Arithmétique des anneaux de fonctions
holomorphes
David Bourqui
Ce texte traite de quelques propriétés algébriques de l’anneau H(C) des
fonctions holomorphes sur C. Nous verrons que bien que cet anneau ne soit
pas factoriel, il possède une arithmétique intéressante (existence de pgcd et
d’identités de Bézout), intimement liée aux propriétés des zéros des fonctions
holomorphes. Nous renverrons au livre de Rudin Analyse réelle et complexe
(noté ARC par la suite) pour la démonstration de ces propriétés et nous
nous concentrerons sur les conséquences algébriques de ces résultats. Prenez-
y garde si vous utilisez les résultats exposés ici pour illustrer une leçon : il faut
être bien conscient de la nature des résultats admis. Plus précisément, jus-
qu’à la section 4 incluse, nous ne ferons appel qu’aux propriétés des fonctions
holomorphes figurant explicitement au programme de l’agrégation (dont le
théorème des zéros isolés). On y montre notamment que H(C) n’est ni fac-
toriel, ni noethérien. Dans la section 5 nous utiliserons en outre le théorème
de Weierstraß (théorème 5.1), sorte de réciproque du théorème des zéros
isolés, qui permet en particulier de montrer l’existence de pgcd et de ppcm.
Ce théorème est à la portée d’un agrégatif, mais est loin d’être facile. On
donne dans ce texte l’idée intuitive de la démonstration, mais la vraie dé-
monstration est assez technique. Finalement dans la section 6 nous utilisons le
théorème de Weierstraß joint au théorème de Mittag-Leffler (qui assure l’exis-
tence de fonctions méromorphes de parties polaires prescrites) pour montrer
que H(C) est un anneau de Bézout (tout idéal de type fini est principal).
Tout comme le théorème de Weierstraß, le théorème de Mittag-Leffler est à
la portée d’un agrégatif mais n’est pas un résultat facile. La démonstration
donnée dans ARC fait appel à un délicat résultat d’approximation de Runge.
Vous trouverez également une démonstration plus élémentaire dans un texte
de Bachir Bekka sur le site de la prépa agreg de Rennes, qui se limite au
cas des fonctions méromorphes sur C, cas qui nous suffit ici1 . Je remercie les
1
On travaille dans ce texte sur l’anneau des fonctions holomorphes sur C, mais on peut
cependant noter que les résultats sont également valables pour l’anneau des fonctions
holomorphes sur un ouvert connexe non vide de C.
1
collègues qui ont relu les premières versions de ce texte pour leurs corrections
et commentaires.
1 Éléments inversibles
Lemme 1.1. Les éléments inversibles de H(C) sont les fonctions qui ne
s’annulent pas.
Démonstration. Si une fonction entière f ne s’annule pas, alors la fonction f1
est holomorphe sur C (cf. ARC, §10.3). Ainsi f est inversible dans H(C).
Réciproquement, supposons que f, g ∈ H(C) vérifient f g = 1. Pour
tout z ∈ C, on a donc f (z) g(z) 6= 0. Ainsi f et g ne s’annulent pas sur C.
2 Intégrité
Pour f ∈ H(C), on note Z (f ) ⊂ C l’ensemble des zéros de f . Le résul-
tat suivant, qui découle de l’analyticité des fonctions holomorphes, est une
propriété absolument fondamentale de Z (f ) (cf. ARC, Théorème 10.18).
Théorème 2.1 (des zéros isolés). Si f ∈ H(C) est non nulle, l’ensemble Z (f )
ne possède pas de point d’accumulation.
Rappelons qu’une partie de C est sans point d’accumulation si et seule-
ment si son intersection avec tout compact est finie. Ainsi une union finie et
une intersection quelconque d’ensembles sans point d’accumulation est encore
un ensemble sans point d’accumulation.
Nous verrons un peu plus loin qu’on ne peut rien dire de plus en général
de Z (f ) (théorème de Weierstraß ) ce qui aura des conséquences intéressantes
sur l’arithmétique de H(C). En attendant, le théorème des zéros isolés permet
de montrer l’intégrité de H(C).
Lemme 2.2. H(C) est un anneau intègre.
Démonstration. Soient f, g deux éléments non nuls de H(C). Comme Z (f )
et Z (g) sont sans point d’accumulation et que Z (f g) = Z (f ) ∪ Z (g),
Z (f g) n’a pas non plus de point d’accumulation. En particulier, Z (f g) est
distinct de C et f g n’est pas nul.
On note M(C) le corps des fractions de H(C). Tout élément de M(C)
s’écrit donc formellement comme un quotient fg où f ∈ H(C) et g ∈ H(C) \
2
{0}. On identifie un tel quotient à la fonction méromorphe2 z 7→ fg(z)
(z)
. Un tel
quotient est un élément de H(C) si et seulement si la fonction méromorphe
qu’il définit se prolonge en une fonction holomorphe sur C.
3 Divisibilité
Pour étudier la divisibilité dans l’anneau H(C) il est pratique d’introduire
le formalisme suivant. On munit l’ensemble Z ∪ {+∞} d’une « addition »no-
tée + et étendant l’addition usuelle sur Z et telle que pour tout n ∈ Z∪{+∞},
on a
n + (+∞) = (+∞) + n = +∞.
On définit sur ce même ensemble une relation d’ordre 6 par n 6 m si et
seulement s’il existe n0 ∈ N ∪ {+∞} tel que m = n + n0 . Cette relation
étend donc la relation d’ordre usuelle sur Z. L’addition dans Z ∪ {+∞}
induit une addition « point par point »sur l’ensemble des fonctions C → Z ∪
{+∞}. De même, la relation d’ordre 6 induit une relation d’ordre (partiel)
sur l’ensemble des fonctions C → Z ∪ {∞}, définie par µ 6 ν si et seulement
si µ(z) 6 ν(z) pour tout z ∈ C. On pourra remarquer que toute famille (fi )
de fonctions C → N ∪ {+∞} admet une borne inférieure pour cette relation
d’ordre : c’est la fonction z 7→ Inf i∈I fi (z). Une remarque analogue vaut pour
la borne supérieure.
Pour f ∈ H(C) \ {0}, notons µf la fonction « indicatrice des zéros de f
comptés avec multiplicités ». Plus précisément, il s’agit de l’application µf :
C → N qui à z ∈ C associe la multiplicité du zéro de f en z. On définit
la fonction µ0 comme étant la fonction constante sur C égale à +∞. Ainsi
pour tout f ∈ H(C) on a µf (z) = 0 si et seulement si f (z) 6= 0, et Z (f ) =
µ−1
f (Z>1 ), où Z>1 = {n ∈ Z ∪ {+∞}, n > 1}. Par ailleurs f est inversible
dans H(C) si et seulement si µf est nulle.
En utilisant le théorème 10.18 de ARC, on vérifie qu’on a
∀f, g ∈ H(C), µf g = µf + µg . (1)
On peut étendre la définition de µf aux éléments de M(C) : si f ∈ M(C) est
non nulle et s’écrit hg , où g ∈ H(C) et h ∈ H(C) \ {0}, on pose µf = µg − µh .
La relation (1) montre que cette définition ne dépend pas du choix de g et h.
Cette même relation s’étend alors aux éléments de M(C).
2
Tout élément de M(C) est donc une fonction méromorphe. Bien que nous n’en ayons
pas besoin ici, il faut souligner que la réciproque est vraie, i.e. M(C) est le corps des
fontions méromorphes sur C. Ceci découle en fait du théorème de Weierstraß cité plus
loin, cf. ARC Théorème 15.12
3
Proposition 3.1. Soit f ∈ M(C). Alors µf > 0 (i.e. µf (z) > 0 pour
tout z ∈ C) si et seulement si f ∈ H(C).
Démonstration. Si f ∈ H(C), on a bien sûr µf > 0. Soit à présent f ∈ M(C)
s’écrivant f = hg avec g ∈ H(C) \ {0} et h ∈ H(C) \ {0} vérifiant µg > µh .
Il s’agit de montrer que la fonction f se prolonge en une fonction holo-
morphe sur C. Or au voisinage de z0 ∈ Z (h), h s’écrit (z − z0 )µh (z0 ) h(z), e
où he est holomorphe et non nulle en z , et g s’écrit (z − z )µg (z0 ) g e(z), où
0 0
ge est holomorphe. Comme on a par hypothèse µg (z0 ) > µh (z0 ), la fonction
z 7→ (z − z0 )µg (z0 )−µh (z0 ) eeg(z) est holomorphe au voisinage de z0 . Comme elle
h(z)
coïncide avec f , on a le résultat.
Ceci étant, on obtient la caractérisation suivante de la divisibilité dans H(C).
Proposition 3.2. Soit f, g ∈ H(C). Alors f divise g (dans H(C)) si et
seulement si µf 6 µg .
Autrement dit, f divise g si et seulement si les zéros de f sont des zéros
de g et ont une multiplicité inférieure.
Démonstration. Si f divise g, il existe h ∈ H(C) tel que g = f h. On a donc
d’après (1) µg = µf + µh , d’où (comme µh > 0) µh 6 µg . Réciproquement,
supposons µf 6 µg . Si f est nulle, on a µg > µ0 donc g est nulle, et f divise g.
Si f est non nulle, la fonction méromorphe h = fg vérifie µh = µg − µf > 0.
déf
D’après la proposition précédente, on a h ∈ H(C).
4 Factorialité
L’anneau H(C) étant intègre, on peut se demander s’il est factoriel (voire
principal). Dans cette optique, déterminons d’abord les éléments irréductibles
de H(C).
Proposition 4.1. Less éléments irréductibles de H(C) sont (à multiplication
par des éléments inversibles près) les fonctions fz0 : z 7→ z − z0 , où z0 décrit
C.
Démonstration. Montrons tout d’abord que fz0 est bien irréductible. Si g
divise fz0 , on a µg 6 µfz0 . Comme µfz0 (z0 ) = 1 et µfz0 (z) = 0 pour z 6= z0 , il
découle facilement de l’inégalité précédente qu’on doit avoir µg = 0 ou µg =
f f
µfz0 . Si µg = 0, g est inversible. Si µg = µfz0 , on a µ gz0 = 0 donc gz0 est un
élément inversible de H(C).
4
Réciproquement, soit f un élément irréductible de H(C). Comme f n’est
pas inversible, il existe z0 ∈ C tel que f (z0 ) = 0. En particulier, d’après le
théorème 10.18 de ARC, fz0 divise f . Comme fz0 est également irréductible,
ceci montre que ffz est inversible.
0
Proposition 4.2. L’anneau H(C) n’est pas factoriel.
En particulier, H(C) n’est pas principal (cf. ci-dessous pour un exemple
explicite d’idéal non principal).
Démonstration. Raisonnons par l’absurde et supposons que H(C) soit fac-
toriel. Ainsi, d’après la proposition précédente, tout élément f de H(C) non
nul et non inversible s’écrit f = u i∈I (z −zi ) où u est inversible, I est un en-
Q
semble fini et les zi sont des éléments de C. En particulier, tout élément non
nul de H(C) n’a qu’un nombre fini de zéro. Mais la fonction entière z 7→ sin(z)
est non nulle et a une infinité de zéros, d’où une contradiction.
Le lecteur attentif aura noté que l’on a nié «fortement» la factorialité
de H(C). Plus précisément, rappelons qu’un anneau intègre est factoriel si
tout élément non nul et non inversible s’écrit comme un produit d’éléments
irréductibles (propriété d’existence) et qu’en outre une telle décomposition
est unique, à permutation des facteurs et multiplication par des inversibles
près (propriété d’unicité). La propriété d’unicité est une caractéristique ab-
solument cruciale des anneaux factoriels (à ce titre d’ailleurs, la terminologie
anglo-saxonne unique factorization domain est bien meilleure que la termi-
nologie française). Demander qu’un anneau vérifie seulement la propriété
d’existence est beaucoup moins exigeant. Par exemple tous les anneaux in-
tègre noethériens la possèdent (cf. Perrin, Cours d’Algèbre, proposition
√ 3.17),
sans pour autant être factoriels en général (exemple : Z[i 5]). Or, la dé-
monstration ci-dessus montre que H(C) ne possède même pas la propriété
d’existence. Ainsi H(C) n’est pas noethérien. Exhibons à présent explicite-
ment un idéal qui n’est pas de type fini (donc en particulier non principal).
sin(π z)
Pour n ∈ N, on note fn la fonction z 7→ z (z−1)...(z−n) . Soit I l’idéal engendré
par les fn , pour n ∈ N.
Proposition 4.3. L’idéal I n’est pas de type fini.
Démonstration. Pour n ∈ N, on a Z (fn ) = {m ∈ Z, m < 0 ou m > n + 1}.
En particulier, si f est un élément de I, il existe Nf ∈ N tel que Z (f )
contient {m ∈ N, m > Nf }. Si I était de type fini, engendré par g1 , . . . , gk ,
en posant N = Max16i6k Ngi , on aurait pour pour tout f ∈ I l’inclusion
déf
{m ∈ N, m > N } ⊂ Z (f ) et en particulier N ∈ Z (f ). Mais fN est dans I
et fN (N ) 6= 0, contradiction.
5
On remarquera que pour exhiber un idéal non principal de H(C), on a
dû aller chercher un idéal qui n’est pas de type fini. On verra ci-dessous que
ce n’est pas par manque d’imagination : tout idéal de type fini de H(C) est
principal.
5 Théorème de Weierstraß et applications
Nous allons à présent montrer que l’anneau H(C), bien que non factoriel
et non noethérien, possède néanmoins des propriétés arithmétiques intéres-
santes. Un outil essentiel est le théorème de Weierstraß énoncé ci-dessous,
qui consitue une sorte de réciproque du théorème des zéros isolés.
5.1 Énoncé
Si µ : C → N est une fonction, on peut se demander s’il existe f ∈ H(C)
tel que µ = µf . D’après le théorème des zéros isolés, une condition nécessaire
pour qu’il en soit ainsi est que µ−1 (Z>1 ) soit sans point d’accumulation. Le
théorème suivant montre que cette condition est suffisante.
Théorème 5.1 (Weierstraß). Soit µ : C → N une fonction telle que
µ−1 (Z>1 ) soit sans point d’accumulation. Alors il existe f ∈ H(C) telle
que µf = µ.
Pour la démonstration, cf. ARC, Théorèmes 15.9 et 15.11. La démonstra-
tion est constructive et exhibe explicitement une fonction f ayant les proprié-
tés requises. En fait, on voit aussitôt que le résultat est vrai si µ−1 (Z>1 ) est
fini : on prend alors pour f un polynôme ayant la factorisation adéquate. Le
cas général s’obtient en construisant une fonction se factorisant sous forme
d’un produit infini ad hoc. Plus précisément, il est facile de voir qu’on est
ramené au problème suivant : construire, pour toute suite (zn ) de nombres
complexes non nuls dont le module tend vers +∞, une fonction entière f
dont les zéros sont exactement les zn et telle que l’ordre d’un zéro est le
nombre de fois où il apparaît dans la suite. La réponse naïve à ce problème
est donnée par le produit infini
+∞
z
Y
1−
n=0 zn
mais malheureusement ce produit ne converge pas si |zn | ne tend pas assez
vite vers +∞. Il s’agit alors de modifier un peu ce produit par des fonctions
inversibles adéquates afin de le rendre convergent.
6
Ce résultat effectif permet d’ailleurs de montrer qu’il existe quand même
un résultat d’existence de décomposition en produit d’irréductibles dans H(C)
(voire même d’unicité dans certains cas) à condition d’admettre des produits
infinis : c’est le théorème de factorisation de Weierstraß (cf. ARC, Théorème
15.10).
5.2 Applications arithmétiques
Proposition 5.2. Toute famille d’éléments de H(C) admet un pgcd et un
ppcm.
Démonstration. Soit (fi )i∈I une famille d’éléments de H(C) que l’on peut
supposer non nuls. Soit µ = Inf i∈I µfi . Comme µ−1 (Z>1 ) = ∩i∈I µ−1 fi (Z>1 ),
µ−1 (Z>1 ) est sans point d’accumulation. D’après le théorème de Weierstraß,
il existe f ∈ H(C) tel que µ = µf . D’après la proposition 3.2, f divise
chaque fi . D’après cette même proposition, si g divise tous les fi , on a µg 6 µ,
donc g divise f . Ainsi f est un pgcd de la famille (fi )i∈I .
Pour démontrer l’existence du ppcm de la famille (fi )i∈I , on considère
déf
cette fois ν = Supi∈I µfi . Ainsi ν est une fonction C → N ∪ {+∞}. Deux cas
peuvent se produire :
1. On a ν(C) ⊂ N et ν −1 (Z>1 ) est sans point d’accumulation. Il existe
alors f ∈ H(C) tel que µf = ν et f est d’après la proposition 3.2 un
ppcm de la famille considérée.
2. On a ν −1 ({+∞}) 6= ∅ ou ν −1 (Z>1 ) a un point d’accumulation. Comme
tout multiple commun g des fi vérifie µg > ν, la fontion nulle est le
seul multiple commun des fi . C’est donc le ppcm de la famille (fi ).
Remarquons que dans le cas d’une famille finie d’éléments non nuls, la
fonction ν introduite dans la démonstration vérifie ν(C) ⊂ N et ν −1 (Z>1 )
est sans point d’accumulation. Ainsi dans ce cas le ppcm est non nul.
Soit µ : C → N ∪ {+∞} une fonction. On vérifie facilement que
déf
Iµ = {f ∈ H(C), µf > µ}
est un idéal de H(C).
Proposition 5.3. Iµ est un idéal principal.
Démonstration. Si µ−1 (+∞) 6= ∅ ou si µ−1 (Z>1 ) a un point d’accumulation,
Iµ est nul. Sinon, d’après le théorème de Weierstraß il existe f ∈ H(C) tel
que µf = µ. Un tel f est dans Iµ et d’après la proposition 3.2 divise tous les
éléments de I.
7
6 Propriété de Bézout
On va montrer à présent que H(C), bien que non principal, est ce qu’on
appelle un anneau de Bézout. Le lemme suivant précise cette terminologie.
Lemme 6.1. Soit A un anneau intègre. Les propriétés suivantes sont équi-
valentes :
1. tout idéal de type fini de A est principal ;
2. A admet des identités de Bézout : si a, b ∈ A, alors a et b admettent un
pgcd δ, et δ appartient à l’idéal engendré par a et b, i.e. il existe α, β ∈ A
tels que
α a + β b = δ.
Les anneaux vérifiant les propriétés 1. ou 2. ci-dessus sont appelés anneaux
de Bézout.
Démonstration. Supposons que tout idéal de type fini de A soit principal.
Soit a, b ∈ A. Soit δ un générateur de l’idéal a A + b A. Il s’agit de montrer
que δ est un pgcd de a et b. Comme a, b ∈ δ A, δ divise a et b. En outre,
si δ 0 divise a et b, δ 0 divise tout élément de l’idéal a A + b A, en particulier δ 0
divise δ.
Réciproquement, supposons que A admette des identités de Bézout et
montrons que tout idéal de type fini est principal. Par une récurrence fa-
cile sur le nombre de générateurs, on est ramené à montrer que si a, b ∈ A
l’idéal a A + b A est principal. Soit δ un pgcd de a et b. Comme δ di-
vise a et b, on a a A + b A ⊂ δ A. Mais par hypothèse on a δ ∈ a A + b A.
Ainsi a A + b A = δ A.
Bien évidemment, tout anneau de Bézout noethérien est principal. C’est
un exercice laissé à la lectrice (ou au lecteur) que de montrer que tout anneau
de Bézout factoriel est également principal, et de vérifier que les anneaux de
Bézout vérifient le lemme de Gauss (si a divise b c et a et b sont premiers
entre eux, alors a divise c) donc le lemme d’Euclide (tout élément irréductible
est premier).
On va à présent démontrer que H(C) est un anneau de Bézout. L’outil
analytique est le théorème d’interpolation suivant, conséquence du théorème
de Weierstraß et du théorème de Mittag-Leffler (cf. ARC, Théorème 15.13 ou
le texte de Bachir Bekka sur le site de la prépa agreg de Rennes) permettant
de construire des fonctions méromorphes de parties polaires prescrites.
Théorème 6.2. Soit A une partie de C qui n’a pas de point d’accumulation.
Pour z ∈ A, soit νz > 0 un entier et (wz,k )06k6νz une famille de nombres
8
complexes. Il existe alors α ∈ H(C) vérifiant, pour tout z ∈ A et tout k ∈
{0, . . . , νz }, α(k) (z) = wz,k .
Pour la démonstration, cf. ARC, Théorème 15.15.
Théorème 6.3. L’anneau H(C) est un anneau de Bézout.
Ainsi H(C) est un exemple d’anneau de Bézout non principal.
Démonstration. Soient f, g ∈ H(C). On sait déjà que f et g admettent un
pgcd. Il suffit donc de montrer que ce pgcd est dans l’idéal engendré par f
et g. En divisant f et g par leur pgcd, on se ramène à traiter uniquement le
cas où le pgcd de f et g est 1. Il s’agit alors de montrer le résultat suivant :
si f et g sont deux éléments non nuls de H(C) n’ayant pas de zéro commun,
il existe des éléments α, β ∈ H(C) vérifiant
α f + β g = 1.
En d’autres termes, il faut montrer qu’il existe α ∈ H(C) tel que g divise α f −
1. De manière équivalente, on cherche donc α ∈ H(C) vérifiant
∀z ∈ Z (g), ∀k ∈ {0, . . . , µg (z) − 1}, (α f − 1)(k) (z) = 0.
Ces conditions se réécrivent
(
α(z) f (z) = 1
∀z ∈ Z (g),
α (z) f (z) = − k−1
(k) ` (`) (k−`)
(z) k ∈ {1, . . . , µg (z) − 1}
P
`=0 Ck α (z) f
(2)
Comme f et g n’ont pas de zéro commun, f (z) est non nul pour z ∈ Z (g).
Ainsi pour z ∈ Z (g) le système d’équations ci-dessus est un système tri-
angulaire en les inconnues α(z), . . . , α(µg (z)−1) (z). Les conditions (2) peuvent
donc se réécrire
α(z) = 1/f (z)
α0 (z) = wz,1
∀z ∈ Z (g), .. (3)
.
α(µg (z)−1) (z) = wz,µg (z)−1
où, pour z ∈ Z (g), les (wz,k )16k6µg (z)−1 sont des nombres complexes (s’ex-
primant en fonction de 1/f (z), f 0 (z), . . . , f (µg (z)−1) (z)).
Le théorème 6.2 permet de conclure.