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Liberté et État : Obéir, est-ce renoncer ?

Ce document traite de la liberté et de l'obéissance. Il présente des définitions clés comme la liberté civile, la liberté politique et la liberté individuelle. Le document analyse également si l'obéissance équivaut à renoncer à sa liberté à travers des citations de Rousseau et d'autres auteurs.

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Liberté et État : Obéir, est-ce renoncer ?

Ce document traite de la liberté et de l'obéissance. Il présente des définitions clés comme la liberté civile, la liberté politique et la liberté individuelle. Le document analyse également si l'obéissance équivaut à renoncer à sa liberté à travers des citations de Rousseau et d'autres auteurs.

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LA LIBERTÉ ET L'ÉTAT : OBÉIR, EST-CE RENONCER1 À SA LIBERTÉ ?

« L'impulsion du seul appétit est esclavage,


et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. »
ROUSSEAU (1712-1778), Du Contrat Social (1762), I, 8.

DÉFINITIONS
:
État : terme récent (il apparaît au 16e siècle) utilisé pour désigner en Europe une institution nouvelle, séparée de
la société, c’est-à-dire de plus en plus autonome par rapport à l’ordre religieux (la religion) et familial (la
morale), et qui tend à gérer la société entière comme un ordre public, par l’intermédiaire d’une administration (le
corps de fonctionnaires). Voici une définition célèbre : « L’État est cette communauté humaine, qui à l’intérieur d’un
territoire déterminé (...) revendique pour elle-même et parvient à imposer le monopole de la violence physique
légitime. » (Max WEBER, Le savant et le politique, 1919)

La liberté dans une perspective politique :

Liberté civile: DROIT que l'on a en tant que citoyen, de n'être pas esclave d'une autre volonté – même pas d’une
autorité politique, parce qu'on jouit de droits garantis par la loi ; puisque les droits ne sont pas garantis si les
pouvoirs sont concentrés, il n’y a pas de liberté civile quand le pouvoir exécutif détient le pouvoir législatif (c’est là
le despotisme). La liberté civile concerne tous les citoyens, même dans un sens passif – dans une démocratie
représentative, comme dans les républiques modernes.

Liberté politique : POUVOIR que l'on a, en tant que citoyen au sens actif, de participer à la vie politique, en votant
les lois. La liberté politique vise la citoyenneté dans un sens actif. Dans une démocratie directe, tous les
citoyens sont actifs. Dans une démocratie représentative, les électeurs sont citoyens au sens passif, seuls les
élus sont citoyens au sens actif. Le referendum restaure la citoyenneté active pour tous.

Liberté individuelle : LIBERTÉ que l'on a en tant qu'individu, de faire ce que l'on a envie, sans craindre la violence
de l’État, et indépendamment de ce que préconise la morale.

Indépendance : Situation d'un pays, d'un État, d'une nation qui n'est soumis à aucun pouvoir extérieur (les autres
États). Pour les individus, on parlera dans le même sens de leur liberté naturelle.

Consentement : accord de la volonté accompagnée de l’adhésion aux motifs qui y engagent (CNRTL). Le
consentement est un mot qui explique que des individus libres, alors même qu’ils sont libres et indépendants, se
soumettent cependant à une autorité politique : on dit qu’ils y consentent.

La liberté dans une perspective morale :

Libre arbitre : le libre arbitre désigne le pouvoir de la volonté de choisir absolument, en étant séparée de toute
influence, indépendamment de toute détermination ou cause antérieure (qu'elle soit morale, culturelle, sociale –
causalité liée à l’éducation, mais aussi psychologique ou physiologique – causalité liée à la nature). La notion de
libre arbitre est moralement ambiguë : à cause du libre arbitre, l’homme a la capacité d’agir sans moralité ; mais on
pourrait aussi dire que grâce au libre arbitre, il a la capacité de choisir une conduite morale.

Liberté morale : pouvoir que l'on a en tant qu'être moral, de n'être pas esclave de ses désirs et passions, mais au
contraire maître de soi et sujet responsable de ses actes.

MÉTHODES : ANALYSE DU SUJET ET ORGANISATION DU PLAN.


Le sujet : « Obéir, est-ce renoncer à sa liberté ? » Porte sur le thème de la liberté. Mais essentiellement, le
sujet vous invite à réfléchir à deux mots : « obéir » et « renoncer. » Le plus souvent, les sujets de
dissertation mettent en rapport une notion du programme (ici, la liberté), pour laquelle vous disposez d’un
cours : il faut donc, notamment, se souvenir ; et une autre notion (par exemple un mot tiré des

1 Renoncer : Cesser volontairement de revendiquer, de faire valoir la possession d’un bien, abandonner volontairement son
droit sur une chose.

1 / ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir – Justice


« Repères » : « origine », « fonder », etc.), ou un mot usuel (ici, « renoncer » et « obéir »), pour lequel
vous ne disposez pas de cours : il faut alors réfléchir sans l’appui ou le soutien d’un cours (réfléchir par soi-
même). Le principal risque de l’analyse notionnelle, c’est (un peu comme avec la liberté quand on la
découvre) de se perdre, de ne pas retrouver le sujet, d’approfondir dans des directions qui nous en
éloignent : il faut la mener au brouillon, en sachant que l’on avance peut-être dans un mauvaise direction –
alors il ne faut pas renoncer, mais reprendre à zéro . Ces mots devront impérativement faire l’objet d’une
analyse dans un paragraphe dédié. Car ce sont ces mots dans le sujet qui compliquent la question, qui
empêchent l’utilisation simple et directe des connaissances acquises sur la notion du programme
Pour ce sujet, il conviendra en I.a) de proposer une définition simple et provisoire du mot « obéir », qui
puisse valoir en faveur d’un argument pour dire que l’obéissance est une perte – pas encore un
renoncement... de sa liberté. Notez que la définition n’a de valeur ici que comme argument : ne
proposez pas de définition sans faire usage de cette définition pour argumenter (revoir la fiche
consacrée à la définition dans le livret de méthodes de dissertation).
En transition et/ou en II.a), il conviendra non pas simplement de définir, mais d’analyser en profondeur la
notion d’obéissance, pour mettre au jour tout sa complexité. Il s’agirait pour l’essentiel de montrer que
l’obéissance, finalement, n’est pas une perte de liberté, mais qu’au contraire elle résulte d’une
liberté qui s’exerce – et à ce titre, l’obéissance n’est pas un renoncement…

IA. PAS DE VRAIE LIBERTÉ LÀ OÙ IL Y A OBÉISSANCE :


LA LIBERTÉ COMME INDÉPENDANCE

Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Discours sur l'origine de l'inégalité,1754 :


« Comme un coursier indompté hérisse ses crins, frappe la terre du pied et se
débat impétueusement à la seule approche du mors, tandis qu'un cheval dressé
souffre patiemment la verge et l'éperon, l'homme barbare ne plie point sa tête au
joug que l'homme civilisé porte sans murmure, et il préfère la plus orageuse
liberté à un assujettissement tranquille. Ce n'est donc pas par l'avilissement
des peuples asservis2 qu'il faut juger des dispositions naturelles de l'homme pour
ou contre la servitude, mais par les prodiges qu'ont faits tous les peuples
libres pour se garantir de l'oppression3. Je sais que les premiers ne font que
vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers, et que miserrimam servitutem pacem
appellant4, mais quand je vois5 les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie
même à la conservation de ce seul bien si dédaigné de ceux qui l'ont perdu; quand je vois des
animaux nés libres et abhorrant la captivité se briser la tête contre les barreaux de leur prison, quand je vois
des multitudes de sauvages tout nus mépriser les voluptés européennes et braver la faim, le feu, le fer et la
mort pour ne conserver que leur indépendance, je sens que ce n'est pas à des esclaves qu'il
appartient de raisonner de liberté6. »
2 Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750) : « Tandis que le gouvernement et les lois pourvoient à la
sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les sciences, les lettres et les arts, moins despotiques et plus puissants peut-être,
étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes de fer dont ils sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté
originelle pour laquelle ils semblaient être nés, leur font aimer leur esclavage et en forment ce qu'on appelle des peuples policés.
Le besoin éleva les trônes ; les sciences et les arts les ont affermis. Puissances de la terre, aimez les talents, et protégez ceux qui
les cultivent. Peuples policés, cultivez-les : heureux esclaves, vous leur devez ce goût délicat et fin dont vous vous piquez ; cette
douceur de caractère et cette urbanité de mœurs qui rendent parmi vous le commerce si liant et si facile ; en un mot, les
apparences de toutes les vertus sans en avoir aucune. »
3 Voir par exemple la Bataille des Thermopyles (le 11 août 480 av. JC), où quelques centaines de spartiates, conduits par
Léonidas Ier, tiennent tête à l’armée du Perse Xerxès, « Roi des Rois », fort d’une armée de plusieurs dizaines de milliers de
soldats (les chiffres sont difficiles à établir), et qui ambitionnait de conquérir toute la Grèce.
Sur les Spartiates cependant, voir la partie III (basée sur Simone Weil).
4 « La servitude la plus misérable, ils l'appellent paix » TACITE (58-120), Histoires, IV, 17.
5 MÉTHODES : Argumenter des évidences : Un exemple ne vaut pas comme argument. Mais une série d’exemple peut
valoir comme argument, pas décisif, mais suffisant pour persuader. La série commence avec 3 exemples.
6 Pierre CLASTRES, Archéologie de la violence (1977), Revue « Libre », N°1 : « L’extrême morcellement sous lequel se présente
partout la société primitive serait la cause, a-t-on souvent écrit, de la fréquence de la guerre dans ce type de société.
L’engendrement mécanique décrit dans la séquence : rareté des ressources – concurrence vitale – isolement des groupes,
produirait comme effet général, la guerre. Or, s’il y a bien une relation profonde entre la multiplicité des unités socio-politiques et

2 / ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


EXERCICE 1 : PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
Rédiger un paragraphe argumentatif fondé sur ce texte pour répondre à cette question :
Le bonheur est-il le bien suprême ?

Emmanuel KANT (1724-1804), Anthropologie du point de vue pragmatique (1798), §82 :


« [La liberté] est la plus violente de toutes les passions chez l'homme de
nature (…). Le sauvage qui n'est pas encore habitué à la soumission ne connaît pas de plus
grand malheur que celui d'y tomber. (…). Il vit donc dans un état de guerre perpétuelle
afin de maintenir les autres aussi éloignés que possible et de vivre isolé dans des
étendues inhabitées. A la différence des autres animaux, l'enfant, à peine arraché au sein de
sa mère, accompagne d'un cri son entrée dans le monde pour cette seule raison semble-t-il
qu'il éprouve comme une contrainte son incapacité à se servir de ses membres et il annonce
ainsi d'emblée sa prétention à la liberté (dont aucun autre animal n'a de représentation) (…). Les
peuples nomades, puisque aucune terre n'attache ces pasteurs – les Arabes en sont un exemple – tiennent si
fort à leur manière de vivre, bien qu'elle ne soit pas entièrement libre de contrainte, et ont tant de hauteur
dans leur mépris pour les autres peuples sédentaires, que la misère inséparable de leur état n'a pu pendant
des siècles les en détourner. Les peuples purement chasseurs (comme les Olenni-Tungusi7) se sont
réellement ennoblis par ce sentiment de liberté. ».
EXERCICE 2 : PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
Rédiger un paragraphe qui explique ce qu’il y a de paradoxal à parler de la liberté comme d’une passion.

BESTIAIRE PHILOSOPHIQUE
Jean de LA FONTAINE (1621-1695 ), Le Loup et le Chien (1668) :
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. " Qu'est-ce là ? lui dit-il.
- Rien.
- Quoi ? rien ?
- Peu de chose.
- Mais encor ?
- Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc
pas Où vous voulez ?
- Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos
repas Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

la violence, on ne peut comprendre leur articulation qu’en renversant l’ordre habituel de leur présentation : ce n’est pas la guerre
qui est l’effet du morcellement, c’est le morcellement qui est l’effet de la guerre. Il n’est en pas seulement l’effet, mais le but.
(…). Quelle est la fonction de la guerre primitive ? Assurer la permanence de la dispersion, du morcellement, de l’atomisation des
groupes. La guerre primitive, c’est le travail d’une logique du centrifuge, d’une logique de la séparation, qui s’exprime de temps à
autre dans le conflit armé (…). Les Sauvages veulent la multiplication du multiple. Quel est maintenant l’effet majeur exercé par
le développement de la force centrifuge ? Elle oppose une infranchissable barrière, le plus puissant obstacle sociologique à la
force inverse, à la force centripète, à la logique de l’unification, à la logique de l’Un. Parce qu’elle est société du multiple, la
société primitive ne peut être société de l’Un : plus il y a de dispersion, moins il y a de l’unification. On voit dés lors que c’est la
même logique rigoureuse qui détermine et la politique intérieure et la politique extérieure de la société primitive. D’une part, la
communauté veut persévérer en son être indivisé et empêche pour cela qu’une instance unificatrice se sépare du corps social –la
figure du chef commandant –et y introduise la division sociale entre le Maître et les Sujets. La communauté d’autre part veut
persévérer en son être autonome, c’est-à-dire demeurer sous le signe de sa propre Loi : elle refuse donc toute logique qui la
conduirait à se soumettre à une loi extérieure, elle s’oppose à l’extériorité de la Loi unificatrice. Or, quelle est cette puissance
légale qui englobe toutes les différences en vue de les supprimer, qui ne se soutient précisément que d’abolir al logique du
multiple en vue de lui substituer la logique contraire de l’unification, quel est l’autre nom de cet Un que refuse par essence la
société primitive ? C’est L’État. »
7 Population turco-mongole, dans l’Asie Centrale.

3 / ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


IB. PAS DE VRAIE LIBERTÉ LÀ OÙ IL Y A OBÉISSANCE :
L’OBÉISSANCE COMME SOUMISSION.

ÉLÉMENT DE CULTURE PHILOSOPHIQUE :


LA DIALECTIQUE DU MAÎTRE ET DE L’ESCLAVE (HEGEL)
Georg Wilfried Friedrich HEGEL (1770-1831), Propédeutique Philosophique (1808-1811) :
« Pour se faire valoir et être reconnue comme libre, il faut que la conscience de soi
se représente pour une autre comme libérée de la réalité naturelle présente (…).
Par suite de l’inégalité qui tient à ce que, pour l’une des deux consciences de soi, la
liberté a plus de valeur que la réalité sensible présente, tandis que, pour l’autre,
cette présence assume, au regard de la liberté, valeur de réalité essentielle, c’est
alors que s’établit entre elles, avec l’obligation réciproque d’être reconnues dans la
réalité effective et déterminée, la relation maîtrise-servitude [...], dans la mesure où
cette différence d’autonomie est donnée par le rapport naturel immédiat. Puisqu’il
est nécessaire que chacune des deux consciences de soi, qui s’opposent l’une à
l’autre, s’efforce de se manifester et de s’affirmer, devant l’autre et pour l’autre,
comme un être-pour-soi absolu, par-là même celle qui a préféré la vie à la
liberté, et qui se révèle impuissante à faire, par elle-même et pour assurer son indépendance,
abstraction de sa réalité sensible présente, entre ainsi dans le rapport de servitude 8. »
EXERCICE 3 : PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
La conscience immédiate de soi est-elle connaissance de soi ?

La « course aux dégonflés »,


James DEAN dans « Rebel Without a Cause » de Nicholas RAY (1955)
8 Une explication alternative de la domestication de l’homme – domestiqué non par l’autre homme, mais par une plante :
Yuval Noah HARARI, Sapiens, Une brève histoire de l’humanité (2011), 5 : « Comment de plante insignifiante, cette herbe est-
elle devenue omniprésente ? Le blé y parvint en manipulant homo sapiens à son avantage. Il y a près de 10.000 ans, ce singe
menait encore une vie assez confortable de chasse et de cueillette, mais c’est alors qu’il commença à investir toujours plus
d’efforts dans la culture du blé. En l’espace de deux millénaires, les hommes de nombreuses parties du monde, ne devaient plus
faire grand-chose d’autre du matin au soir, que prendre soin de leur plants de blé. Ce n’était pas facile. Le blé exigeait beaucoup
d’eux. Il n’aimait ni les cailloux ni les galets, ce qui obligeait les sapiens à se casser le dos pour en débarrasser les champs. Le blé
n’aimait pas partager la place, l’eau et les nutriments avec d’autres plantes, si bien qu’hommes et femmes passaient de longues
journées à désherber sous un soleil de plomb. Le blé tombait malade et les sapiens devaient rester vigilants à l’égard des vers et
de la nielle. Le blé était attaqué par les lapins et les essaims de sauterelles, ce qui obligeait les cultivateurs à dresser des clôtures et
à monter la garde autour des champs. Le blé avait soif et les hommes creusèrent des canaux d’irrigation et transportèrent des eaux
pour l’arroser. Sapiens recueillait même les excréments des animaux pour nourrir la terre où poussait le blé. Le corps de l’homo
sapiens n’avait pas évolué a ces fins. Il était fait pour grimper au pommier ou courser les gazelles, non pour enlever les cailloux
ou porter les seaux d’eau. Ce sont les genoux, la voûte plantaires, la colonne vertébrale et le cou qui en firent les frais. L’étude
des anciens squelettes montre que la transition agricole provoqua pléthore de maux : glissement de disques, arthrite et hernies. De
surcroît, les nouvelles taches agricoles prenaient beaucoup de temps, ce qui obligeait les hommes de se fixer à côté des champs de
blé. Leur mode de vie s’en trouva entièrement changée. Ce n’est pas nous qui avons domestiqué le blé, c’est lui qui nous a
domestiqué. Le mot domestique du latin domus maison. Or, qui loge dans une maison ? Pas le blé, le sapiens. »

4 / ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


TRANSITION DU I AU II.
EXERCICE :RÉDIGER UNE TRANSITION EN UTILISANT CE TEXTE DE HOBBES.
Thomas HOBBES (1588-1679), Léviathan (1651), XX :
« La domination acquise par conquête, ou victoire à la guerre, est celle que
certains auteurs nomment DESPOTIQUE, de despotes, qui signifie un seigneur ou
un maître, et elle est la domination que le maître a sur le serviteur. Et cette
domination est alors acquise par le vainqueur quand le vaincu, pour
éviter à ce moment-là le coup mortel, convient, soit par des paroles
expresses, soit par d'autres signes suffisants de la volonté, qu'aussi
longtemps qu'on lui accordera la vie et la liberté de son corps, le
vainqueur en aura l'usage comme il lui plaît. (…) Quant à ce que les
hommes font quand ils demandent quartier, comme on le dit aujourd'hui (ce que
les Grecs appelaient Zogria, prendre vivant), c'est se soustraire à ce moment-là à
la fureur du vainqueur en se soumettant, et composer pour sauver sa vie en
payant une rançon ou en le servant. »

II. PAS DE LIBERTÉ RÉELLE SANS OBÉISSANCE :


LA LIBERTÉ COMME LIBERTÉ CIVILE ET L’OBÉISSANCE COMME CONSENTEMENT.

ÉLÉMENTS DE CULTURE PHILOSOPHIQUE : LES THÉORIES DU CONTRAT SOCIAL.


La théorie du contrat social a été élaborée au 17e siècle par GROTIUS et PUFENDORF contre la théorie du
droit divin. La seconde lie le roi à Dieu ; la première lie le roi au peuple.
La théorie du droit divin fait dériver le pouvoir politique de Dieu : le roi n’est responsable que devant Dieu,
il n’a donc pas à répondre de ses actes devant les hommes (la noblesse ou le peuple). D’abord réservé au
Pape, qui pouvait ainsi prétendre avoir autorité sur les rois, il s’étend au 16 e siècle à ces derniers. La théorie
du droit divin s’appuie sur la Bible : « Il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu », (Saint PAUL,
Épître aux Romains, XIII, 1), ce qui ne signifie pas que les rois sont choisis par Dieu : un roi peut être
élu ; mais que le roi, dans l’exercice de son pouvoir, tire son autorité de Dieu. Quelle conséquence ? « Ainsi,
qui résiste à la puissance résiste à l'ordre de Dieu » (XIII, 2). La théorie du droit divin en vient à être
utilisée pour justifier tout régime, même s’il est injuste . Elle vise en fait à refuser la théorie du tyrannicide
– cf. César, Henri IV, Charles Ier (le tyrannicide fait de l’assassinat d’un roi un devoir civique, quand
celui-ci n’utilise pas son pouvoir pour le bien du peuple mais pour son propre intérêt) et le droit de
résistance. Dans le cadre du droit divin, l’obéissance due aux gouvernants devrait être absolue
et passive. Romains, XIII, 5 : « Il est nécessaire d'être soumis, non seulement par la crainte du
châtiment, mais encore par l'obligation de la conscience ». De là vient la formule qui fait suite aux
édits et ordonnances des Princes souverains : « Car tel est notre bon plaisir ». Cette formule entend
signifier que les lois ainsi promulguées reposent sur l’arbitraire royal, c’est-à-dire sur la volonté du
souverain, avant de reposer sur des raisons (qui sont toujours, au nom d’autres raisons, contestables) : « On
n'obéit pas aux lois parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois », écrivait MONTAIGNE.
La théorie du contrat social est élaborée initialement contre le pouvoir temporel de la papauté (une
théocratie). Elle tend à restituer au pouvoir royal son autonomie (par rapport au pape), en rattachant le
pouvoir politique au peuple plutôt qu’à Dieu. La théorie du contrat social explique le rassemblement
des hommes et leur obéissance aux lois sans recourir à Dieu : c’est volontairement que le peuple obéit
aux lois, il consent à y obéir – il veut ainsi quitter les calamités de l’état de nature. Le
consentement désigne cet acte de la volonté qui s’exerce sous la forme d’une libre soumission à une
autre volonté (celle d’un roi, celle d’une loi) : la liberté ici n’est pas limitée par l’arbitraire royal, mais
par la liberté (des autres). On peut alors comprendre la politique sans la religion et sans la théologie, par
quoi s’effectue l’autonomisation du politique à l'égard du religieux.
Avec la deuxième génération de théoriciens du contrat (18e siècle), il s’agit plutôt d’expliquer que
l’obéissance due aux gouvernements n'est pas entière et aveugle : il y a une place pour le droit de
résistance (la révolution est l’exercice d’un tel droit), et la licence du Prince ne saurait passer pour un
droit.

5 / ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


John LOCKE (1632-1704), Traité du gouvernement civil (1690), IX, §123 :
« Si l'homme, dans l'état de nature 9, est aussi libre que j'ai dit, s'il est le seigneur absolu de sa personne et
de ses possessions, égal au plus grand et sujet à personne; pourquoi se dépouille-t-il de sa liberté et de cet
empire, pourquoi se soumet-il à la domination et à l'inspection de quelque autre pouvoir? Il est aisé de
répondre, qu'encore que, dans l'état de nature, l'homme ait un droit, tel que nous avons posé, la
jouissance de ce droit est pourtant fort incertaine et exposée sans cesse à l'invasion d'autrui.
Car, tous les hommes étant Rois, tous étant égaux et la plupart peu exacts observateurs de
l'équité10 et de la justice, la jouissance d'un bien propre, dans cet état, est mal assurée, et ne
peut guère être tranquille. C'est ce qui oblige les hommes de quitter cette condition, laquelle,
quelque libre qu'elle soit, est pleine de crainte, et exposée à de continuels dangers, et cela fait voir
que ce n'est pas sans raison qu'ils recherchent la société, et qu'ils souhaitent de se joindre avec d'autres qui
sont déjà unis ou qui ont dessein de s'unir et de composer un corps, pour la conservation mutuelle de leurs
vies, de leurs libertés et de leurs biens; choses que j'appelle, d'un nom général, propriétés. »
EXERCICE 4 : DE PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
Établir que la liberté naturelle n’est pas une liberté réelle.
John LOCKE (1632-1704), Traité du gouvernement civil (1690), XIX §222 :
« Car, puisqu'on ne saurait jamais supposer que la volonté de la société soit,
que la puissance législative ait le pouvoir de détruire ce que chacun a eu
dessein de mettre en sûreté et à couvert, en entrant dans une société, et ce
pourquoi le peuple s'est soumis aux législateurs qu'il a créés lui-même; quand
les législateurs s'efforcent de ravir et de détruire les choses qui appartiennent
en propre au peuple, ou de le réduire dans l'esclavage, sous un pouvoir
arbitraire, ils se mettent dans l'état de guerre avec le peuple qui, dès
lors, est absous et exempt de toute sorte d'obéissance à leur égard, et
a droit de recourir à ce commun refuge que Dieu a destiné pour tous
les hommes, contre la force et la violence. Toutes les fois donc que la
puissance législative violera cette règle fondamentale de la société, et, soit par
ambition, ou par crainte, ou par folie, ou par dérèglement et par corruption, tâchera de se mettre, ou de
mettre d'autres, en possession d'un pouvoir absolu sur les vies, sur les libertés, et sur les biens du peuple,
par cette brèche qu'elle fera à son crédit et à la confiance qu'on avait prise en elle, elle perdra entièrement le
pouvoir que le peuple lui avait remis pour des fins directement opposées à celles qu'elle s'est
proposées, et il est dévolu au peuple qui a droit de reprendre sa liberté originaire, et par
l'établissement d'une nouvelle autorité législative, telle qu'il jugera à propos, de pourvoir à sa propre
conservation, et à sa propre sûreté, qui est la fin qu'on se propose quand on forme une société politique. Or,
ce que j'ai dit, en général, touchant le pouvoir législatif, regarde aussi la personne de celui qui est revêtu du
pouvoir exécutif, et qui ayant deux avantages très considérables, l'un, d'avoir sa part de l'autorité législative;
l'autre, de faire souverainement exécuter les lois, se rend doublement et extrêmement coupable, lorsqu'il
entreprend de substituer sa volonté arbitraire aux lois de la société (…). »
EXERCICE 5 : PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
Rédiger un paragraphe qui explique en quoi on ne peut renoncer à sa liberté, puisqu’il n’y a
pas d’aliénation définitive de sa liberté, mais qu’on peut toujours la reprendre.

9 Voilà comment HOBBES considère l’état e nature : "Hors de l’état civil, chacun jouit sans doute d’une liberté entière, mais stérile ;
car, s’il a la liberté de faire tout ce qu’il lui plaît, il est en revanche, puisque les autres ont la même liberté, exposé à subir tout ce
qu’il leur plaît. Mais, une fois la société civile constituée, chaque citoyen ne conserve qu’autant de liberté qu’il lui en faut pour
vivre bien et vivre en paix, de même les autres perdent de leur liberté juste ce qu’il faut pour qu’ils ne soient plus à redouter. Hors
de la société civile, chacun a droit sur toutes choses, si bien qu’il ne peut néanmoins jouir d’aucune. Dans une société civile par
contre, chacun jouit en toute sécurité d’un droit limité. Hors de la société civile, tout homme peut être dépouillé et tué par
n’importe quel autre. Dans une société civile, il ne peut plus l’être que par un seul. Hors de la société civile, nous n’avons pour
nous protéger que nos propres forces ; dans une société civile, nous avons celles de tous. Hors de la société civile, personne n’est
assuré de jouir des fruits de son industrie ; dans une société civile, tous le sont. On ne trouve enfin hors de la société civile que
l’empire des passions, la guerre, la crainte, la pauvreté, la laideur, la solitude, la barbarie, l’ignorance et la férocité ; dans une
société civile, on voit, sous l’empire de la raison, régner la paix, la sécurité, l’abondance, la beauté, la sociabilité, la politesse, le
savoir et la bienveillance." (HOBBES, Le Citoyen, 1642).
10 Équité : vertu de celui qui s’efforce d’ajuster la loi au cas particulier, afin d’éviter l’injustice qui résulterait d’une interprétation
stricte, à la lettre, de la loi.

8/ ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


DEUX PROPOSITIONS DE TROISIÈME PARTIE :
1/ III. L’OBÉISSANCE NE CONTREDIT NI NE DIMINUE LA LIBERTÉ,
MAIS ELLE LA PRODUIT : LA LIBERTÉ MORALE.
1/ TRANSITION VERS LE III : UN PRÉSUPPOSÉ DU SUJET.
En III, il ne s’agit pas en fait de réfléchir aux réponses à donner à la question ; il faut réfléchir à la question.
Car les questions reposent sur un ou des présupposés in-interrogés, qu’il faut identifier afin de les remettre
en question. Ici, pour mettre en scène la thèse de ROUSSEAU, il s’agit de montrer que la question « Obéir,
est-ce renoncer à sa liberté ? », présuppose un rapport négatif entre obéissance et liberté, soit comme son
contraire (c’est le I), soit comme une concession qui diminue la liberté (en ajoutant la sécurité) :c’est le II.
Avec ROUSSEAU, le rapport entre obéissance et liberté est positif. Ce rapport est de génération. C’est grâce
à l’obéissance que l’homme accède à la liberté. La liberté n’est pas l’opposé de l’obéissance, ni limitée au
nom de la sécurité ; elle résulte de l’obéissance. Obéissance à quoi ? Pas aux hommes mais à la loi ; et c’est
parce que le citoyen ne dépend que de la loi qu’il ne dépend plus des hommes.
Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Émile ou de l’éducation (1762), V :
« O Émile! où est l'homme de bien qui ne doit rien à son pays ? Quel qu'il soit, il lui
doit ce qu'il y a de plus précieux pour l'homme, la moralité de ses actions et l'amour de la
vertu. Né dans le fond d'un bois, il eût vécu plus heureux et plus libre ; mais n'ayant rien à
combattre pour suivre ses penchants, il eût été bon sans mérite, il n'eût point été vertueux,
et maintenant il sait l'être malgré ses passions. La seule apparence de l'ordre le porte à le
connaître, à l'aimer. Le bien public, qui ne sert que de prétexte aux autres, est pour lui seul
un motif réel. Il apprend à se combattre, à se vaincre, à sacrifier son intérêt à l'intérêt
commun. Il n'est pas vrai qu'il ne tire aucun profit des lois ; elles lui donnent le courage
d'être juste, même parmi les méchants. Il n'est pas vrai qu'elles ne l'ont pas rendu
libre, elles lui ont appris à régner sur lui. »
EXERCICE 6 : PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT
Peut-on dire qu'il n'y a pas de justice mais seulement des lois ?
Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Du Contrat Social (1762), I, 8:
« Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable, en
substituant dans sa conduite la justice à l'instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait
auparavant. C'est alors seulement que la voix du devoir succédant à l'impulsion physique et le droit à
l'appétit, l'homme, qui jusque-là n'avait regardé que lui-même, se voit forcé d'agir sur d'autres principes, et
de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants. Quoiqu'il se prive dans cet état de plusieurs avantages
qu'il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s'exercent et se développent, ses idées
s'étendent, ses sentiments s'ennoblissent, son âme tout entière s'élève à tel point que si les abus de cette
nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse
l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais, et qui, d'un animal stupide et borné, fit un être intelligent et
un homme. Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l'homme perd par le
contrat social, c'est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu'il peut atteindre ; ce
qu'il gagne, c'est la liberté civile 11 et la propriété de tout ce qu'il possède. Pour ne pas se tromper dans ces
compensations, il faut bien distinguer la liberté naturelle qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la
liberté civile qui est limitée par la volonté générale, et la possession qui n'est que l'effet de la force ou le droit
du premier occupant, de la propriété qui ne peut être fondée que sur un titre positif.
On pourrait sur ce qui précède ajouter à l'acquis de l'état civil la liberté morale, qui seule rend l'homme
vraiment maître de lui ; car l'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est
prescrite est liberté. Mais je n'en ai déjà que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot liberté
n'est pas ici de mon sujet. »
EXERCICE 7 PRÉPARATION POUR L'ÉPREUVE DU BACCALAURÉAT : Commenter la phrase soulignée.

11 Liberté civile selon ROUSSEAU : c’est la dépendance aux lois, mais qui ne prive pas le citoyen de sa liberté, parce qu’il ne dépend
d’aucun homme, mais de la loi seulement. Chez HOBBES, la loi étant l’expression non de la volonté générale mais de la volonté
particulière du souverain, le citoyen qui obéit à la loi obéit en fait au souverain : il n’est pas libre.

8/ ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir


DEUX PROPOSITIONS DE TROISIÈME PARTIE
2/ III. L’OBÉISSANCE NE CONTREDIT NI NE DIMINUE LA LIBERTÉ,
MAIS ELLE EST UN BESOIN DE L’ÂME HUMAINE AUSSI IMPORTANT QUE LE BESOIN DE LIBERTÉ.

2/ TRANSITION DU I ET II AU III :
UNE AUTRE FORMULATION DU PRÉSUPPOSÉ DU SUJET.
Quel présupposé (ou préjugé), dans le sujet « Obéir, est-ce renoncer à la liberté ? » ? Dans les parties I et
II, l’obéissance est jugée négativement. Ne peut-on envisager que l’obéissance puisse être positive,
c’est-à-dire qu’elle soit une valeur. Quelle est donc cette obéissance qui, distincte de la liberté, est une valeur
aussi haute que la liberté ? C’est l’obéissance comme « service »12.
Simone WEIL (1909-1943), L’enracinement ou Prélude à une déclaration des devoirs envers
l'être humain (1949), Première partie : Les besoins de l’âme – L'obéissance :
« L'obéissance est un besoin vital de l'âme humaine. Elle est de deux
espèces : obéissance à des règles établies et obéissance à des êtres
humains regardés comme des chefs. Elle suppose le consentement, non
pas à l'égard de chacun des ordres reçus, mais un consentement accordé
une fois pour toutes, sous la seule réserve, le cas échéant, des exigences
de la conscience. Il est nécessaire qu'il soit généralement reconnu, et
avant tout par les chefs, que le consentement et non pas la crainte
du châtiment ou l'appât de la récompense constitue en fait le
ressort principal de l'obéissance, de manière que la soumission
ne soit jamais suspecte de servilité. Il faut qu'il soit connu aussi que
ceux qui commandent obéissent de leur côté ; et il faut que toute la hiérarchie soit orientée vers un
but dont la valeur et même la grandeur soit sentie par tous, du plus haut au plus bas. L'obéissance
étant une nourriture nécessaire à l'âme, quiconque en est définitivement privé est malade. Ainsi toute
collectivité régie par un chef souverain qui n'est comptable à personne se trouve entre les mains d'un malade
(…). Mille signes montrent que les hommes de notre époque étaient depuis longtemps affamés
d'obéissance. Mais on en a profité pour leur donner l'esclavage. »
« Qui aurait pu se douter, à ce moment-là, qu’en vérité je
m’étais autant rapproché du moyeu de la grande roue
qu’un majordome pouvait le souhaiter ? je peux donc
supposer qu’à ce moment-là, tandis que je méditais sur
les événements de cette soirée –ceux qui avaient eu lieu
et ceux qui étaient encore en cours- ils me semblèrent
résumer tout ce que j’étais parvenu à réaliser jusqu’alors
dans ma vie. Je ne vois guère d’autres explications à ce
sentiment de triomphe qui m’exalta ce soir-là. » (Les
Vestiges du Jour de ISHIGURO)

12 Servir en latin signifie être esclave, vivre dans la servitude (le « serf » au moyen-âge, soumis au seigneur). On peut servir un
maître (c'est le domestique : voir les butlers anglais dans Les Vestiges du Jour de ISHIGURO...), mais aussi servir le Roi (le
chevalier, ou les mousquetaires d'Alexandre DUMAS), ou l’État (le fonctionnaire), ou Dieu (le prêtre) : ces trois occupations
(chevalerie, fonctionnariat, prêtrise) ne produisent pas de biens susceptibles d'être vendus ou achetés (comme l'artisan et
l'ouvrier), mais amènent une personne à vouloir une dépendance, à se consacrer à ce qui le dépasse (Roi, État, Dieu – avec
majuscule) : « La force au service du droit, c'est une formule du monde de chevalerie, tout de dépendance », écrit l'historien
Alphonse DUPRONT dans Le Mythe de Croisade. Aux antipodes du discours sur la dignité de la personne et son indépendance,
est ici rappelée la possibilité d'envisager la valeur de la dépendance, du service, du dévouement à une instance plus élevée que la
personne : à une cause (au sens moral) dans laquelle la personne s'engage totalement (la Résistance ou la Révolution par
exemple). Le dévouement à une telle cause, littéralement, consacre, c'est-à-dire rend sacré. Le sens du service, c'est un sens du
sacrifice (sacri-fice : fice en latin vient de « faire ») : voir par exemple Iphigénie. Les Chevaliers de Saint-Lazare se sont dévoués
au service des lépreux (comme le saint légendaire Julien l'Hospitalier, qui a réchauffé un lépreux en le couvrant de son propre
corps). Il n'est pas sûr que le « sens du service client », promu dans le « managerat », consacre ainsi l'employé.

8/ ÉTAT – LIBERTÉ – Bonheur – Conscience – Désir

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