Stabilisation des dommages laser en silice
Stabilisation des dommages laser en silice
THÈSE DE DOCTORAT
par
DOUALLE Thomas
Une des limitations du fonctionnement des grandes chaines lasers de puissance telle
que le Laser MegaJoule, est la problématique de l’endommagement laser des composants
optiques. Différents phénomènes physiques qui dépendent à la fois des propriétés des
matériaux, de leurs conditions de fabrication/préparation et des paramètres d’irradiation
laser peuvent conduire à un amorçage de dommages sur la surface ou dans le volume, qui
vont croître lors d’irradiations successives. Ce phénomène limite la montée en puissance,
affecte la durée de vie des composants optiques et le coût de maintenance des chaînes
laser. Il peut également être à l’origine de graves problèmes de sécurité. Pour remédier
à cette croissance des dommages et augmenter la durée de vie des composants en silice,
un procédé laser dit de « stabilisation » est étudié dans le cadre de cette thèse, l’objectif
étant de traiter les dommages pour arrêter leur croissance sous tirs répétés afin de recycler
les optiques endommagées. Ce processus consiste en une fusion, suivie d’une évaporation
locale, par dépôt d’énergie localisé par un faisceau laser CO2 , de la zone fracturée de silice.
Nous nous sommes intéressés particulièrement à la stabilisation de dommages laser sur
silice par un procédé de micro-usinage par laser CO2 dans le but de traiter des dommages
de dimensions millimétriques. Cette technique est basée sur une micro-ablation rapide
de la silice durant laquelle le faisceau laser est balayé à la surface du composant afin de
former un cratère de forme ajustable (typiquement conique) englobant le site endommagé.
Un banc d’expérimentations a ainsi été mis en place à l’Institut Fresnel pour développer
et étudier ce procédé. Différents travaux numériques et expérimentaux ont également
été menés pour valider et optimiser la technique. Nos travaux ont montré l’efficacité de
ce procédé de micro-usinage par laser CO2 pour arrêter la croissance de dommages de
plusieurs centaines de microns de largeur et de profondeur. Pour parvenir à cet objectif
nous nous sommes appuyés sur la modélisation des phénomènes physiques mis en jeu
lors des expériences de stabilisation en utilisant le logiciel de simulation multi-physique
COMSOL. D’une part, le modèle thermique, développé au cours de cette thèse, permet de
calculer la distribution de température dans le matériau pendant le tir laser avec ou sans
mouvement du faisceau. Combinées à une approche thermodynamique, ces simulations
thermiques permettent de décrire les transformations de la silice lors de l’irradiation afin de
prédire la morphologie des cratères formés dans le verre. D’autre part, la partie mécanique
du modèle permet de simuler la position et la valeur des contraintes résiduelles, générées
dans le matériau autour du cratère CO2 , lors de l’élévation de température suivie du
refroidissement rapide. D’autres expériences concernant le traitement de fractures liées
au polissage, ou des défauts de fabrication de réseaux de silice sont également traitées
dans ce manuscrit.
2
Abstract
One limitation of the operation of large power lasers chains such as Laser MegaJoule,
is the issue of laser damage of optical components. Different physical phenomena which
depend on both the properties of materials, their conditions of manufacture / preparation
and laser irradiation parameters can lead to damage initiation on the surface or in the
volume, which will grow under successive irradiation. This effect limits the output power,
affects the lifetime of the optical components and the maintenance cost of the laser. It can
also cause serious safety problems. To address this issue and increase the lifetime of fused
silica components, a laser process called "stabilization" is studied in this thesis, the aim
being to treat the damage sites to stop their growth under repeated pulses for recycling
damaged optics. This process consists of melting, followed by local evaporation by localized
energy deposition by a CO2 laser beam of the damage site. We focused particularly on
the stabilization of silica components by a micromachining process using a CO2 laser in
order to treat millimeter size damages. This technique is based on fast micro-ablation
of the silica during which the laser beam is scanned on the component surface to form
an adjustable form of crater (typically conical) including the damaged site. A bench of
experiments has been set up at the Fresnel Institute to develop and study this process.
Various numerical and experimental works were also conducted to validate and optimize
the technique. Our work has shown the efficiency of this micro-machining process by
CO2 laser to stop the growth of damage to several hundred microns wide and deep. To
achieve this goal we relied on modeling of physical phenomena involved in stabilization
experiments using the COMSOL Multiphysics simulation software. First, the thermal
model developed in this thesis is used to calculate the temperature distribution in the
material during laser irradiation with or without movement of the beam. Combined with
a thermodynamic approach, these thermal simulations can describe the transformation
of silica during irradiation and predict the morphology of craters formed in the glass.
Secondly, the mechanical part of the model can simulate the position and value of residual
stress generated in the material around the crater after the temperature rise followed by
rapid cooling. Other experiments on the treatment of fractures related to polishing on
silica surfaces, or manufacturing defects on silica gratings are covered in this manuscript.
3
Remerciements
Étape délicate que d’écrire des remerciements car il est probable que ce seront les
seules pages intégralement lues par toutes les personnes ayant ce manuscrit en main. De
plus, il n’est pas évident d’exprimer en seulement quelques lignes ma gratitude à toutes
les personnes qui ont participé au bon déroulement et à l’aboutissement de mon travail
de thèse.
J’aimerais tout d’abord remercier l’ensemble des membres du jury. Merci à Laurent
Berthe et Bruno Le Garrec d’avoir accepté la charge d’être rapporteur de cette thèse.
Merci également à Bruno Bousquet et Philippe Delaporte de bien vouloir juger ce travail.
Je remercie vivement mes deux directeurs de thèse, Laurent Gallais et Philippe Cor-
mont pour leur confiance, leur implication et pour m’avoir guidé durant ces trois années.
Merci Laurent pour ta disponibilité quotidienne, tes précieux conseils, d’avoir rythmer
mon travail et de m’avoir permis de devenir plus autonome tout au long de ce travail
de recherche. Philippe, merci pour tes nombreux conseils, ton soutien de chaque instant,
pour les discussions par téléphone afin de "faire le point" et de m’avoir organisé de belles
(et légères ?) semaines lors de mes déplacements à Bordeaux.
Certains de mes travaux n’auraient probablement jamais abouti si je n’avais pas bé-
néficié de l’encadrement de Jean-Luc Rullier. Merci Jean-Luc pour ton perfectionnisme
et ta rigueur, qui ont amené de nombreuses heures de discussions, d’expériences et de
simulations, et qui m’ont fait constamment avancer et m’ont beaucoup apportés.
Je souhaiterais également remercier les membres du CEA CESTA avec qui j’ai eu
l’occasion de travailler et discuter. Chacune de mes missions à Bordeaux fut enrichissante
et très productive à l’avancement de ma thèse. Merci donc à Christel Ameil, Frédérique
Audo, Stéphane Bouillet, Antoine Bourgeade, Sandy Cavaro, Roger Courchinoux, Thierry
Donval, Gael Gaborit, David Hébert, Laurent Lamaignère, Mélanie Mangeant, Tony Mau-
blanc, Emilia Monjou, Romain Parreault et Matthieu Veinhard. Merci également à Martin
pour les sorties bordelaises !
Merci à mes collègues de l’Institut Fresnel : Serge Monneret pour les campagnes de
mesure et Christophe Hecquet de m’avoir formé et aidé. Ma gratitude va également à
l’ensemble des permanents de l’Institut Fresnel notamment administratifs et techniciens.
Je tiens aussi à remercier les quatres stagiaires Quentin Bernaz, Guillaume Sepulcre,
Mhamad Chrayteh et Alexandre Ollé avec qui j’ai travaillé et qui ont, en partie, contribué
à ces travaux.
La dernière partie de ces remerciements est destinée aux personnes que j’ai pu côtoyer
quotidiennement et avec qui j’ai passé de très bons moments : Marco le collègue de bureau,
Dam - Be pour les débats "sans-fin", notamment avec Beaudier, Mael et Quentin. Bonne
chance pour la fin de votre thèse les gars et merci pour les soirées foot / belote. Les "HS
midi-café" avec David et Alex. Merci Romain pour les petits cafés du matin (qui m’ont
4
manqué ces derniers mois !), les sorties course à pied (M. le marathonien), ta précieuse
aide et tes conseils qui m’ont beaucoup aidés.
Pour finir, mes pensées vont tout naturellement et tout particulièrement à ma famille
et à mes amis (et Iota !). Enfin, merci Marine d’avoir subit les aspects les moins glorieux
de ce travail et pour m’avoir supporté quotidiennement. Ton soutien a été essentiel.
5
6
7
Table des matières
Remerciements 4
Introduction générale 12
8
TABLE DES MATIÈRES
9
TABLE DES MATIÈRES
Annexes 182
Bibliographie 190
10
TABLE DES MATIÈRES
11
Introduction générale
12
Introduction générale
dification de la planéité de la surface). Au cours de cette thèse, nous avons poursuivi les
études sur la stabilisation par laser CO2 de dommages laser nano-secondes sur silice dans
le but de mettre en place un procédé permettant de traiter des dommages de dimensions
millimétriques.
Ce manuscrit est structuré en quatre chapitres. Le chapitre 1 est une étude bibliogra-
phique du sujet introduisant les procédés laser CO2 sur verre. Nous définissons le verre
de silice ainsi que ses propriétés physiques principales mises en jeu lors de son interaction
avec le rayonnement infrarouge lointain du laser CO2 . Quelques exemples d’applications
industrielles et de recherches de traitements par laser CO2 sur silice sont également pré-
sentés. Après une brève description du Laser MegaJoule, nous évoquons les différentes
origines possibles de l’endommagement laser dans les composants optiques de silice ainsi
que la problématique de la croissance des dommages. Enfin, nous introduisons le procédé
de stabilisation par laser CO2 pour dresser un bilan des études effectuées et introduire les
enjeux de la thèse.
Le chapitre 2 est d’une part consacré à la description détaillée du dispositif expéri-
mental de micro-usinage laser mis en place. Nous évoquons également les différents outils
expérimentaux utilisés pour caractériser les zones affectées (thermiquement et mécanique-
ment) par le procédé laser. D’autre part, nous montrons le développement d’un moyen
de caractérisation par microscopie de phase quantitative permettant un contrôle in-situ
du procédé laser et des mesures quantitatives de biréfringence induite par les contraintes
mécaniques. Enfin, nous décrivons les procédures expérimentales utilisées lors des mesures
de tenue au flux et de propagation de faisceau effectuées au CEA.
Le chapitre 3 est dédié à l’étude des interactions thermiques et thermo-mécaniques
mises en jeu lors du procédé par laser CO2 sur silice. Ces travaux théoriques ont mené
au développement d’un modèle numérique prenant en compte l’échauffement de la si-
lice, l’éventuelle évaporation ainsi que la formation de contraintes. Les simulations, nous
permettant de mieux appréhender les phénomènes physiques, ont été confrontées à des
résultats expérimentaux afin de valider et de faire évoluer notre modèle. Dans un second
temps, nous présentons les travaux expérimentaux et numériques menés sur les traite-
ments thermiques appliqués aux sites traités par laser CO2 pour améliorer leur résistance
à l’endommagement laser.
Le développement du nouveau procédé de stabilisation, visant à traiter des dommages
de dimensions millimétriques, par micro-usinage est présenté dans le chapitre 4. Dans
un premier temps, Nous revenons sur les procédés développés et maitrisés au cours de
ces dernières années (par la collaboration entre l’Institut Fresnel et le CEA-CESTA)
afin de définir leurs limites et les besoins auxquels répondra la nouvelle méthode. Nous
présentons les différentes études qui ont été menées au cours de cette thèse pour optimiser,
à travers des critères de validation (résistance à l’endommagement laser, maitrise des
déformations du front d’onde), le procédé de micro-usinage par laser CO2 . Nous appliquons
et testons notre méthode sur des sites endommagés, représentatif des dommages réels qu’il
est possible d’obtenir sur les composants en silice du LMJ. Enfin, d’autres expériences
concernant le traitement de défauts de fabrication de réseaux de silice sont abordés dans
ce manuscript.
13
Chapitre 1
Sommaire
1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2 Le verre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.1 Formation et définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.2 La transition vitreuse du verre . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2.3 La silice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.4 Propriétés générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3 Les traitements laser CO2 sur silice . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.3.1 Principes de l’interaction laser CO2 /silice . . . . . . . . . . . . 27
1.3.2 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1.4 Application à la stabilisation des dommages laser . . . . . . . 33
1.4.1 Le Laser MegaJoule (LMJ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
1.4.2 Endommagement des composants en silice des lasers de puissance 34
1.4.3 La stabilisation par laser CO2 : un procédé pour recycler les
optiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.4.4 Le procédé initial de stabilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.4.5 Vers un procédé de micro-usinage . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
14
1.1. Introduction
1.1 Introduction
Les procédés laser sur matériau font appel à plusieurs domaines de la physique. Il est
donc justifié de s’intéresser aux bases fondamentales de l’interaction laser-matière. Plus
particulièrement, nous présenterons en premier lieu, les phénomènes physiques rencontrés
lors d’une irradiation par un laser spécifique, de type CO2 , sur un matériau de verre.
Pour cela, nous définirons la nature des verres, leur fabrication et un phénomène ren-
contré lors de leur formation : la transition vitreuse. Par la suite, nous présenterons les
propriétés physiques (optiques, thermiques et mécaniques) nécessaires à la compréhen-
sion des procédés par laser CO2 . Les principales applications aux traitements par laser
CO2 sur silice sont données. La seconde partie de ce chapitre est consacrée à l’application
liée au contexte de nos travaux : la stabilisation de dommages laser. Nous décrierons le
Laser MegaJoule (LMJ) afin de définir l’une des principales difficultés rencontrées sur ce
type d’installation : l’endommagement laser des composants optiques. Les origines et les
mécanismes de l’endommagement laser silice seront ainsi abordés. Enfin, la technique per-
mettant de palier au problème de la croissance des dommages laser, dite de "stablisation
par laser CO2 ", sera présentée. Nous reviendrons brièvement sur les études déjà menées
par l’Institut Fresnel et le CEA-CESTA afin de définir les objectifs de cette thèse.
1.2 Le verre
1.2.1 Formation et définition
Le terme verre peut prendre des significations variées. Dans le langage courant, il sert
à désigner un matériau fragile et transparent. Dans le langage scientifique, sa portée est
plus vaste mais aussi plus difficile à définir avec précision et sujette à évolution. Les verres
sont essentiellement des solides non cristallins obtenus par figeage de liquides surfondus.
De nombreuses substances peuvent se solidifier sous cette forme. Ainsi, ceci a conduit
Tammann [1] à introduire l’existence d’un état vitreux de la matière condensée.
Le figeage d’un liquide n’est pas le seul mode d’obtention de solides non cristallins :
de nombreux procédés conduisent à des solides impossibles à obtenir à partir des liquides.
Il est important de noter que tout solide non cristallin n’est cependant pas un verre (par
exemple le cas d’un gel).
Un solide non cristallin peut être obtenu par trois voies différentes : en conservant le
désordre structural d’une phase liquide mais également en profitant du caractère désor-
donné d’une phase gazeuse ou en désorganisant une phase cristalline.
15
1.2. Le verre
Définition du verre
La description des moyens de formation des solides non-cristallins nous amène à la
définition du verre : "un verre est un solide non-cristallin présentant le phénomène de
transition vitreuse" (l’état physique correspondant est appelé état vitreux).
Cette définition n’impose aucune restriction quant à la manière dont est obtenu le ma-
tériau vitreux mais elle permet d’écarter les amorphes qui sont des solides non-cristallins
pour lesquels le désordre structural est en majeure partie associé à une technique de
synthèse ou une action extérieure.
16
1.2. Le verre
Liquide stable
Liquide métastable
Domaine de
transition vitreuse
Tg Tf
Tam T
[Tg]
haute température. L’inverse est vrai pour un refroidissement lent. On définit ainsi l’inter-
valle de transition, noté [Tg ], dont les bornes supérieure et inférieure sont respectivement
déterminées par les vitesses de refroidissement les plus élevées et les plus lentes.
1.2.3 La silice
La silice à l’état naturel est très abondante sous forme de cristaux de quartz. Au-delà
de 2100 K, on obtient un liquide qui, refroidi rapidement, donnera naissance à un verre
de silice vitreuse. La silice vitreuse, appelé quartz fondu, possède une structure à base de
tétraèdres (SiO4 ) formant un réseau tridimensionnel désordonné (figure 1.2 (b)).
Un verre de silice est caractérisé par sa qualité optique, son taux d’impureté et sa
teneur résiduelle en eau. Sa masse volumique est très faible ρ = 2200 kg/m3 . Il pos-
sède également une bonne transparence dans l’ultraviolet. Son coefficient de dilatation
thermique très faible (α = 5.5.10-7 K-1 ) lui confère une bonne tenue au choc thermique.
Le point de fusion de la silice étant très élevé (Tf ≈ 1800 K), il est difficile et couteux
de produire ce verre par des techniques de fusion/refroidissement. Si l’on ajoute au quartz
des "fondants", type oxydes alcalins ou alcalino-terreux, il est possible d’abaisser nota-
blement la température nécessaire à l’obtention d’un liquide homogène et transparent.
Cependant, ils diminuent la durabilité chimique du verre de silice. De nombreuses mé-
thodes synthétiques (hydrolyse, pyrolyse, dépôt chimique en phase vapeur (CVD)) sont
utilisées pour fabriquer du verre de silice avec un haut taux de pureté (SiO2 > 99%) [2].
Les verres de silice sont classés en quatre catégories, selon leur méthode de synthèse
17
1.2. Le verre
Figure 1.2 – Représentation schématique d’un réseau de SiO2 ordonné (b) et désordonné
(b).
[3] :
— Le verre de silice de type I est produit à partir de quartz naturel par fusion élec-
trique sous vide ou sous atmosphère contrôlée. Sa teneur en ions Hydroxyle (OH)
est faible (< 5 ppm) mais il contient des impuretés métalliques (Al ou Na)
— La silice de type II est obtenue à partir de quartz naturel par fusion dans une
flamme (procédé de Verneuille). Dans ce cas, les impuretés métalliques sont infé-
rieures à celles obtenues avec la silice de type I. En revanche, les conditions de
fabrication (présence d’hydrogène et d’oxygène) provoquent une teneur en ion OH
allant de 150 à 400 ppm.
— Le type III est une synthèse de verres de silice produits par hydrolyse de SiCl4
(pulvérisation dans une flamme oxygène-hydrogène). Ce type ne contient quasiment
aucune impureté métallique mais a un haut taux de OH (de l’ordre de 1000 ppm)
ainsi qu’une teneur en chlore de 100 ppm.
— La silice de type IV est obtenue par un procédé très proche de celui utilisé pour le
type III. Celle ci contient très peu d’hydroxyle (< 1 ppm) et 200 ppm de chlore.
La teneur en OH joue un rôle significatif dans la détermination des propriétés thermo-
mécaniques de la silice fondue. Par exemple, une silice avec un faible taux en OH aura
une viscosité dynamique de µ = 1013 Pa.s à 1700 K alors qu’elle est de seulement 1011
Pa.s pour une silice à haute teneur en OH [4].
Propriétés thermiques
Les deux propriétés thermiques essentielles des verres sont : la chaleur spécifique et
la conductivité thermique. Elles dépendent fortement de la température et jouent un
rôle important dans les applications pratiques, comme les traitements par laser CO2 .
18
1.2. Le verre
α2 Vm T
Cp = Cv + (1.1)
β
où α [K−1 ] est le coefficient de dilatation volumique, β [Pa−1 ] la compressibilité et Vm
[m3 .mol−1 ] le volume molaire à une température T [K]. Pour la silice à température am-
biante, Cp vaut 740 J.mol−1 .K−1 . La dépendance en température sera donnée et discutée
par la suite (dans le chapitre 3). De plus, nous nous intéresserons uniquement à la chaleur
spécifique à pression constante Cp (où capacité calorifique à pression constante).
La chaleur spécifique à pression constante Cp détermine la quantité de chaleur Q [J] à
apporter, par échange thermique, pour élever la température d’un certain intervalle ∆T
d’un matériau de masse m [kg] tel que :
Q
Cp = . (1.2)
m∆T
La conductivité thermique k [W.m−1 .K−1 ] traduit la capacité d’un matériau à conduire
la chaleur. L’équation :
1 dQ dT
= −k (1.3)
A dt dx
définit un flux A1 dQ
dt
[J.m−2 .s−1 ], s’écoulant perpendiculairement à travers une surface
A, proportionnel au gradient de température dT dx
dans la direction de l’écoulement. La
constante de proportionnalité est la conductivité thermique k. Dans le cas d’un verre, la
conduction de chaleur est principalement liée aux phonons. Dû à l’arrangement irrégulier
des atomes, les phonons transmis à travers la structure sont dispersés, de sorte que la
conductivité thermique des verres est plus faible que celle des cristaux de même compo-
sition [5]. A température ambiante, la conductivité thermique du verre de silice est de
1,3584 W.m−1 .K−1 .
Propriétés optiques
L’intérêt des verres en optique est lié à certaines caractéristiques qui leur sont propres :
homogénéité élevée, isotropie, possibilité d’obtenir des pièces de grandes dimensions (uti-
lisées pour le Laser MegaJoule décrit dans la section 1.4.1 de ce chapitre), contrairement
aux cristaux. Dans la grande majorité des cas, seul l’ordre à courte distance conditionne
les phénomènes optiques. C’est pourquoi, les verres ont des propriétés optiques similaires
à celles des cristaux de même composition chimique et n’ont pas les inconvénients de
ceux-ci.
Les propriétés optiques des verres sont basées sur l’interaction du milieu avec les ondes
électromagnétiques. On définit l’indice de réfraction complexe n∗ :
n∗ = nr − ini (1.4)
19
1.2. Le verre
L’atténuation à la propagation dans un matériau est définie par la loi de Beer Lambert :
I
= exp(−αz) (1.5)
I0
avec I0 l’intensité d’un rayon entrant dans un volume, défini à l’intérieur du verre,
d’épaisseur z et I l’intensité du rayon émergeant. On appelle α [m−1 ] le coefficient d’ab-
sorption lié au coefficient d’extinction ni par :
4π
α= ni (λ) (1.6)
λ
Le coefficient d’absorption α caractérise le niveau d’absorption du matériau et est
dépendant de la longueur d’onde λ [6] (figure 1.4). Il est commun d’utiliser le terme de
"profondeur de pénétration du rayonnement" qui est l’inverse de α.
20
1.2. Le verre
La forte absorption optique dans l’IR ouvre la possibilité pour l’usinage de ces maté-
riaux à l’aide de lasers appropriés, type CO2 . Une discussion plus détaillée du traitement
des verres par laser CO2 est présentée dans la section 1.3.
Dans certaines conditions, les verres peuvent devenir anisotropes. En effet, une biré-
fringence peut être obtenue dans le matériau à l’application de contraintes mécaniques.
La vitesse de propagation, donc l’indice de réfraction n, dépendent de l’orientation du
plan de polarisation. Cet effet peut être illustré sur la figure 1.5 : un matériau de silice
amorphe, sous l’action d’une contrainte axiale σz , se comporte comme un milieu uniaxe.
Il subit une déformation caractérisée par une matrice (d) dont l’intensité est de d0 dans
une direction telle que :
0
0
d0
En considérant la matrice photo-élastique de la silice amorphe (p) [7] :
0 0 0 0 0 p44
avec p44 = 12 (p11 − p12 )
il vient [7] :
21
1.2. Le verre
nx = n − 12 n3 p12 d0
ny = n − 21 n3 p12 d0
nz = n − 12 n3 p11 d0
nxy = nyz = nxz = 0
r.e.
r.o.
z
x
σ
y
Figure 1.5 – Effet élasto-optique. r.e. : rayon extraordinaire et r.o. : rayon ordinaire.
Si l’on considère des rayons perpendiculaires à σz , leurs vitesses suivant l’axe de po-
larisation perpendiculaire à σz (rayon ordinaire) et parallèle à σz (rayon extraordinaire)
varieront. Le verre, devenu anisotrope uniaxe, aura deux indices de réfraction et la bire-
fringence (qui peut être positive ou négative) est définie par :
1
B = ∆n = n3 (p12 − p11 )d0 (1.7)
2
avec, dans le cas d’un matériau de silice fondue, p11 =0,121 et p12 =0,270 à 633 nm.
Propriétés mécaniques
Une dilatation du matériau de verre, d’origine thermique, peut produire des contraintes
qui influencent les propriétés mécaniques du matériau de verre. Une augmentation du vo-
lume avec la température est principalement déterminée par l’augmentation d’amplitude
des vibrations atomiques autour d’une position moyenne. Ainsi, le coefficient de dilatation
thermique, noté αd [K−1 ], traduit le changement de taille d’un solide quand le matériau
est soumis a un changement de température, à pression constante, et est défini comme :
1
!
∂V
αd = (1.8)
V ∂T P
22
1.2. Le verre
— Sous l’action d’une contrainte tangentielle σt (ou de glissement), le solide subit une
déformation angulaire γ proportionnelle à σt tel que :
σt
G= (1.11)
γ
avec G [Pa] le module de cisaillement.
— Dans le cas ou l’on applique une pression isotrope p, le solide subit une variation
relative de volume. On définit ainsi le module volumique K [Pa] par la relation :
β = −p/ ∆V (1.12)
V
23
1.2. Le verre
σa σt p
γ
p
l l0
p
∆V
(a) (b) (c)
p
σa σt
d
d0
Figure 1.6 – Représentation des modules élastiques : (a) contrainte longitudinale, (b)
contrainte tangentielle et (c) pression isotrope.
24
1.2. Le verre
La viscosité de nombreux verres peut être décrite par l’équation d’Arrhenius [11] :
B
η(T ) = A exp (1.15)
RT
où A est une constante, B [J.mol− 1] l’enthalpie d’activation, R la constante des gaz
parfaits et T la température.
Si l’on prend l’exemple de la silice fondue, Doremus [12] donne une définition de la
viscosité η [Pa.s] tel que :
712000
η(T ) = 3, 8.10 exp
−14
pour 1273K < T < 1673K (1.16)
RT
5154000
η(T ) = 5, 8.10 8 exp
−
pour 1673K ≤ T < 2755K (1.17)
RT
Cependant, on trouve expérimentalement que le coefficient de viscosité des verres suit
ce type d’équation 1.15 dans des intervalles de température limités. Une description plus
précise basée sur une équation à trois paramètres (indépendant de la température) A, B
et T0 , dite de Vogel-Fulcher-Tammann, peut également être utilisée :
B
η(T ) = A + log (1.18)
T − T0
Si l’on considère un verre de silicate de bore, les trois paramètres sont : A = -2,560,
B = 4852 et T0 = 192,5 °C [13]. La figure 1.7 représente le tracé de la viscosité pour
un verre de silice fondue (à partir de 1.15) et de silicate de bore (à partir de 1.18). On
remarque que la silice fondue est difficile à façonner du fait que son point de travail se
situe à très haute température.
25
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
30
Silicate de Bore
Silice Fondue
25
15 Déformation
Recuit
10
Ramolissement
5
Travail
Fusion
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000
Temperature (°C)
Figure 1.7 – Viscosité en fonction de la température dans le cas d’un verre de silice
fondue et de silicate de bore. Les températures de fusion, travail, ramollissement, recuit
et déformation des verres sont indiquées.
26
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
27
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
procédé dit de recuit (dont nous présentons nos études dans le chapitre 3).
1.3.2 Applications
De nombreuses applications scientifiques et industrielles utilisent la forte puissance
disponible par le laser CO2 , combinée à l’absorption élevée de la silice à cette longueur
d’onde. Cette partie décrit quelques applications. Nous présentons l’utilisation de cette
technique pour la fabrication de micro-composants optiques et de fibres optiques. Le
polissage et l’usinage par laser CO2 sont également présentés. Nous terminerons par une
application visant le domaine de l’holographie optique.
Fabrication de micro-optiques
Pour la fabrication de micro-composants optiques, la fonte de verre par laser CO2
a été proposée [21]. En effet, les micro-lentilles sont utilisées pour connecter les sources
de lumières à des détecteurs ou des modulateurs, de petites dimensions, ou bien à des
fibres optiques. C’est à partir de tiges de verre, qu’il est possible d’obtenir des lentilles
de formes différentes ayant des dimensions allant de quelques dizaines de micromètres
à plusieurs millimètres. Cette technique est basée sur la fonte et le ramollissement du
verre de silice. Pour obtenir une lentille sphérique, le faisceau laser est envoyé sur le bout
d’une tige de verre. Quand la température de ramollissement est atteinte, une lentille
de forme sphérique se forme par tension de surface. Sur la figure 1.8, (a) représente la
tige avant le tir par laser CO2 , (b) une lentille de forme sphérique de diamètre environ
35 µm. Notons que dans le cadre de ces applications, les paramètres d’irradiations sont
sélectionnés afin d’atteindre les températures de déformation voire de ramollissement de
la silice. Typiquement, le temps d’irradiation (∆t) est de l’ordre de la seconde, le faisceau
laser (Φ) de dimension millimétrique pour une puissance delivrée (P ) de quelques watts.
Figure 1.8 – (a) Cylindre de verre avant le procédé par laser CO2 . (b) le même cylindre
après le tir : la lentille de forme sphérique est formée. La distance entre deux traits est de
100 µm. (Source [21])
L’ablation de matière par laser CO2 a également été étudié dans le cadre de fabrication
de micro-optiques appliquée au développement d’optique intégrée de petites dimensions.
En 2002, Markillie et al. ont mis en place une technique d’évaporation de silice [22]. Les
durées d’irradiations utilisées varient de quelques dizaines jusqu’à la centaine de micro-
seconde (les fluences mises en jeu vont de 25 à 100 J/cm2). Dans le but d’optimiser le
procédé d’ablation par laser CO2 , les seuils d’ablation et de fusion ont été étudiés en
fonction de la durée d’irradiation. Ces études préliminaires ont permis à la communauté
28
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
Figure 1.9 – Coupe d’une observation d’un composant MMI (séparateur de puissance)
(Source [23])
Fibres optiques
Concernant le domaine des fibres optiques, une des méthodes employées pour dénuder
une fibre utilise l’irradiation par laser CO2 [24] [25]. Le dénudage, permettant le couplage
entre fibres, s’effectue en envoyant les impulsions laser en périphérie de la fibre, qui est
en rotation pendant les tirs.
Un exemple de dénudage d’une gaine en polymère plastique mettant en œuvre 100 tirs
laser CO2 , émettant à 9,2 µm, à 1,1 J/cm2 est présenté sur la figure 1.10 (a). Des études
menées avec une longueur d’onde d’irradiation laser différente, à 10,6 µm, montrent un
mauvais dénudage de la gaine en polymère. Le choix des paramètres d’irradiations est
très important pour ce genre d’application, notamment la longueur d’onde ayant un fort
impact (dans le cas du polymère plastique) sur le niveau d’absorption.
Figure 1.10 – Observation par microscopie à balayage électronique de l’ablation par laser
CO2 de la gaine en polymère d’une fibre optique pour une longueur d’onde d’irradiation
de 9,2 µm (a) et 10,6 µm (b)). (Source [24])
29
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
La reproductibilité du clivage d’une fibre optique est un point critique pour les indus-
triels de laser à fibre et des télécommunications. Des travaux [26] sur le traitement de
bout de fibre par laser CO2 montrent la possibilité de produire des profils, en extrémité
de fibre, plans, lisses ou symétriques sans arrondi ou rebond (dû à la fusion) aux bords
de la fibre. Pour ces expériences, un laser CO2 émettant à 9,6 µm a été utilisé afin d’avoir
une profondeur d’absorption plus courte que le matériau de silice et ainsi limiter la zone
affectée thermiquement. Pour ablater la fibre, le faisceau laser irradie la fibre qui pivote
autour de son axe de rotation. La figure 1.11 représente un exemple de ce procédé : des
impulsions de 47 µs ont été envoyées tous les 1,8° (ce qui donne la forme légèrement
convexe en bout de fibre).
Figure 1.11 – Profil de surface en extremité d’une fibre optique en verre de silice obtenue
par plusieurs irradiation par laser CO2 de 47 µs de durée tous les 1,8° autour de la fibre.
(Source [26])
Polissage
Le polissage par laser CO2 a pour but de modifier les propriétés de surface d’un verre
afin de diminuer sa rugosité. Comparativement au polissage mécanique, le polissage par
laser est avantageux car il ne nécessite pas d’abrasif mécanique, est plus rapide et permet
de traiter des surfaces asphériques et qui ne sont pas de révolution (qui ne peuvent pas
être polies en utilisant des techniques classiques).
Pour cette application, le faisceau laser est mis en mouvement, par des miroirs gal-
vanométriques, à haute vitesse (de l’ordre de la dizaine de mm/s) [27]. Ce balayage à
haute vitesse permet d’obtenir une "ligne focale" qui se déplace perpendiculairement à
la surface de l’échantillon à quelques dizaines de mm/s, comme représenté sur la figure
1.12 (a). La puissance du laser CO2 utilisée ici est d’environ 1kW. Ainsi, en raison de la
forte absorption du rayonnement laser dans une faible épaisseur du matériau de verre,
la température augmente jusqu’aux points de déformation, voire de ramollissement, sans
atteindre les températures d’évaporation. Par effet de tension de surface, la surface est
30
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
lissée sans ablation de la matière. Cette technique permet d’atteindre un écart de profon-
deur inférieur à 1 µm, en quelques dizaines de secondes, pour des lentilles de silice fondue
de 25 mm de rayon. Le résultat d’un polissage d’une lentille asphérique en BK7 est donné
sur la figure 1.12 (b).
y
PL x
bLine
vs
lLine
vfeed
(a) (b)
Figure 1.12 – (a) Principe du polissage laser par laser CO2 à grande vitesse et (b)
exemple de résultat d’un polissage sur une lentille asphérique en BK7. (Source [27])
Marquage et découpe
Au cours de ces dernières années, le marquage sur verre par laser CO2 a été l’une
des premières application dans les industries du verre (fabrication et commercialisation)
et dans l’automobile (figure 1.13 (a)). Comparé à d’autres techniques de marquage, les
principaux avantages du marquage par laser CO2 sur le verre sont l’absence de dégradation
du marquage, sa très haute précision et la possibilité de marquer des endroits difficiles
d’accès [28].
Figure 1.13 – (a) Tube de verre marqué par laser CO2 (b) Lame de verre de quelques
centaines de microns d’épaisseur.
31
1.3. Les traitements laser CO2 sur silice
Afin d’obtenir des cratères lisses ayant un diamètre de 20 µm pour une profondeur de
#253539 Received 6 Nov 2015; revised 11 Jan 2016; accepted 12 Jan 2016; published 19 Jan 2016
moins de 500 nm, le verre est irradié avec un faisceau laser de puissance 20 W durant 10 µs
2016 OSA EXPRESS 1458
avec un diamètre de 35 µm. Ceci fournit une combinaison de fusion et d’évaporation. Un
exemple de matrice de pixel est donné sur la figure 1.15 (a) ainsi que l’image diffractée
associée obtenue (b).
32
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Section Amplificatrice
Polariseur Hublot de Tubage Argon
Demi-tour
MT1
Injection
Miroir
Plaques
Lentille 1 Lentille 2
Plaques 1J
ampli ampli Lentille 3 Lentille 4
déformable
M1 Cellule de Pockels
15kJ
Section Transport
MT2
Verre laser MT3
Silice
Réseau UV
Cristaux KDP Hublot de chambre
re
Réseau IR
KDP DKDP Cible
Cible
7,5kJ
Section Conversion de Fréquence ri
Chambre d’expérience
33
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
— Dans l’infra-rouge : les lentilles, le polariseur, la lame de phase, le réseau IR, les
hublots de la cellule de Pockels et les hublots de tubage de la section amplificatrice.
— Dans l’ultra-violet : le réseau UV, le hublot de chambre et la lame anti-éclat.
Ils sont en verre de silice fondue. Le choix du matériau est primordial pour réaliser des
composants optiques qui ont une haute tenue au flux. La matière doit être homogène,
sans bulles, ni inclusions. Les composants en silice sont revêtus d’un traitement antireflet
déposé par voie sol-gel comme 95% des composants optiques du LMJ. Le dépôt antireflet
est une monocouche d’épaisseur submicronique et est constitué de colloïdes de SiO2 .
Définitions
L’endommagement laser est défini comme étant une modification irréversible du ma-
tériau, induite par l’irradiation laser [31]. Il s’agit d’une détérioration physique du compo-
sant. Dans le cas d’un matériau de silice, des dommages de différentes dimensions peuvent
être générés en face avant (entrée du faisceau laser) (figure 1.17) (a)), en face arrière (sor-
tie du faisceau laser) ou dans le volume (figure 1.17) (c)) du composant. Notons que les
comportements d’endommagement sont différents selon les faces.
Figure 1.17 – Exemples de dommages laser type "nanoseconde" sur silice (a) en face
avant ou dans le volume (b) du composant. (Sources [32, 33])
34
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
35
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
36
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
La croissance des dommages sur la face de sortie des optiques suit une loi expérimentale
de type exponentiel [53–55] :
37
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
&RHIILFLHQWGHFURLVVDQFHVXUIDFLTXH
PRQRPRGH
QV
*+]QV
PRQRPRGH
1RUWRQ QV
QV
*+]
QV
)OXHQFH -FPð
Figure 1.19 – Coefficients de croissance des dommages en face de sortie d’un composant
de silice.
38
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Introduction à la stabilisation
La suppression de ces fractures sous-surfaciques permet de diminuer, voire d’arrêter,
la croissance des dommages. Ce type de procédé est appelé "stabilisation". Ainsi, plusieurs
moyens de stabilisation ont été envisagés. Nous en décrivons ici les principaux :
— Attaque plasma [62] : Un plasma, dopé au fluor, peut être utilisé pour creuser la
surface de la silice fondue. En effet, les atomes de fluor réagissent avec la silice
comme un acide et attaquent le matériau. Cependant, cette technique est très
limitée car la vitesse d’attaque est faible (2 µm/h) et le plasma produit des résidus
dans la zone traitée.
— Torche à micro-flamme [62] : Cet autre procédé est une évolution du premier
présenté. La torche délivre un gaz de tétrafluorure de carbone (CF4 ) et produit une
flamme chaude. La torche produit un cratère de forme gaussienne lisse d’environ
1,5 µm de diamètre pour une profondeur de 2 à 4 µm, sans rebond sur les bords.
Cependant, les problèmes de contamination sont toujours présents.
— Traitement chimique [63] [64] : La piste d’un procédé basé sur un traitement chi-
mique par une solution acidée de fluorure d’hydrogène a également été étudiée.
L’idée est d’appliquer cet acidage afin d’éliminer les défauts précurseurs à l’endom-
magement se trouvant dans les fractures (conséquentes aux étapes de polissage du
substrat).
— Procédé par laser femtoseconde combiné à un traitement chimique [65] :En combi-
nant un usinage par laser femtoseconde et un acidage par une solution de fluorure
d’hydrogène, Fang et al. ont montré qu’il est possible de stabiliser des dommages
à la surface d’un matériau de silice fondue. Un cratère (de quelques microns de
profondeur), de forme contrôlée, est usiné à la place du dommage. L’acidage est
ensuite appliqué. Les résultats montrent que le site créé et ses bosses périphériques
sont lisses ainsi qu’une amélioration de la tenue au flux.
— Recuit thermique [66] : En 2013, une étude de Raman et al. a montré qu’un recuit
isotherme à 1100°C pendant 12 heures dans un four permettait de réduire de façon
significative le phénomène de croissance des dommages. En effet, cette diminution
provient de la suppression de la majorité des fractures sous-surfaciques et de la
passivation des défauts atomiques. Par ce procédé, il est possible de supprimer les
fractures sous-surfaciques d’un dommage de diamètre 40 µm (figure 1.21). Cepen-
dant, cette technique est limitée car les fractures plus prononcées d’un site plus
large (70 µm) ne sont pas totalement supprimées. De plus, la durée (de plusieurs
heures) ainsi que la difficulté à mettre en place la technique (nécessité d’un four
de larges dimensions) ont conduit a développer d’autres procédés permettant de
traiter ce type de dommage.
39
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Figure 1.21 – Images de deux types de dommages avant (colonne de gauche) et après
application du recuit isotherme (colonne de droite) à 1100°C pendant 12 heures. (Source
[66])
40
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Ejection de matière
Cratère
« Bosse » résiduelle
Fluage 4 5
Figure 1.22 – (1) Dommage dans un composant de silice. (2) Irradiation par un laser
CO2 . (3) Propagation de la chaleur dans le matériau de silice. (4) Évaporation de la
matière dans la partie centrale et fluage en périphérie. (5) Le cratère et la "bosse" en
périphérie sont formés.
Cependant, l’irradiation par laser CO2 sur un matériau de silice fondue présente des
inconvénients. De nombreuses études ont été menées sur la compréhension de ces effets et
les moyens à mettre en œuvre afin de les limiter. Nous dressons une liste de ces inconvé-
nients :
— L’éjection de débris : Si la silice est évaporée, lors du procédé de stabilisation,
une quantité de silice va être re-déposée ou re-condensée sous forme de débris
autour du cratère [71–75]. Cette pollution en surface est néfaste sur la résistance
au flux laser. Il est possible de diminuer le re-amorçage de dommages dans cette
zone en appliquant un recuit de ces débris [76]. L’efficacité d’une buse d’aspiration,
permettant de récolter les vapeurs a également été démontrée [75]. En effet, dans
le cas présenté par la figure 1.23 le seuil d’endommagement avec aspiration est
meilleur (> 12 J/cm2) que sans aspiration (< 10 J/cm2). Nous présentons dans le
chapitre 4 nos études sur l’effet de ces débris dans le cadre du développement du
procédé.
mitigation process with the new technique.
Figure 13. SEM images of the re-deposit before (left) and after (right) in the new mitigation technique.
Figure 1.23 – Observations au MEB des re-depots de silice autour d’un cratère sans (à
gauche) et avec aspiration. (à droite) (source [75])
41
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Figure 1.24 – Observation polariscope de deux cratères formés par laser CO2 . Les
dommages indiqués par les flèches rouges sont apparus lors de tests de tenue au flux
des cratères fait par le procédé CO2 . Ces dommages sont principalements localisés sur
les zones les plus lumineuses au polariscope ce qui correspond aux zones de plus fortes
contraintes mécaniques. (source [79]).
42
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
Dans un premier temps, des études paramétriques ont été menées afin de connaître
l’influence des paramètres d’irradiation (taille du faisceau, durée et puissance) sur la
morphologie des cratères ainsi que leur résistance au flux laser [72]. Par la suite, des
études expérimentales et numériques ont permis de mettre en évidence la corrélation entre
l’apparition des dommages et la présence de contraintes thermo-mécaniques résiduelles
[79]. A partir de ces résultats, les conditions de dépôt d’énergie ont été optimisées afin
de maximiser la tenue au flux des sites stabilisés [76]. Cette méthode consiste en deux
irradiations par laser CO2 :
— la première irradiation "évaporative" pour creuser la matière afin d’éliminer le dom-
mage initial. Les températures atteintes sont supérieures à 2000 K.
43
1.4. Application à la stabilisation des dommages laser
— la seconde irradiation "non évaporative", que l’on qualifiera de "recuit local", avec
une densité de puissance réduite a pour but de chauffer la zone précédente sans
enlèvement de matière. Ce recuit permet à la fois d’éliminer les re-dépôts de matière
mais également de modifier les contraintes résiduelles. En effet, les forts gradients
de contraintes liés au premier chauffage vont être remplacés par les gradients plus
faibles de la seconde irradiation(figure 1.26).
Sur la base de ce procédé [86], il est possible de stabiliser des dommages sur la surface
de silice d’une profondeur de 50 µm avec une résistance supérieure à 14 J/cm2 (conditions
d’opération du LMJ).
Figure 1.26 – Observations polariscope :(P-D) en face arrière du composant d’un dom-
mage type nanoseconde dans un matériau de silice, (P-H1) de la stabilisation appliquée
à ce dommage et (P-H2) du second tir, de recuit local. (Source [79])
Des travaux ont également été menés afin d’appliquer ce procédé de stabilisation aux
défauts de fabrication et notamment aux rayures liées au polissage [87] [88]. Grâce à cette
méthode, il est possible de stabiliser une rayure allant jusqu’à 10 µm de profondeur par un
déplacement du faisceau CO2 le long de la rayure. De plus, on note une amélioration de
la tenue au flux d’un facteur trois, permettant d’atteindre 15 J/cm2. Ces travaux seront
présentés et détaillés dans le chapitre 4 de ce manuscrit.
44
1.5. Conclusion
1.5 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons, en premier lieu, introduit les procédés laser CO2 sur silice
de façon globale en définissant la silice, ses propriétés physiques principales, le principe de
l’interaction laser CO2 sur silice illustrée par les principales applications actuelles. Nous
avons abordé la problématique de l’endommagement laser des composants optiques en
silice sur des chaînes laser de puissance de type LMJ. Deux phases de l’endommagement
sont distinguées : l’amorçage (ou l’initiation) du dommage et sa croissance. Cette phase
de croissance compromet le fonctionnement nominal de l’installation laser. Le procédé dit
de "stabilisation" par laser CO2 , présenté dans ce chapitre, est la solution la plus adaptée
pour arrêter la croissance du dommage. Dans ce contexte, un dispositif de stabilisation
de dommages laser est à l’étude dans le cadre de cette thèse.
45
Chapitre 2
Sommaire
2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.2 Le dispositif expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.2.1 La source laser et ses caractéristiques . . . . . . . . . . . . . . 48
2.2.2 Contrôle de la puissance déposée . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.2.3 Caractérisation du faisceau focalisé . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.2.4 Contrôle commande et synchronisation des éléments du dispositif 54
2.3 Outils classiques de caractérisations . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.3.1 Caractérisations in-situ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.3.2 Caractérisations ex-situ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.4 Caractérisation par microscopie de phase quantitative . . . . 65
2.4.1 Principe de la technique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.4.2 Profilométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.4.3 Mesures de biréfringence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
2.5 Mesures de propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.6 Tests de tenue au flux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
2.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
46
2.1. Introduction
2.1 Introduction
Dans ce chapitre, nous décrirons les outils expérimentaux mis en œuvre au cours de
cette thèse. Dans un premier temps, nous détaillerons le dispositif de stabilisation qui a été
développé. Nous nous intéresserons ensuite aux moyens (in-situ et ex-situ) utilisés pour
la caractérisation des sites générés dans le matériau lors de l’irradiation par laser CO2 .
Enfin, nous définirons les différentes procédures de validation du procédé de stabilisation
que sont les mesures de propagation et les tests de tenue au flux laser.
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Le laser CO2 est envoyé dans un modulateur acousto-optique (AOM) qui en contrôlant
les efficacités de diffraction permet la modulation en temps et en amplitude des impulsions
délivrées. Le faisceau d’ordre 0 (en pointillé) est dirigé dans un piège à lumière, refroidi
à eau, et le faisceau d’ordre 1 est dévié. Un laser visible, type Helium-Néon, aligné avec
l’ordre 1 diffracté par l’AOM est utilisé pour aligner le système.
Un miroir de renvoi peut être basculé (représenté en pointillé sur le schéma 2.1) per-
mettant au dispositif expérimental de posséder deux voies d’irradiations :
47
2.2. Le dispositif expérimental
!"
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48
2.2. Le dispositif expérimental
La stabilité en puissance de la source laser est critique pour notre application sur la
silice. En effet, le matériau de silice étant très absorbant à la longueur d’onde d’émission
du laser, de légères fluctuations de puissance entraînent des variations de température
qui, à leur tour, entraînent de fortes variations des propriétés de la silice et par consé-
quent une profondeur différente de cratère. Le critère de stabilité fut essentiel dans le
choix de la source laser. Nous l’avons caractérisé à différentes puissances de consigne.
La figure 2.3 présente un exemple de résultat dans le cas d’un test à 100 W (puissance
de consigne) pendant 20 min. Nous observons des modulations basse fréquence certaine-
ment liées aux cycles de refroidissement du laser. Elles pourraient être compensées par un
système d’ajustement du modulateur acousto-optique en temps réel.
La stabilité est calculée à partir des puissances maximale Pmax , minimale Pmin et
moyenne Pmoyenne mesurées :
Pmax − Pmin
Stabilité = (2.1)
2Pmoyenne
Nous résumons ces caractérisations dans le tableau 2.2. La stabilité à 120 W étant
correcte, nous avons décidé de travailler à cette puissance. La modulation de la puissance
délivrée sur l’échantillon s’effectue par le modulateur acousto-optique.
49
2.2. Le dispositif expérimental
100
99
Puissance (W)
98
97
50
2.2. Le dispositif expérimental
DIFFRACTION AXIS
Bragg
Angle
ZERO ORDER
RF
51
2.2. Le dispositif expérimental
Peak Level
set by driver
PWR ADJ
potentiometer
Set W
RFOutput
Power
(BNC)
0W (c)
10V
Analog Input
(Pin 8)
Range = 0 - 10V
(b)
0V
Figure 2.5 – Exemple de modulations (a) du signal numérique et (b) du signal analogique
envoyés au générateur RF modifiant (c) la puissance laser délivrée par le modulateur
acousto-optique dans l’ordre 1 de diffraction.
1.0
0.8
Puissance normalisée (W)
0.6
0.4
0.2
0.0
0 2 4 6 8 10
Tension delivrée à l'AOM (V)
52
2.2. Le dispositif expérimental
(X et Y). Le waist obtenu pour chacun des axes est de 400 µm (± 20 µm) à 1/e2.
2.5 2.5
Mesure X Mesure Y
Puissance mesurée (W) Fit X Fit Y
1.5 1.5
1.0 1.0
0.5 0.5
0.0 0.0
Comme évoqué au début de la partie 2.2, le dispositif expérimental possède deux voies
d’irradiations avec chacune une lentille de focalisation. Nous présentons les principales
caractéristiques spatiales du faisceau laser obtenu, pour les deux possibilités.
Voie directe
La voie directe utilise une lentille de focale 10 pouces (254 mm) montée sur une platine
de translation. Ainsi, il est possible de déplacer la lentille de focalisation, par rapport à
l’échantillon qui est fixe et ainsi d’ajuster le diamètre du faisceau laser CO2 au niveau de
l’échantillon. La figure 2.8 présente les mesures expérimentales (points rouges et bleus), à
différentes positions de la lentille de focalisation, suivant deux axes de déplacement de du
couteau (X et Y), obtenues par la méthode du couteau. Chaque point correspond à une
mesure.
2500
Diamètre du faisceau à 1/e² (µm)
2000
1500
1000
500
Axe X
Axe Y
0
0 20 40 60 80
Position de la lentille (mm)
53
2.2. Le dispositif expérimental
Voie galvanométrique
La tête galvanométrique (Cambridge Technology, ProSeries II) utilisée est composée de
deux miroirs et d’une lentille de balayage, ou encore f-theta, de focale 200 mm. Les deux
miroirs, montés sur des moteurs galvanométriques, dévient le faisceau laser dans deux
directions. La vitesse de déplacement maximale du faisceau laser dans le plan focal de la
lentille est de 1 m/s avec une résolution angulaire de 12 mrad. Le diamètre d’ouverture
utile de la tête galvanométrique est de 14 mm.
L’échantillon est placé dans le plan de focalisation de la lentille. La lentille de balayage
permet d’obtenir une taille et une forme du faisceau laser constantes pour n’importe
quelle position du faisceau laser dans le plan de focalisation de la lentille. Elle est donc
particulièrement adaptée dans l’utilisation de miroirs galvanométriques. Le waist mesuré
pour chacun des axes est de 400 µm (± 20 µm) à 1/e2.
Voie directe
Le schéma de synchronisation des différents éléments est représenté sur la figure 2.9.
Nous utilisons un générateur de délais (DG535, Stanford Research Systems) qui transmet
à l’AOM le signal numérique dont la durée est déterminée par l’utilisateur. Ce dernier
définit également la position de la lentille montée sur la platine de translation.
54
2.2. Le dispositif expérimental
( (
!!"
"
*#+
'
& ' ! #$ % #
Figure 2.9 – Schéma du contrôle commande des différents éléments dans le cas d’un tir
par la voie directe. Les éléments physiques présents sur le banc sont représentés en gris.
Le contrôle des différents éléments s’effectue par un programme Labview (figure 2.10).
Ce programme permet de déplacer l’échantillon, de translater la lentille de focalisation
fixée sur la platine motorisée et de choisir la puissance du tir (ainsi que sa durée dans le
cas d’une impulsion). Notons qu’une calibration de la puissance est réalisée (du type de
celle qui est présentée sur la figure 2.6) avant chaque campagne d’expérimentations afin
de connaitre la puissance associée à la tension envoyée à l’AOM.
55
2.2. Le dispositif expérimental
Figure 2.10 – Programme labview utilisé pour le contrôle des éléments de la voie directe.
Voie galvanométrique
Dans le second cas, présenté sur la figure 2.11, le contrôleur de la tête galvanométrique
émet un signal numérique, synchronisé avec le mouvement des miroirs. Ce signal est
récupéré et envoyé au modulateur acousto-optique : le tir est ainsi synchronisé avec le
mouvement des miroirs.
L’utilisateur indique les options de gravure et la trajectoire qu’il souhaite imposer au
faisceau laser afin de graver le motif voulu. Un exemple de motif, suivant une trajectoire
de type "ligne", est présenté sur la figure 2.12. Ici, la vitesse de déplacement du faisceau
dans le plan de l’échantillon est de 280 mm/s. Pendant le déplacement, des impulsions de
200 µs sont délivrées toutes les millisecondes (rapport cyclique de 20%). La puissance du
laser est de 82 W.
56
2.2. Le dispositif expérimental
, -
&' ( )'*+
#
" # $
"
!
# $
Figure 2.11 – Schéma du contrôle commande des différents éléments dans le cas d’un tir
par la voie galvanométrique. Les éléments physiques présents sur le banc sont représentés
en gris.
-500
Profondeur (nm)
-1000
-1500
-2000
-2500
0.5 1.0 1.5 2.0
Distance (mm)
Figure 2.12 – (a) Cartographie de la zone obtenue par profilométrie optique de la zone
irradiée et (b) profil extrait de cinq des cratères obtenus.
Les options du programme Labview apparaissant sur la figure 2.13 seront présentés
57
2.3. Outils classiques de caractérisations
Figure 2.13 – Programme labview utilisé pour le contrôle des éléments de la voie gal-
vanométrique.
58
2.3. Outils classiques de caractérisations
Polariscope
Le procédé par laser CO2 sur le verre entraine un échauffement suivi d’un refroidis-
sement rapide du matériau qui peut produire des contraintes. L’un des moyens expéri-
mentaux pour observer ces contraintes est le polariscope (figure 2.15). L’échantillon de
silice, illuminé par une source blanche collimatée, est placé entre deux polariseur croisés et
l’image de l’échantillon est formée par le microscope, présenté dans la partie précédente.
Dans cette configuration, l’anisotropie induite par les contraintes dans l’échantillon se
traduira par un motif lumineux associé à la distribution de ces contraintes. La figure 2.16
est l’observation polariscope des cratères de la figure 2.14. Notons qu’un maximum de
59
2.3. Outils classiques de caractérisations
déphasage est mis en évidence en périphérie du cratère. Celui-ci décroit rapidement vers
l’intérieur et, à l’inverse, lentement vers l’extérieur.
Figure 2.16 – Observations au polariscope des cratères CO2 présentés dans la figure
2.14.
Au vu de la structure géométrique des cratères formés dans la silice, les directions des
contraintes principales sont parallèles et orthogonales au rayon, comme représenté sur la
figure 2.17 (a). La biréfringence locale est directement liée à la différence entre ces deux
contraintes principales. Quand la lumière est polarisée le long d’une de ces directions
elle reste polarisée linéairement. Ainsi, aucune lumière ne passe à travers le polariseur
croisé. Cet effet s’observe dans quatre directions, comme représenté sur la figure 2.17 (b).
Inversement, un déphasage maximum est présent quand la lumière est polarisée à 45°,
en cohérence avec les directions des deux principales contraintes. Le détail des équations
décrivant le comportement de l’observation au polariscope est donné dans l’annexe 4.6.
Figure 2.17 – (a) Directions (parallèle et orthogonales au rayon) des contraintes pé-
riphériques d’un cratère formé par irradiation CO2 . (b) Représentation schématique de
l’état de polarisation à la sortie d’un cratère CO2 pour une lumière incidente polarisée
dans la direction verticale. (c) Observation au polariscope d’un cratère CO2 . Les axes des
polariseurs croisés sont représentés en rouge. (Source [79])
60
2.3. Outils classiques de caractérisations
Figure 2.18 – (a) et (b) sont deux images MEB avec des grandissements différents d’un
dommage amorcé et des re-dépôts de silice en périphérie d’un site créé par laser CO2 .
(c) et (d) sont respectivement des observations au microscope optique et en microscopie
optique en fond noir de la même zone
Microscopie confocale
La microscopie confocale est une technique de caractérisation optique décrite en 1955
par Minsky [93] et commercialisée au début des années 1980. Elle utilise une source
61
2.3. Outils classiques de caractérisations
Figure 2.19 – Observation au microscope confocal d’un dommage laser. L’image (a)
correspond à une vue de dessus et l’image (b) en profondeur. L’excitation se fait à 532 nm
en vert : signal récolé à 532 nm (réflexion, diffusion liée aux fractures). En rouge : signal
récolté entre [550 et 900 nm] (luminescence liée aux défauts électroniques)
62
2.3. Outils classiques de caractérisations
Figure 2.20 – Image 3D d’une caractérisation AFM d’une partie d’un réseau de diffrac-
tion.
Profilométrie optique
Le profilomètre optique est un instrument de caractérisation non intrusif (sans contact)
qui permet de mesurer la rugosité et le relief d’une surface. C’est une technique interfé-
rométrique qui est basée sur la réflexion d’un signal lumineux permettant d’établir la
topographie de l’échantillon.
Au cours de cette thèse, nous avons utilisé un profilomètre optique (Zygo, Newview
7300) possédant un mode "recouvrement" permettant de cartographier de grandes surfaces
(jusqu’à plusieurs dizaines de millimètres). Un mode de fonctionnement de l’appareil per-
met de déplacer l’échantillon de façon automatique et puis de reconstruire la topographie
de la zone d’intérêt en assemblant les images. Trois objectifs sont à notre disposition dont
les caractéristiques sont les suivantes (2.3) :
Grandissement 1 10 100
Pente limite (deg) 1,34 14,53 40,36
Distance de travail (mm) 40 7,4 0,5
Ouverture numérique 0,03 0,3 0,85
La résolution verticale en z spécifiée par le constructeur est de 0,1 nm. Cette excellente
résolution en Z est liée à la mesure interférentielle de l’outil optique et permet une carac-
térisation précise de la morphologie des cratères générés. La figure 2.21 est un exemple
de mesure obtenue à partir du cratère (a) présenté dans les figures 2.14 (observations
microscope) et 2.16 (observations polariscope).
63
2.3. Outils classiques de caractérisations
Profondeur (nm)
-100
-200
-300
-400
Figure 2.21 – (a) Cartographie 2D obtenue par profilométrie optique du cratère CO2
(a) présenté sur la figure 2.14. (b) profil obtenu à partir de la coupe en pointillé de (a) et
(c) reconstruction 3D de la surface.
Cependant, pour des pentes de cratères importantes, il n’est pas possible de recons-
truire la forme complète du cratère. La solution est d’utiliser un objectif avec une pente
limite supérieure mais dont le champ de mesure est inférieur (objectif X10 ou X100). L’uti-
lisation du mode recouvrement est ainsi nécessaire, ce qui augmente considérablement le
temps de mesure et devient rédhibitoire pour les sites millimétriques.
5
0
Profondeur (µm)
-5
-10
-15
-20
-25
-30
-0.4 -0.2 0.0 0.2 0.4
Distance (mm)
Figure 2.22 – (a) Cartographie 2D et (b) profil extrait obtenus par profilométrie optique
d’un cratère CO2 dont la pente est trop importante pour que la reconstruction du profil
soit complète.
Profilométrie mécanique
Le principe du profilomètre mécanique se rapproche de celui des AFM à contact.
Une pointe avec un rayon de courbure descend jusqu’au contact de l’échantillon à étudier.
Cette pointe balaye la surface selon une direction donnée et reconstruit le profil de surface
via un capteur inductif. Selon les caractéristiques de la surface à caractériser, différentes
forces peuvent être appliquées à la pointe.
Des mesures avec cet instrument de caractérisation ont été effectuées au cours de ces
travaux (Brucker, Dektak) dans les cas où la mesure par profilométrie optique n’était pas
possible (pente trop importante, surface trop rugueuse, ...). Un exemple est présenté sur
la figure 2.23.
64
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
Figure 2.24 – Fronts d’onde de référence (a) et après passage dans un échantillon
présentant un profil de surface modifié (b).
La caméra SID4-HR contient un capteur CCD et une optique diffractive (figure 2.25
(b)) (un masque de Hartmann modifié). Ce réseau de diffraction génère 4 répliques d’une
onde incidente (a), selon 4 angles et formant une figure d’interférence à 4 ondes à la
65
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
surface d’un capteur CCD (c). L’interférogramme obtenu représente une carte d’interfé-
rence à deux dimensions spatiales contenant les informations de gradient de phase dans
les directions X et Y. A partir d’une analyse de Fourier de la figure d’interférence, les
cartes de gradient (e) sont calculées. Par intégration bi-dimensionnelle (f), on obtient la
cartographie de chemin optique. Au cours de cette thèse, la camera utilisée possédait un
échantillonnage spatial de 4 x 4 pixels (29,6 µm x 29,6 µm) avec 300 x 400 points de
mesures.
161
nm
La mesure de variation de chemin optique est par principe autoreférencée, ce qui rend
le système très robuste aux vibrations. Il est possible de mesurer la différence de chemin
optique avec une sensibilité théorique inférieure à 1 nm sur une dynamique de quelques
centaines de microns, ce qui représente un fort avantage dans la mesure de forme des
cratères générés dans la silice.
2.4.2 Profilométrie
Mesures ex-situ
Des études préliminaires de mesure profilométrique de cratère CO2 par imagerie de
phase ont été effectuées sur un microscope inversé de biologie (Nikon, Ti-U) contenant
la caméra SID4Bio de Phasics (figure 2.26). Ces études nous ont permis de définir les
paramètres optimaux d’observation comme le choix de l’objectif de microscope ou de la
source d’éclairage par exemple. Notons que, pour des mesures ex-situ, il est possible de
placer un filtre passe bande (comme représenté sur le schéma).
66
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
Eclairage de Köhler
Echantillon
Objectif
Filtre
passe bande
Caméra Phasics
L’avantage de la camera de phase utilisée au cours de cette thèse est qu’elle peut être
directement intégrée sur le microscope de notre banc d’expérimentation (figure 2.1).
Mesures in-situ
Suite à ces études préliminaires, nous avons caractérisé, in-situ, les zones irradiées par
laser CO2 , directement après le tir. Dans notre montage, il est possible d’irradier l’échan-
tillon puis de le déplacer vers la voie de caractérisation, où est placé le microscope (figure
2.27). Pour les mesures avec la caméra de phase, la procédure suivante est appliquée :
on effectue une acquisition de référence sur une zone vierge de l’échantillon, cette zone
est ensuite irradiée (en déplaçant l’échantillon vers la voie de tir), puis on se repositionne
dans cette zone afin d’effectuer la mesure de différence de chemin optique. Nous utilisons
comme source d’éclairage un faisceau laser rouge collimaté à 685 nm (Thorlabs, MCLS1)
en transmission. Différents moyens de caractérisation ont été utilisés afin de comparer
les mesures obtenues par la camera de phase afin de les valider : profilométries optique,
mécanique et observation au microscope.
67
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
Une première étude comparative a été effectuée pour des tirs CO2 sans mouvement
de la source en utilisant la voie d’irradiation "directe". Deux tailles de faisceau ont été
utilisées (700 µm et 1400 µm) pour une durée de tir de 1 s avec une puissance de laser
variable. La figure 2.28 présente deux exemples de résultats dans les cas de tir de 1 s, à
700 µm à deux puissances de 5.1 et 6.3 W ((a) imagerie de phase, (b) profilomètre optique
et (c) observation au microscope)
Figure 2.28 – (a) Cartographies de différence de chemin optique obtenues, in-situ, par
la caméra de phase, (b) cartographies de surface obtenues, ex-situ, par profilométrie mé-
canique et (c) observations au microscope Nomarski pour deux types de cratères obtenus
à des puissances laser de 5,1 W (ligne supérieure) et 6,3 W (ligne inférieure).
68
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
subi le tir laser. Un bon accord entre les deux méthodes de caractérisation morphologique
a été obtenu pour une large gamme de puissance, avec deux tailles de faisceau, générant
des profondeurs de cratère allant de quelques microns à une centaine de microns.
100 100
10 10
Imagerie de phase Imagerie de phase
Profilomètre optique Profilomètre optique
5 6 7 8 14 15 16 17 18 19
Puissance (W) Puissance (W)
Figure 2.29 – Comparaison des mesures de profondeurs obtenues par imagerie de phase
(points noirs) et par profilométrie optique (points rouges) en fonction de la puissance du
laser CO2 pour une taille de faisceau de 700 µm (a) et 1400 µm (b).
Nous présentons (figure 2.30) deux exemples de comparaisons des profils obtenus par
les deux techniques de mesure (puissance laser de 5.1 W et 6.9 W). Un zoom sur le
rebond en périphérie du cratère a été effectué sur (b). Nous remarquons un bon accord
dans cette zone perturbée, où le verre a subis un fluage lors de la formation du cratère. De
plus, et comme montré précédemment (figure 2.29), la profondeur du site est également
mesurée par les deux systèmes de mesure. Cependant, l’imagerie de phase reconstruit le
profil complet, contrairement au profilomètre optique (à cause des valeurs de pente trop
élevées)
1.0
Imagerie de phase
0 Profilométrie optique
0.5
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-20 0.0
-0.5
-40
-1.0
Imagerie de phase
-60 Profilométrique optique
-1.5
-0.4 -0.2 0.0 0.2 0.4 -0.3 -0.2 -0.1 0.0 0.1 0.2 0.3
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 2.30 – Profils de cratères obtenus par imagerie de phase (points noir) et par
profilométrie optique (point rouges) pour des sites à deux puissances laser : 5.1 W (a) et
6.9 W (b). Précisons que la position de la coupe n’est pas exactement la même sur les 2
mesures ce qui peut expliquer les légères différences.
69
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
Une seconde étude comparative a été effectuée sur des sites obtenus avec la voie "gal-
vanométrique" de notre banc d’expérimentation, donnant des structures de plus grandes
dimensions (typiquement 2 mm de diamètre pour 500 µm de profondeur). La formation
de ces sites de forme conique sera détaillée dans le chapitre 4. Les sites à caractériser
étant plus larges et plus profonds que ceux présentés ci-dessus, une nouvelle configuration
a été mise en place (figure 2.31) utilisant un objectif d’appareil photo (Canon, focale de
50 mm, ouverture de F/1.4).
La figure 2.32 présente la comparaison entre un profil obtenu par l’imagerie de phase
et par les instruments de profilométrie (optique et mécanique) pour un site CO2 de forme
conique. Un bon accord est obtenu pour résoudre à la fois la forme globale du site (re-
présentée en (a)), validée par la profilométrie mécanique, mais également la bosse en
périphérie (représentée en (b)), confirmée par le profilomètre optique. Néanmoins, pour
des cratères ayant une profondeur supérieure à 300 µm, des limites sont observées. Dans
ce cas, les franges de l’interférogramme ne sont pas résolues par le capteur de front d’onde
à cause de la trop forte pente de la courbure du front d’onde. Cependant, dans les cas où
nous avons besoin de caractériser des structures dont la profondeur est inférieure à 300 µm,
une seule mesure, obtenue de façon quasi-instantanée (quelques secondes) par la caméra
de phase, donne des résultats équivalents aux deux autres moyens de caractérisation ayant
des temps de mesure beaucoup plus longs (de plusieurs dizaines de minutes).
70
2.4. Caractérisation par microscopie de phase quantitative
50 0.4
Profilométrique mécanique
Microscopie de phase quantitative
0 Profilométrie optique 0.2
-50
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
0.0
-100
-150
-0.2
-200 -0.4
-250
Microscopie de phase quantitative
-0.6 Profilométrique optique
-300
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 0.20 0.25 0.30 0.35 0.40
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 2.32 – Comparaison de profils obtenus par profilométrie optique (ligne bleu),
mécanique (noire) et imagerie de phase (rouge) (a) et zoom sur la bosse en périphérie (b).
71
2.5. Mesures de propagation
Figure 2.33 – (a) Mesure obtenue par le polariscope d’un cratère CO2 et (b) Cartogra-
phie de biréfringence du même site mesuré par la caméra de phase.
Un faisceau laser uniforme collimaté, à 351 nm, est envoyé sur un échantillon possédant
le (ou les) défaut(s) à caractériser. Une camera CCD (2048 x 2048 pixels, taille de pixel
de 7,4 µm) récolte ainsi les images de l’onde diffractée le long de sa propagation en
différents plans, en commençant par la sortie de l’échantillon. Le champ de mesure est
de 15 x 15 mm2. Un système optique d’imagerie est utilisé pour les courtes distances de
propagation afin de transférer la carte d’intensité au capteur CCD. Ce système est une
lentille de 25 mm de diamètre et de longueur focale 75 mm. Avec cette configuration, le
grandissement du système est de un. Enfin, l’intensité maximale (normalisée par rapport à
la puissance moyenne du faisceau) est reportée en fonction de la distance de propagation.
72
2.6. Tests de tenue au flux
Dans le cas de mesures effectuées sur un échantillon contenant un cratère formé par
le procédé laser (figure 2.35 (a)) nous obtenons des images à différentes distances de
propagation, comme illustré par les deux images (b) et (c) de la figure 2.35. Ces mesures
expérimentales nous permettent de détecter et quantifier les surintensités générées par le
défaut créé lors du procédé laser et leurs positions.
Figure 2.35 – (a) Exemples d’un échantillon testé sur EPSILON et (b) et (c) de deux
résultats obtenus à deux distances de propagation.
73
2.6. Tests de tenue au flux
La source laser est de type Nd :YAG impulsionnel triplé émettant à 355 nm, longueur
d’onde sensiblement différente à celle du LMJ qui est de 351 nm. Cependant, cette légère
variation de longueur d’onde n’a pas d’influence quant au comportement de la silice. La
durée équivalente d’impulsion est de 2,5 ns. Cette durée est proche de la durée d’impul-
sion du LMJ. Nous prenons en compte cette différence en appliquant une loi d’échelle
temporelle (adaptée aux impulsions nanoseconde) [99] pour ajuster la durée d’impulsion
à celle du LMJ (3 ns). Le faisceau est focalisé par une lentille de focale f = 5 m et la
distance de Rayleigh obtenue est de 30 cm. Ainsi, l’épaisseur des échantillons testés ne
dépassant pas 10 mm, la forme du faisceau est constante dans le volume de l’échantillon.
Le profil spatial du faisceau est proche de celui d’une gaussienne avec un diamètre à 1/e
de 600 µm.
Au cours de cette thèse, différentes procédures de tests de tenue au flux ont été utili-
sées :
— Sur la silice : nous avons appliqué la procédure 1-on-1, définie par la norme ISO
21254 [31]. Ce type de test consiste à illuminer à une fluence donnée un site du com-
posant optique avec une impulsion laser (figure 2.37 (a)). Une observation permet
d’identifier chaque site comme endommagé ou non. En répétant cette procédure
sur N sites indépendants à une même fluence F, il est possible de connaître la
probabilité d’endommagement Pdom = n/N ; où n est le nombre de sites endom-
magés. En modifiant la fluence et en répétant la procédure sur un même échantillon
(figure 2.37 (b)), il est possible de construire une courbe de probabilité d’endom-
magement (figure 2.37 (c)). On reporte sur cette courbe la probabilité obtenue à
chaque fluence. Le seuil d’endommagement est défini à la fluence où la probabilité
est nulle, ici F1 .
100
Probabilité d'endommagement (%)
80
60
40
20
0
F1 F2 F3 F4
Fluence
Figure 2.37 – (a) Représentation de l’énergie déposée par site pour une procédure 1-on-
1, (b) N sites sont testés à chacune des fluences F (les sites endommagés sont représentés
en rouge) et (c) courbe de probabilité d’endommagement déduite.
— Sur les cratères obtenus par le procédé laser : Une procédure 1-on-1 est également
utilisé : chaque cratère est exposé à une fluence donnée F . En répétant cette procé-
dure sur différents sites, on obtient une probabilité d’endommagement Pdom pour
un type de cratère à une fluence F . Les cratères formés lors du procédé par laser
CO2 et la zone affectée thermiquement étant plus larges que la taille du faisceau de
test d’endommagement (le diamètre du faisceau incluant plus de 80 % de la fluence
maximum est d’environ 250 µm), certaines zones spécifiques ont été testées. En ef-
74
2.7. Conclusion
fet sur ces sites, la zone la moins résistance à l’endommagement laser est localisée
autour du cratère. Les études précédant la thèse [79] ont montré que l’initiation
des dommages, lors des tests de résistance laser sur cratère CO2 , a lieu dans une
zone en périphérie du cratère, sans défaut visible, mais soumise aux contraintes mé-
caniques résiduelles (évoquées précédemment dans la partie 2.3.1 de ce chapitre).
Ainsi, pour tous les tests d’endommagement présentés dans cette thèse, nous avons
ciblé ces zones. La zone de test pouvant être potentiellement limitée sur les échan-
tillons, nous appliquons une procédure de traitements de données introduit par
Jensen et al. [100] permettant de réduire les erreurs statistiques et les incertitudes
de mesure en augmentant de façon fictive le nombre de données. Cette procédure
est basée sur deux hypothèses :
— Un site non endommagé aurait également résisté à une irradiation avec une
fluence inférieure.
— Un site endommagé aurait également été endommagé à une irradiation à une
fluence supérieure.
Enfin, l’écart-type σPdom sur la probabilité d’endommagement Pdom est donné par
[101] :
1 − Pdom
s
σPdom = Pdom (2.4)
N Pdom
On représente sur la figure 2.38 les écarts types obtenus à chaque fluence dans le cas
de l’exemple précédent présenté sur la figure 2.37.
100
Probabilité d'endommagement (%)
80
60
40
20
0
F1 F2 F3 F4
Fluence
Figure 2.38 – Courbe de probabilité d’endommagement présentée sur la figure 2.37 sur
laquelle les barres d’erreurs ont été ajoutées.
2.7 Conclusion
Ce chapitre a présenté le dispositif expérimental qui été a mis en place au cours de
cette thèse ainsi que les outils de caractérisations utilisés. Les procédures expérimentales
75
2.7. Conclusion
76
Chapitre 3
Sommaire
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.2 Description du modèle thermique 2D . . . . . . . . . . . . . . 79
3.2.1 Hypothèses, géométrie et maillage . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.2.2 Équation de la chaleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
3.2.3 Paramètres thermiques de la silice . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.3 Validation du modèle thermique 2D . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.3.1 Protocole expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.3.2 Mesure par thermographie infrarouge de la température . . . . 83
3.3.3 Choix des paramètres du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.4 Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites
créés par laser CO2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.4.1 Calcul de la profondeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.4.2 Calcul de morphologie du cratère . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.5 Source de chaleur en mouvement, vers un modèle 3D . . . . 95
3.5.1 Modèle thermique 3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3.5.2 Comparaison à l’expérience . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.6 Description du modèle thermo-mécanique 2D . . . . . . . . . 98
3.6.1 Présentation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
3.6.2 Validation du modèle, comparaison aux résultats expérimentaux 102
3.6.3 Distribution de température fictive . . . . . . . . . . . . . . . . 104
3.7 Mesure quantitative de la biréfringence . . . . . . . . . . . . . 106
3.7.1 Approche expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.7.2 Répétabilité des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3.7.3 Comparaisons avec les simulations . . . . . . . . . . . . . . . . 109
77
3.8 Effets de recuits dans un four haute température sur la re-
laxation des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
3.8.1 Description de la procédure expérimentale . . . . . . . . . . . . 113
3.8.2 Application aux sites traités par laser CO2 . . . . . . . . . . . 116
3.9 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
78
3.1. Introduction
3.1 Introduction
Nous avons présenté dans les chapitres précédents, le principe de la stabilisation par
laser CO2 de sites endommagés. Ce procédé a montré son efficacité pour le recyclage
des optiques en silice du NIF [70]. Le choix des paramètres d’irradiation utilisés lors
du procédé, tels que la puissance, la taille du faisceau et le temps d’exposition, sont
critiques. Ainsi, des travaux expérimentaux ont été menés pour améliorer le processus de
stabilisation par laser CO2 par des études paramétriques, afin de trouver les paramètres
optimaux [72], ou bien en développant de nouveaux protocoles [71, 75, 76, 81]. De plus,
des travaux théoriques sur le comportement de la silice lors d’une irradiation par laser
CO2 ont été effectués à partir de modèles numériques prenant en compte l’échauffement
de la silice, son mouvement, l’éventuelle évaporation ainsi que la formation de contraintes
[17, 77, 102, 103]. En effet, certains changements structurels importants se produisent
au cours du processus de stabilisation : des contraintes résiduelles apparaissent dues à
la relaxation de la silice provoquée par le chauffage laser suivi du refroidissement. Ces
contraintes résiduelles sont particulièrement néfastes pour les composants optiques en
silice du LMJ car elles peuvent modifier les propriétés optiques du verre et avoir une
influence sur la résistance à l’endommagement laser. [79, 102, 104]
Ce chapitre décrit le modèle numérique qui a été développé au cours de cette thèse
nous permettant de décrire précisément les interactions thermo-mécaniques mises en jeu
lors d’une irradiation par laser CO2 sur un matériau de silice. Afin d’étudier le procédé
de stabilisation de dommages, notre modèle prend en compte l’absorption, la montée en
température et la cinétique de refroidissement du matériau. De plus, la génération et la
relaxation de contraintes ainsi que formation du cratère sont simulées. Nous décrivons ce
modèle ainsi que les comparaisons expérimentales qui ont été effectuées pour le valider.
79
3.2. Description du modèle thermique 2D
Silice z
r
Air φ
Laser
(1 − R)P (t)
!
r2
Q(r, z) = exp − f (z) (3.2)
πa2 a2
avec R le coefficient de réflexion de Fresnel, P la puissance laser incidente (en W), a
le rayon à 1/e du faisceau gaussien (en m) et f (z) la fonction décrivant la distribution de
l’intensité absorbée en profondeur dans l’échantillon.
Le coefficient de réflexion R est donné par :
(nr − 1)2 + ni 2
R= (3.3)
(nr + 1)2 + ni 2
avec nr et ni respectivement les parties réelles et imaginaires de l’indice de réfraction
de la silice.
80
3.2. Description du modèle thermique 2D
1
k1 : Combis
k2 : Wray
Données Heraeus
0
300 600 900 1200 1500 1800 2100 2400
Temperature (K)
Figure 3.2 – Conductivités thermiques k1 [108] et k2 [109] utilisées dans nos simulations.
81
3.3. Validation du modèle thermique 2D
Notons que, pour les hautes températures atteintes lors du tir laser CO2 , le type
de silice a peu d’influence sur ces paramètres thermiques. En effet, dans cette plage de
température, nous avons montré [113] que le chauffage de la silice par le laser CO2 est
indépendant des impuretés métalliques, de la teneur en Hydroxyle, ou des différentes va-
leurs des températures de recuit et de ramollissement de la silice (comparaisons effectuées
entre silices de type II et III).
La figure 3.3 présente un exemple de la distribution de température dans la silice à la
fin d’une irradiation laser de 1 s. Dans ce cas, la taille du faisceau est de 700 µm à 1/e2
et la puissance de 4,3 W. Précisons que nous utilisons les paramètres thermiques décrits
ci-dessus (tableau 3.1), la conductivité thermique k1 , une source de chaleur surfacique
(décrite par la suite dans la section 3.3.3), sans pertes par rayonnement.
82
3.3. Validation du modèle thermique 2D
600
K
2200
400 1900
900K
z (µm)
1600
1300
700
1500K
1800K 400
2100K
0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
r (µm)
Figure 3.3 – Distribution de température dans la silice calculée à la fin du tir laser de
1 s, de puissance 5.3 W et un diamètre de faisceau de 700 µm à 1/e2. Différentes isovaleurs
sont représentées.
83
3.3. Validation du modèle thermique 2D
2400
2100
Temperature (K)
1800
1500
1200
600
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
Temps (s)
84
3.3. Validation du modèle thermique 2D
(1 − R)P (t)
!
r2
Q1 (r, z) = exp − 2 δ(z) (3.4)
πa2 a
— Si l’on considère que le dépôt d’énergie s’effectue en profondeur dans la silice, la
source de chaleur Q2 est exprimée par la loi de Beer-Lambert :
(1 − R)P (t)
!
r2
Q2 (r, z) = α(T ) exp − exp (−α(T )z) (3.5)
πa2 a2
Ici, le coefficient d’absorption α(T ) est pris constant dans l’épaisseur de la silice et
dépend uniquement de la température à la surface. Il est défini tel que :
4π
α(T ) = ni (T ) (3.6)
λ
La pénétration du rayonnement, inversement proportionnelle à α(T ), vaut 11 µm
à 20 °C et 3 µm 2000 °C.
Il serait rigoureux d’utiliser un coefficient d’absorption dépendant également de la
position dans la silice car la température décroit avec la profondeur. Cette dépen-
dance doit être prise en compte pendant le calcul.
— On définit ainsi :
(1 − R)P (t)
!
r2
Q3 (r, z) = exp − α(z, T )fz (z) (3.7)
πa2 a2
avec fz (z) la distribution de l’intensité le long de l’axe z calculée à chaque pas de
temps dans le calcul et définie par :
85
3.3. Validation du modèle thermique 2D
400 5.0
510
300
480
0.00 0.02 0.04 0.06 0.08
200 4.8
100
Q2
0 Q3 4.6
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
Distance (mm) Temps (s)
Chaque source a été comparée aux résultats expérimentaux (figure 3.6). Notons que
pour ces calculs, nous considérons la conductivité thermique k1 définie par Combis et al.,
sans pertes par rayonnement.
On remarque la faible influence de la définition de la source de chaleur sur ces résultats :
la différence dans la température finale atteinte entre chaque source est inférieure à 1 %.
Cependant, la source de chaleur Q3 , définie comme étant la plus rigoureuse, est celle dont
les résultats sont les plus proches de l’expérience. L’utilisation de la source de chaleur Q1
peut être utilisée dans certains cas car elle réduit le temps de calcul et l’approximation
est très correcte.
2400
2100 2200
Temperature (K)
Temperature (K)
1800 2000
1500 1800
Q1 Q1 Q1
900 Q2 1400
Q2 Q2
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Q3 Q3 Q3
Temps (s)
600 Experience Experience Experience
Figure 3.6 – Température au centre calculée pour chaque source de chaleur et pour
trois puissances : 3,3 W (lignes rouges), 4,3 W (lignes bleues) et 5,3 W (lignes noire). Les
traits en pointillés sont les comparaisons expérimentales. Les calculs sont effectués avec
la conductivité thermique k1 , sans pertes par rayonnement.
86
3.3. Validation du modèle thermique 2D
Conductivité thermique
Dans un second temps, nous avons évalué l’influence de la conductivité thermique.
Pour cela, nous avons calculé la distribution de température de la silice pour les deux
conductivités thermiques k1 et k2 , introduites dans la partie 3.2.3 de ce chapitre, afin
de comparer les résultats aux expériences. Les calculs ont été réalisés pour la source de
chaleur Q3 , sans pertes par rayonnement. Les résultats au centre de l’échantillon (figure
3.7) montrent un profond désaccord entre les deux conductivités : à la fin du tir laser, et
pour chaque puissance, il y a une différence de 150 K entre le calcul et l’expérience dans
le cas où l’on utilise la conductivité k2 . Ainsi, nous utiliserons la conductivité thermique
k1 , définie par Combis et al., se rapprochant au mieux des résultats expérimentaux.
2400
2100
Temperature (K)
1800
1500
1200
P = 3,3W P = 4,3W P = 5,3W
900 k1 k1 k1
k2 k2 k2
Figure 3.7 – Température au centre calculée pour les deux conductivités k1 et k2 et pour
trois puissances : 3.3 W (lignes rouges), 4.3 W (lignes bleues) et 5.3 W (lignes noire). Les
traits en pointillés sont les comparaisons expérimentales. Les calculs sont effectués avec
la source de chaleur Q3 , sans pertes par rayonnement.
87
3.3. Validation du modèle thermique 2D
2400
2100
Temperature (K)
1800
1500
1200
Figure 3.8 – Température au centre calculée avec et sans pertes par rayonnement et
pour trois puissances : 3,3 W (lignes rouges), 4,3 W (lignes bleues) et 5,3 W (lignes noire).
Les calculs sont effectués avec la source de chaleur Q3 et la conductivité thermique k1 .
Les résultats indiquent que l’influence des pertes par rayonnement augmente avec la
puissance : de 1,2 % de différence avec ou sans rayonnement pour 3,3 W jusqu’à 3,8 %
pour 5,3 W. Ces pertes doivent être prises en compte afin d’avoir une description précise
de l’évolution de la température.
Finalement, la figure 3.9 montre que les simulations sont en meilleur accord avec
l’expérience dans le cas où l’on utilise la source de chaleur Q3 , la conductivité thermique
k1 ainsi qu’en prenant en compte les pertes par radiation à la surface du matériau de
silice avec un facteur d’émissité de 0,8. L’écart entre les deux résultats dans le cas d’une
puissance laser de 5,3 W est dû à l’éjection de silice pendant le tir laser qui perturbe la
mesure expérimentale. Pour des puissances inférieures à 5,3 W, sans éjection de matière,
l’écart entre l’expérience et la simulation est inférieur à 1%.
88
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
2400
2100
Temperature (K)
1800
1500
600
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
Temps (s)
Figure 3.9 – Températures au centre calculées (lignes pleines) comparées aux mesures
expérimentales (lignes en pointillées) pour des puissances laser allant de 3,3 W jusqu’à
5,3 W en utilisant la source de chaleur Q3 , la conductivité thermique k1 et les pertes par
rayonnement avec un facteur d’émissivité de = 0,8.
89
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
où Tb = ∆H
∆Sv
v
est la température d’évaporation Tb à la pression P0 .
De plus, on considère que le flux de masse évaporée m (par unité de temps et de
surface) vaut [119] :
dm 1
= ρsat c (3.11)
dtdS 4
avec ρsat = q
M Psat
RT
la densité de vapeur saturante, M étant la masse volumique. On a
également c = 8RT πM
.
Or, la masse évaporée vaut dm = dzdSρliquide avec dz l’épaisseur évaporée et ρliq la
densité de la phase liquide.
Ainsi, la profondeur du cratère formé, c’est-à-dire l’épaisseur de matière éjectée, en
un point de coordonnées (x0 , y0 ) de la surface du matériau, à partir de la température de
surface T (t) = T (x0 , y0 , z = 0, t), est obtenue en utilisant l’équation :
s
1 1
Z ∞ " !#
P0 M U
∆z = exp − dt (3.12)
t=0 ρliq 2πRT R Tb T (t)
Les valeurs utilisées apparaissent dans le tableau 3.2.
Table 3.2 – Propriétés de la silice utilisées dans l’équation 3.12 [117, 120, 121]
Cette approche a été comparée à des résultats expérimentaux, mettant en jeu une
large gamme de puissances laser. Le protocole expérimental utilisé est quasiment le même
que celui décrit précédemment dans la partie 3.3.1 (taille du faisceau de 700 µm ± 10%
à 1/e2 et durée d’irradiation de 1 s). Pour cette expérience, nous avons utilisé le laser
CO2 délivrant une puissance maximale de 120 W. Dans un premier temps, nous utilisons
des puissances laser allant de 3,05 W à 7,3 W. Ces conditions d’irradiation permettent
d’obtenir des cratères de morphologies différentes (figure 3.10).
90
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
5
0.00 0.0
0
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-0.03 -0.3
-5
-0.06 -0.6
-10
-0.09 -0.9
-15
-1.2
-0.12 -20
-1.5
-0.15 -25
-600 -300 0 300 600 -600 -300 0 300 600 -600 -300 0 300 600
Rayon (µm) Rayon (µm) Rayon (µm)
Figure 3.10 – Observations au microscope des cratères formés dans la silice. Les tracés
(a), (b) et (c) sont les profils des cratères obtenus pour les puissances 3,3 W (rouge),
4,3 W (bleu) et 5,3 W (noir). Les échelles verticales utilisées ne sont pas les mêmes.
91
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
tels que cette émission de gaz, la modification de surface lors de la formation du cratère
et les effets d’écrantage, d’interaction laser/plume d’évaporation et l’effet de la pression
de vapeur.
100
10
Profondeur (µm)
0.1
Experience
Simulation avec Eq. (3.11)
0.01
2 3 4 5 6 7 8
Puissance (W)
Figure 3.11 – Profondeur des cratères en fonction de la puissance du laser. Les points
rouges sont les mesures expérimentales et le tracé en pointillé noir correspond aux simu-
lations dans le cas où l’on utilise l’équation 3.12
1 1
Z t s " !#
P0 M U
∆z(x0 , y0 , t) = exp − dτ
0 ρliq 2πRT (x0 , y0 , z(τ ), τ ) R Tb T (x0 , y0 , z(τ ), τ )
(3.13)
Dans cette approche, nous utilisons l’historique de température T (x0 , y0 , z(τ ), τ ) ob-
tenu par le calcul, où à chaque pas de temps τ , z(τ ) est la profondeur zi du nœud i tel
que zi+1 > ∆z(x0 , y0 , t) ≥ zi , où les indices i et i + 1 désignent les nœuds, représentés
sur la figure 3.12.
92
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
100
10
Profondeur (µm)
1 Expériences 1 s
Simulations Eq. (3.11)
Simulations Eq. (3.12)
Expériences 250 ms
Simulations
0.1
Expériences 100 ms
Simulations
Expériences 50 ms
Simulations
0.01
4 6 8 10 12 14 16 18 20
Puissance (W)
Figure 3.13 – Profondeur des cratères en fonction de la puissance du laser pour diffé-
rentes durées d’irradiation : 1 s, 250 ms, 100 ms et 50 ms. Chaque tracé en pointillé noir
correspond aux simulations et les points rouges aux mesures expérimentales. L’échelle ho-
rizontale étant en représentation logarithmique par souci de visibilité. Les deux résultats
des simulations à 1 s sont représentés.
93
3.4. Modélisation thermodynamique de la morphologie des sites créés par laser CO2
100
Profondeur (µm)
10
1 Expérience 10 ms
Simulations
Expérience 5 ms
Simulations
Expérience 1 ms
Simulations
0.1
0 20 40 60 80 100
Puissance (W)
Figure 3.14 – Profondeur des cratères en fonction de la puissance du laser pour diffé-
rentes durées d’irradiation : 10 ms, 5 ms et 1 ms. Chaque tracé en pointillé noir correspond
aux simulations et les points rouges aux mesures expérimentales.
94
3.5. Source de chaleur en mouvement, vers un modèle 3D
0.00 0.0
0
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-0.03 -0.3
Profondeur(µm)
-5
-0.6
-0.06
-10
-0.9
-0.09
-15
-1.2
-0.12 -20
Figure 3.15 – Profils expérimentaux (lignes noires) pour trois puissances laser : (a)
3,3 W, (b) 4,3 W et (c) 5,3 W ainsi que les calculs associés.
Pour P = 3,3 W (figure 3.15 (a)), le résultat des calculs est différent de la mesure
expérimentale. En effet, comme évoqué précédemment, la formation du cratère est essen-
tiellement due à la densification du matériau qui n’est pas prise en compte dans notre
modèle. Pour P = 4,3 W (figure 3.15 (b)) et P = 5,3 W (figure 3.15 (c)), la morphologie
expérimentale du cratère et celle calculée sont très similaires : le mécanisme principal
est l’éjection de matière. Seuls les bords du cratère sont moins bien reproduits car ils
correspondent à des zones de fluage et de densification de la silice.
Ce type d’approche permet d’avoir un modèle prédictif de la morphologie des cratères.
95
3.5. Source de chaleur en mouvement, vers un modèle 3D
1000
300
Distance (mm)
0 1 2 3
2400
Température maximale en fonction du temps
Profil de température à différents instants :
0.1, 0.2, 0.5, 1, 1.5, 2, 2.5 et 3s
2000
Temperature (K)
1600
1200
800
400
0 1 2 3
Temps (s)
Figure 3.17 – (a) Distribution de température selon la coupe dans le plan (xz) passant
par y = 0. (b) Température maximale atteinte en fonction du temps (échelle horizontale
et tracé en noir) et profils spatiaux de température (échelle et tracé rouge) à différents
instants : 0.1, 0.2, 0.5, 1, 1.5, 2, 2.5 et 3 s. Les températures maximales pour 1, 1.5, 2, 2.5
et 3 sont indiquées.
Si l’on trace une coupe dans le plan (xz) passant y = 0 on obtient la distribution de
température dans le matériau à un temps donné (par exemple à t = 2 s sur la figure 3.17
(a)). Ainsi, à chaque pas de temps, il est possible d’obtenir la température maximale sur le
long de l’axe x (y = 0). Celle-ci est tracée en noire (échelle horizontale en bas du graphe)
sur la figure 3.17 (b). On peut y coupler les profils spatiaux de température obtenus à diffé-
rents instants (en rouge pointillé, l’axe horizontal correspondant est également en rouge).
Ces deux représentations mettent en évidence l’effet cumulatif de la chaleur pendant le
déplacement : bien que la température maximale soit rapidement atteinte, elle augmente
légèrement au cours du temps à cause de ce cumul de la chaleur dans le verre. Cette
96
3.5. Source de chaleur en mouvement, vers un modèle 3D
légère augmentation peut se traduire par une différence importante sur la morphologie de
la structure formée dans la silice, comme nous allons le voir expérimentalement.
nm
500 µm
-8000
97
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
nm
-8000
-2
Profondeur (µm)
-4
-6
Simulation
-8 Expérience (b)
Figure 3.19 – (a) Caractérisation par profilométrie optique de la zone irradiée par le
laser CO2 . La flèche noire indique le sens du déplacement de l’échantillon. (b) Coupes
expérimentale (rouge) et simulée (noire) de la ligne en pontillés noirs sur (a).
98
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
s = −pI + sd (3.15)
avec p la pression, c’est-à-dire les contraintes volumiques, et sd le déviateur de contrainte.
Ce tenseur représente les contributions des contraintes autres que surfaciques. Il admet
les mêmes directions que le tenseur des contraintes.
D’une part, la pression p est obtenue à partir du module de compressibilité K, du
coefficient d’expansion thermique α, de la température de référence Tref à partir de laquelle
le coefficient α est défini et des déformations volumiques vol telle que :
E(T )
K= (3.17)
[3(1 − 2ν(T )]
avec E le module d’Young, dépendant de la température, et ν le coefficient de Poisson.
D’autre part, le deviateur de contrainte sd peut être calculé tel que :
Z t
∂d 0
sd = 2 Γ(t − t0 )
dt (3.18)
0 ∂t0
où Γ(t) est la fonction de relaxation du module de cisaillement, dépendante du temps.
Elle est obtenue en mesurant l’évolution des contraintes dans le temps pour un matériau
soumis à une déformation constante. Cette fonction de relaxation est donnée par :
N
t
Γ(t) = G + Gm exp − (3.19)
X
m=1 τm
L’interprétation physique de cette approche est appelée généralisation du modèle de
Maxwell. Dans cette analogie, τm représente le temps de relaxation du matériau et Gm
la rigidité du ressort de la branche m du modèle. Dans notre cas, nous considérons un
modèle généralisé de Maxwell avec un seul élément [78]. Dans cette analogie, les variables
qm représentent l’extension du ressort lié.
Finalement, dans notre cas, nous avons :
N
sd = 2Gd + 2Gm qm = 2(Gd + G1 q1 ) = 2G(d + q1 ) (3.20)
X
m=1
avec G1 = G et
1
q˙1 + q1 = ˙d (3.21)
τ1
Le temps de relaxation de la silice τ1 utilisé repose sur l’équation de Tool-Narayanaswamy-
Moynihan [123]
∆H (1 − η)
" !#
η
τ1 = τ0 exp + (3.22)
R T Tf
99
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
où τ0 est une constante, ∆H est l’enthalpie d’activation, R est la constante des gaz
parfait et η (0 < η < 1) une constante répartissant l’enthalpie d’activation entre la
température T et la température fictive Tf . Ces paramètres ont fait l’objet d’une recherche
bibliographique et sont résumés dans le tableau 3.3 [79, 123, 124].
La figure 3.20 présente un exemple de résultat de distribution des contraintes dans le
matériau, après refroidissement (de quelques dizaines de secondes) suite à un tir laser de
1 s, avec un diamètre de faisceau de 700 µm à 1/e2 et une puissance laser de 5,3 W. Les
contraintes sont figées dans la silice.
600
MPa
25
24
400 23
22
z (µm)
21
20
200 19
18
17
0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
r (µm)
Figure 3.20 – Distribution des contraintes principales résiduelles après un tir laser
(puissance de 5,3 W, diamètre de faisceau de 700 µm à 1/e2 et durée de tir de 1 s) suivi
du refroidissement. La partie centrale (zone du cratère) de (a) est supprimée afin d’ajuster
l’échelle.
100
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
0.04194 + 4.2305(10−4 )T +
4.739(10−7 )T2 + 2.3088(10−10 )T3 -
4.04(10−14 )T4 pour T > 950 K
τ0 Constante 1.064(10−17 ) s
Enthalpie
∆H 542 000 kJ/mol
d’activation
η Constante 0.9
Il est possible de lier les résultats des contraintes à des modifications de propriétés
optiques et notamment la biréfringence. En effet, la distribution de biréfringence dans la
silice, à partir des déformations, vaut [79] :
1
B = ∆n = nr − nφ = n30 [p11 (r − φ ) + p12 (φ − r )] (3.23)
2
avec n30 = 1,46 l’indice de réfraction de la silice à 633 nm, (p11 , p12 ) les éléments du
tenseur photoelastique de la silice et (r , φ ) les éléments du tenseur des déformations.
A partir des contraintes principales, la distribution de biréfringence vaut :
B = ∆n = nr − nφ = R(σr − σφ ) (3.24)
avec R le coefficient des contraintes optiques et (q11 , q12 ) les élements du tenseurs des
contraintes. Le coefficient des contraintes optiques est défini dans la littérature et vaut
101
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
R = 35 MPa [125–127]. Le lien entre les équations 3.23 et 4.24 est détaillé dans l’annexe
4.6.
En considérant le cas présenté ci-dessus (figure 3.20), on obtient la distribution de
biréfringence dans le matériau.
600
2
1.5
400
1
z (µm)
0.5
0
-0.5
200
-1
-1.5
-2
0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
r (µm)
102
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
3.0
2.5
Dephasage (nm)
2.0
1.5
1.0
0.5
0.0
-0.5
0 500 1000 1500 2000
Distance (mm)
En appliquant cette approche pour des puissances du laser allant de 3,5 W à 6,5 W, on
remarque que les positions de déphasage maximum (figure 3.23) simulées sont inférieures
à celles obtenues par l’expérience (d’un facteur allant de 1,2 à 1,5). A partir de ces
observations, nous avons optimisé le paramètre d’enthalpie d’activation de la silice. En
utilisant une enthalpie d’activation ∆H 0 = 457 000 kJ/mol, qui est inférieure de 15 %
à celui utilisé par Vignes et al. [78], nous obtenons un très bon accord entre l’expérience
et les simulations (points rouges sur la figure 3.23).
700 Experiences
Diamètre du retard maximum (µm)
Simulations with ∆H
Simulations with ∆H'
600
500
400
300
200
100
103
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
Ces comparaisons ont été étendues en diminuant les durées d’irradiations : de l’ordre
de la centaine de milliseconde (250 ms, 100 ms et 50 ms) (figure 3.24 (a)) jusqu’à la
milliseconde (figure 3.24 (b)). Dans le second cas, les puissances mises en jeu sont net-
tement supérieures et le fluage de la matière en périphérie du cratère formé est réduit :
l’évaporation est le phénomène majeur. Cependant, pour ces larges gammes de durées de
tir et de puissances, les prédictions expérimentales sont cohérentes avec les observations
expérimentales.
1000 1000
Expériences 10ms
Simulations
Diamètre du retard maximum (µm)
600 600
400 400
Expériences 250 ms
Simulations
Expériences 100 ms
Smulations
200 Expériences 50 ms 200
Simulations
2 4 6 8 10 12 14 16 0 20 40 60 80 100
Puissance (W) Puissance (W)
104
3.6. Description du modèle thermo-mécanique 2D
600
K
1650
400 1600
1550
z (µm)
1500
200 1450
1400
1350
0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
r (µm)
105
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
500
0
Profondeur (nm)
-500
-1000
-2000
-0.3 -0.2 -0.1 0.0 0.1 0.2 0.3
Distance (mm)
Figure 3.26 – Cartographies 2D (obtenues par profilométrie optique) d’une zone affectée
par un tir laser CO2 (puissance de 4,3 W, diamètre de faisceau de 700 µm ± 10% à 1/e2
et durée de tir de 1 s) avant (a) et après acidage (b) ainsi que les profils associés (c). (d)
est une observation au polariscope avant acidage.
Notre modèle nous a permis de confirmer cette observation. La zone affectée thermi-
quement par le tir laser, obtenue par le calcul de la température fictive, s’étend jusqu’à
230 µm par rapport au centre du tir (pour une profondeur de 100 µm), ce qui est en
bon accord avec le rayon de la zone affectée d’environ 240 µm mise en évidence expéri-
mentalement par l’acidage. De plus, nous avons vu précédemment (figure 3.23) qu’à cette
puissance, le rayon de la zone où les contraintes sont maximales est de 225 µm.
106
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
!
"#
10
Déphasage (nm)
-5
-10
107
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
— Étape 1 : dans une zone de silice vierge (sans cratère ni biréfringence), une mesure
de référence est effectuée dans un état de polarisation (par exemple avec un angle
de polariseur à 0°).
— Étape 2 : une rotation du polariseur est appliquée afin d’être en polarisation croisée
par rapport à l’état initial (angle de 90°). On réalise une mesure, présentée en
(a), qui contient l’information du bruit induit par le mouvement du polariseur,
entre les deux états de polarisation et à travers la silice vierge, lié notamment à
l’inhomogénéité du polariseur.
— Étape 3 : on se déplace sur la zone d’intérêt pour effectuer une mesure, à l’état de
polarisation initial (angle du polariseur à 0°)
— Étape 4 : on applique une rotation au polariseur pour croiser de nouveau les états
de polarisation. On obtient, en (b), une image qui semble similaire à celle obtenue
précédemment. Cependant cette mesure correspondant à la différence de chemin
optique entre les deux états de polarisation contient l’information de la distribution
biréfringence autour du cratère CO2 qui n’apparait pas car le "bruit du polariseur"
est plus important.
— Étape 5 : pour révéler le déphasage entre les deux états de polarisation à travers
la silice, nous effectuons une différence des deux mesures ((b) - (a)). Dans le cas
présenté, le déphasage induit est de plus ou moins 10 nm (c). Les deux coupes sui-
vant les deux axes sont également tracées (sur le graphique (d)). On observe une
augmentation rapide du déphasage en s’éloignant du centre du cratère jusqu’à at-
teindre une valeur maximale puis une décroissance lente en continuant à s’éloigner
du centre.
Cette procédure est appliquée sur chaque site, dont nous présentons les résultats par la
suite (partie 3.7.3). Théoriquement, il n’est pas nécessaire d’effectuer les deux premières
étapes pour chaque mesure car le résultat obtenu correspond uniquement au bruit intro-
duit par la rotation du polariseur. Ainsi, pour chaque site la mesure se résume aux étapes
3 et 4, i.e. la référence (angle du polariseur à 0°) et la mesure de référence sur une zone
vierge. Cette procédure permet d’obtenir la distribution de biréfringence dans la silice en
quelques secondes et de s’affranchir d’éventuelles différences de chemin optique liées à de
la biréfringence résiduelle dans le montage (optiques du microscope, polariseurs, ...).
108
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
positif. Finalement et à partir de toutes les mesures effectuées, nous déduisons une erreur
expérimentale de plus ou moins 10 % (soit 1 nm dans notre cas) que nous prendrons en
compte pour la suite. Notons que la spécification du fabricant (Phasics) est de 0,5 nm pour
la précision de la mesure. Les bruits s’additionnant lors de la soustraction une précision
d’un nanomètre est attendue, ce qui est cohérent avec les 10% mesurés.
Référence 1
10 Réference 1
Réference 2
Réference 2
Déphasage (nm)
-5
-10
Figure 3.28 – Distribution de biréfringence pour deux références différentes (a) et (b)
ainsi que les coupes associées (c).
109
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
15
Expériences Simulations : α(T)
Expériences Simulations : α = 5.5.10-7 K-1
10
Déphasage (nm)
-5
-10
-15
-600 -400 -200 0 200 400 600
Distance (µm)
Figure 3.29 – (a) - (b) cartographie de différence de chemin optique dans deux états de
polarisation (respectivement angle du polariseur à 0° et 90°). (c) soustraction des deux
résultats. (d) trace le déphasage expérimental (en rouge et noir) et numérique dans le
cas d’un coefficient de dilatation thermique α fixe de 5,5.10−7 (en vert) et dépendant du
temps, représenté sur la figure 3.30
Nous avons mené une étude sur les paramètres de la silice entrés dans notre mo-
dèle numérique afin d’étudier leur impact sur l’amplitude du déphasage simulé. L’un
des paramètres ayant une forte influence sur ces résultats est le coefficient de dilatation
thermique. Il est défini dans la littérature comme indépendant (tracé rouge sur la figure
3.30) et également dépendant de la température [129] (tracé noir sur la figure 3.30). Les
résultats numériques (tracé en vert) ont été obtenus pour le coefficient de dilatation ther-
mique indépendant de la température (tracé rouge, α = 5,5.10−7 K−1 ). Si on le considère
dépendant de la température (tracé noir), on obtient des résultats plus cohérents avec
l’expérience (tracé bleu sur la figure 3.29).
110
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
0
400 600 800 1000 1200 1400 1600
Température (K)
Dans un second temps, chaque tir laser a été simulé et comparé à l’expérience. Préci-
sons que les mesures ont été effectuées en appliquant la procédure "rapide" (c’est-à-dire
sans moyenner par 50 mesures), présentée dans la première partie de cette section. Ainsi,
nous incluons aux résultats l’erreur expérimentale. De plus, comme nous l’avons évoqué
précédemment, il existe un écart expérimental entre les deux axes qui sera également pris
en compte en définissant deux types d’axes : "faible" et "fort". La figure 3.31 présente
les déphasages, en fonction de la durée de tir, pour chaque puissance laser (2,53 W (a),
2,75 W (b) et 3 W (c)). Entre chaque axe (points en noir et rouge) l’ajustement linéaire
(en pointillé) présente une pente équivalente avec un écart plus ou moins prononcé (plus
faible à 2,75 W). Cependant, ces écarts expérimentaux entre les deux axes sont quasiment
inclus dans l’erreur de mesure.
111
3.7. Mesure quantitative de la biréfringence
12 12
Expériences : Axe faible Plaser = 2.53 W Expériences : Axe faible Plaser = 2.75 W
Expériences : Axe fort Expériences : Axe fort
10 Simulations : α = 5.5.10-7 10 Simulations : α = 5.5.10
-7
Déphasage (nm)
8 8
6 6
4 4
2 2
0 0
5 6 7 8 9 10 0 1 2 3 4 5 6 7
Durée de tir (s) Durée de tir (s)
12
Expériences : Axe faible Plaser = 3 W
Expériences : Axe fort
-7
10 Simulations : α = 5.5.10
Simulations : α(T)
Déphasage (nm)
0
1 2 3 4 5
Durée de tir (s)
Figure 3.31 – Déphasages mesurés (tracés noir et rouge) en fonction de la durée du tir
laser pour trois puissances différentes : 2,53 W (a), 2,75 W (b) et 3 W (c). Les résultats
des simulations sont représentés par les points bleus.
Bien que l’on obtienne une différence non négligeable (en moyenne de 30 %) entre
les résultats expérimentaux et numériques (représentés en bleu, pour α(T )) on note, sur
l’ensemble des résultats, une nette amélioration par rapport au cas ou α est indépendant de
la température (cercles bleus). Quelques ajustements sont encore nécessaires. Par exemple,
il serait possible d’effectuer une étude paramétrique expérimentale balayant de plus larges
paramètres d’irradiation, en augmentant par exemple la taille du faisceau et la puissance
laser, afin d’obtenir des niveaux de déphasage plus importants ou plus étendus. A partir
des résultats expérimentaux obtenus, une étude numérique peut être mise en place dans le
but de faire varier les paramètres d’entrée du modèle (notamment le coefficient thermique),
ayant un impact sur le résultat du déphasage, afin de les ajuster.
112
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
113
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
Température
Temps
z2
t= , (3.27)
4D
on obtient des temps caractéristiques t de 0.35 s pour une distance dans la silice
z de 1 mm, 35 s pour 1 cm et 150 s pour 2 cm. Il faudra donc plusieurs dizaines de
secondes pour homogénéiser en température nos substrats. C’est bien entendu la descente
en température qui est critique. Un calcul plus précis effectué sous COMSOL montre que
si l’on considère un échantillon de 50 mm x 10 mm porté à 950 °C et dont les bords se
refroidissent à 5 °C/min, la différence de température entre le centre et les bords sera
toujours inférieure à 0,5 °C.
L’environnement du four n’étant pas une salle propre il s’est avéré nécessaire de prendre
un certain nombre de précaution pour recuire un échantillon sans le contaminer. La pro-
cédure adoptée est donc la suivante :
— Caractérisations éventuelles de l’échantillon.
— Passage à la machine de nettoyage de l’échantillon : la recette classique programmée
par le fabricant pour nettoyer des échantillons de silice est utilisée.
— Chauffage à blanc (1300 °C, température maximale) du four pendant 10h, afin de
le décontaminer au mieux.
— L’échantillon est ensuite placé entre 2 substrats identiques (de même nature et net-
toyés en même temps que l’échantillon), l’ensemble étant posé sur des cales cales
de Zircone (figure 3.33). Cet assemblage permet d’éviter au maximum les contacts
avec l’atmosphère du four et ainsi minimiser la contamination ou oxydation. L’as-
semblage est fait en sortie de la chaîne de nettoyage, sous l’enceinte propre de la
chaîne.
— Après le recuit, l’échantillon est trempé dans une solution d’acide fluorhydrique et
114
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
d’acide nitrique afin d’éliminer toute contamination résiduelle malgré les précau-
tions qui ont été prises.
Figure 3.33 – (a) Vue d’ensemble du four et (b) de l’échantillon, entre deux substrats
de protection, à l’intérieur.
Dans le contexte des lasers de puissance, nous sommes amenés à utiliser des silices de
types II et III. Nous avons ainsi appliqué nos études sur l’effet du recuit sur ces deux silices.
La différence significative qu’il est nécessaire de prendre en compte est leur contenance en
OH : le type II possède un faible taux (< 400 ppm) par rapport au type III (de l’ordre de
1000 ppm). La dépendance en température de la viscosité étant fortement liée à ce taux
[137], les points caractéristiques (point de recuit et point de ramolissement) de ces silices
vont être différents. Les points de recuit, correspondant à une viscosité de 1013 poise, sont
à une température de TAII = 1395 K/1123 °C et TAIII = 1315 K/1043 °C pour les silices
de type II et III respectivement.
Une température de consigne trop élevée ou une durée de recuit trop longue peuvent
entrainer des effets néfastes. C’est pourquoi la première étape de nos travaux a été d’étu-
dier les conséquences des propriétés thermiques du recuit sur les échantillons testés afin
d’obtenir le protocole le plus adapté à nos besoins (combinaison temps / température
de recuit). En effet, plus la température de recuit va être élevée ou plus sa durée va
être longue, plus les défauts et les micro-fractures seront supprimés. Cependant, à haute
température, certains effets néfastes peuvent apparaitre.
Dans un premier temps, nous avons étudié l’effet du recuit sur des échantillons de silice
de type II et III à différentes température de recuit : 700 °C, 900 °C, 1000 °C, 1050 °C,
1100 °C et 1150 °C. Pour ces expériences, la durée du recuit (une fois la température
de consigne atteinte) est de 12 heures. Nous avons mesuré, par profilométrie optique,
les planéités de surface de chaque échantillon (un échantillon par température) avant et
après recuit. Un exemple pour un recuit à 1100 °C est représenté sur la figure 3.34 (a)
et (b). La figure 3.34 (c) regroupe le résultat des expériences par un tracé de l’évolution
de la déformation en fonction de la température de recuit. Les températures de recuit de
chacune des silices sont indiquées.
115
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
18
Silice type II
(Suprasil 312)
15
Silice type III
(C7980)
12
Planéité (µm)
9
0
1000 1050 1100 1150
Température de recuit (°C)
Figure 3.34 – Mesures de la planéité d’un échantillon de silice de type II avant (a)
et après recuit (b) à une température de consigne de 1100 °C. (c) Modification entre la
planéité avant et après recuit : on reporte le rapport pic/vallée pour chaque mesure.
De fortes déformations sont observées pour des valeurs différentes de recuit en fonc-
tion du type de silice : dans le cas du Suprasil 312, de type II, les déformations appa-
raissent autour de 1100 °C. Pour le Corning 7980, de type III, l’échantillon se déforme
autour de 1050 °C. Ces valeurs sont cohérentes avec les points théoriques de déformation
(TAII = 1395 K/1123 °C et TAIII = 1315 K/1043 °C).
A partir de ces résultats, nous avons fixé les températures de recuit, adaptées à chaque
type de silice. Une marge de 50 °C sur la température de consigne semble raisonnable.
Pour résumer, nous appliquerons une température de recuit de 1050 °C pour les silices de
type II (Suprasil S312) et de 1000 °C pour la type III (Corning C7980).
116
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
0.2 0.2
Avant Recuit Avant Recuit
0.1 Apres Recuit 0.1 Apres Recuit
0.0 0.0
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
100 nm
-0.1 -0.1
-0.2 -0.2
-0.3 -0.3
-0.4 -0.4
-0.5 -0.5
100nm
-0.6 -0.6
-0.4 -0.2 0.0 0.2 0.4 -0.4 -0.2 0.0 0.2 0.4
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 3.35 – Mesures de la surface de silice obtenues par profilométrie optique pour
un tir laser de 4.5 W durant 1 s avec un diamètre de 700 µm : reconstruction 3D de la
surface avant (a) et après recuit (b) et profils correspondant avant (tracé noir) et après
recuit (tracé rouge) (c). Les tracés sont repris sur (d) avec un décalage de 100 nm pour
le profil après recuit.
117
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
Après le recuit, nous observons que la morphologie globale du cratère a été conservée
(figure 3.35 (b)). Cependant, une modification du profil est observée par rapport à la
surface plane autour du cratère (figure 3.35 (c)) : on constate une élévation d’environ
100 nm de la surface dans la zone irradiée par le laser CO2 avant (tracé noir) et après
(tracé rouge) recuit. Un ajustement des profils (figure 3.35 (d)) montre qu’une zone entière
(entre les deux flèches bleues sur la figure 3.35) est élevée de façon homogène. Cet effet
est observé sur tous les sites testés : nous présentons un second exemple avec une taille
de faisceau de 1400 µm (15.7 W pour 1 s) sur la figure 3.36. Dans ce cas, le décalage est
d’environ 250 nm.
Bien que les mécanismes de formation des deux exemples de cratère présentés soient
totalement différents : fluage de matière et densification pour la figure 3.35 (profondeur
de quelques centaines de nanomètre) et évaporation pour la figure 3.36 (profondeur de
plusieurs microns), le décalage vers le haut après recuit du cratère est présent. Feit et al.
[138] et Liu et al. [74] ont également observé ce phénomène sur des sites irradiés par laser
CO2 sur silice.
-10
0
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-12
-4
-8
-14
-12
-0.6 -0.4 -0.2 0.0 0.2 0.4 0.6 -0.2 0.0 0.2
Figure 3.36 – Profils extraits des mesures de la surface de silice obtenues par profilo-
métrie optique pour un tir laser de 15.7 W durant 1 s avec un diamètre de 1400 µm avant
(tracé noir) et après recuit (tracé rouge) (a). (b) est un zoom du tracé (a) mettant en
évidence le décalage.
L’observation de cet effet confirme le fait que le procédé par laser CO2 modifie un
volume de silice possédant des propriétés différentes (figure 3.37 (a)). Après un recuit
isotherme de l’échantillon, le volume affecté thermiquement retrouve des propriétés si-
milaires à la zone environnante non affectée (température fictive et densité) amenant un
gonflement de la zone (figure 3.37 (b)). On observe donc une élévation de la zone irradiée
après le recuit global de la silice.
118
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
Pour aller plus loin dans nos études, nous avons analysé les effets du recuit par le four
avec des simulations numériques. Shelby présente dans ses travaux [18] la dépendance
de la densité de la silice en fonction de la température fictive. A partir du calcul de la
température fictive (eq. 3.26), il est donc possible d’estimer les différences de densité et
donc les changements de profil de surface observés expérimentalement (après le recuit
isotherme). Pour cela, nous appliquons la formule suivante :
Z +∞
Décalage(r) = [δρ(r, z)] dz (3.28)
0
avec δρ(r, z) la différence de densité en ppm (obtenue en se basant sur la Ref [18]) et :
119
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
140
120
Profondeur (µm)
80
60
40
20
120
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
300
150
100
0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
Puissance laser (W)
Figure 3.39 – Décalages mesurés avant et après recuit au centre du cratère en fonction
de la puissance laser pour deux diamètres de faisceau différents (700 et 1400 µm) et une
durée de tir de 1 s pour deux types de silice. Les simulations correspondantes sont tracées
en bleu.
Contraintes résiduelles
Nous avons vu dans la partie 2.3.1 du chapitre 2 que le procédé laser CO2 génère
dans la silice des contraintes thermo-mécaniques résiduelles : la dilatation thermique de
la silice chauffée durant l’irradiation est suivie par une très forte augmentation de la
viscosité pendant le refroidissement rapide, qui empêche le déplacement du matériau et
le relâchement des contraintes. Ces contraintes résiduelles sont mises en évidence par des
observations au polariscope (figure 3.40).
Figure 3.40 – Observations au microscope (a) et polariscope (b) d’un cratère obtenu par
irradiation CO2 avec un diamètre de faisceau de 700 µm, une puissance de 7 W pendant
1 s.
Ces contraintes peuvent amener une faiblesse mécanique de la zone traitée, une ani-
121
3.8. Effets de recuits dans un four haute température sur la relaxation des contraintes
sotropie optique et une détérioration locale de la résistance laser [116]. Elles peuvent être
relâchées par le traitement de recuit : l’augmentation de la viscosité pendant le recuit
permet un léger déplacement du matériau amenant une relaxation des contraintes.
Nous avons étudié l’évolution de ces contraintes sur différents échantillons de silice,
irradiés par laser CO2 (diamètre de faisceau de 700 µm pendant 1 s avec différentes
puissances). Les échantillons ont été recuits à 700 °C et 900 °C pendant 20 heures. La
figure 3.41 présente les observations au polariscope avant et après les deux types de recuit
(effectuées dans les mêmes conditions expérimentales).
Figure 3.41 – Observations au polariscope de zones irradiées par laser CO2 avant recuit
(a) et (c) (identiques à (b) présentées sur la figure 3.40) et après recuit à 700 °C (b) et
900 °C (d)
122
3.9. Conclusion
! "
"# # "
3.9 Conclusion
Au cours de ce chapitre, nous avons présenté le modèle numérique, à 2 ou 3 dimensions,
qui a été développé au cours de ces travaux de thèse. Cette approche nous a permis une
meilleure compréhension des interactions thermo-mécaniques qui sont mises en jeu lors
d’un tir par laser CO2 sur une surface de silice.
Nos calculs ont été confrontés à des résultats expérimentaux qui nous ont permis
123
3.9. Conclusion
d’améliorer et d’optimiser le modèle. En effet, une étude complète a été réalisée sur les
paramètres d’entrée critiques pour décrire le plus fidèlement les interactions thermiques
laser-matière. Cette étude thermique a été combinée à un modèle thermodynamique afin
de décrire les transformations de la silice lors de l’irradiation laser. De bons accords avec
l’expérience ont été obtenus.
Enfin, nous nous sommes intéressés aux effets mécaniques. Nous avons étudié les
contraintes résiduelles conséquentes au refroidissement rapide de la silice après un tir
laser CO2 . Notre modèle, validé par des comparaisons expérimentales, permet de calculer
la position de ces contraintes ainsi que la zone affectée thermiquement par l’irradiation
laser. De plus, la mise en place expérimentale d’un système de mesure quantitatif de la
biréfringence dans la silice nous a permis de comparer les valeurs de déphasage simulé à
l’expérience. Il est envisagé de poursuivre ces études expérimentales avec de plus larges
paramètres d’irradiations afin d’ajuster au mieux le modèle thermo-mécanique.
Les contraintes résiduelles ainsi que la zone affectée thermiquement par le procédé
laser (ayant des propriétés différentes à celles de la silice non traitée) peuvent être néfastes
dans le cadre de la stabilisation de dommages (baisse de la tenue au flux par exemple).
Cependant, il est possible d’appliquer des traitements thermiques sur ces zones afin de,
par exemple, relâcher les contraintes mécaniques. Ces traitements peuvent être locaux ou
globaux et sont traités dans le chapitre suivant.
124
Chapitre 4
Développement de procédés de
stabilisation de dommages
Sommaire
4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
4.2 La stabilisation de dommages micrométriques . . . . . . . . . 126
4.2.1 La stabilisation de dommages micrométriques : un procédé basé
sur deux irradiations successives . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
4.2.2 Influence du recuit isotherme par un four à haute température
sur la résistance au flux laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
4.2.3 Stabilisation de rayures sur la surface des composants de silice 134
4.3 Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions
millimétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.3.1 Études préliminaires - Simulations . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.3.2 Formation de cône par micro-usinge laser . . . . . . . . . . . . 145
4.3.3 Caractérisation et morphologie des cônes . . . . . . . . . . . . 147
4.4 Validation et optimisation du procédé . . . . . . . . . . . . . . 150
4.4.1 Étude des déformations du front d’onde . . . . . . . . . . . . . 151
4.4.2 Résistance au flux laser des sites stabilisés . . . . . . . . . . . . 159
4.4.3 Réparation de dommages laser nano-seconde . . . . . . . . . . 164
4.5 Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du
LMJ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
4.5.1 Les défauts d’aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
4.5.2 Refonte par laser CO2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
4.5.3 Résistance au flux laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
4.5.4 Propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
4.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
125
4.1. Introduction
4.1 Introduction
Dans ce chapitre nous présentons les différents procédés de stabilisation utilisés, mis
en place et développés au cours de cette thèse. Dans un premier temps, nous reviendrons
sur la méthode développée au cours de ces dernières années et permettant d’arrêter la
croissance de dommages laser de dimensions micrométriques. A partir de ce procédé, basé
sur deux irradiations laser successives, nous présentons les résultats de l’impact sur la
résistance à l’endommagement laser du recuit isotherme dans le four à haute température
(introduit dans le chapitre précédent). Nous montrons ensuite l’exemple d’une stabilisation
d’un défaut de plus grandes dimensions : une rayure de quelques millimètres conséquente
au polissage du composant optique lors de sa fabrication. Dans un second temps, nous
détaillons le développement du procédé de micro-usinage par laser CO2 visant à stabiliser
les dommages de dimensions millimétriques. Au cours de ces travaux de thèse, nous avons
mis en place un nouveau banc de stabilisation et optimisé le procédé par des critères de
validation tels que la résistance à l’endommagement laser et la maîtrise des déformations
du front d’onde. Enfin, nous présentons les travaux effectués pour éliminer les défauts
d’aspect présents sur les réseaux de diffraction en silice du LMJ.
126
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
depth [17].
Fig. 1. The first row of images was obtained with oblique illumination microscopy (OI) and the
second with confocal microscopy (C). The first column (D) is the characterization of a typical
Figure 4.1 – Ligne supérieure : observations au microscope (OI) d’un dommage (D)
stabilisé (H1) puis un tir de recuit local (H2). La ligne inférieure correspond aux caracté-
risations obtenues par microscopie confocale (C). (Source [76]).
described.
Fig. 3. Images were obtained with polariscope (P). The left image (D) is a characterization of a
Figure 4.2 – Observations au polariscope des zones de contraintes après le tir de stabi-
lisation (P-H1) et après le tir de recuit local (P-H2) (Source [76]).
127
$15.00 USD ished 30 Nov 2010
2010 OSA EXPRESS 26071
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
100
60
40
20
0
10 12 14 16 18 20 22
Fluence (J/cm²)
Figure 4.3 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur un cratère CO2 obtenu avec une puissance de 5 W pendant
1 s et une taille de faisceau de 700 µm avant (tracé en noir) et après (tracé en vert) un
tir de recuit local par laser CO2 (18 W, 1 s, diamètre de 2000 µm).
128
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
chimique par une solution d’acide fluorhydrique et d’acide nitrique. L’état initial sans
recuit a également été testé (tracé noir) et nous sert de référence.
100
60
40
20
0
14 15 16 17 18 19 20 21
Fluence (J/cm²)
Figure 4.4 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur silice S312 avant recuit (tracé noir), après le recuit à
1050 °C (tracé vert), après le recuit suivi d’une attaque chimique d’enlèvement 500 nm
(tracé rouge) et après une attaque chimique seule mais plus longue d’enlèvement 2 µm
(tracé bleu).
On note que le recuit (tracé vert) avec les conditions expérimentales du four utilisé,
c’est-à-dire sous air ambiant et dans un environnement non contrôlé, a un effet néfaste
sur la tenue au flux (tracé noir). Cependant, les échantillons ont été nettoyés avant les
tests d’endommagement laser et il n’y avait aucune trace visible de contamination, par
nos observations au microscope. Une des hypothèses évoquées est que la diminution de
la résistance laser est liée aux réactions des contaminants ou des défauts intrinsèques
de la silice en surface avec les molécules d’oxygène. Afin de palier à ce problème, nous
avons utilisé un traitement léger par acide fluorhydrique (HF) de 500 nm après le recuit
dans le four avec pour objectif de retirer toute contamination en surface. En suivant cette
procédure, on remarque que la probabilité d’endommagement laser a été diminuée (tracé
rouge) par rapport à l’état initial (tracé noir). Ainsi, l’étape d’acidage est systématique-
ment appliquée après un recuit dans le four. Afin de discriminer l’effet de l’acidage de
celui de recuit, nous avons testé le cas d’un substrat qui n’a pas été recuit au four mais
qui a été acidé (tracé bleu). Dans ce cas, la probabilité d’endommagement se situe entre
le cas initial et le recuit.
Une étude complémentaire sur des échantillons de silice, de type II, provenant de deux
lots différents a également été menée. Les résultats sont présentés sur la figure 4.5. On
constate que les probabilités d’endommagement des deux types de silice sont significati-
vement différentes comparativement à l’état initial (tracés noirs). Après la procédure de
recuit à 1050 °C pendant 12 heures (suivi de l’acidage), nous observons une amélioration
similaire de la résistance à l’endommagement laser sans différence significative entre les
deux types d’acidage (tracés rouges). Cette différence peut s’expliquer, en partie, par la
129
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
différence de polissage entre les deux lots. En effet, le polissage de l’échantillon A a peut
être été laissé plus de défauts précurseurs, comme des fractures sous-surfaciques, que pour
l’échantillon B et le recuit appliqué ne permet sans doute pas d’éliminer ces fractures. Il
est probable que le recuit permette d’éliminer une certaine catégorie de défauts précur-
seurs mais ne soit pas suffisant pour toutes les catégories. Notons aussi qu’une partie de
la différence de tenue peut aussi être imputée à la méthodologie du banc de test. Les tests
des échantillons A et B ont été faits lors de deux campagnes d’essai entre lesquels une
maintenance du laser a été effectuée.
100
Probabilité d'endommagement (%)
Echantillon A
Initial
Recuit
80
+ acidage HF (2 µm)
Echantillon B
Initial
60 Recuit
+ Acidage HF (500 nm)
40
20
0
15 16 17 18 19 20 21 22 23
Fluence (J/cm²)
Figure 4.5 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur deux échantillons de silice provenant de deux lots différents
avant (tracés noirs) et après recuit de 1050 °C pendant 12 heures (tracés rouges).
Ces résultats confirment le potentiel du recuit isotherme sur silice pour l’amélioration
de la résistance à l’endommagement laser, comme évoqué par Shen et al. [130]. Cependant,
le recuit appliqué ne permet pas d’amener tous les échantillons au même niveau de tenue
au flux laser et il semble donc qu’il ne traite qu’une catégorie de défauts précurseurs
d’endommagement.
130
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
le cratère ayant été recuit dans le four (tracé vert) possède une moins bonne résistance
au flux (cela est attribué à la contamination de la surface). De plus, le recuit suivi de
l’acidage léger de la surface (tracé rouge) permet une nette amélioration de la tenue
au flux. Les cratères ayant été acidés sans recuit (tracé bleu) voit leur résistance laser
également améliorée.
100
Probabilité d'endommagement (%) Initial
Acidage HF (2µm)
80 Recuit à 1050°C
Recuit à 1050°C
et acidage HF (0.5µm)
60
40
20
0
6 8 10 12 14 16 18 20 22
Fluence (J/cm²)
Figure 4.6 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2,5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur des cratères CO2 (5 W pendant 1 s avec une taille de
faisceau de 700 µm) avant recuit (tracé noir), après un acidage de 2 µm (tracé bleu),
après le recuit à 1050 °C (tracé vert) et après le recuit suivi de l’acidage de 500 nm (tracé
rouge).
Dans un second temps, nous avons testé la résistance laser de trois types de cratères
avant et après recuit isotherme. La figure 4.7 montre que, avant recuit, les probabilités
d’endommagement des trois types de cratères testés sont différentes : plus la puissance
laser est élevée et plus le seuil d’endommagement est bas. Ces résultats sont cohérents
avec ceux présentés par Palmier et al. [72]. Après recuit, nous remarquons que les seuils
d’endommagement des différents cratères sont quasiment identiques. De plus, les valeurs
obtenues sont très proches de celles de la surface vierge, n’ayant pas subi de procédé
laser. Ces résultats confirment le potentiel du recuit isotherme pour l’amélioration de la
résistance laser d’un site stabilisé.
131
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
100
Avant recuit
Cratère CO2, 5W:
40
20
0
6 8 10 12 14 16 18 20 22
Fluence (J/cm²)
Figure 4.7 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2,5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur trois cratères CO2 obtenus avec différentes conditions
d’irradiations : 5 W, 5,5 W et 6,3 W pendant 1 s avec une taille de faisceau de 700 µm
avant recuit (tracés noirs) et après le recuit suivi de l’acidage de 500 nm (tracés rouges).
Une étude complémentaire a été menée sur la position des dommages amorcés lors
des tests d’endommagement des cratères présentés ci-dessus. Lors des expériences sur les
sites CO2 n’ayant pas été recuits nous observons que les dommages sont systématiquement
amorcés dans une zone autour du cratère, bien que les observations de la surface de la silice
après la stabilisation montrent qu’il n’y a pas pas de défauts ou de silice redéposée [76,
79]. Dans la partie centrale du cratère, où la température dépasse le point d’évaporation
de la silice, les défauts pouvant potentiellement initier les dommages sont passivés par les
hautes températures atteintes, amenant une amélioration de la tenue au flux [121]. Loin
de la zone affectée thermiquement par le tir laser, la résistance laser dépend uniquement
de la qualité du substrat (nettoyage et polissage). Entre ces deux domaines il existe
une zone intermédiaire avec une résistance laser réduite. Cette zone peut être corrélée à
l’emplacement du maximum de la zone de contraintes résiduelles [79]. Cette diminution
de la résistance laser peut être expliquée par l’existence du fort gradient de température
fictive, et donc des propriétés structurales de la silice, et par la présence des contraintes
résiduelles mais également à la possibilité de rencontrer des micro-fractures ou des zones
contaminées par des redépôts sur la surface.
Lors de nos tests de résistance au flux laser, nous avons étudié la position des dom-
mages amorcés, avant et après le recuit dans le four. Dans le cas des cratères dont les
résultats sont présentés sur la figure 4.6, nous observons avant le recuit du substrat que
l’amorçage du dommage (figure 4.8 (a)) a lieu où les contraintes sont maximales, localisé
par le cercle en pointillé blanc. Dans ce cas, le dommage est apparu pour une fluence
appliquée de 14 J/cm2. Si l’on applique le recuit global sur le même type de cratère, les
dommages s’amorcent, comme attendu, à une fluence plus élevée (17 J/cm2). Concernant
leur position, l’amorçage a lieu soit dans la même zone précédente (figure 4.8 (c)), bien
qu’il n’y ait plus de contraintes résiduelles observables au polariscope, soit dans une zone
périphérique plus lointaine (figure 4.8 (b)), possédant un diamètre plus large que la zone
132
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
initiale. Une hypothèse pour expliquer la présence de cette autre zone est que le recuit
n’est pas assez suffisant (température maximale et/ou durée) pour stabiliser tous les dom-
mages précurseurs de la précédente zone de contraintes. Cependant, la tenue au flux reste
acceptable et il n’est pas possible d’augmenter la température du recuit sans effets né-
fastes sur l’échantillon (par exemple des déformations). En ce qui concerne la durée du
recuit, il est difficile de l’augmenter en restant dans des durées raisonnables (1 journée
pour le cycle complet).
133
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
100
40
20
0
10 12 14 16 18 20 22
Fluence (J/cm²)
Figure 4.9 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée sur des cratères CO2 (5 W pendant 1 s avec une taille de
faisceau de 700 µm) avant recuit (tracé noir), après le recuit suivi de l’acidage de 500 nm
(tracé rouge), après le recuit local (tracé vert) et après les deux types de recuit (tracé
bleu).
Cette comparaison directe entre les deux types de recuit montre que les probabilités
d’endommagement sont comparables bien que les conditions expérimentales soient com-
plètement différentes : le recuit local par laser CO2 (tracé vert) amène la silice à des hautes
températures (typiquement entre 1300 °C et 1500 °C) pendant une courte durée (1 s) alors
que le recuit global par le four (tracé rouge) est plus long (12 heures) et amène la silice à
une température inférieure (environ 1000 °C). La probabilité d’endommagement initiale
des sites stabilisés de 12 J/cm2 (tracé noir) est améliorée après application des deux types
de recuit jusqu’à des valeurs comparables à la surface initiale, sans cratère. Notons que la
combinaison des deux types de recuit (tracé bleu) n’améliore pas les résultats.
Ce type de recuit par four présente, en terme de résistance à l’endommagement laser,
des résultats similaires à ceux obtenus par le recuit local avec un second tir laser. Cepen-
dant, les conditions expérimentales sont totalement différentes. D’une part, le recuit local
par laser est flexible et peut être appliqué quelques secondes après le tir de stabilisation.
D’autre part, le recuit global par le four permet de traiter plusieurs sites à la fois sur un
même échantillon mais demande de nombreuses précautions pour éviter la pollution de la
surface du composant. En effet, l’application d’un tel procédé sur un composants du LMJ
impliquerait d’ajouter une étape de polissage supplémentaire, dont le coût est important,
afin de compenser les déformations potentielles causées par le recuit par le four.
134
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
notamment liés à la durée de vie de leurs composants optiques. Cette durée de vie dépend
de nombreux facteurs [46, 139]. L’un d’eux est la qualité optique et notamment les défauts
de surface après le polissage. La fabrication de ces composants optiques comprend un
double défi. D’une part la modification du front d’onde doit être minimale car elle a un
impact direct sur l’alignement du faisceau, sur la tâche focale et sur les pertes d’énergie
[140]. D’autre part, les défauts de surface doivent être minimisés. La façon la plus sure de
limiter ces défauts est de réduire le temps de polissage et la manipulation des optiques. Or,
pour obtenir la meilleure planéité de surface le polissage doit être long avec de nombreux
contrôles. Après l’étape de polissage, les principaux défauts de surface sont les rayures
et les piqûres. Dans nos études, nous nous intéressons essentiellement aux rayures (figure
4.10) car ce sont les défauts les plus visibles et les plus fréquents sur les composants en
silice du LMJ.
scratch noticed after optical polishing by one of our vendors are shown in Fig. 2.
(a)
140 µm
(b)
13 µm
Fig. 2. Scratch created during polishing and observed with a confocal microscope. The image
Figure 4.10 – Caractérisation par microscopie confocale d’une rayure typique créée lors
du polissage d’une optique de silice. (a) est une vue du dessus et (b) de coté le long de la
rayure.
#195379 - $15.00 USD Received 6 Aug 2013; revised 4 Oct 2013; accepted 10 Oct 2013; published 11 Nov 2013
Procédure
2013 OSA expérimentale DOI:10.1364/OE.21.028272
Dans ce contexte, nous avons étudié l’application du procédé CO2 pour traiter ces
rayures de polissage afin de faire disparaître les fractures sous-surfaciques, néfastes pour
la résistance à l’endommagement laser [88]. Pour cela, nous disposons d’un échantillon
"démonstrateur" de silice de type III, de 200 x 200 mm2 d’épaisseur 15 mm (la moitié
des dimensions d’un composant du LMJ). On observe en sa surface une rayure longue de
10 cm et large de 50 µm (figure 4.11 (a)). Pour nos études, la rayure est divisée en trois
parties sur lesquelles nous appliquons différentes procédures :
— Zone 1 (en vert) : cette zone ne subit aucune modification et sert de référence
— Zone 2 (en bleu) : il a été montré lors de précédentes études [87] qu’une irradiation
par laser CO2 avec un jeu de paramètres adaptés permet de reboucher les fractures
de la rayure avec une puissance laser de 10 W, une taille de faisceau de 1400 µm,
135
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
une durée de tir de 1 s et un déplacement le long le rayure par pas de 200 µm. On
applique, dans cette zone, le tir de stabilisation.
— Zone 3 (en rouge) : nous appliquons dans cette zone le tir de stabilisation et un
second passage, dit de "recuit" (présenté dans la partie 4.2.1 de ce chapitre), avec
une taille de faisceau et une puissance plus élevées pour à la fois augmenter la
tenue au flux de la rayure mais également reboucher efficacement la rayure.
Après les procédures laser, une image effectuée dans les mêmes conditions d’obser-
vation (figure 4.11 (b)) montre que la rayure a disparu partiellement dans la zone 2 et
complètement dans la zone 2 et 3.
La dernière étape de la procédure expérimentale (figure 4.11 (c)) consiste en un polis-
sage à l’abrasif fin, dit superpolissage, pour diminuer la rugosité de la face. L’enlèvement
de matière lors de ce superpolissage est uniforme sur la surface et est d’environ 3 µm.
Figure 4.11 – Observations du composant de silice après chaque étape : à l’état initial
(a), après les irradiations par laser CO2 (b) et superpolissage (c). Chaque zone correspond
aux différents procédés laser appliqués.
Chaque zone a été caractérisée par profilométrie optique (figure 4.12). Après le pre-
mier tir de stabilisation (zone 2) et avant le superpolissage ("finishing" sur la figure), on
retrouve les zones typiques : au centre une partie creusée par évaporation de la matière
et une zone périphérique ayant subi le fluage de la matière. Le cratère fait environ 10 µm
de profondeur. Après le second passage (zone 3), la forme globale est conservée mais la
profondeur est beaucoup plus faible (environ 1,5 µm), ce qui confirme l’observation pré-
cédente (figure 4.11). Ainsi, la combinaison des deux irradiations successives permet de
réduire la profondeur de la rayure d’un facteur 5. Cependant, bien que la profondeur de la
ligne soit d’environ 1,5 µm, le superpolissage de 3 µm ne permet pas d’obtenir une surface
complètement plane : il reste une "tranchée résiduelle" dont la présence est directement
liée au procédé laser.
136
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
Épaisseur
retirée : 3 µm
L’existence de cette tranchée résiduelle peut s’expliquer par une zone affectée ther-
miquement par le laser, présentant des propriétés différences. Nous avons confirmé cette
hypothèse en calculant la température fictive pour le tir de stabilisation (paramètres
d’irradiation : 10 W, faisceau de 1400 µm pendant 1 s). En effet, la distribution de tem-
pérature fictive dans le matériau (figure 4.13) montre que la zone thermiquement affectée
par le procédé laser a un rayon de 230 µm et une profondeur de 160 µm, ce qui est bien
supérieur à l’épaisseur de silice retirée par superpolissage. Ainsi, la vitesse d’enlèvement
par polissage étant dépendante de la densité, l’épaisseur de silice retirée dans la zone
affectée est supérieure à celle n’ayant pas été irradiée.
137
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
600
K
1650
400 1600
z (µm)
1550
1500
200 1450
1400
1350
Figure 4.13 – Distribution de température fictive dans la silice après un tir laser avec une
puissance de 10 W, une taille de faisceau de 1400 µm, une durée de 1 s et un refroidissement
de 10 s. Le tracé en noir représente la frontière de la zone affectée thermiquement par le
procédé laser.
100
Probabilité d'endommagement (%)
Rayure initiale
Rayure réparée
80 Surface polie
60
40
20
0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Fluence (J/cm²)
Figure 4.14 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en
fonction de la fluence appliquée sur la silice polie (tracé bleu) et sur la rayure avant (tracé
noir) et après la stabilisation (tracé rouge).
Sur la zone 1, 50 % des sites irradiés ont été endommagés à 5 J/cm2 et 100 % de
probabilité d’endommagement a été obtenu à une fluence de 6 J/cm2. La zone 3 ainsi
qu’une zone polie, sans rayure ont également été testées afin d’évaluer le procédé de
138
4.2. La stabilisation de dommages micrométriques
stabilisation : les probabilités d’endommagement des deux zones sont quasiment équiva-
lentes ce qui valide le procédé de stabilisation de rayure. Ces dernières possèdent un seuil
d’endommagement laser supérieur à 14 J/cm2 (fluence maximale spécifiée pour le LMJ).
∂A 1 ∂ 2A
+ =0 (4.1)
∂z 2ik0 ∂x2
avec A l’enveloppe du faisceau laser, k0 le nombre d’onde à la fréquence d’onde utilisée,
z l’abscisse de l’axe de propagation et x la coordonnée dans la direction transverse. Ce
calcul permet d’obtenir l’évolution du maximum du ratio entre l’intensité du faisceau
laser à une distance z et l’intensité initiale à z = 0 (noté Cmax ) et que l’on peut qualifier
de "surintensité". Cette simulation a été réalisée pour deux profils différents de la zone
3 (figure 4.12) après le procédé laser (stabilisation + recuit) avant et après l’étape de
superpolissage. De plus, nous considérons que ces défauts se trouvent sur la face arrière
d’un réseau focalisant 3ω du LMJ. La figure 4.15 donne l’évolution de Cmax en fonction
de la distance de propagation de l’onde. Le composant optique situé après le centre du
réseau focalisant 3ω du LMJ est le hublot de la chambre d’expérience (à 65 cm).
Avant superpolissage de la surface, le profil obtenu est ondulé et produit rapidement
des surintensités du faisceau laser initial avec Cmax = 5,7 à une distance z inférieure
à 1 mm. Pendant la propagation du faisceau, ces oscillations diminuent mais restent à
une valeur de Cmax autour de 2,5 sur le hublot. Dans le cas de la surface acidée, le
profil plus lisse génère une surintensité de 1,6 à 0,65 mm du réseau, ce qui correspond
à une amélioration d’un facteur 2,5 par rapport à avant le superpolissage. Ce facteur de
surintensité est acceptable dans les conditions d’utilisation du LMJ. Cette dernière étude
valide notre procédé par laser CO2 , combiné au superpolissage, sur un défaut de type
rayure sur les optiques en silice.
139
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
Réseau 3w Hublot
Avant superpolissage
Après superpolissage
140
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
(de dimensions quasi-millimétriques). Elle est basée sur une micro-ablation rapide de
la silice mettant en œuvre des tirs laser CO2 impulsionnels avec de fortes puissances.
L’objectif de ce procédé est de former un cratère en déplaçant rapidement le faisceau laser
grâce à des miroirs galvanométriques. Typiquement, le laser a une puissance moyenne de
100 W et les impulsions ont une durée de l’ordre de la centaine de microsecondes. Un
délai suffisant entre les impulsions est imposé afin qu’il soit possible à la fois d’atteindre
des températures très élevées pour évaporer la silice mais également que le matériau
refroidisse entre deux tirs. Ces conditions permettent de limiter le fluage de la matière et
ainsi minimiser le rebond en périphérie de cratère, la zone affectée thermiquement et les
contraintes résiduelles. De plus, le fort taux d’évaporation éjecte le matériau à très grande
vitesse ce qui réduit le re-dépot et la contamination de la silice environnante.
A partir de ces travaux, nous avons développé une technique similaire et adaptée
aux optiques du LMJ. Comme évoqué précédemment dans ce chapitre, le procédé de
stabilisation étudié et maitrisé par l’Institut Fresnel et le CEA-CESTA permet d’arrêter la
croissance des dommages d’une profondeur maximale de 50 µm. Le traitement de micro-
ablation rapide, étudié et développé au cours de ces travaux de thèse, a pour but de
stabiliser des sites endommagés de diamètre compris entre 100 et 700 µm et profonds
de 250 µm (fractures sous-surfaciques incluses). Pour cela, on réalise un cratère de forme
conique d’un diamètre de 2 ou 3 mm pour une profondeur de 250 à 400 µm. Ce paragraphe
décrit la démarche expérimentale, combinée à des simulations numériques, qui nous a
conduit à un procédé de stabilisation répondant aux besoins du recyclage des optiques en
silice du LMJ.
Tirs uniques
La première étape du développement du procédé de micro-usinage a été de déterminer
les conditions d’irradiations (durée de tir et puissance laser) propices à l’ablation de la
silice. Pour cela, nous avons mené une étude paramétrique faisant varier la puissance laser
déposée, de 56.5 à 82.5 W, et le temps d’irradiation, de 100 à 1000 µs. Rappelons que la
taille du faisceau est de 400 µm (± 20 µm) à 1/e2. Chaque cratère a été caractérisé au
microscope optique. La figure 4.16 présente la profondeur des sites en fonction de la durée
du tir, pour différentes puissances laser. On note que, dans nos conditions expérimentales,
100 µs semble être la durée de tir la plus courte à laquelle on ablate la silice avec la
puissance maximale disponible et une taille de faisceau de 400 µm.
141
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
25
56.5W
63.5W
20 69.5W
74.9W
Profondeur (µm)
76.6W
80.4W
15
81.6W
82.5W
10
0
200 400 600 800 1000
Figure 4.16 – Profondeur des cratères en fonction de la durée du tir pour différentes
puissances appliquées.
La figure 4.17 (a) présente les profils des sites obtenus à 82.5 W pour différentes durées
de tirs. Le zoom d’une partie de cette figure (4.17 (b)) montre les rebonds en périphérie
du cratère. Ces résultats montrent l’intérêt de travailler à forte puissance laser et à des
durées de tir les plus courtes possibles afin de réduire les rebonds en périphérie des sites.
150
0
Profondeur (nm)
-5 100
Profondeur (µm)
-10
50
-15
100µs
200µs 0
-20 300µs
500µs
1000µs
-25 -50
-0.3 -0.2 -0.1 0.0 0.1 0.2 0.3 -0.3 -0.2 -0.1 0.0 0.1 0.2 0.3
Distance(mm) Distance(mm)
Figure 4.17 – Profils de cratères obtenus avec une puissance de 82.5 W pour différentes
durées d’irradiation : 100 µs (tracé noir), 200 µs (tracé rouge), 300 µs (tracé bleu), 500 µs
(tracé violet) et 1000 µs (tracé vert). Les discontinuités pour certaines mesures sont dues
aux pentes trop importantes.
Simulations
Pour aller plus loin dans ces études, nous avons effectué des simulations numériques.
D’une part, le calcul de la température fictive dans le cas d’une irradiation laser de 100 µs,
142
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
300 300
K K
2000 1700
200 1900 200 1650
z (µm)
z (µm)
1800 1600
1700 1550
1500 1450
1400 1400
0 0
9.5.10-6 5.05.10-5
200 200
z (µm)
z (µm)
100 100
-2.6.10-5 -2.9.10-5
0 0
Figure 4.18 – (a) et (b) Distributions de la température fictive et (c) et (d) de biréfrin-
gence. Deux paramètres d’irradiations sont utilisés pour atteindre la même température
maximale au centre : (a) et (c) : Puissance = 80 W, durée de tir = 100 µs et taille de
faisceau = 400 µm, (b) et (d) : Puissance = 6 W, durée de tir = 1 s et taille de faisceau
= 400 µm.
Ces simulations confirment l’intérêt d’utiliser des irradiations laser de courtes durées à
forte puissance pour minimiser la zone affectée thermiquement par le tir et la biréfringence
résiduelle dans la silice après refroidissement.
143
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
Figure 4.19 – Train d’impulsions délivré par l’AOM pendant le déplacement de la source
laser
Pour cette étude, nous fixons la puissance laser à Plaser = 82.5 W, la durée d’impulsion
PW = 200 µs ainsi que la période PW = 1000 µs. Les miroirs galvanométriques permettent
d’obtenir à la surface de l’échantillon une trajectoire de type ligne. Nous varions la vitesse
de déplacement du spot laser dans le plan de l’échantillon v = 35, 70, 140 et 280 mm/s.
Chaque structure a été caractérisée par profilométrie optique dont nous avons extrait le
profil le long du déplacement.
Figure 4.20 – Reconstruction 3D de la surface de la silice pour un tir avec les paramètres
suivants : Plaser = 82.5 W, PW = 200 µs, PW = 1000 µs et v = 35 mm/s.
La figure 4.21 (a) regroupe les résultats. Logiquement, on remarque que la profondeur
augmente en diminuant la vitesse. De plus, la hauteur du rebond en bord de ligne (4.21 (b))
est également dépendante de la vitesse de déplacement (en plus de la durée d’irradiation).
144
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
Dans le cas où l’on se déplace assez rapidement pour n’obtenir que des cratères uniques
(tracé vert), la hauteur de la bosse ainsi que la profondeur du cratère sont semblables à
celles obtenues précédemment et présentées sur la figure 4.17 (tracé rouge).
0.10
0
-5 0.05
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-10
v = 35 mm/s 0.00
v = 70 mm/s
-15 v = 140 mm/s
v = 280 mm/s
-0.05 v = 35 mm/s
-20 v = 70 mm/s
v = 140 mm/s
v = 280 mm/s
-25 -0.10
-0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 -0.05 0.00 0.05
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 4.21 – Profils des lignes le long du déplacement de la source obtenus avec les
paramètres suivants : Plaser = 82.5 W, PW = 200 µs et PW = 1000 µs pour différentes
vitesses de déplacement dans le plan de l’échantillon : 35 mm/s (tracé noir), 70 mm/s
(tracé rouge), 140 mm/s (tracé bleu) et 280 mm/s (tracé vert). Les discontinuités pour
certaines mesures sont dues aux pentes trop importantes.
Bien que le profil pour le cas du déplacement à 35 mm/s (tracé noir) fluctue légèrement
(probablement à cause d’une faible variation de la puissance laser), il ne semble pas y
avoir pas d’effet cumulatif de chaleur le long du déplacement de la source laser : le temps
de refroidissement (PP) entre les deux impulsions semble être adapté dans ce cas. Ces
expériences avec un faisceau laser en mouvement, appliquées pour une structure simple,
montrent qu’il est nécessaire de trouver le jeu de paramètres adaptés (durée d’impulsion
PW, période PP, vitesse de déplacement) répondant au compromis entre la quantité de
silice suffisante à ablater pour obtenir la forme souhaitée tout en limitant le rebond résiduel
périphérique (dépendant de la durée de l’impulsion, de la période entre deux impulsions
et de la vitesse de déplacement).
145
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
diamètre de D - 2δ.
— Passage n - Sens horaire : Un décalage de δ est de nouveau utilisé et le diamètre
des cercles concentriques diminués, comme pour le premier passage. Les séquences
s’enchainent jusqu’à ce que le diamètre initial atteigne 0.
δ
δ
Figure 4.22 – Trajectoires appliquées au faisceau laser pour obtenir le cratère de forme
conique. Cet exemple présente les premières étapes de la gravure.
146
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
Figure 4.23 – Mesure, obtenue par imagerie de phase, d’un cratère typique de 2 mm de
rayon et 250 µm de profondeur.
147
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
50 0.4
0
0.2
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
-50
0.0
-100
-150 -0.2
-200 -0.4
-250
-0.6
-300
-1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 -1.20 -1.15 -1.10 -1.05 -1.00
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 4.24 – (a) Profil extrait de la mesure présentée sur la figure 4.23. (b) zoom de
la partie encadrée en pointillés noirs.
Figure 4.25 – Tableau présentant les étapes d’une étude paramétrique pour trouver
les paramètres optimaux d’irradiation. Le cratère initial de la première ligne est appelé
"Procédé 0".
Une de ces études permettant l’optimisation des paramètres est résumée et schématisée
dans le tableau 4.25. Ici, nous faisons varier la vitesse de déplacement du laser v, la durée
d’impulsion P W , l’écart entre deux cercles concentriques ∆, la puissance du laser Plaser en
ayant fixé le diamètre du cône D = 2 mm et la période entre deux impulsions P P = 2 ms.
On mesure ensuite la profondeur du cône (en µm) et la hauteur du rebond périphérique
148
4.3. Le micro-usinage laser pour des dommages de dimensions millimétriques
(en nm). Notons que ces valeurs expérimentales sont données à plus ou moins 10% (barre
d’erreur de mesure, fluctuations pendant le procédé). A partir d’un premier cône (que l’on
appelle "Procédé 0") dont la profondeur est correcte mais avec un rebond qui ne l’est pas,
nous avons suivi les étapes suivantes :
— Étape 1 : l’augmentation d’un facteur deux de la vitesse divise par deux le rebond
et la profondeur du cône.
— Étape 2 : l’application d’une puissance supérieure permet d’obtenir une profondeur
correcte en diminuant le rebond : à ces puissances on ablate la silice en limitant le
fluage de matière.
— Étape 3 : la durée d’impulsion a été réduite pour diminuer le fluage de matière et
le rebond. Cependant dans ce cas, la profondeur est trop faible.
— Étape 4 : la diminution de la vitesse permet d’augmenter la profondeur du cône.
Cependant, les tirs se cumulent sur une même portion de silice, ce qui implique un
fluage de la matière important. Une vitesse minimale semble indispensable.
— Étape 5 : si l’on diminue l’écart entre deux cercles concentriques, on obtient logi-
quement un cratère dont la profondeur est plus grande en augmentant légèrement
la hauteur du rebond.
— Étape 6 : il est possible d’atteindre une profondeur de cône de 400 µm avec un
rebond de 150 nm si l’on utilise la puissance maximale disponible de notre laser.
Le tableau 4.1 présente les procédés optimaux obtenus, ainsi que leurs paramètres,
que nous détaillerons dans la partie 4.4.1 de ce chapitre. Notons que la période entre
deux impulsions P P vaut 2 ms pour tous ces procédés. En effet, nous avons effectué des
simulations montrant que cette période est appropriée pour éviter le cumul de chaleur
entre deux impulsions au cours du déplacement. La figure 4.26 présente un exemple de
résultat de calcul pour lequel nous avons simulé le déplacement d’un faisceau avec les
paramètres d’irradiations suivants : Plaser = 82,5 W, PW = 100 µs et v = 20 mm/s. Les
40 premières impulsions ont été simulées (figure 4.26 (a)). A la fin de chaque impulsion,
la température atteinte est quasiment identique (aux alentours de 5500 K). Les légères
différences sont dues aux fluctuations numériques essentiellement dues à la distribution
des mailles. De plus, la partie (b) de la figure montre que la température entre deux
impulsions est également identique (il en faut environ une dizaine de millisecondes pour
que la silice atteigne une température stable)
149
4.4. Validation et optimisation du procédé
6000
3000
Température maximale (K)
4000
2000
3000
2000
1000
1000
0 20 40
0 20 40 60 80
Durée (ms)
Durée (ms)
Figure 4.26 – (a) Température maximale atteinte sur l’échantillon de silice en fonction
du temps au cours du déplacement du faisceau. (b) est un zoom du tracé sur la partie
basse des résultats au cours des 20 premières impulsions
Table 4.1 – Paramètres d’irradiation pour les différents procédés : le procédé 1 est une
combinaison de deux irradiations sucessives avec un diamètre pour le deuxième cône plus
faible (D = 1,7 mm) que le premier (D = 2 mm).
Procédé D v PW ∆ Plaser
(mm) (mm/s) (µs) (µm) (W)
0 2 10 200 60 53
1 2 20 100 60 75
1.7 20 100 40 75
2 2 20 100 30 82
3 3 20 100 40 82
4 3 35 100 29 82
150
4.4. Validation et optimisation du procédé
Expériences
Les études de propagation ont été menées sur le banc EPSILON du CEA-CESTA
décrit dans la partie 2.5 du chapitre 2. Ce montage expérimental permet d’observer et de
quantifier les modifications de lumière générées au passage de différents défauts dans une
optique, et plus particulièrement les surintensifications. Pour nos études, le cône peut être
placé en face d’entrée (figure 4.27 (a)) ou en face de sortie (figure 4.27 (b)). La caméra
CCD est placée à différentes positions par rapport à l’échantillon et acquiert une image
pour chaque plan (un exemple d’image est donné pour chaque configuration sur figure
4.27 (c) et (d)).
Figure 4.27 – Les deux configurations sur le banc EPSILON : le cratère peut être orienté
vers la face d’entrée (a) ou la face de sortie (b). Un exemple pour chaque cas est présenté,
à une distance "échantillon - CCD" identique.
Sur chaque image l’intensité maximale est extraite et normalisée par rapport à la
puissance moyenne du faisceau d’entrée. Une courbe de surintensité du faisceau en fonction
de la distance est ainsi construite. Dans le cas du procédé "0", présenté précédemment, la
courbe est tracée sur la figure 4.27 en considérant le cratère placé en face d’entrée (tracé
noir) et en face de sortie (tracé rouge).
151
4.4. Validation et optimisation du procédé
20
12
4
Cratère en face d'entrée
Cratère en face de sortie
0
0 100 200 300 400 500 600 700
Distance de propagation (mm)
152
4.4. Validation et optimisation du procédé
Figure 4.29 – Images obtenues à différentes positions et utilisées pour tracer les courbes
de la figure 4.28.
Figure 4.30 – Origine des surintensités aux courtes distances (zone 1 en bleu des figures
4.28 et 4.29.
153
4.4. Validation et optimisation du procédé
parait sous la forme d’une tache centrale. Cette tâche peut rappeler le cas classique de
la tâche d’Arago qui apparait dans l’ombre d’un masque circulaire parfait. Son intensité
augmente jusqu’à une distance de 400 mm puis décroit légèrement.
Simulations
Afin d’avoir une meilleure compréhension des effets de modifications du front d’onde
du faisceau, une approche numérique a également été utilisée. Le code utilisé, simulant
la propagation d’une onde plane ou sphérique à travers un défaut, est le même que celui
présenté dans la partie 4.2.3 de ce chapitre. Nous avons mesuré le profil expérimental du
cône obtenu par le procédé "0" afin de l’injecter dans le code de calcul. Pour déterminer les
causes des différents types de surintensités observées précédemment, ce profil expérimental
du cône a été modifié : nous avons testé les cas avec et sans rebond périphérique mais
également avec une pointe de cône parfaite. Ces résultats sont regroupés sur la figure 4.31
ci-dessous.
20
Intensité maximale normalisée Cmax
16
12
0
0 200 400 600 800 1000
Distance de propagation (mm)
Il ressort de ces simulations que la forme de la pointe n’a que très peu d’influence
sur les surintensités : la position et les valeurs de surintensités sont quasiment identiques
si l’on considère une pointe arrondie ou une pointe parfaite (entre le tracé bleu et noir,
et le tracé rouge et violet). La caractéristique du cône ayant un impact majeur sur les
modifications de répartition de l’intensité du faisceau est le rebond en périphérie de la
154
4.4. Validation et optimisation du procédé
structure : dans les cas où le cône n’en possède pas (tracés rouge et violet) il n’y a pas
génération de surintensités aux longues distances (zone 3).
Optimisation
L’objectif du procédé est de traiter des sites endommagés dont le diamètre est com-
pris entre 100 et 700 µm et profonds de 200 µm, présents sur la face d’entrée ou sur la
face de sortie du composant. Ainsi et en se basant sur les résultats obtenus des études
expérimentales et numériques des déformations du front d’onde, différents protocoles ont
été développés pour former des cônes de diamètre 2 et 3 mm dont la profondeur varie
entre 250 et 400 µm. Les paramètres de chaque procédé sont résumés dans le tableau 4.2
ci-dessous. Rappelons que la vitesse de déplacement du laser sur l’échantillon est notée v,
la durée d’impulsion P W , l’écart entre deux cercles concentriques ∆, la puissance du laser
Plaser et le diamètre du cône D. Précisons également que la période entre deux impulsions
P P vaut 2 ms pour tous les procédés. Le procédé "1" est un cône obtenu avec une com-
binaison de deux procédés : un premier avec un diamètre de 2 mm, puis un second avec
un diamètre de 1.7 mm. Les deux dernières colonnes du tableau indiquent la profondeur
P du cône et la hauteur H du rebond périphérique.
Table 4.2 – Paramètres d’irradiation pour les différents procédés développés : le procédé
1 est une combinaison de deux irradiations successives avec un diamètre pour le deuxième
cône plus faible (1,7 mm) que le premier (2 mm).
Procédé D v PW ∆ Plaser P H
(mm) (mm/s) (µs) (µm) (W) (µm) (H)
0 2 10 200 60 53 280 600
1 2 20 100 60 75
+ 1.7 20 100 40 75 250 80
2 2 20 100 30 82 350 150
3 3 20 100 40 82 370 80
4 3 35 100 29 82 400 50
L’impact sur la propagation du faisceau traversant les cônes formés par les procédés
1, 2 et 3 a été étudié en suivant l’approche expérimentale de la partie 4.4.1. Les résultats
sont donnés sur la figure 4.32 : on constate une diminution notable des surintensités aux
longues distances (zone 3) par rapport à celles générées par le procédé 0 (tracé en noir
en pointillé). En effet, pour les procédés 1 et 3 (respectivement tracés rouge et vert) la
valeur de l’intensité maximale normalisée après 700 mm de propagation (zone 3) est de 2.3
contre 17 précédemment. Cette amélioration s’explique par la diminution de la hauteur
du rebond en périphérie du cône qui vaut pour ces deux procédés environ 150 nm (tracés
155
4.4. Validation et optimisation du procédé
rouge et vert de la figure 4.33 (b)) comparée à 600 nm pour le procédé 0. Pour le procédé
2, le rebond possède une hauteur d’environ 200 nm (tracé bleu figure 4.33 (b)) et les
surintensités conséquentes (tracé bleu figure 4.32) sont ainsi légèrement supérieures.
20
12
0
0 100 200 300 400 500 600 700
Aux courtes distances (zone 1), les procédés 0, 2 et 3 voient leurs surintensités chuter
très rapidement contrairement au procédé 1 (tracé rouge figure 4.32). Pour ce dernier,
deux procédés successifs sont appliqués avec deux diamètres de cônes différents. La pente
du cône obtenue n’est pas régulière et est localement plus faible que pour les trois autres
cônes (tracé rouge figure 4.33 (a)). La réfraction de la lumière par la pente du cône diffère
en fonction de la position d’incidence et l’anneau diffus s’étend et s’atténue plus lentement
avec la distance.
156
4.4. Validation et optimisation du procédé
0 Process 1 Process 1
Process 2 0.4 Process 2
Process 3 Process 3
-20
Profondeur (µm)
Profondeur (µm)
0.2
-40
0.0
-60
-0.2
-80
-100 -0.4
0.0 0.2 0.4 0.6 0.10 0.15 0.20 0.25 0.30
Distance (mm) Distance (mm)
Figure 4.33 – Profils expérimentaux des cônes obtenus avec les procédés 1 (tracé rouge),
2 (tracé bleu) et 3 (tracé vert) extraits de mesure de profilométrie optique et mécanique
et d’imagerie de phase pour des échelles différentes mettant en évidence (a) le début de
la pente du cône et (b) le rebond périphérique.
La figure 4.34 présente le résultat des expériences de propagation dans le cas du procédé
4 (tracé violet). Le cône obtenu avec ces paramètres d’irradiation possède un rebond de
100 nm de hauteur. On remarque que la surintensité générée par la tâche centrale est
plus faible que pour les cas précédents. Les images acquises par la caméra CCD (figure
4.35) montrent que le spot apparaissant à partir de 500 mm de l’échantillon et présent
jusqu’à 1 m a une intensité très réduite. L’intensité maximale de ces images est située
sur les anneaux concentriques en périphérie de la zone sombre avec un facteur d’intensité
normalisé de 1,75. Cette valeur est acceptable du point de vue des spécifications du LMJ.
En effet, après passage dans l’optique stabilisée, l’objectif est d’atteindre un facteur de
surintensités dans le faisceau inférieur à 2 (zone jaune de la figure 4.35). Cette limite
est imposée en considérant une fluence moyenne dans le faisceau LMJ de 7 J/cm2 et
une résistance à l’endommagement laser de chaque optique d’au moins 14 J/cm2. En
considérant que la face de sortie du hublot de la chambre d’expérimentation soit placé en
0 mm du tracé de la figure 4.35), nous représentons la position de Lame Anti-Eclats (LAE),
protégeant le hublot, et de la succession de EPA (Ecrans de Protections Amovibles),
protégeant les LAE.
Ainsi, le procédé 1 qui présente de fortes surintensifications aux courtes distances est
écarté pour les expérimentations présentées dans la suite de chapitre. Dans ces zones,
on note que les procédés 2, 3 et 4 présentent des facteurs de surintensités inférieurs à
2. En considérant ce facteur de surintensification, lié uniquement au pixel dont la valeur
est maximale par image, ces procédés sont viables quant à la propagation du faisceau
les traversant. Cependant, il semble pertinent de prendre en compte la surface la zone
présentant des fortes valeurs d’intensités. Un seul pixel, et donc une taille très réduite, avec
un fort pic d’intensité a-t-il plus de chance d’amorcer un dommage que plusieurs pixels,
sur une zone plus étendue, mais avec un facteur d’intensité inférieur. Des travaux sont en
cours pour prendre en compte les densités de dommages par fluence dans l’évaluation de
la dangerosité des surintensifications.
157
4.4. Validation et optimisation du procédé
20
12
Procédé 0
Procédé 1
Procédé 2
Procédé 3
8 Procédé 4
LAE
EPA
Spécification LMJ
4
0
0 100 200 300 400 500 600 700
Figure 4.35 – Images obtenues aux différentes positions indiquées et utilisées pour tracer
la courbe du procédé 4 de la figure 4.34. Un zoom sur la partie centrale pour chaque image
à partir de 200 mm est également donné
158
4.4. Validation et optimisation du procédé
Figure 4.36 – Observations au microscope optique en fonc clair (a) et fond noir (b) d’un
dommage amorcé sur des débris re-déposés (a). La même zone a également été observée
au MEB (c) et (d).
Influence de l’acidage
Dans un premier temps, nous avons étudié l’influence de l’acidage de la surface sur la
résistance à l’endommagement du procédé de micro-usinage. Pour cette étude et pour les
suivantes, les cônes ont été irradiés par des tirs uniques à différents endroits de la zone af-
fectée par le procédé laser CO2 . Le diamètre du faisceau pour les tests d’endommagement
étant plus petit que la zone affectée par le procédé de micro-usinage CO2 , nous avons ap-
pliqué la procédure de test dans des zones spécifiques. Ces zones sont les plus faibles quant
à la résistance laser, c’est-à-dire la zone périphérique au cône contenant potentiellement
des contraintes résiduelles mais également des débris liés à l’éjection de matière. Nous
effectuons sur chaque cône, plusieurs essais de résistance laser en le translatant. Dans
159
4.4. Validation et optimisation du procédé
100
80
60
40
20
0
8 12 16 20 24
Fluence (J/cm²)
Figure 4.37 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en
fonction de la fluence appliquée sur un cône CO2 obtenues avec les paramètres du procédé
0 avant (tracé noir) et après acidage (tracé rouge).
Dans un second temps, des travaux ont été effectués afin de déterminer si la variation
de l’épaisseur de silice retirée par l’acidage a un impact sur l’amélioration de la tenue au
flux. Pour cela, nous avons appliqué aux procédés 2 et 3 (respectivement tracés noir en
pointillé et noir en plein de la figure 4.38) deux acidages différents retirant 400 nm (tracés
rouges) et 1 µm (tracé bleu) de silice en surface de l’échantillon.
160
4.4. Validation et optimisation du procédé
100
Procédé 2
Procédé 2
+ Acidage 400 nm
60 Procédé 2
+ Acidage 1 µm
40
20
0
8 12 16 20 24
Fluence (J/cm²)
Figure 4.38 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2,5 ns) en
fonction de la fluence appliquée aux procédés 2 et 3 avant acidage (tracés noir), après
acidage de 400 nm (tracés rouge) et acidage de 1 µm (tracés bleu) pour les procédés 2
(trait en pointillé) et 3 (train plein)
Cette étude montre que l’épaisseur de silice enlevée n’a que très peu d’influence sur
la résistance à l’endommagement laser du site stabilisé par le procédé de micro-usinage
laser : l’amélioration est similaire. Il semblerait que le traitement chimique par acidage
permet de retirer les redépôts en surface (figure 4.39) qui partent difficilement avec un
nettoyage classique. Bien que le seuil d’endommagement initial des trois procédés soit
différent (10,5 J/cm2 pour le procédé 0, 9,7 J/cm2 pour le 2 et 11,8 J/cm2 pour le 3),
celui-ci est quasiment identique après les différents acidages (aux alentours de 18 J/cm2).
161
4.4. Validation et optimisation du procédé
Figure 4.39 – Observations au microscope optique en fond noir avant (ligne supérieure)
et après acidage (ligne inférieure) de la périphérie d’un cône. Différents grossissement sont
utilisés. L’insert de l’image dans le coin gauche supérieur est une observation de la même
zone en éclairage normal.
162
4.4. Validation et optimisation du procédé
Dans un premier temps, nous avons mené une étude pour étudier l’impact de la buse
sur les re-dépôts de silice en périphérie du cône (à quelques centaines de microns du bord)
et en bord du cône pour deux positions différentes de la buse par rapport à l’échantillon
(5 et 10 mm). Des observations en microscopie fond noir montrent la présence de débris
en périphérie du cône et sur les bords extérieurs (images (a) de la figure 4.41). La buse
permet de diminuer ces re-dépôts et la pollution de la surface (images (b) et (c) de la
figure 4.41) mais on ne constate pas visuellement de différence majeure en fonction de la
position de la buse par rapport à l’échantillon (10 mm pour (b) et 5 mm (c)).
Dans un second temps et dans le but de valider les observations précédentes, nous
avons effectué une étude sur la résistance à l’endommagement laser des sites stabilisés
163
4.4. Validation et optimisation du procédé
obtenus par le procédé 2 avec la buse d’aspiration. Nous considérons comme référence les
cratères, sans buse d’aspiration, avec et sans acidage (respectivement les tracés rouge et
noir de la figure 4.42). Afin de trouver les meilleures conditions d’aspiration, nous avons
répété ces expériences à différentes distances "échantillon - sortie de buse". Ces distances
sont représentées par différentes couleurs de tracé sur la figure 4.42. Notons que le diamètre
en sortie de buse est de 3 mm, le diamètre du cône pour ce procédé étant de 2 mm.
60
40
20
0
8 12 16 20 24
Fluence (J/cm²)
Figure 4.42 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en fonc-
tion de la fluence appliquée au cône obtenu avec le procédé 2 sans traitement ni aspiration
(tracé noir), avec un acidage de 400 nm (tracé rouge) et pour différentes distances entre
l’échantillon et la buse d’aspiration : à 10 mm (tracé bleu foncé), 5 mm (tracé bleu),
2.5 mm (tracé vert) et 2 mm (tracé bleu clair).
Cette étude expérimentale montre que l’aspiration des débris permet d’améliorer le
seuil d’endommagement des sites stabilisés mais pas suffisamment. En effet, bien que les
observations au microscope montrent une diminution des re-dépôts, l’impact de l’aspira-
tion sur la tenue au flux est limitée. Pour les cas étudiés, le gain est presque le même
quelque soit la distance entre la buse et l’échantillon. On remarque que le seuil d’endom-
magement est légèrement meilleur (13 J/cm2) dans le cas d’un diamètre de sortie de buse
de 3 mm, placée à 2 et 2,5 mm. Une étude similaire a été menée dans le cas d’un diamètre
de sortie de buse de 4 mm utilisée pour les procédés formant des cônes de 3 mm et montre
que l’amélioration de la tenue au flux est sensiblement optimisée si la buse est placée à
5 mm de l’échantillon. Dans la suite de ces études, des travaux sont prévus sur l’aspiration
des débris par la buse d’aspiration afin de l’optimiser et d’atteindre le niveau de référence
d’un cratère acidé.
164
4.4. Validation et optimisation du procédé
correctement les dommages laser à stabiliser. En effet, il est essentiel qu’il n’y ait plus au-
cune fracture sous-surfacique après la stabilisation. Une ou plusieurs fractures résiduelles
sur l’optique entraineraient, sous tir laser type LMJ, un nouvel amorçage de dommage.
Comme évoqué précédemment, il est nécessaire de bien déterminer les dimensions d’un
dommage afin d’être certain de la réussite de la stabilisation. Cependant, la caractérisation
au microscope confocal d’un site nécessite un temps d’acquisition relativement long (entre
5 et 10 min par site) et ne semble donc pas le moyen le plus adapté si l’on souhaite
optimiser le temps de stabilisation des sites endommagés pour une application future. Le
large panel de dommages créés sur notre échantillon d’étude, et qui ont tous été mesurés au
microscope confoncal, permet de tracer la profondeur p des sites endommagés en fonction
de leur largeur L (symbole carré rouge de la figure 4.44).
165
4.4. Validation et optimisation du procédé
500
p = L / 2.5
Dommages mesurés au microscope confocal
400
Profondeur (µm)
300
200
100
0
200 400 600 800 1000 1200
Largeur (µm)
On remarque que la dimension des dommages suit une distribution qui peut être majo-
rée si l’on considère une profondeur p suivant la relation p = L / 2.5. Des ratio équivalents
sont mentionnés dans la littérature. Une étude détaillée de Norton et al. [58] sur l’évolution
des dimensions d’un dommage en fonction du nombre de tir, après amorçage, confirme nos
observations ; à savoir l’existence du dommage principal et de fractures sous-surfaciques
qui s’étendent en profondeur. De cette étude, les auteurs ont conclu que le ratio L/p était
de 3 pour les fractures sous-surfaciques. En 2014, Ma et al. [143] présentent des résultats
similaires (figure 4.45). Cette relation largeur du dommage / profondeur est très impor-
tante car elle permettra de déterminer in fine la profondeur d’un dommage par une simple
observation microscope de la surface du composant optique et ainsi de choisir le processus
de stabilisation adapté. De plus, on constate que les fractures sous-surfaciques sont aussi
bien au centre qu’en périphérie du dommage et donc l’enveloppe du dommage n’est pas
un cône (figures 4.43 (b) et (c)). Une schématisation rectangulaire parait la plus adapté
si l’on souhaite créer des catégories de dommages.
166
4.4. Validation et optimisation du procédé
Figure 4.45 – Trois types de morphologies de dommages obtenus dans différentes condi-
tions d’irradiation (longueur d’onde 355 nm, durée de tir 8 ns et diamètre de faisceau
480 µm) : (a) tir d’amorcage à 19 J/cm2 et 20 tirs de croissance à une fluence fixe de
9.5 J/cm2, (b) tir d’amorcage à 19 J/cm2 et rampe de fluence jusqu’à 23.5 J/cm2 pour la
croissance et (c) tir d’amorcage à 28.5 J/cm2 puis rampe de fluence jusqu’a 23.5 J/cm2
(Source [143]).
En considérant les procédés que nous avons présentés dans les parties précédentes
ainsi que leurs résultats à la résistance laser et aux déformations du front d’onde qu’ils
provoquent, nous proposons trois catégories de dommages. La figure 4.46 présente ces
trois catégories classées selon leur largeur ainsi que les procédés de stabilisation qu’il est
possible d’appliquer. Pour résumer, et en considérant que p = L / 2.5, nous avons :
— Vert : L < 400 µm : la profondeur p est donc inférieure de 160 µm et il est possible
de lui appliquer les procédés 2, 3 et 4.
— Bleu : 400 µm ≤ L < 650 µm : ce type de dommage, dont la profondeur maximale
est de 260 µm, peut être stabilisé par les procédés 3 ou 4.
— Orange : L ≥ 650 µm : à partir d’un dommage de largeur supérieure à 650 µm,
il est nécessaire d’appliquer le procédé 4. Il est possible de traiter des dommages
d’une largeur maximale de 750 µm pour une profondeur de 300 µm.
167
4.4. Validation et optimisation du procédé
! "
168
4.4. Validation et optimisation du procédé
500
Largeur de dommages mesurés au microscope optique
et avec une profondeur p = L / 2.5
Procédé 2
Procédé 3
400 Procédé 4
Profondeur (µm)
300
200
100
0
200 400 600 800 1000 1200
Largeur (µm)
Stabilisation
Nous avons mené des essais de résistance à l’endommagement laser après la stabi-
lisation des sites endommagés. La figure 4.49 présente trois tracés correspondants aux
résultats obtenus pour les trois procédés. Nous reportons, pour le procédé 2 et 3 (res-
pectivement (a) et (b)), les résultats obtenus sur la silice vierge sans dommage (de la
figure 4.42) sans aspiration (tracés noir) et acidée à 400 nm (tracés rouge). Ces résultats
montrent que la présence (tracés en trait plein) ou non (tracés en pointillé) des dommages
a une très faible influence sur le seuil d’endommagement du site stabilisé : en présence du
système d’aspiration les valeurs sont comparables et encadrent le procédé sans aspiration
des débris (tracés noirs) et celui où l’on a acidé la surface après la stabilisation (tracés
rouges). Ainsi, ces résultats indiquent que l’hypothèse sur la profondeur obtenue à partir
de la largeur du dommage est correcte : les cônes formés par les procédés 2, 3 et 4 englobent
les dommages dont la largeur est inférieure à 750 µm. Les fractures sous surfaciques, pre-
mière cause de l’amorçage d’un dommage, semblent avoir été éliminées. Cependant, le
seuil d’endommagement est, pour deux cas sur trois, inférieur à 14 J/cm2 (critère défini
pour le LMJ). Le traitement chimique par acidage parait être le moyen le plus efficace
pour éliminer les re-dépôts de silice et obtenir le meilleur seuil d’endommagement.
169
4.4. Validation et optimisation du procédé
100 100
40 40
20 20
0 0
8 12 16 20 24 8 12 16 20 24
Fluence (J/cm²) Fluence (J/cm²)
100
Probabilité d'endommagement (%)
Sur silice
avec aspiration
80 Sur dommage
avec aspiration
60
40
20
0
8 12 16 20 24
Fluence (J/cm²)
Figure 4.49 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2.5 ns) en
fonction de la fluence appliquée sur dommages stabilisés par le procédé 2 (a), 3 (b) et
4 (c) (respectivement tracés plein vert, bleu et orange). On reporte sur (a) et (b) les
données précédemment présentées pour des tests d’endommagement sur silice vierge, sans
aspiration (tracés noirs), avec un acidage de 400 nm (tracés rouges). On indique également
les résultats obtenus sur silice, sans dommage et avec aspiration (tracés en pointillés).
Cas limites
Au cours de cette dernière étude, nous avons rencontré des dommages avec une dis-
tribution morphologique différente ou possédant de grandes dimensions, dont les largeurs
sont supérieures à 750 µm, inaccessibles avec nos procédés (limite représentée sur la figure
4.48 par la droite rouge en pointillée). Nous avons étudié la stabilisation de quelques uns
de ces dommages.
Après l’amorcage, suivie de la croissance d’un dommage laser sur silice, nous avons
observé des répartitions de dommages irrégulières (figure 4.50 1 (a) et 2 (a)). Ces images
de microscopie, utilisées pour extrapoler la profondeur, peuvent être interprétées de deux
façons différentes : soit en prenant uniquement en compte la zone regroupant la majorité
des dommages (cercles en pointillé rouge sur la figure 4.50 (1a) et (1b)) en faisant l’hy-
pothèse que le diamètre de 2 ou 3 mm du cône de stabilisation englobera les dommages
périphériques ainsi que leurs fractures sous-surfaciques, soit en définissant l’aire la plus
large encadrant tous les dommages visibles (cercles en pointillé noir). La seconde hypo-
170
4.4. Validation et optimisation du procédé
thèse semble la plus viable afin d’être certain de faire disparaitre toutes les fractures et
d’assurer la réussite de la stabilisation du site endommagé. Dans le cas des deux exemples
présentés, les largeurs de 1000 et 1200 µm donnent des profondeurs respectives de 400 et
480 µm, dimensions supérieures aux limites définies précédemment.
Cependant, les procédés 3 et 4 ont été appliqués sur ces sites en considérant un cen-
trage du diamètre du cône par la zone endommagée la plus large (cercle noir définis sur la
figure 4.50 (a)). Les différentes observations après stabilisation : par imagerie DMS (sys-
tème optique composé d’un appareil photo et d’un éclairage de type LED de l’échantillon
par les tranches) avec différents temps de pose entre 1(b) et 1(b’) pour éviter de saturer
la partie centrale, par microscopie confocale et par microscopie optique montrent qu’il
n’y a plus aucun dommage résiduel ni de fracture sous surfacique. Ces deux exemples
montrent que la classification des dommages peut ne pas se résumer uniquement à la lar-
geur (et la profondeur) mais nécessite également de prendre en compte leur morphologie.
Une méthode basée sur un calcul barycentrique pourrait être envisagée en considérant
la distribution du niveau de gris des pixels de la zone endommagée afin de définir un
centrage adapté lors de l’application du procédé.
171
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
Figure 4.51 – Observations au microscope de deux sites endommagés 1 (a) et 2 (a). Après
stabilisations : observations par imagerie DMS (b), microscope optique (c) et microscopie
confocale (d).
172
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
4 faisceaux 1ω
(λ=1053nm)
Section carrée
Réseaux de Lames de
focalisation 3ω phase
Réseaux 1ω
Cristaux
Hublots de KDP
Lames Anti-Eclats
Ecran de Protection
Amovible
4 faisceaux 3ω (λ=351nm)
Focalisés sur cible
è Explosion de la cible
La fabrication des réseaux pour le LMJ nécessite des étapes utilisant des moyens de
haute technologie. Les quatre principales étapes sont : la fabrication du bloc matière,
l’ébauchage et le polissage, la gravure et le dépôt d’un traitement anti-reflet sur la face
non gravée. La gravure est assurée par une méthode de photolitographie, schématisée sur
la figure 4.53. Un dépôt de photorésine, qui se dégrade en présence de lumière, est appliqué
à la surface du substrat de silice polie. Des franges d’interférences, dont le profil dépend
du type de réseau souhaité, sont projetées pour "enregistrer" le motif de gravure. Par la
suite, la résine se dégrade (étape de révélation). Enfin, la silice est gravée et une série de
nettoyages successifs est réalisée pour éliminer les résidus de résine.
173
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
Figure 4.54 – (a) Observation d’un défaut sur un réseau 3ω et (b) ses surintensités à
une distance de propagation de 700 mm.
Actuellement lorsqu’un défaut de gravure n’est pas acceptable, la seule solution est de
repolir le substat du réseau. La présence de ces défauts a donc un impact important sur
le coût et le délai de fabrication.
Au cours de cette thèse, nous avons étudié la possibilité d’utiliser le procédé par laser
CO2 afin d’éliminer ces défauts pour potentiellement diminuer les surintensités du front
d’onde qu’ils génèrent sans affecter la résistance à l’endommagement des réseaux.
174
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
réseau. Ces effets ont notamment été étudiés par Shen et al. [4] pour extraire des valeurs
de viscosité à haute température de la silice.
L’objectif de nos premiers travaux était de faire fondre localement (lisser) les traits du
réseau de diffraction en silice afin de pouvoir éventuellement faire disparaitre les défauts
d’aspects. Dans un premier temps, des études préliminaires ont été menées pour trouver les
paramètres d’irradiation permettant de fondre les traits du réseau sans affecter le substrat
de silice. La hauteur des traits étant de 2 à 3 µm pour les réseaux 1ω et d’environ 700 nm
pour les réseaux 3ω, nous nous sommes orientés vers des puissances laser de quelques
watts. Différentes durées d’irradiations ont été testées : 100 µs, 300 µs, 1 ms, 10 ms,
100 ms, 1 s et 10 s. Pour chacune de ces durées, nous avons fait varier la puissance du
laser pour trouver les paramètres permettant de fondre les motifs de gravure. La taille du
faisceau est de 400 µm à 1/e2. Nous présentons sur la figure 4.55 ci-dessus les résultats
obtenus pour une durée d’irradiation de 10 ms sur un réseau 3ω. Chaque cratère a été
observé au microscope optique et mesuré au profilomètre optique. Notons que le même
travail a été effectué sur les réseaux 1ω (étude paramétrique en fonction de la durée et la
puissance).
500
4.41 W 5.40 W
4.81 W 6.10 W
5.10 W 6.90 W
0
Profondeur (nm)
-500 Hgrav x DC
Hgrav
-1000
2100 nm
-1500
-200 -100 0 100 200
Distance (µm)
175
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
0 0 0 0
-200 -100 0 100 200 -200 -100 0 100 200 -500 -200 -100 0 100 200
-200 -100 0 100 200
A partir de ces caractérisations, nous avons corrélé les mesures obtenues au profilo-
mètre optique aux observations par microscopie. Le but est d’étudier la possibilité d’iden-
tifier, dans la suite de nos études, quel type de cratère a été formé uniquement avec une
observation au microscope. Ainsi, on remarque que le cratère de type "cuvette" (figure
4.56 P = 4,41 W) ne présente que des irisations. On retrouve ces dernières en périphérie
des "plateaux" et des "cratères", le centre apparaissant en blanc (figure 4.56 P = 5,10 W,
5,40 W et 6,90 W). De plus, il est possible de distinguer le cratère "plateau" d’un cratère
creusé car ce dernier présente une zone centrale plus sombre correspondant au cratère
plus profond (P = 6,90 W).
Notons que pour un plateau, l’épaisseur des irisations est plus grande. Cette zone est
la transition entre le plateau et les gravures non affectées par le tir laser. Des mesures ont
été effectuées par Microscopie à Force Atomique (AFM) pour caractériser cette zone et
observer comment les traits s’organisent après la fonte du réseau. Pour cela, nous avons
réalisé un cratère sur un réseau 1ω (plus facile à caractériser à l’AFM) dont la mesure du
profil est présentée sur la figure 4.57 (a)). La mesure AFM a été réalisée dans la zone de
transition (figure 4.57) et montre que le tir par laser CO2 vient lisser et refondre les traits
du réseau. La hauteur du plateau, par rapport au substrat de silice (situé en y = 0 sur le
tracé) se situe à mi hauteur entre le haut et le bas des traits du réseau, en accord avec le
rapport cyclique d’un réseau 1ω qui est de 50 %.
176
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
2500
2000
Hauteur (nm)
1500
-500
Hauteur (nm)
-1000
1000
-1500
500
-2000
0
-200 -100 0 100 200 Plateau Gravure vierge
Distance (µm)
0 10 20 30 40 50
Distance (µm)
Figure 4.57 – (a) Profil complet obtenu par profilométrie optique d’un cratère type
"petit cratère" obtenu après un tir par laser CO2 de 10 s à 2,3 W et (b) résultat de la
mesure obtenue par AFM dans la zone de transition.
En chauffant localement par laser CO2 un réseau de silice, il est possible d’aplanir
les traits du réseau grâce à un changement de la viscosité avec la température et des
effets de fluage et capillarité. La technique semble donc tout à fait appropriée et simple
à mettre en œuvre pour refondre localement les traits d’un réseau de silice et diminuer
les surintensités dans la direction du faisceau. Des premiers essais, dont on présente les
résultats dans la figure 4.58, confirment cette hypothèse. Lors de ces expériences, nous
avons effectué des tirs uniques (a et b) mais également en déplaçant le faisceau (c).
Figure 4.58 – Observations au microscope de trois défauts d’aspect avant (a) et après
irradiation par laser CO2 (b).
Nous présentons dans la suite de ce chapitre les premières études menées sur la résis-
tance au flux laser des cratères CO2 sur réseau et sur les déformations du front d’onde
177
4.5. Refonte de défauts d’aspects des réseaux de diffraction du LMJ
qu’ils génèrent. Notons que, au moment d’écrire ce manuscrit, nous disposons uniquement
des résultats sur les réseaux 3ω.
100
Probabilité d'endommage (J/cm²)
Référence
P = 6,9 W
P = 6,49 W
80 P = 5,71 W
P = 5,4 W
P = 5,1 W
P = 6,9 W
60 P = 5,71 W
P = 5,1 W
40
20
0
10 12 14 16 18 20
Fluence (J/cm²)
Figure 4.59 – Probabilités d’endommagement (procédure 1on1, 355 nm, 2,5 ns) en
fonction de la fluence appliquée sur des cratères CO2 formés dans un réseau 3ω à différentes
puissances (représentées par différentes couleurs). Deux cas sont représentés : les résultats
au centre du cratère, sur le "plateau" (tracés pleins) et quelques résultats dans la zone
de transition entre le plateau et les traits du réseaux (tracés en pointillé). On représente
également le résultat pour un réseau vierge (tracé en noir).
4.5.4 Propagation
Des études ont également été menées pour étudier l’impact de l’irradiation par laser
CO2 sur la propagation. Nous remarquons que seuls les gros cratères (figure 4.60 (c))
178
4.6. Conclusion
génèrent des surintensités visibles. Les surintensités créées par les cuvettes et les petits
cratères (figure 4.60 (a) et (b)) sont faibles et tout à fait acceptables pour le LMJ.
Figure 4.60 – Surintensités générées après propagation sur plusieurs dizaines de milli-
mètres pour trois catégories de cratères : une cuvette (a), un plateau (b) et un gros cratère
(c).
Finalement, ces études préliminaires sur le traitement par laser CO2 de défauts de
fabrication des réseaux 1 et 3ω montrent qu’il est possible de lisser les traits de gravure,
afin de limiter les effets néfastes de ces défauts. Une étude paramétrique, sur les deux
types de réseaux, a été menée afin de trouver les paramètres d’irradiation adaptés à notre
objectif. Nous avons également montré que ce traitement local n’avait pas d’impact sur
la résistance à l’endommagement laser d’un réseau 3ω. Des travaux similaires sont en
cours sur les réseaux 1ω qui devraient probablement aller dans le même sens. De plus, des
études sur les déformations du front d’onde générées au passage des défauts sont menées
actuellement : l’objectif de ces travaux est d’étudier l’impact de la refonte par laser CO2
sur un défaut générant de fortes surintensités.
4.6 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons présenté les procédés de stabilisation de dommages uti-
lisés et développés au cours de cette thèse. Dans un premier temps, nous avons décris
les différentes techniques déjà en place permettant d’arrêter la croissance de dommages
lasers de dimensions micrométriques. Par un déplacement de l’échantillon pendant le tir
de stabilisation, il est également possible de traiter un défaut de type rayure de quelques
millimètres de longueur. Par la suite, nous avons présenté le principe, le développement
et les études menées sur le nouveau procédé de stabilisation appliqué aux dommages de
dimensions millimétriques. La dernière partie de ce chapitre était consacrée aux études
préliminaires sur le traitement par laser CO2 de défauts sur les réseaux de diffraction du
LMJ. Les résultats obtenus sur les réseaux type 3ω sont prometteurs et des études sont
prévues sur les réseaux type 1ω et sur des défauts réels.
179
Conclusion et perspectives
180
Conclusion et perspectives
d’un traitement thermique de type recuit global par un four à haute température ont
montré la possibilité de cette technique pour réduire les contraintes résiduelles et réduire
les probabilités d’endommagement des sites CO2 .
Parallèlement, nous avons mis en place à l’Institut Fresnel un nouveau banc d’expé-
rimentations pour faire du micro-usinage par laser CO2 des dommages laser. Dans un
premier temps, des études paramétriques sur les conditions d’irradiations ont été réalisées
pour obtenir une structure de forme conique englobant les sites endommagés. Dans un
second temps, nous avons travaillé sur les critères de validation du procédé afin de l’opti-
miser. D’une part, des études expérimentales et numériques sur les déformations du front
d’onde ont montré qu’il est important de réduire le rebond en périphérie du cratère formé.
En effet, ce rebond forme des surintensités pouvant produire des focalisations indésirables
sur les optiques placées en aval. D’autre part, des travaux sur la résistance au flux laser des
sites stabilisés montrent la forte influence des débris re-déposés autour du cratère. Nous
avons montré que la diminution de ces débris par différents moyens, tel qu’une aspiration
pendant le procédé ou un traitement chimique par acidage post-procédé, améliore le seuil
d’endommagement des sites CO2 . Pour poursuivre ces études, on peut imaginer une opti-
misation du système d’aspiration. Par exemple, en utilisant un système d’aspiration à fort
débit ou en menant des études numériques de mécanique des fluides sur les flux d’air et
de vapeurs de silice dans le but de concevoir une buse parfaitement adaptée aux vitesses
d’éjection. Une étude complémentaire sur le traitement chimique par acidage permettrait
également de définir quelle épaisseur minimale de silice il faut retirer pour d’obtenir le
seuil d’endommagement souhaité.
Une des dernières études menées consistait à tester le procédé de stabilisation sur des
dommages. Ces travaux ont montré que ce procédé permet la stabilisation de dommages
de grandes dimensions (largeur < 750 µm et profondeur < 300 µm). Ils ont également
mis en évidence la nécessité de classer les dommages selon leurs dimensions et leur mor-
phologie afin d’appliquer la procédure la plus adaptée. Nous avons également étudié des
cas limites de dommage afin de définir quelques critères de réussite de la stabilisation à
partir de différents moyens d’observations. L’objectif à long terme est d’avoir une procé-
dure automatisée qui, à partir de son observation, classe le dommage selon sa dimension
latérale, sa morphologie et sa position sur le composant (face d’entrée ou face de sortie),
lui applique le procédé de stabilisation le plus adapté et le valide par différents moyens
de caractérisation et d’observation, que nous avons commencé à étudier aux cours de ces
travaux.
Enfin, nous avons étudié la faisabilité d’une technique par laser CO2 afin de traiter les
défauts d’aspect des réseaux de diffraction en silice. Nous avons présenté dans ce manuscrit
les premières études menées qui nous ont permis de définir les paramètres d’irradiation
pour la refonte des traits des deux types de réseau 1ω et 3ω. De plus, des premiers travaux
sur la résistance à l’endommagement laser des cratères formés et sur les déformations du
front d’onde générées, sur les réseaux 3ω présentent des résultats très prometteurs. Par la
suite, des études similaires vont être menées sur les réseaux 1ω et sur des défauts réels.
Les travaux de cette thèse ont permis de définir le banc de réparation mis en place au
CEA-CESTA pour travailler sur les composants optiques du LMJ. J’ai participé à la mise
en fonctionnement de cette installation qui est opérationnelle et qui va être testée pour
réparer et recycler des hublots endommagés du LMJ.
181
Annexes
Calculs
Polariscope
A partir de la représentation schématique (figure 4.61), l’objectif du calcul présenté
ci-dessous est de calculer l’intensité du champ électrique en sortie de l’analyseur (zone 3).
C’est à cette grandeur que la caméra CCD est sensible.
Avant de démarrer le calcul, un rappel des hypothèses sur la biréfringence : elle est de
symétrie circulaire et se découpe en une partie radiale et une partie tangentielle (figure
4.62).
* +
182
Annexes
'
183
Annexes
!" "
"
∆ ∆ ∆
Ef = Eeiωt cos(φ − α) sin(φ − α)ei 2 (ei 2 − e−i 2 ) (4.8)
184
Annexes
∆
!
i∆
Ef = Ee iωt
cos(φ − α) sin(φ − α)e 2i sin
2 (4.9)
2
L’intensité correspondante If est donnée par : If = |Ef |2 .
On obtient finalement :
∆
!
If = I0 cos (φ − α) sin (φ − α) sin
2 2 2
(4.10)
2
On remarque alors que If s’annule en tout point où :
— ∆ = 0 : retard nul donc absence de biréfringence.
— φ = α : le point se trouve sur la droite définie par la direction de polarisation
du polariseur.
— φ = α+ π2 : le point se trouve sur la droite définie par la direction de polarisation
de l’analyseur.
Expérimentalement, on observe qu’on retrouve bien les zones où l’intensité est
nulle, les régions éloignées du cratère où il n’y a pas de biréfringence et la "croix"
formée par les deux directions de polarisations perpendiculaires du polariseur et
de l’analyseur.
185
Annexes
Déformations - Contraintes
D’une part, à partir des éléments du tenseur des déformations, on a :
1
nr = n0 − [p11 r + p12 (φ + z )] (4.11)
2
1
nφ = n0 − [p11 φ + p12 (r + z )] (4.12)
2
1
nz = n0 − [p11 z + p12 (r + φ )] (4.13)
2
Les expressions analogues, en fonction des éléments du tenseur des contraintes, sont
[144] :
1
nr = n0 − [q11 σr + q12 (σφ + σz )] (4.14)
2
1
nφ = n0 − [q11 σφ + q12 (σr + σz )] (4.15)
2
1
nz = n0 − [q11 σz + q12 (σr + σφ )] (4.16)
2
Or, les déformations et contraintes sont liées par les relations suivantes :
1
r = (σr + ν(σφ − σz )) (4.17)
E
1
φ = (σφ + ν(σz − σr )) (4.18)
E
1
z = (σz + ν(σr − σφ )) (4.19)
E
avec E le module de Young et ν le coefficient de Poisson.
A partir de ces trois systèmes d’équation, il vient :
1
q11 = (p11 − 2νp12 ) (4.20)
E
1
q12 = (p12 − ν(p11 + p12 ) (4.21)
E
De plus, à partir de 4.14 et 4.15, on a la biréfringence B :
1
B = ∆n = nr − nφ = n30 (q11 − q12 )(σr − σφ ) (4.22)
2
En posant [127] le coefficient des contraintes optiques R :
1
R = n30 (q11 − q12 ) (4.23)
2
On a finalement :
B = ∆n = nr − nφ = R(σr − σφ ) (4.24)
186
Annexes
187
Annexes
Conférences
T. Doualle, L. Gallais, P. Cormont and J.-L. Rullier, "Heat treatment of fused silica
optics repaired by CO2 laser", Procedings of SPIE 9632, 963216 (2015).
188
Annexes
189
Bibliographie
190
Annexes
191
Annexes
192
Annexes
193
Annexes
194
Annexes
195
Annexes
196
Annexes
197
Annexes
198
Annexes
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