Analyse Littéraire et Linguistique
Analyse Littéraire et Linguistique
On s’ennuie de tout, mon Ange. C’est une loi de la nature ; ce n’est pas ma faute. Si donc je
m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est
pas ma faute…
Adieu, mon Ange. Je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret, je te reviendrai peut-être. Ainsi
va le monde. Ce n’est pas ma faute.
Pierre CHODERLOS DE LACLOS, Les Liaisons dangereuses, Lettre CXLI, 1782.
Hoederer :
Comme tu y tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien,
reste pur ! À quoi cela servirait-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c'est une idée de fakir
et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne
rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j'ai
les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang… Est-ce que tu
t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ?
Jean- Paul SARTRE, Les mains sales, 1948
On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. La
cuisinière de sa logeuse, Mme Grubach, qui lui apportait tous les jours son déjeuner à huit heures, ne
se présenta pas ce matin-là. Ce n’était jamais arrivé. K. attendit encore un instant, regarda du fond
de son oreiller la vieille femme qui habitait en face de chez lui et qui l’observait avec une curiosité
surprenante, puis, affamé et étonné tout à la fois, il sonna la bonne. À ce moment on frappa à la porte
et un homme entra qu’il n’avait encore jamais vu dans la maison...
Frantz KAFKA, Le Procès, 1925
Aïssatou,
J’ai reçu ton mot. En guise de réponse, j’ouvre ce cahier, point d’appui dans mon désarroi : notre
longue pratique m’a enseigné que la confidence noie la douleur.
Ton existence dans ma vie n’est point hasard. Nos grand’mères dont les concessions étaient
séparées par une tapade, échangeaient journellement des messages. Nos mères se disputaient la
garde de nos oncles et tantes. Nous, nous avons usé pagnes et sandales sur le même chemin
caillouteux de l’école coranique. Nous avons enfoui, dans les mêmes trous, nos dents de lait, en
implorant Fée-Souris de nous les restituer plus belles….
Amie, amie, amie ! Je t’appelle trois fois1. Hier, tu as divorcé. Aujourd’hui, je suis veuve. Modou
est mort. Comment te raconter ? On ne prend pas de rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne
qui il veut, quand il veut.
Mariama BÂ, Une si longue lettre, 2001
1
Manière d’interpeller qui montre la gravité du sujet qu’on va aborder.
TEXTE POÉTIQUE
3
Texte 1 : Les prêts de Dieu
Texte 2 : L’AMOUREUSE
N'existons-nous donc plus ? Avons-nous eu notre heure ?
Elle est debout sur mes paupières
Rien ne la rendra-t-il à nos cris superflus ?
Et ses cheveux sont dans les miens,
L'air joue avec la branche au moment où je pleure ;
Elle a la forme de mes mains,
Ma maison me regarde et ne me connaît plus.
Elle a la couleur de mes yeux,
…
Elle s’engloutit dans mon ombre
Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines,
Comme une pierre sur le ciel.
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds
Et les cieux azurés et les lacs et les plaines,
Elle a toujours les yeux ouverts
Pour y mettre nos cœurs, nos rêves, nos amours ;
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme ;
Font s’évaporer les soleils,
Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons ;
Me font rire, pleurer et rire,
Et dit à la vallée, où s'imprima notre âme,
Parler sans avoir rien à dire.
D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.
… Paul ELUARD, Capitale de la douleur, 1926
Victor HUGO, Les Rayons et les Ombres, 1830
Texte 3 : Je suis le poète
Je suis le poète
L’insaisissable rebelle Texte 4
L’ami le frère l’amant
Des hommes qui meurent
Dans les sierras
Ou sur les plages immenses
Avec des cris déchirant le silence
De la nuit noire
Qui les enveloppe
Comme un épais linceul. […]
Nous irons avec des fusils
Portant la furie
Et la douleur
Nous serons partout
Je vous le jure
Nous serons partout
Traquant le silence
Jusqu’à la justice
Nos morts aussi
Ressuscités et dressés
Guillaume APOLLINAIRE, Poème à Lou, 1947
Contre l’espace carcéral
Nous serons tous présents
Face à la nuit putride
Frappant de porte à porte
Avec nos soleils
Resculptant les âmes brisées.
2 NB : le texte original n’est pas ponctué. L’insertion de la ponctuation est donc subjective et à dessein.
ÉLÉMENTS DE PHRASÉOLOGIE
5
TYPES DE PHRASEME
Corpus 1
Nos ancêtres avaient coutumes de dire que l’arbre devient solide sous le
vent. Nous sommes en train de l’expérimenter de fort belle manière ces
derniers temps. Depuis que les Allemands ont eu l’idée diabolique de nous
déposséder de nos terres, l’unité de notre peuple s’est renforcée … jamais
auparavant, la solidarité n’avait lié aussi étroitement et aussi solidement les
descendants d’Ewal’a Mbedi… Votre présence ici, à cette heure si avancée de
la nuit, en est une preuve indéniable.
Mes chers frères, je vous ai appelés précipitamment parce que j’ai des
informations très importantes à vous communiquer. Mais avant de vous dire de
quoi il est question, j’aimerais d’abord tâter le pouls de nos différents cantons.
David MBANGA EYOMBWAN, Ngum a Jemea, Acte III, Scène 1
Corpus 1
« Le vent de la révolte »
Tout à coup, j’entends comme un bruit de grelots, et je vois venir vers moi une espèce
de fou, qui marchait à reculons et en diagonale. Il brandissait au bout d’une épée une
tête de ci-devant qui regardait derrière ! Au moment où nos deux cortèges arrivaient à la
même hauteur, il me dit :
— Dommage que nous ne soyons pas plus nombreux à brandir des têtes, la révolution
aurait plus de gueule !
Je lui dis : — C’est la tête de qui… que vous brandissez ?
Il me dit : — De Damoclès !
Je lui dis : — Damoclès ? Celui qui avait toujours une épée suspendue au-dessus de
sa tête ?
Il me dit : — Oui, il en avait assez de sentir toujours cette menace planer au-dessus
de lui. Alors moi, j’ai pris son épée… je lui ai coupé la tête… Eh bien, monsieur, depuis
que Damoclès a son épée sous sa tête, il se porte mieux ! Hein, Damoclès ?
Et Damoclès de répondre :
— Oui ! Mais il n’y a plus de suspense… !
Je dis : — C’est lui qui vient de dire ça ?
Il me dit : — Oui, monsieur ! On a beau trancher la tête des gens, on ne leur coupera
jamais la parole !
Et il est parti en brandissant le V de la victoire.
Et la radio, inlassablement : Il est minuit…
Toutes les demi-heures, dites-donc !
Il est minuit. Tout est tranquille. Dormez braves gens !
Raymond Devos, Matière à rire, Plon, 1991
ÉLÉMENTS DE PHRASÉOLOGIE
6
EXPRESSIONS IDIOMATIQUES
LIAISONS DANS LA PHRASE
7
Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l’on vous doit, afin que vous ne
prétendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas dû, car c’est une injustice
visible et cependant elle est fort commune à ceux de votre condition, parce qu’ils en
ignorent la nature.
Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs
d’établissement, et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d’établissement dépendent
de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états, et y
attacher certains respects. Les dignités et la noblesse sont de ce genre. En un pays on
honore les nobles, en l’autre les roturiers ; en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets.
Pourquoi ? Parce qu’il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant
l’établissement : après l’établissement, elle devient juste, parce qu’il est injuste de
troubler.
Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des
hommes, parce qu’elles consistent dans des qualités réelles et effectives de l’âme ou du
corps, qui rendent l’un ou l’autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de
l’esprit, la vertu, la santé, la force.
Nous devons quelque chose à l’une et à l’autre de ces grandeurs ; mais comme elles
sont d’une nature différente, nous leur devons aussi différents respects. Aux grandeurs
d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines
cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison,
d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas
concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte : il faut parler
aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C’est une sottise
et une bassesse d’esprit que de leur refuser ces devoirs.
Mais pour les respects naturels, qui consistent dans l’estime, nous ne les devons
qu’aux grandeurs naturelles, et nous devons au contraire le mépris et l’aversion aux
qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il n’est pas nécessaire, parce que vous
êtes duc, que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc
et honnête homme, je rendrai ce que je dois à l’une et à l’autre de ces qualités. Je ne
vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l’estime que mérite
celle d’honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête homme, je vous ferais
encore justice ; car en vous rendant les devoirs extérieurs que l’ordre des hommes a
attachés à votre naissance, je ne manquerais pas d’avoir pour vous le mépris intérieur
que mériterait la bassesse de votre esprit.
Voilà en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l’injustice consiste à attacher les
respects naturels aux grandeurs d’établissement, ou à exiger les respects
d’établissement pour les grandeurs naturelles.
Pascal, Trois discours sur la condition des Grands, 1660.
CONTENU MANIFESTE ET CONTENUS LATENTS (IMPLICITE)
8
Texte 1 : Prière à Dieu
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de
tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans
l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi
qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en
pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités.
Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger. Fais
que nous nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et
passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps,
entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois
imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, …; que toutes ces petites nuances qui
distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de
persécution … ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une
petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments
arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse,
et que les autres les voient sans envie…
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie
exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit
du travail et de l’industrie paisible ! ….
Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII
Texte 2
- Tu veux encore boire ?
- Oui, dit la grand-mère avec force. Et ça me fait de la peine que tu ne saches pas pourquoi ! Ce vin,
ça ne te rappelle rien ?
- Oh ! Que si ! Ça me rappelle que nous en avons bu pour notre mariage ! Les compagnons nous en
avaient apporté deux bouteilles ! Il y avait le grand Féraud, Cazenave, Remoulins, Ricard, et celui
qu'on appelait Banaston. Tu te souviens de Banaston ? … Et alors...
- ... Et alors, dit la grand-mère, toi tu n'as pas oublié Banaston, mais tu as oublié qu'aujourd'hui ça fait
soixante ans tout juste que nous sommes mariés !»
La gaieté du grand-père tomba d'un seul coup, et il ouvrit ses yeux tout grands.
« O ma belle Eugénie ! Est-ce possible ? C'est le 24 juillet aujourd'hui ?
- Oui, dit-elle, depuis ce matin, et tu ne m'as encore rien dit !
- O ma chérie ! Pardonne-moi ! Là, je vois bien que je t'ai fait vraiment de la peine, mais ce n'est pas
tout à fait de ma faute [...]
- Va, va, je te pardonne ! dit la grand-mère, mais à condition que tu trinques avec moi en souvenir du
plus beau jour de notre vie... »
.
RELATIONS LEXICALES ET SÉMANTIQUES
9
Texte 1 :
Le corbeau et le renard
Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage.
Maître Renard par l'odeur alléché, lui tint à peu près ce langage :
« Eh ! Bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit et dit :
« Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur vit
Aux dépens de celui qui l’écoute !
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
Le corbeau, honteux et confus, jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Jean DE LA FONTAINE, Fables, I – 2, 1667
Texte 2 :
Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur
Que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite chacun des mots qui forment
Cet article et mettez-le dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain original
Et d’une sensibilité charmante.
… …
La royne Blanche comme ung lys, La reine blanche comme un lys
Qui chantoit à voix de sereine ; Qui chantait avec la voix d'une sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ; Berthe au Grand Pied, Béatrice, Alix,
Harembourges, qui tint le Mayne, Erembourg qui gouverna le Maine,
Et Jehanne, la bonne Lorraine, Et Jeanne, la bonne lorraine
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ; Que les Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?… Où sont-elles, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ! Mais où sont les neiges d'antan !
Corpus 2
- Cirer M’sieur, cirer patron. Moi je cire tes chaussures, patron et toi tu seras beau,
tu va voir. Pose ton pied.
- Non, pose ton pied ici, patron ; je dis, pose ici.
- Moi je dis : c’est mon patron à moi. C’est moi qui va lui cirer ses chaussures, c’est
pas vrai chef.
- C’est vrai, c’est vrai ! répondit l’homme. De toute façon, vous allez avoir chacun
son jour. Aujourd’hui ce sera toi.
- Moi ? Patron, tu as dit moi ?
- Oui, toi, aujourd’hui. Mais dis-moi d’abord : comment t’appelles-tu ?
- Mamou, moi c’est Mamou. Lui, c’est Nyassa et lui, c’est Abdel.
Francis BEBEY, Trois Petits Cireurs, 1972
VARIETES DU FRANÇAIS
12
VARIATIONS PHONIQUES ET PROSODIQUES
Corpus 1
VARIATIONS LEXICALES
Corpus 1
« Après avoir reçu une poignée de bêtises et s’être fait brasser la cage par le
propriétaire, ce commerçant a fait une montée de lait : "J’en ai ma claque ! Je casse mon
bail", a-t-il crié. Même s’il a le caquet bas depuis ce temps, il lui fallait prendre cette
décision plutôt que de se retrouver sur la finance, ou pire, sur le carreau. Mais bon : il a
un front de bœuf, il est rusé comme un renard et il est fort en gueule. Alors, il s’en sortira,
je t’en passe un papier. »
Corpus 2
Aujourd’hui, Romain prend le bus parce que sa moto péclote. Quelle fricasse ! Il
relève son col. Arrivé à la gare, il s’engage dans le passage sous voie pour rejoindre la
rue du général Guisan. Il a rendez-vous avec de vieux copains qu’il n’a plus revu depuis
le gymnase. Il se réjouis à l’idée de les retrouver… Ils se sont tchuffés chaleureusement.
NÉOLOGIE DE SENS
13
Corpus
Onguene Gilbert est interpelle dans un bar en compagnie de ses amis par le sous-préfet qui a décidé
d‘interdire la consommation de l’‘alcool. M. le sous-préfet est accompagné par M. Effa l'infirmier.
« Docta ... Je ne veux pas casser votre science là que vous avez achetée à
l’université ; Monsieur le Sous-préfet, je sais que le sous-préfet a toujours raison, mais
quand même permettez-moi l'honneur de dire quelque chose. Vous dites que le hâ tue,
bon permettez-moi l'honneur de vous poser la question suivante.
Quand je suis en train de débroussailler la plantation, si je me blesse avec la machette,
je dois faire quoi pour me soigner, docta? »
Je réponds naturellement qu‘il faut désinfecter la plaie. Il continue : « Avec quoi ? »
Du tac au tac sans réfléchir, je lui dis : « L’alcool à 90° fait très bien l'affaire. »
Erreur ! Il n'attendait que cela pour abattre sa dernière carte :
« Han hun ! L’alcool sert à soigner les blessures, n'est-ce pas ? Donc moi, si je bois
de l'alcool, c'est pour me soigner à l’intérieur ! Alors n'allez pas me dire que l'alcool tue.
Ni que Yobi Sam veut l'interdire. Depuis quand est-ce qu'on interdit les médicaments ?»
Ngazan part dans un grand éclat de rire.
- Okoo ! Le Camerounais est fort ! Ça c'est la grande dialectique ! Le grand frère du
raisonnement ! [...]
Élizabeth TCHOUNGUI, Je vous souhaite la pluie, Plon, 2006.
EMPRUNTS
Corpus
- Allô ? Ici, Pamela Burning, chief executive officer de la société Success and Fun, je
voudrais briefer le responsable « 175 ans de la Belgique » à propos de mon package deal.
- Heu... Vous voulez babeler avec Georges ? C'est assez dire que comme c'est bientôt son
heure de table, il est déjà parti en stoemelings et moi... Moi, c'est Paul. Paul Brugnon du service
courrier. Je faisais la navette dans le couloir et bardaf, ça sonne chez Georges ! Alleï, je
décroche ! Et...
- Je vous propose un business plan, Paul, pour booster votre event.
- Oufti ! J'suis désolé, Madame l'officier, mais je suis un peu lent à la comprenure, vous
comprenez.
- Un master plan full-options, Paul ! Une joint-venture avec des broadcasters partners pour
diffuser un event en prime-time toute l'année.
- Dites, vous ne voulez pas resonner après dîner ? Là, j'ai déjà mal à ma tête à vous
écouter.
www.soir.be
TEXTE ARGUMENTATIF - POLEMIQUE
14
Texte 1
Un des côtés du carré s'ouvrit et la Grande Royale pénétra dans l'arène.
« Gens du Diallobé, dit-elle au milieu d'un grand silence, je vous salue…
Je viens vous dire ceci : moi, Grande Royale, je n'aime pas l'école étrangère. Je la déteste.
Mon avis est qu'il faut y envoyer nos enfants cependant. »
Il y eut un murmure. La Grande Royale attendit qu'il eût expiré, et calmement poursuivit…
« L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu'aujourd'hui nous aimons et
conservons avec soin, à juste titre. Peut-être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux.
Quand ils nous reviendront de l'école, il en est qui ne nous reconnaîtront pas. Ce que je
propose c'est que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont
défaits prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre. »
Elle se tut encore, bien qu'aucun murmure ne l'eût interrompue….
« Mais, gens des Diallobé, souvenez-vous de nos champs quand approche la saison des
pluies. Nous aimons bien nos champs, mais que faisons-nous alors ? Nous y mettons le fer et
le feu, nous les ruons. De même, souvenez-vous : que faisons-nous de nos réserves de graines
quand il a plu ? Nous voudrions bien les manger, mais nous les enfouissons en terre. La
tornade qui annonce le grand hivernage de notre peuple est arrivée avec les étrangers, gens
de Diallobé. Mon avis à moi, Grande Royale, c'est que nos meilleures graines et nos champs
les plus chers, ce sont nos enfants. Quelqu'un peut-il parler ? »
Nul ne répondit.
« Alors, la paix soit sur vous, gens des Diallobé », conclut la Grande Royale.
Cheick Hamidou KANE, L'aventure ambiguë, 1961
Texte 2
Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir ; soyez-le pour tous les états, pour
tous les âges, pour tout ce qui n’est pas étranger à l’homme. Quelle sagesse y a-t-il pour
vous hors de l’humanité ? Aimez l’enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable
instinct. Qui de vous n’a pas regretté quelques fois cet âge où le rire est toujours sur les
lèvres, et où l’âme est toujours en paix ? Pourquoi voulez-vous ôter à ses petits innocents
la jouissance d’un temps si court qui leur échappe, et d’un bien si précieux dont ils ne
sauraient abuser ? Pourquoi voulez-vous remplir d’amertume et de douleur ces premiers
ans si rapides qu’ils ne reviendront pas plus pour eux qu’ils ne peuvent revenir pour
vous ?...
C’est, me répondrez-vous, le temps de corriger les mauvaises inclinations de
l’homme ; c’est dans l’âge de l’enfance, où les peines sont le moins sensibles, qu’il faut
les multiplier, pour les épargner dans l’âge de raison. Mais qui vous dit que tout cet
arrangement est à votre disposition, et que toutes ces belles instructions dont vous
accablez le faible esprit d’un enfant ne lui seront pas un jour plus pernicieuses qu’utiles ?
Qui vous assure que vous épargnez quelque chose par les chagrins que vous lui
prodiguez ?
Jean Jacques Rousseau, Émile ou de l’Éducation, Livre II, 1762.
TEXTE ARGUMENTATIF - POLEMIQUE
15
Texte 3
Première pandémie planétaire depuis un siècle, la propagation de la Covid-19 révèle les limites
des sociétés et des économies à travers le monde. L’Afrique subsaharienne n’est pas en reste. Bien
qu’il existe encore beaucoup d’incertitudes sur l’impact sanitaire de la Covid-19 en Afrique sub-
saharienne, un faisceau de données indique d’ores et déjà que la propagation du virus semble
contenue, en partie grâce à la précocité des mesures de confinement et à la jeunesse de la population.
Si la région n’est guère étrangère aux épidémies dramatiques comme Ébola ou aux pathologies
extrêmement létales et récurrentes telles que le paludisme qui aurait provoqué, selon l’Organisation
mondiale de la santé, environ 380 000 décès en 2018, la pandémie actuelle a surtout mis à nu la
fragilité voire la faillite des systèmes de santé dans cette région plus qu’ailleurs. Les projecteurs
braqués sur les systèmes de santé révèlent ainsi le sous-équipement criard des pays en lits de
réanimation, en respirateurs et autres équipements médicaux. De même, pour l’essentiel, les
équipements disponibles sont concentrés dans les grands centres urbains, plongeant une bonne
partie des populations dans un désert sanitaire absolu. La pandémie plongera l’Afrique sub-
saharienne dans sa première récession en vingt-cinq ans selon la Banque mondiale. La forte
croissance économique enregistrée depuis plusieurs années et largement applaudie semble être un
éléphant aux pieds d’argile.
L’impact économique de la Covid-19 en Afrique sub-saharienne est double. Au niveau interne, les
mesures de confinement ralentiront l’activité économique. Au niveau externe, les pays souffriront de
l’effondrement des cours des matières premières, de l’incertitude autour de l’aide publique au
développement et des transferts de fonds de la diaspora en raison de la récession annoncée dans
les pays développés. Les États dépendants du tourisme mondial connaîtront une baisse drastique de
la production des services et des recettes publiques. Sur le plan financier, l’incertitude sur les marchés
aura pour impact de rendre davantage difficile l’accès aux capitaux mondiaux.
Sur le plan social, l’insuffisance des systèmes de protection et des transferts publics ainsi que la
fragilité économique des populations, aggravée par le confinement, pourraient annihiler les gains de
plusieurs décennies de lutte contre la pauvreté. Une bonne partie de la population vivant de l’activité
informelle et en l’absence de transferts publics conséquents, le maintien dans la durée des mesures
de confinement semble intenable. Il pourrait même s’avérer contre-productif si la précarité sociale
qu’il induit se traduit par des mouvements d’indignation et de révolte populaire. Les finances publiques
pâtiront également de cette crise. La chute des échanges commerciaux et le ralentissement de
l’activité économique généreront des pertes de recettes significatives. De même, les mesures de
riposte sanitaire, économique et sociale grèveront les budgets déjà exsangues. En conséquence, les
déficits budgétaires en sortiront plombés et la soutenabilité des dettes souveraines mis à mal. En
Afrique sub-saharienne, la crise aura des conséquences désastreuses mais elle ne revêt pas un
caractère exceptionnel. L’examen des donnés de la Banque mondiale montre qu’au cours des
soixante dernières années, le continent a connu pas moins de 8 récessions si l’on s’en tient au niveau
de richesse globale. Pis encore, 26 des 60 années ont été marquées par un repli du niveau de
richesse créée par habitant. En réalité, la région vivait déjà une récession depuis 2016 où sa
croissance économique a marqué le pas sur son accroissement démographique.
La Covid-19 ne fait donc qu’accentuer une situation économique déjà mal en point. Plus que cela
: il met à nu l’échec des modèles de développement actuels. L’inadaptation du capital humain, la
défaillance des institutions, la dépendance débridée à l’aide et aux matières premières, l’insuffisance
des infrastructures continuent de faire de la croissance en Afrique une tragédie.
Texte 2
NIEDERMEYER
L’audience est reprise. Voici le verdict.
La cour déclare Rudolf Dualla Manga Bell coupable de haute trahison. Elle
le condamne à la peine de mort par pendaison. Il sera exécuté demain, samedi
08 Aout 1914 à 16 heures et enterré dans le cimetière indigène.
La cour déclare Adolf Ngos’a Din coupable de haute trahison. Elle le
condamne à la peine de mort par pendaison. Il sera exécuté demain, samedi
08 Aout 1914 à 16 heures et enterré dans le cimetière indigène.
Le jugement est sans appel !
L’audience est levée.
David MBANGA EYOMBWAN, Ngum a Jemea, Acte IV, Scène 3
TYPES D’ÉNONCÉ (CONSTATIF – PERFORMATIF)
17
Texte 3
Il faisait chaud. Meka commença à se demander si son cœur ne battait pas dans ses pieds...
Maintenant qu’il sentait son cœur battre dans ses pieds, il commença à se demander avec
appréhension s’il tiendrait dans son cercle jusqu’à l’arrivée du grand chef des Blancs. Il regarda ses
souliers qui lui parurent plus gonflés qu’au matin quand il les avait vidés du sable de la nuit. Il essaya
de bouger un pied, il serra les poings et s’abstint de respirer... Il essaya alors de peser de tout son
poids sur son pied droit qui lui faisait moins mal. Son pied gauche lui donna un peu de répit mais il ne
savait plus ce qui se passait dans son pied droit. ... Meka était en nage.
Ferdinand OYONO, Le vieux nègre et la médaille,
Texte 4
Marraine ou Témoin
C'est pour moi un grand moment que d'assister à votre union. Vous représentez beaucoup l'un
pour l'autre et ce mariage vient consacrer un amour profond et sincère. Je suis d'autant plus ému que
je vous connais depuis maintenant X ans et que le couple que vous formez m'est toujours apparu
comme une évidence. Je ne peux envisager votre avenir qu'avec une confiance sereine : votre amour
est plus fort que les obstacles que vous rencontrerez. La complicité dont vous faites preuve vous
promet de belles choses dans votre aventure à deux. Je vous souhaite sincèrement beaucoup de
bonheur et vous félicite pour votre engagement de ce jour
Épouse
Je ne dirais pas qu’aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie car chaque jour du restant de ma
vie que je passerais à tes côtés sera exceptionnel. Alors, je te remercie de m’apporter tout cet amour,
tout ce bonheur. Tu sais, je ne t’aime pas comme au premier jour, je t’aime beaucoup plus et je
t’aimerais à Jamais !
Époux
Notre roman a commencé il y a cinq ans, les pages vont continuer de s’écrire éternellement,
certaines d’entre elles seront peut-être cornées, il y aura des bavures de temps à autre mais jamais,
non jamais, nous n’arrêterons car notre amour est éternel. Je te promets que nous affinerons chaque
fois notre style et que nous resterons ensemble jusqu’à la dernière page.
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Texte 5
TEXTE THÉÂTRAL
18
Texte 1
AXEL
Qu’il reste et me serve dans la joie ! Je serai magnanime, et surtout je m’offrirai un plaisir vif
chaque fois qu’entre ces murs ma voix retentira pour dire : « Allez ouvrir, Wilfried ! Wilfried, apprêtez
mon cheval, faites venir Kamis, conduisez les invités au salon d’honneur ! » ... (Fixant Wilfried.) De l’autre
côté vous connaitrez mieux les domestiques : des envieux qui ne pensent qu’à trahir. Vous devez
vous battre pour conserver le poste de maitre d’hôtel. (Se tournant vers Suzanne.) Moi je le servais. Toute
la ville le servait. (S’adressant à Wilfried) Aucun blanc ne vous pardonnera d’avoir inversé les rôles. Le
soleil se lève à droite et se couche à gauche, le jour nait de la nuit. Il en sera ainsi jusqu’à la fin des
temps. Je vous protégerai. (Fixant Wilfried.) Wilfried, renoncez à me quitter.
JUDITH
Réagissez, père ! Jetez-le dehors !
AXEL
Me jeter dehors, moi ?
JUDITH
Père !
SUZANNE
Il n’est pas votre père.
WILFRIED
Je suis son père. Cela me reste en partage.
SUZANNE, à Judith.
Vous n’avez jamais été sa fille.
JUDITH
Qu’est-ce que vous insinuez ?
SUZANNE, montrant Axel.
Votre père, c’est lui.
Joseph NGOUE, La Croix du Sud, 1972
Texte 2
SIDI : Voilà que tu recommences ! Pour la moindre chose, tu te mets à caqueter comme un
cacatoès. Tu causes, tu causes et tu me casses les oreilles avec des mots qui font toujours le même
ronron et qui n’ont ni tête ni queue. Je te l’ai dit et je répète : je t’épouse aujourd’hui, la semaine qui
vient, ou n’importe quand tu voudras. Mais il faut d’abord que ma dote soit versée. Ah ! Ah ! Tu tournes
les talons maintenant ! Je te l’ai pourtant dit Lakounlé, il faut que j’aie la dot entière. Voudras-tu faire
de moi un objet de risée ? Bon, agis comme il te plaît. Mais Sidi ne veut pas se transformer elle-même
en crachoir recueillant les mépris du village.
LAKOUNLE : Que leurs crachats retombent sur ma tête.
SIDI : Ils diront que je n’étais pas vierge, que j’étais forcée de vendre ma honte en t’épousant sans
dot.
LAKOUNLE : Coutume sauvage, barbare, démodée, rejetée, dénoncée, maudite, excommuniée,
archaïque, dégradante, humiliante, innommable, inutile, rétrograde, aberrante, imbuvable.
SIDI : As-tu vidé ton sac ? Pourquoi t’arrêtes-tu ?
LAKOUNLE : Pour le moment, je n’ai que le Petit Larousse de poche. Mais j’ai commandé le grand.
Attends et tu verras.
SIDI : Paye seulement la dot.
LE CONTROLEUR DU TRESOR
Le gouverneur Kückner a suivi notre escorte jusqu’ici. Je n’ai pas pu lui parler ; il attend d’être
introduit. La plupart des blancs sont encore barricadés chez eux…
LE CHEF DES GUERRIERS
… Comme des lapins… Fais entrer le gouverneur allemand. C’est un soldat, il a mon estime.
Quant à toi, tu attends dehors ! … Non, tu es mon confident. Tu assisteras à l’entretien. (Le contrôleur
du trésor fait la révérence et va chercher le gouverneur allemand.) (Le gouverneur allemand entre et
fait le salut militaire)
LE CHEF DES GUERRIERS
Mais non gouverneur ! Je ne suis plus soldat. Je suis le Roi de Bimbia… c’est une révérence qu’il
faut faire…
LE GOUVERNEUR
L’habitude… c’est l’habitude…
LE CHEF DES GUERRIERS
Je vous comprends. Nous autres hommes d’armes, nous nous empêtrons toujours dans les
civilités de salon. Asseyez-vous donc… (Le gouverneur s’assied) … Comme vous le savez, le pouvoir
a changé à Bimbia.
LE GOUVERNEUR
Je ne comprends pas. Les Anglais vous fait faire une … connerie… comme disent les Français.
LE CHEF DES GUERRIERS
Les Anglais n’ont rien à voir dans les affaires intérieures de Bimbia. Les Allemands non plus, du
reste.
LE GOUVERNEUR
Mais on ne s’improvise pas Roi. Vous n’avez pas les qualités requises pour occuper ce trône. Je
respecte votre peuple et je ne puis me taire devant…
LE CHEF DES GUERRIERS
Cela suffit gouverneur Kückner !... (Il se lève). Dois-je vous rappeler que les alliances se tissent
entre deux peuples et deux royaumes et non de gouvernement à gouvernement ? les hommes
passent, les royaumes demeurent…
Excusez-moi, je dois satisfaire un besoin naturel… (Il sort et va changer de costume).
(Le gouverneur va vérifier qu’il est bien sorti et se tourne vers le contrôleur du trésor)
LE GOUVERNEUR
Je suppose que si vous êtes allié à cet homme, c’est pour venger votre frère, votre neveu et
reconquérir le trône de Bimbia. Vous êtes de sang royal !
Sans armes, il vous sera très difficile d’y arriver… Voici un flacon, il contient un poison très violent.
Une once dans un breuvage ou un mets suffit. Il faut acheter ses cuisiniers et ses servants. Je vous
accorde une bourse de plusieurs Marks.
Tout à l’heure, nous ne pouvions pas causer puisque les soldats de l’escorte sont restés avec
vous. Le temps presse. Reprenez le trône. Vous assurerez la régence en attendant que votre petit
neveu fasse ses humanités en France et le métier d’arme en Allemagne comme son père. Il reviendra
prendre en main le destin d’un grand peuple…
(Le contrôleur du trésor prend le flacon et le cache dans sa poche…)