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PC - PL 2024 Cours Prepa

Le document décrit la politique d'expansion commerciale de la France en Côte d'Ivoire au 19ème siècle, y compris l'établissement de comptoirs fortifiés entre 1843 et 1871, et les raisons de l'échec de cette politique.

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Le document décrit la politique d'expansion commerciale de la France en Côte d'Ivoire au 19ème siècle, y compris l'établissement de comptoirs fortifiés entre 1843 et 1871, et les raisons de l'échec de cette politique.

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HISTOIRE DE LA CÔTE

D’IVOIRE : 1843-1920

Dr Adoni
INTRODUCTION

La seconde moitié du XVIIIe siècle est marqué en Europe par le


développement du machinisme qui survint à la suite des révolutions
industrielles. Ce machinisme accroit les besoins en matières premières et
débouchés des puissances européennes et pousse celles-ci à se lancer dans
une expansion économique ou commerciale qui se transforme un peu plus
tard en un impérialisme colonial.
A l’instar de la majorité des territoires africains, les côtes de l’espace qui
deviendra plus tard la Côte d’Ivoire, reçoit la visite d’un nouveau genre
d’Européen, en comparaison aux premiers explorateurs dont les
principaux sont les Français. Ceux-ci sont d’abord soucieux d’entretenir
des relations commerciales avec les peuples des côtes, ensuite, ils
s’efforcent de contrôler les activités commerciales et enfin à dominer ces
peuples sur les plans économiques, politiques et socio-culturels.
En 1843, répondant à des actions et politiques métropolitaines, certains
français signent des traités de protectorat et de commerce avec les
Ivoiriens. Ces traités additionnés aux actions des résidents conduisent la
Côte d’Ivoire vers sa colonisation à partir de 1893. La création de cette
colonie est devenue une réalité en 1920 quand ces dernières frontières sont
délimitées et que la conquête coloniale pris fin.
L’objectif général de ce cours est de faire comprendre l’Histoire de la Côte
d’Ivoire de 1843 à 1920 aux candidats.
De façon spécifique, il s’agira de :
-Décrire l’impérialisme commercial français en Côte d’Ivoire et la mise en
service des comptoirs fortifiés français dès 1843,
-Expliquer l’impérialisme colonial français et la nomination des résidents
français en Côte d’Ivoire (1878-1893),
-Analyser les évènements qui ont contribué à la création de la Colonie de
Côte d’Ivoire en 1893 ainsi que la conquête coloniale et les résistances
ivoiriennes de 1893 à 1920.

1
SOMMAIRE

INTRODUCTION............................................................................................ 1
SOMMAIRE ..................................................................................................... 2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871 .............................. 3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI........................................................................................................... 4
II-LES COMPTOIRS FORTIFIES FRANÇAIS 1843-1871............................. 4
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES RESIDENTS
FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893).............................................. 8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME COLONIAL
........................................................................................................................... 9
II- LES DES RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893) 10
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE D’IVOIRE
(1878-1920) ..................................................................................................... 16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA COLONIE
DE COTE D’IVOIRE ..................................................................................... 17
II-LE DECRET DE CREATION DE LA COLONIE ET LA DELIMITATION
DES FRONTIERES ........................................................................................ 18
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
EN CÖTE D’IVOIRE 1893-1920 ................................................................... 22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE ............................ 23
II-LES ETAPES DE LA CONQUETE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE
......................................................................................................................... 27
III. LES RÉSISTANCES IVOIRIENNES A LA CONQUÊTE COLONIALE
......................................................................................................................... 29
CONCLUSION .............................................................................................. 33
TABLE DES MATIERES ............................................................................... 34
BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................... 37

2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871

La politique d’expansion de la France s’inscrivait dans le contexte de


l’impérialisme européen plus préoccupé à cette époque d’expansion
commerciale avec des stations navales et des comptoirs points d’appuis
du commerce, que de conquête territoriale.

3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI

1.1-L’impérialisme commercial

Le milieu du XIXe siècle avait vu, sous l’impulsion des économistes


libéraux, le triomphe de l’impérialisme du libre-commerce ou free-trade.
Le régime de l’exclusif ou pacte colonial réservant aux métropoles le
monopole de commerce avec les colonies fut aboli.
Le développement du commerce fut la principale préoccupation,
notamment dans l’expansion outre-mer qui ne visait pas encore le partage
de vastes territoires, mais la recherche de positions stratégiques pouvant
servir de points d’appui au commerce.

1.2-La politique des points d’appui

La politique française dite des points d’appui fut formulée en 1843 par le
ministre des affaires étrangères François Guizot. Pour lui, la France devait
posséder sur les points du globe destinés à devenir de grands centres de
commerce et de navigation, des stations maritimes sûres et fortes qui
servent d’appui au commerce, où ses navires puissent venir se ravitailler
et chercher refuge. La création de comptoirs fortifiés sur le littoral ivoirien
s’inscrivait dans les objectifs de cette politique.

II-LES COMPTOIRS FORTIFIES FRANÇAIS 1843-1871

Au total, trois comptoirs fortifiés furent érigés pour défendre les intérêts
stratégiques et commerciaux des Français. Ils furent regroupés sous le
vocable « d’Etablissements français de la Côte d’Or ».

2.1-Premices de la création des comptoirs : la mission d’exploration


d’Edouard Bouet

La création de ces comptoirs succède aux missions d’exploration


d’Édouard Bouet (futur amiral Bouet-Willaumez) répondant à la
demande du Commandant de la Station Navale, l’amiral Montagniès de
la Roque en 1838. Cette mission devait explorer le golfe de Guinée, faire la
chasse aux navires négriers, étudier les possibilités commerciales puis
repérer les lieux propices à l’établissement de comptoirs fortifiés. Bouet,

4
secondé par le capitaine Broquant, délégué de la Chambre de commerce
de Bordeaux, entreprit sa mission à bord de la canonnière-brick La
Malouine, de novembre 1838 à mai 1839. Malgré les réticences des milieux
commerciaux qui ne croyait pas à l’avenir du commerce français dans le
golfe de Guinée, le roi Louis-Philippe 1er décida, par une ordonnance du
29 décembre 1842, de faire construire d’urgence trois comptoirs fortifiés.

2.2-L’installation des comptoirs fortifiés

Dans la perspective de l’ordonnance du 29 décembre 1842 du roi Louis-


Philippe 1er et suivant la politique des points d’appui, une série de traités
de commerce et de protectorat fut signés entre avec les rois et les chefs des
régions côtières.

2.2.1-L’organisation des comptoirs fortifiés

Les traités avec les chefs des régions côtières permettent à la France
d’installer trois (3) comptoirs fortifiés sur les côtes ivoiriennes en
l’occurrence le comptoir d’Assinie, le comptoir de Gand-Bassam et celui
de Dabou.
Le comptoir d’Assinie achevé le 29 juillet 1843 fut baptisé Fort Joinville du
nom de François d’Orléand, prince de Joinville. Il était composé d’un carré
de fortes palissades, et flanqué à chaque angle d’un bastion en pierres. En
1847, le comptoir fut reconstruit sur la rive droite de la lagune d’Aby.
Le comptoir de Grand-Bassam fut achevé le 28 septembre 1843 et prit le
nom de Fort Nemours en hommage à Philippe d’Orléans, duc de
Nemours. Dans ce réduit étaient établis un blockhaus, deux poudrières,
des hangars servant de magasins aux factoreries, des logements pour les
officiers et soldats, la maison et la chapelle des missionnaires.
Le comptoir de Dabou fut érigé du 6 au 17 octobre 1853 sous la direction
du capitaine du génie Louis Faidherbe qui commença ainsi en Côte
d’Ivoire sa carrière africaine.

5
2.2.2-Le rôle des comptoirs fortifiés

Ces comptoirs qui abritent des garnisons ont d’abord des fonctions
stratégiques. Ils servent de points d’appui aux navires français qui
pouvaient s’y ravitailler ou trouver refuge pour leurs marins. Ils
contrôlent les régions où ils sont implantés.
Ils ont ensuite des fonctions économiques et commerciales. Il s’agit
principalement de drainer les richesses économiques : or et ivoire à
Assinie, huile de palme à Grand-Bassam et Dabou.
Dans le cadre du libre-échange, le gouvernement français prit un décret le
12 septembre 1868 autorisant l’ouverture des comptoirs aux commerçants
étrangers. Le négociant anglais Andrew Swanzy put ainsi installer des
factoreries dans chaque comptoir.

2.3-L’échec des comptoirs fortifiés et le retrait français

La politique des comptoirs fortifiés se solda par un échec, imputable à trois


séries de difficultés et précipita leur retrait.

2.3.1-Les raisons explicatives de l’échec des comptoirs fortifiés

Le milieu naturel ivoirien caractérisé par un climat chaud et humide, une


végétation luxuriante, des maladies tropicales comme le paludisme et la
fièvre jaune est défavorable à la santé des commerçants et des soldats
français. En 1852, un tiers de la population européenne de Grand-Bassam
meurt de maladie. Cette situation établie la réputation de la Côte d’Ivoire
comme un « enfer vert », ou le « tombeau de l’homme blanc ».
Les difficultés politiques découlent, quant à elles, des atteintes répétées
des Français aux droits souverains des rois et chefs africains.
Tous ces affrontements eurent des répercussions sur les activités
économiques.

2.3.2-Le retrait français

Le bilan désastreux des comptoirs fortifiées aurait entraîné leur abandon,


n’eut été la perspective d’un échange contre la Gambie britannique. Mais,
dès 1870, la défaite du second empire français à Sedan précipita la décision
du retrait des Etablissements de la Côte d’Or. Les différentes garnisons

6
furent évacuées le 24 janvier 1871. Après l’évacuation s’ouvre la période
du commerce sans protection marqué par l’ascension d’Arthur Verdier.

7
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES
RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893)

L’expansion européenne sur les côtes du golfe de guinée, jusqu’alors


réduite à rivalité commerciale, changea de nature dans le dernier quart du
XIXe siècle. A l’impérialisme du libre-échange se substitua l’impérialisme
colonial qui aboutit au partage de l’Afrique et la constitution des empires
coloniaux. L’installation à demeure, de 1878 à 1893, de « Résidents
français » dans ce qui était alors les « Etablissements de la Côte de l’Or »
prépara la naissance de la colonie qui fut officiellement créée par un décret
du 10 mars 1893.

8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME
COLONIAL
L’impérialisme dont l’expansion coloniale du dernier quart du XIXe siècle
est une des manifestions, révèle de facteurs généraux qui expliquent son
apparition et son développement.

1.1-Les facteurs économiques

L’impérialisme est à la fois un produit et une conséquence du grand


développement économique de l’Europe, à partir de la deuxième moitié
du XIXe siècle. Ce développement est lié aux transformations structurelles
du capitalisme et à l’évolution de la conjoncture économique mondiale.
Les progrès du machinisme permettent une production industrielle de
masse. Cette transformation affecte les structures monétaires et bancaires.
La monnaie est plus abondante avec l’accroissement de la production de
métaux précieux et la mise en place des banques de dépôts.
Les facteurs non économiques, en particulier politique et idéologiques, ont
aussi déterminé l’expansion de l’impérialisme.

1.2-Les facteurs politique

Les facteurs politiques relèvent du nationalisme, de la diplomatie et de la


stratégie.
L’expansion coloniale se fonde sur le nationalisme qui permet d’exalter
l’orgueil national, la puissance et le prestige de l’Etat. Le développement
du nationalisme correspond également à l’exacerbation du militarisme.
Dans le domaine diplomatique, l’ensemble des grandes puissances
(Royaume-Uni, France, Russie, Autriche, Italie, Allemagne) formait une
sorte de directoire qui veillait à l’équilibre général des forces en Europe.
Les considérations stratégiques, quant à elles, relèvent de la nécessité pour
les puissances européennes d’acquérir des bases navales à travers le
monde pour le ravitaillement de leurs navires, pour la sécurité des routes
maritimes et le contrôle des zones politiques névralgiques.

9
1.3-Les facteurs idéologiques : la mission civilisatrice de l’Europe

L’expansion se fonde aussi sur des facteurs idéologiques qui mettent en


avant la « mission civilisatrice » de l’Occident et servent, en réalité, d’alibi
à la volonté hégémonique européenne.
Les théories racistes qui affirment la suprématie de la race blanche et la
nécessité de civiliser les races dites inférieures, sont développées par les
écrivains et intellectuels européens, y compris les plus célèbres.
Les missionnaires chrétiens européens véhiculèrent un christianisme
évangélique, convaincus d’apporter la « vraie religion » aux primitifs.

II- LES DES RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893)

Les Résidents français ont jeté les bases de la colonie par leurs actions
diplomatiques et économiques, par les missions d’explorations de l’arrière
de l’arrière-pays. Deux fortes personnalités ont marqué cette période :
Arthur Verdier et Treich-Laplène. Ils sont avec Louis Gustave Binger les
pères-fondateurs de la colonie de Côte d’Ivoire.

2.1-Arthur Verdier : premier résident français de 1878 à 1889

2.1.1-Les actions d’Arthur Verdier 1878-1887

C'est en 1858 qu'il fit ses premières tentatives de commerce sur la côte
krou. Puis il s'installa à Grand-Bassam en 1862, mais sa petite factorerie
fut ravagée par un incendie en 1863, comme déjà évoqué. L'année
suivante, grâce à l'aide financière de quelques Noirs de Grand-Bassam, il
revint en France pour réunir des capitaux indispensables au redémarrage
de son entreprise commerciale. Mais c'est en Hollande qu'il eut gain de
cause. Jusqu'en 1867, il devint ainsi le commanditaire de la Maison
hollandaise Baumann Von Biscovel.
Au moment de l'évacuation française en 1871, Verdier s'installa à son
compte en reprenant les affaires de la maison française Morsh et Cie.
D'abord officieux « Gardien du pavillon français », il fut nommé par un
arrêté du 4 novembre 1878, « Résident de France ». Il recevait une
subvention annuelle de 20 000 francs pour l'entretien d'une petite force de
police indigène et le paiement de quelques « coutumes » aux chefs

10
indigènes. Il relevait du commandant de la Division navale de l'Atlantique
Sud et, en son absence, du Commandant particulier du Gabon.
Selon les termes de l'arrêté de nomination du Résident : « Il doit tenir l'un
et l'autre au courant des événements intéressant le commerce ou les
relations avec les indigènes, transmettre les réclamations des
commerçants, servir d'intermédiaire pour le paiement des coutumes et
solliciter le cas échéant l'intervention d'un bâtiment de la Marine. Mais il
n'a aucune attribution diplomatique ni consulaire »
Verdier prit fonction le 22 novembre 1878, mais rentra dès l'année suivante
en France d'où il dirigea ses affaires avec le concours de ses agents
demeurés à Assinie et à Grand-Bassam. Il leur délégua aussi ses fonctions
de Résident : d'abord à Ferdinand Bidaud, puis à Amédée Brétignère,
enfin à Marcel Treich-Laplène.
Bien qu'il n'eût pas compétence dans le domaine diplomatique, Verdier
s'employa à préserver les droits français contre les empiètements des
Anglais installés en Gold Coast. Sur ses instances, le gouvernement
français accepta la création d'une commission franco-anglaise pour
délimiter la frontière orientale. Cette commission se mit à pied d'œuvre le
19 décembre 1883. Elle était dirigée du côté français par Amédée
Brétignère et le capitaine de frégate Godin, et du côté anglais par le
lieutenant de vaisseau Pullen et le capitaine Firminger. Les négociations
allaient achopper sur les revendications territoriales. Les Français
réclamaient toute la partie septentrionale de la lagune Tendo et toute la
rive droite du Tanoé. La commission se sépara sur un constat d'échec le 14
janvier 1884.
L'action de Verdier fut plus heureuse en affaires, d'autant plus qu'il utilisa
sans vergogne son titre officiel au mieux de ses intérêts économiques.
Ceux-ci concernaient trois domaines le commerce, l'agriculture et
l'exploitation minière.
Le commerce était pris en charge par le réseau de factoreries que Verdier
possédait à Assinie, Grand-Bassam, Dabou, Alépé et Bettié. Ces factoreries
étaient à la fois des entrepôts pour les marchandises et des magasins de
vente en gros et au détail. Elles disposaient de débarcadères ou wharfs sur
la lagune d'où partaient les chaloupes et les vapeurs pour ravitailler les
villages. Elles proposaient comme produits d'exportation, l'huile de

11
palme, la poudre d'or, le bois d'acajou, le caoutchouc et comme produits
d'importation, les tissus, les fusils à silex, la poudre à fusil, les alcools et
les eaux-de-vie. Le mouvement commercial était estimé en 1885 à 7
millions de francs dont 4 millions à l'exportation et 3 millions à
l'importation.
Dans le domaine agricole, Verdier obtint le 7 avril 1880 par un accord avec
le roi du Sanwi Amon N'douffou, des terres de cultures à Elima en
bordure de la lagune Aby. Il édifia sur ces terres une école primaire
(ouverte en 1887) et surtout un vaste complexe agricole comprenant une
plantation de caféiers de 100 hectares portés par la suite à 400 hectares, un
verger de manguiers, d'orangers et citronniers. Ce complexe fut d'abord
dirigé par son frère Ernest Verdier, puis par Brétignère et Treich-Laplène.
Dans le domaine des mines, Verdier se fit octroyer par le roi du Sanwi le
monopole de l'exploitation des gisements aurifères avec une contrepartie
pour le roi à condition qu'aucun autre Européen ne fût autorisé à exploiter
les mêmes gisements. Mais la mission de prospection commanditée en
1887 et dirigée par Brétignère et l'ingénieur des mines Chaper révéla que
ces gisements n'étaient pas rentables pour une exploitation industrielle.
Si les activités commerciales de Verdier étaient relativement florissantes,
elles devenaient de plus en plus difficiles à concilier avec celles de
Résident.
Les difficultés politiques avec les indigènes, la concurrence des autres
commerçants, le manque de moyens pour sa mission officielle poussèrent
le Résident à demander à être déchargé de ses fonctions officielles en 1884.
Cette demande arrivait à point nommé car la conjoncture historique
poussait le gouvernement français à reprendre en main ses possessions de
la Côte d'Or.

2.1.2-Les explorations de Treich-Laplène et Binger 1887-1889

Dans le nouveau contexte historique créé par la Conférence de Berlin, les


Européens furent amenés à signer plusieurs traités de protectorat avec les
Africains et à délimiter des « sphères d'influence » ou zones d'influence et
d'action dans lesquelles chaque pays avait le droit d'occupation et
d'établissement de protectorat.

12
Le traité de protectorat entre les Anglais et le royaume du Sefwi signé 8
février 1887 vint modifier la situation politique l'arrière-pays des
comptoirs français de la Côte d'Or et commerciale dans
L'un des effets de ce traité fut d'une part, de couper la route commerciale
qui reliait Koumassi, capitale du royaume ashanti à Krindjabo, capitale du
royaume sanwi et au comptoir français d'Assinie et d'autre part, de
rétablir au contraire la communication entre le royaume abron du
Gyaman et le port de Cape Coast.
Pour contrecarrer l'expansion anglaise, les Français organisèrent une
mission auprès des rois et chefs des pays agni et abron. Cette mission fut
confiée à Marcel Treich-Laplène accompagné de quelques hommes de
Krindjabo, dont l'interprète Katié Assanvo qui lui fut d'un secours
inestimable par sa connaissance de la région, par son sens politique et son
entregent. Partie de Krindjabo le 2 mai 1887, la mission arriva à Béttié le
12 et à Zaranou le 17; elle atteignit Abengourou le 22. Treich-Laplène fut
alors contraint au repos par un violent accès de fièvre. Il envoya au roi des
Abron, Adjoumani (Kouakou Agyéman) son interprète Katié. Rétabli, il
poussa son voyage jusqu'à Amoakonkro (Amélékia) où il signa le 25 juin
1887 avec Amoakon Dihyè, souverain du Ndenyè (Indenié) un traité de
protectorat. Sur le chemin de retour, il signa des traités de protectorat avec
Bourbé, chef d'Abradinou, le 13 juillet 1887, avec Ehui Koutoua, chef de
Yakassé et Bénié, chef de Kotokro (Attakro) le 21 juillet 1887. Déjà à l'aller,
Treich-Laplène avait signé le 13 mai 1887 un traité plaçant sous protectorat
français la principauté de Bettié dirigée alors par Bénié Kouamé.
Hormis ces traités de protectorat, la mission de Treich-Laplène fut un
relatif échec. Elle ne put atteindre le royaume abron; elle se heurta à
l'hostilité d'un fort parti anglophile, car l'économie de la région était
orientée vers la Gold Coast
La même année 1887 correspondit au début d'une autre mission
d'exploration que le gouvernement français confia au lieutenant Louis
Gustave Binger qui devait procéder à « l'importante reconnaissance
géographique de la boucle du Niger et la mission politique de relier les
établissements français du Soudan au golfe de Guinée ». 25

13
Les missions de Treich-Laplène et de Binger permirent de recueillir une
abondante documentation d'ordre et politique, ethnographique
géographique, commercial, de signer des traités de protectorat, de révéler
importance économique et politique de la future Côte d'Ivoire.
Un décret du 1 août 1889 créa trois groupes de possessions dotées d'une
autonomie financière et administrative : les Rivières du Sud, les
Etablissements de la Côte d'Or et les Établissements du golfe de Bénin.
D'autre part, une convention franco-anglaise du 10 août 1889 reconnut que
les territoires parcourus par Treich-Laplène et Binger étaient sous
domination française

2.2-Les successeurs de Verdier et la fin de la période des Résidents 1889-


1893

Cette période fut marquée par l'action de Treich-Laplène et ses


successeurs ainsi que les nouvelles tentatives d'exploration de l'arrière-
pays.

2.2.1-Treich-Laplène et les prémices de la colonie de Côte d’Ivoire

Nommé Résident le 12 octobre 1889, Treich-Laplène reçut comme


instructions d'occuper le littoral pour parer aux revendications
britanniques ou libériennes, et surtout d'augmenter les recettes
douanières pour financer l'expansion du nouveau territoire.
Pour réussir sa mission le nouveau Résident établit des postes de douanes
le long du littoral depuis Assinie jusqu'à Grand-Lahou. Il transféra la
capitale de la future colonie, d'Assinie à Grand-Bassam. De janvier à
février 1890, il écrasa avec férocité la révolte des Alladian qui conservaient
leurs relations commerciales avec les Anglais et continuaient à jouer leur
rôle de courtiers des peuples riverains des lagunes. En outre, il s'opposa
avec vigueur aux demandes de concessions foncières de son ancien
employeur, Verdier.
Miné par la maladie, Treich-Laplène mourut le 9 mars 1890 au large de
Grand-Bassam dans un bateau qui le ramenait en métropole. Cette mort
prématurée priva la future colonie d'une forte personnalité qui eût pu
guider avec succès ses débuts. Par sa volonté d'expansion territoriale, par
son opposition aux convoitises anglaises, par son action administrative.

14
2.2.2-Les successeurs de Treich-Laplène

Il fut remplacé par l'administrateur Jean Désaille jusqu'en 1892. Après les
intérims des administrateurs Voisin et Bricard, les fonctions de Résident
revinrent à Paul de Beeckman de novembre 1892 à mars 1893.
Ces différents Résidents rencontrèrent de nombreuses difficultés dans la
gestion des possessions de la Côte d'Or. Ils se heurtèrent notamment à la
vive opposition des populations du Sud, menacées dans leurs activités
commerciales par l'implantation des postes douaniers et la concurrence
des commerçants français. Les Avikam de Grand-Lahou se soulevèrent en
août 1890 contre les Français, les Adioukrou de Dabou en mars et les
Elomouen de Tiassalé en mai 1891 Ces derniers massacrèrent les
explorateurs français Voituret et Papillon qui avaient commis des
exactions sur leur territoire. Une colonne militaire dirigée par le lieutenant
Staup fut envoyée contre les Elomouen qui la taillèrent en pièces le 11 mai
1891. Cette défaite française mit en évidence deux problèmes qui
commandaient l'organisation des possessions de la Côte d'Or : les moyens
militaires et la pénétration de l'arrière-pays. A défaut de moyens militaires
conséquents, les autorités relancèrent les missions d'exploration de
l'arrière-pays.

15
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE
D’IVOIRE (1878-1920)

La décision de la création de la colonie de Côte d’Ivoire s’inscrit dans un


contexte historique qu’il convient de préciser et officialisée par un décret.

16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA
COLONIE DE COTE D’IVOIRE

Il concerne à la fois les événements dans la métropole et en Afrique


occidentale.

1.1-Le contexte métropolitain

En métropole, la chute de Jules Ferry et la crise boulangiste avaient ralenti


l'expansion coloniale française entre 1885 et 1890. Mais l'impérialisme
colonial reçut une nouvelle impulsion après 1890 grâce à l'action
d'hommes politiques acquis à la colonisation, à la constitution d'un 2
parti colonial et à la création d'une armée coloniale.
On peut citer parmi les hommes politiques : Eugène Etienne, député
d'Oran puis sous-secrétaire d'État aux colonies (du 7 juin au 5 janvier 1888,
puis du 14 mars 1889 au 8 mars 1892) : Théophile Delcassé, ministre des
Colonies (du 18 janvier au 21 novembre 1893) puis des Affaires étrangères.
Le « parti » colonial auquel le terme de groupe de pression ou lobby
conviendrait mieux, était en fait une coalition de militaires, de marins, de
missionnaires, de commerçants et d'industriels intéressés par l'expansion
coloniale. Il s'exprimait par trois organismes créés à peu près
simultanément : les groupes coloniaux de l'Assemblée nationale et du
Sénat créés respectivement en 1892 et 1898; le Comité de l'Afrique
française en 1890: enfin l'Union coloniale française en 1893.
Les groupes coloniaux du parlement rassemblaient des élus venus de tous
les horizons politiques et soucieux d'influer sur la politique coloniale du
Gouvernement. Le Comité de l'Afrique française était composé de
personnes intéressées par la colonisation et d'anciens coloniaux (par
exemple Archinard, Gallieni, Monteil). II organisait la propagande par son
Bulletin et son supplément Renseignements coloniaux, finançait les
missions et explorations, entreprenait des démarches auprès des pouvoirs
publics. L'Union coloniale française se présentait comme un « syndicat des
principales maisons françaises ayant des intérêts dans les colonies ». Très
active et très riche, elle avait pour but de « rechercher tous les moyens
propres à assurer le développement, la prospérité et la défense des

17
diverses branches du commerce et de l'industrie dans les colonies ». Elle
publiait également un bulletin, la Quinzaine coloniale.
Le « parti » colonial amena l'opinion publique à moins de réticence à
l'égard de la colonisation. D'autant plus que la création d'une armée
coloniale recrutée par engagement volontaire n'obligea plus les jeunes
soldats du contingent à des campagnes lointaines.

1.2-Le contexte africain

La situation socio-politique africaine était caractérisée par des


changements variés. Certaines sociétés étaient en difficultés à cause de
crises politiques et sociales qui avaient entraîné un bouleversement de
structures internes de régulation sociale. C'était le cas de la plupart d
sociétés étatiques : Royaume de Bouna, Empire de Kong, Empire Samori,
Royaumes agni et abron.

II-LE DECRET DE CREATION DE LA COLONIE ET LA


DELIMITATION DES FRONTIERES

2.1-Le décret de création du 10 mars 1893

La colonie française de Côte d'Ivoire fut officiellement créée par le décret


du 10 mars 1893. Ce décret signé par le président français Sadi Carnot est
libellé comme suit :
Art. 1
Les colonies de la Guinée française, de la Côte d'Ivoire et du Bénin
constituent trois colonies distinctes qui sont classées parmi les colonies du
premier groupe énumérées par l'article 4 du décret du 2 février 1890.
L'administration supérieure de chacune de ces colonies est confiée à un
gouverneur, assisté d'un secrétaire général.
Art.2
Les gouverneurs de la Guinée française, de la Côte d'Ivoire et du Bénin
exercent dans toute l'étendue de leurs colonies respectives, les pouvoirs
déterminés par les décrets et règlements en vigueur, et notamment par
l'ordonnance organique du 7 septembre 1840.

18
Le gouverneur de la Guinée française est chargé de l'exercice du
protectorat avoisinants de la République sur le Fouta-Djalon et les
territoires
Le gouverneur de la Côte d'Ivoire est chargé de l'exercice du protectorat
de la République sur les États de Kong. Toutefois les États de Samory et
de Thieba restent sous le gouvernement-commandant supérieur du
Soudan français. L'action du du Bénin s'étendra sur tous les
établissements compris entre la colonie anglaise de Lagos et la colonie
allemande du Togo et sur les territoires de l'intérieur.
Art.4
Le service du Trésor est assuré dans chacune des colonies par un trésorier-
payeur.
Art.5
Sont abrogées toutes dispositions contraires au présent décret.
Son application :
Les colonies du premier groupe relevaient du Sénégal et ses dépendances.
L'ordonnance organique du 7 septembre 1840 relative au Sénégal et à ses
dépendances fut alors applicable à la Côte d'Ivoire. La colonie devait être
administrée par un gouverneur et deux chefs d'administration assistés
d'un conseil d'administration. Ce conseil, composé du gouverneur, des
deux chefs d'administration et de deux notables, n'avait pas de pouvoirs
politiques.
Les États de Samori, dans le Nord furent rattachés à la Côte d'Ivoire en
1899, ceux de Thieba au Soudan français (carte 6).

2.2-La délimitation des frontières

Il faudra trois décennies (des années 1880 aux années 1900) pour fixer
définitivement les frontières de la colonie de Côte d'Ivoire. Ces frontières
étaient administratives parce qu'elles ne délimitaient pas encore un État,
mais un territoire occupé et administré par une métropole qui dessinait la
géographie politique de ses possessions au gré de ses besoins, de ses
intérêts et de ses priorités. Elles étaient artificielles et arbitraires pour les

19
populations concernées dont les avis furent rarement sollicités ou pris en
compte, et pis dont l'identité culturelle et les intérêts furent superbement
ignorés. Elles divisèrent ainsi les grands ensembles ethnoculturels : à
l'ouest, les Krou divisés entre Liberia et Côte d'Ivoire, à l'est, les Akan entre
Gold Coast et Côte d'Ivoire, au nord, les Mandé et les Gour ou Voltaïque
répartis entre Guinée, Soudan, Haute-Volta, Gold Coast et Côte d'Ivoire.
Ce nouveau cadre territorial, lit de Procuste imposé aux populations, allait
cependant forger progressivement une identité ivoirienne.
C'est la façade maritime méridionale qui fut parcourue et délimitée la
première. Les Français s'installèrent dans sa portion sud-est dès la
première moitié du XIXe siècle. Une série de traités signés entre 1890 et
1894 avec les chefs des villages côtiers permit d'étendre l'occupation
française de Grand-Lahou jusqu'au fleuve Cavally au sud-ouest. Puis
furent délimitées les frontières orientale, occidentale et septentrionale de
la colonie.

2.3-La frontière orientale

Elle fut difficile à délimiter en raison des rivalités entre Anglais et Français
pour contrôler cette zone névralgique entre les fleuves Volta et le golfe de
Guinée, et de l'existence de chefferies et de royaumes précoloniaux qui
avaient signé des traités avec les uns et les autres et qui, au surplus,
n'étaient pas informés du partage de leurs territoires.
Une première tentative en 1883 fut infructueuse comme nous l'avons déjà
indiqué. Une nouvelle commission franco-anglaise de délimitation dirigée
par Binger et le major Lang fut institué le 26 juin 1891. Ses travaux
permirent de déterminer un premier tracé, dans la partie méridionale, du
village de Newton à celui de Nougoua, suivant le cours inférieur de la
rivière Tanoé. Mais la question de la possession du village de Nougoua
que réclamaient les deux parties n'était pas tranchée. Aussi des
négociations menées à Paris par leurs représentants, Hanotaux et Philips,
aboutirent à l'accord du 12 juillet 1893 qui donnait Nougoua à la France et
fixait la frontière de l'océan jusqu'au 9º degré de latitude nord.
La convention du 14 juin 1898 prolongea ce tracé jusqu'au 11º parallèle
tout en accordant l'égalité de traitement pour les personnes et les biens.

20
Pour régler les détails de ce tracé, Delafosse et Watherson conduisirent
une mission sur le terrain qui permit de conclure l'arrangement du 1
février 1903 et d'aborner la frontière de Nougoua à la Volta noire en
passant au droit de Niablé et de Bondoukou. La fixation de la frontière fut
confirmée par l'accord de mai 1905. Enfin la commission Noël-Dalles
procéda à un nouvel abornement en 1926.

2.4-La frontière occidentale

La convention franco-libérienne du 8 décembre 1892 fixa sur le cours


inférieur du Cavally la frontière occidentale. Elle consacrait en réalité la
mainmise française sur les territoires entre Cavally et San Pedro. Mais elle
avait l'inconvénient de se fonder sur des données astronomiques inexactes
qui la rendait inapplicable sur le terrain. Cela était certes dû à la
méconnaissance de la région pas encore explorée, mais sans doute aussi à
un calcul intéressé de la France qui misait sur une probable dislocation de
la jeune République du Liberia pour s'approprier ses territoires. L'article
5 de la convention est d'ailleurs explicite sur ce point : la France « n'entend
s'engager que vis-à-vis de la République libérienne libre et indépendante et fait
toutes ses réserves, soit pour le cas où cette indépendance se trouverait atteinte,
soit dans le cas où la République de Liberia ferait abandon d'une partie quelconque
des territoires qui lui sont reconnus par la présente convention ».
A peine installé à la tête de la colonie, Binger essaya de pousser l'avantage
français en préparant une annexion pure et simple. Il ne fut pas suivi par
la métropole qui réussit cependant à conclure avec la République afro-
américaine un nouvel arrangement avantageux, approuvé par la loi du 18
septembre 1907. Le couloir Nuon-Cavally qui englobait Danané et
Toulépleu revenait à la France. La nouvelle frontière était constituée par
la rive gauche de la rivière Makona, la rive droite de la rivière Nuon
jusqu'à son confluent avec le Cavally et la rive droite du Cavally jusqu'à
la mer. Un protocole additionnel reconnaissant un arrière-pays au Liberia
fut signé le 13 janvier 1911.

21
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
EN CÖTE D’IVOIRE 1893-1920
Commencée en 1893, la conquête coloniale dura près de trente années. Elle
se déroula en deux phases correspondant à deux politiques : la première
baptisée « pénétration pacifique » de 1893 à 1908, la seconde, « politique
de la manière forte » de 1908 à 1920. Elles furent marquées par l'action de
deux gouverneurs : François-Joseph Clozel et Gabriel Angoulvant.
La conquête coloniale se heurta à des résistances acharnées et
protéiformes. Ces résistances manifestaient le refus de la présence
étrangère et la volonté de préserver l'indépendance, le mode de vie des
sociétés ivoiriennes. Elles revêtirent des formes d'organisation diverses
ainsi que des caractères particuliers : politiques, économiques,
socioculturels.

22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE
Elle mit en œuvre des méthodes et des moyens conséquents et se fit par
étapes.

1.1-Les politiques de conquête

Deux politiques furent mises en œuvre la politique dite de « pénétration


pacifique et la politique de conquête violente ou de « la manière forte w

1.1.1-La politique de « pénétration pacifique »

Préconisée par le gouverneur Louis-Gustave Binger et ses immédiats, la


politique dite de « pénétration pacifique » connut immédiats, avec le
gouverneur Francois Joseph administrateur pour la première fois en Côte
d'Ivoire en 1896, Clozel administra le cercle de Indénié où il dut mater le
soulèvement des Agni de l'Assikasso. Il assuma en 1899 les fonctions de
secrétaire général du gouvernement, puis de gouverneur intérimaire.
Nommé gouverneur titulaire en 1903, il dirigea la colonie de Côte d'Ivoire
pendant cinq années consécutives. Il acheva sa carrière comme
gouverneur général de l'AOF de 1915 à 1917. Il mourut le 11 mai 1918 à
l'âge de 56 ans.
Dans son ouvrage Dix ans à la Côte d'Ivoire publié en 1906, Clozel définit
ainsi l'esprit de la politique de « pénétration pacifique », : « Notre
administration, comme la dialectique de Socrate, devrait être une simple
maïeutique. Les forces naturelles agissent indépendamment des décrets et
des règlements, en vertu des lois que nous connaissons plus ou moins mal;
les mœurs se modifient, les besoins se développent, la production
s'accroît, avec la collaboration indispensable du temps, sous l'influence de
causes multiples dont beaucoup échappent à notre action directe.
Favoriser les courants naturels, les endiguer en quelques points sans les
trop contrarier, c'est à quoi me paraît devoir se borner le rôle des
gouvernants ».
Clozel croyait donc à une politique de conquête pacifique fondée sur des
relations amicales avec les populations indigènes et sur une
administration prudente qu'il comparait à la maïeutique de Socrate. Cette
politique correspondait en fait à la situation financière, administrative et
militaire de la colonie. Dans le domaine financier, une nouvelle politique
fiscale entrait en vigueur avec la loi des finances du 13 avril 1900 qui

23
instituait l'autonomie financière des colonies. Celles-ci devaient trouver
les ressources de leur développement en Côte d'Ivoire, l'impôt
d’imposition directe des populations locales. En Côte d'Ivoire, l'impôt de
capitation était institué par les arrêtés des 14 et 22 mai 1901 et frappait les
hommes, les femmes et enfants âgés de plus de dix ans. En outre, un décret
du 18 octobre 1904 obligeait les colonies de l'A.O.F. à verser leurs recettes
douanières au gouvernement général à Dakar. De ce fait, le budget de
chaque colonie dépendait davantage des ressources fournies par l'impôt
payé par les indigènes. Il fallait donc une politique de collaboration avec
les chefs et les populations locales pour assurer la collecte de ces
ressources.
Dans le domaine de l'administration, la colonie ne comptait que neuf
cercles et quarante-huit postes administratifs. Elle n'avait donc ni unités
administratives ni personnel d'encadrement en nombre suffisant.
Dans le domaine militaire enfin, les effectifs étaient modestes avec
seulement 840 hommes de troupe en 1908.
La politique de « pénétration pacifique » mise en œuvre par Clozel était
donc le fruit de la nécessité : celle d'assurer la présence française avec des
moyens insuffisants. Elle se résumait ainsi : étudier, approfondir la
connaissance du pays par des reconnaissances géographiques, des études
ethnographiques et historiques, des évaluations des potentialités
agricoles, minières pour en préparer l'administration et l'exploitation
économique ; éviter le recours systématique à la force ; et pour ce faire,
limiter les affrontements militaires ; installer une administration civile de
préférence à une administration militaire et collaborer avec les
populations locales.
Mais cette politique fut un échec cuisant. Elle ne put guère empêcher la
multiplication des affrontements. L'occupation française se limitait aux
régions du Nord, ancien domaine de Samori, au littoral sud-est et à la
frontière orientale. Le reste de la colonie, notamment le Centre et l'Ouest,
échappait à l'autorité française. Même dans les zones dites « pacifiées »,
des soulèvements sporadiques, des attaques des postes militaires et des
caravanes rendaient précaire et dangereuse la présence des Français.
Une autre politique de conquête fut préconisée et appliquée par le
successeur de Clozel.

24
1.1.2-La politique de conquête violente ou « de la manière forte »

Elle fut conduite par le gouverneur Gabriel Angoulvant, théoricien de la


« manière forte » et bourreau des populations ivoiriennes.
L'homme suivit le parcours classique de l'administrateur colonial. Né le
en 1894 8 février 1872 à Longjumeau (Seine et Oise) en France, il fit ses
études secondaires à Paris et entra à l'École Coloniale qui formait depuis
1885 let « techniciens » de la colonisation française. Il en sortit major
commença sa carrière coloniale en Annam et au Tonkin. Puis il occupa
différents postes en Chine, en Côte française des Somalis et au Congo. Il
fut nommé gouverneur des Iles Saint-Pierre et Miquelon en 1905 puis des
Établissements français de l'Inde en 1906. C'est le 18 février 1908
qu'Angoulvant devint lieutenant-gouverneur de la Côte d'Ivoire.
Débarqué à Grand-Bassam le 25 avril 1908, il prit fonction le 1 mai et resta
à la tête de la colonie jusqu'au 27 décembre 1916.
Après la Côte d'Ivoire, il assuma les fonctions de gouverneur général de
I'AOF et de l'AEF en 1917-1918. Retraité de l'administration coloniale en
1920, il réussit à se faire élire député en 1924. Puis il se lança dans les
affaires qu'il avait su au demeurant mener de front avec ses fonctions
coloniales. II mourut le 16 octobre 1932 à Paris.
Ambitieux, dominateur et arriviste, Angoulvant était aussi caractérise par
son autoritarisme, son racisme et ses excès. Ses idées sur la colonisation
sont développées dans ses lettres-circulaires aux administrateurs de cercle
et chefs de service, notamment celle du 26 novembre 1908, et dans un
ouvrage, La pacification de la Côte d'Ivoire. Méthodes et résultats.
Angoulvant se livre d'abord à une critique en règle de la politique de la
« conquête pacifique » qui se caractérise, selon lui, par l'insuffisance des
effectifs demandés, l'absence d'ordre dans les opérations militaires
l'absence de plan d'occupation méthodique, l'insuffisance des sanctions
infligées : peu ou pas d'internement des chefs rebelles et des féticheurs
amendes de guerre peu élevées, pas de désarmement.
« Car, écrit-il, qu'on le veuille ou non, la méthode de pénétration pacifique,
telle qu'on le conçoit, par l'extension abusive qu'on en fait, et à la fois,
improductive, trompeuse, instable, son abusive délicate. »

25
1.2-Les moyens de la conquête

Ces moyens sont militaires, économiques et politiques.

1.2-1-Les moyens militaires

Les troupes coloniales étaient organisées en troupes européennes et en


troupes indigènes.
Les troupes européennes formaient un corps peu nombreux de soldats de
métier. Jusqu'à la constitution définitive de l'armée coloniale en 1900,
l'Infanterie de marine était le corps colonial par excellence. Des hommes
de troupes et des officiers de l'Infanterie et de l'artillerie de marine étaient
affectés aux garnisons locales. Les officiers assuraient essentiellement
l'encadrement des troupes indigènes. Ils étaient mus par un nationalisme
cocardier, une extrême âpreté en matière d'avancement, ce qui entraînait
la recherche systématique du fait d'armes, une insubordination à l'égard
du pouvoir civil qui expliquait la violation délibérée des instructions
reçues, enfin un souverain mépris et un racisme primaire à l'égard des
populations africaines.
Les troupes indigènes étaient formées par les « tirailleurs sénégalais »,
infanterie africaine créée en 1857 par le gouverneur Faidherbe sur le
modèle des tirailleurs algériens. L'appellation « tirailleurs sénégalais » fut
conservée pour les autres régiments formés dans les colonies de l'Afrique
noire. Les tirailleurs de Côte d'Ivoire étaient soit recrutés sur place, soit
envoyés du Sénégal et du Soudan. Ils étaient encadrés par des officiers
européens et des sous-officiers africains.
Comme auxiliaires indigènes, on relève aussi l'existence d'une sorte de
milice, la garde de police, appelée par la suite garde-cercle, qui
effectuaient des tournées de police, assurait les escortes des convois et des
courriers. On a également recours, selon les circonstances, à des
volontaires, des partisans qui constituaient des éléments de répression
efficaces. Ainsi des ouvriers du chemin de fer furent utilisés comme
volontaires lors de la révolte des Abbey en 1910. Des volontaires dioulas
participèrent à la défense du poste de Bonzi en 1909

26
1.2.2-Les moyens économiques et politiques

Ils complètent les moyens militaires pour imposer la domination


française.
Les moyens économiques devaient contraindre les populations
ivoiriennes à la mise en valeur de la colonie.
A cet effet, il leur fut demander de développer les cultures commerciales
destinées à l'exportation (cacao, café, coton) et l'infrastructure économique
(routes, chemin de fer, etc.); des mesures foncières: le décret du 23 octobre
1904 fit de l'État colonial le propriétaire des « terres vacantes et sans
maîtres », c'est-à-dire de la plus grande partie du territoire. Le colonisateur
se réserva ainsi le droit d'exploiter directement ou de concéder
l'exploitation de toutes les terres autres que celles occupées par les villages
; des mesures autres activité commerciale fut orientée vers les routes et les
postes crées par le colonisateur au détriment des routes et des marchés
précoloniaux et les moyens politiques devaient permettre de tenir le pays
et d'en assurer la gestion. Ainsi les groupements traditionnels ethniques
et politiques furent démantelés et perdirent leur importance tance au
profit des nouvelles unités administratives de la colonisation. Les anciens
chefs furent destitués, de nouveaux choisis parmi les collaborateurs et les
auxiliaires du colonisateur Celui-ci usa et abusa de la technique du «
diviser pour régner », en attisant les oppositions entre ethnies, en
privilégiant certaines, tels les Malinkés. Dioula, qui furent souvent les
premières à être massacrées par les résistants.
Les moyens aussi bien militaires que politiques et économiques permirent
de réaliser, par étapes, la conquête coloniale.

II-LES ETAPES DE LA CONQUETE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE


A la phase dite de « pénétration pacifique » correspond la conquête
partielle, à celle de « la manière forte » la conquête totale.

2.1-La conquête partielle : 1893-1908

Elle fut marquée par quelques grandes batailles : bataille de Bonoua contre
la colonne Monteil en 1894, bataille de Bouna contre la colonne Braulot en
1897, prise du poste de Salékro en 1902, qui ne furent pas toujours à
l'avantage des troupes coloniales. L'initiative appartenait aux Africains

27
qui n'engageaient le combat que lorsqu'ils s'étaient assurés une écrasante
supériorité, soit par des embuscades multipliées et souvent meurtrières,
soit en prenant par surprise un poste. Cette période s'acheva sur un bilan
mitigé. Le Nord, l'Est et le Sud-Est furent conquis et soumis, le reste de la
colonie persista dans une hostilité permanente.
Les opérations militaires entreprises de 1893 à 1908 permirent aux troupes
coloniales de détruire les royaumes et les empires, de réprimer les
soulèvements dans le Sud et surtout le Centre et l'Ouest (carte 8)

2.2-La conquête totale 1908-1920

Cette période fut matérialisée par l’emploi systématique de la force. Elle


put parfois lui échapper comme dans le cas de la révolte des Abbey. Il ne
fut plus question de guerre dans le langage officiel mais de pacification et
d'opérations de police. Le mot de « pacification » recouvrait en fait la
guerre que les troupes coloniales livrèrent pendant cette période.
La politique de conquête totale évolua suivant trois phases : une phase de
mise en place du plan de conquête caractérisée par l'insuffisance des
moyens d'action, de 1908 à 1909, une phase dite « d'action vive » avec
l'emploi des colonnes militaires, de 1909 à 1911, et une phase dite « des
taches d'huile » ou de consolidation, de 1911 à 1915.
La première phase fut caractérisée par l'emploi de faibles effectifs et une
action militaire au coup par coup suivant l'apparition ou le durcissement
des foyers insurrectionnels. Les troupes coloniales durent faire face à des
soulèvements généralisés dans l'Ouest (pays yacouba, gouro et bété), le
Centre (tribus ayaou et akoué), et le Sud (Akyé d'Adzopé et Adioukrou
d'Osrou). La deuxième phase, celle de « l'action vive » vit la mise en œuvre
d'une stratégie coordonnée et de grande envergure avec l'emploi des
colonnes militaires. Le soulèvement des Abbey en 1910 fut sévèrement
réprimé. Il permit au gouverneur Angoulvant de disposer d'effectifs plus
importants pour mener la conquête. Dans le Centre, l'objectif fixé fut de
dégager l'axe du Bandama et celui du N'zi. Pour le réaliser, des colonnes
furent lancées contre les Ngban, les Agba, les Nanafouè, les Yaouré et les
Kodè. Dans l'Ouest, les opérations militaires commencèrent en 1910 et se
poursuivirent jusqu'en 1915. Les Dan ou Yacouba, les Toura et les Wê
(Guéré et Wobè) subirent des répressions impitoyables. La région ne fut

28
pas pour autant « pacifiée ». La région de Man fut remise sous
administration militaire jusqu'en 1921, celle de Toulépleu à Taï le resta
jusqu'en 1946. Dans le Centre-Ouest, la conquête du pays gagou et gouro
ne fut définitivement qu'en 1912, celle du pays dida en 1913 et celle du
pays bété en 1915 (voir planches IV et V).
La troisième phase dite « de la tache d'huile » fut marquée par le
quadrillage systématique du pays tout entier. Ce quadrillage s'effectua de
proche en proche en partant des régions déjà soumises. Il connut une
pause avec la Première Guerre mondiale. Au sortir de la guerre, il ne resta
plus qu'à soumettre le pays lobi dans le nord-est de la colonie. Cette
conquête se fit sous la férule de Raphaël Antonetti, gouverneur de la Côte
d'Ivoire de 1917 à 1924. Les opérations décisives contre les Lobi furent
menées en novembre 1920. A la fin de cette année, le territoire ivoirien fut
totalement conquis.

III. LES RÉSISTANCES IVOIRIENNES A LA CONQUÊTE


COLONIALE

Les résistances ont pris des formes diverses, spontanées et organisées,


civiles et militaires, économiques et socioculturelles. Elles ont varié en
durée et en ampleur et ont concerné aussi bien les sociétés étatiques que
les sociétés lignagères.

3.1-Les formes d'organisation des Résistances

Elles sont militaires, économiques et socioculturelles.

3.1.1-Les formes militaires

Elles se fondent sur une organisation des combattants, sur une tactique et
une stratégie particulière.
Du point de vue des combattants, les sociétés étatiques opposent des
armées régulières aux troupes coloniales. Ainsi, par exemple, l'armée de
Samori comptait en moyenne 20 à 25 000 hommes, divisés en différents
corps (infanterie, cavalerie). Les communautés villageoises et tribales
n'ont pas d'armées régulières. Elles pratiquent des levées en masse,
mobilisant tous les hommes valides sous la conduite des chefs de guerre.
Chaque tribu, chaque village se défend avec ses propres moyens. Le

29
guerrier vient au combat avec ses armes et les hommes de son village ou
de son groupe ethnique.
L'armement comprend des armes traditionnelles comme l'arc, les lances
et les javelots ainsi que les armes à feu. Celles-ci sont de deux types : les
fusils dits de traite, longs fusils à silex qu'on charge par le canon avec de
la poudre indigène ou des pierres, les fusils plus perfectionnés à culasse
avec cartouche métallique (à tir rapide), notamment le modèle Gras, fusil
à verrou et à cartouche métallique, le modèle Kropatschek et le modèle
Chassepot. Le nombre d'armes à tir rapide est très faible par rapport aux
« fusils de traite ».
La tactique et la stratégie font appel à plusieurs opérations militaires : le
coup de main, la razzia, la tactique de la terre brûlée, la guerre de
harcèlement et la guerre de siège. Les résistants africains useront de toutes
ces opérations, avec une prédominance de la guerre de harcèlement ou
guérilla et la guerre de siège. Ainsi de petits groupes de guerriers postes
aux points stratégiques-passages des cours d'eau, défilés, massifs
forestiers accrochent continuellement les colonnes militaires, coupent les
lignes de ravitaillement et de communication, assiègent les postes et les
forts. Ils élever différentes fortifications : enceintes fortifiées (tata),
palissades de haies vives, pistes barrées avec des murailles en pierres
sèches, avec des abattis d'arbres, des trous de loup, fossés munis de
chausse-trappes empoisonnées.

3.1.2-Les formes économiques et socioculturelles

Les formes économiques visent à préserver l'économie traditionnelle que


l'action du colonisateur contribue à détruire.
Elles se traduisent d'abord par le maintien des structures et des
partenaires traditionnels du commerce. Ainsi les axes d'échanges
précoloniaux sont toujours fréquentés au détriment de nouveaux axes de
la colonisation (chemin de fer, routes), les monnaies africaines (sombé,
cauris, manille, poudre d'or) toujours utilisées. Les partenaires
commerciaux n'ont pas changé non plus : marchands malinké-dioula,
animateurs du réseau commercial entre la zone des savanes et celle des
forêts, courtiers n’zima ou assoko, négociants anglais dans la zone côtière.

30
Elles se manifestent ensuite par une série de refus des mesures
économiques imposées par le colonisateur : refus de l'impôt et des taxes
commerciales, refus de la monnaie française, refus d'approvisionner les
marchés des postes coloniaux, refus des cultures obligatoires, qui se
traduit par des destructions des pépinières de cacao et de coton ou des
cultures vivrières réquisitionnées. C'est ainsi que les Baoulés procèdent en
1917- 1918 à la destruction massive des ignames noires et des animaux au
pelage noir pour affamer le Blanc et ses tirailleurs ». Ce mouvement gagne
les régions gouro, dida et bété. Il ne prend fin qu'à la suite d'arrestations
massives opérées par l'administration coloniale en 1917 et 1918.
Les résistances socioculturelles expriment les efforts des sociétés
ivoiriennes pour défendre leur mode d'existence sociale et culturelle.
Du point de vue social, les liens de parenté et d'alliance ont permis de
nouer des coalitions militaires pour résister aux troupes coloniales. La
nouvelle hiérarchie sociale introduite par le colonisateur est rejetée; les
chefs nommés par l'administration ne sont pas reconnus, la libération des
esclaves est combattue. Enfin, la résistance prend la forme d'émigrations
massives pour certaines populations frontalières. C'est le cas des Agni du
Sanwi dont 12 000 émigrent en Gold Coast en 1917 et des Wê qui émigrent
au Libéria.

3.2-Les deux types de résistances

3.2.1-La résistances des Etats : l’exemple de l’empire de Samori

Samori réussit à mettre sur pied une armée permanente, bien entraînée et
disciplinée, caractérisée par son esprit de corps et son homogénéité. A
partir de 1890, il créa des unités entraînées et habillées à l'européenne et
dotées d'armes modernes, notamment des fusils à tirs rapides. Les effectifs
de ces unités oscillèrent entre 1000 et 2000 hommes dont la garde
personnelle de Samori et les fameux sofas de Dabadougou.
Grâce à son organisation militaire centralisée, Samori réussit à infliger de
lourdes pertes à l'ennemi. Il remporta quelques grandes victoires
militaires : victoire de Wenyako, près de Bamako, le 3 avril 1883 contre la
colonne du colonel Borgnis-Desbordes; victoire de Dabadougou, près de
Kankan, le 3 septembre 1891 contre la colonne du commandant Humbert;
victoire sur la colonne du lieutenant-colonel Monteil en 1895; destruction

31
de la colonne britannique du Major Henderson près de Wa, le 5 avril 1897,
destruction de la colonne française du capitaine Braulot, près de Bouna, le
20 août 1897.
Les difficultés de logistique et d'armement expliquent enfin l'échec de la
résistance samorienne. Malgré son échec définitif, cette résistance eut une
grande portée historique. Elle retarda, par sa durée, la prise de possession
coloniale ; elle transforma les sociétés autochtones, notamment par les
transferts massifs de population, par les changements sociaux et
politiques. Elle servit de référence, de mythe mobilisateur à la lutte
anticolonialiste et nationaliste.

3.2.2-La résistance des sociétés lignagères : l'exemple des Abbey

Les Abbey entrèrent en contact avec les Français en 1903 avec la mission
Crosson-Duplessis chargé de déterminer le tracé du chemin de fer.
Jusqu'en 1908, les Abbey et les Français collaborèrent à la construction de
postes, comme le poste d'Ery-Makouguié en 1904, et du chemin de fer.
Mais les relations se détériorèrent quand les exigences de l'administration
coloniale devinrent de plus en plus lourdes. Aux corvées et au portage
s'ajoutèrent le recensement et la perception de l'impôt de capitation. En
outre, l'implantation d'étrangers africains, tels les colporteurs dioulas et
de colons français, tels les commerçants et les exploitants forestiers, lésa
gravement les intérêts des Abbey. Leur soulèvement en 1910 résulta ainsi
de la désintégration de leur société qu'entraîna la mise en place du
système colonial.
La résistance fut organisée de façon collective par les hommes de guerre
de plusieurs groupes de villages. Ces hommes de guerre reçurent le
soutien de féticheurs qui menèrent campagne en faveur de la guerre
contre les Blancs en ayant recours à toutes les ressources de la culture et
du mysticisme traditionnels. Les plus célèbres furent Soboa et Coffi
Amana.

32
CONCLUSION

En définitive, l’Histoire de la Côte d’Ivoire qui s’étend de 1843 à 1920 est


une mine d’informations qui permet de comprendre les évènements qui
s’y sont dérouler après. Cette phase intermédiaire entre la Côte d’Ivoire
précoloniale et la Côte d’Ivoire coloniale nous apprend les relations entre
Ivoiriens et Européens. Ces relations d’abord commerciales ont abouti à
la création de la colonie de Côte d’Ivoire en 1893 dont les principaux
rôles ont été confiés aux résidents.

33
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION............................................................................................ 1
SOMMAIRE ..................................................................................................... 2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871 .............................. 3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI........................................................................................................... 4
1.1-L’impérialisme commercial ..................................................................................... 4
1.2-La politique des points d’appui ............................................................................. 4
II-LES COMPTOIRS FORTIFIES FRANÇAIS 1843-1871............................. 4
2.1-Premices de la création des comptoirs : la mission d’exploration d’Edouard
Bouet ................................................................................................................................... 4
2.2-L’installation des comptoirs fortifiés..................................................................... 5
2.2.1-L’organisation des comptoirs fortifiés ............................................................... 5
2.2.2-Le rôle des comptoirs fortifiés ............................................................................. 6
2.3-L’échec des comptoirs fortifiés et le retrait français........................................... 6
2.3.1-Les raisons explicatives de l’échec des comptoirs fortifiés ........................... 6
2.3.2-Le retrait français.................................................................................................... 6
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES RESIDENTS
FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893).............................................. 8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME COLONIAL
........................................................................................................................... 9
1.1-Les facteurs économiques ........................................................................................ 9
1.2-Les facteurs politique ............................................................................................... 9
1.3-Les facteurs idéologiques : la mission civilisatrice de l’Europe .................... 10
II- LES DES RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893) 10
2.1-Arthur Verdier : premier résident français de 1878 à 1889 ............................ 10
2.1.1-Les actions d’Arthur Verdier 1878-1887 .......................................................... 10
2.1.2-Les explorations de Treich-Laplène et Binger 1887-1889............................. 12
2.2-Les successeurs de Verdier et la fin de la période des Résidents 1889-1893
............................................................................................................................................ 14
2.2.1-Treich-Laplène et les prémices de la colonie de Côte d’Ivoire ................... 14

34
2.2.2-Les successeurs de Treich-Laplène ................................................................... 15
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE D’IVOIRE
(1878-1920) ..................................................................................................... 16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA COLONIE
DE COTE D’IVOIRE ..................................................................................... 17
1.1-Le contexte métropolitain ...................................................................................... 17
1.2-Le contexte africain ................................................................................................. 18
II-LE DECRET DE CREATION DE LA COLONIE ET LA DELIMITATION
DES FRONTIERES ........................................................................................ 18
2.1-Le décret de création du 10 mars 1893 ................................................................ 18
2.2-La délimitation des frontières ............................................................................... 19
2.3-La frontière orientale .............................................................................................. 20
2.4-La frontière occidentale .......................................................................................... 21
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
1893-1920 ........................................................................................................ 22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE ............................ 23
1.1-Les politiques de conquête .................................................................................... 23
1.1.1-La politique de « pénétration pacifique » ....................................................... 23
1.1.2-La politique de conquête violente ou « de la manière forte » ..................... 25
1.2-Les moyens de la conquête.................................................................................... 26
1.2-1-Les moyens militaires ......................................................................................... 26
1.2.2-Les moyens économiques et politiques ........................................................... 27
II-LES ETAPES DE LA CONQUETE COLONIALE .................................. 27
2.1-La conquête partielle : 1893-1908 ......................................................................... 27
2.2-La conquête totale 1908-1920 ................................................................................ 28
III. LES RÉSISTANCES IVOIRIENNES ...................................................... 29
3.1-Les formes d'organisation des Résistances ........................................................ 29
3.1.1-Les formes militaires ........................................................................................... 29
3.1.2-Les formes économiques et socioculturelles .................................................. 30
3.2-Les deux types de résistances ............................................................................... 31
3.2.1-La résistances des Etats : l’exemple de l’empire de Samori ........................ 31
3.2.2-La résistance des sociétés lignagères : l'exemple des Abbey ...................... 32

35
CONCLUSION .............................................................................................. 33
TABLE DES MATIERES ............................................................................... 34
BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................... 37

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BIBLIOGRAPHIE

KIPPRE Pierre, 2005, Côte d’Ivoire : La formation d’un peuple, Edition


SIDES et IMA, 299 p
LOUCOU Jean-Noël, 2012, La Côte d’Ivoire coloniale 1893-1960, Editions
CERAP-FHB, 365 p
COQUERY-VIDROVITCH Catherine. B. Schnapper, La politique et le
commerce français dans le golfe de Guinée de 1838 à 1871; P 154.

ATGER Paul, La France en Côte Ivoire de 1843 à 1893. Cinquante ans


d’hésitations politiques et commerciales. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 19ᵉ année, N. 2, 1964. pp. 385-388;

LOUCOU Jean-Noel, 2007, Côte d'Ivoire: Les résistances à la conquête


coloniale, Abidjan, les Editions du CERAP, 150 p.

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