Mouvements des eaux dans l'argile Champlain
Mouvements des eaux dans l'argile Champlain
EL MEHDI BENABDALLAH
(GÉNIE MINÉRAL)
Avril 2010
DÉDICACE
A Hind, mon épouse. Ce travail te doit beaucoup...Qu'il soit pour toi le témoignage de mon
infinie reconnaissance pour ces années de privation, de compréhension et d'efforts communs.
A mes parents, pour votre soutien et encouragements. Cette thèse est l'aboutissement de tant
d'efforts tout au long de ma scolarité. Qu'ils en soient remerciés par cette modeste dédicace.
REMERCIEMENTS
Comme le veut la tradition, je vais tenter de satisfaire au difficile exercice de la page des
remerciements, peut-être la tâche la plus ardue de ces années de thèse. Non qu'exprimer ma
gratitude envers les personnes en qui j'ai trouvé un soutien soit contre ma nature, bien au
contraire, la difficulté tient plutôt dans le fait de trouver les mots pour remercier chaque personne
qui a, d'une manière ou d'une autre, contribué au bon déroulement et l'aboutissement de ce projet.
La première personne que je tiens à remercier est mon directeur d`étude, le Pr. Robert Chapuis,
qui a su me laisser la liberté nécessaire à l'accomplissement de mes travaux, tout en y gardant un
œil critique et avisé. Nos échanges continuels, si riches, ont sûrement été la clé de réussite de ce
travail.
J'exprime mes profonds remerciements à mes deux collègues et amis, François Duhaime et
François Réginensi. Votre rigueur, votre sens de l'humour et vos connaissances ont grandement
contribué à l'aboutissement de ce travail.
Je voudrais aussi exprimer toute ma gratitude à Antonio Gatien. Ses connaissances pratiques, sa
discipline et l'amour qu'il porte à son travail ont été pour moi, une grande source d'inspiration.
Merci pour tout.
Je ne saurais oublier de remercier toute l'équipe de BFI-Lachenaie avec qui j'ai eu le plaisir de
collaborer pendant ces 5 dernières années. Merci à Jean-Claude Marron et Pierre Geoffroy pour
leur disponibilité et leur bonne humeur.
Enfin, Je voudrais spécialement remercier mon frère Omar, pour tous les Vendredis soir studieux
qu'on a passé ensemble en essayant de progresser et de développer nos talents.
v
RÉSUMÉ
Les argiles Champlain qui recouvrent la majorité des Basses Terres du Saint-Laurent, et
notamment la région de Lachenaie près de Montréal, ont été déposées lors de l‟épisode marin de
la mer Champlain il y a environ 10000 ans. Les concentrations des ions Na+ et Cl- dans l‟eau
interstitielle des argiles ainsi que dans le till et le roc sous-jacents, atteignent parfois 40 % à 50 %
de la concentration de ces ions dans l‟eau de mer, ce qui rend l‟eau souterraine impropre à la
consommation et à l‟irrigation agricole, ce qui est le cas dans la région de Lachenaie près de
Montréal (Québec). La présence de ces importantes teneurs en sels dans l‟argile et le roc ont
soulevé plusieurs questions sur la nature des mouvements des eaux souterraines dans les argiles
Champlain depuis leur formation ainsi que sur la migration de certains ions majeurs, et
spécialement des chlorures, durant ces 10000 dernières années.
Les propriétés géotechniques, hydrauliques et géochimiques des argiles Champlain dans la région
de Lachenaie (Québec) ont été étudiées afin d‟essayer de comprendre les mouvements des eaux
et de quelques ions majeurs dans l'argile et le roc sous-jacent.
Pour cela, neuf piézomètres ont été installés dans le roc et dix-huit dans l'argile. L‟argile a été
échantillonnée en continu avec des tubes Shelby afin de minimiser le remaniement. Les
échantillons d'argile intacte ont été recueillis, extraits au laboratoire et utilisés pour mener des
analyses chimiques, isotopiques ainsi que des essais mécaniques et hydrauliques au laboratoire.
Deux dispositifs d'extraction de l'eau interstitielle dans l'argile ont été mis au point afin d‟extraire
des volumes d‟eau sans pour autant influencer les concentrations des ions majeurs et du pH. On a
remarqué que le premier dispositif permet d‟obtenir des échantillons d‟eaux interstitielles
représentatives du milieu pour des pressions d‟extraction maximales de 800 kPa. Un second
dispositif a été utilisé pour des pressions supérieures allant jusqu'à 30 MPa. On a pu constater une
importante variation des concentrations et du pH de l‟eau à partir de 1 MPa. Suite aux
expériences de l‟auteur, on recommande que l'eau des piézomètres installés dans le roc soit
échantillonnée par la méthode connue sous le nom de purge et échantillonnage à faible débit et
faible rabattement.
Les résultats des analyses chimiques de l'eau ont montré que les eaux interstitielles dans l'argile
ainsi que les eaux circulant dans le roc sont des eaux extrêmement salées et impropres à la
consommation et à l'usage agricole. Les analyses de ces eaux avec le carbone-14 indiquent que
vi
ces eaux sont très vieilles et remontent à l'époque du dépôt des argiles Champlain dans un
18
environnement marin. Les analyses isotopiques avec les isotopes O et 2H ont quant à elles,
montré que les eaux présentes dans l'argile sont un mélange d'eaux provenant de plusieurs
origines et notamment d'eaux marines, d‟eaux de fontes des glaces et d'eaux météoriques
modernes.
Les essais mécaniques et hydrauliques au laboratoire et in situ montrent que les eaux souterraines
se déplacent verticalement et lentement dans le dépôt d'argile. La faible conductivité hydraulique
de ce dernier (1x10-9 m/s) a été déterminée au laboratoire et in situ. La présence d'un effet
d'échelle a été constatée pour les échantillons d‟argile d'une hauteur inférieure à 5 cm. Des essais
de pompage ont quant à eux permis d‟estimer la conductivité hydraulique du roc (1x10-6 m/s).
Aussi, les essais de consolidation œdométriques ont permis d‟obtenir plusieurs informations sur
les propriétés mécaniques et géotechniques des argiles Champlain à Lachenaie. Ainsi, la porosité
dans les 9 sites où l‟argile a été échantillonnée en continu varie entre 0,45 et 0,60. Les pressions
de préconsolidation quant à elles varient entre 180 kPa et 580 kPa. Les limites de liquidité des
argiles étudiées sont typiques des argiles Champlain et varient entre 40% et 77%.
En ce qui concerne la migration des chlorures dans la couche d'argile, on constate que cette
dernière est non seulement contrôlée par la diffusion moléculaire mais aussi par l'advection. Les
profils de concentrations de chlorures obtenus grâce aux analyses chimiques coïncident avec les
résultats de la modélisation numérique. Les chlorures diffusent donc dans l'argile et sont aussi
déplacés par les eaux de précipitation et de fontes des neiges infiltrées par la surface. Les
mouvements des ions dans la couche d‟argile ont été influencés par la présence pendant 3000 ans
du lac d‟eau douce Lampsilis à la surface de l‟argile, ce qui a favorisé le processus de diffusion
vii
des ions vers la surface du dépôt d‟argile. Puis après la disparition de ce lac d'eau douce, la
diffusion et l‟advection ont ensemble été les deux processus de transport des ions. L‟advection a
été, tout au long de cette période qui dure depuis 7000 ans environ, influencée par des
changements du régime hydrogéologique.
Enfin, une approche intégrée qui regroupe dans la même étude plusieurs disciplines et notamment
l‟hydrogéologie, la géotechnique, la modélisation numérique, la géochimie et l‟étude isotopique a
été adoptée dans ce projet. Cette approche a permis de constater que la complexité de la
problématique traitée nécessite le traitement de cette dernière par plusieurs angles afin d‟élucider
plusieurs zones d‟ombre. D‟autres disciplines, comme l‟étude bactériologique de l‟eau et des
argiles, pourraient être utilisées pour mieux comprendre les phénomènes liées à la production des
bicarbonates pendant le lessivage des argiles au laboratoire ou pour mieux comprendre le
processus de sulfatoréduction.
viii
ABSTRACT
The Champlain clay that covers most of the Saint-Laurent Lowlands, and in particular the region
of Lachenaie near Montreal, was deposited during the marine episode of the Champlain Sea
10000 years ago. The high concentrations of Na+ and Cl- in the clay pore water and in the
underlying till and rock, which sometimes reach 40% to 50% of the concentration of sea water,
prevent one from using the water for human consumption or agricultural irrigation. The presence
of these important contents of salts in the clay and the rock raised several questions about the
nature of the movements of ground water in the Champlain clays since their formation as well as
on the migration of the major ions, and especially the chlorides, during these last 10000 years.
The geotechnical, hydraulic and geochemical properties of the Champlain clay in the region of
Lachenaie (Quebec) were investigated in order to understand better the movements of
groundwater and some major ions in the clay and the underlying bedrock.
A network composed of nine piezometers in the rock and eighteen in the clay was installed in
order to monitor the chemistry of water and to do hydraulic tests. The clay was sampled
continuously using Shelby tubes to minimize its reworking. These samples were extracted in the
laboratory and used in the chemical and isotopic analysis and in the mechanical and geotechnical
tests.
Two pore water extractors were then developed in the Hydrogeology laboratory at the École
Polytechnique de Montréal: A low pressure and a high pressure device. The low pressure device
made it possible to obtain representative pore water samples without affecting the major ions
`concentrations and the pH for pressures lower than 800 kPa. The second device uses pressures
up to 30 MPa. Large variations in the concentrations of the ions and in the pH were observed
when the pressure of extraction exceeded 1 MPa. Also, as a result of the author‟s experiments, it
is recommended that ground water in the bedrock be sampled using the low-flow purging and
sampling method.
The results of the chemical analysis of the water samples show that the clay pore water and the
water flowing in the underlying bedrock are extremely salty and can‟t be used as drinking water
or for agriculture. The 14C analysis indicates that these waters are very old and that their age dates
back to the deposition of the Champlain clays in a marine environment. The isotopic analysis
with 18O and 2H show that waters present in the clay and the rock are a mixture of waters with 3
ix
different origins: meteoric modern waters, sea waters and waters originating from melting of
glaciers.
The mechanical and hydraulic laboratory and in situ tests show that groundwater flows vertically
and very slowly in the clay formation. The low hydraulic conductivity (1x10-9 m/s) of this
Champlain clay was determined in the laboratory using triaxial and oedometric tests and in situ
variable head tests. The author noticed the presence of a scale effect when conducting the
permeability tests: the value of k is underestimated for samples smaller than 5 cm. Pumping tests
gave on estimate of the hydraulic conductivity of the bedrock (1x10-6 m/s). The mechanical and
geotechnical properties of the clay were obtained using consolidation tests in oedometric cells.
The porosity of the clay sampled from the nine sites varies between 0,45 and 0,60. The
preconsolidation pressures vary between 180 kPa and 580 kPa. The liquidity limits are typical of
the limits found in other Champlain clays in Quebec and Ontario and vary between 40% and
77%.
The numerical modeling shows the evolution of hydrogeological conditions in the region during
the last 10000 years. The change in the topography caused by surface erosion of the clay is
mostly responsible for this evolution. Despite the low hydraulic gradients in the clay, water
infiltrating from the surface of the clay reached the discharge area (Milles-Iles River) after going
through the entire clay, the till and the fractured rock. After the erosion occurred, zones of
resurgence and watersheds appeared in the studied region, creating subregions with different
geotechnical and hydrogeological properties.
Regarding the migration of Cl- ions, it was observed that this process was not only controlled by
the molecular diffusion but also by advection. The concentration profiles obtained with the
chemical analysis with the results obtained with the numerical modeling. Cl- diffuses in the clay
and is also displaced with the movement of the infiltrated rain and water of melting snow.
The migration of the ions in the clay was influenced by the presence during 3000 years of the
Lampsilis freshwater Lake at the surface of the clay. This presence drove the process of diffusion
of the salts toward the surface. After the Lake disappeared, both diffusion and advection took
place. Dispersion was, during these 7000 years, influenced by the change in the hydrogeological
regimes in the region.
Finally, an integrated approach where different area of specialization, such as hydrogeology,
x
geotechnics, geochemistry and numerical modeling, was used in the project. This approach gave
the opportunity to treat the problem from different views. A bacteriologic investigation of the
water and the clay would be a recommended next step to help understand the effect of bacterial
activity on the geochemical process and to demystify the phenomenon of bicarbonate production
observed during leaching in the laboratory.
xi
REMERCIEMENTS ..................................................................................................................... IV
RÉSUMÉ ........................................................................................................................................ V
INTRODUCTION ........................................................................................................................... 1
3.2.4 Charges hydrauliques et notion de temps de réponse (Time Lag) ........................... 108
4.5 Échantillonnage de l‟eau dans les piézomètres: pour ou contre? ................................. 161
4.11 . Résultats des analyses d‟ions majeurs et profils vs profondeur ................................. 195
6.5 Échantillons d‟eau souterraine circulant dans l‟argile et le roc ................................... 310
Tableau 2.3: Propriétés et artefacts des techniques courantes d‟extraction d‟eau interstitielle
(selon OCDE, 2000) ............................................................................................................... 43
Tableau 2.5: Propriétés mécaniques de l‟argile dans le site BFI-Lachenaie (GSI, 2003) .............. 60
Tableau 2.6: Conductivité hydraulique in situ dans le till et l‟argile (d‟après GSI, 2001) ............ 61
Tableau 2.7: Quelques valeurs du coefficient de diffusion pour des anions et cations .................. 70
Tableau 2.9 : Coefficients de diffusion effective pour plusieurs ions dans des sols argileux
(extrait de Garga et O‟Shaughnessy, 1994) ........................................................................... 81
Tableau 3.1: Valeurs des constantes c et m selon la nature du milieu géologique. [Extrait de
Schulze-Makuch 2005] ........................................................................................................ 122
Tableau 4.1: Analyses semi-quantitatives par diffractométrie de rayons X sur des échantillons
d‟argile ................................................................................................................................. 136
Tableau 4.2: Analyses semi-quantitatives par diffractométrie de rayons X sur des échantillons de
roc ......................................................................................................................................... 136
Tableau 4.3: Comparaison des propriétés des argiles Champlain de l‟est du Canada avec les
argiles de Lachenaie (extrait de Claveau-Mallet, 2008) ...................................................... 145
Tableau 4.4: Débits, vitesses, conductivités hydrauliques et gradients pendant la purge des
piézomètres dans le roc ........................................................................................................ 157
Tableau 4.5: Conductivités hydrauliques in situ des différents forages ....................................... 171
xvii
Tableau 4.6: Valeurs et paramètres utilisés pour estimer la conductivité hydraulique avec la
méthode de Mbonimpa et al. (2002) pour cinq échantillons d'argile ................................... 180
Tableau 4.7: Valeurs et paramètres utilisés pour estimer la conductivité hydraulique avec la
méthode de Kozeny-Carman pour six échantillons d'argile ................................................. 180
Tableau 4.8: Valeurs de δ2H et δ18O dans l‟eau interstitielle des différents forages ................... 221
Tableau 4.9: Résultats des analyses de carbone 14 (Sites 01, 02 et 03)....................................... 229
Tableau 4.10: Résultats des analyses de carbone 14 (Sites 04, 05 et 06)..................................... 230
Tableau 4.11: Résultats des analyses de carbone 14 (Sites 07, 08 et 09)..................................... 231
Tableau 4.13: Élévations de la nappe et conductivités hydrauliques dans le till ......................... 239
Tableau 4.14: Suivi du niveau de la nappe dans le till et dans le roc ........................................... 240
Tableau 4.15: Propriétés des forages dans le roc et charges hydrauliques .................................. 243
Tableau 4.16: Propriétés des piézomètres dans l‟argile, niveaux statiques et gradients .............. 244
Tableau 5.1: Charges et gradients hydrauliques calculés dans l'argile ........................................ 260
Tableau 5.2: Méthodes de détermination des dispersivités longitudinale et transversale ............ 269
Tableau 5.3 : Les différents cas utilisés lors de la modélisation de la migration des chlorures ... 304
Tableau 6.1: Gradients hydrauliques et vitesses d'écoulement dans la couche d‟argile pour le
modèle actuel........................................................................................................................ 309
Tableau 6.2: Gradients hydrauliques et vitesses d'écoulement dans l'argile pour le modèle post
érosion .................................................................................................................................. 309
xviii
Figure 2.1: Extension maximale des eaux salées da la Mer de Champlain ..................................... 9
Figure 2.3: Épisodes de formation de la Mer Champlain entre -14 000 et -6000 ans.................... 12
Figure 2.4: Retrait des glaciers et formation des lacs pro-glaciaires ............................................. 13
Figure 2.5: Processus de formation de la Mer Champlain et natures des dépôts dans la région
d‟Ottawa-Gatineau ................................................................................................................. 14
Figure 2.6: Modèle hypothétique de répartition de la salinité au niveau du contact entre eaux
marines et eaux de fonte glaciale aux abords de la calotte (modifié d‟après Wassenaar et
al.1988). .................................................................................................................................. 15
Figure 2.9: Relation entre l‟indice de compression et l‟indice des vides pour les argiles de la mer
Champlain. Extrait de Leroueil et al. (1983) .......................................................................... 27
Figure 2.10: Variation de la perméabilité verticale en fonction de l‟indice des vides pour
différentes argiles canadiennes (Tavenas et al. 1983) ............................................................ 29
Figure 2.11: Relation Ck-eo pour différentes argiles naturelles (Tavenas et al. 1983) ................... 31
Figure 2.12: Différences entre purge à faible débit (gauche) et la purge traditionnelle (Extrait de
Ritchey 2002) ......................................................................................................................... 36
Figure 2.13: Causes de la variation du rapport δ2H sur δ18O (Extrait de Kresic 2007) ................. 48
Figure 2.14: Variation annuelles et saisonnières de δ18O (Extrait de Kresic 2007) ....................... 48
Figure 2.18: Ratio DL/Dd et DT/Dd par rapport au nombre de Péclet (Fetter 1999) ....................... 73
xix
Figure 2.20 : Programme expérimental suivi pour la caractérisation d‟argiles ainsi que les essais
de laboratoire (Montgrain, 1997) ........................................................................................... 78
Figure 3.4: Branchements pour un essai de perméabilité sur une cellule œdométrique ................ 89
Figure 3.5: Appareil de Casagrande utilisé pour déterminer les limites de liquidité ..................... 93
Figure 3.7: Préparation et montage de l‟argile sur le dispositif d‟extraction à basse pression ...... 98
Figure 3.8: Dispositif d‟extraction d‟eau interstitielle à haute pression ...................................... 100
Figure 3.9: Opération de forage pour l‟installation des piézomètres ........................................... 102
Figure 3.11: Procédure pour rendre un modèle opérationnel (Cornaton et Perrochet 2007) ....... 112
Figure 3.12: Dispersivité longitudinale versus échelle d‟observation, identifiée par le type
d‟observation et le type d‟aquifère [d‟après Gelhar et al. 1992] .......................................... 114
Figure 3.13: Dispersivité longitudinale versus échelle d‟observation, données classées par degré
de fiabilité [d‟après Gelhar et al. 1992]................................................................................ 115
Figure 3.15: Dispersivité transversale (verticale) versus échelle d‟observation, données classées
par degré de fiabilité [d‟après Gelhar et al. 1992] ................................................................ 117
Figure 3.17: Dispersivité longitudinale versus l‟échelle d‟observation pour des média consolidés
(Schulze-Makuch, 2005) ...................................................................................................... 121
Figure 3.18: Méthodologie pour déterminer le spectre des dispersivités (Al-Suwaiyan, 1996) .. 123
xx
Figure 3.19: Comparaison entre différentes estimations des dispersivités .................................. 124
Figure 4.1: Localisation du site du projet (source: Google Map) ................................................ 126
Figure 4.3: Dépôts de surface dans la zone d‟étude (Dion, 1978) ............................................... 131
Figure 4.4: Schéma des puits d‟observation des eaux souterraines dans l‟argile et le roc ........... 133
Figure 4.5: Emplacement des 9 sites abritant les forages ............................................................ 134
Figure 4.7: Densité des grains de l‟argile versus la profondeur de l‟échantillon ......................... 138
Figure 4.8: Évolution de la limite de liquidité et du pourcentage plus petit que 2 microns par
rapport à l‟élévation ............................................................................................................. 139
Figure 4.9: Abaque de Casagrande pour les limites de consistance et positionnement des valeurs
obtenues ................................................................................................................................ 140
Figure 4.10: Répartition des limites de plasticité de l‟argile de Lachenaie ................................. 140
Figure 4.12: Relation entre la salinité et la sensibilité de quelques argiles (Extrait de Claveau-
Mallet, 2008) ........................................................................................................................ 142
Figure 4.13: Indice de compression versus e0 pour les argiles de Lachenaie .............................. 143
Figure 4.14: Superposition des valeurs de Cc versus e0 sur le graphe de Leroueil et al. (1983) . 143
Figure 4.27: Évolution de la salinité de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans le roc (Mai 2009) ..................................................................................... 162
Figure 4.28: Évolution de la salinité de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans l‟argile (Mai 2009)................................................................................... 163
Figure 4.29: Évolution du pH de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les piézomètres
dans le roc (Mai 2009) ......................................................................................................... 163
Figure 4.30: Évolution du pH de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les piézomètres
dans l‟argile (Mai 2009) ....................................................................................................... 164
Figure 4.31: Évolution de la température par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans le roc (Mai 2009) ..................................................................................... 164
Figure 4.32: Évolution de la température par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans l‟argile (Mai 2009)................................................................................... 165
Figure 4.33: Conductivité hydraulique de l‟argile en fonction de l‟élévation de l‟échantillon ... 167
Figure 4.36: Conductivité hydraulique de l‟argile versus les contraintes effectives horizontales à
différentes élévations............................................................................................................ 170
Figure 4.37: Indice des vides e versus conductivité hydraulique pour différentes argiles ........... 170
Figure 4.39: Emplacement des sites et conductivités hydrauliques en haut et en bas de la couche
d‟argile ................................................................................................................................. 173
xxii
Figure 4.40: Conductivité hydraulique in situ en fonction de la longueur de la crépine ............. 174
Figure 4.41: Évolution des conductivités hydrauliques prédites en fonction de la profondeur ... 178
Figure 4.42: Conductivité hydraulique versus indice des vides ................................................... 179
Figure 4.43: Conductivité hydraulique de l‟argile en utilisant la méthode in situ et les méthodes
de laboratoire ........................................................................................................................ 183
Figure 4.49: Évolution de la concentration de Na+ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression ....................................................................................................................... 190
Figure 4.50: Évolution de la concentration de Cl- avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression ....................................................................................................................... 191
Figure 4.51: Évolution de la concentration de Ca++ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression ....................................................................................................................... 191
Figure 4.52: Évolution de la concentration de SO42- avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression ....................................................................................................................... 192
Figure 4.54: Évolution de la concentration de Mg2+ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression ....................................................................................................................... 193
xxiii
Figure 4.55: Évolution de la concentration de HCO3- avec la pression d‟extraction dans la cellule
à haute pression .................................................................................................................... 193
Figure 4.56: Évolution du pH avec la pression d‟extraction dans la cellule à haute pression ..... 194
Figure 4.65: Diagramme de Piper pour l‟ensemble des forages .................................................. 201
Figure 4.66: % Na+ dans l‟eau d‟argile et dans le roc par rapport à l‟eau de mer ....................... 202
Figure 4.67: % de Cl- dans l‟eau d`argile et dans le roc par rapport à l‟eau de mer .................... 203
Figure 4.68: Évolution de la concentration du sodium Na+ par rapport à la profondeur ............. 204
Figure 4.69: Évolution de la concentration des chlorures Cl- par rapport à la profondeur .......... 204
Figure 4.70: Concentration des chlorures (Cl-) versus la concentration du sodium (Na+) ........... 205
Figure 4.73: Concentration des chlorures (Cl-) versus la concentration du potassium (K+) ........ 208
Figure 4.74: Somme des concentrations (Ca + Mg) versus la somme des concentrations des
sulfates et carbonates (SO42-+HCO3-) .................................................................................. 209
Figure 4.75: Concentration du magnésium (Mg2+) versus la concentration des chlorures (Cl-) .. 210
Figure 4.76: Évolution du rapport Ca/Mg par rapport à la concentration des chlorures .............. 210
Figure 4.77: Concentration des (HCO3-) versus la concentration des (Cl-) ................................. 212
xxiv
Figure 4.81: Concentration des chlorures (Cl-) versus concentration des bromures (Br-) ........... 215
Figure 4.82: Concentration (mg/L) en sels dans le roc dans les 9 sites ....................................... 217
Figure 4.83: Variation de δ18O par rapport à la zone géographique ............................................ 219
Figure 4.84: Variation de δ2H par rapport à la zone géographique .............................................. 219
Figure 4.85: Variation de l‟excès en deutérium par rapport à la zone géographique .................. 220
Figure 4.86: Variation de δ18O, δ2H et de l‟excès en deutérium entre 1976 et 1983 à Sainte-
Agathe (Québec) .................................................................................................................. 220
Figure 4.88: Différents processus pouvant influencer la relation entre le deutérium et l‟oxygène-
18 (source: Kresic 2007) ...................................................................................................... 224
Figure 4.89: δ2H versus δ18O pour les eaux souterraines, les eaux de précipitation et l‟eau de la
rivière du St-Laurent ............................................................................................................ 225
Figure 4.91: Positionnement des échantillons d‟eau par rapport à la ligne de partage de Hillaire-
Marcel (1988) ....................................................................................................................... 226
Figure 4.92: Âge apparent non corrigé de l'eau souterraine en fonction de l'élévation ............... 232
Figure 4.93: Obturateur et capteur de pression utilisés pour obtenir les niveaux d‟eau dans les
piézomètres........................................................................................................................... 236
Figure 4.94: Exemple des données obtenues avec le capteur de pression lors de l‟utilisation des
obturateurs ............................................................................................................................ 237
Figure 4.95: Niveau de la rivière des Mille-Îles dans la station 043208 à Terrebonne ............... 238
Figure 4.96: Charges hydrauliques dans le roc dans les 9 sites ................................................... 243
Figure 4.97: Carte piézométrique de la zone d'étude et sens d‟écoulement ................................. 246
xxv
Figure 5.3: Charge hydraulique dans le roc pour les modèles réel et simplifié ........................... 249
Figure 5.4: Lignes d'écoulement et équipotentielles dans le modèle à géométrie réaliste ........... 252
Figure 5.6: Évolution des charges hydrauliques in situ et celles obtenues avec Seep dans le roc en
fonction de la distance .......................................................................................................... 255
Figure 5.7: La charge hydraulique obtenue avec Seep versus la charge hydraulique mesurée in
situ dans le roc et l'argile ...................................................................................................... 255
Figure 5.8: Évolution de la charge hydraulique dans le roc en fonction du niveau de la rivière des
Mille-Îles .............................................................................................................................. 256
Figure 5.9: Évolution de la charge hydraulique dans le roc avec la variation de la conductivité
hydraulique ........................................................................................................................... 257
Figure 5.10: Charges hydrauliques dans l'argile en variant la conductivité hydraulique (site 2) 257
Figure 5.11: Charges hydrauliques dans l'argile en variant la conductivité hydraulique (site 1) 258
Figure 5.13: Charges hydrauliques dans l'argile en fonction de l'élévation dans chaque site ...... 259
Figure 5.14: Variation des composantes de la vitesse Vx et Vy dans le roc selon x ................... 260
Figure 5.15: Variation de Vy dans l'argile, le till et le roc à x=1200m, 3900m et 6000m ........... 261
Figure 5.16: Équipotentielles et lignes d'écoulements pour le modèle avant érosion .................. 264
Figure 5.17: Évolution de la charge hydraulique dans le roc dans le modèle avant érosion ....... 265
Figure 5.19: Variation des composantes de la vitesse Vx et Vy dans le roc pour le modèle avant
érosion .................................................................................................................................. 266
xxvi
Figure 5.20: Variation des composantes de la vitesse Vx et Vy dans la couche d'argile dans le
modèle avant érosion. ........................................................................................................... 266
Figure 5.21: Équipotentiels et lignes d'écoulement pour le modèle 40m X 22m ........................ 273
Figure 5.22: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
en prenant en compte la diffusion et l'advection .................................................................. 274
Figure 5.23: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas d'une diffusion seulement .................................................................................. 275
Figure 5.24: Déplacement des particules (chlorures) par advection seulement en 4000 ans ....... 276
Figure 5.25: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
40 m X 22 m (modèle advection et diffusion) ..................................................................... 276
Figure 5.26: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
40 m X 22 m (modèle diffusion seulement) ......................................................................... 277
Figure 5.27: Lignes d'écoulement dans l'argile pour le modèle 1000 m X 22 m et un gradient de
0.08 ....................................................................................................................................... 277
Figure 5.28: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=4000 ans
(advection et diffusion) ........................................................................................................ 278
Figure 5.29: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (modèle advection et diffusion) ................................................................. 279
Figure 5.31: Distribution du nombre de Courant Cy dans la couche d'argile ............................... 280
Figure 5.32: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=4000 ans
dans le cas d'une diffusion seulement .................................................................................. 281
Figure 5.33: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
(advection et diffusion) ........................................................................................................ 282
Figure 5.34: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
(diffusion seulement)............................................................................................................ 282
xxvii
Figure 5.35: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas d'une diffusion à partir de l'argile vers le roc sous-jacent .................................. 283
Figure 5.36: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (diffusion de l'argile vers le roc sous-jacent) ............................................. 283
Figure 5.37: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas de la présence du Lac Lampsilis à la surface ..................................................... 284
Figure 5.38: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (Lac Lampsilis à la surface) ....................................................................... 285
Figure 5.39: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=7750 ans
(combinaison de l'épisode du Lac Lampsilis et de la phase lessivage) ................................ 286
Figure 5.40: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (combinaison de l'épisode du Lac Lampsilis et de la phase lessivage) ...... 286
Figure 5.41: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
avec un gradient hydraulique de 0.01................................................................................... 287
Figure 5.42: Distribution de la concentration des chlorures dans les couches d'argile, de till et de
roc (conditions hydrauliques réalistes) ................................................................................. 288
Figure 5.43: Distribution du nombre de Peclet (selon l'axe des x) Pex ........................................ 288
Figure 5.44: Distribution du nombre de Peclet Pey (selon l'axe des y) ........................................ 289
Figure 5.45: Distribution du nombre de Courant Cx (selon l'axe des x) ...................................... 289
Figure 5.46: Distribution du nombre de Courant Cy (selon l'axe des y) ...................................... 290
Figure 5.47: Évolution des concentrations des Cl- avec t à x=1500m de la rivière ..................... 290
Figure 5.48: Évolution des concentrations des Cl- avec t à x=1000m de la rivière ..................... 291
Figure 5.50 : Concentrations des chlorures pour le modèle actuel .............................................. 294
Figure 5.55 : Évolution des concentrations des chlorures avec le temps à x=1500m de la sortie
pour le modelé réaliste ......................................................................................................... 299
Figure 5.56 : Évolution des concentrations des chlorures avec le temps à x=1000m de la sortie
pour le modelé réaliste ......................................................................................................... 300
Figure 5.57: Profil des concentrations pour le modèle réel sans prendre en compte l'advection. 301
Figure 5.58: Évolution des concentrations des chlorures avec le temps au forage 02R .............. 302
Figure 5.59: Évolution des concentrations des chlorures avec le temps au forge 04R ................ 303
Figure 5.60: Évolution des concentrations des chlorures dans l'argile et le roc par rapport à la
profondeur dans les forages FP-06-02R, FP-06-01R et FP-07-04R .................................... 304
xxix
Cc :Indice de compression
Cp: Constante utilisée dans l‟équation proposée pour les sols plastics/cohésifs, g²/m4
C: Nombre de courant
d: Diamètre du piézomètre, m
ε: Déformation, m
eave: Valeur moyenne des indices des vides durant un palier de chargement
K : Perméabilité, m/s
L : Hauteur du spécimen, m
meq: milliéquivalent
xxxi
R : Coefficient de retard
V : Volume actuel, m³
Vo : Volume initial, m³
w : teneurs en eau, %
wL : limite de liquidité, %
wp : limite de plasticité, %
λ: Constante de désintégration
xxxiii
INTRODUCTION
Les argiles Champlain qui occupent la vallée du Saint-Laurent ont longuement été étudiées par
plusieurs chercheurs. Leurs propriétés géotechniques et physiques en font un matériau de choix
utilisé dans plusieurs ouvrages de génie civil et notamment pour les bassins de traitement d‟eaux
usées et les cellules de stockage des déchets. Les propriétés physiques et géotechniques des
argiles ont été le cœur de plusieurs publications. Des méthodes in situ et au laboratoire ont été
mises au point et développées pour estimer et calculer les différents paramètres permettant
l‟usage sécuritaire de l‟argile.
Par contre, le rôle hydrogéologique des argiles à l‟échelle régionale a été peu étudié et mérite
d‟être approfondi. Il existe deux théories pour expliquer le rôle hydrogéologique que joue la
couche d‟argile. Ces deux théories se rejoignent sur le fait que l‟eau trouvée dans le roc sous
l‟argile est salée, impropre à la consommation humaine et à l‟agriculture et pourrait dater
d‟environ 11 000 ans. Le désaccord entre ces deux théories réside dans l‟origine et la provenance
de cette eau présente dans le roc: cette eau, provient-elle de l‟infiltration à partir de la surface des
eaux de pluie et de la fonte des neiges à travers la couche d‟argile ou a t-elle une autre origine?
La méconnaissance des transferts d‟eau et d‟ions dans les argiles a plusieurs incidences sur les
projets d‟ouvrages étanches, plusieurs questions restent sans réponses ou ont différentes
réponses. Un développement scientifique est nécessaire pour élucider ces énigmes et donner des
réponses aux différentes questions encore en suspend.
Dans ce document, on mettra l‟accent sur les avancées faites dans ce domaine à travers une revue
de littérature. On exposera par la suite la méthodologie adoptée dans cette étude et on présentera
par la suite les résultats obtenus à la suite de travaux au laboratoire, d‟expériences in situ et de
modélisation numérique.
2
Depuis les années 1950, l‟émergence de nouveaux centres urbains et la construction du réseau
autoroutier du Québec ont donné naissance à une série de recherches sur les argiles Champlain.
Dans la plupart des régions du Québec, on rencontre les sols argileux dans les parties les plus
habitées du territoire, notamment, dans la vallée du Saint-Laurent, la vallée de l'Outaouais et la
région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les propriétés minéralogiques, géologiques et géotechniques
ont été scrutées dans plusieurs régions, dans une majorité de cas, afin de mieux comprendre et
prévenir les glissements de terrain et les coulées d‟argile dans ces régions peuplées.
Tout au long de cette thèse, on cherchera à bien comprendre les conditions d‟écoulement
souterrain très lent dans les argiles Champlain qui occupent la vallée du Saint-Laurent et plus
spécifiquement la région de Lachenaie. Ces argiles sont utilisées pour faire des ouvrages
“étanches”, bassins de traitement d‟eaux usées et cellules de stockage de déchets. Si l‟on connaît
bien les propriétés "étanches" du matériau argileux, par des essais en laboratoire (Tavenas F.
1983) ou en place (Benabdallah 2006)), le rôle hydrogéologique que joue cette couche d‟argile
sur les plans régional et historique mérite d‟être approfondi.
Ce sujet a déjà attiré la curiosité de chercheurs appartenant à différentes écoles de pensées : des
hydrogéologues et des ingénieurs. Il ressort des différents articles consultés qu‟il existe deux
théories sur ce rôle hydrogéologique. Les deux théories reconnaissent que l‟eau salée trouvée
dans le roc sous l‟argile, eau chargée en NaCl et impropre à la consommation humaine et à
l‟irrigation, est une eau très ancienne (11 000 ans et plus). Elles sont en désaccord quant à savoir
si l‟eau de pluie, ou de fonte de neige, s‟infiltre dans l‟argile pour rejoindre le roc fracturé sous-
jacent (Woodley 1996) ou au contraire, il y a une diffusion des ions dans l‟argile alors que la
composante advective du transport est ignorée (Desaulniers and Cherry 1989). Elles ont aussi
des explications différentes concernant la variation de la concentration de l‟eau salée au sein de la
couche d‟argile. La méconnaissance des très faibles débits d‟eau et d‟ions dans les argiles a des
incidences sur les projets d‟ouvrages étanches, plusieurs questions restent sans réponse ou bien
ont deux réponses différentes. Il est nécessaire de faire du développement scientifique spécifique
pour répondre aux questions en suspens.
3
Afin d‟atteindre le principal objectif de la thèse et qui consiste à mieux comprendre-en utilisant
une approche intégrée qui fait appel à différentes disciplines dont notamment la géotechnique, la
géologie, la géochimie et l‟hydrogéologie- les conditions hydrogéologiques dans les argiles
Champlain, on s‟est fixé, plusieurs objectifs intermédiaires dont la synthèse permettra de
répondre à la principale problématique. Ces objectifs intermédiaires peuvent être résumés dans
les huit points suivants :
Mettre au point une carte d‟écoulement des eaux souterraines de la zone d‟étude;
Déterminer un modèle conceptuel général des conditions d‟écoulement naturelles et cela,
à travers l‟évolution de la topographie et la géologie de la région;
Établir les influences des paramètres physiques sur l‟écoulement: épaisseur et
conductivité hydraulique de l‟argile, conductivité hydraulique du roc fracturé et du till,
distance L au point de résurgence de l‟eau
Mettre au point une procédure d'extraction de l'eau interstitielle de l'argile
Émettre des recommandations concernant l'échantillonnage de l'eau souterraine dans les
piézomètres.
Établir les influences de divers paramètres sur la migration des chlorures: paramètres
physiques, dispersivité de l‟argile et du roc, durée de la modélisation (de 0 à 11 000 ans
environ) ;
Mettre au point des méthodes pratiques, à l‟intention d‟ingénieurs et de scientifiques,
pour extraire l‟eau interstitielle des argiles Champlain et échantillonner l‟eau souterraine
dans les piézomètres.
Le but de l‟auteur étant, en plus de contribuer à la compréhension des phénomènes
hydrogéologiques dans cette région, pouvoir fournir des outils pratiques aux ingénieurs
concepteurs qui utilisent des argiles Champlain pour du stockage de déchets, ou la construction
d‟ouvrages civils pour mener à bien leurs projets.
Atteindre ces objectifs a demandé un travail d‟environ 4 ans. Il a fallu mettre au point une
méthodologie et avoir une approche intégrée ``projet`` pour travailler dans un premier temps sur
les différents aspects du projet, puis dans un deuxième temps, faire le lien entre les différentes
disciplines abordées et tirer des conclusions.
4
Le point de départ du projet consistait à émettre des hypothèses de recherche. Ces dernières
étaient inspirées de la littérature scientifique consultée et de notre propre vision du problème. La
recherche proposée part d‟une hypothèse principale que nous avons vérifié par ses nombreuses
conséquences: La salinité actuelle de l‟eau interstitielle des argiles provient non seulement de la
diffusion des sels dissous (mouvement vertical ascendant) mais aussi par une percolation ou un
``lessivage`` très lent d‟eau de mer par de l‟eau atmosphérique. Il en résulte que la salinité
constatée localement dans les rocs fracturés sous-jacents à l‟argile proviendrait d‟un apport lent
de sels dissous par une lente percolation verticale de l‟eau atmosphérique (pluie et neige) infiltrée
dans l‟argile et de la présence d‟eau de mer très ancienne et captive dans le roc
La première étape de tout projet de recherche et qui conditionne le succès de ce dernier est la
revue de littérature. Cette étape, présentée dans le chapitre 2 de cette thèse, a permis dans un
premier lieu de connaître le degré d‟avancement du sujet étudié dans la littérature scientifique
puis dans un deuxième temps, elle a permis de connaître les canaux prospectés et non prospectés
dans ce domaine et de voir les méthodes et les approches utilisées par différents chercheurs.
Enfin, elle a permis d‟obtenir des résultats à partir d‟études similaires ou complémentaires et de
les exploiter dans notre étude.
Puis, pour réaliser la recherche proposée, on a combiné des travaux de terrain, des travaux de
laboratoire et des approches théoriques pour bien définir les problèmes et poser des équations
réalistes, qui ont été résolues par des méthodes numériques adéquates (Chapuis [Link] al. 2001).
Un résumé de la nature des travaux réalisés est présenté ci-dessous.
5
La première étape des travaux de terrain a consisté à faire réaliser des forages afin de récupérer
des échantillons d‟argile intacte de façon continue (Tubes Shelby). Ces échantillons ont servi par
la suite à effectuer des essais de laboratoire et notamment des essais de perméabilité, des analyses
d‟eau interstitielle et de déterminer les propriétés physiques de l‟argile. Afin de minimiser le
remaniement de l‟argile pendant le forage, les forages ont été réalisés par battage et lavage
intérieur (jets d‟eau vers le haut uniquement) d‟un tubage lisse de calibre HW. Le forage a
ensuite été prolongé sur 6m dans le roc par carottage HQ ou NQ. Dans le roc foré, un piézomètre
a été installé et scellé avec de la bentonite sur toute la longueur dans l‟argile. Deux forages
adjacents, réalisés à l‟aide des mêmes techniques que précédemment, mais sans les travaux
d‟échantillonnage d‟argile, ont permis d‟installer deux piézomètres au 1/3 et 2/3 de l‟épaisseur de
l‟argile.
Des essais de perméabilité à niveaux variables ont été conduits dans les piézomètres installés. Les
essais à niveau remontant ont été privilégiés car ils évitent l‟adition d‟eau douce dans les forages.
Ces essais ont été réalisés entre les mois d‟Avril et Novembre afin d‟éviter les périodes de gel et
dégel. Les piézomètres installés dans le roc sont équipés de tuyaux dédiés pour échantillonner
l‟eau à l‟aide d‟une pompe péristaltique selon les techniques de faible débit et faible rabattement.
Les piézomètres au roc ont été purgés juste après leur installation afin de s‟assurer que toute l‟eau
douce injectée pendant le forage soit évacuée. Les échantillons d‟eau ont alors été prélevés une
fois que les paramètres physiques de l‟eau ont été stabilisés après pompage à faibles débits et
rabattements.
Chaque année, on a installé, dans chacun des trois sites sélectionnés, un piézomètre dans le roc et
deux dans l‟argile, soit un total de 9 forages par an. La première année, les sites ont été choisis
sur les terrains de BFI-Lachenaie. Les autres piézomètres ont été installés pendant la deuxième et
troisième année sur des sites publics ou appartenant à des compagnies privées.
Les échantillons d‟argile intacte ont été prélevés à l‟aide de tubes à parois minces de 73.5 mm de
diamètre. L‟argile échantillonnée a été extraite des tubes au laboratoire, à l‟aide d‟un piston, par
une technique minimisant le remaniement afin d‟obtenir des échantillons de haute qualité. Ces
6
derniers ont été découpés, identifiés, recouverts de paraffine, et conservés dans la chambre froide
humide du laboratoire d‟hydrogéologie jusqu‟au moment de l‟essai.
Ces échantillons ont permis de réaliser des essais d‟identification (teneur en eau naturelle, limites
de consistance, résistance au cisaillement non remanié), des essais mécaniques (consolidation
œdométriques verticale et horizontale), et hydrauliques (essais de perméabilité en cellule triaxiale
et en œdomètres, entre deux paliers de chargement) à différentes valeurs de l‟indice des vides.
Les travaux de laboratoire comprennent aussi la mise au point d‟un extracteur d‟eau interstitielle
dans l‟argile, à partir de cellules triaxiales modifiées pour réduire les volumes morts et éviter tout
contact de l‟eau avec l‟atmosphère. Dans le cas des argiles Champlain, et au vu des teneurs en
eau obtenues, un échantillon de 500 cm³ d‟argile contient environ 350 cm³ d‟eau. L‟extraction est
faite à des pressions ne dépassant pas 600 kPa (pression maximale pour laquelle les cellules ont
été conçues) , ce qui permet de dépasser les pressions de préconsolidation (entre 150 et 500 kPa),
tout en donnant un volume d‟eau anticipé d‟environ 120 cm³ ou plus. Des extractions sont
réalisées à différents paliers de pression pour vérifier l‟influence de cette dernière sur la
concentration des ions majeurs et de l‟iode présents dans l‟eau interstitielle.
Les analyses chimiques de l‟eau interstitielle ont été réalisées par le laboratoire Maxxam. Les
18
analyses des isotopes stables O et 2H faites par le laboratoire Hatch de l‟Université d‟Ottawa.
Les datations par 14C ont été effectuées par le laboratoire IsoTrace de l‟Université de Toronto, le
laboratoire de l‟Université de Géorgie et le laboratoire Beta Analytics. Le laboratoire de
géochimie de l‟École Polytechnique a fait quelques analyses requises pour la mise au point de la
procédure d‟extraction d‟eau interstitielle, et pour quelques contrôles de qualité
La modélisation numérique des écoulements d‟eau dans l‟argile et de la migration des ions et
particulièrement les chlorures depuis 10 000 ans, a constitué un volet important dans ce projet de
recherche. Ces modélisations ont été faites avec le logiciel Seep/W pour l‟écoulement souterrain
alors que Ctran/W a été utilisé pour le transport des chlorures. La modélisation numérique a
permis de vérifier plusieurs hypothèses émises durant le projet, essayer différents scénarios et
comprendre l‟évolution du régime hydrogéologique dans la région d‟étude et ce, depuis la
formation des argiles Champlain il y a 10000 ans à aujourd‟hui ainsi que les processus qui
7
influencent sur l‟hydrogéologie et la migration des chlorures dans une couche d‟argile
Champlain.
On peut dire que la démarche scientifique proposée est originale parce qu‟elle tisse des liens
multiples entre les études numériques de migration d‟eau, de sels et d‟isotopes, les études
physiques des propriétés du matériau argileux et de leur variabilité, et les analyses chimiques et
isotopiques, ce qui a rarement été fait pour des études hydrogéologiques. Cette recherche a pris
en compte les nombreuses données contenues dans les études hydrogéologiques antérieures
(Desaulniers and Cherry 1989), les résultats du suivi des eaux souterraines réalisé par BFI-
Lachenaie à partir d'un important réseau de puits d'observation installés depuis plusieurs années
et les données recueillies sur le terrain et à la suite des différentes essais in situ et au laboratoire
conduits pendants ces 4 dernières années.
Dans le chapitre 3, on exposera la méthodologie adoptée par l'auteur afin de mener les différents
essais au laboratoire (essais de perméabilité, essais de consolidation, extraction d'eau
interstitielle, limites d'Atterberg,...) et in situ (essais de perméabilité, échantillonnage d'eau
souterraine,..). On exposera aussi les différentes théories qui ont servi à résoudre la majorité des
problèmes rencontrés.
Le chapitre 4 traite du cœur du problème: pour chaque activité réalisée, on propose un descriptif
détaillé de cette dernière et on présente les résultats obtenus. Une analyse partielle des résultats
est alors exposée en attendant de faire une analyse intégrée dans le chapitre 6. Le chapitre 5 traite
exclusivement de la modélisation numérique. Y sont traitées la modélisation de l'écoulement des
eaux ainsi que la modélisation de la migration des chlorures dans le roc et l'argile. Toutes les
étapes de la modélisation (choix du type d'analyse, propriétés des matériaux et des chlorures,
dimensionnement du maillage, pas de temps,...) sont exposée et les résultats des différents
scénario sont discutés.
8
La synthèse et l'analyse des résultats de l'ensemble des essais et modélisations sont présentés
dans le chapitre 6. On fait dans un premier temps un rappel des différents résultats obtenus dans
la thèse puis dans un second temps, on tente de répondre à la question de recherche en montrant,
le plus objectivement possible, comment on a pu atteindre les différents objectifs qu'on s'était fixé
au début du projet.
La conclusion vient alors pour mettre un point final à cette thèse. On y présente essentiellement
les points qui pourraient être améliorés ou investiguées par d'autres chercheurs dans le futur et les
nouvelles problématiques que cette thèse a permis de soulever.
9
A la fin du Wisconsinien supérieur, lorsque l‟Inlandsis Laurentidien (Figure 2.2) s‟est mis à
fondre lentement libérant par la même occasion le territoire Québécois, les terres basses de la
vallée du Saint-Laurent ont été, au fur à mesure, inondées par les eaux salées de l‟Atlantique. La
transgression marine postglaciaire qui a submergé le cœur du Québec et une partie de l‟Ontario a
donné naissance à la Mer Champlain. Les données de déglaciation ainsi que les registres
stratigraphiques démontrent que le secteur de la mer Champlain a connu un enchaînement
d‟événements: une retraite glaciale, une transition glaciale-glaciolacustre, une transition
glaciolacustrine-marine, une phase lacustrofluviale et une érosion. Le cycle marin, quant à lui, a
connu une série de trois phénomènes: transgression, inondation et régression (Ochietti 1980). La
10
déglaciation et la formation de la Mer Champlain ont eu lieu en plusieurs épisodes, illustrés dans
la figure 2.3 et décrits dans le tableau 2.1.
La marge de la calotte glaciaire se situait au sud des Grands Lacs actuels, lesquels n'existaient pas
-12 500 ans -14 000 ans
encore. La calotte commençait à fondre et sa marge à retraiter, sauf pour une petite langue qui
avançait à l'ouest. Deux lacs pro-glaciaires se développaient, dont le lac Maumee. Pratiquement
tout le drainage se faisait vers le centre du continent, c'est-à-dire vers le Mississippi.
Le front avait retraité passablement vers le nord, mais ce qui est aujourd'hui la vallée du Saint-
Laurent demeurait toujours recouvert de glace. Plusieurs lacs s'étaient formés et le gros du
drainage se faisait encore vers le sud.
l'ouest, un très grand lac s'établissait, un lac aujourd'hui disparu qu'on a appelé le Lac Agassiz, du
nom d'un grand géologue qui a énormément contribué à notre compréhension des phénomènes
glaciaires. A l'est, se dessinaient les ancêtres des lacs Ontario et Érié.
dépression au front de la glace se trouvait sous le niveau de la mer et fut par conséquent envahie
par les eaux salées marines. C'est la naissance de la fameuse Mer de Champlain. Pour la première
fois, une partie du drainage se fait vers l'est, c'est-à-dire vers cette Mer de Champlain.
le front de glace avait migré encore plus au nord. Un bras de mer envahit la vallée du Saguenay et
-9000 ans
le Lac Saint-Jean; c'est ce qu'on a appelé le Golfe de Laflamme. Les Grands Lacs commençaient à
s'individualiser. La croûte continentale se réajustait, en remontant, et la Mer de Champlain
retraitait déjà.
Le front de glace s'était déplacé encore plus au nord et il s'était formé un grand lac aujourd‟hui
disparu, le lac Ojibway. Trois lacs préfiguraient les Grands Lacs actuels: les lacs Houghton,
-8200 ans
Figure 2.3: Épisodes de formation de la Mer Champlain entre -14 000 et -6000 ans.
Comme on peut le constater dans la figure 2.4 ci-dessous, la charge du glacier déprime la croute
terrestre. Lors de la fonte et du retrait du glacier, la remontée du terrain par rééquilibrage
isostatique s‟est fait graduellement laissant une dépression pro-glaciaire.
Notons que des sédiments de plusieurs natures se sont déposés dans ces lacs. La figure 2.5 ci-
dessous expose en détail leur nature. Dans ces sortes de bassin de sédimentation où l‟eau est
relativement profonde, on aperçoit des dépôts de particules fines, la plupart des temps, des tills et
des argiles. Les accumulations des argiles atteignent des épaisseurs variant entre 30 et 50 m. Les
argiles sont réputées dans ces zones pour avoir une tendance à se liquéfier.
14
Figure 2.5: Processus de formation de la Mer Champlain et natures des dépôts dans la région
d‟Ottawa-Gatineau
La salinité des eaux de la mer Champlain a été scrutée par Hillaire-Marcel (1988). Dans le but de
déterminer la paléo-salinité de l‟environnement de l‟époque, une étude isotopique portant sur les
coquilles des mollusques trouvées dans les argiles a été conduite. Les eaux de la mer Champlain
étant un mélange d‟eau de l‟Atlantique et d‟apports continentaux d‟eaux météoriques et d‟eaux
de fonte de glacier, sa signature isotopique permet d‟estimer les proportions de chacun de ces
apports.
Hillaire-Marcel (1988) démontre l‟existence de gradients de salinité horizontaux et verticaux. En
effets, les gradients horizontaux sont dus au contact de la mer avec la calotte glaciaire: plus on se
rapproche de la calotte, moins la salinité est importante (figure 2.6). Pour les gradients verticaux,
on constate qu‟ils sont ascendants c‟est à dire que plus on se dirige vers les profondeurs, plus la
salinité augmente ce qui est normal vu le fait que la densité augmente avec la salinité. Une
salinité de 27 g/L est par ailleurs évaluée en eau profonde ce qui indique vraisemblablement que
l‟eau emprisonnée dans les sédiments avait cette concentration en sels. Enfin, l‟étude de
Wassenaar et al. (1988) vient confirmer la théorie de Hillaire-Marcel (1988), en proposant un
modèle simplifié montré dans la figure 2.6 ci-dessous.
15
Figure 2.6: Modèle hypothétique de répartition de la salinité au niveau du contact entre eaux
marines et eaux de fonte glaciale aux abords de la calotte (modifié d‟après Wassenaar et al.1988).
tributaire des sources des sédiments, qui au Québec, en Ontario et au Labrador, sont
principalement le Bouclier Canadien formé de roches ignées et les Appalaches constituées de
roches métamorphiques et sédimentaires.
Les résultats obtenus à la suite de l‟investigation de la minéralogie peuvent varier selon le site et
aussi selon la méthodologie adoptée par l‟analyse. Selon Lebuis et al. (1982) qui ont fait des
analyses minéralogiques sur des échantillons provenant de 25 sites, le quartz constitue 14 à 40%
des sédiments, les plagioclases qui sont définis comme étant une série de feldspaths contenant du
sodium et du calcium de composition NaAlSi3O8 (albite) et CaAl2Si2O8 représentent une
proportion allant de 25 à 50% de ces argiles.
Les feldspaths potassiques (2 à 15%), les amphiboles (0 à 15%), la calcite (0 à 5%), la dolomite
(0 à 3%) et les phyllo-silicates et les matières amorphes (10 à 45%) constituent les autres
minéraux rentrant dans la constitution des argiles.
Le mica arrive à la tête des variétés des phyllo-silicates (80%), on trouve ensuite les chlorites à
15%. Des vermiculites et des illites, smectites inter-stratifiées (<5%) sont rencontrées dans moins
de 5% des sites.
L‟étude de Lebuis et al. (1982) montre aussi que le pourcentage de matières amorphes et des
phyllosilicates est fonction du pourcentage en poids de particules dont le diamètre est inférieur à
2 µm.
Bentley et Smalley (1978) ainsi que Foscal-Mella (1976), ont montré que pour les argiles
Champlain, 50% de la fraction argileuse est constituée de farine de roche. Ces études montrent
aussi que la structure ouverte et la sensibilité des argiles Champlain sont reliées à la présence de
matières amorphes. Pour Penner et Burn (1977) qui ont mené une étude sur les argiles d‟origine
marine de l‟est du Canada, la composition des argiles marines peut être résumée comme suit: la
montmorillonite est absente ou présente en petites quantités dans quelques sites. Quelques
pourcents de chlorites et vermiculites sont normalement présents. Le mica hydraté ou l‟illite sont
les minéraux argileux prédominants. Les minéraux d‟origine rocheux avec différentes proportions
de feldspaths, quartz et amphibole constituent une grande partie de la fraction argileuse avec une
prédominance de feldspaths. Ces mêmes minéraux trouvés de la fraction d‟argile sont représentés
dans le silt et dans la fraction de sable. Le principal changement qui accompagne la taille des
particules est l‟augmentation des phyllosilicates dans la fraction fine avec une conséquente
dilution d‟autres minéraux.
17
Les argiles Léda sont constituées d‟un assemblage de silts, de fragments de roches, de minéraux
d‟argiles dans lesquels l‟arrangement des « fines » lamelles d‟argile varie d‟une orientation
aléatoire à une orientation préférée où les lamelles plates sont parallèles au plan. Dans la nature,
l‟orientation de ces lamelles se situe entre ces deux extrêmes. Généralement, l‟orientation de ces
dernières est normale à la direction de la compression car les vides y sont réduits. Les structures
dites « ouvertes » ont été formées durant la sédimentation dans des eaux salines et avec des
niveaux différents de concentration d‟électrolytes (marines ou saumâtres). Elles représentent le
type de structures formées sous des conditions de floculation où des particules adjacentes tendent
à devenir des agrégats pendant la sédimentation car les forces de répulsion sont faibles et c‟est
leur énergie thermale qui les rapproche. Ensuite, les forces d‟attraction de Van der Waals
reprennent service car les cations deviennent partiellement polarisés. Enfin, la consolidation par
l‟exercice du poids des sédiments rapproche les points de contacts et les particules.
Pour Lessard et Mitchell (1985), l‟analyse minéralogique des argiles de la Baie, Québec, dont les
propriétés sont identiques à celles des argiles Champlain est réalisée par diffraction au rayons X.
Pour les six échantillons testés, on remarque la présence d‟une substantielle quantité de quartz,
feldspaths, amphibole et calcite. L‟illite est le principal minéral phyllo-silicaté. Des traces de
chlorite et de kaolinite sont aussi présentes. Les pourcentages des divers minéraux composant
l‟argile sont estimés en comparant l‟intensité des pics caractéristiques avec l‟intensité du pic du
minéral standard. En appliquant cette méthodologie, on constate que les argiles de la Baie sont
constituées de 45% de plagioclase, 12% de K-feldspath, 15% de quartz, 10% d‟amphibole, 8% de
calcite, 10% d‟illite, 1% de chlorite et 1% de kaolinite. Aucune trace de montmorillonite ou
d‟autres smectites n‟apparaît dans la diffraction aux rayons X.
Locat et al. (1984) ont réalisé une étude pour déterminer les relations entre la minéralogie, la
chimie et les propriétés physiques des argiles sensibles de l‟est du Canada. Une étude
minéralogique quantitative et des analyses chimiques ont été réalisées. Aussi, on a procédé à la
détermination de la surface spécifique et de la capacité d‟échanges cationiques, pour 18
échantillons d‟argile collectés des 9 sites Québécois sélectionnés.
Concernant les propriétés générales des argiles, cette étude a permis de constater que les
échantillons sélectionnés couvrent un large éventail de sols. Ainsi, la fraction d‟argile varie entre
8 et 47%. Toutes les limites d‟Atterberg obtenues se trouvent en dessus de la ligne A, qui selon
Holtz et Kovacs (1981), est une indication de la prédominance de matériaux illitiques. La
18
capacité d‟échange cationique varie entre 6 et 44 meq/100g de sol sec. La surface spécifique des
sols peu plastiques est inférieure à 30 m²/g et peut atteindre 85 m²/g pour les argiles Olga dont la
plasticité se situe autour de 47%. Enfin, la salinité de l‟eau interstitielle varie entre 0.3 et 12 g/L.
Les résultats de la diffraction par rayons X révèlent que le plagioclase est le minerai dominant. Il
varie entre 25% et 48% dans les sols analysés. Par ordre décroissant d‟abondance, on trouve du
plagioclase, du quartz, du microcline, de la dolomite et de la calcite. La quantité d‟illite et de
mica varie entre 2.7% à Chicoutimi et 11% à St-Léon. Concernant la chimie de ces argiles, on
retrouve par ordre décroissant d‟abondance du SiO2 et Al2O3 en premier lieu, puis on retrouve
des quantités de CaO, K2O, FeO, Na2O, MgO et H2OT.
Aussi, la relation entre la minéralogie et la surface spécifique a été établie. En effet, la surface
spécifique d‟un sol est une fonction de la taille, de la forme et de la minéralogie des particules
constituantes. Les analyses minéralogiques indiquent que les constituants des échantillons sont
identiques dans tous les sols, la variation de la surface spécifique est constatée quand la
proportion d‟un groupe minéral et la granulométrie de l‟échantillon varient d‟un sol à un autre.
Un autre indicateur de l‟existence de cette relation entre la minéralogie et la surface spécifique
réside dans la valeur de H2OT obtenu à partir des analyses chimiques et la surface spécifique.
H2OT est la somme de l‟eau hygroscopique adsorbée H2O- et l‟eau hydroxyle H2O+. H2O+ est
essentiellement contenue à l‟intérieur des phyllo-silicates et les minéraux amorphes alors que
H2O- est adsorbée sur la surface. A partir des données recueillies, on constate que la relation
existant entre H2OT mesurée à partir d‟analyses chimiques et la surface spécifique est linéaire.
Le pourcentage relatif des phyllosilicates et des minéraux amorphes dans l‟est canadien a aussi
été traité dans le document de Locat et al. (1984). La portion massique des phyllosilicates et des
matériaux amorphes dans les sols analysés varie entre 9% dans les argiles de Grande-Baleine et
35% pour les argiles d‟Olga. Ces pourcentages sont bas pour des sols dont le pourcentage en
particules d‟argile est élevé mais sont compatibles avec leurs origines glaciaires. En moyenne, et
en utilisant la méthode Foscal-Mella, on obtient un ratio de 1/3 (portion de phyllosilicates et
minéraux amorphes/fraction d‟argile). Dans l‟étude de Lebuis et Rissman (1979), ce ratio est de
0.5. La différence de minéralogie entre plusieurs bassins est observée (Quigley, 1980). Cette
différence est causée par la source des sédiments. En effet, les deux sources extrêmes sont le
bouclier canadien et les deux montagnes des Appalaches.
Les argiles provenant de régions proches du Bouclier canadien ont beaucoup moins de
19
phyllosilicates dans leur fraction d‟argile que les argiles provenant de zones plus éloignées
comme St Marcel ou St Léon. Les constituants minéraux sont identiques dans toutes les argiles
analysées, la différence réside dans la proportion que ces dernières occupent dans la composition
de l‟argile. Pour les argiles marines, on prend aussi en considération l‟effet engendré par le
lessivage des sols
D‟un point de vue pratique, la direction de l‟écoulement est déterminée en mesurant les
différences de charges hydrauliques à travers l‟aquitard alors que les propriétés hydrauliques et
géotechniques sont explorées soit par des essais in-situ soit par des essais au laboratoire. Une
description détaillée de ces méthodes sera présentée dans la suite du document.
L‟étude du rôle hydrogéologique des aquitards et de l‟origine de la salinité nécessite aussi une
connaissance des conditions dans lesquelles les argiles Champlain ont été déposées ainsi que leur
évolution. Lors de l‟évolution de la mer Champlain, cette dernière est restée en contact avec le
glacier Laurentidien. L‟eau de fonte a constitué une large composante de l‟eau douce. Cette
dernière combinée au soulèvement isostatique des basses terres provoquèrent la diminution de la
salinité (Ochietti 1980, Hillaire-Marcel 1988). Le lessivage des argiles par l‟infiltration
météorique ainsi que la diffusion de la salinité ont transformé les profils chimiques et isotopiques
originaux de la mer Champlain. Il s‟est créé une zone de mélange d‟eau météorique et marine.
Cette dernière, présente en tant qu‟eau interstitielle et emprisonnée dans l‟argile depuis le
processus de déposition, fut déplacée par l‟eau météorique. Le profil chimique d‟un tel processus
est caractérisé par la présence d‟eau météorique à faible profondeur et par une augmentation de la
salinité avec la profondeur (Grondin 1978, Hillaire-Marcel 1988). Le lac glacial du Saint-Laurent
fut remplacé par de l‟eau de mer dont la salinité S ne dépasse pas 24‰ dans le haut-fond de la
mer Champlain ou par de l‟eau de mer de faible salinité suivie d‟une eau de salinité élevée qui
atteint 34‰ dans les eaux profondes de la mer. Les conditions glaciomarines (S inférieure à
24‰) furent alors remplacées par des conditions marines (S variant entre 24‰ et 34‰). Les eaux
à haute teneur en sel (24‰-34‰) sont arrivées du Golfe du Saint-Laurent et se sont jetées dans
les basses Terres du Saint-Laurent. Toutes les études réalisées sur les argiles de la région des
Basses Laurentides, d‟Ontario ou d‟Europe du nord, ont conclu que ces argiles ont une structure
floculée typique d‟une déposition en milieu marin.
Une autre approche basée sur l'étude des sédiments et de la faune ont permis d'estimer la salinité
pendant l'évolution de la mer Champlain. La transition d'un milieu glaciaire à un environnement
marin s'est faite en trois étapes (Elson 1969, Gad 1972): une phase de transition, une phase
d'inondation marine (phase hiatella arctica) et une phase de régression marine (phase mya
arenaria). Ainsi, Cronin (1977) s'est basé sur l'abondance des ostracodes et foraminifères pour
reconstituer la paléosalinité. Il estime la paléosalinité durant la hiatella arctica entre 18 et 35‰ et
21
entre 3 et 18‰ pendant la mya arenaria. Ces estimations s'appuyant sur la tolérance des espèces à
la salinité.
Enfin, une étude de Hillaire-Marcel (1988) se basant sur la composition isotopique des coquilles
de mollusques (fossiles) présents dans les argiles montre que dans les profondeurs de la mer
Champlain, où les argiles se seraient déposées, des salinités atteignant 27‰ auraient été
constatées et cela même durant les phases les plus tardives.
L‟hydrogéologie des argiles Champlain a été le sujet de plusieurs études menées ces trente
dernières années. Leur présence sur une grande partie du territoire Québécois et Ontarien a rendu
pressant la connaissance des écoulements d‟eau complexes et délicats dans ces formations.
Plusieurs essais de laboratoire sur ces argiles ainsi que des essais in situ ont permis d‟élucider
plusieurs mystères et de fournir diverses informations.
En effet, des travaux menés au laboratoire par Tavenas et al. (1983) et Lafleur et Giroux (1983)
sur des argiles Champlain ont permis d‟obtenir des conductivités hydrauliques variant entre 1.0 *
10-10 m/s et 5 * 10-10 m/s pour la couche d‟argile non fracturée. Des valeurs in situ obtenues par la
méthode de Hvorslev figurent dans l‟étude de Desaulniers et Cherry (1988). Ces valeurs varient
entre 7.5 * 10-11 m/s et 4.9 * 10-10 m/s dépendamment de la localisation des piézomètres. Pour la
croûte de d‟argile, Lafleur et al. (1987) ont trouvé une conductivité hydraulique de 1.4 * 10-8 m/s
a une profondeur de 1.2 m et de 4.8 * 10-9 m/s a une profondeur de 1.7 m. Cela confirme que plus
on s‟éloigne de la surface, moins l‟argile est fissurée.
Dans plusieurs essais de diverses natures et menés à diverses profondeurs, Diène et al. (1989) ont
trouvé des conductivités hydrauliques variant entre 1.09 et 1.15*10-9 m/s dans des argiles de la
mer Champlain dans la région de Louiseville. Dans le laboratoire, une valeur moyenne de K de
5*10-9 m/s est présentée par Leroueil et al. (1983). Les essais hydrauliques en laboratoire et in
situ conduits par Benabdallah (2007) ont montré que sur le site de Lachenaie, il n‟y a pas de zone
d‟argile fracturée à la partie supérieure du dépôt d‟argile qui est recouvert par une couche de
sable, contrairement à Varennes ou à plusieurs sites en Ontario et ailleurs au Québec où il existe
une croûte fissurée (Garga et Oshaughnessy 1994, Desaulniers 1989). Dans cette zone de
fractures qui varie en épaisseur entre 1m et 5 m selon les régions, la conductivité hydraulique
augmente de deux à trois ordres de grandeur pour atteindre jusqu‟à 1*10-5 cm/s par endroits.
Aussi, dans les argiles de Lachenaie, des conductivités hydrauliques de l‟ordre de 10 -7 cm/s sont
22
trouvées avec des essais in situ ou en utilisant des cellules triaxiales au laboratoire et de l‟ordre de
10-8 cm/s quand les essais de perméabilité sont menés dans des cellules œdométriques
(Benabdallah et Chapuis 2007). Cela confirme donc l‟existence d‟un effet d‟échelle qui disparaît
vers 10 ou 15 cm quand on mesure les propriétés hydrauliques des argiles Champlain. La
méthode d‟installation des piézomètres dans l‟argile peut aussi influencer les valeurs de la
conductivité hydraulique. Ainsi, si la méthode de préparation de la lanterne cause un
remaniement important de l‟argile, il est évident que la valeur de K sera plus petite en comparant
avec une lanterne préparée, par exemple, avec un tube Shelby en minimisant le remaniement.
(Benabdallah 2007, Garga et Oshaughnessy 1994)
Les valeurs des gradients hydrauliques dans les argiles Champlain ont été obtenues à partir des
niveaux d‟eau dans les piézomètres après stabilisation de ces derniers (Effet de “ Time Lag ”,
Hvorslev 1951). Les valeurs du gradient hydraulique vertical (valeur moyenne de 0.07)
diminuent avec la profondeur, ce qui est aussi le cas pour les charges hydrauliques (Desaulniers
et Cherry 1988). Le gradient hydraulique horizontal est négligeable en le comparant avec le
gradient vertical obtenu. L‟écoulement est donc essentiellement dirigé vers le bas de la couche
d‟argile. Aussi, en utilisant l‟équation de Darcy, des vitesses d‟écoulement dans l‟argile variant
entre 0.03 cm/an et 0.17 cm/an avec une moyenne de 0.13 cm/an ont été calculées (Desaulniers et
Cherry 1988). A cette vitesse, l‟eau atmosphérique, résultant des précipitations et de la fonte des
neiges, peut avoir déplacé, depuis le retrait de la mer Champlain il y a environ 10 000 ans, l‟eau
saumâtre vers la profondeur (Desaulniers et Cherry, 1988). Cette théorie a ensuite été réfutée par
Desaulniers et Cherry (1988) car selon eux elle ne donnait pas les bons profils des ions majeurs.
Ces auteurs ont alors expliqué les profils des ions majeurs par l‟hypothèse que les gradients
hydrauliques sont inférieurs a un seuil (concept du gradient hydraulique seuil) qui serait requis
pour permettre l‟écoulement dans une argile très peu perméable.
Aussi, Desaulniers et Cherry (1989) ont mené des recherches sur un site de Varennes dans les
environs de Montréal. La répartition des ions Ca2+, Mg2+, K+, Na+ et Cl- a été étudiée. Ils ont
conclu que les ions avaient migré par diffusion vers le haut à travers la couche d‟argile et que ces
ions provenaient de l‟eau de mer piégée dans le shale sous le dépôt d‟argile. Leurs modélisations
numériques ont permis de caler les résultats numériques sur les données géochimiques, avec un
temps de diffusion de 10000 ans. L‟utilisation du processus d‟advection (vers le bas) dans la
simulation numérique, avec des gradients et conductivités hydrauliques obtenus sur le terrain, n‟a
23
pas permis le calage des résultats et a donné des profils de concentrations différents de ceux
obtenus sur le terrain.
Cela serait expliqué par l‟hypothèse que le gradient hydraulique dans l‟argile est inférieur au
gradient hydraulique nécessaire pour produire un écoulement selon la loi de Darcy. Ce gradient
seuil n‟a pas été démontré par des essais de laboratoire mais Tavenas et al. (1983) ont présenté
des indicateurs montrant que ce gradient seuil dans un aquitard de Matagami avoisine 0.07. Cette
hypothèse de gradient critique est toutefois contestable pour les raisons suivantes:
Le concept de gradient seuil a été contesté par plusieurs auteurs. De 1970 à 2000, cette valeur
seuil est passée de 3 à moins de 0.1 au fur et à mesure que les techniques de laboratoire se
raffinaient. Law et Lee (1981) ont donné des valeurs allant de 0.1 à 3 pour un même site dans le
sud de l‟Ontario. De plus, les tenants de l‟idée du gradient seuil n‟ont jamais fait de calculs
d‟incertitude. Ces calculs indiquent que le seuil serait un mythe et que tout gradient hydraulique
produirait un écoulement. Aussi, plusieurs études sur des sites où se trouve une couche épaisse
d‟argile ont montré l‟existence de tritium en dessous du niveau bas de la nappe, ce qui indique
que l‟eau atmosphérique s‟infiltre dans l‟argile. Garga et Oshaughnessy (1994), dans une étude
portant sur une argile Champlain du sud de l‟Ontario en ont fait le constat.
Pour des argiles européennes déposées aussi en milieu marin et dont les propriétés sont
identiques à celles des argiles du Québec, Rosenquist (1946) et Bjerrum (1954) ont formulé
l‟hypothèse que la lente percolation verticale d‟eau douce depuis la surface jusqu‟à l‟aquifère
sous-jacent à l‟argile aurait lentement dessalé l‟eau interstitielle de l‟argile dont le degré de
sensibilité dépend de la composition chimique de l‟eau interstitielle (Rankka et al. 2004).
Pour Giroux (1994), les processus de transport par advection et diffusion ont un rôle important
dans le transport des solutés dans l‟argile. Mais, la faible conductivité hydraulique des argiles
diminue considérablement l‟effet de l‟advection dans le cas où les conditions hydrogéologiques
sont presque hydrostatiques (gradient hydraulique de 0.04 et 0.13). Par contre, pour un plus grand
gradient hydraulique (0.52) et avec la présence d‟une unité stratigraphique drainante sous-jacente
à l‟argile, on constate que l‟advection est le processus de transport dominant sur toute l‟épaisseur
des sédiments. Les résultats qui ressortent d‟une étude menée sur différents sites au Québec sont
alors compatibles avec un processus de lessivage et de diffusion. L‟eau saline des sédiments de
surface a été déplacée par l‟infiltration de l‟eau de pluie et de fonte des neiges et sous cette
24
profondeur de lessivage, le sel a migré par diffusion vers le niveau du till/roc inférieur ou vers la
zone lessivée supérieure.
Aussi, le modèle analytique proposé par Giroux (1994) montre que les deux processus (diffusion
et advection) interviennent dans le transport de l‟eau et des ions majeurs dans une couche
d‟argile. En effet, lors du calage numérique, les données numériques et celles relevées sur le
terrain (conductivité, salinité,…) ne correspondent que si la vitesse d‟écoulement de l‟eau dans
l‟argile est différente de zéro. Enfin, il a été conclu que la diffusion et l‟advection ne sont pas les
seuls processus qui interviennent dans la modification de la salinité mais il existe probablement
d‟autres phénomènes, et notamment géochimiques (dissolution de la calcite sous l‟effet des
pluies acides, sulfatoréduction avec production d‟acide carbonique, échanges cationiques,
adsorption des ions sur les particules d‟argile et fixation du potassium sur les minéraux argileux),
qui expliquent pourquoi seuls les concentrations du Cl- et de la salinité ont pu être calées.
Cloutier et al. (2006) ont mis au point un modèle conceptuel pour déterminer l‟origine de l‟eau
souterraine dans le système aquifère des Basses Laurentides. Ce modèle démontre que l‟eau
présente dans le système aquifère provient d‟une part de l‟infiltration dans les zones de recharge
d‟eaux météoriques (précipitations et fonte des neiges) et atteint le système aquifère à la suite de
processus géochimiques comme la dissolution de carbonates, échanges ioniques, mélange avec
des eaux salines et d‟autre part, par la diffusion de l‟eau interstitielle des argiles Champlain.
Pour Tavenas et al. (1977, 1979), le comportement des sols en général et des argiles en particulier
dépend de leur granulométrie, de leur minéralogie et de leur histoire géologique.
L‟histoire d‟un dépôt argileux peut être décrite à l‟aide de la figure 2.7 ci-dessous. La première
étape est la sédimentation des particules dans un lac ou une mer. Ensuite intervient l‟étape de la
consolidation sous une contrainte verticale croissante due à la formation des couches sus-
25
jacentes. Lors de cette étape, l‟argile suit une ligne de consolidation vierge ( sur la figure 2.7)
qui dépend de la minéralogie et de l‟environnement sédimentaire. Une fois la déposition du sol
complétée, l‟argile peut être caractérisée par sa contrainte effective verticale et son indice des
vides. On peut aussi obtenir une courbe d‟état limite YP qui est la mémoire de l‟histoire
géologique de l‟argile et va contrôler le comportement en déformation et en résistance de sol
intact. Si l‟environnement et les caractéristiques physiques de l‟argile se sont modifiés au cours
de l‟histoire géologique, l‟état du sol tendra vers les lignes (ββ) si lessivage a eu lieu ou (γγ) s‟il y
a eu oxydation. (Leroueil et al. 1983).
Pour des échantillons d‟argile remaniée provenant de dépôts de la mer Champlain, du lac Barlow-
Ojibway, de la mer de Tyrrell, du Labrador et de la mer Laflamme, la densité des grains est
comprise entre 2.70 et 2.75 pour l‟ensemble des échantillons. La limite de liquidité est
déterminée en utilisant deux méthodes: la méthode de percussion de Casagrande et la méthode de
pénétromètre par cône. Ces deux méthodes livrent des résultats différents mais pour des limites
de liquidité inférieures à 70%, ce qui est le cas des argiles de l‟est du Canada, cette différence est
inférieure à 4%. Les argiles provenant du centre du bassin de la mer Champlain ont une limite de
liquidité comprise entre 50 et 75 alors que les argiles provenant des dépôts de rive présentent des
26
valeurs moins élevées. Les autres argiles marines ont des valeurs de liquidité inférieures à 50 et
atteignent même la valeur de 30 dans certains endroits. (Leroueil et al. 1983). Concernant les
limites de plasticité, Leroueil et al. (1983) ont trouvé des valeurs variant entre 17 et 34.
Pour l‟indice de plasticité IP, la compilation des résultats obtenus à montré que le domaine dans
lequel se situent généralement les sols fins de l‟est du Canada peut être défini comme suit:
Un autre paramètre traité dans le document de Leroueil et al. (1983) est l‟activité de l‟argile.
Cette dernière est définie comme étant le rapport de l‟indice de plasticité IP en pourcent à la
teneur en argile C (particules < 2 µm). Pour les argiles de la mer Champlain, l‟activité est située
entre 0.25 et 0.75. Pour les argiles de la mer Laflamme et de Tyrrell et de Goldthwait, on obtient
des valeurs semblables que pour la mer Champlain mais l‟activité peut aussi atteindre la valeur de
0.15. Ces argiles sont dites inactives (Skempton et Northoy 1952). Les indices de liquidité des
argiles de l‟est du Canada sont très variables. Elles atteingnent des valeurs allant de 3 à 5 dans les
dépôts silteux d‟origine marine et peuvent atteindre des valeurs aussi basses que 0.6. Pour les
argiles de Champlain, l‟indice de liquidité est compris entre 0.7 et 2.2. (Leroueil et al. 1983)
Pour l‟indice de compression Cc, Leroueil et al. (1983) ont noté une augmentation de l‟indice de
compression avec l‟indice des vides. La relation établie est:
Figure 2.9: Relation entre l‟indice de compression et l‟indice des vides pour les argiles de la mer
Champlain. Extrait de Leroueil et al. (1983)
28
Pour un sol saturé et une densité des grains de 2.75, l‟indice de compression peut s‟écrire sous la
forme:
𝐶𝑐
= 0.018𝑤0 − 0.50 (1.4)
1 + 𝑒0
Pour les argiles de la mer de Tyrrell, Dascal et Larocque (1973) ont établi la relation suivante:
𝐶𝑐
= 0.0096𝑤0 − 0.167 (1.5)
1 + 𝑒0
A une même teneur en eau, les argiles de la mer Champlain sont en moyenne plus compressibles
que les argiles de la mer de Tyrrell et du Lac Barlow-Ojibway.
Concernant les propriétés hydrauliques des argiles, Tavenas et al. (1983) ont démontré la validité
de la loi de Darcy pour les argiles Champlain. Des essais de perméabilité au laboratoire ont été
réalisés sur des dépôts de la mer Champlain, de la mer de Tyrrell, de la mer Laflamme, du lac
Barlow-Ojibway, des États-Unis et de Suède. Quelques propriétés physiques et mécaniques de
ces sols ont été déterminées. Ainsi, les indices des vides naturels des échantillons varient entre
0.8 et 3.0, les fractions argileuses entre 45 et 85%. Les perméabilités verticales mesurées à la
température de laboratoire et à l‟indice des vides naturel quant à elles ne varient qu‟entre 3*10 -10
m/s et 5*10-9 m/s. Aussi, le facteur d‟anisotropie a été déterminé une fois la perméabilité
horizontale calculée. La perméabilité horizontale est très légèrement supérieure à la perméabilité
verticale et le facteur d‟anisotropie est en moyenne égal à 1.1. Enfin, Tavenas et al. (1983) ont
tracé la variation de la perméabilité verticale en fonction de l‟indice des vides pour différentes
argiles canadiennes.
Il apparaît qu‟aucune relation n‟est valable pour toutes les argiles étudiées, chacune a un
comportement propre à elle. Aucune de ces relations ne prend en considération le probable
comportement complexe de la structure d‟une argile intacte quand elle devient normalement
consolidée. Tavenas et al. (1983) ont privilégié par contre la relation proposée par Taylor (1948)
pour les raisons suivantes:
2. Une relation linéaire e versus log k est une bonne représentation du comportement de la
plupart des argiles naturelles molles dont la déformation est inférieure à 20%
Figure 2.10: Variation de la perméabilité verticale en fonction de l‟indice des vides pour
différentes argiles canadiennes (Tavenas et al. 1983)
Dans un dépôt d‟argile homogène comme celui étudié dans ce document, on s‟attend à un
arrangement des grains uniforme (Tavenas et al. 1983). Donc, la porosité ou l‟indice des vides
serait la seule variable à influencer la variation de la conductivité hydraulique par rapport à la
profondeur. Ils ont par la suite démontré que pour toutes les argiles étudiées (Argiles de
Champlain, de Louiseville,…), la relation entre eo et log ko n‟est pas établie excepté dans des
dépôts extrêmement homogè[Link] et al. (1982) ont suggéré, pour une argile
30
normalement consolidée et à partir de la relation établie par Kozeny (1927) et Carman (1956)
valide pour des sables, la relation suivante:
𝑒𝑛
𝑘=𝐶 (1.6)
1+𝑒
Taylor (1948) a proposé une relation entre le logarithme de la conductivité hydraulique et l‟indice
des vides:
𝑒0 − 𝑒
log 𝑘 = 𝑙𝑜𝑔𝑘0 − (1.7)
𝐶𝑘
Dans tous les essais réalisés, Ck est définit comme étant la pente de e versus log k pour des
déformations inférieures à 20%. Les résultats expérimentaux délivrent une simple relation entre
Ck et e0. Pour 0.8< e0<3, Ck=0.5 e0
Mesri et Rokhsa (1974) ont noté par la suite que cette relation était valide pour les indices des
vides rencontrés dans les problèmes courants de génie.
Mesri et Olson (1971) ont douté de la validité de la relation de Taylor (1948) et ont suggéré une
relation linéaire entre log k et log e:
A, B: Constantes
Figure 2.11: Relation Ck-eo pour différentes argiles naturelles (Tavenas et al. 1983)
gazeux. Si on utilise une pompe, le rabattement dans le puits doit rester faible, c‟est à dire
inférieur à 20 % de l‟épaisseur de la zone aquifère dans une nappe libre ou rester en dessus du toit
de l‟aquifère à nappe captive. Dans tous les cas, il faut éviter la formation d‟une zone de
suintement et éviter absolument que l‟eau ne soit soumise à une dépression importante si elle est
pompée par aspiration ou par siphonage. Si on doit utiliser un tube de prélèvement, il faut choisir
un tube de grand volume à remplissage par le bas, par exemple avec valve à bille ou avec
ouverture commandée. Pour éviter au mieux le contact de l‟eau avec l‟air, l‟échantillon peut alors
être siphonné hors du tube de prélèvement ou évacué dans le flacon par le bas du tube à l‟aide
d‟un dispositif spécial empêchant le contact de l‟eau avec l‟air.
Dans une nappe peu profonde (< 6 m), on peut également prélever l‟échantillon depuis la surface
à l‟aide d‟une seringue de grand volume (250 ou 500 ml), cette dernière pouvant également servir
de flacon pour le stockage et le transport de l‟échantillon. Lors du prélèvement, il faut renouveler
l‟eau du puits pour éviter de biaiser les résultats. L‟échantillon se doit d‟être représentatif. L'eau
ne se renouvelle que lentement dans un puits d‟observation, les gaz et substances dissoutes
qu‟elle contient s‟équilibrent avec l‟air, et sa composition se modifie. L‟activité biologique qui
règne dans la crépine et le tubage lui-même et les réactions de surface avec les diverses parois
peuvent également contribuer à une lente modification de la composition de l‟eau stagnant dans
le tubage. Pour tester la représentativité de l‟échantillon, on contrôlera l'évolution des paramètres
physico-chimiques (conductivité, température, oxygène dissous et pH) et/ou isotopiques au cours
du renouvellement de l'eau.
On distingue deux cas dépendamment de la conductivité hydraulique et de la formation
géologique: Pour des conductivités hydrauliques moyennes à élevées, et pour des débits
supérieures à 0.1 L/min, le puits peut être considéré comme purgé et l‟échantillon représentatif si
au moins 5 fois le volume du tubage est extrait et si les paramètres (pH, conductivité électrique,
teneur en oxygène dissous et température) varient de moins de 2% après le pompage de
l‟équivalent d‟une fois le volume du tuyau ou enfin si selon Wilson (1995), la variation de ces
paramètres est inférieure à ± 10 μS/cm, ± 0.2 mg/l O2 et ± 0.5 °C respectivement et ± 0.1 unité
pour le pH. (OFEFP 2003, ASTM D6771 2002)
Dehnert et al. (2000) montrent que la mesure en continu du Radon-222, comme les paramètres
physico-chimiques, permet de déterminer à quel moment on a atteint le renouvellement optimal
de l‟eau par pompage. Le radon est un gaz qui s‟équilibre avec l‟air ambiant dans le secteur du
33
point d‟eau. C‟est aussi un élément radioactif avec une demi-vie de désintégration de 3.8 jours. Il
disparaît donc dans l‟eau stagnante d‟un piézomètre, mais comme il est produit constamment
dans l‟aquifère, sa concentration augmentera à nouveau au moment où on commence à pomper.
Lorsque cette concentration atteint un plateau, on peut considérer que l‟eau pompée est
représentative du milieu aquifère aux alentours du forage. Référence est faite à Surbeck (1996)
concernant la mesure de cet isotope. Cette méthode reste toutefois difficile à appliquer sur le
terrain.
Le renouvellement de l‟eau peut se faire à haut débit. La prise d‟échantillon doit cependant se
faire à faible débit (environ 5 à 20 % du débit maximal du puits). Si possible, utiliser le même
équipement pour le renouvellement de l‟eau et le prélèvement, de manière à diminuer le risque de
contamination de l‟eau.
Pour des formations à faible conductivité hydraulique, et vu le faible débit du forage, il est
recommandé de purger complètement ce dernier au moins deux fois avant de prélever
l‟échantillon. (OFEFP 2003). On verra plus loin dans le document qu'on ne recommande pas de
purger un puits d'observation dans un aquitard, sauf s'il est fissuré. Et même dans ce cas, il ne
faudrait pas le vider complètement mais pomper lentement, à faible rabattement. La purge
provoque des dégâts dans les aquitards et modifie la chimie de l'eau aux alentours et dans la
crépine.
Échantillonner une eau souterraine nécessite plusieurs précautions afin d‟assurer la
représentativité et la qualité de l‟échantillon. Il existe plusieurs facteurs qui peuvent influencer
cette représentativité et biaiser les analyses chimiques effectuées sur une eau. En effet, la purge et
l‟échantillonnage de l‟eau souterraine sont des opérations délicates: chaque étape de ces
processus peut être la source de plusieurs erreurs qui auront comme conséquences, au niveau de
l‟analyse de l‟eau, l‟obtention d‟un échantillon d‟eau souterraine non représentatif des conditions
réelles sur le terrain. Ainsi, au niveau de l‟échantillonnage, ces sources d‟erreurs peuvent
apparaître dès le choix du point d‟échantillonnage. A ce niveau, elles sont causées par un défaut
de construction du piézomètre ou par un mauvais choix de matériau (lanterne, crépine,
scellement,…). Lors de la manipulation in-situ, la défaillance de l‟appareillage ainsi que les
erreurs des opérateurs sont souvent une importante source d‟erreurs. Ces erreurs humaines
peuvent aussi survenir lors de l‟échantillonnage et de la détermination des paramètres in-situ.
Lors du transfert et du transport, la chimie de l‟eau peut être altérée s‟il y a dégazage,
34
Figure 2.12: Différences entre purge à faible débit (gauche) et la purge traditionnelle (Extrait de
Ritchey 2002)
Il existe une norme ASTM qui traite en détail de la purge à faible débit. Cette norme (ASTM D
6771-02) décrit la méthode pour purger et échantillonner les puits ainsi que les équipements
utilisés pour l‟investigation et le suivi de la qualité des eaux souterraines.
L‟objectif de cette norme est de fournir des directives pour la collecte d‟une eau souterraine qui
représente le mieux l‟eau in situ et fournit la meilleure approximation des concentrations des
matières à analyser présentes dans la phase dissoute, qu‟elles soient de natures organiques ou
inorganiques sous des conditions d‟écoulement ambiantes. Cette norme mets l‟emphase sur le
besoin de minimiser la resuspension des particules dans les puits et la mobilisation de ces
dernières ou contamination résiduelle provenant des formations avoisinantes. Cet objectif est
atteint à partir d‟un pompage à faible débit, contrôlé tout en maintenant un faible rabattement
37
Pour Hendry et al. (2004), les piézomètres sont purgés 4 à 10 fois entre le moment du forage et la
campagne d‟échantillonnage. Des volumes allant de 4 à 18 fois le volume du tuyau (144L à
942L) sont extraits des piézomètres pour atteindre la stabilité des paramètres de l‟eau souterraine.
Dans les « shallow-dug wells », le pompage mécanique de l‟eau est chose courante. Les
échantillons obtenus sont parfaitement acceptables pour les analyses à effectuer car les échanges
avec l‟atmosphère sont minimisés. (Clark et Fritz, 1997)
Les pompes immergées sont aussi un bon moyen de pomper l‟eau des puits car elles fournissent
une pression positive sans entrer en contact avec l‟atmosphère.
Les systèmes à « pression positive » doivent être utilisés dans les investigations de CID, H2S, gaz
rares et méthane pour minimiser le dégazage avant l‟échantillonnage. Les pompes engendrant une
pression négative ont pour conséquence la perte du CO2 et d‟autres gaz dissous (de la solution) ce
qui affecte le pH, DIC, 13C et d‟autres isotopes.
Dans l‟article d`Alva et Paramasivam (1998), on compare le pH, la conductivité électrique et la
concentration de SO42-, K+ et Cl- dans 4 piézomètres avant de purger ces derniers et après
chacune des 5 purges effectuées. On constate une variation significative du pH après seulement
une purge, les autres 4 purges n‟ont pas beaucoup influencé la valeur du pH. La concentration de
Cl- est plus importante dans l‟eau stagnante (avant de purger). Le fait de purger plusieurs fois le
piézomètre ne modifie pas sa concentration. La concentration de SO42- ne change pas dans les 4
piézomètres. La variation de la concentration de K+ ne permet pas de voir l‟influence de la purge.
En effet, aucune tendance ne se dessine car les concentrations de cet ion varient indépendamment
du nombre de fois que le piézomètre a été purgé. Cela s‟explique par le fait que K ne subit pas de
transformations chimiques dans l‟eau souterraine pouvant influencer sa concentration. Les
changements significatifs surviennent après la première purge. Les pompages subséquents ont un
effet minimal sur les concentrations.
Aussi, deux méthodes sont utilisées par Cloutier (2004). Une méthode dite « méthode
d‟échantillonnage composite, une méthode conventionnelle qui consiste à pomper l‟eau de toute
section ouverte à l‟écoulement. Une seconde méthode est l‟échantillonnage multi niveau. Celle-ci
consiste à échantillonner plusieurs niveaux de puits ouverts au roc, afin d‟étudier les variations de
qualité d‟eau en fonction de la profondeur. Le principe de cette méthode est d‟isoler les niveaux à
échantillonner à la profondeur voulue à l‟aide d‟obturateurs.
40
Enfin, on peut résumer le protocole d‟échantillonnage de l‟eau souterraine par le tableau 2.2 ci-
dessous, adapté du guide pratique d‟échantillonnage des eaux souterraines de Barcelona (1985).
Notons que ce protocole a été adapté compte tenu de l'évolution des techniques depuis 25 ans et
de l'évolution de la compréhension des phénomènes et de l'évolution des techniques.
Mesures hydrauliques Déterminer le niveau d'eau statique Prendre le niveau d‟eau à ±0.3 cm
Collecte d‟échantillons Collecte d‟échantillons en minimisant les Le débit de pompage est limité à
perturbations de la chimie de l‟eau. 100mL/min pour les espèces
volatiles
Filtration/Préservation Permet de déterminer les constituants solubles. Filtrer pour analyser: Métaux,
Doit être effectué sur le site dès anions/cations inorganiques,
l‟échantillonnage. alcalinité
Détermination des Permet d‟éviter les erreurs causées par la Déterminer le pH, l‟alcalinité et la
valeurs in-situ manipulation, le transport et l‟entreposage des conductivité électrique sur le terrain
échantillons d'eau
Collecte d‟échantillons Ces blancs vont permettre de corriger Un échantillon blanc doit être pris
blancs analytiquement les résultats obtenus et altérés chaque jour pour chaque élément
suite au transport et à la manipulation sensible
On constate que chaque étape du processus a des objectifs spécifiques et que pour les atteindre,
plusieurs précautions et recommandations devront être suivies. Les deux protocoles
d‟échantillonnage de l‟eau souterraine dans le roc (aquifère) et dans l'argile (aquitard) ayant été
adoptés pour cette étude seront présentés dans la suite du document (Chapitre 4).
Dans l‟article d‟Ortega-Guerrero et al. (1997), l‟eau interstitielle est extraite en pressant l‟argile
avec une presse hydraulique. Le dispositif expérimental est décrit avec précision par Patterson et
al. (1978). Un volume de 150 mL d‟eau est ainsi obtenu à partir d‟un échantillon d‟argile. Une
seringue stérilisée est directement connectée au dispositif d‟extraction d‟eau pour éviter tout
contact de l‟eau avec l‟atmosphère. L‟eau obtenue est filtrée et acidifiée pour les analyses de
cations.
Une étude réalisée par l‟OCDE (2000) traite de l‟extraction d‟eau interstitielle à partir de roches
argileuses pour fins de caractérisation géochimique. En premier lieu, l‟emphase est mise sur le
système argile/eau. En effet, il existe une interaction entre différentes composantes du système:
Les minéraux argileux, les ions dissous, les molécules d‟eau et la matière organique. Des liaisons
chimiques de différentes forces et énergies sont créées entre toutes ces espèces. Lors de
l‟extraction de l‟eau, ces liaisons doivent être brisées et une réponse non linéaire du système ainsi
qu‟un fractionnement isotopique et chimique sont constatés. Cela est principalement dû à la
baisse de la teneur en eau dans l‟argile qui engendre le renforcement des liaisons chimiques et la
création de nouvelles liaisons. Aussi, la porosité réduite du système joue le rôle d‟un filtre et
donc ralentit ou accélère les mouvements des ions en fonction de leur rayons et charges.
L‟OCDE (2002) propose plusieurs techniques pour extraire l‟eau interstitielle selon les
conditions de l‟argile et des moyens disponibles. Les techniques de centrifugation, lixiviation,
compression (squeezing), distillation sous vide, distillation azéotropique et équilibration directe
sont proposées dans ce document. Le tableau 2.3 résume quelques propriétés de ces dernières.
On constate que toutes les techniques décrites dans le tableau 2.3 ont des points faibles qui
peuvent avoir d‟importantes conséquences sur les résultats des analyses et peuvent biaiser ces
dernières.
43
Tableau 2.3: Propriétés et artefacts des techniques courantes d‟extraction d‟eau interstitielle
(selon OCDE, 2000)
Pression
maximale
Technique Spécifications appliquée (MPa) Artefacts
Faible vitesse 2500
Oxydation de la solution
Centrifugation rpm 0,098
Haute vitesse 14000 Oxydation de la solution: Baisse de la
rpm 5,3 concentration avec extraction
Ultracentrifugation
(20000 rpm) + Danger de destruction de matière
déplacement de organique
solvant 2,3
Squeezing 5 MPa 5 Artefact petit ou indétectable
Petit ou undétectable jusqu'à 60-100 Mpa.
(compression) 70 MPa < 70 Quand la pression augmente
on remarque une augmentation et
552 MPa < 552 diminution des concentrations
Leaching Dissolution des minéraux; échange de
(Lessivage) Eau déionisée - cations avec l'argile
Complexes de haute Échange complet avec les cations
sélectivité - adsorbés
Extraction possiblement incomplète,
Sous vide 18
Distillation 980 valeurs O non-valides
Extraction possiblement incomplète, baisse
Azéotropique
980 systématique de la valeur du deutérium
Équilibration Avec CO2 - Équilibration incomplète possiblement,
directe Avec H2O - temps d'équilibre difficile à estimer
Dans l‟article de Bottcher et al. (1997), une nouvelle technique d‟extraction d‟eau interstitielle est
exposée. C‟est une technique de "squeezing" à haute pression atteignant 110 MPa. Malgré les
inconvénients de cette technique qui résident dans le fait que la méthode soit destructive et ne
permet d‟obtenir que des petits volumes d‟eau après l‟extraction, elle permet toutefois d‟obtenir
un échantillon d‟eau à partir de différents espaces lacunaires à différentes pressions. Aussi, on
obtient des volumes d‟eau provenant de pores rapprochés.
Les profils des concentrations de Ca2+, Mg2+ et Cd en fonction de la profondeur pour trois
pressions d‟extraction montrent clairement que plus cette dernière augmente (de 5 à 110 MPa)
plus la concentration des cations augmente dans l'eau récupérée. Le même constat est établi pour
Mn2+, K+, Na+, Al3+, Fe2+, et Zn. Ceci n‟est par contre pas le cas pour Cu2+ et Pb+.
L‟augmentation de la concentration de ces cations avec la pression d‟extraction est due à une
hausse de la pression partielle du CO2 (PCO2) pendant la compression. Le produit (H+) (HCO3-)
augmente directement avec (PCO2) engendrant une hausse de la concentration des cations
44
basiques. D‟un autre côté, le dégazage des échantillons pendant la préparation peut aussi
influencer le pH.
Pour Winger et al. (1997), les procédures d‟extraction de l‟eau interstitielle peuvent avoir une
influence sur la chimie de l‟eau et cela à cause des variations de température ou l‟oxydation des
sédiments (Murthy et Ferell, 1972). En effet, la hausse de température dans les sédiments
provoque l‟augmentation de la concentration des silices et du pH (Fanning et Pilson, 1971).
Troup et al. (1974) ont constaté que la concentration de fer dans l‟eau interstitielle est influencée
par l‟oxydation des sédiments durant l‟extraction. Bufflap et Allen (1995) ont étudié les résultats
d‟analyses d‟eau interstitielle provenant d‟un même sédiment mais en utilisant diverses
méthodes. Selon eux, l‟extraction à vide donnerait des résultats satisfaisants.
Sacchi et al. (2000) traitent des effets de quelques processus ainsi que leurs influences sur la
chimie de l‟eau interstitielle. En effet, la hausse de pression lors de la compression ou de la
centrifugation cause une diminution de la concentration de la solution extraite, la modification de
la solubilité de la phase solide et aussi un possible effet sur la composition isotopique de la
solution. Il n‟existe pour le moment aucun modèle théorique pour expliquer et corriger ces effets.
La diminution de la pression de l‟eau quant à elle, lors de l‟échantillonnage ou le
conditionnement, engendre le dégazage de la solution. Cela peut causer la précipitation des
carbonates et la réduction de la porosité.
L‟oxydation de la phase solide est engendrée par un mauvais échantillonnage ou conditionnement
ou aussi par la centrifugation, le lessivage et la compression si les opérations ne sont pas
conduites dans une atmosphère contrôlée. Cela cause une variation du pH de la solution, une
dissolution des carbonates, la modification de la stabilité des autres phases et un échange
cationique avec l‟argile et la matière organique. Il est cependant impossible de corriger cela
(Sacchi et al., 2000)
Le changement de température n‟engendre pas des conséquences s‟il est inférieur à 100C. Si la
variation est plus grande, la stabilité de la phase solide risque d‟être modifiée. Ces effets sont
réversibles si l‟échantillon est entreposé à la température originale (Sacchi et al., 2000).
L‟échange ionique peut apparaître dans toutes les techniques d‟extraction existantes. Cela se
traduit par un changement majeur de la composition de la solution et par la dissolution et la
précipitation de phase solide. On peut évaluer ce phénomène par une modélisation géochimique
et dans certains cas, on peut le corriger.
45
La dissolution et la précipitation des sels causent des changements majeurs dans la composition
de la solution et résultent en un échange cationique. La dissolution peut être évaluée si la
minéralogie de l‟argile est connue et la dissolution est estimée par une modélisation géochimique
et par une observation minéralogique de l‟échantillon sec.
Enfin, une extraction incomplète de l‟eau interstitielle résulte en un échantillon d‟eau non
représentatif de la composition isotopique et chimique de la solution. Il est difficile d‟estimer cela
sans une compréhension totale et approfondie du système argile/eau. On peut toutefois avoir
recourt à la modélisation pour corriger les isotopes stables.
18O 18O
16 1.008 16 (1993.4 2.5).10 6
O SMOW O NBS 1
(1.10)
2H 2H
1 1.050 1 (158 2).10 6
H SMOW H NBS 1
A partir de cela, l‟IAEA (Association internationale de l‟énergie atomique) a préparé une eau
standard à partir d‟eau de mer distillée modifiée pour avoir une composition isotopique semblable
à celle de SMOW et nommée VSMOW.
18O
16 (2005.2 0.45).10 6
O VSMOW
(1.11)
2H
1 (155.76 0.05).10 6
H VSMOW
Les isotopes 2H et 18
O se démarquent par rapport à d‟autres isotopes car ils sont considérés non
réactifs. Chaque région connaît plusieurs cycles saisonniers de précipitations dont la signature en
2
H et 18O est unique, aussi, on connait la signature en isotopes d‟eaux datant d‟aires géologiques
différentes. La conservation des isotopes permet de retrouver ces signatures dans l‟eau
souterraine et de retracer l‟origine et estimer l‟âge de ces dernières. En effet, certaines eaux ont
des signatures en deutérium connues qui ont souvent été évoquées dans la littérature. Rozanski
(1985) a démontré que pour les anciennes eaux souterraines européennes ont un déficit en
deutérium de 12% par rapport aux eaux modernes infiltrées. Kazemi et al. (2006) ont aussi
montré à partir d'analyses de carottes glaciaires que les valeurs du deutérium et de l'oxygène 18
pendant les cycles de glaciation-déglaciation oscillaient respectivement entre -480‰ et -440‰ et
entre 0‰ et 1‰.
En général, il a été constaté que les eaux souterraines du Pléistocène sont isotopiquement plus
légères que les eaux de l'Holocène et les eaux modernes.
47
La composition isotopique de l‟eau est donc une fonction de l‟origine de cette dernière et de son
historique (mélanges d'eaux). Les eaux de précipitation se sont généralement constituées au
dessus des océans dont l‟eau a une composition isotopique différente de celle des pluies et des
neiges. Les précipitations se sont par la suite mélangées avec les eaux de surface et les eaux
souterraines.
Plusieurs facteurs peuvent avoir une influence sur la composition isotopique des eaux. Ainsi, les
signatures des eaux de pluie peuvent être différentes d‟une région à l‟autre à cause de plusieurs
facteurs. On cite notamment:
1. L‟effet continental: plus on s‟éloigne de la mer, plus l‟eau de pluie est appauvrie en
deutérium
18
2. L„effet de l‟élévation: l‟eau de pluie est plus appauvrie en isotopes O quand
l‟élévation par rapport au niveau de la mer augmente.
3. L‟effet de la latitude: les eaux météoriques dans les régions de haute latitude sont plus
appauvries en isotope 18O
18
4. Quantité de pluie: plus les pluies sont rares, plus la quantité de O est importante.
Dans les zones où les précipitations sont faibles, on retrouve des valeurs élevées de
18
O.
Quand les précipitations se déplacent loin de l‟équateur dans la direction de plus hautes latitudes,
les isotopes (dits lourds) sont perdus dans un processus dit de fractionnement (Craig 1961). En
Amérique du Nord, l‟effet de la latitude sur δ18O est de -0.5 ‰ / degré et entre -0.15 et -0.5
‰/100m d‟élévation pour l‟altitude (Gat 1980).
18
Les isotopes O et 2H sont des moyens recommandés pour estimer l‟âge et l‟origine de l‟eau
souterraine. En effet, ces isotopes ne sont que très peu affectés par les réactions géochimiques qui
se produisent au niveau des systèmes souterrains à basse température. Néanmoins, plusieurs
facteurs peuvent influencer les valeurs obtenues de δ18O et δ2H comme les variations saisonnières
de température (figure 2.14), la déshydratation des argiles et des silicates, l‟échange de H2S et les
échanges géothermiques avec les roches calcaires (Figure 2.13). Aussi, les processus de
condensation et d‟évaporation responsables de la formation des précipitations engendrent une
baisse des valeurs de δ18O et δ2H par rapport à leur valeur dans l‟eau de mer. On ne retrouvera
donc pas les mêmes valeurs dans l‟eau de mer et l‟eau de pluie.
48
Figure 2.13: Causes de la variation du rapport δ2H sur δ18O (Extrait de Kresic 2007)
A partir des résultats d‟analyses effectuées sur plusieurs échantillons d‟eau, la relation entre 2H et
18
O dans des échantillons d‟eau de pluie a été établie. Elle a été définie par Craig (1961) par la
relation suivante:
2 H 8 18O 10 (1.12)
Cette ligne déterminée par Craig est communément appelée ``Global Meteoric Water Line``
(GMWL). La pente de cette dernière ainsi que l‟intersection avec l‟axe y, aussi appelé excès de
deutérium, varient en fonction de la géographie (latitude, élévation,...).
De ce fait, on a déterminé des lignes d‟eau météoriques à des échelles locales, ``Local Meteoric
Water Line`` (LMWL), pour déterminer la ligne d‟eau météorique. On note à titre d‟exemple la
relation développée par Fritz et al. (1987) pour la région d‟Ottawa.
Les points qui se situent en dehors de ces droites indiquent que les eaux ont été affectées par une
condensation ou une évaporation non équilibrée, par un échange à haute température (>50oC)
avec les minéraux, ou ont été mélangées avec des eaux d‟origine non météoriques
Durant la période du Pléistocène, l‟eau de l‟océan Atlantique nord avait une signature en δ18O
d‟environ 0‰ (Broecker, 1974). Aussi, l‟eau douce introduite dans la mer Champlain était un
mélange d‟eau de fonte de neige et d‟eau météorique. Il est donc logique que sa composition en
δ18O soit inférieure aux valeurs (-25‰ à -40‰) trouvées dans l‟eau de fonte des glaciers (Hooke
et Clausen, 1982). Hillaire-Marcel et Pagé (1983) ont estimé la teneur en δ18O de l‟eau douce
dans le lac Deschaillons à -16‰. Sachant que ce dernier était en contact avec la marge glaciaire
comme il l‟était aussi avec la mer Champlain, la valeur de -16‰ peut être une bonne estimation
de ce qu‟aurait pu être la teneur en δ18O de l‟eau douce qui a alimenté la mer Champlain
(Hillaire-Marcel et Pagé 1983). Les eaux douces qui se sont déversées dans la mer Champlain
sont donc un mélange d‟eaux météoriques datant du pléistocène (-8‰ à -12‰) et des eaux de
50
fonte glace (-25‰ à -40‰). A partir de ces données, on peut estimer la signature des δ18O dans
la mer Champlain comme suit: puisque les eaux de la mer Champlain sont un mélange de 33%
d‟eau de mer (0‰) et de 67% d‟eau douce (-16‰), on peut dire que la teneur en δ18O dans la mer
Champlain est estimée à -10.4‰.
Au Québec, les valeurs de δ18O ont été investiguées dans plusieurs études. Les valeurs actuelles
trouvées dans les eaux météoriques (précipitations et neige) varient entre -8 et -12 ‰. A
Varennes, la composition de l‟eau souterraine provenant d‟un aquitard d‟argile varie entre -9.5 et
-10.5 ‰ ce qui coïncide avec les valeurs de cet isotope dans l‟eau météorique de la région de
Montréal (Desaulniers, 1988). Les valeurs trouvées en Ontario sont assez similaires. En effet,
Quigley (1980) publia des valeurs de 18O dans la région de Hawkesbury (Ontario) variant entre -9
et -11 ‰.
La ligne de Graig (1961) ainsi que les LMWL permettent de trouver la relation entre δ 2H et δ18O
dans une eau de pluie. Quand on analyse une eau souterraine, l‟origine de cette dernière n‟est pas
nécessairement météorique à 100%: elle peut provenir d‟eau de ruissèlement qui est un mélange
d‟eau de pluie, de fonte de neige et d‟eau de surface ou de plusieurs autres origines. L‟eau
souterraine aura alors une signature isotopique différente des eaux de pluie. Rose et al. (1997) ont
traité cette problématique. En effet, ils ont démontré que dans les retenues d‟eau et notamment les
lacs, l‟effet d‟évaporation est accentué. Le processus d‟évaporation est caractérisé par un effet de
séparation isotopique dynamique. Une relation linéaire entre δ2H et δ18O est toujours observée
mais la pente varie entre 2 et 5.5 alors que pour les eaux de pluie, cette pente varie généralement
entre 7 et 9. Cette pente reflète le taux de séparation de vapeur et l‟échange isotopique avec la
vapeur d‟eau présente dans l‟atmosphère et est dépendante de l‟humidité relative (Graig et al.
1963). L‟intersection de cette ligne des eaux de surface avec la ligne de Graig donne la valeur
isotopique initiale de l‟eau avant le début de l‟évaporation. Pour les eaux souterraines, cette
même étude a révélé que les valeurs de δ2H et δ18O se situent à droite de la GMWL, ce qui encore
une fois prouve que l‟évaporation des eaux de pluie influence les signatures isotopiques des eaux.
Desaulniers et al. (1981) ont montré dans une étude menée sur une couche de till d‟origine
glaciaire et une couche d‟argile la variation de δ18O en fonction de la profondeur. Le contenu en
δ18O se situe entre -9 et -10 ‰ VSMOW pour les eaux peu profondes, ce qui est semblable à la
teneur en δ18O dans l‟eau de pluie de la région étudiée. Pour des échantillons plus profonds, cette
valeur oscille entre -14 et -17 ‰. On constate donc une diminution régulière du profil de δ18O en
51
fonction de la profondeur dans le dépôt d‟argile. Cela est peut être dû au fait que cette eau
« profonde » ne proviendrait pas des précipitations mais serait de l‟eau interstitielle datant de
milliers d‟années et que ces eaux profondes seraient originaires de conditions climatiques plus
froides.
Pour Cloutier et al. (2004), les valeurs en deutérium et δ18O dans les roches sédimentaires de la
région des Basses Laurentides révèlent que pour les 146 piézomètres échantillonnés, ces
dernières se situent autour de la ligne d‟eau météorique locale. Les eaux extraites des piézomètres
ont la même signature en deutérium et δ18O que les précipitations de la région d‟Ottawa. Aussi,
les eaux provenant de formations géologiques confinées et non confinées ont le même contenu en
deutérium et δ18O. Cela conduit à supposer que l‟origine de ces eaux souterraines est identique.
Woodley (1996) a effectué des analyses isotopiques dans des dépôts de la Mer Champlain. La
composition isotopique des argiles marines et varvées laisse penser que ce sont des eaux
météoriques qui se sont infiltrées à partir de la surface pour atteindre le socle rocheux. Séguin
(1995) a conclu à partir des teneurs en δ18O versus TDS, que les eaux présentes dans les argiles
marines étaient un mélange d‟eau météorique et d‟eau de mer diluée. A partir de ces deux
constats et des données de terrain, il a été conclu que le mélange et le lessivage par les eaux
météoriques se produit à travers toute la couche d‟argile du haut vers le bas. La dilution et le
déplacement de l‟eau interstitielle de l‟argile durerait d‟une manière continue depuis la formation
de la mer Champlain.
Enfin, dans une étude de till argileux dans le Wisconsin, Bradbury (1985) a constaté que les
valeurs en δ18O diminuaient en fonction de la profondeur. Les signatures de l‟eau recueillie à des
profondeurs de 15 m et 22 m sont identiques à celles observées dans les eaux de pluie il y a 10
000 ans. Donc, l‟eau présente à ces profondeurs est restée emprisonnée dans le till depuis la
période post-glaciale et n‟a pas été mélangée avec des eaux infiltrées à partir de la surface.
14
Le C est introduit dans les eaux souterraines à la suite de processus biologiques. En effet, le
CO2 produit par les plantes et par la décomposition de matières organiques est dissout dans l‟eau
et est incorporé en carbone inorganique dissous (CID). Tout au long du chemin d‟écoulement des
eaux souterraines, la concentration du 14C diminue par le principe de la désintégration radioactive
à la suite de dilution ou de mécanismes géochimiques (Clark et Fritz, 1997)
14
Le C atmosphérique est dissout dans l‟eau de pluie de percolation avant de rejoindre la nappe
d‟eau souterraine. Une fois cette dernière atteinte, 14C commence sa décomposition en azote:
14
6 147 N
C (1.15)
14 14
La datation avec le C est basée sur la mesure de la perte du radionucléide parent du C. Pour
cela, deux hypothèses sont émises:
La concentration initiale de ce parent est connue et est restée constante pendant les années
passées.
Le système est fermé à tout gain ou perte de parent excepté par désintégration radioactive.
at a0 e t (1.16)
Avec:
λ: Constante de désintégration (λ=1n2/t½). Pour le 14C, t½=5730 ans (Clark et Fritz, 1997)
À partir de ces données, on peut trouver l‟âge de l‟eau par la formule suivante:
a 14C
t 8267. ln t 14 (1.17)
a0 C
14
Même si les eaux de pluie contiennent du CO2 provenant de l‟atmosphère, c‟est le sol qui est
l‟origine du 14C présent dans les eaux souterraines. Le 14C atmosphérique rejoint les végétaux par
53
photosynthèse et se retrouve ensuite dans le sol après décomposition des plantes ou par la
respiration des racines.
Si la teneur en 14C présente dans le sol reste constante tout au long du chemin d‟écoulement des
eaux souterraines, sans dilution, sa désintégration peut être utilisée pour le calcul de l‟âge de
l‟eau. Si ce n‟est pas le cas comme dans la plupart des situations, on doit prendre en considération
la dilution ainsi que plusieurs autres réactions géochimiques et notamment la dissolution de la
calcite et de la dolomite, les échanges avec la matrice de l‟aquifère, l‟oxydation de vieille matière
organique présente dans l‟aquifère et enfin la diffusion du 14C dans la matrice de l‟aquifère. Une
correction est faite en cas de dilution du 14C. Un facteur de dilution q est calculé pour chacun des
cas cités précédemment. L‟équation (1.17) devient donc:
a 14C
t 8267. ln t 14 (1.18)
q a0 C
Plusieurs modèles ont été proposés pour déterminer le facteur de dilution q. Ainsi, pour la
dilution par dissolution de carbonates, la méthode de correction statistique (Vogel 1970; Bajjali et
al. 1997), le modèle de correction d‟alcalinité (Tamers 1975; Clark et Fritz 1997), le modèle de
mélange du δ13C (Pearson 1965) et le modèle d‟échange matriciel (Clark et Fritz 1997) ont été
proposés pour déterminer la valeur de q.
En plus de la dilution par dissolution de carbonates, on doit calculer un facteur de dilution q pour
corriger contre les effets de la sulfatoréduction (Clark et Fritz 1997), contre les effets de la
méthanogènése (Clark et Fritz 1997), contre l‟incorporation du CO2 géogénique et enfin pour
14
corriger les effets de la diffusion matricielle du C. Une fois ces différents facteurs de dilution
calculés, on obtient le facteur de dilution total en additionnant tous les facteurs de dilution
calculés auparavant.
En plus des ajustements nécessaires à cause de la dilution, d‟autres difficultés sont associées avec
la datation des eaux souterraines avec le 14C.
14
1. Valeur initiale: Depuis sa production et jusqu‟à son arrivée à l‟eau souterraine, le C
présent dans l‟eau pluviale est modifié à la suite de plusieurs processus. On note la
14
production du C par les rayons cosmiques, par les tests thermonucléaires, par la
54
Cette série de processus rend la datation de l‟eau un exercice délicat. La valeur initiale a o
peut donc varier entre 75 pmC et 200 pmC. Idéalement, cette valeur est déterminée en
14
mesurant la concentration en C d‟une eau sans tritium provenant d‟une zone amont à
celle testée, et qui date d‟avant 1950, c'est-à-dire avant les premiers essais d‟armes
nucléaires. (Kazemi et al. 2006)
14
2. C modifie les réactions géochimiques: En effet, l‟ajout de carbone sans aucune activité
de 14C à l‟eau souterraine résulte en une diminution du ratio de 14C dans l‟échantillon. Ce
carbone provient de la dissolution congruente des minéraux de carbonate. Aussi, 14C peut
être éliminé par la dissolution de carbonates ou de minéraux contenant du calcium
accompagnés de la précipitation de calcite. L‟addition de carbone « mort » suite à
l‟oxydation de matières organiques, sulfatoréduction ou méthanogène peut aussi causer
14
une réduction de l‟activité du C. Enfin, et comme c‟est le cas pour les eaux
géothermales où la température est haute, un possible échange isotopique impliquant le
14
CO2 peut aussi être responsable de la diminution de l‟activité du C (Domenico et
Schwartz, 1990)
3. Impact de la diffusion: Sanford (1997) a mis au point une équation pour corriger l‟âge de
l‟eau à la suite de la diffusion. Ainsi, le transport du 14C est affecté par la diffusion qui se
produit soit d‟un aquifère perméable vers une couche confinée où d‟une zone
d‟écoulement (fracture) vers une zone de stagnation (matrice de roche). L‟âge corrigé est
obtenu comme suit:
k
tc tu ` (1.19)
k k
Où, tc, tu, k et k` sont le temps corrigé, le temps non corrigé, la constante de désintégration et le
coefficient de diffusion. Le ratio k`/k varie entre 0.0001 et 1000 et dépend de l‟épaisseur de la
zone d‟écoulement et des zones de stagnation.
4. Demi période: Deux corrections sont à faire. La première concerne la demi période du
14
C, une correction de cette valeur de 5730 ans à 5568 ans (Libby 1946) s‟impose. La
55
seconde consiste dans le fait de donner l‟âge pré-1950, une courbe de calibration est alors
nécessaire.
14
La méthode de datation des eaux souterraines par le C est complexe et nécessite plusieurs
ajustements pour calculer les âges des eaux souterraines. Le tableau 2.4 ci-dessous résume
d‟autres avantages et inconvénients de la datation avec le 14C.
Avantages Inconvénients
Théoriquement, l‟ensemble des corrections présentées dans ce chapitre permet d‟obtenir un âge
de l‟eau souterraine proche de son âge réel. Par contre, d‟un point de vue pratique, la prise en
compte de ces corrections nécessite la réalisation de plusieurs analyses chimiques pouvant être
très coûteuses. Aussi, il faut avoir une bonne connaissance des processus géochimiques qui ont
eu lieu et qui ont lieu tout au long du chemin d‟écoulement. On verra plus tard la méthodologie
appliquée pour corriger l‟âge des eaux souterraines obtenues avec la méthode du 14C.
56
que par des indicateurs isotopiques, est dans l‟ordre de milliers d‟années. La migration des
contaminants dissous est gouvernée par la diffusion moléculaire causée par les gradients de
concentration des contaminants. Cette migration peut se produire dans une échelle temporelle
variant entre 1000 à 10000 ans.
Enfin, les chemins d‟écoulement préférentiels dans les aquitards causés par les fractures, les
racines de plantes,… diminuent l‟intégrité de plusieurs aquitards car la vitesse de migration à
travers ces fractures est de plusieurs ordres de grandeur plus importante que dans la matrice.
L‟origine géologique de l‟aquitard et l‟histoire post-dépositionelle sont d‟importants indicateurs
de l‟intégrité de l‟aquitard sur son épaisseur.
Les essais d‟identification menés sur ces deux couches d‟argile ont permis d‟obtenir les résultats
suivants présentés dans le tableau 2-5.
On constate que les teneurs en eau naturelles ainsi que les limites de liquidité et de plasticité
diminuent dans la couche d‟argile inférieure. Cela est associé à une augmentation du poids
volumique.
Les analyses sédimentométriques réalisées sur les deux couches montrent un passant de 100% à
80μm et une teneur en argile (<2μm) entre 50% et 70%.
60
Tableau 2.5: Propriétés mécaniques de l‟argile dans le site BFI-Lachenaie (GSI, 2003)
Indice de plasticité, Ip 37 28 43 29 23 30
Des essais de résistance au cône suédois indiquent que la résistance est nettement supérieure dans
la couche inférieure. En effet, on trouve des valeurs comprises entre 61 et 94 kPa dans la couche
inférieure alors qu‟elles sont comprises entre 27 et 87 kPa dans la couche supérieure. Ces argiles
sont cataloguées comme étant fermes à raides. Ces argiles sont sensibles: leur sensibilité St varie
entre 19 et 32.
Les essais de consolidation œdométrique ont permis de dire que l‟argile est surconsolidée dans
les deux couches. En effet, des pressions de préconsolidation variant entre 180 kPa et 250 kPa
dans la couche supérieure et variant entre 245 kPa et 350 kPa dans la couche inférieure sont
déterminées à partir des courbes de consolidation. Au-delà de la pression de préconsolidation, Cc
est très élevé dans la couche supérieure et est compris entre 1,37 et 1,94 alors que dans la couche
inférieure, il ne dépasse pas 1,05. Enfin, le rapport Cu/ζ`p est respectivement de 0,23 et 0,24 dans
la couche supérieure et inférieure de l‟argile.
Afin de déterminer la conductivité hydraulique du till et de l‟argile, des essais de perméabilité ont
été réalisés in situ et au laboratoire sur des cellules triaxiales et œdométriques.
61
Tableau 2.6: Conductivité hydraulique in situ dans le till et l‟argile (d‟après GSI, 2001)
Argile Till
Forage k (cm/s) Forage k (cm/s)
A-1 6,30E-07 F 00-1
A-2 8,80E-07 F 00-2 1,30E-06
A-3 2,50E-07 F 00-3
A-4 2,10E-07 F 00-4 3,30E-06
A-5 1,00E-07 F 00-5 2,70E-06
A-6 7,10E-08 F 00-6 1,20E-06
A-7 6,70E-08 F 00-7 2,80E-06
A-8 1,20E-07 F 00-8 2,20E-06
A-9 8,40E-08 F 00-9 2,40E-06
A-10 1,40E-07 F 00-10 3,10E-06
A-11 1,60E-07 F 00-11 2,70E-06
A-12 7,00E-08 F 00-13 2,20E-06
A-13 1,50E-07 Max. 3,30E-06
A-14 3,70E-07 Min. 1,20E-06
A-15 1,50E-07 Moy. 2,39E-06
Max. 8,80E-07
Min. 6,70E-08
Moy. 2,30E-07
On constate que dans l‟argile, la conductivité hydraulique moyenne est de 2,30.10-7 cm/s avec
une valeur maximale de 8,80.10-7 cm/s et une valeur minimale de 6,70.10-8 cm/s. Les essais de
perméabilité au laboratoire sur des échantillons d‟argile intacte montrent qu‟on obtient des
résultats semblables avec les cellules triaxiales.
Dans le till, les essais in situ montrent que la conductivité hydraulique moyenne est 2,39.10-6
cm/s. Avec un maximum de 3,3.10-6 cm/s et un minimum de 1,3.10-6 cm/s, la conductivité
hydraulique de la strate de till est trop faible pour que le till soit considéré comme un aquifère.
L‟advection est le mouvement des contaminants dissouts avec l‟eau souterraine. C‟est la
composante du mouvement d‟un soluté ou d‟un corps dissout lorsque ce dernier est véhiculé par
des eaux souterraines (Freeze et Cherry, 1979). Le contaminant est donc transporté à travers les
pores sous l‟effet d‟un gradient hydraulique.
La quantité de soluté transporté par advection est calculée en fonction de sa concentration dans
l‟eau souterraine et la quantité d‟eau qui s‟écoule. Cette quantité est égale à la vitesse linéaire
moyenne multipliée par la porosité effective ne du sol. Cela suppose que le transport de masse
63
n‟influence pas l‟écoulement de l‟eau souterraine. Dans le cas contraire, et lorsque la densité du
contaminant est largement différente de celle de l‟eau, l‟écoulement de l‟eau et du contaminant
sont alors différents. Dans la plupart des cas, et en l‟absence d‟autres processus, on estime que
l‟eau souterraine et les solutés se déplacent à la même vitesse et dans la même direction.
Corey et al. (1963) et Krupps et al. (1972) ont étudié un autre phénomène qui explique pourquoi
les vitesses d‟écoulement de l‟eau souterraine et des solutés sont différentes. Les ions négatifs
peuvent se déplacer plus rapidement que l‟eau souterraine qui les transporte. En effet, les charges
électriques causées par la présence des minéraux des argiles peuvent forcer les anions à rester au
centre des pores où la vitesse microscopique est maximale. D‟autres raisons peuvent provoquer la
diminution de la vitesse des solutés, on citera notamment le phénomène de retardation qui sera
développé plus tard.
Dans la plupart des sols grossièrement ou moyennement grenus tels que les sables et graviers,
l‟advection est le principal mécanisme de migration des contaminants. Plusieurs paramètres
interviennent quand on calcule la vitesse d‟écoulement de l‟eau souterraine (taux d‟infiltration
par advection) et notamment la conductivité hydraulique K du sol, le gradient hydraulique i et la
porosité effective ne du milieu poreux. Le gradient hydraulique i est définit comme étant la
variation de la charge hydraulique Δh par rapport à une distance Δl dans le sens de l‟écoulement.
La vitesse d‟un écoulement par advection est connue sous le nom de la Loi de Darcy :
𝐾. 𝑖 𝐾 𝜕
𝑣=− =− (1.20)
𝑛𝑒 𝑛𝑒 𝜕𝑙
Comme le démontre l‟équation ci-dessus, la vitesse d‟écoulement par advection augmente quand
la porosité effective du sol diminue. Ce constat est important dans le cas du roc fracturé où la
porosité effective peut être différente de plusieurs ordres de grandeur. (Domenico et Schwartz,
1997)
La vitesse d‟écoulement ainsi définie va permettre de déterminer le flux de masse Fx causé par
l‟advection, dans le sens de l‟écoulement. Cette quantité est le produit de la quantité de l‟eau
souterraine multipliée par la concentration des solides dissouts C:
𝐹𝑥 = 𝑣. 𝑛𝑒 . 𝐶 (1.21)
64
𝜕𝐶 𝜕𝐶
= −𝑣 (1.22)
𝜕𝑡 𝜕𝑥
Il est à noter que quand l‟eau souterraine traverse des strates de natures géologiques différentes,
l‟advection va transporter les solutés à de différentes vitesses dans les différentes couches. Il en
résulte un mélange d‟eau contenant des contaminants provenant des différentes strates et de l‟eau
non contaminée où la vitesse moyenne est plus faible. La concentration totale de la solution est
alors inférieure à celle de la source.
Notons que la source de contamination peut être continue ou ponctuelle. Dans les deux cas, et
comme il apparait dans la figure ci-dessous, on constate que lors de l‟écoulement, la
contamination ne dépasse pas les limites du tube de courant.
(extrait de :[Link]/courses/391/ppt/Water%[Link])
65
Dans la figure 2.16 ci-dessous, la dispersion d‟un contaminant est illustrée dans le cas d‟une
source de contamination ponctuelle et d‟une source de contamination continue. Dans le deux cas,
on constate que la contamination s‟étale au-delà d‟un tube de courant contrairement à la figure
2.15 qui illustre un cas de transport d‟un contaminant sous l‟effet d‟advection seulement et où la
contamination ne dépasse pas les limites d‟un tube d‟écoulement.
(extrait de : [Link]/courses/391/ppt/Water%[Link])
66
Comme expliqué précédemment, l‟eau souterraine coule à des vitesses supérieures et/ou
inférieures à la vitesse linéaire moyenne. A une échelle macroscopique, on a trois raisons pour
expliquer ce phénomène (Bear 1979): Premièrement, comme les fluides s‟écoulent à travers les
pores, ils vont se déplacer plus rapidement au centre de ces derniers. Dans un second lieu,
certaines particules des fluides vont voyager plus longuement à travers des chemins d‟écoulement
plus tortueux comparativement à ceux plus en ligne droite. Enfin, certains pores sont plus larges
que d‟autres, le fluide qui s‟y écoulera sera plus rapide que les autres.
La dispersion mécanique est un processus microscopique qui se caractérise par un brassage causé
par des variations locales de vitesse par rapport à la vitesse moyenne d‟écoulement. La masse qui
occupe certains pores et volumes devient graduellement plus dispersée car différentes fractions
de masse sont transportées dans un régime de vitesse variable. Cette variabilité est causée par
plusieurs facteurs et imperfections et notamment par l‟hétérogénéité microscopique du sol
(géométrie et volumes des pores), son hétérogénéité macroscopique (caractéristiques de
stratification et de perméabilité) et son hétérogénéité megascopique causée dans la plupart des cas
par la géométrie du réservoir (Domenico et Schwartz, 1997).
𝐷𝐿 = 𝛼𝐿 . 𝑣 𝑒𝑡 𝐷𝑇 = 𝛼 𝑇 . 𝑣 (1.23)
Avec DL, DT, αL, αT et v respectivement sont la dispersion mécanique longitudinale, dispersion
mécanique transversale, dispersivité longitudinale, dispersivité transversale et vitesse
d‟écoulement linéaire. La dispersivité a par ailleurs l‟unité de la longueur [L].
Dans la littérature, il y a un consensus pour que la dispersivité transversale soit 10 fois inférieure
à la dispersivité longitudinale et la dispersivité verticale 1 ou 2 ordres de grandeurs plus petite
que la dispersivité longitudinale.
Dans la majorité des études conduites, il a été démontré que la dispersion dépend de la distance
parcourue par le soluté pendant son écoulement (Weidemeier et al.,1998; Aziz et al., 2000). Plus
le panache est long, plus grande est la valeur de dispersivité longitudinale. Même si la nature des
facteurs influençant la dispersivité ne sont pas tous connus, il est clair que l‟échelle spatiale et la
durée de l‟écoulement jouent un rôle prépondérant quant aux variations de la valeur de la
dispersivité.
La diffusion est un processus qui se produit à une échelle microscopique, et qui cause un
mouvement de solutés dans l‟eau suivant un gradient de concentrations. Quelle que soit la vitesse
d‟écoulement dûe à l‟advection, le soluté va diffuser tant qu‟il y aura un gradient de
concentrations. Ce processus de diffusion est un mélange causé par un mouvement moléculaire
aléatoire provoqué par l‟énergie cinétique thermique du soluté.
Notons que la diffusion ne joue pas un important rôle dans le transport advective-dispertive des
contaminants dissouts dans l‟eau souterraine quand ces derniers se déplacent librement à travers
la porosité effective d‟un aquifère. C‟est lorsque la vitesse d‟écoulement de l‟eau souterraine
68
devient très petite (dans des aquitards non-fracturé par exemple), à cause de la faible porosité du
milieu, que la diffusion peut devenir un important processus de transport de contaminants.
Comme il existe une relation linéaire qui relie la vitesse d‟écoulement dans un milieu poreux au
gradient hydraulique (Loi de Darcy), on trouve aussi le même type de relation qui relie le flux de
masse chimique au gradient de concentration. Cette loi est nommée Loi de Fick et est valable
pour les systèmes aqueux non-poreux. Elle s‟écrit sous la forme :
𝜕𝐶
𝐹 = −𝐷𝑑 (1.24)
𝜕𝑥
ou F est le flux de masse en unité de surface par unité de temps [moles/L2T], Dd, le coefficient de
diffusion [L2/T] et C, la concentration du soluté [moles/L3].
Pour les systèmes où la concentration varie en fonction du temps, on applique la deuxième Loi de
Fick :
𝜕𝐶 𝜕2𝐶
= 𝐷𝑑 2 (1.25)
𝜕𝑡 𝜕𝑥
La solution de cette équation, pour un soluté se déplaçant par diffusion seulement et selon l‟axe
des x, est connue comme l‟équation de Cranck (Freeze et Cherry, 1979) :
𝑥
𝐶𝑖 𝑥, 𝑡 = 𝐶0 . 𝑒𝑟𝑐𝑓( . 𝐷𝑒 . 𝑡) (1.26)
2
69
𝜕𝐶 𝐷𝑑 𝜕 2 𝐶
= (1.27)
𝜕𝑡 𝑅 𝜕𝑥 2
Dans les milieux poreux, Whitaker (1967) développa une relation qui prend en compte certaines
propriétés du milieu qui ont une influence directe sur le flux de masse. La nouvelle relation
s‟écrit sous la forme :
𝜏
𝐹 = −𝐷𝑑 𝑔𝑟𝑎𝑑 𝐶𝑛 + (1.28)
𝑉
A partir de cette équation, la Loi de Fick pour la diffusion dans des sédiments a été développée :
est le coefficient de diffusion qui tient en compte de la tortuosité du milieu poreux (Bulk
diffusion coefficient).
Domenico (1977) proposa une relation empirique qui relie le coefficient de diffusion effective
pour le fluide dans un milieu poreux au coefficient dans un liquide.
𝐷𝑑` = 𝐷∗ 𝐷𝑑 (1.32)
étant une constante inférieure à 1 pour tenir compte de la structure du milieu poreux et qui
prend en considération la porosité et la tortuosité.
70
D‟autres relations existent et qui relient le coefficient de diffusion effective pour le fluide
dans un milieu poreux au coefficient dans un liquide. On cite notamment Greenkorn (1983)
qui proposa la relation :
𝐷𝑑` = 𝑢. 𝑛. 𝐷𝑑 (1.33)
Greenkorn et Kessler (1972) ont proposé une relation qui prend aussi en compte la tortuosité η et
la porosité n. Notons que la tortuosité η est définie comme étant le rapport de la longueur du
chemin d‟écoulement Le par rapport à la longueur de l‟échantillon du milieu poreux L. Ce rapport
Le/L est toujours supérieur à 1.
𝑛
𝐷𝑑` = 𝐷 (1.34)
𝜏 𝑑
Dans le tableau 2-7 ci-dessous, quelques valeurs du coefficient de diffusion d‟anions et cations
sont présentées. Notons que ces valeurs varient entre 5.10-6 et 20.10-6 cm2/s dans tous les ions à
l‟exception de H+ et OH-. Aussi, plus la charge de l‟ion est grande, moins grande sera la valeur du
coefficient de diffusion.
Tableau 2.7: Quelques valeurs du coefficient de diffusion pour des anions et cations
𝑫𝑳 = 𝜶𝑳 . 𝒗𝒊 + 𝑫∗ (1.35)
𝑫𝑻 = 𝜶𝑻 . 𝒗𝒊 + 𝑫∗ (1.36)
Pour ce qui est de la masse du soluté transportée, cette dernière se compose de deux
composantes : la première est causée par l‟advection et la seconde est due à la dispersion.
𝑭𝒂𝒅𝒗𝒆𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏 = 𝒗𝒊 . 𝒏𝒆 . 𝑪. 𝒅𝑨 (1.37)
𝝏𝑪
𝑭𝒅𝒊𝒔𝒑𝒆𝒓𝒔𝒊𝒐𝒏 = 𝑫𝒊 . 𝒏𝒆 . . 𝒅𝑨 (1.38)
𝝏𝒊
La masse totale du soluté transportée par unité de surface dans la direction i, est la somme de la
masse transportée par advection et celle transportée par dispersion
𝝏𝑪
𝑭 = 𝒗𝒊 . 𝒏𝒆 . 𝑪 − 𝑫𝒊 . 𝒏𝒆 . (1.39)
𝝏𝒊
Enfin, on peut dériver une équation d‟advection-dispersion. C‟est dans cet objectif que ce sont
orientées les recherches de Freeze et Cherry (1979), Bear (1972) et Ogata (1970). On suppose
que le milieu est homogène, isotropique et saturé. Aussi, on considère que la loi de Darcy est
valide.
𝝏𝟐 𝑪 𝝏𝟐 𝑪 𝝏𝑪 𝝏𝑪
𝑫𝑳 𝟐 + 𝑫𝑻 𝟐 − 𝒗𝒙 = (1.40)
𝝏𝒙 𝝏𝒚 𝝏𝒙 𝝏𝒕
72
Le mouvement de l‟eau souterraine et son écoulement dans les milieux poreux dépendent donc de
la conjugaison de deux processus : La diffusion moléculaire et la dispersion mécanique. Dans la
majorité des cas, la diffusion moléculaire est négligeable devant la valeur de la dispersion
mécanique. Mais, il existe toutefois des cas où les deux processus interviennent.
Il est donc possible d‟évaluer la contribution de chaque processus dans le mouvement d‟un soluté
dans un milieu poreux. Le nombre de Péclet (Pe) est un nombre sans dimension. En transfert
massique, Il représente le rapport entre le transfert par convection et le transfert par diffusion
pour les transferts massiques. Le nombre de Péclet s‟écrit ainsi sous deux formes :
𝒗𝒙 . 𝒅
𝑷𝒆 = (1.41)
𝑫𝒅
𝒗𝒙 . 𝑳
𝑷𝒆 = (1.42)
𝑫𝑳
Dans les essais de colonnes réalisés dans le cadre d`études au laboratoire, on définit un nombre
de Péclet P, qui définit le ratio du transport par advection par rapport au transport par diffusion.
𝒗𝒙 . 𝒅
𝑷= (1.43)
𝑫𝒅
de Péclet P. Les résultats présentés dans ces graphes proviennent de plusieurs essais de colonnes,
de traceurs et de plusieurs essais de laboratoire.
73
Figure 2.18: Ratio DL/Dd et DT/Dd par rapport au nombre de Péclet (Fetter 1999)
D‟après ces graphiques, il apparait qu‟il y a des zones où la diffusion est dominante alors que la
dispersion est négligeable, dans d‟autres zones, c‟est le contraire qui se produit alors qu‟entre ces
deux zones, les deux processus se produisent. Ces trois zones sont caractérisés par (Fetter, 1999) :
𝐷 𝐷𝑇
Diffusion seulement : Pour 𝐷 𝐿 versus Pe, Pe < 0.02 et pour versus Pe, Pe < 1
𝑑 𝐷𝑑
𝐷 𝐷𝑇
Advection seulement : Pour 𝐷 𝐿 versus Pe, Pe > 6 et pour versus Pe, Pe > 100
𝑑 𝐷𝑑
𝐷 𝐷𝑇
Diffusion et advection : Pour 𝐷 𝐿 versus Pe, 0.02 < Pe < 6 et pour versus Pe, 1 <Pe<
𝑑 𝐷𝑑
100
74
𝐷
Pour Pfannkuch (1962), la variation de 𝐷 𝐿 versus Pe permet de déterminer quatre classes :
𝑑
𝐷
Classe 1 (Pe < 0.01) : 𝐷 𝐿 ne varie pas en fonction de Pe ce qui indique que la diffusion est
𝑑
Notons aussi, que la diffusion moléculaire a une plus grande influence sur le transport des solutés
dans les aquitards que dans les aquifères où l‟advection domine (Gillham et Cherry 1982). Aussi,
la distribution des constituants naturels dissous et des isotopes de l‟eau (Hendry et Wassenaar
1999) et des contaminants dans les aquitards (Parker, Cherry et Chapman 2004) résultent, et cela
à cause de la faible conductivité hydraulique des argiles intactes, de la diffusion à long terme
avec une petite ou une absence de l‟influence par l‟écoulement souterrain. Enfin, il faudrait aussi
prendre en considération d‟autres facteurs qui influencent le transport des contaminants. En effet,
et comme énoncé par Back (1985) et McMahon (2001), les aquitards peuvent être une source des
minéraux réactifs et des ions échangeables et peuvent aussi constituer des zones pour les
réactions biogéochimiques
L‟eau qui s‟écoule dans un système aquifère ou aquitard est souvent accompagnée de
contaminants et de polluants. Lorsqu‟il y a un transport à travers un milieu poreux, la
concentration des contaminants a tendance à être atténuée et réduite dans le temps et l‟espace.
Parmi les processus qui contribuent au ralentissement de la contamination, on cite la filtration, la
75
(extrait de : [Link]/courses/391/ppt/Water%[Link])
Dans le cas d‟un transport de masse accompagné d‟une sorption linéaire, l‟équation de transport
s‟écrit sous la forme :
𝜕𝐶 𝐷𝑥 𝜕 2 𝐶 𝑣𝑥 𝜕𝐶
= − . (1.44)
𝜕𝑡 𝑅𝑓 𝜕𝑥 2 𝑅𝑓 𝜕𝑥
(1 − 𝑛)
𝑅𝑓 = 1 + 𝜌𝑠 𝐾𝑑 (1.45)
𝑛
La sorption a pour effet de réduire les valeurs de D et v. La solution de l‟équation ci-dessus est :
𝐶 1 𝑅𝑥 𝑥 − 𝑣𝑤 𝑡
= 𝑒𝑟𝑐𝑓 1 (1.46)
𝐶0 2 2
2 𝛼𝑥 𝑣𝑤 𝑡𝑅𝑓
La différence entre l‟écoulement d‟une espèce non retardée et d‟une espèce retardée s‟explique
par le fait que la vitesse du contaminant devient inférieure à celle de l‟eau souterraine dans le cas
76
𝑣𝑤 𝑣𝑤
𝑣𝑐 = =
𝑅𝑓 (1 − 𝑛) (1.47)
1 + 𝜌𝑠 𝐾𝑑 𝑛
Cette équation permet de prédire la position du front de contamination à la suite d‟un transport
par advection accompagné d‟une sorption décrite par une isotherme linéaire simple.
Dans le cas d‟un transport de masse où une réaction de premier ordre se produit, l‟équation de
transport devient :
𝜕𝐶 𝜕2𝐶 𝜕𝐶
= 𝐷𝑥 2 − 𝑣𝑥 − 𝜆𝐶 (1.48)
𝜕𝑡 𝜕𝑥 𝜕𝑥
1
1 4𝜆𝛼𝑥 2
𝐶 1 𝑥 4𝜆𝛼𝑥 2 𝑥 − 𝑣𝑡 1 +
𝑣
= 𝑒𝑥𝑝 1− 1+ 𝑒𝑟𝑐𝑓 1
(1.49)
𝐶0 2 2𝛼𝑥 𝑣
2 𝛼𝑥 𝑣𝑡 2
Dans Desaulniers et al. (1981), l‟équation d‟advection-dispersion de Bear (1972) est utilisée pour
le transport de solutés dans un milieu poreux et saturé.
𝜕2𝐶 𝜕𝐶 𝜕𝐶
𝐷 2 −𝑉 = (1.50)
𝜕𝑥 𝜕𝑥 𝜕𝑡
D=De+Dm (1.51)
Dans les argiles non fracturées, la vitesse d‟écoulement de l‟eau souterraine sont très petites, dans
l‟ordre de grandeur de 10-10-10-11 m/s. Cela permet alors de considérer que la diffusion
moléculaire est le processus de transport dominant et le coefficient de dispersion peut être réécrit
D=De
Selon Lerman (1978), le coefficient de diffusion moléculaire effective peut être dérivé à partir du
coefficient de diffusion moléculaire d‟un isotope ou d‟un ion dans l‟eau Dw. Ainsi, ce coefficient
a été corrigé pour l‟effet de la tortuosité dans un matériau granulaire.
De=[Link] (1.52)
Pour les sols avec des porosités de 0.25 et 0.5, Dutt et Low (1952) et Wong (1952) obtiennent un
De variant entre 6,3.10-7 et 5.10-6 cm2/s pour le Cl-. Goodall et Quigley (1977) estiment le
coefficient de diffusion apparent pour Ca2+, Mg2+, Na+ et K+ dans les argiles de Sarnia varie entre
1.9.10-6 et 2.2.10-6 cm2/s. Pour les pates d‟argile, Dutt et Low (1961) donnent des valeurs de De
pour la diffusion de 2H2O et NaCl à 25oC variant entre 3,7.10-6 et 4,2.10-6 cm2/s.
Dans Desaulniers (1987), des essais de laboratoire conduits sur des argiles intactes de Varennes
et d‟Ontario indiquent que pour des vitesses d‟écoulement inférieures à 10 cm/an, le coefficient
de dispersion dans les argiles non fissurées pour les traceurs 3H et 36
Cl- sont 6.10-6 et 5.8.10-6
cm2/s. Des valeurs de De assez proches que celles trouvées par les précédents auteurs sont
utilisées par Hendry et al. (2004) lors de l‟étude d‟un aquitard dans la région de Saskatoon. En
effet, des valeurs de De variant entre 1.10-6 et 3.10-6 cm2/s sont utilisées dans la modélisation du
transport de δ18O dans les aquitards. Ces valeurs sont aussi utilisées dans le transport de δ2H. Sur
le site de King (Saskatoon), des études ont permis d‟obtenir un De de 1.7.10-6 cm2/s pour le
transport de δ2H dans le till.
Des essais de laboratoire ont été conduits sur des échantillons d‟argile de 50 mm pour déterminer
les paramètres de lessivage et de diffusion dans les argiles Champlain. Des essais de lessivage et
de diffusion pure ont été réalisés sur des argiles de la mer Champlain à deux sites différents. On
retrouve dans la série d‟essais conduits par Montgrain (1997) des argiles provenant de Ste
Adelphe et Ste Hyacinthe.
78
Comme il apparait dans la figure ci-dessous, le programme expérimental a été conduit en deux
étapes : Une première étape a consisté à caractériser les argiles étudiées puis dans un deuxième
lieu, les essais de diffusion pure et de lessivage ont été effectués.
Figure 2.20 : Programme expérimental suivi pour la caractérisation d‟argiles ainsi que les essais
de laboratoire (Montgrain, 1997)
A partir de la méthodologie mise au point par Montgrain (1997) et du logiciel Pollute v6, il a été
possible de déterminer les coefficients de diffusion effectif et de distribution des deux composés
inorganiques Na+ et Cl-.
Aussi, en remplaçant la solution de NaCl par une solution de KCl, on constate que le coefficient
de diffusion de Cl- n‟est pas affecté. Par contre, on obtient un Kd (coefficients de distribution
solide/liquide) pour le plomb de 31.9 cm3/g, ce qui montre l‟importante capacité d‟atténuation
que présente cette argile pour le plomb.
Garga et O‟Shaughnessy (1994) ont caractérisé la migration des contaminants dans les argiles de
la mer Champlain et ont évalués, par des essais au laboratoire, les principaux paramètres
(coefficients de diffusion effectif et facteur de retardation) qui interviennent dans le processus de
transport. En plus de ces deux paramètres, on peut aussi citer les réactions géochimiques comme
l‟adsorption, la précipitation et la désorption. Ces derniers dépendent de plusieurs facteurs et
notamment de la minéralogie de l‟argile, de la composition chimique de l‟eau des pores et de
facteurs biologiques.
Les coefficients de diffusion effective pour les espèces chimiques Na+, K+, Mg2+, Ca2+ et Cl- sont
déterminés au laboratoire sur des échantillons d‟argile Champlain intacts et non remaniés. Les
valeurs varient respectivement entre 3,4.10-10 et 6,5.10-10 m2/s, 6,0.10-10 et 7,5.10-10 m2/s, 3,8.10-
10
et 4,6.10-10 m2/s, 5,8. 10-10 et 6,25.10-10 m2/s, et 6,5. 10-10 et 7,0.10-10 m2/s.
80
Les facteurs de retardement dans les argiles Champlain étudiées par Garga et O‟Shaughnessy
(1994) pour Na+, K+, Mg2+ et Ca2+ varient respectivement entre 1,5 et 3,6, 17 et 48, 4,8 et 12,4
et 17 et 33. Pour le Cl- qui est considéré comme non réactif, on a émis l‟hypothèse que le facteur
de retardation est égal à 1. Donc, au vu de ces résultats, on constate que Cl- est l‟ion le plus
mobile en solution alors que Ca2+ et K+ sont fortement retardés par les argiles Champlain.
Pour des argiles Champlain de la région de Montréal, les facteurs de retardement varient entre
8.5 et 10, 48 et 128, 17 et 97, et 10 et 120. (Warith 1987)
Les valeurs élevées de la capacité d‟échange cationique (CEC) trouvées sur certains sites
investigués et notamment celui de Renfrew ainsi que la minéralogie justifient la haute capacité de
rétention (de cations) des sols. Pour les argiles de Champlain dans la région de Montréal, les
valeurs de la CEC varient entre 60 et 85 méquiv. /100g. Ces valeurs sont 2 à 3 fois plus
importantes que dans les argiles Champlain de l‟Est de l‟Ontario. Cette différence de la valeur de
la CEC justifie l‟écart entre les facteurs de retardement dans les argiles Champlain de l‟Ontario et
de la région de Montréal.
Plusieurs autres études ont permis d‟évaluer les coefficients de diffusion effective pour les
différents ions. Les résultats sont présentés dans le tableau 2-9 ci-dessous.
Ces valeurs sont similaires à celles trouvées par les différents auteurs cités précédemment. On
constate que les coefficients de diffusion effective varient selon le type de sol étudié mais restent
toutefois dans le même ordre de grandeur.
81
Tableau 2.9 : Coefficients de diffusion effective pour plusieurs ions dans des sols argileux
(extrait de Garga et O‟Shaughnessy, 1994)
Coefficient de diffusion
Espèce chimique Type de sol effective Références
De (x10-10 m2/s)
36
Cl- Sable-Bentonite 7.0-10 Gilham et al. (1984)
Les essais de perméabilité en cellule triaxiale sont les essais les plus populaires dans la littérature
scientifique. La particularité de cette méthode réside dans le fait que le dispositif peut accueillir
des échantillons de différentes tailles et volumes. On a aussi la possibilité d'effectuer des essais
sur des échantillons d'argile sous les mêmes conditions que celles présentes in situ. Le dispositif
triaxial permet de mener les essais de perméabilité à niveaux constant ou variable mais l'essai a
niveau variable est plus recommandé car en comparant les volumes d'entrée et de sortie, on arrive
à vérifier la fiabilité du dispositif. Plusieurs sources d'erreurs peuvent biaiser les essais de
perméabilité sur cellules triaxiales: les problèmes les plus souvent rencontrés sont les fuites au
niveau des raccords, la diffusion à travers la membrane ainsi que la saturation de cette dernière,
l'existence de chemin d'écoulement préférentiel entre le spécimen d'argile et la membrane, la
consolidation de l'échantillon d'argile et la saturation incomplète des pierres poreuses, des
tubulures et de l'échantillon. Ces sources d'erreurs doivent impérativement être éliminées car vu
la faible conductivité hydraulique des argiles, l'écoulement observé à travers l'échantillon testé
est de l'ordre de quelques dizaines de centimètres cubes par jour ce qui rendrait toute source
d'erreur préjudiciable sur l'essai.
83
Pour calculer les valeurs de la conductivité hydraulique selon la norme ASTM D 5084-00, la
formule suivante est utilisée (niveau de la burette amont descendant et aval remontant):
ain aout L h
k ln 1 (1.53)
(ain aout ) A t h2
Avec,
L = Longueur de l‟échantillon, cm
La cellule œdométrique permet de réaliser ces deux types d‟essais. On commence par réaliser
l‟essai de consolidation en appliquant progressivement des charges. Ensuite, à la fin de chaque
palier de chargement, on effectue un essai de perméabilité sur l‟échantillon d‟argile. Cela permet
d‟obtenir la valeur de la conductivité hydraulique k pour différentes valeurs d‟indice des vides e.
Ces deux essais sont normalisés: l‟essai de consolidation est fait selon la norme ASTM D 2435-
03 alors que l‟essai de perméabilité est conduit selon la norme ASTM D 5856-95.
L‟essai de consolidation œdométrique est effectué sur des échantillons intacts d‟argile. Il consiste
à charger progressivement, pendant plusieurs jours, un disque de sol emprisonné dans une cellule
œdométrique. La cellule comporte un anneau qui empêche le sol de se déformer latéralement et
qu‟on ne mesure le tassement que dans le sens du chargement vertical. L‟échantillon est placé
entre deux pierres poreuses qui permettent son drainage et il est maintenu saturé tout au long de
l‟essai.
Quand une contrainte axiale ζ est exercée sur un spécimen d‟argile dont la hauteur initiale est de
ho, ce dernier subit une déformation verticale. Un tassement de ∆h est atteint lorsque la totalité de
la suppression d‟eau interstitielle est dissipée. Au moment où la contrainte effective verticale ζ‟
devient égale à la contrainte verticale totale ζ, la déformation verticale εz est:
h
z (1.54)
h0
La déformation latérale est nulle (εx=εy=0) à cause de l‟anneau métallique qui prévient tout
déplacement latéral. La déformation volumique εV devient égale à la déformation axiale:
h
v x y z z
ho
V0 V V0 / Vs V / Vs e0 e
v
V0 V0 / Vs 1 e0
86
h
e e0 v (1 e0 ) e0 (1 e0 ) (1.55)
h0
H dr2
cv 0,197 (1.56)
t50
La valeur Hdr fait référence à la hauteur de drainage de l‟échantillon. Cette hauteur est très
importante puisqu‟elle permet d‟approximer les pressions interstitielles encore présentes dans
l‟échantillon et de calculer le gradient qui s‟y développe
Taylor propose aussi une méthode pour le calcul du coefficient de consolidation. Cette méthode
se base sur le temps de consolidation auquel la consolidation à atteint 90% (t90) et il est possible
de mesurer ce temps en mettant en graphique la lecture des déformations en fonction de la racine
du temps:
H dr2
cv 0,848 (1.57)
t90
Il est aussi possible avec cette méthode de calculer le coefficient de compressibilité et une
approximation du coefficient de perméabilité:
87
e
av (1.58)
' v
cv w gav
k (1.59)
1 e0
Les mesures de cv calculées avec la méthode de Casagrande sont peu fiables ((Holtz et Kovacs
1981). Conformément à ce qui est observé par Olson (1986) lors de la comparaison de ces deux
méthodes, les valeurs de cv obtenues à partir de la méthode de Casagrande sont inférieures à celles
qui ont été obtenues par la méthode de Taylor.
La seconde manipulation à mener sur les cellules œdométriques est l‟essai de perméabilité. Comme
décrit précédemment, à chaque palier de consolidation et après une période de 24h après le début
de la consolidation, on bloque le levier de la cellule œdométrique afin d‟empêcher l‟échantillon de
tasser et d‟avoir un indice des vides variable pendant l‟essai de perméabilité. Ensuite on applique
une différence de charge hydraulique sur l‟échantillon de telle sorte à ne pas le consolider et on
lance l‟essai de perméabilité.
D‟après la figure 3.4, on aperçoit trois branchements sur la cellule œdométrique. Un tuyau branché
en amont a permis de voir la variation du niveau d‟eau dans le tuyau pendant l‟essai, un tuyau
branché en aval a donné la charge hydraulique du bol (constante) et enfin un dernier tuyau a servi
comme prise d‟air. Aussi, pendant l‟essai, on s‟assure qu‟il n‟y a pas de bulles d‟air dans le
système, que le levier sur lequel les charges sont exercées est bloqué pour empêcher la déformation
88
du spécimen et que le bol est entièrement rempli d‟eau pour prévenir l‟intrusion de bulles d‟air
dans le système.
Tel que décrit dans la norme ASTM D 5856-95, la conductivité hydraulique, dans le cas où la
charge aval est constante, est obtenue de la manière suivante:
a L h1
k ln (1.60)
A t h2
Avec,
L = hauteur du spécimen, cm
Notons que pour tous les montages, les valeurs a et A sont constantes et respectivement égales à
0.08 cm² (aire du tube) et 31.88 cm² (aire de l‟échantillon)
89
Figure 3.4: Branchements pour un essai de perméabilité sur une cellule œdométrique
90
D‟un point de vue hydraulique, les deux essais sont régis par la même Loi de Darcy:
𝑑𝑉 ∆
𝑄= = −𝑘𝐴 (1.61)
𝑑𝑡 𝐿
Où Q est le débit en m3/s, k est la conductivité hydraulique en m/s, A est la section de l‟argile
perpendiculaire à l‟écoulement (m2) et L la longueur de l‟échantillon (m).
Plusieurs erreurs de manipulation ou des défaillances du matériel peuvent biaiser les résultats
surtout quand la conductivité hydraulique du sol est aussi faible que dans une argile (10-9 à 10-7
cm/s). On a constaté des fuites au niveau des raccords, des joints et au niveau des burettes. Il faut
souligner que le matériel du laboratoire est aussi utilisé avec des rejets miniers acides, ce qui le
détériore vu l‟acidité des fluides utilisés. Aussi, il faut être extrêmement prudent au moment de la
préparation des échantillons d‟argile: des microfractures dans l‟argile peuvent créer des chemins
d‟écoulement préférentiels et surestimer k. Il faut aussi veiller à ce que l‟argile colle bien sur la
paroi de l‟anneau dans la cellule œdométrique et que la membrane utilisée dans la cellule triaxiale
soit intacte et colle parfaitement à l‟échantillon. Aussi, il est essentielle de vérifier de temps à
autre l‟état des joints toriques (o-rings).
La saturation du système doit aussi être surveillée de près. Dans les cellules triaxiales,
l‟application de contre pression aide à dissoudre les bulles d‟air et les éliminer ce qui n‟est pas
faisable dans les cellules œdométriques donc il faut faire un contrôle visuel pour localiser les
bulles et les éliminer du système. Aussi, la durée des essais est différente dans les deux essais: il
faut environ 24 h sur une cellule œdométrique alors qu‟au moins 72 h sont nécessaires sur une
cellule triaxiale.
91
Enfin, la question qui se pose concerne le choix de la méthode à appliquer. Est-ce préférable de
conduire des essais de perméabilité au laboratoire sur des cellules œdométriques ou sur des
cellules triaxiales? La réponse à cette question sera traitée plus tard au moment de l‟analyse des
résultats. Mais, il faut rappeler que pour des argiles Champlain, Benabdallah et Chapuis (2007) et
Cazaux et Didier (2002) ont démontré l‟existence d‟effets d‟échelle quand il s‟agit de
conductivité hydraulique dans une argile Champlain.
Les essais d‟identification consistent à faire une granulométrie de l`argile, déterminer les limites
de consistance et déterminer la densité des grains.
Densité des grains: La première étape fut le calcul de la densité des grains. La densité des grains
est définie comme étant le rapport entre la masse d‟un certain volume du matériau et la masse
d‟un égal volume d‟eau à une certaine température de référence. En mécanique des sols, lorsque
les sols sont souvent en saturation totale comme c‟est le cas des argiles situées sous la nappe
phréatique, la définition de la densité utilise la masse volumique des particules solides en
excluant les pores saturables. La densité est alors définie comme suit:
𝑀𝑠
𝜌𝑠 𝑉𝑠
𝐷𝑅= =
𝑀𝑤 (1.62)
𝜌𝑤 (20 0 𝐶)
𝑉𝑤(20 0 𝐶)
Le principe pour calculer cette valeur est basé sur le principe d‟Archimède qui dit qu‟un corps
submergé dans l‟eau déplace un volume égal au volume du corps. Ainsi, en calculant précisément
le volume d‟eau qui est déplacé en y incorporant des particules solides, on peut calculer (par
différence) la valeur de la densité des grains solides. La procédure est détaillée dans la norme
BNQ 2501-070.
Teneur en eau naturelle: C‟est le rapport entre la masse de l‟eau et la masse des grains solides
contenus dans un volume de sol déterminé.
𝑀𝑤
𝑤 % = 100. (1.63)
𝑀𝑠
92
Cette propriété des sols est investiguée au laboratoire en faisant sécher le sol dans une étuve ou
un four. Le détail de la procédure est décrit dans les normes BNQ 2501-170 et ASTM D2216-90
La limite de plasticité (wp) caractérise la transition entre un état solide et un état plastique. Cette
limite indique la teneur en eau pondérale, en pourcentage, maximale pour travailler un sol et
éviter la compaction. En dessous de cette limite, le sol est friable ou facilement labourable d'un
point de vue agronomique. D‟un point de vue géotechnique, c‟est la teneur en eau d‟un sol qui a
perdu sa plasticité et se fissure en se déformant lorsqu‟il est soumis à des faibles charges. On
détermine la limite de plasticité selon les normes BNQ 2501-090 ou ASTM D 4318-98.
La limite de liquidité (wL) caractérise la transition entre un état plastique et un état liquide. C'est
la teneur en eau pondérale, exprimée en pourcentage, au-dessus de laquelle le sol s'écoule comme
un liquide visqueux sous l'influence de son propre poids. La limite de liquidité est déterminée de
deux façons: par la coupole de Casagrande ou par le pénétromètre à cône suédois (BNQ 2501-
090). Avec la coupole de Casagrande, la limite de liquidité est la teneur en eau lorsque la
résistance du matériau est d‟environ 2,5 kPa. Cette résistance est mobilisée lorsque le nombre de
coup faits par la chute de la coupelle atteint 25 (figure 3.5).
93
Figure 3.5: Appareil de Casagrande utilisé pour déterminer les limites de liquidité
Une fois que les limites d‟Atterberg déterminées, les différents indices sont calculés comme suit:
I P wL wP (1.64)
w wP
IL (1.65)
IP
Aussi, on a déterminé la granulométrie de ces argiles. Cela se fait en deux étapes. On commence
par faire l‟analyse granulométrique par sédimentométrie puis par tamisage. La sédimentométrie
est l‟essai pour déterminer la distribution des grains de diamètre inférieur à 80 μm et surtout le
pourcentage d‟argile contenu dans le sol (particules avec D < 2 μm). Cet essai est souvent utilisé
en complémentarité à l‟essai de granulométrie par tamisage qui sert pour la détermination des
particules avec un diamètre de plus de 80 μm.
94
Le principe de cet essai est basé sur la loi de Stokes qui dit que la vitesse de chute d‟une sphère:
D étant le diamètre de la sphère (mm), V la vitesse de chute de la sphère (mm/s), D rs et Dri étant
les densités de la sphère et du liquide alors que η est la viscosité dynamique du liquide (Pa.s).
L‟hydromètre est le principal instrument de mesure de cet essai. Il mesure la densité moyenne du
liquide dans lequel il est plongé auquel on peut corréler la concentration de particules solides
présentes en suspension dans l‟eau à un moment donné et à une certaine profondeur. La
température de l‟eau et la densité des grains sont des paramètres très importants puisque la
température de l‟eau modifie un peu la viscosité de l‟eau et la densité influe sur la vitesse de
chute des particules. On termine l‟essai en effectuant un tamisage par lavage pour déterminer le
pourcentage des particules entre 315 μm et 80 μm.
La bonne connaissance du mouvement des ions majeurs et de l‟eau interstitielle dans une argile
sensible est devenue primordiale compte tenu des nombreux projets où l‟argile est utilisée comme
barrière d‟étanchéité et aussi pour expliquer divers phénomènes géotechniques.
Cela passe par une analyse chimique de l‟eau interstitielle de l‟argile et la caractérisation de ses
constituants chimiques. A ce jour, il n‟existe pas encore de norme régissant l‟extraction de l‟eau
interstitielle de l‟argile malgré la multitude de recherches conduites dans le domaine de
l‟hydrogéologie, l‟hydrogéologie chimique et la géochimie. Plusieurs chercheurs ont utilisé des
techniques pour répondre à leurs propres besoins sans pour autant mettre au point un dispositif
standard et une procédure détaillée pour extraire l‟eau interstitielle de l‟argile. Dans cette section,
l'auteur décrit le procédé mis au point dans le laboratoire pour extraire des échantillons
représentatifs d‟eau interstitielle à partir de cylindres d‟argile intacte, les essais réalisés pour
tester ce dispositif et quelques résultats obtenus pour une argile Champlain.
et la cellule d‟extraction est que dans la première, on exerce une contre-pression à la tête et la
base de l‟échantillon et une pression cellulaire alors que dans la cellule d‟extraction, on n‟exerce
pas de contre-pression, seule la pression cellulaire est exercée sur l‟échantillon. Une fois
l‟échantillon installé, une membrane est mise autour de l‟échantillon d‟argile qu‟on confine à une
pression d‟extraction qui est la pression cellulaire. A la base de l‟échantillon, des fentes
permettent d‟évacuer l‟eau interstitielle. Cette dernière est acheminée à une éprouvette via une
tubulure où on a fixé une seringue à l‟extrémité. Cette dernière permet d‟acheminer l‟eau
interstitielle directement à une éprouvette où le vide a été préalablement fait et ainsi empêcher
l‟eau extraite de rentrer en contact avec l‟atmosphère.
Notons que pour l‟argile étudiée, la pression de préconsolidation se situe entre 250 kPa et 350
kPa. Des volumes d‟eau (15 mL) sont extraits à différents paliers de pression commençant à 100
kPa et allant jusqu‟à 700 kPa de telle sorte à avoir des échantillons d‟eau à différents états de
consolidation.
Tout d‟abord, le cylindre d‟argile est coupé avec un fil d‟acier en tranches d‟un centimètre
d‟épaisseur. Ensuite, on superpose ces différentes tranches d‟argiles en veillant à mettre un papier
filtre de type «Whatman» entre les tranches et sur le sommet et la base de l‟argile. Ces papiers
permettront de drainer horizontalement l‟eau interstitielle extraite de l‟échantillon. Une fois le
montage réalisé, on entoure l‟argile d‟un papier filtre dont les propriétés de filtration sont
semblables au papier filtre préalablement utilisé et dont la hauteur est égale à la hauteur du bloc
d‟argile (entre 20 et 25 cm) et le périmètre est égal à 21.67 cm. Cette feuille « filtre » permettra
de drainer l‟eau verticalement, du haut de l‟échantillon vers le bas. L‟argile et les papiers filtres
sont ensuite enveloppés par une membrane. Une tubulure en PVC achemine l‟eau interstitielle
extraite vers une éprouvette sans que cette dernière ne rentre en contact avec l‟air.
96
L‟influence du papier filtre sur la concentration en ions chlorure et sodium dans l‟eau extraite a
été contrôlée afin de vérifier qu‟aucun phénomène accessoire tel l‟adsorption ne nuisait aux
résultats. Des solutions de chlorure de sodium à des concentrations variant de 150 à 2800 mg/L
ont ainsi été préparées et mises en contact avec différentes masses de papier filtre. Les résultats
montrent que les concentrations après dix jours de contact ne varient pas de manière significative
par rapport aux concentrations des solutions initiales et ce, quelle que soit la masse de papier
utilisée.
TEST À BLANC
Le test a été réalisé dans les mêmes conditions qu‟un essai réel en remplaçant l‟échantillon
d‟argile par des pièces en plastique UHMW identiques à celles utilisées pour la tête et à la base
de la cellule d‟extraction. L‟eau circulant a été analysée avant et après passage dans l‟appareil.
Les résultats montrent que les concentrations en ions chlorure et sodium de l‟eau extraite ne sont
pas influencées de manière significative par le procédé d‟extraction.
PERMÉABILITÉ DE LA MEMBRANE
Pour vérifier la perméabilité de la membrane et être certain que cette dernière empêche l‟eau
présente dans la cellule de la traverser et rejoindre l‟échantillon, on enveloppe la membrane et
l‟échantillon dans une deuxième membrane et on place un papier filtre entre ces deux
membranes. Une fois l‟extraction finie, on vérifie que le papier filtre placé entre les deux
membranes est toujours sec. Ce test a été réalisé lors de trois essais: dans chacun de ces derniers,
le papier filtre était sec après l‟extraction d‟eau. Dans tous les cas, on a vérifié qu‟il y avait
compensation entre le volume d‟eau sorti de l‟échantillon d‟argile et le volume d‟eau entré dans
la cellule triaxiale en compensation.
98
Figure 3.7: Préparation et montage de l‟argile sur le dispositif d‟extraction à basse pression
99
Le même principe utilisé pour le dispositif à basse pression est utilisé pour la haute pression.
Cette fois, on va transférer les échantillons d‟argile utilisée dans le dispositif à basse pression au
dispositif à haute pression pour continuer l‟extraction de l‟eau interstitielle à des pressions allant
de 1 MPa à 30 MPa. L‟objectif de cette manipulation est de vérifier l‟influence des hautes
pressions, et donc de la consolidation de l‟argile, sur la chimie de l‟eau extraite.
Le dispositif mis au point dans le laboratoire est présenté dans la figure 3.8 ci-dessous.
L‟échantillon d‟argile est placé dans le cylindre en acier inoxydable mais cette fois, au lieu
d‟utiliser du papier filtre ``Whatman``, on met un filtre en nylon plus résistant. Le cylindre est
placé sous un piston en acier inox. On applique la pression souhaitée manuellement à l‟aide d‟une
pompe hydraulique. À chaque palier de pression, on attend environ 24 h pour permettre à l‟argile
de consolider. L‟eau extraite est récupérée dans une éprouvette sous vide où une succion a été
appliquée.
Plus la pression est augmentée, moins on obtient d‟eau interstitielle. Mais avec les nouvelles
techniques de laboratoire, 5 mL d‟eau sont suffisants pour effectuer les analyses nécessaires.
100
Piston
Cylindre contenant
l‟échantillon
Vérin
Manomètre
Éprouvette
Pompe hydraulique
La réalisation des différents travaux dans le cadre de ce projet commence par les forages,
l‟échantillonnage de l‟argile et l‟installation des piézomètres. Ces opérations sont cruciales; elles
nécessitent un savoir faire et une grande expérience des opérateurs afin de minimiser le
remaniement de l‟argile lors de son échantillonnage et d‟assurer un bon scellement des
piézomètres. Ces derniers sont les principaux outils de travail sur le terrain. Tous les essais
hydrauliques y sont réalisés et les échantillons d‟eau pour analyses géochimiques y sont prélevés.
L‟opération de forage se fait donc en deux temps: le tube Shelby permet de receuillir des
cylindres d‟argile non remaniée qui servent à réaliser les différents essais au laboratoire puis le
trou est foré par la méthode de rotation directe.
Cette méthode a été développée afin d‟accélérer le forage des puits tout en atteignant
d‟importantes profondeurs dans la majorité des formations géologiques (Driscoll, 1986). Le trou
de forage est réalisé en tournant un trépan et les déblais de forage (cuttings) sont évacués par une
circulation permanente d‟eau de forage à faible pression pour ne pas endommager l‟argile. Une
fois les profondeurs de forage atteintes, on ressort le tubage (casing) et on installe les
piézomètres.
102
Il existe différents essais in situ pour déterminer la conductivité hydraulique d‟un sol. Les
méthodes d‟interprétation des essais de perméabilité permettent d‟obtenir soit la conductivité
hydraulique locale et le niveau piézométrique local, soit des propriétés de l‟aquifère tel que la
transmissivité et le coefficient d‟emmagasinement.
Pour ce projet, on ne va traiter que des essais de perméabilité réalisés par injection ou remontée
d‟eau faits à des pressions d‟eau positives.
Au Canada, la norme CAN/BNQ 2501-135 est le plus souvent utilisée pour les essais dans les
piézomètres, même si au départ, cette dernière était prévue pour les essais de type Lefranc autour
d‟une cavité pratiquée sous l‟extrémité d‟un tubage. Comme il apparaît dans la norme, cet essai
consiste à provoquer un écoulement par gravité, dans le sol, à partir d‟une cavité de forme définie
(lanterne) remplie d‟un matériau perméable (sable ou gravier). L‟interprétation se fait en utilisant
le graphe des vitesses et les méthodes de Hvorslev (1951) et Chapuis et al. (1981). La méthode de
Hvorslev (1951) a démontré un certain nombre de limites et conduit à des valeurs non fiables
parce qu‟on y suppose a priori la position d‟un niveau piézométrique inconnu. Par contre, la
méthode de Chapuis et al. (1981) permet en théorie de trouver ce niveau piézométrique et permet
de localiser des problèmes liés à la mauvaise installation ou au mauvais scellement des
piézomètres.
Pour un essai à charge variable, Chapuis (1998) affirme que si la déformation du sol est
négligeable dans le cas par exemple d‟un aquifère ou un aquitard surconsolidé, les essais à niveau
variable sont gouvernés par l‟équation de Laplace. Une de ses solutions, une fonction
harmonique, relie la valeur du flux à travers le sol Qsol au flux dans le tube Qinj par le principe de
conservation de la masse.
104
c (cm) étant le coefficient de forme de la zone d‟injection qui dépend de la géométrie de la zone
d‟injection et des conditions hydrauliques aux frontières, H la différence de charge hydraulique
appliquée et k la conductivité hydraulique du sol.
𝜋𝑑 2
𝑆𝑖𝑛𝑗 = (1.69)
4
𝑑𝐻 −𝑐𝑘
= 𝑑𝑡 (1.70)
𝐻 𝑆𝑖𝑛𝑗
𝐻1 𝑐
𝑙𝑛 = −𝑘 𝑡 − 𝑡2 = −𝑘𝐶 𝑡1 − 𝑡2 (1.71)
𝐻2 𝑆𝑖𝑛𝑗 1
En fait, à un instant t, ce qui est mesurable c‟est l‟élévation Z de la colonne d‟eau dans le tube du
piézomètre et non la différence de charge hydraulique H. La différence de charge à un instant t
s‟écrit sous la forme:
𝐻 𝑡 = 𝑍 𝑡 − 𝐻0 (1.72)
En prenant en compte l‟erreur sur le niveau piézométrique, et d‟après les équations 1.68 et 1.72,
Chapuis et al. (1981) proposent:
𝑑𝑍
𝑆𝑖𝑛𝑗 = −𝑐𝑘(𝑍 − 𝐻0 ) (1.73)
𝑑𝑡
105
Ou, 𝑆𝑖𝑛𝑗 𝑑𝑍
𝑍=− + 𝐻0 (1.74)
𝑐𝑘 𝑑𝑡
Or on constate que cette équation de Z versus dZ/dt est l‟équation d‟une droite. Sa pente permet
d‟obtenir la valeur de la conductivité hydraulique alors que H0 est l‟ordonnée à l‟origine. On peut
aussi en dériver l‟équation de Hvorslev (1951) si H0=0
Chiasson (2005) a proposé une méthode pour interpréter les essais de perméabilité. La différence
notable avec la méthode proposée par Chapuis et al. (1981) c‟est que cette dernière est moins
sensible à l‟imprécision des mesures.
𝑍 𝑡 = 𝑍 0 − 𝐻0 𝑒 −𝑘𝐶𝑡 + 𝐻0 (1.76)
𝑍 𝑡 = 𝐻 0 𝑒 −𝑘𝐶𝑡 + 𝐻0 (1.77)
Z(t) étant l‟élévation de la colonne d‟eau au temps t et H(0) est la différence de charge réelle (et
inconnue) à t=0.
Afin de déterminer les paramètres H(0), H0 et a=c/Sinj, on minimise la somme des carrés des
écarts entre les charges expérimentales estimées et celles qui sont calculées.
𝜀𝑗 = 𝑍𝑗 − 𝑍 ∗ (𝑡𝑗 ) (1.78)
𝑛 2 𝑛
𝑀𝑖𝑛 𝑗 =1 𝜀𝑗 sujet à 𝑗 =1 𝜀𝑗 =0 (1.79)
2𝜋𝐿
𝑐= (1.80)
2𝐿
ln(𝐷)
𝐿 1
𝑐 = 2𝜋𝐷 + (1.81)
𝐷 4
Cette formule est mieux connue sous la formule dite de la sphère. D‟où:
𝑐 8𝐷 𝐿 1
𝐶= = + (1.82)
𝑆𝑖𝑛𝑗 𝑑2 𝐷 4
Pour un essai en bout de tubage (CAN/BNQ 2510-130, 1988), l'eau est injectée dans le sol par
une ouverture de diamètre D et le coefficient de c vaut (Taylor, 1948):
𝑐 = 2,75𝐷 (1.83)
Il est recommandé, dès que l‟essai de perméabilité in situ est terminé, de tracer en premier lieu le
graphique des vitesses Z versus dZ/dt. Si on obtient une courbe ou une ligne brisée, cela voudra
dire qu‟il y a une erreur d‟évaluation du niveau piézométrique, un défaut de scellement ou un
claquage hydraulique (Chapuis et al. 1981). Sinon, il faut que le prolongement de ligne droite
intercepte l‟axe des Z à la valeur 0. Si ce n‟est pas le cas, cette valeur H0 représentera l‟erreur
piézométrique due soit à un court circuit hydraulique soit à une erreur d‟estimation du niveau
pendant le forage (Chapuis et al. 1981).
107
De nos jours, tous les programmes d‟assurance qualité ainsi que les directives environnementales
exigent que les puits soient purgés avant toute campagne d‟échantillonnage d‟eau. L`objectif de
la purge des puits et des piézomètres est d‟obtenir un échantillon d‟eau qui ne soit contaminé ni
par les conditions créées par le puits ni par le trou de forage. Parmi les facteurs qui peuvent
contaminer les échantillons d‟eau, on cite l‟oxygène dissous provenant du puits, le pH élevé
causé par la chaux présente dans le coulis de ciment utilisé pour sceller le puits ou encore une
augmentation de la turbidité de l‟eau causée par un gradient appliqué trop élevé qui entraîne des
particules fines, argileuses.
Aussi, il faut noter que la purge n‟est pas la première étape à réaliser. Juste après le forage,
l‟installation des piézomètres et le murissement du ciment et de la bentonite (scellement des
piézomètres), on procède au développement du puits. Cela permet l‟extraction de l‟eau de forage
et des fines particules qui ont échoué au fond du puits pendant le forage.
Pour beaucoup de professionnels du forage et des puits d‟eau, la crépine est assimilée au “cœur
du puits” et la zone filtre au “poumons”. Par le développement du puits, on permet au cœur de
battre et aux poumons de respirer car le sol filtre et la crépine peuvent être obstrués par un
mélange de fluide de forage et de fines particules de sol et de matières utilisées lors du
scellement.
Dans un premier temps, on lave les piézomètres dans le roc en y injectant de l‟eau au niveau de la
crépine et en la faisant circuler jusqu‟à ce que l‟eau qui ressort par le haut du tube devienne
claire. Ensuite, on pompe, à faible débits, pendant une longue période (en moyenne entre 10 h et
15 h) afin d‟extraire l‟eau de forage et de lavage injectée dans le piézomètre. Notons que l‟eau de
forage peut se déplacer dans la formation géologique: c‟est pour cela que le pompage est effectué
pendant une longue période afin de pouvoir récupérer cette dernière. Le pompage se poursuit
jusqu‟à la stabilisation des paramètres de l‟eau et notamment le pH, la température et la
conductivité électrique (salinité).
Purger les piézomètres reste toutefois nécessaire avant tout échantillonnage d‟eaux souterraines.
L‟eau stagnante dans le piézomètre au-dessus de la zone crépinée doit être pompée: cette eau ne
circule pas et n‟est pas renouvelée. Elle ne représente pas l‟eau souterraine présente dans la
formation géologique. Aussi, il peut se produire des infiltrations d‟eau provenant de formations
108
géologiques différentes de celle visée: c‟est généralement dû à des défauts de scellement. Cette
eau doit aussi être extraite.
La purge peut se faire selon trois méthodes: pomper des volumes fixes d‟eau (4 à 6 fois le volume
du puits) avec d‟importants débits, purger jusqu‟à stabilisation des paramètres (pH, température,
conductivité,…) ou faire de la micropurge en pompant à faible débits et en minimisant le
rabattement de la nappe (Puls et Barcelona, 1986).
Les trois méthodes ont été testées et la dernière méthode (faible débit et faible rabattement) a été
retenue par l‟ASTM (D6771, 2006) car les deux premières méthodes ont montré leurs limites.
Quand on purge à hauts débits, on mélange l‟eau circulant à travers la crépine avec l‟eau qui
stagne dans le tube du piézomètre. Cela induit la dilution de l‟échantillon à analyser (Robin et
Gillham, 1987). De plus, on risque d‟assécher partiellement ou totalement la crépine causant ainsi
l‟agitation, l‟aération et l‟oxydation de l‟eau à échantillonner d‟une part et d‟autre part on risque
d‟endommager la zone filtre et la matrice de l‟aquifère.
Le détail de l‟opération de purge et d‟échantillonnage est développé dans une prochaine section
du document (Chapitre 4).
Notons qu'on traite dans cette section de l'échantillonnage dans le roc. Cette démarche ne peut
être généralisée à tous les piézomètres. Dans l'argile par exemple, et comme on l‟expliquera dans
le chapitre 4, il est déconseillé d‟échantillonner de l‟eau dans des piézomètres qui y sont installés.
Selon Hvorslev (1951), le temps de réponse d‟un piézomètre dépend des dimensions de l‟appareil
de prise de mesure (pressions)- le piézomètre dans notre cas- et est inversement proportionnel à la
conductivité hydraulique du sol. Le délai « Time lag » peut être calculé par la formule ci-dessous:
𝑉 𝐴𝐻 𝐴 𝐻. 𝑆𝑖𝑛𝑗
𝑇= = = = (1.84)
𝑞 𝐹𝑘𝐻 𝐹𝑘 𝑐𝑘
Donc, pour un sol argileux caractérisé par une conductivité hydraulique de 10-7cm/s, le « Time
lag » sera 10000 fois plus important qu‟avec des sols silteux ou sablonneux (10-4cm/s). Le délai
« Time Lag » étant inversement proportionnel à la conductivité hydraulique, donc plus la
conductivité hydraulique est petite, plus le temps de réponse « Time Lag » est grand.
Chapuis (2005, 2009) a revisité la théorie de Hvorslev (1951). Il a traité des aspects non couverts
par les hypothèses de Hvorslev. En plus du temps de réponse discuté précédent, il existe un délai
dû à l‟installation: c‟est le délai nécessaire afin de restaurer les pressions interstitielles in situ
après l‟installation de ce dernier. Aussi, les contraintes ne varient pas instantanément de la même
façon partout dans l‟argile, il leur faut une certain temps pour s‟y propager. Le piézomètre étant
installé dans de l‟argile, le niveau piézométrique autour de la zone filtre dépend des charges
hydrauliques présentes et passées dans les aquifères se situant en dessus ou en dessous de
l‟aquitard étudié. Supposons que la charge hydraulique de l‟aquifère soit constante, puis qu‟elle
change rapidement pour prendre une nouvelle valeur constante, différente de la première. A ce
moment, il apparaît un long « Time lag » avant que le piézomètre ne donne le niveau
piézométrique correct. Ce délai dépend des dimensions de la lanterne, du diamètre interne du
tube, de la perméabilité de l‟argile et du carré de la distance entre la lanterne et l‟aquifère. Il
devient donc pratiquement impossible de mesurer un niveau piézométrique dans l'argile.
110
L‟écoulement de l‟eau dans les sols est un des plus importants aspects en géotechnique et géo-
environnement. La complexité des systèmes hydrogéologiques et l‟intervention de plusieurs
paramètres et données font que la résolution des problèmes liés aux écoulements souterrains
nécessite l‟utilisation d‟outils informatiques et mathématiques et de logiciels de modélisation
numérique. Par définition, un modèle est une représentation simplifiée de la réalité qui a pour
objectif de décrire le comportement des systèmes naturels. Cela peut aller du modèle conceptuel
au modèle numérique en passant par les modèles géologiques, hydrogéologiques, mathématiques
et physiques.
Généralement, la conception d‟un modèle passe par plusieurs étapes: tout d‟abord, il faut mettre
au point un modèle conceptuel du système, ensuite, il est nécessaire de choisir le code et donc la
formulation mathématique du problème. Ce choix a été, dans notre cas, porté sur Seep /W. Ce
choix est justifié par l‟analyse présentée dans l‟article de Chapuis et al. (2001) où plusieurs
scénarios d‟écoulements et cas ont été testés et validés avec Seep/W. La géométrie du système à
modéliser est ensuite définie. On détermine après les paramètres représentatifs décrivant les
variations spatiales du système d‟écoulement souterrain, les conditions aux limites et leurs
variations dans le temps, les conditions initiales, le maillage et on effectue enfin les vérifications
élémentaires. Après cette étape de conception du modèle, on effectue un calage de ce dernier en
comparant les résultats aux données in situ et on finit par effectuer une analyse de sensibilité ou
des prévisions. Les procédures pour rendre un modèle opérationnel sont présentées dans la figure
3.11.
``L'approche numérique est utilisée dans le cas général pour lequel la géométrie du domaine, son
hétérogénéité paramétrique, les conditions aux limites et/ou le processus simule lui même
rendent l'intégration exacte, ou la détermination d'une solution analytique, impossible. Les
méthodes numériques les plus employées sont la méthode des différences finies (FDM) et la
111
méthode des éléments finis (FEM). Un modèle numérique associe une discrétisation du système
réel en éléments géométriques (triangles, quadrangles, briques, prismes, tétraèdres,...) à une
discrétisation des équations différentielles. L'assemblage de tous ces éléments discrets
(intégration de la contribution de chacun des éléments sur le domaine) donne lieu a un système
algébrique d'équations linéaires (système matriciel) dont la résolution nécessite l'inversion de
matrices dont la taille dépend du nombre d'éléments utilisés dans le modèle (nombre de nœuds).
Il s'agit ici d'une limitation majeure des techniques numériques du fait de leur dépendance aux
ressources informatiques disponibles (vitesse du processeur, mémoire vive disponible). A
l'opposé des méthodes analytiques, les modèles numériques nécessitent en général beaucoup plus
de temps pour être mis en place et utilisés``
Pour ce projet, on utilise la suite Geostudio 2007 et notamment Seep/W et CTran/W. Ces deux
logiciels sont utilisés pour la modélisation par éléments finis des écoulements de fluide, des
pressions interstitielles dans les milieux poreux, et du transport des contaminants.
Les données nécessaires à la modélisation ont été déterminées au laboratoire ou lors des essais in
situ. Les résultats des analyses chimiques et isotopiques de l‟eau seront utilisés dans la
modélisation du transport des ions dans CTran/W. Les quelques données manquantes ont été
déduites de la littérature existante.
112
Figure 3.11: Procédure pour rendre un modèle opérationnel (Cornaton et Perrochet 2007)
Définir et estimer les valeurs des dispersivités à utiliser dans les simulations et modélisations
numériques est un exercice qui nécessite beaucoup de précautions et d‟attention vu les
répercutions qu‟une mauvaise estimation de ces valeurs peut avoir sur les résultats obtenus. Dans
la majorité des articles et publications consultées, il apparaît que les valeurs de la dispersivité
dépendent de l‟échelle d‟observation durant l‟essai.
En se basant sur des essais in situ, on constate que plus l‟échelle d‟observation est grande, plus la
dispersivité augmente. Notons que l‟échelle d‟observation est définie comme étant la distance
entre la source et le point d‟observation. Par exemple, les valeurs de la dispersivité obtenues à
partir d‟essais de traceur conduits à une échelle locale (quelques mètres) ont tendance à être
113
Cet exercice vise à exposer quelques méthodes qu‟on pourra utiliser pour évaluer les deux
dispersivités, longitudinales et transversales, pour l‟argile, le till et le roc avant tout calage
numérique.
Gelhar et al. (1992) ont constitué une revue critique d‟observations de dispersivités provenant de
59 sites. Des informations concernant les types d‟aquifères, les propriétés hydrauliques, la nature
de l‟écoulement, le type de réseaux d‟observation, la méthode d‟interprétation des données et les
échelles d‟observation des dispersivités longitudinales et transversales à partir des différentes
sources ont été compilées. Ces informations ont servi à classer ces données en trois classes selon
leur fiabilité. 106 valeurs de dispersivité longitudinale allant de 0.01m à 5500 m à des échelles
variant de 0.75 m à 100 km ont été obtenues.
Les résultats de ces observations ont permis d‟obtenir la figure 3.12 ci-dessous:
114
Figure 3.12: Dispersivité longitudinale versus échelle d‟observation, identifiée par le type
d‟observation et le type d‟aquifère [d‟après Gelhar et al. 1992]
Il est à noter que cette figure 3.12 est devenue une référence dans la littérature quand il s‟agit
d‟estimer la dispersivité longitudinale afin d‟effectuer de la modélisation numérique et de la
simulation de transport de contaminants.
Malgré la popularité de cette figure depuis sa publication en 1985 par Gelhar et al., les mêmes
auteurs ont publié en 1992 un article où ils expliquent que l‟utilisation des résultats apparaissant
dans la figure 3.12 n‟est appropriée que si on prend en compte la fiabilité des données utilisées.
Leur raisonnement est basé sur le fait que les différentes caractéristiques des aquifères dans
115
lesquels les essais ont été conduits et les différentes méthodes d‟interprétation des résultats font
qu‟il est important de s‟assurer de la fiabilité de chaque donnée utilisée pour construire la figure.
En se basant sur des critères prédéfinis, ils ont pu produire la figure 3.13 ci-dessous:
Figure 3.13: Dispersivité longitudinale versus échelle d‟observation, données classées par degré
de fiabilité [d‟après Gelhar et al. 1992]
Les données ont été classées en trois degrés de fiabilité: basse, moyenne et haute.
On remarque que cette figure est identique à la figure 3.12 mais cette fois, les données sont
classées en termes de fiabilité et non en fonction de la nature du média et de la méthode d‟essai.
On note que les résultats les plus fiables sont obtenus à des échelles locales et intermédiaires.
Une fois la dispersivité longitudinale déterminée à l‟aide des figures ci-dessus, Gelhar et al.
(1992) ont développé le même type de figures mais cette fois pour la dispersivité transversale.
Figure 3.15: Dispersivité transversale (verticale) versus échelle d‟observation, données classées
par degré de fiabilité [d‟après Gelhar et al. 1992]
Domenico et Schwartz (1998) se basent sur l‟approche et les résultats de Gelhar et al. (1992). Ils
ajoutent que les hétérogénéités à l‟échelle macroscopique créent une variabilité de la vitesse à
l‟échelle locale et contribuent à la dispersion. Ils constatent aussi que la dispersivité
macroscopique est au minimum deux ordres de grandeur plus grande que la dispersivité dans une
colonne au laboratoire.
Comme pour Gelhar et al. (1992), d‟autres auteurs ont lié la dispersivité longitudinale à l‟échelle
d‟observation et à la longueur du trajet d‟écoulement de l‟eau souterraine. Rappelons que pour
Gelhar et al. (1992):
L 0.1 L (1.85)
On constate que pour toutes les équations proposés (Éqs. 1.52 à 1.55), la dispersivité
longitudinale est reliée à l‟échelle d‟observation.
D v D* (1.89)
α: Dispersivité (L)
Fetter (1993) confirma l‟approche de Gelhar et al. (1992) et proposa la relation L 0.1 L pour
obtenir l‟ordre de grandeur de la dispersivité longitudinale. Donc si la simulation est faite dans
une colonne d‟un mètre au laboratoire, L 0.1 m et si on simule le transport dans un aquifère
(1 km), L 100m .
La porosité et l‟uniformité de la taille des grains sont les deux facteurs prépondérants influant sur
les valeurs de la dispersivité. La dispersivité est proportionnelle au coefficient d‟uniformité et est
inversement proportionnelle à la porosité. La dispersivité est aussi proportionnelle à la taille
médiane des grains d‟un matériau clastique uniforme, lorsque Cu<2. Toutefois, dans les
matériaux plus étalés (Cu>2), l‟effet de la taille médiane des grains sur la dispersivité diminue
progressivement et disparaît même.
Pour Cu=1, il apparaît que la taille médiane des grains est significative à tous les niveaux alors
que k peut être retirée des calculs.
Des dispersivités longitudinales ont été receuillies à partir de 109 différentes études publiées et
réalisées dans différents types de média géologiques. Les données ont été subdivisées en 3
catégories: des dispersivités pour les média consolidés (basalte, granite, roches carbonatés) et
pour des sédiments non consolidés qui à leur tour ont été classés en 3 degrés de fiabilité.
Les données receuillies et compilées donnent aux praticiens dans le domaine des eaux
souterraines un guide préliminaire pour estimer la dispersivité à différentes échelles
d‟observation.
Basé sur ces données, les dispersivités longitudinales obtenues à partir des différents essais de
laboratoires, des essais d‟aquifères et des modèles numériques ont été tracées versus l‟échelle
d‟observation pour chaque média géologique (Figure 3.16).
Figure 3.17: Dispersivité longitudinale versus l‟échelle d‟observation pour des média consolidés
(Schulze-Makuch, 2005)
Les auteurs justifient ce phénomène par le fait que plus le traceur se déplace à travers le média
géologique, plus il rencontre des hétérogénéités et plus la dispersivité augmente avec l‟échelle
d‟observation.
A partir de ces observations, la relation suivante a été trouvée et relie directement la dispersivité
longitudinale à l‟échelle d‟observation.
c ( L) m (1.94)
: Dispersivité, m
Tableau 3.1: Valeurs des constantes c et m selon la nature du milieu géologique. [Extrait de
Schulze-Makuch 2005]
Selon les 307 données analysées, l‟exposant d‟échelle m moyen est d‟environ 0.5. Pour cette
constante, il n‟y pas d‟influence de la nature du média sur les valeurs. Le paramètre c varie entre
0.01 m pour les sédiments non consolidés et 0.8 m pour les roches carbonatées.
Basé sur un modèle construit à partir de la méthode statistique des moindres carrés, un modèle
reliant l‟échelle d‟observation et la dispersivité est proposé. Cette étude suggère de prédire un
spectre de valeurs de dispersivité au lieu de déterminer des droites.
Des données collectées de la littérature sont assujetties à une analyse de régression et deux droites
de moindres carrés représentant les limites inférieures et supérieures pour les dispersivités sont
obtenues.
Cette méthode, comme le suggère son auteur, permet d‟obtenir une valeur initiale des
dispersivités et de déterminer une plage de valeurs de ces données pour calibrer les modèles
numériques et simuler le transport des contaminants.
123
Figure 3.18: Méthodologie pour déterminer le spectre des dispersivités (Al-Suwaiyan, 1996)
124
Comme on aperçoit sur la figure 3.18 ci-dessus, à partir des résultats proposés par Xu et Eckstein
(1995), Neuman (1990) et Arya (1996), on détermine une bande qui inclut les trois relations entre
la dispersivité et l‟échelle d‟observation. Ensuite, on met ces données sur une échelle
logarithmique et on les expose en termes de fiabilité. Enfin, on trace les limites inférieure et
supérieure de cette bande. On estime que 80% des données présentées par les auteurs sont
présentes dans le spectre proposé par Al-Suwaiyan (1996). Ce spectre prend en considération non
seulement la qualité des données mais aussi leur fiabilité.
A cause de la difficulté et des coûts élevés pour obtenir les valeurs de la dispersivité in situ, et
afin d‟obtenir des dispersivités pour les modélisations numériques, on va continuer à se baser sur
des graphiques comme ceux exposés tout au long de ce document pour estimer les dispersivités,
au moins pour une première approximation. Comme on peut le constater dans la figure 3.19 ci-
dessous, les différentes méthodes donnent des résultats assez proches pour des échelles locales
(ordre de grandeur entre 101 et 102 m). Par contre, plus l‟échelle d‟observation devient grande,
plus on remarque que les données provenant des différentes méthodes s‟éloignent.
En plus des méthodes graphiques, on a vu qu‟il existe des équations qui relient les valeurs de la
dispersivité longitudinale à l‟échelle d‟observation. Ces méthodes ont été utilisées dans plusieurs
cas et ont livré des résultats semblables aux méthodes graphiques.
Enfin, on a vu qu‟il existe une méthode qui relie la dispersivité aux propriétés géotechniques des
sols. Cette méthode semble intéressante mais on ne dispose pas d‟assez d‟information pour
prouver sa validité. La méthode de Gelhar et al. (1995) reste la plus populaire dans la littérature
scientifique consultée.
La géologie de la région étudiée est bien connue. Le rapport réalisé par Dion (1978) donne un
aperçu détaillé sur la géologie de la région de Terrebonne-L‟Assomption. En plus, les différents
127
logs réalisés lors de nos différentes campagnes de forages 2006, 2007 et 2008 permettent de
dresser un portrait clair de la géologie du secteur à l‟étude.
Socle rocheux
Les roches de la région de Lachenaie sont d‟origine sédimentaire. Le socle est constitué de
schiste argileux correspondant au shale d‟Utica du Paléozoïque. Notons que ce dernier a été
carotté à 9 reprises lors de la réalisation des neuf forages dans le roc.
Dépôts meubles
Les dépôts qu‟on retrouve dans la zone d‟étude sont caractérisés par leur importante épaisseur.
Cette dernière peut atteindre jusqu‟à 30 m par endroits. La couche d‟argile Champlain constitue
l‟unité la plus épaisse. Elle est généralement recouverte d‟une couche de sable - associée aux
hautes terrasses d‟origine glaciaire- de faible épaisseur. L‟argile repose sur une couche de till qui
repose directement sur le socle rocheux.
Dans la figure 4.2 ci-dessous, Bolduc et Ross (2001) présentent la carte des dépôts meubles de la
région de Lachenaie. Les sites d‟études du projet doctoral y sont indiqués. On remarque que les
dépôts de surface sont de différentes natures et origines: dans les sites 1 et 6 par exemple, on
retrouve des alluvions des terrasses fluviales (sables et graviers) alors que dans le site 4, on
retrouve des sédiments fins d‟eau profonde (argile silteuse).
128
4.1.1 Stratigraphie
D‟après les diverses études réalisées sur le site de BFI et dans les sites voisins à ce dernier (GSI
Environnement 2001) ainsi que les études menées tout au long de notre investigation de la zone
d‟étude, il apparait que la stratigraphie est homogène à l‟échelle des sites étudiés et est composée
des unités suivantes:
- Une couche de terre végétale d‟épaisseur inférieure à 20 cm. Cette dernière est
discontinue car elle n‟est présente que dans certaines zones.
- Une couche de sable d‟environ 70 cm en moyenne recouvre dans la totalité des cas la
couche d‟argile. C‟est un sable fin à grossier avec des traces de silt qui devient plus
silteux à l‟approche de la couche d‟argile. Ce sont en général des sables littoraux ou
prodeltas.
- La couche d‟argile Champlain constitue l‟unité la plus épaisse des dépôts trouvés sur le
site. L‟épaisseur de cette dernière peut atteindre jusqu‟à 30 m dans certaines zones et
notamment à la frontière nord du site BFI. Plus on se dirige vers le sud et notamment vers
la rivière des Mille-Îles, plus l‟épaisseur de l‟argile diminue et atteint une épaisseur de 13
m environ (Site 06). L‟argile est homogène avec des traces de matière organique et de
coquillages par endroits.
- La couche de till est très variable selon les zones investiguées (GSI Environnement 2001).
Son épaisseur est de 1.5 m au minimum et peut atteindre 5 m par endroits. Généralement,
ce till est composé de sable (26% à 51%) et de silt (32% à 52%) avec des proportions
variables de gravier (4 à 17%) et d‟argile (moins de 10%) (Dion, 1978).
- Le socle rocheux est constitué de schiste argileux correspondant au shale d‟Utica d‟âge
Ordovicien. Dans tous les forages réalisés dans le roc, ce dernier a été carotté sur une
profondeur de 6 m.
Il est à noter que dans certaines études menées dans la même région, et on cite notamment le
rapport de Dion (1978), il a été constaté, dans certains endroits, un horizon varvé de 30 à 40 cm
d‟épaisseur et qui constitue la transition entre l‟argile et le till. Selon les résultats des analyses
effectuées sur ce dernier, on y retrouve de 3% à 6% de sable, 52% à 54% de silt et 40% à 45%
d‟argile. Cet horizon n‟a pas été rencontré dans nos forages.
130
Dans la figure 4.3 ci-dessous, on a superposé l‟emplacement des 9 sites du projet sur la carte des
dépôts de surface obtenue par Dion (1978). Les résultats sont concordants: en effet, dans les sites
1, 2 et 3, on a noté la présence d‟environ 20 cm à 30 cm de tourbe en surface alors que dans le
reste des sites, seule la couche de sable a été observée à la surface.
131
Pendant la totalité de la durée du projet, il a été installé 27 piézomètres dans 9 sites différents
(Figure 4.5). Sur chaque site, on retrouve un piézomètre installé dans le roc et deux piézomètres
dans l‟argile. Le premier se trouve dans le premier tiers de la couche d‟argile alors que le second
est placé dans le bas de la couche. Par contre, dans le site 8, on n‟a installé qu‟un seul piézomètre
au centre de la couche d‟argile, le second a été installé dans de la moraine.
Les sites 1 à 5 se trouvent sur les propriétés de BFI Lachenaie, le site 6 est à proximité de la
bibliothèque de Lachenaie et au bord de la rivière des Mille-Îles, les sites 7 et 8 sont sur des
terrains de la commission scolaire de Terrebonne alors que le site 9 se trouve à proximité de la
sablière ``Sables Thouin Inc`` (Figure 4.5).
Les piézomètres en PVC sont descendus dans les trous de forages en les centrant et en prenant
soin que le fond du trou soit atteint. Ensuite, on met en place la lanterne constituée de sable.
Enfin, on scelle le trou avec en premier lieu un mélange de bentonite, ciment et sable et en
second lieu, avec un coulis de bentonite. Une fois ces opérations achevées, on installe les
couvercles de protection (Figure 4.4)
On note que dans les piézomètres installés dans l‟argile, les diamètres du tube (51 mm) et de la
crépine (31.75 mm) sont différents alors que dans le roc, ces diamètres sont identiques (51 mm).
Une fois l‟installation des piézomètres achevée, on procède au nettoyage de ces derniers. Pour ce
fait, on injecte de l‟eau au niveau de la crépine à l‟intérieur des piézomètres. Les débris encore
présents dans les piézomètres sont évacués par le haut du tube. Une fois cette opération terminée,
on pompe les piézomètres pour les vider de l‟eau de lavage en prenant soin de ne pas assécher la
crépine et créer une importante variation de charge hydraulique pouvant mener à des dommages
au niveau de l‟argile (fissures) et des piézomètres.
Cadenas Cadenas
Piézomètre
Tuyau en PVC de diamètre Bouchon PVC Bouchon PVC
intérieur de 51mm
Piézomètre
Tuyau en PVC de diamètre intérieur
Niveau du de 51mm Niveau du sol
Sable
Coulis de bentonite
sans ciment Coulis de bentonite sans Sable, remblais ou pierre concassée
ciment
Trou f oré
Claibre H
2 ou 3 couches de sable
de granulométrie de
plus en plus fine entre
le gravier et le scellant
Till
Bouchon et trappe à
sédiments
SCHÉMA DES PUITS D'OBSERVATION DES EAUX SCHÉMA DES PUITS D'OBSERVATION DES EAUX
SOUTERRAINES DANS L'ARGILE SOUTERRAINES DANS LE ROC
Figure 4.4: Schéma des puits d‟observation des eaux souterraines dans l‟argile et le roc
134
Les résultats obtenus sont présentés dans les tableaux 4.1 et 4.2 ci-dessous sous forme de
pourcentages massiques. Les diffractogrammes quant à eux sont mis en annexe 1.
Les résultats obtenus concordent parfaitement avec ceux de Lebuis et al. (1982) et Lessard et
Mitchell (1985) et que nous avons présentés dans la revue de littérature. En effet, la majorité des
minéraux présents dans les argiles (jusqu`à 70%) sont quartzo-feldspathiques. 15% sont des
feldspaths potassiques (microcline) et 35% sont des plagioclases (oligoclase). On n‟a par contre
pas pu séparer la muscovite, la séricite et l‟illite par la DRX car les feuillets de ces derniers ne
peuvent être distingués avec cette technique.
Dans le roc (Tableau 4.2), on remarque que la proportion de quartz est plus élevée que dans
l‟argile. La proportion de muscovite, séricite et illite est aussi plus importante dans le roc. Par
contre, la proportion de chlorite tourne autour de 15%, ce qui est semblable aux argiles. On
constate aussi la présence de plus de carbonates dans le roc et notamment dans le forage FP-06-
03R où la proportion de dolomite atteint les 17%.
136
Tableau 4.1: Analyses semi-quantitatives par diffractométrie de rayons X sur des échantillons
d‟argile
Echantillon: Forage/Profondeur(m)
Phase minérale (%) FP-06-02R/5,65 FP-06-02R/11,17 FP-06-02R/14,86 FP-06-02R/23,20 FP-07-06R/4,46 FP-07-06R/5,61 FP-07-06R/8,70
Quartz 11,61 16,31 11,85 11,7 11,42 12,97 13,78
Muscovite/Séricite/Illite 9,81 13,65 9,49 8,29 11,06 6,74 6,79
Chlorite 16,24 16,21 15,43 14,62 18,8 14,25 11,65
Actinotite 6,51 4,95 7,23 7,79 8,15 7,72 8,78
Calcite 1 4,55 1,46 1,4 1,38 0,85 0,34
Dolomite 2,29 0,29 2,46 2,22 3,85 3,23 0,94
Microline 16,53 14,93 15,52 15,33 11,27 17,27 17,62
Oligoclase 34,85 28,21 35,37 37,63 34,1 36,88 40,13
Portlandite 1,15 0,89 1,18 1,02
Total (%) 99,99 99,99 99,99 100 100,03 99,91 100,03
Tableau 4.2: Analyses semi-quantitatives par diffractométrie de rayons X sur des échantillons de
roc
Echantillon: Forage/Profondeur(m)
Phase minérale (%) FP-06-01R/33 FP-06-02R/31 FP-06-03R/30
Quartz 40,16 37,61 31,83
Muscovite/Séricite/Illite 27,11 22,47 17,38
Chlorite 15,36 15,03 14,52
Calcite 2,55 2,5 2,14
Dolomite 2,14 4,23 17,71
Albite 10,61 14,69 14,33
Pyrite 1,41 3,46 2,08
Total (%) 99,34 99,99 99,99
Des essais ont été conduits dans notre laboratoire par Réginensi (2009) afin de déterminer le
pourcentage de matière organique présente dans l‟argile étudiée. Pour cela, il a fait une série de
pertes au feu. Les résultats obtenus montrent que l‟argile comporte de à 1 à 2% de matière
organique (Annexe 6).
137
Les argiles étudiées dans ce projet sont semblables aux argiles décrites par Leroueil et al. (1983)
d‟un point de vue granulométrique. En effet, selon leurs études, la fraction inférieure à 2 microns
dans les argiles de la mer Champlain varie entre 20% et 60% du côté du bouclier Canadien alors
qu‟elle oscille entre 60% et 80% vers le centre du bassin. Les analyses granulométriques
effectuées par la firme GSI Environnement et par notre équipe de projet (selon la norme ASTM
D 422-63) sur les argiles de Lachenaie sont en parfait accord avec les résultats de Leroueil et al.
(1983) (Figure 4.6). Le même constat est établi pour la densité des solides: sa valeur est en
moyenne de 2.75 pour les argiles de l‟Est du Canada selon ce même article, alors que pour
l‟ensemble des essais réalisés (30 essais pour déterminer la densité des solides selon la norme
ASTM 854-02), on trouve une densité de 2.73 avec un écart type de 0.023. Aussi, on constate que
la densité ne varie pas en fonction de la profondeur (figure 4.7).
Pour ce qui est des limites de liquidité, on constate que ces valeurs varient entre 40 et 70% alors
que les limites de plasticité oscillent entre 20% et 27% (figure 4.8). Par contre, ce qui attire notre
attention est la variation des limites de liquidité et du pourcentage passant à 2 μm par rapport à
l‟élévation 5 m. On remarque qu‟à cette élévation, ces deux paramètres du sol ont tendance à
augmenter confirmant ce qui a été avancé dans le rapport de GSI (2003) et dans l‟article de Dion
(1978) à propos de l‟existence de deux couches d‟argiles distinctes.
138
20
15
10
Élévation (m)
-5 Rapport GSI
-15
40 50 60 70 80
% passant à 2 μm
Densité relative, Dr
2,00 2,20 2,40 2,60 2,80 3,00
0
5
Profondeur, m
10
15
20
25
25
20
15
Elevation, m
Limite de liquidité
10
Pourcentage Passant
0
20 30 40 50 60 70 80 90
-5
WL (%), % passant à 2 μm
Figure 4.8: Évolution de la limite de liquidité et du pourcentage plus petit que 2 microns par
rapport à l‟élévation
140
80
70
60
Indice de plasticité, %
50
Ligne A
40 Ligne P
Argile Champlain
30 Leroueil 1983 inf
Leroueil 1983 sup
20
10
0
0 20 40 60 80 100 120
Limite de liquidité, %
Figure 4.9: Abaque de Casagrande pour les limites de consistance et positionnement des valeurs
obtenues
16
14
12
Quantité
10
8
6
4
2
0
17-19 19-21 21-23 23-25 25-27 27-29 29-31
Dans le cadre du projet, et dans le but de caractériser la couche d‟argile, plusieurs essais de
consolidation ont été conduits sur des argiles provenant des 9 forages dans le roc. La grande
majorité de ces essais a été réalisée dans le laboratoire d‟hydrogéologie en utilisant la méthode de
consolidation œdométriques par chargement successifs (CS). On a aussi utilisé sur quelques
échantillons, la méthode dite (CRS) ou méthode à déformation contrôlée en se servant des
installations du laboratoire de géotechnique.
Dans chaque forage, on a testé un minimum de 4 échantillons à des profondeurs différentes. Les
résultats obtenus (figure 4.11) montrent que la pression de préconsolidation varie entre 110 kPa
et 580 kPa. Aussi, on constate que les pressions de préconsolidation sont plus importantes aux
endroits où l‟élévation du sol est moindre, c'est-à-dire aux abords des rivières des Mille-Îles et
des Prairies. Le rapport de surconsolidation OCR, défini comme étant le quotient de la contrainte
de préconsolidation par la contrainte effective verticale actuelle, varie entre 1.8 et 21.5 ce qui
indique que l‟argile est surconsolidée.
20
15
Forages
Polytechnique
Forages GSI
10
y = -0,031x + 16,672
Elevation, m
R² = 0,2973
0
0 100 200 300 400 500 600 700
-5
Pression de préconsolidation, kPa
Comme expliqué par Holtz et Kovacs (1981), ce phénomène peut être dû à un changement des
contraintes totales ou des pressions interstitielles qui agiront sur les contraintes effectives. Ils
142
citent comme exemple de cela une sédimentation suivie d‟une érosion ou la glaciation. Aussi, une
altération de la structure du sol ou une modification de l‟environnement chimique (pH,
température ou teneur en sel) donne lieu à une augmentation des contraintes de préconsolidation.
Il serait donc intéressant d‟établir le lien qui existe entre la sensibilité de cette argile et la
variation de la teneur en sel car on dispose dans cette étude, de l‟analyse chimique de l‟eau
interstitielle dans l‟argile ainsi que des résistances au cisaillement à l‟état intact et remanié. Cet
exercice a été effectué par Claveau-Mallet (2008) pour les différentes argiles qu‟on a testées au
laboratoire. Les sensibilités varient entre 7 et 20 mais aucun lien entre la sensibilité et la salinité
des argiles n‟a pu être établi pour le moment (figure 4.12).
Figure 4.12: Relation entre la salinité et la sensibilité de quelques argiles (Extrait de Claveau-
Mallet, 2008)
Une corrélation entre l‟indice de compression Cc et l‟indice des vides e0 ressort de la figure 4.13
ci-dessous. On constate que la relation entre ces deux paramètres dans les argiles de Lachenaie
est semblable à la relation trouvée par Leroueil et al. (1983) pour les argiles Champlain (figure
4.13) et les argiles de l‟Est du Canada (figure 4.14).
143
Forages Polytechnique
2
Argiles Champlain
(Lerouiel et al., 1983)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0
Indice des vides naturel, eo
5,00
4,50
indice de compression Cc
4,00
3,50
3,00
2,50
2,00
1,50
1,00
0,50
0,00
0,00 0,50 1,00 1,50 2,00 2,50 3,00
indice des vides naturel, e0
Figure 4.14: Superposition des valeurs de Cc versus e0 sur le graphe de Leroueil et al. (1983)
144
Aussi, on remarque (figure 4.15) que l‟activité des argiles de Lachenaie (Ac=0,46 dans le forage
FP-06-02R et Ac=0,59 dans le forage FP-07-04R) se trouve dans l‟intervalle (0,25 ;0,75) trouvé
par Lerouiel et al. (1983) pour les argiles de Champlain.
Leroueil (1983)
70,0 Polytechnique
60,0
indice de plasticité Ip (%)
y = 0,5878x
50,0
Ac=0.75
40,0
30,0 y = 0,4625x
20,0
10,0 Ac=0.25
0,0
0 20 40 60 80 100
pourcentage d'argile (<2 μm), %
Enfin, les différentes propriétés des argiles de Lachenaie peuvent être résumées dans le tableau
4.3 extrait du rapport de Claveau-Mallet (2008) et dans les profils géotechniques (figures 4.16 à
4.23) ci-dessous.
145
Tableau 4.3: Comparaison des propriétés des argiles Champlain de l‟est du Canada avec les
argiles de Lachenaie (extrait de Claveau-Mallet, 2008)
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
20 0
Remblai
18 2
Argile silteuse
16 4 brunâtre
14
6
12
Centre de la 8
lanterne du
10 piézomètre AH
10
(élév. 10.64 m)
8
12 Argile silteuse grise
Centre de la
6
lanterne du
piézomètre AB 14
4 (élév. 5.75 m)
16
2 (12.6)
18 Bas de la couche
0 plus raide. Un peu
de sable.
20 (8.4)
-2 2.71
22
-4
0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-09 1,E-08 0 200 400 600 0 20 40 60 0 7500 15000
24 Moraine % % m/s kPa kPa mg/L
-6
Teneur en eau Essais de
Passant 2 μm perméabilité σ'p cu
-8 26 naturelle
triaxiaux σ'v (sensibilité)
Passant 80 μm Essais in situ (niveau
limites de
variable)
-10 28 Roc (shale) consistance
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(mg/L)
(%)
0 Sable
20 2 (6.7)
Argile brunâtre
18 4 (10.1)
16 6
Argile grise brune, 2.73 (18.2)
Centre de la parfois riche en
14 8
lanterne du matière organique, (16.9)
12 piézomètre AH 10 Devient
(élév. 13.21 m) progressivement (14.3)
10 12 plus raide en
profondeur.
8 14
Centre de la
lanterne du 2.75 (19.1)
6 16 (11.8)
piézomètre AB
4 (élév 6.93 m) 18
-4 26
-6 28 Moraine
-8 30
0,0 50,0 100,0 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-09 1,E-08 0 200 400 600 0 50 100 0 5000 10000
-10 32 m/s kPa
% % kPa mg/L mg/L
Roc (Shale) Passant 2 μm Teneur en eau Triaxial cu
-12 34 σ'p
naturelle
limites de In situ (niveau (sensibilité)
-14 36 Passant 80 μm σ'v
consistance variable)
Limite de
Profondeur
Élévation
consistance et salinité de l'eau
DR Granulométrie K σ' v et σ' p cu (kPa) et
(m)
(m)
Description teneur en eau interstitielle
(-) (%) (m/s) (kPa) sensibilité
naturelle (g/L)
(%)
0 Sable et pierre
20 concassée (1 m)
2
18 Argile silteuse
brunâtre
4 (19.8)
16
Centre de la (15.9)
6 (7.9)
14 lanterne du (11.6)
piézomètre AH
8
12 (élév. 13.02 m)
10
10
Argile silteuse
grise
12
8
Centre de la
lanterne du 14 (15.7)
6
piézomètre AB
(élév. 5.91 m) 16
4
Bas de la couche
d'argile silteuse (12.8)
18
2 plus riche en
matière organique
20
0 (marbrée). Plus
raide.
22
-2
Moraine 0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-09 1,E-08 0 200 400 600 0 20 40 60 0 7500 15000
24
-4 % % m/s kPa kPa mg/L
Essais de
26 Teneur en perméabilité cu
Roc (shale) Passant 2 μm eau naturelle σ'p
-6 triaxiaux σ'v (sensibilité)
Passant 80 μm limites de Essais in situ
28 consistance (niveau variable)
-8
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
-4 Till
16
0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-09 1,E-08 0 200 400 600 0 50 100 0 5000 10000
-6 18
Roc (shale) % % m/s kPa kPa mg/L
-8 20
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
0 Essais de
Remblai assez Passant 2 μm Teneur en eau σ'p cu
perméabilité
hétérogène : terre naturelle σ'v (sensibilité)
triaxiaux
12 végétale, argile, silt Passant 80 μm limites de
2 consistance Essais in situ
sable et bloc dont (niveau variable)
le diamètre peut
10 atteindre 30 cm.
4
Argile silteuse,
8
6 parfois très riche 2.75
en matière
Centre de la organique qui se
6 lanterne du présente sous la 2.64
8 (27.9)
piézomètre forme de 2.69
AH mouchetures
4 (élév. 5.61 m) noires. Peu
10 contenir un peu de
Centre de la sable localement.
lanterne du (72.9)
2 piézomètre 2.70
AB 12
2.74
(élév 2.34 m) Devient plus
0 grossier à
14 proximité du till.
-2 Till
16
-6
20
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
0
10 (printemps)
Argile sèche
9 2 brunâtre à
(fin de l'été) grisâtre. Traces de
8
sable.
7 Centre de la 4
lanterne du 2.74
6 (17.8)
piézomètre 2.74
5 AH 6 Argile silteuse 2.66 2.74
4 (élév. 5.96 m) grise. Moins
homogène que
3 8 pour les autres
Centre de la
2 sites.
lanterne du
1 piézomètre 10 Devient plus brune
AB
0 et plus dense à
(élév 1.64 m)
-1 proximité de la
12
moraine. Présence
-2 de sable et de 2.75
-3 14 gravier
-4
-5 16
-6 Moraine. Plus fine
-7 18 près du contact
avec l'argile.
-8
-9 20 0,0 50,0 100,0 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-08 0 200 400 600 0 25 50 75 0 5000 10000
% % m/s kPa kPa mg/L
-10
Passant 2 μm Teneur en eau
-11 22 naturelle σ'p cu
Roc (shale) Essais de
-12 Passant 80 μm limites de perméabilité (sensibilité)
σ'v
consistance triaxiaux
24
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
Environ 20 cm de
terre végétale.
0 Argile silteuse
10 brune et raide,
très sableuse
2
Centre de la Argile silteuse
8
grise. 2.72 (18.6)
lanterne du 2.69
piézomètre AH 4 (15.2)
2.74
(élév. 7.53 m) Devient plus brune
6 et plus sableuse (32.5)
Centre de la en-dessous de 2.63 (8.5)
6
lanterne du l'élévation de 5 m. 2.76 (50.1)
(35.0)
4 piézomètre AB 2.70
(élév 4.55 m) Présence de
8 (14.4)
cailloux près de la
2 moraine 2.63
10
0
12
Moraine. Plus fine
-2 près du contact
avec l'argile.
14
-4
0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-08 0 200 400 600 0 25 50 75 100 0 2500 5000
16
% % m/s kPa kPa mg/L
-6
Roc (shale), très Passant 2 μm Teneur en eau
18 naturelle cu
fracturé en surface Essais de σ'p
-8 Passant 80 μm limites de perméabilité σ'v (sensibilité)
consistance triaxiaux
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
Environ 60 cm de
terre végétale.
0
Argile silteuse
12 brune et raide
2
(8.5)
10 Centre de la
(28.7)
lanterne du (36.9)
Argile silteuse
piézomètre AC 4 2.74
grise, parfois rosée 2.69 (42.0)
8 (élév. 8.95 m)
2.70 (426.7)
6
6
8 Silt sablonneux,
4 Centre de la quelques petits
lanterne du graviers
piézomètre M 10
(élév 3.58 m)
2
12
0 Moraine, plus raide
que le silt
14 sablonneux
-2
16
0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-08 0 200 400 600 0 25 50 75 100 0 2500 5000
-4
% % m/s kPa kPa
Roc (shale), très mg/L
18 Teneur en eau cu
fracturé en surface Passant 2 μm Essais de σ'p
naturelle
-6 perméabilité (sensibilité)
Passant 80 μm limites de σ'v
consistance triaxiaux
Profondeur
Limite de consistance
Élévation
salinité de l'eau
DR Granulométrie et teneur en eau K σ'v et σ'p
(m)
(m)
Description cu (kPa) et sensibilité interstitielle
(-) (%) naturelle (m/s) (kPa)
(g/L)
(%)
Environ 20 cm de
16 terre végétale
0
14
2
0
16 (11.2)
-2
18
-4
Moraine. Plus fine
20 près du contact
avec l'argile.
-6 0 50 100 0 20 40 60 80 1,E-10 1,E-08 0 200 400 600 0 25 50 75 100 0 7500 15000
22
% % m/s kPa kPa mg/L
-8 Teneur en eau
24 Roc (shale), très 70,4
naturelle Essais de σ'p cu
fracturé en surface limites de perméabilité
-10 Passant 80 μm σ'v (sensibilité)
consistance triaxiaux
Les figures 4.16 à 4.24 ci-dessus montrent les profils géotechniques des sites 1 à 9. L'analyse de
ces figures permet d'émettre les constats suivants:
Pour l'ensemble des sites, la stratigraphie est toujours la même. La seule différence réside
dans la variation de l`épaisseur de la couche d'argile. En effet, cette dernière est plus
mince dans les sites au Sud de la zone d'étude. Cette couche d'argiles est même absente
dans une zone circulaire de 1 km à l'Est de l'axe Nord-Sud si on se fie à la figure 4.3
(Dion 1978).
Les valeurs de pourcentage passant à 2 µm et les limites de consistance de l'argile
(colonnes 5 et 6 des profils géotechniques) varient respectivement entre 50 % et 75% et
entre 42% et 78%. Comme indiqué précédemment, ces deux paramètres augmentent avec
l'élévation et l`élévation 5m constitue un point de séparation de ``deux`` couches d'argile.
Les pressions de préconsolidation (colonne 8) mesurées au laboratoire grâce aux essais de
consolidation ont révélées que ces pressions peuvent atteindre d'importantes valeurs. Elles
avoisinent les 600 kPa dans plusieurs forages (site 9, Site 6) alors que la pression
minimale constatée est de 189 kPa.
On constate aussi que les pressions de préconsolidation sont plus élevées quand on
approche de la rivière des Mille-Îles et de la rivière des Prairies. Dans ces zones,
l'élévation du sol est moins importante en comparant avec les zones éloignées telles que
les propriétés de BFI-Lachenaie où l'élévation atteint 22 m alors qu'à la bordure de la
rivière des Mille-Îles, l'élévation au sol est de 5 m environ.
La densité des grains (DR) (colonne 4) varie entre généralement entre 2.70 et 2.75
Les conductivités hydrauliques en cellule triaxiale sont dans un ordre de grandeur de
1.10-9 m/s. Une analyse détaillée de la conductivité hydraulique des argiles sera présentée
plus loin.
156
Le pompage est réalisé sous abris (en hiver) afin de conserver une température constante durant
les opérations de purge et d‟échantillonnage et éviter le gel des équipements. Les débits de
pompage quant à eux varient entre 13 et 450 cm³/min selon le débit du puits.
Pendant la première série d‟échantillonnage réalisée en novembre 2006, on n‟a pas pu placer le
tuyau connecté à la pompe au niveau de la crépine mais seulement au dessus de cette dernière.
Pour ce fait, on a d‟abord purgé le puits en plaçant le tuyau de la pompe au niveau de la surface
de l‟eau dans le puits. Ce pompage doit normalement permettre le pompage de la totalité de la
colonne d‟eau dans le tuyau et permettre ainsi un renouvellement complet de l‟eau dans le puits
(eau de forage) par l‟eau souterraine.
Pendant la deuxième campagne d‟échantillonnage réalisée en mai 2007, le tuyau relié à la pompe
a été placé au fond de la crépine en fixant un poids à l‟extrémité de ce dernier. Cela a permis
d‟être conforme avec les directives de la norme ASTM D6771-02.
Pour les essais effectués en novembre 2006, l‟attention a été portée sur l‟hydraulique des puits
afin de pouvoir effectuer des ajustements lors des futurs échantillonnages et être conformes aux
normes en vigueur. Pour cela, le débit de pompage, la vitesse d‟entrée à la crépine et le gradient
hydraulique au niveau de la crépine et du sable de la lanterne ont été calculés (Tableau 4.4). En
ce qui concerne la vitesse d‟entrée de l‟eau dans la crépine, on trouve cette valeur en appliquant
la formule suivante:
157
Q
ventrée (1.96)
2 r L
Une fois cette valeur obtenue, on calcule le gradient hydraulique d‟entrée à partir de:
ventrée
i (1.97)
k
Tableau 4.4: Débits, vitesses, conductivités hydrauliques et gradients pendant la purge des
piézomètres dans le roc
On remarque que les gradients hydrauliques à l'entrée de la crépine sont assez élevés et varient
entre 7.75 dans le forage FP-06-03R et 41.21 dans le forage F-00-5. Il est à noter que les forages
FP-06-01R, FP-06-02R et FP-06-03R sont dans le roc alors que les autres piézomètres sont
installés dans le till. Les gradients importants observés peuvent être expliqués par la faible
conductivité hydraulique du roc ou du till ou par l'importante vitesse d'entrée de l'eau. Cette
158
deuxième option est privilégiée dans notre cas. En effet, dans les forages dans le roc, l'écart entre
les gradients calculés n'est pas très importants en comparant avec les valeurs obtenues dans le till.
Cette variation, qui ne dépasse pas un facteur de 2 entre le gradient maximal et minimal observés
peut être attribuée à la fissuration du roc. Les valeurs des débits confirme cette hypothèse. Par
contre, dans le till, et connaissant l'historique des piézomètres, on sait que la purge de ces
derniers a été faite (par d‟autres) en vidant complètement le tube du piézomètre et en asséchant la
crépine. Cela endommage le till et crée d'importantes fissures dans ce dernier, ce qui explique les
importantes vitesses d'entrée.
Dans les figures 4.24 et 4.25 ci dessous, on constate que les paramètres (pH, température et
conductivité hydraulique) commencent à se stabiliser après environ 75 minutes de pompage. La
conductivité électrique augmente car on extrait l‟eau souterraine salée diluée par l‟eau douce de
forage alors que le pH et la température diminuent au fur et à mesure que le mélange est pompé.
En ce qui concerne les forages 08R et 09R, des essais ont été effectués sur deux jours. On
constate que les paramètres se stabilisent à la fin de la journée 1 de pompage mais quand on
arrête la purge et on reprend le lendemain, on constate que les paramètres reconvergent vers leurs
valeurs initiales et se restabilisent après une courte période de pompage. Cela confirme qu‟il est
nécessaire de purger les puits avant chaque échantillonnage: il se peut que de l‟eau de forage ou
de lavage se soit déplacée dans la formation géologique et qu‟il soit nécessaire de prolonger la
durée de pompage pour l‟extraire en totalité.
159
25000
20000
Conductivité électrique, microS/cm
15000
08R Jour 1
08R Jour 2
07R
10000
09R Jour 1
09R Jour 2
5000
0
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Durée de pompage, min
25,0
20,0
15,0
T (ºC) et pH
08R, T
08R, pH
10,0 07R, pH
09R, T
09R, pH
5,0
0,0
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Durée de pompage, min
L‟utilisation d‟un faible débit et d‟un faible rabattement s‟est avérée être une méthode qui permet
d‟obtenir des échantillons d‟eau représentatifs du milieu. Toutefois, les points suivants doivent
être respectés quand on réalise la micropurge et l‟échantillonnage:
Utiliser une tubulure dédiée à chaque piézomètre pour éviter toute contamination
Utiliser des pompes portables et notamment des pompes péristaltiques à faibles vitesses et
débits. Les pompes à hauts débits ne doivent pas être utilisées pour la purge et
l‟échantillonnage.
Pomper l‟eau directement du centre de la crépine ou dans la zone crépinée avec la plus
haute conductivité hydraulique
Le débit de pompage devrait être inférieur ou égal à la recharge naturelle du puits pour
minimiser le rabattement de la nappe et stabiliser ce dernier avant l‟échantillonnage.
Si au moment du pompage, on remarque que la turbidité est supérieure à 100 NTU, il faut
alors arrêter la pompe pour permettre aux particules en suspension de se déposer. Cela
varie d‟un puits à un autre.
On ne peut dans aucun cas déterminer à l‟avance des valeurs maximales à ne pas dépasser pour le
rabattement de la nappe et le débit de pompage. Cela diffère d‟un forage à un autre et dépend de
plusieurs facteurs dont la conductivité hydraulique du roc et son degré de fracturation. Certains
auteurs comme Puls et Barcelona (1996) ont avancé la valeur de 0.1 m (4 po) mais il a été
démontré par la suite que cette valeur est liée à la nature géologique du terrain et des conditions
hydrogéologiques présentes sur le site.
Cette méthode de purge et d‟échantillonnage a ainsi permis d‟obtenir des échantillons d‟eau de
bonne qualité. Comme on pourra le constater lors de la présentation des analyses chimiques de
l‟eau prélevée dans l‟ensemble des piézomètres, les différentes analyses réalisées pendant les
trois dernières années donnent des résultats identiques.
161
Notons que dans ce projet, l‟eau souterraine n‟a été échantillonnée que dans le roc. On a évité
d‟échantillonner dans l‟argile pour les raisons qui seront exposées par la suite.
En ce qui concerne l‟évolution de la salinité dans les piézomètres, on constate que dans le roc
(figure 4.27), cette valeur est constante sur toute la hauteur de la colonne d‟eau exception faite du
forage FP-08-08R où la salinité est constante dans toute la colonne d‟eau mais augmente au
niveau de la crépine. Cela est dû au fait que ce piézomètre n‟avait pas encore été nettoyé et purgé
au moment de l‟essai. Aussi, On constate dans le forage FP-08-09R que la salinité de l‟eau
augmente une fois que le puits est purgé. On explique cela par le fait que l‟eau du puits était
diluée par l‟eau de forage ce qui faisait diminuer sa salinité. Aussi, dans les forages non purgés
pendant plus d‟une année (FP-06-01R et FP-06-02R), on a constaté que la salinité augmente
quand on se rapproche de la crépine
Pour les piézomètres dans l‟argile, on constate que plus on se rapproche de la crépine, plus la
salinité augmente (figure 4.28). La même tendance est constatée pour le pH (figure 4.29). En
effet, dans le roc (figure 4.29), le pH de l‟eau est stable tout au long de la colonne d‟eau alors que
dans l‟argile, le pH augmente avec la profondeur. Enfin, pour la température, on constate que
dans le roc (figure 4.31), à la surface de la colonne d‟eau, la température est élevée car les essais
162
ont été effectués en été. Dès qu‟on s‟éloigne de la surface, la température diminue et devient
constante dans toute la colonne d‟eau. Dans l‟argile (figure 4.32), la température est élevée à la
surface de l‟eau mais diminue dès qu‟on s‟éloigne de la surface. Par contre, la température
reprend son ascension au fur et à mesure qu‟on se rapproche de la crépine.
Salinité, ppt
-5 0 5 10 15 20
0
Écoulement naturel
permanent vers le haut
Profonduerpar rapport à la surface de l'eau, m
FP-07-04R
10
FP-07-05R
FP-08-07R
15
FP-08-08R
FP-08-09R
20
FP-06-01R
FP-06-02R
25
FP-08-09R Après
30
Avant et après lavage et purge
non purgé depuis Juin2007
35
Figure 4.27: Évolution de la salinité de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans le roc (Mai 2009)
163
Salinité, ppt
2
FP-07-04AH
4 FP-07-04AB
FP-07-05AH
FP-06-01AB
6 FP-08-07AB
m
FP-08-07AH
FP-08-09AH
8
FP-08-09AB
FP-08-08AC
10 FP-08-08M
12
14
Figure 4.28: Évolution de la salinité de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans l‟argile (Mai 2009)
pH
0 2 4 6 8 10 12 14
0
Profondeur par rapport à la surface de l'eau, m
2
4 FP-07-04R
6 FP-07-05R
8 FP-08-07R
10 FP-08-08R
12 FP-08-09R
14
16
18
20
Figure 4.29: Évolution du pH de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les piézomètres
dans le roc (Mai 2009)
164
pH
6,8 7 7,2 7,4 7,6 7,8 8
0
Profondeur par rapport à la surface de l'eau, m
2
FP-07-04AH
3 FP-07-04AB
4 FP-07-05AH
FP-08-07AH
5
Figure 4.30: Évolution du pH de l‟eau par rapport à la profondeur de l‟eau dans les piézomètres
dans l‟argile (Mai 2009)
Température, 0C
7 7,5 8 8,5 9 9,5 10 10,5 11
0
Profondeur par rapport à la surface de l'eau, m
4
FP-07-04R
6
FP-07-05R
8
FP-08-08R
10
FP-08-09R
12
14
16
18
20
Figure 4.31: Évolution de la température par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans le roc (Mai 2009)
165
Température, oC
5 6 7 8 9 10 11 12
0
Profondeur par rapport à la surface de l'eau, m
2 FP-07-04AH
3 FP-07-04AB
FP-07-05AH
4
FP-08-07AB
5 FP-08-07AH
Figure 4.32: Évolution de la température par rapport à la profondeur de l‟eau dans les
piézomètres dans l‟argile (Mai 2009)
L‟analyse des résultats obtenus permet maintenant de justifier le fait qu‟on n‟échantillonne pas
d‟eau dans les piézomètres dans l‟argile. Dans l‟argile, à cause de la faible conductivité
hydraulique qui se situe autour de 10 cm/s-10-7 cm/s (Benabdallah et Chapuis, 2007), l‟eau
-8
circule et se renouvelle très lentement. Il peut y avoir une diffusion des sels de l‟argile vers l‟eau
de la crépine et du tuyau, ainsi qu‟une précipitation des sels vers le bas du tuyau par exclusion
des sels pendant le gel ou par différence de densité, ce qui justifie la hausse de la salinité quand
on se rapproche de la crépine. Dépendamment du point où l‟eau est extraite, la chimie de cette
dernière sera différente. Aussi, il n‟est pas prudent de vider les piézomètres dans l‟argile pour
permettre à l‟eau de se régénérer parce que cela produit des contraintes mécaniques élevées dans
l‟argile, ce qui peut endommager la lanterne et fracturer l‟argile. Pour ces raisons, il est
recommandé de ne pas échantillonner l‟eau directement dans les piézomètres dans l‟argile. Il est
préférable d‟extraire l‟eau interstitielle d‟un échantillon d‟argile intacte pour déterminer les
profils d‟ions dans cet échantillon.
166
Lors de l‟opération de forage, l‟argile a été échantillonnée à l‟aide de tubes Shelby. Une fois au
laboratoire, on a extrait l‟argile des tubes grâce à un piston. Les échantillons obtenus sont montés
dans les cellules triaxiales et œdométriques pour effectuer des essais de perméabilité.
Les essais de perméabilité menés sur la cellule triaxiale sont conduits selon la méthodologie
décrite précédemment et la norme ASTM D5084-00. Les résultats obtenus sont présentés dans les
figures 4.33, 4.34 et 4.35 ci-dessous. Notons que pour cette section, on dispose d‟un grand
nombre de résultats: 33 essais triaxiaux ont été réalisés pour le présent projet, 6 essais ont été
réalisés par la firme GSI Environnement et 9 essais ont été conduits par l‟auteur dans le cadre
d‟un projet antérieur. Tous ces résultats donnent la valeur de la conductivité hydraulique de
l‟argile Champlain dans le secteur de BFI-Lachenaie.
En compilant l‟ensemble des résultats dont on dispose, les résultats obtenus durant nos trois
campagnes 2006, 2007 et 2008 concordent avec les travaux antérieurs réalisés sur une argile
Champlain provenant du même site. En effet, on constate que la conductivité hydraulique
moyenne de l‟argile est de 1.81*10-7 cm/s. Toutes les valeurs obtenues se trouvent dans
l‟intervalle (7.70*10-8 cm/s; 3.67*10-7 cm/s). La conductivité hydraulique de l‟argile varie
relativement peu d‟un site à un autre et d‟une profondeur à une autre. On peut dire pour l‟instant,
et au vu de ces résultats, que d‟un point de vue hydraulique, cette couche d‟argile est homogène
mais avec une composante variable dans ces propriétés.
167
Enfin, on constate dans la figure 4.35 que la hauteur des échantillons testés varie entre 6 cm et 12
cm. La conductivité hydraulique de l‟argile n‟est pas influencée par ce changement de dimension
de l‟échantillon. On verra plus tard si le passage à de plus petits échantillons (cellule
œdométriques) aura des répercussions sur la valeur de k.
18
16
14
FP-06-01R
12 FP-06-02R
10 FP-06-03R
elévation, m
FP-07-04R
8
FP-07-05R
6 FP-07-06R
FP-08-07R
4
FP-08-08R
2 FP-08-09R
0
-2
-4
1,E-09 1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04
conductivité hydraulique, cm/s
5 FP-06-02R
FP-06-03R
FP-07-05R
10 FP-07-04R
FP-07-06R
Forages GSI
15 Mairise Triaxial
FP-08-07R
FP-08-08R
20 FP-08-09R
25
140
120
FP-06-01R
Hauteur de l'échantillon, mm
FP-06-02R
100
FP-06-03R
FP-07-04R
80 FP-07-05R
FP-07-06R
60 FP-08-07R
FP-08-08R
FP-08-09R
40
Forage GSI
Forages Maitrise
20
0
1,E-09 1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04
conductivité hydraulique, cm/s
La deuxième série d‟essais de conductivité hydraulique au laboratoire est conduite sur des
cellules œdométriques selon la norme ASTM D 5856-95. Des essais de perméabilités sont lancés
sur un échantillon d‟argile après certaines étapes de chargement lors des essais de consolidation:
chargements à 51 kPa, 204 kPa, 544 kPa, 1089 kPa et 1633 kPa .
D‟après les résultats obtenus, on remarque dans la figure 4.35, que la conductivité hydraulique est
dans l‟ordre de grandeur de 10-9 m/s à une contrainte effective inférieure à la pression de
préconsolidation alors qu‟à la fin du chargement, on passe un ordre de grandeur de 10-10 m/s.
Dans la figure suivante (figure 4.36), on a superposé le graphe obtenu pour e versus log k avec le
graphe de Leroueil et al. (1983) où différentes argiles dont des argiles Champlain sont présentées.
On constate que les argiles provenant des forages de Lachenaie se trouvent dans les mêmes
intervalles que les argiles de la mer Champlain (Louiseville, St-Zothique,…). En effet, leurs
indices des vides varient entre 0,8 à la fin de la consolidation et 2.0 au début des chargements
avec des conductivités hydrauliques allant d‟un ordre de grandeur de 10-9 m/s pour des indices
des vides naturels e0 à 10-10 m/s pour des indices des vides en état de consolidation.
Enfin, pour les différents paliers de chargement, on constate que les graphiques du logarithme de
la conductivité hydraulique versus l‟indice des vides évoluent de la même façon pour tous les
échantillons.
170
1,00E-06
1,00E-07 FP-06-01R/-0,24m
FP-06-01R/16,75m
conductivité hydraulique, m/s
FP-06-02R/3,11m
1,00E-08 FP-06-02R/17,15m
FP-06-03R/-0,47m
FP-07-04R/-2m
FP-07-04R/6,79m
1,00E-09
FP-07-05R/5,97m
FP-07-05R/3,76m
FP-07-06R/7,50m
1,00E-10
FP-07-06R/-2,06m
FP-08-09R/-1,36m
FP-08-09R/-7,12m
1,00E-11 FP-08-08R/7,11m
FP-08-08R/3,40m
FP-08-07R/5,63m
1,00E-12 FP-08-07R/2,59m
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800
contraintes effectives horizontales, kPa
Figure 4.36: Conductivité hydraulique de l‟argile versus les contraintes effectives horizontales à
différentes élévations
Figure 4.37: Indice des vides e versus conductivité hydraulique pour différentes argiles
171
L‟estimation de la conductivité hydraulique in situ des argiles Champlain de la zone d‟étude a été
possible par une trentaine d‟essais réalisés sur nos piézomètres. Aussi, on dispose d‟une banque
de données qui contient les résultats de 15 essais réalisés par la firme GSI Environnement et 20
essais réalisés par l‟auteur dans un projet antérieur. Tous ces essais ont été réalisés sur la couche
d‟argile de Lachenaie étudiée.
Les résultats des essais obtenus lors de nos différentes campagnes sont présentés dans le tableau
4.5 ci-dessous. On constate à première vue que les résultats obtenus avec les deux méthodes
d‟interprétation Chapuis et al. (1981) et Chiasson (2005) sont identiques à 10% près.
Pour Chiasson (2008), le graphe des vitesses où la vitesse est considérée comme étant la variable
indépendante et la charge H comme étant la variable dépendante surestime systématiquement k
par rapport à la méthode dite des graphes des vitesses alternative. Chiasson (2008) recommande
de corriger ce biais en permutant les variables indépendante et dépendante utilisées dans la
méthode du graphe des vitesses. Cela permet d‟obtenir des conductivités hydrauliques plus
exactes que celles obtenues avec les autres méthodes d‟interprétation. Si la différence entre la
méthode dite Z-t et la méthode alternative des vitesses est petite, la méthode Z-t peut être
considérée comme étant plus précise.
On constate aussi dans la figure 4.38 que toutes les conductivités hydrauliques obtenues ont un
ordre de grandeur de 10-7 cm/s et une valeur moyenne de 1.67.10-7 cm/s. La seule valeur élevée
est constatée au niveau du forage 6 où d‟après les logs de forages, la crépine se trouve au niveau
d‟une couche d‟argile oxydée. Aussi, d'après les logs de forages, on sait que les centres des
crépines des forages FP-07-06AH et FP-07-06AB se trouvent à des élévations de 5.96m et 1.64m
et que ces forages se trouvent à proximité de la rivière des Mille-Îles où la croûte d'argile est la
plus épaisse: il est donc normal que cette valeur k mesurée dans la croûte soit plus élevée, et elle
ne doit pas être considérée dans l‟analyse des valeurs k de l‟argile sous la croûte. Si on ne prend
pas en compte les forages du site 06, la conductivité hydraulique moyenne serait de 9,83.10-
8
cm/s. On constate que les différents essais de perméabilité in situ réalisés depuis l‟année 2003,
sur une quarantaine de piézomètres installés dans la même couche d‟argile, donnent des valeurs
voisines. Ces valeurs sont en accord avec les résultats obtenus lors des essais triaxiaux au
laboratoire. Aussi, on constate que la longueur de la crépine n‟influence pas les résultats obtenus.
Il n‟y a donc pas d‟effet d‟échelle à ce niveau même quand cette longueur passe de 600 mm à
1200 mm environ.
Aussi, on constate dans la figure 4.38 que ni l‟emplacement géographique des piézomètres ni leur
proximité de la rivière des prairies à l‟ouest n‟ont une influence sur la conductivité hydraulique in
situ. Enfin, soulignons que les valeurs de k obtenues en haut et en bas de la couche d‟argile sont
très proches, ce qui confirme que la couche d‟argile est homogène d‟un point de vue
hydrogéologique.
173
1,E-05
conductivité hydraulique, cm/s
1,E-06
1,E-07
1,E-08
Site 1 Site 2 Site 3 Site 4 Site 5 Site 6 Site 8 Site 9
Figure 4.39: Emplacement des sites et conductivités hydrauliques en haut et en bas de la couche
d‟argile
174
1,00E-05
1,00E-06
k, cm/s
Projet Ph.D
BFI
1,00E-07 Projet [Link].A
1,00E-08
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600
Longueur de la crépine, mm
Cette méthode est valable pour les sols plastiques, il faut donc vérifier que l‟indice de plasticité Ip
est compris entre 15% et 40% (Chapuis, 2001). Ensuite, il faut déterminer la valeur de la surface
spécifique pour chaque échantillon. Chapuis et Aubertin (2003) proposent d‟évaluer Ss à partir de
la limite de liquidité LL quand LL ≤ 110%.
1 1
= 1.3513 ∗ − 0.0089 (1.98)
𝑆𝑆 𝐿𝐿
Cette équation prédit des valeurs de Ss voisine à ±25% de la valeur mesurée par méthodes
physiques pour LL<60%. Pour LL>60%, les valeurs prédites sont mauvaises.
Une fois les valeurs de la surface spécifique calculées, on utilise la formule de Kozeny-Carman
pour estimer la valeur de la conductivité hydraulique comme suit:
𝑒3
log 𝑘𝑝𝑟 é𝑑𝑖𝑡𝑒 = 0.5 + 𝑙𝑜𝑔 (1.99)
𝐷𝑅2 . 𝑆𝑆2 . (1 + 𝑒)
k f f fv f s (1.100)
Fonction du fluide
La conductivité hydraulique est affectée par les propriétés du fluide passant à travers les pores,
par la viscosité dynamique μw et γw.
w
f f fw (1.101)
w
e 3 x
f v f e Ce (1.102)
1 e
x 7.7wL0.15 3 (1.103)
D‟après Kozeny (1953), Carman (1956), Chapuis et Montour (1992) et Chapuis et Aubertin
(2001), la fonction caractéristique de la surface est déterminée comme suit:
1
fs (1.104)
S m2
2
s
S m wL (1.105)
Pour 21< Sm < 433 m²/kg et 25% < wL < 127%, λ =0.2 m²/g et χ=1.5.
Donc,
1
fs fL (1.106)
s2 wL2
2
La conductivité hydraulique pour une argile est estimée en utilisant la formule suivante:
w e 3 x 1
kp Cp 2 2 (1.108)
w 1 e s wL
avec Ce
Cp (1.109)
Cp: constante utilisée dans l‟équation proposée pour les sols plastiques/cohésifs, g²/m4
La limite de liquidité wL peut être remplacée par eL avec eL 0.01 Gs wL . Cela rapproche le
modèle de sa base physique.
178
L‟originalité de ce modèle développé par les auteurs est que ce dernier utilise une relation
explicite entre la tortuosité du médium et son indice des vides puis le développement d‟une
nouvelle formule qui relie la surface spécifique massique Sm et la limite de liquidité pour les sols
argileux.
D‟après les résultats obtenus, on constate que la conductivité hydraulique moyenne selon la
méthode proposée par Mbonimpa et al. (2002) est 3.5*10-7 cm/s alors qu‟avec Kozeny-Carman,
on a une conductivité hydraulique moyenne de 1.67*10-8 cm/s. On constate que la conductivité
hydraulique prédite avec la méthode proposée par Mbonimpa et al. (2002) ne varie que très peu
avec l‟indice des vides et avec la profondeur. C‟est le même constat émis pour la méthode de
prédiction de Kozeny-Carman (Figure 4.40 et 4.41).
Mbonimpa et al.
Profondeur, m
10
Kozeny-Carman
15
20
25
1,00E-05
1,00E-06
conductivité hydraulique, cm/s
1,00E-07
Mbonimpa et al. 2002
Kozeny-Carman
1,00E-08
1,00E-09
0,5 1,0 1,5 2,0 2,5
On peut dire aussi que les méthodes de prédiction ont été établies pour un échantillon homogène
testé au laboratoire, et qu'elles ne prennent pas en compte plusieurs paramètres et notamment les
essais in situ, la méthode de forage (préparation de la lanterne) et les dimensions des échantillons
prélevés. Donc, elles ne nous permettent pas de vérifier l‟existence ou non d‟effets d‟échelles et
l‟influence de la méthode de forage sur la qualité des résultats.
180
Tableau 4.6: Valeurs et paramètres utilisés pour estimer la conductivité hydraulique avec la
méthode de Mbonimpa et al. (2002) pour cinq échantillons d'argile
Forage wL Prof. e0 ρs Sm x eL fs fw Ce Cp fv Kp
.10-7
(%) (m) (kg/m³) (m2/kg) .10-11 .103 .10-1 (g2/m4) (cm/s)
01R 41,58 21,42 1,49 2750 53,62 1,40 0,0114 4,60 9,80 6,36 3,18 1,47 6,64
02R 63,93 3,66 1,39 2750 102,22 1,13 0,0176 1,27 9,80 5,59 2,79 0,91 1,12
03R 63,22 6,25 1,81 2750 100,54 1,13 0,0174 1,31 9,80 5,61 2,80 2,31 2,97
04R 51,63 6,64 1,81 2750 74,20 1,26 0,0142 2,40 9,80 5,96 2,98 2,68 6,32
05R 42,32 10,30 1,54 2750 55,07 1,39 0,0116 4,36 9,80 6,32 3,16 1,67 7,13
Tableau 4.7: Valeurs et paramètres utilisés pour estimer la conductivité hydraulique avec la
méthode de Kozeny-Carman pour six échantillons d'argile
prof. wp w wL IP IL Ss k 10-8
Forage (m) (%) (%) (%) (%) (%) e0 (m2/kg) log k (cm/s)
FP-06-01R 21,42 19,68 36,88 41,58 21,90 78,53 1,49 42373 -9,51 3,09
FP-06-02R 8,65 23,10 63,69 62,69 39,59 102,52 1,66 79016 -9,94 1,16
FP-06-03R 6,25 21,60 62,26 63,22 41,62 97,70 1,81 80164 -9,86 1,37
FP-07-04R 2,74 18,97 -- 60,35 41,38 -- 1,77 74127 -9,82 1,53
FP-07-05R 8,57 25,33 54,30 42,45 17,11 169,26 1,52 43601 -9,51 3,06
FP-07-06R 11,18 19,53 -- 45,00 25,47 -- 1,79 47326 -9,42 3,82
Plusieurs auteurs se sont intéressés aux effets d‟échelles lors d‟études de perméabilité. La
littérature nous a démontré qu‟il n‟y avait pas encore un consensus à propos de ce sujet. Pour
Cazaux et Didier (2002) qui ont comparé les résultats provenant d‟essais au laboratoire et in situ
sur une argile, il ressort que pour les essais in situ réalisés avec un infiltromètre, les résultats sont
influencés par les conditions surfaciques et notamment par la surface par où l‟infiltration se
produit et par la technique utilisée. Au niveau des essais au laboratoire, l‟effet d‟échelle existe à
cause de la représentativité de l‟échantillon: les échantillons doivent avoir un diamètre minimal
de 100 mm pour pouvoir être représentatifs. Par contre la comparaison entre les essais au
laboratoire et les essais in situ est plus difficile car les conductivités hydrauliques ne sont pas
calculées dans la même direction. L‟écoulement est unidimensionnel et vertical dans les essais au
laboratoire et horizontal et radial dans les essais in situ. Pour des sols à faible conductivité
hydrauliques,les essais à niveau variable exigent beaucoup de temps pour que la variation du
niveau d‟eau dans le tube soit significative. Les essais pressiomètriques quant à eux sous estiment
la valeur de la conductivité hydraulique. Enfin, les auteurs concluent que les essais à niveau
variable et les essais de laboratoires donnent des résultats comparables.
Rovey et Niemann (2000) démontrent qu‟il existe bien une différence dans les résultats obtenus
avec un essai à niveau variable et un essai de pompage. Ils expliquent ces effets d‟échelle par les
hétérogénéités du milieu qui sont plus ou moins importantes selon le volume de sol étudié. Plus
le volume de sol testé est grand, plus l‟hétérogénéité est importante et influente. Rovey et
Cherkauer (1994) estiment que les chances qu‟un essai à petite échelle soit perturbé par une
hétérogénéité du milieu est minime. La perturbation ne sera importante que lors des mesures de
conductivité à échelle régionale. Donc sur une petite échelle d‟investigation, il y a moins de
chances de rencontrer une hétérogénéité par rapport à un essai réalisé à une échelle régionale.
Butler et Healey (1997) rejettent l‟idée qu‟il puisse exister un effet d‟échelle. Il ne s‟agit selon
eux que d‟artéfacts liés entre eux, à l‟installation du piézomètre et au développement de ce
dernier. Sur des essais de pompage et des essais de perméabilité à niveau variable, ils constatent
que l‟effet pariétal se fait plus ressentir sur des essais à niveau variable. Pour un milieu fracturé,
et notamment pour un aquitard de till argileux, Abichou et al. (2002) ont mené deux séries de
tests pour déterminer l‟existence ou non d‟effets d‟échelle: un « slug » test (essai in situ à niveau
variable) et des essais en laboratoire. Les auteurs ont réalisé ces essais sur des blocs fracturés et
182
non fracturés. En tenant compte des fractures, la conductivité hydraulique augmente avec le
volume testé. Par contre, sur le bloc non fracturé, l‟effet d‟échelle n‟est pas constaté.
Enfin, Chapuis (2006) affirme que plusieurs auteurs prennent l‟effet d‟échelle comme excuse
quand ils ignorent l‟hétérogénéité du matériau testé ou pour couvrir des erreurs survenues lors de
l‟échantillonnage, la préparation, les tests et l‟interprétation des essais au laboratoire et lors du
forage et l‟installation des piézomètres lors des essais in situ.
Toutefois, cet effet d‟échelle peut prendre différentes proportions selon la méthode utilisée pour
determiner la valeur de la conductivité hydraulique lors des essais oedométriques. En effet, pour
les essais directs sur oedomètres, un rapport maximal (kinsitu/koedomètre) de 6 est constaté alors
qu‟en utilisant la méthode indirecte dite de Taylor ou la méthode de la racine carrée des temps où
la conductivité hydraulique est calculée à partir du coefficient de consolidation Cv et le
coefficient de compressibilité mv, ce rapport atteint de plus grandes valeurs qui atteignent 100
dans certains cas. Taylor (1948) proposa de tracer le graphe des valeurs des lectures versus la
racine carrée du temps pour chaque chargement effectué sur l‟oedomètre. Cela permet de
connaître le moment où la consolidation primaire est terminée. C‟est réalisable par la
détermination de la valeur de t90, quand 90% de la consolidation primaire est complétée.
L‟inconvénient de cette méthode est que cette dernière est graphique et de ce fait reste une
méthode approximative. Aussi, sur un échantillon de petite taille (2 cm), il y a une plus grande
183
probabilité que la goutte d‟eau, pendant un essai de perméabilité, suive un chemin préférentiel à
cause d‟une microfissure par exemple ou une anomalie dans la structure de l‟argile causée par
une mauvaise préparation de l‟échantillon ou une fissure dans l‟argile. La présence de
coquillages, de fossilles ou de graviers (dans la partie inférieure de la couche d‟argile) influence
aussi les résultats d‟essais de perméabilité réalisés sur les cellules oedométriques.
Aussi, étant donné que l‟essai oedométrique est executé sans contre-pression, il est fort probable
que l‟échantillon ne soit pas totalemebnt saturé. Cela aura comme effet de sous-estimer la valeur
de k.
Figure 4.43: Conductivité hydraulique de l‟argile en utilisant la méthode in situ et les méthodes
de laboratoire
184
Ces erreurs peuvent intervenir dès l‟étape de forage et d‟échantillonnage. Afin de les éviter,
Hvorslev (1949) donne une série de recommandations quant aux mesures à prendre pour
diminuer les effets du remaniement lors des opérations de forage et d‟échantillonnage avec un
tube à paroi mince. Tout d‟abord, on doit éviter les délais entre les opérations de forage et de
foncement du tube à paroi mince. Un délai trop important a pour résultat la dissipation de la
pression interstitielle négative développée lors du relâchement des contraintes.
Avant d‟enfoncer le tube à paroi mince, le tubage doit être nettoyé pour éviter d‟échantillonner
des sédiments qui se seraient déposés au fond du forage. Les jets d‟eau de l‟outil de nettoyage
doivent être dirigés vers le haut pour éviter de remanier la partie supérieure de l‟échantillon. La
partie supérieure du tube doit être munie d‟un clapet de non-retour (check valve) permettant de
dissiper rapidement les pressions d‟eau élevées qui peuvent être générées dans la partie
supérieure du tube lorsque celui-ci est enfoncé rapidement. Aussi, on doit pousser le tube pour
l‟enfoncer. On doit éviter de le tourner ou de le frapper. Le tube doit être enfoncé assez
rapidement. Pour éviter un frottement trop important entre l‟échantillon et la paroi, on doit
utiliser un tube à paroi mince dont le diamètre intérieur est légèrement supérieur au diamètre de
la trousse coupante. Des dimensions de tube sont suggérées dans la norme ASTM D1587.
Après l‟échantillonnage, on doit extraire l‟échantillon à l‟aide d‟un piston sans le remanier par
serrage. Les tubes à parois minces peuvent être coupés en de plus petites sections pour limiter la
contrainte de cisaillement entre la paroi et l‟échantillon. On doit tenter de réduire les vibrations
lors de la coupe des tubes. Si possible, il est préférable d‟utiliser des tubes composites. Ceux-ci
sont plus faciles à couper. On doit finalement paraffiner l‟échantillon. Le paraffinage permet
185
Ensuite, une fois que le trou de forage est réalisé, il faut veiller à ce que l‟installation des
piézomètres soit bien faite. On attire ici l‟attention sur la préparation et l‟installation de la
lanterne, le centrage de la crépine, et le scellement des piézomètres. On évite par un bon
scellement que l‟eau circule d‟une strate à une autre alors que la bonne préparation de la lanterne
évitera entre autres, d‟obstruer la crépine ou se retrouver avec des sédiments au fond de cette
dernière. Finalement, lors de réalisation de l‟essai, et comme expliqué précédemment, il faut
prendre en considération le ``Time lag`` et les conditions météorologiques afin d‟éviter que l‟eau
ne gèle dans le piézomètre.
Dans les essais au laboratoire, que ce soit au niveau des cellules triaxiales ou œdométriques, il
faut tout d‟abord supprimer les fuites au niveau des tubulures et des connexions. Pour cela, on
injecte de la fluorescéine dans le système pour localiser ces fuites. Aussi, il faut préparer avec
précautions les échantillons d‟argile en évitant de fissurer cette dernière. Enfin, les pressions
doivent être adéquatement exercées par étapes sur les échantillons pour éviter la consolidation ou
l‟érosion de l‟argile.
Dans un premier temps, et comme indiqué précédemment, on s‟est assuré que les composantes
du système (filtres, acier,…) n‟influencent pas la chimie de l‟eau. La seconde étape est de vérifier
si l‟augmentation de la pression d‟extraction modifie la chimie de l‟eau interstitielle et si c‟est le
cas, quelle est la pression maximale d‟extraction qu‟on peut utiliser sans affecter la chimie de
l‟eau.
Pour cela, on a d‟abord placé un échantillon d‟argile dans l‟extracteur à basse pression, ensuite,
de l‟eau a été extraite en utilisant des paliers de pression allant de 100 kPa à 650 kPa. Ensuite, ce
186
même échantillon d‟argile a été transféré dans la cellule à haute pression où des pressions allant
de 1 MPa à 30 MPa ont été utilisées. Il est à noter que pour chaque essai, on a besoin de 90 mL à
100 mL d'eau interstitielle pour effectuer les analyses, soit 15 mL pour les analyses d'ions
majeurs, 10 mL pour les analyses d'isotopes 18O et 2H et un minimum de 60 mL pour les analyses
de carbone 14. Lors de l'extraction à basse pression, pour un échantillon d'argile d'environ 21 cm
de longueur en moyenne, on obtient généralement entre 80 et 110 mL ce qui est suffisant pour les
diverses analyses d'eau à effectuer.
Les résultats des analyses chimiques de l‟eau extraite sont assez concluants. Comme on peut le
constater dans les figures 4.44 à 4.48, dans le dispositif à basse pression, des pressions
d‟extraction de 100 kPa, 180 kPa, 300 kPa et 600 kPa sont utilisées. On remarque qu‟il n‟y a pas
d‟influence de la pression sur la chimie de l‟eau. Que ce soit pour Na+, Cl-, Mg2+, Ca2+ ou K+, les
concentrations de ces espèces ne varient que de 5% au maximum et même cette marge d‟erreur
est plus attribuable aux erreurs de laboratoire d‟analyse qu‟à l‟influence de la pression. Ces
résultats sont exposés en détail dans l‟article de Benabdallah et al. (2008) (Annexe 2). Toutefois,
même si la pression d‟extraction n‟influence pas la chimie de l‟eau dans le dispositif à basse
pression, il est préférable d‟utiliser deux ou trois paliers de pression avant d‟exercer la pression
maximale (600 kPa) sur l‟échantillon afin d‟éviter de créer un grand gradient hydraulique et
provoquer une érosion de l‟échantillon, une situation qu‟on a souvent rencontrée lors de la mise
au point de l‟essai.
187
700
500
ST-2
400
ST-7
300 ST-9
ST-10
200 ST-17
ST-20
100
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500
concentration, mg/L
700
600
Pression d'extraction, kPa
500
ST-2
400
ST-7
300 ST-9
ST-10
200
ST-17
100 ST-20
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000
concentration, mg/L
700
600
Pression d'extraction, kPa
500
ST-2
400 ST-7
ST-9
300
ST-10
200 ST-17
ST-20
100
0
0 10 20 30 40 50 60
concentration, mg/L
700
600
Pression d'extraction, kPa
500
ST-2
400
ST-7
300 ST-9
ST-10
200
ST-17
100 ST-20
0
0 20 40 60 80 100 120 140
concentration, mg/L
700
600
Pression d'extraction, kPa
500
ST-2
400 ST-7
ST-9
300
ST-10
200 ST-17
ST-20
100
0
0 50 100 150 200 250
concentration, mg/L
Pour le dispositif d‟extraction à haute pression, les résultats des analyses sont présentés sur un
graphe concentration versus logarithme de la pression d‟extraction (figures 4.49 à 4.55). Notons
que les points avec l‟abscisse 0.1 MPa et 0.7 MPa correspondent aux extractions à basses
pressions. A partir de 1 MPa, ce sont des extractions à hautes pressions.
On remarque aussi une tendance identique pour les cations calcium (Ca2+) et magnésium (Mg2+).
On constate une importante augmentation des concentrations de ces derniers dès que le palier de
pression 800 kPa est dépassée. Cette augmentation peut varier entre 2.5 fois et 4 fois par rapport à
la concentration à basse pression (Figures 4.51 et 4.54). On observe la même tendance pour les
bicarbonates, une importante augmentation de la concentration avec la pression d‟extraction
190
(Figure 4.55). L‟augmentation est moins importante pour les échantillons 04R950-976 et
04R552-577 mais la tendance haussière reste flagrante.
Pour les chlorures (Cl-), il apparait que l‟augmentation de pression a peu d‟influence sur la
concentration. On remarque d‟après la figure 4.50 que la variation est minime avec une tendance
à la baisse.
Pour les sulfates (SO42-) (figure 4.52), on constate dans un premier temps une diminution de la
concentration dès que la pression d‟extraction 1 MPa est dépassée. Ensuite, la tendance est
variable.
Enfin, pour le pH (figure 4.56), on constate une diminution dès que les hautes pressions sont
appliquées et cela jusqu‟à 5 MPa environ, ensuite on observe une stabilisation au fur et à mesure
qu‟on applique d‟importantes pressions.
4500
4000
3500
3000
Concentration Na, mg/L
2500 04R324-346
04R950-976
2000 04R552-577
05R715-735
1500 05R10-1022
01R531-554
1000
500
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.49: Évolution de la concentration de Na+ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression
191
6000
5000
Concentration Cl-, mg/L
4000
04R324-346
04R552-577
3000
04R950-976
05R715-735
2000 05R10-1022
01R531-554
1000
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.50: Évolution de la concentration de Cl- avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression
250
200
Concentration de Ca++, mg/L
150 04R324-346
04R552-577
04R950-976
100 05R10-1022
01R531-554
05R715-735/2.5
01R1620-1640
50
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.51: Évolution de la concentration de Ca++ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression
192
900
800
700
concentration de SO4(2-), mg/L
600
04R324-346
500 04R552-577
04R950-976
400 05R715-735
05R10-1022
300
01R531-554
200 01R1620-1640
100
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.52: Évolution de la concentration de SO42- avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression
160
140
concentration de K+, mg/L
120
04R324-346
100
04R552-577
04R950-976
80 05R715-735
05R10-1022
60 01R531-554
01R1620-1640
40
20
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
500
450
400
350
cocncentration de Mg++, mg/L
300 04R324-346
04R552-577
250 04R950-976
05R715-735
200 05R10-1022
01R531-554
150 01R1620-1640
100
50
0
0,1 1 10 100
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.54: Évolution de la concentration de Mg2+ avec la pression d‟extraction dans la cellule à
haute pression
2500
2000
concentration de HCO3-, mg/L
04R552-577
1500 04R950-976
05R10-1022
01R531-554
1000 01R1620-1640
04R324-346
500
0
0 10 20 30 40 50
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.55: Évolution de la concentration de HCO3- avec la pression d‟extraction dans la cellule
à haute pression
194
7,8
04R324-346
7,6 04R552-577
04R950-976
pH
05R715-735
7,4 05R10-1022
01R531-554
01R1620-1640
7,2
6,8
0 10 20 30 40 50
Pression d'extraction, MPa
Figure 4.56: Évolution du pH avec la pression d‟extraction dans la cellule à haute pression
Au vu des résultats obtenus, on conclut que le dispositif d‟extraction à haute pression ne permet
pas d‟obtenir des échantillons représentatifs d‟eau interstitielle. En effet, pour certaines espèces
comme Na+, la concentration augmente avec la pression d‟extraction alors que pour d‟autres
espèces (SO42-), on remarque la diminution de la concentration. Dans tous les cas, la
concentration des espèces analysées est influencée par les hautes pressions d‟extraction.
Au niveau de cette étude, il est difficile d‟expliquer ce phénomène. Dans la revue de littérature,
plusieurs hypothèses ont été soumises. L‟augmentation de la concentration de ces cations avec la
pression d‟extraction est due à une hausse de la pression partielle du CO2 (PCO2) pendant le
pressage. Le produit (H+) (HCO3 -) augmente directement avec (PCO2) engendrant une hausse de
la concentration des cations basiques. D‟un autre côté, le dégazage des échantillons pendant la
préparation peut aussi influencer le pH (Bottcher et al. 1997). Aussi, dans le dispositif à haute
pression, on manipule une argile remaniée car elle provient de l‟extracteur à basse pression: cela
engendre la destruction de liaisons et la création de nouvelles ce qui peut aussi expliquer le
changement de la chimie de l‟eau. Enfin, la consolidation de l‟argile engendre la diminution de la
porosité. On peut donc présumer que certains ions, et notamment ceux avec des grands rayons
ioniques, ont moins de mobilité que pendant la phase post consolidation. La consolidation
195
engendre aussi une cimentation qui peut aussi être responsable de ces variations de concentration
avec la pression d‟extraction.
Le dispositif d‟extraction d‟eau interstitielle à basse pression mis au point par l‟équipe du projet a
permis d‟obtenir des échantillons d‟eau représentatifs de l‟eau présente dans la couche d‟argile à
différentes profondeurs. Différents essais ont permis de montrer que la pression d‟extraction, le
papier filtre et les différentes composantes du système n‟ont pas d‟influence sur la chimie de
l‟eau. Par contre, l‟extracteur à haute pression ne sera pas utilisé pour le projet. En effet, la
concentration des ions est influencée par les hautes pressions exercées.
Notons que pour avoir un contrôle de la qualité des analyses, des duplicatas sont analysés dans
les laboratoires de l‟École Polytechnique. Une fois les résultats obtenus, on peut alors tracer le
profil des concentrations de chacun des éléments chimiques analysés et tracer son profil en
fonction de la profondeur.
L‟analyse des profils de concentration de l‟eau interstitielle dans l‟argile, de la concentration des
différents ions dans l‟eau circulant dans le roc et la connaissance des propriétés et des
196
concentrations dans l‟eau de mer constituent un point de départ pour valider ou réfuter cette
hypothèse.
Soulignons que l‟eau de mer contient essentiellement les espèces sodium (Na+), chlorure (Cl−),
sulfate (SO42−), magnésium (Mg2+), calcium (Ca2+), potassium (K+), bromure (Br-), fluorure (F-),
hydrogénocarbonates (HCO3-) et carbonates (CO32-). Ces espèces à elles seules représentent
99.9% des sels dissous présents dans l‟eau de mer dont la concentration en sels avoisine 35
grammes par kilogramme d‟eau de mer. Cette concentration n‟est pas constante partout, elle peut
varier d‟un océan à l‟autre. Dans les régions arides (Méditerranée, mer Rouge,…) où
l‟évaporation est importante, la salinité est élevée alors que dans les zones où les apports d‟eau
douce sont abondants (zone équatoriale, Mer noire,…), la salinité est faible. Elle est de 10 g/kg
en certaines régions de la mer Baltique et peut atteindre 40 g/kg dans la mer Rouge. Par contre,
les proportions relatives des principaux sels restent constantes. Cette propriété est évoquée sous
le nom de loi de Dimittar ou principe de Marcet. Le pH des eaux de mer quant à lui varie entre
7.5 et 8.5 avec une moyenne de 7.8.
Diagramme de Piper
Le diagramme de Piper utilise les éléments majeurs pour représenter les différents faciès des eaux
souterraines. Il permet également de voir l'évolution d'une eau, passant d'un faciès à un autre,
grâce à des analyses espacées dans le temps ou des analyses d'échantillons pris à des endroits
différents. Le diagramme de Piper est très utile pour représenter toutes autres sortes de groupes
d'analyses. Il est composé de deux triangles et un losange. Les deux triangles (un triangle portant
les cations et un autre les anions) sont d'abord remplis puis ensuite le losange. Les valeurs
utilisées sont exprimées en %.meq/L. (Wikipédia)
Les figures 4.57 à 4.65 présentent les diagrammes de Piper obtenus pour chacun des forages 01 à
09. La figure 4.65 est un diagramme où on a placé les données provenant de tous les forages.
Dans chaque diagramme, on a placé les analyses d‟eau interstitielle aux différentes profondeurs,
l‟eau dans le roc, l‟eau des précipitations et l‟eau de mer. Avec ces diagrammes, on visualise
l‟évolution géochimique des eaux.
Le même constat ressort de l'analyse des diagrammes de Piper: il y a une nette évolution dans les
proportions des différents ions avec la profondeur de l'échantillon d'eau analysée. L‟eau dans le
roc est de type Na-Cl et est assez proche du pôle ``eau de mer``, mais le fait que ces points ne
197
sont pas superposés laissent présager qu'il y a eu évolution du faciès. Les eaux superficielles sont
de type Ca-HCO3, donc l'évolution des eaux profondes de type Na-Cl à des eaux de surface de
type Ca-HCO3 (ie une évolution depuis la surface en se dirigeant en profondeur vers le roc)
démontre qu'on n‟assiste pas à une simple dilution, causée par l'advection seule, car on ne se
dirige pas vers le pole des précipitations mais on conclut que plusieurs phénomènes contribuent à
cette évolution: parmi les hypothèses qu‟on peut émettre la présence d‟interactions eau/argile et
la diffusion moléculaire.
Dans l'argile. et mis à part dans le site 08, on constate que toutes les eaux sont de type Na-HCO3
et cations mixtes-HCO3. Par contre, il est à noter que les résultats du site 05 ne sont pas fiables
car dans ce forage, la balance des charges est loin d'être atteinte (plus de 25% de différence).
Aussi, on remarque que les Cl- diminuent en faveur des HCO3- et des Na+ en faveur du Ca2+.
La première étape lors de l‟analyse des profils des concentrations des ions par rapport à
l‟élévation ou la profondeur de l‟échantillon est de voir les proportions des ions Cl- et Na+ par
rapport à l‟eau de mer et de suivre leur évolution à travers la couche d'argile et dans le roc.
Dans les figures 4.66 et 4.67ci-dessous, on constate que les concentrations de Na+ et Cl- évoluent
dans les mêmes proportions dans chaque forage, par rapport à l‟élévation. Aussi, on remarque
que Na+ et Cl- subissent le même taux de dilution dans un même forage et que les forages qui
sont éloignés de la rivière des Mille-Îles, et qui se trouvent sur les terrains de BFI-Lachenaie (FP-
06-01R, FP06-02R ET FP-06-03R), atteignent des taux de dilution au niveau du roc de 40% alors
que ce taux est revu à la baisse en s‟approchant de la rivière. Il avoisine les 5% sur le site 8.
25
20
15
FP-06-02R
10 FP-06-03R
FP-07-05R
Elevation, m
5 FP-06-01R
FP-07-04R
0
FP-07-06R
0 10 20 30 40 50 60
-5 FP-08-08R
FP-08-09R
-10 FP-08-07R
-15
-20
Proportion en % des Na+ par rapport à l'eau de mer
Figure 4.66: % Na+ dans l‟eau d‟argile et dans le roc par rapport à l‟eau de mer
203
25
20
15
FP-06-02R
10 FP-06-03R
FP-07-05R
Elevation, m
5 FP-06-01R
FP-07-04R
0
0 10 20 30 40 50 60 FP-07-06R
-5 FP-08-08R
FP-08-09R
-10
FP-08-07R
-15
-20
Proportion en % des Cl- par rapport à l'eau de mer
Figure 4.67: % de Cl- dans l‟eau d`argile et dans le roc par rapport à l‟eau de mer
On pourrait expliquer cela par le fait que la plus on se dirige vers le Sud et donc vers la rivière,
moins la couche d'argile est épaisse. Donc en supposant qu'il y a une percolation de l'eau
météorique à partir de la surface, ce qu'on tentera de démontrer avec la modélisation numérique
et l'analyse isotopique de l'eau souterraine, les argiles dans les sites proches de la rivière (FP-07-
06R, FP-08-08R ET FP-08-09R) seraient plus ``lessivés`` que les argiles présentes sur le site de
BFI au Nord.
Profils de concentrations
Les concentrations des ions Na+ et Cl- évoluent d‟une manière identique par rapport à la
profondeur du forage. En effet, on constate dans les figures 4.68 et 4.69 ci-dessous que ces deux
concentrations augmentent avec la profondeur dans l‟argile. Une fois arrivé au roc, cette
augmentation de la concentration devient plus importante. Encore ici, on peut s‟apercevoir que la
proximité de la rivière engendre une diminution importante de la concentration au niveau de
l‟argile et du roc.
204
FP-08-09R
10 FP-08-08R
FP-07-06R
FP-07-04R
15
Profondeur, m
FP-06-01R
FP-07-05R
FP-06-03R
20
FP-06-02R
FP-08-07R
25
30
35
10 FP-08-09R
FP-08-08R
FP-07-06R
FP-07-04R
15
Profondeur, m
FP-06-01R
FP-07-05R
FP-06-03R
20 FP-06-02R
FP-08-07R
25
30
35
Figure 4.69: Évolution de la concentration des chlorures Cl- par rapport à la profondeur
205
Aussi, on a vu précédemment dans les diagrammes de Piper que les eaux présentes dans la
majeure partie des argiles et dans le roc sont de type Na-Cl. C‟est pour cela qu‟il est important
d‟identifier le genre de relation qui existe entre ces deux ions pour tenter d‟identifier la source de
la salinité dans les argiles Champlain.
D‟après la figure 4.70 ci-dessous, on constate qu‟il existe une corrélation linéaire entre la
concentration de Cl- et celle de Na+. Cette corrélation s‟écrit sous la forme [Cl-]=1.82[Na+]-407
avec R2=0.92. Dans l‟eau de mer, le rapport [Cl-] /[Na+]=1.2 alors que pour les halites, ce rapport
est égal à 1. Mis à part pour les forages FP-06-01R et FP-07-05R, tous les points se situent autour
de la droite caractéristique de l‟eau de mer. Dans les eaux circulant dans les shales d‟Amérique
du Nord, on rapporte un ratio Na:Cl de 1:1, ce que Woodley (1996) explique par le contrôle
d‟halite. Cela peut aussi être dû au lessivage et au déplacement vers le bas d‟eau de mer. Donc,
même si les concentrations de Na+ et Cl- dans les eaux interstitielles sont inférieures à celles dans
l‟eau de mer, les rapports de concentration dans les différentes profondeurs sont assez proches de
ceux constatés dans l‟eau de mer. On peut donc penser que les eaux de mer emprisonnées dans
les argiles Champlain et dans le roc ont été diluées par un apport d‟eau douce, plus important à la
surface qu‟au fond de la couche d‟argile et cela à une échelle régionale.
600
eau de mer
500
FP-06-02R
concentration de Cl-, meq/L
FP-06-03R
400
FP-07-05R
FP-06-01R
300 FP-07-04R
FP-07-06R
FP-OX
200
FP-08-08R
FP-08-09R
100 Eau de mer
FP-08-07R
0
0 100 200 300 400 500
concentration de Na+, meq/L
Figure 4.70: Concentration des chlorures (Cl-) versus la concentration du sodium (Na+)
206
FP-08-09R
10 FP-08-08R
FP-07-06R
FP-07-04R
Profondeur, m
15 FP-06-01R
FP-07-05R
FP-06-03R
20
FP-06-02R
FP-08-07R
25
30
35
10 FP-08-09R
FP-08-08R
FP-07-06R
FP-07-04R
15
Profondeur, m
FP-06-01R
FP-07-05R
FP-06-03R
20 FP-06-02R
FP-08-07R
25
30
35
Dans la figure 4.73 ci-dessous, on constate qu‟il existe une relation linéaire entre la concentration
des chlorures et la concentration du potassium. On remarque par ailleurs que la majorité des
points se trouvent en dessous de la droite du rapport Cl- versus K+ pour l‟eau de mer.
D‟après Drever (1988), le potassium est le cation le plus affecté par les échanges cationiques: K+
est extrait des minéraux de la roche mère et précipite dans des minéraux secondaires (Woodley,
1996). Durant l‟échange cationique, le sodium Na et le potassium K sont libérés dans la solution
et le calcium Ca est adsorbé à leur place. Ceci influence grandement la chimie de l‟eau
interstitielle. Toutefois, ce processus peut être freiné si la fraction argileuse n‟est pas importante.
Si tel est le cas, et comme avancé par Woodley (1996), la chimie de l‟eau interstitielle est
modifiée et on se retrouve dans une situation où l‟équilibre entre les cations Ca et Mg et les
anions HCO3 et SO4 est perturbée: (Ca+Mg) est alors déficient par rapport à (HCO3+SO4).
208
Dans notre cas, ce déficit n‟est pas constaté dans l‟ensemble des forages étudiés. L‟exception
apparait dans les forages FP-06-03R, FP-06-02R et FP-07-04R. Par contre, dans les autres
forages, on constate ce déficit de cations divalents par rapport aux anions divalents. Cette
diminution démontre qu‟un échange cationique a lieu et influence la chimie de l‟eau interstitielle
dans l‟argile. Dans les sites où ce phénomène n‟est pas constaté, il se peut que la faible fraction
argileuse qui induit une faible surface spécifique ait causé le ralentissement des échanges
cationiques.
600
eau de mer
500
FP-06-02R
concentration de Cl-, meq/L
400 FP-06-03R
FP-07-05R
FP-06-01R
300 FP-07-04R
FP-07-06R
FP-OX
200
FP-08-08R
FP-08-09R
100 Eau de mer
FP-08-07R
0
0 2 4 6 8 10 12
concentration de K+, meq/L
Figure 4.73: Concentration des chlorures (Cl-) versus la concentration du potassium (K+)
209
140
120
FP-06-02R
concentration de Ca+Mg, meq/L
100
FP-06-03R
FP-07-05R
80 FP-06-01R
1:1 Balance des charges
FP-07-04R
60 FP-07-06R
FP-OX
40 FP-08-08R
FP-08-09R
20 Eau de mer
FP-08-07R
0
0 10 20 30 40 50 60 70
concentration de SO4+HCO3, meq/L
Figure 4.74: Somme des concentrations (Ca + Mg) versus la somme des concentrations des
sulfates et carbonates (SO42-+HCO3-)
La figure 4.75 montre une corrélation linéaire entre Mg2+ et Cl- dans tous les forages. Par contre,
on remarque que dans le forage FP-06-04R, la ligne se trouve au dessus de la ligne représentant
le rapport Mg2+/Cl- dans l‟eau de mer.
Dans la littérature, on sait qu‟il y a un déficit de magnésium dans les eaux souterraines par
rapport à l‟eau de mer (Briggs, 1995). Aussi, on sait que la formation de dolomites et de chlorites
contribue à la disparition des cations Mg2+ (Collins, 1975). Le magnésium est moins présent dans
l‟eau souterraine que dans l‟eau de mer à l‟exception du forage FP-06-04R où la présence du
magnésium est bien supérieure que dans l‟eau de mer. Soulignons que dans ce forage 04R, il y a
un écoulement naturel permanent du bas vers le haut dans le piézomètre.
En analysant l‟évolution du ratio Ca2+/Mg2+ par rapport à la concentration de Cl- (figure 4.76), on
constate qu‟il y a une baisse de la concentration de Ca par rapport à celle de Mg2+ quand la
concentration de Cl- augmente, c'est-à-dire quand la profondeur de l‟échantillon d‟argile
augmente. Cela est valable pour la couche d‟argile. Dans le roc, on constate que le rapport Ca2+/
Mg2+ augmente quand Cl- augmente.
210
200
180
160
FP-06-02R
concentration de Mg++, meq/L
140
FP-06-03R
120 FP-07-05R
FP-06-01R
100
FP-OX
80 FP-08-08R
FP-08-09R
60 eau de mer
Eau de mer
40 FP-08-07R
FP-07-04R
20
0
0 100 200 300 400 500 600
concentration de Cl--, meq/L
Figure 4.75: Concentration du magnésium (Mg2+) versus la concentration des chlorures (Cl-)
2,50
2,00
1,50 FP-06-02R
FP-06-03R
Ca/Mg
FP-07-05R
FP-06-01R
1,00
FP-07-04R
FP-08-09R
FP-08-07R
0,50
0,00
0 50 100 150 200 250 300
Cl, meq/L
Figure 4.76: Évolution du rapport Ca/Mg par rapport à la concentration des chlorures
211
Comparativement à l‟eau de mer, l‟eau interstitielle est enrichie en HCO3- et appauvrie en SO42-
par rapport à Cl- (figures 4.77 et 4.78). Dans le roc, on constate même que la concentration des
sulfates atteint de très petites valeurs qui avoisinent 0. Pour certaines analyses, cette
concentration n‟a pas pu être obtenue car la valeur était en dessous de la limite de détection. Par
contre, dans l‟argile, la tendance générale indique que la concentration des sulfates diminue avec
la profondeur (figure 4.79).
Les sulfates sont contrôlés par les conditions redox dans les aquifères. Dans un environnement
réducteur, SO42- est réduit en H2S par l‟oxydation de la matière organique. Les bicarbonates sont
donc un produit de l‟environnement sulfatoréducteur.
𝑦𝑖𝑒𝑙𝑑𝑠
𝑆𝑂42− + 2𝐶𝑜𝑟𝑔𝑎𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒 + 2𝐻2 𝑂 𝐻2 𝑆 + 2𝐻𝐶𝑂3− (1.110)
Les ions qui sont le plus affectés par les réactions géochimiques sont SO42- et HCO3-. Il est à
noter que les concentrations de SO42- dans l‟eau interstitielle des sédiments des fonds marins
avoisinent 0 à cause de la sulfato-réduction (Lasaga et Holland, 1976). Aussi, dans les dépôts
marins riches en matière organique décomposable, les bactéries sulfato-réductrices consomment
SO42-, produisent HS- et CO2. Si la sulfatoréduction se produit en présence de calcite et de
dolomite, le CO2 engendre la dissolution de la calcite jusqu‟à ce que la saturation de la calcite et
de la dolomite soit atteinte (Desaulniers et Cherry, 1988).
212
25
20
FP-06-02R
concentration de HCO3-, meq/L
FP-06-03R
FP-07-05R
15
FP-06-01R
FP-07-04R
FP-07-06R
10
eau de mer FP-OX
FP-08-08R
FP-08-09R
5
Eau de mer
FP-08-07R
0
0 100 200 300 400 500 600
concentration de Cl-, meq/L
60
eau de mer
50
FP-06-02R
concentration de SO4--, meq/L
FP-06-03R
40
FP-07-05R
FP-06-01R
30 FP-07-04R
FP-07-06R
FP-OX
20
FP-08-08R
FP-08-09R
10 Eau de mer
FP-08-07R
0
0 100 200 300 400 500 600
concentration de Cl-, meq/L
FP-06-02R
10 FP-06-03R
FP-07-05R
FP-06-01R
15
Profondeur, m
FP-07-04R
FP-07-06R
FP-08-08R
20
FP-08-09R
FP-08-07R
25
30
35
Pour le pH, on constate que sa valeur est pratiquement constante en fonction de la profondeur. Sa
valeur oscille entre 7,2 et 8,0 dans tous les forages.
Enfin, des analyses d‟iode dans les eaux interstitielles et dans le roc confirment la présence d‟eau
d‟origine marine. En général, le sol contient 20 fois plus d‟iode que les roches et les minéraux car
l‟iode est retenu par les argiles et la matière organique (Ecological Agriculture Projects,
Université Mc Gill, [Link] 2009). L'iode entre dans
l'atmosphère via l'évaporation de l'eau de mer et est distribué à la surface du globe par la pluie.
Aussi, l‟iode a pu se retrouver dans l‟eau de mer qui est emprisonné dans le roc et l‟argile. Dans
la figure 4.80 ci-dessous, on constate que la teneur en iode a tendance à augmenter avec la
profondeur. On peut expliquer cela par le fait que plus on se dirige vers la surface, plus l‟argile
est lessivée par l‟infiltration d‟eaux de pluie et de fonte de neiges et donc la concentration de
l‟iode est moindre.
214
Concentration I, mg/L
0 2 4 6 8 10 12 14 16
0
10 FP-08-09R
FP-08-08R
FP-07-06R
FP-07-04R
15
Profondeur, m
FP-06-01R
FP-07-05R
FP-06-03R
20 FP-06-02R
FP-08-07R
25
30
35
Le rapport Br-/Cl- est dans la majorité des cas un outil performant pour déterminer l‟origine des
chlorures dans les eaux souterraines. Les bromures et les chlorures étant non réactifs dans les
environnements aqueux naturels, ils ne sont altérés ni par les diverses réactions chimiques ni par
les réactions d‟oxydo-réduction et permettent donc de retracer l‟origine de la salinité dans l‟eau.
Aussi, le rapport Br/Cl reste constant même dans le cas d‟évaporation ou de mélange avec des
eaux dépourvues de ces éléments (Hsissou, 1999).
Les chlorures et bromures peuvent avoir plusieurs origines: l‟eau de mer, l‟halite ou l‟eau de
pluie. Dans l‟eau de mer, le rapport pondéral Br/Cl est de 3.47.10-3 alors que dans l‟halite, ce ratio
n‟est que de 0.183.10-3.
D‟après les résultats obtenus (figure 4.81), on constate un alignement des teneurs en bromures
par rapport aux chlorures le long de la ligne de dilution de l‟eau de mer. En effet, les ratios Br/Cl
obtenus dans tous les forages analysés se rapprochent de la valeur de ce ratio dans l‟eau de mer
ce qui élimine l‟hypothèse de la dissolution de l‟halite. Les bromures et chlorures ne peuvent
donc provenir que d‟eau de mer ou de précipitations. En effet, l‟eau de pluie est la source
principale de brome dans la nature et présente un ratio Br/Cl identique à celui trouvé en eau de
mer (Richter et Kreitler, 1983). Il se peut même que le ratio Br/Cl excède les valeurs normales de
215
l‟eau de mer et des précipitations. Il a été démontré par Duce et Hoffman (1976) et par Gerritse et
George (1988) que l‟augmentation de ce rapport peut être attribuée aux aérosols, aux embruns
marins ou à l‟enrichissement en brome des eaux d‟infiltration à travers les horizons organiques
du sol.
L‟utilisation du ratio Br/Cl a permis d‟écarter l‟hypothèse que les chlorures présents dans l‟eau
interstitielle ou dans le roc soient originaires de la dissolution d‟halite présente dans la matrice de
l‟aquifère ou d‟une contamination (origine anthropique) sinon le rapport Br/Cl serait appauvri par
rapport au domaine océanique. Cl et Br proviennent plutôt des eaux de mer emprisonnées dans
les interstices de l‟argile et dans le roc depuis le retrait de la mer Champlain (paléosalinité) et/ou
de l‟infiltration des précipitations dans le sol.
1000
eau de mer
concentration de Cl-, meq/L
FP-06-02R
100
FP-06-03R
FP-07-05R
FP-06-01R
FP-07-04R
FP-07-06R
10
FP-08-09R
Eau de mer
FP-08-07R
1
0,00100 0,01000 0,10000 1,00000 10,00000
Br-, meq/L
Figure 4.81: Concentration des chlorures (Cl-) versus concentration des bromures (Br-)
Enfin, la concentration des sels dans le roc est répartie de la façon suivante: les sites se situant
dans le nord (1,2 et 3) ont une salinité élevée qui représente environ 50% de la salinité dans l‟eau
de mer. En se dirigeant vers l‟Ouest et le Sud, c'est-à-dire en se rapprochant respectivement des
216
rivières des Prairies et des Mille-Îles, on constate que la salinité diminue. Au bord de le la rivière
des Mille-Îles, la salinité atteint 4.41 g/L (site 6).
Un autre fait marquant est la salinité dans les sites 7 et 8. Ces valeurs sont très basses. On ne
trouve pas encore d‟explications à cela. Il faut juste souligner que ce sont les seuls piézomètres
installés en zone urbaine. Pour le site 5, les basses teneurs en sels sont expliquées par la présence
d‟un lac à une dizaine de mètres du piézomètre dans le roc. Il n‟y a par contre aucun constat
qu‟on peut faire d‟un point de vue salinité sur le site 4 où l‟écoulement est naturel, permanent et
se fait du bas vers le haut, les taux de sels respectent la logique évoquée: ils se trouvent à mi-
chemin entre ceux des sites 1, 2 et 3 et ceux de la rivière des Mille-Îles, le taux de sels est donc
moins important que dans le site 1 et plus élevé qu‟au bord de la rivière.
Enfin, la salinité maximale de l‟eau interstitielle augmente avec l‟épaisseur de l‟argile. Au nord
(sites 1, 2 et 3), là où les salinités sont les plus élevées, l‟argile a une épaisseur qui atteint 22,5 m.
Plus en se dirige vers le Sud et l‟Ouest, moins l‟épaisseur est importante. Elle atteint 10 m au
bord de la rivière des Mille-Îles et dans le site 8 (figure 4.82).
217
Figure 4.82: Concentration (mg/L) en sels dans le roc dans les 9 sites
218
La méthode de datation faisant usage du deutérium et de l‟oxygène-18 est adaptée aux eaux dites
``vieilles``. Ces eaux sont identifiables par quelques indices. Kazemi et al. (2006) expliquent que
les eaux présentes dans des unités confinées sont plus vieilles que les eaux circulant dans les
autres unités. De même, les eaux dont la salinité est élevée sont plus vieilles que les eaux de
moindre salinité. Aussi, on risque plus de trouver des vieilles eaux dans des couches peu
perméables. Enfin, la chimie peut être un indicateur pour estimer l‟âge relatif des eaux: les jeunes
eaux sont oxydantes alors que les vieilles eaux sont réductrices.
Sur un plan régional, on constate que les valeurs de δ18O, δ2H ainsi que l‟excès en deutérium (d=
δ2H -δ18O) varient en fonction de la zone géographique (figures 4.83, 4.84et 4.85). Par contre, à
une échelle locale, ces valeurs restent constantes. Aussi, dépendamment de la période de l‟année,
on constate que ces valeurs fluctuent autour d‟une valeur moyenne. Dans la région de Sainte-
219
Agathe par exemple, la valeur moyenne de δ18O varie autour de -12.6 ‰, δ2H autour de -88.1‰
alors que celle de l‟excès en deutérium est autour de +12.7 ‰ (figure 4.86).
Pour les eaux de surface, l‟analyse isotopique du fleuve du Saint-Laurent au niveau de la station
de Terrebonne donne la relation suivante: δ2H=5.8 ±0.2 δ18O -13±2 (R2=0.87) alors que pour les
eaux souterraines des Basses Laurentides, Cloutier (2004) proposa la relation δ2H=6.7 δ18O -0.02
(R2=0.94)
Figure 4.86: Variation de δ18O, δ2H et de l‟excès en deutérium entre 1976 et 1983 à Sainte-
Agathe (Québec)
Tableau 4.8: Valeurs de δ2H et δ18O dans l‟eau interstitielle des différents forages
Delta Delta
Delta 2H 18O Delta 2H 18O
Forage Prof.(m) el. (m) (VSMOW) (VSMOW) Forage Prof.(m) el. (m) (VSMOW) (VSMOW)
FP-07-06R 2,47 8,49 FP-06-02R 2,29 19,63 -- --
el. 10,95 m 4,78 6,18 -74,14 -10,42 el. 21,92 m 3,81 18,11 -77,37 -10,43
5,82 5,14 -63,51 -8,90 6,86 15,06
6,41 4,55 -71,74 -10,10 9,91 12,01 -73,70 -10,17
7,83 3,12 -77,83 -10,04 11,43 10,49
8,41 2,55 -69,37 -9,58 14,48 7,44 -75,05 -10,10
11,12 -0,17 -68,80 -9,63 16,01 5,92 -74,27 -10,03
13,06 -2,11 -- -- 19,39 2,53 -74,26 -9,83
Puits 24,43 -13,48 -77,30 -10,50 21,68 0,24 -71,67 -9,87
FP-08-08R 2,58 10,13 -73,56 -10,38 22,40 -0,48 -71,14 -9,21
el. 12,71 m 4,07 8,64 -70,08 -10,06 23,96 -2,04 -72,97 -9,70
5,06 7,65 -70,90 -10,04 Puits 29 -7,08 -85,55 -11,98
5,625 7,085 -67,44 -9,63 FP-06-03R 2,26 18,39 -- --
6,79 5,92 -67,67 -9,48 el. 20,65m 3,78 16,87 -74,20 -10,24
7,06 5,65 -65,87 -8,64 6,83 13,82 -71,60 -9,99
Puits 16,27 -3,56 -76,70 -10,76 8,36 12,29 -74,40 -9,97
FP-08-09R 2,56 12,97 -70,76 -10,13 11,38 9,27 -70,00 -9,68
el.15,53m 5,14 10,39 -65,70 -9,66 12,90 7,75 -68,70 -9,65
7,36 8,17 -68,29 -9,61 14,43 6,22 -69,80 -9,74
8,92 6,61 -70,03 -9,64 17,48 3,17 -70,30 -9,60
10,23 5,3 -71,48 -9,66 18,63 2,02 -69,60 -9,39
14,285 1,245 -71,26 -9,59 19,39 1,26 -70,50 -9,54
15,43 0,1 -68,68 -9,78 21,68 -1,03 -69,20 -9,49
16,49 -0,96 -71,31 -9,66 Puits 30,5 -9,85 -72,35 -10,23
Puits 28,85 -13,32 -70,70 -10,02 FP-07-05R 4,75 8,68 -64,50 -8,04
FP-08-07R 3,22 7,70 -69,28 -9,59 el. 13,42 m 5,35 8,07 -70,70 -9,60
el.10,91m 4,81 6,10 -72,59 -10,06 7,25 6,17 -66,10 -8,35
5,77 5,15 -73,79 -10,02 9,32 4,11 -76,80 -10,07
6,36 4,55 -70,27 -10,08 10,10 3,32 -71,20 -9,64
7,26 3,65 -71,29 -10,03 13,05 0,37 -69,00 -9,18
8,61 2,31 -- -- 13,94 -0,52 -73,70 -10,02
Puits 16,65 -5,74 -74,90 -10,54 14,57 -1,15 -- --
FP-07-04R 2,93 8,84 -77,20 -10,09 Puits 19,86 -6,44 -76,40 -10,50
el. 11,77 m 3,35 8,42 -71,00 -9,82 FP-06-01R 5,38 14,56 -78,80 -10,89
4,81 6,97 -75,83 -9,94 el. 19,93 m 7,41 12,52 -- --
5,65 6,13 -71,72 -9,50 10,95 8,99 -- --
9,63 2,14 -70,59 -9,21 13,07 6,87 -72,60 -9,87
9,94 1,84 -68,76 -9,25 15,00 4,94 -- --
10,65 1,12 -64,77 -9,11 16,30 3,63 -71,30 -9,62
12,31 -0,54 -69,34 -9,33 20,03 -0,10 -68,50 -8,86
Puits 20,16 -8,39 -68,9 -9,96 Puits 33,00 -13,07 -70,20 -9,67
222
Sur le diagramme de δ2H en fonction de δ18O (figure 4.89), on constate que tous les points sont
situés en dessous de la droite météorique de Graig (1961). Aussi, on constate que ces points
restent dans tous les cas très en dessous de la droite météorique locale (Ste-Agathe et Ottawa) et
leurs teneurs isotopiques sont très inférieures aux teneurs isotopiques moyennes pondérées des
précipitations. Cette différence de teneurs isotopiques peut notamment être expliquée par une
différence entre la température de formation des eaux de pluie actuelles et celles des
précipitations qui ont rechargé la nappe profonde. Aussi, et comme on le constate dans la figure
4.89 ci-dessous, l‟écart de la composition isotopique des eaux souterraines avec la GMWL de
Graig peut être causé par plusieurs phénomènes. Dans le cas des argiles Champlain, la
déshydratation des argiles peut être une sérieuse cause à cela, de même qu‟il est probable que ce
soit le résultat de l‟effet paléoclimatique, c‟est-à-dire que la recharge se serait effectuée, en
grande partie, sous un climat plus froid que celui qui règne actuellement sur la région. Par contre,
on constate que tous les points sont répartis autour de la ligne moyenne des précipitations en
Amérique du Nord (Réseau Canadien des isotopes).
En ce qui concerne la relation δ2H=f(δ18O), mis à part pour les forages FP-06-04R et FP-06-06R
où on trouve des pentes de 8.17 et 9.48, dans tous les forages, la pente est d‟environ 5.2 ce qui est
en dessous de la pente des précipitations (7.6). Cela s‟explique par le fait que le forage FP-06-
06R est au bord de la rivière et qu‟il y a peut être un mélange avec les eaux de surface. Cela se
confirme encore dans la figure 4.89 car les points du forage FP-06-06R se trouvent aux alentours
de la ligne définissant la relation entre les isotopes dans la rivière du St-Laurent. Dans le forage
FP-06-04R, un écoulement permanent du bas vers le haut ainsi que la proximité de quelques
mètres d‟un cours d‟eau peuvent expliquer ce décalage dans la valeur de la pente.
Aussi, on remarque dans l‟évolution des valeurs de δ18O par rapport à la profondeur que dans la
couche d‟argile, ces valeurs oscillent généralement autour de -10‰ mais une fois arrivés au roc,
on remarque que ces dernières sont plus négatives ce qui indique que les deux eaux ne sont pas
identiques. On pourra expliquer cela par les mélanges et apports d‟eau qui peuvent se produire au
niveau de l‟aquifère (recharge et décharge) alors que dans les argiles, la faible conductivité
hydraulique ne permet pas un renouvellement rapide des eaux. Aussi, on pourra clarifier ce point
plus tard avec la modélisation numérique quand les conditions d‟écoulement seront déterminées.
On constate aussi que les changements de salinité de l‟eau n‟influencent pas la teneur en δ18O
223
(figure 4.89). En effet, même si la concentration en Cl- augmente de 500 mg/L à 10000 mg/L, on
constate que les valeurs de δ18O restent autour de -10‰.
Enfin, il apparait que l‟origine de l‟eau provient de 3 différentes sources. D‟après la figure 4.91,
quand on trace la salinité (TDS) versus δ18O, on constate que les points de l‟eau interstitielle se
situent en dessous de la ligne de mélange des eaux de mer et de fonte de neiges. Donc, on conclut
qu‟il existe une troisième source d‟eau, en plus des eaux et des eaux de fonte de glaciers, qui dans
notre cas ne peut être que les eaux de précipitation. Cela a aussi été confirmé par Woodley (1996)
pour des argiles Champlain.
Cette méthode a permis d‟émettre un certain nombre d‟hypothèses sur l‟origine de l‟eau
14
souterraine. La datation avec le carbone C ainsi que la modélisation numérique et les analyses
chimiques permettront de déterminer l‟origine et l‟âge des eaux.
224
FP-07-06R
10 FP-08-08R
FP-08-09R
FP-08-07R
Profondeur, m
15 FP-07-04R
FP-06-02R
FP-06-03R
20
FP-07-05R
FP-06-01R
25
30
35
Figure 4.88: Différents processus pouvant influencer la relation entre le deutérium et l‟oxygène-
18 (source: Kresic 2007)
225
-55
Precipitations en Amerique du Nord
Precipitations: Sainte Agathe (QC)
-60
Riviere du St-Laurent: Station Terrebonne
Précipitation, Ste-Agathe
-65
Précipitations Ottawa
GMWL, Graig (1961)
Amérique du Nord-Moyenne
δ2H (‰), VSMOW
-90
-12 -11 -10 -9 -8 -7 -6 -5
δ18O (‰), VSMOW
Figure 4.89: δ2H versus δ18O pour les eaux souterraines, les eaux de précipitation et l‟eau de la rivière du St-Laurent
226
10000
9000
8000
concentration des chlorures Cl-, mg/L
7000
FP-06-02R
6000 FP-06-03R
FP-07-05R
5000 FP-06-01R
FP-07-04R
4000 FP-07-06R
FP-08-08R
3000 FP-08-09R
FP-08-07R
2000
1000
0
-12 -11 -10 -9 -8 -7 -6
δ18O(‰), VSMOW
40
Eau de
35
mer
30
25
20 TDS , g/L
15
10
0
-16 -14 -12 -10 -8 -6 -4 -2 0
eau de fonte
δ18O, (‰), VSMOW
Figure 4.91: Positionnement des échantillons d‟eau par rapport à la ligne de partage de Hillaire-
Marcel (1988)
227
Le principal problème rencontré avec cette méthode est de déterminer l‟activité initiale A0 pour
corriger l‟âge des eaux. On a vu dans la revue de littérature les différentes méthodes proposées
dont la majorité sont présentées dans le livre de Clark et Fritz (1997). Ces méthodes ont plusieurs
points faibles et nécessitent plusieurs analyses chimiques et l‟utilisation de modèles
géochimiques approximatifs. Rappelons que l‟âge de l‟eau souterraine est obtenu de la manière
suivante:
𝐴
ln
(𝐴 )
0 (1.111)
𝑡=−
𝜆
Où A est l‟activité mesurée de l‟échantillon (PMC), A0 l‟activité initiale du 14C (PMC), t est l‟âge
de l‟eau en années et est la constante de désintégration du 14C (ou constante de Libby, 1,21.10-4
a-1).
Desaulniers et Cherry (1989) ont proposé une méthode afin de déterminer la valeur de l‟activité
initiale A0. Cette approche a été appliquée dans le cas d‟argiles Champlain dans la région de
14
Varennes. Le but étant d‟estimer l‟activité initiale du C du carbone inorganique dissous (CID)
original dans l‟argile. Les auteurs supposent qu‟au départ, l‟eau présente dans l‟argile est un
mélange de 33% d‟eau de mer et de 67% d‟eau douce. Le carbone inorganique dissous (CID)
14
initial dans la mer Champlain était de 2,4 mmol et l‟activité du C dans l‟eau de mer du
Pléistocène est évaluée à 93 PMC d‟après Broecker et Peng (1982). Dans la région de Montréal,
la concentration du CID dans l‟eau de surface (rivières) est d‟environ 1,5 mmol. L‟activité du 14C
de ces rivières qui ont alimenté la mer Champlain a avoisiné 100 PMC alors que la concentration
du CO2 biogénique produit durant la sulfatoréduction est d‟environ 27 mmol avec une activité
d‟environ 100 PMC au moment ou les dépôts d‟argile se sont formés. Selon Stumm et Morgan
(1979), les deux tiers du CID produit par sulfatoréduction proviennent de la matière organique et
228
l‟autre tiers de la dissolution de carbonates dans les minéreaux dont l‟activité approchait 0 PMC.
A partir de toutes ces données, on estime l‟activité initiale dans l‟eau interstitielle de la manière
suivante:
𝐴𝑒𝑖 = 0,33 𝐴𝑒𝑚 𝐶𝑒𝑚 + 0,67 𝐴𝑒𝑑 𝐶𝑒𝑑 + 0,67 𝐴𝑏 𝐶𝑏 + 0,33 𝐴𝑐 𝐶𝑐 /𝐶𝑒𝑖 (1.112)
En injectant toutes ces valeurs dans l‟équation ci-dessus (1.112), on obtient une activité initiale
A0 de 70 PMC. Avec cette valeur, on peut maintenant corriger les âges de l‟eau. Les tableaux 4.9,
4.10 et 4.11ci-dessous présentent les résultats obtenus.
Notons que les analyses de carbone 14 ont été réalisées sur des volumes de 60 mL à 70 mL d'eau
interstitielle. Les échantillons ont été analysés par la méthode AMS (Accelerometer Mass
Spectrometry) dans les trois laboratoires suivants: Le laboratoire IsoTrace de l'Université de
Toronto, le Center of applied isotope studies (CAIS) de l'Université de Georgie et le laboratoite
Beta Analytics (Floride).
Le principe de l'analyse AMS est le suivant: dès réception de l'échantillon d'eau par le
laboratoire, le carbone inorganique dissout est précipité en tant que carbonate de strontium SrCO3
en utilisant 1.2 g de chlorures de strontium SrCl2 par litre d'eau. Ce dernier est rincé et asséché.
Le précipité est alors acidifié en utilisant 0.5N H3PO4 alors que du gaz CO2 est collecté. Le gaz
collecté est mélangé avec de l'hydrogène dans un catalyseur de cobalt et est chauffé à 600 0C
réduisant le carbone en graphite. Enfin, ce graphite est placé dans le spectromètre AMS pour
déduire son âge.
229
Age corrigé
14C
Prof., Elevation δ13C, age, A0=70 A0=95
Forage m (m) ‰ BP ± pmc ± pMC pMC
FP-06-01R 5,43 14,51 -14,9 9070 30 32,34 0,28 6382 8906
7,41 12,52 -14,2 5230 20 52,15 0,16 2433 4957
10,95 8,99 -14 5160 30 52,57 0,17 2367 4890
13,07 6,87 -12,1 5310 20 51,6 0,16 2520 5044
15,00 4,94 -15,7 3390 20 65,57 0,19 540 3064
16,30 3,63 -11,8 2970 20 69,06 0,21 112 2636
20,04 -0,11 -14,9 1360 30 84,42 0,28 -1548 976
32,00 -12,07 29,75 26260 100 3,78 0,05 24122 26646
32,00 -12,07 29,3 29590 70 2,51 0,02 27506 30030
-
FP-06-02R 3,81 18,11 14,78 5020 30 53,51 0,24 2220 4744
-
9,91 12,01 13,12 8510 40 34,67 0,17 5807 8331
16,01 5,92 -9,37 10150 40 28,25 0,14 7499 10023
19,39 2,53 -6,75 7790 40 37,9 0,18 5071 7594
21,68 0,24 -7,88 10380 50 27,45 0,16 7737 10260
22,40 -0,48 -8,28 8730 40 33,71 0,16 6039 8563
23,96 -2,04 -7,47 9180 40 31,87 0,17 6503 9027
34,13 -12,21 38,45 36350 160 1,07 0,02 34552 37076
34,13 -12,21 36,2 41200 140 0,59 0,01 39472 41996
-
FP-06-03R 3,78 16,87 15,08 7550 50 39,09 0,23 4815 7339
8,36 12,29 -8,5 7870 50 37,54 0,22 5149 7673
11,38 9,27 -5,28 10200 50 28,09 0,17 7546 10070
14,43 6,22 -0,79 10710 50 26,35 0,16 8075 10598
18,63 2,02 -2,52 8370 40 35,24 0,2 5672 8196
21,68 -1,03 -1,24 7800 40 37,84 0,2 5084 7608
25,00 -4,35 26,33 24060 90 4,98 0,06 21844 24367
25,00 -4,35 24,6 24090 50 4,98 0,03 21844 24367
230
Age corrigé
Prof., Elevation A0=70
Forage m (m) δ13C, ‰ 14C age, BP ± pmc ± pMC A0=95 pMC
FP-07-04R 2,93 8,84 -6,7 8480 40 34,81 0,18 5773 8297
3,36 8,42 -9,9 7280 40 40,39 0,2 4545 7069
4,76 7,02 -5,1 6060 40 47,02 0,23 3289 5812
5,88 5,89 -6,2 6640 40 43,77 0,2 3881 6404
9,63 2,14 1,1 7150 30 41,06 0,18 4409 6933
9,94 1,84 1,4 9210 30 31,77 0,14 6529 9053
10,65 1,12 -2,6 5970 30 47,54 0,2 3198 5722
12,31 -0,54 3,4 10700 40 26,38 0,12 8065 10589
13,06 -1,29 2,7 9920 30 29,07 0,13 7263 9787
20,16 -8,39 -18,1 20070 50 8,22 0,06 17702 20226
20,16 -8,39 4,2 14880 70 15490
FP-07-05R 4,75 8,68 -13,7 1400 30 83,98 0,28 -1505 1019
5,35 8,07 -7,3 5030 30 53,45 0,19 2229 4753
7,25 6,17 -22,1 1240 30 85,69 0,27 -1671 852
9,32 4,11 -26,7 640 30 92,35 0,29 -2290 234
10,10 3,32 -15,3 1490 30 83,1 0,27 -1418 1106
13,05 0,37 -9,9 3660 30 63,36 0,24 824 3347
13,94 -0,52 -3,2 7300 30 40,28 0,14 4567 7091
19,86 -6,44 3,4 14490 30 16,46 0,07 11963 14487
FP-07-06R 2,47 8,49 -10,3 5610 30 49,75 0,19 2822 5346
4,78 6,18 -15 2270 30 75,4 0,25 -614 1910
5,82 5,14 -14,5 5170 30 52,52 0,21 2374 4898
6,41 4,55 -11,6 170 30 47,11 0,18 3273 5797
7,44 3,52 -16,8 3620
7,83 3,12 -7,8 10180 30 28,17 0,12 7523 10046
7,83 3,12 -12,6 3810 30 62,26 0,22 968 3492
8,41 2,55 -11,8 5440 30 50,79 0,19 2651 5175
8,72 2,23 -13,6 4730
11,12 -0,17 -7,9 6650 30 43,69 0,18 3896 6419
12,38 -1,43 -12,2 6830 30 42,74 0,19 4077 6601
14,63 -3,68 4,3 10650 30 26,55 0,16 8012 10536
24,43 -13,48 36,5 25540 60 4,15 0,03 23350 25874
24,43 -13,48 12,7 12250 60 13170
231
Age corrigé
14C
Prof., Elevation δ13C, age, A0=70 A0=95
Forage m (m) ‰ BP ± pmc ± pMC pMC
FP-08-
07R 3,21 7,70 -12,8 5460 50 51,66 2511 5034
4,81 6,10 -9,9 6460 50 45,78 3510 6034
5,76 5,15 -13,3 5320 50 52,54 2371 4894
6,36 4,55 -12,6 6600 50 45,01 3650 6174
7,26 3,65 -9,1 6590 50 45,06 3640 6164
8,6 2,31 -7,2 5570 50 50,98 2621 5144
16,65 -5,74 11,7 13240 60 20,16 10288 12812
FP-08-
08R 2,58 10,13 4460 4460 40 58,30 1511 4035
4,07 8,64 4570 4570 40 57,53 1621 4145
5,06 7,65 3930 3930 40 62,16 981 3505
5,62 7,09 2510 2510 40 73,81 -438 2085
6,44 6,27 4300 4300 40 59,44 1351 3875
7,06 5,65 4600 4600 40 57,33 1651 4175
16,27 -3,56 5,4 12740 60 21,42 9788 12312
FP-08-
09R 2,56 12,77 -15,5 1480 50 83,61 -1468 1056
5,56 9,77 -10,8 859 50 90,13 -2089 435
7,36 7,97 -8,2 9910 50 30,16 6959 9483
8,92 6,41 -6,5 9890 50 30,23 6939 9463
14,64 0,69 -5,2 10720 60 27,34 7769 10293
17,28 -1,95 -4,1 8220 50 37,00 5270 7794
28,85 -13,52 4,2 14780 16,73 11828 14352
En analysant les résultats obtenus, on constate que la méthode de correction suggérée par
Desaulniers et Cherry (1989) n'est pas valable dans notre cas. En effet, en utilisant A0=70 pMC,
on obtient des âges corrigés très bas, voir négatifs dans certains cas, ce qui confirme que cette
valeur de A0 n'est pas appropriée pour ces argiles Champlain. Le choix de A0=95 pMC donne des
résultats plus cohérents.
En travaillant sur les âges apparents non corrigés (figure 4.92), on se rend compte que les eaux
dans le roc sont très anciennes: l'âge de ces dernières varie entre 13000 ans et 36000 ans. On
232
constate aussi que les eaux dans le roc sur les sites 01, 02 et 03 (entre 24000 ans et 36000 ans)
sont plus anciennes que sur les autres sites (entre 12000 ans et 20000 ans). Cela peut être dû à la
proximité de la rivière. Plus on s'approche de cette dernière, moins la couche d'argile est épaisse
et plus l'eau dans le roc sera diluée par l'infiltration des eaux météoriques provenant de la surface.
Cela sera vérifié par la suite avec la modélisation numérique.
Dans l'argile, il n' y a pas une tendance claire qui se dégage. Dans les forages 01 et 05, on
constate que les âges diminuent avec la profondeur. Pour les autres forages, on constate que l'âge
des eaux fluctue autour de valeurs moyennes en fonction de la profondeur. L'eau interstitielle
dans la couche a plus ou moins le même âge avec une tendance à voir l'âge de l'eau décroitre en
se dirigeant vers le Sud et la rivière des Mille-Îles.
20,00
15,00
10,00 FP-06-01R
FP-06-02R
Elévation, m
5,00 FP-06-03R
FP-08-07R
0,00 FP-08-08R
FP-08-09R
-5,00
FP-07-04R
Roc FP-07-05R
-10,00
FP-07-06R
-15,00
-10000 0 10000 20000 30000 40000
Age apparent non corrigé de l'eau, ans BP
Figure 4.92: Âge apparent non corrigé de l'eau souterraine en fonction de l'élévation
Une autre information utile pour analyser les âges de l'eau souterraine est la teneur en carbone
inorganique dissous en fonction de la profondeur. Sachant que la datation au carbone 14 se fait à
partir du carbone inorganique, on a jugé utile d'effectuer quelques analyses pour suivre
l'évolution de la teneur en CID par rapport à la profondeur. On constate d'après le tableau 4.12
233
que le CID augmente avec la profondeur dans les forages 02R et 05R, décroit dans les forages
01R et 06R et croit puis décroit dans le forage 04R. Notons que le peu d'analyses effectuées sur le
CID est essentiellement dû au manque d'eau interstitielle pour effectuer l'analyse.
L'âge des eaux souterraines serait donc faussée par la production biotique de bicarbonates. Les
bicarbonates pourraient provenir aussi de la sulfatoréduction selon l'équation:
Afin de le vérifier, il faudrait que des essais supplémentaires soient réalisés par des biochimistes
sur ces eaux interstitielles et ces argiles. Il faudrait d'une part calculer le potentiel redox afin de
vérifier si le milieu est propice à la sulfatoréduction et/ou de vérifier s'il y a des méthanogènes. Si
cela est avéré, ce serait un bon signe d'activité bactérienne.
234
Cette problématique a été traitée d'une manière approfondie par Chapelle (1993). L'activité
microbienne dans une strate imperméable et notamment dans une couche d'argile, quoique moins
importante que dans une strate perméable, peut avoir d'importants impacts sur la chimie de l'eau
interstitielle de l'argile, sur l'eau dans le roc et dans le système d'écoulement intermédiaire.
La première étude fut réalisée par Mac Mahon et Chapelle (1991). Elle a montré la présence
d'importantes concentrations d'acides organiques dans les aquitards et aquifères sous-jacents. En
effet, la concentration en formates et acétates peut être 70 fois plus importante dans un aquitard
que dans un aquifère dans le sable. Aussi, il a été constaté une plus forte production de H2 dans
les aquitards. Les acétates, formates et H2 étant des éléments importants dans la chaine
14
alimentaire anaérobique. Les auteurs ont utilisé du glucose avec du C comme traceur (une
substance fermentable) pour vérifier et observer l'accumulation d'acides organiques dans les
aquitards et aquifères sous-jacents. Il a été constaté que la plupart du 14C s'accumule en tant que
formates et acétates au lieu de s'oxyder en CO2 ce qui fut le cas dans les aquifères de sable.
Dans les sédiments anaérobiques, l'oxydation complète de substrats fermentables requiert l'action
symbiotique de bactéries fermentatives et anaérobies. Ces bactéries oxydent partiellement le
substrat et produisent du H2 et de l'acide organique. Ces composés sont ensuite utilisés par les
bactéries aérobies. L'accumulation des acides organiques indique que la fermentation se produit
plus rapidement que la respiration dans les aquitards d'argile.
Enfin, Mac Mahon et Chapelle (1991) ont remarqué que les différences de concentration en
acides carboniques entre l'aquifère et l'aquitard créée un mouvement diffusif net d'acides
organiques en direction de l'aquifère ce qui fournit une source constante de substrat organique
pour les bactéries aérobies dans l'aquifère.
Une étude microbienne et géochimique devrait donc être réalisée afin de clarifier l'origine des
bicarbonates et de lever le mystère sur la nature des activités microbiennes qui pourraient avoir
lieu dans le système argile/eau souterraine. Pour cela, il faudrait une approche biochimique et
microbiologique: en effet, il faudrait utiliser d'autres méthodologies d'échantillonnage d'argile et
non utiliser, comme nous l'avons fait, des techniques d'échantillonnage géotechnique, et prendre
des précautions pendant toutes les étapes du traitement des argiles (manipulation,
conservation,...) et de l'eau (extraction, analyses,...) afin d'éviter toute contamination. Aussi, il
235
faudrait explorer l'effet que pourrait avoir la présence de méthane (CH4) dans le sous-sol de la
zone étudiée.
Relever les charges hydrauliques dans la couche d‟argile s‟est avéré être un exercice difficile. La
technique utilisée est de placer un obturateur dans le piézomètre avec un capteur de pressions en
dessous (figure 4.93) et revenir après une période de 4 à 6 mois, à cause du long temps de
réaction (time lag). Les niveaux d‟eau sont censés être stabilisés après cette période surtout que
dans l‟argile, il faut tenir compte d‟un important ``Time Lag`` ou temps de réponse vu sa faible
conductivité hydraulique.
Le principal problème rencontré est que les obturateurs se dégonflaient après une période qui
varie entre deux semaines dans certains piézomètres et deux mois dans d'autres. On ne pouvait
donc pas savoir si les niveaux d‟eau étaient déjà stabilisés ou pas au moment de la défaillance. Ce
problème a été rencontré sur une majorité de sites et malgré les ajustements et réparations faites,
le problème revenait sans cesse.
236
Figure 4.93: Obturateur et capteur de pression utilisés pour obtenir les niveaux d‟eau dans les
piézomètres
Comme on le constate dans la figure 4.94 ci-dessous, le niveau d'eau dans le roc ne fluctue que de
quelques centimètres autour de la valeur 19,9 m durant les 4500 hr pendant lesquelles le niveau
d'eau a été suivi. Dans l'argile, on remarque que lors de l`installation des obturateurs à t=0 hr, le
niveau d'eau baisse dans le piézomètre: il passe de 19,70 m à 19,10 m dans le piézomètre FP-06-
03AH et se stabilise autour de cette dernière valeur après 2000 hr de l'installation de l'obturateur.
237
20,5
20,3
20,1
19,9
Elevation, m
19,7 FP-06-03R
FP-06-03AB
FP-06-03AH
19,5
19,3
19,1
18,9
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 4500 5000
Temps, hr
Figure 4.94: Exemple des données obtenues avec le capteur de pression lors de l‟utilisation des
obturateurs
Une autre information importante est le niveau de la rivière des Mille-Îles. Cette dernière
constitue le point de décharge des eaux souterraines et la connaissance de sa charge hydraulique
et de ses fluctuations est primordiale pour la modélisation numérique. Les données concernant la
rivière sont disponibles sur le site web du Centre d‟Expertise Hydrique du Québec qui est sous la
tutelle du ministère du développement durable, de l‟environnement et des parcs. Les données
obtenues et présentés dans la figure 4.95 ci-dessous ont été relevées à la station Terrebonne sur la
rivière des Mille-Îles. On constate que sur la période de 1982 à 2007, le niveau d‟eau a fluctué
entre 13.7m et 14.1m alors que depuis le 1er Janvier 2009, le niveau d‟eau maximal (14,2 m) a
été observé pendant la période de fonte des neiges (Mars à Mai) alors que le minimum (13.8 m) a
été atteint en Août/Septembre. Ces données sont importantes car elles donnent une idée sur
l'ampleur des fluctuations saisonnières du niveau de la rivière. Par contre, le niveau de la rivière
des Mille-Îles doit être relevé dans la zone d'étude et non dans une station se situant au barrage
des Moulins.
238
Figure 4.95: Niveau de la rivière des Mille-Îles dans la station 043208 à Terrebonne
(source: [Link]
Des relevés de niveaux d'eau ont donc été effectué en Octobre 2009 dans la rivière des Mille-Îles
au niveau du piézomètre FP-07-06R (au Sud de la zone d'étude) et dans le ruisseau à proximité
du piézomètre FP-08-09R (à l'ouest). Les niveaux d'eau relevés dans les deux sites sont
respectivement 5,20m et 10,1m.
Les niveaux d‟eau dans le till proviennent du rapport de GSI Environnement (2003). Des relevés
d‟eau ont été réalisés sur 10 piézomètres installés dans le till. Le tableau 4.13 ci-dessous présente
les conductivités hydrauliques ainsi que les élévations de la nappe dans le till durant les périodes
Février et Juin 2001.
239
On constate que les fluctuations saisonnières du niveau de la nappe sont assez importantes
(plusieurs mètres) dans certains forages (F00-2 et F00-4), par contre, dans tous les autres
piézomètres, la fluctuation est de l‟ordre de quelques centimètres.
Selon le même rapport, l‟écoulement est orienté vers le Sud et le Sud-Est durant toute l‟année
c'est-à-dire vers la rivière des Mille-Îles. Le gradient moyen vertical est de 0.08 dans le till et la
vitesse d‟écoulement de l‟eau est de 0.28 m/an environ.
Tableau 4-14 (suite): Suivi du niveau de la nappe dans le till et dans le roc
Puits
Coordonnées
d'observation h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m) h (m)
F-04-6 5067632,138 301888,087 16,99 16,90 16,69 16,46 15,92 16,67 16,55 16,45 16,43 16,44 16,63
F-06-1 5067268,963 302833,989 21,01 20,99 20,97 20,90 20,92 20,57 20,37 20,40 20,15 20,06 19,83 20,06
F08-1 5067459,334 301730,542 13,96 14,23 13,37
F08-2 5067434,583 301659,548 16,77 16,71 16,82 17,30 17,92 16,96
F08-3 5067310,137 301623,653 17,38 17,53 17,57 17,25 16,98 17,82
F08-4 5067310,137 302266,332 18,78 18,92 18,81 18,64 18,66
F08-5 5067982,398 302035,648 16,81 16,77 16,78 16,55 16,02 16,03
FP-06-01R 5066774,773 301619,161 18,27 18,14
FP-06-02R 5067089,878 302640,099 21,49 21,41
FP-06-03R 5068061,716 301664,687 20,30 20,41
FP-07-04R 5064832,004 301299,390 11,88
FP-07-05R 5065413,517 302865,500 9,97 9,75
FP-07-06R 5062153,816 299683,675 8,49 8,48
FP-08-07R 5063408,030 303431,487 8,43 8,43
FP-08-08R 5063220,095 298761,821 9,28 9,41
FP-08-09R 5067324,310 299491,087 11,76 11,92
Mille-Iles 1 5062120,816 299683,675 5,20
Rivière 1 5067663,377 298853,852 10,10
Rivière 2 5067159,488 299270,297 10,20
Rivière 3 5067337,795 299454,216 10,20
242
On constate que sur la période allant de Mai 2006 à Décembre 2009, le niveau de la nappe fluctue
peu (quelques centimètres) dans certains piézomètres (F00-4, F00-5, F08-2,..) alors que dans
d'autres piézomètres et notamment dans le F92-3, F92-6 et F93-1, la fluctuations dépasse les 2 m.
On peut expliquer ce phénomène de la manière suivante: Le site de BFI est un site
d'enfouissement de déchets, donc, tout au long de l'année, il y a des travaux d'excavation de
cellules ou de remplissage de ces dernières. Ces opérations perturbent le réseau d'écoulement des
eaux souterraines. Ainsi, lors de l'excavation, l'écoulement local est dirigé vers la cellule alors
qu'au fur et à mesure que le remplissage des cellule est effectué, le poids des déchets exerce une
contrainte sur l'argile, ce qui entraine un tassement progressif de l'argile sous la cellule et une
expulsion de l'eau, d'où une augmentation des niveaux d'eau dans les piézomètres voisins aux
cellules. Donc en fonction de la localisation des piézomètres par rapport aux cellules
d'enfouissement, on observe des fluctuations: plus on est proche, plus les fluctuations seront
importantes.
Dans nos forages au roc, les différents relevés d‟eau effectués sur une période de 3 ans permettent
de retrouver des niveaux d‟eau assez rapprochés. Un écart maximal de 7% est constaté lors de la
compilation de toutes ces données. Dans le tableau 4.15 ci-dessous, on résume les propriétés de
chaque forage dans le roc ainsi que les charges obtenues.
On constate que les charges hydrauliques dans le roc avoisinent 20 m au Nord du site de BFI.
Plus on se dirige vers le Sud et donc vers la rivière des Mille-Îles, plus on constate une
diminution des valeurs de la charge. Aussi, il y a une tendance à la baisse lorsqu‟on se dirige vers
l‟Ouest et la rivière des Prairies. Au site 5, la charge hydraulique semble influencée par un petit
lac qui se situe à environ 10 m du piézomètre.
243
Forage El. au sol El. PVC El. Protec. Prof. crépine El. Crépine El. Nappe
(m) (m) (m) /sol (m) (m) (m)
FP-06-01R 19,93 20,84 20,98 32,00 -12,07 18,14
FP-06-02R 21,92 22,81 22,73 36,55 -14,63 21,41
FP-06-03R 20,65 21,45 21,52 28,57 -7,92 20,43
FP-07-04R 11,77 12,70 12,78 20,22 -8,45 11,88
FP-07-05R 13,42 14,32 14,45 19,91 -6,49 9,75
FP-07-06R 10,95 10,80 10,90 24,43 -13,48 8,48
FP-08-07R 10,91 10,77 19,66 -8,75 8,43
FP-08-08R 12,71 12,64 19,28 -6,57 9,41
FP-08-09R 15,56 15,58 25,85 -10,29 11,92
Dans l‟argile, deux piézomètres sont installés dans chacun des 9 sites en haut et en bas de la
couche à l‟exception du site 8 où on n‟a installé qu‟un seul piézomètre au centre de la couche
244
d‟argile. Le second a été installé dans de la moraine. Le tableau 4.16 ci-dessous donne un aperçu
des résultats obtenus.
Tableau 4.16: Propriétés des piézomètres dans l‟argile, niveaux statiques et gradients
Forage El. au sol El. Haut PVC El. Protecteur Prof. crépine El. Centre Crépine El. Nappe Gradient
(m) (m) (m) /sol (m) (m) (m)
FP-06-01AH 20,23 21,09 21,22 9,72 11,50 18,13
FP-06-01AB 19,86 20,77 20,86 14,67 6,19 18,00 0,024
FP-06-02AH 21,90 22,98 23,11 8,88 14,23 20,80
FP-06-02AB 21,87 22,53 22,71 15,31 7,40 20,65 0,023
FP-06-03AH 20,82 21,83 21,90 7,96 13,94 19,63
FP-06-03AB 20,78 21,53 21,65 15,31 6,34 19,59 0,005
FP-07-04AH 11,77 12,72 12,75 4,69 8,06 11,39
FP-07-04AB 11,76 12,72 12,75 9,18 3,57 11,64 -0,056
FP-07-05AH 13,81 14,80 14,87 8,27 6,60 11,54
FP-07-05AB 13,59 14,49 14,57 11,32 3,25 10,83 0,212
FP-07-06AH 10,82 10,80 10,72 4,97 5,75 8,10
FP-07-06AB 11,11 11,07 11,00 9,56 1,44 7,73 0,086
FP-08-07AH 10,91 10,81 10,87 3,47 7,40 9,07
FP-08-07AB 10,91 10,65 10,69 6,74 3,95 8,95 0,035
FP-08-08AC 12,71 12,49 3,82 8,67 11,53
FP-08-09AH 15,46 15,42 15,46 5,58 9,88 13,32
FP-08-09AB 15,53 15,47 15,54 11,69 3,85 12,92 0,066
On a aussi estimé, à partir des niveaux statiques observés et des élévations des centres des
crépines, les gradients hydrauliques verticaux dans l‟argile sur chacun des sites. On remarque
aussi que l‟écoulement se fait du haut en bas dans tous les sites sauf dans le site 4. Dans le site,
cela est visible à l‟œil car il y a un écoulement ascendant permanent dans le tuyau du piézomètre
installé dans le roc. Notons que les niveaux statiques ne sont pas forcement des niveaux
piézométriques à cause du temps de retard dans les argiles.
Dans le site 02, un piézomètre est placé dans la couche de sable superficielle. Ayant la charge
hydraulique au niveau du sable et connaissant la charge au roc, on peut donc évaluer le gradient
hydraulique moyen dans la couche d‟argile. La charge hydraulique dans le sable étant 20,97 m,
on trouve un gradient hydraulique moyen isite2=0,023. Cette valeur est identique à celle trouvée
en utilisant les niveaux statiques des piézomètres du haut et du bas dans l‟argile. Cela n'a pu être
réalisé qu'au niveau du site 3 où la présence d'une couche superficielle de sable (1,5 m) a permis
d'installer un piézomètre en surface.
245
Maintenant que nous disposons de toutes ces informations, c'est à dire les niveaux d'eau dans les
piézomètres dans le roc et dans le till, les niveaux d'eau dans la rivière des Mille-Îles et dans le
cours d'eau à l'Ouest du site d'étude, on peut réaliser la carte piézométrique de la zone d'étude.
On utilise pour cela le logiciel GW Contour de Shlumberger Water Services. Il suffit de rentrer
les coordonnées des points et la charge hydraulique de chacun de ces derniers et le logiciel fait
une interpolation pour tracer les lignes d'équipotentiels.
Dans la figure 4.97 ci-dessous, on constate qu'il y a une ligne de partage des eaux au niveau du
site 4. Les eaux provenant du Nord et du Nord-Est du site jaillissent au niveau du site 04. C'est
d'ailleurs au site 4 que l'écoulement est ascendant et permanent. Dès qu'on dépasse l'autoroute
640 vers le Sud, les eaux souterraines s'écoulent en direction du Site vers la rivière des Mille-Îles.
Aussi, on remarque que les eaux qui proviennent du Nord-Ouest du site se dirigent vers le cours
d'eau à l'Ouest et non vers le Sud comme précédemment.
Il est à noter que le réseau des piézomètres utilisé pour faire la carte piézometrique est très dense
à l'intérieur du site de BFI. Mais dès qu'on en sort, on retrouve des piézomètres aux extremités de
la zone d'étude c'est à dire dans un rayon de 3 à 4 km. Le logiciel fait donc des interpolations
pour tracer les lignes d'écoulements. Il aurait été préferable d'avoir plus de piézomètres pour
avoir une carte plus précise.
246
Le code numérique est une simulation mathématique de processus physiques réels. Seep/W est un
modèle numérique qui peut simuler mathématiquement le processus physique réel d'écoulement
d'eau à travers un milieu particulier.
À travers ce chapitre, on exposera toutes les étapes qui ont permis de construire le modèle sur
Seep/W et on exposera par la suite les résultats de cette modélisation.
Comme expliqué précédemment, plusieurs étapes indispensables sont nécessaires pour modéliser
un système d‟écoulement en régime permanent: La création d‟une géométrie de base, la
génération d‟un maillage en éléments finis, la définition du type de problème, la définition des
conditions aux limites, la définition des paramètres d‟écoulement, la définition des points
d‟observation, le lancement de la simulation, la visualisation des résultats et le calcul des flux et
bilan hydrologiques.
fait une interpolation linéaire entre les différents forages afin d‟obtenir la géométrie du système à
modéliser. On présente dans la figure 5.1 le profil réel obtenu.
Comme on constate dans la figure 5.1, il y a une importante dénivellation du terrain à cause de
l'érosion qu'a connu la région depuis le dépôt de la couche d'argile. On passe d'une élévation de
21 m au forage FP-06-02R à une élévation de 5.20m à la rivière des Mille-Îles. Aussi, on a pu
simplifier la géométrie et travailler avec le schéma exposé dans la figure 5.2. Des simulations ont
permis de constater que les charges hydrauliques dans les différents points d'observation sont
identiques entre les géométries réelle et simplifiée. (Figure 5.3)
249
25
20
charge hydraulique, m
Géométrie
simplifiée
15
Géométrie
réelle
10
0
0 2000 4000 6000 8000
X, m
Figure 5.3: Charge hydraulique dans le roc pour les modèles réel et simplifié
250
Dans Seep /W, il a d‟abord fallu ajuster la plage de travail en donnant son étendue et son échelle.
On a travaillé dans une page 260 mm x 200 mm avec une échelle horizontale 1 :35000 et
verticale 1 :350. Sur l‟axe des abscisses figure la distance linéaire entre les forages, cet axe
s‟étend jusqu‟à la rivière des Mille-Îles qui se situe à environ 6300 m du forage FP-06-02R
(X=1200m). L‟axe des y correspond aux élévations Z(m).
Maintenant, que les régions ont été définies et les matériaux y ont été assignés, il faut générer un
maillage. Dans la version de Seep/W 2007 que nous utilisons, le maillage est généré
automatiquement, il suffit de définir la région, la dimension souhaitée de la grille et la géométrie
de la maille souhaitée. Pour cette modélisation, on a choisi un maillage de 10m de largeur et de
1m de hauteur à l'exception des interfaces argile/till et till/roc où on a affiné le maillage en
prenant une hauteur de 0.5m. Le maillage fin est nécessaire dans les zones où on envisage de
forts changements de pression dû à un important contraste de perméabilité entre les strates.
La modélisation de l'écoulement est faite en 2-D en régime permanent. En ce qui concerne les
critères de convergence, on a utilisé la méthode du point de Gauss (Gauss point conductivity)
avec un nombre maximal d'itérations de 500 et une tolérance de 1e-6. Les équations d'écoulement
sont résolues par la méthode dite directe parallèle (Parallel Direct Equation Solver).
251
La charge hydraulique dans le till et le roc au point de décharge (rivière des Mille-Îles) est
égale à 5.20m et correspond à l'élévation du niveau de la rivière.
Les points d'observation utilisés dans ce problème vont servir à faire le calage du modèle. En
effet, ces points sont les 12 forages (4 dans le roc et 8 dans l'argile) ainsi que la rivière des Mille-
Îles qui constitue un point de décharge.
D'après les résultats obtenus avec le logiciel Seep/W, l‟écoulement est vertical dans la couche
d‟argile et horizontal dans le till et le roc. On constate aussi la présence de trois régions avec des
propriétés d'écoulement différentes:
La zone I: Cette zone se situe en amont du forage FP-06-02R (x=1200 m) et s'étend sur
200 m environ. Toute goutte d'eau qui s'infiltre dans le sol à ce niveau s'infiltrera à travers
l'argile, le till et le roc pour rejoindre le rivière des Mille-Îles.
La zone II: Elle délimitée par les points x=1300 m et x=4900m et inclut les forages FP-
06-01R et FP-07-04R. Chaque goutte d‟eau infiltrée via la surface finit par remonter au
niveau du forage FP-07-04R qu‟on peut définir comme étant une zone de résurgence.
Cela va dans le sens des remarques faites sur le terrain et où il a été constaté que
l‟écoulement dans le forage FP-07-04R se fait du bas de la couche vers le haut car de
l‟eau jaillit en permanence de ce dernier.
Enfin, la zone III couvre le territoire qui s'étend entre x=5000m et la rivière des Mille-
Îles(x=7100m) et où les eaux infiltrées par la surface finissent leur course dans la rivière.
Deux lignes de partages des eaux sont observées: une ligne qui se trouve vers le point
x=1250m et une deuxième ligne vers x=5000m.
Une fois la modélisation numérique achevée, une comparaison des résultats obtenus avec cette
dernière avec les résultats obtenus in situ s‟impose. Cela permet de vérifier si le modèle est calé.
La figure 5.6 montre l'évolution des charges hydrauliques dans le roc. Ces charges sont dans un
premier lieu mesurées in situ et en second lieu calculées avec Seep/w. On remarque qu'il y a un
petit décalage entre ces deux valeurs mais comme on constate dans le figure 5.7, il existe une
bonne corrélation linéaire entre les charges calculées avec Seep/W et les charges obtenues sur le
terrain. En effet, on constate que dans le roc, la pente de h(in situ) versus h(seep) est de 0.96
avec R2=0,98 et pour l‟argile, la pente est de 0.94 avec R2=0,99.
Enfin, on a pu obtenir, grâce à Seep/W, les débits dans les différentes strates modélisées. Ainsi,
on trouve que la couche d‟argile fournit environ 5.98*10-8 m3/s/m à la couche de till alors que
4.47*10-8 m3/s/m et 1.49*10-8 m3/s/m s‟écoulent à travers le till et le roc. Donc, pour le modèle
actuel, des débits de 13371 m3/an, 9.84 m3/an et 3.29 m3/an sont calculés dans à travers l'argile, le
255
till et le roc. Notons que les quantités d'eau provenant de la couche d'argile ne sont pas toutes
évacuées dans la rivière des Mille-Îles à travers le till et le roc mais remontent à la surface du sol.
25
20
Charge hydraulique h, m
15
h (in situ)
10 h (seep/w)
0
0 2000 4000 6000 8000
X, m
Figure 5.6: Évolution des charges hydrauliques in situ et celles obtenues avec Seep dans le roc en
fonction de la distance
25
20
Charges in situ, m
y = 0,9419x
15 R² = 0,9894
10 Roc
y = 0,9636x
Argile
R² = 0,9792
5
0
0 5 10 15 20 25
Charges dans Seep/w, m
Figure 5.7: La charge hydraulique obtenue avec Seep versus la charge hydraulique mesurée in
situ dans le roc et l'argile
On a aussi vérifié les répercussions des fluctuations saisonnières de la rivière des Mille-Îles sur
les charges dans les piézomètres. Pour cela, on a fait varier, dans Seep/W, le niveau de la rivière
256
de 5,2 m à 4,5 m puis à 6 m. D‟après la figure 5.8, on constate que l‟influence n‟est pas
importante : on ne note un changement de niveau d‟eau dans les piézomètres dans le roc qu‟au
niveau du forage FP-07-06R qui se situe à une centaine de mètres de la rivière. Toutefois, ce
changement n‟est pas important au point de le prendre en considération dans le problème.
25
20
15
Charge, m
h=5,2m
10 h=4,5m
h=6m
5
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000
Distance, m
Figure 5.8: Évolution de la charge hydraulique dans le roc en fonction du niveau de la rivière des
Mille-Îles
La vérification du calage du modèle sur Seep/W passe aussi par vérifier l'effet de la variation des
valeurs de la conductivité hydraulique de l'argile, du till et du roc. En effet, on voudrait vérifier
que si le modèle est calé pour les valeurs kargile, ktill et kroc, il le serait aussi pour les valeurs 𝜆
kargile,𝜆 ktill et𝜆 kroc (0.3≤𝜆≤3 .
L'effet de la variation de la conductivité hydraulique dans les trois média par le même coefficient
(0.3 ou 3) est présenté dans les figures 5.9 à 5.11 ci-dessous. Que ce soit dans le roc (figure 5.9)
ou dans l'argile (figures 5.10 et 5.11), on constate que les charges hydrauliques ne sont pas
perturbées par ces variations de conductivité hydraulique et on constate dans les trois cas
présentés, la superposition des graphes des charges pour les trois valeurs de la conductivité k,
0.3k et 3k..
257
25
20
charge hydraulique, m
15
k
10 3k
0.3k
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000
X, m
Figure 5.9: Évolution de la charge hydraulique dans le roc avec la variation de la conductivité
hydraulique
16
14
12
10
Élèvation, m
8 k
3k
6
0.3k
4
0
21,5 21,55 21,6 21,65 21,7 21,75
Charge hydraulique, m
Figure 5.10: Charges hydrauliques dans l'argile en variant la conductivité hydraulique (site 2)
258
12
10
8
Élèvation, m
6 k
3k
4 0.3k
0
19,894 19,896 19,898 19,9 19,902 19,904 19,906 19,908 19,91
Charge hydraulique, m
Figure 5.11: Charges hydrauliques dans l'argile en variant la conductivité hydraulique (site 1)
Une fois le calage du modèle validé, on utilise Seep/w pour comprendre les phénomènes
hydrogéologiques présents dans la zone étudiée.
En ce qui concerne la charge hydraulique dans le roc, on observe (figure 5.12) que cette dernière
diminue en trois temps et suit généralement le même comportement que la géométrie du
problème. De x=1000m à x=4000m, on a une importante perte de charge hydraulique dans le
roc. Ensuite, la diminution est moins prononcée jusqu'à x=6900m car le dénivèlement du terrain
n'est pas aussi important que précédemment. Enfin, la perte de charge à l'approche de la rivière
devient important.
259
25
Charge hydraulique, m 20
15
10
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000
X, m
Dans l'argile, d'après les résultats obtenus, on a pu tracer le graphe de la figure 5.13 et le tableau
5.1. On constate que les gradients hydrauliques ne sont pas très importants, ce qui laisse à
présager que les vitesses d'écoulement de l'eau dans l'argile sont faibles. Pour les gradients, on
constate que le plus grand gradient est constaté dans le site 6 à proximité de la rivière des Mille-
Îles. Une autre observation est faite au niveau du site 4, on constate que le gradient y est négatif
ce qui est normal compte tenu que l'écoulement est ascendant au niveau de cette zone.
16
Élévation du point de mesure, m
14
12
10
site 2
8
site 1
6 site4
4 site 6
2
0
8 13 18 23
Charge hydraulique, m
Figure 5.13: Charges hydrauliques dans l'argile en fonction de l'élévation dans chaque site
260
El. au El.
Forage sol El. PVC Protec. Prof. crépine El. Crépine h Gradient
(m) (m) (m) /sol (m) (m) (m) i
FP-06-02R 21,92 22,81 22,73 36,55 -14,63 20,96
FP-06-02AH 21,90 22,98 23,11 8,88 14,23 21,6 0,040
FP-06-02AB 21,87 22,53 22,71 15,31 7,40 21,33
FP-06-01R 19,93 20,84 20,98 32,00 -12,07 19,65
FP-06-01AH 20,23 21,09 21,22 9,72 11,50 19,82 0,013
FP-06-01AB 19,86 20,77 20,86 14,67 6,19 19,75
FP-07-04R 11,77 12,70 12,78 20,22 -8,45 12,17
FP-07-04AH 11,77 12,72 12,75 4,69 8,06 11,88 -0,029
FP-07-04AB 11,76 12,72 12,75 9,18 3,57 12,01
FP-07-06R 10,95 10,80 10,90 24,43 -13,48 8,47
FP-07-06AH 10,82 10,80 10,72 4,97 5,75 10,1 0,209
FP-07-06AB 11,11 11,07 11,00 9,56 1,44 9,2
La composante verticale Vy de la vitesse d'écoulement de l'eau dans le roc est très faibles, voire
négligeable (figure 5.14). Pour ce qui est de la composante Vx, on constate que la vitesse fluctue
entre un ordre de grandeur de 10-11m/s (3,15.10-4 m/an) comme minimum et 10-9m/s (3,15.10-2
m/an) comme maximum. Cela est essentiellement dû aux variations de la charge hydraulique
observées dans la figure 5.12.
1,00E-08
1,00E-09
1,00E-10
Vx dans le roc
1,00E-11 selon x
V, m/s
1,00E-14
1,00E-15
1,00E-16
1200 3200 5200 7200 9200
X, m
Dans l'argile, la composante verticale Vy est dominante alors que la composante horizontale Vx
est négligeable. D'après la figure 5.16 ci-dessous, on constate que la vitesse d'écoulement dans
l'argile est lente (10-13 m/s à 10-11 m/s ou 3,15.10-6 m/an à 3,15.10-4 m/an). Ces vitesses ont été
calculées à trois endroits différents: à x=1200 m, on constate que les vitesses sont les plus élevées
par rapport aux autres points d'observations. Aussi, on constate qu'au voisinage de la rivière
(x=6000m), la vitesse dans l'argile devient plus faible. Notons que dans la figure 5.16, l'élévation
de la couche d'argile commence à Y=-2m. En dessous de cette ligne, on a les couches de till et de
roc.
25
20
15
10
Élèvation, m
5
x=6000m
0
x=3900m
-5
x=1200 m
-10
-15
-20
1,00E-15 1,00E-14 1,00E-13 1,00E-12 1,00E-11 1,00E-10 1,00E-09
Vy, m/s
Figure 5.15: Variation de Vy dans l'argile, le till et le roc à x=1200m, 3900m et 6000m
La modélisation de l'écoulement des eaux est basée sur la topographie actuelle du terrain. Cela
permet de comprendre les phénomènes hydrogéologiques dans la zone d'étude. Mais, un des
objectifs du projet est d‟essayer de comprendre les mouvements des eaux et des ions dans les
argiles Champlain depuis leur formation. C'est dans cette optique qu'on doit réaliser un travail
supplémentaire qui consiste à refaire le même exercice de modélisation que précédemment,
mais cette fois, en considérant une topographie plate du terrain, ce qu'on pense était le cas après
le dépôt des argiles Champlain.
La modélisation est faite sur une distance de 2500 m et la surface de l'argile est à une élévation de
21m (le point haut actuel). Les mêmes conditions aux frontières que pour le modèle précédent
262
sont considérées et le régime permanent de l'écoulement est maintenu. Le seul problème avec ce
cas est qu'on ignore le rythme auquel s'est produit l'érosion et le temps qu'a duré cette dernière.
Le premier constat à faire concerne l'écoulement des eaux dans les couches d'argile, de till et dans
le roc. Pour le modèle après-érosion qui prend en compte les variations de la topographie, on a pu
remarquer l'existence de zones dont les propriétés d'écoulement sont différentes (figure 5.5).
Dans le modèle avant-érosion (figure 5.17), on constate que toutes les eaux qui s'infiltrent à la
surface de l'argile, finissent leur course dans la rivière. Il n'y a donc aucune zone de résurgence
d'eaux ni de lignes de partages des eaux.
Les conditions aux frontières et les propriétés (k et n) des différentes strates étant identiques dans
les deux modèles, on conclut que le changement de topographie à cause de l'érosion a
grandement influé sur l'hydrogéologie de la zone.
La variation de la charge hydraulique dans le roc est différente de la tendance observée dans le
modèle après-érosion. En effet, on observe (figure 5.18) une diminution constante de la charge
hydraulique avec la distance. À x=0m, la charge est égale à l'élévation du terrain alors qu`à
x=2500 m, on retrouve la charge dans la rivière. Notons qu'on ne connait pas le niveau de l'eau de
la rivière il y a 10000 ans. La valeur de h=5.20m permet de faire un parallèle avec les conditions
actuelles.
Dans l'argile, on a suivi l'évolution de la charge hydraulique dans 4 différents points: à x=500m,
1000m, 15000m et 2500m (rivière). Au bas de la couche d'argile (élévation -1m), on remarque
que plus on est loin de la zone de décharge, plus la charge hydraulique est importante. En haut de
la couche d'argile (surface), toutes les valeurs sont égales vu que la topographie est plate. Entre
ces deux points (haut et bas de la couche), la variation de la charge hydraulique est linéaire. Dans
le till et le roc (élévations entre -20m et -1m), la charge est constante par rapport à l'élévation et
diminue à l'approche de la rivière.
Pour ce qui est des vitesses d'écoulement, on remarque (figures 5.20 et 5.21), que l'écoulement
horizontal est dominant dans le roc et le till alors que dans l'argile, ce dernier est négligeable et
on constate un écoulement vertical.
263
En comparant les régimes hydrogéologiques avant et après l'érosion, on constate que le régime
hydrogéologique évolue. En effet, avant l'érosion de l'argile, on a constaté que chaque goutte
d'eau infiltrée via l'argile, traverse verticalement cette couche, puis le till, elle s'écoule ensuite
horizontalement dans le roc pour rejoindre la rivière. Pour la topographie actuelle, on constate,
comme expliqué précédemment, l'existence de diverses zones: dans certaines zones, l'eau infiltrée
remonte à la surface et dans d'autres, elle rejoint la rivière.
Donc, la géométrie du système étudie a des répercussions sur le régime hydrogéologique. C'est
pour cela, qu'il est recommandé, de prendre en comte la variation de la topographie du terrain lors
d'études hydrogéologiques. La simplification des systèmes peut biaiser les résultats.
264
25
20
charge hydraulique, m
15
10
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000
X, m
Figure 5.17: Évolution de la charge hydraulique dans le roc dans le modèle avant érosion
25
20
15
10
5
Elevation, m
x=500m
0 x=1000m
0 5 10 15 20 25 x=1500m
-5
x=2500m
-10
-15
-20
-25
charge hydraulique, m
1,00E-07
1,00E-08
1,00E-09
V, m/s
Vy selon x (Roc)
1,00E-10
Vx selon x (Roc)
1,00E-11
1,00E-12
0 500 1000 1500 2000 2500 3000
X, m
Figure 5.19: Variation des composantes de la vitesse Vx et Vy dans le roc pour le modèle avant
érosion
1,00E-08
1,00E-09
1,00E-10
1,00E-11
V, m/s
1,00E-14
1,00E-15
0 500 1000 1500 2000 2500 3000
X, m
Figure 5.20: Variation des composantes de la vitesse Vx et Vy dans la couche d'argile dans le
modèle avant érosion.
267
Au début du projet, la question suivante se posait : quel ion, parmi tous les ions majeurs analysés
va-t-on modéliser? Au fur et à mesure de l'avancement, il a été décidé, au vu des informations
obtenues dans la littérature scientifique, que la modélisation des chlorures serait le meilleur
choix. En effet, une fois dissoutes dans les eaux souterraines, les chlorures (Cl-) restent en
solution. Ils ne font pas partie des réactions d'oxydoréduction, ne forment pas d'importants
complexes avec d'autres ions (sauf si leur concentration est élevée), ne forment pas de sels de
faible solubilité, ne sont pas facilement adsorbés sur la surface des minéraux et ne prennent pas
part à la plupart des réactions biochimiques (Kresic 2007). Pour toutes ces raisons, les chlorures
sont dits non réactifs. Kauffman et Orlob (1956) ont conclu que, parmi tous les ions et isotopes
(tritium) testés, les chlorures se déplacent avec l'eau souterraine dans la plupart des sols testés
avec le minimum de retard.
Maintenant que le choix du logiciel de modélisation et de l'ion dont les déplacements sont à
modéliser est fait, on va exposer dans la suite de ce chapitre, la nature des donnès saisies dans le
logiciel tout en justifiant leur application, les hypothèses, les résultats des modélisations et les
conclusions émises.
dans un environnement caractérisé par une salinité elevée de ses eaux, se sont retrouvés en
contact, en surface, avec de l'eau douce pendant environ 3300 ans. Cette période a sans doute
provoqué la diffusion des ions présents dans l'argile vers les eaux douces du lac. Avec la
disparition du lac, le processus diffusion/advection pouvait donc reprendre. On tentra par la
modélisation numérique avec SEEP/W et CTRAN/W de vérifier ces hypothèses.
Dans ce chapitre, on exposera les différentes propriétés des matériaux (argile, till et roc)
nécessaires pour effectuer la modélisation avec CTRAN/W.
D = α.v + D* (1.114)
Pour le coefficient de diffusion moléculaire, on utilisera les valeurs trouvées dans la littérature et
notamment dans Desaulniers et Cherry (1989), Olkers (2003) et Montgrain (1997). Un coefficient
de diffusion de Cl- de 2.10-9 m2/s est retenu.
269
La littérature scientifique est assez riche d'articles qui proposent des méthodes permettant
d'estimer les valeurs de la dispersivité. Dans le chapitre 3.3.2, on a présenté les méthodes les plus
populaires. Le tableau 5-2 présente les résultats obtenus.
On constate que toutes ces méthodes donnent des dispersivités longitudinales d'un même ordre de
grandeur soit 10-1 m pour les argiles et 101 m pour le till et le roc. Le point faible de ces méthodes
c'est qu'elles permettent d'estimer la dispersivité en se basant sur l'échelle d'observation
seulement. En d'autres termes, qu'en soit dans un roc fracturé, dans une argile consolidée ou dans
un sable grossier, si les échelles d'observation sont identiques, les dispersivités obtenues dans les
trois sols seront égales.
Pour le roc et le till, et vu le caractère ``massif``de ces derniers, on prendra une valeur de 2m dans
le till et de 10m dans le roc car ce dernier est plus fracturé que le till. Donc, on prend des valeurs
voisines à celles trouvées en utilisant les estimations dans la littérature. Par contre, pour les
argiles, un article de Perfect et al. (2002) permet d'estimer la dispersivité en utilisant une méthode
qui prend en compte les paramètres de rétention d'eau dans des sols non remaniés. Cette méthode
permet de trouver des dispersivités pour plusieurs argiles qui avoisinent 1m.
Dans notre cas, il n‟est pas nécessaire de déterminer la valeur de la dispersivité dans l‟argile pour
les raisons suivantes :
2. 10-9 m2/s (α.v<< D*). Dans le roc, c‟est le contraire qui se produit : la vitesse d‟écoulement
dans le roc atteint parfois 1. 10-8 m/s. Le terme D* qui est de l‟ordre de 10-12 m2/s dans le roc et
est négligé devant α.v (D*<<α.v).
La solution des problèmes numériques est une réponse directe aux conditions aux frontières. C'est
pour cela que la déterminations de ces conditions sont une composante clé dans toute
modélisation numérique.
Condition à la sortie du système (Exit review): Cette condition est préconisée dans le cas
où on ne connait ni le flux de masse ni la concentration. Il existe deux types de ``exit
review``. Une première qui ignore le flux dispersif à la sortie d'un système (Qd=0). Dans
ce cas, on considère qu'un contaminant quitte le système par advection seulement ce qui
peut être simpliste comme hypothèse. Pour le deuxième cas que nous avons d'ailleurs
adopté dans cette approche, on prend en compte l'advection et la dispersion comme
processus lors de la sortie du contaminant du système (Qd≥0). Cette option permet
d'obtenir des résultats plus réalistes.
o C=1 dans les trois couches soit dans l'argile, le till et le roc
Notons que C=1 correspond à 100% de la concentration des chlorures dans la mer Champlain
Tout d'abord, il est à noter que la précision de toute solution de transport d'ion est dépendante de
la précision de la solution obtenue pour l'écoulement. Comme dans la modélisation de
271
l'écoulement, le transport des ions s'effectuera en régime permanent et en 2-D. Deux types
d'analyses sont utilisées dans la modélisation de notre problème:
Le transport par advection seulement : Avant de réaliser une étude de transport complète,
il est souhaitable d'effectuer une modélisation qui ne prend en compte que le transport
advectif. En isolant la composante ``diffusion``, on peut avoir une idée de l'influence de
l'écoulement sur le transport des contaminants ainsi que les temps de transit. Le principe
de ce type d'analyse ``Particle Tracking Analysis`` est d'introduire arbitrairement des
particules dans le système, ces dernières sont considérées être attachées aux molécules
d'eau. Ainsi, leur déplacement sera identique à celui des molécules d'eau souterraine. La
modélisation peut être faite dans le sens de l'écoulement (Forward particle tracking) ou
dans le sens contraire de l'écoulement (Backward particle tracking).
La dispersion numérique tend à étendre la contamination en dehors des limites prédites par les
solutions analytiques. Les oscillations numériques quant à elles produisent des concentrations
supérieures ou inférieures aux valeurs spécifiées. Les dispersions et oscillations numériques ne
peuvent pas être éliminées, elles peuvent cependant être contrôlées et minimisées par des
contraintes imposées au nombre de Peclet et de Courant.
272
𝑣.𝛥𝑥
𝑃𝑒 = ≤2 (1.115)
𝐷
𝑣.𝛥𝑡
𝐶𝑥 = ≤1 (1.116)
𝛥𝑥
𝞓x, 𝞓t, D et v étant la distance horizontale entre deux noeuds successifs, l'incrément du pas de
temps, le coefficient de dispersion hydrodynamique et la vitesse linéaire moyenne.
Idéalement, les critères des équations 1.114 et 1.115 doivent être respectés. Mais, dans des cas
pratiques, quand on travaille sur des modelés à grande échelle avec des vitesses d'écoulement très
faibles, il n'est pas possible d'atteindre l'objectif de ces critères. On essaye dans ces cas de s'en
approcher au maximum.
Dans une analyse en 2-D, ces contraintes doivent être respectées selon les deux axes d'analyse
soit x et y.
Concernant l'espacement de la maille, il faut tenir en compte des contraintes sur les nombres de
Peclet et de Courant citées précédemment afin de déterminer la largeur et la hauteur de chaque
élément de la maille. Ainsi, en réarrangeant les équations 1.115 et 1.116 ci-dessus, on obtient :
𝐷
𝛥𝑥 ≤ 2 (1.117)
𝑣
À partir de ces équations, on constate que les deux paramètres déterminants quant à la stabilité de
la modélisation sont la vitesse d'écoulement et le coefficient de dispersion hydrodynamique.
𝛥𝑥
𝛥𝑡 ≤ 2 (1.118)
𝑣𝑥
273
En utilisant les vitesses d'écoulement obtenues avec Seep/W ainsi que les coefficients de
dispersion hydrodynamiques, on obtient les contraintes suivantes pour réaliser la modélisation
numérique: 𝛥𝑥 ≤ 3𝑚; 𝛥𝑦 ≤ 2𝑚 𝑒𝑡 𝛥𝑡 ≤ 1.45. 108 𝑠
On ne pourra cependant pas respecter les deux contraintes portant surv 𝞓x dans les modèles à
grande échelles car cela nous rapprocherait de la limite de calcul avec le logiciel.
La première simulation de la migration des chlorures est effectuée dans un modèle 40m X 22 m
où seule la couche d'argile est représentée. L'épaisseur de cette dernière est égale à l'épaisseur
maximale réelle sur le site alors que la largeur du système est, pour cette première étape, de 40 m
seulement.
Pour le modèle d'écoulement modélisé avec Seep/W, on choisit un gradient hydraulique moyen
moyen de 0.1 à travers la couche d'argile. En effet, les charges hydrauliques en haut et en bas de
la couche sont respectivement de 22 m et 19.8 m pour une épaisseur d'argile de 22 m. Comme le
montre la figure 5.21 ci-dessous, l'écoulement se fait vers le bas de la couche d'argile.
Avec le logiciel CTRAN/W, on simule de transport des chlorures. Les résultats présentés dans la
figure 5.22 montrent qu'en partant de conditions initiales de C=1 dans la couche d'argile, on
arrive à une concentration maximale de 0.5 en prenant en compte l'advection et la diffusion dans
la modélisation. Si on ne prend en compte que la diffusion, la concentration maximale dans
l'argile après 3000 ans est de 0.75 (figure 5.23). Notons que pour ce modèle, on prend des
éléments de 0.5m, la simulation est faite sur une durée de 10000 ans alors que le pas de temps
choisi est de 10 ans.
Figure 5.22: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
en prenant en compte la diffusion et l'advection
275
Figure 5.23: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas d'une diffusion seulement
En ce qui concerne l'évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans les
deux cas cités précédemment (advection et diffusion versus diffusion seulement), on constate
dans les figures 5.25 et 5.26 ci-dessous, que pour des temps identiques, les concentrations
obtenues dans le modèle où seule la diffusion est prise en considération sont plus importantes. En
effet, malgré le fait que la vitesse d'écoulement dans la couche d'argile soit très faibles, son
influence sur la migration des chlorures Cl- est importante. Dans le modèle où la vitesse
d'écoulement est prise en compte, les gouttes d'eau semblent transporter les particules (chlorures)
vers la sortie du système (vers le bas) ce qui diminue la concentration de ces dernières dans ce
système.
Dans la figure 5.24, on constate qu'avec un transport purement advectif, une particule partant de
la surface de la couche d'argile atteint la sortie en bas de la couche après 4000 ans. Ce qui
explique le fait que les ions Cl- ne se déplacent pas seulement par diffusion mais aussi par
advection dans une couche d'argile. Donc, dans un système où le gradient hydraulique est
variable, à cause notamment du changement de topographie ou de la variation de l'épaisseur de
276
l'argile, on pourrait s'attendre à voir les argiles où le gradient hydraulique est plus élevé, plus
``lessivées`` que les zones avec un moindre gradient.
Figure 5.24: Déplacement des particules (chlorures) par advection seulement en 4000 ans
25
20
Épaisseur de l'argile, m
t=0
15 1000 ans
2000 ans
10 3000 ans
4000 ans
5
7000 ans
10000 ans
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
Concentrations, g/cm3
Figure 5.25: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
40 m X 22 m (modèle advection et diffusion)
277
25
20
Épaisseur de l'argile, m
t=0
15 1000 ans
2000 ans
10 3000 ans
4000 ans
5 7000 ans
10000 ans
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
Concentrations, g/cm3
Figure 5.26: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
40 m X 22 m (modèle diffusion seulement)
24
22 10001 yrs
20
21.8
18
16
Elevation, m
14
12 21.2
10
8
20.8
6
2 20.4
0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Distance, m (x 1000)
Figure 5.27: Lignes d'écoulement dans l'argile pour le modèle 1000 m X 22 m et un gradient de
0.08
278
La deuxième modélisation est conduite sur un modèle plus étendu que le modèle précédemment.
Tout en conservant l'épaisseur réelle de l'argile, on passe d'une longueur de 40 m à 1000 m. Cela
signifie un plus grand nombre d'éléments. On passera donc d'un élément de 0.5 m pour le modèle
de 40 m à un élément de 2 m pour le modèle de 1000 m. Le pas de temps sera de 10 ans.
L'écoulement dans la couche d'argile est dirigé vers le bas (figure 5.27) avec un gradient
hydraulique moyen de 0.08 (hhaut=22m; hbas=20.24m et L=22m)
Le premier scénario utilisé pour la migration des chlorures consiste à prendre une concentration
initiale C=1 dans toute la couche d'argile. En plus de la diffusion, la vitesse d'écoulement est
prise en compte pour cette modélisation.
Les résultats de cette modélisation sont présentés dans les figures 5.28 et 5.29 ci-dessous. On
constate que plus en est proche de la surface, plus la concentration est faible (figure 5.28). On
peut expliquer cela par le fait que l'eau s'infiltrant par le surface, lessive plus rapidement les
argiles en surface que les argiles en profondeur. Cette même tendance est observée sur les 10000
ans que la simulation est conduite (figure 5.29).
Figure 5.28: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=4000 ans
(advection et diffusion)
279
25
20
Épaisseur de l'argile, m
t=0
15 1000 ans
2000 ans
10 3000 ans
5000 ans
5
7000 ans
10000 ans
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
Concentration, g/cm3
Figure 5.29: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (modèle advection et diffusion)
On a aussi tenu à vérifier la stabilité de la modélisation à travers les valeurs du nombre de Peclet
et du nombre de Courant. L'écoulement se faisant dans le sens vertical dans la couche d'argile
(figure 5.27), il suffit de vérifier ces paramètres sur l'axe des Y.
Les figures 5.30 et 5.31 ci-dessous montrent que les deux critères de stabilité sont respectés pour
cette modélisation numérique. Ces deux valeurs augmentent sensiblement vers la sortie (bas) car
dans cette zone, la vitesse est légèrement plus élevée.
280
Si on ne prend pas en compte le transport par advection, on obtient, après 4000 ans, le profil de
concentrations présenté dans la figure 5.32 ci-dessous.
Comme pour le modèle 40m X 22m, on constate que les concentrations diminuent avec la
profondeur de la couche d'argile, mais ces dernières sont supérieures quand il y a seulement une
diffusion et pas d'advection.
Figure 5.32: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=4000 ans
dans le cas d'une diffusion seulement
Le scénario suivant consiste à simuler une diffusion des ions de chlorures a partir du roc. On
prend comme conditions initiales C=1 en bas de la couche d'argile et C=0 dans toute son
épaisseur.
Qu'en prenne en compte la diffusion et l'advection (figure 5.33) ou la diffusion seulement (figure
5.34), on constate que la concentration est nulle dans la couche d'argile après 10000 ans. Ce
scénario est donc à exclure. Les chlorures sont transportées par advection en dehors du systeme et
n'ont pas le temps de diffuser dans l'argile.
282
24
22 0
20
18
16
Elevation, m
14
12
10
0 0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Distance, m (x 1000)
Figure 5.33: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
(advection et diffusion)
24
22 0
20
18
16
Elevation, m
14
12
10
0 0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Distance, m (x 1000)
Figure 5.34: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
(diffusion seulement)
283
Un autre scénario consiste à simuler une diffusion des chlorures à partir de l'argile. Pour cela, on
prend comme conditions initiales C=1 dans l'argile et C=0 dans le roc (en bas de la couche
d'argile).
Le résultat de cette simulation est présenté dans les figures 5.35 et 5.36 ci-dessous.
Figure 5.35: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas d'une diffusion à partir de l'argile vers le roc sous-jacent
25
20
Épaisseur de l'argile, m
t=0
15 1000 ans
2000 ans
10
3000 ans
5000 ans
5
7000 ans
0 10000 ans
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
Concentration, g/cm3
Figure 5.36: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (diffusion de l'argile vers le roc sous-jacent)
284
Dans cette modélisation, l'advection et la diffusion se font dans la même direction soit vers le bas
de la couche d'argile. La concentration des chlorures dans l'argile passe de C=1 à 0.75 au bas de
la couche et 0.45 en haut de la couche d'argile à t=3000 ans. Après 10000 ans, on constate que
ces concentrations passent à 0.35 en bas de la couche et 0.2 près de la surface.
Aussi, le scénario représentant la présence du Lac Lampsilis pendant 3000 ans juste après le
dépôt des argiles a été modélisé. Les conditions initiales sont C=1 dans toute la couche d'argile et
C=0 à la surface de la couche d'argile.
Les résultats de la modélisation (figures 5.37 et 5.38) montrent que la présence du Lac Lampsilis
pendant 3000 ans a engendré une dynamique des chlorures dans l'argile menant au profil de la
figure 5.37. La concentration maximale au bas de l'argile passe de C=1 à t=0 à C=0.475 alors
qu'en haut de la surface, la concentration passe de 1 à 0.025 à cause du contact avec l'eau du lac.
On remarque aussi dans la figure 5.38 que la concentration en haut de la surface d'argile (10 m à
22 m) passe rapidement de C=1 à des faibles concentrations alors qu'en bas de cette dernière, les
chlorures passent progressivement d'une concentration de 1 à 0.475.
Figure 5.37: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=3000 ans
dans le cas de la présence du Lac Lampsilis à la surface
285
25
20
Épaisseur de l'argile, m
15 t=0
600 ans
1200 ans
10
1800 ans
2400 ans
5
3000 ans
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
concentration, g/cm3
Figure 5.38: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (Lac Lampsilis à la surface)
L'analyse de la figure 5.39 attire l'attention sur le point suivant: la concentration des chlorures,
après avoir considérablement diminué après 3000 ans de la présence du Lac Lampsilis (figure
5.37), réaugmentent après la disparition de ce dernier. On peut donc penser que lors de la
présence du Lac, c'est la percolation de l'eau à partir de la surface qui était dominante et non la
diffusion. Par contre, dès la disparition de ce dernier, la diffusion est devenue le processus de
migration dominant. Dans la figure 5.40, on rmarque qu'au début de la modélisation, il y a un
important contrast de concentrations entre le haut et le bas de la couche d'argile, mais au fur et à
mesure que le temps s'écoule, cet important écart de concentration diminue.
286
Figure 5.39: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=7750 ans
(combinaison de l'épisode du Lac Lampsilis et de la phase lessivage)
25
20
t=0 de la phase 2
Épaisseur de l'argile, m
700 ans
15
1750 ans
2800 ans
10
4200 ans
4900 ans
5
6300 ans
7000 ans
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6
concentration, g/cm3
Figure 5.40: Évolution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile dans le modèle
1000 m X 22 m (combinaison de l'épisode du Lac Lampsilis et de la phase lessivage)
287
Enfin, pour montrer l'influence de la vitesse d'écoulement sur le transport des chlorures dans la
couche d'argile, on a voulu refaire la modélisation (diffusion et percolation) mais en faisant
passer le gradient hydraulique de 0.08 à 0.01. Le résultat est concluant: Après 10000 ans, la
concentration maximale diminue de 20% seulement (0.8) alors que pour un gradient hydraulique
de 0.08, la concentration maximale était de 0.48 (figure 5.28). Cela montre que malgré la faible
conductivité hydraulique des argiles, la composante advective du transport des chlorures est
importante dans la modélisation numérique.
Figure 5.41: Distribution de la concentration des chlorures dans la couche d'argile à t=10000 ans
avec un gradient hydraulique de 0.01
Maintenant que le processus de transport pour des systèmes simples est achevé, on va faire la
simulation sur le système réel. Pour cela, on va dans une première étape utiliser la toporgraghie
post-érosion puis dans un deuxième temps, utiliser la topographie actuelle. Aussi, les conditions
aux frontières du système proviennent des conditions in situ. À la surface de l'argile, on prend la
charge hydraulique égale à l'élévation du terrain alors qu'au niveau de la rivière (x=1500 m), la
charge hydraulique est égale à 5.20 m. Les résultats de cette modélisation sont présentées dans les
figures 5.42 à 5.48.
288
Figure 5.42: Distribution de la concentration des chlorures dans les couches d'argile, de till et de
roc (conditions hydrauliques réalistes)
25
20
15
10
t=0
Élévation, m
5
399 ans
0 2294 ans
-5 4687 ans
-10 6482 ans
-25
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
concentration, g/cm3
Figure 5.47: Évolution des concentrations des Cl- avec t à x=1500m de la rivière
291
25
20
15
10 t=0
Élévation, m
5 399 ans
0 2294 ans
-5 4687 ans
-10 6482 ans
-15 9075 ans
-20 9973 ans
-25
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
concentration, g/cm3
Figure 5.48: Évolution des concentrations des Cl- avec t à x=1000m de la rivière
La présence du till et du roc en plus de l'argile dans ce modèle permet de s'approcher des
conditions réelles présentes sur le site avant l'érosion. Dans la figure 5.42, on remarque que dans
le roc, la concentration diminue en se dirigeant vers la sortie (rivière). Cela peut être expliqué par
le fait que dans le roc, le transport des chlorures se fait par advection et donc, les chlorures
arrivés de l'argile et du till par percolation quittent plus rapidement le système quand on
s'approche de la rivière. Le gradient de concentration est donc perceptible selon l'axe des x dans
le roc, donc selon le sens de l'écoulement. Dans l'argile, la variation de la concentration est plus
accentuée selon l'axe des y qui est aussi le sens de l'écoulement dans l'argile.
Le nombre de Peclet selon l'axe des x (figure 5.43) et des y (figure 5.44) atteint la valeur de 10
dans l'argile et dans le roc. Par contre pour le nombre de Courant, la contrainte est respectée pour
Cy (figure 5.46). Les valeurs du nombre de Peclet (10) et de Courant(7,5) ne sont pas grandes au
292
point de créer d'importantes oscillations et influencer les résultats : les valeurs obtenues sont
acceptables, car les concentrations obtenues restent dans l'intervalle (0;1).
Dans le modèle proposé, que l'on se situe dans l'argile, le till ou le roc, la concentration des
chlorures avoisine 0 après environ 10000 ans. Cela vient renforcer l'hypothèse qu'on a émise plus
tôt et qui stipulait que la période avant érosion n'a pas duré 10000 ans mais elle a duré 6000 ans
environ en incluant l'épisode du Lac Lipsilis, car actuellement, la concentration dans le roc près
de la rivière n'est pas de 0, mais à environ 20% de la concentration initiale.
La dernière modélisation est faite sur le modèle réaliste actuel, qui prend en compte la
topographie de la région et où, et comme on l‟aperçoit dans la figure 5.49 ci-dessous, les
conditions hydrogéologiques différentes de ce qui a été constaté dans les simulations précédentes.
En effet, cette zone, qui se situe entre les forages FP-06-02R et FP-07-04R, est une zone où
l‟écoulement se fait dans les deux sens dans l‟argile : toute goutte d‟eau qui s‟infiltre dans l‟argile
entre les points de coordonnées 1000 m et 2500 m (figure 5.49) finit par remonter entre les points
25550 m et 4000 m. Mais, comment ces conditions hydrogéologiques influencent-elles le
transport des chlorures ?
La condition initiale pour la modélisation de la migration des chlorures est C=1 dans l‟argile, le
till et le roc, la sortie du système se situe au niveau du till et du roc. Les résultats obtenus sont
présentés dans les figures 5.49 à 5.54 ci-dessous.
293
Après une période de 2300 ans, le profil des concentrations obtenu est présenté dans la figure
5.50 ci-dessus.
Dans le roc, on constate que la concentration diminue quand X augmente. Plus on se dirige vers
la sortie du système, moins la concentration en chlorures est importante. Dans l‟argile, il semble
que le sens d‟écoulement de l‟eau n‟influence pas le profil des concentrations. Seule la
topographie modifie le profil au niveau du forage FP-06-02R. Donc il apparait que dans cette
zone, la diffusion est le processus de transport dominant dans l‟argile. On constate aussi d‟après
les figures 5.51 à 5.54 que tous que les conditions de stabilité portant sur la le nombre de Peclet
et le nombre de Courant sont respectées. En effet, le nombre de Peclet selon x ne dépasse pas la
valeur 1,4 alors que dans le sens des y, le nombre de Peclet atteint une valeur maximale de 4 à
l‟interface till/roc. Pour le nombre de Courant, cette valeur ne dépasse pas 0,22. On remarque
aussi sur les figures 5.55 et 5.56 que la proximité de la sortie a une influence sur la concentration
des chlorures. Plus on est proche de la sortie moins la concentration dans le roc est importante.
Cela a été constaté sur le terrain : la concentration des chlorures dans le roc diminuait au fur et à
mesure qu‟on se dirigeait vers le Sud et donc vers la rivière des Mille-Îles.
25
20
15
10 t=0
400 ans
Élévation, m
5
1000 ans
0 1700 ans
2900 ans
-5
6701 ans
-10 8701 ans
-20
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
concentration, g/cm3
Figure 5.55 : Évolution des concentrations des chlorures avec le temps à x=1500m de la sortie
pour le modelé réaliste
300
15
10
5
t=0
400 ans
Élévation, m
0
1000 ans
-5 1700 ans
2900 ans
-10 6701 ans
8701 ans
-15 10000 ans
-20
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
concentration, g/cm3
Figure 5.56 : Évolution des concentrations des chlorures avec le temps à x=1000m de la sortie
pour le modelé réaliste
Si on ne prend pas compte la vitesse d'écoulement de l'eau dans l'argile, le till et le roc, donc en
ne tenant pas compte l'advection mais seulement la diffusion, on obtient le profil de
concentration ci-dessous:
301
Figure 5.57: Profil des concentrations pour le modèle réel sans prendre en compte l'advection
302
D'après les résultats de la modélisation, on constate que dans le roc, la concentration reste
constante à C=1. Ce qui est normal car la vitesse d'écoulement dans le roc est nulle et la
diffusion n'est pas importante dans le roc vu le faible de coefficient de diffusion. Par contre,
dans l'argile, on constate que le processus de diffusion se produit mais est différent de ce qu'on
constate dans le modèle qui tient en compte l'advection (figure 5-50).
La simulation de l‟évolution des concentrations avec le temps dans les forages du site 02 et 04
est présentée dans les figures 5-58 et 5-59.
25
20
15
10
t=0
Élévation, m
5
1000 ans
0 3000 ans
5000 ans
-5
7000 ans
-10
10000 ans
-15
-20
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
concentration, g/cm3
Figure 5.58: Évolution des concentrations des chlorures avec le temps au forage 02R
303
15
10
t=0
Élévation, m
0
1000 ans
-5 3000 ans
5000 ans
-10 7000 ans
10000 ans
-15
-20
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
concentration, g/cm3
Figure 5.59: Évolution des concentrations des chlorures avec le temps au forge 04R
La concentration des chlorures diminue plus rapidement dans la couche d'argile dans le site 04
en comparant avec le site 02 alors que dans le roc, la concentration reste constante.
La comparaison des profils obtenus avec les deux modèles présentés précédemment (diffusion
seulement et diffusion avec advection) et les résultats obtenus in situ (figure 5.60) montre que le
modèle qui prend en compte les processus de diffusion et d'advection est le plus adéquat pour
décrire les mécanismes permettant le transport des chlorures. En effet, la concentration des
chlorures dans le roc est plus élevée que dans l'argile et diminue tout au long du chemin
d'écoulement dans le roc. Dans l'argile, on remarque dans la figure (5.60) ci-dessous que les
concentrations de l'eau interstitielles sont rapprochées aux mêmes profondeurs d'échantillonnage
dans les différents sites. Dans les modélisations numériques, ce constat est fait au niveau du
modèle qui prend en compte la diffusion et l'advection. Dans le modèle qui ne prend en compte
que la diffusion, la concentration des chlorures diminue quand on se dirige vers le sud (du site
02 vers le site 04).
304
25
20
15
10
Élévation, m
5 FP-06-02R
0 FP-06-01R
FP-07-04R
-5
-10
-15
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Cl-/Cl- eau de mer
Figure 5.60: Évolution des concentrations des chlorures dans l'argile et le roc par rapport à la
profondeur dans les forages FP-06-02R, FP-06-01R et FP-07-04R
Tableau 5.3 : Les différents cas utilisés lors de la modélisation de la migration des chlorures
Dim. du
système Matériaux Gradient/modèle
(m X m)
argile
40 X 22 seulement 0,1/simpliste
argile
1000 X 22 seulement 0,08/simpliste
argile
1000 X 22 seulement 0,08/simpliste
argile
1000 X 22 seulement 0,01/simpliste
1500 X 22 argile, till et roc in situ/simpliste
2500 X 22 argile, till et roc in situ/réaliste
305
Cette thèse a comme objectif principal d‟aider à comprendre les conditions d‟écoulement des
eaux souterraines dans les argiles Champlain de la région de Lachenaie ainsi que les
mouvements des chlorures (Cl-) dans cette formation géologique.
Comme indiqué dans le chapitre 1, la résolution de la problématique traitée passe par plusieurs
étapes et notamment par la caractérisation géotechnique et hydraulique de la couche d‟argile, par
l‟extraction et l‟analyse de l‟eau interstitielle dans l‟argile, l‟échantillonnage et l‟analyse de
l‟eau dans le roc et la modélisation numérique. Dans ce dernier chapitre, on tentera d‟exposer et
d‟analyser les principaux résultats obtenus.
retrouve des phyllosilicates (chlorites à 15% et muscovite à 9%) et des argiles potassiques
(illite). Des investigations ont aussi été conduites au niveau du roc. Il contient 30% à 40% de
quartz, 10% à 15% de plagioclase albite. Par contre, on note l‟absence de feldspath potassique
alors que les chlorites sont présentes dans les mêmes proportions que dans les argiles.
L‟analyse granulométrique montre que la fraction inférieure à 2 μm dans les argiles Champlain
est en moyenne de 63% (varie entre 52% et 73%). Cette valeur est conforme aux valeurs
trouvées par Leroueil (1983) pour les argiles Champlain se situant à proximité du Bouclier
Canadien. Aussi, on a constaté que cette fraction argileuse varie par rapport de l‟élévation +5m.
En effet, à des élévations supérieures à cette ligne (+5m), la fraction argileuse inférieure à 2 μm
varie entre 68% et 73% alors qu‟en dessous de cette dernière, les valeurs varient entre 50% et
60%.
Les limites de liquidité et de plasticité se situent respectivement entre 50% et 75% et 19% et
27% pour la centaine d‟échantillons testés. Les limites de liquidité varient aussi par rapport à
l‟élévation +5m. Ces valeurs sont plus élevées en dessus de cette élévation. La variation des
propriétés des argiles (granulométries et limites de liquidité) par rapport à l‟élévation 5m
confirme ce qui a déjà été avancé par le rapport de GSI Environnement (2003), où il a été
constaté la présence de deux couches d‟argiles dont les extrémités se situent à l‟élévation +5m.
Les valeurs des limites d‟Atterberg sont caractéristiques des argiles de l‟Est du Canada (Leroueil
1983). L‟indice de plasticité varie entre 60% et 120% avec une moyenne de 87%. La densité
relative des grains quant à elle varie entre 2,7 et 2,8 pour l‟ensemble des échantillons.
Les essais de consolidation réalisés sur oedomètres ont montré que les pressions de
préconsolidation ζ‟p, les rapports de surconsolidation (OCR) et les résistances au cisaillement ne
sont pas typiques des argiles Champlain. Les pressions de préconsolidation ζ‟p, qui pour la
majorité des argiles de l‟est du Canada ne dépassent pas les 300 kPa, atteignent jusqu‟à 580 kPa
dans les argiles testées. Aussi, les résistances au cisaillement et les rapports de surconsolidation
(OCR) atteignent respectivement les valeurs de 120 kPa et 10 alors que les OCR des argiles de
l‟East du Canada se situent selon Leroueil (1983) entre 1,2 et 1,5. Ces argiles sont donc
fortement surconsolidées. Quoique ces pressions de préconsolidation ζ‟p soient élevées, ce
phénomène n‟est pas unique et a déjà été constaté dans l‟est du Canada. En effet, Bouchard et al.
(1983), Massiera (1969) et Demers et Leroueil (2002) ont constaté des pressions de
préconsolidation atteignant 1000 kPa dans la vallée du Saguenay et 500 kPa à proximité du
barrage de la rivière des Outardes et à Shawinigan. Certaines études et notamment celles de
307
Bjerrum (1967), Loiselle et al. (1971), Bouchard et al. (1983) et Quigley (1980) ont expliqué ce
phénomène par la consolidation secondaire des argiles, la cimentation et les processus physico-
chimiques reliés à la salinité élevée de l‟eau interstitielle, à l‟érosion ou à l‟avancée du lobe
glaciaire. Toutefois, la théorie de Loiselle et al. (1971) peut être discutée dans notre cas car sur
le site 08, les faibles salinités (1 g /L) n‟a pas empêché de constater une pression de
préconsolidation élevée de 410 kPa. Le cas contraire a été constaté à Yamaska et à Louiseville :
Lefebvre et Grondin (1978) ont constaté que les argiles étaient normalement consolidées malgré
le fait que l‟eau interstitielle soit salée (9 g /L). L‟érosion d‟une couche de sédiments ayant
recouvert la couche d‟argile reste toutefois une théorie plausible dans la région de Lachenaie car
la topographie dans la zone est irrégulière : en effet, l‟élévation du terrain varie de plus de 15m
sur moins de 4000m ce qui laisse à présager qu‟une érosion s‟est produite dans la région, mais il
reste difficile de déterminer son ampleur et sa durée.
Enfin, les essais œdométriques ont permis de déterminer la porosité des argiles. En effet, sur 80
essais de consolidation, la porosité varie entre 0,45 et 0,66 avec une porosité moyenne d‟environ
0,60.
Le gradient hydraulique vertical dans chaque site a été déterminé, en relevant les charges
piézométriques dans les piézomètres installés dans le haut et le bas de la couche d‟argile. La
porosité ainsi que la conductivité hydraulique ont été déterminées au laboratoire.
En analysant les conditions actuelles sur le site (Tableau 6-1), on constate que la vitesse
d‟écoulement verticale dans la couche d‟argile ainsi que le sens d‟écoulement varient d‟un site à
l‟autre. Le gradient hydraulique est élevé à proximité de la rivière où d‟une part, la couche
d‟argile est moins épaisse par rapport aux autres sites et d‟autre part, la différence de charges y
est importante à cause de la présence de la rivière ainsi que la dénivellation. Si les conditions
d‟écoulement étaient stables pendant les 10000 dernières années, une goutte d‟eau infiltrée par la
surface de l‟argile aurait parcouru le chemin surface de l‟argile/rivière environ 14 fois en
traversant respectivement les couches d‟argile, de till et roc.
Sur le site 4, le relevé des charges dans l‟argile ainsi que le calcul du gradient hydraulique
confirme l‟écoulement ascendant de l‟eau. Néanmoins, la vitesse d‟écoulement ne dépasse pas
17 m par 10000 ans. Pour les autres sites, on constate des gradients identiques sur les sites 3 et 1
avec de très faibles vitesses d‟écoulement (5 m/10000 ans) alors que sur le site 2, la vitesse est
plus grande mais reste toutefois très faible.
309
Tableau 6.1: Gradients hydrauliques et vitesses d'écoulement dans la couche d‟argile pour le
modèle actuel
La modélisation des écoulements avant l‟érosion de l‟argile avec le Logiciel Seep/W a permis
d‟obtenir les résultats présentés dans le tableau 6-2 ci-dessous.
Tableau 6.2: Gradients hydrauliques et vitesses d'écoulement dans l'argile pour le modèle post
érosion
Enfin, le point commun entre les deux cas (avant et après érosion) réside dans le fait que
l‟écoulement dans la couche d‟argile est très lent. En effet, à l‟exception des zones se situant à
quelques dizaines de mètres de la zone de décharge, les écoulements sont très lents dans la
couche d‟argile. Par contre, un écoulement est constaté pour tous les gradients allant de 0,005 à
0,7 ce qui vient encore démentir l‟hypothèse de gradient critique ou seuil émise dans les années
1980 par certains auteurs et notamment par Tavenas et al. (1983) qui, pour des argiles de
Matagami ont supposé un gradient seuil de 0.07.
Dans l‟argile, l‟échantillonnage de l‟eau dans les piézomètres n‟est pas recommandé, voire
déconseillé. D`une part, on a relevé plusieurs problèmes reliés à l‟échantillonnage de l‟eau dans
les piézomètres dans l‟argile, d‟autre part, il est antiéconomique de placer des piézomètres tous
les mètres en allant de la surface au fond de la couche d‟argile quand l‟épaisseur de cette
dernière atteint 20 m par exemple.
L‟échantillonnage de l‟eau dans la couche d‟argile ne permet pas d‟obtenir des échantillons
d‟eau représentatifs du milieu. Tout d‟abord, la faible conductivité hydraulique des argiles (10-9
m/s) fait que le renouvellement et la circulation de l‟eau dans les piézomètres sont très lents.
Cela rend d‟une part les quantités d‟eau disponibles peu abondantes surtout qu‟on évite
d‟assécher les piézomètres pour ne pas fracturer l‟argile, d‟autre part, cela nécessite beaucoup de
temps pour pouvoir obtenir des volumes d‟eau à échantillonner.
Avant d‟échantillonner l‟eau souterraine, il est impératif que certains paramètres et notamment,
le pH, la conductivité électrique (salinité) et température soient stables et constants dans toute la
colonne d‟eau dans le piézomètre. Vu que l‟eau se régénère très lentement, ces paramètres sont
variables dans la colonne d‟eau surtout quand la salinité des eaux est élevée. En effet, grâce à
une sonde (pH, salinité et température), on a suivi l‟évolution de ces trois paramètres par
rapport à la profondeur de l‟eau dans le piézomètre. Les résultats sont concluants : la salinité et
311
Pour toutes ces raisons, on déconseille fortement l‟échantillonnage direct dans les piézomètres
installés dans la couche d‟argile et on recommande de recueillir des échantillons d‟eau par
extraction à partir d‟échantillons d‟argile intacte.
La mise au point de ces deux dispositifs a permis de constater que jusqu‟à 800 kPa, la pression
d‟extraction n‟influence pas la chimie de l‟eau extraite. À partir de cette pression, on constate
que mis à part pour les chlorures, la concentration de tous les autres ions ainsi que le pH de l‟eau
changent avec la pression. Cela peut avoir différentes explications : Les conditions
thermodynamiques peuvent changer. Aussi, dans le dispositif à haute pression, on manipule une
argile remaniée: cela engendre la destruction de liaisons et la création de nouvelles ce qui peut
aussi expliquer le changement de la chimie de l‟eau. Enfin, la consolidation de l‟argile engendre
la diminution de la porosité. On peut donc présumer que certains ions, et notamment ceux avec
des grands rayons ioniques, ont moins de mobilité que pendant la phase post consolidation. La
consolidation engendre aussi une cémentation qui peut aussi être responsable de ces variations
de concentration avec la pression d‟extraction.
On a donc utilisé le dispositif à ``basses pressions`` avec une pression d‟extraction maximale de
800 kPa. La procédure de préparation de l‟échantillon et l‟extraction peut être résumée de la
manière suivante:
réaliser l'ensemble des analyses soit les analyses des ions majeurs, des isotopes deutérium, 18O et
carbone 14.
Le cylindre d'argile est déposé sur une surface préalablement nettoyée et est coupé avec
un fil (désinfecté) en acier en tranches d'environ 1 cm d'épaisseur.
Pendant toutes ces étapes, le manipulateur doit porter des gants et éviter de contaminer
l'échantillon d'argile
Sur une cellule d'extraction dont toutes les composantes ont été nettoyées, on empile les
tranches d‟argile (figure 3.7) préalablement découpées en les séparant par un papier filtre dont le
diamètre est égal au diamètre de la tranche d'argile. Deux papiers filtres sont aussi placés aux
deux extrémités de l'échantillon. Ces papiers filtres qui séparent les tranches serviront, une fois
la pression exercée, à drainer verticalement l'eau expulsée par chaque échantillon.
Une fois que toutes les tranches d'argile ainsi que les papiers filtres ont été agencés et
placés, on enveloppe le cylindre d'argile dans une feuille de papier filtre. Cette dernière
permettra de drainer les eaux interstitielles vers le bas de l'extracteur et donc vers la sortie.
L'ensemble est ensuite inséré dans une membrane dont la longueur est supérieure de 4 à
5cm à la longueur de l'échantillon d'argile. Ce surplus permettra de placer les joints (o-rings)
pour fixer la membrane sur la tête et la base de la cellule et empêcher alors le passage de l'eau
dans la cellule d'extraction à l'échantillon.
La cellule est ensuite fermée, remplie d'eau et le connecteur de pression est placé.
Notons que la sortie est connectée à une éprouvette en verre stérilisé et mise sous vide
avec un tube et une seringue.
Aussi, les premiers 10 mL d'eau interstitielle récupérés ne sont pas utilisés pour les
analyses.
Dans le roc, l‟échantillonnage de l‟eau souterraine se fait directement dans les piézomètres. Une
fois purgés, le suivi de l‟évolution du pH et de la salinité dans la colonne d‟eau dans le
313
piézomètre a démontré que ces derniers ne variaient pas avec la profondeur d‟eau. Les mêmes
valeurs sont constatées près de la surface de l‟eau et dans la crépine. La norme ASTM D 6771
donne un descriptif détaillé de la méthode de purge suivie dans ce projet. On va toutefois
présenter un certain nombre de recommandations et de constats observés lors de nos campagnes
d‟échantillonnage.
L‟objectif de la purge est d‟obtenir un échantillon d‟eau souterraine dont les caractéristiques
sont identiques à l‟eau souterraine circulant dans le roc. L‟eau échantillonnée ne doit en aucun
cas être altérée par des facteurs causés par les opérations de forage ou par l‟installation des
piézomètres. Parmi ces facteurs figurent l‟augmentation du pH de l‟eau provoqué par le contact
de l‟eau avec le ciment échappé pendant la construction du piézomètre, l‟apparition de métaux
dont l‟origine provient de la bentonite ayant servi au scellement du piézomètre ou une
augmentation de la turbidité causée par la nature même de l‟argile.
On suppose tout d‟abord que le nettoyage des piézomètres, ainsi que le développement de ces
derniers ont été correctement effectués. Cela est nécessaire afin d‟extraire toute l‟eau de forage
ainsi que les particules en suspension dont l‟origine est autre que la formation géologique à
échantillonner. Par exemple, on peut rencontrer des particules d‟argile qui se sont déposées au
fond du piézomètre à la suite des opérations de forage. Aussi, on considère que le scellement du
piézomètre empêche toute infiltration d‟eaux à partir de la surface ou des formations
géologiques adjacentes.
Utiliser un tubage dédié à chaque puits pour la purge et l‟échantillonnage. Cela diminue
considérablement les risques de contamination.
Éviter d‟utiliser des ``bailers`` ou des pompes à vessie pour ne pas perturber l‟équilibre
dans la colonne d‟eau dans le piézomètre et augmenter la turbidité dans la colonne d'eau dans le
piézomètre. La filtration de l'eau pour enlever la turbidité peut altérer la chimie de l'eau (Puls et
al. 1992; Heidlauf et Bartlett, 1993). On recommande l‟usage d‟une pompe péristaltique. Le
plus gros atout de ce type de pompe est que le seul élément de la pompe en contact avec
le produit pompé est l'intérieur du tube. Ce qui permet de déplacer l‟eau sans risque
de contamination en plus de la grande précision de débit qu‟on peut obtenir.
La pompe utilisée doit être capable de fournir des débits constants et faibles (souvent
inférieur à 1L/min)
314
Il n‟y a pas de volumes d‟eau recommandé à extraire pour purger un piézomètre. Cela
dépend de la conductivité hydraulique, du degré de fracture du roc, du volume d‟eau injecté
pendant le forage,…
Dans les zones froides, il est préférable d‟éviter les périodes de gel et de dégel pour
purger et échantillonner les eaux souterraines.
Les profils de concentrations des ions majeurs dans l'argile et dans le roc montrent clairement
que les concentrations des ions Na+, Cl- augmentent considérablement en fonction de la
profondeur et continuent à augmenter dans l'eau dans le roc où on retrouve des concentrations se
situant entre 35% et 50% dans les sites dont la couche d'argile est épaisse et entre 10% et 20%
dans les sites où l'argile a été lessivée par l'apport de l'eau douce infiltrée par la surface. Le
rapport Cl/Na reste constant dans toutes les eaux analysées qu‟elles proviennent des
piézomètres dans le roc ou de l‟eau interstitielle d‟argile. Il est proche du ratio 1.2 trouvé dans
l'eau de mer. Cela laisse à penser qu'une partie de l'eau interstitielle dans l'argile et l'eau dans le
roc proviendrait de l'eau salée de la mer de Champlain.
Un autre indice qui confirme la présence d'eaux d'origines marines est les teneurs en ions iodures
et bromures dans les eaux échantillonnées. L'iode entre dans l'atmosphère via l'évaporation de
l'eau de mer et est distribué à la surface du globe par l'eau de pluie. La concentration des iodures
augmente aussi avec la profondeur de l'argile et dans le roc. Cela laisse penser que les eaux de
pluie s'infiltrant par la surface diluent les concentrations d'iodures dans les horizons superficiels
de l'argile.
Un dernier outil qui permet cette fois de confirmer l'origine marine des eaux interstitielles dans
l'argile et dans le roc est le rapport Br-/Cl-. Ces deux ions étant non réactifs, ils ne se sont pas
altérés par les diverses réactions produites depuis 10000 ans. Le ratio Br/Cl dans les eaux
analysées, proche du ratio dans les eaux de mer, permet d'écarter l'hypothèse que les chlorures
316
proviennent de la dissolution d'halites. Les seules sources possibles sont l'eau de mer ou l'eau de
pluie infiltrée dans le sol. Pour les ions Mg2+ et K+, la concentration augmente avec la
profondeur dans l'argile. Par contre, elle diminue dans le roc.
L'objectif principal du projet étant d'expliquer les mouvements des chlorures depuis la formation
des argiles et le retrait de la mer Champlain il y a de cela 10000 ans BP, il faut donc donner une
chronologie des événements et processus ayant eu lieu durant toute cette période.
Juste après le retrait de la mer Champlain, la région a été envahie par le lac Lampsilis, un grand
lac d'eau douce (Elson 1988), qui a persisté pendant environ 3000 ans. La présence de cette
masse d'eau douce à la surface de la couche d'argile a d'une part enclenché le processus de
diffusion des ions depuis la couche d'argile vers la surface, et donc vers les eaux douces du lac.
D'autre part, et selon le sens du gradient hydraulique présent à l'époque, et qu'on ne peut
malheureusement pas évaluer, il y aurait eu infiltration de ces eaux douces du lac dans les argiles
Champlain ou sortie des eaux interstitielles dans l'argile vers le lac: il se peut aussi que ces deux
processus se soient produits car les gradients hydrauliques ont du s'inverser par moments.
Comme on a pu le constater dans la modélisation numérique avec Seep/w, l'érosion est un des
facteurs responsables de l'inversion du gradient hydraulique.
Les bicarbonates sont aussi un important paramètre à analyser. Les concentrations des HCO 3-
sont plus élevées dans les eaux interstitielles et dans les eaux dans le roc que dans les eaux de
mer. Au même temps, les sulfates SO42- sont très faibles par rapport aux eaux de mer, voir même
quasi absentes, dans certains cas car leurs concentrations étaient inférieures à la limite de
détection du laboratoire.
D'après les études menées par Desaulniers et Cherry (1988), ces deux phénomènes (production
de bicarbonates et faibles concentrations de sulfates) seraient liées. En effet, les faibles
concentrations en sulfates sont causées par leur réduction par des bactéries sulfato-réductrices
qui consomment la matière organique emprisonnée dans l'argile. La réaction engendre une
production de bicarbonates selon l`équation proposée par Stumm et Morgan (1979):
1 1 ∆ 3
2𝐶𝐻2 𝑂 + 𝑆𝑂42−+2 𝐶𝑎𝐶𝑂3 + 4 𝐶𝑎𝑀𝑔(𝐶𝑂3 )2 3𝐻𝐶𝑂3− + 4 𝐶𝑎2+ +
(1.119)
1 2+ −
𝑀𝑔 + 𝐻𝑆
4
Les sulfates, principaux réactants dans l'équation (1.119) ci-dessus, peuvent provenir du
mélange de l'eau de mer avec de l'eau douce (Appelo et Postma 2005).
Cette production de bicarbonates peut être aussi causée par plusieurs facteurs: Réginensi (2009)
a montré à l'aide d'essais de lessivage réalisés au laboratoire, sur les mêmes argiles Champlain
étudiées dans cette thèse, une production de HCO3- au fur et à mesure que le lessivage des
argiles se faisait. Ce constat permet d'expliquer partiellement le taux important de bicarbonates
dans les eaux interstitielles d'argile. On s'attend donc à une augmentation de ces concentrations
avec le temps et surtout dans les zones où la couche d'argile est mince et/ou le gradient
hydraulique est élevé car le lessivage de la couche y sera plus fréquent. Une autre explication
est donnée par Domenico et Schwartz (1998): la production des bicarbonates peut être causée
par des réactions de réduction et notamment par méthanogènes bactérienne ou par la
décarboxylation abiotique. Ce qui est surement le cas dans la région de Lachenaie où plusieurs
recherches ont confirmé la présence de plusieurs poches de méthane. Cela fut aussi constaté par
les foreurs lors de la réalisation des forages pour le projet.
La réduction des sulfates conduit quant à elle à la formation de monosulfures de fer métastables
(Donovan et Lajoie, 1979) qui se transforment en pyrite ce qui expliquerait les taches noires
apparues sur certains échantillons d'argile et qui finissent par se transformer en hydroxydes de
fer. Il faut donc porter une attention particulière à ce phénomène car les résultats des analyses
d'eau interstitielle pourraient sérieusement être biaisées si la couche d'argile oxydée n'est pas
retirée avant l'extraction.
anciennes et l'emplacement des eaux modernes. Le profil de δ18O dans la couche d'argile et dans
le roc montre que ces valeurs sont presque constantes dans toute la couche d'argile et dans le roc
et ne sont pas influencées par l'épaisseur de la couche d'argile. Elles varient entre -11‰ et -
8.5‰. Cela montre que les eaux contenues dans l'argile et circulant dans le roc ont toutes la
même origine. Enfin, il apparait que l‟origine de l‟eau provient de 3 différentes sources. D‟après
la figure 4.91, quand on trace la salinité (TDS) versus δ18O, on constate que les points de l‟eau
interstitielle se situent en dessous de la ligne de mélange des eaux de mer et de fonte de neiges
(Hillaire-Marcel, 1988). Donc, on conclut qu‟il existe une troisième source d‟eau, en plus des
eaux de mer et des eaux de fonte de glaciers, qui dans notre cas ne peut être que les eaux de
précipitation. Cela a aussi été confirmé par Woodley (1996) pour des argiles Champlain.
18
La méthode utilisant les isotopes O et 2H ne permet pas d'obtenir les âges des eaux
souterraines. On a donc du utiliser la méthode de datation directe avec le carbone-14.
La datation des eaux souterraines dans l'argile et le roc montre que ces eaux sont très anciennes
(jusqu'à 30000 B.P dans le roc). Il apparait aussi que dans le roc, l'eau est plus jeune quand on se
rapproche de la rivière des Mille-Îles vers le Sud, c'est à dire, quand la couche d'argile est plus
mince. Cela est sans doute dû au fait que dans ces zones, les eaux de surface s'infiltrent dans
l'argile et atteignent plus rapidement le roc que dans les zones dont l'épaisseur d'argile est
supérieure. L'eau dans le roc est alors diluée et son âge apparent est diminué.
Le problème avec cette méthode réside dans le fait que cette dernière se base sur la
concentration de carbone inorganique. Or, celle-ci est faussée par la production biotique de
bicarbonates au fur et à mesure de la progression du lessivage des argiles (Reginensi 2009) et de
la consommation des sulfates. C'est pour cela que des études bactériologiques et géochimiques
devraient être réalisées afin de déterminer l'influence de la concentration en HCO3 sur l‟âge
obtenu.
L'analyse du modèle d'écoulement actuel permet de subdiviser la région en deux zones: une zone
où les eaux infiltrées remontent vers la surface et une deuxième zone où les gouttes d'eau
infiltrées par la surface finissent leur course à la rivière des Mille-Îles via le roc. Les fluctuations
du niveau de la rivière n'influence pas les conditions hydrogéologiques de la zone d'études.
L'écoulement dans la couche d'argile est certes lent mais non négligeable, car d'importants
volumes d'eau, estimés à 1.34.104 m3/an (sur 7 km environ), transitent chaque année par la
couche d'argile pour rejoindre le till et le roc sous-jacents. La carte piézométrique, réalisée à
partir du suivi des fluctuations des niveaux d'eau dans un réseau de piézomètres installés dans le
roc et dans le till, permet de s'apercevoir de l'existence de deux lignes de partage des eaux au
niveau du site de BFI-Lachenaie. Il est à noter que les niveaux piézométriques sur le site
d'enfouissement sont fortement influencés par les activités d'excavation de cellules dans l'argile
et par le remplissage de ces dernières par des déchets de plusieurs natures.
Le calage des résultats obtenus avec la modélisation numérique avec les données obtenues in
situ n'est pas possible. Pour cause, la méconnaissance de l'épisode d'érosion et le passage d'une
topographie plate dans la région de Lachenaie vers la topographie actuelle caractérisée par
d'importantes dénivellations. Par contre, l'évolution des concentrations des chlorures dans le roc
et dans l'argile en utilisant différents scénario et hypothèses rend l'option ``diffusion et
advection`` l'unique option pour justifier l'évolution des concentrations depuis leur état initial au
profil actuel. Les différents épisodes qu'a connu la région de Lachenaie et notamment, le retrait
de la mer Champlain, l'apparition et la disparition du lac Lampsilis et l'érosion de l'argile rendent
le calage de ce modèle difficile. D'autant plus que tous ces épisodes ne sont pas précis dans le
temps et ne sont pas décrits avec précision dans la littérature. On a toutefois pu expliquer, dans
un ordre chronologique, la succession des processus qui ont contrôlé la migration des chlorures.
320
Les argiles se sont déposées dans un milieu marin caractérisé par une salinité évaluée à 27‰.
L'eau salée et riche en NaCl, est restée emprisonnée dans l'argile, le till et dans le roc. Juste après
le retrait de la mer Champlain, la région a connu l'apparition du Lac Lampsilsis (Elson 1988)
puis sa disparition après 3000 ans. Pendant cette durée, les chlorures ont diffusé vers les eaux
douces du lac. Au même moment, les eaux du lac se sont infiltrées dans l'argile provoquant une
légère dilution de la concentration des chlorures en haut de la couche d'argile. Avec la
disparition du Lac, les processus de diffusion et d'advection continuent d'une part, à cause du
contraste de concentrations et d'autre part, à cause de l'infiltration des eaux de pluie et de fontes
des neiges. Le processus d'advection a été influencé par le changement des conditions
hydrogéologiques dans la région causé par l'évolution de la topographie dans la région.
321
CONCLUSIONS
Au delà de l'atteinte des objectifs techniques du projet, cette thèse a été l'occasion de démontrer
que l'utilisation de méthodes intégrées faisant appel à plusieurs disciplines (hydrogéologie,
géotechnique, géochimie, géologie,...) et spécialités, donnait une vision plus globale de certaines
problématiques et évitait d'aborder les problèmes selon des approches standards et conservatrices.
La modélisation numérique a été une importante valeur ajoutée, qui a permis de vérifier plusieurs
hypothèses émises au début du projet et surtout, elle a permis de comprendre ce qui s'est passé
depuis 10000 ans et se projeter dans le futur pour prédire la suite de l'évolution des choses.
Les résultats de cette thèse vont permettre aux ingénieurs et concepteurs d'ouvrages de génie
civil, travaillant avec des argiles Champlain, de mieux comprendre les conditions d'écoulement
des eaux souterraines et de la migration des chlorures dans les argiles Champlain. En plus, ces
résultats permettront de fournir des éléments de réponse à la problématique des eaux salées et
impropres à la consommation présentes dans le roc dans le secteur de Lachenaie. Les populations
pourront comprendre maintenant que la salinité de leur eau, est causée par un héritage géologique
et non par la contamination par l'activité humaine.
Toutefois, cette thèse pourra être le point de départ de plusieurs autres projets qui traiteront en
profondeur des problématiques auxquelles cette thèse n'a donné que des réponses partielles et
notamment dans le domaine de la géochimie et l'étude bactériologique des eaux souterraines et de
l'eau interstitielles. Aussi, un modèle numérique en 3-D permettra de mieux comprendre
l'ensemble des phénomènes étudiés mais cette fois, à une plus grande échelle. Des améliorations
et des nouvelles procédures pourront être apportées aux méthodes décrites et utilisées dans cette
thèse. On propose de:
Effectuer des analyses de Tritium 3H. Le tritium est le seul traceur qui fait partie de la
molécule d'eau. La présence de ce dernier est une preuve que l'eau analysée est d'origine
322
Échantillonner l'argile avec des méthodes évitant toute contamination afin de pouvoir
effectuer des analyses bactériologiques.
Conduire plus d'essais pour mieux connaitre les propriétés du roc et du till
Échantillonner l'eau souterraine dans les puits des particuliers dans la région
Installer une dizaine de piézomètres afin de densifier le réseau actuel et éviter de faire
beaucoup d'interpolations quand on réalise la carte piézométrique.
Toutes ces modifications permettront, sans doute, de prospecter des nouvelles voies et d'apporter
d'importantes contributions à ce sujet.
323
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9,91 12,01 1300 45 30 68 -- 7,5 -- 1600 130 690 690 2,0 -- 0,81 -- -- -- -73,7 -10,17
11,4
10,49 1650 51,5 26 61,5 -- 8,0 -- 2000 15 705 670 3,7 3,5 0,84 0,0019 80 17,5 -36,63 -5,1
3
14,4
7,44 2050 63,5 36 86 -- 8,3 -- 2900 26 905 830 4,5 9 0,71 0,0030 190 46 -75,05 -10,1
8
16,0
5,92 2200 75 40 110 -- 8,0 -- 3000 36 950 -- 2,8 -- 0,73 -- -- -- -74,3 -10,03
1
19,3
2,53 2800 100 54 180 -- 7,1 -- 4600 13 530 -- 5,7 -- 0,61 -- -- -- -74,3 -9,83
9
21,6
0,24 3000 99 55 190 -- 8,0 -- 4800 21 1200 -- 7,1 -- 0,63 -- -- -- -71,7 -9,87
8
22,4
-0,48 3300 100 55 200 -- 7,6 -- 5100 25 1200 1100 6,1 -- 0,65 -- -- -- -71,1 -9,21
0
23,9
-2,04 3100 110 49 210 -- 7,8 -- 4500 93 1200 -- 7,5 -- 0,69 -- -- -- -73,0 -9,70
6
Puits 29 -7,08 5200 53 260 157 15,6 7,4 -- 9833 6,1 1167 1167 5,8 39 0,54 0,0035 260 17 -85,55 -11,975
8,36 12,29 2000 68 60 150 -- 7,2 -- 3600 35 730 720 3,4 -- 0,56 -- -- -- -74,4 -9,97
11,3
9,27 3000 96 79 240 -- 7,7 -- 5600 21 830 830 5,2 -- 0,54 -- -70 -9,68
8
12,9
7,75 3600 115 83 245 -- 7,8 -- 5500 23 745 745 5,2 18 0,73 0,0036 160 43 -68,7 -9,65
0
14,4
6,22 3500 120 88 280 -- 8,0 -- 6400 74 840 840 6,8 -- 0,55 -- -- -- -69,8 -9,74
3
17,4
3,17 4100 140 93 310 -- 8,2 -- 7000 16 890 890 7,5 -- 0,59 -- -- -- -70,3 -9,6
8
18,6
2,02 3800 120 100 300 -- 7,5 -- 7100 16 935 935 7,2 -- 0,54 -- -- -- -69,6 -9,39
3
19,3
1,26 4000 130 88 320 -- 7,4 -- 7300 13 880 880 6,9 -- 0,55 -- -- -- -70,5 -9,54
9
21,6
-1,03 4400 120 95 380 -- 7,4 -- 8800 7 930 930 7,1 -- 0,50 -- -- -- -69,2 -9,49
8
Puits 30,5 -9,85 5133 60 273 213 13,7 7,3 -- 8600 1,2 1167 1167 9,9 26 0,60 0,0027 -- -- -72,35 -10,225
369
05R 4,75 8,68 280 26 74 50 -- 7,7 -- 320 78 390 390 0,2 3 0,88 0,0094 -- -- -64,5 -8,04
el. 13,42
5,35 8,07 330 27 36 35 -- 8,0 -- 350 52 400 400 0,4 -- 0,94 99 25 -70,7 -9,6
m
7,25 6,17 780 50 110 120 -- 7,8 -- 470 10 2900 2900 0,8 3 1,66 0,0064 -- -- -66,1 -8,35
9,32 4,11 1500 65 120 190 -- 7,9 -- 760 9 1200 1200 1,5 8 1,97 0,0105 -- 1300 -76,8 -10,07
10,1
3,32 1100 43 26 49 -- 7,7 -- 820 31 920 920 2,7 6 1,34 0,0073 -- -- -71,2 -9,64
0
13,0
0,37 2100 76 130 150 -- 8,1 -- 1200 64 1100 1100 2,9 7 1,75 0,0058 -- -- -69 -9,18
5
13,9
-0,52 1100 36 12 30 -- 8,0 -- 1200 21 740 740 3,1 7 0,92 0,0058 190 100 -73,7 -10,02
4
14,5
-1,15 1300 39 13 36 -- 8,1 -- 1300 8 870 870 1,3 8 1,00 0,0062 -- -- -- --
7
19,8
Puits -6,44 2200 32 35 53 -- 8,2 -- 2800 -- 920 920 1,0 8 0,79 0,0029 -- -- -76,4 -10,5
6
01R 5,38 14,56 970 48 56 83 -- 7,8 -- 1100 340 560 560 0,6 5 0,88 0,0045 -- -- -78,8 -10,89
el. 19,93
7,41 12,52 1800 78 57 130 -- 7,9 -- 2800 410 590 590 2,3 9 0,64 0,0032 150 38 -- --
m
10,9
8,99 2600 110 73 180 -- 8,1 -- 2700 410 900 900 6,0 11 0,96 0,0041 -- -- -- --
5
13,0
6,87 3500 160 110 290 -- 7,9 -- 6900 980 750 750 14,0 19 0,51 0,0028 -- -- -72,6 -9,87
7
15,0
4,94 3400 160 120 310 -- 8,1 -- 3500 940 900 900 7,5 17 0,97 0,0049 -- -- -- --
0
16,3
3,63 3900 130 88 280 -- 7,8 -- 6400 550 540 540 13,0 22 0,61 0,0034 120 170 -71,3 -9,62
0
20,0
-0,10 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -68,5 -8,86
3
33,0
Puits -13,07 5500 57 390 226 15,72 7,3 -- 9470 0,2 710 710 3,4 29 0,58 0,0031 -- -- -70,2 -9,665
0
04R 2,93 8,84 1600 61 -- 95 -- 7,6 0,4 2500 56 490 490 9,2 9 0,64 0,0036 140 29 -77,2 -10,09
el. 11,77
3,35 8,42 1683 66 112 72 -- 7,6 0,3 1550 45 570 570 2,5 6 1,09 -- 170 -71 -9,82
m
4,81 6,97 2100 67 -- 120 -- 8,4 0,51 3400 31 560 560 3,7 12 0,62 0,0035 -- -- -75,83 -9,94
5,65 6,13 2820 88 78 170 -- 7,4 ND 4000 62 838 838 2,7 18 0,71 0,0044 -- -- -71,72 -9,5
5,88 5,89 2700 130 -- 200 -- 8,1 0,64 4500 210 690 690 4,4 16 0,60 0,0036 200 43
9,63 2,14 3400 100 -- 170 -- 7,5 0,78 5500 44,5 628 628 4,3 21 0,62 0,0038 -- -- -70,59 -9,21
9,94 1,84 3600 100 -- 180 -- 7,8 0,82 5600 55 530 530 4,3 22 0,64 0,0039 -- -- -68,76 -9,25
10,6
1,12 3500 100 -- 190 -- 8,0 0,83 6000 33 1200 1200 7,3 23 0,58 0,0038 -- -- -64,77 -9,11
5
12,3
-0,54 3600 140 -- 240 -- 7,7 0,91 5800 630 390 390 7,2 24 0,62 0,0041 130 32 -69,34 -9,33
1
20,1
Puits -8,39 3600 46 -- 150 -- 7,6 0,94 6500 -- 690 690 4 27 0,55 0,0042 210 -- -- --
6
20,1
Puits -8,39 4000 43 130 120 -- 7,3 -- 6500 -- 870 870 -- -- 0,62 -- -- -- --
6
Puits 20,1 -8,39 3100 44 140 130 -- 7,8 0,95 6600 -- 910 910 4 26 0,47 0,0039 200 7 -- --
370
20,1
[Link] -8,39 3567 44 135 133 -- 7,6 0,945 6533 -- 823 823 4 26,5 0,55 0,0040 205 7 -- --
6
FP-07-
2,47 8,49 150 9,3 -- 51 -- 7,8 0,079 350 86 200 200 0,59 1 0,43 0,0029 -- --
06R
el. 10,95
4,78 6,18 820 50 -- 69 -- 7,9 0,22 920 200 610 610 0,88 5 0,89 0,0054 200 23 -74,14 -10,42
m
5,82 5,14 780 43 -- 42 -- 7,8 0,61 1000 150 600 600 4 6 0,78 0,0060 -- -- -63,51 -8,9
6,41 4,55 1100 72 -- 86 -- 7,9 0,21 1900 480 600 600 3 10 0,58 0,0053 -- -- -71,74 -10,1
7,83 3,12 1500 65 -- 82 -- 8,0 0,36 2350 150 650 650 6,5 12 0,64 0,0051 -- -- -77,83 -10,04
8,41 2,55 1400 72 -- 76 -- 7,7 0,38 2500 77 570 570 1,7 13 0,56 0,0052 170 27 -69,37 -9,58
11,1
-0,17 1800 57 -- 85 -- 7,7 0,46 3100 46 450 450 2,1 14 0,58 0,0045 -- -- -68,8 -9,63
2
13,0
-2,11 3700 120 -- 220 -- 8,0 0,89 6600 210 470 470 3,8 27 0,56 0,0041 -- -- -- --
6
24,4
Puits -13,48 1700 20 45 32 -- 8,1 0,86 1900 ND 790 790 6,7 10 0,89 0,0053 -- -- -77,3 -10,5
3
24,4
Puits -13,48 1600 20 46 28 -- 7,7 2000 1 720 720 -- -- 0,80 -- -- -- --
3
Puits
F-92-3 1100 31 51 130 2,75 7,6 -- 1700 0,4 540 540 1,8 -- 0,65 -- -- -- -- --
BFI
Puits
F-00-5 4000 79 90 400 12,73 7,1 -- 8000 -- 1200 1200 8,9 -- 0,50 -- -- -- -- --
BFI
Puits
F-04-5 5500 56 330 170 14,04 6,7 -- 8000 -- 980 980 10 -- 0,69 -- -- -- -- --
BFI
Puits BFI
FP-OX 2800 94 90 48 -- 7,8 0,86 5700 17 1100 1100 8,7 22 0,49 -- 230 9 -- --
Bureau
08R 2,58 10,13 110 15 71 35 -- 7,3 0,061 23 220 750 750 0,2 -- 4,78 -- 94 -- -73,56 -10,38
el. 12,71
4,07 8,64 190 14 14 13 -- 7,5 0,061 44 84 680 680 -- -- 4,32 -- -- -- -70,08 -10,06
m
5,06 7,65 280 13 10 12 -- 7,6 0,066 63 12 790 790 -- -- 4,44 -- -- -- -70,9 -10,04
5,62
7,085 370 13 8,8 9,6 -- 7,6 0,07 69 41 970 970 -- -- 5,36 -- 190 54 -67,44 -9,63
5
6,79 5,92 260 14 12 14 -- 7,8 0,074 89 13 1000 1000 -- -- 2,92 -- -- -- -67,67 -9,48
7,06 5,65 340 14 12 14 -- 7,6 0,077 120 53 780 780 -- -- 2,83 -- -- -- -65,87 -8,64
16,2
Puits -3,56 630 9 14 7,7 -- 7,8 -- 530 1 750 750 -- -- 1,19 -- --
7
09R 2,56 12,97 620 29 67 89 -- 7,7 0,22 1100 8 850 850 0,5 2 0,56 0,0018 -- -- -70,76 -10,13
el.15,53m 5,14 10,39 1300 48 35 76 -- 7,4 0,38 2200 41 790 790 -- -- 0,59 -- -- -- -65,7 -9,66
7,36 8,17 1750 74 47 92 -- 7,5 0,55 3500 53 770 770 -- -- 0,50 -- -- -- -68,29 -9,61
8,92 6,61 2000 87 59 140 -- 7,6 0,64 4200 24 740 740 -- -- 0,48 -- -- -- -70,03 -9,64
10,2
5,3 2300 86 69 160 -- 7,6 0,72 4900 29 1100 1100 -- -- 0,47 -- -- -- -71,48 -9,66
3
14,2
1,245 2900 95 93 200 -- 7,5 0,87 7800 35 770 770 7,1 32 0,37 0,0041 -- -- -71,26 -9,59
85
371
15,4
0,1 2800 92 100 200 -- 7,6 0,89 6100 13 990 990 7,2 33 0,46 0,0054 180 28 -68,68 -9,78
3
16,4
-0,96 2900 94 110 210 -- 7,6 0,9 6300 20 710 710 -- -- 0,46 -- -- -- -71,31 -9,66
9
28,8
Puits -13,32 4300 55 130 250 -- 7,4 6800 -- 840 840 -- -- 0,63
5
07R 3,22 7,70 250 18 24 19 -- -- -- 330 35 400 400 0,2 1 0,76 0,0030 61 -- -69,28 -9,59
el.10,91m 4,81 6,10 410 25 23 25 -- -- -- 635 18 950 950 0,48 3 0,65 0,0047 68 -- -72,59 -10,06
5,77 5,15 550 28 26 30 -- -- -- 850 110 440 440 0,75 3 0,65 0,0035 76 -- -73,79 -10,02
6,36 4,55 560 27 23 26 -- -- -- 930 59 910 910 0,92 4 0,60 0,0043 83 -- -70,27 -10,08
7,26 3,65 640 29 25 29 -- -- -- 1000 39 450 450 0,89 4 0,64 0,0040 78 -- -71,29 -10,03
8,61 2,31 750 37 39 40 -- -- -- 1200 260 420 420 0,75 5 0,63 0,0042 52 --
16,6 7,5
Puits -5,74 790 8,1 15 5,8 -- -- 530 1 750 750 -- -- 1,49 -- --
5 7
372
¸
381
382
383
384
385
386
387
388
Figure A7.8: Disposition des tranches d'argile et des papiers filtres dans l'extracteur à basse
pression
395
Figure A7.11: Piézomètre dans le till avec son système de pompage dédié
398