République de Venise
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45° 35′ N, 12° 41′ E
Sérénissime république de Venise
(vec) Serenìsima Repùblica Veneta
(it) Serenissima Repubblica di Venezia
697–1797
(1100 ans)
Drapeau.
Armoiries.
Carte des territoires ayant été sous domination vénitienne.
Informations générales
République sérénissime, république
Statut
aristocratique, oligarchie
Capitale Venise
Langue(s) Vénitien, italien, latin
Religion Catholicisme
Monnaie Monnaies de la république de Venise
Histoire et événements
697 Élection du 1er doge.
27 juin 1358 Traité de Zara avec le royaume de Hongrie.
Traité de Leoben : démembrement de la république
18 avril 1797
de Venise par la France et le Saint-Empire.
18 octobre 1797 Traité de Campo-Formio : fin de la république.
Doge
(1er) 697-717 Paolo Lucio Anafesto
(120e) 1789-1797 Ludovico Manin
Entités précédentes :
Empire byzantin
Entités suivantes :
Municipalité provisoire de Venise
Province vénitienne
République transpadane
République française (départements français de Grèce)
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La sérénissime république de Venise (en italien : Serenissima Repubblica di
Venezia ; en vénitien : Serenìsima Repùblica Veneta), ou plus
simplement république de Venise, parfois surnommée « la Sérénissime », est une
ancienne thalassocratie d’Italie, progressivement constituée au Moyen Âge autour de
la cité de Venise, et qui s’est développée par l’annexion de territoires divers en Italie
du Nord, le long des côtes de la mer Adriatique et en Méditerranée orientale : les
« Domini di Terraferma », l’Istrie, la Dalmatie, les bouches de Cattaro, l’Albanie
vénitienne, les îles Ioniennes, la Crète, l’Eubée, Chypre et d'autres îles grecques,
jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. En prise,
au Levant, avec les débouchés les plus occidentaux de la route de la soie, Venise
occupe alors une place prépondérante dans les échanges économiques entre
l’Occident et l'Orient méditerranéen, byzantin ou musulman.
La république de Venise a construit son indépendance politique et sa puissance
économique grâce au commerce maritime. Après avoir fait partie de l’Italie
byzantine et avoir aidé militairement l’Empire byzantin contre les
invasions arabes et normandes et contre les pirates dalmates qui nuisaient au
commerce, les Vénitiens obtinrent de l’Empire byzantin de plus en plus d’autonomie
et de privilèges commerciaux, et établirent des comptoirs dans l’Empire (« Stato da
Màr ») pour profiter de son commerce. La république n'a jamais eu officiellement
d'indépendance, mais est devenue progressivement indépendante de facto de
Constantinople au fil du temps.
Lors des croisades, Venise devint un lieu d’escale pour les croisés et développa un
axe de commerce Nord-Sud (avec les Anglais et les Flamands). Entre le XI et e
le XIII siècle, Venise émerge puis se développe au XIV siècle, via la « Bourse du
e e
Rialto » qui facilite le développement d'une flotte commerciale et le quadruplement
de la superficie de l'arsenal de Venise, véritable « État dans l'État », sur lequel la cité
construit sa richesse, laquelle permet de développer son importance politique.
Les institutions aristocratiques remarquablement stables (sur près d'un millénaire) de
la « Sérénissime », contribuent à son rôle politique essentiel.
À partir du XVI siècle, elle connaît une phase de déclin économique (le commerce
e
maritime s’est déplacé de la Méditerranée vers l’Atlantique) et politique, mais cette
régression territoriale est quelque peu occultée par une extraordinaire floraison
artistique, avant de disparaître en 1797, vaincue par Napoléon Bonaparte, alors
général aux ordres du Directoire révolutionnaire français. La « Sérénissime », avec
ce qui restait de son domaine territorial, passe alors par le traité de Campo-
Formio sous la souveraineté autrichienne.
Histoire[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Histoire de Venise, Chronologie de l'État de Venise et Vénétie
maritime.
La création[modifier | modifier le code]
La république de Venise vers 1000.
Depuis ses débuts au VI siècle Venise dépend de l'Empire byzantin, mais la
e
faiblesse de l'exarchat de Ravenne et des tribuns des îles face
aux Lombards favorise l'émergence d'un pouvoir local incarné par le premier duc ou
« doge », Paolucio Anafesto (697-717), personnage aux confins de la légende et de
l'histoire. Comme leurs prédécesseurs, les magister militum (représentants du
pouvoir impérial), les premiers doges résident à Eraclea. Le deuxième doge de la
tradition, Marcello Tegalliano (717-726), aurait d'ailleurs été lui-même magister
militum lorsque Paolo Lucio traita avec le souverain lombard Liutprand. Le troisième
doge — et premier historique —, l'hypatus Orso Ipato (726 à 737), hypatus signifiant
à peu près « consul » en grec, tente de secouer la tutelle impériale lors de la
crise iconoclaste et finit assassiné. Le pouvoir fut exercé pendant cinq ans par
des magistri militum avant d'être repris par le fils d'Orso, Teodato. Celui-ci transféra
son siège à Malamocco. Au IX siècle, le doge Angelo Participazio déménagea
e
finalement son siège à Rialto, à la suite du siège de Pépin d'Italie. Au XI siècle,
e
Venise s'émancipa de l'Empire byzantin et, en 1054, choisit l'obédience de Rome. Ce
fut le vrai début de l'existence de Venise sur la scène internationale.
L'expansion médiévale[modifier | modifier le code]
Au X siècle, les Vénitiens s'assurèrent le contrôle de la côte dalmate. Ils éliminèrent
e
notamment les pirates dalmates, entraves à leur commerce. La Dalmatie étant une
grande terre forestiere cette mainmise sur les côtes permit un approvisionnement en
bois, indispensable à la création d'une puissante flotte.
Néanmoins, l'essor de Venise s'appuya d'abord sur ses relations commerciales
avec Constantinople. En 1082, encore nominalement sous suzeraineté byzantine, les
Vénitiens reçurent d'importants privilèges commerciaux, en récompense de l'aide
navale qu'ils apportèrent au basileus Alexis Comnène contre les Normands qui
assiégeaient Durazzo. L'expansion prit d'abord pour cadre la mer Adriatique.
Comme les trois autres grands ports d'Italie, Gênes, Pise et Amalfi, Venise était
une ville-État qui établit son pouvoir par la proximité maritime, en italien Repubblica
Marinara. La république a soutenu la Ligue lombarde formée en 1167, emportant
la victoire de Legnano face à l'empereur Frédéric Barberousse en 1176. Frédéric fut
contraint de signer la paix de Venise en 1177 et les villes lombardes obtinrent la
reconnaissance de leurs libertés tout en acceptant la souveraineté impériale par
la paix de Constance.
Venise distança ses concurrentes en plusieurs étapes, la première étant la quatrième
croisade. En 1202-1204, elle participa à la quatrième croisade et reçut ainsi plusieurs
territoires lors du dépeçage de l'Empire byzantin, notamment plusieurs îles
grecques et une partie de la ville de Constantinople. Ces positions lui assuraient le
contrôle commercial de toute la Méditerranée orientale. Jusque-là reine de
l'Adriatique, elle devenait un point de passage obligé entre l'Orient maritime et
l'Occident continental. Le marchand Marco Polo symbolisa son esprit d’entreprise
au XIII siècle et au XIV siècle, qui vit la « Bourse du Rialto » permettre l'échange des
e e
parts de navire d'une flotte commerciale en pleine expansion, d'où le quadruplement
de la superficie de l'arsenal de Venise en trois décennies, mené par les autorités de
la ville.
La république de Venise se trouvait à la tête d'une guirlande de possessions
maritimes. Sa domination sur la Terre Ferme était réduite. En Italie du Nord, son
territoire n'allait pas au-delà de Vicence, Vérone, Padoue et des côtes du Frioul.
L'expansion vénitienne passa à une deuxième étape au lendemain de la guerre de
Chioggia (1378-1381). À plusieurs reprises entre le XIII siècle et le dernier tiers
e
du XIV siècle, Vénitiens et Génois se livrèrent des combats féroces. La guerre de
e
Chiogga consacra un temps la primauté de Venise sur Gênes, mais les deux villes
s'affrontèrent encore longtemps. La « cité des doges » devint le centre des échanges
méditerranéens jusqu'au début des guerres d'Italie (1494). La République dominait
l’« économie-monde » de l'époque grâce à son contrôle sur la majorité de la côte
Adriatique (notamment la plupart des villes-États dalmates), des îles de la mer Égée,
dont la Crète et Chypre et grâce à son influence notable au Moyen-Orient. Venise se
trouvait « au cœur du système de circulation le plus vaste de l'époque, étendu à la
mer entière »1. Elle s'adjugeait « la plus grosse part des achats de poivre et
d'épices du Levant, du moins venus de l'océan Indien aux échelles du Levant », et
elle était « par excellence le revendeur de ces denrées précieuses à l'Occident,
notamment à l'Allemagne, le plus gros consommateur d'Europe »1.
L'historienne Élisabeth Crouzet-Pavan constate que les marchands vénitiens étaient
actifs sur toutes les places commerciales, de Constantinople à la Crète, de Bruges à
l'Arménie, de l'Afrique du Nord à l'Eubée. Cette domination était assurée par la
supériorité technique des galères sorties de l'arsenal de Venise qui était, dans la
première moitié du XV siècle, le premier employeur de l'Occident avec dix-sept mille
e
employés, la flotte marchande vénitienne comptant alors vingt-cinq mille marins2.
Au XIV siècle, avide de régner sur l'Adriatique, la république de Venise étendit son
e
influence sur les villes du Frioul et de la péninsule d'Istrie après des siècles de conflit
avec les patriarches d'Aquilée. Le 13 juillet 1419, les forces de Venise, sous le
doge Tommaso Mocenigo, occupèrent Cividale et se préparèrent à la conquête
d’Udine, qui tomba le 7 juin 1420 après une âpre défense. Tout de suite
après, Gemona, San Daniele, Venzone et Tolmezzo tombèrent, ce qui marque la fin
de l’État du patriarcat frioulan. L'empereur Sigismond de Luxembourg reconnut les
conquêtes et céda le territoire en fief impérial au doge de Venise en 1437. Le comté
de Goritz (Gorizia) voisin et le port de Trieste échurent aux archiducs d'Autriche de
la maison de Habsbourg. L'ancienne marche d'Istrie se scinda en deux : le pourtour
maritime revint à la Sérénissime, l'intérieur des terres autour de Pisino aux
Habsbourg. Et cette situation perdura durant quatre siècles, jusqu'à la chute de
Venise, en 1797.
Ducat d'or ou sequin vénitien, début du XIV siècle.
e
Le revenu par habitant en 1400 était alors quinze fois plus élevé que celui
de Paris, Madrid ou Londres3. En 1423, dans son discours sur l'état de la cité, le
doge Tommaso Mocenigo put recenser trois mille navires marchands, trois cents
navires de guerre2. La Sérénissime est au summum de sa puissance.
L’État se comportait comme une gigantesque compagnie de navigation : tous les
ans, il affrétait, sous l’autorité du Sénat, quinze à vingt vaisseaux de 300 à 500
tonneaux, naviguant toujours groupés par deux ou quatre, vers l’Orient, l’Égypte,
l’Afrique du Nord, et de plus en plus vers les ports anglais et flamands.
L'administration était efficace et rigoureuse : la cité, sans arrière-pays, importait des
denrées alimentaires (céréales, viande, huile et vin) qui faisaient l’objet
d’un monopole de l’État.
Les guerres d'Italie[modifier | modifier le code]
Carte de l'Italie du Nord en 1402.
République de Venise
Au XV siècle, la République faisait partie des cinq principales puissances en Italie,
e
aux côtés du duché de Milan, du royaume de Naples, de la république de Florence,
et des États pontificaux. Ces différents États s'affrontaient pour la suprématie en
Italie. Venise en profita pour étendre son territoire sur la Terre Ferme
(Padoue, Vicence, Vérone, Trévise4, Bergame, Brescia, et le Frioul), notamment aux
dépens du duché de Milan.
La paix de Lodi en 1454 assura un statu quo entre ces puissances régionales, mais
l'irruption de grandes puissances étrangères, à la fin du XV siècle, perturba
e
l'équilibre. En 1494, le roi de France Charles VIII entra en Italie puis soumit Naples.
Venise prit l'initiative de la réaction : elle rassembla une coalition, la sainte Ligue,
constituée des principaux États italiens (sauf Florence et Naples), mais leur armée
ne put bloquer à Fornoue le retour du roi en France.
En 1499, Venise prit Crémone, Rimini en Romagne et Trieste. Cette croissance sur
la Terre Ferme inquiéta ses voisins qui formèrent en 1508 une alliance contre elle :
la Ligue de Cambrai. Elle comportait de redoutables ennemis, à savoir le pape,
l'Empereur, les rois de France, d'Angleterre, d'Espagne et de Hongrie. Sans compter
Florence et Ferrare. Le pape Jules II, dont le pouvoir temporel était menacé par les
Vénitiens en Romagne, prononça l'excommunication de la République le 27 avril
1509. En principe, elle ne pouvait donc plus célébrer des offices religieux sur son
territoire. Parallèlement, le roi de France Louis XII conduisait les opérations
militaires. Il pénétra en Vénétie et défit les troupes vénitiennes à Agnadel (en italien
Ghiaradadda). Malgré cette défaite retentissante, Venise parvint miraculeusement à
sauver son État. La cité ne fut pas prise et fut même capable de reprendre pied sur
la Terre Ferme grâce au soutien de paysans ou d'artisans5. Mieux, en 1511, la Ligue
de Cambrai se retourna contre le roi de France : le pape, les Espagnols et les
Anglais le chassèrent d'Italie.
Quelques années plus tard, les alliances se renversèrent encore. Les Vénitiens
soutinrent cette fois le roi de France François Ier qui s'engageait dans une reconquête
du Milanais. Ce soutien s'avéra décisif dans la victoire franco-vénitienne de
Marignan en 1515.
Dans les années suivantes, l'Italie resta un champ de bataille. François Ier et Charles
Quint s'y affrontèrent. Venise fut une des rares capitales italiennes à ne pas être
prises. Même Rome, la cité papale, subit un sac en 1527.
Perte de la suprématie commerciale et maritime (XVI siècle-1797) e
[modifier | modifier le code]
Les territoires de la république
de Venise : en rouge sombre les territoires conquis au début du XV siècle, en rouge
e
les territoires au début du XVI siècle, en rose les territoires conquis de manière
e
temporaire, en jaune les mers dominées par la flotte vénitienne au XV siècle, en
e
orange les principales routes commerciales, les carrés violets représentant les
principaux comptoirs commerciaux.
L'historien Fernand Braudel apporte les deux raisons qui expliquent le déclin de la
République à partir du XVI siècle : « Ce qui a eu raison de Venise, ce sont les routes
e
du monde qui se déplacent lentement de la Méditerranée à l'Atlantique ; ce sont les
États nationaux qui grandissent. Dès le XVI siècle, Venise se heurte à ces corps
e
épais : l'Espagne, la France, l'une et l'autre avec des prétentions impériales ; plus
encore surgit l'Empire turc, colosse d'un autre âge, mais colosse, contre lequel elle
s'épuisera »6.
La première raison, la remise en cause des anciennes routes commerciales, intervint
dès la fin du XV siècle lorsque, d'une part, Christophe Colomb aborda l'Amérique et
e
quand, d'autre part, Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance et atteignit
les Indes en 1498. De nouveaux espaces et de nouveaux itinéraires prometteurs
s'ouvraient ainsi pour les armateurs et les marchands. En pénétrant le
monde asiatique, les Portugais ont détourné les flux de commerce à leur profit. En
effet, les Portugais ont éliminé les traditionnels intermédiaires arabes qui assuraient
le transbordement des marchandises de l'Asie de l'Est vers les ports du Moyen-
Orient. Les ports méditerranéens, comme Alexandrie, qui hébergeaient les
précieuses épices ainsi que les marchands vénitiens virent leur trafic chuter. Ainsi,
Venise, comme le reste de la Méditerranée, se trouva marginalisée. Toutefois, la
croissance de la consommation mondiale permit à la République de retrouver son
niveau de commerce dans les années 1560. Un retour qui ne doit masquer le fait
qu'elle n'était plus le plus grand port européen. Elle ne récupéra jamais sa position
dominante, d'autant plus qu'à partir de la fin du XVI siècle les Nordiques (Anglais et
e
Hollandais) s'ingérèrent dans le commerce méditerranéen et le détournèrent à leur
profit.
La seconde raison du déclin vénitien résida dans sa confrontation aux grands États
voisins. La république de Venise, en dépit de sa richesse et de son éclat culturel,
pesait politiquement et militairement peu face à la France ou à l'Espagne. Surtout,
l'expansion de l'Empire ottoman en Méditerranée orientale se fit au détriment de
Venise. Si les Ottomans ne sont pas initialement un peuple marin, ils développèrent
une flotte nombreuse, mais également qualitative. Ironiquement, ils s’inspirèrent de
l’Arsenal de Venise pour créer leur flotte. Ainsi, les XV – XVII siècles furent émaillés
e e
de conflits entre Vénitiens et Ottomans, qui aboutirent à la perte de la majorité
du Stato del Mar. En effet, en dépit de la résilience vénitienne, la république n’avait
pas les ressources humaines et industrielles pour vaincre. Ainsi les Ottomans
enlevèrent les uns après les autres les comptoirs vénitiens sur les routes du Levant,
ainsi que les îles grecques.
Les quelques succès de Venise, fussent-ils éclatants, ne lui permirent pas de
reconquérir le terrain perdu. Néanmoins, en 1571, les Vénitiens fournirent environ la
moitié des navires de la flotte chrétienne qui défia les Ottomans lors de la victoire de
Lépante (1571). Malgré ce succès, elle dut abandonner Chypre un an plus tard. La
présence vénitienne dans les iles de Méditerranée orientale s'achève en 1669 avec
la perte de Candie. En 1718, la paix de Passarovitz entérinait la perte du royaume de
Morée que la République avait réussi temporairement à conquérir en 1687.
Le patriciat de Venise avait en conséquence recomposé son fondement économique.
L'exploitation agricole de la Terre Ferme (soie, riz, chanvre, élevage de moutons)
attira les capitaux jusque-là investis dans le commerce lointain. Cela se traduisit
également par une modification de la structure politique de la république,
l'aristocratie terrienne prenant le pas sur les marchands.
Malgré ce contexte difficile, compliqué par les épidémies de peste à la fin
du XVI siècle, l'État était tolérant dans le domaine de la religion ; exempt de
e
tout fanatisme, il ne procéda à aucune exécution pour hérésie pendant les années de
la Contre-Réforme, si bien que la population resta majoritairement catholique.
Neptune offre des cadeaux à Venise
Giambattista Tiepolo, années 1740
Palais des doges, Venise7
Face à la menace ottomane, Venise dut s’allier à l’Autriche qui était devenue la
principale puissance en Italie du Nord. Son économie fut rudement secouée par les
guerres. Après environ un millénaire d'indépendance, la république de Venise fut
occupée par les troupes de Napoléon Bonaparte, le 12 mai 1797, au terme de
la campagne d'Italie. L'invasion des Français mit ainsi un terme aux libertés
politiques des patriciens vénitiens, mais le rayonnement culturel de la cité des Doges
ne pâlit pas : elle resta une ville européenne élégante et raffinée, avec une forte
influence sur l'art, l'architecture et la littérature.
La chute[modifier | modifier le code]
À partir de la seconde moitié du XVIII siècle, Venise a perdu toute vocation maritime.
e
La Sérénissime n’est plus qu’une République aristocratique ordinaire. La puissance
de Venise ne réside plus dans sa maitrise des flux commerciaux, mais dans son
assise territoriale. En effet, en 1792, la flotte marchande vénitienne est réduite à
seulement 302 navires. La flotte militaire n’est composée que de 4 galères et 7
galiotes. À l’inverse, la république maitrise le nord-est de l’Italie. Néanmoins, la
puissance vénitienne reste très inférieure à des États comme la France. Venise doit
donc compter sur l’Autriche pour préserver son indépendance. Ainsi, lorsque les
Autrichiens furent battus lors de la campagne d’Italie, la situation vénitienne devint
intenable. Le 13 mars 1797, les villes de Brescia et Bergame se révoltent contre la
domination vénitienne. Napoléon en profite pour imposer un ultimatum, demandant la
démocratisation de la république. Finalement devant les menaces de la France, le
dernier doge, Ludovico Manin, abdiqua le 12 mai 1797.
Le traité de Campo-Formio, signé le 18 octobre 1797 entre la France et l’empire
d'Autriche, livra l’ex-république sérénissime à l'Autriche, qui la transforma aussitôt en
une province vénitienne (en italien : Provincia Veneta ; en allemand : Venedig
Provinz).
Il a existé une éphémère république de Saint-Marc en 1848-1849 créée par
l'insurrection de la ville contre le joug autrichien.
Le Veneto, province autrichienne, n'intégra l'Italie qu'en 1866 après la troisième
guerre d'indépendance, qui opposa le premier roi d'Italie Victor-Emmanuel II aux
Autrichiens.
Institutions[modifier | modifier le code]
Le système de gouvernement de cet État, relativement original pour l'époque, était la
république. Mais une république oligarchique, comme Florence, les villes
libres d'Empire, les Provinces-Unies, et la Confédération suisse. Les grandes
familles de la ville, représentées au Grand Conseil, élisaient le doge (duc) qui
conduisait la politique sa vie durant. Les Vénitiens ont élaboré au cours des siècles
une organisation institutionnelle originale et très complexe visant, d'une part à
concentrer les pouvoirs entre un nombre restreint (42 en tout) de familles
patriciennes d'ancienne origine, d'autre part à éviter toute évolution vers un système
de type monarchique, malgré la prééminence d'un personnage, le doge, qui
symbolisait le pouvoir de l'État et représentait la Sérénissime République.
Fonctionnement de la république de Venise.
Le concio[modifier | modifier le code]
À l'origine, le concio, assemblée populaire vénitienne (équivalente à l'arengo des
autres cités italiennes à la même époque), avait le pouvoir législatif et elle élisait le
doge, chef de l'État investi des pouvoirs exécutif et judiciaire. Au concio, se substitua
progressivement le « Grand Conseil ».
Le concio fut réuni en 1380 lors de la bataille de Chioggia. Venise n'avait pas encore
connu la forte expansion démographique du siècle suivant, mais l'une des deux
grandes phases d'agrandissement de l'arsenal avait déjà eu lieu, au début
du XIII siècle.
e
Grand Conseil[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Maggior Consiglio.
Le Grand Conseil (Maggior Consiglio en italien) — autorité suprême — se substitua
à l'assemblée populaire appelée concio. De lui émanaient toutes les autres
institutions : leur multiplication et l'enchevêtrement des compétences favorisèrent la
collégialité des décisions mais aussi la surveillance réciproque. Il était composé des
hommes de plus de 25 ans, membres des familles patriciennes8 inscrites au Livre
d'or (Libro d'Oro) répertoriant l'ensemble de la noblesse vénitienne. Le patriciat étant
un titre strictement héréditaire, être admis en son sein était totalement impossible
pour tout roturier vénitien. Épouser une roturière excluait même un patricien de ses
droits d'accès au Grand Conseil. L'aristocratie vénitienne se composait surtout
d'armateurs, de négociants et de banquiers, dont les revenus se fondaient plus sur le
commerce que sur la terre. Par la Serrata del Consiglio (littéralement « verrouillage
du conseil ») en 1297, l'accès au Grand Conseil fut restreint à ceux dont les ancêtres
en avaient été déjà membres.
Réuni tous les dimanches, le Grand Conseil prenait les décisions politiques,
promulguait les lois et choisissait les hauts magistrats. La tendance à déléguer les
pouvoirs d'un corps nombreux à une commission restreinte de spécialistes fut une
caractéristique durable de l'organisation de cette république oligarchique.
Sénat[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Sénat (Venise).
Organe législatif composé de 120 à 250 membres maximum, le Sénat était chargé
de la politique extérieure et de la nomination des ambassadeurs. Les ambassadeurs
vénitiens de cette époque envoyaient des rapports secrets sur la politique, ainsi que
les rumeurs circulant dans les cours européennes, ce qui constitua une mine
d'information pour les historiens modernes.
Le Doge[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Doge de Venise.
Le chef de l'exécutif portait le titre de doge (« duc »). Il était théoriquement élu à vie.
Le caractère viager devait se perpétuer sans changement au cours des siècles alors
que le doge perdait peu à peu tout pouvoir personnel. La fonction de doge était
dévolue à un membre d'une famille patricienne choisie dans un cercle restreint, mais
la transmission n'en devint jamais héréditaire malgré les tentatives de quelques-uns.
Celles-ci aboutirent d'ailleurs à faire évoluer le mode de désignation du doge de
manière à exclure toute possibilité de transmission héréditaire ou d'accaparement
par des factions. Par la suite, les doges démissionnèrent assez souvent, pour se
retirer dans une vie monastique, sous la pression des oligarques, quand ils étaient
discrédités par leur action politique.
Le Collège suprême[modifier | modifier le code]
Composé du doge, de ses six conseillers, du chancelier et du président du Conseil
des Dix, le Collège suprême était l'organe suprême de la République.
Le Collège[modifier | modifier le code]
Assemblée des principaux membres de l'État, composée de 26 nobles :
la seigneurie de Venise :
o le doge et ses six conseillers,
o trois députés de la Quarantie Criminelle : les Capi di Quaranta (changés tous
les deux mois) ;
six sages-grands issus du Sénat ;
cinq sages dits de Terre Ferme régissant les affaires de terre ferme ;
cinq sages des Ordres régissant les affaires de mer.
Toutes les requêtes et mémoires étaient introduits au Collège, qui les distribuait aux
autres conseils et au Sénat. Le Collège rendait alors la réponse du Sénat par écrit
(la Parte).
Conseil des Dix[modifier | modifier le code]
Créé en 1310 à titre provisoire, puis rendu définitif en 1335, le Conseil des Dix était
une institution judiciaire destinée à sanctionner les complots ourdis contre la
République. Constitué en réalité de 17 membres, il disposait de pouvoirs
particulièrement étendus, lui permettant même de destituer le doge.
La marine vénitienne[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Marineria veneziana.
Territoires ultramarins[modifier | modifier le code]
Au cours des siècles, Venise a occupé de nombreux territoires du bassin de
l'Adriatique et la Méditerranée orientale, avec une prédilection pour les îles et les
ports pouvant servir ses intérêts commerciaux. Telles des colonies d'exploitation, ces
territoires la ravitaillaient en vin, en céréales, en fruits, en miel, en bois et matériaux
de construction. On distingue deux groupes dans cet empire vénitien dont les limites
ont souvent varié9 :
Les possessions de Venise[modifier | modifier le code]
Le golfe correspond à l'Adriatique. Du IX au XI siècle, Venise poursuivit l'objectif de
e e
dominer tous les rivages de cette mer, car elle avait conscience des risques
d'asphyxie pour son commerce si un ennemi avait l'idée de barrer le golfe. Firent
partie de ses possessions, pas toujours en même temps :
Trieste et l'Istrie ;
Zara ;
Raguse, qui affirmera ensuite son indépendance ;
Spalato.
« Sans doute ces cités ne reconnurent-elles jamais à Venise qu'une souveraineté
lointaine »9. Mais ce qui importait aux Vénitiens, c'était d'obliger tous les trafics
adriatiques à transiter par le port de Venise. La flotte de la Sérénissime était là pour
rappeler à l'ordre les cités récalcitrantes à ce monopole commercial.
Les possessions du Levant[modifier | modifier le code]
La quatrième croisade renforça la première extension de Venise en direction de
l'Orient grec. Grâce à l'aide logistique apportée aux croisés, les Vénitiens
participèrent au dépouillement de l'Empire byzantin en 1204. Ils reçurent notamment
des ports dans le sud du Péloponnèse, des places en Eubée, les positions
de Gallipoli et de Rodosto sur les détroits, la Crète, les trois-huitièmes
de Constantinople enfin, avec la basilique Sainte-Sophie. La restauration de l'Empire
byzantin en 1261 élimina les Vénitiens de quelques-uns de ces territoires, mais les
débouchés méditerranéens de la route de la soie, jadis sources de richesse pour
Byzance, restèrent entre leurs mains et celles des Génois.
Au début du XV siècle, la République possédait :
e
les îles Ioniennes, dont Corfou ;
Parga ;
la Crète (ou « Candie »), achetée au marquis de Montferrat. Escale très
importante sur la route de Chypre, de Beyrouth ou d'Alexandrie ;
Coron et Modon, « les yeux de la République » à l'extrême sud du Péloponnèse ;
l'Eubée (ou « Négrepont ») ;
Chypre, où Venise avait succédé aux Lusignan ;
Lajazzo ;
Acre.
Cet ensemble formait des escales, des places stratégiques sur la route de
Constantinople, de la mer Noire, de la Syrie ou de l'Égypte.
Les possessions en 1797[modifier | modifier le code]
À sa chute en 1797, la république de Venise comprenait les provinces suivantes :
le Dogado (« État du doge ») ou « duché de Venise » (la ville de Venise et une
petite emprise sur la terre ferme) ;
Domini di Terraferma (« domaines de terre ferme »)[modifier | modifier le code]
le Padouan (Padoue, Bassano, Abano, Este) ;
la Polésine de Rovigo ;
le Véronais (Vérone, Peschiera) ;
le Vicentin (Vicence, Asiago) ;
le Bressan (Brescia, Salò, Lonato, Chiari) ;
le Bergamasque (Bergame) ;
le Crémasque (Crema) ;
la Marche trévisane (subdivisée en Trévisan, Feltrin, Bellunais et Cadorin) ;
le Frioul (Udine, Sacile, Pordenone) ;
le Veneto (Duché Favaro Veneto)
De 1805 à 1814, les provinces du Domini di Terraferma furent englobées dans
le royaume d'Italie et formèrent les départements de l'Adriatique, de la Brenta,
du Bacchiglione, de l'Adige, du Serio, de la Mella, du Tagliamento, de la Piave et
du Passeriano.
Stato da Màr (« État de la Mer »)[modifier | modifier le code]
l'Istrie (Pola, Koper/Capodistria) ;
sur la côte
de Dalmatie : Nona, Zara, Trau, Spalato, Sebenico, Clissa, Cettigne, Signia,
l'Herzégovine, Cattaro ;
les îles dalmates depuis Orsera jusqu'à Curzola ;
en Albanie vénitienne : Parga, Preveza, Vonitsa, Butrinto ;
les îles Ioniennes.
Ces provinces sont partagées en 1797 par le traité de Campo-Formio :
les trois premières furent cédées à l'Autriche. Celle-ci les céda en 1805 par
le traité de Presbourg. Elles furent d'abord administrées par le royaume d'Italie,
mais furent intégrées aux Provinces illyriennes françaises lors de leur création
en 1809 ;
les îles Ioniennes et les possessions continentales adjacentes formèrent d'abord
trois départements français de Grèce, conquis en 1799 par une flotte russo-
turque. Une république des Sept-Îles était alors formée sous la protection de
la Russie et de l'Empire ottoman, puis de la France en 1807, avant de devenir
la république des îles Ioniennes sous le protectorat du Royaume-Uni à partir
de 1814.
Postérité[modifier | modifier le code]
Même si la vitalité économique de la république de Venise avait commencé à
décliner depuis le XVI siècle en raison du déplacement du commerce international
e
vers l'Atlantique, son régime politique apparaissait encore au XVIII siècle comme un e
modèle pour les philosophes des Lumières.
Jean-Jacques Rousseau fut embauché en juillet 1743 comme secrétaire par Pierre
François, comte de Montaigu, qui venait d'être nommé ambassadeur de France à
Venise. Son arrogance le fit congédier plus d'un an après, et il revint à Paris en
octobre 1744. Cette courte expérience éveilla néanmoins l'intérêt de Rousseau pour
la politique, qui le poussa à concevoir un projet de grand ouvrage de philosophie
politique10. Après le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les
hommes (1755), il publia Du contrat social (1762), qui eut une influence considérable
dans l'histoire des idées politiques aux XIX et XX siècles. e e
Notes et références[modifier | modifier le code]
1. ↑ Revenir plus haut en :a et b Fernand Braudel, « La mer », Fernand Braudel (dir.), La Méditerranée. L'espace et
l'histoire. Les hommes et l'héritage, Paris, Flammarion, France Loisirs, p. 66.
2. ↑ Revenir plus haut en :a et b Daniel Hugenin et Erich Lessing, La Gloire de Venise, Terrail, 1993 (ISBN 2-87939-094-
X)
3. ↑ Jacques Attali, Une brève histoire de l'avenir, Éditions Fayard, 2006
4. ↑ De 1404 à 1406, Padoue, Vicence, Vérone et d'autres villes se joignirent à Trévise pour former un
nouveau stato da terra à l'ouest pour contrebalancer le stato da mar à l'est. Dans Patricia Fortini Brown
(trad. de l'anglais), La Renaissance à Venise, Paris, Flammarion, 2008, 174 p. (ISBN 978-2-08-121696-
9), p. 12.
5. ↑ Patrick Boucheron, « 1509. Louis XII est vainqueur à Agnadel », Alain Corbin (dir.), 1515 et les
grandes dates de l'histoire de France, Le Seuil, France Loisirs, p. 165-169.
6. ↑ Fernand Braudel, « Venise », Fernand Braudel (dir.), La Méditerranée. L'espace et l'histoire. Les
hommes et l'héritage, Paris, Flammarion, France Loisirs, p. 317.
7. ↑ Palais des Doges [archive]
8. ↑ Bien qu'égaux entre eux au sens politique ils étaient tout à fait inégaux en termes de fortune. Ils
comprenaient des personnes très riches et d'autres au bord de la misère. Et représentaient à peu près
cinq pour cent de la population à la fin du Quattrocento. : Patricia Fortini Brown (trad. de l'anglais), La
Renaissance à Venise, Paris, Flammarion, 2008, 174 p. (ISBN 978-2-08-121696-9), p. 34.
9. ↑ Revenir plus haut en :a et b « L'empire vénitien » [archive]. Article de Élisabeth Crouzet-Pavan sur [Link].
10. ↑ Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, p. 452.
Voir aussi[modifier | modifier le code]
Sur les autres projets Wikimedia :
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Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : République de Venise.
Bibliographie[modifier | modifier le code]
Luigi Tomaz, In Adriatico nell'antichità e nell'alto medioevo, Presentazione di
Arnaldo Mauri, Think ADV, Conserve 2001.
Luigi Tomaz, Il confine d'Italia in Istria e Dalmazia. Duemila anni di storia,
Presentazione di Arnaldo Mauri, Think ADV, Conselve 2007.
Luigi Tomaz, In Adriatico nel secondo millennio, Presentazione di Arnaldo Mauri,
Think ADV, Conselve, 2010.
Sources[modifier | modifier le code]
Freddy Thiriet, Histoire de Venise, Paris, « Que sais-je ? » PUF, 1952.
André Zysberg et René Burlet, Venise, la Sérénissime et la mer,
Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 396), 2006,
143 p. (ISBN 2-07-053519-3).
Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise triomphante. Les horizons d'un mythe, Paris,
Albin Michel, 1999
Jean-Claude Hocquet, Venise au Moyen Âge, Paris, Belles lettres, 2003
Bernard Doumerc, Venise et son empire en Méditerranée : IX – XV siècle, Paris, e e
Ellipses, 2012
Articles connexes[modifier | modifier le code]
Comptoirs italiens en mer Noire et en Méditerranée
Empire byzantin
Renaissance vénitienne
Annonaria
Thème de Dalmatie
Venetikà
Vénétie maritime
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Chronologie de Venise
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