Nadim Hedhli
LA CONSCIENCE
⮚ La notion de conscience a un sens équivoque.
✔ La conscience spontanée ou immédiate désigne la capacité à ressentir le monde environnant. Tout système vivant, à partir du moment où il est doté d’organes qui le rendent
sensible à son milieu et lui permettent d’interagir avec lui peut, de ce point de vue, être qualifié de « conscient ».
✔ La conscience réfléchie est intimement liée au langage. Elle suppose le pouvoir de dire « je ». ou la conscience de soi: qui signifie alors la faculté de l’homme d’être conscient de
lui-même, mais aussi du monde qui l’environne.
✔ d’autre part elle renvoie à la conscience morale : qui désigne la capacité de distinguer le bien et le mal..
—> Quelle est la nature de l’homme ? Reste-t-il identique à travers la modification incessante de ses états de conscience ? Comment se fait l’unité du « je » et, est-elle propre à
l’homme ?
L’homme, en tant qu’être vivant, existe de manière immédiate. Mais, en tant que conscience de soi, il existe aussi de manière réfléchie : il se
pense, se contemple et se représente à lui-même. Il existe en soi et pour soi
A-t-on d’abord conscience de soi ou du monde ?
Deux conceptions complètement différentes de la conscience semblent s’opposer. La conscience est-elle avant tout une forme de repli, de recentrement sur soi (réflexivité), en supposant qu’il y ait
bien « à l’intérieur » quelque chose à connaître ? Ou bien la conscience est-elle plutôt une ouverture, une prise de contact avec le monde (ex-istence) ? Dans ce cas la finalité d’une vie ne serait pas
de se connaître mais au contraire de s’ouvrir (se risquer) à l’inconnu, au monde et aux autres.
André Lalande (Dictionnaire de la langue philosophique) : « La conscience est la connaissance plus ou moins claire qu’un sujet possède de ses états, de ses pensées et de lui-même. » Cette
définition admet d’emblée que la conscience est une forme de connaissance, une connaissance de soi. « Sujet » : au sens logique, « chose » (thème) dont on parle et à laquelle on attribue des
qualités ; au sens psychologique et moral, cela désigne l’être humain comme individu auquel on attribue des qualités : ici, le fait de posséder la conscience. « Etats » fait référence aux états
psychologiques, nécessairement variés et changeants, d'un sujet. Les « pensées » apparaissent comme le contenu principal de la conscience. « Lui-même » renvoie à la notion l'identité : le « moi »
perçu comme étant le même dans le temps, malgré les changements.
Étymologie. - L’étymologie du mot semble confirmer cette hypothèse puisque cum-scientia en latin signifie « avec le savoir ». Il s’agirait donc d’une connaissance par rapport à soi-même : savoir
qui l’on est, ce que l’on pense, ce que l’on fait.
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1. La conscience de soi
A. La conscience permet l’unité de l’identité du sujet
- L’une des caractéristiques les plus remarquables de la conscience est sa permanence : c’est parce que je ne cesse d’être conscient que je peux affirmer mon identité, au-delà de
tous les changements par lesquels je vais passer le long de ma vie : quel rapport y’a t-il entre l’enfant que j’étais et la personne que je suis devenue aujourd’hui ? Comment
expliquer que malgré l’évolution, les transformations de ma personne à travers le temps, j’ai toujours le sentiment d’être moi, et pas un autre, si ce n’est grâce à ma conscience
qui est toujours là et qui m’accompagne tout au long de ma vie.
Emmanuel Kant : "Mais il est remarquable que l'enfant, qui sait déjà parler assez correctement, ne commence pourtant qu'assez tard (peut-être bien un an après) à dire Je ; jusque là, il parlait de
lui à la troisième personne (Karl veut manger, marcher, etc.); et il semble que pour lui ce soit comme une lumière qui vient de se lever, quand il commence à dire Je; à partir de ce jour, il ne
revient jamais à l'autre manière de parler. - Auparavant il ne faisait que se sentir, maintenant il se pense". (Anthropologie du point de vue pragmatique)”
- Pour Emmanuel Kant (1724-1804), le moi peut se construire à partir de différentes représentations. Ces différentes représentations sont unies grâce à la conscience. Selon
Kant, c'est ce qui permet à l'homme d'être un sujet. Effectivement, la capacité de l'homme d'unifier toutes ses représentations de lui-même tient au fait qu'il puisse dire « je ».
Cette capacité exprime le pouvoir unificateur de la conscience. L'homme est le seul être à posséder une conscience : lui seul, à partir d'un certain âge, à le pouvoir de dire « je
».
B. La conscience solipsiste
La conscience est tout d’abord cette capacité de faire retour sur soi. C’est elle qui donne le sentiment de l’existence.
La conscience de soi permet l'accès à notre intériorité : c’est-à-dire l'endroit où l'on peut penser (dialoguer avec soi-même).
Comment parvenir à la conscience de soi ?
Descartes (1596-1650) était le premier à accorder à la conscience une place centrale dans l’histoire de la philosophie.
Il met en évidence cette capacité de l’homme à se saisir soi-même comme un être pensant à l’expérience de pensée. (le cogito)
❖ Mais comment s’y prendre ?
❖ Quelle méthode doit-on adopter pour parvenir à cette vérité indubitable ?
- René Descartes renforce le caractère de cette présence nommée conscience, par le recours à son doute méthodique. Il fait apparaitre la certitude absolue et qui existe avant
toute autre chose à travers l’affirmation « je pense » ; en latin: cogito : je ne peux pas essayer de douter de cette certitude car essayer d’en douter, c’est que je suis déjà en train
de penser.
- Le sujet qui pense et qui est conscient de lui-même devient ce à partir de quoi commence toute vérité : il n’y a de connaissance possible du monde que pour un sujet qui les
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pense et donc, qui un sujet qui est conscient de lui-même.
- « Mais, qu’est-ce donc que je suis ? » demande Descartes, et il répond « une chose qui pense »: un esprit, une âme, un sujet.
La conscience est:
• Perception (pensée ou image de ce qui est)
• Mémoire (pensée ou image de ce qui a été)
• Imagination (pensée ou image de ce qui pourrait être)
• Raison (pensée purement intellectuelle)
La conscience peut d’abord être définie par l’intériorité, et l’intériorité est définie par l’ensemble de notre vie psychique : pensées, sentiments, émotions, sensations, états d’âme, etc. Cela suppose
un “extérieur”, c’est-à-dire le monde des choses par opposition au monde de la conscience.
En insistant sur le fait que toute pensée ne peut être que l’acte d’un « je » qui pense, Descartes a surtout souligné un trait essentiel de la conscience :
Le sujet est capable de se saisir lui-même de manière immédiate. La conscience a donc la spécificité de n’avoir besoin d’aucune médiation pour rendre compte d’elle-même .
Descartes répètera que rien ne se donne à connaître aussi aisément, aussi évidemment que sa propre pensée : pour lui, l’âme se connaît elle-même avant de connaître le monde. En outre,
depuis ses origines, le projet de se connaître soi-même est l’ambition de la philosophie. Ainsi Socrate s’était-il approprié la formule inscrite au fronton du temple d’Apollon, à Delphes : «
connais-toi toi-même » (Gnothi Seautón, en grec). C’est son « démon » personnel, sa voix intérieure (= sa conscience) qui le lui ordonne.
Cependant, en faisant de la conscience une « chose » existant
indépendamment du corps et renfermée sur elle-même, Descartes ne
manque-t-il pas la nature même de la conscience, comme ouverture sur le
monde et sur soi ?
2. La conscience du monde : la conscience face au
monde extérieur.
✔ Si la conscience se définit comme conscience de soi-même, il n’est
pas sûr qu’elle puisse être pensée sans la rapporter au monde extérieur qu’elle
permet de connaître.
✔ Pour pouvoir réellement avoir connaissance de lui-même, l’homme a
besoin du rapport avec les objets du monde et avec autrui.
✔ Il prend conscience de lui-même à travers le regard et la
reconnaissance des autres.
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✔ L’homme a également besoin du rapport aux choses. Un homme n’est reconnu comme un artiste que par ses productions et ses œuvres.
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Cependant, en faisant de la conscience une « chose » existant indépendamment du corps et renfermée sur elle-même, Descartes ne manque-t-il pas la nature même de la
conscience, comme ouverture sur le monde et sur soi ?
3. La conscience du monde : la conscience face au monde extérieur.
✔ Si la conscience se définit comme conscience de soi-même, il n’est pas sûr qu’elle puisse être pensée sans la rapporter au monde extérieur qu’elle permet de
connaître.
✔ Pour pouvoir réellement avoir connaissance de lui-même, l’homme a besoin du rapport avec les objets du monde et avec autrui.
✔ Il prend conscience de lui-même à travers le regard et la reconnaissance des autres.
✔ L’homme a également besoin du rapport aux choses. Un homme n’est reconnu comme un artiste que par ses productions et ses œuvres.
A. La conscience est le résultat de l’expérience
- Tandis que pour Descartes (1596-1650), l’animal est une machine et n’a pas de conscience, Hume est moins catégorique. Il voit une différence de degré, et
non de nature, entre l’animal et l’homme : « les bêtes sont doués de pensée et de raison tout comme les hommes ».
- Tout nous vient de l’expérience sensible, que ce soit pour les hommes ou pour les animaux. A partir des perceptions, des sensations de plaisir, de douleur,
l’animal acquiert lui aussi une expérience de ce qui est bon ou mauvais, de ce qu’il doit rechercher ou fuir.
- Cette expérience sensible est enregistrée dans la mémoire et assure ainsi une certaine unité à travers l’existence. La mémoire sensible, affective et
intellectuelle produit l’identité empirique d’un individu, en reliant les idées passées et présentes. Et d’après Hume, cela vaut à des degrés différents, pour les
plantes, les animaux et les hommes.
B. La conscience comme intentionnalité.
Pour le philosophe Edmund Husserl (20è), et plus tard Jean-Paul Sartre, la conscience se définit comme un "vécu", mais pas seulement en termes d'intériorité. C'est
avant tout une relation, une direction vers-. Le “soi” de la conscience doit être paradoxalement pensé comme “hors-de-soi”, ou plus exactement comme un rapport
avec un objet qui n’est pas soi.
• La conscience se construit d’abord dans son rapport au monde extérieur, il est possible de la définir comme la capacité à se rapporter aux objets du monde.
• La conscience ne serait jamais pure conscience de soi, mais toujours conscience de quelque chose.
• C’est ce que l’on appelle la conscience comme intentionnalité. c’est cette idée que la conscience est toujours une conscience de quelque chose qu’elle vise comme
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son objet.
• Edmund Husserl disait : « le mot intentionnalité ne signifie rien d’autre que cette particularité foncière et générale qu’à la conscience d’être conscience de
quelque chose .»
Interprétation : la conscience est toujours conscience de quelque chose. On ne peut donc pas penser indépendamment des objets qu’elle vise.
L’intentionnalité ne vise pas uniquement les objets du monde extérieur, mais elle se manifeste aussi dans l’amour, la haine, la croyance, le jugement, la perception ou
l’espoir.
Il est constitutif de chacun de ces phénomènes qu’il vise, car sans un objet aimé, pas d’amour. Sans un objet de croyance pas de croyance. Sans un objet jugé, pas de
jugement, et ainsi de suite pour tout acte mental comme relation d’un objet à un sujet.
• Il est impossible donc de concevoir la conscience (même comme conscience de soi) autrement que comme conscience de quelque chose.
Sartre : “Ce n’est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c’est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses,
homme parmi les hommes.”
• Le monde extérieur est donc en ce sens nécessaire à l’existence même de conscience.
• C - La conscience est un produit social:
• Par opposition à la tradition moderne de la philosophie de la conscience (Descartes…) qui définit l’homme comme un être raisonnable et totalement conscient de
lui-même. Karl Marx rejette l’idée d’une conscience de soi comme principe.
Selon Marx, le contenu de la conscience est une conséquence et non pas un principe.
Le contenu de la conscience est plus tôt un produit social.
Karl Marx relève avec force ce rôle décisif joué par la société: il considère que le système de pensée de chacun est conditionné par ses conditions matérielles d’existence.
C’est l’appartenance à une classe sociale qui détermine la conscience de l’homme de lui-même.
La conscience n’est pas donc une pure intuition qui transcende le monde mais elle est le fruit de l’influence du milieu social et historique dans lequel un individu évolue.