Sauvage ou Domestique : Réflexions
Sauvage ou Domestique : Réflexions
concepts indépassables ?
Ludovic Orlando, Charles Stépanoff, Hélène Roche
Ce travail prend ses racines en février 2018, lorsque les travaux de l’un d’entre
nous dévoilèrent l’origine insoupçonnée du cheval de Przewalski, considéré
jusqu’alors comme le dernier cheval véritablement sauvage. Il s’avère qu’il est
le descendant en ligne directe du premier cheval domestique1. Bien que saluée
par ses pairs, cette découverte a déclenché un raz-de-marée dans le domaine
spécifique de la conservation du cheval de Przewalski. En effet, elle touche au
fondement même de ce qui définit l’objet de la conservation, à savoir le sauvage
et ses relations à l’homme, et par extension au domestique. Cette opposition
est-elle justifiée ? Le monde qui nous entoure ne peut-il être envisagé que sous
le seul prisme d’une opposition entre domestique et sauvage ? Cette dichotomie
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est à ce point usuelle pour le regard occidental, pétri des progrès zootechniques
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des derniers siècles, qu’il ne la questionne même plus. Pourtant, les travaux des
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n’est pas non plus unanime quant à la nature du sauvage : les chevaux mustangs
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1. Charleen Gaunitz et al., « Ancient Genomes Revisit the Ancestry of Domestic and Przewalski’s
Horses », Science, 360/6384, 2018, p. 111-114.
2. Philippe Descola, « Le sauvage et le domestique », Communications, 76, 2004, p. 17-39.
de reproduction que dans un tiers. Robes mises à part, seule une réduction du
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volume cérébral ainsi que de la taille du museau et du corps fait partie des
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critères retenus en majorité par les spécialistes. Certains auteurs mettent l’accent
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les dix définitions scientifiques examinées par Kathryn Lord et ses collègues,
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nombre de critères ne sont retenus que dans une seule définition et pas un seul
d’entre eux n’est commun à toutes. Il semble donc que l’essence même de la
domestication varie selon le regard et les critères que les chercheurs lui appliquent.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, tant les points communs présents
parmi les animaux domestiques qui partagent nos vies nous inviteraient volon-
tiers à des généralisations faciles, définir les animaux domestiques sur la base
de critères biologiques simples, uniformément partagés, s’avère difficile, voire
impossible.
3. Kathryn A. Lord et al., « The History of Farm Foxes Undermines the Animal Domestication
Syndrome », Trends in Ecology and Evolution, 35/2, 2020, p. 125-136.
4. Francis Galton, Inquiries into Human Faculty and its Development, New York, MacMillan, 1883, p. 281.
5. Kathryn A. Lord et al., « The History of Farm Foxes », art. cité.
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6. The keeping of animals in captivity by a human community that maintains total control over their breeding,
organization of territory and food supply : Juliet Clutton-Brock, Animals as Domesticates: A World View
Through History, East Lansing, Michigan State University Press, 2012, p. 3.
7. François Sigaut, « Critique de la notion de domestication », L’Homme, 108, 1988, p. 58-71.
8. Alan K. Outram et al., « The Earliest Horse Harnessing and Milking », Science, 323/5919, 2009,
p. 1332-1335.
9. Charleen Gaunitz et al., « Ancient Genomes Revisit the Ancestry of Domestic and Przewalski’s
Horses », art. cité.
10. William Taylor et al., « Radiocarbon Dating and Cultural Dynamics Across Mongolia’s Early Pastoral
Transition », PLoS One, 14/11, 2019, e0224241.
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n’est pas suffisant en lui-même puisqu’il concerne aussi les espèces commensales,
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11. Laurent A. Frantz et al., « Ancient Pigs Reveal a Near-complete Genomic Turnover Following their
Introduction to Europe », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America,
116/35, 2019, p. 17231-1738.
12. David E. MacHugh et al., « Taming the Past: Ancient DNA and the Study of Animal Domestication »,
Annual Review of Animal Biosciences, 5, 2017, p. 329-351 ; Marta P. Verdugo et al., « Ancient Cattle
Genomics, Origins, and Rapid Turnover in the Fertile Crescent », Science, 365/6449, 2019,
p. 173-176.
13. Peter Savolainen et al., « Genetic Evidence for an East Asian Origin of Domestic Dogs », Science,
298/5598, 2002, p. 1610-1613.
14. Laura M. Shannon et al., « Genetic Structure in Village Dogs Reveals a Central Asian Domestication
Origin », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 112/44, 2015,
p. 13639-13644.
15. Olaf Thalmann et al., « Complete Mitochondrial Genomes of Ancient Canids Suggest a European
Origin of Domestic Dogs », Science, 342/6160, 2013, p. 871-874.
16. Laurent A. Frantz et al., « Genomic and Archaeological Evidence Suggest a Dual Origin of Domestic
Dogs », Science, 352/6290, 2016, p. 1228-1231. Pour une discussion, voir Laura R. Botigué et al.,
« Ancient European Dog Genomes Reveal Continuity Since the Early Neolithic », Nature
Communications, 8, 2017, p. 16082.
17. Melinda Zeder, « Pathways to Animal Domestication », dans Paul Gepts et al. (dir.), Biodiversity in
Agriculture. Domestication, Evolution, and Sustainability, Cambrige, Cambridge University Press, 2012,
p. 227-259.
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prédation est peut-être celle qui correspond le mieux à celle des chevaux Botai,
le processus de domestication pouvant avoir été la réponse apportée par des
populations humaines confrontées à la disparition des stocks animaux qu’elles
chassaient. Ici, la domestication permit à l’homme de garantir que sa ressource
ne s’épuise pas et soit toujours disponible. Le contrôle de la reproduction imposée
par l’humain bénéficia en retour aux animaux qui ne furent plus soumis aux
aléas démographiques. Ici, la niche créée par l’homme est celle de la domus, sa
maison, ou ce qui est attenant : l’enclos ou l’écurie. Enfin, la voie dirigée
correspond à des situations où l’humain intervint à dessein pour sélectionner
l’animal portant des traits immédiatement avantageux afin de lui imposer une
tâche ou un travail. Ce mode semble ne pouvoir se mettre en place que lorsque
l’homme dispose d’une méthode de domestication ayant fait ses preuves, pou-
vant être transposée à une nouvelle situation. Par exemple, la seconde domes-
tication du cheval, celle ayant donné naissance au cheval domestique moderne
il y a environ 4 000 ans, procéderait de ce principe, ainsi que celle de l’âne il
y a 5 000 ans environ18, plusieurs milliers d’années après celle des ovins et
caprins ou avant celle du lapin, vieille d’à peine deux millénaires19.
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18. Stine Rossel et al., « Domestication of the Donkey: Timing, Processes, and Indicators », Proceedings
of the National Academy of Sciences of the United States of America, 105/10, 2008, p. 3715-3720.
19. Miguel Carneiro et al., « Rabbit Genome Analysis Reveals a Polygenic Basis for Phenotypic Change
During Domestication », Science, 345/6200, 2014, p. 1074-1079.
20. Kathryn A. Lord et al., « The History of Farm Foxes », art. cité.
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structure faite de cellules aux devenirs divers dans l’ontogénie des vertébrés, à
l’origine aussi bien des mélanocytes (les cellules pigmentées de la peau, res-
ponsables de la couleur de la robe), de cartilages et de muscles faciaux impliqués
dans la taille du museau, que de bien d’autres tissus. Ainsi, une pression de sélec-
tion comportementale unique pourrait engendrer l’apparition de toute une
cohorte de caractères. Chez le cheval, le répertoire des gènes sélectionnés au
cours des processus précoces de la domestication est particulièrement enrichi
pour ceux impliqués dans la formation, la migration ou la différenciation des
cellules de crêtes neurales21. Il en est de même pour les chiens errants actuels,
qui montrent des signatures de sélection génomique pour des gènes associés
au développement de la crête neurale, signatures qui sont absentes chez les
loups22. L’hypothèse de la crête neurale apparaît donc comme plausible, au
moins pour le cheval et le chien, mais on manque de données pour les autres
animaux domestiques. La mise en évidence de changements comparables des
gènes contrôlant la crête neurale au cours de l’évolution humaine amène à
s’interroger sur l’étendue et le sens de ces mécanismes. Certains y voient l’indice
d’une autodomestication de l’homme : notre espèce ne serait pas seulement
domesticatrice, mais aussi domestiquée… par elle-même23.
L’expérience de Dmitri Beliaïev peut-elle servir de modèle pour com-
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prendre les domestications anciennes ? Il ne faut pas oublier qu’elle fut conduite
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pressions sélectives exercées sur ces renards grandissant en cage et celles connues
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par les chiens des chasseurs-cueilleurs, qui doivent souvent trouver eux-mêmes
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une grande part de leur nourriture, ont donc peu de rapport. En outre, il est
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bon de rappeler que Dmitri Beliaïev ne démarra pas son expérience à partir
de renards sauvages mais d’animaux de fermes, qui avaient déjà été sélectionnés
pour la production de fourrure depuis 188724. L’apparition du cortège de traits
domestiques avait donc nécessité, non pas de l’ordre d’une dizaine, mais d’une
centaine de générations. Bref, même si l’on s’en tient à un protocole simple (un
caractère unique est sélectionné), strict et rigoureux, devenir domestique ne
semble pas si facile.
21. Pablo Librado et al., « Ancient Genomic Changes Associated with Domestication of the Horse »,
Science, 356/6336, 2017, p. 442-445.
22. Amenda L. Pendleton et al., « Comparison of Village Dog and Wolf Genomes Highlights the Role
of the Neural Crest in Dog Domestication », BMC Biology, 16/1, 2018, p. 64.
23. Constantina Theofanopoulou et al., « Self-domestication in Homo sapiens: Insights from Comparative
Genomics », PloS One, 12/10, 2017, e0185306.
24. Dmitry Belayev, « Destabilizing Selection as a Factor in Domestication », The Journal of Heredity, 70,
1979, p. 301-308.
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des contrastes nets et de préciser plus facilement les définitions. Les archéologues
peuvent voyager dans le temps avant toute domestication et ainsi définir des
normes de variation propres aux animaux sauvages. Les débuts de la domesti-
cation peuvent alors être perçus comme les moments où ces normes changent
pour la première fois25. Par exemple, lorsque la forme et la taille des os ou de
la denture ne correspondent plus à cette norme. Ou, encore, lorsque les signa-
tures isotopiques du carbone et de l’azote indiquent des changements concernant
la prise alimentaire dans un contexte archéologique impliquant l’homme. Ou,
enfin, lorsque les vestiges osseux trahissent une pyramide des âges non naturelle,
comme celle qui résulte de l’abattage préférentiel des jeunes bovins mâles. Par
ailleurs, les archéologues peuvent aussi retrouver les traces de l’utilisation des
animaux, tant dans l’aménagement de l’espace (par exemple, les enclos de Botai
pour le cheval, dont le sol est enrichi en résidus défécatoires26), que dans les
accessoires (comme les mors, les selles, les étriers) et les stigmates laissés par ces
derniers sur les animaux (traces d’usure des brides frottant les dents27). Cependant,
si la démarche fait sens au premier abord, elle se heurte à des difficultés théo-
riques et pratiques. La domestication du cochon en Anatolie repose sur une
longue période d’exploitation du sanglier. Ainsi, la distinction entre le sauvage
et le domestique est restée longtemps floue, y compris à propos de critères
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ment distinguer les sangliers par leur grande taille et la forme de leurs dents,
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alors que les cochons ont une dimension plus modeste, que faire du troisième
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type, de taille intermédiaire, que les archéologues retrouvent, avec une forme
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des cochons retournés à l’état sauvage, donc féraux 29 ? Pour rester avec le cheval,
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dès le début de la domestication comme chez la vache, mais près de 2 500 ans
après Botai, aux débuts de l’âge du fer30. Décidément, le seuil faisant passer du
domaine du sauvage à celui du domestique apparaît bien difficile à délimiter.
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La question n’est pas anecdotique puisque la génétique nous a appris que les
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premiers ont bien changé suite à leur survie en captivité, puisqu’ils sont devenus
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une part d’entre eux porte aujourd’hui des versions géniques issues des chevaux
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2 500 ans. Cependant, le génome des cochons qui cohabitèrent avec lui à partir
de 7 000 ans avant notre ère ou qui lui succédèrent, est constitué, non plus des
variants issus d’Anatolie, mais, pour au moins 96 %, de ceux issus du sanglier
européen local34 ! Donc, les mêmes variants, qui qualifiaient hier le sauvage,
sont aujourd’hui l’apanage du domestique. Bien que le mécanisme sous-jacent
à ce remplacement génomique soit encore incompris, il semble que le phénotype
domestique puisse se maintenir avec une contribution génétique minimale.
31. Ludovic Orlando, « Late Bronze Age Cultural Origins of Dairy Pastoralism in Mongolia », Proceedings
of the National Academy of Sciences of the United States of America, 115/48, 2018, p. 12083-12085.
32. Mikkel Schubert et al., « Prehistoric Genomes Reveal the Genetic Foundation and Cost of Horse
Domestication », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 111/52,
2014, E5661-E5669 ; Pablo Librado et al., « Tracking the Origins of Yakutian Horses and the Genetic
Basis for their Fast Adaptation to Subarctic Environments », Proceedings of the National Academy of
Sciences of the United States of America, 112/50, 2015, E6889-E6897 ; Antoine Fages et al., « Tracking
Five Millennia of Horse Management with Extensive Ancient Genome Time Series », Cell, 177/6,
2019, p. 1419-1435.
33. Clio Der Sarkissian et al., « Evolutionary Genomics and Conservation of the Endangered Przewalski’s
Horse », Current Biology, 25/19, 2015, p 2577-2583.
34. Laurent A. Frantz et al., « Ancient Pigs Reveal a Near-complete Genomic Turnover Following their
Introduction to Europe », art. cité.
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s’éteindre39. Pour résumer, il semble qu’il n’y ait pas de règle, mais que, selon
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Chez les canidés, le monde sauvage ne se limite pas aux loups ; il inclut
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également les coyotes, les chacals et leurs hybrides, tels que le loup roux (Canis
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Si bien que, du point de vue des sauvages comme des domestiques, la frontière
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entre les deux mondes ne semble pas tenir. Il en est de même pour les rennes,
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des études soutenant que sauvages et domestiques seraient peu différenciés géné-
tiquement42. Ces flux génétiques s’éclairent si l’on prend en compte des pratiques
traditionnelles d’élevage qui ne sont pas fondées sur une opposition dualiste
entre monde domestique et monde sauvage : ainsi les éleveurs de rennes de
35. Clio Der Sarkissian et al., « Evolutionary Genomics and Conservation of the Endangered Przewalski’s
Horse », art. cité.
36. Charleen Gaunitz et al., « Ancient Genomes Revisit the Ancestry of Domestic and Przewalski’s
Horses », art. cité.
37. Carles Vilà et al., « Rescue of a Severely Bottlenecked Wolf (Canis lupus) Population by a Single
Immigrant », Proceedings of the Royal Society, B Biological Sciences, 270/1510, 2003, p. 91-97.
38. Antoine Fages et al., « Tracking Five Millennia of Horse Management with Extensive Ancient
Genome Time Series », art. cité.
39. Pablo Librado et al., « Tracking the Origins of Yakutian Horses and the Genetic Basis for their Fast
Adaptation to Subarctic Environments », art. cité.
40. Nicolas Lescureux, « Beyond Wild and Domestic: Human Complex Relationships with Dogs,Wolves
and Wolf-dogs Hybrids », dans Charles Stépanoff, Jean-Denis Vigne (dir.), Hybrid Communities, op. cit.,
p. 65-79.
41. Carles Vilà et al., « Rescue of a Severely Bottlenecked Wolf (Canis lupus) Population by a Single
Immigrant », art. cité ; Bridget M. von Holdt et al., « A Genome-wide Perspective on the Evolutionary
History of Enigmatic Wolf-like Canids », Genome Research, 21/8, 2011, p. 1294-1305.
42. Knut H. Røed et al., « Genetic Analyses Reveal Independent Domestication Origins of Eurasian
Reindeer », Proceedings of the Royal Society, B Biological Sciences, 275/1645, 2008, p. 1849-1855.
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Sibérie peuvent-ils favoriser et contrôler les croisements avec des rennes sauvages
pour augmenter la robustesse de leur troupeau43, tandis que de nombreux
groupes de Papouasie n’élèvent que des truies qu’ils laissent couvrir par des
sangliers44. La découverte de l’ancestralité domestique d’animaux considérés
emblèmes de la faune sauvage, comme le cheval de Przewalski ou le mouflon
de Corse45, amène à reconsidérer l’idée d’une dépendance intrinsèque et vitale
des animaux domestiques à l’humain. Sur tous les continents, de nombreuses
populations de chiens, chats, chevaux, porcs, rennes, bovins, ovins, caprins,
oiseaux ou abeilles ont échappé au contrôle de leurs maîtres et se sont réadaptées
à une vie autonome46. Seule la sélection zootechnique moderne, destinée à
l’élevage intensif, produit des races entièrement dépendantes de l’humain pour
leur survie.
formes les plus extrêmes (domestiques versus sauvages), c’est nier l’existence
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d’une réalité complexe, multiple, variée, c’est aussi impliquer une représentation
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cheval sauvage vivant sur terre47. Aujourd’hui, ses effectifs sont de plusieurs
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milliers, mais l’espèce était « éteinte à l’état sauvage » il y a peu, selon la caté-
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43. Charles Stépanoff, « Entre piétin et loup. Menace interne et menace externe dans l’élevage de rennes
des Tožu », Cahiers d’anthropologie sociale, 1/8, 2012, p. 137-152 ; David [Link] et al., « Maintaining
Genetic Integrity of Coexisting Wild and Domestic Populations: Genetic Differentiation Between
Wild and Domestic Rangifer with Long Traditions of Intentional Interbreeding », Ecology and Evolution,
7/17, 2017, p. 6790-6802.
44. Peter D. Dwyer, « Boars, Barrows, and Breeders:The Reproductive Status of Domestic Pig Populations
in Mainland New Guinea », Journal of Anthropological Research, 52/4, 1996, p. 481-500.
45. François Poplin, « Origine du mouflon de Corse dans une nouvelle perspective paléontologique :
par marronage », Annales de génétique et de sélection animale, 11/2, 1979, p. 133-143.
46. Voir, par exemple,Tom Lee McKnight, Friendly Vermin.A Survey of Feral Livestock in Australia, Berkeley,
University of California Press, 1976.
47. Lee Boyd, Katherine A. Houpt, « Introduction », dans Id. (dir.), Przewalski’s Horse. The History and
Biology of an Endangered Species, New York, State University of New York, 1994, p. 2.
48. Clio Der Sarkissian et al., « Evolutionary Genomics and Conservation of the Endangered Przewalski’s
Horse », art. cité.
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chiens, pour déplacer les troupeaux plus vite, plus lentement, ou pour faire
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voisés apprennent à coopérer avec des humains, comme l’éléphant d’Asie avec
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son cornac53, le grand dauphin ou les otaries de Californie avec leurs soigneurs
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Takh s’est donné pour mission de le réintroduire dans son domaine vital his-
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torique, les steppes mongoles, et pour cela de réduire au maximum toute inter-
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49. Charleen Gaunitz et al., « Ancient Genomes Revisit the Ancestry of Domestic and Przewalski’s
Horses », art. cité.
50. Clio Der Sarkissian et al., « Evolutionary Genomics and Conservation of the Endangered Przewalski’s
Horse », art. cité.
51. Heini Hediger, Studies of the Psychology and Behaviour of Animals in Zoos and Circuses, Londres,
Butterworths, 1955, p. 40-41.
52. Temple Grandin, Mark Deesing, « Genetics and Behavior during Handling: Restraint, and Herding »,
dans Id. (dir.), Genetics and the Behavior of Domestic Animals, New York, Academic Press, 1998,
p. 113-144.
53. Nicolas Lainé, « Why did the Khamti not Domesticate their Elephants? Building a Hybrid Sociality
with Tamed Elephants », dans Charles Stépanoff, Jean-Denis Vigne (dir.), Hybrid Communities, op. cit.,
p. 221-234.
54. Marie Penel, Fabienne Delfour, « Are Californa Sea Lions (Zalophus californianus) sensitive to the
Attentional State of their Caretakers? », Animal Behavior and Cognition, 1/4, 2014, p. 434-441.
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Du côté des chevaux domestiques, certaines races sont aussi menacées d’extinc-
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parce qu’elles ne sont pas sauvages, qu’elles ne nous sont plus utiles aujourd’hui
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55. Exemple du poulain : Séverine Henry et al., « Influence of Various Early Human-foal Interference
on Subsequent Human-foal Relationships », Developmental Psychobiology, 48/8, 2006, p. 712-718.
56. Ludovic Orlando, Pablo Librado, « Origin and Evolution of Deleterious Mutations in Horses »,
Genes (Basel), 10/9, 2019, p. 649.
57. Antoine Fages et al., « Tracking Five Millennia of Horse Management with Extensive Ancient
Genome Time Series », art. cité.
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Les priorités de conservation sont souvent définies par ce qui nous semble être
menacé aujourd’hui par rapport à hier, en fait un hier à échelle humaine pas
animale. Elles dépendent donc de notre rapport au temps écoulé. Mais des
sciences nouvelles, comme la paléogénétique, ou des savoirs immémoriaux,
parfois transmis oralement, nous permettent de dépasser cette échelle humaine
de quelques générations, compilées dans les pédigrées familiaux ou zootech-
niques, et de révéler un passé évolutif plus profond, plus complexe dans lequel
les distinctions entre sauvages et domestiques s’effacent inexorablement. Notre
rapide exploration montre que vaines sont les tentatives de définition de la
domestication par un trait caractéristique simple, puisqu’en réalité les transfor-
mations qu’elle implique combinent des dimensions anatomiques, génétiques,
éthologiques, sociales, juridiques et technologiques. Aucune de ces dimensions
à elle seule ne détient l’essence qui distinguerait l’animal domestique de l’animal
sauvage. La domestication s’avère une réalité profondément polymorphe et
composite, un faisceau de toutes ces dimensions disparates, que l’on pourrait
approcher en la comparant à des formes d’associations voisines mais distinctes,
que sont le commensalisme, le parasitisme ou l’apprivoisement. Dans cette pers-
pective, le statut de domestique peut être défini comme la rencontre et la convergence entre
des dispositions d’une population animale qui parvient à s’adapter au milieu anthropisé
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et des dispositions d’une population humaine qui trouve un intérêt à entretenir ce lien 58.
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est mené par les humains sans réponse du côté animal, on en restera à des appri-
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dans un sens ou dans l’autre : l’humain peut finir par trouver un intérêt à la
cohabitation avec un commensal longtemps détesté, comme le rat désormais
utilisé dans les laboratoires. Inversement, si la transformation des pratiques et
des modes de vie humains rend la cohabitation invivable, certaines espèces
peuvent disparaître des milieux anthropisés, qu’il s’agisse d’espèces domestiques
comme l’abeille mellifère ou le renne, ou d’espèces commensales comme
l’hirondelle rustique qui déserte les campagnes59.
Quel que soit le point d’entrée de la définition du sauvage ou du domes-
tique, les animaux du passé et d’aujourd’hui rechignent à rester cantonnés dans
l’une ou l’autre de ces catégories. Un animal n’est pas domestique, il le devient.
Le sauvage d’aujourd’hui a pu être le domestique d’hier. Ces étiquettes figent
arbitrairement un processus par essence dynamique. Il serait donc plus pertinent
de parler de sauvage et de domestique par référence à l’époque étudiée, ce qui
donnerait un sauvage et un domestique relatifs, circonstanciels. Le cheval de
58. Charles Stépanoff, Jean-Denis Vigne, « Introduction » dans Id. (dir.), Hybrid Communities, op. cit.,
p. 1-20.
59. Sur le syndrome d’effondrement des colonies d’abeille, voir Jay D. Evans et al., « Colony Collapse
Disorder: A Descriptive Study »; PloS One, 4/8, 2009, e6481, et, concernant le déclin des hirondelles
rustiques, voir l’inventaire national du patrimoine naturel ([Link]
[Link], consulté le 20 avril 2020).
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