Fao 2017
Fao 2017
ORGANIQUE
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DUuneSOL
richesse
invisible
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CARBONE
ORGANIQUE
DU SOL
une richesse
invisible
AUTEURS
Lefèvre Clara
Rekik Fatma
Alcantara Viridiana
Wiese Liesl
EDITEURS
Wiese Liesl
Alcantara Viridiana
Baritz Rainer
Vargas Ronald
RÉVISION
Federici Sandro
Taboada Miguel
Cuevas Rosa
Montanarella Luca
TRADUCTION FRANÇAISE
Lefèvre Clara
Ciparisse Gérard
Verbeke Isabelle
Citation recommandée:
FAO 2017. Carbone Organique du Sol: une richesse invisible.
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome, Italie.
Les opinions exprimées dans ce produit d’information sont celles du/des auteur(s) et
ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques de la FAO.
ISBN 978-92-5-209681-8
© FAO, 2017
Les produits d’information de la FAO sont disponibles sur le site web de la FAO (www.
fao.org/publications) et peuvent être achetés par courriel adressé à
[email protected]
Cette publication a été imprimée après sélection de produits et procédés assurant un impact
environnemental minimal et promouvant la gestion durable des forêts.
Résumé analytiqueVI
RemerciementsVIII
AcronymesIX
1 · Qu’est-ce que le COS ?1
1.1 · COS: une part spéciale du cycle du carbone global1
1.2 · COS: un élément de la MOS3
1.3 · Le sol: une source et un puits de GES à base de carbone5
1.3.1 · Le dioxyde de carbone6
1.3.2 · Le méthane6
1.4 · La séquestration du carbone 7
2 · Rôle du COS dans le bien-être humain 10
2.1 · Atteindre les objectifs pour le développement durable11
2.2 · COS et biodiversité12
2.2.1 · Importance de la biodiversité du sol 12
2.2.2 · Perte de biodiversité du sol13
2.3 · COS, production alimentaire et approvisionnement en eau14
2.3.1 · Fertilité du sol et production alimentaire14
2.3.2 · Influence du COS sur la capacité de rétention d’eau et de la
porosité du sol14
2.4 · Effets du changement climatique sur le COS15
2.4.1 · Effets de l’augmentation de la température et de
l’augmentation des précipitations sur les stocks de COS16
2.4.2 · Effets de l’augmentation de la concentration en CO2 dans
l’atmosphère17
2.4.3 · Incertitudes quant aux réponses du COS au changement
climatique17
2.5 · Importance du COS dans le contexte international de l’atténuation et de
l’adaptation au changement climatique20
3 · Quels sont les stocks mondiaux de COS 22
3.1 · Les stocks actuels de COS 23
3.2 · Points stratégiques et points d’importance pour le COS: zones majeures à
considérer25
3.2.1 · Les sols noirs25
3.2.2 · Permafrost25
3.2.3 · Les tourbières27
3.2.4 · Prairies28
3.2.5 · Sols de forêts29
3.2.6 · Zones arides30
4 · Mesurer, compter, rendre compte et vérifier le COS32
4.1 · Mesure, rapport et vérification (MRV)33
4.1.1 · Qu’est-ce que la MRV et quelle est son utilisation ?33
4.1.2 · Conseils pour le rapport du COS dans les inventaires de GES34
III
4.1.2.1 · Utilisation d’une matrice d’utilisation et de changement
d’utilisation du territoire34
4.1.2.2 · Calculs différents pour différents types de sols35
4.1.2.3 · Différents niveaux d’information: utilisation des niveaux de
méthodologie36
4.2 · Mesurer et contrôler le COS38
4.2.1 · Mesurer le COS38
4.2.1.1 · Méthodes de mesure du contenu en COS38
4.2.1.2 · Calcul des stocks de COS39
4.2.1.3 · Eléments importants à prendre en compte dans le calcul des
stocks de COS.40
4.2.1.4 · Extrapoler les données de COS41
4.2.1.5 · Suivre les variations du stock de SOC dans le temps 42
4.2.1.6 · Réseaux de surveillance des sols (RSS)42
4.2.2 · Difficultés dans la mesure et le contrôle du COS43
4.2.3 · Vérification des estimations du stock de COS44
5 · Gestion du COS 46
5.1 · Gestion du COS pour une production alimentaire durable47
5.2 · Gestion du COS pour limiter et atténuer le changement climatique48
5.3 · Défis de la séquestration du COS51
5.3.1 · Obstacles à l’adoption de mesures visant à l’adaptation au
changement climatique et à l’atténuation de ses effets51
5.3.1.1 · Obstacles financiers51
5.3.1.2 · Obstacles techniques et logistiques52
5.3.1.3 · Obstacles institutionnels52
5.3.1.4 · Barrières de connaissances53
5.3.1.5 · Barrières en termes de ressources54
5.3.1.6 · Barrières socio-culturelles54
5.3.2 · Facteurs non humains limitant la séquestration du COS: facteurs
abiotiques55
6 · Et la suite ? Points à examiner58
Références60
Annexes73
Annexe 1 : Méthodes principales pour déterminer la teneur en COS73
Annexe 2 : Exemples de systèmes actuels de suivi du COS (non exhaustif)75
TABLEAUX
Tableau 1 · Vue d’ensemble des principaux organismes du sol en fonction de leur taille.12
Tableau 2 · Fonctions du sol liées au cycle de l’eau et aux services écosystémiques.15
Tableau 3 · Revue des estimations de stocks de COS globaux.24
Tableau 4 · Estimations récentes des stocks de COS dans la région de permafrost.26
Tableau 5 · Exemple d’une matrice de conversion simplifiée d’utilisation du territoire.35
Tableau 6 · Différents niveaux pour le suivi du COS.37
Tableau 7 · Vue d’ensemble des principales méthodes d’extrapolation pour la
comptabilisation du COS.41
FIGURES
V
RÉSUMÉ ANALYTIQUE
Une fois intégré au sol sous forme de matériel organique provenant de la faune et de
la flore du sol, le carbone persiste dans le sol pendant des dizaines, des centaines voire
même des milliers d’années. Finalement, le COS peut être perdu sous la forme de
dioxyde de carbone (CO2) ou de méthane (CH4) émis dans l’atmosphère, érodé, ou sous
la forme de carbone organique dissous (COD), lessivé vers les rivières ou les océans.
Les dynamiques de ces processus soulignent l’importance de quantifier les flux globaux
de carbone pour assurer les avantages maximum que peuvent produire le COS pour
le bien-être des populations, la production alimentaire, ainsi que pour la régulation de
l’eau et du climat.
Globalement, les stocks de COS sont estimés à environ 1 500 PgC pour le premier
mètre de sol, même si leur distribution est spatialement et temporellement variable. Les
aires d’importance de COS, respectivement celles où le taux de COS est élevé (comme
les tourbières ou sols noirs) ou les larges surfaces à faible taux de COS (comme les
terres arides) constituent des zones majeures de préoccupation.
VI CARBONE ORGANIQUE DU SOL une richesse invisible
Avec le changement climatique et une mauvaise gestion, ces régions sont susceptibles
de devenir des sources nettes d’émissions de GES. Cependant, si elles sont gérées de
manière durable, elles ont le potentiel de séquestrer de grandes quantités de carbone dans
leurs sols, contribuant ainsi à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique.
Cette publication vise à fournir une vue d’ensemble des principaux faits scientifiques
et informations concernant les connaissances actuelles et les lacunes de connaissances
sur le COS, pour les preneurs de décision et praticiens. Elle éclaire sur la manière dont
une meilleure information et de bonnes pratiques peuvent être mises en place pour
soutenir la lutte contre la faim, l’adaptation et l’atténuation du changement climatique
et atteindre un développement global durable.
VII
REMERCIEMENTS
©FAO/Giulio Napolitano
1 1 PgC = un milliard de tonnes de carbone = 3.7 milliard de tonnes de CO2 = 1GtC (gigatonnes de carbone)
IX
1 · QU’EST-CE QUE LE COS ?
FAO/Vasily Maksimov
Le grand cycle du carbone, dans lequel entre le carbone organique du sol (COS), prend
en compte le cycle du carbone dans le sol, mais aussi dans la végétation, l’océan et
l’atmosphère (Figure 1). On estime le contenu de COS à environ 1 500 PgC entre 0
et 1 mètre de profondeur. Cela représente plus de carbone que ce qui est actuellement
contenu dans l’atmosphère (environ 800 PgC) et dans la végétation terrestre (500
PgC) réunis (FAO et ITPS, 2015) (Voir section 3.1 pour plus d’informations sur les
réserves de COS). Cette quantité phénoménale de COS n’est pas statique, mais évolue
en permanence au travers de cycles entre les différentes réserves de carbone, sous des
formes moléculaires diverses (Kane, 2015).
Le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4) sont les principaux gaz atmosphériques
contenant du carbone. Dans le sol, les organismes autotrophes (principalement les
plantes), ainsi que les microbes photo- et chémi-autotrophes synthétisent du CO2
provenant de l’atmosphère et produisent ainsi du matériel organique. Le matériel
organique mort (principalement sous forme de résidus de plantes ou exsudats) est
incorporé au sol par le biais de la faune du sol. Au travers de la transformation du
matériel organique par les microorganismes hétérotrophes, du carbone supplémentaire
est intégré au sol. Ce processus de transformation du matériel organique résulte en
une mixture biogéochimique complexe de composés de la litière des végétaux et de
produits de la décomposition microbienne à différents degrés de décomposition (Von
Lützow et al., 2006; Paul, 2014). Ces produits peuvent être associés aux minéraux du
sol ou bloqués au sein d’agrégats, permettant ainsi la persistance du COS dans le sol
pendant des dizaines, des centaines, voire des milliers d’années (Schmidt et al., 2011).
Lorsque la matière organique du sol (MOS) est décomposée (ou minéralisée) par les
microorganismes, du CO2 est émis en retour dans l’atmosphère. Les exsudats racinaires
tels que l’acide oxalique, qui libère des composés organiques à partir d’associations
minérales protectrices peuvent aussi entrainer des pertes de carbone (Keiluweit et al.,
2015). Finalement, une partie du carbone du sol est aussi exportée vers les rivières et
océans sous la forme de carbone organique dissous (COD) ou dans le matériel d’érosion.
En principe, la quantité de COS stockée dans un sol donné dépend d’un équilibre
entre la quantité de C qui entre dans le sol et celle qui en sort, comme résultat de la
minéralisation microbienne et, dans de moindres proportions, celle qui est lessivée sous
forme de COD. A l’échelle locale, du paysage ou de la région, l’érosion ou des dépôts
sur le sol peuvent aussi entraîner un gain ou une perte de C, amenant une redistribution
du C dans le sol. La quantité de COS stocké est donc principalement contrôlée par la
gestion de la quantité et du type de résidus organiques qui entrent dans le sol (c’est-à-
dire les apports de C organique dans le système sol) et par la minimisation des pertes du
C du sol (FAO et ITPS, 2015).
PHOTOSYNTHÈSE
EMISSIONS
RESPIRATION
DU SOL
CO2 + CH4
QU
NIIQ
GGAAN UEE
O RR
EE O
EXPORT
EXPORT
RR PAR
PAR ÉROSION
TTIIÈÈ
ÉROSION
A
A
LAA M
M
A TIO
ION
N DEE L
D
MIIN
M LIS
NÉÉRRAALIS AT
COS
EXPORT
EXPORT
VERS
VERS LES
LES
OCÉAN
COURS
COURS D’EAU
D’EAU
ET
ET OCÉANS
OCÉANS SOUS
SOUS
FORME
FORME DE
DE COD
COD
Il est nécessaire de quantifier les flux de carbone globaux pour clarifier, entre autres, si
les écosystèmes terrestres fixent plus de CO2 atmosphérique par photosynthèse qu’ils
n’en dégagent vers l’atmosphère par respiration. D’une part, le budget de carbone global
est déterminé par la concentration en CO2 atmosphérique et l’assimilation de CO2 par
les océans et les terres et d’autre part, par les émissions dérivées des émissions d’énergie
fossile, de l’utilisation et du changement d’utilisation du territoire. L’estimation la plus
récente des niveaux de C a indiqué qu’entre 2006 et 2015, les flux allant des terres vers
l’atmosphère étaient deux fois supérieurs à la somme des réserves présentes dans les
océans et les terres, avec 90 pour cent de ces émissions issues de carburants fossiles et de
l’industrie (Le Quéré et al., 2016). Entre 1750 et 2011, un tiers des émissions de gaz à effet
de serre (GES) anthropogéniques avaient pour origine les changements d’utilisation
du territoire (GIEC, 2014). Depuis la dernière période glaciaire, les niveaux de CO2
atmosphériques ont augmenté d’environ 180 à 280 ppm, ajoutant environ 220 ppm PgC
à l’atmosphère sur une période de 10 000 ans, soit une augmentation d’environ 4.4 PgC/
an (Baldocchi et al., 2016).
Les récentes recherches sur la dynamique du carbone du sol et son influence sur le cycle
du carbone global ont permis l’amélioration des connaissances liées 1) à l’importance
de l’accessibilité du COS, qui à petite échelle permet le renouvellement du C par les
microbes à une profondeur de plus de 20 cm (Trumbore et Czimczik, 2008; Schimel et
Schaeffer, 2012; Vogel et al., 2014), 2) aux relations entre les communautés microbiennes,
la dynamique et les propriétés inhérentes au sol dans le cycle du carbone et les autres
cycles biogéochimiques (Trumbore et Czimczik, 2008; Gärdenäs et al., 2011) et 3) à
l’influence de la diversité des végétaux dans l’augmentation de l’activité microbienne et
le stockage de C dans le sol (Lange et al., 2015).
La matière organique du sol (MOS) décrit les constituants organiques du sol à différents
états de décomposition, comme les tissus provenant de végétaux ou d’animaux morts,
d’une taille de moins de 2 mm, et organismes du sol. La MOS joue un rôle critique
dans la stabilisation de la structure du sol, la rétention et la libération de nutriments
pour les végétaux et le maintien de la capacité de rétention des sols. Elle est ainsi un
indicateur clé de la productivité agricole, mais aussi de la résilience environnementale.
Le renouvellement de la MOS influence le fonctionnement des écosystèmes et le
réchauffement climatique (voir aussi section 2.1). La décomposition de la MOS libère
des nutriments minéraux. Ces derniers deviennent disponibles et permettent ainsi la
1 · Qu’est-ce que le COS ? 3
croissance des végétaux (Van der Wal et de Boer, 2017). Une meilleure croissance
des végétaux et une plus grande productivité contribuent ainsi à assurer la sécurité
alimentaire.
Différents réservoirs de MOS peuvent être identifiés en fonction du temps nécessaire à
sa pleine décomposition et au temps de permanence de ses produits dans le sol (temps
de renouvellement) (Gougoulias et al., 2014):
Une longue période pour le renouvellement des composés du sol ne peut pas seulement
s’expliquer par la présence de conditions d’anaérobie, comme dans les tourbières. Elle
peut aussi être due à l’incorporation d’éléments de la MOS au sein d’agrégats reliant
la matière organique aux surfaces minérales protectrices, à la déconnection spatiale
entre la MOS et les décomposeurs et les propriétés biochimiques intrinsèques de la
MOS. Les micro agrégats sont considérés comme responsables de la stabilisation des
réservoirs passifs (agents stabilisateurs permanents), alors que les macro agrégats
et les mottes de terre entourant les petits agrégats (Degens, 1997) sont considérés
comme des agents stabilisateurs transitoires (Tisdall et Oades, 1982; Dexter, 1988).
La stabilisation physique et chimique de la MOS empêche, à différents degrés, la
décomposition microbienne (du fait d’une mobilité restreinte et de l’accès des microbes
à la matière organique), ainsi que la diffusion de l’eau, des enzymes et du dioxygène. La
stabilisation nécessite une grande diversité d’enzymes microbiennes pour dégrader les
macromolécules insolubles que peut comporter la MOS (Van der Wal et de Boer, 2017).
Un réservoir lent additionnel de COS qui est présent dans de nombreux écosystèmes
est le COS pyrogénique, formé à partir de biomasse partiellement carbonisée (pyrolysée
par exemple) durant des feux sauvages (Schmidt et Noack, 2000). Une portion de ce
matériel (souvent désigné comme carbone pyrogénique ou carbone noir) a une structure
chimique aromatique hautement condensée qui résiste à la dégradation microbienne et
donc persiste dans le sol sur de longues périodes (Lehmann et al., 2015).
La proportion de COS labile sur le total de COS, plutôt que le réservoir total de SOC
en tant que tel influence la séquestration du COS et la santé du sol (Blair et al., 1995). Il
a été montré que la fraction labile de carbone est un indicateur de propriétés chimiques
et physiques clés du sol. Par exemple, cette fraction est le premier facteur contrôlant la
décomposition des agrégats dans les Ferrosols (argiles rouges ne se fissurant pas). Elle
a été mesurée en déterminant le pourcentage d’agrégats mesurant moins de 0.125 mm
dans la croute de surface après une pluie simulée en laboratoire (Bell et al., 1998, 1999).
La fraction résistante ou stable de COS contribue principalement à la capacité du sol
à retenir les nutriments (capacité d’échange cationique). Cette fraction de carbone
organique se décomposant très lentement, elle est intéressante pour la séquestration du
COS à long terme.
Le sol peut être une arme à double tranchant lorsqu’on s’intéresse aux flux de carbone.
Les impacts humains sur les sols peuvent en faire des sources ou des puits nets de GES.
En tant que source, les sols émettent des GES vers l’atmosphère d’où ils piègent les
radiations thermiques, augmentant ainsi l’effet de serre et contribuant au réchauffe-
ment global. Les GES à base de carbone émis par le sol sont le CO2 et le CH4. Ce sont
les deux principaux GES dont l’émission est anthropogénique (GIEC, 2014). L’oxyde
nitreux (N2O) est un autre GES pour lequel les émissions sont devenues de plus en plus
anthropogéniques, à cause notamment des sols agricoles et des installations d’élevage.
Il est important de prendre en compte ces trois gaz dans le bilan en CO2 du sol puisque
les mécanismes entraînant l’émission de ces gaz et les cycles écosystémiques sont in-
terconnectés (carbone-azote, mécanismes aérobie-anaérobie). L’impact potentiel sur le
climat de ces gaz diffère en fonction de leurs efficacités relatives à être un puissant gaz
à effet de serre, c’est-à-dire leur potentiel de réchauffement global (PRG). Le CO2 est
considéré comme ayant un PRG de 1, suivi par le CH4, avec un PRG égal à 28 sur une
échelle de 100 ans et le N2O possédant le PRG sur 100 ans le plus élevé, équivalent à
265 (GIEC, 2014).
Dans les sols, il y a émission de CO2 vers l’atmosphère lorsque des résidus organiques ou
MOS sont oxydés. La respiration du sol désigne le flux de CO2 respiré par la faune du
sol ou par les racines souterraines du sol rejeté vers l’atmosphère et représente le second
plus grand flux de carbone terrestre (Raich et Potter, 1995). La respiration du sol varie
en fonction des saisons puisqu’elle est contrôlée par des facteurs environnementaux
comme la température, l’humidité, le contenu en nutriments du sol et la concentration
en dioxygène. L’effet du changement climatique (en particulier l’augmentation de
température et la modification des régimes de précipitations) sur la respiration du sol
est développé dans la section 2.3.1.
1.3.2 · LE MÉTHANE
Sur la base de son PRG, le méthane (CH4) est un GES 28 fois plus puissant que le
CO2 (GIEC, 2007). Le CH4 est émis par les sols au travers d’un mécanisme appelé
la méthanogénèse qui apparait lorsque la matière organique est décomposée en milieu
d’anaérobie (dépourvu de dioxygène). Dans de tels environnements, les méthanogènes,
la forme de bactérie principale produisant du méthane, utilisent le CO2, en plus de la
fermentation de l’acétate, à la place du dioxygène comme récepteur final d’électrons
des activités métaboliques. Le CH4 rejeté est donc un coproduit. Les sols détrempés,
en particulier les zones humides, les tourbières et les rizières, sont les principales
sources d’émissions de CH4 (FAO et ITPS, 2015). En 1998, les émissions mondiales
de CH4 provenant des zones humides étaient estimées à 0.15 Pg/an, desquelles 0.09
Pg/an provenaient de zones humides naturelles et 0.05 Pg/an des rizières. De plus, les
inventaires de GES ont signalé que les émissions de CH4 provenant des rizières avaient
augmenté de 0.37 PgCO2eq/an en 1961 à 0.50PgCO2eq/an en 2010 (FAO et ITPS,
2015).
Cela s’oppose à des sols en mesure d’avoir un remarquable potentiel de stockage des
principaux constituants de ces GES (principalement de C; ce mécanisme, appelé
séquestration du carbone du sol est discuté section 1.4). En condition d’aérobie (en
présence de dioxygène), les bactéries méthanotrophes du sol se développent et utilisent
le méthane comme source de carbone dans un mécanisme appelé la méthanotrophie,
dans lequel le CH4 est oxydé. Ainsi, en raison de la grande profondeur de la nappe
aquifère qui permet aux bactéries de se développer, les sols de forêt tendent à être de
6 CARBONE ORGANIQUE DU SOL une richesse invisible
bons puits à méthane (Serrano-Silva et al., 2014). Le niveau de la nappe aquifère est
considéré comme le levier grâce auquel le sol agit comme une source ou un puits de
méthane. L’azote et la température sont aussi des facteurs constitutifs du potentiel
de séquestration de carbone dans le sol puisqu’ils régulent la quantité d’émission de
méthane (Kane, 2015).
La séquestration du COS est un mécanisme par lequel le carbone atmosphérique est fixé
et stocké dans le sol grâce aux plantes ou aux résidus organiques. A partir du CO2, la
séquestration du COS comporte trois étapes: 1) prélèvement de CO2 dans l’atmosphère
via la photosynthèse des végétaux, 2) transfert de carbone du CO2 en biomasse végétale
et 3) transfert du carbone de la biomasse végétale vers le sol dans lequel il est stocké
sous forme de COS dans le réservoir le plus instable. Ce réservoir est caractérisé par le
plus fort taux de renouvellement (de quelques jours à quelques années) et est composé
de résidus de plantes récemment incorporés et est rapidement décomposable par la
faune du sol, ce qui génère souvent des émissions de CO2 en retour dans l’atmosphère
(voir aussi section 1.1). Par conséquent, lors de la planification d’actions permettant la
séquestration du COS il est impératif de prendre en compte un horizon plus large et de
ne pas considérer uniquement la capture de CO2 depuis l’atmosphère. Cela nécessite
de trouver de nouveaux moyens pour retenir le C dans le réservoir lent de carbone.
En contraste, la recherche montre que le réservoir stable de C possède un potentiel de
séquestration du C négligeable du fait de sa résistance au changement et par conséquent,
de son insensibilité à la manière dont est géré le sol (Kane, 2015).
Le carbone nouvellement ajouté peut être stabilisé dans le sol au moyen d’un certain
nombre de mécanismes (Six et al., 2002; Six et al., 2006; Jastrow et al., 2007; Kane,
2015). Physiquement, le carbone peut être stabilisé par isolation à l’intérieur des micro
et macro agrégats du sol d’où il est inaccessible aux organismes du sol. Chimiquement,
le carbone peut être fortement fixé aux argiles par liaisons chimiques, ce qui empêche
la consommation de carbone par les organismes. Biochimiquement, le carbone peut
être re-synthétisé en des structures moléculaires complexes qui peuvent freiner la
décomposition. Ces trois mécanismes dépendent d’un certain nombre de facteurs
biotiques, abiotiques et associés à la gestion, qui déterminent l’efficacité de la stabilisation
du carbone du sol (Six et al., 2006; Kane, 2015).
En général, le cycle du carbone et la séquestration du carbone sont plus actifs dans les
horizons supérieurs du sol, alors que le carbone stable a un taux de renouvellement
plus long, ce qui signifie qu’une plus grande proportion de COS se trouve dans les
horizons de sol plus profonds (Trumbore, 2009; Rumpel et al., 2012). Beare et al. (2014)
ont estimé que les plus grandes profondeurs de sol avaient une plus grande capacité à
stocker du C supplémentaire que les horizons supérieurs car il y existe une plus grande
différence entre le contenu en COS et la valeur de saturation du COS. L’accumulation
de C stabilisé avec de longues périodes de présidence dans les horizons profonds de
sol peut s’expliquer par un transport continu, des immobilisations temporaires et la
fabrication de COD par les microorganismes dans le profil de sol (Kaiser et Kalbitz,
2012) et/ou une stabilisation efficace de la matière organique dérivée des racines dans la
matrice du sol (Rasse et al., 2005). Lorenz et Lal (2005) ont estimé que le sous-sol avait
le potentiel de stocker 760 à 1 520 Pg de carbone supplémentaire.
Il faut également signaler que l’adjonction de nouvelles sources de C dans les sous-
sols doit être effectuée avec précaution car elle risque d’augmenter la minéralisation du
COS existant. Néanmoins, augmenter les stocks de COS dans les sous-sols est toujours
reconnu comme un moyen prometteur pour assurer une séquestration de C considérable
dans les sols (Rumpel et al., 2012).
©FAO/Rodger Bosch
Figure 2 · Contributions
apportées par le
COS aux objectifs de
développement durable.
La biodiversité du sol correspond au mélange des organismes vivants dans le sol. Ces
organismes interagissent les uns avec les autres ainsi qu’avec les plantes et les petits
animaux, le tout formant un réseau d’activité biologique (Orgiazzi et al., 2016). D’une
part, la biodiversité du sol contribue grandement à la formation de MOS à partir de la
litière organique, contribuant ainsi à l’augmentation du contenu en COS. D’autre part,
la quantité et la qualité de MOS (par conséquent de la COS) détermine le nombre
et l’activité du biotope du sol qui interagit avec les racines des végétaux. La structure
de la communauté microbienne du sol est donc largement influencée par la qualité et
la quantité de COS et dans une moindre proportion par la diversité végétale (Thiele-
Brunh et al., 2012).
E
EX T RNE
S
S
FA C T E U R
ORGANISMES
BÉNÉFIQUES - + ORGANISMES
BÉNÉFIQUES
Une gestion agricole non durable telle que pratiquée dans de nombreux agro-écosystèmes
(comme la monoculture, l’usage intensif du labour ou les apports chimiques), dégrade
le réseau fragile des interactions de communautés entre les ravageurs et leurs ennemis
naturels, ce qui influe négativement sur les stocks de COS. Lorsque les pertes de COS
ne peuvent pas être complètement expliquées par les propriétés physiques du sol,
l’hypothèse qui pourrait être formulée est que la stabilité du COS est dépendante de
l’activité et de la diversité des organismes du sol (Gardi et Jeffery, 2009).
Les recherches actuelles indiquent que la biodiversité du sol peut être maintenue et
partiellement restaurée si elle est gérée de manière durable. Promouvoir la complexité
écologique et la robustesse de la biodiversité du sol au moyen de pratiques de gestion
améliorées représente une ressource sous-utilisée qui a le potentiel ultime d’améliorer la
santé humaine (Figure 3) (Wall et al., 2015). En ce qui concerne les techniques de gestion
des sols propres à atténuer les effets du changement climatique et de s’y adapter dans
un contexte de production alimentaire durable, il convient de se reporter à la section 5.
Current research indicates that soil biodiversity can be maintained and partially
restored if managed sustainably. Promoting the ecological complexity and robustness of
soil biodiversity through improved management practices represents an underutilized
resource with the ability to ultimately improve human health (Figure 3) (Wall et al.,
2015). For sustainable soil management techniques aimed at climate change mitigation
and adaptation and sustainable food production, see section 5.
CuLes projections actuelles suggèrent que face au changement climatique, les réponses
du carbone du sol iront de petites pertes à gains modérés. Il est extrêmement difficile
de prédire les effets du changement climatique sur les sols, étant donné les interactions
complexes entre la température et l’humidité, l’augmentation de la productivité et
l’augmentation de la décomposition et les variations dues aux différentes régions et
types de sols (FAO et ITPS, 2015; Keestrea et al., 2016).
Figure 4 · Extrapolation
spatiale de la vulnérabilité des
stocks de COS en fonction de la
température.
Tiré de Crowther et al., 2016.
a. Carte des changements
estimés dans le stock de
C du sol (profondeur de
0 à 15 cm) par pixel, d’ici
2050 selon le scenario « pas
d’acclimatation » avec une
augmentation moyenne des
températures à la surface du
sol de 1°C.
b. Réductions totales dans
le réservoir de C global sous
des augmentations moyennes
d’1 ou 2°C à la surface du sol
d’ici 2050, comme attendu
sous différents scénarios
d’effets du temps sur le C du
sol (axe x). L’effet dans le
temps renvoie à la vitesse à
laquelle la pleine réponse du
C du sol au réchauffement
est réalisée. Les zones
ombragées indiquent
l’intervalle de confiance
de 95 pour cent autour de
la moyenne des pertes de
C (points) pour chaque
scénario.
Les effets du réchauffement climatique dépendent de l’importance du stock de COS, avec des pertes
considérables dans les zones de hautes latitudes. Ainsi, la réaction au changement climatique des
zones où le COS est présent en grande quantité est inquiétante (FAO et ITPS, 2015). Les zones
de permafrost, reconnues posséder les plus grandes réserves permanentes de COS, sont également
menacées par le réchauffement climatique (Crowther et al., 2016). Lorsque le dégel a lieu en réaction
au réchauffement, les réserves de COS des sols de permafrost, précédemment gelées et donc
protégées de la décomposition pendant des millénaires, sont remobilisées et deviennent disponibles
pour la décomposition biologique (FAO et ITPS, 2015). De grandes réserves de MOS qui étaient
précédemment protégées de la décomposition sont donc susceptibles de devenir disponibles pour la
décomposition biologique (minéralisation), menant à une élévation des flux de GES vers l’atmosphère
(Figure 5) (Tarnocai et al., 2009; Hugelius et al., 2013; Hugelius et al., 2014; FAO et ITPS, 2015; Batjes,
2016). De manière similaire, les tourbières sont aussi susceptibles d’être très sensibles au changement
climatique, du fait de l’augmentation de l’évapotranspiration en réponse à l’élévation des températures.
En effet, lorsque ces sols se réchauffent, ou s’ils deviennent plus secs, de grandes quantités de carbone
sont susceptibles d’être perdues (Keestrea et al., 2016).
Figure 5 · Estimations issues de modèles des émissions potentielles cumulées dues au dégel du
permafrost d’ici 2100, 2200 et 2300.
Tiré de Schuur et al., 2015
Toutes les estimations, mises à part celles de Schaphoff et al. (2013) et Schaefer et al.
(2011) sont basées sur les scenarios les plus pessimistes du GIEC en termes d’atténuation
du changement climatique (Profil représentatif d’évolution de concentration (RCP) 8.5
dans le cinquième rapport d’évaluation (AR5, 2013) et A2 dans l’AR4 (2007)). Les barres
d’erreurs reflètent les incertitudes pour chaque estimation. Elles sont basées sur un
ensemble de simulations considérant différents niveaux de réchauffement pour chaque
scénario et différentes quantités de C initial gelé dans le permafrost. La ligne verticale
en pointillés indique la moyenne de tous les modèles sous la trajectoire courante de
réchauffement d’ici 2100 (Schuur et al., 2015).
EMISSION
DE CO2 RÉCHAUFFEMENT
DE LA TEMPÉRATURE
AUGMENTATION
DE L’ARIDITÉ
AUGMENTATION DE
L’ÉVAPOTRANSPIRATION
DÉGRADATION EXPANSION DE
DU SOL LA ZONE ARIDE
Figure 6 · Diagramme schématique de la rétroaction positive des cycles et de l’expansion des zones
arides dues au changement climatique et à la diminution du COS.
Modifié de Huang et al., 2015
©FAOGiulio Napolitano
ARTICLE 4 DE LA CCNUCC:
Toutes les Parties établissent, mettent à jour périodiquement, publient et mettent à la disposition
de la Conférence des Parties (CdP), des inventaires nationaux des émissions anthropiques
par leurs sources et de l’absorption par leurs puits† (…) [incluant le CO2, CH4 et N2O] et
établissent, mettent en œuvre, publient et mettent régulièrement à jour (…) des mesures visant à
atténuer les changements climatiques (…) ainsi que des mesures visant à faciliter l’adaptation
voulue aux changements climatiques.
ARTICLE 4:
En vue d’atteindre l’objectif de température à long terme énoncé à l’article 2, les Parties cherchent
à parvenir au plafonnement mondial des émissions de GES dans les meilleurs délais et à opérer
des réductions rapidement par la suite, de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions
anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits† de GES au cours de
la deuxième moitié du siècle;
Chaque Partie établit, communique et actualise les contributions déterminées au niveau national
(CDNs) successives qu’elle prévoit de réaliser. Les Parties prennent des mesures internes pour
l’atténuation en vue de réaliser les objectifs desdites contributions.
ARTICLE 13:
Chaque Partie fournit régulièrement un rapport national d’inventaire des émissions
anthropiques par les sources et des absorptions anthropiques par les puits† de GES.
• Mars 2017: 192 Parties prenantes ont ratifié le Protocole de Kyoto et 197 adhèrent à la
CCNUCC; 133 Parties ont ratifié l’Accord de Paris.
† Les sols sont visés, étant les plus grands réservoirs de carbone sur Terre.
Bien que les stocks de COS mondiaux aient été estimés à environ 1 500 PgC pour le
premier mètre de sol (FAO et ITPS, 2015), le tableau 3 rend compte de la variabilité des
estimations de COS au cours du temps et en fonction des différents moyens de calculs et
méthodes utilisés. Même les cartes de COS mondiales les plus récemment publiées sont
basées sur des données historiques collectées sur de longues périodes de temps plutôt
que sur des données obtenues à partir d’observations actuelles ou récentes.
1 461 Revue de
Scharlemann et al. (2014) (504- publications allant de
3 000) 1951 à 2011
DSMW et bases de
230 cm:
Shangguan et al. (2014) 1 455 données nationales/
1 923
régionales
HWSD + masse
volumique ajustée
1 062
pour les sols
organiques
Base de données
Batjes (2016) 755 1 408 2 060 WISE30sec +
HWSD v.1.2 adaptée
La distribution du COS est très hétérogène et très fortement dépendante du type de sol,
de l’utilisation de la terre et des conditions climatiques. Pour certains types de sols et
pour certaines utilisations du territoire, le stockage de COS est très important. Même
si elles recouvrent une fraction relativement réduite de la surface terrestre globale, ces
zones requièrent une attention particulière: elles sont des concentrations stratégiques
de COS. Ces points critiques sont très sensibles au changement climatique et peuvent
facilement devenir des sources d’émissions de GES en raison de leur haute teneur en
COS (Encadré 1). Au contraire, de grandes étendues caractérisées par une faible teneur
en COS au km² représentent un potentiel pour la séquestration du carbone: ils sont des
points susceptibles d’emmagasiner des quantités importantes de COS.
3.2.2 · PERMAFROST
Les faibles températures et l’engorgement en eau dans les sols de permafrost réduisent
les taux de décomposition et augmentent les cryoturbations, conséquence de l’alternance
gel-dégel qui se manifeste dans ces zones. De plus, des environnements sédimentaires
remontant à l’ère du Pléistocène ont engendré l’accumulation d’importantes quantités
Région de permafrost
Tarnocai et al.,
191 496 1 024 circumpolaire nordique en utilisant
Pan
la NCSCDB1
1 Base de données du carbone du sol circumpolaire nordique – inclut des données issues de
profils de sols non insérées dans le HWSD.
4 · MESURER, COMPTER,
RENDRE COMPTE ET
VÉRIFIER LE COS
32 CARBONE ORGANIQUE DU SOL une richesse invisible
4.1 · MESURE, RAPPORT ET VÉRIFICATION (MRV)
D’une manière générale, le MRV a pour objectif d’assurer que les données collectées
dans les inventaires nationaux de GES (et par conséquent dans les inventaires des
stocks de COS) soient (GIEC, 2006):
• Transparentes: la documentation est suffisante et assez claire pour permettre à
chacun (différent du compilateur de l’inventaire) de comprendre la manière dont
l’inventaire a été compilé et comment les critères de bonnes pratiques (voir section
4.1.2) sont respectés.
• Complètes: les estimations sont rapportées pour chaque catégorie pertinente de
sources et puits (par exemple pour le réservoir de carbone) et les différents gaz.
Lorsque des éléments font défaut, leur absence doit être clairement documentée,
ainsi qu’une justification de leur exclusion.
• Cohérentes: les estimations sont faites de telle façon que les différences dans les
résultats entre les années et catégories reflètent de réelles différences dans les
émissions. Les tendances des inventaires annuels doivent être calculées en utilisant
les même méthodes et sources de données pour toutes les années. Elles devraient
refléter les fluctuations annuelles réelles dans les émissions ou retraits et ne pas être
sujettes à des variations résultant de différences méthodologiques.
Avec l’Accord de Paris (Nations Unies, 2015), tous les pays signataires se sont engagés
à contribuer à l’échelon national à l’atténuation du changement climatique, à rendre
compte de leurs émissions et suppressions anthropogéniques, et à poursuivre leurs
efforts pour limiter le changement climatique. Le cadre MRV permet d’effectuer le suivi
et évalue la mise en place de contributions d’atténuation, ainsi que les politiques et les
mesures articulées autour des contributions nationales de chaque pays (WRI, 2016).
L’article 13 de l’Accord de Paris présente un nouveau cadre de transparence pour le
compte-rendu, permettant une meilleure transparence dans le rapport sur les émissions
de GES.
UT
final Terres Terres Terres Autres Somme
Prairies Etablissements
UT forestières cultivées humides terres finale
initial
Terres
15 3 1 19
forestières
Prairies 2 80 82
Terres cultivées 29 29
Terres humides 0 0
Etablissements 1 1 1 5 8
Autres terres 2 2
Somme initiale 18 84 31 0 5 2 140
Tous les autres types de sol sont considérés comme minéraux. Les sols répertoriés comme
minéraux par estimation sont basés soit sur la taxonomie du département d’agriculture
des États-Unis, soit sur la classification des ressources en sols WRB (FAO, 1998).
Ces deux classifications reprennent les mêmes types estimés de sols pour le GIEC. La
classification des sols répertoriés comme minéraux par estimation devrait être utilisée
de pair avec les références du GIEC basées sur leur estimation pour les stocks de C et
les facteurs de changement de stocks (stratifiés en fonction de l’UT/changement d’UT).
Les méthodes par défaut du GIEC limitent la profondeur de sol pour laquelle les
changements de COS sont estimés à 30 cm, bien que les pays puissent mesurer le COS
et les changements de COS pour des profondeurs plus grandes (dans pareils cas, les
facteurs par défaut du GIEC ne sont pas applicables).
COSstock = p*dapp*(Ctot-Cmin)*FCp
Equation 2: détermination du stock de COS pour les couches organiques (exemple: couches de
sols forestiers).
Où: COSsol forestier = carbone organique du sol dans le sol forestier [kg.m-2]
poidsOR = poids sec de la portion de sol échantillonnée [kg.m-2]
Ctot et Cmin = la teneur totale et minérale en carbone (ou inorganique) [g.g-1],
doit être prise en compte pour les sols calcaires et si la combustion à sec
est utilisée avec des températures particulièrement hautes (sinon Ctot égal Cmin)†
1. Une mesure directe à partir d’échantillons de sol (poids des pierres dans un
échantillon de volume connu);
2. Estimation lors du travail de terrain;
3. Valeurs citées dans la littérature (par exemple, valeurs typiques par type de sols et
profondeurs – Approches de niveau 1 et 2).
Pour éviter une surestimation des stocks de COS, en particulier dans les sols riches en
pierres, un calcul plus simple a récemment été proposé (Poeplau et al., 2017):
Ce calcul souligne le fait que le volume échantillonné (volumeéchantillon) ne devrait pas être
corrigé en fonction de la pierrosité, mais que la priorité devrait être l’estimation juste de
la masse de terre fine (masseterre fine).
Au final, bien que selon les lignes directrices du GIEC (2006), la profondeur requise
pour les inventaires de GES soit de 30 cm, il n’existe pas de consensus scientifique sur
la profondeur de sol à laquelle les mesures et estimations du stock de COS devraient
être conduites (GIEC, 2006; Lorenz et Lal, 2016). Il est bien connu que l’utilisation des
terres et leur gestion est susceptible d’avoir une incidence majeure sur les couches plus
profondes du sol (GIEC, 2006).
Un suivi continu du COS à des intervalles de temps de 10 ans est recommandé. Cela
peut être un compromis entre la détectabilité des changements et les changements de
tendances dans le temps. Cependant, cette durée est plus longue que celle de nombreux
projets d’utilisation de la terre ou de gestion qui impliquent la mesure des changements
de stocks de COS (c’est-à-dire entre la base de référence et la fin du projet). Certains
pays utilisent un intervalle de 5 ans (Batjes et Van Wesemael, 2014).
Concernant la collecte des données (c’est-à-dire les mesures), les RSS devraient être
inclus dans un plus large programme de validations croisées pour rendre possible les
comparaisons spatiales et temporelles validées aussi bien au sein d’un pays qu’entre
différents pays (Batjes et Van Wesemael, 2014). Finalement, selon le GIEC, la
vérification inclut la comparaison des estimations des inventaires nationaux de GES
avec des estimations alternatives. Cela est aussi un moyen d’assurer la qualité des
estimations préparées (GIEC, 2006). Un sommaire de la procédure de MRV dans le
cadre du COS est donné sur la figure 12.
3
S’assurer que l’information
rapportée respecte
les principes
du MRV
RAPPORT
Les principes* de la MRV
2 doivent être appliqués
tout au long de la
Sur les changements procédure
de COS et les émissions
et retraits de GES
(ex. CCNUCC).
MESURE
1
Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3
CONTRÔLE
COS dans le temps
(ex. Programmes de
surveillance des sols)
Figure 12 · Sommaire du cadre de travail pour la mesure, rapport et vérification (MRV) du COS.
* Principes de la MRV: exactitude, cohérence, intégralité, comparabilité et transparence
(voir section 4.1.1).
4 · Mesurer, compter, rendre compte et vérifier le COS 45
5 · GESTION DU COS
©FAO/Daniel Hayduk
Il est largement reconnu que la séquestration du COS peut être de grande importance
comme mesure d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. Mais le COS
(proxy pour la MOS) joue un rôle tout aussi important dans l’assurance de la sécurité
alimentaire. En effet, il permet d’augmenter la productivité du sol et de maintenir en
permanence de hauts rendements, notamment en augmentant les capacités de rétention
d’eau et de nutriments et en améliorant la structure du sol, favorisant ainsi les conditions
de croissance des végétaux (Zdruli et al., 2017).
Le changement climatique est susceptible d’avoir un fort impact sur l’agriculture,
menaçant la sécurité alimentaire (FAO, 2015). La projection du GIEC d’une aug-
mentation de température de 4°C d’ici la fin du 21ème siècle indique des conséquences
désastreuses pour la sécurité alimentaire étant donné l’augmentation de la demande
globale en produits alimentaires (GIEC, 2007). En fait, le changement climatique est
l’un des principaux défis auxquels le monde agricole doit faire face pour assurer les
besoins alimentaires. La sécurité alimentaire étant donné le changement climatique, est
affectée dans les quatre dimensions suivantes (FAO, 2015):
• la disponibilité alimentaire;
• l’accessibilité alimentaire;
• la stabilité de la fourniture alimentaire;
• la capacité des consommateurs à utiliser la nourriture de manière adéquate (sûreté
alimentaire et nutrition).
Le changement climatique, attesté par l’augmentation des températures, le changement
des schémas de précipitation ainsi que des événements météorologiques plus fréquents
et plus extrêmes conditionnent grandement les cultures et l’élevage. De plus, l’augmen-
tation de température des masses d’eau, la baisse des niveaux de pH et les changements
dans les schémas actuels de la productivité des océans affectent les productions halieu-
tiques. Par conséquent, de grands inconvénients sont attendus, qui incluent la réduction
des rendements agricoles, des migrations biologiques, des déclins dans l’agro-biodiversi-
té et les services écosystémiques, la perte de revenus agricoles de même qu’une augmen-
tation des prix alimentaires et du coût des transactions (FAO, 2015). Par conséquent, il
est nécessaire de mettre en place des mesures qui limitent les risques affectant la sécurité
alimentaire globale. Vital comme il l’est pour l’adaptation et l’atténuation du change-
ment climatique, le COS est un élément indispensable pour garantir une fourniture
alimentaire globale suffisante.
La teneur en COS est l’une des propriétés fondamentales du sol associée à de nom-
breuses fonctions du sol. C’est la source indispensable de nutriments pour la production
agricole. Une augmentation dans le stock de COS permet l’augmentation des rende-
ments des cultures dans l’agriculture commerciale à forts intrants, mais aussi et surtout
5 · GESTION DU COS 47
dans les terres dégradées avec peu d’intrants. Dans des zones telles que l’Afrique subsa-
harienne, où les agriculteurs de subsistance font face à un manque de disponibilité de la
fertilisation et d’une véritable irrigation, le COS est la clé pour augmenter la production
(Lal, 2004). De nombreuses études ont quantifié les contributions du COS en termes
de production alimentaire. De Moraes Sá et al. (2017) a rapporté que l’adoption de pra-
tiques agricoles conservant le COS peut augmenter la production alimentaire de 17.6
Mt/an. Lal (2004) a spécifié qu’une tonne d’augmentation dans le réservoir de COS des
terres cultivées dégradées pourrait augmenter les rendements en blé de 20 à 40 kg.ha-1,
de 10 à 20 kg.ha-1 pour le maïs, et de 0.5 à 1 kg.ha-1 pour les pois. Par conséquent, une
gestion durable des sols qui augmente les stocks de COS devrait être développée à
l’échelle locale et globale et devrait être adoptée pour des systèmes alimentaires plus
durables.
L’atténuation du changement climatique renvoie aux efforts visant à limiter, arrêter et/ou
inverser la tendance du changement climatique par le biais de stratégies de gestion, de
changements de comportement et d’innovations techniques qui réduisent l’émission de
GES. En raison des activités humaines, le CO2 est l’un des GES les plus émis de nos jours
(Kane, 2015). Avec des actions d’atténuation véritables et proactives, le sol peut jouer
un rôle intégral dans la réduction des émissions de CO2 du fait de son potentiel comme
puits de carbone (Lal, 2004). Les avantages émergeant de telles actions d’atténuation
tendent à être mondiaux et à porter sur le long terme (GIEC, 2007).
L’adaptation au changement climatique se rapporte aux efforts visant à atteindre une
meilleure préparation face à des événements et conditions climatiques sans précédents.
Cela implique l’anticipation du changement climatique et ses effets négatifs et réclame
de gérer ces derniers avec des actions qui minimisent les risques associés. En résumé,
elles sont les actions qui aident les humains et les systèmes naturels à s’ajuster à un
climat changeant (GIEC, 2014). Contrairement à l’atténuation, les mesures d’adaptation
peuvent être à la fois réactives et proactives et les avantages présentés sont généralement
locaux et visibles à court terme (GIEC, 2007). Les mesures d’adaptation peuvent
souvent inclure le sol: dans un effort pour vaincre la vulnérabilité et créer la capacité à
résister à des conditions météorologiques extrêmes comme les tempêtes, les inondations
et les sécheresses, des sols en bonne santé et bien gérés sont capables d’agir comme
un tampon. Par exemple, les sols avec une teneur optimale en COS peuvent absorber
et stocker plus d’eau lors de fortes pluies et la rendent disponible pour la végétation
dans des conditions de sécheresse. Des sols en bonne condition peuvent assurer une
bonne aération et une fourniture régulière en dioxygène pouvant éviter de plus amples
émissions de carbone résultant de la méthanogénèse (FAO et ITPS, 2015). Les mesures
d’atténuation et d’adaptation offrent toutes les deux des solutions qui répondent au
changement climatique et peuvent être mises en relation avec les ODD. Cependant,
elles ne sont pas toujours considérées comme complémentaires à l’échelle locale; parfois
elles peuvent être substituées, en compétition/conflit ou indépendantes les unes des
48 CARBONE ORGANIQUE DU SOL une richesse invisible
autres. Par exemple, certaines mesures d’adaptation au changement climatique comme
la fertilisation ou l’irrigation optimisée, ont une grande demande en énergie et donc
peuvent conduire à de plus grandes émissions de CO2. D’autre part, l’adaptation ne sera
jamais un parfait substitut à l’atténuation puisque cette dernière sera toujours requise
pour éviter de plus grands changements dans le système climatique. Actuellement, en
raison du réchauffement déjà perceptible, les mesures d’adaptation sont requises malgré
les plus grands coûts associés, indépendamment de l’échelle des efforts d’atténuation
(GIEC, 2007).
Etant donné le rôle des sols dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique
et les limites présentées par la saturation en COS pour séquestrer plus de carbone, une
gestion judicieuse du sol doit être mise en place pour assurer qu’un sol devienne bien un
puits et non une source de CO2 atmosphérique (Paustian et al., 2016). Par conséquent,
il est idéal d’étudier et de déterminer, pour n’importe quel écosystème donné, à la fois les
stocks actuels de COS et les points respectifs de saturation en carbone pour déterminer
le potentiel de séquestration d’un sol. Seulement après cela, il sera possible d’atteindre
une efficacité maximum pour la séquestration du COS grâce à des stratégies de gestion
adaptatives. La figure 13 montre les stratégies de gestion du COS recommandées
et à éviter pour assurer une production alimentaire optimale, atténuer et adapter au
changement climatique. Ces pratiques répondent aux défis mentionnés plus haut au
moyen d’un certain nombre de mécanismes qui visent à (i) augmenter le potentiel de
séquestration du COS et de photosynthèse (grâce à la reforestation, l’afforestation et
les cultures sous couvert), (ii) diminuer les émissions de GES et les pertes de COS
(grâce au labour réduit/de conservation et à l’agriculture biologique) et (iii) augmenter
la production alimentaire en améliorant les propriétés du sol pour un meilleur pouvoir
de rétention en eau, en nutriments et de pH (en ajoutant des amendements organiques
comme le compost ou le biocharbon).
©FAO/Seyllou Diallo
5 · GESTION DU COS 49
ADAPTATION ATTENUATION PRODUCTIVITE
ALIMENTAIRE
Reforestation/afforestation des terres arables
Han et al., 2016
Labour de conservation/réduit 1
Haddaway et al., 2016 - Mangalassery et al., 2015
Agriculture biologique 2
Skinner et al., 2014
1
Avec quelques
2
L’absorption de
Labour profond 3
désaccords, surtout méthane dans les Alcántara et al., 2016
pour les climats sols organiques
tempérés comme est statistique- 3
indiqué par Powlson ment significative Eviter la conversion Le labour profond n’est conduit qu’une seule
fois et permet l’accumulation de COS à long
et al., (2014): son rôle
dans l’atténuation et
mais relativement
réduite.
et la dégradation terme dans le nouvel horizon supérieur de sol
(Alcántara et al., 2016). Une seule étude sur des
l’adaptation au d’écosystèmes natifs Luvisols, des Cambisols drystiques et des Podzols
dans une zone tempérée a été conduite.
changement Paustian et al., 2016 L’applicabilité pour d’autres régions et d’autres
climatique dépend du types de sols nécessite de plus amples recherches.
type et de la
profondeur du labour, Restaurer les champs 4
Réduire les pertes actuelles liées à la
des conditions
climatiques du sol, de drainés en zones humides4 décomposition ce qui peut aussi restaurer la
séquestration du carbone, même si les émissions
la quantité et qualité Knox et al., 2015 de méthane peuvent augmenter.
des apports de résidus
de C, de la faune du
sol et du type de Planter des plantes pérennes dans les terres dégradées/marginales
culture. Paustian et al., 2016
Ajouter du compost/biocharbon 5
Paustian et al., 2016
Adopter des variétés améliorées d’espèces à plus haut rendement et/ou biomasse
Burney et al., 2010 - Kell, 2012
Conversion des
zones humides naturelles
GIEC, 2007
Petrescu et al., 2015
Jachères nues
Lal, 2004 - Lal, 2001
Monoculture continue
Hergoualc’h et al., 2012
Surpâturage
Dlamini et al., 2016
Figure 13 · Stratégies de gestion suggérées et déconseillées pour la séquestration du carbone du sol et leur
impact sur la productivité alimentaire, l’adaptation et l’atténuation du changement climatique.
Les couleurs indiquent les bonnes et les mauvaises pratiques (respectivement en vert et en rouge).
Partiellement adapté et modifié de Ogle et al., 2014, et Descheemaeker et al., 2016.
Les barrières financières qui peuvent décourager les agriculteurs de mettre en place des
pratiques qui permettraient l’accumulation de COS peuvent être l’apparition de déficits
budgétaires, des capacités limitées pour financer ou accéder au capital, aux niveaux
national, provincial ou à l’échelle de la ferme (UN-HABITAT, 2010; Takahashi et al.,
2016). D’autres barrières incluent les hauts risques de change dus aux fluctuations
des taux de change étrangers, les coûts d’investissement initiaux comme ceux de
l’équipement, des machines ou du labour, les coûts associés aux biens des ménages, coûts
associés au temps et aux déplacements pour accéder aux conseils ou apports techniques
et potentiellement le peu de retour sur investissement étant donné de l’incertitude quant
aux bénéfices éventuels (FAO, 2015). Dans une étude effectuée par Takahashi et al.
(2016) sur les obstacles rencontrés par les agriculteurs pour mettre en œuvre des mesures
d’adaptation au changement climatique, la réponse la plus fréquente se rapportait aux
conditions économiques et en particulier au risque économique de mettre en place de
nouvelles pratiques ou à l’incertitude quant aux conditions changeantes du marché en
fonction du changement climatique. C’est pourquoi l’aspect financier doit être envisagé
comme un facteur essentiel des critères opérationnels des agriculteurs (Takahashi et al.,
2016).
5 · GESTION DU COS 51
5.3.1.2 · OBSTACLES TECHNIQUES ET LOGISTIQUES
Malgré le fait que les développements techniques comme les nouvelles variétés
végétales, les équipements de conservation du sol et les systèmes d’irrigation soient
considérés comme déterminants pour l’action de l’agriculture contre le changement
climatique (Smit et Skinner, 2002), l’absence de technologie est souvent un obstacle
à l’adoption des mesures d’adoption ou d’atténuation (FAO, 2015). Ces barrières à
l’adoption sont surtout visibles dans les régions les moins développées comme l’Afrique
subsaharienne (Kithiia, 2011; Antwi-Agyei, 2012) où les agriculteurs n’ont pas accès à
de tels outils (Kolikow et al., 2013). Ces limitations restreignent les opportunités pour
les agriculteurs d’être mieux préparés et en mesure d’améliorer la sécurité alimentaire
grâce à des pratiques d’adaptation et d’atténuation qui promeuvent la séquestration du
COS (Antwi-Agyei, 2012).
Les barrières techniques peuvent apparaître sous diverses formes comme l’indisponibilité
des technologies adaptées, de capacité technique et/ou d’équipements et la faible
détectabilité des changements à court terme comme ceux rencontrés lors de mesures
périodiques des dynamiques de COS (FAO, 2015). Les barrières logistiques se réfèrent
à la difficulté et à la complexité de l’adaptation aux tendances climatiques à long terme,
vu leur grande variabilité annuelle, étant donné le grand risque d’échec sur le court
terme et la non viabilité des pratiques adaptatives d’une année à l’autre (Takahashi et
al., 2016).
Les prises de décision et les pratiques au sein de l’exploitation agricole sont largement
conditionnées par la disponibilité du marché et les modèles stratégiques des opérations
(Antwi-Agyei et al., 2015). Par exemple, les agriculteurs conçoivent que du fait de leurs
liens préétablis depuis longtemps avec des marchés spécifiques, trouver de nouveaux
marchés pour de nouvelles cultures, des hybrides ou des variétés qui séquestrent plus
de carbone, est une tâche difficile, puisqu’il est peu probable qu’un agriculteur change
52 CARBONE ORGANIQUE DU SOL une richesse invisible
de cultures ou d’intercultures à moins que n’existe un marché garanti (Takahashi et al.,
2016). Le manque de marchés facilement accessibles se traduit également par un faible
développement des infrastructures physiques, comme celui du réseau routier ou de
l’absence de bâtiments de stockage appropriés pour certaines cultures. Ceci décourage
l’adoption en affaiblissant la capacité de négociation de certaines communautés de petits
exploitants qui, même s’ils le souhaitent, ne peuvent pas stocker leurs cultures dans
leurs fermes quand les prix du marché sont bas (Antwi-Agyei et al., 2015).
De plus, dans de nombreuses communautés de petits exploitants, surtout dans les pays
en développement, le seul accès que les agriculteurs ont aux nouvelles connaissances et
aux innovations techniques sur la gestion durable des sols se fait à travers des services
de vulgarisation. Puisque le rôle des techniciens de vulgarisation est de faciliter et
transférer les moyens scientifiques de pratiquer l’agriculture, ils se trouvent souvent
débordés par le nombre de communautés dont ils sont responsables. Cela compromet
l’efficacité de la réponse aux besoins des agriculteurs et freine l’adoption de pratiques de
conservation des sols. Ainsi, les faibles capacités institutionnelles mènent à un manque
ou une non-fiabilité de l’information sur l’adaptation au climat qui, en combinaison avec
la variabilité climatique, risque de menacer la sécurité alimentaire de nombreux pays en
développement (Antwi-Agyei, 2012).
Dans certains cas, le problème n’est pas lié au type des connaissances transmises,
mais plutôt à qui transmet le savoir aux agriculteurs. Dans une enquête conduite par
Takahashi et al. (2016), de nombreuses personnes interrogées ont exprimé leurs doutes
quant à la véracité des informations provenant de certaines sources, notamment celles
politiquement affiliées et ont souligné le besoin de pouvoir accéder à l’information à
partir de sources fiables, cohérentes, objectives et apolitiques. Il est généralement
désirable et même attendu que les agriculteurs fassent partie d’associations ou de
commissions sur la gestion durable des sols pour la formation des politiques, puisque
5 · GESTION DU COS 53
les agriculteurs eux-mêmes avec les agents de vulgarisation des coopératives sont jugés
comme étant les sources les plus sûres en ce qui concerne l’information sur les situations
locales (Takahashi et al., 2016).
Dans certains cas, les différentes barrières à l’adoption de stratégies en faveur de la lutte
contre le changement climatique (adaptation et/ou atténuation) peuvent être surmontées
en utilisant différentes approches. L’encadré 4 contient une liste de stratégies en mesure
de surmonter certaines de ces contraintes.
• Les barrières financières peuvent être surmontées par des incitations financières ou des
régulations valables dans des conditions locales, en incluant les incitations faites pour les marchés
locaux (FAO et ITPS, 2015).
• Les barrières socio-culturelles peuvent être surmontées grâce à des stratégies d’adaptation qui
reconnaissent le contexte local, tel que celui des systèmes de croyance ou des savoirs indigènes
(Jennings et Magrath, 2009).
• Les barrières de connaissances peuvent être surmontées grâce à des politiques permettant le
maintien d’un suivi climatique, qui assurent une communication de l’information efficace et
régulière (Easterling et al., 2003; Howden et al., 2007). Cela peut aussi être atteint en renforçant
les politiques qui soutiennent les acteurs de la recherche, des systèmes d’analyse, des services
de vulgarisation, de l’industrie ou des réseaux régionaux et qui fournissent d’importantes
informations en lien avec le climat (Howden et al., 2007).
• Les barrières techniques et logistiques peuvent être surmontées en rendant disponibles les
technologies déjà existantes pour mettre en place une gestion durable des sols et investir
dans de nouvelles stratégies techniques ou de gestion telles que les variétés améliorées. Des
politiques qui supportent l’« apprendre en faisant » pour opérer des ajustements et améliorer des
connaissances, par exemple en assurant un suivi ciblé des pratiques d’adaptation et d’atténuation
du changement climatique et leurs coûts, avantages et effets, devraient aussi être mises en place
(Burton et Nations, 2005; Howden et al., 2007)
• Les barrières institutionnelles et de ressources pourraient aussi être surmontées en développant
de nouvelles infrastructures (structures d’irrigation, technologies d’utilisation efficace de l’eau,
systèmes de transport et de stockage, etc.), révision des politiques (accords sur les régimes
fonciers, droits de propriété) et établissement de marchés accessibles et efficaces pour les
produits et les intrants (semences, engrais, travail, etc.) et pour les services financiers, qui
incluent les assurances (Turvey, 2001; Howden et al., 2007).
5 · GESTION DU COS 55
par le biote du sol (FAO et ITPS, 2015). Des températures plus chaudes dans les
latitudes nord accélèrent la décomposition du COS. Cela s’observe par de grands flux
de CO2 apparaissant l’été, lorsque les mécanismes biologiques sont favorisés. Sous de
telles conditions, maintenir les stocks de COS peut être un défi encore plus grand. Les
taux de séquestration du COS dans les sols agricoles et écosystèmes restaurés varient
de 0 à 26. kgC.ha-1/an dans les climats chauds et secs, en comparaison aux 100 à 1 000
kgC.ha-1/an dans les climats frais et humides (Lal, 2001). Ceci peut s’expliquer du fait
que lors des mois d’hiver ou dans les climats froids, peu de flux de CO2 sont observés
puisque des températures froides suppriment les mécanismes de décomposition (Ward
et al., 2007; Clark et al., 2009; Armstrong et al., 2015). Cependant, lors d’événements
extrêmes comme la sécheresse, la décomposition du COS peut d’abord diminuer, mais
est susceptible d’augmenter à posteriori après une ré-humidification (Borken et Matzner,
2008). Bien qu’il soit établi que dans les modèles de cycle du C du sol, la température
contrôle fortement le stockage de MOS, la sensibilité de la décomposition de différentes
fractions de MOS à la température reste une zone d’incertitude (Conant et al., 2011).
L’eau influence aussi le stockage du COS selon plusieurs mécanismes. Puisque des
sols bien aérés et assez humides sont optimaux pour l’activité microbienne, le taux de
décomposition diminue lorsque les sols deviennent plus secs. En revanche, le taux de
décomposition de la matière organique diminue dans les sols inondés, du fait d’une
aération restreinte, souvent dans des sols très riches en COS (par exemple les sols
tourbeux) (FAO et ITPS, 2015). Dans ces sols saturés en eau, d’autres propriétés
abiotiques, comme les propriétés physiques telles que la profondeur de tourbière
et la densité apparente influencent aussi le traitement biologique du cycle du C.
Ces propriétés contrôlent, par exemple, la disponibilité du substrat et la cadence de
distribution de l’eau, des composés et du gaz tout au long du profil de la tourbière, ce qui
influence au final le COS du sol (Dorrepaal et al., 2009; Levy et al., 2012). Cependant,
de telles conditions d’inondation peuvent causer un afflux d’émissions de CH4 (Blodau
et al., 2004). Armstrong et al. (2015) ont montré qu’un pic d’émissions de CH4 dans les
tourbières survient surtout en automne (saison caractérisée par une nappe aquifère et
des températures relativement hautes), ce qui promeut une plus grande méthanogénèse
(production de CH4) alors que la méthanotrophie est limitée (Oxydation du CH4).
Dans les sols minéraux, la quantité et la composition du COS est largement dépendante
du type de sol, qui peut différer à l’échelle de la parcelle. Dans les sols riches en argile,
une plus grande teneur en matière organique et une plus grande concentration en
carbone O-alkyle dérivé des polysaccharides peut se manifester. Au contraire, les sols
sableux sont souvent caractérisés par des teneurs en C plus faibles et de plus grandes
concentrations en carbone alkyle (Rumpel et Kögel-Knabner, 2011), diminuant ainsi
leur potentiel pour augmenter les stocks de COS. D’autres barrières abiotiques à la
séquestration du COS peuvent inclure l’érosion du sol et les feux, qui peuvent en
premier lieu diminuer le stockage de C (Knicker, 2007).
5 · GESTION DU COS 57
6 · ET LA SUITE ?
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Chatterjee et al., 2009.
méthode
Type de
• Coûteux
• Mesure séparée du carbone
organique et du carbone total
du sol rarement disponible
• Standard actuel (seulement pour les nouveaux
Analyse
• Actuellement le plus fiable analyseurs d’éléments qui
automatique
• Rapide effectuent une combustion en
du carbone
• Simple deux étapes)
Combustion par voie sèche
• Surestime la teneur en MO
• Auparavant largement utilisée (susceptible de comptabiliser
Perte au feu • Méthode facile à appliquer les oxydes et les carbonates dus
• Peu coûteuse aux températures élevées)
• COS dérivé de la MOS avec un
facteur de conversion (0.58) qui
s’avère être incorrect pour les
couches organiques
• Destructive
• Auparavant largement utilisée
• Oxydation incomplète: besoin
Combustion humide
• Peu coûteuse
d’un facteur de correction
• Evaluation approximative
• Tend à sous-estimer le COS
rapide
Walkey-Black • Interférence des chlorures et
• Vise en particulier certains
oxydes de Mn2+ et Fe2+
réservoirs de MO
• Utilise des composés chimiques
• Petite interférence par les
dangereux
carbonates
Annexes 73
méthode
Type de
• Profondeur d’échantillonnage
• S’utilise sur de grandes zones limitée
Spatiale ou aérienne
• Non destructive • Indices de substitution
nécessaires
• Encore en phase de
développement
• Mesure le carbone total du sol
• Précise (jusqu’à 1mm de
• La présence de racines et
résolution) et juste
Spectroscopie sur plasma de fragments rocheux peut
• Grande capacité
induit par laser entraîner une variabilité du
• Usage possible sur le terrain
signal pour le C
• Analyse rapide
• Pas de courbe de calibration
universelle
• Dangereuse pour la santé
• Interférence des carbonates, fer
et eau
• Précise et Juste • Coûteuse
• Non destructive (pas • Toujours en développement
d’enlèvement de sol, pas de • Pas de mesure séparée du COS
Diffusion inélastique des combustion) et du C inorganique du sol
neutrons • Analyse sur le terrain • Meilleurs résultats pour les sols
• Grand potentiel pour le futur riches en C
de la détermination du C du • Dangereuse pour la santé
sol • Interférence des carbonates
Profondeur
Région Sélection Echantillonnage des sous- Dates
Pays (référence)
couverte du site1 de sol2 échantillons d’échantillonnages
(cm)
Cultures et
• Premier
pâturages
0-10, 10-30, échantillonnage
Grille Composite 30-50 et 50- en 1986
Voir aussi
70 et 70-100 • Tous les 10 ans
Allemagne Walter, et al.,
2016
(Arrouays et al., 2008 ;
Batjes et Van Wesemael,
2014) 0-5, 5-10, • Premier
Sols de forêt 10-30, 30- inventaire BZE
(BZE) 60, 1987-1993
Grille Composite 60-90 cm; si • Dernier
Aussi Thunen possible 90- ré-
Institute, 2016 140 cm et échantillonnage
140-200 cm 2009-2016
Nouvelle Zélande
échantillons à 30 cm
• Premier
d’échantillonnage)
échantillonnage
par horizon de
échantillonnage
Variable,
0-20 cm
pour
l’horizon
superficiel
Suède • Premier
et
inventaire 1983-
40-60 cm
Cultures 1988
(Arrouays et al., 2008 ; pour le sous-
(environ 3 Grille Composite • Répétition tous
Batjes et Van Wesemael, Mha)
sol. En
les 10 ans
2014; 2003: 500
• Nouvel inventaire
Poeplau et al., 2015) échantillons
en cours
0-20,
20-40 et
40-60 cm
Annexes 75
Profondeur
Sélection Echantillonnage des sous- Dates
Pays (référence) Région couverte
du site1 de sol2 échantillons d’échantillonnages
(cm)
0-30
(Cultures:
0-plus petite • Premier
profondeur inventaire 2001-
de labour), 2006
France (RMQS)
Toutes les 30-50 • Répétition tous
Grille Composite
régions (Cultures: les 10 ans
(Jolivet, et al., 2006)
30-plus • Inventaire
grande forestier depuis
profondeur 1995
de labour)
cm
Angleterre et pays de • Premier
Galles (Inventaire du inventaire 1966-
Toutes les Profondeur
sol national) Grille Composite 1987
régions fixe 0-15 cm
• Répétition tous
(Arrouays, et al., 2008) les 7 à 37 ans
• Premier
Ecosse (Inventaire du Par horizon inventaire 1970-
sol national d’Ecosse) Toutes les 721 sites pédologique 1980
Simple
régions de suivi jusqu’à 100 • Dernier ré-
(Arrouays, et al., 2008) cm échantillonnage
2007-2010
4 échantillons
0-20 cm,
composites à
Suisse (NABO) depuis 2005 • NABO a débuté
partir de 25
Toutes les 103 sites 20-40 cm, en 1985
échantillons
(Schweizerische régions de suivi depuis 2010 • Répétition tous
simples sur
Eidgenossenschaft, 2015) jusqu’à 100 les 5 ans
une surface de
cm
10x10 m
0-30, 30-60,
composite sur 9 points
60-90 cm
Stratifié (1 236 sites
d’échantillonnage)
d’échantillonnage)