CHRONIQUE
Aviation sanitaire.
d'abord les cceurs et ensuite a de"sarmer tegerement les
forteresses. Or, la moindre 6conomie re"alisee sur les arme-
ments permettrait d£ja d'acheter assez de pain a ceux
qui n'en n'ont plus.
II ne me reste plus, Monsieur le president, qu'a m'ex-
cuser de ce long bavardage, en vous priant d'agr^er l'ex-
pression de mon profond respect.
(s) p. Gervais QUENARD,
Sup. general des Assomptionistes.
P. S. — Je crois inutile d'ajouter, Monsieur le president, que si
quelque chose pouvait s'organiser dans le sens indique^ ou de toute
autre maniere, je mets naturellement a votre disposition les tree
faibles moyens dont je pourrais disposer eventuellement.
L'aviation sanitaire.
Cette chronique, qui doit rester ouverte dans notre
Eevue pour accueillir toutes les nouvelles d'un interet
ge'ne'ral que pre'sente le domaine de l'aviation sanitaire,
ioujours en deVeloppement et en progres, n'a pas e'te'
alimente'e depuis plus d'une anne"e1.
La Presse medicale continue cependant a ouvrir ses
colonnes a 1'infatigable apotre de cette branche de secou-
risme qu'est notre collaborateur distingu^ M. le D r en
droit Ch. L. Julliot. Dans le num^ro du 15 Janvier 1935
de ce pe"riodique frangais, M. Julliot montre, d'apres un
rapport de M. le medecin-colonel Schickele, l'extension
du role de l'avion sanitaire sur le theatre des operations
exte"rieures, notamment au nord de l'Afrique. De 1920 a
1934, 6,370 evacuations ont eu lieu par la voie des airs,
et grace au se"lectionnement severe des pilotes et a leur
1
Voy. Eevue Internationale, d<5cembre 1933, p. 1000.
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Aviation sanitaire.
maitrise, 4 accidents seulement se sont produits pendant
ces 14 ans. Comme le re"pete a juste titre M. Julliot: depuis
un grand nombre d'anne'es, «le risque de l'air n'a jamais
pu etre mis en balance avee le risque du retard ope'ra-
toire ». Le nombre de vies sauve"es ne se compte de"ja plus
dans les annales de l'aviation sanitaire. Meme dans les
regions e"loigne"es de plusieurs centaines de kilometres des
bases hospitalieres, «il est banal de voir maintenant un
blesse", grievement frappe dans la matinee, reposer a la fin
de l'apres-midi, ope're' et pans6, dans un bon lit d'hopital».
C'est l'avion le"ger petit porteur Hanriot 431 qui s'est
ave"re le mieux approprie" a cette tache d'eVacuation
rapide, avec le maximum de possibilit6s d'atterrissage,
dans des terrains exigus et des regions montagneuses.
Pour assurer au malade le plus de chances de guerison,
on a meme tente" le vol de nuit. Pouvoir gagner ainsi 12 a
15 h. c'est souvent sauver une vie.
Au Maroc, qui a e"te le champ d'expe'rimentation le
plus fertile pour l'aviation sanitaire franchise, le terrain
est divise en secteurs organises, disposant chacun de
formations sanitaires avance"es. Le traitement se fait,
a la suite de l'enlevement d'urgence, dans les centres
me'dicaux de base. Un systeme de liaison relie en outre le
commandement, la direction du Service de sant6 et celui
de l'Ae"ronautique, assurant ainsi l'alerte en temps utile
et la transmission rapide des ordres ne"cessaires.
Les malades, notamment ceux qui sont atteints d'affee-
tions exotiques, ben^ficient aussi bien que les blesses de
ces services d'evacuation par avion. Mais alors, une
prophylaxie rigoureuse est ne"cessaire (par exemple dans
le cas de typhus exanthematique), tant vis-a-vis du pilote
que du milieu ou le malade va etre depose. II ne s'agit
pas que l'avion devienne un mode de propagation a
grande distance de graves maladies contagieuses.
L'avion sert encore au transport de corps dans le cas
de mort au champ d'honneur et lorsque le cadavre
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Aviation sanitaire.
doit etre soustrait a d'eVentuelles profanations. II em-
mene aussi rapidement a des milliers de kilometres les
me"decins requis pour des tournees d'inspection, de vacci-
nation ou de surveillance sanitaire. On ne peut en somme
plus concevoir un Service de sante effieace sans l'utilisa-
tion de l'avion sanitaire.
* **
Le me'decin-colonel Schickele" a fait recemment, avec
la competence et la specialisation d'expert qui lui est
unanimement reconnue dans ce domaine, une conference
a l'occasion du Salon de l'ae"ronautique (novembre-
de"cembre 1934), que publie le Bulletin de Janvier de
V Union des femmes de France. Apres avoir rappele" le
double role de l'avion, qui se rit des obstacles du sol et
demeure roi de la vitesse, a la fois pour amener le blesse"
au me'decin ou pour transporter ce dernier aupres du
sujet a ope"rer d'urgence, il examine les conditions ae>o-
nautiques et les quality de technique medico -chirurgicale
auxquelles l'avion sanitaire doit satisfaire.
La security et le confort tout d'abord. La cabine
doit etre assez spacieuse pour qu'autour du blesse couche
tous les soins mMicaux puissent facilement lui etre pro-
digue's. Elle doit etre e"tanche, eclairee, ventile"e et chauf-
fable. Le brancard sur lequel le blesse" est couche" doit etre
amovible ; le support de I'^vacu4 doit etre change le moins
possible, de facon a lui e"pargner toute souffrance inutile.
Le D r Schickel^ rappelle a ce sujet la standardisation du
brancard sanitaire, statute par la Commission internatio-
nale de standardisation fonctionnant sous l'e"gide du
Comite international de la Croix-Eouge. Le brancard doit
en outre pouvoir a la fois etre solidement fixe" et se
manoeuvrer sans complication ou souffrance pour le
patient.
II faut, a de"faut d'un convoyeur a bord, me'decin,
infirmier ou infirmiere — accompagnement presque
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* Aviation sanitaire.
toujours desirable — que le pilote puisse surveiller son
passager et communiquer avec lui. Un materiel de bord,
compose des objets de proprete et du materiel necessaire
aux soins g&ieraux, est indispensable.
Quid en cas de sinistre a^rien ? Le seul salut est dans
le parachute. Mais il suffit de mentionner ce moyen pour
en reconnaitre immediatement l'inapplicabilite dans la
plupart des cas. II faut done avant tout assurer la s£curit6
du vol par tous les moyens possibles.
Quant aux appareils eux-memes, les avions specifi-
quement sanitaires sont naturellement les meilleurs.
Mais les avions commerciaux et ceux de tourisme peuvent
facilement servir au transport des malades, a condition
que leurs dimensions int^rieures soient suffisantes pour
recevoir un brancard.
En raison de l'importance d'un atterrissage rapide, il
faut preferer les appareils a vol vertical, capables de se
poser sur des espaces restreints et de reprendre leur vol
avec facility. L'aerogire sanitaire, quand il sera devenu
v^ritablement pratique, est de ce fait appele a un grand
avenir.
Le role de l'avion comme moyen de transport est
actuellement de premiere importance aussi bien en temps
de paix qu'en temps de guerre. Mais son utilisation est
encore conditionne"e par beaucoup de circonstances,
atmospheriques par exemple.
Apres l'appareil, apres son amenagement, le per-
sonnel. Et e'est la que le colonel Schickele" en revient a la
Croix-Eouge. II faut distinguer le pilote du personnel
sanitaire d'accompagnement. Si la Croix-Eouge veut
former des pilotes femmes, il faut que celles-ci fournissent
les memes garanties que les hommes. Le cas restera
exceptionnel. En revanche, les infirmieres convoyeuses
sont tout aussi propres que les hommes a accomplir ce
service. Que la Croix-Eouge donne a ses infirmieres le
bapteme de Fair pour les initier a ce service, e'est bien;
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Aviation sanitaire.
mais qu'on preVoie un carnet de vol et qu'on exige un
nombre eleve^ d'heures de vol, cela ne parait pas justified
pas plus que la creation d'un corps d'infirmieres de l'air.
En pe'riode active, il ne faut pas l'oublier, la Croix-Eouge
aura besom de toutes ses infirmieres pour les formations
sanitaires de corps d'armee, ou elles sont actuellement
preVues par les reglements militaires, tandis qu'aupara-
vant elles n'e"taient admises qu'a I'arriere de cet Echelon.
Toutes les infirmieres seront absorbers par des taches
permanentes et reclamant toute leur activity. Le service
de convoyeuse d'avion sanitaire ne pourrait leur 6tre
demande .qu'occasionnellement et par surcroit.
La tache de la Croix-Eouge sera plus utile et plus
directement pratique si elle se pre"occupe d'assurer une
instruction de secourisme aux pilotes, aux manoeuvres
et aux stewards d'avions, et si, a 1'oecasion, on peut
faire appel a elle pour le transport de personnel ou de
matMel sanitaire. La encore se justifie mieux que tout
autre son role traditionnel d'auxiliaire et d'assistance.
*
Au 14 me Salon de Vaeronautique, qui a eu lieu au
Grand Palais a Paris au mois de novembre 1934, on a
pu se rendre compte de I'importance et du developpement
pris par 1'aviation sanitaire.
Wa-t-on pas vu, par exemple, le Service feminin
d'aviation sanitaire d'Alge"rie faire 1'acquisition d'un
Potez 58 ? L'avion sanitaire Caudron du D r Crochet a
participe aux dernieres manoeuvres militaires a^riennes.
Le D r Chassaing a emprunt6 a l'armee un avion pour le
transport d'urgence d'un malade. Cette exposition a
demontre le role plus important et plus vari£ de jour en
jour que l'avion sanitaire est appele a jouer actuellement.
Et dans l'inte"ret des malades et des blesses, il faut sin-
cerement s'en r^jouir. Silence, chauffage individuel et
chauffage central, communication du pilote avec le blesse,
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Aviation sanitaire.
vitesse 205 kilometres, atterrissages et decollages tres
courts, bolte de pansements largement suffisante — les
meilleures conditions de transport sont maintenant
realisees. L'avion sanitaire tel qu'il est aujourd'hui plane
par dessus toutes les difficulty's et tous les obstacles que
rencontrent les autres moyens de transport, et grace a la
securite qu'il offre, depasse de toute la hauteur et la
rapidite de son vol libre et souple les anciens modes de
convoi auxquels les victimes de combats, de catastrophes
ou de maladies etaient condamnees dans les regions
eloignees des centres.
Le Comite international (Vetudes de Vaviation sanitaire,
recemment constitue, poursuit ses travaux tendant a
mettre l'aviation prive"e au service de 1'aviation sanitaire.
Le Comite s'est reuni le 3 fevrier dernier au secretariat de
la Ligue a Paris. II a etudie les questions de propagande
generale, de collaboration entre les organisations aero-
nautiques nationales et les Societes nationales de la
Croix-Eouge, des cours de premiers secours a donner par
la Croix-Eouge aux membres de ces organisations aero-
nautiques et au personnel des lignes commerciales, enfin
l'entrainement des infirmieres convoyeuses d'avions.
On prevoit pour le mois de juin 1935 la reunion a
Bruxelles du 3 e Congres international de l'aviation sani-
taire, a l'occasion de l'Exposition universelle qui se
tiendra dans cette capitale. C'est M. le D r Nolf, president
de la Croix-Eouge de Belgique, qui en assumera la
presidence.
Le numero de mars de la Croix-Bouge suisse apporte
encore, sous la plume du D r A. Guisan, quelques infor-
mations nouvelles.
En Suede, dans les dix dernieres annees, il a ete fait
565 transports, souvent dans de delicates conditions
atmospheriques ou geographiques ; et un seul accident
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Union Internationale de secours.
s'est produit. En Egypte, un avion sanitaire stationne"
au Caire, est en permanence a la disposition des medecins,
a des conditions de bon marche remarquables.
En Prance comme en Grande-Bretagne, la Croix-Eouge
vient d'instituer des cours d'infirmieres convoyeuses
d'avion, a la fois the"oriques et pratiques, comportant
12 heures de vol, dont trois a 3,000 metres d'altitude.
Plusieurs infirmieres — les ce"libataires sont seules
admises — possedent de"ja leur brevet de pilote. Les
soeurs de la Croix-Rouge ont deja a leur actif, dans
plusieurs pays, un nombre respectable de vols d'accom-
pagnement a bord d'avions sanitaires. On le voit, cette
institution hautement humanitaire est en plein develop-
pement. P D G
Union internationale de secours
Une circulaire de la Soctete des Nations.
Conforme'ment a une resolution de la 11 e session de
1'AssembWe, en date du 3 octobre 1930, en vue de hater
la signature et la ratification des conventions conclues
sous les auspices de la Soeie"t6 des Nations, le secretaire
ge"ne\ral a envoye le 5 mars 1935 une circulaire aux gou-
vernements interess^s.
Cette circulaire e"tait adressee aux membres de la
Socie'te' des Nations et les invitait k bien vouloir faire
connaitre leurs vues au sujet des conventions de la Socie'te'
des Nations qu'ils n'ont point signees et auxquelles ils
n'ont point adhere au cours des cinq ann^es qui ont suivi
leur conclusion. Aux termes de la resolution de l'Assem-
ble"e, cette enquete doit etre faite par le secretaire g^n4ral
au moment ou il le juge opportun et seulement pour les
conventions au sujet desquelles il estime qu'une pareille
demarche peut etre utile.
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