Impact économique du COVID-19 en Afrique
Impact économique du COVID-19 en Afrique
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Gerard ; Djiofack, Calvin Z. ; Kubota, Megumi ; Korman, Vijdan ; Cantu Canales, Catalina. 2020. Africa’s Pulse, No. 21 (Avril).
Washington, DC. Doi: 10.1596/978-1-4648-1569-0. La Banque mondiale. Licence : Creative Commons Attribution
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ISBN (digital): 978-1-4648-1569-0
DOI: 10.1596/978-1-4648-1569-0
Conception de la page de couverture : Rajesh Sharma
Résumé analytique
Résumé analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
Réponse politique au COVID-19 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Appendice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
A F R I C A’ S P U L S E > i
Liste de cartes
Carte 1.1 : Cas confirmés de COVID-19 en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Carte 1.2 : Indice de couverture sanitaire universelle et classement des pays . . . . . . . . . . 18
ii > A F R I C A’ S P U L S E
Figure 1.19 : Aide publique au développement nette reçue en 2018. . . . . . . . . . . . . . . . . 32
Figure 1.20 : Contribution totale du tourisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Figure 1.21: Recettes du tourisme international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Figure 1.22 : Inflation et équilibre budgétaire en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . 35
Figure 1.23 : Ratio de couverture des importations par les réserves
de change dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2 018 . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Figure 1.24 : Balance courante, moyenne, 2019-20. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Figure 1.25 : Viabilité de la dette dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2 019. . . . . . . . . . . 38
Figure 1.26 : Encours de la dette extérieure publique et garantie par l’État, 2 018 . . . . . . . . . 39
Figure 1.27 : Service de la dette extérieure publique et garantie par l’État, 2 018. . . . . . . . . . 40
Figure 1.28 : Dette brute des administrations publiques par composition
en monnaies dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2019. . . . . . . . . . . . . . . 42
Figure 1.29 : La croissance en Afrique subsaharienne devrait ralentir fortement en 2020 . . . . . 44
Figure 1.30 : Scénarios de croissance en fonction du COVID-19 en Afrique subsaharienne. . . . 45
Figure 1.31 : Le scénario de crise en deux phases illustre l’impact négatif
du COVID-19 sur la croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Figure 1.32 : Les perspectives de croissance faibliront pour toutes
les catégories de pays en 2020. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Figure 1.33 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur le PIB réel (2020-2021). . . . . . . . . . . . 55
Figure 1.34 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur le taux
de croissance de l’Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Figure 1.35 : Impact sur le PIB par nature des chocs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Figure 1.36 : Impact en Afrique subsaharienne de la pandémie
de COVID-19 par groupes de ressources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
Figure 1.37 : Impact du COVID-19 par sous-région. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Figure 1.38 : Impact fiscal en Afrique subsaharienne du COVID-19 —
Perte de recettes en 2020 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Figure 1.39 : Impact fiscal en Afrique subsaharienne du COVID-19 —
Solde global en 2020 et 2021. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Figure 1.40 : Impact du COVID-19 sur le bien-être des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Figure 1.41 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur la valeur
ajoutée des principaux secteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Figure 1.42 : Impact d’une réponse non collaborative à la crise. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Figure 1.43 : Impact à long terme du COVID-19 sur le PIB de l’Afrique subsaharienne . . . . . . . 62
A F R I C A’ S P U L S E > iii
Figure 2.1 : Dette publique brute en Afrique subsaharienne, 2000-2019. . . . . . . . . . . . . . 86
Figure 2.2 : Encours de la dette extérieure publique et garantie
par l’État en Afrique subsaharienne, 2000-2018. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Figure 2.3 : Service de la dette extérieure publique et garantie par l’État en Afrique
subsaharienne, 2000-2018 (% des exportations). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Figure 2.4 : Dette publique brute, certaines années, par richesse en ressources naturelles. . . 88
Figure 2.5 : Dette publique brute des pays d’Afrique subsaharienne. . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Figure 2.6 : Dette publique en Afrique subsaharienne,
par intensité d’accumulation de la dette, 2012-2019. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Figure 2.7 : Dette publique des gros emprunteurs en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . 90
Figure 2.8 : Dette publique, par monnaie et par type d’emprunteur, 2007-2019 . . . . . . . . . 90
Figure 2.9 : Dette extérieure publique et garantie par l’État en
Afrique subsaharienne, par type d’emprunteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Figure 2.10 : Service de la dette extérieure publique et garantie par l’État
en Afrique subsaharienne, par type d’emprunteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Figure 2.11 : Encours de la dette extérieure publique et garantie par l’État,
par type d’emprunteur, 2010-2018 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
Figure 2.12 : Service de la dette extérieure PGE par niveau d’endettement, 2010-2018 . . . . . . 92
Figure 2.13 : Croissance, investissement et efficacité de l’investissement,
par type d’emprunteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
Figure 2.14 : Croissance de la demande globale, par type d’emprunteur . . . . . . . . . . . . . . . 94
Figure 2.15 : Croissance de l’investissement au cours de la période 2013-2019,
par type d’emprunteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Figure 2.16 : Qualité des politiques et des institutions en Afrique subsaharienne,
par type d’emprunteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Figure B1.1.1 : La Chine joue un rôle clé dans l’économie mondiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Figure B1.1.2 : La Chine est une source majeure de demande sur les
marchés mondiaux des matières premières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Figure B1.2.1 : Cas d’infections envisagés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Figure B1.2.2 : Décès envisagés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Figure B1.2.3 : Organisations des logements pour chaque option de protection. . . . . . . . . . . 17
iv > A F R I C A’ S P U L S E
Liste des tableaux
Tableau 1.1 : Hypothèses des différents scénarios . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Tableau 1.2 : Principales hypothèses formulées dans les scénarios. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Tableau 1.3 : Chocs internationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Tableau 1.4 : Déviation observée pendant la crise Ebola de 2014-2016
par rapport aux tendances 2000-2013 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Tableau 1.5 : Importations de produits agricoles et alimentaires en Afrique subsaharienne
en 2020 et 2021. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Tableau 2.1 : Prix du pétrole et position budgétaire de certains pays d’Afrique subsaharienne . 83
Tableau 2A : Service de la dette extérieure PGP par type de créancier, 2018. . . . . . . . . . . . . 97
Tableau A.1 : Groupes de pays/régions proposés et principaux canaux de transmission . . . . . 99
Tableau A.2 : Cartographie des secteurs proposés et des secteurs GTAP. . . . . . . . . . . . . . . 99
Tableau B.1 : PIB et principaux indicateurs macro-économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
Tableau B.2 : Part des exportations pétrolières, minières et touristiques dans le total des
exportations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Tableau B.3 : Part des exportations pétrolières, minières et touristiques vers la Chine,
l’Union européenne et les États-Unis dans le total des exportations . . . . . . . . 103
Tableau B.4 : Indice de préparation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Appendice Tableau 1 : Classification des pays pour l’analyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
Appendice Tableau 2 : Classification par revenu des pays d’Afrique subsaharienne . . . . . . . . 119
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vi > A F R I C A’ S P U L S E
Résumé analytique
u La pandémie du COVID-19 a déjà coûté cher en vies humaines et a gravement perturbé l’activité
économique dans le monde. L’impact de cette crise sans précédent sur la vie humaine et sur l’économie
mondiale reflète la vitesse et la gravité de la contagion, une plus grande intégration des marchés, et le rôle
majeur que joue la Chine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, les voyages et les marchés de
matières premières.
u Malgré une arrivée tardive, le virus s’est rapidement propagé en Afrique subsaharienne ces
dernières semaines. Au quatre avril, 5 425 cas de COVID-19 étaient confirmés dans 45 des 48 pays
d’Afrique subsaharienne. Vu l’insuffisance des capacités de test dans de nombreux pays de la région, il est
probable que ce décompte sous-estime le nombre réel d’infections.
u Nous prévoyons que la croissance économique en Afrique subsaharienne passera de 2,4 % en 2019
à une fourchette entre -2,1 % et -5,1 % en 2020, ce qui constituera la première récession dans la
région depuis 25 ans. Les pertes de production dans la région pour 2020 vont se chiffrer entre 37 milliards
et 79 milliards d’USD. La révision à la baisse de la croissance en 2020 reflète les risques macro-économiques
découlant de la chute brutale de la croissance du PIB des principaux partenaires commerciaux de la région,
particulièrement la Chine et la zone euro, de la baisse des prix des matières premières, de la réduction
de l’activité touristique dans de nombreux pays ainsi que des effets des mesures destinées à maîtriser la
pandémie mondiale du COVID-19.
u Le COVID-19 frappe les trois plus grandes économies de la région (le Nigéria, l’Afrique du Sud et
l’Angola) dans le contexte d’une faiblesse persistante de la croissance et des investissements, et
d’un déclin des prix des matières premières. Les prix du pétrole brut et des métaux industriels ont
fortement baissé (de 50 et 11 % respectivement entre décembre 2019 et mars 2020). Les simulations
des modèles suggèrent que, comparé à un scénario de référence sans COVID-19, la croissance moyenne
du produit intérieur brut (PIB) réel dans ces trois pays pourrait connaitre une réduction allant jusqu’à 6,9
points de pourcentage en 2020 dans un scénario de crise grave mais circonscrite, et jusqu’à 8 points de
pourcentage dans un scénario de crise prolongée en deux phases. L’Afrique du Sud a le plus grand nombre
de cas confirmés dans la région et les mesures strictes de lutte contre le virus et d’atténuation de ses
conséquences pèsent sur son économie.
u Généralement, les pays dépendants des exportations minières et pétrolières devraient être les plus
durement frappés. La chute de la croissance pourrait atteindre jusqu’à 7 points de pourcentage dans les
pays exportateurs de pétrole et jusqu’à 8 points de pourcentage dans les pays exportateurs de métaux,
ceci par rapport à un scénario de référence sans COVID-19.
u Dans les pays ne disposant pas de grandes ressources naturelles, la croissance devrait ralentir, mais
rester positive. Elle va s’affaiblir de façon substantielle dans les deux zones de croissance rapide, l’Union
économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest où l’épidémie se propage rapidement, et la Communauté
d’Afrique de l’Est, à cause de la faiblesse de la demande extérieure et des perturbations des chaînes de
valeur et des productions nationales. L’activité dans les pays dépendants du tourisme devrait également se
contracter fortement en réponse aux fortes perturbations dans les voyages et les activités touristiques.
u Dans le scénario de crise grave mais circonscrite et dans le scénario de crise prolongée en deux
phases, la croissance va tomber en dessous du taux régional moyen de croissance démographique
de 2,7 %, ce qui veut dire qu’en l’absence de mesures d’atténuation appropriées, l’épidémie de COVID-19
va avoir un impact profond sur le bien-être d’un grand nombre de personnes dans la région.
u L’impact négatif de la crise du COVID-19 sur le bien-être des ménages devrait être également
considérable. Dans un scénario de crise grave, les pertes de bien-être en 2020 s’élèvent à 7 % par
rapport un scénario de référence sans COVID-19, mais pourraient atteindre 10 % si la crise devait se
prolonger. La détérioration des termes de l’échange (à la suite de l’effondrement des prix des produits de
base) combinée à une baisse de l’emploi se traduit par une forte perte de bien-être pour les ménages.
A F R I C A’ S P U L S E > 1
u Des stratégies ayant pour résultat des blocages des échanges sous-régionaux vont accroître les
coûts de transaction et mener à des pertes de bien-être encore plus fortes. En Afrique, dans une
région qui dépend des produits agricoles, ces stratégies auront un impact disproportionné sur le bien-être
des ménages à cause des augmentations de prix et des déficits d’approvisionnement.
u Si les pays devaient fermer leurs frontières au commerce (scénario de non-coopération en Afrique)
les pertes de bien-être se monteraient à 14 % par rapport au scénario de référence sans COVID 19.
La fermeture des frontières affecterait de façon disproportionnée les populations pauvres, en particulier les
ouvriers agricoles ou la main d’œuvre non qualifiée du secteur informel. Dans ce contexte, les pays africains
doivent saisir cette occasion pour renforcer les chaînes de valeur régionales dans le cadre de l’Accord de
libre-échange continental africain.
u La crise du COVID-19 contribue également à accroître l’insécurité alimentaire avec, dans plusieurs
pays africains, une dépréciation des monnaies combinée avec une augmentation du prix des denrées
de base. Cette crise s’ajoute à d’autres crises qui affectent plusieurs endroits du continent, y compris les
invasions de criquets pèlerins, la sécheresse, le changement climatique, la fragilité, les conflits, la violence et le
sous-développement des marchés alimentaires. Bien que les stocks alimentaires mondiaux soient abondants
et que les prix de nombreux produits de base soient stables, les prix d’autres denrées (telles que le blé et le
riz) augmentent alors que les monnaies de plusieurs pays se déprécient. La combinaison de ces deux facteurs
fait flamber les prix aux consommateurs et contribue à accroître l’insécurité alimentaire, en particulier dans
les pays importateurs de produits alimentaires. Simultanément, les revenus des ménages sont en baisse,
entraînant une réduction de la demande, avec pour résultat l’insécurité alimentaire pour les ménages presque
pauvres, pauvres ou vulnérables tels que les réfugiés et les déplacés internes.
u Les chaînes d’approvisionnement agroalimentaire locales enregistrent déjà des perturbations,
y compris un accès réduit aux intrants et aux services, des mouvements de main-d’œuvre,
des blocages au niveau des transports et des routes, ainsi que des difficultés d’accès au crédit
ou aux liquidités. Ces perturbations s’ajoutent aux perturbations des chaînes d’approvisionnement
au niveau mondial telles que les interdictions d’exporter qui affectent la sécurité alimentaire de pays
africains importateurs de denrées alimentaires. Il y a donc un besoin urgent de réponses politiques
mieux coordonnées, fondées sur les faits, et accompagnées de financements, de façon à éviter une crise
alimentaire majeure en Afrique résultant du COVID-19.
u Le COVID-19 est susceptible de créer une grave crise en termes de sécurité alimentaire en Afrique
subsaharienne. La contraction de la production agricole pourrait aller de 2,6 % dans le scénario de crise
grave jusqu’à 7 % dans le scénario de non coopération avec blocages commerciaux. Les importations
alimentaires baissent également de façon considérable (de 13 à 25 %) en raison de la combinaison de
coûts de transaction plus élevés avec une demande intérieure réduite.
u Ces constats reflètent les multiples canaux de transmission du COVID-19 sur l’activité
économique en Afrique subsaharienne. Le premier est constitué par les perturbations des échanges
et des chaînes de valeur, qui affectent les exportateurs de produits de base de la région (à la suite de
l’effondrement des cours internationaux du pétrole, des minéraux et des métaux) ainsi que les pays
fortement intégrés dans des chaînes de valeur (par exemple, l’Éthiopie et le Kenya). Le deuxième canal
est constitué par la réduction des flux de financement étrangers sous forme d’investissements direct
étrangers (IDE) (en particulier les investissements dans les industries extractives et les infrastructures),
de l’aide étrangère, des transferts de fonds, des recettes du tourisme, et par la fuite des capitaux (témoin
la sortie de 1,75 milliard d’USD des portefeuilles sud-africains observée au cours du mois de mars).
Le troisième canal de transmission est le secteur de la santé avec l’impact direct qu’a le COVID-19 sur
l’activité économique en raison de l’ampleur de la propagation du virus dans la région (tant en termes
du nombre de personnes infectées que du nombre de décès). Le quatrième canal est constitué par
les perturbations qu’entraînent les mesures de confinement imposées par les autorités nationales et la
réponse de la population. De manière combinée, la faible demande extérieure, la chute brutale des prix
des produits de base et le bouleversement du secteur touristique résultant du COVID-19 vont avoir un
effet négatif sur l’activité économique en Afrique subsaharienne.
2 > A F R I C A’ S P U L S E
u Les déficits des comptes courants dans la région vont se creuser à cause de la détérioration
des balances commerciales suite à la baisse des exportations. Une hausse du sentiment de
risque a affaibli les monnaies africaines et a amplifié les risques budgétaires, ce qui s’est reflété par un
creusement marqué des écarts de taux d’obligations souveraines dans certains pays (par exemple,
l’Angola et la Zambie). Au Nigéria, les pressions exercées sur les réserves de change ont incité la banque
centrale à accepter pour la première fois depuis la mi 2016 une dépréciation du naira par rapport au
dollar US. L’inflation dans les pays reste en dessous de 10 %, ce qui a permis aux banques centrales de
réduire les taux d’intérêt pour soutenir leurs économies. Le faible niveau des entrées de capitaux pourrait
forcer certains pays à financer leur déficit du compte courant en prélevant sur leurs réserves, ce qui les
exposerait à de nouvelles dépréciations de la monnaie et partant, à des pressions inflationnistes.
u Les déficits budgétaires, selon les prévisions, devraient se creuser dans le contexte d’une baisse
des recettes publiques. La détérioration des positions budgétaires devrait être plus importante dans
les pays exportateurs de matières premières ou dépendants de recettes touristiques. Les pays riches en
pétrole revoient leurs budgets nationaux pour 2020, dont les hypothèses de prix sont plus élevées que
le prix moyen du pétrole brut.
u Au niveau mondial, les données recueillies suggèrent que la déstabilisation économique provoquée
par la pandémie du COVID-19 est forte, et que l’économie mondiale s’enfonce dans une récession.
La production industrielle, les investissements, les ventes au détail et les prestations de services se sont
brutalement contractés en Chine au cours du premier trimestre de 2020. Des contractions d’un même ordre
de grandeur devraient se produire dans d’autres pays, y compris aux États-Unis et dans la zone euro, où les
épidémies locales combinées aux mesures strictes de confinement vont peser sur l’activité économique.
u Les prix de la plupart des matières premières ont baissé, avec une chute marquée des prix du
pétrole brut et des métaux industriels. De plus, les marchés boursiers mondiaux ont été volatils et ont
dégringolé en réponse aux incertitudes quant à la durée et aux effets de la pandémie du COVID-19. Les
marges sur les emprunts à haut risque se sont élargies et les monnaies des économies émergentes et
en développement (EED) se sont rapidement dépréciées. En mars 2020, les sorties de capitaux des EED
dépassaient celles observées au pire de la crise financière mondiale de 2008, la plupart de ces sorties
provenant d’EED autres que la Chine.
A F R I C A’ S P U L S E > 3
garder l’économie en état de marche. Les mesures devraient viser à renforcer les systèmes de santé, à
fournir aux travailleurs (formels et informels) une aide en espèces et en nature, à fournir un soutien de
trésorerie aux entreprises viables (formelles ou informelles), et à garantir la prestation des services publics.
u Vu les contraintes budgétaires, priorité devrait être donnée au renforcement des capacités
humaines et techniques de santé publique de façon à répondre à la crise du COVID-19. Il faudrait
réorienter les ressources vers la protection du personnel de santé, et équiper ce dernier de tous les
équipements de protection nécessaires pour éviter de perdre davantage de personnel médical déjà en
nombre limité. Il faudrait aussi déployer des efforts pour étendre les tests, et dans la mesure du possible,
procéder à des tests de surveillance, y compris dans les zones rurales. Sur le plan organisationnel, il
sera indispensable d’établir un centre de commandement au niveau national dirigé par de hautes
personnalités scientifiques, et assurer la coordination au sein du gouvernement (représentant du chef de
l’État et principalement des ministères responsables de la Santé et de l’Économie et des Finances), ainsi
qu’avec des entités du secteur privé.
u L’expérience acquise au cours de la gestion de la crise de l’Ebola offre d’importantes leçons. Un
engagement massif des communautés assurant à la population un flux d’informations crédibles a joué
un rôle essentiel. En plus des villes, la résolution de problèmes au niveau des villages, y compris assurer
l’accès à l’eau et au savon pour se laver les mains, et pratiquer la distanciation sociale, sera indispensable
au succès. La résolution des problèmes au niveau communautaire a eu un rôle clé au Libéria au plus fort
de la crise de l’Ebola. Ceci est particulièrement vrai dans des pays dont le gouvernement central manque
de crédibilité auprès des populations ou a perdu sa crédibilité.
u Mettre en œuvre un programme de protection sociale pour aider les travailleurs, en particulier
ceux du secteur informel. Les transferts en espèces sont les instruments les plus utilisés dans la majorité
des pays en développement, y compris certains des pays d’Afrique subsaharienne. Certaines des mesures
mises en œuvre actuellement comprennent des paiements en ligne, des transferts en nature (distribution
d’aliments), des aides sociales pour les personnes handicapées ou âgées, des subventions salariales pour
empêcher des licenciements massifs, et la gratuité pour certains services de base (par exemple, les tarifs
de l’électricité et les transactions d’argent mobile).
u Minimiser les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire intra-africaines,
et maintenir ouverts les couloirs logistiques pour éviter l’apparition d’une crise alimentaire dans
la région. Des technologies numériques peuvent aider à anticiper les problèmes et à pallier les pénuries
temporaires, ainsi qu’à développer la résilience des chaînes alimentaires. Les systèmes d’alerte précoce de
pénuries alimentaires et les systèmes associés d’approvisionnement alimentaire d’urgence devront être
ajustés pour accroître l’attention portée aux zones rurales et urbaines.
u La coordination régionale peut renforcer la réponse politique. À un moment où des pays choisissent
des solutions nationales et des politiques autarciques ou n’ont pas la coordination voulue de leurs efforts,
l’Afrique doit intensifier ses actions en vue de l’intégration économique et de l’approfondissement de la
coopération régionale. Des priorités existantes avant la crise du COVID-19, telles que la mise en œuvre
de la zone de libre-échange continental africaine (ZLEC), l’augmentation du commerce intrarégional, le
développement de marchés énergétiques régionaux ainsi que l’inclusion numérique et financière, restent
d’une importance critique.
u De façon générale, la réponse politique à la crise du COVID-19 en Afrique a besoin d’être
différenciée. Les politiques adaptées aux besoins de pays avancés et vieillissants ne répondent
pas nécessairement aux besoins de pays à faible revenu dont la population est pauvre et jeune. Un
effondrement de l’activité économique résultant de mesures de confinement et de l’instabilité macro-
économique augmentera la pauvreté, et mettra en danger des vies et des moyens de subsistance.
u Planter les graines d’une plus grande résilience. Il s’agit d’une condition sine qua non pour éviter
l’occurrence d’une autre décennie perdue dans le développement de l’Afrique. La réponse politique
devra donc dépasser les solutions rapides qu’exige la situation actuelle et développer des stratégies pour
4 > A F R I C A’ S P U L S E
améliorer la situation en termes d’eau et d’assainissement, pour remédier à la crise du capital humain en
particulier dans le secteur de la santé, pour mobiliser les technologies numériques de manière à renforcer
l’efficacité du commerce et de l’administration publique au cours du confinement et au-delà, pour
maintenir un bon niveau d’investissement dans des services publics tels que l’électricité, pour favoriser
des chaînes de valeur intra-africaines dans le cadre de l’Accord de libre-échange continental africain
pour la substitution des importations. Les responsables politiques et les partenaires au développement
devront donc réfléchir aux moyens de préparer l’avenir et envisager des politiques qui renforcent la
résilience et donnent aux économies africaines les moyens de se redresser plus vite et de s’épanouir
après le COVID-19. Bien qu’elle puisse paraître contre-intuitive en période d’urgence, cette vision à long
terme pourrait s’avérer décisive pour les pays africains. Ces politiques sont susceptibles de contribuer à
raccourcir la période de redressement et à mettre l’Afrique sur la voie d’une transformation économique.
Trouver l’espace budgétaire nécessaire pour lutter contre le COVID-19 dans une
situation caractérisée par une vulnérabilité accrue de la dette publique
u À cause de la détérioration des situations budgétaires et de la vulnérabilité accrue de la dette
publique, les gouvernements d’Afrique subsaharienne ne disposent que de peu de marge
de manœuvre pour mettre en place des politiques budgétaires pour lutter contre la crise du
COVID-19. La crise budgétaire résultant de la baisse des recettes est en train de réduire l’espace budgétaire
des pays. Les prix de référence des matières premières et les taux de croissance des budgets nationaux
sont revus à la baisse de façon significative. La situation est aggravée par des situations d’endettement plus
importantes et plus risquées et par une augmentation du coût des emprunts extérieurs — ce qui ne fera
que détériorer davantage les perspectives de soutenabilité de la dette. Mener des politiques efficaces tout
en préservant la stabilité macro-économique en Afrique subsaharienne au cours de la crise du COVID 19 va
requérir une coordination et un appui de grande ampleur de la communauté internationale. L’assistance
financière des organisations multilatérales et des créditeurs bilatéraux va s’avérer nécessaire. Le Fonds
monétaire international, dans le cadre de sa mission de stabilisation, accroît ses efforts et met à disposition
des ressources pour soutenir les balances des paiements. Le Groupe de la Banque mondiale vient de créer
un nouveau mécanisme de décaissement rapide de 14 milliards d’USD et met à disposition un ensemble
de ressources d’un montant de 160 milliards d’USD pour répondre à la crise au cours des 15 prochains
mois. Une première vague de 25 projets comprenant des dons, des crédits et des prêts pour un montant
total de 2 milliards d’USD et destinés à aider des pays (dont 10 sont en Afrique) a été approuvée par le
Groupe de la Banque mondiale le 27 mars. Bien que louables, ces efforts pourraient s’avérer insuffisants
sans une action mondiale sur la question de la dette.
u Un allégement temporaire de la dette sera nécessaire pour lutter contre le COVID 19 tout en
préservant la stabilité macro-économique dans la région. En 2018, les pays de la région ont payé 9,4
milliards d’USD aux créditeurs bilatéraux officiels au titre du service de la dette en 2018, dont 9,4 milliards
d’USD payés à des créditeurs bilatéraux officiels, soit environ 0,6 % du PIB de l’Afrique subsaharienne.
Dans une région qui pourrait avoir besoin de mesures urgentes de stimulation économique pour un
montant de 100 milliards d’USD, y compris une exonération des intérêts de la dette estimée à 44 milliards
d’USD en 2020, le moratoire sur la dette pourrait injecter immédiatement des liquidités et élargir l’espace
budgétaire des gouvernements africains. Un moratoire sur la dette accordée par les créditeurs officiels
à l’Angola représente 4,1 milliards d’USD (4 % du PIB). En ce qui concerne le Kenya, un tel moratoire
libérerait des ressources totalisant 675 millions d’USD (0,8 % du PIB) provenant d’une suspension des
paiements de la dette des créditeurs officiels bilatéraux. Les dirigeants africains ont commencé à lancer
des appels pour accroître les flux de ressources provenant de la communauté internationale, notamment
celles provenant des institutions financières internationales, des créditeurs officiels bilatéraux et du
secteur privé. Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont appelé à un
« gel de la dette ». Une telle initiative pourrait constituer une part importante de la réponse mondiale
pour atténuer l’impact du COVID 19 sur les populations pauvres d’Afrique.
A F R I C A’ S P U L S E > 5
Évaluation de l’impact économique du COVID-19
sur les économies africaines : notre méthodologie
Nos conclusions en ce qui concerne l’impact du COVID-19 sur les économies africaines proviennent de deux
modèles applicables à l’ensemble de l’économie : un modèle structurel macro-économique, le modèle macro-
économique et budgétaire « MFMOD » de la Banque mondiale, et le modèle d’équilibre général calculable
(EGC) dynamique mondial « ENVISAGE », également de la Banque mondiale.
L’analyse utilise deux scénarios :
1. Le premier, un scénario de crise grave mais circonscrite, est basé sur les hypothèses suivantes : i) la pandémie
atteint son point culminant dans les économies avancées permettant ainsi un retrait progressif des mesures de
confinement au cours des deux prochains mois, ii) la pandémie s’estompe en Chine et iii) des épidémies locales
sont maîtrisées dans d’autres pays et en Afrique subsaharienne. Le deuxième scénario, un scénario de crise
prolongée, est basé sur l’hypothèse que la flambée de COVID-19 continue à peser sur l’économie au cours du
troisième et du quatrième trimestre de 2020 et en 2021, imposant ainsi des mesures de distanciation sociale pour
maintenir la propagation du virus à des niveaux maîtrisables.
2. Le modèle EGC a pour hypothèse que le profil de propagation de la pandémie du COVID-19 dans le scénario
de crise grave est semblable à celui de la flambée d’Ébola de 2014 en Guinée où le nombre de cas avait atteint
2707 en 2014 et 1097 en 2015 ; ce profil est utilisé pour calibrer les chocs nationaux exogènes pour ce scénario.
Le scénario catastrophique a pour hypothèse un profil de propagation de la pandémie qui se rapproche de la
flambée d’Ebola de 2014 en Sierra Leone (le pays le plus affecté) où le nombre de cas avait atteint 9446 en 2014 et
4676 en 2015. Par conséquent, l’impact économique de la crise d’Ébola de 2014 en Sierra Leone a servi à calibrer
les chocs exogènes pour ce second scénario. Dans les deux cas, la taille du choc dû au COVID-19 dans les pays
affectés est ajustée pour refléter l’indice de préparation aux épidémies.
3. Trois principaux résultats sont retirés de ces scénarios :
· Des simulations illustratives avec le modèle MFMOD montrent que dans le scénario d’une crise grave,
mais circonscrite, le déclin de la croissance en Afrique subsaharienne pourrait atteindre jusqu’à 5,2
points de pourcentage en 2020, par rapport à un scénario de référence sans COVID-19. Sur cette base,
la croissance du produit intérieur (PIB) brut réel dans la région devrait, selon les projections, tomber de
2,4 % en 2019 à -2,1 % en 2020. Dans le scénario de crise prolongée dans lequel le COVID-19 perdure et
se propage de façon plus intensive, la croissance dans la région pourrait tomber à -3,0 % en 2020.
· Les simulations du modèle EGC suggèrent que l’impact immédiat du COVID-19 sur la croissance en
Afrique subsaharienne pourrait être substantiel, même dans le scénario le plus optimiste d’une crise
grave mais circonscrite grâce à une réponse rapide et efficace. Les résultats des simulations montrent
que le PIB pourrait être inférieur à celui du scénario de référence sans COVID-19 d’environ 5,7 points de
pourcentage en 2020. Sur cette base, la croissance dans la région, selon les projections, pourrait baisser
à -2,5 % en 2020 à cause du COVID-19. Dans le scénario le plus pessimiste (continuation de la pandémie
du COVID-19 au cours de 2021), le déclin de la production pourrait être beaucoup plus important. Le
PIB pourrait alors être de 7,6 % inférieur au scénario de référence sans COVID-19 en 2020. Dans cette
hypothèse, la croissance dans la région baisserait à -5,1 % en 2020.
Pour mémoire :
Le Modèle macro-économique et budgétaire de la Banque mondiale (MFMOD) est un modèle économétrique structurel dont la plupart des paramètres sont
estimés en utilisant le système de correction d’erreurs de Wickens et Breusch (1988). Le MFMOD est actuellement estimé pour 181 pays (développés et en
développement) et se prête particulièrement bien aux projections, notamment pour le court et moyen terme, ainsi qu’aux analyses de politique. La version du
MFMOD utilisée pour cette analyse est un modèle régional subsaharien construit en agrégeant des modèles de pays individuels. Les paramètres du modèle
sont estimés sur la base des données des Indicateurs du développement dans le monde les plus récentes et disponibles au cours du troisième trimestre de
2019. Les modèles de pays individuels sont liés entre eux par les flux commerciaux et les transferts de fonds.
ENVISAGE est un modèle mondial d’équilibre général calculable (EGC) dynamique et récursif, qui modélise de façon explicite les effets d’année en année
d’une politique sur l’économie. La version actuelle d’ENVISAGE se fonde largement sur la banque de données du GTAP 9 (Global Trade Analysis Project 2014).
Les données comprennent des matrices de comptabilité sociale et des flux d’échanges bilatéraux pour 141 pays ou régions et 57 secteurs. L’analyse utilise
14 pays ou régions d’Afrique sur la base de i) la disponibilité des données dans la banque de données GTAP (seuls 32 pays africains sont représentés dans la
banque de données GTAP) ; ii) la taille de l’économie (Priorité est donnée à l’évaluation des plus grandes économies africaines représentées dans la banque
de données GTAP) ; iii) les principaux canaux de transmission (pétrole, mines, autres produits de base, chaînes d’approvisionnement mondiales, tourisme et
voyages) ; et iv) les pays actuellement affectés. Les groupes non africains pris en considération comprennent : la Chine, les 27 états de l’Union européenne, les
États-Unis d’Amérique, d’autres pays de l’organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et le reste du monde (ROW).
6 > A F R I C A’ S P U L S E
Section 1 : Tendances et développements récents
1.1 TENDANCES MONDIALES
L’épidémie de COVID-19 a fait de nombreuses victimes et provoqué des
perturbations économiques majeures dans le monde entier
Le COVID-19 est apparu pour la première fois dans la province chinoise du Hubei en décembre 2019
puis s’est répandu de la Chine vers l’Asie, l’Europe et le reste du monde. Le 11 mars, l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a qualifié le COVID-19 de pandémie mondiale, tandis que le virus se
propageait rapidement dans les pays et représentait un risque important pour la santé publique
dans le monde. Bien que le rythme des nouvelles infections en Chine se stabilise, il s’accélère dans
de nombreuses autres régions du monde (figure 1.1). En Asie de l’Est principalement, certaines
régions qui avaient réussi à contenir la propagation initiale du virus connaissent une deuxième
vague d’infections à mesure que les citoyens reviennent de voyages à l’étranger (tourisme à
l’étranger et étudiants internationaux par exemple). Avec l’incertitude sanitaire et économique
accrue, les turbulences persistantes sur les marchés financiers et les mesures drastiques prises
pour l’endiguer, l’épidémie de COVID-19 apparaît comme le choc négatif le plus important que
l’économie mondiale ait connu depuis la crise financière mondiale de 2007-2009.
Des efforts internationaux et nationaux sont déployés pour trouver des moyens pour traiter le
COVID-19 et vacciner contre cette maladie. Outre les développements nationaux en matière
de recherche médicale, la volonté parmi les pays du G-7 de mettre au point un vaccin contre le
COVID-19 est forte. Certaines économies avancées effectuent déjà des essais avec des médicaments
antirétroviraux (généralement utilisés pour le traitement du sida) et du phosphate de chloroquine
A F R I C A’ S P U L S E > 7
(médicament pour le traitement du paludisme). Des efforts sont également déployés pour
augmenter la production d’équipements de protection individuelle (tels que les masques et les
blouses), de kits de test, de respirateurs ainsi que d’autres équipements médicaux. L’OMS et les
pays sensibilisent de plus en plus la population à la protection individuelle et à la prévention de la
propagation du virus en fournissant des informations correctes sur le COVID-19.
Le rapport de janvier 2020 de la Banque mondiale sur les perspectives économiques mondiales
prévoyait un rebond de l’activité mondiale en 2020. La reprise prévue était déjà fragile, car
elle reposait sur le redressement de quelques grands marchés émergents et économies en
développement (EMDE), tandis que la croissance devait continuer à ralentir en Chine, dans la zone
euro et aux États-Unis, qui sont les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne.
La propagation du virus du COVID-19 signifie que ce rebond ne se produira pas et qu’au contraire,
l’activité mondiale se contractera en 2020.
8 > A F R I C A’ S P U L S E
Les marchés boursiers mondiaux
ont été très volatils et se sont FIGURE 1.2 : PMI composite FIG 2 L’effondrement de
effondrés en réaction aux l’indice composite
55 des directeurs des
informations selon lesquelles
l’épidémie de COVID-19 en achats en Chine,
aux États-Unis
dehors de la Chine s’accélérait. 45 et dans la zone
Une semaine seulement
Indice
euro suggère que
après avoir atteint un sommet les perturbations
historique, le S&P500 a connu 35 économiques
l’une des baisses les plus rapides provoquées par le
de son histoire fin février ; il se COVID-19 seront
situe actuellement environ 25 % 25 probablement très
Jan-19
Feb-19
Mar-19
Apr-19
May-19
Jun-19
Jul-19
Aug-19
Sep-19
Oct-19
Nov-19
Dec-19
Jan-20
Feb-20
Mar-20
en-dessous de son récent pic importantes.
(figure 1.3). Les marchés boursiers
Mondial Chine États-Unis Zone euro
d’autres pays ont connu des
baisses d’une ampleur similaire.
Les rendements des dettes plus La volatilité des
sûres sont tombés à des niveaux
FIGURE 1.3 : Indice S&P 500
FIG 3 marchés boursiers
110 mondiaux reflète
historiquement bas ; les écarts sur Dec. 2015 Dec. 1987 l’incertitude
les emprunts plus risqués se sont
qui entoure la
Clôture de la semaine précédente = 100
En réponse à ces développements, les banques centrales du monde entier, y compris la Réserve
fédérale américaine et la Banque centrale européenne (BCE), ont pris des mesures radicales pour
fournir un accompagnement monétaire supplémentaire, accroître les liquidités et assurer le bon
fonctionnement des marchés financiers. Des mesures de relance budgétaire à grande échelle visant
à atténuer les effets économiques du virus sont déployées dans le monde entier pour soutenir les
ménages et le secteur des entreprises. Néanmoins, les perspectives mondiales ont été fortement
A F R I C A’ S P U L S E > 9
revues à la baisse. Les
La plupart des
prix des matières
FIG 4
mesures agressives de
FIGURE 1.4 : Changements des prix des matières premières depuis janvier 2020
10 confinement, l’incertitude
premières sont en accrue, les turbulences des
baisse, les prix du 0
marchés financiers et les
pétrole brut et des -10
restrictions strictes sur les
Pourcentage
Platine
Zinc
Étain
Cuivre
Plomb
Nickel
Huile de soja
Aluminum
Blé
Maïs
Or
et peut-être plus longtemps.
L’impact du COVID-19
sur l’activité économique
mondiale devrait être plus
Source : Banque mondiale.
Note : La dernière observation date du 25 mars 2020.
FIG B1.B
important que celui d’autres
pandémies, non seulement
parce que le virus du
COVID-19 est considérablement plus contagieux mais aussi parce que l’intégration de l’économie
chinoise dans l’économie mondiale est plus importante. Par rapport à l’épidémie de SRAS en
2002, la Chine joue aujourd’hui un rôle beaucoup plus important dans la production mondiale,
le commerce, les marchés des matières premières et le tourisme international (encadré 1.1). La
faiblesse de la demande extérieure, la chute brutale des prix des principales matières premières qui
l’accompagne et la perturbation du tourisme que le COVID-19 devrait provoquer auront un effet
négatif sur l’activité économique en Afrique subsaharienne.
Le COVID-19 a déjà dépassé les trois grandes épidémies de virus des vingt dernières années
(SRAS, grippe aviaire et MERS-CoV) au regard du nombre de personnes infectées et de
décès. Au 7 avril, le nombre de cas confirmés dans le monde dépasse 1,4 million, ce qui est
nettement supérieur aux 8 096 cas de SRAS en 2002. Le nombre de décès dépasse les 80 000,
ce qui est supérieur aux 858 décès liés au MERS-CoV en 2012. Enfin, le SRAS et le MERS-
CoV ont respectivement touché 29 et 28 pays et territoires — contre 205 pays et territoires
10 > A F R I C A’ S P U L S E
ENCADRÉ 1.1 suite
actuellement touchés par le COVID-19. La propagation du virus à travers le monde est telle
que le nombre de cas confirmés en dehors de la Chine a déjà dépassé celui de l’épicentre.
Depuis la fin février 2020, de nouveaux foyers majeurs de pandémie ont été identifiés en
Asie, en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient. D’autres pays clés de l’économie
mondiale ont été largement touchés par le COVID-19, à savoir les États-Unis, le Japon, la
République de Corée,
l’Allemagne, la France,
l’Italie, l’Espagne et le FIGURE B1.1.1 : La Chine joue un rôle clé dans l’économie mondiale
Royaume-Uni. Le nombre
(% du monde)
FIG B1.A
de personnes infectées 25
continue de croître à un
rythme plus rapide en 20
Amérique du Nord et en
Europe, tandis que les pays
Pourcentage
15
d’Asie semblent avoir déjà
aplani la courbe des cas 10
confirmés. La Chine et les
huit pays susmentionnés 5
représentent la moitié
de la production et de la 0
consommation mondiales. PIB Industrie Commerce Tourisme IDE
Ils représentent également mondial mondiale mondial mondial mondiaux
près des deux tiers de la 2000 2018
production manufacturière
mondiale et plus de la FIGURE B1.1.2 : La Chine est une source majeure de demande sur les
États-Unis et l’Allemagne — 30
font également partie
20
des chaînes de valeur
mondiales. Dans ce 10
contexte, le ralentissement
de l’activité économique 0
Aluminium Cuivre Nickel Zinc Plomb Caoutchouc Pétrole
dans ces pays produira une naturel brut
« contagion de la chaîne 2018 2000
d’approvisionnement » dans Sources : Indicateurs du développement dans le monde, Commodity Market Outlook,
pratiquement tous les pays. Banque mondiale.
A F R I C A’ S P U L S E > 11
1.2. CAS CONFIRMÉS DE COVID-19 EN AFRIQUE
SUBSAHARIENNE : CANAUX DE TRANSMISSION
ET MARGE DE MANŒUVRE POLITIQUE INITIALE
En Afrique subsaharienne, malgré une arrivée tardive, l’épidémie de COVID-19 s’est rapidement
propagée dans la région au cours des dernières semaines (figure 1.5). Au 7 avril, 5 425 cas de
COVID-19 avaient été confirmés dans 45 pays d’Afrique subsaharienne.1 Un nombre relativement
faible mais croissant de cas confirmés est désormais dû à la transmission locale. Le manque de
capacités de dépistage dans de nombreux pays suggère que ces chiffres sous-estiment très
probablement le nombre réel d’infections. Avec 1 686 cas confirmés, l’Afrique du Sud est le plus
grand foyer de la région (carte 1.1). Le pays a déclaré l’état de catastrophe nationale et a annoncé
un certain nombre de mesures visant à freiner la propagation du virus, dont une interdiction de
voyager pour les ressortissants étrangers des pays à haut risque, l’interdiction des rassemblements
publics de plus de 100 personnes et la fermeture des écoles. Bien que d’une ampleur moindre
qu’en Afrique du Sud, des foyers en nombre croissant sont également apparus en Afrique de l’Ouest
(Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana et Nigéria) et en Afrique de l’Est (Rwanda et Kenya).
Ces développements ont incité les gouvernements à mettre en place leurs propres mesures de
confinement, dont des interdictions de voyager pour les étrangers provenant de pays ayant signalé
un cas de COVID-19, des restrictions sur les rassemblements publics et des fermetures d’écoles.
En l’absence d’interventions sanitaires adaptées et d’une réponse appropriée des populations, ces
mesures de confinement peuvent s’avérer insuffisantes pour endiguer l’épidémie.
Le COVID-19 crée un choc d’offre et un choc de demande. Du côté de l’offre, on note une baisse
mesurée de l’emploi qui ne se résume pas au nombre de personnes infectées par le COVID-19. Elle
inclut également une baisse de l’emploi due aux fermetures de lieux de travail et aux interdictions
de voyager. La contraction de la production qui en résulte peut être partiellement atténuée grâce à
la technologie numérique et aux logiciels et bases de données collaboratifs hébergés sur le cloud.
Toutefois, certaines tâches ne peuvent être effectuées à distance et nécessitent la présence de
travailleurs sur place. L’emploi peut également se trouver directement réduit par les mesures sanitaires
visant à ralentir la propagation du virus — par exemple, les fermetures d’écoles et de crèches ainsi que
les quarantaines — car les individus ne se rendent plus au travail pour s’occuper de leurs enfants ou
soigner des parents malades, ou encore parce qu’ils ont été en contact avec des personnes infectées
ou que ces dernières font partie de leur famille. Du côté de la demande, les consommateurs et les
entreprises vont avoir tendance à reporter leurs dépenses lorsqu’ils seront confrontés à l’incertitude
« Knightienne » (incertitude liée aux risques incommensurables) qui est actuellement associée à la
nature, l’intensité et la durée de la crise de COVID-19. Lors des crises précédentes, les ménages et les
entrepreneurs ont reporté leurs achats et retardé leurs investissements. En outre, l’accès aux biens
et aux services va être réduit, car les magasins vont être fermés (ou les heures de service réduites) et
certains services de livraison à domicile vont être suspendus.2
1 Le nombre de cas de COVID-19 proviennent du Centre pour la science et l’ingénierie des systèmes de l’université Johns Hopkins.
2 Les décisions de retarder les plans de dépenses et d’investissement des ménages et des entreprises peuvent être involontairement synchronisées à cause d’Internet (par exemple, les
communications personnelles et les médias internationaux). Le choc de demande peut se transmettre (au niveau national et international) par des canaux qui vont au-delà des liens
commerciaux et financiers (Baldwin et Weder di Mauro 2020).
12 > A F R I C A’ S P U L S E
réponses économiques
stratégiques. Pour ce qui est de FIGURE 1.5 : Cas mondiaux de COVID-19 (milliers) Malgré une
l’Afrique subsaharienne, l’accès arrivée tardive,
450
limité à des installations d’eau la pandémie de
400
potable et des installations COVID-19 s’est
350 rapidement
sanitaires sécurisées, la 300 répandue
surpopulation urbaine, les 250 en Afrique
Milliers
systèmes de santé médiocres, 200 subsaharienne au
une économie informelle 150 cours des dernières
importante et une marge de 100 semaines.
manœuvre insuffisante sur le 50
plan des politiques peuvent 0
poser problème pour la
Europe occ.
Amérique du N
AEP
MENA
EAC
ALC
Asie S.
ASS
protection des vies et les moyens
de subsistance en Afrique sur
fond de crise du COVID-19.
Sont énumérés ci-dessous, en CARTE 1.1 : Cas confirmés de COVID-19 en Afrique subsaharienne Bien que l’Afrique
termes généraux, les principaux du Sud connaisse
la plus grande
canaux de transmission des
flambée dans la
impacts du COVID-19 sur
région, d’autres
l’activité économique en Afrique 6 pays observent une
47 253
subsaharienne : 226 9 12 augmentation du
128
364
44 238 nombre de cas de
Le premier canal de transmission 323 214 8 1
658 COVID-19.
est la perturbation du commerce 52 158 7
24 45
et des chaînes de valeur. La 161
24
baisse de la croissance dans les
principales économies, y compris 16
39 10
la Chine, affectera la demande 10 82
16 6
pour les exportations de l’Afrique
subsaharienne. Cela réduira 1686
nettement les prix internationaux
des produits de base exportés Source : Centre pour la science et l’ingénierie des systèmes de l’université Johns Hopkins
par la région — notamment Note : La dernière observation date du 7 avril 2020. EAP = Asie de l’Est et Pacifique ;
ECA = Europe et Asie centrale ; LAC = Amérique latine et Caraïbes ; MENA = Moyen-Orient
le pétrole, les minerais et les et Afrique du Nord ; SSA = Afrique subsaharienne.
métaux — et touchera les pays
qui ont une solide participation
dans les chaînes des valeurs. Le dernier point concerne particulièrement les pays dont la participation
est croissante dans l’agroalimentaire et les vêtements (l’Éthiopie et le Kenya), les biens manufacturés
(la Tanzanie), l’industrie automobile (l’Afrique du Sud), et les exportateurs de minerais qui font partie
des chaînes de valeur dans l’électronique (la République démocratique du Congo et la Zambie). Les
perturbations sur les chaînes de valeur mondiales (CVM) peuvent, à leur tour, exacerber la chute des
prix du pétrole à la suite de la baisse la demande chinoise.
Le deuxième grand canal de transmission est constitué par les flux de financements étrangers dans
les pays de l’Afrique subsaharienne.3 La baisse des rentrées liées à l’investissement direct étranger
(IDE) pourrait affecter plus durement les secteurs de l’extraction (secteurs de l’énergie et miniers) et,
dans une moindre mesure, l’activité manufacturière. À mesure que l’accès aux flux de financement
3 Les flux de financement étrangers en Afrique subsaharienne sur fond de propagation du COVID-19 vont connaître une baisse, non seulement en raison des effets d’impulsion (tandis que
l’activité économique des pays qui investissent dans la région connaissent un ralentissement de la croissance et les investisseurs mondiaux orientent leur demande vers des actifs sûrs) et
des effets d’attraction (de nombreux pays de l’ASS connaîtront également une décélération de la croissance).
A F R I C A’ S P U L S E > 13
venant de la Chine et des marchés de capitaux va devenir plus restreint, les investissements dans
les infrastructures seront également gravement touchés. Dans le contexte de ces investissements,
les obstacles au niveau de la préparation et de la mise en œuvre — parallèlement à la réduction
du financement — pourraient retarder la livraison des projets d’infrastructure (à savoir, les projets
énergétiques, les routes, les aéroports, et les ports). Les flux de l’aide pourraient également être
affectés puisque les donateurs habituels (à savoir, les États-Unis et l’Europe) se trouvent désormais à
l’épicentre de la pandémie de COVID-19 et pourraient déployer leurs ressources plutôt pour soutenir
les couches de leurs populations qui sont les plus touchées par les répercussions économiques
du virus. La propagation du COVID-19 et la chute des prix du pétrole pourraient déclencher une
fuite des capitaux de l’Afrique — à mesure que les investissements de portefeuille sortent des pays
dans lesquels les investisseurs avaient acheté des titres en devise locale (par exemple, le Ghana, le
Nigéria, et l’Afrique du Sud). En plus des perturbations dans les flux de financement, l’arrêt brutal
des voyages nuira très certainement au secteur du tourisme en Afrique subsaharienne. Les pays qui
dépendent le plus des recettes du tourisme vont être fortement touchés (le Botswana, le Kenya,
Maurice, et l’Afrique du Sud, entre autres).
Le troisième canal important de transmission est la voie sanitaire, l’impact direct du COVID-19
sur l’activité économique découlant d’une plus grande propagation du virus dans la région (à la
fois au niveau du nombre de personnes infectées et du nombre de décès) et le quatrième canal
comprend les perturbations résultant des mesures de confinement et d’atténuation imposées par
les gouvernements et de la réponse des citoyens. Plusieurs facteurs constituent des obstacles pour
l’efficacité du confinement et des mesures d’atténuation contre la propagation du COVID-19 en
Afrique subsaharienne, notamment, la densité de peuplement dans les vastes habitats informels
urbains, les difficultés d’accès aux installations d’eau et d’assainissement, et la fragilité des systèmes
de santé. Quoiqu’il en soit, l’ampleur de l’impact dépendra de la réaction des populations dans les
pays africains, de la propagation de la maladie et des réponses politiques apportées. Cela pourrait
entrainer une diminution de la participation au marché du travail, une sous-utilisation des capitaux,
un affaiblissement du capital humain et des impacts à long terme sur la productivité.
Les modèles récents de simulation qui intègrent l’interaction entre des décisions sur le plan
épidémique et économique montrent que la décision de réduire la consommation et le travail (à
la suite d’un confinement) pourrait faire baisser la gravité de l’épidémie. Toutefois, cela amplifiera la
profondeur du ralentissement économique (Eichenbaum, Rebelo et Trabandt 2020). L’atténuation
des coûts économiques de la politique de confinement en réduit l’intensité, mais en prolonge la
durée. Cependant, adjoindre à la politique de confinement des tests aléatoires pourrait générer
d’importants gains socioéconomiques et éliminer le besoin de recourir aveuglément aux
quarantaines (Piguillem et Shi 2020). Une multiplication des tests accompagnée de mesures
de quarantaine ciblées peut atténuer l’impact économique du COVID-19 et réduire les pics
symptomatiques d’infections — ce qui est important pour alléger les contraintes liées aux capacités
d’accueil des hôpitaux (Berger et al. 2020)
14 > A F R I C A’ S P U L S E
être des mécanismes efficaces pour ralentir la propagation du virus en Afrique subsaharienne.
Les ressources nécessaires pour mettre en place des salles de quarantaine pour les cas suspectés
dans les aéroports et hôpitaux, ou pour effectuer une traçabilité des contacts de cas confirmés
de COVID-19, pourraient s’avérer insuffisantes. La mise en quarantaine et la distanciation sociale
sont particulièrement difficiles dans un continent où 85 % de la population vit avec moins de
5,50 USD par jour et où 70 % des citadins vivent dans des taudis surpeuplés. Un confinement
pourrait provoquer des privations sévères dans des pays où la majorité de la population travaille
comme agriculteurs ou entrepreneurs à leur compte dans le secteur informel et doit rester active
pour subvenir aux besoins de leurs familles. Il faut par conséquent envisager la possibilité d’une
propagation plus rapide et de longue durée du virus. L’Encadré 1.2 présente les différentes options
qui s’offrent à l’Afrique subsaharienne dans l’éventail des mesures d’atténuation qui ont été
imposées à travers le monde.
De nombreux gouvernements africains ont déjà commencé à répondre à la crise dans leurs pays en adoptant
des mesures de santé publique afin de limiter l’éventuelle propagation de l’infection. Ces actions vont
des tests à la quarantaine pour les nouveaux arrivants dans le pays, en passant par des mesures actives de
suppression, comme les restrictions sur les mouvements des populations et les rassemblements importants.
Les enjeux sont élevés. Une modélisation réalisée par l’Imperial College (2020) indique que l’Afrique
subsaharienne pourrait faire face à environ un milliard de personnes infectées dans le cadre d’un scénario
sans mesure d’atténuation, dans lequel la maladie se propagerait de manière non contrôlée. Sur l’ensemble
de la région, cela se traduirait par des pertes humaines résultant du COVID-19 d’environ 2,4 millions. Dans le
cadre de deux scénarios d’atténuation, un avec une approche modérée en termes d’enrayement et le second
avec une approche plus stricte, ces chiffres pourraient être revus à la baisse de manière importante. Dans le
cadre du scénario d’enrayement modéré, les prévisions serai ent d’environ 450 millions de personnes infectées
et 1,2 million de pertes humaines, soit environ la moitié de l’impact du scénario sans mesure d’atténuation.
Dans le cadre d’actions plus strictes par les États pour enrayer la propagation, les infections pourraient être
maintenues à un chiffre aussi bas que 110 millions, tandis que les pertes humaines, se situant à 300 000,
représenteraient un huitième de l’impact du scénario sans mesure d’atténuation (chiffres B1.2.1 et B1.2.2).
FIGURE B1.2.1 : Cas d’infections envisagés (milliards) FIGURE B1.2.2: Décès envisagés (millions)
Afrique subsaharienne
Asie du Sud
Amérique du Nord
Moyen-Orient et
Afrique du Nord
Amérique latine
et Caraïbes
Europe et
Asie centrale
Asie de l’Est
et Pacifique
0 0.5 1.0 1.5 2.0 0 5 10 15
Source : Imperial College, Rapport 12, The Global Impact of COVID-19 and Strategies for Mitigation and Suppression, 26 mars 2020
A F R I C A’ S P U L S E > 15
ENCADRÉ 1.2 suite
Les stratégies optimales de confinement pour les pays à revenu élevé ne sont pas forcément adaptées ou
réalisables dans les environnements à faible revenu d’Afrique subsaharienne.
Les coûts de confinement pour le reste de la population peuvent être très élevés. Une nouvelle analyse de l’OCDE
(2020) estime que les coûts économiques initiaux des mises à l’arrêt pourraient dépasser les 15 % du produit
intérieur brut (PIB) en Afrique du Sud pour 2020, plus de 25 % du PIB aux États-Unis, et environ 30 % du
PIB au Mexique. Des estimations comparables pour les autres pays de l’Afrique subsaharienne ne sont pas
encore disponibles ; cependant, il est très probable que des mises à l’arrêt comparables à celles des pays
de l’OCDE pourraient avoir de fortes répercussions sur le PIB, tout en augmentant les risques encourus par
la population, tels que la faim, la famine, l’appauvrissement, ou même des renversements politiques. Les
directives de 2020 des Centres africains pour le contrôle des maladies (CDC), qui font partie de l’Union
africaine, mettent en garde contre des « mesures… qui auraient un impact négatif grave sur le bien-être
social et l’avancement économique des pays » et précisent que « cela permettra de garantir la viabilité des
mesures correctives… et d’éviter la lassitude vis-à-vis des interventions et la révolte communautaire. »
Il existe une série de stratégies alternatives en matière d’atténuation en fonction du contexte du pays. Les pays à
faible revenu pourraient envisager des stratégies de confinement moins agressives ou davantage adaptées à
leur contexte ; celles-ci permettraient une poursuite plus importante de l’activité économique normale, mais
pourraient également donner lieu à l’infection de franges plus larges de la population avant que tout vaccin
ne soit disponible.
Les directives de 2020 pour les CDC africains préconisent une approche graduelle, par laquelle les mesures de
confinement seraient mises en œuvre peu à peu durant les phases de la propagation. Durant la phase 2, avec
une propagation en expansion, elles préconisent la distanciation sociale, une intensification de la promotion
des mesures d’hygiène et des restrictions sur les rassemblements de masse. Durant la phase 3, avec une
propagation avancée, l’isolement au domicile pour les cas suspectés et le recours éventuel aux confinements
des communautés sont encouragés. Durant la phase 4, avec une large propagation au niveau national
et une transmission à grande échelle, elles encouragent la levée des confinements des communautés et
l’annulation des fermetures des institutions. Les directives ne mentionnent pas spécifiquement — dans
un sens positif ou négatif — des stratégies comme la fermeture de toutes les activités non essentielles et
précisent, ce qui est important, que ce sont des directives temporaires avec des recommandations minima
pour les États membres de l’Union africaine sur la base des données actuellement disponibles. Les pays
peuvent choisir d’appliquer des mesures plus strictes en fonction des ressources dont ils disposent.
La protection des groupes vulnérables plutôt que la suppression agressive pourrait être envisagée dans les pays
à faible revenu. Selon une étude de la London School of Hygiene & Tropical Medicine (Dahab et al. 2020),
une politique visant à protéger les groupes vulnérables contre le virus — comme les personnes de plus de
60 ans — pourrait s’avérer davantage réalisable et souhaitable qu’une politique cherchant à contenir le virus
dans le contexte de pays à faible revenu. Seule une petite fraction de la population de la région est âgée de
plus de 55 ans — on l’estime à 7,4 % au Nigéria et 5,9 % dans la République démocratique du Congo, par
exemple (CIA 2020). En outre, la capacité de faire appliquer sur la durée des mesures de confinement plus
agressives, comme la fermeture de toutes les activités non essentielles, pourrait s’avérer bien trop limitée
dans de nombreux pays africains. Des protections de ce type signifient l’isolement de seulement certains
groupes de la population, ce qui permettrait aux plus jeunes ou aux personnes moins vulnérables de
continuer à participer à l’activité économique habituelle (figure B1.2.3).
16 > A F R I C A’ S P U L S E
FIGURE B1.2.3 : Organisations des logements pour chaque option de protection
Option 1 : niveau du foyer Option 2 : niveau du quartier ou du voisinage Option 3 : niveau sectoriel
Zone verte : un espace spécifique (une pièce, ou Zone verte : un abri/un groupe d’abris spécifique(s) Zone verte : un groupe d’abris spécifique dans une
un abri en cas de complexe à plusieurs abris) dans (avec 5 à 10 foyers max.) dans une petite zone de zone de campement (max 50 personnes à haut
le ménage. campement. risque par zone verte individuelle).
Les individus à haut risque sont physiquement Les ménages voisins « changent de maison » Les individus à haut risque sont physiquement
isolés des autres membres du ménage. volontairement et regroupent leurs membres à isolés des autres membres du ménage.
Les autres membres du ménage ne doivent pas haut risque dans la zone verte. Un point unique d’entrée physique est établi :
entrer dans la zone verte. Les individus à haut risque sont physiquement isolés l’échange de personnes, nourriture et autres
Les déplacements hors de la zone verte doivent des autres membres du ménage. provisions se fait exclusivement par ce point.
être limités (douche/latrines : si nécessaire, une Les déplacements hors de la zone verte doivent être Une zone de rencontre à proximité du point
marche brève durant les heures calmes lorsque limités (douche/latrines), et les mesures de d’entrée est établie dans laquelle les résidents
les enfants dorment), et des mesures de distanciation sociale doivent s’appliquer durant ces et visiteurs de la zone verte peuvent interagir.
distanciation sociale doivent s’appliquer déplacements. Pas de déplacement en dehors de la zone verte.
durant ces déplacements.
Ménage Zone verte Abri Abri de la zone verte Abri Abri de la zone verte
Ménage (peut être sous forme d’un Petite zone de campement
ménage unique ou d’un complexe à (un groupe de 5 à 10 ménages / Secteur de campements
plusieurs foyers) abris dans une zone voisine)
4 L’indice de couverture sanitaire universelle utilise 16 indicateurs, divisés à parts égales en quatre sous catégories : (1) un indice pour la santé de la reproduction, de la mère, du nouveau-
né et de l’enfant (planification familiale, soins prénatals et obstétriques, vaccination complète de l’enfant, et demande de soins pour la pneumonie) ; (2) un indice pour les maladies
infectieuses (traitement de la tuberculose, traitement pour le VIH, traitement des filets de lits et soins sanitaires de base) ; (3) un indice pour les maladies non transmissibles (tension
artérielle, prévention et traitement de l’hyperglycémie, dépistage du cancer du col de l’utérus, et non consommation des produits du tabac) ; et (4) un indice pour les capacités de services
et accès (densité des lits d’hôpitaux, densité des personnels soignants, accès aux médicaments essentiels, et respect du Règlement sanitaire international).
A F R I C A’ S P U L S E > 17
CARTE 1.2 : Indice de couverture sanitaire universelle et classement des pays
Couverture des services de santé en Afrique. La faible couverture de services de santé en Afrique
relève de plusieurs facteurs, notamment la faible densité de population dans de nombreuses parties
des pays africains qui rend la livraison de services relativement coûteuse, un financement limité,
des goulets d’étranglement en matière de fournitures et une faible productivité des professionnels
de santé. Une large transmission communautaire du virus pourrait s’avérer difficile à gérer en
Afrique subsaharienne, étant donné la faiblesse des systèmes de santé de la région, la pénurie de
personnel médical (docteurs, infirmiers(ières), et sages-femmes) et le manque de lits hospitaliers et
d’équipement, et pourrait donc entrainer un nombre de décès important. L’absence de personnels
soignants qualifiés est relativement alarmante dans certains cas (figure 1.6). Par exemple, un pays
fragile comme le Togo ne compte que 8 médecins et 14 infirmiers(ières) pour 100 000 personnes en
2018 — bien en dessous des niveaux recommandés par l’OMS (100 médecins et 35 infirmiers(ières)).
En outre, les disparités géographiques sont relativement importantes : 64 % des professionnels de
santé sont dans la région de la capitale. En revanche, la population zambienne reçoit des services
de santé de base, bien que la couverture soit faible dans les zones rurales et la qualité des services
de santé généralement médiocre à travers le pays. Une étude de 2018 a indiqué que 437 jours
de travail sont perdus chaque mois dans le système de santé en raison de l’absentéisme et de la
lenteur des institutions de santé publique, et que la plupart des institutions de santé n’ont pas le
matériel de base (Banque mondiale 2 019 b). Enfin, les hôpitaux pourraient se révéler sous-équipés
en cas de montées soudaines du nombre de personnes infectées. Le nombre de lits hospitaliers
pour 10 000 personnes est relativement hétérogène sur l’ensemble des pays de la région, mais
plus de 20 pays ont moins d’un lit hospitalier pour 10 000 personnes (dont l’Éthiopie, le Sénégal,
le Nigéria, la Tanzanie, l’Angola, et le Ghana). En moyenne, les pays de l’Afrique australe, comme
la Namibie, Maurice, et l’Afrique du Sud, ont plus de 2,5 lits hospitaliers pour 10 000 personnes
(figure 1.7). Maurice a une densité de lits hospitaliers qui est comparable à celle de l’Italie (3,4 pour
10 000 personnes) et inférieure à celle de la Chine (4,2).
18 > A F R I C A’ S P U L S E
FIG 1.2.4A
FIGURE 1.6 : Nombre de professionnels de santé dans les pays africains par rapport aux autres régions L’Afrique manque
de professionnels
Médecins (pour 1000 personnes) Infirmiers (ières) sages-femmes (pour 1 000 personnes)
de santé qualifiés,
2015–2017 en 2016
Afrique subsaharienne Asie de l’Est et Pacifique et cette pénurie est
Asie du Sud Europe et Asie centrale assez grave dans
Moyen-Orient et Afrique du Nord Moyen-Orient et Afrique du Nord
Asie du Sud certains pays.
Asie de l’Est et Pacifique
Europe et Asie centrale Afrique subsaharienne
Maurice Afrique du Sud
Seychelles Maurice
Afrique du Sud
Cabo Verde Botswana
Soudan Seychelles
Guinée équatoriale Gabon
Botswana Chine
Gabon Sao Tomé-et-Principe
Angola
Guinée-Bissau Gambie
Mauritanie Ghana
Kenya Guinée-Bissau
Bénin Mauritanie
Ghana Ethiopie
Mali
Rwanda Rwanda
Sénégal Soudan
Gambie Burundi
Ethiopie Ouganda
Zambie
Ouganda Bénin
Eswatini Burkina Faso
Guinée Guinée équatoriale
Mozambique Mozambique
Zimbabwe Guinée
République centrafricaine
Burkina Faso Mali
Burundi Tchad
Togo Sénégal
Tchad Togo
Libéria Malawi
Sierra Leone
Malawi République centrafricaine
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.
FIGURE 1.7 : Lits hospitaliers pour 10 000 personnes FIG 1.2.5 Près de la moitié
4,5 des pays de la
Lits hospitaliers pour 10 000 personnes
région comptent
4,0
moins d’un lit
3,5 d’hôpital pour
3,0 1 000 habitants.
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0
Chine
Italie
Maurice
Afrique du Sud
Namibie
Comores
Cabo Verde
Guinée équatoriale
Zambia
Botswana
Zimbabwe
Rép. du Congo
Kenya
Cameroun
Lesotho
Malawi
Gambie
République centrafricaine
Guinée-Bissau
Ghana
Somalie
Angola
Burundi
Rép.Dém. du Congo
Libéria
Soudan
Mozambique
Tanzanie
Bénin
Nigéria
Ouganda
Burkina Faso
Côte d'Ivoire
Mauritanie
Sierra Leone
Guinée
Niger
Sénégal
Ethiopie
Madagascar
A F R I C A’ S P U L S E > 19
Naturellement, la couverture
Les habitants FIG 1.2.6
FIGURE 1.8 : Couverture de santé et prestations de services des services de santé est
des pays fragiles sanitaires : pays fragiles et non fragiles particulièrement faible dans
Couverture de santé et prestation de services sanitaires, par fragilité
ont un accès les pays fragiles de la région
particulièrement
(figure 1.8) ; plusieurs d’entre
faible aux services
0,4 0,6 0,7
eux connaissent de sévères
de santé de base .
pénuries de professionnels
de santé et de fournitures
médicales. Sur la base
des notations récentes de
l’indice d’évaluation des
politiques et institutions
0,6 0,4 0,3
nationales (EPIN) pour
le volet couverture des
services de santé dans le
Faible couverture de santé Couverture de santé moyenne Couverture de santé élevée
cadre de la question du
Pays fragiles Pays non fragiles statut sanitaire, le personnel
de la Banque mondiale
Source : rapports d’évaluation des politiques et institutions nationales, Banque mondiale.
Note : la couverture de santé est faible lorsque la plupart des personnes pauvres ne reçoivent pas a estimé que les pays
les services sanitaires de base ; elle est moyenne lorsque la plupart de la population reçoit des
services sanitaires de base ; et elle est élevée lorsque la majorité de la population reçoit les services
fragiles ont une mauvaise
sanitaires de base adaptés et qu’on observe une bonne couverture et une qualité des services de
santé préventifs et de soins.
couverture en matière de
services de santé, et que ces
services sont souvent limités
aux capitales. De nombreux pays fragiles reçoivent la note de 2 ou en dessous sur une échelle de 1
à 5 (5 étant la notation la plus élevée). Deux tiers des pays dont les notes sont faibles en matière de
couverture sont des pays fragiles, ce qui indique que leurs populations n’ont pas accès aux services
de santé de base. 70 % des pays qui ont des notes élevées en matière de couverture de services
(4 ou au-dessus) sont des États non fragiles. Dans ces pays, la majorité de la population reçoit des
services de santé de base adaptés et on y observe une bonne couverture et une bonne qualité des
services de santé préventifs et de soins.
20 > A F R I C A’ S P U L S E
FIGURE 1.9 : Dépenses de santé actuelles par habitant, 2016 (USD) Un faible niveau
450 de dépenses de
santé publique par
400 habitant entraîne
350 souvent un niveau
élevé des frais
300 à la charge des
250 ménages, ce qui
USD
pour les dépenses de santé actuelles, est l’un des 25 pays au monde dont le financement de la
santé est le plus faible par habitant. Le budget national couvre environ 16 % des dépenses de
santé actuelles, les donateurs fournissant 36 %, tandis que le reste (46 %) provient des débours.
Madagascar est un autre pays qui dépense moins pour la santé que la plupart des pays à faible
revenu de l’Afrique subsaharienne (environ 20 USD par habitant) et qui a une proportion élevée de
financement de santé en provenance des débours effectués par les ménages. En règle générale,
de nombreux pays en Afrique ont des débours pour la santé qui sont supérieurs au seuil des 20 %
recommandé par l’OMS.5
5 Les récentes notations EPIN relatives au financement de la santé indiquent que les pays fragiles bénéficient d’un faible financement de santé comparativement aux autres pays à faible
revenu. De nombreux pays fragiles ont reçu une note de 2 ou en dessous sur une échelle de 1 à 5 (5 étant la note la plus élevée). Deux tiers des pays dont les notes sont faibles en matière
de financement de la santé sont des pays fragiles, ce qui indique que le financement de la santé dans ces pays est non seulement limité mais également mal ciblé et que les dépenses
directes élevées sont supportées par la plupart de la population. En revanche, plus de 70% des pays qui obtiennent des notes élevées (4 ou plus) sont principalement des États non fragiles.
Dans ces pays, le financement public de la santé est relativement élevé et ciblé sur des programmes de santé publique prioritaires. En outre, ces pays disposent de politiques d’assurance
sociale de santé appropriées qui offrent une bonne prise en charge.
A F R I C A’ S P U L S E > 21
Pour illustrer les défis que
Le manque d’accès FIGURE 1.10 : Personnes utilisant des services d’eau potable gérés pose une hygiène des
à une eau potable
sûre et aux services
de manière sûre, 2017 (%)
FIG 1.2.9 mains appropriée et que
posent l’assainissement et
50
d’assainissement
45
la plomberie, les figures 1.10
entraîne des risques
et 1.11 présentent les
accrus pour la santé. 40 pourcentages de personnes
35 utilisant des services d’eau
% de la population
Sierra Leone
Éthiopie
Nigéria
Ghana
Zimbabwe
République
du Congo
Côte d’Ivoire
diversité de situations :
en Ouganda et en Sierra
Leone moins de 10 % de la
FIGURE 1.11 : Personnes utilisant des services d’assainissement gérés FIG 1.2.10 population a accès à de l’eau
de manière sûre, 2017 (%) FIG 1.2.10 potable ; au Zimbabwe et au
30 Congo, plus de 40 % de la
population a accès à de l’eau
25 potable. Pour ce qui est de
l’accès à un assainissement
20 adéquat, le pourcentage de
% de la population
Sierra Leone
Mali
Sénégal
Tanzanie
Nigéria
6 Les installations pour le lavage des mains peuvent être fixes ou mobiles, et peuvent être constituées par un évier avec eau du robinet, des seaux avec robinet, des tippy-taps et des pichets
ou bassins conçus pour le lavage des mains. Le savon inclut les pains de savon, le savon liquide, la lessive et l’eau savonneuse, mais pas les autres agents de lavage des mains tels que
cendres, terre ou sable.
22 > A F R I C A’ S P U L S E
FIG 1.2.11
FIGURE 1.12 : Personnes disposant d’installations pour le lavage des mains avec eau et savon, 2 017 (% de la population) Une bonne hygiène
60 des mains est une
mesure préventive
50 essentielle contre
le COVID, mais la
plupart des gens n’y
40
% de la population
20
10
0
Libéria
Lesotho
Rép. Dém. Du Congo
Rwanda
Tchad
Burundi
Guinée-Bissau
Gambie
Éthiopie
Malawi
Cameroun
Somalie
Togo
Bénin
Burkina Faso
Zambie
Guinée
Sierra Leone
Côte d’Ivoire
Ouganda
Soudan
Eswatini
Sénégal
Kenya
Angola
Zimbabwe
Ghana
São Tomé et Príncipe
Nigéria
Mauritanie
Afrique du Sud
Namibie
Tanzanie
Rép. Du Congo
Mali
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.
FIG 1.2.12
Capacité de préparation aux pandémies
Le nombre de personnes infectées et de morts dans la région de l’Afrique subsaharienne n’est
pas aussi élevé que dans les autres régions. Toutefois, il est possible que le nombre de cas soit
sous-déclaré, car le dépistage dans la région n’a pas été très répandu. De plus, la propagation en
Afrique subsaharienne est préoccupante, car les systèmes de santé sont fragiles, et le continent
doit déjà faire face à d’importants problèmes de santé publique — en particulier, la malaria, la
tuberculose et le VIH/SIDA. Des recherches montrent que l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigéria
présentent le plus grand risque d’importation du COVID-19. Néanmoins, on s’attend à ce que la
propagation dans la région soit très hétérogène, car elle est fonction de la répartition des cas dans
les provinces chinoises et des déplacements de ces provinces vers les différents pays de l’Afrique
subsaharienne. Des restrictions de voyage retarderaient le risque de propagation de l’épidémie, mais
n’empêcheront pas le risque d’importation (Gilbert et al. 2020).
Les simulations suggèrent, sur la base des tendances actuelles, que presque tous les pays africains
devraient dépasser les 1 000 cas confirmés d’ici le 1er mai, et 10 000 cas dans les quelques semaines
à venir.7 Si tous les pays africains devaient connaître une phase d’épidémie avancée comme l’Afrique
du Sud, ils dépasseraient les 10 000 cas d’ici la fin avril (Pearson et al. 2020). On s’attend à ce que
l’expansion du virus soit très synchronisée entre les pays du continent, ce qui requiert l’application
d’urgence de nouvelles mesures d’enrayement (incluant un dépistage accru, le traçage des contacts,
et l’isolation des cas). Toutefois, il y a de très grandes différences entre les estimations tirées des
scénarios sans intervention et des scénarios avec interventions pour l’Afrique subsaharienne (voir
encadré 1.2). Le scénario sans intervention prédit 1 milliard d’infections et 2,4 millions de morts, et
le scénario d’interventions pondérées aboutit à 450 millions d’infections et 1,2 million de morts. Un
scénario d’interventions agressives se traduit par 110 millions d’infections et 300 000 morts (Walker
et al. 2020). Dans un environnement avec des tests de dépistage limités, des tests aléatoires à
grande échelle sur la population permettront de déterminer les stratégies à mettre en œuvre là où
7 Les auteurs utilisent un processus de ramification pour simuler l’épidémie en utilisant les paramètres suivants : (a) chaque cas produit en moyenne deux cas supplémentaires (Abbott et
al. 2020), et (b) le temps moyen entre l’apparition d’un cas et l’apparition d’un cas ultérieur infecté par ce même cas est de 4,7 jours (Nishiura et al. 2020). Notez que la précision de ces
prévisions dépend de la disponibilité des données dans les rapports de situation de l’OMS et de l’applicabilité de l’expérience mondiale à l’Afrique. En l’absence de données, le moment réel
où le nombre de cas atteint ce cap peut être plus précoce.
A F R I C A’ S P U L S E > 23
elles sont les plus nécessaires. On a fait valoir que le dépistage aléatoire devrait démarrer dans les
régions les plus touchées, puis être mis en œuvre dans le reste du pays (Stock 2020).
La gestion et le contrôle des cas de COVID-19 dépendent fortement des capacités des systèmes
de santé de chaque pays. Selon la Nuclear Threat Initiative (NTI) et le Johns Hopkins Center for
Health Security (2019), les systèmes nationaux de sécurité sanitaire sont faibles dans le monde, et
tous les pays ont d’importantes lacunes à combler pour être pleinement préparés à une pandémie.
La capacité de préparation internationale est aussi fragile au niveau collectif. L’index de sécurité
sanitaire mondiale (Global Health Security, “GHS”) est en moyenne de 40,2 (sur un maximum de 100)
pour 195 pays dans le monde.8 La moyenne pour la région est de 30,8 et seuls 4 pays de la région
dépassent la moyenne mondiale (Afrique du Sud, Kenya, Ouganda et Éthiopie).9 Enfin, la plupart
des pays (35 sur les 47 pays du continent) ont un plan de préparation à une pandémie de grippe.
Toutefois, la plupart de ces plans sont obsolètes — ils ont été mis en place avant la pandémie de
grippe A H1N1 de 2009 — et sont considérés comme inadéquats pour faire face à une pandémie
mondiale. Le score composite relatif à l’exhaustivité des plans de lutte contre la pandémie dans les
35 pays était de 36 %. Les scores propres à chaque pays sur chacun des indicateurs thématiques
relatifs à l’exhaustivité du plan de lutte contre la pandémie étaient variables, allant de 5 % en Côte
d’Ivoire à 79 % en Afrique du Sud (Sambala et al. 2018).
Globalement, les pays africains font preuve de sérieuses faiblesses dans leur capacité à prévenir,
détecter et répondre aux urgences sanitaires. Ils présentent également de graves lacunes dans les
systèmes de santé — en termes de sécurité sanitaire dans les cliniques et hôpitaux, contre-mesures
médicales et déploiement de personnel, accès aux soins de santé, pratiques de contrôle des
infections et disponibilité de l’équipement, et capacité à tester et approuver les nouvelles contre-
mesures médicales (NTI et Johns Hopkins 2019).
8 L’index GHS examine la sécurité sanitaire et les capacités des pays dans le monde à travers six catégories : (1) prévention de l’émergence ou de la libération d’agents pathogènes, (2)
détection précoce et annonce d’une épidémie de taille potentielle internationale, (3) réponse rapide et limitation de la propagation d’une épidémie, (4) système de santé suffisant et
solide pour traiter les malades et protéger les travailleurs de la santé, (5) engagements pour améliorer les capacités nationales, plans de financement pour combler les lacunes, et adhésion
aux normes mondiales, et (6) environnement à risque et vulnérabilité des pays aux menaces biologiques. Tous ces indices sont normalisés sur une échelle de 0 à 100, et 100 indique les
meilleures conditions de sécurité sanitaire.
9 Seul un pays dans la région, l’Afrique du Sud (54,8), dépasse l’index moyen de la GHS sur les 60 économies à hauts revenus dans l’échantillon (51,9).
24 > A F R I C A’ S P U L S E
et Cantu 2020).10 Des approches innovatrices vont être nécessaires pour éviter une longue
interruption de l’enseignement et de l’apprentissage dans les pays à faible revenu. Des méthodes
d’apprentissage alternatives par la radio, la télévision et le téléphone peuvent aussi être déployées.
Plus la durée des programmes d’enseignement à distance est longue, plus l’accent doit être mis
sur la langue d’enseignement, la progression du contenu et la pertinence pour les étudiants
(van Fleet 2020).
Des recherches universitaires affirment que les effets épidémiologiques directs des fermetures d’écoles
sont incertains et dépendent des stratégies de mise en œuvre suivies par les districts ou les nations.
Par ailleurs, il existe des estimations sur les coûts économiques des fermetures d’écoles. Lempel et
al. (2009) relève que la fermeture de toutes les écoles aux États-Unis pendant 4 semaines coûterait
entre 10 et 47 milliards de dollars (0,1 - 0,3 % du PIB). Ces estimations ont été jugées prudentes par les
auteurs, car les coûts calculés étaient basés sur les revenus plutôt que sur la rémunération globale.
LE CANAL COMMERCIAL
L’épidémie de COVID-19 a un impact direct sur l’économie mondiale par le canal du commerce. Cela
représente un contraste frappant avec la crise mondiale financière de 2008-2009 où l’impact sur le
commerce mondial était indirect. Bien que les effets des deux crises soient aussi transmis aux secteurs
financiers et non-financiers, cette section se concentre sur la façon dont l’impact économique de
l’épidémie de COVID-19 se transmet aux économies de l’Afrique subsaharienne par le canal commercial.
Deux faits stylisés ressortent de l’analyse de la structure des échanges dans la région : (1) les matières
premières primaires constituent la principale source d’exportations de la région, et (2) la Chine est
devenue le principal partenaire commercial de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. La crise
financière mondiale de 2008-2009 a affecté immédiatement la plupart des pays dans le monde
par le biais des canaux financiers — avec en particulier une forte réduction des prêts bancaires
internationaux.11 Par contraste, l’épidémie de COVID-19 a démarré en Chine et causé un ralentissement
brutal dans les principaux secteurs commerciaux intégrés aux chaînes de valeur globales (GVC) ainsi
qu’un affaiblissement de la demande pour les produits exportés d’Afrique (de ce fait entrainant une
forte baisse des prix à l’international). Cette section présente une classification des pays de l’Afrique
subsaharienne par leur degré d’exposition aux implications commerciales du COVID-19.
Sur les deux dernières décennies, les schémas de diversification des marchés en Afrique
subsaharienne ont changé, les débouchés commerciaux Sud-Sud (en particulier avec la Chine et les
autres économies asiatiques) connaissant une expansion rapide au lendemain de la crise mondiale
financière de 2008-2009.12 Par exemple, un changement important est survenu dans les destinations
des exportations de l’Afrique subsaharienne. En 1998, les cinq premières destinations d’exportation
de la région étaient les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et la Belgique, et le montant
des exportations vers ces pays s’élevait à 26 milliards de dollars. En 2017 la configuration des cinq
premières destinations d’exportation avait changé radicalement, les exportations de la région vers la
Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Afrique du Sud et la Suisse représentant 126 milliards de dollars.13
10 La moyenne régionale ne tient pas compte des grandes variations de l’utilisation de l’Internet entre les pays de la région : Gabon (62 %), Afrique du Sud (56 %) et île Maurice (55 %)
figurent parmi les pays ayant le plus grand nombre d’utilisateurs de l’Internet ; la République Centrafricaine et la Guinée-Bissau (4 %) sont parmi les pays avec le plus faible pourcentage
d’utilisateurs.
11 Le manque de financement résultant de ces canaux financiers a ralenti les IDE actuels et futurs et a fortement décéléré le commerce mondial. Par conséquent, cela reflète non seulement
la faiblesse cyclique de la croissance mondiale, mais aussi les changements structurels sous-jacents à long terme de l’économie mondiale — ce qui inclut la faible demande concentrée sur
les produits très commercialisés, le ralentissement de la libéralisation du commerce dans le monde, le rythme décroissant de la spécialisation verticale internationale, et des changements
dans la structure de l’économie chinoise (Lewis et Monarch 2016, Constantinescu, Mattoo, et Ruta 2020).
12 L’Asie émergente et en développement fait plus de commerce avec l’Afrique subsaharienne (en valeur) que l’Union européenne depuis 2 013 (Coulibaly, Kassa et Zeufack 2020).
13 Un changement analogue a eu lieu dans le classement des origines d’importation. En 1998, les cinq principales origines d’importation des pays d’Afrique subsaharienne étaient la France,
les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon, la région ayant importé pour 32 milliards de dollars de biens et de services en provenance de ces pays. En 2017, environ 123 milliards
de dollars des importations de la région provenaient de la Chine, de l’Afrique du Sud, de l’Inde, des États-Unis et de l’Allemagne.
A F R I C A’ S P U L S E > 25
L’Afrique subsaharienne a accru sa participation dans les GVC. Cependant, son rôle prédominant est
la fourniture de matériaux bruts dans ces GVC (figure 1.13). La structure d’exportation de la région
est encore concentrée sur les matériaux bruts malgré de récents progrès dans sa diversification.
La diversification du panier de produits d’exportation s’est récemment améliorée lentement en
Afrique subsaharienne, et le rythme de progrès a été variable selon les pays. Par exemple, l’index
Herfindahl-Hirschman (HHI) de la diversification de produits pour la région entière est passé de
0,27 en 2000-2004 à 0,21 en 2010-2014. Cette diversification dépend du degré d’abondance des
ressources ou de la zone géographique. S’il y a eu des progrès dans la diversification des produits
pour les pays abondants en pétrole et les pays non abondants en ressources, en revanche le panier
à l’export est devenu plus resserré pour les pays abondants en ressources non pétrolières (leur
index HHI a progressé de 0,32 en 2000-2004 à 0,39 en 2010-2014). Dans la région, les modèles de
diversification des produits d’exportation ont varié dans le temps : tandis que le panier de produits
se resserrait davantage en Afrique centrale (avec une progression dans l’index HHI de 0,4 en 2000-
2004 à 0,46 en 2010-2014), il s’est diversifié à un rythme plus rapide en Afrique de l’Ouest (avec
une baisse de l’index HHI de 0,43 en 2000-2004 à 0,24 en 2010-2014). En conclusion, le niveau de
diversification des produits de la région dans son ensemble est notablement plus bas que celui
de l’Asie émergente et en développement et de ses repères de référence — soit le Bangladesh, le
Cambodge, l’Indonésie, le Vietnam (Calderón, Cantú et Zeufack 2020).
Malgré les progrès FIGURE 1.13 : Le commerce interrégional et intrarégional de l’Afrique : Produits par stade de transformation, 2017
réalisés en matière FIG 1.2.12
de diversification, A. Exportations interrégionales B. Exportations intrarégionales
les exportations
de la région sont
essentiellement 8%
16%
constituées de 23%
matières premières. 17%
45%
32%
30%
30%
FIG 1.2.13
Sources : COMTRADE Nations Unies ; Coulibaly, Kassa et Zeufack 2020.
26 > A F R I C A’ S P U L S E
L’intégration des pays de l’Afrique subsaharienne aux GVC n’est pas entièrement circonscrite
à l’exportation de matières premières. Le commerce intra-industriel de biens intermédiaires a
augmenté non seulement dans la région, mais aussi avec d’autres partenaires commerciaux
émergents. La région a accru ses échanges intra-industriels de biens intermédiaires avec l’Asie
de l’Est, car ses flux d’exportation et d’importation de fournitures industrielles ont augmenté de
manière significative et presque au même rythme depuis 2005. Toutefois, les exportations de
fournitures industrielles de l’Afrique subsaharienne vers l’Union européenne ont été affectées par
la récession mondiale en 2009 et la chute des prix des matières premières en 2014. De plus, les
flux d’exportation et d’importation dans cette catégorie n’ont pas évolué à la même vitesse, ce qui
indique que ce commerce était davantage orienté vers les produits métalliques et minéraux. Par
exemple, les trois principaux marchés de destination des équipements et pièces de transport (Asie
de l’Est, Amérique du Nord et Union européenne) présentent des schémas d’échanges différents
avec la région. L’Asie de l’Est semble exporter principalement du matériel de transport vers l’Afrique
subsaharienne, tandis que l’Amérique du Nord augmente ses importations de pièces de transport
en provenance de l’Afrique subsaharienne plus que ses exportations de matériel de transport
vers la région. L’Union européenne a progressivement augmenté ses importations de pièces de
transport en provenance de la région depuis 2014. Les tendances résumées dans ce paragraphe
sont le signe d’une participation croissante d’entreprises de l’Afrique subsaharienne dans les GVC de
l’Union européenne, l’Amérique du Nord et l’Asie de l’Est (Coulibaly, Kassa et Zeufack 2020 ; Banque
Mondiale 2020).
Les pays subsahariens sont plus vulnérables à la transmission par le canal commercial de l’impact
du COVID-19 sur l’activité économique en raison de la forte intensité des connexions de la région
avec l’économie mondiale par le biais des exportations de matières premières et des liens avec la
Chine (ce qui inclut les matières premières et les GVC). Cette sous-section présente une taxonomie
des pays de la région basée sur le degré d’exposition à la Chine (comme l’un des axes de GVC
concernant les pays de l’Afrique subsaharienne) et aux exportations de matières premières. Dans
cette classification, un pays de la région est défini comme ayant une exposition « élevée » au
commerce avec la Chine si, en pourcentage du PIB, ses importations ou son commerce avec la
Chine dépassent le 75e percentile mondial — c’est-à-dire, 5,2 % et 7,3 % de leur PIB, respectivement.
Un pays de la région est également défini comme ayant une exposition élevée aux matières
premières si, en pourcentage du PIB, ses exportations de matières premières dépassent le
75e percentile mondial (21 %).
Il y a beaucoup d’hétérogénéité parmi les pays de l’Afrique subsaharienne dans leur exposition
commerciale à la Chine (figure 1.14).14 L’exposition aux marchés mondiaux des matières
premières — mesurée en fonction de l’intensité des exportations du pays en produits bruts
d’agriculture, alimentation, carburant, minerais et métaux — varie largement selon les pays de
l’Afrique subsaharienne (figure 1.15).15
14 Les pays de la région dont les exportations vers la Chine sont les plus importantes (en pourcentage du PIB) sont des pays riches en pétrole (Angola, Congo, Guinée équatoriale et Gabon)
ou des pays riches en minerai (Guinée, Mauritanie, Zambie et République Démocratique du Congo). Les pays les plus exposés en termes d’importations en provenance de Chine sont
intégrés dans une chaîne d’approvisionnement (par ex. l’Éthiopie, le Lesotho, et l’Afrique du Sud).
15 Quatre des cinq premiers pays ayant le plus grand rapport entre les exportations de matières premières et le PIB sont des pays où le pétrole est abondant (Congo, Angola, Guinée
Équatoriale, et Gabon), et les exportations de matières premières de ces pays dépassent un tiers de leur PIB. Les autres pays les plus exposés aux marchés mondiaux des matières premières
sont les pays riches en minerais et en métaux (Mozambique, Zambie, et Mauritanie).
A F R I C A’ S P U L S E > 27
L’ouverture des FIG 1.2.13
FIGURE 1.14: Commerce extérieur des pays de l’Afrique subsaharienne avec la Chine (% du PIB)
pays d’Afrique
subsaharienne 45
aux échanges 40
avec la Chine varie
considérablement. 35
30
% du PIB
25
20
15
10
0
Ghana
Botswana
Zimbabwe
São Tomé et Príncipe
Guinée-Bissau
Swaziland
Cabo Verde
République Centrafricaine
Tanzanie
Gambie
Nigéria
Tchad
Bénin
Seychelles
Burundi
Sénégal
Niger
Côte d’Ivoire
Burkina Faso
Ouganda
Cameroun
Mali
Kenya
Sierra Leone
Rwanda
Malawi
Éthiopie
Mozambique
Namibie
Mauritanie
Madagascar
Afrique du Sud
Togo
Lesotho
Liberia
Zambie
Gabon
Guinée Équatoriale
Mauritanie
Rép. Dém. du Congo
Angola
Guinée
Congo
Exportations vers la Chine Importations de la Chine
Sources : Indicateurs de développement mondial, Banque mondiale. Direction des statistiques du commerce, Fonds monétaire international.
Note : Le graphique représente la valeur des exportations vers la Chine et des importations en provenance de ce pays sur 2016-2018 pour
chaque pays de l’Afrique subsaharienne normalisée par la production du pays.
25
20
15
10
5
0
Cabo Verde
São Tomé et Príncipe
Botswana
Burundi
République Centrafricaine
Gambie
Liberia
Éthiopie
Kenya
Rwanda
Ouganda
Tanzanie
Ile Maurice
Sénégal
Lesotho
Madagascar
Cameroun
Togo
Afrique du Sud
Mali
Eswatini
Niger
Rép. Dém. du Congo
Tchad
Zimbabwe
Malawi
Sierra Leone
Nigéria
Bénin
Burkina Faso
Guinée
Namibie
Ghana
Guinée-Bissau
Mozambique
Zambie
Seychelles
Côte d’Ivoire
Gabon
Mauritanie
Guinée Équatoriale
Angola
Congo
28 > A F R I C A’ S P U L S E
L’information présentée dans les figures 1.15 et 1.16 est combinée pour établir une taxonomie des pays
subsahariens en fonction de leur degré d’exposition aux conséquences commerciales du COVID-19
(figure 1.16). Six pays de la région sont non seulement très exposés à la Chine, mais aussi aux matières
premières : l’Angola, le Congo, Guinée Équatoriale, le Gabon, la Mauritanie et la Zambie. Huit pays ont
une faible exposition aux matières premières, mais une forte exposition à la Chine : La République
Démocratique du Congo, l’Éthiopie, la Guinée, le Libéria, le Lesotho, Madagascar, l’île Maurice et le
Togo. Quatre pays sont plus exposés aux marchés des matières premières, mais peu à la Chine : la Côte
d’Ivoire, le Ghana, la Guinée-Bissau et le Mozambique. Pour conclure, la majorité des pays subsahariens
sont peu exposés à la fois à la Chine et aux marchés mondiaux des matières premières.
FIGURE 1.16 : Exposition économique au COVID-19 des pays de l’Afrique subsaharienne : le canal commercial
Les pays africains
Exposition à la Chine
sont vulnérables à
Faible Élevée des degrés divers
Bénin Namibie Rép. Dém. Du Congo Ile Maurice au COVID-19, en
Botswana Niger Éthiopie Togo fonction de leurs
Burkina Faso Nigéria Guinée exportations de
Burundi Rwanda Libéria matières premières
Exposition aux matières premières
Sources : Indicateurs de développement mondial, Banque mondiale. Direction des statistiques du commerce, Fonds monétaire international.
Note : un pays a une exposition « élevée » au commerce avec la Chine si ses importations ou son commerce avec la Chine en pourcentage du PIB dépassent
le 75e percentile mondial — c’est-à-dire, 5,2 et 7,3 % de leur PIB, respectivement. Un pays de la région est également défini comme ayant une exposition
« élevée » aux matières premières si ses exportations de matières premières en pourcentage du PIB dépassent le 75e percentile mondial (21 %).
CANAL FINANCIER
Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les flux de financements étrangers vers les pays
d’Afrique subsaharienne devraient diminuer en raison de facteurs de rejet. Par exemple, les principaux
partenaires d’investissement de la région sont confrontés à une forte baisse de l’activité économique,
à la chute brutale des prix internationaux des matières premières énergétiques (notamment le pétrole)
ainsi que des minerais et des métaux, et au comportement des investisseurs mondiaux réorientant leurs
investissements vers des actifs sûrs ; tous ces facteurs pourraient contribuer à la réduction des flux de
capitaux étrangers. En outre, des facteurs d’attraction pourraient également entrainer la baisse des flux
de capitaux étrangers, en particulier la décélération de l’activité économique dans les pays d’Afrique
subsaharienne, les déséquilibres macroéconomiques, et une réduction de l’élan pour les réformes
structurelles dans le contexte de la crise du COVID-19. À des degrés différents, les facteurs de rejet et
d’attraction affecteront les flux de financements étrangers qui sont essentiels au fonctionnement des
économies africaines, à savoir, les IDE (principalement dans les secteurs extractifs et ceux liés aux projets
d’infrastructure), les transferts des migrants et les flux de l’aide internationale. Les recettes touristiques
baisseront également de manière significative.
A F R I C A’ S P U L S E > 29
Investissement direct étranger (IDE)
En 2018, les flux d’IDE vers l’Afrique subsaharienne ont augmenté pour atteindre 32 milliards USD,
après avoir connu une forte contraction pendant deux ans. Le plus haut niveau des IDE dans la
région était principalement dû à une augmentation des IDE axés sur l’exploitation des ressources
naturelles (en raison de la hausse des prix et de la demande de certains produits de base) et à une
reprise des flux financiers vers l’ Afrique du Sud (en particulier dans les secteurs de l’automobile et
des énergies renouvelables). Cette augmentation avait plus que compensé la baisse importante
des flux d’IDE dans plusieurs pays de la région provoquée par l’incertitude politique et des
fondamentaux économiques défavorables (comme dans le cas du Nigéria et de l’Éthiopie). Le
Kenya a été l’un des pays ayant enregistré la plus forte hausse des flux d’IDE, destinés en partie
au financement d’importants projets d’infrastructure. La République du Congo a enregistré des
flux d’IDE principalement destinés à l’exploration et à la production de pétrole. Dans le cas de la
République démocratique du Congo, les entrées d’IDE ont augmenté en raison d’investissements
réguliers dans les minéraux, en particulier le cobalt. Le Mozambique a enregistré une hausse des
entrées de capitaux de l’ordre de 18 %, ce qui a porté l’IDE à 2,7 milliards USD. Cette hausse est
principalement attribuable aux transferts intragroupes opérés par des entreprises déjà établies dans
le pays, principalement dans le cadre de l’exploration pétrolière et gazière (CNUCED 2019).
Le montant des investissements directs étrangers dans les pays d’Afrique subsaharienne est très
hétérogène (figure 1.17). En 2018, la moyenne régionale était de 4,5 % du PIB, et 11 des pays de la
région ont un ratio d’IDE au PIB dépassant cette moyenne régionale. Le pays avec le ratio le plus
élevé est la République du Congo (38,3 % du PIB en 2018), où le pétrole brut représente environ
la moitié du panier d’exportation. Le Mozambique, pays exportant principalement des produits
minéraux et des métaux, reçoit des IDE équivalents à près du cinquième de son PIB. Les principaux
bénéficiaires d’IDE dans la région (en pourcentage du PIB) sont pour la plupart des pays riches
en ressources naturelles et/ou qui investissent dans l’exploration, comme le Ghana, l’Ouganda, la
Sierra Leone, et le Tchad. Pour ces pays, la chute des prix des matières premières, en particulier du
Le volume des FIGURE 1.17 : IDE vers les pays d’Afrique subsaharienne, 2018 (% du PIB)
investissements 40
directs étrangers
35
dans les pays
d’Afrique 30
subsaharienne 25
présente
20
une grande
% du PIB
hétérogénéité. 15
10
5
0
-5
-10
Angola
Burundi
Nigéria
Eswatini
Commores
République Centrafricaine
Guinée Bissau
Botswana
Namibie
Mauritanie
Lesotho
Malawi
Afrique du Sud
Gambie
Cameroun
Kenya
Togo
Tanzanie
Bénin
Côte d’Ivoire
Zambie
Mali
Zimbabwe
Madagascar
Sénégal
République de Maurice
Guinée Équatoriale
Congo RDC
Burkina Faso
Libéria
Éthiopie
Sao Tomé-et-Principe
Rwanda
Guinée
Ghana
Ouganda
Niger
Gabon
Cabo Verde
Tchad
Seychelles
Somalie
Sierra Leone
Mozambique
République du Congo
Source : Rapport sur l’investissement dans le monde, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)
Note : PIB=Produit intérieur brut
30 > A F R I C A’ S P U L S E
pétrole brut, des métaux et des minéraux, entrainera non seulement une réduction des recettes
d’exportation, mais également une baisse considérable du montant du financement apporté par les
investisseurs étrangers.
Les transferts de fonds par les émigrés sont négligeables pour 18 des 48 pays de la région, c’est-
à-dire qu’ils ne représentaient pas plus de 1 % du PIB en 2019. L’Afrique du Sud, l’Angola, le
Botswana, l’Éthiopie et la Zambie figurent parmi les pays qui affichent des ratios transferts/PIB
très faibles (figure 1.18). Pour la même année, 14 pays affichaient un ratio supérieur à la moyenne
régionale (4 % du PIB). Ces pays sont les plus vulnérables à une forte baisse des envois de fonds,
du fait qu’avec la baisse du niveau d’activité économique dans les pays d’accueil la plupart des
contractuels et des travailleurs immigrés sont mis à pied ou licenciés. Par exemple, les envois de
fonds des travailleurs émigrés du Nigéria, l’un des cinq principaux bénéficiaires dans le monde, qui
représentaient 5,7 % du PIB, provenaient principalement des États-Unis, de l’Europe, du Cameroun,
des Émirats arabes unis et de la Chine. Les autres pays d’Afrique de l’Ouest qui sont d’importants
FIGURE 1.18 : Envois de fonds vers les pays d’Afrique subsaharienne, 2019 (% du PIB)
Près d’un tiers des
20 pays africains sont
18 vulnérables à une
baisse des envois de
16
fonds.
14
12
% du PIB
10
8
6
4
2
0
Angola
Gabon
Botswana
Afrique du Sud
Guinée
Namibie
Éthiopie
Zambie
Malawi
Tanzanie
Côte d’Ivoire
Cameroun
Burundi
Sierra Leone
Seychelles
Mauritanie
République de Maurice
Soudan
Mozambique
Rwanda
Kenya
Burkina Faso
Niger
Guinée Bissau
Eswatini
Bénin
Sao Tomé-et-Principe
Madagascar
Congo RDC
Ouganda
Mali
Ghana
Nigéria
South Soudan
Zimbabwe
Togo
Sénégal
Cabo Verde
Libéria
Gambie
Lesotho
Commores
A F R I C A’ S P U L S E > 31
destinataires des envois de fonds sont le Sénégal (9,9 % du PIB) et le Togo (9,1 %). Un ralentissement
significatif de l’activité économique en Afrique du Sud affectera le flux de financements vers les pays
dépendants des envois de fonds comme le Lesotho (15,7 % du PIB en 2019) et le Zimbabwe (8 %).
Les flux d’aide vers les pays africains devraient également diminuer, car les principaux donateurs
sont désormais à l’épicentre de l’épidémie de COVID-19 et leurs gouvernements déploieront leurs
ressources pour protéger les couches vulnérables de la population qui sont touchées par les
conséquences économiques de la pandémie. La baisse de l’aide extérieure affectera principalement
les pays à faible revenu, en particulier ceux en situation de fragilité. Les pays pour lesquels les
apports nets de l’aide publique au développement (APD) par rapport à leur revenu national brut
(RNB) étaient les plus élevés en 2018 étaient la Somalie et la République centrafricaine, avec un flux
d’APD dépassant 25 % de leur revenu national brut (RNB). Des pays comme le Libéria (20,2 % du
RNB) et la Sierra Leone (13,3 %), qui ont été durement touchés par l’épidémie d’Ebola de 2014-2016,
ont reçu un montant important d’APD en termes de RNB (figure 1.19).
Près de la moitié FIGURE 1.19 : Aide publique au développement nette reçue en 2018 (% du RNB)
des pays à faible
revenu de la 35
région sont très
30
vulnérables aux
chocs de l’aide
25
étrangère, car
de nombreux 20
% du RNB
donateurs subissent
de plein fouet 15
les effets de la
pandémie de 10
COVID-19.
5
0
Guinée Équatoriale
Angola
Afrique du Sud
République de Maurice
Botswana
Gabon
Nigéria
Namibie
République du Congo
Ghana
Eswatini
Soudan
Zimbabwe
Kenya
Cameroun
Zambie
Sénégal
Cabo Verde
Tanzanie
Lesotho
Madagascar
Guinée
Congo RDC
Togo
Bénin
Éthiopie
Ouganda
Commores
Tchad
Burkina Faso
Mauritanie
Mali
Sao Tomé-et-Principe
Guinée Bissau
Rwanda
Mozambique
Niger
Sierra Leone
Gambie
Burundi
Malawi
Libéria
République Centrafricaine
Somalie
Côte d’Ivoire
Tourisme
Les déplacements internationaux sont actuellement découragés par les mesures de distanciation
sociale, ce qui nuit au secteur du tourisme en Afrique subsaharienne. L’ampleur de la perturbation
pour les déplacements et le tourisme dépend : (1) de la gravité de l’épidémie de COVID-19 dans
la région, et (2) des restrictions de déplacement qu’imposent les pays de la région aux voyageurs
provenant des pays où le nombre de cas confirmés de COVID-19 est plus élevé (par exemple, la
Chine, la République de Corée et l’Europe). L’activité touristique pourrait chuter, même si la région
reste relativement moins touchée par le COVID-19, car les voyageurs évitent le transport aérien en
général.
L’épidémie de COVID-19 met en péril 50 millions d’emplois dans le secteur mondial du voyage et
du tourisme, et les déplacements devraient s’effondrer en 2020, selon le Conseil du voyage et du
tourisme. Les figures 1.20 et 1.21 illustrent la dépendance aux recettes touristiques dans les pays
32 > A F R I C A’ S P U L S E
d’Afrique subsaharienne. Par exemple, le secteur du tourisme représente plus de 20 % du PIB dans
des pays comme les Seychelles, le Cabo Verde, République de Maurice, la Gambie et São Tomé et
Príncipe (figure 1.20). Et les recettes tirées du tourisme international représentent plus de 25 %
des recettes d’exportation au Cabo Verde, en Gambie, en Éthiopie, en République de Maurice, aux
Seychelles, en Tanzanie et au Rwanda (figure 1.21).
FIGURE 1.20 : Contribution totale du tourisme (% du PIB) FIG 1.2.19 Des facteurs liés à
l’offre (par exemple,
70
la peur de voyager
60 et les restrictions
de voyage)
50 entraîneront un
recul marqué
40 dans le secteur du
tourisme.
30
20
10
0
Seychelles
Cabo Verde
République de Maurice
Gambie
Sao Tomé-et-Principe
Namibie
Mali
Afrique du Sud
Lesotho
Botswana
Éthiopie
Ouganda
Madagascar
Sénégal
Tanzanie
Zimbabwe
Commores
Kenya
FIGURE 1.21 : Recettes du tourisme international (% des exportations totales) FIG 1.2.20
60
50
% des exportations totales
40
30
20
10
0
Cabo Verde
Gambie
Éthiopie
République de Maurice
Seychelles
Tanzanie
Rwanda
Soudan
Madagascar
Ouganda
Togo
Kenya
Sénégal
Sources : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale ; Calculs de la CNUCED basés sur les estimations et prévisions du Conseil
mondial du commerce et du tourisme. FIG 1.2.21
A F R I C A’ S P U L S E > 33
EN MATIÈRE DE POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES,
LA MARGE DE MANŒUVRE DES PAYS D’AFRIQUE
SUBSAHARIENNE EST PLUS RESTREINTE
Les pays d’Afrique subsaharienne doivent prendre des mesures stratégiques contracycliques pour
soutenir l’activité économique, en combinaison avec des mesures d’urgence pour lutter contre
l’épidémie de COVID-19 (c’est-à-dire distribuer des fournitures médicales et stabiliser l’épidémie).
Cependant, la capacité des pays africains à financer ces réponses politiques contracycliques est
faible en raison de leurs faibles réserves budgétaires, de leur marge de manœuvre limitée et de leur
accès restreint aux emprunts extérieurs. À ce sujet, les organisations financières internationales,
telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), pourraient fournir des
programmes d’assistance financière. Actuellement, les pays d’Afrique subsaharienne disposent
d’une certaine marge de manœuvre monétaire tandis que leur marge de manœuvre budgétaire
continue de se rétrécir. En dépit des mesures décisives prises par les décideurs pour ouvrir des
espaces budgétaire et monétaire supplémentaires, le COVID-19 se propage rapidement à travers le
monde, et les mesures de confinement réduisent à la fois la consommation et le travail. La mise en
œuvre rapide de programmes de santé et d’autres mesures de secours pèserait sur les budgets des
pays. En plus des pressions budgétaires croissantes, la dette publique dans la région a augmenté au
cours de la dernière décennie, même si, en moyenne, elle se situe en deçà du niveau d’endettement
enregistré avant les initiatives d’annulation de la dette. Le profil de la dette publique dans la région
est devenu plus risqué en raison de la baisse des emprunts concessionnels et de l’augmentation
des obligations auprès de gouvernements non membres du Club de Paris et de créanciers privés.
Par conséquent, les vulnérabilités macroéconomiques s’accentuent dans un environnement moins
favorable et avec des bases macroéconomiques faibles.
Cependant, l’espace fiscal semble se rétrécir dans les pays africains. Le déficit budgétaire médian
de la région devrait s’agrandir, passant d’environ 2,9 % du PIB en 2019 à 4,4 % du PIB en 2020,
principalement en raison d’une forte augmentation des déficits budgétaires des exportateurs de
pétrole.16 Au cours de la période 2019-2020, 31 pays de la région ont enregistré un déficit primaire).
Sur ces 31 pays, 9 ont un déficit primaire supérieur à 3 % du PIB (leur solde budgétaire moyen est de
-4,9 % du PIB). Avant le COVID-19, certains pays de la région, comme le Soudan et le Libéria, avaient
un besoin urgent de renforcer leur cadre de politique monétaire et budgétaire afin de se donner
davantage de possibilités d’agir en cas de chocs négatifs (extérieurs ou intérieurs) à venir.
16 Dans beaucoup de ces pays, le budget national 2020 est basé sur une hypothèse de prix du pétrole qui se trouve désormais nettement supérieure au prix moyen du pétrole brut. Par
conséquent, les revenus qui sont devenus inférieurs aux prévisions budgétaires exercent une pression sur les soldes budgétaires. En Angola, le solde budgétaire devrait passer d’un
excédent modeste en 2019 à un déficit important en 2020. Le déficit budgétaire du Nigéria devrait s’élargir à environ 5,8 % du PIB et, en tant que groupe, les producteurs de pétrole de la
Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale verront leurs équilibres budgétaires se dégrader fortement.
34 > A F R I C A’ S P U L S E
La capacité de mener des politiques contracycliques diffère d’un pays d’Afrique subsaharienne à
l’autre, car les marges de manœuvre budgétaire et monétaire varient considérablement selon les
pays. La figure 1.22 illustre l’amplitude de ces marges de manœuvre dans le graphe ci-dessous avec
le taux d’inflation moyen en abscisse et le solde primaire en ordonnée (en pourcentage du PIB) pour
2019-2020. Les seuils utilisés pour déterminer l’amplitude des marges de manœuvre budgétaire et
monétaire sont (1) le taux d’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC) correspondant à
l’inflation mondiale moyenne (3,5 %) et le taux d’inflation en Afrique subsaharienne (8,4 %) en 2019-
2020 (respectivement les lignes verticales rouges et bleues) et (2) le solde primaire de -3 % du PIB
(ligne verte). Un pays de la région avec un taux d’inflation IPC inférieur au seuil d’inflation (mondial ou
régional) et un solde primaire supérieur à son seuil correspondant est considéré comme disposant
d’une marge de manœuvre budgétaire et monétaire adéquate. Autrement, le pays pourrait manquer
de marge de manœuvre budgétaire ou monétaire (ou les deux à la fois). Ainsi certains pays de la
région disposent de marges de manœuvre budgétaire et monétaire pour mener des politiques
contracycliques : 19 pays ont une inflation inférieure à la moyenne mondiale et un solde primaire
supérieur à -3 % du PIB et 14 de ces pays appartiennent à la zone franc CFA (8 en Afrique de l’Ouest
et 6 en Afrique centrale). En revanche, quatre pays de la région ont des marges de manœuvre
budgétaire et monétaire limitées. Ces pays — le Burundi, le Libéria, le Nigéria et le Soudan — ont un
taux d’inflation supérieur à la moyenne mondiale et un déficit primaire supérieur à 3 % du PIB. FIG 1.2.21
Les pays d’Afrique
subsaharienne, riches en FIGURE 1.22 : InflationInflation et etsolde budgétaire
équilibre en Afrique
budgétaire subsaharienne
en Afrique subsaharienne La marge de
ressources, sont parmi ceux qui manœuvre pour
15 les politiques
ont le plus besoin de mener
macroéconomiques
des politiques contracycliques
COG anticycliques varie
en dépit du fait que leur 10 d’un pays à l’autre
situation budgétaire se de la région.
Solde budgétaire (% du PIB)
A F R I C A’ S P U L S E > 35
du pétrole dans la région, comme la République du Congo et le Tchad, où la baisse des prix du
pétrole contribuera à la détérioration de la situation budgétaire. La baisse des prix du cuivre réduira
également les perspectives de croissance dans des pays comme la Zambie, où le cuivre brut
représente près de la moitié des recettes d’exportation du pays, et la République démocratique du
Congo. D’autres économies africaines (importateurs nets de pétrole) bénéficieront d’une baisse
des prix du pétrole bien que cela ne suffise pas à compenser l’impact qu’aura la réduction de la
croissance sur les grandes économies de la région.
Le resserrement budgétaire pourrait être aggravé par une augmentation des coûts d’emprunt
extérieurs. La chute des prix du pétrole et la dislocation des marchés mondiaux des capitaux
sont accompagnées d’une forte augmentation des écarts de rendement des obligations
souveraines des pays riches en pétrole. Par exemple, depuis le début de l’année l’augmentation
cumulative de l’écart souverain EMBI en Angola s’est établie à 2 005 points de base, tandis
qu’elle a augmenté respectivement de 1 142 et 691 points de base au Gabon et au Nigéria.
En Afrique du Sud, marché émergent au marché obligataire très liquide, l’écart s’est accru
de 442 points de base depuis le début de l’année. Dans un contexte de détérioration de la
situation budgétaire et de faible croissance tendancielle, l’agence de notation Moody’s a
dégradé la cote de risque de la dette souveraine de l’Afrique du Sud à la catégorie de sous-
investissement (de Baa3 à Ba1). L’augmentation des coûts d’emprunt aggravera encore les
perspectives de viabilité de la dette.
La marge de manœuvre dans les domaines budgétaire et monétaire déterminera la capacité des
pays à mener des politiques contracycliques. L’accumulation de coussins de liquidité — telle que
mesurée par le nombre de mois d’importations couverts par les réserves de change dans les pays
d’Afrique subsaharienne — peut aider à défendre la monnaie en cas d’attaques spéculatives et /
ou garantir la stabilité du système financier. L’autorité monétaire pourrait également mener des
politiques macro-prudentielles pour stabiliser les variables quantitatives (par exemple, le montant
du crédit) ou les cours des produits financiers nationaux (par exemple, les rendements obligataires
et les actions, entre autres). Dans les pays d’Afrique subsaharienne, la couverture des importations
par les réserves a diminué au fil du temps (figure 1.23).17 Environ la moitié des pays de l’échantillon
(17 sur 35) ont connu une baisse du ratio de couverture des importations par les réserves sur la
période 2013-2018 — par exemple, il est passé de 8,75 mois en 2013 à 0,73 mois en 2018 pour la
République du Congo, rendant ainsi le pays vulnérable aux attaques spéculatives.18 Cet indicateur
signale non seulement la faible disponibilité des réserves pour défendre les cours des produits
financiers en cas de fortes fluctuations, mais également l’incapacité du secteur des exportations du
pays à générer des revenus durables.
17 Le ratio illustré à la figure 1.23 identifie le nombre de mois d’importations de biens et services que les réserves internationales pourraient permettre. Des valeurs plus élevées de ce ratio
impliquent qu’un pays a accumulé plus de réserves de change pour défendre sa monnaie et stabiliser les cours des produits financiers. Cela donne à l’autorité monétaire une plus grande
marge d’action en matière de politique monétaire et financière.
18 Le Botswana enregistre le ratio le plus élevé de couverture des importations par les réserves de change en Afrique subsaharienne, avec près d’un an d’importations (11,9 mois), suivi de
Maurice (9,1 mois) et du Nigéria (7,8 mois). En revanche, le Zimbabwe et la Guinée équatoriale ont les ratios les plus faibles (0,13 et 0,14 mois, respectivement). Environ un tiers des pays de
la région disposant de données sur les réserves internationales (12 sur 35) avaient un ratio en-dessous d’un niveau acceptable en 2018 (c’est-à-dire moins de trois mois).
19 Une expansion budgétaire financée par des émissions de dettes publiques augmente le revenu disponible des particuliers ainsi que la consommation privée tout en réduisant l’épargne
nationale. L’expansion budgétaire fait monter les taux d’intérêt intérieurs et évince l’investissement privé. Par conséquent, la baisse de l’épargne nationale s’accompagne d’une détérioration
de la balance des opérations courantes. Cela pourrait entraîner un déficit budgétaire doublé d’une balance courante négative.
20 Parmi les principaux exportateurs de pétrole de la région, l’économie angolaise pourrait être durement touchée en raison de sa dépendance relativement élevée à l’égard des exportations
de pétrole pour ses revenus. L’excédent de la balance courante devrait dégénérer en un déficit de 3 pour cent en 2020, la faiblesse de la production pétrolière exacerbant la baisse des prix.
Le Nigéria devrait connaître une baisse des exportations mais la baisse des importations, en raison de ses politiques commerciales restrictives, pourrait atténuer l’aggravation du déficit de
la balance courante du pays. Les producteurs de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale connaîtront une forte augmentation de leurs déficits courants,
en raison de la diversification limitée de leurs exportations et de la fragilité de leurs économies.
36 > A F R I C A’ S P U L S E
FIGURE 1.23 : Ratio de couverture des importations par les réserves de change dans les pays Plus de la moitié
d’Afrique subsaharienne, 2 018
FIG 1.2.22 des pays africains
12 ont de faibles
réserves, ce qui
limite leur capacité
10 à atténuer les chocs
monétaires et
financiers.
8
0
BWA
MUS
NGA
COM
TZA
AGO
CAF
CPV
ZAF
CMR
UGA
KEN
MDG
NAM
SYC
LSO
MOZ
MRT
RWA
SLE
GMB
MWI
GHA
GAB
STP
SWZ
ETH
GIN
ZMB
BDI
COG
COD
TCD
GNQ
ZWE
Sources : Banque mondiale ; Haver Analytics
sur 47) affichent un déficit courant supérieur à 5 % du PIB, et 13 d’entre eux affichent des déficits
extérieurs supérieurs à 10 % du PIB (figure 1.24). Les pays présentant le plus grand déséquilibre
extérieur sont le Mozambique, le Niger, le Libéria, la Guinée, la Mauritanie, le Burundi, la Sierra
Leone, l’Ouganda et le Soudan, entre autres. Plus le déséquilibre extérieur est important, plus la
pression exercée affaiblit la monnaie nationale.
financer.
–10
–15
–20
–25
–30
ERI
COG
SWZ
GAB
AGO
NGA
SSD
ZWE
BWA
MDG
NAM
ZAF
ZMB
CMR
GHA
CIV
COD
TZA
GNB
CPV
CAF
KEN
BFA
MLI
ETH
TGO
BEN
GNQ
TCD
MUS
COM
RWA
LSO
SEN
SDN
STP
UGA
GMB
SLE
BDI
MWI
SYC
MRT
GIN
LBR
NER
MOZ
Sources : Indicateurs du développement dans le monde ; Perspectives macroéconomiques et de pauvreté, Banque mondiale.
A F R I C A’ S P U L S E > 37
La viabilité de la dette en Afrique subsaharienne,
une cause de préoccupation croissante
Les problèmes de viabilité de la dette peuvent compromettre la mise en place de politiques
anticycliques. La viabilité de la dette publique est un sujet de préoccupation toujours plus prégnant,
en raison de : (1) l’augmentation rapide de la dette publique depuis 2013 et (2) la modification de
la composition de la dette publique, car une plus grande part de la dette extérieure publique et
garantie par l’État (PPG) est détenue par des créanciers privés et des gouvernements hors Club de
Paris. La Section 2 de l’édition actuelle de Africa’s Pulse présente une analyse détaillée des tendances
en matière d’accumulation de la dette dans la région, en présentant les différentes catégories
d’emprunteurs. Elle classe les pays d’Afrique subsaharienne selon leur rythme d’accumulation
de la dette publique : ils sont répartis entre gros emprunteurs, emprunteurs modérés et petits
emprunteurs. La Section 2 montre les différents niveaux d’endettement et de vulnérabilité de ces
catégories de pays, en ce qui concerne : (1) le niveau et la composition de leur dette publique
totale et extérieure, (2) le montant et la composition du total des services de la dette extérieure,
(3) l’efficience du financement par emprunt (que traduisent leurs différences de croissance du PIB,
d’investissement et d’efficacité de l’investissement), et (4) le niveau de qualité des institutions.
La dette publique dans les pays de la région augmente à un rythme plus rapide depuis 2013, et
cette croissance s’est accompagnée de changements dans la composition des passifs de l’État,
lesquels ont donné lieu à un profil d’endettement plus risqué (voir la section 2 pour plus de détails).
Cela menace la viabilité de la dette dans la région. La figure 1.25 montre les niveaux de viabilité de
la dette dans les pays d’Afrique subsaharienne en 2019.21 L’accroissement de la dette publique dans
les pays d’Afrique subsaharienne au cours de la période 2013-2019 s’est accompagné d’une hausse
du nombre d’années nécessaires pour rembourser la totalité de la dette, pour 38 des 44 pays de la
région. Le nombre moyen d’années de remboursement pour ces 38 pays a augmenté de 1,5 an. Ce
Il faut quatre FIGURE 1.25 : Viabilité de la dette dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2 019
années d’imposition
8
pour rembourser
entièrement les
7
fonds publics pour
près de la moitié 6
des pays d’Afrique
subsaharienne. 5
0
GMB
GNQ
NGA
BDI
MOZ
SLE
STP
CPV
ETH
GAB
GNB
ZMB
AGO
TCD
CAF
GHA
MRT
TGO
SEN
LBR
BEN
NER
KEN
GIN
MUS
MDG
COG
UGA
RWA
CIV
TZA
CMR
MWI
ZWE
MLI
BFA
ZAF
COM
COD
NAM
SWZ
SYC
LSO
BWA
Source : World Economic Outlook (Perspectives de l’économie mondiale), Fonds monétaire international.
Note : Le graphique illustre le ratio de la dette brute des administrations publiques sur la composante permanente des recettes fiscales pour chaque pays
d’Afrique subsaharienne en 2019. Ce ratio indique le nombre d’années qui sont nécessaires pour rembourser la totalité de la dette publique.
21 Globalement, la viabilité de la dette se traduit par le nombre d’années d’imposition nécessaires pour que le gouvernement rembourse intégralement la dette brute des administrations
publiques. Concrètement, cet indicateur est le rapport de la dette brute des administrations publiques sur la tendance des recettes fiscales des administrations publiques (selon le filtre
Hodrick-Prescott). La composante tendancielle des recettes fiscales des administrations publiques est calculée pour éliminer la volatilité due aux cycles économiques et pour fournir une
meilleure mesure de l’assiette fiscale. La dette d’un pays est considérée comme viable si ce pays est en mesure de rembourser ses dettes dans un délai relativement court. Par conséquent,
un ratio plus élevé implique qu’il faut plus de temps pour rembourser le montant total de la dette publique avec les recettes fiscales.
38 > A F R I C A’ S P U L S E
chiffre a baissé pour six pays, ce qui indique une amélioration de la viabilité de la dette publique
de ces pays.22 Enfin, des pays tels que la Gambie, la Guinée équatoriale et le Nigéria auraient besoin
de plus de sept années fiscales pour rembourser leur dette publique brute. Pour ces pays, non
seulement le montant de la dette a augmenté, mais les recettes fiscales n’ont pas connu la même
tendance, plombées par la baisse des revenus liés aux produits de base.
FIGURE 1.26 : Encours de la dette extérieure publique et garantie par l’État, 2 018 (% du PIB) L’encours de la dette
extérieure dépasse
100
30 % du PIB dans
90 plus de la moitié
80 des pays africains.
70
60
% du PIB
50
40
30
20
10
0
Nigéria
Botswana
Congo RDC
Eswatini
République de Maurice
Zimbabwe
Burundi
Commores
Guinée
République Centrafricaine
Madagascar
Afrique du Sud
Burkina Faso
Tanzanie
Guinée Bissau
Togo
Cameroun
Libéria
Sierra Leone
Tchad
Mali
Malawi
Ghana
Ouganda
Erythrée
Lesotho
Kenya
Niger
Éthiopie
Bénin
Rwanda
Gabon
Gambie
Angola
Zambie
Soudan
République du Congo
Sénégal
Sao Tomé-et-Principe
Mozambique
Mauritanie
Cabo Verde
Côte d’Ivoire
22 Ces six pays sont le Botswana, la République démocratique du Congo, la Guinée-Bissau, Madagascar, le Malawi et les Seychelles.
A F R I C A’ S P U L S E > 39
Près de la moitié FIGURE 1.27 : Service de la dette extérieure publique et garantie par l’État, 2 018 (% des exportations)
des pays de la
30
région ont payé
plus de 5 % de leurs
25
exportations au
titre du service de la
20
% des exportations
dette extérieure.
15
10
0
République Centrafricaine
Guinée Bissau
Zimbabwe
Congo RDC
Commores
Nigéria
Guinée
Erythrée
Madagascar
Botswana
Eswatini
Burkina Faso
République de Maurice
République du Congo
Malawi
Lesotho
Rwanda
Tchad
Sao Tomé-et-Principe
Burundi
Libéria
Soudan
Sierra Leone
Togo
Cabo Verde
Ouganda
Bénin
Mali
Niger
Zambie
Côte d’Ivoire
Cameroun
Mozambique
Gabon
Tanzanie
Gambie
Afrique du Sud
Ghana
Sénégal
Mauritanie
Angola
Kenya
Éthiopie
Créanciers bilatéraux Créanciers multilatéraux Créanciers privés
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.
Le profil de l’encours de la dette et du service de la dette révèle la vulnérabilité accrue des pays
dont la dépendance s’accroit vis-à-vis de créanciers qui leur prêtent non seulement en devises,
mais aussi à des intervalles plus courts et, dans la plupart des cas, à des taux d’intérêt plus élevés.
L’Afrique du Sud connaît par exemple un encours de la dette extérieure PPG relativement faible par
rapport au reste de la région (20,9 % en 2018). Cependant, la plupart des fonds ont été empruntés
à des créanciers privés (94,5 % de la dette extérieure PPG). Le service de la dette de l’Afrique du
Sud représentait 10,8 % des exportations en 2018, et ces intérêts étaient, encore une fois, versés
principalement aux créanciers privés (94,7 % du service de la dette extérieure PPG). Dans les deux
cas (Éthiopie et Afrique du Sud), le niveau d’endettement est modéré ; cependant, la composition
de l’encours de leur dette et du service de leur dette peut révéler des faiblesses dans le cadre de
viabilité de leur dette.
Le montant de la dette extérieure PPG (en pourcentage du PIB) n’est pas un indicateur suffisant de
la viabilité de la dette. Par exemple, la Mauritanie et le Mozambique affichent un fardeau de la dette
extérieure comparable (75 % du PIB). Et pourtant, la composition de leur dette est très différente.
Bien que la dette extérieure du Mozambique soit principalement détenue par des créanciers publics
(45,3 % est détenue par des créanciers bilatéraux et 38,2 % par des créanciers multilatéraux), les
créanciers privés représentent environ 16,5 % de sa dette extérieure PPG. La dette de la Mauritanie,
quant à elle, n’est détenue que par des créanciers publics, et principalement des créanciers
multilatéraux qui détiennent près de 58 % de la dette publique extérieure totale. Le service de la
dette extérieure en Mauritanie est deux fois plus élevé que celui du Mozambique (17,6 et 8,8 % des
exportations, respectivement), tandis que plus de 25 % du service de la dette du Mozambique sont
versés à des créanciers privés. Les différences de risque entre ces deux pays sont dues au fait que
le Mozambique paye davantage d’intérêts aux créanciers privés, et au manque de transparence de
certaines des opérations d’emprunt menées par les autorités mozambicaines auprès de créanciers
non traditionnels.
40 > A F R I C A’ S P U L S E
Dans la région, les pays les plus exposés à des problèmes de viabilité de la dette sont ceux dont
le service de la dette est le plus élevé et qui présentent les profils de dette les plus risqués (et / ou
moins transparents), même si l’encours de leur dette extérieure est relativement gérable. 62,4 % de
l’encours de la dette du Kenya (30,6 % du PIB) sont détenus par les créanciers bilatéraux et privés,
37,5 % par les créanciers bilatéraux et 24,8 % par les créanciers privés. Le service de la dette du
Kenya représente 20,1 % des exportations, le deuxième taux le plus élevé parmi les pays d’Afrique
subsaharienne, et les intérêts sont versés principalement aux créanciers privés (qui touchent
45,3 % du service de la dette), suivis des créanciers bilatéraux (29 %). Par conséquent, les profils
d’endettement plus risqués pourraient mettre en péril la viabilité de la dette, par des défauts de
paiement du service de la dette.
Six pays de la région ont un niveau de dette extérieure PPG qui dépasse 40 % du PIB. Le niveau de
leur dette publique extérieure va de 42 % (République du Congo) à 87 % (Cabo Verde). Le niveau
moyen de la dette de ces six pays est de 63,4 % du PIB, et la part de cette dette détenue par les
créanciers publics bilatéraux et les créanciers privés est respectivement de 44 % et 17 %. Cependant,
parmi ces six pays, l’on constate des différences dans la part de la dette détenue par des créanciers
publics bilatéraux et créanciers privés, par rapport à leur endettement total (figure 1.26). Pour ce
qui est du service de la dette, neuf pays de la région ont un niveau de service de la dette extérieure
PPG qui dépasse 10 % des exportations, et le montant du service de la dette va de 10,6 % (Tanzanie)
à 25,3 % (Angola). Le niveau moyen du service de la dette de ces neuf pays est de 15 % des
exportations, et la part des intérêts payés aux créanciers publics et aux créanciers privés, sur le total
du service de la dette extérieure, s’élève respectivement à 30 et 45 % (figure 1.27). Si l’on associe
ces deux critères, le Sénégal et la Mauritanie sont les pays dont l’encours et le service de la dette
dépassent le 75e centile des pays d’Afrique subsaharienne. Cela pèse donc sur la viabilité de leur
dette publique. Il existe cependant une différence de taille entre leurs situations d’endettement : le
Sénégal a eu recours à des créanciers émergents et plus chers.
La composition en devises de la dette publique est un facteur majeur qui influence la viabilité de
la dette. La Figure 1.28 montre la dette brute des administrations publiques par devise (monnaie
nationale contre monnaie étrangère) dans les pays d’Afrique subsaharienne en 2019. Selon certains
analystes, de brusques fluctuations des taux de change pourraient entraîner des déficits comptables
dans les pays qui ont une dette publique substantielle en devises étrangères. Par exemple, le
Soudan avait le fardeau de la dette publique le plus élevé de la région en 2019 — la dette publique
représentait 207 % du PIB — et la majeure partie de cette dette est libellée en devises étrangères
(environ 95 % de la dette). Le Mozambique a également une forte dette publique (108,8 % du PIB),
le troisième fardeau de la dette publique de la région, et la majorité de cette dette est libellée en
devises étrangères (85,4 %). Il en va de même pour l’Angola (dette publique représentant 95 % du
PIB et plus des deux tiers de la dette libellée en devises). Par conséquent, ces pays sont confrontés à
des risques de change, car leur dette publique est importante et principalement libellée en devises.
En revanche, la dette publique de l’Afrique du Sud (60 % du PIB en 2019) est principalement libellée
en monnaie nationale. Bien que les émissions de titres d’emprunt en monnaie nationale contribuent
A F R I C A’ S P U L S E > 41
à réduire les risques de change, une grande partie de cette dette est détenue par des investisseurs
étrangers qui participent aux marchés locaux des valeurs mobilières (et, principalement, effectuent
des investissements à court terme). Les investissements étrangers pourraient donc provoquer à tout
moment des sorties de fonds brutales. Ces sorties de fonds pourraient exacerber la volatilité des
taux de change et conduire à une dépréciation du Rand par rapport aux principales devises.
La part de la dette FIGURE 1.28 : Dette brute des administrations publiques par composition en monnaies dans les pays d’Afrique
publique en devises subsaharienne, 2019 (en pourcentage du PIB)
étrangères est plus
importante dans 250
près de la moitié
des pays africains, 200
ce qui les rend
vulnérables aux
150
fortes variations des
% du PIB
taux de change.
100
50
0
Botswana
Zimbabwe
Comores
Mali
Tanzanie
Cameroun
Bénin
Eswatini
Ouganda
République centrafricaine
Tchad
Guinée
Guinée équatoriale
Libéria
Lesotho
Rwanda
Namibie
Côte d’Ivoire
Seychelles
Niger
Éthiopie
Afrique du Sud
Malawi
Kenya
Sénégal
Burundi
Ghana
Sierra Leone
Guinée-Bissau
Maurice
Togo
Congo, Rép.
Mauritanie
Gambie
Zambie
Angola
Mozambique
Cabo verde
Soudan
Devise nationale Devises étrangères
Source : World Economic Outlook (Perspectives de l’économie mondiale), Fonds monétaire international.
42 > A F R I C A’ S P U L S E
1.3 L’IMPACT DU COVID-19 SUR LES PERSPECTIVES À COURT TERME
Cette sous-section se penche sur les effets potentiels de l’épidémie de COVID-19 sur les perspectives
de croissance à court terme de l’Afrique subsaharienne. L’analyse présente deux scénarios principaux.
Le premier, que nous appellerons scénario de crise grave mais circonscrite, examine les impacts d’une
flambée épidémique grave, mais contenue, à la fois au niveau mondial et au niveau régional. Le second,
que nous appellerons scénario de crise en deux phases, analyse les impacts économiques potentiels
si l’épidémie de coronavirus persiste et se propage plus largement qu’envisagé dans le scénario de
crise grave mais circonscrite. L’analyse montre que la croissance en Afrique subsaharienne devrait
considérablement faiblir cette année, et repartir lentement à la hausse en 2021. Ces deux scénarios
seront comparés à un scénario sans COVID-19, que nous appellerons scénario de référence.
Des simulations effectuées à titre d’illustration montrent que, par rapport à un scénario de base sans
COVID-19, la croissance mondiale pourrait chuter de 4,7 points de pourcentage en 2020, traduisant
un net ralentissement économique aux États-Unis, dans la zone euro et en Chine. En Afrique
subsaharienne, la croissance pourrait être amputée de 5,2 points de pourcentage. Sur cette base, le
PIB réel dans la région devrait décroître à raison de -2,1 % en 2020, contre une croissance de 2,4 %
en 2019, principalement en raison de fortes contractions en Afrique du Sud, au Nigéria et en Angola
(figure 1.29). Le nombre de cas confirmés de COVID-19 en Afrique subsaharienne est relativement
faible, mais la maladie se propage rapidement dans certains pays, ce qui incite les gouvernements
à mettre en œuvre des mesures strictes de confinement et à adopter des politiques économiques
visant à accroitre la capacité d’accueil des systèmes de santé, et à soutenir les entreprises.
Cette révision à la baisse en 2020 reflète les risques macro-économiques résultant de la forte baisse
de la croissance de la production parmi les principaux partenaires commerciaux de la région,
notamment la Chine et la zone euro. Cela traduit également l’effondrement des prix des matières
premières, la baisse de l’activité touristique dans plusieurs pays, ainsi que les effets des mesures de
confinement. L’effondrement des prix des produits de base plombera la croissance des exportateurs
de pétrole et de métaux de la région, tandis que les craintes de propagation du virus, ajoutées aux
restrictions de voyage et de travail, pèseront sur la demande intérieure. De nombreux pays moins
riches en ressources dépendent largement du tourisme pour générer des revenus, des recettes
d’exportation et créer des emplois. Ces pays-là seront gravement affectés par le coup d’arrêt aux
voyages internationaux. En principe, une baisse des prix du pétrole devrait stimuler l’activité dans
les pays importateurs de pétrole, par le biais des canaux de consommation et d’investissement.
Cependant, les incertitudes liées à l’épidémie de COVID-19 atténuent ces effets positifs en
A F R I C A’ S P U L S E > 43
La croissance
en Afrique
FIG 1.3.1
FIGURE 1.29 : La croissance en Afrique subsaharienne devrait ralentir fortement en 2020
subsaharienne
devrait chuter en 6
2020, sous l’effet de
4
fortes contractions
au Nigéria, en 2
Pourcentage
Afrique du Sud et 0
en Angola.
-2
-4
-6
2020f
2021f
2020f
2021f
2020f
2021f
2018
2019
2018
2019
2018
2019
Afrique subsaharienne Angola, Nigéria et Afrique du Sud ASS hors Angola,
Nigéria et Afrique du Sud
Moyenne 2000-2018
FIG 1.3.2
Source : Modèles de fiscalité et de macro-économie de la Banque mondiale, Estimations des services de la Banque mondiale.
restreignant les dépenses. La croissance devrait rebondir en 2021, mais rester en dessous de son
niveau de 2019 dans de nombreux pays, ce qui suggère que l’épidémie de COVID-19 continuera de
perturber l’activité économique dans la région en 2021.
Au cours de la phase aigüe, les services, notamment le tourisme, les transports en commun et les
services de vente au détail non essentiels devraient diminuer davantage que les activités industrielles,
en raison des mesures de distanciation sociale et des restrictions commerciales. Dans les MEED
(marchés émergents et économies en développement), les mesures de distanciation sociale sont
moins contraignantes sur le plan économique que dans les pays à revenu élevé, en raison des
faiblesses institutionnelles, d’une économie informelle beaucoup plus importante et de l’importance
de l’agriculture — autant d’éléments qui pourraient freiner la reprise. Pour la phase chronique, l’hypothèse
est que les pays auront remédié à bon nombre des problèmes logistiques et médicaux associés à
la gestion du COVID-19, ce qui leur permettra de contrôler la progression de l’épidémie avec moins
de perturbations dans l’économie. La demande est atone dans tous les pays, et les chocs intérieurs
devraient donc se répercuter sur le commerce mondial, ce qui assombrira encore davantage les
perspectives des partenaires commerciaux. Les prix des produits de base, eux, devraient rester faibles.
Dans le cadre du scénario de crise en deux phases, les simulations suggèrent qu’en 2020, le PIB mondial
pourrait diminuer de 6 points de pourcentage par rapport au scénario de référence sans COVID-19, au
lieu de 4,5 points de pourcentage comme dans le scénario de crise grave mais circonscrite. En Afrique
subsaharienne, le PIB réel pourrait être amputé de 6,3 points de pourcentage par rapport au scénario
de référence sans COVID-19, soit plus que la baisse de 5,2 points de pourcentage du scénario de base
(figure 1.30). Une telle détérioration des perspectives ferait baisser le taux de croissance du PIB réel
de -3,0 % en 2020, contre -2,1 % dans le scénario de crise grave mais circonscrite, ce qui pourrait faire
sombrer de nombreuses économies dans la récession. Les économies qui dépendent fortement des
exportations de pétrole et de l’exploitation minière seraient les plus durement touchées.
44 > A F R I C A’ S P U L S E
Les scénarios
FIG 1.3.2
FIGURE 1.30 : Scénarios de croissance en fonction du COVID-19 en Afrique subsaharienne
illustratifs
Variation de la croissance du PIB en 2020 par rapport au scénario de référence sans COVID, points de pourcentage soulignent
l’impact négatif
Afrique Angola, Nigéria et ASS hors Angola, Exportateurs Exportateurs de Pays moins riches
subsaharienne Afrique du Sud Nigéria et Afrique du Sud de pétrole métaux et mineraiss en ressources de l’épidémie de
0,0 COVID-19 sur la
croissance dans
–1,0
la région.
–2,0
–3,0
–4,0
–5,0
–6,0
–7,0
–8,0
–9,0
Scénario de référence Scénario pessimiste
Source : estimations du personnel de la Banque mondiale, basées sur des simulations avec le modèle de fiscalité et de macro-économie.
Note : Ces graphiques ont été générés sur la base d’hypothèses précises au sujet de l’évolution de l’épidémie de COVID-19, qui sont par nature
incertaines, ainsi que des hypothèses sur les réponses politiques apportées à ce sujet. Ces graphiques doivent donc être considérés comme des
extrapolations à titre d’illustration, plutôt que des prédictions.
Un impact plus persistant de l’épidémie de COVID-19 sur l’économie mondiale entraînera une réduction
de la croissance dans la région par le biais de différents canaux de transmission : Premièrement, un
dérèglement prolongé des échanges commerciaux et des chaînes de valeur ainsi que des baisses
plus importantes que prévu des prix des produits de base. Des retards au redémarrage de l’économie
mondiale pourraient peser encore davantage sur les cours des prix de l’énergie et des produits
miniers et les pays fortement connectés aux chaînes de valeur — en particulier dans l’agro-industrie
et l’habillement (Éthiopie et Kenya), les produits manufacturés (Tanzanie et Afrique du Sud) et les
exportateurs de minéraux participant à la chaîne de valeur de l’électronique (République démocratique
du Congo et Zambie). Deuxièmement, un arrêt soudain des flux de financement étranger vers les pays
d’Afrique subsaharienne — en particulier, les entrées d’IDE dans les secteurs de l’extraction (énergie et
mines) et les investissements étrangers dans les infrastructures. Les flux d’aide, les recettes du tourisme
international et les envois de fonds s’amenuiseront eux aussi s’il faut plus de temps aux pays d’où
viennent ces fonds pour relancer leur activité économique. Enfin, un déclin plus prolongé des prix du
pétrole et un impact plus persistant du COVID-19 pourrait déclencher de nouvelles fuites des capitaux
hors d’Afrique. Des sorties d’investissements de portefeuille plus importantes que prévu pourraient se
produire, en particulier dans les pays où les investisseurs ont acheté des titres en monnaie locale, par
exemple le Ghana, le Nigéria et l’Afrique du Sud.
Le scénario de crise en deux phases montre que le déclin de la croissance pourrait être plus
important et plus généralisé à mesure que les flambées épidémiques s’intensifient et se propagent
plus largement dans la région (figure 1.31). Le risque d’une explosion de cas de COVID-19 en Afrique
subsaharienne est élevé et le coût humain de la pandémie pourrait augmenter considérablement.
L’accès limité à l’eau potable et aux installations sanitaires, la surpopulation urbaine, la proportion
importante d’enfants souffrant de malnutrition et de retard de croissance et l’importance de
l’économie informelle créent des obstacles aux mesures de confinement et d’atténuation imposées
par les gouvernements et aux réponses que les individus peuvent y apporter. L’ampleur des impacts
A F R I C A’ S P U L S E > 45
Le scénario le plus
FIG 1.3.3
FIGURE 1.31 : Le scénario de crise en deux phases illustre l’impact négatif du COVID-19 sur la croissance
pessimiste montre Afrique Angola, Nigéria et ASS hors Angola, Exportateurs Exportateurs de Pays moins riches
que la baisse de la subsaharienne Afrique du Sud Nigéria et Afrique du Sud de pétrole métaux et minerais en ressources
croissance dans la 2,0
1,1
région pourrait être 0,8
1,0
profonde et plus 0,1
0,0
généralisée.
–1,0 –0,4
Croissance du PIB (%)
–2,0
–2,1
–3,0
–3,0
–4,0
–5,0 –4,3
–5,0 –4,8
–5,1
–6,0
–7,0 –6,4
–6,7
–8,0
Scénario de référence 2020 Scénario de crise en deux phases 2020
Source : estimations du personnel de la Banque mondiale, basées sur des simulations sur le modèle MFMoD
Note : Ces graphiques ont été générés sur la base d’hypothèses précises au sujet de l’évolution de l’épidémie de COVID-19, qui sont par nature
incertaines, ainsi que des hypothèses sur les réponses politiques apportées à ce sujet. Ces graphiques doivent donc être considérés comme des
extrapolations à titre d’illustration, plutôt que des prédictions.
• L’économie sud-africaine était déjà fragile avant la crise du COVID-19, malgré une reprise de
l’activité économique en début d’année. Les baisses de taux d’intérêt et l’assouplissement
quantitatif annoncé par la South African Reserve Bank soutiendront dans une certaine mesure
les dépenses de consommation et encourageront les prêts et l’investissement. Cependant, la
faiblesse des prix des produits de base, associée aux sorties de capitaux (principalement des
investissements de portefeuille), à une diminution de l’activité touristique et à un ralentissement
majeur des principaux partenaires commerciaux devrait frapper durement l’économie sud-
africaine. Le confinement de la population pour 21 jours qui a été annoncé par le chef de l’État le
24 mars, affectera de manière significative les ventes au détail et le secteur minier, deux moteurs
importants de croissance pour l’économie.
• Au Nigéria, la croissance a rebondi à 2,2 % en 2019, soutenue en partie par une production
pétrolière stable. Avec un prix moyen du pétrole brut divisé par deux par rapport au cours de
2019, le secteur pétrolier devrait connaître une forte contraction, due à la baisse de la production,
à la fermeture des gisements de pétrole en raison de leur faible rentabilité et au report des
investissements. Les répercussions de cette régression du secteur pétrolier pèseront sur l’activité
intérieure, aggravant les effets des mesures de confinement prises par le gouvernement.
46 > A F R I C A’ S P U L S E
• En Angola, deuxième producteur de pétrole de la région, l’économie est restée en récession en
2019 et a commencé l’année 2020 sous le signe d’une croissance molle. Le pays devrait plonger
dans une récession économique plus profonde encore en 2020, entraîné par un effondrement des
exportations et des investissements. Cela reflète en partie les retombées de la faible croissance
de la Chine, un partenaire commercial majeur de l’Angola. Une inflation élevée, due en partie à la
dépréciation de la monnaie, plombera la consommation privée.
Les perspectives de croissance pour le reste de la région ont été sensiblement revues à la baisse en
2020. Avant l’émergence du COVID-19, l’activité dans le reste de la région progressait à un rythme
soutenu, bien que la croissance se soit montrée moins dynamique que les années précédentes. La
croissance dans les pays dotés en ressources et les pays moins riches en ressources devrait s’affaiblir
considérablement en raison du choc provoqué par le COVID-19 (figure 1.32).
FIGURE 1.32 : Les perspectives de croissance faibliront pour toutes les catégories de pays en 2020 Alors que les
perspectives
Scénario de référence de croissance
5 diminueront dans
4 toute la région, les
3 pays producteurs
2 de pétrole et de
Croissance du PIB (%)
1 métaux connaîtront
0 le plus net recul de
la croissance.
–1
–2
–3
–4
–5
–6 2019 2020 2021
Afrique subsaharienne Pays riches en ressources pétrolières Pays moins riches en ressources Pays riches en métaux et minéraux
6
Scénario de crise en deux phases
2
Croissance du PIB (%)
–2
–4
–6
–8
2019 2020 2021
Afrique subsaharienne Pays riches en ressources pétrolières Pays moins riches en ressources Pays riches en métaux et minéraux
Source : estimations du personnel de la Banque mondiale, basées sur des simulations avec le modèle MFMod
Note : Ces graphiques ont été générés sur la base d’hypothèses précises au sujet de l’évolution de l’épidémie de COVID-19, qui sont par nature
incertaines, ainsi que des hypothèses sur les réponses politiques apportées à ce sujet. Ces graphiques doivent donc être considérés comme des
extrapolations à titre d’illustration, plutôt que des prédictions.
A F R I C A’ S P U L S E > 47
• Parmi les pays fortement dotés en ressources, la croissance dans les pays exportateurs de pétrole
pourrait chuter de 7 points de pourcentage et chez les exportateurs de métaux de plus de 8 points
de pourcentage par rapport au scénario de base sans COVID-19. La zone de la Communauté
économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui comprend la plupart des autres exportateurs
de pétrole de la région, verra sa croissance chuter en 2020, parallèlement au déclin des recettes
publiques et au ralentissement de l’investissement. De même, y compris en excluant l’Afrique du
Sud, l’activité devrait chuter dans les pays exportateurs de métaux en raison de la baisse de la
production minière.
• Selon les estimations, la croissance des pays moins riches en ressources devrait faiblir, mais rester
positive. Dans la plupart de ces pays, l’activité économique était vigoureuse avant l’épidémie
de COVID-19. Cependant, dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine
(UEMOA), où les épidémies se propagent rapidement, une diminution de moitié de la croissance
est projetée, à mesure que la faible demande des partenaires commerciaux entraîne une baisse
des exportations et que les mesures visant à contenir l’épidémie font des ravages sur l’activité
économique. De même, la croissance dans la Communauté de l’Afrique de l’Est devrait faiblir
considérablement, avec un ralentissement marqué en Éthiopie, au Kenya et au Rwanda. En
Éthiopie, une invasion de criquets a gravement compromis la production agricole, aggravant
les effets du COVID-19 sur l’économie. Au Kenya, la croissance devrait ralentir en raison de la
baisse de la demande de ses partenaires commerciaux et des perturbations dans les chaînes
d’approvisionnement et la production nationale. Dans les pays dépendants du tourisme tels que
le Cabo Verde, la République Maurice et les Seychelles, l’activité pourrait se contracter de manière
significative en raison de l’effondrement des revenus du tourisme.
Le scénario de crise en deux phases suggère que les incertitudes liées à la durée et à la propagation
de la pandémie pourraient intensifier encore davantage l’impact économique de celle-ci. Dans
le scénario de crise grave mais circonscrite et dans le scénario en deux phases, la croissance
économique tombe bien en dessous du taux de croissance démographique moyen de la région, qui
est de 2,7 %. Cela laisse penser qu’en l’absence de mesures d’atténuation appropriées, l’épidémie
de COVID-19 affectera le bien-être de nombreuses populations dans la région. La baisse du PIB
par habitant sera particulièrement marquée dans les pays riches en ressources, conséquence
de la chute de la croissance de la production au Nigéria et en Afrique du Sud, où vit une grande
partie des pauvres de la région. Parmi les pays moins riches en ressources, le ralentissement de
la croissance du PIB par habitant devrait être moins prononcé, bien que l’on s’attende à ce que la
baisse de la demande extérieure et le déclin de l’activité commerciale et du tourisme plombent les
revenus des ménages.
48 > A F R I C A’ S P U L S E
1.4. IMPACTS DU COVID-19 EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE :
SIMULATIONS PAR MODÉLISATION EGC
Cette section évalue les impacts de la pandémie de COVID-19 à l’aide de simulations exécutées
sur le modèle mondial d’équilibre général calculable (EGC) ENVISAGE, développé par la Banque
mondiale et destiné à analyser l’impact des changements de politique et des chocs économiques
dans les pays en développement. Les modèles EGC sont bien adaptés à l’évaluation des impacts
des catastrophes naturelles (y compris les pandémies) pour les raisons suivantes : (1) ils sont
suffisamment flexibles et détaillés pour faire face à la grande variété des canaux de transmission des
chocs (marché du travail, capital, IDE, commerce, productivité) ; (2) ils s’appuient sur des tableaux
d’entrées-sorties et tiennent compte des fonctions comportementales des agents concernés
(entreprises et ménages) ; (3) ils permettent l’évaluation complète des conséquences des chocs, en
saisissant les impacts directs et indirects ainsi que les retombées des deuxième et troisième cycles
et (4) ils peuvent saisir les impacts dans plusieurs dimensions, notamment les comptes nationaux
(PIB, consommation et investissement), le cadre budgétaire (recettes publiques, déficits et dettes),
les comptes extérieurs (commerce, IDE et compte courant), les industries, les facteurs de production
et les ménages qui seraient les plus affectés par les chocs.
Méthodologie
La version actuelle d’ENVISAGE repose largement sur la base de données GTAP 9 (Global Trade Analysis
Project 2014). Les données incluent des matrices de comptabilité sociale et les flux commerciaux
bilatéraux de 141 pays/régions pour 57 secteurs. Cette analyse concerne 14 pays/régions africains
sélectionnés selon les critères suivants : (1) la disponibilité des données dans la base de données
GTAP (seuls 32 pays africains sont représentés dans la base de données GTAP) ; (2) la taille de
l’économie (la priorité est d’évaluer les plus grandes économies africaines représentées dans la base
de données GTAP) ; (3) les principaux canaux de transmission (pétrole, mines, autres produits de
base, chaînes d’approvisionnement mondiales, tourisme et voyages) et (4) les pays actuellement
touchés. Les groupes de pays non africains considérés sont : la Chine, l’Union européenne (UE-27),
les États-Unis, d’autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économique
(OCDE) et le reste du monde. La liste des secteurs, des facteurs de production et des régions
identifiés dans le modèle et leur correspondance avec les secteurs, facteurs et régions d’origine du
GTAP figurent en Annexe A.
Scénarios
Trois scénarios basés sur les facteurs suivants ont été pris en compte : (1) les régions et les pays
touchés par la pandémie ; (2) l’efficacité des réponses politiques et (3) la durée prévue de la crise. Les
trois scénarios supposent une grave crise en Chine, aux États-Unis, dans l’Union européenne et dans
le reste du monde (tableau 1.1). Ces trois scénarios seront comparés à un scénario sans COVID-19
que nous appellerons scénario de référence.
Scénario 1 : Scénario de crise grave avec propagation mondiale et cas graves en Afrique. Ce scénario
suppose que les mesures de confinement instituées dans les pays avancés ne sont levées qu’après
deux mois et à mesure que le nombre de cas diminue. Une part importante de la consommation
A F R I C A’ S P U L S E > 49
privée intérieure (ainsi que des entreprises) qui requiert une interaction sociale cesse pendant cette
période. Il est également supposé que la pandémie faiblît et que l’activité reprend lentement en
Chine au milieu d’un marasme mondial. Dans ce scénario, la croissance mondiale chutera jusqu’à
3,5 points de pourcentage en 2020, reflétant un net ralentissement aux États-Unis, dans la zone
euro et en Chine, avant de s’accélérer en 2021 à mesure que les effets de la pandémie de COVID-19
s’atténueront et que l’activité mondiale se rétablira progressivement.
Ce scénario suppose que les systèmes de surveillance sont inefficaces et que la pandémie de
COVID-19 s’étendra à tous les pays d’Afrique subsaharienne. Il suppose également que la réponse
politique est rapide et efficace, de sorte que de nouveaux cas n’apparaissent plus dans les trois mois
(comme cela semble avoir été le cas en Chine). Dans ce scénario, la pandémie se termine début
juillet 2020. Il suppose également que le profil de propagation de la pandémie de COVID-19 se
rapproche de celui de la pandémie Ebola de 2014 en Guinée, où le nombre de cas a atteint 2 707 en
2014 et 1 097 en 201523. L’impact économique de la crise Ebola de 2014 en Guinée est donc utilisé
dans ce scénario comme indicateur indirect pour étalonner les chocs intérieurs exogènes. La taille
des chocs est adaptée à chaque pays touché en fonction de l’indice de préparation aux épidémies
(EPI) : plus l’EPI est élevé, moins l’économie du pays est affectée par la pandémie.
23 Étant donné la vitesse de propagation mondiale et les taux plus élevés de mortalité, la plupart des dommages sont causés par un facteur de peur identique à celui généré par Ebola.
50 > A F R I C A’ S P U L S E
TABLEAU 1.1 : Hypothèses des différents scénarios
1 Crise grave : Moyenne La pandémie 1) Chocs mondiaux (pétrole, mines, produits agricoles, flux Pas de blocus
Propagation – La Chine et le reste du monde est rapidement touristiques). commercial
mondiale — sont gravement touchés contenue 2) Chocs intérieurs à court terme (participation au marché
Situation grave en – 54 pays africains sont (3 mois comme en du travail, augmentation des coûts commerciaux, réduction
Afrique gravement touchés Chine) des investissements).
– Nombre limité de cas Chocs intérieurs évalués sur la base des effets de la crise Ebola
– Confinement et fermetures de 2014 en Guinée (pays le moins affecté économiquement)
des frontières et ajustés en fonction des EPI (indice de préparation aux
épidémies).
2 Catastrophique : Élevée La pandémie n’est 1) Chocs mondiaux (pétrole, mines, produits agricoles, flux Pas de blocus
Propagation – La Chine et le reste du monde que faiblement touristiques). commercial
mondiale — sont gravement touchés contenue 2) Chocs intérieurs à court terme (participation au marché
Situation – 54 pays africains sont (la crise se du travail, productivité du travail, augmentation des coûts
catastrophique en gravement touchés poursuit jusqu’en commerciaux, réduction des investissements).
Afrique – Nombre élevé de cas 2021)
– Confinement et fermetures Chocs intérieurs évalués sur la base des effets de la crise Ebola
des frontières de 2014 en Sierra Leone (pays le plus affecté économiquement
lors de la crise de 2014) et ajustés en fonction des EPI (indice
de préparation aux épidémies).
3 Non coopération : Élevée La pandémie n’est 1) Chocs mondiaux (pétrole, mines, produits agricoles, flux Blocus
Propagation – La Chine et le reste du monde que faiblement touristiques). commercial
mondiale — Non- sont gravement touchés contenue 2) Chocs intérieurs à court terme (participation au marché régional
coopération en – 54 pays africains sont du travail, productivité du travail, augmentation des coûts
Afrique gravement touchés commerciaux, réduction des investissements).
– Nombre élevé de cas
– Confinement et fermetures Chocs intérieurs évalués sur la base des effets de la crise Ebola
des frontières de 2014 en Sierra Leone (pays le plus affecté économiquement
lors de la crise de 2014) et ajustés en fonction des EPI (indice de
préparation aux épidémies).
A F R I C A’ S P U L S E > 51
TABLEAU 1.2 : Principales hypothèses formulées dans les scénarios
A. Canaux internationaux.
Prix du pétrole. Pour simuler l’impact des récentes perturbations enregistrées sur le marché mondial
du pétrole, nous supposons que la production de pétrole dans le reste du monde augmenterait
de 20 % en raison de l’utilisation des capacités inutilisées après la levée du plafonnement de la
production par les principaux producteurs de pétrole. L’amplitude des chocs est définie de façon à
correspondre à la différence entre les projections actuelles des prix des matières premières (avec la
crise) et les projections des prix des matières premières à fin 2019 (avant la crise) par le groupe des
perspectives de développement de la Banque mondiale (PG).
Flux touristiques. L’amplitude des chocs est définie comme la différence entre la projection actualisée
des flux touristiques (avec la crise) et la projection des flux touristiques de décembre 2019 (avant
la crise). Les chocs touristiques appliqués à nos simulations (tableau 1.3) reflètent l’impact sur le
tourisme tel qu’observé pendant la crise du SRAS. La simulation est réalisée en considérant une
augmentation du coût de transaction et une baisse de 2 % de la productivité totale des facteurs
dans le secteur du tourisme suite à l’affaiblissement de la demande. Le coût de transaction est
modélisé selon le traditionnel « effet iceberg », où le transport est traité comme une friction
exogène fixe et proportionnelle à la valeur transportée, la valeur ajoutée des services de transport
étant considérée comme totalement perdue. Pour les pays africains, la simulation est basée sur
l’étalonnage du niveau du coût de transaction après « effet iceberg » qui générerait la réduction
ciblée des flux touristiques (de 10 à 15 % selon le contexte national).
52 > A F R I C A’ S P U L S E
Investissement direct étranger (IDE). L’investissement direct étranger diminue en raison de l’incertitude
accrue quant à l’avenir et de l’interruption des voyages internationaux et des communications.
D’autre part, de nombreux investissements étrangers dépendent des expatriés originaires des
pays avancés qui seront probablement moins disposés à voyager ou à se rendre dans les zones où
les systèmes de santé sont les plus faibles. Pour les pays africains, l’amplitude des chocs simulés
correspond à la réduction des IDE entrants telle qu’observée lors de la pandémie Ebola de 2014 en
Afrique de l’Ouest (tableau 1.4.3).
B. Canaux nationaux
En addition aux mécanismes de transmission internationaux, les scénarios reflètent les réponses des
gouvernements nationaux, réponses destinées à prévenir la propagation de l’infection et à amortir
les impacts de la pandémie sur l’économie. Ils tiennent compte également des « comportements
d’évitement », car la peur de la maladie provoque des changements de comportement chez
les principaux acteurs économiques. Sur la base des rapports de la Banque mondiale sur la
pandémie Ebola en Afrique de l’Ouest (Banque mondiale, 2015) et en République démocratique
du Congo (Banque mondiale, 2019), cette étude suppose que ces changements de comportement
nuisent à l’efficacité des marchés, entraînant un ralentissement des activités économiques avec
des conséquences à moyen et long terme. Les principales répercussions des comportements
d’évitement sur les interactions économiques sont la limitation de l’accès aux marchés et
l’augmentation des risques et de l’incertitude. Les canaux nationaux par lesquels les économies
seraient affectées à la suite d’un comportement d’évitement sont les suivants :
Impact sur la participation au marché du travail. La peur, les contrôles et les restrictions de circulation
des travailleurs sont susceptibles d’affecter négativement l’offre de main-d’œuvre des ménages, à
tout le moins pour les ménages qui peuvent se permettre d’arrêter de travailler. En fin de compte,
la participation au marché du travail diminuerait. L’amplitude du choc correspond au niveau de
changement observé en Afrique de l’Ouest lors de la crise Ebola de 2014, et n’est pas répercutée sur
les autres pays, car l’impact total sur le marché du travail est introduit à travers la productivité du
travail dans ces pays.
Utilisation du capital. L’absence des travailleurs sur les lieux de travail entraînera inévitablement une
inutilisation du capital, tel que les machines, équipements, etc., pendant de plus longues périodes
ce qui se traduira par une plus faible utilisation du capital dans l’économie. De plus, l’incertitude
accrue devrait entraîner le report ou l’annulation de certains investissements. Deux types de chocs
sont pris en compte pour matérialiser la baisse de l’utilisation du capital. Pour les pays africains,
l’amplitude du choc est étalonnée pour correspondre au niveau des modifications observées
en Afrique de l’Ouest lors de la crise Ebola de 2014 (tableau 1.4). Pour les autres pays, le choc sur
l’utilisation du capital est étalonné pour générer le niveau de PIB projeté par le Development
Prospects Group (PG) pour les scénarios de crise (tableau 1.3).
Impact sur la productivité du travail. Cet impact reflète la perte de productivité du travail due aux
restrictions de déplacement des personnes. Deux types de chocs sont pris en compte pour simuler
la réduction de la productivité du travail. Pour les pays africains, l’amplitude du choc de productivité
est déterminée sur la base de la baisse de la productivité du travail observée lors de la crise Ebola en
Afrique de l’Ouest en 2014. Pour les autres pays, la variation de la participation au marché du travail
est étalonnée pour générer le niveau de PIB projeté par le PG pour les scénarios de crise, et permet
également de saisir d’autres impacts tels que la baisse de la participation au marché du travail.
A F R I C A’ S P U L S E > 53
Commerce. Il est supposé que le coût des transactions commerciales augmente pour les biens et
services de tous les pays. L’impact est à nouveau modélisé en utilisant l’approche « effet iceberg »,
et dans ce cas-ci l’amplitude du choc est étalonnée pour correspondre à l’augmentation des prix
unitaires à l’exportation et à l’importation observée pendant la crise Ebola en Afrique de l’Ouest.
Commerce régional. Dans le scénario catastrophique, le niveau des échanges entre pays d’Afrique
subsaharienne est réduit d’environ 90 % afin de refléter les conséquences d’une approche non
coopérative, toujours en augmentant les coûts commerciaux.
Comme indiqué ci-dessus, les chocs intérieurs seront étalonnés en fonction des changements des
principales variables intervenus suite à la crise Ebola de 2014-2016 en Guinée et en Sierra Leone tels
que calculés par la Banque mondiale (2019) :
Les chiffres du tableau 1.4 ont été mis à l’échelle en fonction des conditions spécifiques à chaque
pays. Par exemple, la Banque mondiale (2019) utilise la proportion des régions affectées par Ebola
dans le PIB national pour mettre à l’échelle ces chocs. Dans cette étude, nous supposons que tous
les pays seront différemment affectés en fonction de la densité de la population urbaine et de la
préparation du pays à la pandémie. Par conséquent, nous avons ajusté l’amplitude des chocs ci-
dessus en fonction de l’indice de préparation aux épidémies.
TABLEAU 1.4 : Déviation observée pendant la crise Ebola de 2014-2016 par rapport aux tendances 2000-2013 (en %)
54 > A F R I C A’ S P U L S E
RÉSULTATS : ANALYSES DE SIMULATION
Impacts économiques à court et moyen terme du COVID-19
a. Impact sur la croissance de la pandémie de COVID-19
Impacts à l’échelle du continent
Nos estimations suggèrent que l’impact immédiat du COVID-19 sur la croissance des économies
d’Afrique subsaharienne devrait être substantiel, même dans le scénario de crise grave le plus
optimiste avec une réponse rapide et efficace. En supposant que la crise en Afrique subsaharienne
se limite à trois mois (scénario 1, crise grave), les estimations selon le modèle EGC montrent que,
par rapport au scénario
de référence (scénario
FIGURE 1.33 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur le PIB réel (2020-2021) L’impact immédiat
développé avant l’apparition (écart par rapport au scénario de référence sans coronavirus, en %) du COVID-19 sur le
du COVID-19), le PIB devrait PIB des économies
2020
être inférieur d’environ 5,7 % d’Afrique
0
en 2020 et 1,0 % en 2021 subsaharienne
(Figure 1.33). Sur cette base,
Écart par rapport au scénario
-2 serait important
la croissance dans la région
de référence (en %)
-4
passerait de 2,6 % en 2019 à
-6
-2,5 % en 2020 en raison de
la pandémie de COVID-19 -8
(Figure 1.34). -10
-2
est due au déclin des
de référence (en %)
-4
exportations (4 %), des -6
investissements privés (8 %) -8
et de la consommation privée -10
(6 %) (Figure 1.33). La baisse -12
des exportations est due à des -14
PIB Consommation Investissements Exportations Importations
coûts commerciaux plus élevés
(Figure 1.35). L’investissement
est plus faible pour au moins Scénario 1 : Crise grave Scénario 2 : Crise catastrophique
deux raisons : (1) la réduction Source : Projections par les auteurs avec le modèle CGE (ENVISAGE).
des IDE et le report des
investissements intérieurs
(Figure 1.35) et (2) la baisse de l’épargne publique (une augmentation du déficit) et la baisse de
l’épargne des ménages, car une moindre participation au marché du travail combinée à une
productivité plus faible réduit le revenu des ménages. La détérioration du solde budgétaire due à la
pandémie de COVID-19 augmente les taux d’intérêt et supprime ainsi l’investissement privé. D’un
autre côté, les importations sont nettement inférieures comparées à celles du scénario de référence
sans COVID-19 (environ 8 % en 2020), contribuant ainsi positivement au PIB (Figure 1.35).
A F R I C A’ S P U L S E > 55
La baisse du PIB de l’Afrique
L’effet dévastateur FIGURE 1.34 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur le taux de croissance
subsaharienne serait beaucoup
du COVID-19 de l’Afrique subsaharienne (Taux de croissance annuel du PIB réel en %)
plus dramatique si la pandémie
entraînerait
4 de COVID-19 devait perdurer
probablement 3,2
3 jusqu’en 2021. Dans le
une profonde
récession des 2 scénario 2 (catastrophique), les
estimations selon le modèle EGC
Croissance annuelle (%)
économies d’Afrique 1
subsaharienne en 0 montrent que le PIB de l’Afrique
2020. -1
subsaharienne serait inférieur
de 7,6 % en 2020 et de 9,8 %
-2
en 2021 à celui du scénario
-3 -2,5 de référence (figure 1.33). Sur
-4
cette base, la croissance dans
-5 la région passerait de 2,4 % en
-6 -5,1
2019 à – 5,1 % en 2020 en raison
Scénario 1 : Crise grave Scénario 2 : Crise catastrophique de la pandémie de COVID-19.
Scénario de référence sans COVID-19
Les impacts de la pandémie
Source : Projections par les auteurs avec le modèle CGE (ENVISAGE).
de COVID-19 sur l’Afrique
subsaharienne sont dus à
des chocs internationaux et
nationaux. En moyenne et pour tous les pays, 45 % des impacts de la pandémie de COVID-19 sur
le PIB de l’Afrique subsaharienne sont, dans le scénario 1 (crise grave), dus à des chocs intérieurs,
reflétant ainsi les effets des mesures de confinement telles que l’annulation d’événements, la
limitation des déplacements et la restriction des accès aux services en raison d’une distanciation
sociale efficace (figure 1.35). Cependant, l’effet négatif des restrictions internes s’aggravera si la
crise sanitaire n’est pas rapidement surmontée. Nos estimations montrent que dans le scénario 2
(catastrophique), où la crise devrait durer jusqu’en 2021 avec un degré de gravité similaire à la
pandémie d’Ebola de 2014 en Sierra Leone, environ 65 % des impacts de la pandémie de COVID-19
sur le PIB de l’Afrique subsaharienne seraient provoqués par des chocs intérieurs (figure 1.35).
Le plus important canal de transmission de ces impacts au niveau national est une baisse de la
Si les chocs FIGURE 1.35 : Impact sur le PIB par nature des chocs (nationaux vs internationaux)
internationaux
sont exogènes Scénario 1 Scénario 2
et échappent Ensemble des chocs Nationaux Internationaux Ensemble des chocs Nationaux Internationaux
généralement au 0
Écart par rapport au scénario de référence (en %)
-6
-7
-8
Source : Projections par les auteurs avec le modèle CGE (ENVISAGE).
56 > A F R I C A’ S P U L S E
productivité, suivie par une plus faible utilisation du capital et une augmentation du coût des
transactions commerciales. La participation au marché du travail est le canal ayant le plus faible
impact, la plupart des personnes des pays pauvres ne disposant pas de systèmes de sécurité sociale
formels suffisamment efficaces pour leur permettre d’arrêter complètement de travailler. Le canal de
transmission des matières premières, dominé par la baisse du prix du pétrole, est le principal moteur
des chocs internationaux. Cependant, la réduction des flux d’IDE et le déclin du tourisme jouent
également un rôle important dans la réduction de la croissance.
L’impact de la pandémie de COVID-19 sur les trois plus grandes économies de la région que
sont le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Angola est substantiel et reflète la baisse des prix du pétrole
brut (Angola et Nigéria) et des métaux industriels (Afrique du Sud), les sorties de capitaux et les
conséquences des mesures de confinement. Les estimations selon le modèle EGC montrent que
dans le scénario 1 (scénario de crise grave), la crise du COVID-19 réduirait le PIB de l’Afrique du Sud
de 5,35 % par rapport au PIB du scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020) (figure 1.36). En
Afrique du Sud l’impact des chocs intérieurs serait plus faible que dans de nombreux autres pays de
la région grâce à un indice de préparation aux épidémies plus élevé (62,2). Les estimations selon le
FIGURE 1.36 : Impact en Afrique subsaharienne de la pandémie de COVID-19 par groupes de ressources Les pays tributaires
du pétrole sont les
Effet PIB plus touchés par
le COVID-19 sous
Exportation de pétrole Importation de pétrole Exportation de minéraux l’effet de la baisse
0 conjuguée des cours
Écart par rapport au scénario
internationaux et
-2
de la demande.
de référence (en %)
-4
-6
-8
-10
A F R I C A’ S P U L S E > 57
modèle EGC font état d’une réduction de 4,72 % du PIB nigérian dans le scénario 1 par rapport au
scénario de référence (figure 1.36). Les conséquences des chocs internationaux liés à la pandémie
de COVID-19 au Nigéria sont moins prononcées qu’en Angola et en Afrique du Sud en raison du
faible niveau d’ouverture du Nigéria. Mais le Nigéria est le plus durement touché par les chocs
intérieurs, car le faible indice de préparation aux épidémies du pays montre une moindre capacité à
atténuer les effets de la crise.
Parmi les quatre sous-régions considérées dans cette étude, l’Afrique centrale, qui comprend la
plupart des autres exportateurs de pétrole de la région (Guinée équatoriale, Gabon, Cameroun,
République du Congo et Tchad), est la plus affectée. Dans le scénario de crise grave (scénario 1),
les estimations selon le modèle EGC suggèrent que le PIB de l’Afrique centrale diminuerait de
10,8 % par rapport au scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020). La vulnérabilité de l’Afrique
centrale n’est pas seulement due aux chocs internationaux liés à sa forte dépendance à l’égard des
produits pétroliers, mais aussi à sa mauvaise préparation aux épidémies, comme l’indique leur faible
EPI (tableau A 2.3). La capacité limitée de ces pays à gérer la crise entraînerait un impact négatif
relativement élevé des chocs intérieurs. Ceux-ci entraîneraient en Afrique centrale une baisse de
3,3 % du PIB par rapport au scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020) (figure 1.37).
-4
de référence (en %)
-6
-8
-10
-12
-14
Scénario 1 Scénario 2
L’Afrique de l’Est est la sous-région la moins touchée. Dans le scénario de crise grave (scénario 1), les
estimations selon la méthode EGC suggèrent que le PIB de l’Afrique de l’Est diminuerait de 4,5 % par
rapport au scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020), une meilleure performance que dans
n’importe quelle autre sous-région. Le commerce intrarégional représente une part plus importante
du commerce dans les pays d’Afrique de l’Est que dans les autres sous-régions, et la plupart des pays
d’Afrique de l’Est sont des importateurs nets de pétrole qui bénéficieraient alors de la baisse du prix
du pétrole. Plus important encore, les pays d’Afrique de l’Est semblent être mieux préparés à gérer la
crise que la plupart des autres sous-régions (après l’Afrique australe).
58 > A F R I C A’ S P U L S E
modèle EGC suggèrent que le PIB des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine
(UEMOA) diminuerait de 5 % dans le scénario de crise grave par rapport au scénario de référence
(pas de COVID-19 en 2020) (figure 1.37).
A F R I C A’ S P U L S E > 59
c. Impact de COVID-19 sur le bien-être des ménages
L’impact négatif de la crise du COVID-19 sur le bien-être des ménages serait tout aussi
dramatique24. Dans le scénario de crise grave (scénario 1), le bien-être des ménages serait inférieur
de 7 % à celui du scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020) (figure 1.40). Dans le scénario
catastrophique (scénario 2), qui suppose une plus longue crise, le niveau de bien-être en Afrique
subsaharienne serait de 10 % inférieur à celui du scénario de référence (figure 1.40). La baisse
des termes de l’échange due à la baisse du prix des matières premières, combinée à la baisse de
l’emploi, entraînera une réduction prononcée du bien-être des ménages. La réduction des termes
de l’échange signifie principalement que l’Afrique devrait exporter plus de ressources, de biens et de
services pour maintenir le même
niveau d’importations. Les prix à
L’impact du FIGURE 1.40 : Impact du COVID-19 sur le bien-être des ménages (écart
en % par rapport au scénario de référence sans COVID-19 en 2020)
la consommation augmentent,
COVID-19 pourrait
car l’impact de la baisse de la
affecter de manière 0
substantielle le
production et de l’augmentation
bien-être des -2 des coûts de transaction a
plus que compensé l’influence
scénario de référence GDP
Déviation par rapport au
ménages. -4
modératrice sur les prix de la
-6 baisse de la demande. La hausse
-8 des prix à la consommation,
-10 à son tour, réduit le pouvoir
d’achat des ménages.
-12
-14 d. Impact distributif de la
-16 pandémie de COVID-19
Scénario 1 : Crise sévère Scénario 2 : Crise catastrophique
La crise du COVID-19 devrait
Scénario 3 : Réponse non concertée
affecter de manière négative
presque tous les secteurs
Source : Estimations de l’équipe utilisant le modèle EGC (ENVISAGE)
de l’économie, y compris
l’agriculture et les services
non échangeables, secteurs où sont occupés la plupart des travailleurs les plus pauvres. Dans
les scénarios de crise grave, crise catastrophique et non-coopération en Afrique, la pandémie
de COVID-19 devrait affecter à peu près toutes les activités de tous les secteurs en raison de ses
impacts négatifs sur les principaux facteurs de production, la productivité et la demande intérieure
et internationale. — En tant que principal secteur commercial dépendant le plus de la demande
internationale, le secteur pétrolier et minier subit la plus forte baisse de production. Dans le
scénario de crise grave, la production du secteur de l’énergie serait inférieure d’environ 21,5 %
à celle du scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020). Les secteurs des services et de la
production agricole diminueraient également de manière significative (figure 1.41). La baisse des
investissements est un important moteur de la baisse du secteur des services, tandis que la baisse
du secteur de l’agriculture est principalement due à la baisse de la consommation des ménages.
Dans le scénario de crise grave (le plus optimiste), la production de services serait inférieure de
6,5 % à celle du scénario de référence (pas de COVID-19 en 2020). Au cours de la même période, la
production agricole serait inférieure de 2,6 %. Ces fortes baisses dans les secteurs des services et
de l’agriculture montrent que la crise frapperait gravement les plus pauvres et les plus vulnérables,
et en particulier les femmes qui dépendent fortement de ces activités en Afrique. Les estimations
indiquent que le COVID-19 entraînerait une augmentation de la production manufacturière. Dans
60 > A F R I C A’ S P U L S E
le scénario de crise grave
FIGURE 1.41 : Impact de la pandémie de COVID-19 sur la valeur ajoutée Des baisses
(scénario 1), la production
des principaux secteurs (écart en % par rapport au scénario de référence) marquées
du secteur manufacturier observées dans
serait supérieure d’environ 10 les secteurs des
5 % à celle du scénario de
de produits agricoles et
alimentaires. L’augmentation TABLEAU 1.5 : Importations de produits agricoles et alimentaires en Afrique
subsaharienne en 2020 et 2021 (écart en % par rapport au scénario de référence)
des coûts de transaction se
combinant à la réduction Scénario de
Scénario de Scénario
de la demande intérieure non-coopération
crise grave catastrophique
entraînerait une baisse des en Afrique
importations de produits Produits 2020 -13,08 -12,62 -21,03
alimentaires de 13 % en 2020 agricoles 2021 -3,47 -14,36 -22,52
dans le scénario de crise grave Produits 2020 -13,31 -14,24 -25,28
(mais avec réponse rapide et alimentaires -2,14 -15,94 -26,69
efficace à la crise) et de 25 %
dans le scénario catastrophique Source : Projections par les auteurs avec le modèle CGE (ENVISAGE).
(tableau 1.5).
25 Un autre facteur à l’origine de l’augmentation du secteur manufacturier est l’effet inverse du syndrome hollandais dû à la forte baisse des exportations de matières premières.
A F R I C A’ S P U L S E > 61
l’échange de produits à
Les restrictions FIGURE 1.42 : Impact d’une réponse non collaborative à la crise
travers les frontières terrestres
des échanges
Impact sur le PIB en 2020 des pays d’Afrique subsaharienne et qu’il est principalement
transfrontaliers d’une réponse non collaborative à la crise pratiqué par les plus pauvres
accentueront 0 et les plus vulnérables,
l’impact négatif -1
du COVID-19 et en particulier les femmes
scénario de référence GDP
-2
Déviation par rapport au
Impacts économiques
L’effet de l’épidémie FIGURE 1.43 : Impact à long terme du COVID-19 sur le PIB de l’Afrique
de COVID-19 sur subsaharienne (écart en % par rapport au scénario de référence) à long terme de la
la croissance reste pandémie de COVID-19
2025
important à long
terme. 0
PIB Consommation Investissements Exportations Importations La plupart des impacts de la
pandémie, notamment les
Écart par rapport au scénario
-1
chocs liés à la demande, seront
de référence (en %)
-2
-3 temporaires et disparaîtront à
-4 long terme. Selon la gravité et
-5 la durée de la crise, elle pourrait
-6 cependant avoir des impacts
-7 durables sur l’accumulation
-8 de capital et la productivité en
raison d’une détérioration des
2030
systèmes de santé (les médecins
PIB Consommation Investissements Exportations Importations
0 et les infirmières tombent
-1 malades ou décèdent et sont
Écart par rapport au scénario
-3
-4
généralement sur le niveau de
-5 capital humain (voir Huber et
-6 Finelli, 2018). Sur la base des
-7 expériences passées de crises
-8 similaires, notamment la crise
-9
Ebola en Afrique de l’Ouest en
Scénario 1 : Crise grave Scénario 2 : Crise catastrophique 2014, la pandémie de COVID-19
pourrait impacter durablement
Source : Projections par les auteurs avec le modèle CGE (ENVISAGE).
la productivité du travail en
62 > A F R I C A’ S P U L S E
raison de ses conséquences négatives sur le capital humain et les infrastructures26. L’évaluation
des impacts à long terme du COVID-19 est réalisée à l’aide du modèle mondial d’équilibre général
calculable (EGC) développé par la Banque mondiale et baptisé ENVISAGE. Les trois mêmes scénarios
de l’analyse à court terme ont été évalués et leur mise en œuvre repose sur les mêmes hypothèses.
L’analyse se concentre néanmoins sur les impacts à long terme, de 2022 à 2030.
L’impact sur la croissance du COVID-19 reste important à long terme (figure 1.43). Les projections
suggèrent que dans le scénario de crise grave (mais où l’épidémie est rapidement contenue),
le PIB serait inférieur de 1 % à celui du scénario de référence (pas de COVID-19 en 2025). Dans
le scénario catastrophique (la crise dure plus de 18 mois), le PIB serait alors inférieur de 4 %. Ces
résultats montrent que la baisse de la productivité pourrait se pérenniser si la destruction du
capital humain et la perturbation des infrastructures publiques causées par le COVID-19 ne sont
pas rapidement inversées. Dans le scénario de crise catastrophique, l’aggravation de l’impact sur le
PIB est due à de graves perturbations des activités par crainte de la maladie. Le COVID-19 génère
des comportements d’évitement qui incitent les entreprises à reporter leurs investissements et les
ménages à reporter leur consommation et à rester à l’écart du marché du travail.
26 La Banque mondiale (2019) évalue la validité de cette hypothèse dans le contexte de la crise Ebola en Afrique de l’Ouest, en calculant la productivité du travail pour la période post-Ebola
(2016-2018) de la même manière que pour la crise Ebola de 2014-2015. En Guinée, la productivité du travail commence à se redresser après la crise. Toutefois, au Libéria, la productivité du
travail a régressé suite à la crise. En Sierra Leone, elle s’améliore mais reste nettement inférieure à la moyenne à long terme.
A F R I C A’ S P U L S E > 63
1.5. RÉPONSE POLITIQUE : POURQUOI L’IMITATION POURRAIT
NE PAS FONCTIONNER EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Aux prises avec une situation qui évolue rapidement et se caractérise par une grande incertitude
et d’innombrables inconnues, la plupart des gouvernements du monde ont adopté des approches
similaires pour contenir la pandémie de COVID-19. À l’instar d’autres pays africains, l’Afrique du Sud,
le Ghana, le Rwanda et le Kenya ont réagi rapidement et de manière ferme pour freiner l’afflux et la
propagation du virus du COVID-19, en s’inspirant de l’expérience internationale. Au fur et à mesure
de l’évolution de la situation, plus de questions se posent sur la pertinence et l’efficacité probable
de certaines de ces politiques telles que le confinement strict.
Dans une situation où les gouvernements du continent déploient une batterie de mesures
d’urgence, les caractéristiques structurelles des économies africaines devraient déterminer les
réponses politiques qui sont formulées et mises en œuvre en vue de circonscrire le COVID-19.
Les politiques économiques mises en œuvre en Afrique subsaharienne ne devraient pas, pour
de multiples raisons, être les mêmes que celles adoptées par les pays avancés et (certains) pays à
revenu intermédiaire.
Deuxièmement, les petites et moyennes entreprises (PME), un important moteur de croissance des
économies de l’Afrique subsaharienne, représentent jusqu’à 90 % de l’ensemble des entreprises
et 38 % de son produit intérieur brut (PIB). Vu que la majorité des PME ne dispose pas des
financements nécessaires à leur croissance, l’accès au financement est l’un des principaux défis
auxquels sont confrontées les entreprises en temps normal. Avant l’apparition du COVID-19, le
déficit de financement des PME de la région était estimé à 331 milliards USD (SFI 2018).
27 En février, la Banque centrale de Gambie a abaissé son taux d’intérêt de référence de 50 points de base. En mars, la Banque de la république Maurice a réduit son taux directeur de 50 points
de base, et la Banque centrale de la République démocratique du Congo a réduit le taux d’intérêt de référence de 150 points de base, tandis que la Banque du Ghana, la Banque de réserve
sud-africaine et les banques centrales d’Eswatini, du Kenya et des Seychelles ont chacune abaissé leurs taux directeurs de 100 points de base. En ce qui concerne le Kenya et l’Afrique du Sud,
il s’agissait de la deuxième baisse de taux consécutive cette année, dans un contexte d’incertitude croissante quant à l’impact de la crise du coronavirus sur une croissance économique déjà
en ralentissement. Entre-temps, lors de sa réunion de mars, la Banque centrale du Nigéria a laissé son taux de politique monétaire inchangé malgré la hausse de l’inflation.
28 Les mesures de relance macroéconomique comme celles adoptées lors de la crise financière mondiale de 2008-2009 pourraient ne pas fonctionner à court terme cette fois-ci, car certains
secteurs de l’économie sont fermés en particulier ceux qui sont à forte intensité de contact (Guerrieri et coll. 2020).
64 > A F R I C A’ S P U L S E
garantis — un soutien en liquidités aux entreprises formelles et informelles qui peuvent continuer
à produire à l’avenir.
Il est également important de souligner que les types de chocs qui affectent aujourd’hui l’économie
mondiale sont différents de ceux observés pendant la crise financière mondiale de 2008-2009.
Contrairement à la crise financière mondiale, la pandémie du COVID-19 a des répercussions sur la
demande et l’offre globales. Du point de vue de la demande globale, le virus affecte les individus
qui achètent des biens, car les mesures d’enrayement (distance sociale, autoquarantaine et
confinement) tendent à réduire la consommation privée. Du côté de l’offre, le virus peut affecter la
main-d’œuvre, car l’arrêt de l’activité économique du fait de l’application des mesures d’enrayement
— en particulier, dans les activités à forte intensité de contact — entraîne une réduction de l’offre
de travail (Eichenbaum, Rebelo et Trabandt 2020). Le choc de l’offre, qui se manifeste par exemple
par la fermeture d’activités de vente au détail, est aggravé par le manque de plateformes de
commerce électronique pouvant aider ces entreprises à rester partiellement opérationnelles. Cette
réponse reflète la faiblesse de la connectivité Internet dans de nombreux pays de la région.
L’Afrique devrait développer une stratégie à deux volets, pour à la fois sauver des vies et protéger les
moyens de subsistance. Dans ce contexte, les décideurs politiques de la région doivent concevoir
des stratégies efficaces qui comprennent des mesures palliatives (à court terme) et des mesures
de redressement/stimulation (à moyen terme). L’efficacité réduite de la stimulation monétaire
(traditionnelle) implique que cette double stratégie de lutte contre la pandémie du COVID-19
devra reposer sur les épaules des responsables de la politique budgétaire. Les décideurs politiques
africains devraient viser à renforcer les systèmes de santé, à fournir aux travailleurs (formels
et informels) un soutien au revenu, à fournir de la liquidité aux entreprises viables (formelles
et informelles) et à garantir la fourniture de services publics et gouvernementaux. La relance
budgétaire en phase de reprise devrait éviter les effets pro-cycliques. Étant donné que l’essentiel
des mesures palliatives et de redressement proviendront principalement du volet budgétaire, la
question qui se pose est de savoir comment les pays africains trouveront la marge de manœuvre
budgétaire nécessaire pour financer un tel programme, dans un contexte de pressions budgétaires
croissantes (en particulier dans les pays riches en pétrole) et de vulnérabilité accrue de la dette (une
grande partie des dettes étant due à des gouvernements n’appartenant pas au club de Paris et à
des créanciers privés).
Enfin, les décideurs politiques africains doivent réfléchir à la stratégie de sortie du COVID-19. Une
fois les mesures d’enrayement et d’atténuation levées, les politiques économiques devraient
être orientées vers le renforcement de la résilience future. Les économies africaines doivent
encore définir des orientations politiques qui permettent de parvenir à une croissance durable,
à la diversification économique et à l’inclusion. La viabilité des économies africaines dépend de
leur capacité à transformer leur stock de richesses naturelles qui s’épuisent en actifs physiques
A F R I C A’ S P U L S E > 65
reproductibles tels que le capital matériel, les infrastructures et le capital humain. Le paquet
économique à long terme devrait également inclure des investissements qui prennent en compte
la résilience des infrastructures, des villes et des sociétés. Les ambitieux projets d’infrastructure dans
les domaines de l’énergie, des transports, de l’eau et du développement urbain devraient inclure le
développement d’infrastructures vertes — notamment l’extension des infrastructures de recharge
des véhicules électriques, des pistes pour les vélos et les bus, des systèmes de transport et de
distribution d’électricité, la couverture des services d’eau et d’assainissement et la transformation
des zones de résidence en lieux plus agréables à vivre et moins voraces en énergie. Enfin, les
politiques de diversification économique devraient viser à accroître la sophistication des produits
d’exportation et la création de chaînes de valeur régionales ou leur intégration dans celles-ci —
le commerce intra-industriel étant favorisé par l’Accord de zone de libre-échange continentale
africaine (ZLECA).
Compte tenu des contraintes budgétaires, la plupart des gouvernements d’Afrique subsaharienne
réallouent des ressources vers les dépenses de santé publique et/ou élaborent des plans
d’intervention d’urgence pour le secteur de la santé, qui prévoient notamment le renforcement
des capacités humaines et techniques des hôpitaux publics, l’accroissement des capacités
d’essai et l’achat de fournitures médicales, ainsi que l’augmentation du nombre de lits d’hôpital.
Face à la propagation du COVID-19, les gouvernements doivent assigner les fonds existants
ou supplémentaires au renforcement de la surveillance épidémiologique et biologique (par
exemple, kits de dépistage, création de centres d’appel gratuits, et réhabilitation et/ou création
66 > A F R I C A’ S P U L S E
de laboratoires), à l’augmentation de la fourniture d’équipements de protection individuelle (EPI)
pour les personnels soignants, et au renforcement des capacités des industries pharmaceutiques
et du financement de la recherche sur le virus. Au niveau organisationnel, la mise en place d’un
centre de commandement national dirigé par des scientifiques très respectés et l’instauration d’une
coordination au sein du gouvernement (avec au centre les cadres supérieurs en santé, économie et
finances) et avec les organisations du secteur privé seront essentielles pour réussir.
Dans les pays fragiles, les gouvernements approuvent des financements supplémentaires et
demandent des facilités de crédit rapide aux institutions financières internationales pour le
renforcement de la réponse gouvernementale à la crise, qui comprend de meilleures méthodes
de détection précoce, une plus grande coordination technique et opérationnelle au sein du
gouvernement, une surveillance améliorée des points d’entrée, la fourniture de soins médicaux de
haute qualité (abordables) aux patients infectés, la formulation de stratégies de communication
préventive efficaces et l’amélioration des plateformes logistiques médicales. Certains gouvernements
prévoient le déploiement d’hôpitaux et de centres de santé mobiles dans des régions reculées
(Tchad). D’autres pays préparent l’affectation de personnel d’appoint pour les activités de traçage
des contacts, la constitution d’équipes de réponse rapide et la formation des intervenants (Libéria).
D’autres mesures pourraient inclure l’appel à des volontaires pour participer aux équipes médicales
d’intervention — comme ce fut le cas en Guinée lors de l’épidémie d’Ebola de 2014-201629.
29 Kpanake et coll. (2019) constatent que le recrutement de volontaires, si nécessaire lors de futures épidémies, devrait adopter une approche motivante à multiples facettes qui se concentre
sur les valeurs patriotiques et la responsabilité morale.
30 Voir Gharib (2020).
31 Le groupe de pays de la région qui ont introduit des mesures de protection sociale comprend l’Afrique du Sud, le Bénin, le Burkina Faso, le Cabo Verde, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée-
Bissau, le Kenya, le Libéria, le Mali, la Namibie, le Niger, l’Ouganda, le Sénégal et le Togo.
A F R I C A’ S P U L S E > 67
Les transferts monétaires sont l’instrument le plus utilisé dans la boîte à outils de la protection
sociale pour la majorité des pays en développement — y compris certains pays d’Afrique
subsaharienne. Les transferts de fonds sont non seulement faciles à mettre en œuvre, mais ils
peuvent également atteindre le secteur informel. Dans ce contexte, le gouvernement devrait fournir
un soutien aux segments vulnérables de la population — en particulier les travailleurs indépendants
occupant des emplois peu rémunérés et résidant souvent dans des bidonvilles densément
peuplés — dont les moyens de subsistance et les revenus sont perturbés par le COVID-19. Certains
pays en développement utilisent les paiements en ligne pour soutenir les travailleurs qui ont perdu
leur emploi à cause de la pandémie (Inde). Dans les pays avec des infrastructures moins capables
d’organiser des paiements en espèces, le soutien en nature par la distribution directe de nourriture
peut apporter une aide aux pauvres. Les gouvernements infranationaux de Lagos et de Kaduna au
Nigéria ont annoncé la fourniture d’une aide alimentaire aux habitants de leurs États dans le cadre
des mesures de confinement à domicile.
La plupart des programmes de protection sociale ont été mis en œuvre dans deux pays d’Afrique
australe, l’Afrique du Sud et la Namibie. En Afrique du Sud, l’agence de sécurité sociale a accepté
d’accorder des paiements anticipés des aides sociales aux personnes âgées et aux personnes
handicapées à partir des 30 et 31 mars 2020. Le gouvernement paiera des congés de maladie
aux travailleurs touchés par le confinement de 21 jours ou à ceux qui tombent malades pendant
l’épidémie. Les prestations d’assurance chômage seront versées aux travailleurs touchés par le biais
du nouveau fonds National Disaster Benefit et du fonds déjà existant Illness, Reduced Work Time, and
Unemployment Benefits.
Le gouvernement de Namibie a mis en place plusieurs mesures pour faire face aux difficultés
économiques et à l’augmentation des dépenses de santé due au COVID-19. Par exemple, les
employés qui ont perdu leur emploi dans le secteur formel ou informel et qui ne perçoivent pas
d’autres indemnités recevront un paiement unique de 750 dollars namibiens. Les contribuables
peuvent emprunter l’équivalent d’un douzième du montant des impôts payés pour la dernière
année fiscale ; ce prêt, bénéficiant de taux d’intérêt favorables sur la base d’une garantie de l’État,
sera à rembourser après un an. Enfin, le gouvernement garantira que les points d’eau resteront
ouverts sans qu’il soit nécessaire d’utiliser des cartes d’eau pendant le confinement. NamWater et les
autorités locales subventionneront le service.
La Caisse nationale de sécurité sociale (NSSF) ougandaise a annoncé des mesures qui permettent
aux entreprises et aux employeurs en difficulté de reporter sans pénalités les cotisations au NSSF
pour les trois prochains mois. Enfin, le Cabo Verde est le seul pays de la région qui apporte un
soutien aux salariés. Plus précisément, les employés percevront 70 % de leur salaire brut si leur
contrat de travail est suspendu. La moitié de ce montant est financée par l’employeur, et l’autre
moitié est versée par l’Institut national de la sécurité sociale.
68 > A F R I C A’ S P U L S E
Renforcer et adapter les systèmes de protection sociale existants
Le nombre croissant de filets sociaux dans les pays d’Afrique subsaharienne fournit une base
pour faire face aux impacts socioéconomiques de la pandémie. Le nombre de pays qui ont des
programmes FSS dans la région est passé de 18 en 2000 à 45 en 2017 (Beegle et Christiaensen
2019). Pourtant, la région a la plus faible couverture de protection sociale, puisque 80 % de la
population de la région n’est couverte par aucun programme de pension, de filet de sécurité ou
de protection sociale. Les décideurs politiques africains devraient dès lors chercher à perturber
le moins possible les systèmes existants et leurs bénéficiaires. Ils devront veiller à ce que les
filets sociaux pour les plus pauvres et le soutien aux plus vulnérables continuent d’être fournis,
ce qui peut être réalisé en renforçant les programmes phares existants et en utilisant plusieurs
programmes simultanément.
Étant donné la faible couverture des systèmes de protection sociale en temps normal, les
gouvernements devront étendre la couverture en ces temps extraordinaires. Les travailleurs
indépendants/informels et les personnes vivant dans des zones urbaines à forte densité sont
particulièrement exposés à un risque élevé. Actuellement, les programmes d’assurance sociale
tels que les pensions en Afrique ciblent les employés formels et les retraités âgés, et les FSS visent
principalement les ménages avec enfants (Srivastava 2020).
Les boîtes à outils de la politique de protection sociale des gouvernements africains comprennent
d’autres options à utiliser dans des circonstances particulières (encadré 1.3). Par exemple, les
programmes du marché du travail axés sur l’offre peuvent aider les employés du secteur formel.
Des subventions salariales sont mises en œuvre en Bulgarie, en Jamaïque et au Cabo Verde pour
encourager les employeurs à ne pas licencier leur personnel. On peut aussi envisager l’adoption de
subventions aux services publics et le report ou la suppression des redevances pour les services de
base, comme les exonérations des tarifs de l’électricité annoncées par la République du Niger.
ENCADRÉ 1.3 : Les solutions numériques peuvent contribuer à l’expansion de l’aide sociale
A F R I C A’ S P U L S E > 69
La couverture limitée de la protection sociale dans les pays africains peut être attribuée au faible niveau
des dépenses sociales. Les faibles niveaux de mobilisation des revenus, d’autres priorités politiques
concurrentes (telles que la fourniture d’infrastructures et la sécurité) et l’inefficacité des dépenses
sociales expliquent les faibles niveaux d’investissement public dans la protection sociale (Choi, Dutz et
Usman, 2019). Dans le cas des pays exportateurs de pétrole, l’effondrement des prix du pétrole réduit
encore la marge de manœuvre budgétaire disponible pour financer la fourniture d’aides sociales à
leurs citoyens pendant cette pandémie. Trois options politiques possibles se dégagent pour ces pays.
Premièrement, réaffecter les dépenses publiques aux aides d’urgence pour les plus vulnérables au titre
de la lutte contre le COVID-19. La subvention pétrolière — en particulier en Angola et au Nigéria —
est un poste de dépenses qui peut être considéré comme peu prioritaire dans cette situation.
Deuxièmement, une collaboration plus étroite avec le secteur privé : Par exemple, le Solidarity Fund of
South Africa coordonne les contributions des personnes fortunées et des entreprises à forte valeur nette
aux efforts de secours et à l’atténuation de l’impact socioéconomique de la pandémie sur les personnes
vulnérables (Fonds de solidarité, 2020)32. Le Nigéria, qui dispose d’un secteur privé dynamique, reçoit et
coordonne également les contributions de particuliers et d’entreprises (Onu, 2020).
Troisièmement, les partenaires de développement peuvent également apporter leur aide. L’aide au
développement bilatérale et multilatérale fournit, en moyenne, 55 % du financement des FSS dans la
plupart des pays africains. Le Groupe de la Banque mondiale met en place un soutien financier à long
terme pour les 15 prochains mois d’un montant pouvant aller jusqu’à 160 milliards USD pour aider les
pays à protéger leurs populations pauvres et vulnérables contre la pandémie, à soutenir les entreprises
et à stimuler la reprise économique. En outre, le FMI et la Banque mondiale ont lancé un appel commun
à tous les créanciers bilatéraux officiels pour un moratoire sur le paiement de la dette qui leur est dû
par les pays à faible revenu, dont beaucoup se trouvent en Afrique. La suspension des paiements du
service de la dette pourrait dégager une certaine marge de manœuvre budgétaire aux gouvernements
africains pour augmenter les dépenses de protection sociale en faveur de leurs citoyens.
Un soutien à court terme est nécessaire pour maintenir la viabilité des entreprises33
Les gouvernements doivent aider les entreprises à résoudre leurs problèmes immédiats de liquidités,
limiter le nombre de fermetures d’entreprises ou de faillites (surtout si les entreprises les plus
productives sont plus exposées à ces risques) et éviter un chômage massif. Ces mesures doivent
être transparentes, rapides et s’inscrire dans un délai déterminé. Elles doivent également chercher
à atténuer les perturbations causées par le COVID-19 au lieu de maintenir à flot les entreprises non
viables. Les entreprises des secteurs durement touchés par le COVID-19 (commerce de détail, services
de restauration et hôtellerie) ont des taux de sortie deux à trois fois plus élevés que les entreprises du
secteur manufacturier ou des services à forte intensité de compétences (Banque mondiale, 2020).
La majorité des entreprises d’Afrique subsaharienne sont de petite taille et pour la plupart informelles,
comptent peu d’employés rémunérés, dépendent fortement du financement communautaire et
nombre d’entre elles sont détenues par des femmes. Pour faciliter le paiement des aides et les transferts
monétaires, des mesures sont nécessaires pour soutenir le fonctionnement et l’expansion des comptes
de transactions individuelles — avec en particulier un système d’ouverture de compte en ligne, et
l’introduction d’une politique de gratuité pour les transactions d’argent mobile jusqu’à un certain seuil.
Les institutions financières de proximité doivent être considérées comme des services essentiels pendant
la crise et doivent recevoir des liquidités d’urgence si leurs activités rentrent dans le périmètre de la
réglementation et de la surveillance établie par l’État. Il convient de promouvoir le partenariat entre les
banques et les opérateurs de réseaux mobiles afin d’accorder des prêts aux abonnés. Enfin, les données
clients des réseaux de téléphonie mobile peuvent être utilisées pour identifier les femmes entrepreneurs
qui sont vulnérables à la crise provoquée par le COVID-19 et les cibler avec des paiements de secours.
32 Le Fonds est alimenté par un don de 150 millions de rands du gouvernement sud-africain et permettra aux particuliers et aux organisations de soutenir ces efforts de secours par des dons
sûrs et déductibles d’impôt.
33 Le débat politique sur le soutien à court terme des entreprises s’inspire largement du document « Assessing the Impact and Policy Responses in Support of Private-sector Firms in the
Context of the COVID-19 Pandemic » élaboré par le pôle Finance, compétitivité et innovation des Pratiques mondiales (Banque mondiale, 2020).
70 > A F R I C A’ S P U L S E
Une série de mesures devraient être mises en œuvre pour atténuer les problèmes de trésorerie des
micro, petites, et moyennes entreprises (MPME) et, en particulier, pour pallier la pénurie de fonds
de roulement. Ces mesures comprennent l’amortissement accéléré de certains ou de tous les types
d’actifs, l’octroi de crédits d’impôt, de reports et de remboursements. La réduction des délais de
paiement par le secteur public peut aider les MPME qui fournissent des biens ou des services au
gouvernement. Des mécanismes de financement des exportations et d’assurance-crédit peuvent être
mis en œuvre pour les MPME intégrées dans les chaînes de valeur mondiales. Enfin, les pays peuvent
envisager un moratoire sur le paiement de la dette des entreprises ainsi que l’application d’une
« indulgence réglementaire ».
Les gouvernements peuvent jouer un rôle crucial en encourageant les prêts bancaires aux entreprises
afin que celles-ci continuent à payer les travailleurs et les fournisseurs. Par exemple, les banques
commerciales accordent des prêts d’urgence aux PME avec des remboursements flexibles, même
sur des prêts existants (Malaisie). Les gouvernements pourraient fournir et diversifier des systèmes de
garantie partielle de crédit pour les prêts accordés par les banques privées, et ils pourraient également
mobiliser des fonds par l’intermédiaire des Banques nationales de développement (BND) — y compris
par des prêts concessionnels (Brésil). Les financements octroyés par les BND doivent être soumis à
des critères d’éligibilité transparents et être effectués par des banques de second rang pour attirer
des prêteurs privés. Certains pays ont des banques centrales qui accordent des garanties de crédit
aux institutions financières pour prêter aux PME des fonds de roulement (Pérou), tandis que d’autres
banques centrales prévoient de fournir des lignes de crédit aux banques pour les rétrocéder aux MPME
selon des conditions préalables bien définies.
L’accès au financement des PME peut être amélioré par des solutions FinTech. Les technologies
numériques peuvent simplifier le processus de demande de prêt et proposer d’autres méthodes et
données qui facilitent et accélèrent les décisions de crédit des Banques nationales de développement.
Les institutions financières pourraient exploiter des plateformes en ligne pour les transactions
d’affacturage inversé (reverse factoring) qui facilitent le financement de la chaîne d’approvisionnement
des MPME et raccourcissent l’échéance des paiements concernés (Mexique).
Enfin, la résolution des problèmes de solvabilité des PME en cas de crise prolongée nécessite des
mesures complémentaires. Dans ce contexte, les mesures d’urgence doivent être complétées par
un soutien direct par le biais de subventions aux entreprises viables et/ou aux secteurs qui ont été
durement frappés par le COVID-19, par un soutien indirect avec des mécanismes de partage des
pertes et d’autres formes de mobilisation des financements, et par la stimulation des investissements
privés. Ces options stratégiques doivent être assorties d’une clause de limitation dans le temps et
d’une stratégie de désengagement transparentes, faute de quoi elles risquent de conduire à des
nationalisations pures et simples et peuvent s’avérer onéreuses en termes de ressources fiscales.
A F R I C A’ S P U L S E > 71
consommation) devraient être distinguées de celles qui augmentent la capacité de production
(investissements publics dans les infrastructures). Les estimations pour les multiplicateurs des
dépenses publiques agrégées sur le court terme dans les pays en développement sont faibles.
En moyenne, le multiplicateur des dépenses publiques sur un an fluctue entre 0,5 et 0,7 (Barro et
Redlick 2011 ; Kraay 2012). Cela implique que l’augmentation des dépenses publiques se fera au
détriment des dépenses privées, c’est-à-dire qu’elle évincera très probablement l’investissement
privé. Toutefois, l’ampleur du multiplicateur de dépenses dépendra des conditions initiales du pays.
Les multiplicateurs ont tendance à être plus élevés en période de récession qu’en période d’essor
(Auerbach et Gorodnichenko 2012). Ils sont plus importants lorsque les taux d’intérêt sont proches de
zéro — un contexte très inhabituel dans les pays africains (Christiano, Eichenbaum et Rebelo 2011).
L’efficacité des dépenses publiques dans le renforcement des capacités de production s’étend au-
delà de l’horizon des multiplicateurs d’impact sur la production. Les projets d’investissement public
— et, en particulier, les projets d’infrastructure — peuvent avoir des effets positifs durables sur la
production, l’investissement et la productivité, notamment dans les pays où le stock global de capital
infrastructurel est relativement faible (Calderon, Moral-Benito et Serven 2013). L’impact à court terme
des investissements publics est de 0,6 dans les pays en développement, tandis que leur impact
cumulé s’élève à une valeur à long terme de 1,6 (Ilzetzki, Mendoza et Végh 2013). Dans le cas des pays
à faible revenu, un dollar supplémentaire d’investissement public augmente l’investissement privé de
près de deux dollars, et la production de 1,5 dollar (Eden et Kraay 2014).
Les projets d’infrastructure publique nécessitent une coordination entre les différents niveaux de
gouvernement et font l’objet d’un vaste processus de planification, d’appel d’offres, de passation de
marchés, de construction et d’évaluation. Les mesures de stimulation des infrastructures publiques
peuvent ne pas se traduire automatiquement par une augmentation comparable de l’offre de services
infrastructurels si les projets en cours sont limités ou de faible qualité et s’il y a des inefficacités ou
des retards dans la sélection, la préparation et la mise en œuvre de ces projets. La déconnexion entre
les dépenses et l’accumulation d’actifs est particulièrement prononcée lorsque la gouvernance et
les institutions fiscales sont faibles, comme c’est le cas dans de nombreux pays en développement
(Banque mondiale 2013).
Les politiques devraient également passer à une vitesse supérieure pour aider les entreprises à revenir
à leurs niveaux de production et d’emploi d’avant la crise et jeter les bases d’une croissance à plus
long terme axée sur la productivité. C’est l’occasion de s’attaquer aux contraintes qui pesaient sur les
entreprises avant la crise. Les gouvernements peuvent accorder des crédits et des mesures de soutien
fiscal pour promouvoir l’investissement et réactiver les chaînes d’approvisionnement. Les mesures de
relance devraient également inclure des programmes de création d’emplois temporaires et la mise en
place de programmes publics pour favoriser la croissance des entreprises et de la productivité—par
exemple, un crédit d’impôt pour les investissements dans la formation professionnelle, la formation à
la gestion et l’adoption de technologies (Banque mondiale, 2020).
34 Cette section a été en grande partie adaptée des questions-réponses de la FAO en ligne : Q & R : Les effets de la pandémie de COVID-19 sur l’alimentation et l’agriculture »
(lien : . [Link]
72 > A F R I C A’ S P U L S E
subsaharienne, où 1,2 milliard de personnes sont déjà confrontées au plus fort pourcentage de sous-
alimentation de la planète —20 % de la population est touchée — est particulièrement préoccupante.
Le virus du COVID-19 s’est révélé particulièrement mortel pour les personnes âgées ou celles dont
la santé est déjà compromise, ce qui probablement inclut également les personnes souffrant de
malnutrition. Le déclin économique, la pauvreté et l’insécurité alimentaire vont souvent de pair.
La fermeture des frontières, les quarantaines et les perturbations dans les marchés, la chaîne
d’approvisionnement et les échanges commerciaux pourraient restreindre l’accès des populations
à une alimentation suffisante, diverse et nutritive, en particulier dans les pays durement frappés par
le virus ou déjà touchés par des niveaux élevés d’insécurité alimentaire. L’agriculture est considérée
comme un travail essentiel dans le cadre des mesures de confinement mises en place dans de
nombreux pays, mais les agriculteurs doivent toujours se conformer aux exigences de distance
physique. Les agriculteurs peuvent être affectés par les réglementations et autres changements adoptés
tout le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Trouver des travailleurs saisonniers sera plus
difficile. Bien que les stocks mondiaux de blé, de riz, de maïs et de sorgho soient à un niveau record, les
décideurs politiques du monde entier doivent faire attention à ne pas répéter les erreurs commises lors
de la crise alimentaire de 2007-2008 et à ne pas transformer cette crise sanitaire en une crise alimentaire
tout à fait évitable. La flambée des prix des denrées alimentaires en 2007-2008 a montré que les
restrictions à l’exportation, la spéculation sur les marchés, et les comportements de panique ont été
en partie responsables de la hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires dans le monde au
cours de cette période — des évènements contre lesquels nous ne sommes pas protégés aujourd’hui.
Une majorité de ménages, y compris dans les zones rurales, sont des acheteurs nets de nourriture et
les pauvres dépensent la majeure partie de leurs revenus pour se nourrir. Les conditions de sécurité
alimentaire dans les zones fragiles, en conflit ou soumises aux violences et dans les autres zones à risque
(zones affectées par les criquets, les sécheresses, etc.) sont déjà graves, et la riposte contre le COVID-19
présente des risques exceptionnellement élevés dans ces circonstances. L’impact de la pandémie sur
les communautés vulnérables déjà aux prises avec la faim ou d’autres crises (par exemple, l’invasion
de criquets pèlerins dans la Corne de l’Afrique) pose des problèmes supplémentaires. Les groupes
vulnérables comprennent notamment les petits agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs qui pourraient
être gênés pour travailler leurs terres, s’occuper du bétail ou partir à la pêche. Ils auront également
des difficultés à accéder aux marchés pour vendre leurs produits ou acheter des intrants essentiels, et
ils devront faire face aux hausses des prix des denrées alimentaires et à la réduction de leur pouvoir
d’achat. Les travailleurs informels seront durement touchés par les pertes d’emplois et de revenus dans
les activités de récolte et de transformation. Des millions d’enfants sont déjà privés des repas scolaires
sur lesquels ils avaient pris l’habitude de compter, et beaucoup d’entre eux n’ont pas d’accès formel à la
protection sociale, y compris à l’assurance maladie.
Les quarantaines et la panique lors de l’épidémie du virus Ebola en Sierra Leone, par exemple, ont
provoqué des pics de faim et de malnutrition. Les souffrances se sont aggravées avec les restrictions de
mouvement qui ont entraîné une pénurie de main-d’œuvre au moment de la récolte, tandis que d’autres
agriculteurs étaient incapables d’acheminer leurs produits sur le marché. Des épidémies telles que le
SRAS et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) ont également eu des répercussions négatives
sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, en particulier pour les populations vulnérables, notamment
les enfants, les femmes, les personnes âgées et les pauvres. Toutes les grandes épidémies récentes —
Ebola, SRAS et MERS — ont eu des effets négatifs directs et indirects sur la sécurité alimentaire.
La chaîne d’approvisionnement alimentaire est un réseau complexe qui intègre les producteurs, les
consommateurs, les intrants agricoles et halieutiques, la transformation et le stockage, le transport et
la commercialisation, etc. Déjà se posent des problèmes logistiques pour la circulation des denrées
alimentaires (impossibilité de les transporter d’un point A à un point B), et l’impact de la pandémie
se ressent sur le secteur de l’élevage en raison de l’accès réduit aux aliments pour animaux et de la
capacité réduite des abattoirs (à la suite des contraintes logistiques et de la pénurie de main-d’œuvre),
comme ce fut le cas en Chine.
A F R I C A’ S P U L S E > 73
Le blocage des itinéraires de transport gêne considérablement les chaînes d’approvisionnement
de produits frais et peut également entraîner une augmentation des pertes et du gaspillage
alimentaires. Les poissons et les produits aquatiques frais, qui sont très périssables et doivent donc
être vendus, transformés ou stockés dans un délai relativement court, sont particulièrement menacés.
Les restrictions sur les transports et les mesures de quarantaine sont susceptibles d’entraver l’accès
des agriculteurs et des pêcheurs aux marchés, de réduire leurs capacités de production et de les
empêcher de vendre leurs produits. La pénurie de main-d’œuvre pourrait perturber la production
et la transformation des denrées alimentaires, notamment pour les industries à forte intensité de
main-d’œuvre (par exemple, les cultures ou la pêche). On ne s’attend pas à ce qu’une flambée des
prix touche les principaux produits de base, dont la production est probablement à forte intensité
de capital, mais plutôt les produits à forte valeur ajoutée, notamment dans le court terme la viande
et le poisson et les denrées périssables. D’autre part, lorsque les produits sont disponibles et que la
demande s’effondre, comme dans certaines pêcheries, les prix devraient également s’effondrer.
En ce qui concerne le maintien des systèmes alimentaires pendant la pandémie, l’Afrique
subsaharienne sera certainement confrontée dans les mois à venir à de graves problèmes qui
nécessiteront l’entière attention des décideurs politiques. Les systèmes d’alerte précoce des
famines — et les systèmes d’approvisionnement alimentaire d’urgence qui leur sont associés —
devront être adaptés afin d’accroître l’attention sur les zones rurales et urbaines. Certaines des
capacités gouvernementales pourraient être renforcées si le service de la dette était suspendu
et si l’aide multilatérale liée au COVID-19 était fournie sans conditions superflues. Certaines
stratégies importantes sont à étudier, notamment pour éviter les ruptures dans les chaînes
d’approvisionnement alimentaire critiques et maintenir ouverts les couloirs logistiques, pour se servir
des technologies numériques de manière à anticiper les problèmes et pallier les pénuries temporaires
et pour renforcer la résilience des chaînes alimentaires. Les nouvelles technologies pourraient faciliter
la mise en relation de l’offre et la demande, et dynamiser les systèmes de protection sociale dans la
lutte contre les effets de la pandémie sur les moyens de subsistance des populations.
74 > A F R I C A’ S P U L S E
L’ouverture des frontières au commerce doit être maintenue autant que possible, tout en restant
consistante avec la stratégie d’enrayement et en respectant les dispositions multilatérales en matière
de transit. Bien que jugée nécessaire pour contenir la propagation du virus, la fermeture des frontières
rend difficile l’acheminement des fournitures médicales et autres besoins vitaux vers les populations.
Au 29 mars 2020, 31 pays africains ont fermé leurs frontières35. Le commerce transfrontalier à petite
échelle contribue à la subsistance d’environ 43 % de la population de la région, principalement les
pauvres et les femmes. Dominé par les produits de l’agriculture et de l’élevage, ce commerce est
également essentiel pour maintenir la sécurité alimentaire et donc le bien-être et la réduction de la
pauvreté. Les pays doivent minimiser les retombées sanitaires et économiques par un assouplissement
sélectif des frontières pour permettre la circulation des biens essentiels.
Les restrictions à l’exportation vont entraîner une augmentation des prix et vont limiter la fourniture
des produits liés au COVID-19 et des denrées alimentaires aux zones gravement touchées. Les crises
précédentes ont montré que l’imposition de restrictions à l’exportation pour les produits médicaux
et alimentaires rend plus difficile leur accès, en particulier par les plus pauvres, qui seront les plus
touchés. Les restrictions à l’exportation adoptées pendant la crise par les pays africains et par d’autres
pays affectent les coûts et la disponibilité non seulement des fournitures médicales liées au COVID-19,
mais également des produits de première nécessité, principalement la nourriture36. Les pays africains
dépendent fortement des importations de fournitures médicales, 94 % des produits pharmaceutiques
de la région étant importés37. Les interdictions d’exportation à l’intérieur de la région empêchent
l’approvisionnement continental d’être effectué là où il est le plus nécessaire38. D’autre part
l’interdiction d’exporter des denrées alimentaires à l’intérieur de la région fait baisser les prix nationaux,
ce qui réduit l’incitation à cultiver des produits alimentaires la saison suivante.
Les interdictions d’importation qui ne sont pas fondées sur des arguments scientifiques limiteront
la disponibilité de certaines denrées alimentaires et augmenteront les prix pour les consommateurs
locaux. Quelques pays africains ont récemment instauré des interdictions d’importation de produits
alimentaires en provenance de Chine, ce qui a entraîné une hausse des prix de ces produits39.
Toutefois, ces mesures n’étaient pas fondées sur des arguments scientifiques. Des mesures devraient
être prises pour maintenir et ne pas perturber les chaînes d’approvisionnement alimentaire afin de
réduire l’impact sur les moyens de subsistance, en particulier sur les pauvres et les plus vulnérables.
Les mesures visant à alléger les procédures commerciales et à faciliter le commerce aux frontières
peuvent contribuer à la riposte à la crise en accélérant la circulation, la libération et le dédouanement
des marchandises, y compris les marchandises en transit, et en permettant l’échange de services.
A F R I C A’ S P U L S E > 75
Les réformes peuvent être conçues de manière à réduire la nécessité de contacts étroits entre les
commerçants, les transporteurs et les fonctionnaires aux frontières afin de protéger les parties
prenantes et limiter la propagation du virus, tout en maintenant les évaluations essentielles
pour garantir les revenus, la santé et la sécurité. Les interventions visant à soutenir et à améliorer
l’efficience des opérations logistiques sont également essentielles pour éviter des perturbations
importantes des réseaux de distribution et donc des chaînes de valeur régionales et mondiales.
ENCADRÉ 1.4 : Réformes de la politique commerciale et mesures de facilitation des échanges en riposte à la crise
du COVID-19 pouvant avoir un effet positif
Pour faciliter l’accès aux biens et fournitures médicaux essentiels liés au COVID-19
• Réduction à zéro des droits de douane à l’importation sur les biens médicaux liés au
COVID-1940 ;
• Exonération de la TVA sur les importations de biens et services médicaux liés au COVID-19 ;
• Exonération des retenues à la source (impôts anticipés sur le revenu) sur les importations de
biens liés au COVID-19 ;
• Engagement à s’abstenir d’imposer des interdictions d’exportation ou des taxes sur les biens
ou services médicaux liés au COVID-19.
Pour soutenir la consommation de produits essentiels et limiter les impacts négatifs sur les
plus pauvres,
• Réduction à zéro des droits de douane à l’importation sur tous les produits alimentaires ;
• Exonération des retenues à la source sur les importations de produits alimentaires pendant la
durée de la crise ;
• Arrêt des interdictions d’exportation ou des taxes sur les denrées alimentaires de base
essentielles41.
Pour aider les exportateurs à maintenir les emplois et les recettes en devises,
• Suppression des interdictions, des restrictions quantitatives et des taxes à l’exportation ;
• Exonération des retenues à la source sur les exportations ;
• Examen de tous les permis, demandes et licences d’exportation et suppression de ceux qui
ne sont pas nécessaires pour maintenir l’accès au marché ou pour protéger la santé, la sûreté
et la sécurité ;
• Remboursement aux exportateurs qui ont perdu des ventes à l’étranger de la TVA qui a été
payée sur les intrants dans l’espoir qu’elle serait remboursée à l’exportation.
Pour contribuer aux efforts de politique macroéconomique visant à protéger l’économie du
ralentissement lié au COVID-19, pour la période de la crise
• Réduction à zéro des droits de douane à l’importation sur tous les biens et allègement des
réglementations affectant le commerce des services ;
40 Le gouvernement éthiopien, par exemple, a exonéré de taxe l’importation de matériaux et d’équipements utilisés dans la « prévention et l’endiguement du #COVID-19 ».
41 Si des restrictions à l’exportation doivent être mises en place, elles doivent être ciblées, proportionnées, transparentes et temporaires, ne pas créer d’obstacles inutiles au commerce ou de
perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, et être conformes aux règles de l’OMC
76 > A F R I C A’ S P U L S E
ENCADRÉ 1.4 suite
• Exonération des retenues à la source sur les importations de tous les biens et services ;
• Permission aux importateurs de différer le paiement de la TVA42.
Pour alléger les procédures réglementaires et frontalières afin de faciliter l’accès aux biens médicaux
et aux produits alimentaires essentiels liés au COVID-19
• Suppression de la nécessité des demandes, permis et licences pour les produits qui
présentent un risque minimal pour la santé humaine, la sécurité environnementale ou la
protection des consommateurs ; allègement des procédures pour ceux qui sont requis et
priorisation de l’octroi et de l’approbation réglementaire pour les importations de tous les
biens médicaux, denrées alimentaires essentielles et denrées périssables liés au COVID-19 ;
• Reconnaissance des certificats ou systèmes de conformité pour les équipements médicaux,
les denrées alimentaires essentielles et les intrants agricoles provenant d’organismes
accrédités dans des pays ayant des normes similaires ou supérieures ;
• Mise en œuvre d’une gestion des risques pour permettre aux fournitures critiques à faible
risque de passer rapidement les contrôles de dédouanement ;
• Appui à une collaboration accrue entre les agences chargées des frontières intérieures et
extérieures. Par exemple, les douanes et les agences responsables des normes sanitaires et
phytosanitaires devraient collaborer pour accélérer le dédouanement des biens médicaux
essentiels, des produits alimentaires et des intrants agricoles ;
• Amélioration de la continuité des activités par une utilisation accrue des TIC, des horaires
de travail flexibles, des heures d’ouverture plus longues aux frontières, un accès élargi aux
points de renseignements téléphoniques et en ligne ; tous ces éléments peuvent accroître
l’efficacité et limiter la présence physique et l’interaction des travailleurs et des responsables
de la logistique dans les installations et aux points de passage frontaliers.
42 Quelques pays d’Afrique ont apporté des modifications à la TVA pour soutenir les entreprises pendant la crise. Le 29 mars, l’Ouganda a reporté les exigences de conformité à la TVA, le
27 mars, le Nigéria a reporté la date limite de déclaration de la TVA, et le 26 mars, le Kenya a réduit le taux de TVA de 16 % à 14 %. Voir [Link]
[Link]
A F R I C A’ S P U L S E > 77
ENSEMBLE FACE À CETTE CRISE : LE RÔLE DE LA
COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
Les institutions financières internationales agissent rapidement pour soutenir les
pays dans la riposte au COVID-19 43
Les institutions financières internationales ont réagi rapidement pour fournir des ressources aux
pays africains afin qu’ils puissent renforcer leur capacité à répondre à la pandémie de COVID-19
et réduire le temps nécessaire à la reprise économique et sociale. Par exemple, le groupe de la
Banque mondiale est prêt à déployer jusqu’à 160 milliards USD au cours des 15 prochains mois
pour soutenir les mesures de lutte contre le COVID-19 qui permettent aux pays de riposter aux
conséquences sanitaires de la pandémie et de soutenir la reprise et la croissance économiques. Le
FMI est prêt à fournir 50 milliards USD en fonds d’urgence flexibles et à décaissement rapide pour
les pays en développement, avec jusqu’à 10 milliards USD disponibles à taux d’intérêt zéro.
En Afrique, des projets de riposte d’urgence dans le cadre de l’aide rapide ont été financés pour
10 pays, à savoir le Cabo Verde, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Ghana, le
Kenya, la Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, le Sénégal, la Sierra Leone et la Gambie. Le financement
de ces projets s’élève à 265 millions USD. Dans le cas de l’Éthiopie, 82 millions USD ont été versés
pour renforcer la préparation et la riposte du pays au COVID-19, ce qui comprend la fourniture
d’équipements médicaux, le renforcement des capacités des systèmes de santé et l’aide à la
mise en place de centres de traitement. L’enveloppe de 47 millions USD destinée à la République
démocratique du Congo permettra au pays de préparer des stratégies de confinement, de former
le personnel médical et de fournir des équipements permettant la détection rapide des cas et la
recherche des contacts.
Les mesures d’aide d’urgence et de redressement visant à aider les entreprises privées ayant souffert
de la crise du COVID-19 et à prévenir les licenciements massifs seront financées par la Société
financière internationale (SFI) (jusqu’à 8 milliards USD). Ces mesures comprennent l’extension des
crédits commerciaux et des fonds de roulement aux institutions financières partenaires, ainsi que le
soutien des clients existants dans les secteurs des infrastructures, de la fabrication, de l’agriculture
et des services menacés par la pandémie. La SFI a jusqu’à présent engagé 470 transactions pour un
montant de 545 millions USD de lignes de crédit pour le financement du commerce par le biais de
son Programme de financement du commerce mondial (Global Trade Finance Program), dont 54 %
ont été octroyés à des pays à faible revenu et fragiles et 29 % à des pays en Afrique subsaharienne
et dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Enfin, le soutien financier le plus
important est constitué par les 6 milliards USD de garanties de l’Agence multilatérale de garantie
des investissements (Multilateral Investment Guarantee Agency), qui fournit une assurance contre le
risque politique et un renforcement du crédit aux investisseurs et aux prêteurs du secteur privé.
43 Les mesures de soutien approuvées et prévues par la Banque mondiale sont extraites du communiqué de presse no 2020/157/EXC « COVID-19 (Coronavirus) : le Groupe de la Banque
mondiale déploie une aide d’urgence afin de soutenir la riposte sanitaire des pays en développement ».
78 > A F R I C A’ S P U L S E
La coordination régionale en Afrique peut renforcer la riposte
à la pandémie de COVID-19
Une coordination régionale plus approfondie en matière de commerce et de riposte au COVID-19
est nécessaire, à la fois pour limiter la propagation de la pandémie dans la région, ainsi que pour
minimiser les retombées économiques. L’Afrique peut tirer parti de la récente dynamique observée
au sein de l’Union africaine et de l’AfCFTA et des communautés économiques régionales pour
améliorer l’efficacité des interventions dans la région. Les domaines clés pour la coordination de
l’action dans la région sont les suivants :
• La coordination de l’achat de fournitures médicales serait plus efficace pour s’approvisionner à des
prix plus bas que dans le cas où les pays s’approvisionnent individuellement en ces produits.
• La coordination régionale en matière de surveillance des normes et d’approbation réglementaire des
produits médicaux liés au COVID-19 contribue au déploiement efficace des ressources techniques et
sanitaires limitées.
• La coordination peut favoriser un partage efficace des informations en temps réel afin de favoriser
une compréhension et une prise de conscience communes de la propagation du virus et des
zones de crise émergentes ainsi qu’un partage des ressources et une mise en œuvre de la riposte
plus efficace (et plus rapide). Africa CDC a collaboré activement avec l’OMS pour fournir conseils
et informations et soutenir le renforcement des capacités de base en matière de surveillance et
d’intervention dans la région. L’Afrique peut relancer les infrastructures existantes qui avaient été
utilisées pour lutter contre les catastrophes sanitaires précédentes telles que le VIH/sida et la maladie
à virus Ebola. L’Union africaine pourrait jouer un rôle important dans la facilitation de la coordination
de la riposte et la mobilisation du soutien international à la région.
• La coordination de la mise en place de « cliniques-conteneurs dédiées au COVID-19 » le long des
principaux corridors de transport africains est essentielle. L’un des enseignements tirés de l’épidémie
de VIH/sida survenue il y a 30-40 ans en Afrique est que celle-ci s’était répandue le long des corridors
de transport. En réponse, la Banque mondiale et d’autres partenaires avaient conçu des interventions
centrées sur les corridors et ciblant les chauffeurs (par exemple, l’Organisation du corridor Abidjan-
Lagos en Afrique de l’Ouest), dont en particulier la mise en place de cliniques-conteneurs. Les
chauffeurs de camion sont susceptibles de devenir des vecteurs de transmission critiques, c’est
pourquoi il serait utile de mettre en place des cliniques similaires le long des corridors de transport.
• Par l’intermédiaire de l’Union africaine ou d’autres forums, les pays africains devraient faire pression
en faveur d’un commerce plus ouvert qui limite les restrictions sur les exportations de fournitures
médicales et de produits alimentaires essentiels par les pays de l’OCDE. Seul un front plus puissant
et plus uni pourrait faire obstacle aux restrictions commerciales qui rendent plus difficile l’accès
des pays les plus pauvres aux fournitures médicales essentielles et aux autres produits de première
nécessité en période de crise.
• Un effort régional en faveur d’une exemption temporaire des protections des droits de propriété
intellectuelle sur les biens médicaux liés au COVID-19 pourrait aider à augmenter la production
nationale de ces articles.
• La pandémie renforce l’urgence de faire pression pour une coordination et une coopération
régionales accrues en matière de commerce, et en faveur d’efforts de riposte globale. Elle donne
un élan supplémentaire au suivi de la mise en œuvre prévue de l’AfCFTA, puisque ces actions
contribuent aux efforts visant à limiter les impacts sanitaires et économiques à court terme, ainsi qu’à
mettre en place des systèmes commerciaux résilients à long terme.
A F R I C A’ S P U L S E > 79
Au-delà des mesures d’aide, la mise en œuvre des engagements commerciaux régionaux existants,
y compris l’AfCFTA, peut contribuer à réduire les coûts du commerce des biens et des services. Les
effets du COVID-19 sur l’économie peuvent être aggravés par des blocages commerciaux entre les
pays de la région. La fermeture des frontières au commerce des marchandises risque d’entraîner
des pertes dramatiques de bien-être (jusqu’à 14 % par rapport à un scénario sans COVID-19).
La fermeture des frontières en Afrique, une région traditionnellement très intensive en produits
agricoles et alimentaires, va affecter de manière disproportionnée l’importation de biens et de
produits agricoles. Les décideurs politiques africains doivent saisir cette occasion pour renforcer
les chaînes de valeur régionales dans le contexte de l’AfCFTA. Celle-ci pourrait fournir un forum
et constituer un mécanisme vital pour accompagner les pays dans l’inévitable récession et le
redressement qui s’ensuivra en augmentant les possibilités de croissance grâce à l’expansion des
marchés régionaux.
Les décideurs politiques et les partenaires de développement doivent penser à l’avenir et être
attentifs aux politiques économiques qui renforcent la résilience et permettraient aux économies
africaines de se redresser plus rapidement et de prospérer après la pandémie de COVID-19. Cette
vision à long terme, bien que contre-intuitive en période d’urgence, pourrait être décisive pour les
pays africains. Au-delà des solutions rapides indispensables, la réponse politique devrait envisager
des stratégies pour stimuler les secteurs de l’eau et de l’assainissement, remédier à la crise qui
affecte le capital humain, en particulier dans le secteur de la santé, mettre à profit les technologies
numériques pour renforcer l’efficacité du commerce et des pouvoirs publics pendant et après
le confinement, maintenir un niveau d’investissement sain pour les services tels que l’électricité,
et favoriser les chaînes de valeur intra-africaines sous l’égide de l’AfCFTA pour la substitution des
importations.
Plus généralement, ce contexte difficile offre donc l’occasion de faire des choix politiques délibérés
et mûrement réfléchis qui peuvent contribuer à stimuler la transformation économique de l’Afrique.
Un redressement plus vert. L’Afrique sortira de cette crise avec le besoin urgent d’investir dans les
infrastructures, y compris dans le secteur de l’énergie, en raison du déficit persistant d’infrastructures
et de la croissance démographique. En même temps, l’urgence de la transition carbone pour
atténuer les pires effets des changements climatiques va inévitablement réapparaitre à l’ordre
du jour mondial. Dans l’ensemble, cela représente un risque et une opportunité. Pas moins de
9 % des richesses totales de l’Afrique se trouvent dans des combustibles fossiles qui polluent au
dioxyde de carbone (Cust et Manley, 2018), mais la valeur future de ces actifs est de plus en plus
incertaine, car les pays riches adoptent des politiques plus strictes en matière de carbone et le coût
des technologies énergétiques à faible teneur en carbone continue de baisser. Au lieu de cela, les
pays peuvent utiliser les rentes provenant de l’exportation de pétrole, de gaz et d’autres minéraux
80 > A F R I C A’ S P U L S E
pour accélérer leur transition vers une économie plus verte alimentée par des sources d’énergie
à faible teneur en carbone, de haute qualité et à faible coût, notamment en élargissant l’accès
au réseau électrique (Blimpo et Cosgrove-Davies, 2019). Le faible prix du carburant domestique
crée un contexte politique idéal pour la suppression des subventions au carbone, comme pour
l’essence domestique. Ces subventions peuvent constituer une politique budgétaire régressive et
leur suppression peut donc être favorable aux pauvres, en particulier lorsque les recettes sont plutôt
utilisées pour des politiques et des programmes progressistes.
Un redressement plus viable. Plus de la moitié des pays d’Afrique (26 sur 48) sont considérés comme
riches en ressources selon la définition de la dépendance aux ressources du FMI (FMI, 2012). Cela
signifie qu’ils dépendent généralement de ressources extractives non renouvelables qui représentent
plus de 20 % de leurs exportations ou recettes publiques. Étant donné la nature limitée de ces
ressources, la viabilité économique dépend de leur capacité à transformer le stock de richesse
qui s’épuise en d’autres formes de richesse nationale telles que le capital humain et physique
ou le capital naturel amélioré (Lange et coll., 2018). Selon de nouvelles recherches, les actions
gouvernementales, par le biais de mesures politiques soigneusement conçues telles que l’acquisition
de capital humain, public et intellectuel, ainsi que la promotion du dynamisme des entreprises,
pourraient aider à promouvoir la diversification de l’économie en s’éloignant de la dépendance aux
ressources. Lashitew, Ross et Werker (2020) affirment que l’Indonésie constitue un très bon exemple
de la manière dont un pays riche en pétrole et en minéraux peut accroître considérablement
la valeur ajoutée dans d’autres secteurs d’exportation tels que le secteur manufacturier tout en
continuant à produire à grande échelle des produits primaires issus du sous-sol.
Un redressement plus résilient. L’Afrique sortira de cette crise encore plus menacée par les effets
des changements climatiques. Il est donc impératif que tout programme économique à
long terme comprenne des investissements qui tiennent compte de la nécessité de disposer
d’infrastructures, de villes et de sociétés résilientes. Des programmes tels que la restauration des
rivières, les mesures d’efficience énergétique et les transports verts ont été couronnés de succès,
notamment dans le cadre du plan de relance post-2008 de la Corée (Hallegatte et Hammer, 2020).
En outre, les programmes de travaux publics à grande échelle peuvent bénéficier aux pauvres par
la création d’emplois, tout en permettant la création d’infrastructures résilientes. Dans d’autres
régions, beaucoup de ces programmes sont axés sur l’irrigation, le boisement, la conservation
des sols et le développement des bassins versants. En Éthiopie, le Programme de filets sociaux
productifs (Productive Safety Net Program) contribue à accroître la résilience et l’adaptation en
investissant dans la création d’actifs communautaires pour inverser la grave dégradation des
bassins versants et fournir un approvisionnement en eau plus fiable (Hallegatte et Hammer, 2020).
Les projets d’infrastructure ambitieux dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’eau ou
du développement urbain sont généralement difficiles à inclure dans un plan de relance, car
ils prennent beaucoup de temps à préparer. La nature unique de cette crise pourrait toutefois
donner le temps d’élaborer des projets d’infrastructures vertes pour le moment où la relance
sera nécessaire. Cela pourrait comprendre un déploiement à grande échelle d’infrastructures de
recharge de véhicules électriques, des couloirs d’autobus, des pistes cyclables et de systèmes de
transmission et de distribution d’électricité, une extension de la couverture des services d’eau et
d’assainissement, ou encore un effort pour rendre les quartiers plus vivables et moins énergivores
(Hallegatte et Hammer, 2020).
A F R I C A’ S P U L S E > 81
82 > A F R I C A’ S P U L S E
Section 2 : Trouver les ressources budgétaires nécessaires
pour lutter contre le COVID-19 dans un contexte de
vulnérabilité accrue de la dette publique
La pandémie de COVID-19 exerce une pression insoutenable sur les gouvernements qui connaissent
d’importants déficits budgétaires, une vulnérabilité accrue à la dette et des systèmes de santé
faibles. Les coûts budgétaires énormes qu’elle impose pourraient amener plusieurs gouvernements
à cesser d’assurer le service de leur dette. Environ 17 gouvernements affichent des écarts de
rendement des obligations supérieurs à 1 000 points de base (pb), une valeur seuil qui précède
généralement les cas de défaut.1 Les écarts de taux souverains de l’Indice des obligations des
marchés émergents (EMBI) ont déjà dépassé ce seuil en Angola, au Ghana, au Nigéria et en Zambie.
Avec les mesures mondiales visant à contenir le COVID-19, la chute des prix des matières premières
(en particulier le prix du pétrole brut) a entraîné une baisse des recettes d’exportation pour des pays
comme l’Angola, le Nigéria et la Zambie. Elles ont entraîné un élargissement des déficits budgétaires
et une augmentation des pressions financières dans ces pays. Depuis le début de l’année, les cours
internationaux du pétrole, du gaz naturel, du cuivre et du zinc ont fortement chuté. Cette chute est
due en partie à une baisse de la demande mondiale. Les tensions supplémentaires sur l’offre (c’est-
à-dire l’éclatement de l’alliance OPEP+) ont poussé le prix international du pétrole sous les 30 dollars
le baril. Le choc sera plus dur dans les pays producteurs de pétrole où les produits énergétiques
représentent un pourcentage important de leurs recettes d’exportation et où le prix budgétisé du
pétrole pour 2020 se situe entre 55 et 57 dollars le baril. Les rigidités budgétaires constituent une
source supplémentaire de tension fiscale pour certains de ces pays — une grande partie de leurs
dépenses étant consacrée aux salaires et au paiement des intérêts. La perte potentielle de dépenses
à la suite du rajustement du prix du pétrole de sa valeur de référence budgétaire initiale jusqu’à
30 dollars le baril, s’élèverait en moyenne à 7 % du produit intérieur brut (PIB) (voir tableau 2.1).
TABLEAU 2.1 : Prix du pétrole et position budgétaire de certains pays d’Afrique subsaharienne
Prix du Dépenses Pertes sur les Paiements des intérêts Recettes publiques Solde budgétaire Dette PIB
pétrole budgétisées dépenses liées de l’administration sur les produits
Global Primaire publique brute pétrolier
budgétisé en en au pétrole publique de base
2020 2020 2020 2019 2019 2019 2019 2019 2019 2019 2019 2019
(# tannées
Pays (US$ / baril) (% PIB) (% PIB) (% Dépenses (% PIB) (% Total) (% PIB) (% PIB) (% PIB) (% PIB) (% Total)
fiscales)
Angola 55 20,2 6,7 32,24 5,13 60,75 12,13 0,76 5,89 94,99 5,07 28,48
Tchad 55 19,0 3,7 10,75 1,10 35,15 5,48 0,31 1,41 44,74 4,71 19,15
Rép. Congo 55 24,6 8,5 9,50 1,78 63,27 19,92 8,56 10,28 78,49 2,68 61,58
Guinée équatoriale 57 16,7 5,9 7,33 0,80 66,67 11,65 0,90 1,70 45,42 8,65 30,20
Gabon .. ,, ,, 16,64 2,15 36,06 6,60 1,61 3,76 56,38 4,76 31,58
Nigéria 57 6,6 1,6 15,86 1,61 46,22 3,56 -4,98 -3,36 29,78 7,34 8,57
Soudan du Sud 55 32,2 15,6 1,45 0,41 88,55 27,66 2,42 2,83 34,35 11,37 63,35
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale Perspectives de l’économie mondiale, Fonds monétaire international.
Notes : La perte de dépenses liées au pétrole est la réduction potentielle des dépenses publiques totales si le prix du pétrole était réduit de la valeur de référence
budgétaire à 30 dollars américains le baril.
1 Ce nombre de gouvernements ne tient pas compte de ceux qui sont déjà en défaut de remboursement de leur dette souveraine, tels que l’Argentine, le Liban et la République bolivarienne
du Venezuela.
A F R I C A’ S P U L S E > 83
Si la majeure partie des réponses politiques au COVID-19 seront assumées par les responsables
des politiques fiscales en Afrique, il convient de se demander où les pays de la région trouveront
les ressources nécessaires pour financer ces actions. Sous l’hypothèse que des déficits supérieurs
à 5 % du PIB mettent en péril la stabilité macroéconomique, il est possible d’évaluer globalement
dans quelle mesure les gouvernements africains peuvent accroître leurs dépenses en comparant
leurs soldes budgétaires de 2019 avec le seuil de déficit mentionné ci-dessus. En 2019, la majorité
des pays d’Afrique subsaharienne (38 sur 47) ont enregistré un déficit budgétaire et treize pays ont
affiché un déficit budgétaire supérieur à 5 %. Pour les pays de la région, l’expansion budgétaire
moyenne — mesurée par l’écart entre le solde budgétaire de 2019 et le seuil de 5 % du PIB —
est d’environ 2,6 %. Les pays disposant de la plus petite marge d’expansion budgétaire (le tercile
inférieur) peuvent dépenser, en moyenne, 0,1 % du PIB. En revanche, les pays disposant de la plus
grande marge d’expansion budgétaire (le tercile supérieur) peuvent dépenser en moyenne 5,6 % de
leur PIB.2 Certains des pays africains situés dans le tercile inférieur ou supérieur sont soit exposés au
risque de surendettement, soit déjà surendettés. Dans ce contexte, la mise en œuvre de politiques
anticycliques se fera au prix de la soutenabilité de la dette publique.
Le montant du financement nécessaire pour soutenir les systèmes de santé, les travailleurs (formels
et informels) et les entreprises dépassera probablement les ressources dont disposent les pays
africains. Une aide multilatérale liée au COVID-19 (octroyée par le FMI, le GBM et les banques
régionales de développement) et une suspension des paiements au titre du service de la dette
permettraient d’injecter immédiatement de nouvelles liquidités et d’élargir la marge de manœuvre
budgétaire des gouvernements africains. En 2018, l’Afrique subsaharienne a payé au total
35,8 milliards USD au titre du service de la dette extérieure, dont 9,4 milliards USD aux créanciers
bilatéraux publics (environ 0,6 % du PIB régional). L’instauration d’un moratoire sur le paiement de la
dette due aux créanciers publics signifie la libération de ressources qui s’élèvent à 4,1 milliards USD
en Angola (7 % du PIB) et à 675 millions USD au Kenya (2,7 % du PIB).3 Dans une région qui
pourrait avoir besoin d’un plan de relance économique d’urgence de 100 milliards USD (dont
44 milliards USD d’exemption des paiements d’intérêts en 2020), le moratoire sur la dette aiderait les
gouvernements à apporter des réponses anticycliques au COVID-19 sans mettre en péril la viabilité
de leurs cadres de politique macroéconomique.4
L’appel lancé par le Fonds monétaire international (FMI) et le Groupe de la Banque mondiale
(GBM) à tous les créanciers bilatéraux officiels, les invitant à suspendre les paiements au titre
du remboursement de la dette des pays l’Association internationale de développement qui en
demandent une dispense, doit donc être entendu et mis en œuvre. Le FMI et le Groupe de la
Banque mondiale vont présenter une approche d’allégement de la dette bilatérale à l’approbation
des gouverneurs du Comité du développement lors de leur réunion virtuelle le 17 avril. Les
institutions multilatérales soutiennent que la préservation de la soutenabilité de la dette publique
des pays les plus pauvres — y compris ceux d’Afrique subsaharienne — pourrait nécessiter
2 Il est à noter que ces calculs ne tiennent pas compte de la baisse des recettes dont disposeront les gouvernements africains, car les prix des matières premières et le taux de croissance de
l’économie qui ont été prévus dans la préparation de leurs budgets seront nettement inférieurs.
3 Ces chiffres sont basés sur le service total de la dette extérieure assuré par ces pays en 2018.
4 Le montant et la composition du service de la dette extérieure varient considérablement d’un pays à l’autre dans la région. La marge de manœuvre budgétaire des pays comme l’Angola,
l’Éthiopie, le Kenya et la Zambie peut s’élargir considérablement en cas d’instauration d’un moratoire sur la dette envers les créanciers bilatéraux publics (voir le tableau 2.1 de l’Annexe).
84 > A F R I C A’ S P U L S E
un moratoire sur le paiement de la dette bilatérale publique et la participation des créanciers
commerciaux.5 Enfin, le FMI et le Groupe de la Banque mondiale ont approuvé l’éligibilité de la
Somalie à l’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative renforcée en faveur des pays pauvres
très endettés (PPTE). Cela implique une réduction de la dette de 5,2 milliards USD en fin 2018 à
557 millions USD en valeur actuelle nette une fois que le pays aura atteint le point d’achèvement de
l’initiative PPTE en 2023.
Le reste de cette section présente des faits sur la dette africaine et analyse son évolution récente
afin d’aider à dépassionner le débat.
Une transparence renforcée et une meilleure qualité institutionnelle pourront aider à améliorer les
pratiques de gestion de la dette en fournissant des informations de haute qualité et en établissant
des contraintes sur l’élaboration de politiques (Fisher 2003). La transparence des données6, qui
comprend la production et la publication ponctuelle des indicateurs macro-économiques et de la
dette, est essentielle pour garantir un suivi adéquat de la dette et de la macroéconomie. Des marchés
financiers nationaux actifs sont des outils performants et complémentaires de gestion des risques.
Par exemple, les pays d’Afrique subsaharienne doivent développer des marchés de la dette en
monnaie locale et établir un menu plus riche en instruments financiers en monnaie locale pour aider
à réduire les risques de change et les asymétries de devises. Ces politiques élargissent l’ensemble
d’options susceptibles de diversifier les risques provenant d’emprunts en devises étrangères.
A F R I C A’ S P U L S E > 85
capacité de remboursement s’est donc détériorée, car leurs recettes budgétaires ont diminué et
l’activité économique s’est ralentie dans la région. Après avoir affiché une tendance à la baisse due
en partie à l’annulation de dettes, le rapport entre la dette publique brute et le produit intérieur brut
(PIB) en Afrique subsaharienne a progressivement augmenté depuis 2012 (figure 2.1). En moyenne,
la dette publique brute est passée de 37 % du PIB en 2012 à 59 % en 2019, soit une augmentation
de 22 points de pourcentage du PIB.
Compte tenu de l’évolution du profil de risque de la dette africaine, une analyse exacte et
opportune de la dette et de la situation macroéconomique peut aider les pays dans leur gestion
économique et réduire le fardeau croissant de leur dette. Une plus grande transparence en matière
de dette (tant en ce qui concerne les fonds empruntés et que les conditions d’emprunt) est
nécessaire, car les questions
L’accumulation de la FIGURE 2.1 : Dette publique brute en Afrique subsaharienne, 2000-2019
qui se posent sont de plus
dette publique s’est (% du PIB) en plus complexes avec
accélérée en Afrique l’émergence de nouveaux
140
subsaharienne créanciers et la part
depuis 2012. croissante des obligations
120
souveraines dans les pays
d’Afrique subsaharienne.
100 Les pratiques de gestion
de la dette devraient être
Pourcentage du PIB
Les figures 2.2 et 2.3 montrent également pourquoi une analyse économique détaillée est cruciale
pour une gestion économique efficace : ils indiquent que les pays d’Afrique subsaharienne ont
eu recours à des sources plus coûteuses de financement des déficits (obligations souveraines
par opposition aux prêts concessionnels) en raison des problèmes de liquidité causés par la
crise financière mondiale et la crise de la dette européenne. Par exemple, la figure 2.2 montre
le ratio de l’encours de la dette extérieure publique et garantie par l’État (PGE) par rapport au
PIB en Afrique subsaharienne. Une grande partie de la dette extérieure publique était due à
des créanciers publics (la dette PGE bilatérale et la dette PGE multilatérale représentaient près
de 80 % de l’encours de la dette avant 2006), tandis que la part de la dette publique due aux
créanciers privés, en particulier les obligations PGE, a commencé à augmenter depuis 2010. En
moyenne, l’encours des obligations PGE pour l’ensemble de la région est passé de 2,5 % du PIB
en 2010 à 6,9 % du PIB en 2018 — un montant supérieur à l’encours de la dette PGE bilatérale
et multilatérale (5,9 et 6,5 % du PIB respectivement en 2018). Dans le cas du service de la dette
extérieure PGE par rapport aux exportations (figure 2.3), le service de la dette PGE multilatérale
a progressé de 0,6 % en 2011 à 2,2 % en 2018, tandis que le service de la dette contractée sous
86 > A F R I C A’ S P U L S E
forme d’obligations PGE est
passé de 0,4 % en 2011 à 3,2 % FIGURE 2.2 : Encours de la dette extérieure publique et garantie par Le financement
l’État en Afrique subsaharienne, 2000-2018 (% du PIB) obligataire a
en 2018.
augmenté alors
45
Le rythme d’accumulation de la que la composition
40 de la dette a
dette varie considérablement
changé en Afrique
d’un pays d’Afrique 35
subsaharienne.
subsaharienne à l’autre, car
30
leurs pratiques en matière de
Pourcentage du PIB
gestion des risques et leurs 25
réactions aux chocs ne sont pas 20
les mêmes et sont fonction des
15
différentes structures de l’activité
économique de ces pays. Par 10
exemple, la dette publique par
5
rapport au PIB a augmenté de
façon monotone de 2007 à 2019 0
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
pour la plupart des groupes de
pays d’Afrique subsaharienne, à PGE bilatérale PGE multilatérale Obligations PGE
l’exception des pays de la région PGE envers les banques commerciales PGE envers les autres créanciers privés
qui sont riches en minéraux et en
métaux (figure 2.4). La réduction FIGURE 2.3 : Service de la dette extérieure publique et garantie par Le service de la
de la dette publique en 2013 l’État en Afrique subsaharienne, 2000-2018 (% des exportations) dette a fortement
pour ce groupe de pays est due augmenté
à la remise de dette accordée 10
en Afrique
à la République démocratique subsaharienne, en
9 particulier le service
du Congo en juillet 2010. De
envers les créanciers
2012 à 2019, la dette publique a 8
privés.
évolué à des rythmes différents
Pourcentage des exportations
7
dans les pays de la région. La
6
figure 2.5 montre le ratio de la
dette publique au PIB en 2012 5
et l’évolution de ce ratio dans les 4
pays de la région au cours de la 3
période 2012-19. Le Botswana,
2
la République démocratique
du Congo et le Zimbabwe ont 1
connu une baisse de leur ratio 0
dette/PIB — avec des réductions
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
respectivement de 7, 8 et
20 points de pourcentage du PIB PGE bilatérale PGE multilatérale Obligations PGE
PGE envers les banques commerciales PGE envers les autres créanciers privés
au cours de la période 2012-19. 7
Le Burkina Faso, la République Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.
Notes : Les chiffres régionaux sont des moyennes pondérées en fonction du PIB.
centrafricaine (RCA) et la Guinée PIB = produit intérieur brut ; PGE = public et garanti par l’État.
affichent non seulement des
ratios dette/PIB similaires
(qui fluctuent entre 43 et 45 % du PIB en 2019), mais aussi des augmentations analogues de la
dette (entre 13 et 18 points de pourcentage du PIB).8 La dette publique de la Guinée équatoriale
7 La République démocratique du Congo a bénéficié d’une remise de dette pendant cette période. Ce ne fut pas le cas pour le Botswana ou le Zimbabwe.
8 La République centrafricaine et la Guinée ont bénéficié d’une remise de dette, mais pas le Burkina Faso.
A F R I C A’ S P U L S E > 87
Le poids de la dette FIGURE 2.4 : Dette publique brute, certaines années, par richesse en ressources naturelles (% du PIB)
s’est largement 90
alourdi en 2019
dans la plupart 80
des groupes de
pays d’Afrique 70
subsaharienne.
60
Pourcentage du PIB
50
40
30
20
10
0
Afrique subsaharienne (ASS) ASS hors Nigéria Riches en minéraux et en métaux Riches en pétrole Riches en pétrole, hors Nigéria
2007 2013 2019
L’accumulation de FIGURE 2.5 : Dette publique brute des pays d’Afrique subsaharienne (% du PIB)
la dette varie d’un
225
pays à l’autre dans
la région. 200
175
150
125
100
75
50
25
-25
Botswana
RDC Congo
Zimbabwe
Comores
Nigéria
Mali
Tanzanie
Cameroun
Eswatini
Benin
Burkina Faso
Ouganda
République centrafricaine
Tchad
Guinée
Guinée équatoriale
Libéria
Lesotho
Madagascar
Rwanda
Namibie
Côte d'Ivoire
Seychelles
Niger
Gabon
Éthiopie
Afrique du Sud
Kenya
Sénégal
Burundi
Ghana
Sierra Leone
Malawi
République de Maurice
Guinée-Bissau
Togo
Sao Tomé et Principe
République du Congo
Mauritanie
Gambie
Zambie
Angola
Mozambique
Cabo Verde
Soudan
88 > A F R I C A’ S P U L S E
a augmenté d’environ 38 points de pourcentage du PIB au cours de la période 2012-2019, le
gouvernement ayant augmenté ses emprunts dans un contexte de chute des cours du pétrole. Le
Soudan affiche le niveau de dette publique le plus élevé (207 % du PIB en 2019) et a connu la plus
forte augmentation parmi les pays de la région (89 points de pourcentage du PIB au cours de la
période 2012-2019).
80
entre 2012 et 2019 (15 et 58
28 points de pourcentage 60
du PIB, respectivement) sont 19 24
utilisés pour faire la distinction 40
entre les petits, moyens et 9
20
gros emprunteurs (Calderon et
Zeufack 2020).10 La figure 2.6 0
présente la dette publique Petits emprunteurs Emprunteurs moyens Gros emprunteurs Afrique subsaharienne
(niveau et variation) en Afrique Niveau de 2012 Évolution entre 2012 et 2019
subsaharienne pour les petits,
moyens et gros emprunteurs de Sources : Perspectives de l’économie mondiale, Fonds monétaire international ; calculs du
personnel de la Banque mondiale.
2012 à 2019. Les niveaux et les Note : Les chiffres des groupes de pays sont des moyennes pondérées en fonction du PIB. PIB
= produit intérieur brut.
variations de la dette publique
sont plus importants pour
les gros emprunteurs et relativement plus faibles pour les petits emprunteurs. Le comportement
des emprunteurs moyens est proche de la moyenne régionale. La variation cumulative moyenne
(pondérée) de la dette publique des petits emprunteurs entre 2012 et 2019 est de 9,2 % du PIB et
le niveau moyen pondéré de la dette publique est de 31,7 % du PIB en 2019 (figure 2.7). Dans le cas
des emprunteurs moyens, la variation cumulative moyenne de la dette publique est de 19,3 % du
PIB (entre 2012 et 2019) et le niveau moyen pondéré de la dette publique est de 57,4 % du PIB en
2019. L’accumulation moyenne de la dette publique des gros emprunteurs est de 57,7 % du PIB et le
niveau moyen pondéré de la dette publique est de 102,8 % du PIB en 2019.
9 Le groupe des petits emprunteurs comprend le Botswana, le Burkina Faso, la République centrafricaine, les Comores, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Lesotho,
Madagascar, le Mali, Maurice, le Nigéria, São Tomé et Principe, les Seychelles, la Tanzanie et le Zimbabwe. Le groupe des emprunteurs moyens se compose du Bénin, du Burundi, du
Cameroun, du Tchad, d’Eswatini, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, du Kenya, du Malawi, de la Namibie, de la Sierra Leone, de l’Afrique du Sud, du Togo et de l’Ouganda. Le groupe des gros
emprunteurs comprend l’Angola, le Cabo Verde, la République du Congo, la Guinée équatoriale, le Gabon, la Gambie, le Ghana, le Liberia, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, le Rwanda,
le Sénégal, le Soudan et la Zambie.
10 Si la variation cumulative de la dette publique d’un pays entre 2012 et 2019 se situe au-dessous du 33e percentile, le pays est alors classé comme petit emprunteur. Si l’accumulation de la
dette d’un pays se situe entre le 33e et le 67e percentile, le pays est considéré comme un emprunteur moyen. Enfin, si l’accumulation de la dette d’un pays est égale ou supérieure au 67e
percentile, il est qualifié de gros emprunteur. Les catégories de pays peuvent varier donc en fonction de la période.
A F R I C A’ S P U L S E > 89
La figure 2.7 fait un zoom
Les niveaux FIGURE 2.7 : Dette publique des gros emprunteurs en Afrique subsaharienne
sur le niveau et l’évolution
d’endettement (% du PIB)
varient
de la dette publique des
énormément 250 Niveau de 2019 Évolution entre 2012 et 2019 gros emprunteurs en Afrique
parmi les gros Évolution en ASS entre 2012 et 2019 Niveau de 2019 en ASS subsaharienne. Quatre
emprunteurs. 200 des 15 gros emprunteurs
affichent en 2019 un niveau
150 d’endettement supérieur à la
moyenne régionale de 2019
100 (54 % du PIB). La variation
de la dette publique entre
50 2012 et 2019 pour tous les
15 gros emprunteurs dépasse
0 la variation moyenne pour
Mauritanie
Libéria
Ghana
Sénégal
Rwanda
Niger
Gambie
Cabo Verde
Gabon
Guinée équatoriale
République
du Congo
Zambie
Angola
Mozambique
Soudan
la région (21 % du PIB). Par
conséquent, le montant de
leur dette a augmenté au
cours des sept dernières
Les emprunteurs FIGURE 2.8 : Dette publique, par monnaie et par type d’emprunteurs, années à un rythme plus
moyens ont pour la 2007-2019 rapide que celui de la région
plupart contracté 120 de l’Afrique subsaharienne
des emprunts en dans son ensemble. La
monnaie nationale. 100 figure 2.8 présente la
composition en monnaie
80 de la dette publique pour
Pourcentage du PIB
L’accumulation de la dette s’est accélérée dans les différents types de groupes de pays
emprunteurs dans la région. Comme l’illustre la figure 2.2, la composition de la dette publique
en Afrique subsaharienne a évolué. Les emprunteurs gros et moyens ont modifié la composition
de l’encours de leur dette extérieure PGE après la crise financière mondiale, tandis que les petits
emprunteurs ont réduit le montant des dettes contractées auprès des créanciers bilatéraux
90 > A F R I C A’ S P U L S E
PGE (figure 2.9). Par exemple, les emprunteurs moyens ont augmenté la part des émissions
d’obligations dans l’encours de leur dette extérieure PGE après la crise mondiale, et ils ont réduit
la part de la dette bilatérale et multilatérale PGE dans l’encours de leur dette extérieure PGE. Le
montant de la dette contractée sous forme d’obligations est passé de 4,1 % du PIB en 2009 à
13,1 % du PIB en 2018 pour les emprunteurs moyens. Les gros emprunteurs ont augmenté le
montant de leur dette envers les créanciers privés (banques commerciales PGE et obligations PGE)
ainsi que leur dette envers les créanciers bilatéraux et multilatéraux PGE. Notamment, l’encours
de la dette bilatérale PGE des gros emprunteurs est passé de 8,9 % du PIB en 2009 à 16,7 % du
PIB en 2018, tandis que les obligations PGE ont bondi de 0,7 % du PIB en 2009 à 5,8 % du PIB
en 2018. Dans le cas des petits emprunteurs, la composition de la dette publique extérieure est
passée de la dette bilatérale PGE aux obligations PGE. Le montant dû par les petits emprunteurs
à des gouvernements étrangers a diminué, passant de 4,9 % du PIB en 2009 à 2,1 % du PIB en
2018, tandis que le montant emprunté auprès de détenteurs d’obligations a augmenté, passant de
0,4 % du PIB en 2009 à 2,9 % du PIB en 2018. Cette évolution se traduit également par un service
de la dette contractée sous forme d’obligations plus important — qui est passé de 0,1 % des
exportations en 2011 à 1,1 % des exportations en 2017 (figure 2.10).
FIGURE 2.9 : Dette extérieure publique et garantie par l’État en Afrique subsaharienne, par type d’emprunteur (% du PIB) Les profils
extérieurs publics
A. Petits emprunteurs B. Emprunteurs moyens C. Gros emprunteurs varient entre les
90 90 90 trois groupes de
80 80 80
pays emprunteurs
70 70 70
dans la région.
Pourcentage du PIB
Pourcentage du PIB
Pourcentage du PIB
60 60 60
50 50 50
40 40 40
30 30 30
20 20 20
10 10 10
0 0 0
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
PGE bilatérale PGE multilatérale Obligations PGE PGE envers les banques commerciales PGE envers les autres créanciers privés
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale
Note : Les chiffres des groupes de pays sont des moyennes pondérées en fonction du PIB. PIB = produit intérieur brut ; PGE = public et garanti par l’État.
FIGURE 2.10 : Service de la dette extérieure publique et garantie par l’État en Afrique Le service de la
subsaharienne, par type d’emprunteur (% des exportations) dette a enregistré
une augmentation
A. Petits emprunteurs B. Emprunteurs moyens C. Gros emprunteurs
14 20 dans tous les
20
18 18 groupes de pays
12
Pourcentage des exportations
16 16 emprunteurs.
10 14 14
8 12 12
10 10
6
8 8
4 6 6
4 4
2
2 2
0 0 0
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
PGE bilatérale PGE multilatérale Obligations PGE PGE envers les banques commerciales PGE envers les autres créanciers privés
A F R I C A’ S P U L S E > 91
Un examen plus approfondi de la composition de la dette publique montre une augmentation
rapide du crédit accordé par les acteurs émergents aux nations africaines sur les marchés
internationaux du crédit — en particulier, en faisant une distinction entre les gouvernements
membres du club de Paris de ceux qui ne le sont pas. L’encours de la dette extérieure PGE
envers les gouvernements non membres du club de Paris a augmenté depuis 2012 pour les trois
catégories d’emprunteurs africains — bien qu’à des rythmes différents (figure 2.11). Par exemple,
la dette extérieure PGE envers les gouvernements non membres du club de Paris est passée de
0,9 % du PIB en 2012 à 1,8 % du PIB en 2018 pour les petits emprunteurs, tandis qu’elle est passée
de 5,8 % du PIB en 2012 à 12,3 % du PIB en 2018 pour les gros emprunteurs. Cette conclusion
souligne les constatations de la figure 2.9 selon lesquelles la dette bilatérale PGE a augmenté en
même temps que la dette PGE due aux créanciers privés (obligations et banques commerciales)
depuis 2012 pour les petits, moyens et gros emprunteurs (figure 2.11). Comme prévu, les gros
emprunteurs ont augmenté le service de leur dette extérieure envers les gouvernements non
membres du club de Paris depuis 2011 (figure 2.12). En revanche, les emprunteurs moyens ont
Les emprunts FIGURE 2.11 : Encours de la dette extérieure publique et garantie par l’État, par type d’emprunteur, 2010-2018
contractés auprès (% du PIB)
de gouvernements A. Petits emprunteurs B. Emprunteurs moyens C. Gros emprunteurs
non-membres 16 40 45
du club de Paris 14 35 40
ont fortement 12 30 35
augmenté chez les 30
10 25
gros emprunteurs, 25
8 20
tandis que les 20
dettes contractées 6 15 15
auprès de créanciers 4 10 10
privés sont 2 5 5
importantes chez 0 0 0
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
les emprunteurs
moyens.
Multilatérale Membres du club de Paris Non membres du club de Paris Obligations Commerciale Autres
Le service FIGURE 2.12 : Service de la dette extérieure PGE par niveau d’endettement, 2010-2018 (% du PIB)
de la dette a
considérablement A. Petits emprunteurs B. Emprunteurs moyens C. Gros emprunteurs
augmenté, 9 3 14
notamment envers 8
12
les créanciers 7
privés chez les 6 10
2
petits emprunteurs 5 8
et envers les 4 6
gouvernements non 3 1
membres du club 4
2
de Paris chez les 1 2
gros emprunteurs. 0 0
0
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
Multilatérale Membres du club de Paris Non membres du club de Paris Obligations Commerciale Autres
Source : Banque mondiale.
Note : Les chiffres des groupes de pays sont des moyennes pondérées en fonction du PIB. PIB = produit intérieur brut.
92 > A F R I C A’ S P U L S E
augmenté le service de leur dette envers les gouvernements non membres du club de Paris, les
banques commerciales et les créanciers multilatéraux depuis 2012. Le service de leur dette envers
les détenteurs d’obligations a augmenté de manière plus significative depuis 2015. Dans le cas
des petits emprunteurs, le service de la dette envers les banques commerciales et les détenteurs
d’obligations a augmenté depuis 2012.
FIGURE 2.13 : Croissance, investissement et efficacité de l’investissement, par type d’emprunteur (moyenne 2013-2019) Les petits
emprunteurs
Croissance du PIB réel Investissement national Efficacité de l'investissement investissent
4.0 40 20 efficacement
3.5 35 18 et réalisent des
16
3.0 30 rendements
Pourcentage du PIB
14
2.5 25 supérieurs
Pourcentage
Pourcentage
12
2.0 20 10 dans l’activité
1.5 15 8 économique.
6
1.0 10
4
0.5 5 2
0 0 0
Petits Emprunteurs Gros Afrique Petits Emprunteurs Gros Afrique Petits Emprunteurs Gros Afrique
emprunteurs moyens emprunteurs sub- emprunteurs moyens emprunteurs sub- emprunteurs moyens emprunteurs sub-
saharienne saharienne saharienne
A F R I C A’ S P U L S E > 93
Les taux de croissance annuels moyens de l’investissement, des importations et des exportations
sont, par exemple, les plus élevés pour les petits emprunteurs (6,7 %, 4,7 % et 5,2 % respectivement),
comme le montre la figure 2.14. Parallèlement, les petits emprunteurs enregistrent le plus faible
taux de croissance de la consommation publique (c’est-à-dire une contraction de la consommation
publique qui est négative), et les emprunteurs moyens semblent emprunter pour financer une
plus forte croissance de la consommation publique. Les gros emprunteurs affichent la plus faible
croissance de l’investissement, des importations et des exportations, tandis que la croissance de leur
consommation privée est plus élevée que celle des autres groupes d’emprunteurs. L’évolution de la
croissance de l’investissement s’est ralentie chez les petits, moyens et gros emprunteurs avant 2017,
et la croissance de l’investissement des gros emprunteurs s’est contractée en raison de la chute
drastique des prix du pétrole en 2014 (figure 2.15).
La croissance des FIGURE 2.14 : Croissance de la demande globale, par type d’emprunteur (taux annuel moyen, 2013-2019)
investissements
est la plus élevée Croissance de la consommation privée Croissance de la consommation publique Croissance de l'investissement
parmi les petits 4.5 3.0 8.0
emprunteurs, tandis 4.0 2.0 7.0
qu’elle est la plus 3.5 6.0
1.0
faible parmi les gros 3.0 5.0
Pourcentage
Pourcentage
Pourcentage
2.5 0.0
emprunteurs. Ce 4.0
dernier groupe de 2.0 -1.0
3.0
pays enregistre le 1.5
-2.0 2.0
taux de croissance 1.0
0.5 -3.0 1.0
de la consommation
0 -4.0 0
privée le plus élevé. Petits Emprunteurs Gros Afrique Petits Emprunteurs Gros Afrique Petits Emprunteurs Gros Afrique
emprunteurs moyens emprunteurs sub- emprunteurs moyens emprunteurs sub- emprunteurs moyens emprunteurs sub-
saharienne saharienne saharienne
Croissance des importations Croissance des exportations
5.0 6.0
4.5
5.0
4.0
3.5 4.0
Pourcentage
Pourcentage
3.0
2.5 3.0
2.0
2.0
1.5
1.0 1.0
0.5
0 0
Petits Emprunteurs Gros Afrique Petits Emprunteurs Gros Afrique
emprunteurs moyens emprunteurs sub- emprunteurs moyens emprunteurs sub-
saharienne saharienne
94 > A F R I C A’ S P U L S E
La gestion macroéconomique
est plus efficace dans des FIGURE 2.15 : Croissance de l’investissement au cours de la période La croissance des
2013-2019, par type d’emprunteur (%) investissements
contextes dotés d’institutions
s’est ralentie chez
de meilleure qualité, ce qui 14
les petits, moyens
accentue l’importance de faire
12 et gros emprunteurs
progresser parallèlement la en raison de la
politique macroéconomique et 10 chute des prix des
les réformes institutionnelles. matières premières.
La figure 2.16 montre la qualité 8
moyenne des politiques et
des institutions des petits, 6
moyens et gros emprunteurs en 4
Afrique subsaharienne (Banque
mondiale 2020). En moyenne, les 2
emprunteurs moyens présentent
la meilleure qualité des politiques 0
et des institutions (telle que
-2
mesurée par les notes globales de
l’Évaluation des politiques et des Petits emprunteurs Emprunteurs moyens Gros emprunteurs Afrique subsaharienne
institutions nationales [CPIA]) de 2013-14 2015-17 2018-19
2016 à 2018, tandis que les notes
de la CPIA ont progressivement Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale
Note : Les chiffres des groupes de pays sont des moyennes pondérées en fonction du PIB. PIB =
baissé pour les petits et gros produit intérieur brut.
emprunteurs après la forte chute
des prix des matières premières
au cours de la période 2014-2015. En ce qui concerne la qualité des politiques macroéconomiques
(groupe de la gestion économique de la CPIA), les emprunteurs moyens affichent toujours les
meilleures notes au cours de la période 2016-2018, tandis que les petits et les gros emprunteurs
connaissent une tendance à la baisse depuis 2013. Cette tendance à la baisse est principalement
attribuée à l’évolution de la note de la CPIA sur la qualité de la politique budgétaire. Cependant,
les petits emprunteurs ont la meilleure note de la catégorie Politique de la dette de la CPIA, tandis
que les gros emprunteurs enregistrent la note la plus faible. Des politiques budgétaires efficaces
nécessitent des institutions fortes en matière de gestion budgétaire et des finances publiques. La
qualité des institutions budgétaires est donc meilleure dans les emprunteurs moyens que dans les
A F R I C A’ S P U L S E > 95
petits et gros emprunteurs. En ce qui concerne les notes en matière de transparence, redevabilité
et corruption dans le secteur public, les petits emprunteurs ont tendance à obtenir de meilleures
notes que les autres groupes de la région, tandis que les gros emprunteurs voient leurs notes se
détériorer depuis 2012. Ainsi, les emprunteurs moyens disposent de politiques et d’institutions
de meilleure qualité, en particulier dans les domaines de la gestion macroéconomique et de la
transparence, redevabilité et corruption dans le secteur public.
Les emprunteurs FIGURE 2.16 : Qualité des politiques et des institutions en Afrique subsaharienne, par type d’emprunteur
moyens affichent
de meilleures A. Note globale de la CPIA B. Groupe de la gestion économique de la CPIA
3.6 4.3
pratiques en
matière de gestion 3.5 4.1
des risques. 3.4 3.9
3.3
3.7
CPIA score
CPIA score
3.2
3.5
3.1
3.3
3.0
2.9 3.1
2.8 2.9
2.7 2.7
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
CPIA score
3.5
3.3 3.3
3.1
2.8
2.9
2.7 2.3
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
3.3 2.8
CPIA score
CPIA score
2.7
3.1
2.6
2.9
2.5
2.7 2.4
2.5 2.3
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
96 > A F R I C A’ S P U L S E
TABLEAU 2A : Service de la dette extérieure PGP par type de créancier, 2018 (en millions d’USD)
A F R I C A’ S P U L S E > 97
Annexe A : Groupes de pays et cartographie
TABLEAU A.1 : Groupes de pays/régions proposés et principaux canaux de transmission
A F R I C A’ S P U L S E > 99
Secteurs proposés Secteurs GTAP
Ressources naturelles Charbon
Minéraux n. c.a.
Pétrole, gaz et pétrole raffiné Pétrole
Gaz
Produits dérivés du pétrole et du charbon
Manufacture peu qualifiée Produits de viande bovine
Produits carnés n. c. a
Huiles et graisses végétales
Produits laitiers
Riz transformé
Sucre
Produits alimentaires n. c.a.
Boissons et produits du tabac
Textile
Habillement
Produits en cuir
Produits ligneux
Produits minéraux n. c. a
Métaux ferreux
Métaux n. c. a
Produits métalliques
Produits manufacturés n. c.a.
Manufacture hautement qualifiée Produits en papier, édition
Produits chimiques, caoutchouc, produits plastiques
Véhicules motorisés et pièces
Équipement de transport n. c. a
Matériel électronique
Machines et équipements n. c. a
Voyages Transport aérien
Hôtellerie et restauration (tourisme) Commerce
Logement
Divertissement et autres services
Services peu qualifiés Électricité
Production et distribution du gaz
Eau
Construction
Transport n. c. a
Transport maritime
Logement
Services hautement qualifiés Communication
Services financiers n. c. a
Assurance
Services aux entreprises n. c. a
Services publics Administration publique, défense, éducation, santé
100 > A F R I C A’ S P U L S E
Annexe B : Principaux indicateurs pour le seuil
de référence No-COVID
TABLEAU B.1 : PIB et principaux indicateurs macro-économiques
(la première ligne représente la croissance du PIB de chaque pays, en %)
A F R I C A’ S P U L S E > 101
2015 2020 2025 2030
Tchad 4,2 4,2 6,0 6,2
Investissements 3,0 2,9 4,6 4,7
Exportations 4,7 4,8 6,6 6,4
Importations 3,8 4,3 5,4 5,2
Tanzanie 6,4 7,2 7,3 6,8
Investissements 3,9 4,3 4,0 2,9
Exportations 9,6 9,0 8,5 7,5
Importations 4,6 4,9 5,1 4,8
Reste de l’Afrique 4,3 5,3 4,8 4,3
Investissements 3,1 4,0 3,4 2,9
Exportations 4,6 5,5 4,9 4,3
Importations 3,4 4,2 4,0 3,6
Afrique du Sud 4,1 4,4 3,8 3,3
Investissements 4,1 4,3 3,7 3,3
Exportations 4,1 4,3 3,8 3,3
Importations 4,1 4,2 3,7 3,2
TABLEAU B.2 : Part des exportations pétrolières, minières et touristiques dans le total des exportations (%)
102 > A F R I C A’ S P U L S E
2011 2020 2030
Maurice 3 3 3
Pétrole 0 0 0
Exploitation minière 0 0 0
Tourisme 3 3 3
Nigéria 94 58 57
Pétrole 94 56 57
Exploitation minière 0 0 0
Tourisme 0 1 1
Rwanda 61 49 49
Pétrole 43 31 33
Exploitation minière 16 15 13
Tourisme 2 2 3
Sénégal 8 7 6
Pétrole 3 2 2
Exploitation minière 3 3 3
Tourisme 2 2 2
Tchad 85 81 76
Pétrole 81 76 71
Exploitation minière 0 0 0
Tourisme 4 5 5
Tanzanie 14 15 10
Pétrole 0 0 0
Exploitation minière 9 9 4
Tourisme 6 5 6
Reste de l’Afrique 48 41 40
Pétrole 40 33 33
Exploitation minière 6 7 6
Tourisme 2 2 2
Afrique du Sud 25 26 26
Pétrole 3 3 3
Exploitation minière 19 20 20
Tourisme 3 3 3
Reste du monde 15 16 16
Pétrole 10 11 10
Exploitation minière 2 2 2
Tourisme 3 3 3
TABLEAU B.3 : Part des exportations pétrolières, minières et touristiques vers la Chine, l’Union européenne
et les États-Unis dans le total des exportations (%)
A F R I C A’ S P U L S E > 103
2011 2020 2030
Gabon 71 72 72
Pétrole 71 72 72
Exploitation minière 70 72 72
Tourisme 59 60 60
Ghana 62 61 61
Pétrole 60 58 59
Exploitation minière 76 79 78
Tourisme 58 57 55
Guinée 54 46 42
Pétrole 0 0 0
Exploitation minière 74 74 67
Tourisme 39 36 33
Kenya 30 32 30
Pétrole 19 17 13
Exploitation minière 38 43 40
Tourisme 40 38 36
Madagascar 53 51 49
Pétrole 52 46 46
Exploitation minière 57 62 61
Tourisme 61 63 64
Maurice 63 63 64
Pétrole 43 35 30
Exploitation minière 42 41 37
Tourisme 63 64 64
Nigeria 50 44 42
Pétrole 50 44 42
Exploitation minière 64 69 69
Tourisme 35 33 32
Rwanda 51 50 50
Pétrole 52 50 50
Exploitation minière 46 49 48
Tourisme 62 63 64
Sénégal 41 41 39
Pétrole 11 9 8
Exploitation minière 56 51 46
Tourisme 60 59 57
Tchad 71 71 72
Pétrole 71 72 73
Exploitation minière 30 30 31
Tourisme 59 59 59
Tanzanie 68 67 64
Pétrole 4 4 3
Exploitation minière 73 73 73
Tourisme 60 58 56
Reste de l’Afrique 73 70 69
Pétrole 75 73 71
Exploitation minière 60 61 60
Tourisme 59 58 57
Afrique du Sud 52 56 56
Pétrole 16 12 12
Exploitation minière 56 61 60
Tourisme 62 63 65
Reste du monde 75 76 76
Pétrole 79 80 78
Exploitation minière 77 80 80
Tourisme 58 61 64
104 > A F R I C A’ S P U L S E
TABLEAU B.4 : Indice de préparation (%)
A F R I C A’ S P U L S E > 105
Annexe C : Bilan des mesures budgétaires, monétaires et
macro-financières prises dans les pays d’Afrique subsaharienne
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Angola Le gouvernement travaille sur un ensemble de mesures Aucune mesure (instruments de politique monétaire inchangés La banque centrale au-
pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses retombées depuis le quatrième trimestre 2019). torise un taux de change
économiques. de compensation du
marché lors des enchères
de devises.
Bénin Les autorités ont utilisé 17 millions de dollars (0,1 % du PIB) Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
pour des mesures d’atténuation et de prévention. États de l’Afrique de l’Ouest) :
(i) l’apport de 340 milliards de FCFA de liquidités supplémentaires
pour porter le total des liquidités mises à la disposition des
banques à 4 750 milliards de FCFA ;
(ii) l’extension du dispositif de garantie pour accéder au refinan-
cement de la BCEAO pour inclure 1 050 milliards de FCFA de prêts
bancaires à 1 700 entreprises privées préqualifiées ;
(iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement.
(iv) l’allocation de 25 milliards de FCFA au fonds fiduciaire de la
Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour les dé-
penses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(v) communication sur le programme spécial de refinancement
des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettrices de
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Botswana Les autorités s’activent pour approuver un budget de Aucune mesure. Aucune mesure. La
500 millions de pesos (25 % du PIB). banque centrale main-
tient une parité à cré-
maillère par rapport à un
panier de devises.
Burkina Faso Le gouvernement évalue actuellement les mesures fiscales Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
anticycliques potentielles pour faire face aux impacts États de l’Afrique de l’Ouest) :
socio-économiques. Un plan d’intervention d’urgence (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
pour le secteur de la santé comprend le renforcement des
capacités humaines et techniques des hôpitaux publics, (ii) l’extension du cadre des garanties ;
l’augmentation du nombre de lits d’hôpitaux disponibles, (iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
le développement des capacités de dépistage et l’achat de soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
fournitures médicales pour faciliter la mise en œuvre des
mesures d’hygiène. (iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(v) communication sur le programme spécial de refinancement
des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) la fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
106 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Burundi Aucune mesure. Aucune mesure. Aucune mesure. Le Bu-
rundi s’est engagé dans
des pratiques monétaires
multiples, avec un taux
de change du marché
parallèle qui est considé-
rablement plus déprécié
que le taux de change
officiel.
Cabo Verde Les mesures comprennent : Aucune mesure. Aucune mesure.
(i) des garanties de prêts jusqu’à 50 % pour les grandes
entreprises (1 milliard de CVE, environ 9 millions d’euros)
(ii) — jusqu’à 80 % pour les entreprises des secteurs du
tourisme et des transports (1 milliard de CVE)
(iii) — jusqu’à 100 % pour les petites et moyennes entre-
prises (300 millions CVE, 2,7 millions d’euros) et pour les
microentreprises (700 millions CVE, environ 6,7 millions
d’euros)
(iv) un règlement plus rapide des factures et des rembourse-
ments de TVA
v) la prolongation de la période de paiement de l’impôt
vi) le paiement échelonné de la TVA et des autres impôts
retenus à la source
vii) l’exonération des cotisations à la Caisse de sécurité
sociale
(viii) le financement d’un plan d’urgence à hauteur de
76 millions de CVE par la réaffectation de crédits budgétaires
pour le personnel et le matériel médical
Cameroun Le plan de préparation et d’intervention des autorités pour Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
les dépenses de santé liées au COVID-19 représente 6,5 mil- (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
liards de francs CFA (soit 11 millions de dollars US ou 0,1 % 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
du PIB). (ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
conditions habituelles.
(iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
sements de crédit.
Le gouvernement du Cameroun a adopté un plan national de
préparation et d’intervention COVID-19 d’un montant de 11 mil-
lions de dollars américains, principalement consacré à l’achat
d’équipements médicaux, à une réhabilitation de base des instal-
lations sanitaires, à une assistance technique et des formations.
Le gouvernement travaillera au cours du mois d’avril pour finaliser
son plan d’intervention qui s’articule autour de trois piliers :
(i) les interventions sanitaires/médicales ;
(ii) le soutien au secteur privé et
(iii) les mesures sociales.
A F R I C A’ S P U L S E > 107
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
République SIDP2, 50 millions de dollars (IDA19) sont prévus pour le Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
centrafricaine Conseil début juillet 2020. Les mesures politiques prises dans (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
le cadre du programme, qui ont toutes été respectées, ont 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
renforcé la position du gouvernement pour répondre à la
crise (par exemple, soins de santé gratuits ciblés, protection (ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
sociale, amélioration de la gestion budgétaire et de l’ad- satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
ministration douanière). Le gouvernement a demandé de conditions habituelles.
manière informelle de concentrer les ressources de l’IDA19 (iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
pour financer et débourser rapidement le CSIDP2. Le gou- remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
vernement va mettre en œuvre un plan de réponse pour le sements de crédit.
secteur de la santé dont le coût estz estimé à 27 milliards de
FCFA ou 1,9 % du PIB (avec l’OMS). Ce plan vise à :
(i) fournir des soins médicaux pour les cas confirmés ;
(ii) améliorer la surveillance des points d’entrée du pays ; et
(iii) renforcer les capacités du personnel médical, des labora-
toires et des hôpitaux.
Le déficit budgétaire résultant du COVID-19 est estimé à
70 millions de dollars, sur la base d’une hypothèse de durée
de la crise de 4 mois. Ce déficit sera financé comme suit :
(i) 25 millions de dollars comme financement supplémen-
taire au CSIDP1, soit un complément de 25 % du montant
initial.
(ii) 30 millions de dollars provenant d’une facilité de crédit
rapide du FMI ;
(iii) le reste sera couvert par la BAD, l’UE et/ou un plan de
relance de la CEMAC.
Tchad Il est estimé que 15 milliards de francs CFA (0,3 % du PIB non Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
pétrolier) de mesures fiscales ont été approuvés et sont en (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
cours d’application. Les mesures clés comprennent : 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
(i) une formation du personnel médical et technique,
(ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
(ii) l’achat de l’équipement médical nécessaire, satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
(iii) la construction de sept centres de santé dans des régions conditions habituelles.
éloignées, (iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
(iv) la construction de trois hôpitaux mobiles, et remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
(v) la gestion sécurisée des points d’entrée. sements de crédit.
108 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
République Le FMI estime à 400 millions de dollars le déficit budgétaire La banque centrale (BCC) a reporté l’adoption de nouvelles exi- Aucune mesure.
démocratique supplémentaire de 2020 lié au COVID-19. En raison de la gences minimales de fonds propres, encouragé la restructuration
du Congo forte dépendance vis-à-vis du commerce (les exportations des prêts non performants, annoncé des mesures visant à réduire
représentent environ 30 % du PIB et environ 40 % des les risques de contamination et à promouvoir l’utilisation des paie-
exportations vers la Chine), un espace fiscal étroit souf- ments électroniques. Pour faciliter la liquidité, la BCC a annoncé :
frira des conséquences de la pandémie et augmentera la (i) une réduction du taux directeur de 150 points de base à 7,5 % ;
vulnérabilité extérieure du pays. Le ralentissement de la (ii) la suppression des réserves obligatoires sur les dépôts à vue en
croissance aura également un impact négatif sur la pauvreté, monnaie locale ; et
et une augmentation des dépenses publiques en réponse à
la pandémie pourrait compromettre la capacité déjà faible (iii) l’extension de la durée des prêts de liquidité d’urgence à
du gouvernement à financer les programmes de dépenses 24 mois au maximum.
sociales.
Un plan national de préparation et d’intervention (130 mil-
lions de dollars, soit 0,3 % du PIB) est en cours de finalisa-
tion et porte sur des actions visant à :
(i) renforcer la détection précoce et favoriser la coordination
technique et opérationnelle au sein du gouvernement ;
(ii) améliorer la qualité des soins médicaux aux patients
infectés ; et
(iii) développer des stratégies de communication préventive
efficaces et améliorer les plateformes logistiques médicales.
République du Le coût global du plan de réponse à l’épidémie de COVID 19 a Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
Congo été estimé à 35 millions de dollars américains. Le gouverne- (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
ment a mis 1,4 million de dollars américains à la disposition 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
du ministère de la santé. (ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
conditions habituelles.
(iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
sements de crédit
Côte d’Ivoire Le gouvernement travaille sur un plan d’intervention d’ur- Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
gence de 96 milliards de francs CFA (soit 0,3 % du PIB) qui va États de l’Afrique de l’Ouest) :
(i) fournir des soins gratuits aux personnes infectées et (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
équiper les unités de soins intensifs ; (ii) l’extension du cadre des garanties ;
(ii) renforcer la surveillance épidémiologique et biologique (iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
(dépistage des virus ; création d’un centre d’appel gratuit, soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
réhabilitation et équipement des laboratoires) ; (iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(iii) renforcer les capacités des industries pharmaceutiques (v) communication sur le programme spécial de refinancement
et financer la recherche sur le virus. des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) la fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
A F R I C A’ S P U L S E > 109
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Guinée équa- Le gouvernement a déployé un premier plan de dépenses de Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
toriale santé (0,07 % du PIB) axé principalement sur la prévention. (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
Ce plan a permis de mettre en place un système de première 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
intervention, des installations de quarantaine pour les
voyageurs entrants, ainsi que des installations pour les tests (ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
de laboratoire. À la lumière des récentes baisses du prix du satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
pétrole, le gouvernement envisage de ralentir l’exécution des conditions habituelles.
dépenses non prioritaires ainsi que de poursuivre la mise en (iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
œuvre des plans visant à renforcer l’administration fiscale. remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
Le gouvernement a créé un Fonds national d’urgence CO- sements de crédit
VID-19 qui a déjà reçu 5 milliards de francs CFA (8,6 millions
de dollars) du budget du gouvernement central. Les entre-
prises privées, les particuliers, les organisations à but non
lucratif et les autres entités sont invités à contribuer à ce
fonds.
Érythrée Aucune mesure. Aucune mesure. Aucune mesure.
Eswatini Le gouvernement a engagé un budget supplémentaire pour La Banque centrale d’Eswatini a : Le taux de change s’est
la santé publique d’un montant de 100 millions d’euros, soit (i) réduit le taux d’actualisation de 100 points de base pour le déprécié de 17 % cette
0,14 % du PIB, qui est toujours en attente d’approbation au ramener à 5,5 % ; année, mais aucune
Parlement. Les dépenses récurrentes peu prioritaires seront mesure n’a été prise.
réorientées vers les infrastructures de santé. Parmi les me- (ii) réduit de 1 point de pourcentage le taux de réserves obliga-
sures fiscales visant à atténuer l’impact du virus, citons : toires, le ramenant à 5 % ;
(i) les contribuables qui prévoient des pertes produiront des (iii) réduit l’exigence de liquidité à 20 % (de 25 %) pour les
déclarations provisoires de pertes et aucun paiement ne sera banques commerciales et à 18 % (de 22 %) pour la banque de
exigé ; développement.
(ii) prolongation des délais de production des déclarations
de 3 mois avant l’application des pénalités ;
(iii) des modalités de paiement pour les contribuables
confrontés à des problèmes de trésorerie ; et
(iv) renonciation aux pénalités et aux intérêts pour les dettes
fiscales plus anciennes si le principal est apuré avant la fin du
mois de septembre.
Éthiopie L’Éthiopie a annoncé une enveloppe de 5 milliards de birr Aucune mesure. Aucune mesure.
(154 millions de dollars, soit 0,15 % du PIB) pour renforcer
les soins de santé. En outre, le gouvernement a annoncé des
exonérations fiscales et un accès préférentiel aux devises
pour les produits importés nécessaires à la prévention et au
confinement. La NBE va mettre à disposition 15 milliards de
birr de liquidités pour soutenir les banques privées, afin de
leur permettre d’alléger la dette et de refinancer les clients
dans le besoin. En outre, les limites de la banque mobile à la
Commercial Bank of Ethiopie seront augmentées. Enfin, le
ministère du commerce et de l’industrie continuera à ren-
forcer les mesures visant à garantir l’approvisionnement en
biens essentiels et à atténuer les hausses de prix.
110 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Gabon Le gouvernement a agi sur plusieurs fronts : Les mesures de la BEAC comprennent : Aucune mesure.
(i) la création d’un fonds de 4 milliards de FCFA, soit environ (i) une augmentation des « injections de liquidités » de 400 à
2 millions de dollars américains, pour lutter contre la pro- 800 millions de dollars (240 à 500 milliards de francs CFA)
pagation du COVID-19. Les projections actuelles des autori- (ii) les banques ayant des besoins de financement pourront
tés envisagent le contrôle des dépenses non prioritaires et la satisfaire leurs demandes à la facilité de prêt marginal dans les
réorientation des économies (17 milliards de FCFA ; 0,2 % du conditions habituelles.
PIB) vers les dépenses liées au COVID-19. (iii) de nouveaux délais accordés aux pays de la CEMAC pour le
(ii) La préparation d’un plan d’urgence pour soutenir le remboursement de leurs titres de créance détenus par les établis-
secteur de la santé et d’un plan d’action pour limiter l’impact sements de crédit
négatif de la crise sur l’économie.
(iii) Une réponse rapide (avec l’OMS) appelée « Plan de
préparation et de réponse aux urgences COVID-19 » (PRPE)
d’un montant de 723 000 dollars pour les besoins immédiats
liés à la santé.
(iv) En coordination avec le FMI, le gouvernement a préparé
une loi de finances pour tenir compte du nouveau contexte
macro-fiscal et a induit des dépenses publiques supplé-
mentaires. Le déficit de financement est estimé à environ
470 millions de dollars. La réponse rapide du FMI, dont la
date du Conseil d’administration est prévue pour le 8 avril,
couvrirait 150 millions de dollars américains, ce qui laisse
320 millions de dollars à couvrir.
Ghana Le gouvernement a engagé 100 millions de dollars pour sou- Le comité de politique monétaire (CPM) a réduit le taux directeur Aucune mesure.
tenir la préparation et la réponse. Des fonds supplémentaires de 150 points de base à 14,5 % et a annoncé plusieurs mesures
ont été affectés à la disponibilité de kits de test, de produits pour atténuer l’impact du choc de la pandémie, notamment :
pharmaceutiques, d’équipements et de lits. (i) l’abaissement de 10 à 8 % de l’exigence de réserve primaire,
(ii) l’abaissement de 3 à 1,5 % de la marge de conservation du
capital,
(iii) la révision des règles d’approvisionnement et de classification
pour des catégories de prêts spécifiques, et
(iV) des mesures visant à faciliter et à réduire le coût des paie-
ments mobiles.
Guinée Un plan national de préparation et d’intervention d’urgence Aucune mesure. Aucune mesure.
pour une épidémie de COVID-19 a été préparé, avec le sou-
tien des partenaires internationaux au développement. Les
mesures clés sont axées sur :
(i) le renforcement de la surveillance aux points d’entrée ;
(ii) le renforcement des capacités de détection du COVID-19 ;
(iii) l’augmentation du nombre de centres de quarantaine ;
(iv) l’extension des installations de traitement et l’acquisition
des équipements médicaux nécessaires ; et
(iv) une campagne de communication.
A F R I C A’ S P U L S E > 111
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Guinée-Bissau Aucune mesure. Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
États de l’Afrique de l’Ouest) :
(i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
(ii) l’extension du cadre des garanties ;
(iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
(iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(v) communication sur le programme spécial de refinancement
des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Kenya Le gouvernement a affecté des fonds à des dépenses de La banque centrale : Aucune mesure.
santé supplémentaires, notamment pour améliorer la sur- (i) a réduit son taux directeur de 100 points de base pour le rame-
veillance, les services de laboratoire, les unités d’isolement, ner à 7,25 ;
les équipements, les fournitures et les communications. Le
gouvernement a également prévu des fonds pour accélérer (ii) a réduit le ratio des réserves de liquidités des banques de
le paiement des obligations existantes afin de maintenir la 100 points de base, pour le ramener à 4,25 % ;
trésorerie des entreprises pendant la crise. Étant donné la (iii) a augmenté la durée maximale des accords de mise en pen-
baisse des recettes due à la diminution de l’activité écono- sion de 28 à 91 jours et
mique et la nécessité de faire face aux dépenses d’urgence,
le gouvernement réévalue actuellement l’objectif du déficit (iv) a annoncé une flexibilité aux banques en matière de classifica-
budgétaire pour l’exercice 2019/20. tion des prêts et d’approvisionnement des prêts ;
(v) a encouragé les banques à assouplir les conditions de prêt des
emprunteurs en fonction des circonstances liées à la pandémie ;
(vi) a encouragé la suppression ou la réduction des frais sur les
transactions d’argent mobile afin de décourager l’utilisation
d’argent liquide.
Lesotho Le gouvernement a décidé en interne d’allouer M700 Suite à une réunion extraordinaire du Comité de politique moné- Aucune mesure.
millions (environ 40 millions de dollars) sur le budget de taire, la Banque centrale du Lesotho (CBL) a annoncé :
l’exercice 2020/21. Il identifie également des sources de (i) une augmentation du plancher cible du NIR de 630 millions de
financement pour maintenir la viabilité budgétaire et pour dollars à 660 millions de dollars, et
financer les dépenses liées au COVID-19.
(ii) une réduction de 100 points de base du taux directeur de la
CBL, qui passe de 6,25 à 5,25 %.
Liberia Les autorités ont préparé un plan de préparation du CO- Aucune mesure. Aucune mesure.
VID-19 en collaboration avec la communauté des bailleurs
de fonds. Ce projet est toujours en cours d’élaboration. À ce
jour, la Banque mondiale a approuvé un financement de
1,5 million de dollars (qui n’a pas encore été utilisé). Les
domaines de concentration du plan comprennent le soutien
aux travailleurs de la santé, l’achat et la réhabilitation des
équipements de soins de santé, l’achat de médicaments et
d’autres fournitures médicales, le déploiement de personnel
d’appoint pour les activités de recherche des contacts, les
zones frontalières, les équipes d’intervention rapide, la
formation des intervenants, la planification, les communica-
tions et le partage d’informations, la dotation en personnel
et l’équipement des laboratoires, ainsi que le soutien logis-
tique et l’approvisionnement.
112 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Madagascar En coordination avec d’autres partenaires au développe- La banque centrale a apporté son soutien à la politique monétaire Les autorités main-
ment, le pays aura un impact budgétaire négatif estimé à et a agi pour préserver la stabilité financière, en fournissant tiennent le régime de
300 millions de dollars. Il est complémentaire au RCF du FMI 180 milliards de MGA (environ 0,3 % du PIB) de liquidités supplé- taux de change flexible.
(170 millions de dollars), à l’AFD (15 millions de dollars), à la mentaires au système bancaire pour permettre aux banques de Le taux de change s’est
BAD (à confirmer), à l’UE (à confirmer). reporter les retards de paiement sur les prêts existants et d’aug- déprécié de moins de
Des mesures sont prises pour augmenter les dépenses de menter les prêts aux entreprises. 1 % depuis le mois
santé, aider les plus vulnérables, soutenir le secteur privé et dernier.
préserver la stabilité du secteur financier. Les mesures clés
comprennent :
(i) l’augmentation des dépenses consacrées à la prévention
et au contrôle des épidémies ;
(ii) des transferts en espèces et des produits de première
nécessité aux plus pauvres et aux chômeurs ; et
(iii) l’allégement fiscal, la suspension des droits de l’État et
l’exonération des cotisations sociales.
Malawi Le gouvernement a préparé un plan d’intervention de Aucune mesure. Aucune mesure.
20,8 millions de dollars US axé sur les dépenses liées au
secteur de la santé, avec :
i) des activités de préparation dans tous les piliers de la
réponse ;
ii) la mobilisation et le prépositionnement de matériel
médical, de dépistage et de prévention ;
iii) le renforcement des capacités, la formation des travail-
leurs de la santé et la mise en place de centres de traite-
ment ;
iv) la sensibilisation du public et l’engagement communau-
taire des travailleurs aux points d’entrée ; et
v) le dépistage du coronavirus.
Mali Le gouvernement a préparé un plan d’urgence pour prévenir Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
la propagation du COVID-19 et renforcer sa capacité de soins États de l’Afrique de l’Ouest) :
médicaux (avec l’OMS), pour un coût estimé à 6,3 milliards (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
de francs CFA (0,06 % du PIB). Au niveau régional, le conseil
des ministres des Finances de l’UEMOA s’est engagé à (ii) l’extension du cadre des garanties ;
prendre les mesures nécessaires pour atténuer les effets (iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
économiques négatifs du virus, bien qu’aucune mesure soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
spécifique n’ait encore été annoncée.
(iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(v) communication sur le programme spécial de refinancement
des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Mauritanie Le ministère de la Santé a préparé un plan d’intervention La banque centrale a pris une série de mesures pour soutenir le Aucune mesure.
à court terme de 10 millions de dollars (0,13 % du PIB) financement de l’économie, notamment : une réduction du taux
pour contenir la propagation du COVID-19. Ce plan prévoit directeur de 6,5 % à 5 % ; une réduction du taux de prêt marginal
l’achat de fournitures et d’équipements médicaux ainsi que de 9 % à 6,5 % ; une diminution du taux de réserves obligatoires
le recrutement de personnel médical supplémentaire. Le de 7 % à 5 %.
gouvernement devrait bientôt annoncer un vaste ensemble
de mesures visant à poursuivre la lutte contre la pandémie et
à soutenir la population et l’économie, notamment une aide
financière aux personnes et aux entreprises touchées.
A F R I C A’ S P U L S E > 113
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Maurice La réponse budgétaire de Maurice dépendra fortement du La Banque de Maurice (BOM) a réduit le taux de Key Repo de La banque centrale a
financement extérieur des partenaires au développement 3,35 % à 2,85 %. La MOB a également adopté une série de me- maintenu le régime de
(BM, FMI, AFD, BAD). Les dépenses sont également redéfi- sures axées sur les opérateurs économiques qui sont directement taux de change flexible
nies en fonction des priorités. touchés par le COVID-19, notamment : et est intervenue modes-
Les autorités ont annoncé des plans visant à augmenter les i) la réduction du taux de réserve de trésorerie de 9 % à 8 % tement sur le marché des
dépenses générales de santé publique de R 208 millions changes pour réduire la
ii) une aide spéciale de R 5 milliards (1 % du PIB) pour les entre- volatilité et fournir des
(0,04 % du PIB), dont la moitié a déjà été versée. Il existe prises touchées, qui sera administrée par les banques commer-
toute une série d’autres mesures de soutien budgétaire, dont liquidités en devises à
ciales afin de répondre aux besoins de trésorerie et de fonds de l’économie.
R 4 milliards supplémentaires (0,8 % du PIB) en dépenses/fi- roulement des opérateurs
nancement. La Société d’investissement de l’État lèvera R 2,7
milliards (0,5 % du PIB) pour effectuer des prises de partici- iii) le moratoire sur les banques commerciales prévoit un mora-
pation dans des entreprises en difficulté. Des financements toire de six mois sur le remboursement du capital pour les prêts
seront disponibles pour les PME. La Banque de développe- existants
ment de Maurice accordera R 200 millions (0,04 % du PIB) iv) l’assouplissement des lignes directrices en matière de surveil-
de crédit aux entreprises qui manquent de liquidités. Les lance pour le traitement des dépréciations de crédit
entreprises concernées bénéficieront des déductions fiscales
supplémentaires. Tous les contrats de travail qui doivent ex- v) R 5 milliards (1 % du PIB) d’obligations à 2,5 % à deux ans de la
pirer cette année sont prolongés jusqu’au 3 décembre 2020. BOM qui seront mises à la disposition des investisseurs particuliers
Le gouvernement va également introduire un programme de vi) soutien aux ménages par un moratoire de six mois sur les prêts
soutien salarial pour limiter l’impact socio-économique du aux ménages dans les banques commerciales, tandis que la MOB
COVID-19 en fournissant un soutien financier aux employés prendra en charge les intérêts des ménages aux revenus les plus
qui seraient temporairement au chômage. faibles
vii) ligne de crédit spéciale en devises étrangères (USD) (300 mil-
lions de dollars) pour cibler les opérateurs qui ont des revenus en
devises étrangères, y compris les PME
viii) un accord swap pour soutenir les entreprises axées sur l’im-
portation (montant initial de 100 millions de dollars) et
ix) la suppression des frais de guichet automatique pendant la
période de confinement national.
Mozambique Le gouvernement a augmenté l’allocation budgétaire pour Pour assouplir les conditions de liquidité, la banque centrale a Conformément au ré-
la santé, passant d’environ 2 milliards de MT (soit environ réduit les réserves obligatoires de 150 points de base pour les gime de taux de change
0,2 % du PIB) à environ 3,3 milliards de MT (0,3 % du PIB). dépôts en devises étrangères et en monnaie nationale, soit 11,5 % flexible, le métical a
En outre, le ministre des Finances a également demandé et 34,5 %, respectivement. Elle a annoncé des mesures visant à été autorisé à s’ajuster
700 millions de dollars aux partenaires pour faire face à soutenir les marchés financiers et à encourager une restructuration et s’est déprécié depuis
l’impact de la pandémie. prudente des prêts par début mars 2020.
(i) l’introduction d’une ligne de crédit en devises pour les insti-
tutions participant au marché interbancaire des changes, d’un
montant de 500 millions de dollars américains, pour une période
de neuf mois ;
(ii) la renonciation à la constitution de provisions supplémentaires
par les établissements de crédit et les sociétés financières en cas
de renégociation des termes et conditions des prêt, avant leur
échéance, pour les clients touchés par la pandémie, jusqu’au
31 décembre.
Namibie Pour aider les ménages à faire face à la baisse de leurs La banque centrale a réduit le taux directeur de 100 pb à 5,25 %. Aucune mesure.
revenus, à l’augmentation des dépenses de santé et aux
autres difficultés dues à l’apparition du virus, les mesures
comprennent une allocation de revenu d’urgence unique
(N 750 $) versée aux employés qui ont perdu leur emploi en
raison de la pandémie et de ses retombées. Pour compléter
cette mesure, le gouvernement mettra en place un système
de prêt de remboursement d’impôt pour les salariés et les
travailleurs indépendants enregistrés et imposables (PAYE)
qui ont perdu tout ou partie de leurs revenus. Enfin, ils sub-
ventionneront l’eau pendant le confinement afin de garantir
que tous les points d’eau restent ouverts.
114 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Niger Un plan d’intervention COVID-19 a été formulé, axé sur le Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
confinement et la prévention, avec un coût initial de 2,4 mil- États de l’Afrique de l’Ouest) :
lions de dollars (0,02 % du PIB). (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
(ii) l’extension du cadre des garanties ;
(iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
(iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
(v) communication sur le programme spécial de refinancement
des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Nigéria Des fonds d’urgence de 984 millions N (2,7 millions de dol- La Banque centrale du Nigéria (CBN) a maintenu son taux de Le taux de change officiel
lars) ont été débloqués pour le Centre de contrôle des mala- politique monétaire actuel en mars mais a introduit des mesures a été ajusté de 15 %,
dies du Nigéria, et un montant supplémentaire de 6,5 mil- supplémentaires, notamment : avec une unification en
liards N (18 millions de dollars) est prévu. Un plan de relance i) réduire de 9 à 5 % les taux d’intérêt sur toutes les interventionscours des différents taux
budgétaire visant à soulager les contribuables et à inciter les de la CBN applicables et introduire un moratoire d’un an sur les de change dans le cadre
employeurs à conserver et à recruter du personnel pendant facilités d’intervention de la CBN du guichet des inves-
la récession est en cours d’élaboration. Des exonérations des (ii) créer une facilité de crédit ciblée de 50 milliards N (139 millions tisseurs et exportateurs
droits à l’importation pour les entreprises pharmaceutiques de dollars) et (I&E), du Bureau de
seront introduites. Les prix réglementés des carburants ont change et des guichets
été réduits et une formule automatique de calcul du prix des (iii) une injection de liquidités de 3,6 billions (2,4 % du PIB) dans de vente au détail et en
carburants a été introduite pour garantir la suppression des le système bancaire, dont 100 milliards pour soutenir le secteur de gros. Les autorités se
subventions aux carburants. la santé, 2 billions pour le secteur manufacturier et 1,5 billion pour sont engagées à laisser
le secteur réel des industries touchées. Une « indulgence régle- le taux des investisseurs
La Banque mondiale prépare un financement supplé- mentaire » a également été introduite pour restructurer les prêts
mentaire d’environ 500 à 700 millions d’euros pour la et exportateurs évoluer
dans les secteurs touchés. en fonction des forces du
transparence et la responsabilité budgétaires de l’État afin
de fournir un financement à décaissement rapide aux États marché. Quelques so-
pour soutenir leurs budgets. Les États dépendent fortement ciétés pharmaceutiques
des transferts du Compte de la Fédération pour financer ont été identifiées pour
leur budget, et avec la chute des prix du pétrole et la baisse s’assurer qu’elles peuvent
correspondante des entrées dans le Compte de la Fédération, recevoir des fonds de
les transferts aux États devraient chuter rapidement. change et de naira.
Rwanda L’endiguement du Covid-19, y compris les investissements Pour limiter les risques d’abus de prix pendant la période de R.A.S.
immédiats dans les systèmes de santé et l’atténuation de fermeture, le gouvernement a mis en place des prix fixes sur les
l’impact social de la crise de la santé publique, nécessitera produits alimentaires dans tout le pays. Cette mesure contribue
un financement important. Selon les dernières estimations, également à stabiliser les prix des denrées alimentaires, qui ont
les besoins de financement supplémentaires du gouverne- augmenté de plus de 20 % dans tout le pays l’année dernière.
ment s’élèveront à 3,6 % du PIB dans un contexte de baisse En plus des prix fixes, le gouvernement a également plafonné la
attendue des recettes fiscales. La dette publique atteindra quantité de chaque produit qu’un individu peut acheter chaque
65 % du PIB. jour. Selon des sources sur le terrain, les Rwandais craignent égale-
ment de ne pas recevoir leur salaire normal pendant la fermeture
du pays — ce qui affecte particulièrement ceux qui vivent au jour
le jour et n’ont peut-être pas les moyens de nourrir leur famille
pendant cette fermeture.
São Tomé et La baisse de l’activité touristique à São Tomé et Príncipe, Les estimations montrent que les besoins de financement s’élè- Aucune mesure.
Príncipe due à la fermeture des frontières et à l’annulation des vols, veront à 28 millions de dollars américains en 2020. Pour l’instant,
devrait entraîner l’une des plus fortes réductions de l’activité une enveloppe de 2,5 millions de dollars a été approuvée pour la
économique en Afrique, selon les estimations de la Commis- prévention, la détection et l’intervention contre le COVID-19 et
sion économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA). pour renforcer les systèmes nationaux de préparation de la santé
Un rapport de l’UNECA montre qu’une solution possible pour publique.
le gouvernement de l’archipel est d’obtenir du Fonds moné-
taire international (FMI) un coup de pouce au programme
financier actuellement en place et une renégociation de la
dette, étant donné les graves déséquilibres de l’économie de
São Tomé et Príncipe.
A F R I C A’ S P U L S E > 115
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Sénégal Le gouvernement prévoit de mettre en place un fonds d’ur- Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
gence de 1 000 milliards de francs CFA (7 % du PIB), financé États de l’Afrique de l’Ouest) :
par un mélange de contributions de donateurs, de dons (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
volontaires du secteur privé et du budget. Le Fonds sera uti-
lisé pour soutenir les ménages et les entreprises vulnérables. (ii) l’extension du cadre des garanties ;
50 milliards de FCFA seront alloués à l’aide alimentaire d’ur- (iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
gence. Le gouvernement a l’intention d’adopter des mesures soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
fiscales, en accordant un certain allégement fiscal général et
une aide ciblée aux secteurs les plus touchés (hôtels, res- (iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
taurants, transports et culture). Un plan stratégique de lutte financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
contre le COVID-19 est mis en œuvre pour : (v) la communication sur le programme spécial de refinancement
i) renforcer les capacités de dépistage et de traitement, des crédits bancaires accordés aux PME ;
ii) renforcer les mesures préventives, et (vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
iii) intensifier la communication.
Sa mise en œuvre devrait coûter environ 70 milliards de FCFA (vii) la fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
(0,5 % du PIB). pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Seychelles Dans un scénario de base bénin, le PIB devrait se contracter La Banque centrale des Seychelles (CBS) a réduit le taux directeur Aucune mesure.
de 11 %. Pour en atténuer les effets, le gouvernement a de 100 pb à 4 %. En outre, elle a annoncé qu’une facilité de crédit
annoncé une mesure visant à subventionner les salaires des d’environ 36 millions de dollars sera mise en place pour aider
entreprises en difficulté. Les dépenses sont réorientées, et les banques commerciales à prendre des mesures de secours
le gouvernement élabore le plan de financement de cette d’urgence pour aider les entreprises et les particuliers. La CBS a
mesure de relance, qui dépendra fortement du financement également annoncé que les banques commerciales, la Banque de
extérieur des partenaires au développement (BM, FMI, développement des Seychelles (DBS) et la Seychelles Credit Union
éventuellement des donateurs bilatéraux). ont convenu d’envisager un moratoire de six mois sur le rembour-
sement du principal et des intérêts des prêts pour aider les entre-
prises des secteurs touchés. Le moratoire de six mois peut égale-
ment s’appliquer aux particuliers. Par sa communication, la CBS
a assuré qu’elle continuera à surveiller les tensions potentielles
du marché et tout risque émergent pour le secteur financier et
l’économie, et qu’elle est prête à prendre les mesures appropriées
pour garantir que le système bancaire local reste financièrement
et opérationnellement résilient pour soutenir l’économie.
Le cadre macroéconomique est adéquat puisque la dette (56 %
du PIB) est sur une trajectoire descendante constante depuis
2008/2009 grâce à la discipline budgétaire soutenue par un pro-
gramme (non déboursé) du FMI.
Sierra Leone Le gouvernement est en train d’élaborer un ensemble de La banque centrale a décidé de : La banque centrale a
mesures en termes de soutien aux entreprises : (i) réduire de 150 points de base le taux de la politique monétaire également annoncé son
(i) accorder des reports d’impôt aux importateurs et aux (principalement des signaux) de 16,5 % à 15 intention de fournir des
fabricants de biens consommés localement, estimés à 3 % (ii) créer une facilité de crédit spéciale (500 milliards de Le) pour ressources en devises
de la perte totale de recettes prévue soutenir la production, l’achat et la distribution de biens pour assurer l’importa-
(ii) fournir des facilités de prêt spéciales (en monnaie locale essentiels et tion de biens essentiels
et étrangère) aux entreprises à des taux d’intérêt préféren- (la liste des biens
(iii) étendre la période de constitution des réserves obligatoires de admissibles doit encore
tiels 14 à 28 jours pour atténuer les tensions sur les liquidités. être publiée). Le taux de
(iii) des prêts sans risque sous forme de garanties aux petites En termes de soutien aux entreprises, ces mesures comprennent : change a été autorisé à
et moyennes entreprises (PME) (i) soutenir le secteur privé pour l’importation de produits de base s’ajuster.
(iv) négocier avec les banques commerciales pour suspendre essentiels et
les intérêts des PME dans les secteurs du tourisme et ii) établir et maintenir un système de surveillance des stocks et des
(v) lancer le programme national de microcrédit prix pour les produits de base essentiels
Somalie Aucune mesure. Aucune mesure. Aucune mesure.
116 > A F R I C A’ S P U L S E
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Afrique du Sud Le gouvernement aidera les entreprises en détresse par le La banque centrale a réduit le taux directeur de 100 pb à 5,25 %. La banque centrale a
biais de la Caisse d’assurance chômage et des programmes En outre, elle a annoncé des mesures visant à assouplir les condi- annoncé qu’elle poursui-
spéciaux de la Société de développement industriel. Dans tions de liquidité en vra sa pratique de longue
le cadre du budget, les travailleurs dont le revenu est (i) augmentant à deux des appels d’offre pour pension de titres date consistant à ne pas
inférieur à un certain seuil recevront un petit paiement afin de fournir un soutien de liquidité intra-journalière aux intervenir sur le marché
mensuel au cours des quatre prochains mois. Des fonds banques de compensation au taux directeur ; des changes.
seront disponibles pour aider les PME en difficulté, princi- (ii) réduire les limites supérieure et inférieure de la facilité perma-
palement dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie. nente pour prêter au taux des pensions et emprunter au taux des
Des fonds seront également alloués à un fonds de solidarité pensions moins 200 points de base ;
pour aider à combattre la propagation du virus, qui sera
créé avec l’aide de contributions privées. Sur le plan fiscal, (iii) augmenter le volume des opérations principales de refinance-
l’administration fiscale accélérera les remboursements et les ment hebdomadaires en fonction des besoins et
crédits d’impôt et permettra aux PME de différer certaines (iv) le gouvernement a annoncé le lancement d’une approche
obligations fiscales. Les autorités ont publié des estimations unifiée pour permettre aux banques d’alléger la dette des em-
partielles du coût des mesures, qui s’élèvent jusqu’à présent prunteurs.
à 12 milliards ZAR (0,2 % du PIB). Le gouvernement travaille
sur des mesures de soutien supplémentaires qui seront
présentées au Parlement.
République du Aucune mesure. Aucune mesure. Aucune mesure.
Sud-Soudan
Soudan Le gouvernement a préparé un plan de préparation sani- Aucune mesure. Aucune mesure.
taire d’urgence multirisque guidé par l’OMS, qui identifie
les domaines prioritaires et estime le budget nécessaire
pour mener à bien ces activités. Selon le plan, les besoins
financiers pour faire face au COVID-19 s’élèvent à environ
82 millions de dollars. Jusqu’à présent, le secteur privé
national s’est engagé à verser 2 millions de dollars pour aider
le gouvernement.
Tanzanie Le gouvernement tanzanien a amélioré la préparation et Aucune mesure. Aucune mesure.
sa capacité de confinement, notamment par des mesures
visant à renforcer les capacités de détection et de surveil-
lance aux points d’entrée, tels que les aéroports et les sites
de passage des frontières, et par la formation du personnel
médical à la gestion des cas, à la communication des risques
et à l’engagement communautaire. Le plan se concentre sur
les priorités essentielles et s’élève à 77 millions de dollars.
Le gouvernement a fourni les ressources initiales pour son
financement et travaille avec les partenaires au développe-
ment pour obtenir davantage de financement.
La Gambie Les autorités ont préparé un plan d’action COVID-19 de Les conditions financières intérieures se sont resserrées, avec le Aucune mesure.
9 millions de dollars pour lequel elles recherchent un finan- rendement moyen des bons du Trésor à 364 jours, qui sont les plus
cement sous forme de dons compte tenu de la situation de utilisés, passant à 11,4 % (400 points de base de plus qu’à la fin de
la dette du pays. Le gouvernement a également réaffecté l’année 2019). Pour assouplir les conditions de liquidité, la banque
500 millions de dalasi (0,6 % du PIB) du budget actuel au centrale a réduit son taux de politique monétaire de 50 points
ministère de la Santé et à d’autres entités publiques concer- de base à 12 % à la fin février 2020 et a augmenté le taux de sa
nées afin de compléter le soutien déjà reçu des partenaires facilité de dépôt permanente de la même marge à 3 %. Elle suit
pour prévenir et contrôler la propagation de l’épidémie de également activement la situation et est en étroite communica-
COVID-19. tion avec les banques et prête à réagir à la situation si les pressions
inflationnistes le justifient. D’autres mesures sont à l’étude pour
fournir un soutien d’urgence en matière de liquidités ainsi qu’une
surveillance plus intense et plus fréquente afin de répondre à
toute préoccupation en matière de stabilité financière.
A F R I C A’ S P U L S E > 117
TAUX DE CHANGE
PAYS BUDGÉTAIRE MONÉTAIRE ET MACRO-FINANCIER
ET BDP
Togo Les autorités ont annoncé un plan d’action fortement dépen- Mesures annoncées au niveau de la BCEAO (Banque Centrale des Aucune mesure.
dant du financement des partenaires au développement. Le États de l’Afrique de l’Ouest) :
besoin de financement global est estimé à environ 70 mil- (i) la fourniture de liquidités supplémentaires aux banques ;
liards de francs CFA (environ 130 millions de dollars, soit
2 % du PIB). Les coûts immédiats et directs de ce plan sont (ii) l’extension du cadre des garanties ;
estimés à 20 milliards de francs CFA (environ 35 millions de (iii) la mise en place d’un cadre avec le système bancaire pour
dollars ou 0,6 % du PIB) avec un autofinancement de 2 mil- soutenir les entreprises ayant des difficultés de remboursement ;
liards de francs CFA. Les autorités ont également l’intention
de dépenser 50 milliards de francs CFA (environ 95 millions (iv) l’augmentation du montant des prêts concessionnels pour
de dollars, soit 1,4 % du PIB) pour améliorer les principales financer les dépenses urgentes d’investissement et d’équipement ;
infrastructures sanitaires afin de renforcer la résilience face (v) communication sur le programme spécial de refinancement
aux pandémies et aux maladies chroniques. des crédits bancaires accordés aux PME ;
(vi) l’ouverture de négociations avec les entreprises émettant de la
monnaie électronique pour encourager son utilisation ; et
(vii) fourniture d’une provision suffisante de billets de banque
pour un fonctionnement satisfaisant des GAB.
Ouganda Les autorités ont utilisé une partie de leur fonds d’urgence La Banque d’Ouganda (BoU) a publié une déclaration énumérant La Banque d’Ouganda
dans l’exercice budgétaire 2019/20 pour financer environ les mesures suivantes : a annoncé qu’elle était
1/5 du plan de préparation et d’intervention du ministère (i) l’engagement de la BoU à fournir une aide exceptionnelle à prête à intervenir sur
de la santé de janvier à juin 2020 (environ 1,3 million de la liquidité pour une période maximale d’un an aux institutions le marché des changes
dollars sur un total de 7 millions de dollars). Ils travaillent financières qui pourraient en avoir besoin ; pour réduire la volatilité
en étroite collaboration avec le secteur privé et d’autres excessive du taux de
parties prenantes et proposeront des mesures de soutien, (ii) l’assurance que les plans d’urgence des institutions financières change.
qui incluront probablement la recapitalisation de la Banque surveillées garantissent la sécurité des clients et du personnel ;
ougandaise de développement afin qu’elle puisse fournir (iii) mettre en place un mécanisme visant à réduire au minimum
des financements pour la production et la substitution des la probabilité qu’une entreprise saine se retrouve en situation
importations. L’autorité fiscale ougandaise a accordé une d’insolvabilité par manque de crédit ;
prolongation des délais de paiement des impôts. Le gouver-
nement va également augmenter les dépenses de santé et (iv) l’élimination des limitations concernant la restructuration des
mobilise un soutien extérieur. facilités de crédit dans les établissements financiers qui risquent
d’être en difficulté et
(v) collaboration avec les fournisseurs d’argent mobile et les
banques commerciales pour s’assurer qu’ils réduisent les frais
sur les transactions d’argent mobile et autres frais de paiement
numérique.
Zambie La réponse du gouvernement s’est largement concentrée Les mesures prises par le secteur financier se sont jusqu’à présent Aucune mesure.
sur les mesures d’intervention sanitaire. Ils ont mis en concentrées sur la promotion de l’argent mobile et la réduction
place un fonds de préparation aux épidémies sous l’égide des transactions en espèces, notamment l’exonération des frais
du ministère de la Santé, d’un montant de 57 millions K, pour les transactions inférieures à un certain seuil, l’assouplis-
soit environ 3,3 millions de dollars (0,02 % du PIB) et un sement des limites des transactions individuelles/quotidiennes
plan d’urgence et de réponse au COVID-19 (dont le coût est pour les particuliers, les petits agriculteurs et les entreprises, et
estimé à 659 millions K, soit environ 38 millions de dollars). la suppression des limites de transaction pour les portefeuilles
Compte tenu de la marge de manœuvre budgétaire limitée, des entreprises, ainsi que la réduction des frais de traitement des
les autorités ont introduit plusieurs mesures fiscales pour paiements interbancaires. Les autorités prévoient également de
atténuer l’impact économique et social de la crise, notam- publier une directive réglementaire visant à encourager les presta-
ment le paiement des arriérés intérieurs, l’octroi de créances taires de services financiers à soulager le secteur privé et à faciliter
de TVA sur les pièces détachées, les lubrifiants et la papeterie les prêts à long terme.
importés, la suspension des droits d’importation sur les
concentrés de cuivre dans le secteur minier et la suspension
des droits d’exportation sur les métaux précieux et la peau
de crocodile.
Zimbabwe Les besoins initiaux des autorités pour lutter contre le Retour du système multidevise. Réduction du taux directeur des Passage d’un système
COVID-19 s’élevaient à 26,4 millions de dollars, destinés banques de 35 % à 25 %. Réduction du taux de réserve statutaire de gestion des taux de
à la prévention et au contrôle de la maladie, y compris les de 5 % à 4,5 %. Augmentation de la facilité de prêt au secteur change flottants à un
campagnes de sensibilisation. privé de 1 milliard de ZW $ à 2,5 milliards. système de gestion des
taux de change fixes.
118 > A F R I C A’ S P U L S E
Appendice
APPENDICE TABLEAU 1 : Classification des pays pour l’analyse
Pays à revenu
Pays à revenu intermédiaire,
Pays à faible revenu (PFR) intermédiaire, Pays à revenu élevé
tranche inférieure (PRII)
tranche supérieure (PRIS)
Bénin Niger Angola Afrique du Sud Seychelles
Burkina Faso Ouganda Cabo Verde Botswana
Burundi République centrafricaine Cameroun Guinée équatoriale
Comores République démocratique Côte d’Ivoire Gabon
Érythrée du Congo Eswatini Maurice
Éthiopie Rwanda Ghana Namibie
Gambie Sénégal Kenya
Guinée Sierra Leone Lesotho
Guinée-Bissau Somalie Mauritanie
LIbéria Soudan du Sud Nigéria
Madagascar Tanzanie République du Congo
Malawi Tchad São Tomé et Principe
Mali Togo Soudan
Mozambique Zimbabwe Zambie
Note : liste des économies de la Banque mondiale, juin 2019.
A F R I C A’ S P U L S E > 119
120 > A F R I C A’ S P U L S E
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