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Littérature D'idées Seconde

Le document décrit brièvement l'histoire de la presse, depuis les premières feuilles imprimées au XVIe siècle jusqu'aux journaux de la Révolution française au XVIIIe siècle.

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Littérature D'idées Seconde

Le document décrit brièvement l'histoire de la presse, depuis les premières feuilles imprimées au XVIe siècle jusqu'aux journaux de la Révolution française au XVIIIe siècle.

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Dossier de presse

Une (petite) histoire


de la presse en images,
Des premières feuilles
aux gazettes

Page 1
et aux journaux
Interviews
— Joseph Belletante,
directeur du Musée de l’imprimerie
et de la communication graphique
— Gilles Feyel,

une histoire
commissaire de l’exposition
— Bernard Gélin,

8 octobre 2015 – 10 janvier 2016


donateur d’une collection de journaux
quotidiens et périodiques, conseiller
pour l’exposition

graphique
Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux
des journaux &
des magazines Une (petite) histoire de la presse en images
Scoop
Des premières
feuilles
aux gazettes et
aux journaux
1 9
1
333I L’un des tout
premiers journaux,
bilingue français/
flamand : une
Page 2

feuille d’actualité
décrivant une
bataille outre-Rhin
près du village
de Brouck le 9 oct-
obre 1605 ; elle est
réalisée par l’impri-
meur anversois
Abraham
Verhoeven, l’un des
premiers éditeurs
2
5
de « journaux ».
Texte en impres-
sion typogra-
8 octobre 2015 – 10 janvier 2016

phique, illustration
bois gravé, format
145 × 305 mm.
2
333I Le premier des
journalistes
et éditeur de jour-
naux, Théophraste
Renaudot (1586-
1653). Le 29 mai
1631, l’histoire
de la presse fran-
çaise commence.
(Gravure de Lasne,
1644, BnF).
8
3–4
333I Dès son origine,
la Gazette est 67
Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux

réimprimée dans
les provinces pour
éviter les frais
postaux. Les impri-
meurs de Rouen,
Lyon, Bordeaux,
Tours, Reims…

3–4
multiplient les
innovations : carac-
tères plus petits,
pagination réduite
dans un souci
d’économie. Alors
que le livre est
imprimé au début
du XVIIe siècle
sans alinéa ni pa-
ragraphe, les Ga-
zettes témoignent

11–10–12
d’un souci de
« mise en texte »
avec une présenta-
tion aérée et des
rubriques.
5
Une (petite) histoire de la presse en images

333I Les gazettes de


Hollande, concur-
rentes de la
Gazette sont très
surveillées par le 6–7 8 La période 10 L’« ancien régime
pouvoir. On y 333I À côté de la presse 333I On considère le révolutionnaire, 333I La presse en bois typographique »,
introduit alors des d’information, des Journal de Paris et à bras n’a pas
billets de formats « journaux » scienti- comme le premier 1789 – 1799 encore connu sa 1631 – 1820
oblongs, les « lar- fiques ou littéraires quotidien de révolution…
dons », qui échap- sont destinés aux France, lancé le 9 L’imprimeur Martin 11 – 12
pent au contrôle publics savants 1er janvier 1777. 333I La Révolution Dominique Fertel 333I Les journaux de
de la poste royale et lettrés, qui Sur deux colonnes, voit l’explosion du dans sa Science la Révolution sont
et s’efforcent d’être peuvent faire parve- il offre un contenu nombre des jour- pratique de l’impri- différents de ceux
plus critiques, nir « quotidienne- très diversifié : naux à Paris et en merie (1723) de l’Ancien Régime
comme ces ment » leurs ré- rubrique financière, Province. Mais ne représente cette par leur tendances
Quintessences des flexions et notes de annonce des spec- rêvons pas. La presse avec les politiques et leurs
nouvelles (1711). lectures au Journal tacles, coucher frénésie témoignée « pointures », sortes systèmes rubricaux
des savants, fondé du soleil, hauteur par ces porteurs d’aiguilles ou
en 1665 (qui paraît de la Seine, horaire de journaux au sor- repères qui per-
une fois par se- des éclairages tir d’une imprimerie mettent d’ajuster la
maine…). publics, météo, est fictive : impos- feuille avant son
Le libraire pa- nécrologie, courrier sible d’en produire impression au ver-
risien Panckoucke des lecteurs… autant dans un so, de sorte que
sort un concurrent seul atelier, l’im- les lignes du recto
en 1772, sous pression d’un seul et du verso se
l’adresse fictive quotidien occupe superposent exac-
Scoop

de Genève, afin de chaque nuit tement.


« respecter » le tous les ouvriers
monopole parisien typographes et
de la Gazette. pressiers, soit 150
feuilles à l’heure,
imprimées recto/
verso.
18
33I Les évolutions
techniques condui-
sent à l’agrandis-
sement des quoti-
diens. En 1878, Le
Temps comporte
6 colonnes sur

20+1 4 pages avec un


format de 540 mm
× 710 mm ! Les ar-

Page 3
ticles sont longs et
sont rangés dans
des rubriques sans
mise en valeur de
l’actualité. Quant à
la publicité, elle est
entrée dans les
quotidiens pari-
siens depuis 1827.

18 19
33I Les éditions « du
soir » demandent
des machines plus
rapides. Hippolyte

8 octobre 2015 – 10 janvier 2016


Marinoni (1823-
1904) met au point
la première presse
à réaction pour
imprimer La Presse
de Girardin. Elle
peut tirer 6 000
exemplaires/heure

13 14 19
et coûte bien
moins cher que
les mécaniques

15 22 anglaises.

L’illustration
entre en presse

Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux


20

20 33I En 1852, La Presse


adopte la stéréoty-
pie, permettant
d’obtenir un cliché
conforme à la
forme imprimante
originale. Plus de
multiples composi-

16 tions, donc moins


de frais.

17 23
21
33I La presse s’est
diversifiée à partir
de 1830, avec
des publications
économiques, fi-
nancières, scienti-
fiques, artistiques ;
des feuilles de
mode, de théâtre,
religieuses, enfan-
tines… Grâce
à la lithographie,
l’illustration entre

Une (petite) histoire de la presse en images


dans la presse.
Le Charivari est un
quotidien illustré
d’une lithographie
13 14 15 L’industria­ 17 souvent signée
333I Le Logographe 333I Le Moniteur univer- 333I Une nouvelle forme lisation, 1820 – 1910 333I Utilisée également par Daumier.
reproduisait les sel, fondé en 1789 de journalisme pour l’impression 22
discours à l’Assem- par le libraire moderne, et très du Magasin pitto- 33I Le Petit Journal,
blée, grâce à un Panckoucke, utilise organisé, avec le 16 resque, la presse lancé en 1863,
ingénieux système également un Journal des débats, 333I Le Constitutionnel, mécanique Cowper premier « mass
de prise de notes système sténogra- qui hiérarchise grand organe de la et Applegath ac- media » tiré sur
rapide ; douze ou phique pour l’information en Restauration, doit croît considérable- rotatives Marinoni.
quatorze journa- saisir les débats provenance de faire face à des ment la production. Pour attirer les
listes se relayaient à l’Assemblée. l’étranger et de tirages croissants ; La presse vient lecteurs, il privilé-
pour saisir les À l’imitation de la France, introduit un il emploie vers d’entrer dans l’ère gie les faits divers
propos d’un orateur presse anglaise, feuilleton sous un 1820 plus de 50 de l’imprimerie et les romans-feuil-
en abréviations, il arbore un grand long filet en pied ouvriers. Vers 1824 industrielle, rien ne letons. De 38 000
sur des bandes format : 290 mm × de page, multiplie le journal s’équipe sera plus comme exemplaires en
de papier étroites 490 mm, avec des des rubriques d’une presse méca- avant. 1863, le tirage est
et allongées. Les titres et filets diverses : cours de nique anglaise à de plus de 400 000
papiers remplis, on horizontaux sépa- la bourse, littéra- vapeur Koenig et en 1869 !
les passait à des rant les rubriques. ture, mode, résul- Bauer, mis au point 23
copistes, qui les Panckoucke a sans tats de la Loterie pour le Times. 33I Toujours plus !
corrigeaient et les doute utilisé des impériale… Le Le Petit Journal tire
transmettaient aux presses beaucoup Journal des débats 36 000 exem-
imprimeurs. plus perfection- devenu Journal de plaires à l’heure
Scoop

nées pour sortir l’Empire échappera en 1868, grâce à


plus de 10 000 à la censure dras- une nouvelle
exemplaires/jour tique du Consulat rotative Marinoni.
en 1792. et de l’Empire qui
feront passer le
nombre des jour-
naux parisiens de
13 à 4.
24
33I Encore plus vite !
La rotative à
grande vitesse
Marinoni pour
24 25
journaux de 4 à 32
pages, pliés à 2

30
plis.
25
33I Les grands quoti-
diens de province
Page 4

s’équipent, comme
Le Progrès de
Lyon ; le dessina-

26
teur Girrane illustre
un reportage sur
sa nouvelle impri-
merie dans Le
Progrès illustré.
26
33I Après la rotative,
la linotype arrive en
France vers 1900.
Cette compo-
seuse-fondeuse
8 octobre 2015 – 10 janvier 2016

produit des lignes


blocs à partir d’un
clavier (5 000
signes à l’heure).
Il ne reste plus
qu’à imprimer les

31
compositions des
pages, stéréoty-
pées, sur les rota-
tives.
27
33I L’illustration entre

27 32
en force dans les
journaux grâce
à l’invention de la
similigravure
(procédé photomé-
canique qui trans-

28 33
Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux

pose toutes les


variations de la
photographie à
travers une trame,
le support d’im-
pression est un
cliché en relief en
zinc. Simili et gra-
vure coexistent
parfois sur la

29
même une, comme
celle du Progrès
de 1899.

De la Grande Guerre
aux années 34
34bibis
34
trente

28
33I La Grande Guerre
bouleverse la
presse et sa distri-
bution. Les com-
Une (petite) histoire de la presse en images

muniqués officiels
arrivent avec
24 heures de
retard. Les impri-
meurs locaux 29 30 32 Occupation 34
prennent l’initiative 33I Entre-deux- 33I Photojournalistes 33I La une explose, et empires de 33I 19 décembre 1944 :
de petits quoti- guerres, les jour- et bélinographes l’image s’impose, premier numéro
diens répondant naux font face à permettent de la mise en page presse (1939 – 1980) du Monde, deux
à la soif d’informa- l’augmentation multiplier les se transforme avec pages grand format
tion du public. des charges : images à la une. Le ce Vu du 14 33 500 × 670 mm.
triplement des frais Nouvelliste de Lyon novembre 1936. 33I Guerre, collabora- L’année suivante,
d’imprimerie, du 21 novembre tion, papier rare : le quotidien adopte-
hausse des 1930 évoque Le Nouvelliste ra le demi-format
salaires, recettes la catastrophe de de Lyon, comme plié en deux, 335 ×
publicitaires en l’éboulement de beaucoup d’autres 500 mm, cinq
baisse. Certains Saint-Jean. La une quotidiens en colonnes sur quatre
journaux n’hésitent demeure encore France, retourne à pages, format
pas à multiplier très statique et très une mise en page unique dans la
les « scoops » pour dense. compacte. Exit presse d’alors, qui
attirer le lecteur, 31 les innovations de constituera son
avec le risque de 33I Le choc des l’entre-deux- image de marque.
ratés retentissants photos : un scoop guerres. 34 BIS
comme la fausse permis par le 33I Le temps des lino-
annonce de l’arri- bélinographe qui types au Progrès
vée à New-York transforme le de Lyon (Photo
des aviateurs fran- lecteur en voyeur Archives Le Progrès)
Scoop

çais. dans cette édition


spéciale du 10
octobre 1934.
35

Page 5
38

8 octobre 2015 – 10 janvier 2016


36

39

Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux


41
37 40

42

Une (petite) histoire de la presse en images


35 37 38 39 Du plomb
33I Les grandes villes 33I Rien n’arrête les 33I De 1960 à 1968 33I Pour augmenter à l’électron
veulent aussi leur grands quotidiens la presse régionale leur part de mar-
quotidien du soir. régionaux : Le continue sa ché qui diminue au
Le dernier numéro Dauphiné libéré va concentration et profit des grands 40
de Lyon-Soir Le jusqu’en Haute- perd plus de 20 régionaux, 33I Après les compo-
Progrès paraîtra le Loire. Le Progrès et titres, mais ses plusieurs nationaux seuses ultra rapides
30 juillet 1983. ses titres associés tirages ne cessent tentent de s’im- 24 000 signes/
36 étendent exagéré- de progresser. planter en pro- heure contre 5 000
33I De longs tâtonne- ment leurs zones Mai 1968 change vince. Le samedi à 8 000 pour les
ments précèdent la de diffusion, du la donne : change- 7 février 1987, linotypes, voici les
généralisation de Puy de Dôme au ments sociétaux, Lyon-Figaro et ses écrans et claviers on
la photo d’actualité Val d’Aoste. Dans influence de la télé- différents supplé- line reliés à un
en couleurs. l’euphorie des vision, les quoti- ments régionaux ordinateur central.
En 1959, Dernière Trente Glorieuses, diens ne cessent offraient 642 C’est l’ère de la
heure lyonnaise, certaines aventures de perdre du pages de lecture. composition froide :
édition locale vont finir très mal… terrain. Le journal plus d’odeur d’encre
du Dauphiné libéré, du Rhône, organe et de graisse
se « déclare le de la CFDT est l’un chaude, les compo-
seul journal fran- des exemples de siteurs sont en
çais avec des cette presse paral- blouse blanche.
photos d’actualité lèle qui va fleurir en 41
Scoop

en couleurs ». ce mois de mai. 33I La dernière « une »


plomb du Quotidien
lorrain.
42
33I Le nouveau visage
du Progrès
Joseph Belletante Gilles Feyel
Directeur du Musée de l’imprimerie commissaire de l’exposition
et de la communication graphique

Pas de démocratie sans un accès - Raconter l’histoire de l’« espace–papier »


Page 6

aux débats, aux enjeux, à la diversité qu’est le journal et montrer en parallèle


des sources d’information l’évolution des moyens d’impression
Pourquoi cette exposition au Musée de l’imprimerie Spécialiste de l’histoire de la presse, vous avez visité
et de la communication graphique ? de nombreux fonds dans ce domaine. Votre appréciation
Le travail rigoureux effectué par le commissaire Gilles Feyel sur le fonds Gelin ?
et l’expertise du collectionneur Bernard Gelin pour cette exposition Il existe en France de grandes ressources patrimoniales
racontent la multiplicité des rapports et des interactions entre en matière de presse. Et tout d’abord la Bibliothèque nationale
la société et la presse imprimée. de France, et ses immenses collections, mais aussi la Bibliothèque de
8 octobre 2015 – 10 janvier 2016

Rapports de pression et de puissance, de force et d’imagina- documentation internationale contemporaine de Nanterre dont
tion, sous-tendus par l’histoire des objets et des techniques de les collections sont très riches pour la Grande Guerre et les périodes
l’imprimerie que les collections du Musée viennent justement illustrer suivantes. Mais comme ces deux fonds patrimoniaux ne peuvent
et interroger. prétendre à une totale exhaustivité, la collection Gelin leur apporte des
Exposer la presse en 2015 relève à la fois de l’évidence et du compléments, qu’on ne trouve pas dans les collections publiques,
défi. L’assassinat d’une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo entre autres des journaux de 1870 ou des feuilles locales de l’été 1914.
en janvier nous a tous laissés sans voix, ou presque, autour du vide Aussi, avec une grande économie de moyens, cette collection
laissé par les disparus. peut-elle rendre de bons services à l’historien, satisfait d’y trouver
Nous avons ainsi besoin de lieux et d’occasions pour sortir rapidement tous les exemples possibles de disposition graphique
de la sidération et retrouver nos relations si particulières avec le métier dans le monde des journaux, un monde suffisamment vaste pour avoir
de journaliste, cette profession caractérisée avant tout par sa force occupé toute une vie de patience et d’enthousiasme. Il faut vivement
d’adaptation, un mouvement historique et perpétuel de liberté et se réjouir du don de Bernard Gelin au Musée de l’imprimerie et de
d’engagement pour le droit à l’information. la communication graphique, qui complète ainsi ses riches collections.
Au-delà de cette rétrospective historique,
Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux

Auparavant surtout consacré au livre et à l’imprimerie de labeur,


quel message vous semble délivrer cette exposition ? dévouée au travail beau et bien fait, voici le Musée pleinement ouvert
L’exposition proposée par le Musée contourne à sa manière au journal et à l’imprimerie de presse qui a toujours travaillé dans
l’avènement récent des journaux gratuits, des « pure player » (de l’urgence la plus extrême.
Médiapart aux prochains Jours), la concurrence de Twitter ou l’essor Comment avez-vous pensé l’organisation de cette
des « slow media » (les revues Feuilleton ou XXI, La revue dessinée). exposition ?
Elle se concentre sur un panorama très riche des fondements La collection Gelin se prêtait bien à ce parcours, dont les
et des techniques des premiers titres des quotidiens et hebdomadaires grandes étapes présentent toujours ensemble aspect graphique
français, de la Gazette de Renaudot, en passant par Le journal de l’espace-papier et moyens d’impression. Quand le commissariat de
de Paris, Le Petit Journal ou Le Progrès de Lyon. l’exposition m’a été proposé, j’ai tout de suite accepté en orientant
Par cette direction, elle démontre pleinement l’ambivalence sa problématique sur l’histoire graphique du journal. Une double
grandissante présente au cœur du système d’information et de histoire graphique, pourrait-on dire : l’histoire de l’évolution de l’espace-
l’entreprise éditoriale nationale à partir de la Révolution industrielle. papier du journal – formats de plus en plus importants jusqu’à la fin
Une presse qui incarne d’un côté la liberté d’opinion, du XIXe siècle, mais plus petits aujourd’hui avec le succès du tabloïd,
symbolisant l’identité européenne et le progrès humaniste, mais qui colonnages, systèmes rubricaux de mieux en mieux ordonnés, actu-
flirte par ailleurs avec la société de masse, qu’elle contribue à alisation de la « une » par l’apparition de grands titres et d’illustrations
installer au fur et à mesure de son rayonnement. bientôt photographiques – mais aussi l’histoire de l’évolution des
Pas de démocratie sans un accès aux débats, aux enjeux, moyens d’impression, depuis l’imprimerie gutenbergienne capable
à la diversité des sources d’information permettant à chacun de produire beaucoup d’exemplaires avec de grands frais, jusqu’à la
Une (petite) histoire de la presse en images

de se forger, au final, une opinion claire, une compétence politique numérisation et l’offset d’aujourd’hui, en passant par la grande période
raisonnée et libre. de l’industrialisation des rotatives typographiques et des linotypes.
Dans cette perspective, il est fondamental de reconnaître Cette double évolution pour mieux servir les publics de la presse,
dans la presse un moyen, parfois aussi un « pouvoir », dans le sens plus diversifiés à la fin de l’Ancien Régime et pendant la Révolution
d’une « contribution », de repousser les deux ennemis jurés de qu’on ne l’a souvent dit, réduits aux cercles plus ou moins larges de
la démocratie moderne, que sont le repli sur soi cher à Tocqueville notables de la politique et de la culture dans le premier XIXe siècle,
ou la tyrannie de la majorité crainte par John Stuart Mill. élargis ensuite à la lecture populaire grâce aux progrès de l’école et de
Bâtie par de grands dirigeants et de nombreux travailleurs la presse d’information vendue cinq centimes le numéro.
de l’ombre, la presse change actuellement de modèle économique, Vit-on aujourd’hui un nouvel épisode de l’histoire des
ce qui a forcément un effet sur le paysage éditorial, mais pas sur journaux ?
ses missions. Après l’âge de l’information célébration des gazettes, la presse
Les plateformes numériques ne viendront pas à bout quotidienne est passée de l’âge de l’opinion militante à celui de la
de la presse en tant que créateur d’opinion, c’est aussi ce que montre grande information de masse, de l’âge du journal rare et cher – à peine
l’exposition. 50 000 exemplaires tirés à Paris et en province au tout début des an-
nées 1830 – à celui du journal partout diffusé à bas prix – neuf millions
et demi d’exemplaires en 1914. Depuis les difficultés de la Grande
Guerre 1914-1918, la presse quotidienne est entrée dans une période
séculaire d’adaptation à des temps plus difficiles, se soldant par un
reflux très net de sa diffusion. Après avoir voisiné avec la radio puis la
télévision, pourra-t-elle longtemps résister à la concurrence du web,
Scoop

cherchant à garder un lectorat évanescent, formule après formule,


maquette après maquette ?
Bernard Gelin
Donateur, conseiller pour l’exposition

- Cette exposition est une escale, un moment

Page 7
de l’histoire, parce que nous sommes
à un tournant
Sur quels critères avez-vous constitué cette collection Dans le catalogue de ma collection, j’ai fait apparaître
de 30 000 quotidiens ? un journal avec une nouvelle entrée si son titre change, ne serait-ce
D’abord, 30 000 journaux, cela ne veut rien dire. Tout le que d’un mot. Le Nouvelliste et Le Nouvelliste de Lyon, ou L’Express
monde peut collectionner en allant sur le Bon Coin ou eBay. Mais une et L’Express de Lyon, ou France Soir et France Soir Plus, pour moi, c’est
collection, ce n’est pas seulement des achats et des trouvailles bien le même journal, mais j’ai choisi de faire des entrées différentes parce
menés. Cela représente beaucoup de temps, de persévérance, que changer de titre a une signification. J’ai d’ailleurs soigneusement

8 octobre 2015 – 10 janvier 2016


de chance, de hasard. Et un projet préalable. recopié, dans mon catalogue, les éditoriaux qui expliquent
J’ai organisé ma collection comme une histoire de la presse ces changements. J’ai aussi classé les journaux par pays. L’Onu
racontée par ses journaux. J’ai sélectionné le journal pour l’évolution de reconnaît 193 pays et la Fifa 209, pour moi il y en a beaucoup plus.
sa formule, de sa maquette, son changement de format, de propri- Un journal de Munich des années 1800, il faut bien le situer en Bavière
étaire, de ligne éditoriale, de titre. C’est cela qui fait la vie de la presse. et non pas en Allemagne, même si par commodité, il est classé selon
J’ai choisi de ne pas privilégier l’actualité que véhicule la nomenclature actuelle des pays, avec les autres titres munichois.
le journal. Mais quand certains quotidiens font leur une avec des mo- Comment situer cette exposition dans le paysage de la
ments forts de la vie nationale et internationale, bien évidemment, presse française en proie à de nombreuses difficultés ?
cela aussi devient un critère de choix. Cette exposition n’est pas seulement un retour en arrière
Ce vers quoi j’ai tendu, c’est la diversité beaucoup plus sur 400 ans de presse. C’est une escale, un moment de l’histoire qu’on
que le volume, la représentativité plutôt que l’exhaustivité. J’ai éliminé fixe parce que nous sommes à un tournant.
des journaux non significatifs et je répertorie ainsi environ 13 000 titres Aujourd’hui on assiste à un certain déclin. La presse existera
dans la collection que j’ai donnée au Musée, une partie 1 a déjà rejoint toujours, mais sa forme papier va disparaître à plus ou moins longue

Des premières feuilles aux gazettes et aux journaux


l’établissement, je continue à documenter ce qui reste encore chez échéance, et peut-être moins rapidement que prévu.
moi. Il y a quelques années, les gratuits c’était l’avenir. Or, regardez
Il m’est arrivé également de découvrir des journaux qui ont Metronews, dont le dernier numéro papier est daté du 3 juillet 2015…
échappé au dépôt légal et ne sont pas répertoriés dans les collections Les grands hebdomadaires d’opinion, qui ont longtemps été une
publiques, spécialement pendant les périodes troublées. Ainsi, réussite et une spécificité françaises, sont aussi en perte de vitesse.
pour citer des quotidiens lyonnais : Le Républicain, en septembre 1870, Seule aujourd’hui, la presse spécialisée semble tirer son épingle
ou La Dernière Heure, due à l’imprimeur Bascou en septembre 1914, du jeu, grâce aux niches de lectorat où elle prospère.
ou même l’édition du Journal de Paris replié à Lyon à la même époque En Afrique ou en Asie et généralement dans tous les pays
dramatique. émergents, la presse papier se porte très bien. En Chine, en Inde, il n’y
Pourquoi avoir collectionné des quotidiens plutôt a jamais eu autant de quotidiens. Mais aux Etats-Unis c’est la mort
que des périodiques ? programmée de la presse papier, plusieurs villes déjà n’ont plus
Ma collection est majoritairement constituée de quotidiens, de quotidien. Tous les titres survivants, là-bas comme ici, cherchent
parce qu’ils sont des instantanés de l’opinion, au jour le jour, et désespérément la transition, en imaginant toutes sortes de formules
c’est ce qui m’a intéressé et fasciné. entre gratuité totale sur internet et paiement dès le premier article,
La presse quotidienne c’est, historiquement, « le » média im- selon la valeur de l’information proposée.
portant. Pendant des siècles, elle a été la seule à relayer les nouvelles, Il y a aussi le renouvellement des générations, je ne connais
avant la radio, la télévision, internet. Le journal du jour a presque pas beaucoup de jeunes aujourd’hui qui achètent des journaux (à part
été une addiction, les lecteurs achetaient plusieurs éditions quoti- L’Équipe !). Et pourtant, la presse quotidienne n’a jamais eu autant
diennes, les camelots en tiraient parti en magnifiant les nouvelles, par- de lecteurs, via internet…

Une (petite) histoire de la presse en images


fois fausses, ou des faits minuscules. Mais avant tout, ce qui émerge,
en tout cas pour la France et l’Europe c’est la puissance de la presse,
la multiplicité des points de vue. Pas de pensée unique, pas de langue
de bois, ce qui ne signifie pas : indépendance, vérité ou impartialité !
Le quotidien est le reflet (imparfait) de l’histoire. Sa présenta-
tion a beaucoup évolué : c’est l’objet même de l’exposition que
de le donner à voir ! Mais on peut estimer que cette évolution n’a fait
que suivre celle de la société. Des journaux denses, sans titraille,
qui seraient illisibles pour le lecteur pressé et tellement sollicité
d’aujourd’hui, remplissaient très bien leur office. Si on fait l’effort par
exemple de lire les journaux américains de la guerre de Sécession,
où un article en caractères minuscules, avec plusieurs « titres » succes-
sifs d’une seule ligne sur une colonne, sans intertitres, peut se prolon-
ger sur plusieurs colonnes, on se sent parfaitement informé.
La capacité des quotidiens à provoquer les évolutions
techniques est aussi à relever, puisque certains patrons de presse
ont été des moteurs d’innovations dans les industries graphiques.
Regardez Le Journal des Débats, né en 1789. Il a traversé les années et
les formats, de quelques centimètres carrés il a grandi jusqu’à être
tenu à bout de bras, au gré des évolutions des machines à imprimer !
Scoop

Vous avez-vous-même documenté la collection que


vous avez donnée au Musée. Quels ont été vos axes
de classement ?

1 5 473 titres
Le Progrès
de Lyon, partenaire
de l’exposition
Le quotidien régional a mis à
la disposition du Musée ses archives
et des films concernant son impri-
merie, à découvrir dans l’exposition,
des éléments de scénographie ;
il offre également à nos visiteurs
dix abonnements numériques d’une
durée d’un mois, à gagner sur notre La collection Gelin vous livre ses secrets
site en répondant à une question grâce à une borne de consultation
(début du jeu le 9 octobre). Bernard Gelin a catalogué dans une base de données
conçue par Pierre-Antoine Lebel, documentaliste du Musée,
l’intégralité de sa collection. Vous pourrez donc faire des
recherches sur le journal qui vous intéresse à partir d’un poste
mis à votre disposition dans l’exposition.
5 473 titres sont consultables avec la date de création
et de fin du journal, les adresses d’édition et d’impression,
la périodicité, la langue, les noms des rédacteurs en chef,
des illustrateurs et contributeurs importants, les changements
d’adresse. Un commentaire peut être rattaché au journal s’il
relate un événement marquant.
Les recherches se font par critères géographiques
(départements français et villes) et historiques, par périodicité,
langue ou mots d’un titre spécifique.

SCOOP : une histoire


graphique de la presse
8 octobre 2015 —
31 janvier 2016

Autour de l’exposition
Catalogue de l’exposition rédigé par Gilles
Feyel, avant-propos de Joseph Belletante
directeur du Musée de l’imprimerie
et de la communication graphique, texte
de Bernard Gelin, collectionneur et donateur
du Musée. 40 pages format 340 × 230,
puis recassé comme un journal
(230 × 170), illustrations en quadrichromie.
ISBN 978-2-85682-020-9. Prix : 8 €,
en vente à l’accueil du Musée ou par
correspondance.

Conférence
de Gilles Feyel De la Gazette de Renaudot
au site Mediapart. Les journaux aussi ont
une histoire graphique, 30 novembre 2015 à
18 h 15, Archives municipales de Lyon,
entrée libre.

Visites guidées,
ateliers,
à découvrir dans notre programme
d’activités en ligne sur notre site
[Link]

Visuels
à télécharger sur notre site
[Link]

[Link], rubrique presse

Contact
[Link]@[Link]
T 04 37 23 65 33

Pour aller
encore plus loin
bernardgelin@[Link]
[Link]@[Link]

Musée de l’imprimerie
et de la communica­
tion graphique
13, rue de la Poulaillerie
Lyon 2e arr.
Le Musée est ouvert :
– du mercredi au dimanche inclus;
– de 10 h 30 à 18 h.

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