Suites numériques
Nous avions déjà étudier la notion de suites numériques l’année dernière.
Je vais vous rappeler toutes les notions que l’on avait vu, et en rajouter.
I - Définition suite numérique
Qu’es-ce qu’une suite numérique ? Commençons par cela.
Définition : Soient a ∈ N et Ia = {n ∈ N, n > a}, Ia est en fait l’ensemble des entiers naturels à partir de a.
On appelle suite numérique la fonction u de Ia dans R telle que :
Ia → R
n 7→ u(n)
Notation : On notera u(0) u0 , u(1) u1 , etc.
un s’appelle terme de la suite numérique.
II - Modes de définitions d’une suite numérique
1 - Mode explicite
Il y a plusieurs façons de définir une suite numérique. C’est ce que nous allons voir dans cette section en commençant
par le mode explicite à l’aide de fonction.
Mode explicite : Le terme général de la suite est exprimé en fonction de n :
un = f (n)
On remplace tout simplement le x de la fonction par le n de la suite.
1
Exemple : Si on veut représenter la suite un telle que un = n, cela ne sera rien d’autre que la fonction inverse prises aux
abscisses entiers naturels.
b
4
b
2
b
1
~
| b
b
-5 -4 -3 -2 -1 O ~
{ 1 2 3 4 5
-1
-2
-3
-4
-5
1 [Link]
Remarque importante : Une suite numérique est définie de N dans R. Donc, si l’on représente une suite sur un gra-
phique, on n’aura que des abscisses naturels et des ordonnées réels. N’oubliez jamais cela. C’est une cause très fréquente
d’erreur.
2 - Mode récurrent
Le mode récurrent est plus utilisés pour les suites numériques.
Mode récurrent : Une suite numérique est définie par la donnée de son premier terme et d’un procédé qui permet de
déterminer les suivants.
un+1 = f (un )
u0
On utilise le terme u0 pour calculer u1 , le terme u1 pour calculer u2 , etc.
Regardez l’exemple qui suit.
Exemple : Déterminer les cinq premiers termes de la suite numérique suivante :
un+1 = un + 3
u0 = 2
Nous avons déjà u0 qui vaut 2. Utilisons-le pour déterminer u1 en utilisant la première ligne comme ceci :
u1 = u0 + 3 = 2 + 3 = 5
Facile, non ? Continuons ainsi pour les autres termes.
u2 = u1 + 3 = 5 + 3 = 8
u3 = u2 + 3 = 8 + 3 = 11
u4 = u3 + 3 = 11 + 3 = 14
Nous avons terminé.
Nous avons donc toujours besoin du terme (n − 1) pour calculer le terme n ?
Oui. Mais ne vous en faites pas, on ne vous demandera jamais de calculer le u1000 sans vous faciliter la tache.
Nous pouvons aussi déterminer les termes de la suites graphiquement. Regardez l’exemple suivant.
Exemple : Déterminons graphiquement les quatre premiers termes de la suite numérique définie par :
1
un+1 = 1+ un
u0 = 12
Soit f la fonction définie par f (x) = 1 + x1 . On a alors un+1 = f (un ).
Traçons les courbes de f et la courbe d’équation y = x dans un même graphique.
On représente u0 = 21 sur l’axe des abscisses.
On remonte à partir de l’abscisse u0 jusqu’à toucher la courbe. L’ordonnée du point d’intersection obtenu est noté u1 .
Maintenant, soyez attentif, nous allons tracer un trait horizontal à partir de l’ordonnée u1 jusqu’à toucher la courbe
d’équation y = x. L’abscisse de ce point d’intersection est u1 .
On fera ainsi pour trouver tous les termes de la suite numérique.
Je résume tout ça sur la courbe qui suit.
2 [Link]
III - Suite arithmétique
On peut classer les suites numériques en fonction de l’évolution de leur terme.
Voici une définition des suites dites arithmétiques.
Définition : On appelle suite arithmétique de premier terme u0 et de raison r la suite définie par :
un+1 = un + r
u0
Qu’es-ce que cela veut dire concrètement ?
Je prend un exemple pour vous l’expliquer.
Exemple : Soit la suite numérique un définie par :
un+1 = un + 5
u0 = 1
Cette suite est une suite arithmétique de raison 5.
Si l’on calcule les cinq premiers termes de cette suite,
u0 = 1
u1 = u0 + 5 = 1 + 5 = 6
u2 = u1 + 5 = 6 + 5 = 11
u3 = u2 + 3 = 11 + 5 = 16
u4 = u3 + 3 = 16 + 5 = 21
Que remarquez-vous ?
La différence de deux termes consécutifs est constante et égale à la raison 5. On augmente de 5 à chaque un suivant.
Ah, donc avec des suites arithmétiques nous allons pouvoir calculer le terme u1000 sans avoir à calcu-
ler les 1000 termes précédents ?
OUI ! On peut le faite en utilisant seulement le u0 ou tout simplement, en prenant un autre terme de votre choix.
Propriétés :
– Si u est une suite arithmétique de premier terme u0 et de raison r, alors :
un = u0 + nr
– Si u est une suite arithmétique, alors pour tout n > p,
un = up + (n − p)r
Dans l’exemple précédent, en utilisant la première formule, vous pouvez trouver le u4 par exemple :
u4 = u0 + 4 × 5 = 1 + 20 = 21
3 [Link]
Ou en utilisant la deuxième :
u4 = u2 + (4 − 2) × 5 = 11 + 2 × 5 = 11 + 10 = 21
On vous demandera souvent de calculer la somme des termes d’une suite arithmétique.
Leur somme ? Et comment je fais ça moi ?
Ne paniquer pas, il y a une formule pour ça.
Propriété : Soit u une suite arithmétique.
La somme des termes de cette suite est donnée par :
n
X (n + 1)(u0 + un )
un = u0 + u1 + u2 + ... + un =
n=0
2
Vous pouvez réutilisez directement cette formule. Néanmoins, il faut bien que vous la compreniez.
n
X (n + 1)(u0 + un )
un = u0 + u1 + u2 + ... + un =
n=0
2
Le symbole
n
X
un
n=0
signifie la somme de 0 à n de un , c’est-à-dire u0 + u1 + u2 + ... + un .
La quantité (n + 1) signifie le nombre de terme (oui, tous les termes + le terme d’indice 0, ça fait n + 1).
Le u0 est le premier terme et un est le dernier.
Exemple : Soit la suite numérique un définie par :
un+1 = un + 4 u0
= 3
Cette suite est arithmétique de raison 4.
Calculons la somme des 100 premiers termes de cette suite.
100
X (100 + 1)(u0 + u100 ) (100 + 1)(3 + u100 )
un = u0 + u1 + u2 + ... + u100 = =
n=0
2 2
Il va falloir calculer le dernier terme voulu, soit u100 . Aucun problème pour cela, on a la formule.
u100 = u0 + 100 × 4 = 3 + 400 = 403
Revenons à la formule de somme et concluons :
100
X (100 + 1)(3 + u100 ) (101)(3 + 403) (101)(406) 41006
un = u0 + u1 + u2 + ... + u100 = = = = = 20503
n=0
2 2 2 2
On peux vous demander de calculer la somme de tous les termes de la suite un en fonction de n. C’est pareil, sauf qu’on
laisse le n tel quel.
IV - Suite géométrique
Une autre catégorie de suite à présent, les suites dites géométriques.
Définition : On appelle suite géométrique de premier terme u0 et de raison q la suite définie par :
un+1 = qun
u0
4 [Link]
Puis-je avoir une définition concrète pour cette catégorie de suite aussi s’il-vous-plaît ?
Si c’est demander si poliment.
Exemple : Soit la suite numérique un définie par :
un+1 = 2un
u0 = 4
Cette suite est une suite géométrique de raison 2.
Si l’on calcule les cinq premiers termes de cette suite,
u0 = 4
u1 = 2 × u0 = 2 × 4 = 8
u2 = 2 × u1 = 2 × 8 = 16
u3 = 2 × u2 = 2 × 16 = 32
u4 = 2 × u3 = 2 × 32 = 64
Que remarquez-vous ici ?
Le quotient de deux termes consécutifs est constant et égal à la raison 2. On multiplie de 2 à chaque un suivant.
Il existe aussi des propriétés pour calculer le 1000me terme sans passer par les 1000 premiers.
Propriétés :
– Si u est une suite géométrique de premier terme u0 et de raison q, alors :
un = u0 q n
– Si u est une suite géométrique, alors pour tout n > p,
un = up q n−p
Dans l’exemple précédent, en utilisant la première formule, vous pouvez trouver le u4 par exemple :
u4 = u0 × 24 = 4 × 16 = 64
Ou en utilisant la deuxième :
u4 = u2 × 24−2 = 16 × 22 = 16 × 4 = 64
Il y a également une formule pour calculer la somme de tous les termes d’une suite géométrique. La voici.
Propriété : Soit u une suite géométrique.
La somme des termes de cette suite est donnée par :
n
X 1 − q n+1
un = u0 + u1 + u2 + ... + un = u0
n=0
1−q
Vous pouvez aussi réutilisez directement cette formule. Mais il faut que vous la compreniez aussi bien que la précé-
dente pour les suites arithmétiques.
Exemple : Soit la suite numérique un définie par :
= 13 un
un+1
u0 = 2
Cette suite est géométrique de raison 13 .
Calculons la somme des 100 premiers termes de cette suite.
100 100+1
X 1 − q n+1 1 − 31
un = u0 + u1 + u2 + ... + u100 = u0 =2× 1
n=0
1−q 1− 3
5 [Link]
100 1 101
X 1− 3 1 101 3 1 101
un = 2 × 2 = 2 × (1 − ) × = 3 × (1 − )=3×1=3
n=0 3
3 2 3
1 101 101
La quantité 3 est tellement réduite que 1 − 13 ' 1.
On peux vous demander de calculer la somme de tous les termes de la suite un en fonction de n. C’est pareil, sauf qu’on
laisse le n tel quel.
Remarque : On peut vous demander de montrer qu’une suite vn définie en fonction d’une autre suite (un ) est géo-
métrique.
Dans ce cas, Il suffit de montrer qu’il existe q ∈ R∗ tel que vn+1 = qvn .
Je vais vous donner un exemple pour vous montrer les directives à suivre.
Exemple : Soit la suite numérique un définie par :
un+1 = 2un − 3
u0 = 1
Nous allons montrer que la suite vn = un − 3 est géométrique.
Il suffit donc de montrer qu’il existe q ∈ R∗ tel que vn+1 = qvn .
On part toujours de vn+1 ,
vn+1 = un+1 − 1
On a utilisé la formule vn = un − 1 et remplacé les n par des n + 1.
vn+1 = un+1 − 1 = 2un − 3 − 3 = 2un − 6
Or :
vn = un − 3 ⇔ un = vn + 3
Donc :
vn+1 = 2un − 6 = 2(vn + 3) − 6 = 2vn + 6 − 6 = 2vn
Conclusion : vn est une suite géométrique de raison q = 2 et de premier terme :
v0 = u0 − 3 = 1 − 3 = −2
On peut alors écrire la chose suivante :
vn = (−2) × 2n
V - Propriétés d’une suite
1 - Variations
Comme les fonctions, les suites ont des variations.
Définitions : Soit un une suite numérique.
– La suite (un ) est dite croissante si :
∀n ∈ N, un 6 un+1
– La suite (un ) est dite strictement croissante si :
∀n ∈ N, un < un+1
– La suite (un ) est dite décroissante si :
∀n ∈ N, un > un+1
– La suite (un ) est dite strictement décroissante si :
∀n ∈ N, un > un+1
– La suite (un ) est dite stationnaire si :
∀n ∈ N, un+1 = un
6 [Link]
Le symbole ∀ signifie "pour tout".
Remarque : Pour une suite numérique, on ne dit pas "constante" mais "stationnaire".
Point méthode : Pour déterminer les variations d’une suite numérique, on calcule la quantité un+1 − un ,
– Si un+1 − un > 0, la suite (un ) est croissante,
– Si un+1 − un > 0, la suite (un ) est strictement croissante,
– Si un+1 − un 6 0, la suite (un ) est décroissante,
– Si un+1 − un < 0, la suite (un ) est strictement décroissante,
– Si un+1 − un = 0, la suite (un ) est stationnaire.
Exemple : La suite numérique un définie par : un = n2 est croissante.
En effet :
un+1 − un = (n + 1)2 − n2 = n2 + 2n + 1 − n2 = 2n + 1 > 0
Car n est un naturel.
Donc la suite un est croissante.
Remarque : Une suite n’est pas forcément croissante ou décroissante. Parfois, elle peuvent être ni croissante, ni dé-
croissante. Un exemple type est la suite un = (−1)n .
2 - Extremum
Qui dit variations, dit extremum.
Définitions : Soit un une suite numérique.
– La suite (un ) est majorée si :
∃M ∈ R/∀n ∈ N, un 6 M
M est appelé le majorant.
– La suite (un ) est minorée si :
∃m ∈ R/∀n ∈ N, un > m
m est appelé le minorant.
– Une suite qui est à la fois majorée et minorée est dite bornée.
Le symbole ∃ signifie "il existe" et le symbole / signifie "tel que".
Les notions de majoration et de minoration pour les suites numériques sont les mêmes qui pour les fonctions.
3 - Théorèmes
Quand on mêle variation et extrema, cela donne ça.
Théorèmes : Trois théorèmes.
– Toute suite croissante et majorée converge.
– Toute suite décroissante et minorée converge.
– Soit un une suite définie par un+1 = f (un ).
Alors, si un converge vers la limite l et si f est continue, alors l est solution de l’équation l = f (l).
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Les deux premiers théorèmes se comprennent très bien.
Le premier par exemple. Prenez une suite qui croît mais qui est majorée. A un moment, en va s’écraser sur sa borne
supérieur (son majorant). C’est obligatoire. Elle va donc converger.
Tant au troisième théorème. Si la suite un converge vers un réel l, alors forcément, au bout d’un certain temps, le
un+1 ainsi que le un vont valoir l. C’est-à-dire que l’on aura f (un = l) = f (l) = un+1 = l.
VI - Suites adjacentes
Voilà une partie très intéressante sur les suites : les suites adjacentes.
Définition : Deux suites (un ) et (vn ) sont adjacentes si l’une est croissante et l’autre décroissante et si :
lim (un − vn ) = 0
n→+∞
Remarque : N’oubliez pas la condition avec la limite, elle signifie que les limites des deux suites sont égales.
Regardez bien le graphique suivant.
La suite vn décroît, tandis que la suite un croît. Toutes les deux tendent vers la même limite 1. Se sont des suites adjacentes.
Exemple : Les suites suivantes sont adjacentes :
1
un = 1 −
n
1
vn = 1 +
n
En effet, déterminons les variations de ces deux suites.
1 1 1
un+1 − un = 1 − − (1 − ) = >0
n+1 n n(n + 1)
Donc la suite un est croissante.
1 1 1
vn+1 − vn = 1 + − (1 + ) = − <0
n+1 n n(n + 1)
Donc la suite vn est décroissante.
Montrons que la limite de leur différence est nulle maintenant.
1 1 2
un − vn = 1 − − (1 + ) = −
n n n
Or,
2
lim un − vn = lim − =0
n→+∞ n→+∞ n
Donc, les suites un et vn sont adjacentes.
Un petit théorème très puissant à savoir et à comprendre.
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Définition : Si deux suites (un ) et (vn ) sont adjacentes, avec un croissante et vn décroissante, alors :
– Pour tout n, un 6 vn ,
– Les deux suites convergent et ont la même limite L,
– Pour tout n, un 6 L 6 vn .
Cela se voit très bien si ont reprend le graphique précédent. On voit bien que les suites s’écrasent vers une même li-
mite L, que l’une reste au dessus et l’autre en dessous, et donc que l’une est toujours au dessus de l’autre.
VII - Raisonnement par récurrence
C’est sans doute, la partie la plus importante de cette année en analyse.
Lorsque vous serez confronté à une question dans un exercice sur les suites, vous devrez toujours essayer cette méthode.
C’est de par elle que l’on répond aux questions les plus compliquées.
Voici son principe.
Définition : Considérons une proposition dépendant d’un entier naturel n, que l’on nomme P (n).
Le raisonnement par récurrence permet de démontrer que P (n) est vraie en trois étapes :
– Etape 1 : On vérifie que la proposition est vraie pour un entier n0 .
– Etape 2 : On suppose que la proposition est vraie à un rang n > n0 et on démontre qu’elle est vraie au rang n + 1, le
rang suivant. Si c’est le cas, on dit que P (n) est héréditaire.
– Etape 3 : On conclue que la proposition est vraie pour tout n.
Prenons un exemple simple.
Exemple : Soit la suite un définie par :
un+1 = un + 3
u0 = 2
Montrons par récurrence que un > 0.
La proposition P (n) à démontrer est : un > 0.
– Etape 1 : On vérifie que la proposition est vraie pour un entier n0 .
On a u0 = 2 > 0.
Donc la proposition est vraie au rang 0.
– Etape 2 : On suppose que la proposition est vraie à un rang n > n0 et on démontre qu’elle est vraie au rang n + 1,
le rang suivant.
Supposons qu’au rang n, un > 0.
Montrons qu’au rang n + 1, on a un+1 > 0.
un+1 = un + 3 > 0
Car un > 0 (hypothèse) et 3 > 0.
La proposition est donc vraie au rang n, ainsi qu’au rang suivant.
– Etape 3 : Conclusion : la proposition un > 0 est vraie pour tout n.
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