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Thèmes clés dans "L'Étranger" de Camus

L'œuvre L'Étranger d'Albert Camus dépeint l'histoire de Meursault, un homme détaché des émotions et des conventions sociales. Après la mort de sa mère et un meurtre sur une plage, Meursault est jugé mais refuse de jouer le jeu du système judiciaire, ce qui mène à sa condamnation à mort.

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Thèmes clés dans "L'Étranger" de Camus

L'œuvre L'Étranger d'Albert Camus dépeint l'histoire de Meursault, un homme détaché des émotions et des conventions sociales. Après la mort de sa mère et un meurtre sur une plage, Meursault est jugé mais refuse de jouer le jeu du système judiciaire, ce qui mène à sa condamnation à mort.

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COURS PRIVÉE DE LA ZAC PROFESSEUR : Mr.

Ndong

CLASSE : TL2B

EXPOSÉE SUR LES THÉMES DE L’OEUVRRE :


MEMBRES DU GROUPE

 NICOLE DAFI BOH  NDELLA MBAYE

 NÉNÉ CISSÉ  OUSSEYE SOW

 KHADIDJATOU NIORO  ALPHA AMADOU


NDIAYE DIENG

PLAN

A. INTRODUCTION
B. DEVELOPPEMENT
I. SOLITUDE
II. JUSTICE
III. MORT
IV. L’ABSURDE
V. RÉVOLTE
VI. LIBERTÉ
VII. NATURE
C. CONCLUSION
BIOGRAPHIE D’ALBERT CAMUS
Le 7 novembre 1913, dans le berceau ensoleillé de Mondovi, en Algérie, naissait celui qui allait
devenir l'une des voix les plus singulières de la littérature mondiale : Albert Camus. Sa vie débute
dans une tragédie avec la perte prématurée de son père, tué à la bataille de la Marne alors qu'Albert
n'avait qu'un an. Sa mère, Catherine Sintès, d'origine espagnole, emmène ses deux filles, Lucien et
Albert, à Alger, où elle s'installe dans le quartier vibrant de Bel court. Dans ce quartier populaire, elle
jongle entre les ménages pour subvenir aux besoins de sa famille. Pour Albert, elle est une figure
aimante mais épuisée, dont la communication est entravée par une surdité partielle et un manque
d'instruction. Cependant, le destin d'Albert prend un tournant crucial à l'école Belcourt, où
l'instituteur attentionné, Louis Germain, remarque les capacités intellectuelles exceptionnelles de
l'enfant. Sous sa tutelle bienveillante, Albert déploie son esprit vif et curieux. Louis Germain consacre
bénévolement son temps après les heures de classe pour préparer Albert à un concours décisif qui lui
ouvrira les portes du Lycée d'Alger en tant qu'élève boursier. C'est là que commence le parcours
académique du jeune Camus, façonné par son amour pour la mer et sa passion pour la philosophie.
Malgré ses succès académiques, la santé fragile d'Albert, affaiblie par la tuberculose, met un frein à
ses aspirations à l'agrégation. Mais même face à cette épreuve, sa détermination et son esprit
indomptable ne vacillent pas. Albert Camus incarne l'essence même de la résilience, transformant
chaque obstacle en une occasion de grandir et d'inspirer les générations futures.

BIBLIOGRAPHIE D’ALBERT CAMUS


Albert Camus, tel un phare dans la nuit de l'histoire, a toujours fait résonner sa voix et pris position
avec ardeur. Son parcours littéraire et journalistique est marqué par un engagement indéfectible en
faveur de la justice et de la dignité humaine. En tant que journaliste intrépide, Camus secoue les
consciences avec ses prises de position courageuses contre l'oppression coloniale et la domination
qui maintient les peuples dans la misère et l'asservissement. En 1935, il co-fonde le journal Alger
Républicain avec Pascal Pia, bravant l'hostilité des pouvoirs en place et le silence complice des autres
médias. La voix libre de Camus dérange, et en 1939, sous la pression, il est contraint de quitter Alger
alors que son journal est placé sous surveillance. Son engagement transcende les frontières. En 1949,
il s'élève en faveur des communistes grecs condamnés à mort, puis en 1956, il proteste
vigoureusement contre la répression soviétique en Hongrie, tout en défendant ardemment les
libéraux d'Algérie et en prônant une trêve dans les conflits. Mais c'est surtout à travers ses œuvres
majeures que Camus laisse une empreinte indélébile dans la littérature et la conscience collective. De
"L'Étranger" et "Le Mythe de Sisyphe" en 1942 à "L'Homme révolté" en 1952, puis "La Peste" en 1947
et "La Chute" en 1956, ses écrits résonnent comme des manifestes de liberté et de réflexion. La
consécration suprême arrive le 4 janvier 1957, lorsqu'il se voit décerner le prix Nobel de littérature,
honorant ainsi son rôle crucial dans la mise en lumière des enjeux cruciaux de son époque, portant
ainsi haut l'étendard de la conscience humaine.

RÉSUMÉ DE L’ŒUVRE

"L'Étranger" d'Albert Camus dépeint l'histoire de Meursault, un homme étrangement détaché des
émotions et des conventions sociales. Le récit se divise en deux parties distinctes : la première nous
présente la mort de la mère de Meursault et les événements qui mènent au meurtre de l'Arabe sur la
plage. La seconde partie nous plonge dans le procès de Meursault, où son attitude insensible et son
refus de jouer le jeu social le condamnent à mort. Meursault, narrateur du récit, est un employé de
bureau à Alger. Après la mort de sa mère, il réagit de manière étonnamment détachée, ce qui suscite
le jugement de la société. Sa relation avec Marie, sa maîtresse, et ses interactions avec ses voisins,
dont Raymond et Salamano, révèlent son indifférence envers les conventions morales. Lors d'une
journée à la plage avec ses voisins, Meursault se retrouve impliqué dans une altercation qui aboutit
au meurtre de l'Arabe. Son acte semble motivé par l'écrasante chaleur et un sentiment d'absurdité
face à la vie. Il est arrêté et jugé, mais refuse de jouer le jeu du système judiciaire et religieux, ce qui
scelle son destin tragique. L'écriture de Camus est sobre et dénuée d'émotion, reflétant la vision
absurde de la condition humaine. Meursault incarne l'étrangeté de l'individu face à une société qui
exige la conformité émotionnelle. Son refus de mentir et de dissimuler ses sentiments le condamne,
faisant de lui un étranger dans son propre monde. Camus explore ainsi les thèmes de l'absurdité de la
vie, de la rébellion contre les normes sociales et de la quête de sens dans un monde dépourvu de
significations. "L'Étranger" reste une œuvre emblématique de la littérature existentialiste, invitant les
lecteurs à réfléchir sur la nature de l'existence et les limites de la société humaine.

MISE EN ŒUVRE DU PLAN :


A. INTRODUCTION
"L'Étranger", publié en 1942, est l'une des œuvres les plus célèbres d'Albert Camus, écrivain et
philosophe existentialiste français. L'histoire se déroule en Algérie et suit le protagoniste, Meursault,
un homme apathique et détaché de la société. Le roman est souvent considéré comme un exemple
classique de la littérature existentialiste, explorant des thèmes tels que l'absurdité de l'existence, la
révolte contre les normes sociales et la recherche de sens dans un monde dépourvu de signification
intrinsèque. Albert Camus lui-même a décrit "L'Étranger" comme l'histoire d'un homme qui ne joue
pas le jeu de la société et qui, par conséquent, devient un étranger ou un outsider.

Dans cet exposé, nous allons explorer plusieurs thèmes clés présents dans "L'Étranger" et examiner
comment ils contribuent à la compréhension globale de l'œuvre. Ces thèmes incluent la solitude, la
justice, la mort, l'absurde, la révolte, la liberté et la nature. Chaque thème sera analysé en
profondeur, en mettant en évidence ces manifestations dans le roman et sa signification dans le
contexte de l'existentialisme de Camus.

B. DEVELOPPEMENT
I. La solitude
 Meursault, l’homme seul
Première étape de notre voyage dans l’univers de Camus, L’Étranger, et son personnage central,
Meursault. Celui-ci est la véritable incarnation de la solitude, et un homme déphasé, en décalage
avec la société qui l’entoure. Il vit en marge du monde, à la fois étranger à lui-même et aux autres.
Meursault est dépeint comme un individu qui ne joue pas le jeu de la vie sociale. Il est indifférent,
détaché de tout lien affectif, même face à la mort de sa mère. Ce détachement profond le conduit à
une solitude extrême, où toute interaction humaine semble superficielle et dénuée de sens. A travers
Meursault, Camus explore la solitude existentielle.

Camus, à travers ce personnage, explore une autre facette de la solitude : celle qui est subie, qui est
une conséquence de circonstances extérieures. Meursault symbolise ainsi la solitude sociale et
collective en temps de crise. L’amour impossible de Marie. Dans L’Étranger, Marie incarne une autre
forme de solitude, celle qui naît de l’amour non partagé, de l’indifférence de l’autre. Elle aime
Meursault, mais son amour est à sens unique, car Meursault est incapable d’éprouver un véritable
attachement. Malgré ses tentatives pour se rapprocher de lui, pour créer une connexion affective,
Marie reste seule. Elle vit l’amour comme une solitude, car elle n’est pas réellement reconnue,
appréciée à sa juste valeur par Meursault. Camus, avec la figure de Marie, nous fait comprendre que
la solitude peut aussi naître de relations interpersonnelles insatisfaisantes, de l’incapacité à être
reconnue et aimée par l’autre.

 La solitude choisie de l’homme révolté


Dans son essai L’Homme révolté, Camus explore la solitude de l’individu qui choisit de se rebeller
contre le monde, contre l’injustice et l’absurdité de la vie. Cet homme révolté se détache de la
société, des normes et des valeurs établies, pour suivre son propre chemin, son propre sens de la
justice.

Cette révolte est un choix solitaire, un chemin solitaire, qui conduit à une solitude assumée. Camus
nous fait comprendre que cette solitude choisie est une forme de liberté, une affirmation de soi en
opposition à l’absurdité du monde.

 La solitude, un thème universel chez Camus


La solitude est un thème central chez Albert Camus. Elle se retrouve dans ses différentes œuvres sous
diverses facettes. La solitude existentielle de Meursault, la solitude sociale de Jacques, la solitude
amoureuse de Marie, ou encore la solitude choisie de l’homme révolté sont autant de reflets de cette
solitude universelle qui habite l’homme face à l’absurdité de la vie. Camus nous invite ainsi à réfléchir
sur notre propre solitude, sur notre propre place dans le monde, sur notre rapport à l’autre et à nous-
même. Et même si nous ne trouvons pas toujours les réponses, l’important est bien de se poser les
questions.

Albert Camus développe davantage ses réflexions sur la solitude et l’absurdité de la vie.

La solitude est un thème omniprésent dans l’œuvre de Albert Camus. Qu’elle soit existentielle,
sociale, amoureuse, philosophique ou liée à la guerre, la solitude est toujours présentée comme une
condition inhérente de l’homme dans un monde absurde. Camus nous invite à reconnaître cette
solitude, à l’appréhender et à la comprendre, non pas comme une fatalité ou une punition, mais
comme une partie intégrante de notre condition humaine. C’est à travers cette exploration de la
solitude que Camus pose les questions fondamentales sur le sens de la vie et notre place dans le
monde. L’autre grande leçon de Camus, c’est l’importance de la révolte face à l’absurdité et la
solitude. La révolte, c’est la prise de conscience, c’est la volonté de se battre pour donner du sens à
notre existence, même si ce sens est ultimement absurde. C’est d’ailleurs dans cette lutte, dans cette
révolte, que Camus voit une possibilité de bonheur et de liberté.

En somme, la solitude chez Camus n’est pas une fin en soi, mais un chemin vers la liberté et la
révolte, un chemin vers une existence authentique et réfléchie.

II. LA JUSTICE
La prison et le procès Après l'homicide de l'Arabe, Meursault est arrêté et est introduit dans un
« nouvel » univers, l'univers du système pénal où règnent des lois étranges selon lesquelles les
hommes sont « seulement » ce qu'ils disent être : l'ambivalence n'est pas permise. Avec le défenseur
d'office, par exemple, Meursault parle franchement, et confesse ses désirs homicides contre sa mère,
comme s'il ne se rendait pas compte qu'au procès les témoignages de son indifférence et de son
ambivalence joueront contre lui. Le désir de se confesser, venant du coupable, s'articule donc
parfaitement avec le désir de punir qui anime la société. Et, de façon perverse, le juge de Meursault
s'intéresse précisément à la confession : dans la meilleure tradition du procès d'inquisition,
l'inquisiteur-juge-terra-peut s'intéresse surtout à la personne, à son « patient » et à son « mobile ».
Meursault se plie à la reconstitution, raconte le crime et dans ses souvenirs inspire au juge un
soupçon de préméditation : outre cela, il ne sait rien dire d'autre. Le juge alors se démasque et
brandit le crucifiant, se rattachant ainsi au modèle originaire de l'inquisiteur et l'invitant à se repentir.
Mais il propose un modèle évolué, celui du repentir et du pardon à un être qui par ses
caractéristiques psychologiques ne comprend pas ces mots-là, ne réussit pas à le suivre : Meursault
apparaît confus, étonné, sans tolérance aux stimuli sensoriels. Il s'agit d'une vraie tragédie de
l'incompréhension : le juge projette son étranger intérieur sur Meursault qui se refuse à adhérer à
cette image, à entrer dans comme au contraire, le fait le délinquant mur qui se répand
immédiatement pour ensuite retourner au délit (Lopez, 1976). Meursault s'adapte bien à
l'emprisonnement préventif. A un niveau profond, la prison représente l'étreinte maternelle (il rêve
de vivre à l'intérieur d'un arbre mort) : la première et unique visite de Marie marque paradoxalement
en effet le début de la douleur et de la vie. L'attention de Meursault est ainsi attirée par un couple de
voisins, un fils et une mère qui se regarde, isolés dans leur silence : on note ici un rapport évident à la
mère silencieuse de Meursault et de Camus lui-même. On a l'impression qu'en prison Meursault est
protégé, que l’ambiance de la prison lui fournit la peau psychique manquante, réduisant au minimum
les stimuli et les contacts interpersonnels : le bombardement sensoriel se réduit et le détenu peut
commencer à apprécier ce qui jusqu'alors avait été couvert par la persécution extérieure. La pensée
de Meursault commence à se développer, liée à l'expérience de temps, scandée par l'alternance de
l'aube et du soir. L'idée d'avoir un temps à remplir, qui s'empare vite de Meursault, évoque justement
la présence d'un réceptacle plus complet, d'une peau sans solutions de continuité. Meursault occupe
son temps en dormant (jusqu'à 18 heures par jour), en pensant, en tournant incessamment autour
de son réceptacle - celui-ci évoque le milieu amical qu'il connaisse, sa chambre, qui évidemment est à
nouveau la mère vue de l'intérieur - ou encore en relisant obsessionnellement un article de journal
arrivé par hasard dans sa cellule. Le journal raconte l'histoire du Tchécoslovaque (qui sera à la base de
la pièce de théâtre Le Malentendu, 1944) : l'histoire parle d'un homme qui, parti de son pays, y
retourne vingt-cinq ans plus tard et loge incognito, pour faire une surprise, dans l’hôtel géré par sa
mère et sa sœur ; celles-ci ne le reconnaissent pas et pendant la nuit l'assassinent pour le voler. La
mère, donc, ne reconnaît plus son fils quand il est en dehors d'elle-même : pour elle son fils est
devenu un étranger, a volé et a tué. Il s'agit de la situation hors Estienne dont ont parlé Rossi et
Mattei ni (1974) : la mère n'est ni la « mère propice », de la rencontre œdipienne, ni la « mère
idéalisée » qui s'occupe du nouveau-né sans défense. La mère n'est que mauvaise, expulsive parce
qu'au moment de la naissance elle n'a pas été capable de reconnaître que celui qui est dehors est la
même chose que ce qui était dedans, et elle le traite comme un ennemi qui doit être tué. Le début du
processus semble marquer une répétition de la persécution, même si maintenant Meursault réussit à
se voir en face et à se mettre à la place des autres : il se reconnaît presque un double dans un
journaliste jeune aux yeux bleus et à l'expression attentive 10. Les témoignages orchestrés par
l'accusation, le clouent rapidement au « vrai » délit pour lequel on a l'intention de lui faire un procès,
le matricide : comme l'a relevé Jacobi (1969), Meursault est une des dernières incarnations de la
figure d'Oreste dans l'histoire de la littérature. Selon l'accusation, en effet, Meursault a bien tué
l'Arabe de façon prémédité, justement parce qu'il a pu tuer symboliquement sa mère. Il est incapable
de sentiments, c'est un froid calculateur qui n'a jamais donné aucun signe de repentir, il est l'ami d'un
entremetteur qu'il a même protégé de la police en faisant un faux témoignage en sa faveur. Ce qui
frappe dans la reconstitution est qu'elle saisit les aspects conscients et inconscients de l'agressivité de
Meursault à l'égard de sa mère et de l'Arabe, comme l'alliance avec Raymond, mais en même temps
elle présente une image globale distordue par rapport à celle que fournit Meursault : elle le décrit
franchement comme un être abject, consciemment mauvais et froid. En termes psychiatriques, elle
transforme donc un psychotique en un criminel : elle est finalisée par la nécessité pour la collectivité
tout entière de punir, de rejeter la faute collective dans la fête cathartique de l'exécution. Derrière
chaque Œdipe il faut un Oreste, disent Rossi et Matteini (1974) : là, en effet, il n'existe plus ni un
père-Laïos sur lequel déplacer l'agressivité afin de préserver le rapport avec la mère idéalisée, ni un
Aréopage qui change les Erinyes en Euménides : l'accusation, pour conclure son hareng, demande la
tête de Meursault. Quand on lui demande s'il a quelque chose à ajouter, Meursault réplique avec sa
vérité, que personne ne semble vouloir comprendre : il a tué à cause du soleil, de la chaleur, de leur
contact déchirant et destructeur. Les regrets que Meursault n'a pas pu exprimer pour sa mère se sont
ainsi transformés en accusation : l'accusation dans cette optique représente la mère qui demande à
son fils pourquoi il l'a tuée. Le procès, donc, « fait sens » pour Meursault parce qu'il lui permet la
confrontation avec son sentiment de culpabilité ; mais, par ailleurs, le procès est aussi prélude à la
persécution, c'est-à-dire à la peine inéluctable si, comme ici, le crime est confessé : le cours en effet,
proclame que Meursault a été condamné à la guillotine.

 L'attente de l'exécution
La victime collectivisant l'attente de l'exécution, Meursault, envahi par l'angoisse de mort, se lance
dans des rêveries compulsives : il se met à la place du pouvoir qu'il repousse, puis accepte le recours
en grâce qui le concerne. Ce n'est donc pas par hasard qu'apparaît maintenant le fil absent dans la
trame de sa vie, son père, un père que Meursault n’a jamais connu et dont la mère ne lui a jamais dit
qu'une chose : il était allé voir exécuter un assassin. Il était malade à l'idée d'y aller. Il l'avait fait
cependant, et au retour, il avait vomi une partie de la matinée. Il semble que le crime, le procès, la
condamnation n'ait servi qu'à préparer la rencontre avec le père qui, dans les fantasmes de
Meursault, est spectateur parmi la foule du public des exécutions - de son exécution. Meursault
apparaît donc en mesure de prendre la place du père, de se mettre dans sa peau, mais au prix de sa
vie. La situation de la peine capitale représente un fantasme de scène primaire, où la mère-guillotine
décapite et tue le père qui devient ainsi étranger, éliminé de la vie de couple en symbiose : de la
même façon, Clytemnestre a tué Agamemnon et Oreste est resté seul face à sa terrible mère. Un jour,
pendant que Meursault rêvait précisément au recours en grâce, un prêtre est introduit dans sa
cellule. Le prêtre veut, lui aussi, comme le juge, une déclaration de repentir que Meursault refuse à
nouveau. Car Meursault ne peut pas se repentir, ni se pardonner ; il ne peut que s'accuser, se
condamner, sanctionner l'exécution ou se gracier. Devant ce refus, le prêtre ne se réfugie pas dans la
fois, comme l'avait fait le juge, mais entre plus profondément en rapport avec Meursault en
l'appelant mon fils, et cela produit une réaction émotive bouleversante chez Meursault qui se
déchaîne contre lui en le couvrant d'injures, en une véritable explosion de rage. C'est alors que
Meursault peut dénoncer l'injustice, se révolter contre les accusations. Le prêtre réagit en calmant les
gardiens qui menacent Meursault, et en le regardant en silence (encore une fois !), mais les yeux
pleins de larmes. Le prêtre représente ici le père qui commence à se différencier de la mère (l'homme
à la robe) et qui donc ne se fait pas tuer, mais entre en contact émotif, bouleversé ; et ainsi
Meursault, lui aussi, dans le monologue final se montre finalement capable de s'identifier à la mère,
de comprendre pourquoi elle a pris un fiancé à l'asile, pourquoi elle a joué à recommencer sa vie : il
s'ouvre, en d'autres termes, à l'empathie, il est capable de se mettre à la place des autres. Il espère,
manifestement, qu'il sera jugé, mais nous pouvons maintenant parler des fantasmes suicidaires d'un
mélancolique. Maintenant il est vivant même dans la cellule d’un condamné à mort

♦♦♦Si la peine de mort est par définition expulsive, l'expulsion à dire vrai est la caractéristique de
tout type de punition : du talion à l'exil, à la déportation, à la prison, la peine a toujours eu des
significations connexes au moment de la séparation. Comme l'affirme K.T. Erikson (1966), punir sert à
fixer les frontières du permis, à distinguer un « dedans » d'un « dehors » social. Le fantasme
inconscient ici sous-jacent est le fantasme d'un corps (le « corps social » de la métaphore) qui
contient en lui les citoyens, leur fournissant abri, protection et défense. De ce milieu protégé, le
délinquant identifié comme « ennemi » interne est expulsé. Les valeurs symboliques de ce rapport
font référence donc au premier rapport maternel : la société est comme une mère qui tient en elle-
même les citoyens-enfants. Mais quand les citoyens transgressent les règles apparaissent le terme
agressif de l'ambivalence et le citoyen-enfant devient un monstre, un cancer qu'il est nécessaire
d'expulser pour se libérer du mal et de la menace. Après la mort de la mère, Meursault tue l'Arabe et
cherche à s'élever dans l'étreinte maternelle de la prison et dans l'enveloppe symbolique de la loi. Il
conquiert bien les mots de la mère, de la société, mais précisément ces mots l'expulsent à nouveau et
définitivement : ce sont les mots de la sentence qui le condamnent à mort pour avoir tué une mère
qui n'a, en réalité, pas tué. Et c'est justement la dissymétrie entre le crime commis et le crime pour
lequel il est condamné qui fait apparaître le terme d'assassin innocent. Un tel paradoxe illustre bien la
nature ambiguë de la justice pénale, qui punit un coupable, mais qui, en le punissant, le place dans
une position qui ne peut que le définir innocent : dans un premier moment, la collectivité demande
vengeance, et par la suite un organe de la collectivité assume le devoir de l'exécuter, en absorbant,
dans le sens où l'entend Jaques (1955), des sentiments vindicatifs; la collectivité libérée de
l'agressivité à son égard peut alors plaindre le délinquant devenu «victime». Elle peut le plaindre,
notons bien, parce qu'il représente maintenant la partie « coupable » de la collectivité, etc. En allant
au supplice il peut expier la peine de tous. Camus a donc voulu souligner que le crime pour lequel on
condamne est « un autre » que celui qui est commis, un autre crime qui, dans notre imaginaire, a été
commis par tous, et qui est « produit » parle moyen de la reconstruction narrative effectuée au cours
du procès. Par rapport à ce crime, Meursault est innocent parce que, comme tout, il ne l'a pas
commis, il ne l'a qu'imaginé. Ainsi Meursault prend sur lui la faute de tous et vit son calvaire
personnel : camus devait avoir ces thèmes bien présents quand, dans la préface de l'édition
américaine, il le définit comme le seul Christ que nous méritions. On peut donc appliquer à Camus ce
que Freud (1927) affirme à propos de Dostoïevski : Camus aussi nous invite à nous humilier devant
l'homicide. Selon Freud, pour Dostoïevski le criminel est presque un rédempteur, qui a pris sur lui les
fautes de tous. Tuer n’est plus nécessaire, après qu'il a déjà accompli le crime, mais il faut lui en être
reconnaissant, parce qu'autrement, c'est nous qui aurions dû tuer. Un écrit de Borges relatif à la
trahison du Christ présente un thème analogue en soutenant que Dieu ne s'est pas incarné dans le
Christ, mais en Judas, pour commettre comme homme le plus terrible des crimes et payer une fois
pour toutes le péché originel. C’est dans la complémentarité entre désir du délinquant et désir delà
société qui le punit (en le rendant « autre ») que se placent les différentes fonctions de la peine
(Francia,1984): Camus les a saisies et les a illustrées une à une, en montrant par là jusqu'à quel point
nous sommes tous cet étranger.

La justice même si la culpabilité de Meursault dans le meurtre de l’Arabe ne fait aucun doute, on
s’intéresse également lors du procès à son refus des conventions et à son absence de réaction à la
mort de sa mère : la justice est décrite comme stéréotypée, obéissant à des rituels établis.

III. LA MORT
La mort est un thème récurrent dans l’étranger d’Albert Camus. Déjà, dès le début du livre, le lecteur
est marqué par l’annonce du décès de Mme Meursault. Les rituels effectués en mémoire de la
défunte paraissent très étranges à Meursault. De plus, le meurtre de l’arabe commis par Meursault
ainsi que sa propre mort vont renforcer l’aspect funèbre du roman.

D’emblée, l'œuvre débute par l’annonce de la mort de Mme. Meursault, mère du personnage
principal. Meursault entretient une relation difficile avec sa mère ; déjà, ils ne se voyaient pas
souvent ; ensuite, la distance et l'état de sa mère rendent la situation encore plus difficile. Un jour,
Meursault reçoit un télégramme de l'asile où se trouve sa mère, l'annonçant la mort de celle-ci. Il s’y
rend donc, et après une longue discussion avec le directeur de l’asile, il est conduit vers la morgue de
l’asile, où il entretient une longue conversation avec le concierge de l’asile. Peu après, les vieux
entrent dans la salle où repose le corps de la défunte. Meursault somnolant et aveuglé par la lumière
ne distingue que les ombres qui se déplacent. Finalement, il comprend que ce ne sont que les autres
pensionnaires de l'Asile qui viennent se recueillir auprès de sa mère. Le lendemain, les employés des
pompes funèbres viennent pour emporter le corps. Le directeur de l’asile fait donc venir Meursault
pour lui informer de leur arriver et lui demande s’il veut voir sa mère pour la dernière fois, mais
Meursault refuse. Cette attitude montre que Meursault refuse d'affronter la mort. L'enterrement se
déroule de manière religieuse comme le désirait la défunte de son vivant, et après une longue
marche sous un ciel accablant, le corps arrive enfin au village. Durant toute cette période de deuil,
Meursault est indifférent, on a même l’impression que tout ce qu’il attend, c'est que tout cela finisse,
car comme il le dit à la fin du chapitre, “l'attente devant un café, l'incessant ronflement du moteur, et
ma joie quand l'autobus est entré dans le nid de lumière d'Alger et que j'ai pensé que j'allais me
coucher et dormir pendant douze heures.””. Comme on le dit souvent “les bonnes choses ne durent
jamais”, Meursault se retrouve à nouveau face à la mort, bien que les personnages soient censés à
être vivants. Mais plus loin dans le roman, Meursault va commettre l'irréparable et va être jugé pour
cela : la mort vient à nouveau sonner à sa porte. Meursault ce tueur. En second lieu, Meursault va lui-
même donner la mort. En effet, sur la plage, alors qu'il est avec ses amis sur la plage, l’un d’eux va
être blessé, Meursault va donc être confronté à un arabe plutôt menaçant, couteau à la main. Cet
arabe les suivait partout, en particulier Raymond, l’ami de Meursault, car il avait frappé la sœur de
cet arabe. Meursault se retourne alors et se retrouve face à l’arabe qui lui présente son couteau,
Meursault sans réfléchir prend son revolver et appuie sur la gâchette pris de frayeur en se trouvant
face au corps il tire encore quatre fois sur ce corps inerte, Meursault commet alors l’irréparable et
comme il le dit, “c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur”.
Meursault se retrouve donc face à une situation désastreuse. Ici il est plus passif vis-à-vis de la mort,
mais il en est l’acteur principal puisque c’est lui l’exécuteur. Meursault va alors faire face à une série
d’interrogations et va être jugé pour le meurtre qu’il a commis. Au final, Meursault va être exécuté à
cause de son comportement vis-à-vis de sa mère et non pour la faute qu’il a commise. Meursault va
donc attendre patiemment son exécution derrière les barreaux. Le regard et la conception de la mort,
selon l’auteur. Meursault ne semble pas être effrayé par la mort. Au contraire, il pousse des cris de
haine qui démontrent son désir de se séparer éternellement des hommes. Sa mort représente donc
la fin de son supplice et de son traumatisme intérieur que lui infligeait la vie.

En définitive, l’Etranger d’Albert Camus ressort un côté très funèbre, de la mort de Mme Meursault
au meurtre de l’arabe jusqu’à l’arrestation de Meursault qui conduit à son exécution. Ces trois aspects
ressortent davantage aux côtés funèbres du roman. L’Étranger permet aussi au lecteur de
comprendre que la mort est le destin de tout un chacun et que personne ne peut y échapper. Il faut
donc vivre sa vie sans s’y soucier, sinon on passera notre vie dans la peur de mourir et quand la mort
arrivera, on sera remplis d’amertume et de regrets.

IV. L’ABSURDE
Le raisonnement de l’avocat général fait une curieuse allusion intertextuelle à celui de Pangloss qui
enseignait « qu’il n’y a point d’effet sans cause5. »

Il n’y a donc là aucune matière à démonstration. L’avocat général fait passer l’absurdité de sa logique
pour des raisonnements légitimes. L’effet humoristique de l’argumentation de l’avocat général est
alors redoublé dès que nous constatons l’analogie entre son argumentation absurde et celle de
Pangloss qui disait justement : « il est démontré que les choses ne peuvent être autrement. » L’avocat
général comme ce célèbre philosophe de l’optimisme prouve ce qui n’a pas besoin de l’être. Il
considère en revanche comme prouvé ce qu'il demanderait à l’être. Aussi bien pour l’avocat général
que pour Pangloss, il n’est pas besoin de prouver puisque cela est démontré. Ici, les activités du
procureur comme celle du philosophe Pangloss sont tournées en dérision. Alors qu'il est donc la cible
de cette critique humoristique : celui qui propose une telle argumentation, c'est-à-dire l’avocat
général ou celui qui l’écoute et le croit ?

A notre avis, les deux en même temps, comme dans le cas du personnage de Voltaire, c’est le
fonctionnement même d’un pouvoir judiciaire qui est visé par Camus. Ainsi, par le jeu du
renversement, la thèse de l’avocat général est d’une manière humoristique complètement ridiculisée.
Voilà comment Camus s’exprime par un regard humoristique dans l’étrangeté et l’absurdité de ce
monde :

 L’absurde est l’humour dans l’Étranger de Camus


« Les hommes aussi secrètent de l’inhumain. Dans certaines heures de lucidité, l’aspect mécanique
de leurs gestes, leur pantomime privé de sens rend stupide tout ce qui les entourés. » Camus
compare cette situation comique à un homme qui parle au téléphone derrière une cloison vitrée où
l’on voit que l’homme gesticulait, mais l’on n’entend pas sa voix. C’est ce malaise, c’est cette nausée
que nous éprouvons devant l’humanité de l’homme qui est qualifié d’absurde par Camus. Par le
recours au pronom de première personne « je », en tant que lecteur, nous devenons tous aussi un
Meursault et le monde factice devant lui nous apparaît tel qu’il apparaît à ce personnage. Dans un
univers soudain privé d’illusions et de clarté, nous nous sentons étrangers. C’est ce divorce et ce
décalage entre nous et notre vie qui est justement le sentiment propre à l’absurdité. Au lieu de vivre
dans l’absurde en permanence, c’est par la prise de conscience de cette absurdité que nous pouvons
accéder à une véritable humanité.

V. RÉVOLTE
Intérieurement frustré, Meursault laisse sa colère et son dégoût de la société l’envahir à petit feu.
Pire encore, il se rebelle contre l’Eglise (qui lui envoie un aumônier pour lui donner son dernier
sacrement au jour de sa condamnation). En analysant sa conversation avec cet homme de Dieu, on se
rend compte que Meursault n’a point de foi. Il se moque de l’hypothèse religieuse du pardon, car
pour lui tout homme est destiné à payer lui-même ses fautes. Ainsi donc, par l’intensité de sa révolte,
Meursault fait subtilement glisser l’importance qu’il donne à la vie, bien plus encore à la qualité
d’une vie. Le personnage principal ne réalise pas des actes de vandalisme telle une manifestation,
mais se révolte indirectement, sans même certainement comprendre qu'il se révolte. En effet, il ne
remplit absolument pas les critères d'un homme bon pour la société établie dans le livre. Par
exemple, la mort de sa mère ne le touche absolument pas, et, lorsqu’il se fait interroger sur ses
relations avec elle, il trouve que ce n'est pas un problème qui n'ait pas été touché et qu'il n'ait pas
pleuré lors de son enterrement. Il est de même pour sa relation avec Marie, qui, lorsqu'elle lui
demande s'il l'aime, lui répond qu'il ne sait pas, mais qu'il ne pense pas. On pourrait penser que
Meursault est un personnage sans émotion, très indifférent à ce qui se passe autour de lui, il accepte
de se marier avec Marie malgré qu'il pense ne pense pas l'aimer et assister aux funérailles de sa mère
ne lui a pas changé sa vie, si ce n'est avoir 48 heures de congés. De plus, ce personnage n'est même
pas apeuré par la mort et l'idée de mourir au moins vingt ans plus tôt que ce qu'il aurait dû ne le
gêner pas. Il aurait pu essayer de se sauver en parlant à son avantage, mais il n'essaie même pas et
assume complètement son indifférence envers certaines choses impensables telles que sa croyance
en Dieu qui est inexistante. Il refuse complètement l'existence de Dieu, ce qui est impensable dans la
société où il vit, il trouve que la religion est sans importance et lorsqu'il apprend sa mort, il ne songe
même pas à se suicider et il pense à Marie mais, en se disant sans une once de doute, qu'elle
trouvera quelqu'un d'autre à aimer. Il n'a aucun regret. Donc, de manière implicite, il se révolte parce
qu'il ne se comporte pas du tout comme il devrait se comporter selon la majorité des personnes. On
peut voir qu'à la fin du roman, Meursault se révolte plus directement. Lorsqu'on lui envoie un
aumônier pour lui donner son dernier sacrement au jour de sa condamnation, Meursault, frustré, qui
a laissé son dégoût envers la société l'envahir, s'énerve contre cet aumônier qui souhaite encore une
fois lui montrer que Dieu existe. Sa révolte est donc compliquée à interpréter. On a un personnage
révolté en grande partie par son caractère, son manque de foi et sa franchise, mais aussi par ses
actions à la fin du roman. Meursault réalise une révolte contre l'Église parce qu'il exprime clairement
qu'il ne croit pas en Dieu. De plus, il réalise une révolte contre le modèle de "l'homme bon" qui
devrait pleurer lors de la mort de sa mère ou bien ne pas être aussi indifférent à l'amour qu'il porte à
Marie ou à l'acte qu'il a produit, tuer un homme. En ne remplissant pas le rôle de "l'homme parfait",
il se révolte contre ce que la société entend par "homme parfait". Et pour finir, il se révolte aussi
contre la mort, elle le rend indifférent et il ne la considère pas comme étant importante. C'est comme
si la mort ne lui faisait pas peur et qu'il jonglait entre la croyance en Dieu et le choix de se suicider. Il
ne souhaite faire aucun des deux, il se résigne donc à être indifférent.

VI. LA LIBERTÉ
Selon Camus, l'homme possède trois droits fondamentaux, qui lui sont accordés en raison de sa
condition naturelle : le droit à la vie, le droit à la justice et le droit à la liberté.
Le sujet est, c'est-à-dire qu'il s'érige comme un être qui possède certaines caractéristiques conformes
à sa nature et qu'il partage avec le reste des individus.

Cependant, dans de nombreuses occasions, cette liberté lui a été refusée, soit parfois par l'État
(l'utilisation des camps de concentration de l'Allemagne nazie), soit dans d'autres cas par la religion
(la persécution des juifs et des hérétiques effectués par l'Inquisition espagnole entre 1478 et 1834).

 La nature de la liberté
L'absurde est à l'origine de notre liberté d'action, tout comme l'absurde annule la croyance d'une
liberté éternelle, semblable à celle de Dieu. Un homme absurde est un homme qui a cessé de croire
en termes absolus, concernant la durée des passions de sa vie et qui choisit de vivre en étant
conscient de ses limites. Camus considère la liberté comme la valeur qui permet l'existence d'autres
valeurs : ce sera la liberté qui permettra l'existence de la révolte, ainsi que de la justice et de l'égalité,
d'où l'auteur la considère comme « la seule valeur impérissable de l'histoire

» 48. Dans l'homme révolté, la liberté est intrinsèquement liée à la révolte historique, considérée par
Camus comme une exigence des actes révoltés menés au cours des siècles.

En même temps, nous devons distinguer les différentes natures que Camus présente de la liberté : il y
a une liberté intérieure et une liberté extérieure. La liberté intérieure est le pouvoir
d'autodétermination, le désir de vouloir agir et de pouvoir le faire. Ce type de liberté rend claire la
dualité entre agir ou ne pas agir". Cependant, Camus décide de ne pas se concentrer sur ce type de
liberté puisqu'il n'approfondit ni la volonté ni le libre arbitre de l'individu. Albert Camus consacre son
analyse à ce que nous entendons par « liberté extérieure ». Il s'agit de la liberté d'accomplir un acte
sans être soumis à des forces extérieures. Cette liberté témoigne d'une libération face aux contraintes
physiques, civiles, morales ou politiques. Camus accorde une attention particulière, comme nous
l'avons vu, à la collectivité. Camus se concentre donc sur la liberté de l'ensemble des hommes, en
tenant compte de la nature humaine qui caractérise chaque individu et qui est commun à tous.

À l'intérieur de cette liberté extérieure, il distingue plusieurs manifestations de la liberté dont nous
soulignerons deux : la liberté politique et la liberté d'expression. Camus définit la liberté politique
comme "un climat politique où la personne humaine est respectée dans ce qu'elle est comme dans
ce qu'elle exprime"50. Pour analyser cette liberté, il prend comme exemples les principaux
événements qui ont marqué l'histoire de l'Occident, comme la Révolution française, la Révolution
russe ou encore les régimes totalitaires du XXe siècle. Camus estime qu'aucune idéologie ne doit
dicter aux hommes la conduite qu'ils doivent suivre, même si elle se cache derrière le progrès et le
bien général de la société. La liberté politique consiste à ne pas tolérer qu'un autre homme pense
pour un autre : l'individu doit agir seul, dans les limites préalablement fixé par la société, mais sans
être contraint par les ordres d'un autre homme qui lui refuse totalement ou partiellement sa liberté.
L'autre manifestation principale de la liberté sera sa capacité de libre expression. Camus défend ce
type de liberté avec acharnement, en soulignant la nécessité qu'il existe parfois de se révolter, ainsi
que d'élever la voix pour réclamer ce qui nous appartient. Camus mise notamment sur ce type de
liberté puisqu'il est lui-même écrivain et journaliste : "j'ai un goût très vif pour la liberté. Et pour tout
intellectuel, la liberté finit par se confondre avec la liberté d'expression' '|. Cette liberté est
indispensable : le peuple doit pouvoir exprimer ses idées et ses jugements, ainsi que ce qu'il croit être
bien et ce qui ne l'est pas. Il s'agit sans aucun doute d'une arme très puissante, et nous pouvons le
voir clairement illustré par l'intérêt des tyrans à réduire au silence ceux qui élèvent la voix soit par la
prison, soit par des condamnations de divers types, allant jusqu'à la peine de morts ? Malgré tout, au
cours de l'homme révolté, Camus mène une réflexion qui met en garde l'homme sur le fait que la
liberté exige de grands efforts pour l'obtenir et pour la conserver. Nous devons lutter pour la
maintenir, la défendre et la diffuser de manière qu'elle parvienne à tous les hommes. Par conséquent,
Camus insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une valeur confortable, ni beaucoup moins garantie,
même si elle est liée à notre nature : il faut « payer » 53 pour elle. L'individu doit se révolter pour
l'obtenir et la récupérer à certains moments tout au long de l'histoire, se révoltant contre la figure du
maître ou du tyran qui nie son statut d'homme libre. Par ailleurs, Camus note comment le faisait
Rousseau 4, comment l'homme par paresse peut finir par préférer que ce soit un autre qui lui
ordonne ce qu'il doit faire, de sorte qu'il renonce volontairement à sa liberté en échange du confort
et de la paix de n'avoir à suivre que le commandement d'un autre homme. Camus rejette
catégoriquement cette idée, considérant que les hommes doivent lutter pour la liberté, qui considère
que "ce n'est pas un confort, mais une grandeur que l'on veut et que l'on obtient, de loin en loin, par
une lutte épuisante 'S.

 La liberté absolue et les limites.


Ainsi, Camus avertit l'homme de la nécessité de fixer certaines limites à la liberté. Ces limites seront
connues comme les droits de l'autre et empêchent l'individu d'avoir une liberté absolue. "La théorie
de l'acte gratuit couronne la revendication de la liberté absolue"56. Camus considère que le désir
d'obtenir une liberté absolue est dû au nihilisme, qui proclame la prémisse, que si rien n'a
d'importance, tout vaut, ce qui permet le crime et le meurtre, qui va être justifié par le manque de
sens de l'existence. Dans cette vision de la réalité, commettre un meurtre cesse d'être puni. Camus
rejette l'idée de céder au nihilisme parce que cela pourrait conduire à la recherche d'une liberté
absolue qui propagerait le chaos dans la société et l'imposition d'un régime totalitaire dans le
domaine politique '. C'est pour cette raison que l'auteur considère que l'absence de barrières dans la
liberté ne peut que conduire au crime et au chaos de la société : "La liberté totale, celle du crime en
particulier, suppose la destruction des frontières humaines ». * Camus aborde cette question dans sa
pièce de théâtre Caligula (1945). Une fois qu'il est devenu clair que la liberté ne peut être absolue,
l'homme doit travailler sur les limites qu'il va placer et sur ses justifications. Pour éviter que la justice
ne soit éliminée, l'individu doit donc se conformer à la loi, qui sera le moyen de limiter les actions de
l'homme avec l'intention de les rendre justes pour le domaine collectif Nous ne pouvons pas vivre
dans un monde sans loi. L'existence même implique une loi naturelle, "vivre sur une terre sans loi est
impossible parce que vivre suppose précisément une loi"60. Camus rejette alors la loi d'ordre divin et
de caractère éternel pour se concentrer sur la condition finie et éthérée de l'homme. La loi éternelle
que Dieu a promulguée et dont on considère quelle dérive la loi naturelle de l'homme n'existe pas
pour Camus. Seule la loi naturelle qui est fondée sur l'homme et la raison peut assurer l'ordre de la
communauté." Au moment de rejeter la loi divine, l'homme rejette Dieu. Cependant, il doit alors
créer de nouvelles lois centrées sur sa réalité sur la terre, des lois qui régissent sa relation avec les
autres individus » ? L'élaboration de nouvelles règles évite le chaos dans une société où les limites
ont été de nouveau effacées : "Si la loi éternelle n'est pas la liberté, l'absence de loi l'est encore
moins... Le chaos, lui aussi, est une servitude. Il n'y a de liberté que dans un monde où ce qui est
possible se trouve défini en même temps que ce qui ne l'est pas. Sans loi, point de liberté". 63 Cette
idée est immédiatement liée à la valeur de la justice, que Camus considère comme l'un des trois
droits dont l'homme doit jouir.

VII. LA NATURE
La nature occupe une place significative dans "L'Étranger", servant souvent de toile de fond aux
événements de l'histoire. Les descriptions des paysages, en particulier ceux de la plage et de la mer,
créent une atmosphère de calme et de contemplation. La nature agit parfois comme un contraste à la
nature absurde et chaotique de la société humaine.
 La symbolique de la nature
La nature peut être interprétée comme un symbole de l'indifférence de l'univers et de la vérité
inébranlable de l'existence. Contrairement aux caprices et aux conventions sociales, la nature suit un
cours immuable, indifférente aux actions et aux destins des individus. Les moments de connexion
entre Meursault et la nature soulignent sa quête de vérité et de sens au-delà des artifices de la
société humaine.

C. CONCLUSION
Dans "L'Étranger" d'Albert Camus, la narration de l'histoire de Meursault, un homme en marge de la
société, nous plonge dans un monde où les thèmes de la solitude, de la justice, de la mort, de
l'absurde, de la révolte, de la liberté et de la nature sont explorés avec une profondeur et une
complexité remarquable. À travers les actions et les pensées de Meursault, Camus met en lumière les
dilemmes existentiels de l'homme moderne confronté à un univers indifférent et absurde. La solitude
de Meursault, son détachement émotionnel et son isolement social, reflètent l'aliénation de
l'individu dans un monde dépourvu de sens intrinsèque. La quête de justice de Meursault révèle les
ambiguïtés et les injustices du système judiciaire, tandis que sa perception de la mort comme un
événement banal souligne l'absurdité fondamentale de l'existence humaine. L'absurde, thème central
du roman, est illustré à travers les événements déconcertants et les réactions irrationnelles des
personnages face à la conduite de Meursault. Sa révolte contre les normes sociales et son affirmation
de liberté offrent une réponse à l'absurdité de l'existence, même si cela conduit à sa marginalisation
et à sa condamnation. Enfin, la nature, présente en toile de fond, symbolise l'indifférence de l'univers
et offre à Meursault des moments de connexion et de réflexion dans un monde marqué par
l'inhumanité. En conclusion, "L'Étranger" est bien plus qu'un simple récit ; c'est une méditation
profonde sur la condition humaine et les défis de vivre dans un monde dépourvu de sens et de
certitude. À travers ses thèmes universels et intemporels, le roman résonne encore aujourd'hui en
nous invitant à réfléchir sur notre propre existence et notre quête de sens dans un monde souvent
incompréhensible.

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