PC - PL 2024 Cours Prepa
PC - PL 2024 Cours Prepa
D’IVOIRE : 1843-1920
Dr Adoni
INTRODUCTION
1
SOMMAIRE
INTRODUCTION............................................................................................ 1
SOMMAIRE ..................................................................................................... 2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871 .............................. 3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI........................................................................................................... 4
II-LES COMPTOIRS FORTIFIES FRANÇAIS 1843-1871............................. 4
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES RESIDENTS
FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893).............................................. 8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME COLONIAL
........................................................................................................................... 9
II- LES DES RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893) 10
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE D’IVOIRE
(1878-1920) ..................................................................................................... 16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA COLONIE
DE COTE D’IVOIRE ..................................................................................... 17
II-LE DECRET DE CREATION DE LA COLONIE ET LA DELIMITATION
DES FRONTIERES ........................................................................................ 18
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
EN CÖTE D’IVOIRE 1893-1920 ................................................................... 22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE ............................ 23
II-LES ETAPES DE LA CONQUETE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE
......................................................................................................................... 27
III. LES RÉSISTANCES IVOIRIENNES A LA CONQUÊTE COLONIALE
......................................................................................................................... 29
CONCLUSION .............................................................................................. 33
TABLE DES MATIERES ............................................................................... 34
BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................... 37
2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871
3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI
1.1-L’impérialisme commercial
La politique française dite des points d’appui fut formulée en 1843 par le
ministre des affaires étrangères François Guizot. Pour lui, la France devait
posséder sur les points du globe destinés à devenir de grands centres de
commerce et de navigation, des stations maritimes sûres et fortes qui
servent d’appui au commerce, où ses navires puissent venir se ravitailler
et chercher refuge. La création de comptoirs fortifiés sur le littoral ivoirien
s’inscrivait dans les objectifs de cette politique.
Au total, trois comptoirs fortifiés furent érigés pour défendre les intérêts
stratégiques et commerciaux des Français. Ils furent regroupés sous le
vocable « d’Etablissements français de la Côte d’Or ».
4
secondé par le capitaine Broquant, délégué de la Chambre de commerce
de Bordeaux, entreprit sa mission à bord de la canonnière-brick La
Malouine, de novembre 1838 à mai 1839. Malgré les réticences des milieux
commerciaux qui ne croyait pas à l’avenir du commerce français dans le
golfe de Guinée, le roi Louis-Philippe 1er décida, par une ordonnance du
29 décembre 1842, de faire construire d’urgence trois comptoirs fortifiés.
Les traités avec les chefs des régions côtières permettent à la France
d’installer trois (3) comptoirs fortifiés sur les côtes ivoiriennes en
l’occurrence le comptoir d’Assinie, le comptoir de Gand-Bassam et celui
de Dabou.
Le comptoir d’Assinie achevé le 29 juillet 1843 fut baptisé Fort Joinville du
nom de François d’Orléand, prince de Joinville. Il était composé d’un carré
de fortes palissades, et flanqué à chaque angle d’un bastion en pierres. En
1847, le comptoir fut reconstruit sur la rive droite de la lagune d’Aby.
Le comptoir de Grand-Bassam fut achevé le 28 septembre 1843 et prit le
nom de Fort Nemours en hommage à Philippe d’Orléans, duc de
Nemours. Dans ce réduit étaient établis un blockhaus, deux poudrières,
des hangars servant de magasins aux factoreries, des logements pour les
officiers et soldats, la maison et la chapelle des missionnaires.
Le comptoir de Dabou fut érigé du 6 au 17 octobre 1853 sous la direction
du capitaine du génie Louis Faidherbe qui commença ainsi en Côte
d’Ivoire sa carrière africaine.
5
2.2.2-Le rôle des comptoirs fortifiés
Ces comptoirs qui abritent des garnisons ont d’abord des fonctions
stratégiques. Ils servent de points d’appui aux navires français qui
pouvaient s’y ravitailler ou trouver refuge pour leurs marins. Ils
contrôlent les régions où ils sont implantés.
Ils ont ensuite des fonctions économiques et commerciales. Il s’agit
principalement de drainer les richesses économiques : or et ivoire à
Assinie, huile de palme à Grand-Bassam et Dabou.
Dans le cadre du libre-échange, le gouvernement français prit un décret le
12 septembre 1868 autorisant l’ouverture des comptoirs aux commerçants
étrangers. Le négociant anglais Andrew Swanzy put ainsi installer des
factoreries dans chaque comptoir.
6
furent évacuées le 24 janvier 1871. Après l’évacuation s’ouvre la période
du commerce sans protection marqué par l’ascension d’Arthur Verdier.
7
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES
RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893)
8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME
COLONIAL
L’impérialisme dont l’expansion coloniale du dernier quart du XIXe siècle
est une des manifestions, révèle de facteurs généraux qui expliquent son
apparition et son développement.
9
1.3-Les facteurs idéologiques : la mission civilisatrice de l’Europe
Les Résidents français ont jeté les bases de la colonie par leurs actions
diplomatiques et économiques, par les missions d’explorations de l’arrière
de l’arrière-pays. Deux fortes personnalités ont marqué cette période :
Arthur Verdier et Treich-Laplène. Ils sont avec Louis Gustave Binger les
pères-fondateurs de la colonie de Côte d’Ivoire.
C'est en 1858 qu'il fit ses premières tentatives de commerce sur la côte
krou. Puis il s'installa à Grand-Bassam en 1862, mais sa petite factorerie
fut ravagée par un incendie en 1863, comme déjà évoqué. L'année
suivante, grâce à l'aide financière de quelques Noirs de Grand-Bassam, il
revint en France pour réunir des capitaux indispensables au redémarrage
de son entreprise commerciale. Mais c'est en Hollande qu'il eut gain de
cause. Jusqu'en 1867, il devint ainsi le commanditaire de la Maison
hollandaise Baumann Von Biscovel.
Au moment de l'évacuation française en 1871, Verdier s'installa à son
compte en reprenant les affaires de la maison française Morsh et Cie.
D'abord officieux « Gardien du pavillon français », il fut nommé par un
arrêté du 4 novembre 1878, « Résident de France ». Il recevait une
subvention annuelle de 20 000 francs pour l'entretien d'une petite force de
police indigène et le paiement de quelques « coutumes » aux chefs
10
indigènes. Il relevait du commandant de la Division navale de l'Atlantique
Sud et, en son absence, du Commandant particulier du Gabon.
Selon les termes de l'arrêté de nomination du Résident : « Il doit tenir l'un
et l'autre au courant des événements intéressant le commerce ou les
relations avec les indigènes, transmettre les réclamations des
commerçants, servir d'intermédiaire pour le paiement des coutumes et
solliciter le cas échéant l'intervention d'un bâtiment de la Marine. Mais il
n'a aucune attribution diplomatique ni consulaire »
Verdier prit fonction le 22 novembre 1878, mais rentra dès l'année suivante
en France d'où il dirigea ses affaires avec le concours de ses agents
demeurés à Assinie et à Grand-Bassam. Il leur délégua aussi ses fonctions
de Résident : d'abord à Ferdinand Bidaud, puis à Amédée Brétignère,
enfin à Marcel Treich-Laplène.
Bien qu'il n'eût pas compétence dans le domaine diplomatique, Verdier
s'employa à préserver les droits français contre les empiètements des
Anglais installés en Gold Coast. Sur ses instances, le gouvernement
français accepta la création d'une commission franco-anglaise pour
délimiter la frontière orientale. Cette commission se mit à pied d'œuvre le
19 décembre 1883. Elle était dirigée du côté français par Amédée
Brétignère et le capitaine de frégate Godin, et du côté anglais par le
lieutenant de vaisseau Pullen et le capitaine Firminger. Les négociations
allaient achopper sur les revendications territoriales. Les Français
réclamaient toute la partie septentrionale de la lagune Tendo et toute la
rive droite du Tanoé. La commission se sépara sur un constat d'échec le 14
janvier 1884.
L'action de Verdier fut plus heureuse en affaires, d'autant plus qu'il utilisa
sans vergogne son titre officiel au mieux de ses intérêts économiques.
Ceux-ci concernaient trois domaines le commerce, l'agriculture et
l'exploitation minière.
Le commerce était pris en charge par le réseau de factoreries que Verdier
possédait à Assinie, Grand-Bassam, Dabou, Alépé et Bettié. Ces factoreries
étaient à la fois des entrepôts pour les marchandises et des magasins de
vente en gros et au détail. Elles disposaient de débarcadères ou wharfs sur
la lagune d'où partaient les chaloupes et les vapeurs pour ravitailler les
villages. Elles proposaient comme produits d'exportation, l'huile de
11
palme, la poudre d'or, le bois d'acajou, le caoutchouc et comme produits
d'importation, les tissus, les fusils à silex, la poudre à fusil, les alcools et
les eaux-de-vie. Le mouvement commercial était estimé en 1885 à 7
millions de francs dont 4 millions à l'exportation et 3 millions à
l'importation.
Dans le domaine agricole, Verdier obtint le 7 avril 1880 par un accord avec
le roi du Sanwi Amon N'douffou, des terres de cultures à Elima en
bordure de la lagune Aby. Il édifia sur ces terres une école primaire
(ouverte en 1887) et surtout un vaste complexe agricole comprenant une
plantation de caféiers de 100 hectares portés par la suite à 400 hectares, un
verger de manguiers, d'orangers et citronniers. Ce complexe fut d'abord
dirigé par son frère Ernest Verdier, puis par Brétignère et Treich-Laplène.
Dans le domaine des mines, Verdier se fit octroyer par le roi du Sanwi le
monopole de l'exploitation des gisements aurifères avec une contrepartie
pour le roi à condition qu'aucun autre Européen ne fût autorisé à exploiter
les mêmes gisements. Mais la mission de prospection commanditée en
1887 et dirigée par Brétignère et l'ingénieur des mines Chaper révéla que
ces gisements n'étaient pas rentables pour une exploitation industrielle.
Si les activités commerciales de Verdier étaient relativement florissantes,
elles devenaient de plus en plus difficiles à concilier avec celles de
Résident.
Les difficultés politiques avec les indigènes, la concurrence des autres
commerçants, le manque de moyens pour sa mission officielle poussèrent
le Résident à demander à être déchargé de ses fonctions officielles en 1884.
Cette demande arrivait à point nommé car la conjoncture historique
poussait le gouvernement français à reprendre en main ses possessions de
la Côte d'Or.
12
Le traité de protectorat entre les Anglais et le royaume du Sefwi signé 8
février 1887 vint modifier la situation politique l'arrière-pays des
comptoirs français de la Côte d'Or et commerciale dans
L'un des effets de ce traité fut d'une part, de couper la route commerciale
qui reliait Koumassi, capitale du royaume ashanti à Krindjabo, capitale du
royaume sanwi et au comptoir français d'Assinie et d'autre part, de
rétablir au contraire la communication entre le royaume abron du
Gyaman et le port de Cape Coast.
Pour contrecarrer l'expansion anglaise, les Français organisèrent une
mission auprès des rois et chefs des pays agni et abron. Cette mission fut
confiée à Marcel Treich-Laplène accompagné de quelques hommes de
Krindjabo, dont l'interprète Katié Assanvo qui lui fut d'un secours
inestimable par sa connaissance de la région, par son sens politique et son
entregent. Partie de Krindjabo le 2 mai 1887, la mission arriva à Béttié le
12 et à Zaranou le 17; elle atteignit Abengourou le 22. Treich-Laplène fut
alors contraint au repos par un violent accès de fièvre. Il envoya au roi des
Abron, Adjoumani (Kouakou Agyéman) son interprète Katié. Rétabli, il
poussa son voyage jusqu'à Amoakonkro (Amélékia) où il signa le 25 juin
1887 avec Amoakon Dihyè, souverain du Ndenyè (Indenié) un traité de
protectorat. Sur le chemin de retour, il signa des traités de protectorat avec
Bourbé, chef d'Abradinou, le 13 juillet 1887, avec Ehui Koutoua, chef de
Yakassé et Bénié, chef de Kotokro (Attakro) le 21 juillet 1887. Déjà à l'aller,
Treich-Laplène avait signé le 13 mai 1887 un traité plaçant sous protectorat
français la principauté de Bettié dirigée alors par Bénié Kouamé.
Hormis ces traités de protectorat, la mission de Treich-Laplène fut un
relatif échec. Elle ne put atteindre le royaume abron; elle se heurta à
l'hostilité d'un fort parti anglophile, car l'économie de la région était
orientée vers la Gold Coast
La même année 1887 correspondit au début d'une autre mission
d'exploration que le gouvernement français confia au lieutenant Louis
Gustave Binger qui devait procéder à « l'importante reconnaissance
géographique de la boucle du Niger et la mission politique de relier les
établissements français du Soudan au golfe de Guinée ». 25
13
Les missions de Treich-Laplène et de Binger permirent de recueillir une
abondante documentation d'ordre et politique, ethnographique
géographique, commercial, de signer des traités de protectorat, de révéler
importance économique et politique de la future Côte d'Ivoire.
Un décret du 1 août 1889 créa trois groupes de possessions dotées d'une
autonomie financière et administrative : les Rivières du Sud, les
Etablissements de la Côte d'Or et les Établissements du golfe de Bénin.
D'autre part, une convention franco-anglaise du 10 août 1889 reconnut que
les territoires parcourus par Treich-Laplène et Binger étaient sous
domination française
14
2.2.2-Les successeurs de Treich-Laplène
Il fut remplacé par l'administrateur Jean Désaille jusqu'en 1892. Après les
intérims des administrateurs Voisin et Bricard, les fonctions de Résident
revinrent à Paul de Beeckman de novembre 1892 à mars 1893.
Ces différents Résidents rencontrèrent de nombreuses difficultés dans la
gestion des possessions de la Côte d'Or. Ils se heurtèrent notamment à la
vive opposition des populations du Sud, menacées dans leurs activités
commerciales par l'implantation des postes douaniers et la concurrence
des commerçants français. Les Avikam de Grand-Lahou se soulevèrent en
août 1890 contre les Français, les Adioukrou de Dabou en mars et les
Elomouen de Tiassalé en mai 1891 Ces derniers massacrèrent les
explorateurs français Voituret et Papillon qui avaient commis des
exactions sur leur territoire. Une colonne militaire dirigée par le lieutenant
Staup fut envoyée contre les Elomouen qui la taillèrent en pièces le 11 mai
1891. Cette défaite française mit en évidence deux problèmes qui
commandaient l'organisation des possessions de la Côte d'Or : les moyens
militaires et la pénétration de l'arrière-pays. A défaut de moyens militaires
conséquents, les autorités relancèrent les missions d'exploration de
l'arrière-pays.
15
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE
D’IVOIRE (1878-1920)
16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA
COLONIE DE COTE D’IVOIRE
17
diverses branches du commerce et de l'industrie dans les colonies ». Elle
publiait également un bulletin, la Quinzaine coloniale.
Le « parti » colonial amena l'opinion publique à moins de réticence à
l'égard de la colonisation. D'autant plus que la création d'une armée
coloniale recrutée par engagement volontaire n'obligea plus les jeunes
soldats du contingent à des campagnes lointaines.
18
Le gouverneur de la Guinée française est chargé de l'exercice du
protectorat avoisinants de la République sur le Fouta-Djalon et les
territoires
Le gouverneur de la Côte d'Ivoire est chargé de l'exercice du protectorat
de la République sur les États de Kong. Toutefois les États de Samory et
de Thieba restent sous le gouvernement-commandant supérieur du
Soudan français. L'action du du Bénin s'étendra sur tous les
établissements compris entre la colonie anglaise de Lagos et la colonie
allemande du Togo et sur les territoires de l'intérieur.
Art.4
Le service du Trésor est assuré dans chacune des colonies par un trésorier-
payeur.
Art.5
Sont abrogées toutes dispositions contraires au présent décret.
Son application :
Les colonies du premier groupe relevaient du Sénégal et ses dépendances.
L'ordonnance organique du 7 septembre 1840 relative au Sénégal et à ses
dépendances fut alors applicable à la Côte d'Ivoire. La colonie devait être
administrée par un gouverneur et deux chefs d'administration assistés
d'un conseil d'administration. Ce conseil, composé du gouverneur, des
deux chefs d'administration et de deux notables, n'avait pas de pouvoirs
politiques.
Les États de Samori, dans le Nord furent rattachés à la Côte d'Ivoire en
1899, ceux de Thieba au Soudan français (carte 6).
Il faudra trois décennies (des années 1880 aux années 1900) pour fixer
définitivement les frontières de la colonie de Côte d'Ivoire. Ces frontières
étaient administratives parce qu'elles ne délimitaient pas encore un État,
mais un territoire occupé et administré par une métropole qui dessinait la
géographie politique de ses possessions au gré de ses besoins, de ses
intérêts et de ses priorités. Elles étaient artificielles et arbitraires pour les
19
populations concernées dont les avis furent rarement sollicités ou pris en
compte, et pis dont l'identité culturelle et les intérêts furent superbement
ignorés. Elles divisèrent ainsi les grands ensembles ethnoculturels : à
l'ouest, les Krou divisés entre Liberia et Côte d'Ivoire, à l'est, les Akan entre
Gold Coast et Côte d'Ivoire, au nord, les Mandé et les Gour ou Voltaïque
répartis entre Guinée, Soudan, Haute-Volta, Gold Coast et Côte d'Ivoire.
Ce nouveau cadre territorial, lit de Procuste imposé aux populations, allait
cependant forger progressivement une identité ivoirienne.
C'est la façade maritime méridionale qui fut parcourue et délimitée la
première. Les Français s'installèrent dans sa portion sud-est dès la
première moitié du XIXe siècle. Une série de traités signés entre 1890 et
1894 avec les chefs des villages côtiers permit d'étendre l'occupation
française de Grand-Lahou jusqu'au fleuve Cavally au sud-ouest. Puis
furent délimitées les frontières orientale, occidentale et septentrionale de
la colonie.
Elle fut difficile à délimiter en raison des rivalités entre Anglais et Français
pour contrôler cette zone névralgique entre les fleuves Volta et le golfe de
Guinée, et de l'existence de chefferies et de royaumes précoloniaux qui
avaient signé des traités avec les uns et les autres et qui, au surplus,
n'étaient pas informés du partage de leurs territoires.
Une première tentative en 1883 fut infructueuse comme nous l'avons déjà
indiqué. Une nouvelle commission franco-anglaise de délimitation dirigée
par Binger et le major Lang fut institué le 26 juin 1891. Ses travaux
permirent de déterminer un premier tracé, dans la partie méridionale, du
village de Newton à celui de Nougoua, suivant le cours inférieur de la
rivière Tanoé. Mais la question de la possession du village de Nougoua
que réclamaient les deux parties n'était pas tranchée. Aussi des
négociations menées à Paris par leurs représentants, Hanotaux et Philips,
aboutirent à l'accord du 12 juillet 1893 qui donnait Nougoua à la France et
fixait la frontière de l'océan jusqu'au 9º degré de latitude nord.
La convention du 14 juin 1898 prolongea ce tracé jusqu'au 11º parallèle
tout en accordant l'égalité de traitement pour les personnes et les biens.
20
Pour régler les détails de ce tracé, Delafosse et Watherson conduisirent
une mission sur le terrain qui permit de conclure l'arrangement du 1
février 1903 et d'aborner la frontière de Nougoua à la Volta noire en
passant au droit de Niablé et de Bondoukou. La fixation de la frontière fut
confirmée par l'accord de mai 1905. Enfin la commission Noël-Dalles
procéda à un nouvel abornement en 1926.
21
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
EN CÖTE D’IVOIRE 1893-1920
Commencée en 1893, la conquête coloniale dura près de trente années. Elle
se déroula en deux phases correspondant à deux politiques : la première
baptisée « pénétration pacifique » de 1893 à 1908, la seconde, « politique
de la manière forte » de 1908 à 1920. Elles furent marquées par l'action de
deux gouverneurs : François-Joseph Clozel et Gabriel Angoulvant.
La conquête coloniale se heurta à des résistances acharnées et
protéiformes. Ces résistances manifestaient le refus de la présence
étrangère et la volonté de préserver l'indépendance, le mode de vie des
sociétés ivoiriennes. Elles revêtirent des formes d'organisation diverses
ainsi que des caractères particuliers : politiques, économiques,
socioculturels.
22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE
Elle mit en œuvre des méthodes et des moyens conséquents et se fit par
étapes.
23
instituait l'autonomie financière des colonies. Celles-ci devaient trouver
les ressources de leur développement en Côte d'Ivoire, l'impôt
d’imposition directe des populations locales. En Côte d'Ivoire, l'impôt de
capitation était institué par les arrêtés des 14 et 22 mai 1901 et frappait les
hommes, les femmes et enfants âgés de plus de dix ans. En outre, un décret
du 18 octobre 1904 obligeait les colonies de l'A.O.F. à verser leurs recettes
douanières au gouvernement général à Dakar. De ce fait, le budget de
chaque colonie dépendait davantage des ressources fournies par l'impôt
payé par les indigènes. Il fallait donc une politique de collaboration avec
les chefs et les populations locales pour assurer la collecte de ces
ressources.
Dans le domaine de l'administration, la colonie ne comptait que neuf
cercles et quarante-huit postes administratifs. Elle n'avait donc ni unités
administratives ni personnel d'encadrement en nombre suffisant.
Dans le domaine militaire enfin, les effectifs étaient modestes avec
seulement 840 hommes de troupe en 1908.
La politique de « pénétration pacifique » mise en œuvre par Clozel était
donc le fruit de la nécessité : celle d'assurer la présence française avec des
moyens insuffisants. Elle se résumait ainsi : étudier, approfondir la
connaissance du pays par des reconnaissances géographiques, des études
ethnographiques et historiques, des évaluations des potentialités
agricoles, minières pour en préparer l'administration et l'exploitation
économique ; éviter le recours systématique à la force ; et pour ce faire,
limiter les affrontements militaires ; installer une administration civile de
préférence à une administration militaire et collaborer avec les
populations locales.
Mais cette politique fut un échec cuisant. Elle ne put guère empêcher la
multiplication des affrontements. L'occupation française se limitait aux
régions du Nord, ancien domaine de Samori, au littoral sud-est et à la
frontière orientale. Le reste de la colonie, notamment le Centre et l'Ouest,
échappait à l'autorité française. Même dans les zones dites « pacifiées »,
des soulèvements sporadiques, des attaques des postes militaires et des
caravanes rendaient précaire et dangereuse la présence des Français.
Une autre politique de conquête fut préconisée et appliquée par le
successeur de Clozel.
24
1.1.2-La politique de conquête violente ou « de la manière forte »
25
1.2-Les moyens de la conquête
26
1.2.2-Les moyens économiques et politiques
Elle fut marquée par quelques grandes batailles : bataille de Bonoua contre
la colonne Monteil en 1894, bataille de Bouna contre la colonne Braulot en
1897, prise du poste de Salékro en 1902, qui ne furent pas toujours à
l'avantage des troupes coloniales. L'initiative appartenait aux Africains
27
qui n'engageaient le combat que lorsqu'ils s'étaient assurés une écrasante
supériorité, soit par des embuscades multipliées et souvent meurtrières,
soit en prenant par surprise un poste. Cette période s'acheva sur un bilan
mitigé. Le Nord, l'Est et le Sud-Est furent conquis et soumis, le reste de la
colonie persista dans une hostilité permanente.
Les opérations militaires entreprises de 1893 à 1908 permirent aux troupes
coloniales de détruire les royaumes et les empires, de réprimer les
soulèvements dans le Sud et surtout le Centre et l'Ouest (carte 8)
28
pas pour autant « pacifiée ». La région de Man fut remise sous
administration militaire jusqu'en 1921, celle de Toulépleu à Taï le resta
jusqu'en 1946. Dans le Centre-Ouest, la conquête du pays gagou et gouro
ne fut définitivement qu'en 1912, celle du pays dida en 1913 et celle du
pays bété en 1915 (voir planches IV et V).
La troisième phase dite « de la tache d'huile » fut marquée par le
quadrillage systématique du pays tout entier. Ce quadrillage s'effectua de
proche en proche en partant des régions déjà soumises. Il connut une
pause avec la Première Guerre mondiale. Au sortir de la guerre, il ne resta
plus qu'à soumettre le pays lobi dans le nord-est de la colonie. Cette
conquête se fit sous la férule de Raphaël Antonetti, gouverneur de la Côte
d'Ivoire de 1917 à 1924. Les opérations décisives contre les Lobi furent
menées en novembre 1920. A la fin de cette année, le territoire ivoirien fut
totalement conquis.
Elles se fondent sur une organisation des combattants, sur une tactique et
une stratégie particulière.
Du point de vue des combattants, les sociétés étatiques opposent des
armées régulières aux troupes coloniales. Ainsi, par exemple, l'armée de
Samori comptait en moyenne 20 à 25 000 hommes, divisés en différents
corps (infanterie, cavalerie). Les communautés villageoises et tribales
n'ont pas d'armées régulières. Elles pratiquent des levées en masse,
mobilisant tous les hommes valides sous la conduite des chefs de guerre.
Chaque tribu, chaque village se défend avec ses propres moyens. Le
29
guerrier vient au combat avec ses armes et les hommes de son village ou
de son groupe ethnique.
L'armement comprend des armes traditionnelles comme l'arc, les lances
et les javelots ainsi que les armes à feu. Celles-ci sont de deux types : les
fusils dits de traite, longs fusils à silex qu'on charge par le canon avec de
la poudre indigène ou des pierres, les fusils plus perfectionnés à culasse
avec cartouche métallique (à tir rapide), notamment le modèle Gras, fusil
à verrou et à cartouche métallique, le modèle Kropatschek et le modèle
Chassepot. Le nombre d'armes à tir rapide est très faible par rapport aux
« fusils de traite ».
La tactique et la stratégie font appel à plusieurs opérations militaires : le
coup de main, la razzia, la tactique de la terre brûlée, la guerre de
harcèlement et la guerre de siège. Les résistants africains useront de toutes
ces opérations, avec une prédominance de la guerre de harcèlement ou
guérilla et la guerre de siège. Ainsi de petits groupes de guerriers postes
aux points stratégiques-passages des cours d'eau, défilés, massifs
forestiers accrochent continuellement les colonnes militaires, coupent les
lignes de ravitaillement et de communication, assiègent les postes et les
forts. Ils élever différentes fortifications : enceintes fortifiées (tata),
palissades de haies vives, pistes barrées avec des murailles en pierres
sèches, avec des abattis d'arbres, des trous de loup, fossés munis de
chausse-trappes empoisonnées.
30
Elles se manifestent ensuite par une série de refus des mesures
économiques imposées par le colonisateur : refus de l'impôt et des taxes
commerciales, refus de la monnaie française, refus d'approvisionner les
marchés des postes coloniaux, refus des cultures obligatoires, qui se
traduit par des destructions des pépinières de cacao et de coton ou des
cultures vivrières réquisitionnées. C'est ainsi que les Baoulés procèdent en
1917- 1918 à la destruction massive des ignames noires et des animaux au
pelage noir pour affamer le Blanc et ses tirailleurs ». Ce mouvement gagne
les régions gouro, dida et bété. Il ne prend fin qu'à la suite d'arrestations
massives opérées par l'administration coloniale en 1917 et 1918.
Les résistances socioculturelles expriment les efforts des sociétés
ivoiriennes pour défendre leur mode d'existence sociale et culturelle.
Du point de vue social, les liens de parenté et d'alliance ont permis de
nouer des coalitions militaires pour résister aux troupes coloniales. La
nouvelle hiérarchie sociale introduite par le colonisateur est rejetée; les
chefs nommés par l'administration ne sont pas reconnus, la libération des
esclaves est combattue. Enfin, la résistance prend la forme d'émigrations
massives pour certaines populations frontalières. C'est le cas des Agni du
Sanwi dont 12 000 émigrent en Gold Coast en 1917 et des Wê qui émigrent
au Libéria.
Samori réussit à mettre sur pied une armée permanente, bien entraînée et
disciplinée, caractérisée par son esprit de corps et son homogénéité. A
partir de 1890, il créa des unités entraînées et habillées à l'européenne et
dotées d'armes modernes, notamment des fusils à tirs rapides. Les effectifs
de ces unités oscillèrent entre 1000 et 2000 hommes dont la garde
personnelle de Samori et les fameux sofas de Dabadougou.
Grâce à son organisation militaire centralisée, Samori réussit à infliger de
lourdes pertes à l'ennemi. Il remporta quelques grandes victoires
militaires : victoire de Wenyako, près de Bamako, le 3 avril 1883 contre la
colonne du colonel Borgnis-Desbordes; victoire de Dabadougou, près de
Kankan, le 3 septembre 1891 contre la colonne du commandant Humbert;
victoire sur la colonne du lieutenant-colonel Monteil en 1895; destruction
31
de la colonne britannique du Major Henderson près de Wa, le 5 avril 1897,
destruction de la colonne française du capitaine Braulot, près de Bouna, le
20 août 1897.
Les difficultés de logistique et d'armement expliquent enfin l'échec de la
résistance samorienne. Malgré son échec définitif, cette résistance eut une
grande portée historique. Elle retarda, par sa durée, la prise de possession
coloniale ; elle transforma les sociétés autochtones, notamment par les
transferts massifs de population, par les changements sociaux et
politiques. Elle servit de référence, de mythe mobilisateur à la lutte
anticolonialiste et nationaliste.
Les Abbey entrèrent en contact avec les Français en 1903 avec la mission
Crosson-Duplessis chargé de déterminer le tracé du chemin de fer.
Jusqu'en 1908, les Abbey et les Français collaborèrent à la construction de
postes, comme le poste d'Ery-Makouguié en 1904, et du chemin de fer.
Mais les relations se détériorèrent quand les exigences de l'administration
coloniale devinrent de plus en plus lourdes. Aux corvées et au portage
s'ajoutèrent le recensement et la perception de l'impôt de capitation. En
outre, l'implantation d'étrangers africains, tels les colporteurs dioulas et
de colons français, tels les commerçants et les exploitants forestiers, lésa
gravement les intérêts des Abbey. Leur soulèvement en 1910 résulta ainsi
de la désintégration de leur société qu'entraîna la mise en place du
système colonial.
La résistance fut organisée de façon collective par les hommes de guerre
de plusieurs groupes de villages. Ces hommes de guerre reçurent le
soutien de féticheurs qui menèrent campagne en faveur de la guerre
contre les Blancs en ayant recours à toutes les ressources de la culture et
du mysticisme traditionnels. Les plus célèbres furent Soboa et Coffi
Amana.
32
CONCLUSION
33
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION............................................................................................ 1
SOMMAIRE ..................................................................................................... 2
CHAPITRE I : L ’IMPERIALISME COMMERCIAL FRANÇAIS ET LES
COMPTOIRS FORTIFIES AU XIXE SIECLE 1843-1871 .............................. 3
I-L’IMPERIALISME COMMERCIAL ET LA POLITIQUE DES POINTS
D’APPUI........................................................................................................... 4
1.1-L’impérialisme commercial ..................................................................................... 4
1.2-La politique des points d’appui ............................................................................. 4
II-LES COMPTOIRS FORTIFIES FRANÇAIS 1843-1871............................. 4
2.1-Premices de la création des comptoirs : la mission d’exploration d’Edouard
Bouet ................................................................................................................................... 4
2.2-L’installation des comptoirs fortifiés..................................................................... 5
2.2.1-L’organisation des comptoirs fortifiés ............................................................... 5
2.2.2-Le rôle des comptoirs fortifiés ............................................................................. 6
2.3-L’échec des comptoirs fortifiés et le retrait français........................................... 6
2.3.1-Les raisons explicatives de l’échec des comptoirs fortifiés ........................... 6
2.3.2-Le retrait français.................................................................................................... 6
CHAPITRE II : L’IMPERIALISME COLONIAL ET LES DES RESIDENTS
FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893).............................................. 8
I-LES FACTEURS DETERMINANTS DE L’IMPERIALISME COLONIAL
........................................................................................................................... 9
1.1-Les facteurs économiques ........................................................................................ 9
1.2-Les facteurs politique ............................................................................................... 9
1.3-Les facteurs idéologiques : la mission civilisatrice de l’Europe .................... 10
II- LES DES RESIDENTS FRANÇAIS EN CÔTE D’IVOIRE (1878-1893) 10
2.1-Arthur Verdier : premier résident français de 1878 à 1889 ............................ 10
2.1.1-Les actions d’Arthur Verdier 1878-1887 .......................................................... 10
2.1.2-Les explorations de Treich-Laplène et Binger 1887-1889............................. 12
2.2-Les successeurs de Verdier et la fin de la période des Résidents 1889-1893
............................................................................................................................................ 14
2.2.1-Treich-Laplène et les prémices de la colonie de Côte d’Ivoire ................... 14
34
2.2.2-Les successeurs de Treich-Laplène ................................................................... 15
CHAPITRE III : LA CREATION DE LA COLONIE DE CÔTE D’IVOIRE
(1878-1920) ..................................................................................................... 16
I-LES CONTEXTES HISTORIQUES DE LA CREATION DE LA COLONIE
DE COTE D’IVOIRE ..................................................................................... 17
1.1-Le contexte métropolitain ...................................................................................... 17
1.2-Le contexte africain ................................................................................................. 18
II-LE DECRET DE CREATION DE LA COLONIE ET LA DELIMITATION
DES FRONTIERES ........................................................................................ 18
2.1-Le décret de création du 10 mars 1893 ................................................................ 18
2.2-La délimitation des frontières ............................................................................... 19
2.3-La frontière orientale .............................................................................................. 20
2.4-La frontière occidentale .......................................................................................... 21
CHAPITRE IV : LA CONQUÊTE COLONIALE ET LES RÉSISTANCES
1893-1920 ........................................................................................................ 22
I. LA CONQUÊTE COLONIALE EN CÔTE D’IVOIRE ............................ 23
1.1-Les politiques de conquête .................................................................................... 23
1.1.1-La politique de « pénétration pacifique » ....................................................... 23
1.1.2-La politique de conquête violente ou « de la manière forte » ..................... 25
1.2-Les moyens de la conquête.................................................................................... 26
1.2-1-Les moyens militaires ......................................................................................... 26
1.2.2-Les moyens économiques et politiques ........................................................... 27
II-LES ETAPES DE LA CONQUETE COLONIALE .................................. 27
2.1-La conquête partielle : 1893-1908 ......................................................................... 27
2.2-La conquête totale 1908-1920 ................................................................................ 28
III. LES RÉSISTANCES IVOIRIENNES ...................................................... 29
3.1-Les formes d'organisation des Résistances ........................................................ 29
3.1.1-Les formes militaires ........................................................................................... 29
3.1.2-Les formes économiques et socioculturelles .................................................. 30
3.2-Les deux types de résistances ............................................................................... 31
3.2.1-La résistances des Etats : l’exemple de l’empire de Samori ........................ 31
3.2.2-La résistance des sociétés lignagères : l'exemple des Abbey ...................... 32
35
CONCLUSION .............................................................................................. 33
TABLE DES MATIERES ............................................................................... 34
BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................... 37
36
BIBLIOGRAPHIE
37