© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Fractions rationnelles
Dans tout ce chapitre, 𝕂 désigne les corps ℝ ou ℂ.
1 Corps des fractions rationnelles
Définition 1.1 Fraction rationnelle
P
On appelle fraction rationnelle à coefficients dans 𝕂 toute fraction F de la forme où P, Q ∈ 𝕂[X] et Q ≠ 0. On dit
Q
que le couple (P, Q) est un représentant de la fraction rationnelle F. On convient que deux couples (P1 , Q1 ) et (P2 , Q2 )
représentent la même fraction rationnelle si P1 Q2 = P2 Q1 .
On appelle 𝕂(X) l’ensemble des fractions rationnelles à coefficients dans 𝕂.
Remarque. On appelle représentant irréductible de F tout représentant (P, Q) de F tel que P ∧ Q = 1.
Définition 1.2 Opérations sur 𝕂(X)
P R
Soient F = et G = deux éléments de 𝕂(X) et λ ∈ 𝕂.
Q S
PS + RQ
Addition On pose F + G = .
QS
PR
Multiplication On pose FG = .
QS
λ.P
Multiplication par un scalaire On pose λ.F = .
Q
P(G)
Composition Si G n’est pas constante, on pose F ∘ G = .
Q(G)
Remarque. Chacune des expressions intervenant dans la définition des différentes opérations est indépendante des représen-
tants des fractions rationnelles choisies.
Proposition 1.1 Structure de corps et de 𝕂-espace vectoriel
(𝕂(X), +, ×) est un corps admettant 𝕂[X] comme sous-anneau.
(𝕂(X), +, .) est 𝕂-espace vectoriel admettant 𝕂[X] comme sous-espace vectoriel.
Remarque. 𝕂(X) est appelé le corps des fractions de l’anneau 𝕂[X].
(𝕂(X), +, ., ×) est également une 𝕂-algèbre.
Définition 1.3 Degré d’une fraction rationnelle
P
Soit F = ∈ 𝕂(X). Le degré de F, noté deg F, est défini par :
Q
deg F = deg P − deg Q
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Remarque. Le degré de F est bien défini car deg Q ≠ −∞ et car il est indépendant du représentant choisi.
Proposition 1.2 Degré et opérations
Soient (F, G) ∈ 𝕂(X)2 et (λ, μ) ∈ 𝕂2 .
(i) deg(λF + μG) ≤ max(deg F, deg G).
(ii) deg(FG) = deg F + deg G.
Attention ! Contrairement aux polynômes, une fraction rationnelle de degré nul n’est pas forcément constante.
1 X+1
En général, deg(F ∘ G) ≠ deg F × deg G contrairement aux polynômes. Par exemple, pour F = et G = , on
X−1 X
a deg F = −1 et deg G = 0. Par contre F ∘ G = X et donc deg(F ∘ G) = 1 ≠ deg F × deg G.
Définition 1.4 Conjugaison
P P
Soit F = ∈ 𝕂(X). On appelle fraction rationnelle conjuguée de F la fraction rationnelle F = .
Q Q
Remarque. La définition est encore indépendante du représentant choisi.
Remarque. En particulier, F ∈ ℝ(X) si et seulement si F = F.
Proposition 1.3
Soient (F, G ∈)ℂ(X)2 et (λ, μ) ∈ ℂ2 . Alors
λF + μG = λ F + μ G FG = F G
En particulier, si λ, μ ∈ ℝ, λF + μG = λF + μG.
Définition 1.5 Dérivée
P P′ Q − PQ′
Soit F = ∈ 𝕂(X). On pose F ′ = .
Q Q2
′
On peut alors définir les dérivées successives de F en posant F (𝑛+1) = (F (𝑛) ) pour tout 𝑛 ∈ ℕ.
Remarque. A nouveau, cette définition est indépendante du représentant choisi.
X+1 ′ 1
Attention ! En général, deg F ′ ≠ deg F − 1. Par exemple, si F = deg , F = − 2 . On a donc deg F = 0 et
X X
deg F = −2.
Proposition 1.4 Linéarité de la dérivation
Soient (F, G) ∈ 𝕂(X)2 et (λ, μ) ∈ 𝕂2 . Alors (λF + μG)′ = λF ′ + μG′ .
Pour tout 𝑛 ∈ ℕ, (λF + μG)(𝑛) = λF (𝑛) + μG(𝑛) .
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Proposition 1.5 Dérivée d’un produit
Soit (F, G) ∈ 𝕂(X)2 . Alors (FG)′ = F ′ G + FG′ .
𝑛
𝑛
Pour tout 𝑛 ∈ ℕ, (FG)(𝑛) = ∑ ( )F (𝑘) G(𝑛−𝑘) .
𝑘=0
𝑘
2 Fonctions rationnelles, zéros et pôles
Définition 2.1 Zéros et pôles d’une fraction rationnelle
P
Soient F = ∈ 𝕂(X) une fraction irréductible, 𝑎 ∈ 𝕂 et 𝑟 ∈ ℕ.
Q
(i) On dit que 𝑎 est un zéro de F (de multiplicité 𝑟) si 𝑎 est une racine de P (de multiplicité 𝑟).
(ii) On dit que 𝑎 est un pôle de F (de multiplicité 𝑟) si 𝑎 est une racine de Q (de multiplicité 𝑟).
P
Remarque. Comme on a imposé à la fraction d’être irréductible, l’ensemble des zéros de F et l’ensemble des pôles de F
Q
sont disjoints.
Proposition 2.1
Soient F ∈ 𝕂(X) paire ou impaire et 𝑎 ∈ 𝕂.
Alors 𝑎 est un zéro (resp. un pôle) de F de multiplicité 𝑟 si et seulement si −𝑎 est un zéro (resp. un pôle) de F de multiplicité
𝑟.
Proposition 2.2
Soient F ∈ ℂ(X) et 𝑎 ∈ ℂ.
Alors 𝑎 est un zéro (resp. un pôle) de F de multiplicité 𝑟 si et seulement si 𝑎 est un zéro (resp. un pôle) de F de multiplicité
𝑟.
En particulier, si F ∈ ℝ(X) les zéros (resp. les pôles) non réels de F sont conjugués deux à deux et deux zéros (resp. deux
pôles) de F conjugués ont même multiplicité.
Définition 2.2 Fonction rationnelle
P P(𝑥)
Soit F une fraction rationnelle de forme irréductible . Pour 𝑥 ∈ 𝕂 qui n’est pas un pôle de F, on pose F(𝑥) =
Q Q(𝑥)
(cela ne dépend pas du représentant irréductible de F choisi).
𝕂 ⟶ 𝕂
La fonction F̃ ∶ { est appelée fonction rationnelle associée à la fraction rationnelle F.
𝑥 ⟼ F(𝑥)
Elle est définie sur 𝕂 privé de l’ensemble des racines de Q.
P
Remarque. On a imposé à la fraction d’être irréductible afin que la fonction rationnelle ne dépende pas du couple (P, Q)
Q
X + 1 (X + 2)(X + 1)
choisi et que F̃ soit définie sur le plus grand ensemble possible. En effet, et représentent la même fraction
X − 3 (X + 2)(X − 3)
𝑥+1 (𝑥 + 2)(𝑥 + 1)
rationnelle mais 𝑥 ↦ est définie sur ℝ ⧵ {3} tandis que 𝑥 ↦ est définie sur ℝ ⧵ {3, −2}.
𝑥−3 (𝑥 + 2)(𝑥 − 3)
Remarque. Soient F, G ∈ 𝕂(X). Si F̃ et G̃ coïncident sur une partie infinie de 𝕂, alors F = G.
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3 Décomposition en éléments simples
Proposition 3.1 Partie entière
Soit F ∈ 𝕂(X). Il existe un unique polynôme E ∈ 𝕂[X] et une unique fraction rationnelle N ∈ 𝕂(X) de degré strictement
négatif tels que F = E + N. Le polynôme E s’appelle la partie entière de la fraction rationnelle F.
P
Remarque. Si F = , la partie entière de F est le quotient de la division euclidienne de P par Q.
Q
Si deg P < deg Q, la partie entière est nulle.
Proposition 3.2 Partie polaire
Soit F ∈ 𝕂(X) admettant 𝑎 ∈ ℂ pour pôle de multiplicité 𝑟 ∈ ℕ∗ . Alors il existe un unique couple (G, R) ∈ 𝕂(X) × 𝕂[X]
tel que :
R
(i) F = G + ;
(X − 𝑎)𝑟
(ii) 𝑎 n’est pas pôle de G ;
(iii) deg R < 𝑟.
R
La fraction rationnelle est alors appelée la partie polaire de F relative au pôle 𝑎.
(X − 𝑎)𝑟
Remarque. Les pôles de G sont alors les pôles de F autres que 𝑎 avec même multiplicité que ceux de F.
Proposition 3.3 Décomposition en éléments simples d’une partie polaire
Soient 𝑟 ∈ ℕ∗ , 𝑎 ∈ 𝕂 et R ∈ 𝕂𝑟−1 [X]. Alors il existe un unique 𝑛-uplet (λ1 , … λ𝑟 ) ∈ 𝕂𝑟 tel que
𝑟
R λ𝑘
𝑟
=∑
(X − 𝑎) 𝑘=1
(X − 𝑎)𝑘
Théorème 3.1
Toute fraction rationnelle de ℂ(X) est la somme de sa partie entière et de ses parties polaires.
Corollaire 3.1 Décomposition en éléments simples dans ℂ(X)
Soit F ∈ ℂ(X) admettant pour pôles 𝑎1 , … , 𝑎𝑛 de multiplicités respectives 𝑟1 , … , 𝑟𝑛 . Alors
𝑛 𝑟𝑖
λ𝑖,𝑗
F=E+∑∑
𝑖=1 𝑗=1
(X − 𝑎𝑖 )𝑗
avec E ∈ ℂ[X] et λ𝑖,𝑗 ∈ ℂ.
Cette écriture est unique.
𝑟𝑖
λ𝑖,𝑗
Remarque. E est la partie entière de F et pour tout 𝑖 ∈ J1, 𝑛K, ∑ est la partie polaire de F relative au pôle 𝑎𝑖 .
𝑗=1
(X − 𝑎𝑖 )𝑗
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Proposition 3.4
Soit P ∈ ℂ[X]. On sait que P est scindé sur ℂ. Notons (𝑎𝑖 )1≤𝑖≤𝑛 les racines de P et (𝑟𝑖 )1≤𝑖≤𝑛 leurs multiplicités respectives.
P′
Alors la décomposition de est :
P 𝑛
P′ 𝑟𝑖
=∑
P 𝑖=1
X − 𝑎𝑖
P′ 𝑓′
Remarque. s’appelle la dérivée logarithmique de P. En effet, pour une fonction 𝑓 strictement positive, (ln ∘𝑓)′ = . Le
P 𝑓
logarithme d’un polynôme n’est pas défini mais, d’un point de vue formel, si
𝑛
P = λ ∏(X − 𝑎𝑖 )𝑟𝑖
𝑖=1
alors 𝑛
ln(P) = ln λ + ∑ 𝑟𝑖 ln(X − 𝑎𝑖 )
𝑖=1
et en dérivant 𝑛
P′ 𝑟𝑖
=∑
P 𝑖=1
X − 𝑎𝑖
Attention, ce qui précède n’est pas du tout rigoureux ! C’est seulement un moyen de retrouver l’exemple précédent.
Corollaire 3.2 Décomposition en éléments simples dans ℝ(X)
P
Soit F = ∈ ℝ(X) une fraction irréductible. Si la décomposition en facteurs irréductibles de Q est
Q
𝑚 𝑛
Q = λ ∏(X − 𝑎𝑖 )𝑟𝑖 ∏(X2 + 𝑏𝑗 X + 𝑐𝑗 )𝑠𝑗
𝑖=1 𝑗=1
alors 𝑠𝑗
𝑚 𝑟𝑖 𝑛
λ𝑖,𝑗 μ𝑗,𝑙 X + ν𝑗,𝑙
F=E+∑∑ +∑∑
𝑖=1 𝑘=1
(X − 𝑎𝑖 )𝑗 𝑗=1 𝑙=1
(X2 + 𝑏𝑗 X + 𝑐𝑗 )𝑙
avec E ∈ ℝ[X], λ𝑖,𝑙 ∈ ℝ, μ𝑗,𝑙 ∈ ℝ, ν𝑗,𝑙 ∈ ℝ.
Cette écriture est unique.
P
Remarque. De manière plus générale, si F = ∈ 𝕂(X) est une fraction irréductible et si la décomposition en facteurs
Q
irréductibles de Q est
𝑛
α
Q = λ ∏ R𝑖 𝑖
𝑖=1
Alors la décomposition en éléments simples de F est
𝑛 α𝑖
P𝑖,𝑗
F=E+∑∑ 𝑗
𝑖=1 𝑗=1 R𝑖
où (P𝑖,𝑗 ) 1≤𝑖≤𝑛 est une famille de polynômes de 𝕂[X] telle que deg P𝑖,𝑗 < deg R𝑖 pour tout couple (𝑖, 𝑗) tel que 1 ≤ 𝑖 ≤ 𝑛 et
1≤𝑗≤α𝑖
1 ≤ 𝑗 ≤ α𝑖 .
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4 Calcul d’une décomposition en éléments simples
Méthode Calcul d’une décomposition en éléments simples sur ℂ
P
• On met la fraction rationnelle F sous forme irréductible .
Q
• On détermine la partie entière de F grâce à une division euclidienne.
• On factorise le dénominateur Q afin de déterminer les pôles et leur multiplicité.
• On écrit la décomposition en éléments simples de F à l’aide de coefficients inconnus.
Il s’agit alors de déterminer les coefficients inconnus intervenant dans les différentes parties polaires. Le programme stipule
que vous devez savoir décomposer les parties polaires d’une fraction rationnelle relativement à un pôle de multiplicité 1 ou 2.
Méthode Calcul de la partie polaire : cas d’un pôle simple
P
La première chose à faire est de mettre sous forme irréductible F = si ce n’est pas déjà le cas.
Q
λ1
On a F = + F0 où F0 n’admet pas 𝑎 pour pôle.
X−𝑎
On a deux méthodes pour le calcul de λ1 .
• On simplifie (X − 𝑎)F et on évalue en 𝑎, ce qui nous donne λ1 .
P(𝑎)
• On utilise la formule λ1 = .
Q′ (𝑎)
Exercice 4.1
X3 + 2
Décomposer en éléments simples .
X2 − X
Exercice 4.2
1
Décomposer en éléments simples .
X𝑛 − 1
Méthode Calcul de la partie polaire : cas d’un pôle double
P
La première chose à faire est de mettre sous forme irréductible F = si ce n’est pas déjà le cas.
Q
λ1 λ2
On a F = + + F0 où F0 n’admet pas 𝑎 pour pôle.
X − 𝑎 (X − 𝑎)2
Calcul de λ2 On simplifie (X − 𝑎)2 F et on évalue en 𝑎 ce qui nous donne λ2 .
Calcul de λ1 On a deux possibilités :
λ2
• G = F− est une fraction rationnelle admettant 𝑎 pour pôle simple. On est alors ramené à la méthode
(X − 𝑎)2
précédente (attention : il faudra mettre G sous forme irréductible).
′
• On évalue [(X − 𝑎)2 F] en 𝑎, ce qui nous donne λ1 .
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Remarque. Pour le calcul de λ1 , on n’utilise que rarement la méthode décrite ci-dessus. On préfère utiliser les méthodes
décrites ci-après.
Exercice 4.3
X5 + 1
Calculer les parties polaires relatives aux différents pôles de .
X(X − 1)2
Méthode Cas d’une fraction à coefficients réels
Si F ∈ ℝ(X), alors F = F. Si 𝑎 est un pôle non réel de F, alors 𝑎 est un pôle de même multiplicité. Les coefficients
de la partie polaire relative à 𝑎 sont les conjugués des coefficients de la partie polaire relative à 𝑎. On peut de manière
équivalente identifier les décompositions en éléments simples de F = F.
Exercice 4.4
1
Décomposer en éléments simples .
X2 +X+1
Méthode Cas d’une fraction paire ou impaire
Il suffit d’écrire formellement la décomposition en éléments simples de F(X) et d’en déduire celle de F(−X). La parité de
F donne des relations entre les coefficients de la décomposition en éléments simples.
Exercice 4.5
4
Décomposer en éléments simples .
(X2 − 1)2
Méthode Cas d’une fraction de degré strictement négatif
1
Si deg F < 0, on peut déterminer lim 𝑥F(𝑥) pour en tirer des relations entre les coefficients des termes en .
𝑥→+∞ X−𝑎
Exercice 4.6
4X3
Décomposer en éléments simples .
(X2 − 1)2
Méthode Substituer des valeurs particulières à X
S’il ne reste plus que quelques coefficients à calculer, plutôt que de chercher à finasser, il peut-être plus simple de substituer
à X quelques valeurs simples (typiquement 0 s’il n’est pas pôle).
Exercice 4.7
X4 + 1
Décomposer en éléments simples sur ℂ.
(X + 1)2 (X2 + 1)
Les mêmes méthodes s’appliquent mutatis mutandis à la décomposition en éléments simples sur ℝ.
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Exercice 4.8
1
Décomposer en éléments simples sur ℝ.
X(X2 + 1)2
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