
l’Eurosystème dans son rôle de surveillance. De plus, en sa qualité de banque
centrale d’émission pour l’euro, l’Eurosystème participe à des accords de
coopération pour les IMF situées hors de la zone euro et exerçant d’importantes
activités libellées en euros.

S’agissant de la surveillance des services TARGET de l’Eurosystème


(cf. section 4.1), les premières priorités ont été notamment le suivi du projet de
consolidation T2-T2S avant sa mise en service en mars 2023, et l’intégration de
nouveaux marchés. En outre, des évaluations complètes de T2/TIPS au regard du
règlement concernant les exigences de surveillance applicables aux systèmes de
paiement d’importance systémique (SPIS) et de T2S au regard des principes du
CPIM-OICV ont été lancées en octobre 2023.

L’Eurosystème surveille également d’autres SPIS, notamment EURO1, STEP2-T et


le MasterCard Clearing Management System (MCMS). En 2023, il s’est concentré
sur la finalisation de la première évaluation complète du MCMS au regard du
règlement SPIS, le lancement de nouvelles évaluations complètes d’EURO 1 et de
STEP2-T au regard du règlement SPIS, l’évaluation du MCMS au regard des
attentes en matière de surveillance de la capacité de résistance informatique (cyber
resilience oversight expectations, CROE) pour les infrastructures de marchés
financiers et le suivi de la migration d’EURO 1 vers la norme ISO 2022.

S’agissant des instruments de paiement, des schémas de paiement et des


dispositifs de paiement, l’Eurosystème a franchi en 2023 une étape majeure dans le
recensement des dispositifs de paiement dont la surveillance ou le suivi doivent être
assurés dans le cadre établi par l’Eurosystème pour la surveillance des instruments,
schémas et dispositifs de paiement électronique (payment instruments, schemes
and arrangements, PISA). Outre l’intégration d’entités nouvellement entrées dans la

Rapport annuel 2023 de la BCE 65


sphère de surveillance du cadre PISA, l’Eurosystème a réalisé une évaluation
complète du premier groupe de systèmes paneuropéens, et a poursuivi ses travaux
sur la surveillance de la fraude relative aux paiements par carte.

En sa qualité de banque centrale d’émission pour l’euro, l’Eurosystème a continué


d’être associé aux dispositifs de surveillance et de gestion de crise coopératifs pour
les IMF exerçant d’importantes activités libellées en euros. S’agissant des
contreparties centrales (CPC), l’Eurosystème a contribué à l’évaluation de
modifications apportées à la gestion des risques, de propositions d’extension de
services, de plans de redressement et de plans de résolution. En ce qui concerne le
règlement de titres, l’Eurosystème a continué d’apporter sa contribution à
l’évaluation régulière des DCT dans le cadre du règlement relatif aux dépositaires
centraux de titres et de préparer l’agrément futur d’entités exploitant des
infrastructures de marché reposant sur la DLT en vertu du règlement (UE) 2022/858
(règlement pilote sur le régime DLT).

Dans le domaine de la cyber-résilience, il a été procédé à la finalisation de la


révision de la stratégie en matière de cyber-résilience de l’Eurosystème pour les
IMF, et des informations sur les améliorations et les modifications apportées seront
communiquées début 2024. De plus, le SEBC a mené son enquête périodique sur la
cyber-résilience auprès de 80 IMF de l’UE et a entamé un suivi, de concert avec les
autorités de surveillance et entités supervisées respectives.

La BCE a soutenu divers axes de travail mondiaux liés à la surveillance (par


exemple, sur les pratiques en matière de marges des CCP, les garanties des IMF
pour les risques financiers sans lien avec les dispositifs concernant la défaillance
des participants, et les stablecoins), ainsi que le test de résistance des CCP à
l’échelle de l’UE organisé par les autorités de surveillance et coordonné par l’AEMF.
La BCE a également publié un relevé des modèles de marge initiale des CCP de
l’UE, suivi en permanence l’incidence de la volatilité accrue des marchés sur les
CCP et leurs membres, et organisé, en collaboration avec la Banque fédérale
d’Allemagne (Deutsche Bundesbank) et la Banque fédérale de réserve de Chicago,
la Conférence conjointe de 2023 sur la gestion des risques des CCP visant à faciliter
les discussions entre le secteur, les organismes de réglementation et les milieux
universitaires.

L’Eurosystème contribue régulièrement à l’élaboration de nouvelles réglementations


de l’UE concernant les IMF et les services de paiements. En 2023, en particulier, elle
a apporté sa contribution à l’avis de la BCE sur la révision du règlement européen
sur les infrastructures de marché. La BCE a également contribué activement à
l’élaboration d’un droit dérivé pour le règlement sur la résilience opérationnelle
numérique (Digital Operational Resilience Act), notamment en ce qui concerne
l’élaboration de tests d’intrusions fondés sur les menaces, conformément au cadre
européen de cyberpiratage éthique fondé sur les renseignements quant aux
menaces (Threat Intelligence-Based Ethical Red Teaming, TIBER-EU).

Rapport annuel 2023 de la BCE 66


Encadré 4
Les nouvelles technologies pour le règlement en monnaie de banque centrale sur le
marché de gros

L’Eurosystème procède à l’analyse de l’incidence potentielle des technologies émergentes, y


compris la technologie de registres distribués (distributed ledger technology, DLT), sur le règlement
des transactions financières de gros. Ce travail s’inscrit dans le cadre des efforts de l’Eurosystème
pour s’assurer que les banques centrales suivent et contribuent à l’innovation numérique dans le
domaine des paiements et du règlement de titres.

Le secteur financier s’intéresse de plus en plus aux applications potentielles de la DLT, y compris
pour les transactions actuellement réglées en monnaie de banque centrale. En cas d’adoption
significative de la DLT par le secteur, les banques centrales pourraient être amenées à prendre des
mesures pour préserver le fonctionnement harmonieux des systèmes de paiement et le rôle de la
monnaie de banque centrale comme ancrage monétaire soutenant la stabilité, l’intégration et
l’efficacité du système financier européen.

L’Eurosystème a recensé quatre solutions conceptuelles qui pourraient permettre le règlement en


monnaie de banque centrale de transactions de gros où, par exemple, le règlement de la partie de
la transaction qui porte sur des titres s’opère dans une infrastructure de type DLT (figure A).

Figure A
Solutions conceptuelles pour le règlement en monnaie de banque centrale des transactions de gros
enregistrées sur les plateformes DLT

Source : Cf. Neuhaus (H.) et Plooij (M.), « Le règlement des transactions de gros en monnaie de banque centrale face à l’innovation technologique », Bulletin
économique, no 8, BCE, 2023, p. 104-119.
Notes : Les lignes, les points et les pictogrammes bleus représentent la monnaie de banque centrale (CeBM). Les lignes, les points et les pictogrammes
violets représentent les titres.

L’Eurosystème prévoit de mener des travaux exploratoires sur la DLT sous la forme d’essais de
règlement en monnaie de banque centrale réelle et de simulations de liquidations dans un
environnement de test. Cela sera réalisé sur la base de trois solutions de l’Eurosystème permettant
le règlement en monnaie de banque centrale des transactions financières de gros enregistrées sur
des plateformes DLT : d’une part, la solution Trigger fournie par la Banque fédérale d’Allemagne
(Deutsche Bundesbank) et la solution TIPS Hash-Link développée par la Banque d’Italie (Banca
d’Italia), toutes deux fondées sur le concept no 1, et, d’autre part, l’Interopérabilité entièrement DLT,

Rapport annuel 2023 de la BCE 67


solution élaborée par la Banque de France et fondée sur le concept no 2. Les acteurs du marché
ont été invités à se manifester s’ils souhaitent participer aux essais et expériences prévus entre mai
et novembre 2024. Parallèlement, les deux autres solutions conceptuelles feront l’objet d’une
analyse plus approfondie en interne au sein de l’Eurosystème.

Un groupe de contact des marchés consacré à la DLT a été établi pour appuyer les travaux
exploratoires de l’Eurosystème. Ce groupe fournit des contributions d’experts et informe
l’Eurosystème des progrès réalisés dans l’utilisation de la DLT ou d’autres nouvelles technologies
sur les marchés financiers de gros.

Rapport annuel 2023 de la BCE 68


5 Les opérations de marché et les
services financiers aux autres
institutions et aux établissements
financiers

L’Eurosystème a approuvé un nouveau cadre pour la fourniture de lignes de liquidité


en euros aux banques centrales hors zone euro en août 2023, et a maintenu
plusieurs lignes de liquidité avec des banques centrales hors zone euro, fournissant
ainsi un filet de sécurité au financement de marché. La BCE a continué de proposer
régulièrement des opérations en dollars des États-Unis aux contreparties de la zone
euro. Il n’y a pas eu d’intervention de la BCE sur le marché des changes. La BCE a
continué de gérer plusieurs opérations financières pour le compte de l’Union
européenne et de jouer un rôle de coordination dans le cadre des services de
l’Eurosystème en matière de gestion des réserves.

5.1 Les évolutions des opérations de marché

Les lignes de liquidité en euros et en devises

Les lignes de swap et de repo de l’Eurosystème sont des instruments de politique


monétaire. Elles contribuent à éviter que les tensions sur les marchés de
financement internationaux n’entravent l’efficacité de la transmission de la politique
monétaire dans la zone euro. Le tableau 5.1 montre les lignes de liquidité en activité
au 31 décembre 2023.

En 2023, la BCE a continué de fournir, dans le cadre du swap line network, de la


liquidité en dollars des États-Unis sur une base hebdomadaire, avec une échéance
de sept jours, en coordination avec le Système fédéral de réserve des États-Unis, la
Banque du Canada, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque
nationale suisse. Du 20 mars au 30 avril 2023, la fréquence des opérations de
fourniture de liquidité en dollars d’une durée de sept jours a été augmentée de
manière coordonnée avec les banques centrales du swap line network, devenant
quotidienne au lieu d’hebdomadaire. Cette fréquence accrue visait à améliorer
l’efficacité de l’opération et à en renforcer le rôle de filet de sécurité dans un contexte
de fortes tensions sur le marché du financement en dollar. Les emprunts contractés
par les contreparties de la zone euro sont restés limités tout au long de l’année.

Rapport annuel 2023 de la BCE 69


Tableau 5.1
Relevé des lignes de liquidité opérationnelles
Montant empruntable
maximum (millions
Contrepartie hors zone euro Type de régime Réciproque d’euros)

Banque nationale du Danemark (Danmarks Ligne de swap Non 24 000


Nationalbank)

Banque de Suède (Sveriges Riksbank) Ligne de swap Non 10 000

Banque du Canada Ligne de swap Oui Illimitée

Banque populaire de Chine Ligne de swap Oui 45 000

Banque du Japon Ligne de swap Oui Illimitée

Banque nationale suisse Ligne de swap Oui Illimitée

Banque d’Angleterre Ligne de swap Oui Illimitée

Système fédéral de réserve des États-Unis Ligne de swap Oui Illimitée

Banque nationale de Pologne (Narodowy Bank Ligne de swap Non 10 000


Polski)

Banque nationale de Hongrie (Magyar Nemzeti Ligne de repo Non 4 000


Bank)

Banque nationale de Roumanie (Banca Ligne de repo Non 4 500


Naţională a României)

Banque d’Albanie Ligne de repo Non 400

Autorité financière andorrane Ligne de repo Non 35

Banque nationale de la République de Ligne de repo Non 400


Macédoine du Nord

Banque centrale de la République de Saint- Ligne de repo Non 100


Marin (Banca Centrale della Repubblica di San
Marino)

Source : BCE.
Notes : Liste des lignes de liquidité de banque centrale gérées par l’Eurosystème (au 31 décembre 2023). Le tableau n’inclut pas les
lignes de repo mises en place avec les banques centrales n’appartenant pas à la zone euro dans le cadre de la facilité de repo de
l’Eurosystème pour les banques centrales (Eurosystem repo facility for central banks, EUREP), pour lesquelles la BCE n’a pas
communiqué ses contreparties. Dans le nouveau régime, la BCE a publié toutes les lignes de liquidité depuis le 16 janvier 2024.

Le 3 août 2023, le Conseil des gouverneurs a approuvé un nouveau cadre pour la


fourniture de lignes de liquidité en euros aux banques centrales hors zone euro, à la
suite d’un examen approfondi du cadre précédent et sur la base de l’expérience des
dernières années. Le nouveau cadre est entré en vigueur le 16 janvier 2024 ; il
maintient le rôle des lignes de liquidité comme instruments de politique monétaire et
conserve les éléments fondamentaux du cadre en place jusqu’à présent, mais le
rationalise, et intègre les facilités de repo existantes dans un cadre permanent unifié
baptisé EUREP. Les lignes de swap sont accessibles aux pays dont la solvabilité ou
l’importance systémique est la plus élevée du point de vue de la zone euro. L’accès
à une ligne de liquidité en euros pourrait différer en temps normal des périodes de
graves perturbations généralisées sur les marchés financiers, lorsque la mise en
place de lignes de précaution avec un éventail plus large de pays pourrait se
justifier. Le Conseil des gouverneurs continuera d’évaluer les demandes de lignes
de liquidité au cas par cas.

Déclaration des interventions sur le marché des changes

La BCE n’est pas intervenue sur le marché des changes en 2023. Depuis
l’introduction de l’euro, la BCE est intervenue sur le marché des changes à deux

Rapport annuel 2023 de la BCE 70


reprises, à savoir en 2000 et en 2011. Les données relatives aux interventions sur le
marché des changes sont publiées tous les trois mois, avec un décalage d’un
trimestre, sur le site internet de la BCE ainsi que dans l’entrepôt de données
statistiques (Statistical Data Warehouse). Les informations publiées dans le tableau
trimestriel sont également récapitulées dans le tableau 5.2. S’il n’y a pas eu
d’intervention sur le marché des changes au cours du trimestre concerné, cette
information est explicitement indiquée.

Tableau 5.2
Interventions de la BCE sur le marché des changes
Montant brut Montant net
Type Couple de (millions (millions
Période Date d’intervention devises Devise achetée d’euros) d’euros)

T3 2000 22/09/2000 Coordonnée EUR/USD EUR 1 640 1 640

22/09/2000 Coordonnée EUR/JPY EUR 1 500 1 500

Q4 2000 03/11/2000 Unilatérale EUR/USD EUR 2 890 2 890

03/11/2000 Unilatérale EUR/JPY EUR 680 680

06/11/2000 Unilatérale EUR/USD EUR 1 000 1 000

09/11/2000 Unilatérale EUR/USD EUR 1 700 1 700

09/11/2000 Unilatérale EUR/JPY EUR 800 800

T1 2011 18/03/2011 Coordonnée EUR/JPY EUR 700 700

T1 à T4 2021 - - - - - -

T1 à T4 2022 - - - - - -

T1 à T4 2023 - - - - - -

Source : BCE.

Le cadre de déclaration couvre les interventions sur le marché des changes


effectuées par la BCE, soit unilatéralement, soit en coordination avec d’autres
autorités internationales, ainsi que les interventions de change « aux marges » dans
le cadre du mécanisme de change européen (MCE II).

5.2 La gestion des opérations d’emprunt et de prêt de l’UE


La BCE a traité des paiements La BCE est responsable de la gestion des comptes et du traitement des paiements
dans le cadre de divers
programmes de prêts de l’UE relatifs aux opérations d’emprunt et de prêt de l’UE dans le cadre du mécanisme de
soutien financier à moyen terme (medium-term financial assistance, MTFA) 60, du
mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) 61, de l’instrument européen
de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence
(European instrument for temporary support to mitigate unemployment risks in an

60 Conformément à l’article 141, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne


(JO C 326 du 26.10.2012), p. 47, aux articles 17, 21.2, 43.1 et 46.1 des statuts du SEBC et à l’article 9
du règlement (CE) no 332/2002 du Conseil du 18 février 2002 établissant un mécanisme de soutien
financier à moyen terme des balances des paiements des États membres(JO L 53 du 23.02.2002,
p. 1).
61 Conformément aux articles 122, paragraphe 2 et 132, paragraphe 1 du traité sur le fonctionnement de
l’Union européenne, aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC, et à l’article 8 du règlement (UE)
no 407/2010 du Conseil du 11 mai 2010 établissant un mécanisme européen de stabilisation financière.
(JO L 118 du 12.05.2010, p. 1).

Rapport annuel 2023 de la BCE 71


emergency, SURE) 62, du programme Next Generation EU (NGEU) 63 et du
programme d’assistance macrofinancière à l’Ukraine (macro-financial assistance to
Ukraine programme, MFA+) 64. La BCE assume également la responsabilité de
gérer certains paiements liés à des opérations relevant du Fonds européen de
stabilité financière (FESF) 65 et du Mécanisme européen de stabilité (MES) 66. Elle
assure aussi le traitement de tous les paiements afférents à la convention de prêt
dont bénéficie la Grèce 67. En 2023, la BCE a terminé les préparatifs en vue d’offrir
des services d’agent payeur à la Commission européenne, élargissant ainsi la
gamme des services d’agent fiscal qu’elle propose actuellement.

Au 31 décembre 2023, l’encours nominal total s’élevait à 200 millions d’euros dans
le cadre du mécanisme MTFA, à 42,8 milliards d’euros au titre du MESF, à
98,4 milliards d’euros au titre de l’instrument SURE et à 39,54 milliards d’euros dans
le cadre de la convention de prêt en faveur de la Grèce. Enfin, la BCE a procédé
en 2023 aux décaissements et aux paiements des intérêts de prêts et de
subventions au titre du programme NGEU à destination et émanant de différents
États membres, et a traité les prêts MFA+ à destination de l’Ukraine.

5.3 Les services de l’Eurosystème en matière de gestion des


réserves
Plusieurs banques centrales En 2023, un large éventail de services financiers ont continué d’être offerts dans le
nationales de l’Eurosystème ont
fourni des services dans le cadre cadre des services de l’Eurosystème en matière de gestion des réserves
des ERMS (Eurosystem reserve management services, ERMS) instaurés en 2005 pour la
gestion des actifs libellés en euros et mis en réserve par des clients de
l’Eurosystème. En vertu de ceux-ci, plusieurs banques centrales nationales de
l’Eurosystème fournissent, selon des modalités harmonisées et conformément aux
normes du marché, des services financiers à des banques centrales, à des autorités
monétaires et à des organismes gouvernementaux de pays n’appartenant pas à la
zone euro, de même qu’à des organisations internationales. La BCE joue un rôle de

62 Conformément aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC conjointement avec l’article 10 du


règlement (UE) no 2020/672 du Conseil du 19 mai 2020 portant création d’un instrument européen de
soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE) engendrée
par la propagation de la COVID-19 (JO L 159 du 20.05.2020, p. 1).
63
Conformément aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC conjointement avec le règlement (UE)
no 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la
reprise et la résilience (JO L 57 du 18.02.2021, p. 17).
64 Conformément aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC conjointement avec le règlement (UE)
2022/2463 du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022 établissant un instrument de
soutien à l’Ukraine pour 2023 (assistance macrofinancière +) (JO L 322 du 16.12.2022, p. 1)
65 Conformément aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC conjointement avec l’article 3.5 de l’accord-
cadre régissant le FESF.
66 Conformément aux articles 17 et 21 des statuts du SEBC conjointement avec l’article 5.12.1 des
conditions générales du MES relatives aux conventions d’assistance financière.
67 Dans le contexte de l’accord de prêt entre les États membres ayant l’euro comme monnaie (autres que
la Grèce et l’Allemagne) et le Kreditanstalt für Wiederaufbau (agissant dans l’intérêt public, dans le
respect des instructions de la République fédérale d’Allemagne et sous le bénéfice de la garantie de la
République fédérale d’Allemagne) en qualité de prêteurs, la République hellénique en qualité
d’emprunteur et la Banque de Grèce en qualité d’agent de l’emprunteur, et en vertu des articles 17
et 21.2 des statuts du SEBC et de l’article 2 de la décision de la Banque centrale européenne du
10 mai 2010 relative à la gestion des prêts bilatéraux coordonnés en faveur de la République
hellénique et modifiant la décision BCE/2007/7 (BCE/2010/4) (JO L 119 du 13.05.2010, p. 24).

Rapport annuel 2023 de la BCE 72


coordination générale, suit le bon fonctionnement des services, encourage les
modifications visant à en améliorer le cadre et prépare des rapports connexes pour
ses organes de décision.

Fin 2023, le nombre de comptes de clients gérés dans le cadre des ERMS s’élevait
à 273, contre 270 fin 2022. Le total des avoirs agrégés (encaisses et portefeuilles de
titres compris) gérés dans le cadre des ERMS a diminué de quelque 20 % en 2023
par rapport à 2022.

Rapport annuel 2023 de la BCE 73


6 Les espèces sont demeurées le moyen
de paiement le plus utilisé par les
citoyens européens et ont affiché un
faible niveau de contrefaçon

La circulation des billets en euros a été affectée par les relèvements des taux
directeurs de la BCE, sous l’effet de la diminution des avoirs en espèces détenus à
titre de réserve de valeur. Une grande majorité de citoyens européens estiment qu’il
est important d’avoir la possibilité de payer en espèces. Dès lors, la BCE s’efforce
de garantir un accès efficace aux espèces et leur acceptation dans la zone euro.

L’Eurosystème s’est également engagé à faire en sorte que les espèces restent
aussi durables et respectueuses de l’environnement que possible et a évalué
l’empreinte environnementale des billets de banque en tant que moyen de paiement.
Les préparatifs en vue de la réalisation d’une nouvelle série de billets en euros sont
l’occasion de rendre les billets en euros plus évocateurs pour tous les Européens. Le
grand public est dès lors consulté tout au long du processus de conception.

6.1 Circulation des billets en euros et garantie de l’accès aux


espèces et de leur acceptation
La circulation des billets en euros a Fin 2023, le nombre de billets en euros en circulation atteignait 29,8 milliards, pour
été impactée par les hausses des
taux d’intérêt une valeur totale de 1 570 milliards d’euros. Les billets de banque ne produisant
aucun intérêt, les relèvements des taux directeurs de la BCE observés depuis
juillet 2022 ont continué de comprimer la détention d’espèces à titre de réserve de
valeur. En conséquence, l’année 2023 a été marquée par des taux de croissance
annuels très faibles de 1,2 et – 0,3 %, respectivement en nombre de coupures et en
valeur.

Rapport annuel 2023 de la BCE 74


Graphique 6.1
Nombre et valeur des billets en euros en circulation
(échelle de gauche : en milliards d’euros ; échelle de droite : en milliards)

Source : BCE.

Dans le souci de maintenir la qualité des billets en euros en circulation et la


confiance qu’ils inspirent, les banques centrales nationales de l’Eurosystème ont
traité 25,3 milliards de billets en euros. Parmi ceux-ci, 3,3 milliards de coupures
usées ont été remplacées par des exemplaires nouvellement imprimés.

La valeur des pièces en euros en circulation a progressé de 3,2 % par an, pour
s’établir à 33,5 milliards d’euros fin 2023, ce qui correspond à 148,2 milliards de
pièces en euros.

En 2022, la BCE a mené une étude analysant les comportements des


consommateurs en matière de paiement dans la zone euro (Study on payments
attitudes of consumers in the euro area), qui a montré que 60 % des citoyens
estiment qu’il est important d’avoir la possibilité de payer en espèces. Afin de
garantir l’accès efficace aux espèces et leur acceptation, la Commission européenne
a adopté, le 28 juin 2023, une proposition de règlement concernant le cours légal
des billets et pièces en euros. Dans son avis sur la proposition de la Commission, la
BCE a exprimé son ferme soutien à l’établissement de règles claires concernant
l’acceptation obligatoire des espèces en euros et les refus des détaillants d’accepter
les espèces, par exemple en apposant des affiches « pas de paiements en
espèces » à l’entrée des magasins. Un bon accès aux espèces et l’acceptation de
celles-ci sont les éléments clés de la stratégie fiduciaire de l’Eurosystème à
l’horizon 2030, qui visera à assurer que les espèces en euros restent largement
disponibles en tant que moyen de paiement et réserve de valeur attrayants, fiables
et concurrentiels.

Rapport annuel 2023 de la BCE 75


6.2 Étude sur l’empreinte environnementale des billets en
euros
L’empreinte environnementale de La BCE a mené une étude sur l’empreinte environnementale des billets en euros
produit examine l’ensemble du
cycle de vie des billets, depuis afin d’évaluer l’empreinte environnementale, par personne et par an, des paiements
l’acquisition des matières premières en espèces effectués avec des billets en euros, le but étant de garantir que les
et la fabrication jusqu’à la
distribution et l’élimination espèces restent aussi durables et respectueuses de l’environnement que possible.

Les conclusions de l’étude ont montré que l’empreinte, par personne et par an, de
l’utilisation des billets en euros est équivalente à un trajet de huit kilomètres en
voiture et qu’elle ne représente que 0,01 % de l’incidence annuelle totale sur
l’environnement des activités de consommation.

L’étude sur l’empreinte Les billets sont réutilisés à plusieurs reprises après leur mise en circulation. La
environnementale de produit s’est
également penchée sur les progrès phase de distribution, en ce compris la consommation d’énergie et le transport, est la
engrangés jusqu’à présent principale contributrice à leur empreinte environnementale. L’utilisation de coton
durable pour la fabrication du papier à billets a réduit l’incidence environnementale
des billets en euros de près de 50 % et l’empreinte globale des paiements effectués
avec des billets en euros de 3,6 % comparativement à l’utilisation de coton
conventionnel issu de sources non durables. De nouvelles réductions sont prévues
une fois que la transition vers un coton plus organique deviendra une réalité.
D’importants travaux de recherche et de développement sont en cours afin
d’identifier d’autres méthodes d’élimination des déchets de billets, telles que le
recyclage et la réutilisation de ceux-ci.

6.3 Évolution de la contrefaçon des billets en euros


En 2023, le niveau des En 2023, quelque 467 000 billets en euros contrefaits ont été retirés de la circulation,
contrefaçons exprimé en proportion
du nombre total de billets en soit l’un des niveaux les plus bas jamais observés en proportion du nombre total de
circulation a été parmi les plus bas billets en circulation (graphique 6.2). Cela correspond à 16 contrefaçons détectées
par million de coupures authentiques en circulation. Malgré cette très faible
proportion, le nombre de billets contrefaits a augmenté par rapport à 2022, année
durant laquelle il avait été exceptionnellement bas à la suite de la pandémie de
COVID-19. La probabilité de se voir remettre un billet contrefait est faible. La plupart
des contrefaçons sont de qualité médiocre et ne comportent aucun des signes de
sécurité, ou alors il s’agit de piètres imitations. Les billets peuvent être vérifiés grâce
au simple test consistant à « toucher, regarder, incliner » décrit sur la page internet
consacrée aux signes de sécurité des billets et sur les sites internet des banques
centrales nationales de la zone euro.

Rapport annuel 2023 de la BCE 76


Graphique 6.2
Nombre de contrefaçons détectées chaque année par million de billets authentiques
en circulation

Source : BCE.

6.4 Préparatifs en vue des futurs billets en euros


La BCE se prépare à mettre au point une nouvelle série de billets en euros qui
demeureront aussi résistants à la contrefaçon et qui seront aussi respectueux de
l’environnement que possible. Ce processus reflète l’engagement de l’Eurosystème
en faveur des espèces et est l’occasion de rendre les billets en euros plus
évocateurs pour tous les Européens.

Afin de veiller à ce que l’avis des Un groupe consultatif multidisciplinaire, composé de représentants de tous les pays
Européens soit pris en compte dans
les futurs graphismes, le grand de la zone euro, a proposé une liste restreinte de thèmes établie sur la base des
public est consulté tout au long du suggestions du grand public. Le Conseil des gouverneurs a ensuite sélectionné sept
nouveau processus de conception
thèmes, à propos desquels le grand public a été invité à exprimer ses préférences.
Sur la base des résultats de deux enquêtes menées auprès du grand public durant
l’été 2023, le Conseil des gouverneurs a retenu deux thèmes possibles pour les
futurs billets en euros : « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ».

Une décision sur les conceptions En outre, le Conseil des gouverneurs a réuni un groupe consultatif chargé de
définitives et sur le calendrier de
production et d’émission des proposer, d’ici fin 2024, des motifs susceptibles d’illustrer les thèmes sélectionnés.
nouveaux billets est attendue en Par la suite, un concours sera organisé pour concevoir les nouveaux billets. Les
2026
citoyens européens auront de nouveau l’occasion d’exprimer leurs préférences entre
plusieurs propositions. La BCE devrait se prononcer en 2026 sur les graphismes
définitifs et sur le calendrier de production et d’émission des futurs billets. Une fois
prise la décision de produire de nouveaux billets, il faudra encore patienter quelques
années avant que ces derniers ne soient effectivement émis.

Rapport annuel 2023 de la BCE 77


7 Les statistiques

La BCE, assistée par les banques centrales nationales (BCN), développe, collecte,
compile et diffuse une large gamme de statistiques et de données nécessaires à la
conduite de sa politique monétaire. Ces statistiques étayent d’autres missions du
Système européen de banques centrales (SEBC) et du Comité européen du risque
systémique, liées notamment à la stabilité financière. Elles sont également utilisées
par les autorités publiques, les organisations internationales, les intervenants sur les
marchés financiers, les médias et le grand public, ce qui contribue à accroître la
transparence des activités de la BCE.

En 2023, la BCE s’est concentrée sur de nouvelles statistiques relatives à la zone


euro, à savoir la collecte de statistiques extérieures plus détaillées et la ventilation
de la composante « crédits, numéraire et dépôts » de la dette publique. La BCE a
également décidé d’élargir la population déclarante dans le cadre du dispositif de
collecte d’informations statistiques portant sur le marché monétaire (Money Market
Statistical Reporting). Elle a publié de nouvelles séries de comptes financiers
comportant une ventilation des droits sur les assurances-vie et des droits à pension
par type de risque d’investissement. Dans le cadre de son plan d’action pour le
climat, la BCE a publié des indicateurs climatiques sur son site internet. En outre,
l’Eurosystème a lancé une enquête afin de déterminer quels thèmes pourraient être
inclus dans le champ d’application du Cadre de déclaration intégré (Integrated
Reporting Framework).

7.1 Nouvelles statistiques, statistiques élargies de la zone


euro et autres évolutions
De nouveaux détails sur les En avril 2023, la BCE a commencé à publier des détails supplémentaires concernant
statistiques extérieures ont été mis
à la disposition des utilisateurs les statistiques extérieures, conformément à l’orientation modifiée de la BCE relative
aux statistiques extérieures, répondant ainsi au besoin des utilisateurs de disposer
de statistiques transfrontières plus détaillées. Les nouvelles séries distinguent les
données relatives aux fonds d’investissement, aux sociétés d’assurance et fonds de
pension, aux autres institutions financières, aux sociétés non financières et aux
ménages et institutions sans but lucratif au service des ménages. Elles identifient
également le type d’instrument de dette utilisé pour procéder aux investissements
directs. Les détails complémentaires sont disponibles pour les titres de créance, les
crédits, les crédits commerciaux et avances, ainsi que pour des contreparties
géographiques supplémentaires.

De nouvelles ventilations des En outre, la BCE a commencé à publier de nouvelles ventilations de la composante
crédits, numéraire et dépôts de la
dette des administrations publiques « crédits, numéraire et dépôts » de la dette publique des États membres de l’UE, ce
ont été publiées qui permet une évaluation plus approfondie du financement public. Alors que les
titres de créance constituent généralement la plus grande part de la dette publique,
les crédits et les dépôts sont également des composantes importantes, équivalentes
en 2022 à 16 % environ du PIB de la zone euro et à 17,5 % de la dette publique

Rapport annuel 2023 de la BCE 78


totale. Les données montrent les différentes sources de financement et fournissent
une ventilation par catégorie de créanciers, y compris les banques commerciales,
les institutions multilatérales (telles que le Fonds monétaire international) et les
institutions de l’Union européenne (par exemple la Banque européenne
d’investissement).

La BCE a décidé d’élargir la En avril 2023, la BCE a décidé d’élargir la population déclarante du dispositif de
population déclarante des
statistiques du marché monétaire collecte des données portant sur le marché monétaire (Money Market Statistical
de l’euro Reporting, MMSR), ajoutant 24 nouvelles banques aux 46 établissements déjà
déclarants. Les nouvelles banques participant au MMSR commenceront à effectuer
leurs déclarations le 1er juillet 2024. Les données qu’elles fourniront contribueront à
accroître la représentativité des données MMSR publiées par la BCE. Les données
communiquées par les nouveaux agents déclarants seront incluses dans le calcul du
taux à court terme de l’euro (€STR) à un stade ultérieur, afin de s’assurer au
préalable que les données nouvellement collectées sont de qualité suffisante.
L’élargissement de la population déclarante favorisera la représentativité, la
robustesse et la fiabilité du taux de référence.

La BCE a publié de nouvelles À la suite de la modification de son orientation relative aux obligations de déclaration
statistiques des comptes financiers
comportant une ventilation des statistique en matière de comptes financiers trimestriels, en octobre 2023, la BCE a
droits sur les assurances-vie et des commencé à publier de nouvelles ventilations pour les droits sur les assurances-vie
droits à pension par type de risque
d’investissement et rentes et pour les droits à pension par type de risque d’investissement, pour
l’ensemble des États membres de l’UE et la zone euro. Ces droits constituent des
composantes importantes des actifs financiers des ménages. Ils sont enregistrés
dans les comptes financiers comme des passifs des sociétés d’assurance et des
fonds de pension (et, dans une bien moindre mesure, d’autres secteurs). Les
nouvelles données montrent dans quelle mesure les ménages supportent le risque
d’investissement des primes et des contributions investies en leur nom.

7.2 Publication de nouveaux indicateurs statistiques liés au


climat
En janvier 2023, la BCE a publié sur son site internet une première série
d’indicateurs statistiques expérimentaux et analytiques liés au changement
climatique. Ces indicateurs ont été établis en étroite coopération avec les banques
centrales nationales du SEBC et font partie du plan d’action pour le climat plus large
de la BCE.

Les indicateurs expérimentaux sur la finance durable donnent une vue d’ensemble
des instruments de dette présentant des caractéristiques de durabilité qui sont émis
ou détenus par les résidents de la zone euro. Ils fournissent des informations sur les
montants collectés en vue de financer des projets durables et, par extension, sur la
transition vers une économie neutre en carbone.

Les indicateurs analytiques relatifs aux émissions de carbone des institutions


financières livrent des informations sur l’intensité en carbone des portefeuilles de
titres et de prêts des institutions financières. Ils contribuent ainsi à évaluer le rôle de

Rapport annuel 2023 de la BCE 79


ce secteur dans le financement de la transition vers une économie neutre en
carbone et les risques qui y sont associés. Ces indicateurs fournissent des
informations sur l’exposition des banques à des contreparties dont les modèles
d’activité sont très intensifs en carbone.

Les indicateurs analytiques sur les risques physiques des portefeuilles de prêts et de
titres évaluent les risques découlant des retombées de catastrophes naturelles
induites par le changement climatique, comme les inondations et les incendies, sur
la performance des prêts, des obligations et des actions. Ces indicateurs peuvent
être utilisés pour comparer les risques physiques entre les pays, les secteurs et les
types de catastrophe.

Les travaux se sont poursuivis sur les trois séries de données afin d’accroître la
qualité des informations et la disponibilité des ventilations, y compris, notamment,
les détails géographiques et sectoriels.

7.3 Rendre la collecte des données bancaires plus efficace


Le Cadre de déclaration intégré (Integrated reporting Framework, IReF) vise à
inclure au maximum, au sein d’un dispositif de déclaration unique standardisé
s’appliquant à l’ensemble de la zone euro, les exigences actuelles du SEBC en
matière de données statistiques bancaires.

L’IReF constitue une première étape vers une initiative plus large en faveur d’un
système de déclaration intégré pour les données statistiques, prudentielles et
relatives à la résolution dans l’Union européenne, réclamé par le secteur bancaire
européen et demandé par le Parlement européen et le Conseil. L’Autorité bancaire
européenne, la BCE, le Conseil de résolution unique et la Commission européenne
collaborent au sein d’un groupe de coordination informel dans le but de promouvoir
davantage cette intégration. En 2023, ils ont discuté des modalités de
fonctionnement d’un comité conjoint pour les déclarations bancaires (Joint Bank
Reporting Committee, JBRC), auquel participeraient les autorités européennes et
nationales compétentes ainsi que le secteur bancaire. Le JBRC devrait être mis en
place en 2024.

Le SEBC coopère aussi étroitement avec le secteur bancaire afin d’optimiser la


collecte de données et de réduire la charge globale de déclaration grâce au
Dictionnaire des déclarations intégrées des banques (Banks’ Integrated Reporting
Dictionary, BIRD). Il s’agit d’une initiative volontaire et collaborative regroupant les
banques centrales nationales du SEBC et des banques commerciales. Le BIRD, qui
est accessible gratuitement, aide les banques à produire des déclarations
statistiques, prudentielles et de résolution conformes aux exigences définies dans la
législation européenne. Le BIRD est un dictionnaire intégré dont le contenu est
exempt de redondances : les concepts qui sous-tendent les obligations de reporting
sont tous identifiés et décrits de façon unique, ce qui aide les banques à décider
quelles données extraire de leurs systèmes internes et comment les traiter.

Rapport annuel 2023 de la BCE 80


L’une des premières réalisations du BIRD sera d’aider les banques à se conformer à
l’IReF, le nouveau cadre de collecte de données qui s’appliquera de manière
uniforme dans tous les pays de la zone euro. Les agents déclarants pourront utiliser
le BIRD pour compléter leurs déclarations IReF, ainsi que pour s’acquitter d’autres
obligations de reporting. Le BIRD contribuera à réduire la charge de déclaration
pesant sur les banques et à améliorer la qualité des données transmises aux
autorités compétentes.

Encadré 5
Première publication des nouveaux comptes distributionnels de patrimoine des ménages

De nouvelles statistiques expérimentales fournissent, pour la zone euro, des informations


trimestrielles sur la distribution du patrimoine des ménages alignées sur les comptes nationaux.

Les nouveaux comptes distributionnels de patrimoine publiés par la BCE donnent des indications
sur la répartition du patrimoine des ménages et des pays de la zone euro qui sont cohérentes avec
les comptes sectoriels trimestriels agrégés. Ces nouvelles statistiques étayent les analyses de la
stabilité économique, monétaire et financière de la BCE Ce projet est lié à la nouvelle stratégie de
la politique monétaire de la BCE de 2021, qui a pour objectif d’inclure une évaluation systématique
de l’interaction réciproque entre la distribution du revenu et du patrimoine, d’une part, et la politique
monétaire, d’autre part. Les comptes distributionnels de patrimoine permettront de mieux
appréhender le processus de transmission de la politique monétaire. Cette publication fait suite aux
recommandations de l’initiative du G20 sur les lacunes en matière de données (G20 Data Gaps
Initiative), visant à développer des informations distributionnelles sur le revenu, la consommation,
l’épargne et le patrimoine des ménages, le tout en ligne avec les comptes nationaux.

La méthode et les résultats ont été élaborés et compilés par le Système européen de banques
centrales. L’approche commune peut encore être améliorée au niveau national par la prise en
compte des sources de données supplémentaires disponibles à l’échelle locale. Certaines banques
centrales nationales ont déjà mis en œuvre de telles améliorations. Les données combinent les
comptes sectoriels trimestriels agrégés avec les informations individuelles par ménage tirées de
l’enquête sur le comportement financier des ménages (Household Finance and Consumption
Survey, HFCS) menée entre 2010 et 2021, ainsi que d’autres sources. Les résultats compilés pour
les trimestres postérieurs à 2021 sont estimés sur la base des données des comptes sectoriels les
plus récents et des résultats de la dernière vague disponible de la HFCS ou, dans certains pays, de
données collectées par les INS. Les données sont établies trimestriellement et publiées cinq mois
après la fin de chaque période. Les résultats sont disponibles pour la zone euro, 19 pays de la zone
(tous les pays membres à l’exception de la Croatie) et la Hongrie.

Les comptes distributionnels de patrimoine fournissent des données sur le patrimoine net ainsi que
sur le total des actifs et des passifs et leurs composantes. Les ménages sont ventilés entre les cinq
déciles supérieurs de patrimoine net et les 50 % de déciles inférieurs, ainsi que par type d’emploi et
par mode d’occupation du logement. L’ensemble des données tirées des comptes distributionnels
de patrimoine inclut également le coefficient de Gini pour le patrimoine net, des données sur les
patrimoines nets médian et moyen, la part du patrimoine net détenue par les 50 % de ménages les
moins nantis, les 10 % et les 5 % les plus aisés, ainsi que le ratio dettes/actifs par décile de
patrimoine net des ménages.

Rapport annuel 2023 de la BCE 81


Graphique A
Évolution du patrimoine immobilier par décile de patrimoine net et part dans le patrimoine net des
5 % les plus aisés, zone euro
a) Patrimoine immobilier b) Part dans le patrimoine net des 5 % de déciles les
plus nantis
(milliers de milliards d’euros) (en pourcentage)

Source : Comptes distributionnels de patrimoine.

Encadré 6
Les statistiques sur les paiements ‒ élargissement du champ d’application et
augmentation de la fréquence

Le règlement modifié de la BCE concernant les statistiques relatives aux paiements est entré en
vigueur le 1er janvier 2022. Les améliorations apportées par rapport au cadre juridique précédent
reflètent à la fois les évolutions survenues dans l’univers des paiements et les modifications
apparentées introduites dans la législation de l’UE. La fréquence de collecte des données a
également augmenté, passant d’annuelle à semestrielle et trimestrielle. La première publication de
données statistiques relatives aux paiements, collectées selon le cadre modifié, a eu lieu le
9 novembre 2023 par le biais du portail de données de la BCE. Les données ont été publiées pour
les quatre trimestres et les deux semestres de 2022 ainsi que pour les deux premiers trimestres
de 2023.

Les statistiques relatives aux paiements mises à disposition sur une base semestrielle incluent
désormais des informations sur les services de paiement de détail innovants, tels les paiements
effectués à l’aide d’appareils mobiles, les paiements sans contact, le commerce électronique et les
nouveaux types de services de paiement définis dans la directive modifiée concernant les services
de paiement (DSP2). Un communiqué de presse accompagne chaque publication semestrielle.
Dans le cadre de la collecte élargie de données, les informations reprises dans le portail de
données de la BCE montrent, entre autres, la forte demande de paiements par carte sans contact,
qui, au premier semestre 2023, ont représenté 57 % de l’ensemble des paiements par carte
effectués dans la zone euro (graphique A).

Rapport annuel 2023 de la BCE 82


Graphique A
Part des paiements par carte sans contact en pourcentage de l’ensemble des paiements par carte
effectués dans la zone euro au premier semestre 2023

Source : BCE.

En outre, des données sont collectées concernant les opérations de paiement frauduleuses, les
méthodes d’authentification des opérations de paiement et les dispositifs de paiement. Chaque
trimestre, aux fins du suivi des échanges transfrontière, des données sur la répartition mondiale par
pays des opérations de paiement par carte sont collectées, conjointement à une ventilation par
code de catégorie du commerçant.

Rapport annuel 2023 de la BCE 83


8 Les activités de la BCE en matière de
recherche

En 2023, les recherches de la BCE ont eu pour objet, entre autres, d’évaluer les
fluctuations de l’inflation, la transmission monétaire, le changement climatique et les
évolutions structurelles. Plus précisément, les responsables de la recherche au sein
du Système européen de banques centrales (SEBC) ont lancé le réseau de
recherche sur les défis de la transmission de la politique monétaire dans un monde
en mutation (Challenges for Monetary Policy Transmission in a Changing World,
ChaMP), dont l’objectif est d’exploiter de vastes séries de données granulaires pour
analyser la force, le rythme et l’hétérogénéité des canaux de transmission
monétaires dans la zone euro sur fond de chocs sans précédent, d’évolutions
structurelles et de changements dans la dynamique d’inflation. Le réseau sur le
patrimoine et la consommation des ménages (Household Finance and Consumption
Network, HFCN) a continué d’apporter de nouveaux éclairages sur l’incidence de
l’inflation sur les différents ménages dans la zone euro. L’enquête de la BCE sur les
anticipations des consommateurs (Consumer Expectations Survey, CES) est
maintenant largement reconnue comme une source d’informations précieuses pour
la politique monétaire et pour la recherche en ce qui concerne la formation des
anticipations des ménages. Le changement climatique est resté un thème important
pour les activités de recherche de la BCE. La BCE a aussi collaboré étroitement
avec les banques centrales nationales au sein des pôles de recherche du SEBC, en
organisant des ateliers annuels pour débattre des questions les plus urgentes dans
leurs différents domaines de spécialisation.

8.1 Le point sur les initiatives de recherche du SEBC


Le réseau ChaMP a commencé ses Le réseau ChaMP a commencé ses travaux en mai 2023. Ceux-ci devraient durer
travaux en mai 2023
deux ans, avec une prolongation possible d’une année. Le réseau s’articule autour
de deux axes de travail : la transmission de la politique monétaire par le biais du
système financier (axe 1) et la transmission de la politique monétaire par la voie de
l’économie réelle (axe 2). Le réseau ChaMP s’est doté d’un programme initial
d’activité comprenant 180 projets de recherche soumis par 250 auteurs issus de la
plupart des banques centrales du SEBC. Les premiers ateliers se sont tenus,
respectivement, à Bruxelles le 25 octobre 2023 pour l’axe 2 et à Lisbonne le
31 octobre 2023 pour l’axe 1. L’atelier portant sur l’axe 1 comportait des
présentations sur la transmission de la politique monétaire aux entreprises et aux
ménages par le canal bancaire et sur le rôle des intermédiaires financiers non
bancaires. L’atelier dédié à l’axe 2 s’est concentré sur la pertinence pour la
transmission de la politique monétaire des réseaux de production entre les
entreprises (par exemple les contraintes d’offre et les autres chocs) et des
changements structurels (par exemple la numérisation, la (dé)mondialisation et le

Rapport annuel 2023 de la BCE 84


changement climatique). Les membres de l’équipe dirigeante se sont rencontrés
pour la première fois en personne à Lisbonne le 30 octobre 2023.

En juillet 2023, le HFCN a publié les résultats de la quatrième vague (menée


en 2021) de l’enquête sur le patrimoine et la consommation des ménages
(Household Finance and Consumption Survey, HFCS). La HFCS est une source
d’informations sur les finances et la consommation des ménages qui présente une
utilité pour plusieurs projets de recherche menés par des membres du HFCN, par le
groupe de recherche de la BCE sur l’hétérogénéité et par des chercheurs externes.
Ces projets comprennent des travaux concernant les effets distributifs des chocs
d’inflation sur les bilans des ménages 68, l’écart de richesse entre les hommes et les
femmes, la mesure de l’incertitude liée aux revenus sur la base de données relatives
aux anticipations des ménages, l’hétérogénéité des effets de la pandémie sur les
finances des ménages, et les nouveaux comptes distributionnels de patrimoine
(cf. encadré 5).

8.2 Le point sur les initiatives de recherche de la BCE


L’enquête sur les anticipations des consommateurs (CES) de la BCE a été élargie
en 2023, apportant de nouveaux éclairages sur le secteur des ménages à des fins
d’analyse et de recherche en matière de politique monétaire. La BCE a étendu la
portée de l’enquête au-delà des six pays inclus initialement dans la phase pilote
(l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas) à cinq autres
pays de la zone euro (l’Autriche, la Finlande, la Grèce, l’Irlande et le Portugal).
L’enquête s’est révélée être un précieux outil de politique et de recherche pour
l’analyse des anticipations d’inflation des ménages. La recherche a montré que la
politique monétaire restrictive, en combinaison avec la communication active sur le
rôle joué par la politique monétaire pour stabiliser l’inflation future, a soutenu la
confiance du public et empêché les chocs récents sur les prix et sur les coûts de
s’ancrer dans les anticipations d’inflation des consommateurs 69. L’enquête CES a
également permis de mettre en évidence l’incidence hétérogène de l’inflation sur les
anticipations des différents ménages. Il en ressort notamment que les ménages à
faibles revenus ont été les plus touchés par l’inflation en raison de leur exposition
aux augmentations de prix des biens de première nécessité tels que l’énergie et les
produits alimentaires.

Les thèmes de recherche liés au Les thèmes de recherche liés au climat sont restés très importants en 2023. Les
climat sont restés très importants
en 2023 travaux de recherche ont mis en évidence une déconnexion en ce que les banques
qui publient des informations plus détaillées en matière d’environnement ont accordé
davantage de crédits à des emprunteurs pollueurs, sans leur imposer de taux

68 Cf. Pallotti (F.), Paz-Pardo (G.), Slacalek (J.), Tristani (O.) et Violante (G. L.), « Who Bears the Costs of
Inflation? Euro Area Households and the 2021-2022 Shock », Working Paper Series, no 2877, BCE,
2023.
69 Cf. Ehrmann (M.), Georgarakos (D.) et Kenny (G.), « Credibility gains from communicating with the
public: evidence from the ECB’s new monetary policy strategy », Working Paper Series, no 2785, BCE,
février 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 85


d’intérêt plus élevés ni réduire les échéances de leur dette 70. D’autres travaux ont
porté sur les conséquences inattendues de la taxation du carbone. L’analyse du
risque d’« inflation verte » (des écarts persistants de l’inflation par rapport à notre
cible résultant des taxes sur le carbone ou des systèmes de tarification du carbone)
suggère que, lorsque les taxes sur le carbone augmentent très lentement, la
décarbonation peut avoir lieu sans compromettre le mandat de la BCE 71. D’autres
études ont montré que les mécanismes de tarification du carbone réduisent les
émissions de carbone des entreprises, mais entraînent également un glissement
dans la composition de leurs investissements, la réduction de la pollution à court
terme étant privilégiée, au détriment de l’innovation verte 72. Les effets du
changement climatique sur notre compréhension de la stabilité macroéconomique et
financière ont également été au cœur de la table ronde qui s’est tenue dans le cadre
de la conférence « WE_ARE_IN », organisée conjointement avec le Centre de
recherche sur la politique économique (Centre for Economic Policy Research,
CEPR).

En 2023, les experts de la BCE ont publié 120 articles dans la Working Paper Series
de la BCE. Qui plus est, d’autres études de nature plus politique ou méthodologique
ont été publiées dans la série d’articles thématiques (Occasional Paper Series),
dans la série d’articles statistiques (Statistics Paper Series) et dans la série de
documents de discussion (Discussion Paper Series) de la BCE. De nombreuses
activités de recherche de la BCE ont également débouché sur des publications dans
des revues scientifiques réputées, tandis que douze articles ont été diffusés dans le
Bulletin de recherche de la BCE, qui vise un public plus général. L’encadré 7 décrit
plus en détail les résultats des récents travaux de la BCE sur les dynamiques
économiques après des événements extrêmes, ce thème revêtant une grande
importance tant pour la stabilité financière que pour celle des prix.

8.3 Le point sur les travaux des pôles de recherche du SEBC


Les réseaux de recherche existants ont continué de coordonner leurs efforts au sein
du SEBC et d’entretenir des relations avec les chercheurs des universités. En
particulier, les pôles de recherche du SEBC consacrés aux thèmes « Économie
monétaire » (pôle 1), « Macroéconomie internationale, politique budgétaire,
économie du travail, compétitivité et gouvernance de l’UEM » (pôle 2), « Stabilité
financière, réglementation macroprudentielle et contrôle microprudentiel » (pôle 3) et
« Changement climatique » (pôle 4) ont organisé des ateliers sur les questions les
plus urgentes dans leurs domaines. En 2023, l’atelier annuel du pôle 1 a été reporté
et aura lieu à la Banque nationale de Pologne (Narodowy Bank Polski) à Varsovie,
les 21 et 22 mars 2024. Le pôle 2 a organisé son atelier annuel à la Banque
d’Angleterre, les 16 et 17 novembre 2023. Il comprenait cinq sessions dédiées à la

70 Cf. Giannetti (M.), Jasova (M.), Loumioti (M.) et Mendicino (C.), « Glossy green banks: the disconnect
between environmental disclosures and lending activities », Working Paper Series, no 2882, BCE,
2023.
71 Cf. Nakov (A.) et Thomas (C.), « Climate-conscious monetary policy », Working Paper Series, no 2845,
BCE, 2023.
72 Cf. Bustamante (M. C.) et Zucchi (F.), « Carbon trade-offs: how firms respond to emission controls »,
Research Bulletin, no 109, BCE, 17 juillet 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 86


productivité, aux marchés du travail, à la macroéconomie internationale, aux chocs
énergétiques et aux politiques climatique et budgétaire. Le pôle 3 a tenu son atelier
annuel à Saariselkä (Finlande), du 23 au 25 novembre 2023, sur les thèmes de la
stabilité et de l’intermédiation financières. Le pôle 4 a organisé son deuxième atelier
annuel en configuration hybride à la BCE, les 13 et 14 novembre 2023. Les thèmes
abordés allaient de l’incidence des chocs de température sur l’inflation à la
dynamique de la biodiversité.

Encadré 7
Dynamiques économiques après la survenance d’événements extrêmes – quantification
des arbitrages en matière de stabilité financière pour la politique monétaire en périodes
d’inflation élevée

Des recherches récentes se sont concentrées sur le développement et l’application de nouveaux


outils permettant d’évaluer et de quantifier le lien entre politique monétaire et risques
macroéconomiques extrêmes. Les conditions de stabilité financière et la capacité bilancielle du
secteur financier jouent un rôle essentiel pour les risques macroéconomiques extrêmes, ce qui est
conforme à un nombre croissant de données qui identifient les tensions financières comme étant un
indicateur robuste de risques à court terme de ralentissement de la croissance. En outre, les
interventions monétaires peuvent affecter la stabilité financière à court terme au travers de leur
incidence immédiate sur le secteur financier, liée, d’une part, à la provision de liquidité aux
intermédiaires financiers pendant les crises et, d’autre part, aux risques de perturbations soudaines
sur les marchés provoqués par la hausse des taux et le durcissement des conditions de
financement 73.

Lorsque les tensions inflationnistes ont commencé à s’intensifier en 2022, les principales banques
centrales mondiales ont été confrontées à un dilemme : durcir rapidement la politique monétaire au
risque d’alimenter les tensions financières après des années de taux d’intérêt extrêmement bas ou
adopter une approche plus progressive qui protégerait le système financier et l’activité économique,
mais avec le risque d’un ancrage de l’inflation à un niveau supérieur à l’objectif. Pour quantifier cet
arbitrage, un modèle empirique non linéaire intégrant les conditions de stabilité financière peut être
utilisé pour évaluer les risques extrêmes pour l’économie de la zone euro découlant du cycle de
durcissement qui a débuté au troisième trimestre 2022 74. L’approche du modèle non linéaire
présente l’avantage de capturer les réactions en chaîne et potentiellement variables dans le temps
entre la politique monétaire et les risques d’instabilité financière future. Bien que rares, les épisodes
d’instabilité financière peuvent avoir des conséquences macroéconomiques dévastatrices, ce qui
les rend extrêmement pertinents pour les responsables de la politique monétaire. Des outils
permettant d’évaluer ces événements extrêmes peuvent, en tant que tels, jouer un rôle significatif
en informant les responsables de la politique monétaire qui cherchent à gérer les risques
macroéconomiques.

73 Cf. également Karadi (P.) et Nakov (A.), « Effectiveness and addictiveness of quantitative easing »,
Journal of Monetary Economics, Vol. 117, 2021, p. 1096-1117, et Van der Ghote (A)., « Interactions and
Coordination between Monetary and Macroprudential Policies », American Economic Journal:
Macroeconomics, Vol. 13(1), 2021, p. 1-34.
74 Cf. également Chavleishvili (S.) et Manganelli (S.), « Forecasting and stress testing with quantile vector
autoregression », Journal of Applied Econometrics, à paraître, et Chavleishvili (S.), Kremer (M.) et
Lund-Thomsen (F.), « Quantifying financial stability trade-offs for monetary policy: a quantile VAR
approach », Working Paper Series, no 2833, BCE, 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 87


L’analyse a révélé d’importants risques baissiers pesant sur la croissance économique à partir du
troisième trimestre 2022. Le modèle estime à 10 % la probabilité que le PIB en volume de la zone
euro recule de plus de 3 % l’année suivante. Les risques pesant sur la stabilité financière ont
également été orientés vers une détérioration, avec une probabilité élevée de tensions dans le
système financier. Ces risques, alimentés par le net renchérissement des matières premières et les
tensions sur les marchés financiers à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont dû être
relativisés par des risques haussiers pour l’inflation, qui a été bien supérieure à son objectif.

Un resserrement de la politique monétaire au-delà des anticipations du marché aurait amplifié les
risques baissiers à court terme pesant sur la croissance et la stabilité financière. En effet, la
probabilité de tensions financières à court terme est particulièrement sensible à la politique
monétaire. À moyen terme, toutefois, un durcissement de la politique monétaire pourrait également
atténuer les risques pour la stabilité financière, en réduisant le levier d’endettement du système
financier et en augmentant les primes de risque de tous les actifs financiers. Le modèle quantifie
les effets d’un resserrement de la politique monétaire sur l’augmentation des risques à court terme
et la diminution des risques à moyen terme pour le système financier et l’économie réelle.

Rapport annuel 2023 de la BCE 88


9 Les activités et obligations juridiques de
la BCE

Le présent chapitre traite de la compétence de la Cour de justice de l’Union


européenne (CJUE) concernant la BCE et fournit des informations sur les avis de la
BCE et les cas de non-respect de l’obligation de consulter la BCE sur les projets de
législation dans les domaines relevant de sa compétence. Il rend également compte
du suivi par la BCE du respect des interdictions relatives au financement monétaire
et à l’accès privilégié.

9.1 Les compétences de la Cour de justice de l’Union


européenne concernant la BCE
La CJUE a mis fin à plus d’une En septembre 2023, la CJUE a rejeté le recours introduit dans le cadre de la
décennie de litiges relatifs à la
restructuration de la dette publique dernière action en indemnité intentée contre la BCE et l’Union européenne (UE) par
grecque en 2012 en rejetant le des détenteurs d’obligations souveraines grecques. Les requérants ont été soumis à
recours concernant la dernière
action en dommages et intérêts à la restructuration de la dette publique grecque en 2012 par l’activation de clauses
l’encontre de la BCE
d’action collective rétroactivement adaptées 75. En première instance, les requérants
ont fait valoir que leur participation forcée à la restructuration de la dette publique
grecque était imputable à la BCE et à l’UE en raison, entre autres, de la participation
de la BCE et de l’UE aux réunions de l’Eurogroupe et de leur rôle dans le processus
de consultation ayant conduit à l’activation de clauses d’action collective adaptées 76.
Le Tribunal a estimé que la BCE et l’UE n’avaient pas excédé leurs pouvoirs
statutaires et n’avaient pas commis le moindre manquement au droit à la propriété, à
la libre circulation des capitaux ou au principe de traitement équitable. Le Tribunal a
également jugé que plusieurs dispositions du traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne invoquées par les requérants (dont les articles 123 et 127) ne
constituaient pas des règles de droit conférant des droits aux particuliers et ne
pouvaient donc donner lieu à une responsabilité extracontractuelle de l’UE ou de la
BCE. Le pourvoi, qui soutenait que le Tribunal avait examiné certains moyens de
manière erronée, a été rejeté par la CJUE dans son intégralité, mettant ainsi un
terme à plus d’une décennie de litiges dans lesquels la BCE l’a toujours emporté en
démontrant qu’elle avait agi légalement.

La CJUE a considéré que les En avril 2023, la CJUE (cinquième chambre) a rendu son jugement dans le cadre
normes minimales établies par la
BCE pour vérifier la qualité des d’une procédure préjudicielle soumise par la Cour suprême administrative de
billets en euros ne s’appliquaient Lituanie (affaire C-772/21). La CJUE a considéré que les normes minimales de la
pas aux professionnels appelés à
manipuler des espèces, tels que les BCE pour le contrôle automatique de la qualité des billets en euros par des
établissements de crédit et les
équipements de traitement des billets, visées à l’article 6, paragraphe 2, de la
transporteurs de fonds
décision (BCE/2010/14) relative à la vérification de la qualité des billets en euros, ne
s’appliquaient pas aux professionnels appelés à manipuler des espèces, tels que

75 Affaire C-262/22 P, EU:C:2023:714.


76 Affaire T-868/16, EU:T:2022:58.

Rapport annuel 2023 de la BCE 89


Brink’s Lithuania. Au principal, Brink’s a contesté la décision de la Banque centrale
de Lituanie (Lietuvos bankas) selon laquelle Brink’s ne respectait pas les normes
minimales fixées par la BCE, étant donné que deux de ses machines de traitement
des billets avaient échoué au test de qualité (fondé sur ces normes). La CJUE a
établi que les normes minimales de la BCE s’appliquaient aux fabricants
d’équipements de traitement des billets. Bien que les professionnels appelés à
manipuler des espèces ne soient pas liés par ces normes, ils restent tenus de
remédier à une situation dans laquelle une inspection effectuée par une banque
centrale nationale (BCN) constate que les équipements de traitement des billets ne
respectent pas les normes minimales fixées par la BCE. La CJUE a également
conclu que les États membres n’étaient pas autorisés à contraindre les
professionnels appelés à manipuler des espèces à se conformer aux normes
minimales de la BCE, puisque l’instauration d’une telle obligation en vertu du droit
national ne respecterait pas la compétence exclusive de l’UE dans le domaine de la
politique monétaire, qui inclut la vérification de l’authenticité et de la qualité des
billets.

La CJUE a confirmé les limites du En mai 2023, la CJUE a précisé la portée du contrôle juridictionnel des tribunaux de
contrôle juridictionnel des décisions
en matière de surveillance bancaire l’UE sur la décision adoptée par la BCE dans le domaine de la surveillance bancaire
fondées sur un large pouvoir sur la base d’un pouvoir discrétionnaire impliquant des appréciations techniques,
d’appréciation
économiques et financières complexes. L’arrêt de la CJUE faisait suite à un pourvoi
de la BCE contre l’arrêt du Tribunal d’avril 2021 par lequel ce dernier annulait la
décision de la BCE refusant d’autoriser le Crédit Lyonnais à exclure du calcul de son
ratio de levier certaines expositions découlant des montants collectés sur les
comptes d’épargne réglementés. Le Tribunal avait considéré que la décision était
entachée d’une erreur d’appréciation manifeste parce que la BCE n’avait pas pris en
considération le fait que ces comptes n’étaient pas soumis à un risque de retraits
massifs et que, par conséquent, ils n’exposaient pas la banque à un risque de
liquidations massives. La CJUE, confirmant les arguments de la BCE, a annulé
l’arrêt du Tribunal, jugeant que la portée du contrôle juridictionnel des tribunaux de
l’UE sur les décisions que la BCE a adoptées sur la base d’un pouvoir
discrétionnaire devait être limitée et ne devait pas conduire le Tribunal à substituer
sa propre appréciation à celle de la BCE. Ce contrôle ne doit viser qu’à vérifier que
la décision n’est pas fondée sur des faits largement erronés ou entachée d’une
erreur manifeste d’appréciation ou d’abus de pouvoir. En l’espèce, la CJUE a
considéré que le Tribunal avait substitué sa propre appréciation concernant les
risques de ventes d’urgence d’actifs auxquels la banque était exposée à celle de la
BCE et que, par conséquent, il avait dépassé les limites du contrôle juridictionnel.
Statuant définitivement en l’espèce, la CJUE a rejeté le recours du Crédit Lyonnais
introduit en première instance en annulation de la décision contestée, jugeant que la
banque n’avait pas démontré que la décision de la BCE était entachée d’une erreur
manifeste d’appréciation.

Rapport annuel 2023 de la BCE 90


La Cour a confirmé que la BCE En septembre 2023, la CJUE 77 a rejeté l’appel de Versobank AS contre le jugement
avait la compétence exclusive de
retirer des licences bancaires, y du Tribunal du 6 octobre 2021, lequel avait rejeté l’action en annulation introduite
compris dans le cadre de violations contre la décision de la BCE visant à retirer l’autorisation de la banque d’opérer en
graves de la législation nationale en
matière de LBC/FT tant qu’établissement de crédit. Dans ce jugement, la CJUE a confirmé que la BCE
avait la compétence exclusive de retirer la licence bancaire de tous les
établissements de crédit établis dans des États membres participants, qu’ils soient
classés comme établissements importants ou établissements moins importants, y
compris pour des raisons liées à des violations graves de la législation nationale
transposant la directive en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux.

9.2 Les avis de la BCE et les cas de non-respect


Les articles 127, paragraphe 4, et 282, paragraphe 5, du traité sur le fonctionnement
de l’Union européenne disposent que la BCE doit être consultée sur toute
proposition de réglementation de l’UE ou sur tout projet de législation nationale dans
les domaines relevant de sa compétence. Tous les avis de la BCE sont publiés sur
le site EUR-Lex. En 2023, la BCE a adopté douze avis sur des propositions d’actes
juridiques de l’UE et 35 avis sur des projets de législation nationale.

Douze cas de non-respect de Douze cas de non-respect de l’obligation de consulter la BCE sur les projets de
l’obligation de consulter la BCE sur
les projets de législation ont été réglementations ont été recensés, dont deux par rapport à des actes juridiques de
recensés l’Union et dix par rapport à de la législation nationale. La BCE a adopté des avis
d’initiative par rapport à sept de ces douze cas.

Le premier cas au niveau de l’UE concernait une proposition de l’UE en vue d’un
règlement relatif à des règles harmonisées sur l’accès équitable aux données et sur
leur utilisation (règlement sur les données). Ce cas a été considéré comme évident
et important, en ce qu’il concerne, entre autres, le périmètre de l’accès à des
données privées et leur utilisation par la BCE et les BCN pour une série d’objectifs
d’intérêt public définis. Le deuxième cas au niveau de l’UE concernait un paquet
législatif de l’UE proposant la création d’un point d’accès unique européen
(European Single Access Point, ESAP), fournissant un accès centralisé à des
informations publiques pertinentes pour les services financiers, les marchés des
capitaux et le développement durable. Ce cas a été considéré comme évident et
important, en ce que la création d’un ESAP constitue une étape majeure dans la
réalisation de l’union des marchés des capitaux, qui devrait permettre une allocation
plus efficiente des capitaux dans l’ensemble de l’Union, ce qui contribuerait à la
poursuite du développement et de l’intégration des marchés des capitaux.

Deux cas hongrois ont porté sur l’indépendance de la banque centrale et


l’interdiction du financement monétaire. Le premier cas hongrois concernait une loi
hongroise portant sur des mesures économiques et financières, qui interdisait à
certaines institutions d’acheter, jusqu’au 30 juin 2023, un instrument de dette
hongrois libellé en forints émis par une banque centrale nationale du SEBC. Ce cas
a été considéré comme évident et important, dans la mesure où il empêche la

77 Affaire C-803/21 P.

Rapport annuel 2023 de la BCE 91


Banque nationale de Hongrie (Magyar Nemzeti Bank) de choisir en toute
indépendance les moyens et les instruments nécessaires pour mener une politique
monétaire efficace et réaliser son objectif principal de stabilité des prix de manière
indépendante. Le second cas hongrois portait sur des amendements à la loi relative
à l’instauration par la Banque nationale de Hongrie (Magyar Nemzeti Bank) de
comptes de trésorerie dans une seule devise étrangère qui seront gérés par la
Banque nationale de Hongrie, en sus du compte de trésorerie déjà existant en forint
hongrois uniquement. Ce cas a été considéré comme évident et important, en ce
qu’il concerne la conformité de la rémunération des comptes de trésorerie de l’État
d’une BCN avec l’interdiction du financement monétaire.

Deux cas slovaques de non-respect concernaient des espèces. Le premier cas


portait sur une loi slovaque sur l’assurance sociale limitant les paiements en
espèces pour les cotisations d’assurance sociale publique. Ce cas a été considéré
comme évident et important, en raison de la limitation qu’il impose à l’utilisation des
espèces comme moyen de paiement et de l’absence d’évaluation de la
proportionnalité de cette limitation, compte tenu des critères établis par la CJUE
dans son arrêt Hessischer Rundfunk (C-422/19 et C-423/19). Le second cas
slovaque concernait une loi slovaque amendant la Constitution de la République
slovaque, qui garantit l’émission d’espèces comme moyen de paiement ayant cours
légal, et qui précise en outre que chacun a le droit d’effectuer un paiement pour
l’achat de biens et la fourniture de services en utilisant des espèces comme moyen
de paiement ayant cours légal, garantit que l’acceptation d’un tel paiement ne peut
être refusée que pour des motifs raisonnables et applicables de façon générale et
garantit le droit d’effectuer une opération en espèces dans une banque ou une
succursale d’une banque étrangère. Ce cas a été considéré comme évident et
important eu égard au fait que la Constitution garantit l’émission d’espèces comme
moyen de paiement ayant cours légal et établit dans ce contexte un principe général
d’acceptation obligatoire des espèces, ainsi qu’un cadre d’exemptions dans un État
membre ayant l’euro comme monnaie, toutes matières qui relèvent de la
compétence exclusive de la BCE et de l’Union.

Cinq cas nationaux de non-respect (quatre cas de non-consultation et une


consultation tardive) portent sur des taxes et prélèvements bancaires à usage
spécifique mis en place en réponse à la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt.
Ces cas ont concerné : 1) une loi polonaise portant sur un financement participatif
pour les entreprises et une assistance aux emprunteurs, qui a introduit la notion de
« vacances hypothécaires » afin d’alléger la charge pesant sur les emprunteurs
ayant des prêts hypothécaires en cours à la suite des récents relèvements des taux
d’intérêt par la Banque nationale de Pologne (Narodowy Bank Polski) ; 2) une loi
portugaise relative à une mesure visant à réduire temporairement de 30 % les taux
de l’indice de référence EURIBOR pour les prêts hypothécaires à taux variable, afin
d’atténuer les effets de la hausse des taux d’intérêt sur le marché hypothécaire
résidentiel et d’offrir une plus grande prédictibilité aux familles ayant des emprunts
hypothécaires à taux variable ; (3) une loi roumaine portant sur certaines mesures
fiscales et budgétaires visant à assurer le développement financier à long terme de
la Roumanie, qui concerne entre autres une taxe sur le chiffre d’affaires pour les
établissements de crédit qui sont des entités juridiques roumaines ou des

Rapport annuel 2023 de la BCE 92


succursales roumaines d’entités juridiques étrangères ; (4) une loi slovaque visant à
introduire une taxe spéciale sur les entreprises dans les secteurs réglementés par
(a) l’extension du champ d’application des personnes réglementées assujetties à
une taxe spéciale afin d’inclure les établissements de crédit opérant en Slovaquie et
(b) l’imposition d’un taux de prélèvement spécifique sur lesdits établissements de
crédit ; et (5) une loi lettonne amendant la loi sur la protection des consommateurs,
qui stipule que, durant l’année 2024, les établissements de crédit seront soumis à
l’obligation de payer une redevance de protection des emprunteurs hypothécaires au
bénéfice des emprunteurs qui remplissent certaines conditions. Ces cas ont été
considérés comme évidents et importants, dans la mesure où ces lois soulèvent des
considérations de stabilité financière, de surveillance prudentielle et, dans les cas
letton, portugais et slovaque, également de politique monétaire.

Le dernier cas national de non-respect est un cas espagnol portant sur une loi qui
demande à la Banque d’Espagne (Banco de España) d’adopter les mesures
nécessaires pour permettre aux entreprises d’investissement d’ouvrir des comptes
auprès de la banque centrale afin de déposer les fonds qu’elles reçoivent de leurs
clients. Ce cas a été considéré comme évident et important au motif qu’outre son
incidence directe sur le fonctionnement des systèmes de paiement, il pourrait
soulever des problèmes liés à la politique monétaire et à la stabilité financière.

En 2023, la BCE a adopté douze La BCE a adopté douze avis sur des propositions législatives de l’UE, couvrant des
avis sur des propositions d’acte
juridique de l’UE. sujets tels qu’un euro numérique ; le cours légal des billets et des pièces en euros ;
la réforme de la gouvernance économique dans l’Union ; les cadres européens de
gestion de crise et de garantie des dépôts ; les mesures visant à réduire les
expositions excessives à des contreparties centrales de pays tiers, à renforcer
l’efficacité des marchés de compensation de l’Union et à gérer le traitement du
risque de concentration par rapport aux contreparties centrales ainsi que du risque
de contrepartie sur les opérations sur produits dérivés faisant l’objet d’une
compensation centrale ; les virements instantanés en euros ; les questions
climatiques, y compris la performance énergétique des bâtiments, le devoir de
vigilance des entreprises en matière de durabilité, ainsi que la transparence et
l’intégrité des activités de notation sur les plans environnemental, social et de
gouvernance ; les statistiques de l’Union européenne du marché du travail relatives
aux entreprises ; et la nomination d’un nouveau membre du directoire de la BCE.

La BCE a adopté 35 avis sur des S’agissant des avis sur les réglementations nationales, avis qui couvrent souvent
projets de législation nationale
plus d’un thème, la BCE a adopté 19 avis concernant les BCN ; 15 avis relatifs à la
stabilité du système financier ; 13 avis concernant la surveillance prudentielle des
établissements de crédit ; sept avis sur des questions monétaires et les moyens de
paiement ; cinq avis concernant des instruments et opérations de politique monétaire
et la mise en œuvre de la politique monétaire ; et trois avis concernant les systèmes
de paiement et/ou de règlement de titres. Le thème des taxes et prélèvements
bancaires à usage spécifique mis en place en réponse à la hausse de l’inflation et
des taux d’intérêt a fait l’objet de sept avis au cours de l’année 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 93


9.3 Le respect des interdictions relatives au financement
monétaire et à l’accès privilégié
En vertu de l’article 271, point d, du traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne, la BCE a pour mission de vérifier le respect par les banques centrales
nationales (BCN) de l’UE des interdictions prévues par les articles 123 et 124 du
Traité et des règlements (CE) no 3603/93 et 3604/93. L’article 123 interdit à la BCE
et aux BCN d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux autorités
publiques et aux institutions et organes de l’UE, de même que d’acquérir sur le
marché primaire des instruments de dette émis par ces institutions. L’article 124
proscrit toute mesure ne reposant pas sur des considérations d’ordre prudentiel qui
établirait un accès privilégié des autorités publiques et des institutions ou organes de
l’UE aux établissements financiers. Parallèlement au Conseil des gouverneurs de la
BCE, la Commission européenne vérifie le respect, par les États membres, des
dispositions susvisées.

La BCE procède par ailleurs à l’examen des achats par les banques centrales
nationales de l’UE, sur le marché secondaire, d’instruments de dette émis par le
secteur public national, par le secteur public d’autres États membres et par les
institutions et organes de l’UE. En vertu des considérants du règlement (CE)
no 3603/93, l’acquisition d’instruments de dette du secteur public sur le marché
secondaire ne peut servir à contourner l’objectif poursuivi par l’article 123 du Traité.

Les interdictions découlant des L’exercice de surveillance réalisé pour 2023 confirme que les articles 123 et 124 du
articles 123 et 124 du Traité ont en
général été respectées Traité ont en général été respectés.

La BCE continuera de surveiller le rôle de la Banque centrale de Hongrie (Magyar


Nemzeti Bank) dans la Bourse de Budapest vu que l’acquisition par la Banque
centrale de Hongrie, en 2015, d’une participation majoritaire dans la Bourse de
Budapest peut toujours être considérée comme soulevant des préoccupations en
matière de financement monétaire.

En 2023, la cession définitive par la Banque centrale d’Irlande (Central Bank of


Ireland/Banc Ceannais na hÉireann) d’actifs liés à l’Irish Bank Resolution
Corporation, par la vente d’obligations à taux variable à long terme, a mis fin aux
inquiétudes sérieuses en matière de financement monétaire qui persistaient
depuis 2013.

Le financement par les BCN d’obligations incombant au secteur public à l’égard du


Fonds monétaire international (FMI) n’est pas considéré comme un financement
monétaire pour autant que les créances étrangères qui en découlent présentent
toutes les caractéristiques d’avoirs de réserve. Or, les donations financières telles
que celles fournies les années précédentes par la Banque nationale de Belgique et
la Banque de France par le biais du FMI dans le cadre de l’allègement de la dette
des pays lourdement endettés n’ont débouché sur aucune créance étrangère et
n’ont dès lors pas nécessité de mesures de correction.

Rapport annuel 2023 de la BCE 94


10 La BCE dans un contexte européen et
international

En 2023, la BCE a continué d’interagir étroitement avec ses interlocuteurs


européens et internationaux. Les rapports entre la BCE et le Parlement européen
font partie intégrante du cadre de responsabilité de la BCE. La BCE a participé à des
auditions régulières de la commission des affaires économiques et monétaires du
Parlement européen (ECON) et a échangé des courriers avec elle. Elle a également
entretenu des contacts avec la commission ECON dans le contexte de ses travaux
en cours sur l’euro numérique. À l’échelle internationale, la BCE s’est engagée dans
un dialogue constructif avec ses partenaires du G20. Elle a notamment soutenu les
initiatives de la présidence indienne en matière de réglementation du secteur
financier, de paiements transfrontière et de crypto-actifs. La BCE a par ailleurs
continué de nouer des discussions pertinentes pour les banques centrales sur divers
dossiers liés au fonctionnement du Fonds monétaire international (FMI), notamment
la révision des quotes-parts du FMI, les modifications apportées aux politiques de
prêt et à la boîte à outils du FMI, ainsi que les questions relatives aux droits de tirage
spéciaux (DTS) et à leur acheminement.

10.1 L’obligation de rendre compte de la BCE


L’obligation de rendre compte est L’indépendance de la BCE est consacrée dans le traité sur le fonctionnement de
une contrepartie essentielle de
l’indépendance l’Union européenne (TFUE). Cette indépendance signifie que la BCE peut prendre
des décisions à l’abri de toute influence politique en vue d’atteindre son objectif
premier de maintenir la stabilité des prix. Cependant, l’obligation de rendre compte
est une contrepartie essentielle de cette indépendance. La BCE rend compte de ses
actions au Parlement européen, qui représente les citoyens de l’UE. Le respect de
l’obligation de rendre compte constitue un pan primordial des responsabilités de la
BCE. Le dialogue bilatéral entre la BCE et le Parlement européen permet à la BCE
d’expliquer ses actions et ses politiques aux représentants des citoyens de l’UE et
d’écouter leurs préoccupations. Ce dialogue a évolué au fil du temps pour aller
au-delà des exigences définies à l’article 284, paragraphe 3, du TFUE. Afin de
continuer de promouvoir une vision commune et une coopération efficace, la
présidente de la BCE et la présidente du Parlement européen ont procédé, en
juin 2023, à un échange de lettres clarifiant les dispositions en matière d’obligation
de rendre compte fixées entre la BCE et le Parlement européen dans le domaine
des activités de banque centrale.

La BCE a poursuivi ses interactions En 2023, la présidente de la BCE a participé à quatre auditions régulières de la
avec les représentants élus des
citoyens de l’UE commission ECON, ainsi qu’au débat en séance plénière consacré au Rapport
annuel 2021 de la BCE en février, à la suite duquel le Parlement européen a adopté
une résolution. En mai, le vice-président a ensuite présenté le Rapport annuel 2022
de la BCE à la Commission ECON. Le même jour, la BCE a publié ses
commentaires sur la contribution apportée par le Parlement européen dans le cadre

Rapport annuel 2023 de la BCE 95


de sa résolution sur le Rapport annuel 2021. En outre, la BCE a reçu en mai la visite
annuelle d’une délégation de membres de la commission ECON. Enfin, la BCE a
répondu à 27 questions écrites de membres du Parlement européen dans le courant
de l’année.

Par ailleurs, la BCE a interagi étroitement avec la commission ECON dans le cadre
de ses travaux sur l’euro numérique. En 2023, M. Panetta, qui était à l’époque
membre du directoire, a participé à trois auditions de la commission ECON
spécialement consacrées à ce thème afin de discuter des progrès réalisés durant la
phase d’étude de l’euro numérique, y compris des questions liées à l’expérience des
utilisateurs, au cours légal et au processus législatif relatif à l’euro numérique 78. La
BCE a également organisé des séminaires techniques pour le personnel avec le
Parlement européen et a pris part à des événements organisés par des membres du
Parlement européen sur le thème de l’euro numérique.

Le soutien à l’euro a avoisiné un La dernière enquête Eurobaromètre, menée en octobre et en novembre 2023,
niveau record en 2023
indique que 79 % des personnes interrogées dans la zone euro soutiennent l’euro et
que 43 % d’entre elles font généralement confiance à la BCE. Le niveau élevé de
soutien en faveur de l’euro est un signal très positif, mais le niveau de confiance
relativement plus faible envers la BCE montre que celle-ci doit poursuivre ses efforts
de communication envers le public et les représentants élus des citoyens. À l’avenir,
la BCE continuera aussi de mettre tout en œuvre pour susciter la confiance du
public. À cet effet, la BCE reste déterminée à dialoguer activement et de manière
constructive avec le Parlement européen et les citoyens de la zone euro.

10.2 Les relations internationales

G20
Le G20 a mené ses activités dans Durant la présidence indienne du G20 en 2023, l’économie mondiale a continué de
un contexte de tensions
géopolitiques accrues et dans un subir l’influence négative de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et, au
environnement international difficile, dernier trimestre, de la montée de l’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient. Les
s’efforçant de préserver le
multilatéralisme ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 ont dû
faire face à un ralentissement de la croissance mondiale, à de fortes tensions
inflationnistes et à la volatilité des prix de l’énergie. Si les divergences entre les
membres sur des questions géopolitiques ont empêché l’adoption de communiqués
lors des réunions de février et de juillet 2023, la déclaration commune des dirigeants
du G20 à New Delhi et la décision d’admettre l’Union africaine comme futur membre
permanent du G20 ont souligné les efforts déployés par les membres pour préserver
l’efficacité et le caractère inclusif du forum. La BCE a approuvé et appuyé les
initiatives de la présidence indienne visant à améliorer le cadre réglementaire
applicable aux secteurs bancaire et non bancaire, à faciliter les paiements
transfrontières et à parvenir à un accord sur une feuille de route du G20 destinée à

78 La BCE a également tenu la commission ECON informée de l’évolution du projet d’euro numérique par
le biais de quatre lettres adressées par M. Panetta à la présidente de la commission ECON.

Rapport annuel 2023 de la BCE 96


contenir les risques liés aux écosystèmes de crypto-actifs. La BCE a également
soutenu les efforts du G20 pour développer la finance durable issue de sources
privées et publiques au profit de la transition mondiale vers la neutralité carbone.
Compte tenu du projet d’euro numérique, la BCE a également accordé une priorité
élevée aux discussions du G20 sur les choix de conception et sur les garanties des
monnaies numériques de banque centrale.

Les questions de politique liées au FMI et à l’architecture


financière internationale
La BCE a contribué activement aux La BCE a continué de jouer un rôle actif dans les débats relatifs au système
discussions au sein du FMI.
En 2023, le FMI a décidé monétaire et financier international menés au sein du Fonds monétaire international
d’augmenter ses ressources en (FMI) et d’autres enceintes, promouvant le point de vue de la banque centrale dans
quotes-parts, a continué d’adapter
sa panoplie d’instruments et a les positions européennes communes 79. En 2023, les principaux thèmes abordés
poursuivi son soutien à l’Ukraine
comprenaient la révision des quotes-parts du FMI, les modifications apportées aux
politiques et instruments de prêt du FMI, ainsi que les questions relatives aux droits
de tirage spéciaux (DTS) et à leur acheminement.

Le 15 décembre 2023, le conseil des gouverneurs du FMI a achevé la 16e révision


générale des quotes-parts et approuvé une augmentation de 50 % des quotes-parts
des pays membres, ce qui portera le total des quotes-parts du FMI à 715,7 milliards
de DTS 80. L’augmentation des quotes-parts sera répartie entre les membres
proportionnellement à leurs quotes-parts actuelles. Des modifications ont été
apportées aux instruments du FMI, ce qui a également permis au Fonds de
poursuivre son soutien à l’Ukraine 81. Un accord de 48 mois au titre du mécanisme
élargi de crédit pour l’Ukraine a été approuvé fin mars 2023 82. Le FMI a par ailleurs
continué de renforcer le rôle préventif et la flexibilité de ses instruments en achevant
l’examen des instruments de précaution en octobre 2023. Fin 2023, les prêts
octroyés par le FMI demeuraient proches de leurs sommets historiques : l’encours
total des crédits du Compte des ressources générales s’élevait à quelque
92 milliards de DTS, l’exposition au plus grand emprunteur du Fonds représentant
un tiers de ce montant.

Des ressources ont été mobilisées Dans le prolongement de l’allocation de DTS d’un montant de 650 milliards de
pour aider les pays en difficulté
dollars en 2021 afin de répondre à un besoin global à long terme de compléter les
réserves existantes, ce qui a également aidé les pays à faire face à la pandémie, les
efforts consentis pour acheminer les DTS ou des ressources équivalentes de
manière à continuer d’aider les économies de marché émergentes et les pays à
faibles revenus ont franchi une étape importante en juin 2023, lorsque l’ambition de

79 La BCE a un statut d’observateur auprès du FMI. Un représentant permanent de la BCE est détaché
au siège du FMI à Washington D. C. et participe à certaines réunions du conseil d’administration.
80 Les quotes-parts sont libellées en droits de tirage spéciaux (DTS), l’unité de compte du FMI, et font
l’objet d’un réexamen à intervalles réguliers.
81 Ces modifications comprenaient le relèvement temporaire des limites d’accès (tant au Compte des
ressources générales qu’au fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et la croissance) et
l’introduction d’un nouveau cadre de financement couvert par la tranche supérieure de crédit dans les
situations d’incertitude exceptionnellement élevée.
82 Deux examens postérieurs du programme ont été finalisés en juillet et en décembre 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 97


mobiliser 100 milliards de dollars au niveau mondial s’est concrétisée. Les États
membres de l’UE ont largement contribué à cet effort, à hauteur de plus de 31 % des
engagements. Pour l’essentiel, ces moyens seront affectés au fonds fiduciaire pour
la résilience et la durabilité et au fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et
la croissance du FMI. La BCE a également continué de soutenir les initiatives
internationales visant à aider les pays vulnérables à remédier aux fragilités
croissantes liées à la dette, en particulier la mise en œuvre du cadre commun du
G20 pour le traitement de la dette.

Encadré 8
L’objectif secondaire de la politique monétaire de la BCE

L’objectif principal de la BCE, le maintien de la stabilité des prix, est inscrit à l’article 127,
paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Le Traité dispose en outre
que « sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix », la BCE apporte son soutien aux politiques
économiques générales dans l’UE, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union,
tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne 83. Cet encadré explique comment
l’objectif secondaire est pris en compte dans la conduite de la politique monétaire et des activités
de reporting de la BCE 84.

Comment la BCE poursuit-elle son objectif secondaire au travers de ses décisions de politique
monétaire ?

Dans ses décisions de politique monétaire, la BCE évalue la proportionnalité de chaque mesure 85.
Cette évaluation comprend une analyse des bénéfices et des possibles effets secondaires des
mesures de politique monétaire, y compris, s’il y a lieu, de leur incidence sur l’objectif secondaire
de la BCE. L’analyse examine comment ces mesures interagissent et s’équilibrent au fil du temps.
Concrètement, en ajustant ses instruments de politique monétaire – sous réserve que deux
configurations d’un instrument donné soient également propices et non préjudiciables à la stabilité
des prix –, le Conseil des gouverneurs choisit la configuration qui soutient le mieux les politiques
économiques générales de l’Union en termes de croissance, d’emploi et d’inclusion sociale, et qui
préserve la stabilité financière et contribue à réduire l’impact du changement climatique, contribuant
ainsi aux objectifs plus larges de l’Union 86. Par exemple, la BCE réoriente ses réinvestissements
de titres du secteur des entreprises vers les émetteurs qui affichent de meilleures performances
climatiques depuis octobre 2022. Cette décision a été prise afin de mieux prendre en compte le
risque financier lié au climat dans le bilan de l’Eurosystème et, eu égard à l’objectif secondaire de la

83 L’article 3, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne dispose, entre autres, que l’Union œuvre
pour « le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la
stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et
au progrès social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement ».
84 Cf. également la résolution du Parlement européen sur le rapport annuel 2021 de la BCE et les
commentaires de la BCE sur cette résolution.
85 La proportionnalité implique que les actions de la BCE doivent, d’une part, être propres à garantir la
réalisation des objectifs légitimes qu’elles poursuivent et, d’autre part, ne pas aller manifestement au-
delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre. Pour plus d’informations, cf. l’affaire C-62/14, Peter
Gauweiler e.a.(EU:C:2015:400), et l’affaire C-493/17, Heinrich Weiss e.a. (EU:C:2018:1000).
86 Pour plus d’informations, cf. la section 3.3 de la revue de la stratégie de politique monétaire de la BCE.

Rapport annuel 2023 de la BCE 98


BCE, de soutenir la transition verte de l’économie conformément aux objectifs de neutralité
climatique de l’UE 87.

Comment la BCE présente-t-elle l’incidence de ses actions sur son objectif secondaire ?

La BCE communique sur la manière dont elle poursuit son objectif secondaire dans le cadre de son
reporting sur la politique monétaire. Durant les conférences de presse relatives à la politique
monétaire et dans les comptes rendus détaillés de ses réunions de politique monétaire, la BCE
apporte un éclairage sur les facteurs qui influencent ses décisions de politique monétaire, y compris
des considérations liées à son objectif secondaire. En outre, des articles publiés régulièrement
dans le Bulletin économique et dans le Bulletin de recherche, ainsi que des articles thématiques
occasionnels (Occasional Papers), proposent des analyses approfondies de la manière dont la
politique monétaire interagit avec des domaines essentiels tels que le marché du travail, la stabilité
financière et le changement climatique 88. Enfin, lorsqu’elle s’acquitte de ses obligations de rendre
compte et de transparence vis-à-vis du Parlement européen et du public, la BCE fournit des
précisions sur la manière dont elle aborde certains aspects de son objectif secondaire, tels que les
interactions entre la stabilité des prix et la stabilité financière ou l’intégration de considérations liées
au changement climatique dans ses opérations de politique monétaire 89.

Le reporting sur les décisions de politique monétaire et les analyses sous-jacentes pertinentes pour
l’objectif secondaire sont abordés dans différents chapitres des rapports annuels de la BCE. Le
Rapport annuel 2023 fournit notamment : a) un état des lieux des progrès apportés en 2023 aux
capacités analytiques de la BCE en matière de changement climatique dans le domaine des
statistiques, y compris les nouveaux indicateurs statistiques liés au climat relatifs à la finance
durable, aux émissions de carbone et aux risques physiques (section 7.2) ; b) un rappel du fait que
l’orientation à moyen terme de la politique monétaire de la BCE a permis une influence graduelle
sur la croissance et sur l’emploi, qui sont des éléments de l’objectif secondaire de la BCE
(section 1.2) ; c) un rappel du fait que la BCE a continué de réorienter ses achats d’obligations
d’entreprises vers des émetteurs affichant de meilleures performances climatiques (sections 2.1,
2.2 et 2.3) et a publié des informations financières relatives au climat concernant les titres
d’entreprises détenus dans le cadre du programme d’achats de titres du secteur des entreprises et
du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (section 2.2) ; d) une évaluation
récapitulative de la situation des banques et du système financier ainsi que des précisions sur les
sources de résilience et de fragilité pour la stabilité financière (chapitre 3), de même qu’un
inventaire des recherches menées récemment par la BCE sur la quantification des arbitrages en
matière de stabilité financière pour la politique monétaire en périodes d’inflation élevée
(encadré 7) ; et e) une synthèse des efforts déployés par la BCE face aux enjeux climatiques et
environnementaux ainsi qu’un état d’avancement de ses travaux en la matière (section 11.5).

87 Pour plus d’informations sur le repositionnement de l’Eurosystème en matière de climat depuis


octobre 2022, cf. la section 11.5.1.
88 Cf. les articles thématiques qui ont contribué à l’évaluation stratégique de la BCE.
89 Les coordinateurs des groupes politiques au sein de la commission des affaires économiques et
monétaires (ECON) du Parlement européen sélectionnent deux thèmes pour chaque audition de la
présidente de la BCE, qui peuvent être consultés sur le site internet de la commission ECON. Ces
sujets sont abordés par la présidente de la BCE dans son discours d’introduction.

Rapport annuel 2023 de la BCE 99


11 La promotion de la bonne gouvernance
et de la durabilité sociale et
environnementale

La BCE mène des travaux essentiels sur les questions environnementales, sociales
et de gouvernance (ESG). Pour une institution publique telle la BCE, ces activités
incluent son obligation de rendre compte aux citoyens de l’UE et à leurs
représentants élus, la communication et le dialogue avec différents publics, le
respect des normes d’éthique et de transparence les plus élevées, la mise à
disposition de moyens d’action pour le personnel et la promotion de son bien-être,
ainsi que l’étude des incidences et des risques en matière de climat et
d’environnement.

11.1 Le point sur les questions environnementales, sociales et


de gouvernance
En 2023, la BCE a poursuivi ses Cette vue d’ensemble des principales évolutions dans les domaines ESG en 2023
travaux sur les questions
environnementales, sociales et de est complétée par d’autres sections du présent rapport annuel et par des
gouvernance informations supplémentaires disponibles sur le site internet de la BCE
(tableau 11.1).

Les sections 11.2 et 11.3 décrivent comment la BCE, en tant qu’institution


européenne, s’est appliquée à renforcer constamment ses cadres de gouvernance
et à favoriser la transparence et la proximité avec les citoyens en 2023. La
section 11.2 revient sur les actions menées par la BCE pour consolider la
coopération européenne et internationale sur les questions d’éthique, d’intégrité et
de bonne conduite, afin de répondre également à l’intérêt croissant du public pour
ces matières 90. La section 11.3 détaille les efforts concertés de la BCE pour
expliquer clairement ses politiques en période de forte inflation, en ciblant différents
publics et en réagissant aux préoccupations des citoyens quant à l’avenir de notre
monnaie. La section 11.4 retrace les principales évolutions dans la gestion des
ressources humaines de la BCE en 2023 et fournit des informations sur la
nomination d’un agent chargé de la diversité et de l’inclusion et d’un médiateur.
Enfin, la section 11.5 présente les travaux de la BCE sur les sujets liés au climat et à
l’environnement et apporte des précisions sur des publications plus spécialisées
dans ces domaines.

90 La section 10.1 explique également comment la BCE s’acquitte des missions qui lui incombent en tant
qu’institution publique dans le cadre de son obligation de rendre compte et de sa communication
envers le public.

Rapport annuel 2023 de la BCE 100


Tableau 11.1
Sites internet et publications de la BCE
Questions de gouvernance Questions sociales Questions environnementales

Gouvernance et gouvernance d’entreprise Transparence et obligation de rendre La BCE et le changement climatique


compte

Organisation Communication Changement climatique et supervision


bancaire

Éthique Diversité et inclusion La protection de l’environnement à la BCE

Cadre juridique Arts et culture Environnement, santé publique et sécurité


en matière de billets de banque

Les risques liés au climat sont La BCE traite des risques ESG dans ses cadres de gestion des risques financiers et
progressivement intégrés dans le
cadre global des risques non financiers, comme l’explique le chapitre sur la gestion des risques des comptes
annuels 2023 de la BCE.

Les tests de résistance climatique ont débuté en 2022 et sont depuis lors devenus
un exercice régulier. Ils font partie des mesures visant à intégrer progressivement
les risques liés au climat dans le cadre global des risques. À la faveur du premier
test de résistance au risque climatique du bilan de l’Eurosystème, la BCE a évalué la
sensibilité du profil de risque financier de l’Eurosystème au changement climatique
et amélioré ainsi les capacités de celui-ci à évaluer les risques liés au climat. Les
résultats ont fourni une première estimation de l’incidence du risque climatique sur le
bilan de la BCE.

11.2 Le renforcement de l’éthique et de l’intégrité


La sensibilisation à l’éthique et à Le bureau de conformité et de gouvernance (Compliance and Governance Office,
l’intégrité est restée une priorité
essentielle en 2023 CGO) de la BCE est chargé d’établir les règles d’éthique et de gouvernance
appropriées et d’en contrôler le respect. En 2023, les nouvelles initiatives ont porté
sur l’amélioration de l’offre de formations pour le personnel, allant des cours
d’introduction et des programmes de formation en ligne pour les nouveaux engagés
aux remises à niveau pour le personnel en poste depuis plus longtemps, en passant
par des formations sur mesure pour répondre aux besoins de fonctions
opérationnelles spécifiques. Divers projets de sensibilisation ont également été
organisés sur une période de six à huit semaines autour de la Journée mondiale de
l’éthique pour attirer l’attention du personnel de la BCE sur la nécessité de respecter
les règles d’éthique professionnelle et pour informer le public des efforts déployés
par la BCE en la matière. Le CGO a continué de moderniser et de rationaliser ses
processus, de faciliter l’accès du personnel aux conseils en matière d’éthique et de
se conformer aux normes d’éthique de la BCE.

La prise de conscience accrue dans les domaines de l’éthique et de l’intégrité ainsi


que la facilité d’accès aux conseils en matière d’éthique ont donné lieu à une forte
augmentation du nombre de requêtes, qui est passé de 1 690 en 2022 à 2 767
en 2023 (graphique 11.1).

Rapport annuel 2023 de la BCE 101


Les contrôles de conformité, qui ont été menés avec l’aide d’un cabinet d’audit
externe, ont confirmé que les membres du personnel comme les membres des
organes de haut niveau de la BCE respectaient globalement les règles relatives aux
transactions financières privées.

Graphique 11.1
Vue d’ensemble des requêtes reçues des membres du personnel de la BCE en 2023

Source : BCE.

Le comité d’éthique professionnelle indépendant complète la structure de


gouvernance de la BCE. Il conseille les responsables de haut niveau de la BCE sur
les questions d’éthique, principalement en ce qui concerne les activités privées et les
activités rémunérées exercées après la cessation des fonctions, et évalue leurs
déclarations d’intérêts. En outre, le comité d’éthique professionnelle suit les
évolutions européennes et internationales en matière d’éthique et de bonne
conduite. Il remet également des avis sur des modifications souhaitables du cadre
d’éthique professionnelle de la BCE pour les responsables de haut niveau de
l’institution, comme le renforcement récent des règles relatives aux transactions
financières privées.

Le comité d’éthique et de conformité a continué d’apporter son soutien aux banques


centrales nationales et aux autorités compétentes nationales quant à la mise en
œuvre des orientations en matière d’éthique professionnelle adoptées en 2021 et de
fournir des indications en vue d’une interprétation cohérente et uniforme des normes
d’éthique dans l’ensemble de l’Eurosystème. En outre, afin de tirer le meilleur parti
de la diversité des points de vue, le comité a organisé des sessions sur des sujets
d’intérêt mutuel, auxquelles ont participé plus de 50 institutions et organisations
publiques différentes.

Au niveau européen, la BCE a continué de jouer un rôle actif en 2023 dans les
négociations interinstitutionnelles en cours sur la création d’un organe indépendant
de l’UE chargé des questions d’éthique.

Au niveau international, la BCE a été étroitement associée au partage de


connaissances et à l’élaboration de normes au sein du Réseau Déontologie des
organisations multilatérales, dont elle assure la vice-présidence, au travers de ses

Rapport annuel 2023 de la BCE 102


contributions aux réunions et à la conférence annuelle du réseau. La BCE a
également contribué au premier examen par l’UE de la mise en œuvre de la
convention des Nations unies contre la corruption.

11.3 La communication et la transparence de la politique de la


BCE
La BCE a été confrontée à un L’inflation en recul, bien que toujours beaucoup trop élevée, et les effets de plus en
environnement de communication
complexe plus tangibles du resserrement de la politique de la BCE sur l’économie ont créé
en 2023 un environnement délicat pour la communication de la BCE. En cette
période d’incertitude exceptionnelle et de crise du coût de la vie, la BCE a dû
s’efforcer de réaffirmer auprès des citoyens et des entreprises son engagement à
ramener l’inflation à son niveau cible et de les convaincre que les principaux outils
dont elle dispose lui permettraient d’y parvenir.

Le maître-mot de la communication Dans cette optique, la BCE a renforcé la communication autour de sa politique
de la BCE a été « expliquer »
encore et encore afin d’aider les monétaire. Lorsque le resserrement de la politique monétaire a commencé à
citoyens à comprendre ses produire l’effet escompté de modération de la demande, il était important d’expliquer
décisions
les décisions de la BCE et de rappeler que son objectif premier est de lutter contre
l’inflation. Parallèlement aux multiples interventions publiques des responsables de
la BCE, plusieurs billets publiés sur le Blog de la BCE ont expliqué comment
l’inflation influe sur les revenus réels et l’importance des politiques structurelles des
pouvoirs publics pour lutter contre l’inflation, et ont fourni des informations
analytiques sur les niveaux de participation au marché du travail historiquement
élevés. Plusieurs podcasts de la BCE ont décrit les facteurs déterminants de
l’inflation et un podcast publié pendant les vacances d’été est revenu sur le rôle de la
BCE dans la préservation de la stabilité des prix.

Une communication humble pour Dans le même temps, il a fallu apporter des réponses à des questions légitimes sur
restaurer la confiance du public
les raisons pour lesquelles la BCE n’avait pas prévu la hausse de l’inflation et avait
fait fausse route dans ses projections macroéconomiques. La clarté et la précision
des projections de l’Eurosystème sont particulièrement importantes pour ancrer les
anticipations et renforcer la crédibilité de la politique menée par la BCE. De même, il
était essentiel d’expliquer les différentes sources d’incertitude et de communiquer
avec humilité dans le but de restaurer la confiance.

Les communications de la BCE ont En 2023, dans le sillage de décisions de politique monétaire antérieures, notamment
visé à contextualiser les pertes
bilancielles de la BCE et des des achats d’actifs de grande ampleur, la BCE et d’autres banques centrales de
banques centrales de l’Eurosystème ont dû faire face à des pertes sur leurs bilans. La BCE s’est
l’Eurosystème
particulièrement employée à expliquer d’où proviennent les bénéfices et les pertes
de la banque centrale, notamment par la voie d’une note explicative spécifique. Cela
a également permis à la BCE de replacer ces pertes dans le contexte de bénéfices
significatifs enregistrés pendant de nombreuses années et de souligner que son rôle
consiste à prendre des décisions de politique monétaire qui servent l’objectif de
stabilité des prix sans chercher à réaliser des bénéfices.

Rapport annuel 2023 de la BCE 103


En 2023, d’autres efforts de communication extraordinaires ont été consacrés à
l’avenir de notre monnaie, que ce soit sous la forme d’espèces ou sous un format
numérique.

La BCE a commencé à plancher La BCE a décidé que le choix du graphisme de la troisième série de billets en euros
sur la conception de la prochaine
série de billets en euros en devrait inclure un processus participatif impliquant le grand public. À cette fin, les
associant les citoyens européens Européens de la zone euro ont été invités à répondre à une enquête en ligne sur les
thèmes de la prochaine série de billets et ont eu la possibilité de sélectionner parmi
sept options leur thème graphique favori. Plus de 365 000 citoyens issus des quatre
coins de la zone euro ont participé et exprimé leurs préférences. Celles-ci ont été
prises en compte dans la décision du Conseil des gouverneurs de retenir comme
thèmes « la culture européenne » et « les fleuves et oiseaux » pour les futurs billets.
La communication et la sensibilisation autour de la prochaine série de billets ont
rappelé l’attachement de la BCE et de l’Eurosystème aux espèces.

La BCE a insisté sur le maintien L’affirmation de son engagement envers les espèces en 2023 revêtait une
des espèces, complétées
potentiellement par un euro importance d’autant plus grande que la BCE se prépare à éventuellement introduire
numérique un euro numérique.

En octobre 2023, le Conseil des gouverneurs a décidé de clôturer la phase d’étude


du projet d’euro numérique et de poursuivre avec la phase préparatoire. Cette étape
s’est accompagnée d’une campagne de communication multilingue menée sur
plusieurs fronts, impliquant divers canaux et produits de communication dans tous
les pays de la zone euro, notamment une page officielle LinkedIn sur le projet d’euro
numérique et une page internet dédiée au projet d’euro numérique. La campagne
s’est concentrée sur les avantages et sur l’importance de l’introduction d’un euro
numérique, sur les préoccupations relatives à la protection de la vie privée et sur le
rôle des espèces et de la nouvelle monnaie numérique en tant que moyens de
paiement ayant cours légal. Au-delà de sa communication destinée aux acteurs du
secteur, aux responsables politiques et aux organisations de la société civile, la BCE
s’est également tournée vers des créateurs de contenu en ligne, suivant en cela une
approche innovante. L’objectif était d’encourager les entrepreneurs numériques
opérant dans le domaine de la monnaie et de la finance à exposer la logique qui
sous-tend l’introduction d’un euro numérique et à en expliquer les caractéristiques à
leur communauté et à leurs abonnés en ligne.

De manière générale, ces efforts conjugués et la large couverture médiatique qui en


a résulté ont permis de faire connaître le projet d’euro numérique et d’amener une
meilleure compréhension des enjeux. Une analyse a montré que si, dans un premier
temps, l’euro numérique suscitait un plus grand intérêt auprès des plus jeunes
générations d’Européens, la prise de conscience et la compréhension ont désormais
gagné toutes les tranches d’âge.

L’année 2023 a également marqué la célébration du 25e anniversaire de la BCE.


À cette occasion, la BCE a organisé un événement auquel ont participé les
principaux représentants des institutions de l’Union européenne, de l’Allemagne,
pays hôte de la BCE, et d’autres États de la zone euro, ainsi que les anciens
présidents de la BCE, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi. Par ailleurs, fin 2023 et
début 2024, la BCE a commémoré les 25 ans de l’euro conjointement avec d’autres

Rapport annuel 2023 de la BCE 104


institutions de l’UE. Ces étapes historiques ont permis à la BCE de mettre en lumière
le succès de la monnaie unique, de même que ses avantages pour les citoyens
européens en tant que modèle de stabilité dans le monde et symbole de l’unité
européenne.

Une campagne destinée aux jeunes Dans le but de toucher les jeunes tout spécialement, la BCE a mené en 2023 la
sur les médias sociaux intitulée
« La stabilité, c’est notre métier » campagne intitulée « La stabilité, c’est notre métier » sur les médias sociaux. L’idée
était d’expliquer, d’une manière interactive et personnalisée, les principaux aspects
de la BCE et de ses activités : l’objectif de stabilité des prix, le rôle de la supervision
bancaire et comment les décisions de la BCE influencent les citoyens au jour le jour.
Les posts de la campagne ont généré 166 millions de vues et touché 43 millions de
jeunes.

Les demandes d’accès du public Permettre au public d’accéder à des documents de la BCE fait partie intégrante de la
ont grimpé par rapport à 2022, les
documents portant sur des sujets politique de transparence de l’institution. Elle favorise son ouverture et renforce sa
institutionnels et de gouvernance légitimité démocratique.
ayant suscité un intérêt
particulièrement plus marqué
En 2023, la BCE a reçu davantage de demandes d’accès à des documents par
rapport à 2022 (73 demandes contre 63). Si les demandes ont continué de couvrir
un large éventail de sujets, notamment des questions prudentielles ou des initiatives
de premier plan tel le projet d’euro numérique, les demandes d’accès à des
documents portant sur des questions institutionnelles et de gouvernance ont
sensiblement progressé, reflétant l’attention accrue que le public porte à ces sujets.

Dans le prolongement de l’engagement de la BCE en faveur de la transparence, les


documents publiés en réponse aux demandes d’accès du public ont généralement
été mis à disposition par l’intermédiaire du Registre public de documents de la BCE.
Qui plus est, dans un souci d’amélioration de la transparence, la BCE a établi un
relevé des sujets abordés dans les demandes d’accès aux documents qu’elle a
reçues depuis 2004.

Aucun constat de mauvaise gestion dans le cadre du traitement par la BCE des
demandes d’accès du public n’a été mis au jour par le Médiateur européen.

Les initiatives de la BCE en faveur de la transparence, de l’ouverture et de la


proximité vis-à-vis des citoyens ont été reconnues par sa nomination sur la liste
restreinte du Prix d’excellence de la bonne administration 2023 du Médiateur
européen qui salue son engagement à « aider les citoyens de l’UE à comprendre la
politique monétaire en période de forte inflation ».

11.4 Permettre à nos collaborateurs d’exceller pour l’Europe


Dans le contexte du retour progressif au bureau à partir de 2022, la BCE s’est
concentrée sur les politiques et les programmes visant à favoriser l’équilibre entre
vie professionnelle et vie privée, le développement de ses collaborateurs et la
résilience organisationnelle. Une nouvelle politique en matière de télétravail
renforçant la flexibilité pour les membres du personnel et les stagiaires a été
instaurée en janvier 2023. La nouvelle plateforme d’apprentissage virtuel, EUREKA,

Rapport annuel 2023 de la BCE 105


a été mise à la disposition des institutions de l’ensemble du Système européen de
banques centrales (SEBC) et du mécanisme de surveillance unique (MSU) en 2023,
offrant un accès plus large encore aux possibilités de formation et de mobilité.
Conformément à son objectif d’instaurer une culture de l’inclusion, la BCE a nommé
un médiateur ainsi qu’un conseiller en ressources humaines pour la diversité et
l’inclusion.

Culture de travail
La BCE a lancé sa nouvelle À l’issue de la phase de transition menée en 2022, une nouvelle politique de
politique de télétravail
télétravail est entrée en vigueur le 1er janvier 2023. S’appuyant sur les expériences
globalement positives rapportées au cours de la période de travail à distance, la
nouvelle politique prévoit des possibilités de télétravail flexibles pour le personnel.
Elle permet à l’ensemble des membres du personnel et des stagiaires de la BCE de
télétravailler jusqu’à 110 jours par an, sous réserve de compatibilité avec les besoins
opérationnels.

Figure 11.1
Télétravail effectué par le personnel de la BCE en 2023

Source : BCE.
Note : Données obtenues en janvier 2024.

Une formation a été proposée pour Soucieuse d’être à l’écoute des membres de son personnel, la BCE a mené une
entretenir une culture durable de
respect mutuel enquête éclair début 2023. Les résultats de ce sondage ont montré que les
collaborateurs demeuraient engagés, investis et dévoués à l’égard des travaux de la
BCE. Il reste toutefois du chemin à parcourir pour renforcer la culture de travail.
Dans le prolongement de cette enquête, le directoire a défendu une initiative visant à

Rapport annuel 2023 de la BCE 106


promouvoir une culture organisationnelle dans laquelle les travailleurs apprennent à
réagir efficacement à des comportements inappropriés. Des ateliers interactifs ont
été mis en place pour stimuler une culture permettant à chacun de s’exprimer et
pour améliorer notre façon de collaborer.

Développement des talents


Le personnel de la BCE a profité de L’année 2023 a constitué un jalon important en matière de mobilité du personnel au
possibilités de mobilité
sein du SEBC et du MSU. La nouvelle plateforme d’apprentissage de la BCE,
EUREKA, a offert pour la première fois un inventaire centralisé des possibilités de
formation et de mobilité proposées en collaboration avec les autres institutions du
SEBC et du MSU. EUREKA favorise le partage des connaissances et la
collaboration, et est accessible au personnel de la BCE ainsi qu’à l’ensemble des
collaborateurs du SEBC et du MSU. Au titre de la cinquième édition du programme
Schuman lancée en 2023, 41 projets comportant des opportunités de détachement
ont été soumis, permettant des échanges de personnel entre la BCE, des autorités
compétentes nationales (ACN) et des banques centrales nationales (BCN). La BCE
a également continué de procéder à des échanges de personnel avec plusieurs
ACN et institutions européennes, dans le cadre d’un programme d’échange dédié au
MSU. Fin 2023, neuf échanges étaient en cours avec deux ACN (la Banque
d’Espagne (Banco de España) et l’Autorité française de contrôle prudentiel et de
résolution) ainsi qu’avec une agence (l’Autorité européenne des assurances et des
pensions professionnelles).

La BCE a continué d’encourager La BCE a poursuivi son programme visant, d’une part, à améliorer les aptitudes à
les aptitudes à diriger et le
développement professionnel diriger et, d’autre part, à renforcer l’efficacité du leadership (Leadership Growth
Programme). Elle a par ailleurs organisé les sept dernières cohortes du programme
de leadership adressé aux femmes (Women’s Leadership Programme), qui a
rencontré un franc succès depuis son lancement en 2014 et a pour but d’accroître la
représentation des femmes à la BCE. Une autre possibilité de développement
importante a été offerte sous la forme du portail de mentorat (Mentoring Portal), qui
permet au personnel et aux stagiaires de proposer un mentorat ou de rechercher
des mentors. Fin 2023, près de 100 relations de mentor à mentoré étaient
enregistrées.

Des initiatives majeures ont été D’autres initiatives clés ont été lancées dans le cadre de la stratégie de formation et
lancées dans le cadre de la
stratégie de formation et de de développement du SEBC et du MSU. Les ACN et les BCN ont été intégrées à
développement du SEBC et du EUREKA, qui donne accès à un large éventail de possibilités de formations et de
MSU
développement dans l’ensemble du SEBC et du MSU. Le programme phare de
formation des cadres sur les activités de banque centrale et de supervision bancaire
(Central Banking & Banking Supervision Executive Education Programme) a été
lancé en octobre 2023. Deux marathons de programmation (hackathons) couronnés
de succès ont eu lieu durant l’année et ont attiré des participants issus de l’ensemble
du SEBC et du MSU. Le premier s’est tenu en février sur le thème de la finance
décentralisée, tandis que le second, consacré au changement climatique, a été
organisé dans les locaux de la BCE en novembre.

Rapport annuel 2023 de la BCE 107


La BCE a revalorisé la bourse de En proposant un programme de stage, la BCE promeut l’intégration européenne des
stage
jeunes diplômés et leur donne la possibilité d’acquérir une expérience de terrain et
de mettre en pratique les connaissances qu’ils ont acquises pendant leurs études.
Dans le même temps, elle bénéficie des connaissances des stagiaires sur l’état
actuel de la recherche universitaire ainsi que de leur enthousiasme et de leurs idées
novatrices. À dater du 1er décembre 2023, la bourse de stage a été portée
à 1 170 euros par mois et à 2 120 euros pour les étudiants ayant achevé au moins
deux années d’études de doctorat pour les postes de stage proposés à ce niveau.
Les stagiaires bénéficient également d’indemnités de logement.

Diversité et inclusion
La BCE a continué de stimuler la Refléter la société européenne et instaurer une culture de l’inclusion est une
diversité et l’inclusion
entreprise de longue haleine. Pour y parvenir, la BCE a renforcé sa base
institutionnelle en soutenant ses six réseaux internes de diversité et d’inclusion (D&I)
et en déployant son programme de formation sur l’inclusion destiné au personnel,
aux équipes et aux dirigeants. Pour permettre une culture fondée sur l’inclusion, le
respect mutuel et la sécurité psychologique, deux nouveaux rôles ont été créés :
depuis 2023, le nouveau médiateur prévient et traite les tensions sur le lieu de travail
en recourant au dialogue assisté, et le nouveau conseiller diversité et inclusion aux
ressources humaines (HR D&I Advisor) examine toutes les questions relatives aux
personnes et à la culture sous le prisme de la diversité et de l’inclusion.

La diversité des genres et Tout au long de l’année, la BCE a fait de la diversité des genres l’une de ses
l’intersectionnalité ont constitué des
priorités priorités, tout en intégrant l’ensemble des aspects de la diversité et en favorisant une
culture inclusive. En témoignent la certification EDGE Move & EDGEplus, les
progrès engrangés par la BCE par rapport aux objectifs en matière de genre pour la
période 2020-2026, l’introduction d’un congé parental rémunéré pour le coparent qui
ne donne pas naissance, le pilotage d’un stage pour les talents atteints de troubles
du spectre autistique ainsi que les sessions de sensibilisation et les événements sur
les questions de race et d’appartenance ethnique, les alliés de la diversité, le
handicap et l’inclusion des personnes LGBT+.

La BCE a poursuivi ses actions de Dans sa recherche des meilleurs talents d’Europe, la BCE a participé à plusieurs
sensibilisation ciblée et de
recrutement de talents salons de l’emploi s’adressant aux groupes sous-représentés, dont le plus grand
salon d’Europe consacré aux personnes noires et de couleur organisé par ADAN
(Afro Deutsches Akademiker Netzwerk), le salon Sticks & Stones pour les talents
LGBTIQ+ et leurs alliés, ainsi que le salon herCAREER consacré à la promotion de
la carrière des femmes. Afin d’attirer des candidats porteurs de handicap, la BCE a
publié ses offres d’emploi sur la plateforme myAbility. La BCE a continué de
proposer sa bourse d’études destinée aux femmes afin d’étoffer sa population
féminine et d’inclure des milieux socioéconomiques différents. En outre, dans un
souci constant de solidarité et de soutien, la BCE a lancé une bourse pour
15 étudiants ukrainiens poursuivant un master dans leur pays.

Rapport annuel 2023 de la BCE 108


Figure 11.2
Les effectifs de la BCE en chiffres

1 Données au 31 décembre 2023.


2 Y compris 56 participants au Graduate Programme.
3 Collaborateurs détachés d’une banque centrale nationale du Système européen de banques centrales, d’institutions ou d’agences
publiques européennes ou d’organisations internationales.
4 Fait uniquement référence aux membres du personnel permanent et aux collaborateurs titulaires d’un contrat à durée déterminée.
5 Renvoie à toute mobilité horizontale permanente ou temporaire entre les divisions ou les entités organisationnelles.
6 Renvoie à toute évolution permanente ou temporaire vers une bande salariale supérieure dans le cadre ou non d’un recrutement.
7 Fait uniquement référence aux membres du personnel permanent et aux membres occupant un poste à durée déterminée convertible.
8 Le tableau montre la proportion de membres du personnel de la BCE et de ses stagiaires par nationalité ; les membres du personnel
qui possèdent plusieurs nationalités sont comptabilisés pour chaque nationalité déclarée. Les totaux peuvent excéder 100 % en raison
des arrondis et des doubles nationalités. L’énumération suit l’ordre alphabétique des noms des pays dans leurs langues nationales
respectives.

Rapport annuel 2023 de la BCE 109


11.5 Poursuivre les efforts afin de relever les défis relatifs à
l’environnement et au changement climatique
Pour mener à bien son mandat, la Le changement climatique progresse, et plus nous attendons pour réduire nos
BCE se doit de comprendre les
implications du changement émissions et passer à une économie plus verte, plus les coûts seront élevés 91, 92. En
climatique et les besoins de dépit des progrès réalisés, la planète n’est toujours pas en bonne voie pour limiter
transition pour l’économie et le
secteur financier l’élévation de la température mondiale à 1,5° C au-dessus des niveaux
préindustriels 93. De ce fait, les risques liés au changement climatique et à une
transition brutale augmentent, ce qui n’est pas sans conséquence pour la politique
monétaire et la stabilité des systèmes financiers et bancaires. Aussi est-il essentiel
pour la BCE de comprendre les implications pour l’économie et le secteur financier
afin qu’elle puisse remplir son mandat.

C’est la raison pour laquelle, sous la conduite du centre du changement climatique,


la BCE a poursuivi ses travaux sur son programme d’action pour le climat en y
associant les parties prenantes internes et l’Eurosystème par l’intermédiaire de
comités compétents et d’instances dédiées au climat. En 2023, la BCE a continué
d’intégrer les objectifs et les considérations environnementales de la loi européenne
sur le climat dans la définition de sa stratégie, dans ses projets et dans les
processus d’élaboration de la politique monétaire.

La BCE a publié son plan sur le Durant l’année écoulée, la BCE a travaillé à son plan sur le climat et la nature
climat et la nature 2024-2025
2024-2025, qui décrit les activités sur lesquelles elle se concentrera pour atteindre
ses objectifs stratégiques en matière de climat. Elle a également défini trois axes
d’action prioritaires, à savoir orienter la transition vers une économie verte,
comprendre l’incidence physique accrue du changement climatique et poursuivre les
travaux sur les risques liés à la nature.

Travaux majeurs liés au climat

Des avancées concrètes ont été réalisées sur plusieurs fronts, couvrant un large
éventail de missions de la BCE (figure 11.3).

Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique monétaire, la BCE a publié en


mars 2023 les premières déclarations financières en matière de climat concernant
les avoirs en titres du secteur des entreprises détenus par l’Eurosystème (anglais).
L’intensité en carbone des réinvestissements a diminué de plus de 65 % au cours
des douze mois qui ont suivi le début de la réorientation des réinvestissements en
octobre 2022. Le Conseil des gouverneurs a renforcé le paramètre de réorientation

91 Cf. « Une transition verte plus rapide profiterait aux entreprises, aux ménages et aux banques, selon
les résultats du test de résistance climatique réalisé par la BCE à l’échelle de l’ensemble de
l’économie », communiqué de presse, BCE, 6 septembre 2023.
92 Pour des informations plus détaillées, cf. Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat, « Climate change 2023 : Synthesis Report », 2023 et Organisation météorologique mondiale,
« The Global Climate 2011-2020 : A Decade of Acceleration », 5 décembre 2023.
93 Cf. Programme des Nations Unies pour l’environnement, « Emissions Gap Report 2023 » pour de plus
amples détails sur l’estimation selon laquelle, compte tenu des niveaux actuels des contributions
déterminées au niveau national, le réchauffement de la planète atteindra pour ce siècle 2,9°C
au-dessus des niveaux préindustriels.

Rapport annuel 2023 de la BCE 110


en février, lorsqu’il a décidé de réduire les portefeuilles de titres de l’Eurosystème.
Depuis l’interruption des réinvestissements dans le cadre du programme d’achats
d’actifs en juillet, la réorientation des obligations d’entreprises au titre du programme
d’achats d’urgence face à la pandémie se poursuit. Le premier examen de la
méthodologie relative aux notes climatiques mené en octobre 2023 a conclu que le
cadre avait atteint les objectifs fixés et que ses principaux éléments constitutifs
seraient maintenus. La décarbonation des portefeuilles d’obligations d’entreprises
devrait se poursuivre tout au long de 2024 sur une voie favorable à la réalisation des
objectifs de l’accord de Paris. En outre, l’Eurosystème a continué ses travaux
préparatoires en vue d’intégrer les considérations climatiques dans son dispositif de
garanties et d’améliorer son évaluation et sa gestion des risques.

Figure 11.3
Vue d’ensemble des principales actions en faveur du climat

Source : BCE.

La BCE a étudié les retombées Des travaux d’analyse approfondis sont venus soutenir la fonction d’information des
économiques et financières du
changement climatique et ses responsables politiques, du secteur financier et du public sur l’incidence économique
implications pour ses missions et financière du changement climatique et sur ses implications pour les missions de
la BCE 94. En 2023, la BCE a continué d’évaluer les conséquences
macroéconomiques du changement climatique et des politiques d’atténuation et, en
particulier, l’incidence des mesures budgétaires vertes sur les projections établies
par les services de l’Eurosystème et de la BCE. Une analyse basée sur des modèles
examinant les retombées économiques de la tarification du carbone a mis au jour
des effets négatifs modestes sur l’économie. Les résultats de l’enquête sur l’accès
des entreprises au financement et de l’enquête sur la distribution du crédit bancaire
indiquent que les entreprises de la zone euro investissent dans la transition et que
les conditions d’octroi des crédits bancaires sont plus restrictives pour les
entreprises dont les émissions sont élevées et celles qui ne disposent d’aucun plan
de transition crédible. S’agissant des implications pour la politique monétaire, une
analyse récente a étudié les effets du changement climatique sur le mécanisme de
transmission de la politique monétaire et a conclu que, si la transition alourdit le coût
du crédit et réduit les prêts à l’ensemble des entreprises, son effet baissier est plus
modéré pour les entreprises à faibles émissions et celles qui s’engagent sur la voie
de la décarbonation. Plusieurs études ont observé les liens entre le changement

94 Cf. la liste des publications de la BCE sur le changement climatique. Par ailleurs, certains articles de
recherche de la BCE ont été relayés dans de prestigieuses revues scientifiques.

Rapport annuel 2023 de la BCE 111


climatique et l’inflation, concluant que si des températures plus élevées peuvent
accentuer l’inflation des produits alimentaires, les effets sur la demande induits par
des étés plus chauds peuvent freiner l’inflation à long terme et les retombées sur les
économies de la zone euro sont asymétriques (cf. encadré 1). La BCE a également
progressé dans sa compréhension de l’impact du changement climatique sur la
production potentielle.

Afin d’améliorer la disponibilité des données sur le climat, le Système européen de


banques centrales a publié des indicateurs liés au changement climatique sur la
finance durable, les émissions de gaz à effet de serre et les risques physiques
(cf. section 7.2).

La BCE œuvre à une meilleure La BCE a continué de développer sa méthodologie en matière de tests de résistance
compréhension des risques liés au
climat pesant sur l’économie et les afin d’étudier la capacité de résilience de l’ensemble de l’économie à différents
systèmes financiers et à scénarios de transition et le niveau de préparation des banques qu’elle supervise
l’élaboration d’une réponse
macroprudentielle adéquate face aux chocs économiques et financiers inhérents au risque climatique. En 2023,
la BCE a dirigé le groupe de travail sur la conception et l’analyse de scénarios du
réseau pour le verdissement du système financier (Network for Greening the
Financial System Working Group, NGFS), qui a publié la quatrième édition de ses
scénarios climatiques macrofinanciers à long terme. Ces scénarios constituent une
première référence commune pour l’analyse des risques climatiques pesant sur
l’économie et le système financier. Le cadre reconnaît l’incertitude et les limites de la
modélisation climatique et économique, notamment en ce qui concerne les points de
non-retour. En collaboration avec l’Autorité européenne des assurances et des
pensions professionnelles, la BCE a élaboré des options stratégiques pour réduire le
déficit de protection de l’assurance climatique, étant donné qu’un quart seulement
des pertes dues aux catastrophes liées au changement climatique dans l’UE sont
assurées à l’heure actuelle. La BCE a également analysé les risques liés au
changement climatique pesant sur les États qui sont susceptibles de porter atteinte à
la stabilité financière et aux dépenses budgétaires. La BCE et le Comité européen
du risque systémique ont publié un rapport qui rassemble des informations sur les
indicateurs de stabilité financière les plus importants et établit un cadre
macroprudentiel pour faire face au risque climatique. Ce document suggère
également qu’une forte dépendance économique à l’égard des écosystèmes
naturels pourrait exacerber les risques liés au climat pesant sur la stabilité
financière.

S’agissant de la supervision bancaire de la BCE, bien que les établissements de


crédit supervisés dans le cadre du mécanisme de surveillance unique aient accompli
des avancées significatives à l’égard de leurs pratiques de gestion des risques liés
au climat et à l’environnement, un certain nombre d’entre eux n’ont pas concrétisé
les progrès attendus pour mars 2023. La BCE continuera de suivre de près les
progrès des banques et adoptera des mesures exécutoires le cas échéant 95.

95 Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site internet de la BCE consacré à la
supervision bancaire et dans le Rapport annuel 2023 de la BCE sur ses activités prudentielles.

Rapport annuel 2023 de la BCE 112


La BCE œuvre à l’amélioration de Au fil des ans, la BCE n’a cessé de renforcer la sécurité et la durabilité des billets en
la sécurité et de la durabilité des
billets en euros euros d’un bout à l’autre de la filière fiduciaire 96. En 2023, elle a publié l’étude sur
l’empreinte environnementale des billets en euros en tant qu’instrument de
paiement. Les futurs billets en euros sont élaborés conformément aux principes
d’éco-conception, ce qui signifie que les aspects environnementaux sont pris en
considération à chaque stade du processus d’élaboration des billets (cf. section 6.2).

La BCE analyse et alimente les Depuis 2021, les membres du personnel de la BCE contribuent à des formations et à
débats politiques visant à
promouvoir la finance verte au des ateliers techniques multilatéraux avec des homologues d’autres banques
niveau de l’UE et à l’échelle centrales et des parties prenantes à l’extérieur de l’Union européenne. La BCE a
internationale
également participé à de nombreux groupes de travail et événements en compagnie
de banques centrales ainsi que d’autres institutions et instances afin de faire
avancer l’agenda climatique et de tirer parti d’échanges réguliers. Il s’agit notamment
du réseau pour le verdissement du système financier (Network for Greening the
Financial System, NGFS), du Conseil de stabilité financière, du Comité de Bâle sur
le contrôle bancaire, des autorités européennes de surveillance et du Comité
européen du risque systémique, de la Banque des règlements internationaux, du
G7, du G20 ainsi que du Fonds monétaire international.

Des recherches innovantes menées Des recherches innovantes sur les risques liés à la nature ont montré que la
par la BCE ont porté sur les risques
liés à la nature, le lien entre le dégradation des écosystèmes constituera un défi pour les entreprises et
climat et la nature et leur incidence potentiellement pour les banques, puisque pour ainsi dire 75 % des prêts aux
sur l’économie
entreprises dans la zone euro (près de 3 240 milliards d’euros) sont accordés à des
emprunteurs fortement dépendants des services écosystémiques. Par ailleurs, la
BCE a étudié pour la première fois les risques de transition et le lien entre le climat
et la nature. Considérant que le changement climatique et le changement
d’affectation des sols sont les principaux facteurs de la perte de biodiversité,
l’influence des entreprises de la zone euro sur la nature équivaut à la disparition de
582 millions d’hectares d’habitats « vierges » dans le monde. Les recherches
soulignent l’importance d’intégrer le changement climatique et la perte de nature
dans les dispositifs d’évaluation des risques, sachant qu’ils sont inextricablement
liés.

Des travaux sont en cours pour En mars 2023, la BCE a commencé à publier ses déclarations financières annuelles
améliorer les performances
environnementales des opérations en matière de climat pour ses portefeuilles ne relevant pas de la politique monétaire
de la BCE pour compte propre et parallèlement à sa déclaration environnementale annuelle, qui fournissent
des portefeuilles autres que ceux
détenus à des fins de politique conjointement une vue d’ensemble de ses propres incidences environnementales
monétaire
opérationnelles et de l’empreinte carbone 97 de ses émissions financées ainsi que
des objectifs correspondants. Des données actualisées sur les performances
environnementales de la BCE en 2023 seront mises à disposition dans le courant
de 2024.

96 Pour plus d’informations, cf. la page internet de la BCE intitulée « La stratégie fiduciaire de
l’Eurosystème » et les déclarations environnementales de la BCE.
97 Depuis 2010, la BCE a mis en place un système certifié de gestion environnementale pour gérer
l’empreinte environnementale de ses opérations pour compte propre, ce qui a récemment permis de
réaliser des progrès considérables en matière d’économie d’énergie.

Rapport annuel 2023 de la BCE 113


Encadré 9
La BCE suit l’innovation

En 2023, la BCE a continué de progresser dans le développement et la mise en œuvre de solutions


innovantes qui améliorent l’efficacité de ses processus. Des solutions numériques, parmi lesquelles
l’intelligence artificielle (IA), l’apprentissage automatique, les robots et les agents conversationnels,
ont été déployées dans l’ensemble de l’organisation.

Au niveau des activités de banque centrale, l’IA a été déployée à la BCE pour mieux comprendre
les mécanismes de fixation des prix et la dynamique de l’inflation dans l’Union européenne (UE). Le
web scraping et l’apprentissage automatique ont été appliqués pour réunir une quantité
considérable de données en temps réel sur les prix des produits individuels 98. Dans le cadre de la
supervision bancaire, le programme SupTech lancé en 2019 a fourni 14 outils qui aident les
autorités de surveillance à collecter et à analyser d’importants volumes de données quantitatives et
qualitatives, à automatiser les processus, à mieux collaborer et à utiliser l’IA pour accélérer et
affiner l’analyse prudentielle 99.

Le déploiement de projets numériques à la BCE repose sur un écosystème propice à l’innovation.


Au-delà des solutions technologiques, l’innovation nécessite une mentalité de progression, de la
curiosité et une coopération étroite entre toutes les parties prenantes de la BCE. À cette fin, des
équipes d’innovation interdisciplinaires associant les technologies de l’information, la gestion des
connaissances, les activités de banque centrale et la supervision bancaire ont développé des
approches innovantes par rapport au travail qui facilitent la gestion de projets, la recherche de
l’innovation, l’incubation et le partage des connaissances. Dans le cadre de cet écosystème, le
système de documents numériques et la politique de gouvernance de l’information de la BCE
constituent une base solide pour le développement de l’IA en fournissant une vaste source de
documentation numérisée structurée. En outre, la coopération avec les responsables mondiaux de
l’innovation au sein des autorités publiques, des universités, des start-up et des principaux acteurs
du secteur contribue à stimuler l’innovation au sein de la BCE, de l’Eurosystème et au-delà. Plus
particulièrement, la BCE coordonne les actions de l’Eurosystème au travers de l’Eurosystem Innov8
Forum avec le BIS Innovation Hub Eurosystem Centre. ’’Ce dernier est une coentreprise de la
Banque des règlements internationaux (Bank for International Settlements, BIS) et de toutes les
banques centrales de l’Eurosystème. Des bureaux ont été ouverts à Francfort et à Paris en
mars 2023, sous la houlette et avec le soutien, respectivement, de la Banque fédérale d’Allemagne
(Deutsche Bundesbank) et de la Banque de France. Tous les membres de l’Eurosystem Innov8
Forum contribuent à cet espace d’innovation et y partagent leurs connaissances.

98 Pour plus d’informations, cf. la page internet du réseau PRISMA (Price-setting Microdata Analysis
Network) (PRISMA) et Moufakkir (M,), « Careful embrace : AI and the ECB », The ECB Blog,
28 septembre 2023.
99 Cf. « Technology, data and innovation – shaping the future of supervision », discours prononcé par
Elizabeth McCaul, membre du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, lors de la Supervision
Innovators Conference 2023, Francfort-sur-le-Main, 20 septembre 2023 et « How tech is shaping
banking supervision », The ECB Podcast, 28 septembre 2023.

Rapport annuel 2023 de la BCE 114


Enfin, l’innovation est largement encouragée par le directoire. En février 2023, les membres du
directoire ont participé pour la première fois à un Forum de l’innovation doté d’un format « de
marché » physique et présentant des démonstrations en direct et interactives d’un échantillon de
grands projets innovants de la BCE.

Rapport annuel 2023 de la BCE 115


12 Faisons connaissance

Le 1er juin 1998, la Banque centrale européenne (BCE) a commencé à opérer en


tant que banque centrale pour la zone euro, avec un mandat clairement défini :
maintenir la stabilité des prix. En 2023, à l’occasion de son vingt-cinquième
anniversaire, la BCE a célébré les nombreuses réalisations accomplies depuis sa
création. Vous trouverez ci-dessous les témoignages de collègues qui étaient déjà là
du temps de l’Institut monétaire européen, le précurseur de la BCE. Ces derniers
expliquent notamment comment ils ont vécu de l’intérieur la mise en place de cette
nouvelle institution et comment ils ont aidé la BCE à franchir d’importantes étapes
pour lui permettre de s’imposer immédiatement parmi ses pairs et continuer à
évoluer avec le temps.

Rita Choudhury, économiste-statisticienne cheffe d’équipe senior,


Direction générale Statistiques

Mon parcours professionnel au sein de la BCE a été particulièrement enrichissant.


Tout a commencé pour moi par un véritable saut dans l’inconnu, avec un nouveau
travail dans un nouveau pays. J’ai rejoint la BCE à ses débuts, en tant que jeune
chargée d’études au sein de la fonction Statistiques, encore en pleine phase de
développement. Avec seulement quelques centaines d’employés, la Banque avait
alors besoin de tout le monde sur le pont, et nous devions donc tous combiner
plusieurs tâches à la fois. Entre discuter des besoins dans différents domaines,
concevoir des cadres statistiques, faire de la programmation et, parfois, rédiger des
discours, mes journées de travail étaient particulièrement variées. Alors que la
définition des politiques institutionnelles avait à peine été entamée, le fait de souvent
voir mes solutions créatives rapidement mises en œuvre était pour moi une grande
source de satisfaction.

Au fil du temps et de l’évolution de la BCE, les possibilités de développement


professionnel se sont multipliées. J’ai travaillé dans différents domaines des
statistiques, ce qui m’a permis de renforcer mon expertise en acquérant de plus en
plus d’expérience. Parmi mes souvenirs les plus marquants, je me rappelle des
visites que j’ai dirigées auprès de différentes banques centrales nationales et autres
autorités compétentes nationales, dans le but de faciliter nos relations et de les aider
à se préparer à leurs obligations de déclaration en tant que nouveaux membres de
la zone euro.

Je travaille aujourd’hui au Bureau des données, qui vient d’être créé sous la houlette
du responsable principal des données (chief data officer) et dont l’objectif est
d’optimiser la gestion des données institutionnelles (dans des domaines comme
l’intelligence artificielle, par exemple). Je participe aussi au forum sur la diversité et
l’inclusion. Ces fonctions transversales me permettent de travailler avec beaucoup
d’unités organisationnelles et de participer activement à l’élaboration de diverses
politiques de la BCE, ce que je trouve très satisfaisant.

Rapport annuel 2023 de la BCE 116


Il y a évidemment eu des moments difficiles, comme le Brexit et les incertitudes que
cela a fait peser sur mon travail ici. Mais, au final, je retiens surtout ce que j’ai pu
réaliser grâce à notre environnement de travail dynamique, à l’enthousiasme de mes
collègues et aux perspectives de développement qu’offre la BCE.

Dimitrios Koukidis, spécialiste principal en gestion des


fournisseurs, Direction générale Communication

Je me rappelle très bien des préparatifs de la cérémonie d’inauguration de la BCE,


en juin 1998. À l’époque, je faisais partie d’une petite équipe chargée d’organiser cet
événement majeur. Je me souviens de l’enthousiasme et de l’esprit de camaraderie
qui régnaient en son sein, malgré les défis organisationnels allant de pair avec la
mise en place d’une institution devant rapidement prendre ses marques. Par la suite,
j’ai travaillé pendant plusieurs années à l’organisation des événements conçus par la
BCE tant pour le public que pour les membres du personnel. Ils n’ont cessé de
prendre de l’ampleur et sont devenus de plus en plus variés.

Aujourd’hui, après avoir saisi une offre de mobilité interne en 2016, je travaille au
sein de la Division Services linguistiques. Je m’occupe de la budgétisation, de la
passation de marchés et de la gestion des fournisseurs pour tout ce qui concerne les
traductions et les révisions dans les vingt-quatre langues officielles de l’Union
européenne. Les fonctions de support de ce type jouent un rôle essentiel dans la
communication de la BCE, qui doit être claire et efficace vers des publics d’experts
et de non-experts. Comme partout ailleurs à la BCE, nous nous efforçons de nous
adapter aux nouvelles technologies. Avec mes collègues, nous utilisons par exemple
des techniques relevant de l’intelligence artificielle pour améliorer l’efficacité de nos
processus.

Quand je repense à tout ce chemin exaltant parcouru, je suis fier d’avoir, à mon
échelle, aidé la BCE à devenir cette institution d’envergure internationale qui
maintient la stabilité des prix et assure la sécurité du système financier pour les
quelque 350 millions d’habitants de la zone euro. Je suis aussi reconnaissant d’avoir
eu la possibilité de m’épanouir professionnellement et personnellement tout au long
de ma carrière ici.

Rapport annuel 2023 de la BCE 117


Francesco Mazzaferro, chef du secrétariat du Comité européen du
risque systémique

À l’époque jeune cadre travaillant pour le « Comité de transition », qui était chargé,
sous la direction de Tommaso Padoa-Schioppa, de superviser le passage sur les
marchés de dix monnaies nationales à l’euro, je me revois encore ce
31 décembre 1998 à minuit. Ce jour-là, qui devait marquer l’aboutissement de tout
ce pour quoi j’avais travaillé depuis mon arrivée à l’Institut monétaire européen au
milieu de 1995, j’étais naïvement persuadé que le travail était terminé. Et je craignais
de me retrouver coincé dans une routine après plusieurs années passionnantes. La
décennie que j’ai passée ensuite à la nouvelle Direction générale Relations
internationales et européennes m’a prouvé le contraire. Grâce à l’intérêt croissant
suscité par notre intégration monétaire, j’ai été amené à mettre sur pied des
programmes d’assistance technique conjoints de l’Eurosystème à destination des
banques centrales et des superviseurs de certains pays voisins de l’Union
européenne.

Dix années plus tard, lorsque la BCE est devenue l’hôte du Comité européen du
risque systémique (CERS), une instance indépendante fondée au lendemain de la
crise financière, un nouveau défi s’est présenté à moi. Début 2010, on m’a en effet
proposé de m’occuper de la mise sur pied de ce comité, en qualité de chef de projet.
Un an plus tard, j’étais nommé chef du secrétariat du CERS. Depuis, j’ai
véritablement savouré chaque journée passée à préserver la résilience du secteur
financier dans un vaste cadre institutionnel, aux côtés des banques centrales et des
autorités de surveillance, européennes et nationales, ainsi que d’un groupe
exceptionnel de collègues de la BCE et des institutions membres du CERS.

Emily Witt, cheffe de division, Direction générale Opérations de


marché

Lorsque j’ai rejoint l’Institut monétaire européen en 1995, j’ai fait partie des cent
premiers collègues chargés des travaux préparatoires en vue de l’introduction de
l’euro comme monnaie unique européenne. À partir de 1998, j’ai rapidement appris
comment la BCE coopère avec les banques centrales nationales. Ce fut un plaisir
pour moi de participer à la coordination de tests holistiques et de constater à quel
point les nouveaux systèmes fonctionnaient bien, que ce soit pour la conduite des
opérations de politique monétaire, l’exécution des paiements ou la collecte des
statistiques à l’échelle européenne.

Encouragée par la volonté de la BCE de promouvoir la mobilité interne, j’ai travaillé


dans six domaines d’activité différents (paiements, IT, RH, secrétariat, statistiques et
marchés). J’ai pu ainsi mieux cerner les principaux métiers d’une banque centrale et
perfectionner mes compétences en gestion de projets, gestion d’équipes et mes
aptitudes à diriger. J’ai non seulement pu me confronter à différents points de vue et
modes de pensée mais j’ai aussi réussi à tisser des réseaux et des amitiés durables
à travers toute l’Europe.

Rapport annuel 2023 de la BCE 118


La mission de la BCE est une source d’inspiration pour moi et je suis fière d’avoir
contribué à la réussite, au bénéfice de l’Europe, de plusieurs initiatives en matière de
gestion du changement. Je pense, par exemple, au déploiement de notre système
de gestion des documents et des archives, un élément-clé pour le partage efficace
de l’information entre les collègues des banques centrales nationales et la
conservation de la mémoire institutionnelle de la BCE.

Aujourd’hui, je suis très heureuse d’être à la tête de la Division Services des


opérations financières. J’aime la proximité avec les marchés et j’apprécie de pouvoir
combiner mes tâches quotidiennes avec des projets intéressants qui m’amènent à
collaborer avec beaucoup de domaines d’activité différents de la BCE, les banques
centrales nationales et des partenaires extérieurs. Il y a peu, nous avons ainsi mis
en place des services d’agent financier et d’organisme payeur pour la Commission
européenne.

Dans mes temps libres, j’aime lire, cuisiner et faire de la randonnée. Je suis
d’ailleurs membre active du club de randonnée de la BCE. Cette activité me permet
de côtoyer des collègues en dehors du travail et de découvrir de jolis coins de nature
un peu partout en Europe.

Rapport annuel 2023 de la BCE 119


Comptes annuels

[Link]
accounts/html/ecb.annualaccounts2023~[Link]

Rapport annuel 2023 de la BCE 120


Bilan consolidé de l’Eurosystème au 31
décembre 2023

[Link]
statements/annual/balance/html/ecb.eurosystembalancesheet2023~[Link].h
tml

Rapport annuel 2023 de la BCE 121


© Banque centrale européenne, 2024
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Tous droits réservés. La reproduction à des fins pédagogiques et non commerciales est autorisée en citant la source.
La traduction de ce Rapport a été effectuée par la Banque centrale européenne, la Banque de France et la Banque nationale de
Belgique. En cas de divergence d’interprétation, seul le texte original fait foi.
La date d’arrêté des données figurant dans le présent Rapport est le 22 mars 2024 (les exceptions sont explicitement indiquées).
Pour la terminologie spécifique, veuillez consulter le glossaire de la BCE (disponible uniquement en anglais).
PDF ISBN 978-92-899-6721-1, ISSN 1725-289X, doi :10.2866/066647, QB-AA-24-001-FR-N
HTML ISBN 978-92-899-6694-8, ISSN 1725-289X, doi :10.2866/973130, QB-AA-24-001-FR-Q

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