Méthodes Combinatoires et Dénombrement
Méthodes Combinatoires et Dénombrement
Clément Legrand
31 juillet 2020
1
Introduction
Notre premier lien avec les mathématiques apparaît lorsqu’on apprend à compter. Au dé-
but on compte sur ses doigts, des bonbons et des pièces, mais bientôt cela ne suffit plus. Les
nombres deviennent trop grands, les objets deviennent abstraits, et nous devons trouver de
nouvelles manières (i.e. des outils) pour compter (i.e. dénombrer) ceux qui nous intéressent.
Ces outils ne sont rien d’autre que des méthodes combinatoires, que l’on applique ensuite à
divers problèmes de dénombrement.
Les problèmes de dénombrement se retrouvent par ailleurs dans toutes les branches des
mathématiques, que ce soit en probabilité, en arithmétique ou en algèbre. Par exemple, à par-
tir de méthodes combinatoires, on peut s’intéresser à la probabilité que deux nombres choisis
aléatoirement, soient premiers entre eux. On peut également s’intéresser au nombre de ma-
nières de colorer les faces d’un cube avec k couleurs. Pour réaliser un tel dénombrement, il
est fondamental de savoir utiliser des techniques d’algèbre faisant intervenir des actions de
groupe.
Ce mémoire ne fournit pas une liste exhaustive des méthodes combinatoires, tant il y en a,
et elles ne permettront pas non plus de traiter l’intégralité des problèmes de dénombrement
auxquels le lecteur pourrait être confronté. En effet, la créativité joue souvent un rôle non né-
gligeable dans la résolution de ce genre de problèmes, puisqu’il y a souvent plusieurs manières
pour arriver au résultat. Par ailleurs, l’un des intérêts de savoir dénombrer de différentes ma-
nières est de pouvoir relier entre elles différentes quantités. Néanmoins ce mémoire fournit un
aperçu des méthodes classiques et couramment utilisées en pratique pour résoudre des pro-
blèmes de dénombrement, et fournit au lecteur un bagage pour lui permettre de trouver par
lui-même les réponses qu’il cherche. Des références sont également présentées si le lecteur sou-
haite en apprendre davantage sur une méthode en particulier. D’ailleurs, si le lecteur se trouve
être passionné de problèmes combinatoires, il peut sans hésitations se lancer dans la lecture
du livre [2], qui regorge de tels problèmes, et qui essaye d’adopter une manière pédagogique
pour présenter la résolution des problèmes de dénombrement.
On commence par présenter la méthode combinatoire la plus naturelle pour dénombrer,
qui consiste à établir une bijection entre deux ensembles, quand on connaît le cardinal de l’un
des deux ensembles. Certains nombres souvent utilisés en dénombrement sont également in-
troduits. Dans une deuxième partie, on présente le paradigme "diviser pour régner" dans le
cadre des problèmes combinatoires. Toutefois, dans certains problèmes il est nécessaire d’uti-
liser des formules d’inversion pour revenir à la quantité recherchée. Une troisième partie in-
troduit les séries génératrices, et présente quelques cas d’application typique. Enfin la dernière
partie présente surtout des techniques d’algèbre pour résoudre certains problèmes de dénom-
brement, dont les coloriages.
2
Table des matières
1 Le cardinal pour dénombrer 4
1.1 Un peu de théorie des ensembles finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Calcul de cardinaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Arrangements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4 Combinaisons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4.1 Coefficients binomiaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4.2 Coefficients multinomiaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3 Séries génératrices 16
3.1 Introduction aux séries génératrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.1.1 Motivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.1.2 Opérations sur les séries génératrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.2 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
3.2.1 Un exemple typique : les partitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
3.2.2 Triangulations d’un n-gone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4 Méthodes algébriques 20
4.1 Actions de groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.2 Problèmes de coloration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
4.2.1 La formule de Burnside . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
4.2.2 Coloriages du cube . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3
1 Le cardinal pour dénombrer
Une première manière de dénombrer un ensemble peut être de rechercher un isomor-
phisme entre l’ensemble à dénombrer et un ensemble dont on connaît le cardinal. Les notions
introduites sont présentes dans le livre [4].
Définition 2. On dit qu’un ensemble E, est fini, s’il existe une bijection de l’intervalle [n] de N∗
sur E. Une telle bijection est alors appelée numérotation de E.
Si E est un ensemble fini, il ne peut être mis en bijection, d’après la proposition 1, qu’avec
un seul intervalle de la forme [n]. Cet entier est donc déterminé de manière unique.
Définition 3. On appelle cardinal de E, l’unique entier n tel que E soit en bijection avec [n]. On
le note card(E) ou encore | E| s’il n’y a pas ambiguïté. On dit encore que E contient n éléments.
Dans la suite, on convient que l’ensemble vide est fini et on pose |∅| = 0.
Exemple 4. {2, 4, 8, 16} est un ensemble fini de cardinal 4, mais N, Q et R ne le sont pas.
La proposition suivante est une conséquence immédiate de la définition du cardinal et de
la proposition 1.
E ∪ F = { x | x ∈ E ∨ x ∈ F }.
On peut étendre cette définition à une famille finie d’ensembles. Soit I une partie de N, ( Ei )i∈ I
une famille d’ensembles. On a
[
Ei = { x |∃i ∈ I, x ∈ Ei }.
i∈ I
4
Définition 7. Soient E et F deux sous-ensembles. L’intersection de E et F, noté E ∩ F est l’en-
semble des éléments qui sont à la fois dans E et dans F (non exclusif). On a
E ∩ F = { x | x ∈ E ∧ x ∈ F }.
E1 × E2 × . . . × E p = { x = ( x1 , x2 , . . . , x p )|∀i ∈ [ p], xi ∈ Ei }.
| E1 + . . . + Ek | = | E1 | + . . . + | Ek |.
Proposition 10. Si E et F sont finis mais non nécessairement disjoints, on a la formule dite des
"quatre cardinaux"
| E ∪ F | + | E ∩ F | = | E| + | F |
.
On dispose également d’une formule plus générale pour l’union de n ensembles, appelée
formule du crible de Poincaré, ou encore principe d’inclusion-exclusion.
Proposition 11 (Principe d’inclusion-exclusion). Soient n ≥ 2 et E1 , . . . , En des ensembles
quelconques, éventuellement vides, mais finis. Alors
n
| E1 ∪ E2 ∪ . . . ∪ En | = ∑ (−1)k−1 ∑ | Ei1 ∩ . . . ∩ Eik |.
k =1 1≤i1 <...<ik ≤n
5
Exemple 12. Grâce à cette formule, on peut déterminer le nombre S p,n de surjections de [ p]
dans [n]. Montrons le résultat suivant.
n
n
S p,n = ∑ (−1)n−k k p .
k =0
k
Pour y ∈ [n], soit Ey l’ensemble des applications de [ p] dans [n] qui ne prennent jamais la
valeur y. Une surjection de [ p] dans [n], est alors une application qui ne se retrouve dans aucun
S
des Ey . Autrement dit, S p,q = |[ p][n] | − | Ey |. D’après le principe d’inclusion-exclusion, on
y∈[ p]
a:
[ n
Ey = ∑ (−1)k−1 ∑ | EY |.
y∈[ p] k =1 Y ⊂[n]
|Y |=k
T
où EY = Ey est l’ensemble des applications de [ p] dans [n] telles qu’aucun élément de Y n’a
y ∈Y
d’antécédent. On remarque qu’il y en a autant que d’applications de [ p] dans [n] \ Y, et donc
| EY | = (n − |Y |) p . En remplaçant dans la formule, il vient :
[ n
Ey = ∑ (−1)k−1 ∑ (n − k) p
y∈[ p] k =1 |Y |=k
Y ⊂[n]
n
= ∑ (−1)k−1 (n − k) p |{Y ⊂ [n]||Y | = k}|
k =1
n
k −1 n
= ∑ (−1) (n − k)
k
p
k =1
On peut alors revenir à l’expression de S p,n et en utilisant la symétrie des coefficients bino-
miaux : (nk) = (n−
n
k ), on obtient bien le résultat voulu.
Exemple 13. On peut aussi calculer la probabilité que deux nombres entiers soient premiers
entre eux. On reviendra sur ce résultat après avoir introduit la formule d’inversion de Möbius
dans la section 2.
La formule de la somme peut être reformulée de façon intuitive en une règle de la somme :
"si un objet a peut être choisi de n façons et un objet b de p autres façons, il y n + p façons de
choisir soit a, soit b". Toutefois cet énoncé conserve une légère ambiguïté et c’est justement le
langage de la théorie des ensembles qui permet de lever celle-ci, avec le produit cartésien.
| E × F | = | E | · | F |.
| E1 × . . . × En | = | E1 | × . . . × | En |.
6
De même la règle du produit s’énonce comme suit : "si un objet a peut être choisi de n
façons et qu’ensuite un objet b peut être choisi de p façons, la paire ( a, b), prise dans cet ordre,
peut être choisie de np façons".
Dans le langage fonctionnel, on peut dire que l’ensemble B A de toutes les applications d’un
ensemble A, de cardinal p, dans un ensemble B, de cardinal n, a pour cardinal n p .
Exemple 15. Le nombre de parties d’un ensemble à n éléments, est 2n . En effet si b1 , . . . , bn sont
les éléments de B numérotés, toute partie A de B est entièrement caractérisée par la donnée
d’une suite ( x1 , . . . , xn ), où pour 1 ≤ i ≤ n chaque xi vaut 0 ou 1. On a donc une bijection entre
les parties de B et {0, 1}n .
Exemple 16. L’alphabet Braille, est un alphabet adapté pour les malvoyants, dont chaque ca-
ractère peut être codé avec au plus 6 points. On peut donc coder 26 = 64 caractères différents,
ce qui permet de coder l’intégralité de notre alphabet, ainsi que les chiffres et les symboles de
ponctuation.
On dispose également d’un résultat fort utile en pratique, connu sous le nom de lemme des
bergers, qui s’énonce comme suit.
Proposition 17 (Lemme des bergers). Soient A et B deux ensembles finis, de cardinaux respec-
tifs a et b. Soit f : A → B une surjection telle que pour tout y ∈ B, | f −1 (y)| = c, où c ∈ N, alors
on a a = b × c.
Exemple 18. L’application la plus simple de ce lemme, et qui lui donne son nom également, est
la suivante. Un berger souhaite compter ses moutons, mais il ne voit que leurs pattes. Chaque
mouton ayant 4 pattes, s’il voit 36 pattes, c’est qu’il y a en fait 36
4 = 9 moutons, d’après le
lemme des bergers.
Exemple 19. On peut utiliser ce résultat pour dénombrer les sous-espaces vectoriels de dimen-
sion finie sur les corps finis. Soit K un corps fini de cardinal q. Soit n ∈ N∗ , notons E = Kn
un K-espace vectoriel. Cherchons ses sous-espaces vectoriels de dimension p, notons Sq (n, p)
leur nombre. Une base de E est la donnée d’un n-uplet de vecteurs de E linéairement indépen-
dants. Pour construire une telle base, on dispose de qn − 1 possibilités pour le premier vecteur
(en effet il y a q possibilités pour chaque composante du vecteur, et le vecteur nul ne convient
pas). Notons e1 ce premier vecteur. Pour le deuxième vecteur, on peut prendre tous les vecteurs
sauf ceux qui sont dans vect(e1 ), ce qui interdit tous les vecteurs de la forme Ke1 , c’est à dire
q vecteurs. Il reste alors qn − q possibilités pour le deuxième vecteur, notons le e2 . En remar-
quant que vect(e1 , e2 , . . . , ei ) interdit qi vecteurs, on déduit de proche en proche que le nombre
de bases possibles pour E est (qn − 1)(qn − q) . . . (qn − qn−1 ). Considérons alors l’application :
f : {bases de E} → {bases de F }
( e1 , e2 , . . . , e n ) 7 → ( e i1 , . . . , e i p )
où (e1 , e2 , . . . , en ) est une base de E, F un sous-espace vectoriel de dimension p, et (ei1 , . . . , ei p )
une base de cet espace. Cette application est clairement surjective. Pour appliquer le lemme
des bergers, il reste à savoir combien de familles libres de taille p on peut former dans E. On
peut raisonner exactement de la même manière que précédemment, en s’arrêtant dès qu’on a
p vecteurs. Ceci donne un total de (kn − 1) . . . (kn − k p−1 ) familles. En appliquant le lemme des
bergers on obtient alors :
(kn − 1)(kn − k) . . . (kn − kn−1 ) (kn − 1)(kn−1 − 1) . . . (kn− p+1 − 1)
Sk (n, p) = = .
( k n − 1 ) . . . ( k n − k p −1 ) (k p − 1)(k p−1 − 1) . . . (k − 1)
Si p = 0, par convention, on prendra Sk (n, 0) = 1. Ces entiers sont également appelés co-
efficients binomiaux de Gauss. En particulier avec k = 3, n = 3, on en déduit qu’il y a
S3 (3, 0) + S3 (3, 1) + S3 (3, 2) + S3 (3, 3) = 28 sous-espaces vectoriels dans (F3 )3 .
7
1.3 Arrangements
Définition 20. Supposons B de cardinal n. Une suite (c1 , . . . , c p ) est dite ( p, n)-injective, si elle
est de longueur n, si tous ses termes ci sont pris dans B et si tous les ci sont distincts. On appelle
une telle suite, un arrangement. L’ensemble de tous les arrangements de p éléments dans un
ensemble à n éléments est noté A( p, n), et son cardinal A( p, n).
n!
A( p, n) = = n ( n − 1) . . . ( n − p + 1).
(n − p)!
Exemple 22. En particulier, le nombre de permutations d’un ensemble de cardinal n est égal à
A(n, n) = n!.
Dans le langage fonctionnel A( p, n) est le cardinal de l’ensemble des injections d’un en-
semble de cardinal p dans un ensemble de cardinal n.
Un résultat fort utile en probabilités et souvent utilisé en pratique est celui du paradoxe
des anniversaires.
Proposition 23 (Les anniversaires). Parmi n personnes, la probabilité pour qu’au moins deux
A(n,365)
d’entre elles aient leur anniversaire le même jour est Pn = 1 − 365n .
En particulier on a les valeurs approchées suivantes : P15 = 0, 25, P23 = 0, 51, P32 = 0, 75 et
P55 = 0, 99.
Ce paradoxe est notamment utilisé en cryptographie pour prouver certaines propriétés sur
des tests de primalité tels que celui de Miller-Rabin.
1.4 Combinaisons
1.4.1 Coefficients binomiaux
Lorsqu’on s’intéresse aux parties de taille p ≥ 0 d’un ensemble à n ≥ 0 éléments, on voit
apparaître d’autres nombres remarquables : les coefficients binomiaux.
avec les conditions initiales : (n0 ) = 1 pour tout n ≥ 0 et ( 0p) = 0 pour tout p ≥ 1.
Cette relation peut s’obtenir de manière intuitive en remarquant que pour construire une
partie à p éléments dans un ensemble à n éléments, soit on part d’une partie à p − 1 éléments
dans un ensemble à n − 1 éléments, puis on ajoute le n-ième élément pour avoir p éléments,
soit on n’utilise pas le n-ième élément, et on prend une partie à p éléments dans un ensemble à
n − 1 éléments. Les petites valeurs de ces coefficients sont visibles dans le tableau 1, et forment
une figure appelée triangle de Pascal.
Exemple 25. Les coefficients binomiaux apparaissent naturellement, lorsqu’on élève une somme
de deux termes à la puissance n. En effet, si on cherche à développer ( a + b)n , dans la somme
8
p=0 1 2 3
n=0 1
1 1 1
2 1 2 1
3 1 3 3 1
on aura uniquement des termes de la forme a p bn− p , et pour obtenir un tel terme il a fallu choi-
sir p fois le terme a dans le produit des n termes, il y a donc exactement (np) manières d’obtenir
ce terme. D’où la formule du binôme de Newton :
n
n p n− p
( a + b) = ∑
n
a b .
p =0 p
Exemple 27. Il y a exactement 144 mains de cinq cartes d’un jeu de bridge contenant exacte-
ment deux as, deux rois et une dame.
Exemple 28. Le nombre de suites strictement croissantes de longueur p, où les termes sont
extraits d’un ensemble de cardinal n est (np). De plus le nombre de telles suites croissantes
est égal à (n+pp−1). En effet soit c = (c1 ≤ c2 ≤ . . . ≤ cn ) une suite croissante. On lui fait
correspondre la suite d = (d1 < d2 < . . . < dn ), définie par :
d1 = c1 ; d2 = c2 + 1 ; . . . ; dn = cn + p − 1.
La suite d ainsi formée est bien strictement croissante. De plus,
1 ≤ d1 < d2 < . . . < dn ≤ n + p − 1.
L’application c 7→ d envoie bijectivement l’ensemble des suites croissantes dans l’ensemble des
suites strictement croissantes de longueur p dont les termes sont pris dans [n + p − 1]. Comme
le cardinal de l’ensemble de ces dernières suites est égal (n+pp−1), c’est aussi le nombre de suites
croissantes voulu.
Proposition 29. Le nombre de suites ( x1 , . . . , x p ) qui sont solutions en nombres entiers positifs
de l’équation (à n et p fixés) :
x1 + x2 + . . . + x p = n.
est égal au coefficient binomial (n+np−1).
Démonstration. Soit x = ( x1 , . . . , x p ) une telle solution. On lui associe, la suite croissante
y = (y1 , . . . , y p ) définie par yi = 1 + x1 + . . . + xi , pour i ∈ [ p]. On a : 1 ≤ y1 ≤ . . . ≤
yn−1 ≤ yn = 1 + n. Réciproquement, si y est une telle suite, on définit x = ( x1 , . . . , xn ) par :
xi = yi − yn−i , pour i ∈ [2, n] et x1 = y1 − 1. Il y a donc une bijection entre les solutions x de
l’équation et les suites croissantes, au sens large, de longueur ( p − 1), dont les termes sont pris
dans [1 + n]. D’après le résultat précédent, le cardinal de l’ensemble des solutions est :
(1 + n ) + ( p − 1) − 1 n+ p−1 n+ p−1
= = .
p−1 p−1 n
□
9
1.4.2 Coefficients multinomiaux
On peut généraliser la notion de coefficients binomiaux avec les coefficients multinomiaux.
Définition 30. Soient n et k deux entiers tels que 1 ≤ k ≤ n, ainsi qu’une suite d’entiers
(n1 , . . . , nk ) satisfaisant à :
n1 ≥ 0, n2 ≥ 0, . . . , nk ≥ 0 et n1 + n2 + . . . + nk = n.
p!
Un coefficient multinomial est un nombre de la forme : n1 !n2 !...nk ! . On le note (n1 ,n2n,...,nk ). Dans
le cas où k = 2, on a n1 + n2 = n et on retrouve le coefficient binomial : (n1n,n2 ) = (nn1 ).
Proposition 33. Soient z1 , . . . , zk des éléments pris dans un anneau commutatif. On a l’identité
multinomiale :
n
( z1 + z2 + . . . + z k ) = ∑
n
z1n1 z2n2 . . . znk k
n1 , . . . , n k
où la sommation est étendue à l’ensemble des suites (n1 , . . . , nk ) d’entiers satisfaisant à : n1 ≥
0, . . . , nk ≥ 0 et n1 + . . . + nk = n.
. Si la quantité qui nous intéresse est gk alors on dispose d’une formule, dite formule d’inver-
sion de Pascal pour échanger les rôles de f et g.
10
Proposition 34 (Inversion de Pascal). Si ( f n )n∈N et ( gn )n∈N sont deux suites de réels telles que :
n
n
∀n ∈ N, f n = ∑ g
k =0
k k
on a alors :
n
n−k n
∀n ∈ N, gn = ∑ (−1) k k
f .
k =0
Exemple 35. En remarquant que l’ensemble des applications de [ p] dans [n] peut s’écrire comme
la réunion disjointe des ensembles d’applications où k ∈ {0, . . . , n} éléments de l’ensemble
d’arrivée ont des antécédents, on obtient une nouvelle manière de compter le nombre de sur-
jections de [ p] dans [n]. En effet, pour obtenir le nombre d’applications où exactement k élé-
ments ont des antécédents, il suffit de choisir les k éléments (il y en a (nk)), puis de multiplier
n
par le nombre de surjections vers les k éléments choisis : S p,k . On a alors : n p = ∑ (nk)S p,k . En
k =0
n
appliquant la formule d’inversion de Pascal, on a S p,n = ∑ (nk)(−1)n−k k p . Et on retrouve bien
k =0
le résultat de la section 1.
11
Proposition 38. Si m et n sont deux entiers premiers entre eux, on a alors µ(mn) = µ(m)µ(n).
On dit alors que µ est une fonction multiplicative
On introduit également le produit de convolution (ou de Dirichlet) de deux suites réelles.
∗
Définition 39. Soient u et v deux suites réelles de RN , on appelle produit de Dirichlet de u et
v et on note u ∗ v, la suite définie par :
n
∀n ∈ N∗ , (u ∗ v)(n) = ∑ u(d)v .
d∈D
d
n
Proposition 40. Soient (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ deux suites à valeurs réelles, et (wn )n∈N∗ leur pro-
duit de convolution. Si les séries ∑ un et ∑ vn sont absolument convergentes, il en est de même
de la série ∑ wn et on a : ! !
+∞ +∞ +∞
∑ wn = ∑ u n ∑ vn .
n =1 n =1 n =1
r
Démonstration. Le résultat pour n = 1 est évident car µ(1) = 1. Si n = ∏ piαi est la décom-
i =1
position en facteurs premiers de l’entier n ≥ 2, tous les diviseurs de n sont alors de la forme
r β
d = ∏ pi i avec 0 ≤ β i ≤ αi , pour 1 ≤ i ≤ r, et µ(d) = 0 si l’un des β i est supérieur ou égal
i =1
à 2. Or pour i ∈ [r ], il y a exactement (ri) manières de choisir un r-uplet ( β 1 , . . . , β r ) formé de
i termes égaux à 1 (et r − i termes égaux à 0), et pour chacun de ces choix, on a µ(d) = (−1)i ,
donc :
r
r
∑ µ(d) = ∑ i (−1)i = (1 − 1)r = 0.
d∈Dn i =0
Théoreme 42 (Probabilité que deux nombres soient premiers entre eux). Pour tout entier
n ≥ 2, on se place sur l’espace probabilisé ([n]2 , P ([n]2 ), P), avec la mesure de probabilité P
définie par :
1
∀( a, b) ∈ [n]2 , P({( a, b)}) = 2 .
n
On s’intéresse à l’évènement Rn = {( a, b) ∈ [n]2 , a ∧ b = 1} et on note rn = P( Rn ) sa probabi-
lité. Alors on a :
6
lim rn = 2 .
n→+∞ π
12
Démonstration. La démonstration va se faire en trois étapes :
Etape 1 : Montrons dans un premier temps l’expression suivante de rn :
1 n j n k2
∀n ∈ N∗ , rn = ∑ µ(d) .
n2 d =1
d
[
k \
Ui = ∑ (−1)1+| I | Ui .
i =1 ∅6= I ⊂[k] i∈ I
T
Or, pour I = {i1 , . . . , il } ⊂ [k ], on a : Ui = {( a, b) ∈ [n]2 , pi1 . . . pil | a et pi1 . . . pil |b},
i∈ I
car si pik | a pour tout k ∈ [l ], comme les pik sont des nombres premiers, ils sont deux à deux
T j k2
n
premiers entre eux, et donc leur produit divise a. De cela, on déduit Ui = pi ...p il
. En
j k i∈ I 1
effet, seuls les entiers (kpi1 . . . pil , k0 pi1 . . . pil ) pour k, k0 ∈ pi ...p
n
i
, sont dans l’intersection des
1 l
Ui . En revenant au calcul de An , on obtient alors :
2
n
| An | = n −2
∑ (−1) 1+ l
p i1 . . . p i l
{i1 ,...,il }⊂[k]
2
n
2
=n + ∑ µ ( p i1 . . . p i l ) p i . . . p i
{i ,...,i }⊂[k]
1 l 1 l
n j n k2
= n2 + ∑ µ(d) d
d =2
n j n k2
= ∑ µ(d)
d
.
d =1
Notez que pour le passage de la deuxième à la troisième ligne, on décompose tous les entiers
compris entre 2 et n en produit de facteurs premiers, et on remarque que tous les termes ajoutés
sont en fait nuls.
Etape 2 : L’expression de rn obtenue ne permet pas de conclure directement, quant à la
probabilité asymptotique de l’évènement Rn . Toutefois, on sait que bnc ∼ n, et cela nous
n→+∞
donne l’intuition que :
+∞
µ(d)
n→+∞
lim rn = ∑ d2
.
d =1
13
µ(n)
Montrons ce résultat. Pour tout entier n ≥ 1, on a µ(n) ∈ {−1, 0, 1}, donc | n2
| ≤ 1
n2
, et en
µ(n
conséquence la série ∑ n2
est absolument convergente. Pour tout entier n ≥ 1, on a :
µ(k)
n
1 n
n 2 j n k2
ϵn = ∑ 2 − r n = 2 ∑ µ(k) k − k
k =1
k n k =1
avec, pour tout entier k compris entre 1 et n, 0 ≤ nk − 1 < nk ≤ nk . En élevant au carré, on
obtient alors : n 2 j n k2 n 2 n 2 n
0≤ − < − − 1 = 2 − 1.
k k k k k
Ceci nous donne :
1 n n 2 j n k2 2 n 1 1
| ϵn | ≤ 2 ∑ − < ∑ − .
n k =1 k k n k =1 k n
n
log(n)
Avec ∑ 1
∼
k n→+ log(n) et lim n = 0, il en résulte que lim ϵn = 0. Donc la suite (rn )n∈N∗
k =1 ∞ n→+∞ n→+∞
+∞
µ(d)
est convergente et lim rn = ∑ d2
.
n→+∞ d =1
+∞
µ(d)
Etape 3 : Il ne reste plus qu’à calculer la somme ∑ d2
. Pour cela on va montrer le résultat
d =1
suivant : ! !
+∞ +∞
µ(d) 1
∑ d2 ∑ n2 = 1.
d =1 n =1
µ(n)
Les séries ∑ n12 et ∑ n2
sont absolument convergentes et on a :
! !
+∞ +∞ +∞
µ(d) 1
∑ d2 ∑ n2 = ∑ wn
d =1 n =1 n =1
où w1 = µ(1) = 1 et :
2
µ(d) d 1
∀n ≥ 2, wn = ∑ d2 n
= 2
n ∑ µ(d) = 0.
d∈Dn d∈Dn
+∞
µ(d) 1
Ceci nous donne le résultat voulu, et donc ∑ d2
= ζ (2)
. On peut alors conclure :
d =1
+∞
µ(d) 1 6
lim rn =
n→+∞
∑ d 2
=
ζ ( 2 )
= 2.
π
d =1
□
De manière analogue, si on note rn,k la probabilité que k ≥ 2 entiers compris entre 1 et n
soient premiers entre eux, on peut montrer que :
+∞
µ(d) 1
lim rn,k =
n→+∞
∑ d k
=
ζ (k)
.
d =1
14
2.2.2 La formule d’inversion et applications
On présente maintenant le principal résultat de cette section, qui s’obtient directement à
partir de l’inversibilité de la fonction de Möbius.
∗
Théoreme 43 (Formule d’inversion). Pour toutes suites u, v dans RN , les assertions suivantes
sont équivalentes :
∀n ∈ N∗ , u(n) = ∑ v ( d ),
d∈Dn
n
∀n ∈ N∗ , v(n) = ∑ µ(d)u .
d∈Dn
d
∏ ∏
n
Xq − X = P.
d|n P∈ A(d,q)
15
En appliquant la formule d’inversion de Möbius, on obtient :
n
nI (n, q) = ∑ µ qd .
d|n
d
De ce résultat on peut notamment déduire que sur un corps fini, il y a des polynômes irréduc-
tibles de tout degré.
3 Séries génératrices
Cette section n’a pas pour objectif de détailler complètement ce que sont les séries généra-
trices. Si le lecteur veut en apprendre davantage à leur sujet il trouvera son bonheur dans le
livre [3], qui présente une méthode symbolique pour déterminer des séries génératrices. Ces
dernières sont un outil puissant pour l’étude d’objets combinatoires, c’est pourquoi nous les
introduisons ici, avec une mise en pratique sur quelques exemples.
3.1.1 Motivation
Les séries génératrices sont un outil algébrique qui permet de reformuler des problèmes
de combinatoire afin de les transformer en des problèmes de manipulation d’expressions al-
gébriques. En particulier, en combinatoire, il s’agit souvent de déterminer le nombre d’objets
d’un certain type qui sont de taille n, ce qui donne lieu à une suite ( an ) dont on cherche à dé-
terminer le n-ième terme. La fonction génératrice associée à la suite ( an ) est la série formelle :
a0 + a1 x + a2 x 2 + . . . = ∑ ak x k .
k ≥0
On l’appelle la série géométrique (car elle correspond à la somme des termes d’une suite géo-
métrique). On remarque que : A( x ) − 1 = xA( x ), donc (1 − x ) A( x ) = 1. Cela signifie que la
16
série formelle A( x ) a un inverse : la série formelle (1 − x ), ce que l’on notera de manière un
peu plus suggestive :
1
∑ xn = 1 − x .
n ≥0
Il suffit alors d’identifier les coefficients, ce qui donne une infinité d’équations pour les ai et les
b j . La première est a0 b0 = 1, qui nous dit que la condition a0 6= 0 est effectivement nécessaire.
On choisit alors b0 = a10 . La deuxième équation est a0 b1 + a1 b0 = 0, et comme a0 6= 0, on obtient
b1 = − aa1 b0 0 . On peut effectuer une récurrence sur n pour obtenir le coefficient bn , connaissant
les coefficients b0 , . . . , bn−1 . L’équation ∑in=0 ai bn−i = 0 avec la condition a0 6= 0, nous donne
P
alors bn . En particulier, les fraction rationnelles de la forme Q avec P et Q des polynômes et
Q(0) 6= 0 peuvent s’écrire comme des séries formelles.
Dérivée : La dérivée au sens formel d’une série génératrice se définit, par analogie avec les
polynômes, avec :
!0
∑ an x n = ∑ nan xn−1 .
n ≥0 n ≥1
Exemple 48. Soit G la série géométrique définie ci-dessus. Par définition, sa dérivée est ∑ nx n−1 ,
n ≥1
1
et en dérivant 1− x , on obtient :
1
∑ nxn−1 = (1 − x)2 .
n ≥1
17
Si on continue de cette manière, on va pouvoir obtenir des formules pour (1 − x )−k pour
tout entier naturel k. En généralisant la formule du coefficient binomial, on va pouvoir étendre
la formule du binôme aux exposants quelconques.
Définition 49. Soient r un réel et k un entier naturel. Alors on définit le coefficient binomial
généralisé (kr ), par :
r r (r − 1) . . . (r − k + 1)
= .
k k!
Évidemment, cette formule coïncide avec la formule connue des coefficients binomiaux.
Proposition 50 (Formule du binôme généralisée). Pour tout entier relatif k, on a :
k i
(1 + x ) k = ∑ x.
i ≥0
i
3.2 Applications
On présente dans cette section des exemples qui font intervenir les séries formelles, que ce
soit pour simplement simplifier les calculs ou bien obtenir une formule close pour les coeffi-
cients d’une série donnée.
18
F IGURE 1 – Illustration des triangulations possibles du pentagone.
Il est plus commode de commencer à numéroter la suite à partir de 0 plutôt qu’à partir de 2.
Donc en posant cn = tn+2 , on a :
n
c0 = 1 et cn+1 = ∑ ck cn−k .
k =0
19
Les nombres cn sont appelés nombres de Catalan. Considérons la série génératrice associée aux
cn :
+∞
C(x) = ∑ cn x n .
n =0
Déterminons à présent une équation vérifiée par C. D’après la formule du produit de Cau-
chy de deux séries, on a :
+∞ n
C ( x )2 = ∑ ∑ ck cn−k x n
n =0 k =0
+∞
= ∑ c n +1 x n .
n =0
+∞
Ceci nous donne 1 + xC ( x )2 = 1 + ∑ cn+1 x n+1 = C ( x ). L’idée est alors de résoudre l’équation
n =0
polynomiale de degré 2 : 1 − C ( x ) + xC ( x )2 = 0, pour deviner le résultat à montrer. On trouve :
√
? 1± 1−4x
C(x) = 2x Ici, comme f (0) = c0 = 1, on va montrer le résultat suivant :
.
√
1 − 1 − 4x
C(x) = = ϕ ( x ).
2x
√
Déterminons dans un premier la série formelle associée à 1 − 4x :
√ +∞
(1/2 − 1) . . . (1/2 − n + 1)
1 − 4x = ∑ n!
(−1)n 4n x n
n =0
+∞
(−1)n+1
= ∑ 2 n n! (2n − 1)
(1 × . . . × (2n − 1))(−1)n 4n x n
n =0
+∞
1 (2n)! n n
=− ∑
2 n n! (2n − 1) 2n n!
4 x
n =0
+∞
2n xn
= 1− ∑ .
n =1
n (2n − 1)
De cela, on déduit la série formelle associée à ϕ :
+∞ +∞
1 +∞ 2n xn 2n x n −1 2n + 2 xn
ϕ( x ) = ∑
2x n=1 n (2n − 1)
= ∑
n (4n − 2)
= ∑
n + 1 (4n + 2)
.
n =1 n =0
Les séries C et ϕ vérifient la même équation fonctionnelle, en identifiant les coefficients des
séries formelles associées, on obtient :
∗ 1 2n + 2 1 2n
∀n ∈ N , cn = = .
4n + 2 n + 1 n+1 n
4 Méthodes algébriques
Lorsqu’il est question de géométrie, l’algèbre n’est en général jamais très loin. Les pro-
blèmes de coloriage n’échappent pas à la règle. En effet, la difficulté majeure dans un pro-
blème de coloriage est qu’il ne faut pas compter deux fois le même coloriage. Pour résoudre ce
problème, la manière classique est de raisonner sur les isométries de la figure (qui forment un
groupe), puis de faire agir ce groupe sur la partie de la figure que l’on veut colorier. On dispose
alors de résultats sur les actions de groupe, qui nous permettent de nous en sortir. Cette partie
est inspirée de trois livres [1], [5] et [6].
20
4.1 Actions de groupe
Cette section sert principalement de rappels en ce qui concerne les actions de groupe. Les
notations sont introduites, et plusieurs résultats utilisés dans la suite sont présentés. Dans la
suite, on notera E un ensemble non vide et S( E) le groupe des permutations de E.
Définition 52. Une action à gauche du groupe G sur l’ensemble E est une application :
f : G×E → E
( g, x ) 7→ g · x
( g, h) ∈ G × G 7→ g · h = gh.
Définition 54. Soit G un groupe opérant sur un ensemble E. Pour tout x ∈ E, le sous-ensemble :
G · x = { g · x| g ∈ G}
Exemple 55. Pour l’action de S( E) sur E, il y a une seule orbite. En effet, pour tout x ∈ E, on
a S( E) · x = {σ( x )|σ ∈ S( E)} = E, car tout y ∈ E s’écrit y = τ ( x ), où τ est la transposition
τ = ( x, y) si y 6= x, τ = id si y = x.
Définition 56. L’action de G sur E est dite transitive s’il existe une seule orbite (égale à E). Cela
signifie que pour tout couple ( x, y) d’éléments de E il existe g ∈ G tel que g · x = y. Elle est
simplement transitive lorsque le g précédent est unique.
Définition 57. L’action est libre si pour tout couple ( x, y) d’éléments de E il existe au plus un
élément g de G tel que g · x = y (il en existe exactement un si x et y sont dans la même orbite
et aucun sinon).
Définition 58. On dit que l’action de G sur E est fidèle si le morphisme de groupes :
ϕ : g ∈ G 7→ (ϕ( g) : x 7→ g · x ) ∈ S( E).
( g ∈ G ) et ∀ x ∈ E, g · x = x ) ⇐⇒ ( g = 1)
Théoreme 59 (Cayley). L’action de G sur lui-même par translation à gauche est fidèle et G est
isomorphe à un sous-groupe de S( G ).
21
Définition 60. Soit G un groupe opérant sur un ensemble non vide E. Pour tout x ∈ E, le
sous-ensemble :
Gx = { g ∈ G | g · x = x }
de G est le stabilisateur de x sous l’action de G.
On vérifie facilement que ces stabilisateurs Gx sont des sous-groupes de G (en général non
distingués).
On présente maintenant un résultat liant les cardinaux de l’orbite et du stabilisateur d’un
élément.
Théoreme 61. Soit ( G, ·) un groupe opérant sur un ensemble E. Pour tout x ∈ E l’application :
ϕx : G/Gx → G·x
ḡ = gGx 7→ g · x
Card( G )
Card( G · x ) = [ G : Gx ] = .
Card( Gx )
Théoreme 62 (Equation aux classes). Soit ( G, ·) un groupe fini opérant sur un ensemble fini E.
En notant Gx1 , . . . , Gxr toutes les orbites deux à deux distinctes, on a :
r r
Card( G )
Card( E) = ∑ Card(G · xi ) = ∑ Card(Gx ) .
i =1 i =1 i
Exemple 63. Employons les résultats obtenus jusqu’à présent pour dénombrer les matrices
diagonalisables sur un corps fini. On note Fq = {α1 , . . . , αq } un corps à q = pr éléments, p
premier, r ≥ 0. Notons Dn (q) l’ensemble des matrices diagonalisables de Mn (q) = Mn (Fq ).
Alors, avec la convention | GL0 (q)| = 1, on a le résultat suivant :
| GLn (q)|
| Dn (q)| = ∑ q
m1 ,...,mq ∈N
m1 +...+mq =n
∏ | GLmi (q)|
i =1
Démonstration. Le groupe GLn (q) agit par conjugaison sur Dn (q). Commençons par décrire
les orbites de cette action. Pour M ∈ Dn (q), on a :
M est diagonalisable donc il existe m = (m1 , . . . , mq ) ∈ Nq tel que Dm ∈ GLn (q) · M, avec :
α1 Im1 0
..
Dm = . .
0 αq Imq
22
De plus si Dm0 ∈ GLn (q) · Dm , alors les polynômes caractéristiques de Dm0 et Dm sont égaux
q
et : χ Dm0 = χ Dm = ∏ ( X − αi )mi , et donc m = m0 . Finalement, comme les orbites forment une
i =1
partition de l’ensemble Dn (q), on obtient :
G
Dn ( q ) = GLn (q) · Dm .
m1 +...+mq =n
Il reste à trouver le cardinal des orbites. Pour cela on va utiliser la relation entre l’orbite et le
stabilisateur d’un élément :
| GLn (q)
| GLn (q) · Dm | = .
| GLn (q) Dm |
Si P ∈ GLn (q) Dm alors PDm = Dm P, i.e. P est dans le commutant de Dm . Notons Eλ ( Dm ) le
sous-espace propre de Dm associé à la valeur propre λ. Soit X ∈ Eλ ( Dm ). On a : Dm PX =
PDm X = λPX et donc PX ∈ Eλ ( Dm ). Donc P laisse stable tous les sous espaces propre de Dm .
L
Or Kn = Eλ ( Dm ), donc :
λ
P1 0
..
P= .
0 Pq
avec Pi ∈ GLmi (q).
Réciproquement, si P est de cette forme alors on a bien PDm = Dm P.
q
Finalement, pour chaque choix de Pi il y a | GLmi (q)| possibilités, d’où | GLn (q) Dm | = ∏ | GLmi (q)|.
i =1
On en déduit le résultat voulu en passant aux cardinaux dans l’expression de Dn (q)
Démonstration. Notons O1 , . . . , Ok les k orbites de cette action. Pour obtenir la formule vou-
lue il suffit de calculer le cardinal de F = {( g, x ) ∈ G × E| g · x = x } de deux façons :
card( F ) = ∑ ∑ card({( g, x)| g · x = x}) = ∑ card( f ix( g))
g∈ G x ∈ E g∈ G
|G| k
|G|
card( F ) = ∑ | Gx | = ∑ =∑ ∑
| G · x | i=1 x∈Oi | G · x |
x∈E x∈E
k k
1
= |G| ∑ ∑ = |G| ∑ 1 = k|G|
i =1 x ∈Oi
card(Oi i =1
23
D’où le résultat en divisant par | G |.
Cette formule est particulièrement utile pour des dénombrements en géométrie puisqu’en
faisant agir le groupe des isométries directes (i.e. des déplacements) d’une figure sur la figure
elle-même, on peut facilement déterminer le cardinal de f ix ( g), du moins en dimensions 2 et 3
car cela reste assez visuel. Une application typique de cette formule correspond au dénombre-
ment de colliers de perles, qui ne sera pas présenté ici, mais dont un exemple est présent dans
le livre [1]. Mais l’idée reste la même que celle présentée dans l’application qui suit.
24
5 Questions posées lors de l’oral
5.1 Sur le développement
Le développement présenté était celui de la probabilité que deux nombres soient premiers
entre eux.
— Comment peut-on interpréter le résultat obtenu en utilisant la fonction ζ de Riemann ?
∞
→ En utilisant l’expression de ζ comme produit eulérien on a : ζ (s) = ∏ 1
1− pi−s
. D’où :
i =1
∞
1
ζ (2)
= 6
π2
= ∏ (1 − pi−2 ). On peut interpréter la quantité (1 − pi−2 ), comme la probabi-
i =1
lité que le pgcd de deux nombres ne soit pas divisible par pi . De ce fait, le produit infini
exprime que le pgcd des deux nombres n’est divisible par aucun nombre premier, et
donc qu’ils sont premiers entre eux.
— A-t-on tendance à tirer des nombres premiers entre eux ? → Oui, car π62 > 0.5.
— Questions sur les étapes de calcul dans l’étape 1. → Des détails ont été apportés dans la
démonstration en section 2.2.1.
— Démontrer que la fonction de Möbius est inversible. → La démonstration est rédigée en
section 2.2.1.
Références
[1] François Combes. Algèbre et géométrie, volume 51. Bréal, 1998.
[2] Arthur Engel and Jean-Christophe Trad Novelli. Solutions d’expert. V. 1. Cassini, Pole Paris,
2007 Collection : Enseignement des mathématiques Format .
[3] Philippe Flajolet and Robert Sedgewick. Analytic combinatorics. cambridge University
press, 2009.
[4] Dominique Foata, Aimé Fuchs, and Jacques Franchi. Calcul des probabilités-3e édition : Cours,
exercices et problèmes corrigés. Dunod, 2012.
[5] Daniel Guin and Thomas Hausberger. Algebre, volume 1. EDP sciences, 2012.
[6] Jean-Etienne Rombaldi. Mathématiques pour l’Agrégation : Algèbre & géométrie. De Boeck
Superieur, 2017.
25