Travail réalisé par : Chaimaa EL BAHLOUL
Module : Arts visuels et éducation.
Master : Litterature et éducation (S3)
Rendu autour de l'ouvrage de Malika Dorbani Bouabdellah, Eugène Delacroix,
Femmes d'Alger dans leur appartement.
Après son voyage politique en Algérie et au Maroc en 1832, Eugène Delacroix eut
l’occasion de visiter le harem d’un corsaire turc, qui l’inspire pour créer son chef-d’œuvre
Femmes d'Alger dans leur appartement que, la critique d’art, Malika Dorbani-Bouabdellah
interroge dans son ouvrage, Eugène Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, paru
en 2013. Dans ce travail, nous allons essayer de nous pencher sur la lecture d’Assia Djebar et
Rachid Boudjedra font de cette œuvre. Ensuite nous essayerons de voir en quoi est-elle à la
fois réaliste et idéaliste.
Ce n’est point un secret qu’au 19e siècle, l’orientalisme était en vogue vu les voyages
des intellectuels, leurs récits de voyage et leurs peintures, ce qui a fait de l’Orient l’objet de
curiosité et de fantasme de l’Occident et la source d’inspiration de plusieurs artistes et
écrivains de cette époque. Or, cette représentation de l’Orient est-elle fidèle à sa réalité ou
n’est-elle plutôt qu’un ensemble de stéréotypes et de clichés ? C’est la question que se pose
Dorbani dans son ouvrage à propos du chef-d’œuvre de Delacroix, qui n’a d’ailleurs été
remise en question qu’en 1980 avec la traduction de l’ouvrage d’Edward Saïd sur
l’orientalisme dans lequel il traite la relation d’un Occident supérieur, puissant et civilisé à un
Orient faible et ruiné. Dorbani remet en cause à son tour le tableau du peintre français en
évoquant deux de ses compatriotes portant au regard artistique et historique : Assia Djebar et
Rachid Boudjedra. Ces deux écrivains ont fait deux lectures complètement différentes et
opposées de Femmes d’Alger dans leur appartement, pour Djebar, Delacroix dénonce la
condamnation de la femme à la soumission par la société et les traditions et tente de la faire
sortir de ce moule qu’on lui a établi et du silence qu’on lui a imposé de garder. Quant à
Boudjedra, son interprétation est parfaitement péjorative, à son avis, Delacroix est un « espion
diplomate » et un « colonialiste en robe de chambre », or, il valide et préfère la version de
Picasso. Cette lecture de l’écrivain algérien à la lumière de l’ouvrage de Saïd le fait tomber
inconsciemment et involontairement dans le cliché qu’il reproche au peintre français : l’image
d’un Orient victime de la domination du colonisateur occidental
L’œuvre de Delacroix, selon Dorbani, est à la fois réaliste et idéaliste, comment ? Delacroix
est l’un des artistes les plus doués de son siècle, ce qui fait que sa représentation des femmes
d’Alger dans leur appartement est parfaite et fidele à la réalité, l’artiste a peint les moindres
détails sur son tableau : les expressions de leur visage, leur posture, leurs vêtements ainsi que
l’architecture et la décoration de l’endroit où elles se trouvent sans oublier sa précision dans le
choix des couleurs. Tous ces éléments amplifient la vraisemblance du tableau et mettent en
exergue l’œil d’artiste du peintre qui a pu tout capter. En ce qui concerne l’idéalisme, il peut
être interprété de deux manières, la première est que Delacroix est idéaliste dans sa peinture
qui peint « le vrai idéaliste » ne laissant échapper aucun détail ce qui permet aux occidentaux
de voir à quoi ressemble l’Orient de plus prés afin de briser un certain imaginaire collectif. La
deuxième est que le tableau est plus ou moins stéréotypé et répond à ce fantasme occidental,
orientaliste et exotique du 19e siècle.
À la lumière de l’ouvrage d’Edward Saïd, Malika Dorbani analyse le chef-d’œuvre
orientaliste de Delacroix parfaitement exécuté mais qui porte en lui quand même des
stéréotypes et clichés : l’Histoire ne peut être oubliée ou modifiée. Tout en voulant défendre
l’Orient, l’Occident est toujours perçu comme colonialiste, ainsi ces écrivains finissent par
tomber dans le cliché qu’ils voulaient échapper : l’Orient victime.