Joint Rzeppa
L'extrémité de l'arbre d'entraînement est cannelée et s'emmanche dans le « joint externe »(partie
femelle), en étant typiquement maintenue en place par un circlip. L'arbre arrive au centre d'une «
rotule dentée » (partie mâle) en acier qui se loge à l'intérieur du joint externe. Le joint externe, qui
a la forme d'une demi-sphère creuse, est rainuré à l'intérieur. De grandes billes en acier,
généralement au nombre de six, se logent entre les rainures du joint externe et celles de la rotule
interne. Les mouvements entre les arbres d'entrée et de sortie se font donc exclusivement par
roulement. Cependant, aux grands débattements, les deux rainures en vis-à-vis n'étant pas
parallèles, un glissement entre billes et rainures, et donc une usure, deviennent inévitables.
Composition
Il est composé (figure 11) :
o D’une pièce externe creuse, appelée bol ou cloche ; ce bol est solidaire de l’un des
arbres à réunir, en général la fusée de roue
o D’une pièce interne, appelée noix, comportant extérieurement autant de pistes que
le bol et ayant les mêmes définitions.
o De billes assurant la liaison entre la noix et le bol grâce aux pistes qui les
emprisonnent.
o D’une cage s’emboîtant sphériquement dans le bol et sur la noix de façon à réaliser
la fixité axiale du joint, à assurer la coïncidence des axes des arbres menant et
mené, et à transférer au bol-fusée l’effort radial dû au couple agissant sur l’autre
arbre.
Figure 11 - Joint Rzeppa
Ainsi constitué, le joint Rzeppa accepte un angle de brisure maximal de 45o, voire 47o et même
50o suivant les variantes.
Cinématique
La géométrie du joint devrait commander automatiquement la position des billes pour qu’elles se
maintiennent constamment dans le plan bissecteur des deux arbres.
De façon à forcer la cage à rester stable et à basculer dès que l’on brise le joint, un levier interne
à trois sphères, déporté par rapport au centre du joint, et prenant appui sur le bol et sur la noix,
initiait le basculement de la cage mais s’effaçait au fur et à mesure de l’augmentation de l’angle de
brisure.
Il est alors apparu que l’on pouvait résoudre la difficulté d’origine par des moyens plus
économiques (figure 9e ), dont les deux principaux sont la commande par les pistes, et
la commande par les sphères, visualisés sur la figure 12, en regard de la solution originelle.
Figure 12 - Cinématique du joint Rzeppa
Figure 13 - géométrie du joint dans le plan des deux arbres
Commande par les pistes
Le centre a du joint est le centre de la surface extérieure sphérique de la noix, de la surface
intérieure sphérique du bol et des sphères, intérieure et extérieure, de la cage (figure 12b ). De
fabrication, l’excentration ac entre centres d’axes de pistes et de sphère de noix est égale à
l’excentration ab entre centres d’axes de pistes et de sphère du bol.
La figure 13 schématise la géométrie du joint dans le plan des deux arbres en ligne et sous angle
en faisant abstraction de la cage. Sur la figure 13b, alors que l’arbre de sortie fait un angle θ avec
l’arbre d’entrée, le plan bissecteur P ’ a tourné de θ /2 par rapport à la figure 13a. Le centre m de
la bille se place au point d’intersection des deux axes g et h de centres d’axes de pistes, donc dans
le plan bissecteur, sachant que la cage est elle-même positionnée par une bille de centre n, placée
dans les deux gorges opposées aux gorges d’axes g et h.
Pour les billes qui sont dans des plans autres que le plan des deux arbres, il existe alors un
croisement de pistes dû au fait que les axes des deux demi-pistes correspondantes ne sont plus
dans le même plan. En effet, un axe g reste dans un plan radial passant par l’axe M de l’arbre
d’entrée, alors que l’axe h reste dans un plan radial passant par l’axe N de l’arbre de sortie. Ainsi
lorsque, partant de la figure 13b, le joint a tourné de 90o, les axes g et h sont dans des plans de
bout (perpendiculaires à la figure) contenant respectivement M et N et faisant entre eux un angle θ.
Au cours de la rotation du joint, l’angle entre les plans radiaux contenant g et h varie deux fois par
tour de 0 à θ.
Sous angle, les billes du joint sont donc commandées à la fois par l’excentration des axes de
pistes, comme décrit ci-dessus, et par le croisement des pistes.
Commande par les sphères
Le centre a du joint est uniquement le centre commun des axes de pistes du bol et de la noix
(figure 12c ).
Les sphères d’emboîtement entre bol et cage et entre cage et noix sont centrées respectivement
en b et c. Comme précédemment, ab et ac sont égaux par conception. La figure 14 explicite la
géométrie du joint en ligne et sous angle, avec des agrandissements de la zone centrale et de la
situation de la bille.
Figure 2- Commande par les sphères : géométrie du joint dans le plan des deux arbres
Maintenons la cage, avec ses billes, dans le plan P. Pivotons le bol d’un angle θ /2, autour du
point b, centre commun des sphères d’emboîtement entre bol et cage ; le centre du fond de gorge
du bol passe alors de a à a 2 . La bille, tangente au fond de gorge du bol, est obligée de se déplacer,
tout en restant dans le plan P, de telle façon que l’on ait à nouveau :
R = RB – r = ad = a2d’
d et d’ étant le centre de la bille avant et après brisure du joint.
La bille repousse pour ce faire le fond de gorge de la noix, laquelle pivote alors autour de c, centre
commun des sphères d’emboîtement entre cage et noix, de telle façon que l’on ait à nouveau :
R = RN + r = a1d’ = a2d’
Comme c a = ab = c a1 = a 2b, et que c d’ = bd’, puisque d’ reste dans le plan P, l’angle de
pivotement de la noix est aussi égal à θ /2 ; le plan P est constamment le plan de symétrie. Il n’y a
plus à proprement parler de centre de joint ; tout au plus les arbres menant et mené concourent-
ils au point a’.
À noter que les points de contact s et i de la bille avec les fonds de gorge ne se trouvent plus dans
le plan P mais sont déportés en s’ et i’ ; il en résulte, en d’, un léger croisement des axes de gorge,
dans le plan des deux arbres.
Pour une bonne compréhension du dessin, l’excentration des centres des sphères d’emboîtement
par rapport au centre commun des axes de pistes est exagérée.
Il faut remarquer que, sous angle et en dehors du plan des deux arbres, il existe, comme pour la
commande par les pistes, un croisement de l’axe des pistes. Ce joint a donc aussi une double
commande sous angle.
Statique
Bien que les gorges puissent, en section droite, présenter des différences sensibles quant à leur
directrice : partiellement circulaire, ogivale, elliptique, voire plus complexe à 3 points de contact...
de façon à obtenir le meilleur compromis de transfert de charge avec les billes quel que soit le
couple, les billes travaillent toujours à la compression. Tenant compte des angles de pression, fixes
ou évolutifs en fonction du couple transmis et des jeux irréductibles, des efforts de contact élevés
sont présents entre billes et gorges, efforts caractérisés, durant un tour de rotation du joint, par une
amplitude d’autant plus fortement ondulée que l’angle de brisure du joint est important. Du fait du
croisement des gorges, les billes occasionnent aussi des efforts axiaux, d’amplitude alternée, que
la cage est chargée de supporter et d’équilibrer.
Concernant l’équilibre externe du joint Rzeppa – comme de tout joint homocinétique d’ailleurs –
celui-ci donne lieu à une représentation très simple (figure 15) comparativement à la
figure 6 concernant le joint double. Ici, les deux couples complémentaires égaux d’ailleurs – en
considérant un système conservatif – se trouvent constamment dans le plan de brisure et
perpendiculaires aux arbres menant et mené auxquels ils sont associés ; l’un BC agit directement
sur les deux roulements de la fusée de roue ; l’autre CD donne lieu à des efforts transversaux
agissant sur le joint côté différentiel, d’une part, sur les roulements de la fusée de roue, d’autre
part, et ce par l’intermédiaire des emboîtements sphériques noix-cage-bol du joint Rzeppa.
Figure 15 - Équilibre externe du joint Rzeppa
Construction
Le bol, en acier forgé, est en pratique totalement usiné : tournage de la sphère intérieure, fraisage
des six gorges, puis il est traité soit par trempe superficielle localisée par induction de la sphère et
des gorges, soit par cémentation et trempe et, finalement, la sphère et les gorges sont rectifiées.
La noix est totalement usinée, cémentée et trempée, puis rectifiée. Les duretés superficielles des
pistes doivent être du même ordre que celles d’un roulement à billes, c’est-à-dire supérieure à
60 HRC.
Quant à la cage, qui doit être résiliente, elle est réalisée par poinçonnage d’une ébauche tubulaire
obtenue par déformation et, compte tenu des efforts importants exercés par les billes, doit aussi
être en acier cémenté et trempé.
Ces joints étant hyperstatiques à plusieurs chefs, la précision de fabrication, voire la qualité dans
l’appariement des pièces, conditionnent de façon importante leur tenue en endurance.
Développements récents
Les deux types de commande par les pistes et par les sphères indiqués plus haut sont conjugués
dans un même joint (figure 16).
De façon à satisfaire le maintien des billes dans le plan bissecteur quels que soient les jeux, lors
de l’application d’un couple, les distances ac et ab sont choisies légèrement différentes.
Comme indiqué par la théorie, on peut réaliser les pistes en nombre quelconque, avec des formes
quelconques, dans les plans radiaux contenant ou non les axes des arbres, du moment que ces
pistes sont symétriques relativement au plan bissecteur des arbres. Par exemple, il existe de
nombreuses conceptions dérivant du joint Rzeppa ; parmi celles-ci, il faut citer le joint UF qui
associe, pour ses pistes, une partie torique avec une autre partie cylindrique rectiligne (figure 16).
On a recherché ici une possibilité de fabrication quasi complète par extrusion, en lieu et place du
fraisage et de la rectification des gorges.