Après la deuxième guerre mondiale, la sphère monétaire et financière a connu de profonds
changements, notamment avec le développement des marchés financiers et les instruments de
financement, associés à l’évolution du système bancaire et à l’ouverture financière et
commerciale. Cette révolution suscite la réflexion quant à l’objet de la monnaie et aux règles
qui la régisse. En raison de sa place capitale, et de son importance au niveau économique,
politique ou social, l’Etat détient le privilège d’exercer le pouvoir monétaire à travers la
politique budgétaire et la politique monétaire. Cette dernière entretient une relation étroite
avec le taux de change. Dans ce cadre, le régime de change concourt à la formulation du cadre
d’action de la politique monétaire. Toutefois, la notion du taux de change s’avère difficile à
cerner ses déterminants, puisqu’elle intègre plusieurs facteurs inhérents à la compétitivité du
pays. De ce fait, la littérature économique fait état d’une abondance d’études sur les
fondements théoriques du taux de change, influencés par les évolutions économiques et
financières. Par ailleurs, le régime de change a un effet majeur sur le maintien de l’équilibre
interne et externe dans une économie. En conséquence, un pays peut choisir un régime de
change fixe ou flexible selon ses contraintes extérieures. En effet, la question du choix d’un
régime de change demeure primordiale dans le processus du développement économique
puisque chaque régime de change se dote des vertus et dévoile certaines défaillances qui
affectent directement ou indirectement la politique de change, et par ricochet, la politique
monétaire En outre, le système monétaire internationale a connu une succession de
changements en vue d’instituer un système assurant la stabilité monétaire internationale et la
performance économique dans le monde. Cette évolution, marquée notamment par la rupture
avec le système Etalan-Or, puis avec le Système de BrettonWoods, a fait émerger une
diversité de régimes de change qui diffèrent entre les pays, marquant une évolution vers
davantage de flexibilité des changes. Le Maroc n’a pas échappé à ces transformations et a dû
engager une série de réformes de change visant à libéraliser le régime de change. La plus
récente de ces réformes est l'élargissement de la bande de fluctuation du Dirham, qui a eu lieu
en Janvier 2018 et Mars 2020.
Régime et système de change Le système de change de jure du Maroc relève d’un
rattachement à l’intérieur de bandes horizontales. Le 15 janvier 2018, Bank Al-Maghrib a
annoncé l’élargissement de la marge de fluctuation du dirham à ±2,5 % (contre ±0,3 %
auparavant) de part et d’autre d’une parité de référence, sur la base d’un panier de devises où
l’euro a une pondération de 60 % et le dollar une pondération de 40 %. Dans le cadre d’un
assouplissement progressif et ordonné du régime de change, les autorités ont encore élargi la
marge de fluctuation du dirham à ±5 % le 6 mars 2020. En conséquence, le taux de change de
facto a été reclassé comme un taux de change rattaché à l’intérieur de bandes horizontales,
avec prise d’effet le 24 mars 2020. Bank Al-Maghrib intervient sur le marché pour maintenir
le taux de change dans la fourchette retenue, qui est définie autour d’un taux central fixe. Les
taux pour la plupart des monnaies cotées au Maroc sont fixés sur la base du taux quotidien
dirham-euro et des taux croisés de ces monnaies par rapport à l’euro sur les marchés de
changes internationaux. Le régime de change marocain exclut les pratiques de taux de change
multiples et les restrictions sur les paiements et transferts se rapportant à des transactions
internationales courantes, à l’exception des restrictions que le Maroc impose à la seule fin de
préserver la sécurité nationale ou internationale et dont il a averti le FMI conformément à la
décision n° 144 (52/51) du conseil d’administration. Des mesures de contrôle des
mouvements de capitaux sont en vigueur au Maroc, mais les autorités s’emploient
actuellement à les assouplir, par exemple en abaissant le niveau des obligations de cession par
les exportateurs et en relevant les plafonds appliqués aux investissements directs des
résidents, en particulier s’agissant des investissements en Afrique et dans le secteur financier.
Au 10 décembre 2021, le dollar valait 9,26350 dirhams marocains
Qu’est-ce que le taux de change?
Tout pays a sa propre monnaie. Au Maroc, la monnaie est le dirham, utilisé pour régler les
échanges quotidiens sur le territoire national. Mais l’on réalise aussi des opérations
commerciales ou financières avec d’autres pays qui ont leur propre monnaie. Quand une
entreprise veut importer une matière qui entre dans la fabrication de ce qu’elle produit, elle
doit payer la matière qu’elle importe, soit dans la devise du pays de provenance ou dans une
autre devise. Ceci s’applique d’ailleurs à toutes les opérations que le pays réalise avec
l’étranger (importations, exportations ou toute autre opération commerciale ou financière à
l’international). L’entreprise ne dispose que de dirhams. Comment peut-elle obtenir des
devises? Tout simplement en les achetant comme toute autre marchandise. Quand l’entreprise
a besoin de devises pour régler l’importation des matières qui entrent dans la fabrication de
ses produits, elle fait appel à sa banque qui se charge du transfert de la valeur en devises du
montant à payer, dans le cadre de la réglementation des changes. Pour toutes ses opérations,
elle devra connaître le montant qu’il lui faudra payer en dirhams pour obtenir la quantité de
devises étrangères dont elle a besoin. C’est ce qu’on appelle le «taux de change». Ce dernier
est un facteur de prise de décision qu’il faut prendre en considération dans toute opération
réalisée avec l’étranger. Le taux de change est ainsi le prix de la monnaie nationale par rapport
à une autre monnaie. Par exemple, ce que vaut le dirham en euro ou en dollar ou dans toute
autre devise. Il y a lieu de noter que tout ce qui est relatif au régime de change et au cours des
changes est du ressort du ministère des Finances et de Bank Al-Maghrib (Banque centrale du
Maroc) qui détermine quotidiennement le cours maximum pour la vente et le cours minimum
pour l’achat des devises négocié sur le marché des changes domestique. Ces cours de change
sont de deux types. Ceux qui s’appliquent aux transferts et règlements réalisés par le système
bancaire et ceux qui servent à la négociation des billets de banque étrangers. L’ensemble des
règles qui encadrent l’évolution du cours des changes est appelé: régime de change.
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Passage vers un régime de change plus flexible
Le Ministère de l’Economie et des Finances, après avis de Bank Al-Maghrib, a décidé
d’adopter, à partir du lundi 15 janvier 2018, un nouveau régime de change où la parité du
dirham est déterminée à l’intérieur d’une bande de fluctuation de ±2,5%, contre ±0,3%
actuellement, par rapport à un cours central fixé par Bank Al-Maghrib sur la base d’un panier
de devises composé de l’euro (EUR) et du dollar américain (USD) à hauteur respectivement
de 60% et 40%. Dans le cadre de ce nouveau régime, Bank Al-Maghrib continuera
d’intervenir sur le marché des changes en vue d’assurer sa liquidité. Cette réforme est
entamée dans des conditions favorables marquées par la solidité du secteur financier et la
consolidation des fondamentaux macroéconomiques, notamment un niveau approprié des
réserves de change et une inflation maîtrisée. Elle sera également soutenue par la poursuite
des réformes structurelles et sectorielles. La réforme du régime de change a pour objectif de
renforcer la résilience de l’économie nationale aux chocs exogènes, de soutenir sa
compétitivité et d’améliorer son niveau de croissance. Elle devrait accompagner les mutations
structurelles qu’a connues l’économie marocaine durant ces dernières années, notamment en
termes de diversification, d’ouverture et d'intégration dans l'économie mondiale. La réforme
du régime de change, qui consacre les progrès accomplis aux niveaux macroéconomique et
des réformes structurelles et sectorielles engagées ainsi que le processus d’ouverture de notre
économie sur l’extérieur, constitue un nouveau pas vers l’émergence de notre économie.
Les profonds changements survenus dans l’économie internationale causés par l'abandon de
la convertibilité-or du dollar en 1971 ont engendré un environnement de plus en plus
complexe, où les opportunités qui se présentent aux économies, qui s’insèrent dans la
structure de la globalisation financière, sont généralement accompagnées d’importants
risques liés essentiellement à une grande volatilité des principales variables
macroéconomiques. Dans ce contexte, la question du choix de régime de change n’est plus
l’emblème du mode opératoire du SMI, elle est plutôt laissée en suspens, puisque les pays
doivent désormais choisir le système de change le mieux approprié à leurs besoins. Depuis
lors, cette question n’a pas perdue de son actualité et continue toujours à foisonner de
nouvelles contributions aussi bien théoriques qu’empiriques ainsi que de nouvelles
perspectives de recherche. L’instabilité croissante que connaît la finance internationale a fait
de cette problématique une priorité pour la plupart des économies émergentes intégrées ou
en voie d’intégration des marchés de capitaux internationaux. L’après Bretton-Woods a été
marqué par une ruée vers la flexibilité. Au début des années 90, la tendance été de fixer le
taux de change par rapport à une ou un panier de devises. La succession des crises qui se sont
déclenchées lors des années 90 a fait ressortir la vulnérabilité des systèmes intermédiaires
jugés trop fragiles face aux crises. Les pays devraient désormais adopter l’une des solutions
extrêmes. Dans cette perspective, l’évidence empirique montre qu’il est difficile de maintenir
un système de fixité à long terme dans un contexte de globalisation des flux de capitaux
libéralisés. Ces systèmes de fixité ont été jugés comme étant insoutenables et générateurs de
crises. A cet égard, certains pays émergents et en développement ont été forcés à passer vers
plus de flexibilité. Pour d’autres pays, le chemin vers la flexibilité a été beaucoup plus serein et
la transition vers des régimes plus flexibles était en grande partie déterminée par le degré
d’ouverture économique et financier. Au Maroc, le régime de change mis en place par les
autorités monétaires a permis de concourir à l’instauration d’un cadre de stabilité macro-
économique. Toutefois, la conjonction des facteurs internes, (L’annonce des nouveaux statuts
de BAM, Un déficit commercial qui ne cesse de se creuser, Evolution mitigée des réserves de
change, Une libéralisation prudente et pragmatique du compte capital…) et de facteurs
externes, marqués par un contexte de globalisation des flux de capitaux,à rendue l’économie
du pays de plus en plus exposée à des chocs exogènes et nécessite, à cet effet, une plus grande
capacité d’ajustement et d’absorption des chocs. Dans ce sens, un consensus semble émerger
entre l’ensemble des acteurs économiques sur l’opportunité du passage vers la flexibilité. Le
FMI affirme à ce titre que « De pair avec les réformes structurelles, ce régime pourrait aider le
Maroc à relever les défis de la compétitivité et vraisemblablement contribuer à doper la
croissance à moyen terme »
L’histoire économique est marquée par de nombreux événements qui ont ravitaillé le débat
sur le rôle de la politique monétaire et du régime de change. L’abandon des barrières
nationales, l’interdépendance des marchés financiers internationaux, la répétition et la
contagion des crises financières, ont conduit à reconsidérer le choix des régimes de change et
à clarifier les arbitrages qu’ils recouvrent, d’ailleurs les autorités monétaires et les décideurs
des politiques économiques ont montré une hésitation et une méfiance quant au régime de
change à adopter. L’après Bretton-Woods a été marqué par une ruée vers la flexibilité. Les pays
ont désormais eu le libre choix d’adopter le régime de change le mieux adapté à leurs besoins.
Dès lors, cette problématique n’a pas perdu de son actualité et continue toujours d’être
rafraichie par de nouvelles perspectives de recherche. Au Maroc, il ne s’agit plus du choix entre
la fixité ou le flottement, mais plutôt du degré de fixité ou de flexibilité à retenir, le régime de
change actuel est un régime de parité fixe avec rattachement du dirham à un panier de devises,
principalement l’euro (60%) et le dollar (40%). Ce dernier a contribué dans l’instauration d’un
cadre de stabilité macro-économique. Toutefois, il semble que ce régime n’est plus adapté à la
situation actuelle de l’économie marocaine. En effet, la conjonction des facteurs internes
(L’annonce des nouveaux statuts de BAM, un déficit commercial qui ne cesse de se creuser,
Évolution mitigée des réserves de change, une libéralisation prudente et pragmatique du
compte capital...) et de facteurs externes, marqués par un contexte de globalisation des flux
de capitaux, a rendue l’économie marocaine plus vulnérable aux chocs exogènes et nécessite,
à cet effet, une plus grande capacité d’ajustement et d’absorption des chocs. C’est dans cette
perspective que le débat autour du passage du Maroc à un régime de change flottant a refait
surface, le FMI affirme à ce titre que « De pair avec les réformes structurelles, ce régime
pourrait aider le Maroc à relever les défis de la compétitivité et vraisemblablement contribuer
à doper la croissance à moyen terme ». Depuis 2013, Bank Al-Maghrib (BAM) planche sur la
mise en place d’instruments (d’analyse et de prévisions) lui permettant de mener à bien la
transition vers un régime de change plus flexible. À travers ce papier nous allons revoir,
d’abord, la politique de change au Maroc, comment elle a évolué dans le temps ainsi que les
différentes réformes mises en œuvre par les autorités monétaires. Pour se focaliser, ensuite,
sur l’analyse des performances macroéconomiques du régime de change actuel afin de
desceller les facteurs motivants sa réforme, les prérequis indispensables à sa réussite ainsi que
les éventuelles étapes pour réussir sa transition vers une plus grande flexibilité.
Les profonds changements survenus dans l‟économie internationale causés par l'abandon de
la convertibilité-or du dollar en 1971 ont engendré un environnement de plus en plus
complexe, où les opportunités qui se présentent aux économies, qui s‟insèrent dans la
structure de la globalisation financière, sont généralement accompagnées d‟importants
risques liés essentiellement à une grande volatilité des principales variables
macroéconomiques. Dans ce contexte, la question du choix de régime de change1 n‟est plus
l‟emblème du mode opératoire du SMI, elle est plutôt laissée en suspens, puisque les pays
doivent désormais choisir le système de change le mieux approprié à leurs besoins. Depuis
lors, cette question n‟a pas perdue de son actualité et continue toujours à foisonner de
nouvelles contributions aussi bien théoriques qu‟empiriques ainsi que de nouvelles
perspectives de recherche. L‟instabilité croissante que connaît la finance internationale a fait
de cette problématique une priorité pour la plupart des économies émergentes intégrées ou
en voie d‟intégration des marchés de capitaux internationaux. De même, l'intégration dans
l'économie mondiale devient de plus en plus une nécessité pour atteindre le développement
économique. De ce fait, plusieurs pays annoncent des programmes de libéralisation de leurs
économies (économie de marché) en faveur de la promotion de l'investissement et de
l‟attractivité des fonds étrangers. Au fur et à mesure, les Etats s'efforcent d'aménager une
multitude de mesures et réformes incitatives2 afin de promouvoir leurs entreprises qui veulent
conquérir de nouveaux marchés. Cependant, dans le contexte d‟une ouverture graduelle, mais
continue, du compte de capital, la Banque centrale du Maroc (BAM) sera amenée à adopter
un régime de change plus flexible, pour atténuer la pression sur les réserves de change comme
étant le seul élément d‟ajustement de l‟économie, ce qui présente un risque de crise de la
balance de paiement. De ce fait, la banque des banques serait en préparation à la migration
vers un régime de ciblage d‟inflation, pour faire face aux éventuelles pressions inflationnistes,
liées aux fluctuations du taux de change. Le cadre de ciblage d‟inflation, conjugué avec une
flexibilisation du taux de change, serait conçu pour le renforcement de l‟indépendance de la
politique monétaire et compléter l‟ouverture du Maroc sur son environnement