Théorie Des Réacteurs Nucléaires: Gérard NAUDAN Jean-Louis NIGON
Théorie Des Réacteurs Nucléaires: Gérard NAUDAN Jean-Louis NIGON
1. Rappels........................................................................................................ B 3 025 - 2
2. Taille critique et flux en mode fondamental .................................... — 3
3. Réacteur hétérogène............................................................................... — 4
4. Réacteur homogène nu .......................................................................... — 8
5. Réacteur homogène réfléchi (géométrie plane) .............................. — 11
6. Cinétique des réacteurs ......................................................................... — 14
7. Coefficients cinétiques .......................................................................... — 18
8. Évolution du combustible et empoisonnement .............................. — 20
9. Contrôle des réacteurs ........................................................................... — 25
10. Effets de l’évolution et du contrôle sur les coefficients
cinétiques................................................................................................... — 27
11. Phénomènes spatiaux. Gestion en pile du combustible.............. — 28
Références bibliographiques ......................................................................... — 30
on n’en parlera donc pas dans cet article ; quant aux évolutions dans le temps
dues aux variations des propriétés du cœur sous l’effet de l’irradiation, elles sont
suffisamment lentes pour que le cœur soit considéré à tout instant en état
stationnaire.
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Si k < 1, elle décroît et le système est sous-critique. — dans le cas des réacteurs à neutrons thermiques, un modé-
Si k = 1, la réaction en chaîne est auto-entretenue et le système rateur contenant des noyaux légers, destiné à ralentir les neutrons ;
est critique. — des structures métalliques destinées à assurer la tenue méca-
nique de l’ensemble et la séparation des milieux.
— Dans le cas d’un système surcritique défini par k = 1,01 et
0 = 10 –3 s, la population neutronique serait multipliée par un Les principales filières de réacteurs se distinguent par :
facteur 22 000 en l’espace d’une seconde : s’il en était ainsi, les — leur population neutronique, rapide ou thermique ;
réacteurs nucléaires ne seraient pas contrôlables. En fait, une fraction — la nature de leur combustible, métallique ou céramique, enrichi
faible numériquement mais essentielle physiquement (0,6 à 1 %) des ou au plutonium ;
neutrons issus de la fission est émise avec un retard de quelques — la nature de leur réfrigérant, gazeux ou liquide (éventuellement
secondes à quelques minutes (par décroissance radioactive de métal) ;
certains produits de fission) ; grâce à ces neutrons retardés, le temps — et, dans le cas des réacteurs à neutrons thermiques, par la
de vie moyen entre deux générations est très supérieur à 0 , qui nature du modérateur, solide ou liquide.
est de l’ordre de 0,1 s, permettant le contrôle des réacteurs.
— Dans le cas d’un système sous-critique , on peut en fait
maintenir une population neutronique stable en y plaçant une source
de neutrons. Si l’intensité de la source est S (neutrons par seconde), 2. Taille critique et flux
le nombre de neutrons présents dans le milieu en provenance directe
de la source est S 0 ; au bout d’un certain nombre de générations, en mode fondamental
on trouve également les neutrons provenant des fissions
successives : à la n ième génération, les S0 neutrons initiaux ont 2.1 Importance des fuites de neutrons
k n S 0 descendants ; au total, la population est :
S 0 La loi de Fick (article Ralentissement et diffusion des neutrons
S0 ( 1 + k + … + n + … ) = ---------------
- [B 3 014] dans ce traité) traduit la proportionnalité du courant
1–k
neutronique J au gradient du flux neutronique Φ :
Cette propriété est utilisée pour faire diverger un réacteur : on
maintient le milieu sous-critique, en présence d’une source, en J = – D grad Φ
faisant tendre k vers 1 jusqu’à atteindre un niveau de flux neutro-
nique mesurable. avec D coefficient de diffusion.
Les fuites hors du milieu multiplicateur (intégrale du courant sur
■ Principe des réacteurs. Cycle des neutrons la surface extérieure) sont proportionnelles à la surface extérieure
Dans un milieu multiplicateur, la réaction en chaîne peut prati- et varient proportionnellement au niveau du flux : elles sont le
quement être obtenue : résultat d’une fonctionnelle linéaire appliquée au flux.
— soit en utilisant les grandes valeurs des sections efficaces Les taux de réaction sont également le résultat de l’application
dans le domaine thermique, mais à condition de savoir ralentir les d’une fonctionnelle linéaire appliquée au flux, qui est une intégrale
neutrons issus de la fission jusqu’aux énergies thermiques en leur sur le volume du milieu. Il apparaît donc que, dans le milieu, le
faisant franchir le domaine des résonances (figure 1) : c’est le cas rapport entre les fuites et les taux de réaction ne dépend pas du flux
des réacteurs à neutrons thermiques ; mais des dimensions du milieu et, plus précisément, varie inver-
— soit en utilisant directement les neutrons issus de la fission dans sement aux dimensions.
le domaine d’énergie où ils apparaissent, en évitant de les ralentir :
c’est le cas des réacteurs à neutrons rapides.
2.2 Taille critique
Si, dans un milieu multiplicateur, le nombre de neutrons produits
par fission est supérieur aux disparitions par absorption, il existe
une taille pour ce milieu telle que le taux de fuites compense exacte-
ment l’excédent de neutrons produits. On associe à cette taille une
masse critique dépendant bien entendu de la nature et de l’arrange-
ment des matériaux constituant le système. On appelle coefficient
de multiplication infini k ∞ le rapport entre les productions de
neutrons par source de fission et les disparitions par absorption.
Parallèlement à cette notion, le coefficient de multiplication
effectif k eff est le rapport des productions aux disparitions par
absorption et fuite : c’est le facteur de multiplication d’un milieu de
dimensions finies.
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et juxtaposés pour former un réseau répétitif. Eg – 1
d3 r dE Σ r , E ϕ r , E
g V Eg
Σ = -------------------------------------------------------------------------------------------------------
2.4 Représentation des taux de réaction
et de population neutronique. V
d3 r Eg – 1
Eg
dE ϕ r , E
Eg
dE ϕ r , E
le bilan neutronique, un terme supplémentaire apparaît, qui traduit
les disparitions par fuite. Il s’écrit :
D (E ) B 2
et Σ
g
i
1
= ---------------
Vi ϕ i
g
- Vi
d3r Eg – 1
Eg
dE Σ r , E ϕ r , E
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On définit le facteur de multiplication infini k ∞ comme le para- Le calcul simple de ce terme peut être effectué pour une cellule
mètre caractérisant l’aptitude d’un milieu à multiplier les neutrons. comportant deux milieux u et m. On retient les simplifications
C’est le rapport des taux de production aux taux d’absorption dans suivantes :
les différents milieux de la cellule. Ces taux de réaction intervenant — le taux de diffusion élastique sur les noyaux légers m est
dans la cellule sont calculés à l’aide des sections efficaces moyennes négligé en première approximation ;
définies précédemment. — les diffusions inélastiques sur les noyaux lourds u conduisent
Le facteur de multiplication infini k ∞ de la cellule est calculé par : toutes à une énergie inférieure au seuil de fission de 238U.
Dans le cas particulier des réacteurs à eau sous pression (REP),
k∞ = ε p f η (figure 3)
la grande compacité du réseau et la transparence de l’eau aux
neutrons rapides permettent de plus de supposer le réseau homo-
gène. Ce facteur ε, très sensible aux variations du rapport de modé-
3.1.1 Facteur de fission rapide ε ration V m / V u ( V m volume du modérateur et V u volume du
combustible) prend des valeurs relativement élevées, de l’ordre
On appelle facteur de fission rapide ε le rapport du nombre de de 1,07. Le tableau 1 présente les résultats du calcul de ce facteur
neutrons candidats au ralentissement au nombre de neutrons pour divers V m /V u . (0)
initialement issus de fissions provoquées par des neutrons ther-
miques, en milieu infini.
Ce facteur prend en compte les divers événements, dans le cycle Tableau 1 – Variations de , , p, f et k ∞
des neutrons, qui se passent dans le domaine des énergies en fonction du rapport V m / V u pour une cellule REP
supérieures au seuil de fission de 238U (énergie voisine de 0,8 MeV).
Le calcul de ε est fait à partir d’un neutron rapide initial issu de fission
(E = 2 MeV), dont on compte les descendants après chaque choc : V m /V u p f k∞
le taux de neutrons qui, en se ralentissant, franchissent le seuil de
0,8 MeV représente ε. 1 1,116 1,78 0,63 0,904 1,130
1,5 1,09 1,793 0,699 0,853 1,165
2 1,074 1,8 0,746 0,807 1,165
3 1,058 1,809 0,804 0,729 1,122
4 1,049 1,813 0,841 0,663 1,061 4
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V m /V u 1 1,5 2 3 4
I eff (barn) 25,4 26,7 27,7 28,8 29,4
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Pour un combustible en cours d’irradiation, on prendra en compte rieur à 1, on produit plus de matière fissile qu’on n’en consomme.
dans ce facteur la contribution de tous les noyaux apparus dans le Ce peut être le cas des réacteurs à neutrons rapides. On définit dans
combustible : isotopes du plutonium, produits de fission, etc. ce cas un facteur de surgénération S = C – 1.
3.2 Bilan neutronique sur le réacteur Figure 5 – Variation des différents facteurs
en fonction du rapport de modération pour une cellule REP
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Φ(r ) flux de neutrons, où Φ n ( r ) est appelée fonction propre, α étant une constante. Si E n
est de dimension supérieure à 1 (ce qui ne saurait être le cas pour
Σ a ( r ) section efficace macroscopique d’absorption, E 1 associé à la plus petite des valeurs propres λ1), on dit qu’il y a
dégénérescence. On montre également que deux fonctions propres
Σ f ( r ) section efficace macroscopique de fission, associées à deux valeurs propres différentes sont orthogonales :
ν
Φ
nombre moyen de neutrons émis par une fission,
D, Σ a et Σ f étant des quantités relatives à des neutrons monoénergé- n( r ) Φm ( r ) d 3 r = 0 si λn ≠ λm
V
tiques, ou, plus généralement, des moyennes sur l’ensemble de tout
le domaine d’énergie, par exemple :
et que seule la fonction Φ 1 ( r ) est partout positive à l’intérieur de V.
0
E0
Σ a ( E ) ϕ ( E ) dE
Σ a = ---------------------------------------------------------
Cette fonction Φ 1 ( r ) est appelée mode fondamental ; c’est la fonc-
tion propre associée à la plus petite des valeurs propres, appelée
E0
ϕ ( E ) dE valeur propre fondamentale ; les autres fonctions propres sont les
0 harmoniques. Physiquement, cette fonction propre fondamentale
est la seule qui puisse convenir, car toutes les autres fonctions
le spectre ϕ (E ) étant supposé connu, calculé préalablement. propres prennent des valeurs négatives ne pouvant représenter le
À l’équation du bilan, il convient d’associer des conditions aux flux de neutrons en régime permanent. Les harmoniques ont une
limites : existence transitoire, d’amplitude décroissante en fonction du
temps. Les valeurs propres étant positives, on pose usuellement
en général Φ ( r ) = 0 à la frontière extérieure du milieu étudié 2
B n = λ n , valeur propre associée au mode n.
(interface avec le vide) ;
On note souvent :
ou bien Φ(r ) = 0 à la frontière extrapolée ;
2 2
B g = B 1 la valeur propre fondamentale
ou encore J – ( r ) = 0 à la frontière extérieure (courant entrant
nul). et on l’appelle laplacien géométrique qui ne dépend que de la géo-
S’agissant d’un réacteur homogène nu, l’équation se réduit alors métrie du milieu étudié.
à:
– D ∆ Φ ( r ) + Σa Φ ( r ) = ν Σ f Φ ( r ) 4.1.3 Application à des géométries simples
soit encore : ■ Géométrie plane
D ∆ Φ ( r ) + ( ν Σf – Σa ) Φ ( r ) = 0 Soit une plaque d’épaisseur a, infinie dans les deux autres direc-
tions (figure 7a ).
avec les conditions aux limites Φ ( r ) = 0 à la frontière extérieure. L’équation définissant le flux se réduit à :
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avec j 0, 1 = 2,405.
2
Remarquons que L 2 B g représente le rapport entre fuites et
absorptions globales ; en effet :
Figure 7 – Fonctions propres de l’équation du flux
– D grad Φ ( r s ) ⋅ n d 2 r s = – D ∆ Φ ( r ) d3 r
S V
Les fonctions propres sont donc (à un facteur près) : représente les fuites.
Φn ( x ) = sin (n π x / a ), n entier positif Si le flux est le flux fondamental Φ 1 ( r ) :
2 2
Le laplacien géométrique est ici Bg = B = (π /a ) 2 et le mode 2
fondamental Φ 1 (x ) = sin ( π x / a ) .
1
D Bg Φ 1 ( r ) d3 r
V
Soit un cylindre de rayon R, infini axialement (figure 7b ).
Les fonctions propres sont définies par : Σa Φ1 ( r ) d 3 r
V
d 2 Φ 1 dΦ d’où :
- + ---- ---------- + λ Φ (r ) = 0
------------- 2 2
dr
2 r dr DB g / Σ a = L 2 B g
Φ (R) = 0
En milieu infini, le facteur de multiplication k ∞ est le rapport
entre la production par fission et l’absorption ayant conduit à cette
En outre, Φ (0) doit être fini, le flux ne pouvant tendre vers l’infini production.
en l’absence de sources autonomes.
En milieu fini, le facteur de multiplication effectif k eff est le rapport
C’est une équation de Bessel modifiée, d’ordre zéro, dont la solu- entre la production par fission et la somme de l’absorption et des
tion générale est : fuites,
Φ (r ) = A J 0 (Br ) + C Y 0 (Br )
soit :
avec B 2 = λ. ν Σf k∞
La condition Φ (0) fini impose C = 0. k eff = -----------------------------
- = ---------------------------
2
-
2
Σa + D B g 1 + L2 B g
La condition Φ (R ) = 0 impose J 0 (BR ) = 0, donc BR = j 0, k , k ième
zéro de la fonction de Bessel J 0 (x ). la condition critique traduisant simplement l’égalité k eff = 1.
D’où les fonctions propres :
Φn (r ) = J 0 ( j 0, n r /R )
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E g Σ ( E ) ϕ ( E ) dE
2
g –D 2 ∆ Φ 2 ( r ) + Σ a Φ 2 ( r ) = Σ 1 → 2 Φ 1 ( r )
Σ = ----------------------------------------------------------
Eg – 1
Les conditions aux limites sont :
ϕ ( E ) dE
Eg
Eg – 1 Eg ′ – 1 général très laborieuse, quand elle n’est pas franchement infaisable.
dE dE ′ Σ ( E → E ′ ) ϕ ( E ) Nous ne la présentons, à titre d’exemple, que dans le cas de la plaque
g→g′ Eg Eg ′ d’épaisseur a (§ 4.1.3) :
Σ = ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Eg – 1
ϕ ( E ) dE d 2Φ 1
– D 1 ---------------- 2
+ Σ 1Φ 1 ( x ) = ν Σ f Φ 2(x )
Eg
dx 2
et la proportion de neutrons de fission apparaissant dans le groupe : d2 Φ 2
– D 2 ---------------- + Σ 2 Φ 2 ( x ) = ν Σ R Φ 1( x )
dx 2
χg = Eg
Eg – 1
χ ( E ) dE
en posant Σ1 = Σ a + Σ
1 1→ 2
,Σ
2 2
= Σ a et Σ R = Σ
1→ 2
G
g′ équation que l’on peut mettre sous la forme :
— source de fission + χg ∑ ν Σ f ( r ) Φ g ′( r )
g′ = 1 d2 F
------------- + µ 2 F ( x ) = 0
dx 2
— apparition par transfert + ∑ Σ g ′ → g ( r ) Φ g ′( r )
d2 Φ 2
g ′≠ g avec F (x ) = ------------------ – λ 2 Φ 2 ( x )
dx 2
Soit, finalement, le système de G équations [une par groupe g ]
ou bien, ce qui est équivalent :
reliant les G fonctions inconnues Φ g ( r ) :
d 2G
--------------- – λ 2 G ( x ) = 0
– div D g ( r ) grad Φ g ( r ) + Σ a ( r ) Φ g ( r ) + ∑
g
Σ g → g ′( r ) Φ g( r ) dx 2
g′≠g d2 Φ 2
avec G ( x ) = ----------------- + µ 2 Φ 2 ( x )
G dx 2
g′
= χg ∑ ν Σf ( r ) Φ g ′( r )+ ∑ Σ g ′ → g( r ) Φ g ′( r )
où λ2 et µ 2 sont définis par :
g′=1 g′≠g
2
νΣf
------------
- --------- – 1 ------------------
R
Σ
ΣΣ
avec g = 1, ..., G ; D D 1 2
λ2 µ2 = 2 1 1 2
(> 0)
qui est un système homogène, donc qui n’admettra de solution que Σ Σ
si une condition de compatibilité est vérifiée entre les coefficients 1 2
(physiques) D g, Σ g, Σ g → g ′ , et les caractéristiques géométriques du Σ Σ
λ 2 – µ 2 = --------1- + --------2- (> 0)
milieu. Nous allons expliciter les solutions et la condition critique D D
dans un cas simple.
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Le mode fondamental est donc identique à celui que l’on avait teur d’épaisseur b, de part et d’autre du cœur, défini par :
obtenu en théorie à un groupe (§ 4.1.3) :
2 2
Φ 2 (x ) = A 2 sin (π x /a ) D r , Σ a , r , κ r = Σ a , r /D r ou L r = D r / Σ a, r
où A2 est une constante. En reportant dans l’une des équations du Le réflecteur est un milieu non multiplicateur, diffusant, faiblement
système de départ, on obtient : absorbant, placé en périphérie du cœur pour limiter les fuites de
neutrons vers l’extérieur, certains neutrons parmi ceux qui quittent
Φ 1 (x ) = A1 sin (π x /a ) le cœur étant renvoyés vers celui-ci après quelques chocs de dif-
Σ 2 + D 2 ( π /a ) 2 fusion.
avec A 1 = A 2 -------------------------------------------
-
ΣR
Par analogie au résultat obtenu en théorie à un groupe, on peut
2
encore appeler ici B g = ( π / a ) 2 laplacien géométrique et µ 2 lapla-
5.1 Flux en mode fondamental
cien matière, mais l’expression de ce dernier en fonction des
et condition critique
constantes physiques est ici bien plus compliquée.
Les équations définissant le flux (figure 8) sont :
4.2.2.2 Signification physique de certains coefficients
d 2 Φc
Dans le groupe thermique, on peut poser L 2 = D 2 / Σ 2, aire de dif- ----------------- + λ c Φc (x ) = 0 0 x a /2
fusion des neutrons thermiques. dx 2
Dans le groupe rapide, on peut poser : d2 Φ 2
----------------r- – κ r Φ r (x ) = 0 a /2 x ( a /2 ) + b
τ = D1/Σ1 dx 2
D1 1 Φc (a /2) = Φr (a /2)
en effet -------- = ----- < r 2 >
Σ1 6
d Φc d Φr
au sens où nous l’avons défini à l’article Ralentissement et diffusion
des neutrons [B 3 014]. C’est la définition de l’âge pour les neutrons
D c -------------
dx x = a/ 2
= D r ------------
dx x = a/ 2
en cours de ralentissement.
Si l’on observe la succession des générations de neutrons en
milieu infini, on établit, suivant un raisonnement identique à celui
a
Φ r ----- + b = 0
2
du paragraphe 4.1.4 que : k ∞, c – 1
2 avec λ c = ------------------------
- (les équations pour x < 0 se déduisent par
ν Σ f ΣR Lc
2
symétrie).
k ∞ = -------------
- ----------
Σ 2 Σ1 On peut vérifier qu’il n’y a pas de solution pour λ c 0 , ce qui
s’explique physiquement ainsi : le réflecteur limite les fuites de
En effet, k ∞ est le rapport entre les productions par fission neutrons, mais ne les réduit pas à zéro ; il n’y aura donc possibilité
2 1 2 d’avoir un système critique que si k ∞ , c > 1 ( λ c > 0), afin de
ν Σ f Φ 2 et les absorptions (dans les deux groupes) Σ a Φ 1 + Σ a Φ 2 .
compenser précisément ces fuites.
2
Or, en milieu infini, Σ aΦ 2 = Σ R Φ 1 , donc :
2 2 2
ν Σ f Φ2 ν Σ f Φ2 ν Σ ΣR
- = ------------
k ∞ = ---------------------------------------- - --------- = ------------f- ---------
-
1 1
Σa Φ + Σ Φ R 1 Σ 1 Φ1 Σ 1 Σ 2a
1
avec Σ 1 = Σ a + Σ R .
Enfin, si l’on effectue ce même raisonnement en milieu fini, mais
en supposant les flux Φ1 (x ) et Φ 2 (x ) établis suivant le mode fonda-
2
mental associé au laplacien B g , on obtient :
2
νΣf ΣR k∞
k eff = ------------------------------ ------------------------------- = -----------------------------------------------------------
1 + L 2 B g 1 + τ B g2
2 2
Σ 2 + D 2Bg Σ 1 + D 1B g 2
k∞ k∞
k eff ≈ ----------------------------------------2- = ----------------------------
-
Figure 8 – Flux de neutrons dans un réacteur homogène réfléchi
1 + τ + L2 B g
2 (géométrie plane)
1 + M 2B g
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Posons :
2
k ∞, c – 1
B c = λ c = -----------------------
2
-
Lc
a
Φ r (x ) = E sh κ r ----- + b – x
2
E et Φc (0) sont deux constantes à déterminer.
Les deux conditions dans l’équation du flux exprimant la continuité
du flux et du courant en x = a /2 deviennent :
Φc (0) cos (Bc a /2) = E sh κ r b
Φc (0) D c Bc sin (Bc a /2) = E D r κ r ch κ r b
La condition de compatibilité entre ces deux équations est la
condition critique :
D c Bc tan (Bc a /2) = D r κ r coth κ r b
On a également : Figure 9 – Représentation graphique de la condition critique
cos ( B c a /2 ) dans un réacteur homogène réfléchi
E = Φ c ( 0 ) ------------------------------------
sh κ r b
Cette condition critique peut être utilisée pour déterminer les Si, de plus, on suppose le cœur de grande dimension (de l’ordre
propriétés physiques du cœur rendant le système critique lorsque du mètre, de sorte que Bc < 10–2 cm–1), on pourra approcher
la géométrie est définie ou, au contraire, pour calculer l’épaisseur cotan B c δ par 1/B c δ. D’où l’expression approchée de δ, appelé
critique du cœur lorsque les propriétés physiques sont définies. économie de réflecteur :
Dans tous les cas, on trouve une infinité de solutions, la première Dc Dc
correspondant au mode fondamental, les autres aux harmoniques δ ≈ -------------- = --------------------------
-
Dr κ r D r Σ a, r
(figure 9).
Cette expression représente l’économie de matière fissile à investir
dans le cœur pour rendre le milieu critique ; elle est d’autant plus
5.2 Économie de réflecteur. importante que la section d’absorption du réflecteur est faible, ce
qui semble bien naturel ; à la limite, pour un réflecteur totalement
Réflecteur infini absorbant (noir), de section d’absorption infinie, l’économie est
nulle, aucun neutron ne pouvant revenir du réflecteur vers le cœur.
On peut comparer l’épaisseur critique a du cœur réfléchi à Par contre, le réflecteur est d’autant plus efficace que son coefficient
l’épaisseur a ’ du cœur nu. Posons a ’ = a + 2 δ (figure 8). On a alors de diffusion est plus petit ; si l’on se souvient (article Ralentissement
a ’ = π /B c . et diffusion des neutrons [B 3 014]) que le coefficient de diffusion
Par ailleurs : d’un milieu très faiblement absorbant est inversement proportionnel
Dr κ r à la section de diffusion Σs , ce résultat n’a rien de surprenant ; le
tan B c a / 2 = --------------- coth κ r b nombre de neutrons renvoyés vers le cœur croît lorsque la section
Dc Bc
de diffusion du réflecteur croît. Enfin, l’économie de réflecteur est
Remarquons que l’on peut assimiler coth κ r b à 1 dès que κ r b >1 proportionnelle au coefficient de diffusion du cœur ; la façon la plus
ou 2, le réflecteur étant alors assimilable à un réflecteur infini (c’est simple de commenter cette constatation consiste à considérer le
le cas d’un réflecteur d’eau ordinaire dès que son épaisseur dépasse
courant à la frontière du cœur : – D c grad Φ c proportionnel à D c ;
15 à 20 cm).
l’économie est d’autant plus importante que le courant, donc les
π
fuites, sont plus importantes.
tan B c a / 2 = tan B c a′ – 2 δ / 2 = tan ----- – B c δ
2
= cotan B c δ
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1
Φ c ( x ) = D cos µ x + E ch λ x
Pt = P ( r ) d 3r
Vc 2
Φ c ( x ) = F cos µ x + G ch λ x
= V c P moy
= V c P max / γ où µ 2 et λ2 sont définis comme au paragraphe 4.2.2.
1 2
En reportant Φ c et Φ c dans les équations dans le cœur, on a deux
avec γ = P max / P moy facteur de forme (P max puissance maximale,
P moy puissance moyenne). relations homogènes entre D, E, F et G ; puis, en écrivant l’égalité
des flux et des courants dans chaque groupe en x = a /2, on définit
La présence du réflecteur réduit le facteur de forme γ dans le cœur quatre relations homogènes entre A, C, D, E, F et G. La condition
(c’est-à-dire le flux, la puissance sont plus plats ). critique est la condition de compatibilité de ce système. L’intérêt
En géométrie plane : réside surtout dans la forme du flux telle qu’elle est représentée sur
— pour un réacteur nu : la figure 10.
Le flux rapide décroît très rapidement au voisinage du réflecteur
a′ π
γ nu = ----------------------------------------------------- = ----- (constitué d’un corps léger ralentisseur) ; on a porté en tireté l’extra-
a′
sin ( π x / a ′ ) d x
0
2 polation du seul terme en cos µ x, la différence, le terme en ch λx ,
étant liée à l’effet du réflecteur. Au contraire, le flux thermique croît
au voisinage du réflecteur où il présente un pic prononcé, dû à la
— pour un réacteur réfléchi : source abondante que représentent les neutrons rapides ralentis.
a Si l’on admet que la puissance, proportionnelle à Σ f Φ, compte
γ réfl = -----------------------------------------------------------
+a / 2
tenu de la valeur élevée des sections efficaces dans le domaine
cos ( π x /a ′ ) d x thermique, a une répartition spatiale proche de celle du flux
–a / 2 thermique, on constate que le réflecteur apporte une contribution
à l’aplatissement beaucoup plus importante que ne le laissait sup-
πa 1 π (1 – 2 δ / a ′ ) π
= --------- ---------------------------- = --------------------------------------- < γ nu = ----- poser la seule théorie à un groupe.
a′ πa 2 cos ( π δ / a ′ ) 2
2 sin -----------
2a ′
π Dans un réacteur à uranium naturel, plus de 90 % de la puis-
avec a′ = -------- . sance provient des fissions thermiques ; dans un réacteur à eau
Bc ordinaire, bien que cette proportion se réduise à 70 ou 75 %, notre
constatation reste encore vraie.
5.4 Résultats en théorie à deux groupes
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6.1 Temps de vie des neutrons Dans l’hypothèse du ralentissement continu, hypothèse de Fermi,
on peut relier le temps de ralentissement aux caractéristiques phy-
La population neutronique, dans un milieu non critique où le fac- siques du milieu, ce qui permet d’en déduire un ordre de grandeur.
teur de multiplication est k et le temps de vie des neutrons 0 , évolue Pendant l’intervalle de temps dt, le neutron parcourt la distance
suivant la loi exponentielle n ( t ) = n ( 0) exp [ ( k – 1 ) t / 0 ] (§ 1). dx = v dt, et sa probabilité de choc est Σ s dx = Σ sv d t. Le gain moyen
de léthargie au cours d’un choc étant ξ (article Ralentissement et
Le but de la cinétique est d’étudier plus précisément cette évolu- diffusion des neutrons [B 3 014]), on en déduit :
tion en fonction du temps, d’en déterminer les paramètres
principaux : temps de vie des neutrons prompts (émis instantané- du = ξ Σ s v d t
ment), caractéristiques des neutrons différés (ou neutrons retardés), or d u = – d E / E = – 2 d v /v
influence de la répartition spatiale, etc. Cette dernière étude,
cinétique spatiale, relève d’ouvrages spécialisés (références biblio- Donc, en moyenne, pour passer de la vitesse v 0 à la vitesse v 1 < v 0 ,
graphiques en fin d’article) ; nous nous en tiendrons à l’étude de la il lui faudra un intervalle de temps ∆t (v 0 , v 1) :
cinétique ponctuelle, approximation dans laquelle l’ensemble de la
population neutronique évolue en tout point du milieu étudié suivant
une même loi en fonction du temps (c’est-à-dire que les variables ∆t ( v 0 , v 1 ) = v0
v1
2 dv
ξ Σ sv 2
2
ξ Σ s v1 v 0
1 1
– ------------------- = ------------- ------- – -------
r et t, espace et temps, sont supposées séparables).
Exemple
Dans les réacteurs à neutrons thermiques, le temps de ralentis-
6.1.1 Temps de vie des neutrons thermiques sement est très inférieur au temps de diffusion dans le domaine ther-
en milieu infini mique (10– 4 à 10–3 s).
On retiendra que le temps de vie total des neutrons dans un réacteur
On assimile l’ensemble des neutrons thermiques à des neutrons à neutrons thermiques est essentiellement lié au temps de diffusion des
monocinétiques de vitesse v. Au cours de ses parcours successifs neutrons, et qu’il est de l’ordre de quelques 10– 4 s, dans le cas d’un
entre chocs de diffusion, et jusqu’à ce qu’il soit finalement absorbé, réacteur à eau, de quelques 10–3 s ou 10–2 s, dans le cas d’un réacteur
le neutron parcourt en moyenne une distance λ a = 1/ Σ a (où Σ a est à eau lourde.
la section macroscopique d’absorption, à la vitesse v ). Le temps de On notera également que, dans les réacteurs à neutrons rapides, le
vie 0 est donc le temps mis pour effectuer ce parcours, soit en temps de vie des neutrons est extrêmement bref (quelques 10–5
moyenne 1/(Σ av ). à 10– 4 s).
Sachant que la plupart des sections efficaces dans le domaine ther-
Rappelons que, si ce temps de vie était l’intervalle de temps
mique suivent des lois voisines de 1/v, on peut estimer ce temps
séparant deux générations successives (en moyenne), il n’y aurait
0 0
de vie à 1/ Σ a v 0 , où v 0 = 2 200 m/ s et où Σa est la section macros- pas de contrôle possible des réacteurs nucléaires.
copique à 2 200 m/s.
Exemple 6.1.4 Neutrons prompts et différés
Dans les modérateurs usuels, on a :
En fait, au cours de la fission, la plupart des neutrons, mais pas
1/ Σ a v 0 ≈ 1,3 × 10 –2 s
0 0
C (graphite) Σ a = 0,36 × 10 –3 cm –1 tous, sont émis instantanément, ce sont les neutrons prompts. Les
autres, en très petit nombre, résultent de la décroissance radioactive
D2 O
0
Σ a = 0,75 × 10 –4 cm –1
0
1/ Σ a v 0 ≈ 6,1 × 10 –2 s de certains fragments de fission, et sont donc émis avec un certain
retard, ce sont les neutrons différés (ou neutrons retardés ).
1/ Σ a v 0 ≈ 2,7 × 10 –4 s
0 0
H2 O Σ a = 0,17 × 10 –1 cm –1
On distingue plusieurs familles i, généralement six, de nucléides
Dans un réacteur à uranium naturel (graphite ou eau lourde), le temps radioactifs, appelés précurseurs, émettant ces neutrons différés avec
de diffusion thermique est de l’ordre de quelques 10–3 à 10–2 s. Dans une période d’émission λi qui n’est autre que leur période de
un réacteur à eau ordinaire, il est beaucoup plus faible, de l’ordre décroissance radioactive. Chaque famille (ou groupe) de neutrons
de 10–4 s. retardés est donc caractérisée par :
— la période λi de décroissance radioactive du précurseur i ;
— la proportion βi des neutrons émis dans le groupe i, rapport
6.1.2 temps de vie des neutrons thermiques entre le nombre de neutrons émis dans ce groupe et le nombre
en milieu fini total de neutrons émis par fission.
Les valeurs de λ i et β i dépendent du nucléide qui a subi la
Le rapport entre le taux de fuite et le taux d’absorption en milieu fission [17].
2
fini homogène est L 2 B g , avec L2 aire de diffusion thermique et Exemple : retenons que l’ensemble des neutrons retardés repré-
2 sente 300 × 10– 5 à 800 × 10– 5 de l’ensemble des neutrons issus de
B g laplacien géométrique. fission dans un réacteur :
Le temps de vie des neutrons thermiques en milieu fini est inférieur 6
∑ β i ≈ 250 × 10 – 5 pour Pu
au temps de vie en milieu infini, le rapport entre les deux temps de 239
β=
vie étant le rapport qui existe entre les taux de disparition, en milieux 235
2
i=1
650 × 10 – 5 pour U
fini et infini, soit 1/ ( 1 + L 2 B g ) .
238
1 500 × 10 –5 pour U
Le temps de vie des neutrons thermiques en milieu fini est donc
égal à :
1 1
= ------------ -------------------------
-
Σ av 1 + L 2 B 2
g
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k∞
Le temps moyen séparant deux générations successives de et le facteur k eff = ----------------------------
2
-
neutrons sera alors : 1 + M 2Bg
6
λi Ci
6
1 ∂Φ
= ( 1 – β ) ∑ + ------- β i
λi k eff ( 1 – β ) – 1 Φ + ∑ - = ---------
------------------------------------------
∂t
a g
2 2
i=1 i=1 Σ 1 + M B
le premier terme représentant la contribution des (1 – β ) neutrons Chaque précurseur i est caractérisé par sa concentration C i qui
prompts, les termes de la sommation représentant les contributions obéit à l’équation d’évolution :
des neutrons différés (en supposant qu’ils ont le même temps de
vie dans le réacteur que les neutrons prompts, ce qui est tout à ∂C
fait acceptable). ----------i- = – λ i C i + β i k ∞ Σ a Φ
∂t
On peut définir une période moyenne λ pour l’ensemble des
neutrons différés telle que :
6.2.2 Établissement de l’équation de Nordheim
β
6
βi
----- =
λ ∑ ------
λi
- ( de l′ordre de 0,1 s )
L’hypothèse que le flux est établi suivant le mode fondamental
i=1
n’a de sens que si l’on suppose les variables r et t séparées,
donc = + β/λ c’est-à-dire si, comme on l’a dit au paragraphe 6.1, la population
neutronique évolue en tout point en suivant une même loi en fonc-
tion du temps.
6.2 Équation de Nordheim On cherche des solutions de la forme :
(cinétique ponctuelle)
Φ ( r , t ) = Φ 0 ( r ) exp ( ω t )
6.2.1 Équations générales les concentrations des précurseurs suivant alors une même loi :
L’équation de la diffusion dépendante du temps s’écrit dans le cas
C i ( r , t ) = C i 0 ( r ) exp ( ω t )
du réacteur homogène :
1 ∂Φ En reportant dans l’équation de la concentration ∂ C i / ∂ t (§ 6.2.1),
D ∆ Φ + ( k ∞ – 1 ) Σ a Φ = ----- --------- on obtient :
v ∂t
( ω + λ i ) C i 0 = β i k∞ Σ a Φ0
avec Φ ( r , t ) .
Cette équation traduit simplement le déséquilibre du bilan entre et dans l’équation du facteur k eff :
apparitions par fission k ∞ Σ a Φ et disparitions par fuite et par absor-
ption D ∆Φ – Σ a Φ lorsque le régime n’est pas stationnaire, avec : 6
λi Ci 0
k eff ( 1 – β ) – 1 Φ 0 + ∑ - = ωΦ 0
-----------------------------------------
i = 1 Σ a 1 + M B g
1 ∂Φ ∂N 2 2
----- --------- = ---------- ( dérivée de la densité )
v ∂t ∂t
soit encore :
Séparons, dans le terme d’apparition par fission, la contribution 6
β i λi
des neutrons prompts k ∞ (1 – β ) Σ a Φ de celle des neutrons
retardés :
k eff ( 1 – β ) – 1 + ∑ -----------------
ω + λ i eff
-k = ω
i=1
6 Posant ρ = (k eff – 1)/k eff , appelé réactivité, on obtient :
∑ λi C i
i=1
ω 1
6
βi ω
avec C i ( r , t ) concentration du précurseur i .
ρ = ------------------- + -------------------
1 + ω 1 + ω ∑ -----------------
ω + λi
-
i=1
Posant M 2 = D / Σ a , aire de migration , et supposant le flux qui est l’équation de Nordheim (ou équation in-hour ) reliant la réac-
tivité ρ à la période T = 1/ω (figure 11a ).
Φ ( r , t ) établi suivant le mode fondamental dans le milieu étudié,
2
c’est-à-dire ∆ Φ + B g Φ = 0 , on peut écrire :
■ On trouve dans de nombreux ouvrages une formulation
6 équivalente, obtenue en posant * = /k eff , appelé temps de vie
λi C i 1 ∂Φ modifié ; * serait le temps de vie dans le réacteur rendu critique
∑
2
[k ∞ ( 1 – β ) – M 2 B g – 1 ] Φ + - = ------------ ---------
------------
Σa v Σa ∂ t (figure 11b ) :
i=1
6
βi ω
soit, en posant le temps de vie des neutrons prompts : ρ = * ω + ∑ ------------------
ω + λi
i=1
1
0 = ------------ en milieu infini
v Σa Cette dernière formulation permet de mettre en évidence, plus
simplement que la précédente, certains effets physiques.
1
= --------------------------------------------- en milieu fini ■ La réactivité ρ est une quantité sans dimension exprimée géné-
v Σa 1 + M 2 B g
2
ralement en pcm (pour cent mille = 10–5 ). On l’exprime parfois en
dollars (ρ = 1 $ si ρ = β ), ou en cents (ρ = β /100), unité toute rela-
tive puisque β change d’un réacteur à l’autre, et même d’un
instant de sa vie à l’autre.
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∑ C i 0 γ i, j = β i k ∞ Σ a Φ 0
7
αj
∑ ------------------
ω j + λi
- 1 – ( 1 – β ) k eff
+ --------------------------------------- 1 – exp ----------------------------------------- t
j=1 j=1
Donc si ρ β , ce qui équivaut à k eff (1 – β ) ≈ 1 – β, Φ (t ) varie
βi
= --------- k ∞ Σ a 0 Φ 0 très rapidement, / [ 1 – ( 1 – β )k eff ] étant la période des neutrons
λi prompts, et tend vers la limite :
7 αj k ∞ Σ a 0 1 β (1 – ρ)
d’où ∑ ------------------
- = ------------------------- ------- ( i = 1 à 6) Φ lim = -------------------------- Φ ( 0 )
β–ρ
j=1
ω +λ j i k ∞ Σ a λ i
7
en un temps très court ( 0,2 s ) .
et ∑ αj = 1 ■ Cas des grandes réactivités
j=1 Si, au contraire du cas précédent, on considère une réactivité ρ > β,
Le comportement du flux, dans le cas d’une injection de réacti- le terme (1 – β ) k eff = (1 – β ) / (1 – ρ ) est supérieur à 1, et la divergence
vité, est représenté sur la figure 13. de la réaction en chaîne est assurée à l’aide des seuls neutrons
prompts ; elle est alors très rapide et le réacteur est incontrôlable.
On peut en prendre conscience en considérant la courbe repré-
sentative de la figure 11b, la racine positive ω 1 = 1/T1 croissant très
rapidement dès que ρ > β.
β ρλ t 0
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1 ∂k eff 1 ∂ε 1 ∂η 1 ∂p 1 ∂f
----------- --------------
- = ------ ---------- + ------ ----------- + ------- ---------- + ----- ----------
k eff ∂T ε ∂T η ∂T p ∂T f ∂T
∂τ 1 ∂L2 ∂B 2
L2 B 2 L2
- ------------ – τ + -------------------------- --------------
– B 2 ----------- – -------------------------- --------
∂T 1+L B 2 2 L 2 ∂ T 1+L B 2 2 ∂T
l’élargissement des résonances dans le combustible ; Son ordre de grandeur dans les réacteurs usuels varie de – 1
— l’effet de température et de densité du modérateur (qui ne joue à – 3 pcm · K–1(– 1 × 10–5 à – 3 × 10–5 K–1).
que dans le cas des réacteurs à neutrons thermiques à modérateur C’est, en particulier, l’effet Doppler qui limitera les conséquences
liquide) ; d’un accident d’excursion de puissance, en rendant rapidement le
— l’effet lié au spectre thermique des neutrons (qui ne concerne milieu sous-critique après une divergence intempestive.
que les réacteurs à neutrons thermiques) ;
En pratique, dans les réacteurs, cet effet est interprété comme effet
— les effets de géométrie, liés à la dilatation des matériaux (autres
de puissance, la température du combustible à un instant donné
que les modérateurs liquides, qui concernent surtout les réacteurs
étant liée biunivoquement à la puissance (dans des conditions
à neutrons rapides).
normales de fonctionnement).
D’une manière générale, relativement à la variable T, on a, par
Son calcul relativement à l’ensemble du cœur est complexe
dérivation de la formule des quatre facteurs :
puisque, pendant le fonctionnement, la température du combustible
varie d’un point à l’autre, d’un élément combustible à un autre. Aussi
exp – τ B 2
k eff = εη pf --------------------------------- définit-on une température effective Teff globale sur l’ensemble du
1 + L2 B 2 cœur, telle que l’effet Doppler global serait inchangé si tout le
combustible était uniformément à Teff . (Le calcul de T eff est trop
complexe pour être exposé ici).
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7.2 Effet de température du modérateur Remarque : pour un réacteur à eau ordinaire, on s’arrangera
toujours pour se trouver dans ce cas, le réacteur étant alors natu-
Les effets de dilatation des milieux solides seront abordés au rellement stable relativement à l’effet de densité du modérateur.
paragraphe 7.4. Nous nous restreignons ici aux effets de densité du
modérateur, lorsque celui-ci est liquide (H2O ou D2O), sans oublier Si, au contraire, aux conditions nominales de fonctionnement, le
que ces effets seront toujours accompagnés d’une variation cœur est surmodéré, Vm /Vu est supérieur à sa valeur optimale, alors
des propriétés thermalisantes du milieu, donc d’une variation du l’effet de densité du modérateur sera un effet déstabilisant.
spectre thermique, dont nous étudierons les conséquences au
paragraphe 7.3.
Remarque : l’effet de vide lié à l’ébullition du modérateur
Nous passons en revue l’effet de la variation de densité du modé-
lorsque la température devient supérieure à le température de
rateur sur les différents facteurs intervenant dans k eff .
saturation peut être assimilé à un effet de densité.
■ Effet sur ε : négligeable en général, cet effet ne fait que modifier
l’interaction entre crayons combustibles, le modérateur étant
d’autant plus transparent que la température est plus élevée.
7.3 Effet lié au spectre thermique
■ Effet sur η : la densité du modérateur n’intervient pas dans η qui
ne dépend que des sections efficaces moyennes du combustible ; Remarquons tout de suite que les variations du spectre thermique,
par contre, nous verrons au paragraphe 7.3 les effets de spectre qui pour quelque cause que ce soit, sont sans effet sur ε, p ou τ .
y sont liés.
Remarquons également que les variations de spectre n’inter-
■ Effet sur p : la densité du modérateur ρ m joue sur ξ Σ s,m et sur viendront que par l’intermédiaire des sections efficaces moyennes
hét. hét. dans le domaine thermique (avec E * énergie supérieure du domaine
I eff . Il ne faut pas confondre cet effet sur I eff avec l’effet Doppler, thermique) :
la variation de densité du modérateur n’ayant pour conséquence
E*
qu’une variation du second ordre de l’autoprotection, par rapport à σ (E ) ϕ ( E ) d E
l’effet du pouvoir ralentisseur caractérisé par ξ Σ s,m . En première 0
σ = -----------------------------------------------------
approximation, on peut se limiter à :
∂ ξΣ s,m
E*
ϕ ( E )dE
0
1 ∂p 1
1
------- ---------- = ln -----
-
p ----------------- --------------------------
p ∂T ξΣ s,m ∂T soit encore, avec v (E ) vitesse des neutrons d’énergie cinétique E :
1 ∂ ρm
1
ln -----p- --------- ------------- < 0
E*
= E* 1
ρ ∂T σ ( E ) v ( E )n ( E )dE -------------- ϕ ( E ) dE
m
0 0 v (E )
σ =
--------------------------------------------------------------------
- -------------------------------------------------------
E* E*
■ Effet sur f : la densité du modérateur intervient dans le facteur de n ( E ) dE ϕ ( E ) dE
hét. 0 0
désavantage ϕ m /ϕ u (comme dans I eff ), mais de façon bien moins
importante que dans le terme Σ a,m du modérateur. le premier facteur est la valeur moyenne de σ v pondérée par la
densité neutronique, le second la valeur moyenne de 1/v pondérée
Au premier ordre, on pourra écrire : par le flux neutronique, cette valeur étant une caractéristique du
spectre ; lorsque la température du milieu s’élève, l’énergie d’agi-
1 ∂f 1
∂ ---- 1 –1
f
----- ---------- = – ( 1 – f ) ---------------- ----------------------------
tation thermique des noyaux constituant le modérateur augmente,
et le spectre des neutrons thermiques se déplace vers des énergies
f ∂T 1 ∂T plus élevées, la valeur moyenne 1/v diminuant ; on dit alors que
---- – 1
f le spectre thermique se durcit. Au contraire, si la température décroît,
1 ∂ Σ a,m 1 ∂ ρm
= – ( 1 – f ) ----------- ----------------- = – ( 1 – f ) ---------- ------------- > 0 le spectre devient moins dur, 1/ v augmente.
Σ a,m ∂ T ρm ∂ T
On aura donc deux types d’effets liés au spectre :
— les effets dus à la décroissance des sections moyennes lorsque
■ Effet sur les fuites ( et L2 ) : qualitativement, lorsque la densité
le spectre se durcit ;
du modérateur diminue, le libre parcours moyen des neutrons
— les effets dus au fait que, les sections efficaces σ (E ) ne suivant
augmente et les fuites augmentent, ce qui apporte une contribution
pas toutes strictement une loi en 1/v (E ), la moyenne < σ v > sur la
stabilisante, faible en général, les réacteurs industriels étant de
densité ne sera pas constante.
grandes dimensions, mais qui devient importante dans les réacteurs
de petite taille (réacteurs expérimentaux ou réacteurs de propulsion ■ Effets sur : puisque η = ν Σ fu / Σ au , seuls les effets liés aux
navale, par exemple). écarts par rapport à une loi en 1/v interviendront.
■ Effet global sur k ∞ : somme principalement des effets sur p et f qui Pour 235U pur, la section de fission décroissant plus vite que la
sont de signes contraires, l’effet global sur k ∞ ne saurait être calculé section d’absorption, cet effet sera stabilisant. Au contraire, pour
par la somme de contributions évaluées au premier ordre. Par contre, 239Pu pur, la section de fission croissant plus vite que la section
on peut prévoir son signe en examinant les courbes de variation de p, d’absorption, cet effet sera déstabilisant (figure 14).
f et k ∞ avec Vm /Vu . Si, aux conditions nominales de fonctionnement, Dans le cas usuel d’un combustible à uranium (naturel ou enrichi),
le rapport de modération Vm /Vu est inférieur à sa valeur optimale la section de fission de 235U décroissant plus vite que la section
(k ∞ maximal ), une diminution de la densité du modérateur (qui a le d’absorption de 238U (qui est en 1/v ), l’effet de spectre sur η est
même effet qu’une réduction de Vm à densité constante) entraînera stabilisant ; remarquons que, l’usure du combustible conduisant à
une diminution de k ∞ , et l’on aura : la formation de 239Pu, l’effet stabilisant tend à disparaître et peut
devenir déstabilisant dans le cas où la concentration de 239 Pu
1 ∂k ∞ deviendrait supérieure à celle de 235 U (cas du recyclage du
--------- -------------- < 0
k ∞ ∂T plutonium, par exemple).
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dN i i
Dans le cas d’un cœur constitué par la juxtaposition de milieux ----------- = – N i ( t ) σ a ( t ) Φ ( t ) – λ i N i ( t )
solides, la quantité totale de matière restant constante, les dimen- dt j
– 1/ 3
+ N j ( t ) σ c ( t ) Φ ( t ) + λk N k ( t )
sions du cœur varient comme M v (Mv étant la masse volumique),
–1 où l’indice supérieur j désigne le nucléide qui, par capture neutro-
alors que les libres parcours moyens varient comme M v . Il en
2/ 3
nique, conduit au nucléide i ; k désigne le nucléide qui, par décrois-
résulte que le laplacien géométrique varie comme Mv , alors que sance radioactive, conduit au nucléide i,
–2
τ et varient comme
L2 Mv , donc que les fuites augmentent lorsque avec N i concentration du nucléide i,
j j
la température augmente. Cet effet, en général négligeable, n’a σ a ( t ) et σ c ( t ) respectivement sections efficaces micro-
d’importance que pour les réacteurs à neutrons rapides où il est accru scopiques moyennes (sur tout le spectre) d’absorption
par l’effet de gerbage du cœur (les assemblages sont fixés au et de capture du nucléide j,
sommier et, sous l’effet des contraintes thermiques, leurs parties Φ (t ) flux total, intégré sur tout le spectre.
hautes –têtes– ont tendance à s’écarter les unes des autres) et par
l’effet lié à la densité du réfrigérant, généralement du sodium liquide.
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τ = Φ0
t
( t ′ )dt ′
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8.2.3.1 Équations d’évolution du xénon Remarquons également que I∞ est proportionnel à la puissance
Σ f Φ, alors que X ∞ dépend de la puissance Σ f Φ et du flux lui-même
Les équations correspondant à la figure 19 s’écrivent, en se
(figure 20b ).
limitant à l’iode 135 et au xénon 135 qui sont les seuls nucléides
importants :
dI
--------- = γ I Σ f Φ – λ I I
dt
dX
---------- = γ X Σ f Φ + λ I I – σ X Φ X – λ X X
dt
La résolution de ce système est particulièrement intéressante
dans deux cas particuliers :
— démarrage du réacteur (Φ = 0 pour t 0 , et Φ = Cte pour t > 0,
en supposant le spectre constant) ;
— arrêt du réacteur après une marche stable (Φ = Cte pour t 0 ,
et Φ = 0 pour t > 0).
■ Démarrage : Φ = 0 pour t 0 , I (0) = 0, X (0) = 0.
La résolution conduit à (figure 20a ) :
γ I Σ fΦ
I ( t ) = --------------------- 1 – exp ( – λ I t )
λI
γ I + γX
X ( t ) = Σ f Φ ---------------------------- 1 – exp – ( λ X + σ X Φ )t
λ X + σX Φ
γI
- exp ( – λ I t ) – exp – λ X + σ X Φ t
– --------------------------------------
λX + σX Φ – λ I
Il faut remarquer que l’iode comme le xénon tendent rapide-
ment vers leurs concentrations d’équilibre ( I∞ et X ∞ ) dont les
valeurs sont déductibles sans résolution des équations
différentielles :
γ I Σf Φ
I ∞ = ---------------------
λ I
γ I + γ X Σ f Φ
X ∞ = ---------------------------------------
λ X + σX Φ
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soit encore :
γ I+ γX
X ( t ) = Σ f Φ ---------------------------- exp ( – λ X t )
λX + σX Φ
γI
+ ---------------------- exp ( – λ X t ) – exp ( – λ I t )
λ I – λX
γP ΣfΦ
P ( t ) = ----------------------- 1 – exp ( – λ P t )
λP
■ Arrêt : Φ = Cte pour t 0 , P (0) = P∞ , S (0) = S ∞ .
1
S ( t ) = γ P Σ f Φ -------------- 1 – exp ( – σ S Φ t ) On a alors (figure 22b ) :
σS Φ
1
– --------------------------- exp ( – λ P t ) – exp ( – σ S Φ t ) γP Σ f Φ
σS Φ – λ P P ( t ) = P ∞ exp ( – λ P t ) = ---------------------- exp ( – λ P t )
λP
Comme dans le cas du xénon, on tend vers une situation d’équi- S ( t ) = S ∞ + P ∞ 1 – exp ( – λ P t )
libre définie par : γP Σf γP Σ f Φ
- + ---------------------- 1 – exp ( – λ P t )
= -----------------
γP Σ f Φ σS λP
P ∞ = ----------------------- (proportionnel à Σ f Φ, donc à la puissance)
λP
γP Σ f
S ∞ = ----------------- (indépendant du flux, croissant avec l′enrichis-
σS
sement, comme Σ f )
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1 ∂f 1 ∂ ρm
----- ---------- = ( 1 – f ) ---------- -------------
-
f ∂T ρ m ∂T
1 ∂f
----- --------- = + 50 pcm ⋅ K –1 en l ′ absence de barres
f ∂T
1 ∂f
----- --------- = + 40 pcm ⋅ K –1 en présence de barres dont 11. Phénomènes spatiaux.
f ∂T l ′ efficacité serait de 10 000 pcm
Gestion en pile
du combustible
10.2.3 Influence du poison soluble
11.1 Aplatissement de la distribution
Le seul effet des poisons solubles concerne le terme (1 /f ) ∂ f / ∂T.
de puissance
Lorsque la température du modérateur croît, la densité du modé-
rateur et la densité du poison soluble décroissent ; la diminution des
Nécessité de l’aplatissement : on cherche toujours à améliorer
captures parasites est donc plus importante, et l’accroissement
l’aplatissement, à réduire le facteur de forme, rapport de la puissance
relatif de f est plus grand.
locale maximale à la puissance moyenne ; en effet, les contraintes
Le poison soluble accentue le caractère déstabilisant de l’effet de technologiques, thermiques et la sûreté limitent la puissance locale
densité de modérateur relatif à f. Les variations de (1 /f ) ∂ f / ∂T [donc d’un élément combustible donné (marge par rapport à la fusion,
de (1/ k ) ∂ k / ∂ T ] sont importantes : de l’ordre de grandeur tenue des matériaux – de gainage en particulier –, capacité de
de + 2 pcm · K –1 par millier de pcm de poison soluble. refroidissement, etc.) ; plus le facteur de forme sera petit (voisin
de 1), plus la puissance moyenne pourra être élevée, donc, à puis-
sance totale fixée pour l’installation, plus faible sera l’investissement.
10.3 Effet de spectre Influence de l’épuisement : dans un cœur initialement homogène,
la puissance, comme le flux, est maximale au centre et décroît quand
on s’en éloigne. Il en résulte une usure plus rapide du combustible
Rappelons que cet effet (§ 7.3) ne concerne que les facteurs f, η situé dans la région centrale, donc une diminution de k ∞ plus
de L2. prononcée au centre qu’en périphérie. La répartition spatiale de puis-
sance a donc tendance à s’aplatir, voire à se creuser au centre et,
L’évolution de la composition isotopique du combustible, et en à puissance totale constante, à croître en périphérie (figure 25). Cette
particulier l’importance croissante du plutonium au cours de remarque s’applique aussi bien à toute région homogène d’un cœur ;
l’irradiation (pour un combustible initial à uranium, naturel ou si la répartition de puissance n’est pas uniforme dans une région
enrichi), entraînent une croissance du terme (1/ η )∂ η / ∂T, négatif en initialement homogène, l’usure plus importante de la zone soumise
début de vie, qui tend à s’annuler, voire à devenir positif au cours au flux le plus élevé tend à aplatir la répartition spatiale au cours
de l’évolution. du temps.
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0
k ∞ ( τ ) dτ
11.2 Gestion en pile du combustible Dans le cas d’un combustible à uranium enrichi, pour lequel on
peut faire l’approximation que k ∞ (τ ) est linéaire en fonction de τ
(une fois atteint l’équilibre xénon, § 8.2.3), on remarque que :
■ Optimisation du taux de combustion de rejet : pour un projet de
réacteur donné, une fois fixées les dimensions et la puissance totale k ∞ = k ∞ ( τ max /2 )
de l’installation (puissance du groupe turboalternateur, par
exemple), la puissance moyenne du cœur est fixée, ainsi que, pour
Dans ce cas, le taux de combustion de déchargement τ max est le
une technologie donnée de combustible, la puissance maximale
double du taux de combustion qui rendrait le cœur juste critique si
locale et le facteur de forme maximal. Alors, il reste à optimiser l’uti-
le combustible était brûlé uniformément. Cette constatation laisse
lisation du combustible, c’est-à-dire à rendre maximal le taux de
bien apparaître toute l’importance de la gestion en pile du
combustion de déchargement pour un investissement donné de
combustible.
matière fissile (enrichissement, par exemple).
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Différents modes de gestion en pile : — Chargement extérieur (en anglais out in) : dans ce cas, au
— Irradiation en bloc (en anglais batch irradiation) : le cœur étant contraire, le combustible neuf est introduit à la périphérie du cœur,
chargé, on le laisse fonctionner jusqu’à épuisement de la réactivité, puis progressivement amené vers le centre d’où il est déchargé à
puis on décharge tout le combustible pour le remplacer par un son taux de combustion maximal. Si l’utilisation neutronique n’est
chargement neuf. Cette méthode n’est pas particulièrement pas la meilleure possible, une telle gestion du combustible est
économique, le taux de combustion moyen de déchargement étant, malgré tout fréquemment employée, puisqu’elle permet d’aplatir la
à combustible donné, environ la moitié de celui auquel conduirait répartition spatiale de puissance (gain de l’ordre de 15 % sur le
la circulation idéale. C’est cependant ce que l’on fait pour certains facteur de forme radial d’un REP, par exemple, par rapport à une
réacteurs de petite taille, en particulier pour la propulsion des sous- répartition uniforme du combustible).
marins, pour lesquels l’indisponibilité liée à un rechargement est — Chargement croisé (en anglais push through ; utilisable et
considérée comme trop pénalisante en regard de l’économie utilisé pour des réacteurs à tubes de force, comme les réacteurs à
potentielle de combustible. eau lourde) : on charge les cartouches de combustible neuf à l’extré-
— Chargement central (en anglais in out ; chargement continu ou mité d’un canal (tube de force), et l’on extrait le combustible usé à
discontinu) : le combustible neuf est introduit au centre du cœur, puis l’autre extrémité. En alternant le sens de circulation quand on passe
déplacé vers la périphérie à mesure que son taux de combustion d’un canal au voisin et en ajustant les vitesses de circulation dans
augmente, et enfin est déchargé de la zone périphérique à son taux un canal de façon à sortir au même taux de combustion, on
de combustion maximal. Du point de vue de la seule réactivité, c’est s’approche de la circulation idéale.
la meilleure utilisation du combustible, le combustible le plus réactif On verra dans la rubrique Réacteurs nucléaires de ce traité, pour
étant au centre, là où son importance neutronique est maximale. chaque type de réacteur, les particularités de chaque mode de
Cependant, une telle méthode conduit à des répartitions spatiales chargement utilisé en pratique.
de puissance en général inacceptables, la puissance dans la région
centrale étant très élevée (facteur de forme radial supérieur à 2).
Références bibliographiques
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