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Tourisme 2013 Part2

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Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

C hapitre 5

Le rôle du tourisme
dans le développement
des territoires

Le tourisme est, comme on l’a vu, une activité économique importante et diverse
par ses acteurs et ses structures. Il est aussi essentiel pour les territoires et les sociétés
aujourd’hui, à toutes les échelles, et pose des défis en termes de développement local
qu’il convient de relever. Cette importance du tourisme s’explique, entre autres, par 163
le contexte de la double reconfiguration des activités classiques et historiquement
porteuses que furent l’agriculture et l’industrie. De plus, loin de seulement y succéder,
le tourisme favorise le renouvellement de ces activités, voire leur procure un second
souffle ou, à tout le moins, un axe de diversification. Elle s’explique également par
le fait que, pour de très nombreux territoires en France et ailleurs, le tourisme et les
activités liées deviennent une activité porteuse de développement et productrice de
richesse là où ils parviennent à croître. Dès lors, elle apparaît comme la panacée. C’est
l’ensemble de ces enjeux que rappelle le conseil économique et social de la région
Provence-Alpes-Côte d’Azur montrant que, même, pour les régions anciennement,
fortement et durablement touristiques, le tourisme reste un enjeu de développement
et qu’il existe encore des marges de progression.

Le tourisme, un atout économique, social


et environnemental (*)
Le tourisme de territoire intègre dans son développement des valeurs humaines,
culturelles, économiques, de proximité et de mutualisation. Il cherche à regrouper
des savoirs et des compétences. Le CESR a donc choisi d’auditionner des acteurs
représentatifs des territoires de la région pour mieux connaître et comprendre
l’organisation des activités du tourisme en région. Les informations collectées,
reprises dans le rapport, font ressortir un triple intérêt du tourisme.
Une richesse économique à valoriser
Le tourisme en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec un chiffre d’affaires de
11 milliards d’euros (deuxième source d’emploi derrière l’industrie), représente
13,8 % de la consommation touristique nationale, 12 % du PIB régional et 7 %
de l’emploi salarié total de la région, indiquant par là-même sa forte contribution
à la production de la valeur ajoutée régionale.
Le tourisme , un phénomène économique

Pour les acteurs économiques locaux, le tourisme apparaît comme le vecteur


potentiel de la mise en valeur de toutes les ressources du territoire : agriculture
de proximité, artisanat et savoir-faire, culture, sport, patrimoine dans toutes ses
composantes.
Un facteur de cohésion sociale et d’équilibre territorial
Une politique qualitative innovante dans le secteur du tourisme, mutualisant les
initiatives et permettant l’accès aux vacances pour tous, doit apporter une réelle
plus-value en matière de cohésion sociale, de préservation de l’environnement
et d’aménagement du territoire.
La région a décidé une politique volontariste pour favoriser l’accès à tous aux
vacances et consolider l’activité des professionnels, notamment en dehors des
périodes traditionnelles de forte fréquentation touristique.
Le tourisme génère un grand nombre d’emplois (jusqu’à 80 %) et permet de
plus un certain rééquilibrage de l’occupation du territoire par le maintien ou la
création d’activités dans les zones d’accès difficiles, limitant ainsi une déserti-
fication et la disparition de services publics.
Un instrument de protection et de mise en valeur de l’environnement
Un tourisme de qualité doit se concevoir dans un environnement riche et
protégé. Dans notre région, il ouvre aux visiteurs la diversité de ses paysages
164 terrestres et marins, agricoles et montagnards au sein d’une biodiversité de
qualité exceptionnelle.
Les parcs naturels régionaux, conçus principalement au départ comme des
outils de protection de l’environnement, s’ouvrent aux activités humaines et
trouvent dans le tourisme durable de nouvelles perspectives en cohérence avec
leurs objectifs.
Le label « Charte européenne du tourisme durable », obtenu pour son territoire
par le Parc naturel régional du Luberon, en est la preuve. L’extension de cette
démarche à l’ensemble des parcs existants ainsi que le projet de création de
cinq nouveaux parcs vont dans le même sens. Les cinq parcs naturels régio-
naux, les trois parcs nationaux (sur sept en France), les réserves géologiques,
de biosphères… ainsi que le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages
lacustres contribuent activement à cette politique.
Le patrimoine historique et culturel remarquable voit son attractivité renforcée
par la qualité du climat et par la diversité de l’offre. »

(1) Extrait de : Conseil économique et social (CESR) de la région Provence-Alpes-Côte


d’Azur, Le tourisme de territoire en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Assemblée plénière
du 14 septembre 2010, p. 2-4.

Dès lors, il convient d’identifier et d’analyser le rôle du tourisme dans la dynamique


des territoires et des destinations. Dans le cas français (métropole et DOM-TOM),
exemple traité ici, on remarquera que le tourisme, les loisirs, le MICE1 et la résiden-
tialisation sont sources de richesse économique et sociale et favorisent l’activité des

1. Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions (rencontres et réunions d’affaires).


Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

lieux. Le tourisme n’a pas la même empreinte partout, mais il n’est jamais totalement
absent non plus à l’échelle locale, où peuvent s’observer toutes les implications du
développement de cette activité, objectif du présent chapitre.

n Activité touristique et fiscalité :


un soutien aux territoires

La première analyse des effets du tourisme sur les territoires est celle de la création
de richesse à l’échelle locale. Cela peut s’observer à l’échelle fine des départements et
des communes par un certain nombre de critères, tout cela ne devant pas occulter les
limites, parfois, de cette dynamique : saisonnalité des emplois, faibles compétences
requises et fluctuations selon le contexte économique global. Toutefois, le tourisme
reste synonyme de richesse pour les sociétés qui souhaitent toutes ou presque capter
les flux et les richesses associés.
Cependant, le tourisme est également un coût qu’il convient d’identifier. Car pour 165
accueillir des habitants temporaires, les touristes, la destination doit être aménagée,
équipée. Cela implique des charges pour les collectivités territoriales.
Avant même de poser la question des recettes, le tourisme est un coût2. Ainsi, en
2010, les dépenses de fonctionnement par habitant des communes touristiques de
moins de 10 000 habitants comparées à l’ensemble des communes métropolitaines
de même taille3 étaient de 1 190 € contre 723 €, l’écart le plus fort concernant
les communes de plus petite taille, où les effets du développement touristique se
font lourdement ressentir sur le budget de la commune (tableau 43). Car l’afflux
saisonnier de population engendre un surcroît de charges, qu’il s’agisse des dépenses
d’entretien ou des frais de personnel à la fois pour l’accueil des touristes ou pour
assurer la sécurité par exemple.
Face à ces surcoûts, comment le tourisme peut-il apporter des revenus susceptibles
de soutenir les autorités en charge des destinations pour assurer l’entretien, l’amé-
nagement et le développement des lieux touristiques ? Quatre taxes directes locales
contribuent à cela : la taxe d’habitation, la taxe foncière sur les propriétés bâties, la
taxe foncière sur les propriétés non bâties et la contribution économique territoriale

2. « Dans [l]es communes [touristiques] de moins de 10 000 habitants, la spécificité touristique peut
être plus marquée que dans les communes de plus grande taille. Dans les très grandes municipalités,
les fonctions urbaines peuvent fortement dissimuler la spécificité touristique. Par contre, plus la
commune est petite et touristique, plus le tourisme peut être visible, voire constituer la mono-
activité économique locale » (Claire de Biasi, Tourisme et finances locales, Direction du tourisme,
Bureau de la stratégie, de la prospective, de l’évaluation et de la recherche, mars 2008, p. 5).
3. Source : Direction générale des collectivités locales (DGCL), Les finances des communes de
moins de 10 000 habitants en 2010, 2012.
Le tourisme , un phénomène économique

(CET, ex-taxe professionnelle). Plus de 80 % des ressources fiscales proviennent de


ces prélèvements. Les communes touristiques se distinguent des autres pour les deux
premières avec des montants plus élevés, à l’exception de la CET à partir de 3 500
habitants. Mais, dans l’ensemble, le produit des taxes et des impôts directs est net-
tement plus élevé dans les petites communes que dans les plus grandes, le décalage
étant moins marqué à partir de 3 500 habitants.
Ici s’observe la forte corrélation entre taille de la commune et poids du tourisme dans
la fiscalité locale. En effet, la présence de résidents secondaires et des entreprises liées
à l’activité touristique se fait particulièrement ressentir dans les petites communes
(moins de 500 à 2 000 habitants), où elle apparaît comme le seul ressort économique
local. À partir de 2 000 habitants, la différence avec la moyenne des communes de
taille identique diminue fortement jusqu’à s’estomper pratiquement dans les petites
villes, où la diversification possible des activités est manifeste et le poids du tourisme
moins marqué sans être absent.
Par ailleurs, il existe une fiscalité indirecte spécifique aux communes touristiques qui
amplifie les revenus locaux de ces territoires. Cela concerne les communes classées
166 comme « stations ». La taxe de séjour est la plus connue et sans doute la plus importante

Tableau 43.- Les dépenses de fonctionnement : la spécificité des communes


touristiques (2010)
<500 hab. 500<2 000 hab. 2 000<3 500 hab. 3 500<5 000 hab. 5 000<10 000 hab.
CT MN CT MN CT MN CT MN CT MN
Dépenses réelles de fonctionnement (en €/hab.)
1 257 584 1 156 602 1 074 709 1 149 817 1 336 959
Ratio CT/MN
2,15 1,92 1,51 1,41 1,39
CT : Communes touristiques – MN : Moyenne nationale
Source : Direction générale des collectivités locales (DGCL), Les finances des communes de moins de 10 000
habitants en 2010, 2012.

Tableau 44.- La fiscalité directe des communes touristiques en 2010


<500 hab. 500<2 000 hab. 2 000<3 500 hab. 3 500<5 000 hab. 5 000<10 000 hab.
CT MN CT MN CT MN CT MN CT MN
Produit voté des quatre taxes (a) par habitant, en 2010
623 266 626 348 623 452 654 523 760 627
Ratio CT/MN
2,34 1,80 1,38 1,25 1,21
(1) Taxe d’habitation, taxe foncière sur les propriétés bâties, taxe foncière sur les propriétés non bâties et taxe
professionnelle.
Source : Direction générale des collectivités locales (DGCL), Les finances des communes de moins de 10 000
habitants en 2010, 2012.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

(v. chapitre 4)4. Son produit est passé de 103 à 196 millions d’euros entre 1999 et
2010, avec un rythme de croissance annuelle amplifié depuis la loi de finances pour
2002 qui a modifié « le régime des taxes de séjour sur plusieurs points : elle actualise
les tarifs, précise les exonérations applicables, autorise un dégrèvement en cas de
circonstance exceptionnelle et simplifie les procédures de versement »5. Les nouveaux
tarifs entrent en vigueur le 1er janvier 2003, et la taxe croît de 10 millions d’euros
par an en moyenne depuis lors. En 20106, 2 524 communes et 633 groupements de
communes (rassemblant 8 819 communes) la prélevaient. La répartition par régions
montre des écarts très forts : entre l’Île-de-France (près de 52 millions d’euros en
2010) et le Limousin (quelque 730 000 euros) existe un rapport proche de 1 à 100,
la médiane se situant à 3 millions d’euros avec le Nord-Pas-de-Calais. Ici comme
ailleurs, la France des littoraux et des « montagnes à ski » est largement dominante
puisque cinq régions dépassent les 10 millions d’euros : 13 à 14 pour l’Aquitaine et
le Languedoc-Roussillon, 28 pour Rhône-Alpes et PACA.
Dans cette collecte, la logique communale domine à l’échelle nationale avec 81 %
du produit de la taxe en 2010. Toutefois, les régions montrent un profil passant
d’un extrême à l’autre. Si les régions les plus « perceptrices » sont celles où la logique
167
communale est omniprésente (près et plus de 90 % pour les grandes régions évoquées
ci-dessus), le prélèvement de la taxe de séjour par des groupements à fiscalité propre
est assez marqué parfois : environ 30 % pour les Pays de la Loire, la Bretagne, la Basse-
Normandie, Midi-Pyrénées7 ; la situation est à peu près équilibrée en Franche-Comté,
Picardie, Alsace et Champagne-Ardenne ; on constate une domination ailleurs avec le
poids le plus fort en Auvergne (où il atteint près de 62 % du total) et dans le Centre.
À l’échelle départementale en 2005, cette approche s’affine et pointe les mêmes terri-
toires, auxquels s’ajoutent ceux disposant d’équipements ludico-touristiques puissants
à la renommée mondiale comme Disneyland Paris en Seine-et-Marne. Dans tous
les cas, cela désigne les départements où les communes ont une démarche visant à
capter les recettes touristiques, et cela rend compte de la mobilisation des acteurs
locaux qui doivent assurer l’aménagement et la gestion de l’espace local. Comme
l’indique Claire de Biasi, une observation plus fine montrerait que seules quelques
communes assurent l’essentiel des recettes. Il s’agit des plus grandes stations littorales
ou de montagne : celles où le coût du tourisme est le plus élevé. Ainsi, en 2005,
Cannes, Nice et Antibes représentaient près de 70 % de la taxe de séjour des Alpes-
Maritimes, ou encore sept communes de Savoie rassemblaient plus de 58,5 % des
recettes de ce département : de 844 000 euros pour Saint-Bon à 1,8 million d’euros

4. Sur la réglementation applicable à la taxe de séjour et à la taxe de séjour forfaitaire, voir les
articles L. 422-3 et s. du Code du tourisme.
5. Claire de Biasi, Tourisme et finances locales, op. cit., p. 33.
6. Source : Mémento du tourisme 2012.
7. Voir Bertrand Ballet et Françoise Clermont, « En Midi-Pyrénées, 36 000 emplois salariés privés
liés au tourisme », CRT-INSEE Midi-Pyrénées, 6 pages de l’INSEE, n° 100, mai 2007.
Le tourisme , un phénomène économique

pour Saint-Martin-de-Belleville. À l’inverse, des départements touristiques comme


la Corse-du-Sud ou le Vaucluse ne perçoivent aucune taxe de séjour8.

Figure 16.- La taxe de séjour des communes par département en 2005

Taxe de séjour 2005


(et nbre de départements)

10 100 000 - 27 100 000 (3)

168 2 500 000 - 10 100 000 (12)

900 000 - 2 500 000 (20)

200 000 - 900 000 (27)

0- 200 000 (34)

Source : Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire.

Enfin, deux éléments complètent le dispositif de la fiscalité indirecte : la redevance


communale sur les remontées mécaniques et le produit des casinos. La première
est une application de la loi « montagne » du 9 janvier 1985 et du Code général
des collectivités territoriales. Elle porte sur 3 % des recettes brutes provenant de
la vente de titres de transport. Son affectation vise au développement des espaces
montagnards en privilégiant quelques domaines (voir l’encadré ci-dessous). En
2004, 133 communes dans dix départements étaient concernées, et cette taxe
représentait 43 millions d’euros, soit une progression de 16 millions depuis 1998.
La deuxième constitue aussi un élément important pour les 177 communes dis-
posant alors d’un casino en France car sont en jeu des intérêts financiers directs et
indirects pour les territoires concernés. Ainsi, elle porte sur 10 % du produit brut
des jeux, à condition que cette somme n’excède pas 5 % de ces recettes ordinaires.
Mais elle bénéficie aussi des impôts locaux payés par l’établissement, du financement
de toutes les activités culturelles, sportives ou touristiques qui se déroulent dans le
casino et des emplois créés.

8. Claire de Biasi, Tourisme et finances locales, op. cit., p. 37.


Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Affectation du produit annuel de la taxe


communale sur les remontées mécaniques
– À des interventions favorisant le développement agricole en montagne ;
– Aux dépenses d’équipement, de services, de promotion et de formation induites
par le développement du tourisme en montagne et les besoins des divers types
de clientèles, ainsi qu’à l’amélioration des accès ferroviaires et routiers ;
– Aux dépenses de développement d’un tourisme d’initiative locale en montagne
et des activités qui y contribuent ;
– À des charges engagées par les clubs locaux de ski pour la formation technique
de leurs jeunes adhérents ;
– Au financement d’actions de prévention des accidents en montagne conduites
par des organismes compétents en la matière, et notamment par les sociétés
de secours en montagne ;
– Aux dépenses d’équipement et de mise en valeur touristique des espaces
forestiers présentant l’une des garanties de gestion durable mentionnées à
l’article L. 8 du Code forestier ;
– Aux travaux de protection contre l’érosion naturelle des sols, la prévention
des avalanches ou la défense des forêts contre les incendies […]. »
169
Extrait de : Claire de Biasi, Tourisme et finances locales, direction du Tourisme,
bureau de la Stratégie, de la Prospective, de l’Évaluation et de la Recherche, mars
2008, p. 39-40.

À des ressources que peuvent mobiliser les collectivités territoriales s’ajoutent les
possibilités de dotation au niveau national et départemental. D’une part, une par-
tie de la dotation globale de fonctionnement vise à financer les charges spécifiques
liées à la fréquentation saisonnière des territoires. Cette dotation a été modifiée à de
nombreuses reprises. En 2005, son montant s’élevait à 203,5 millions d’euros pour
4 072 communes contre 168 millions d’euros pour 3 873 communes en 1993. La
répartition de cette somme est adaptée à des réalités territoriales très précises qui
différencient les types de lieux et de fréquentation touristique (voir l’encadré ci-des-
sous). Le montant de la dotation par habitant varie selon la taille des communes : de
22,82 € pour les communes de moins de 500 habitants à 30,04 € pour celles de plus
de 10 000 habitants en 2005, le maximum se situant à 35,93 € pour les communes
regroupant entre 5 000 et 7 500 habitants9.

La répartition de la dotation touristique


selon les communes concernées en 2005
– 1 873 communes perçoivent directement la dotation complémentaire tou-
ristique pour un montant de 9,8 millions d’euros. Cette dotation est destinée
à tenir compte des charges spécifiques supportées par les petites communes

9. Ibid., p. 51-52.
Le tourisme , un phénomène économique

qui connaissent une importante fréquentation journalière (calculée à partir des


emplacements de stationnement).
– 2 199 communes perçoivent la dotation supplémentaire touristique pour un
montant total de 193,7 millions d’euros. Cette dotation est destinée à tenir compte
des charges exceptionnelles résultant de l’accueil saisonnier de populations
non-résidentes à titre principal. Parmi ces 2 199 communes, 1 610 reçoivent
la dotation touristique supplémentaire directement pour un montant de 173,2
millions d’euros et 589 communes appartiennent à un groupement exerçant la
compétence touristique et qui, de ce fait, perçoit la dotation supplémentaire
en lieu et place de ses communes membres, pour un montant de 20,5 millions
d’euros.
Les communes de l’outre-mer français ne perçoivent pas ces dotations. »
Extrait de : Claire de Biasi, Tourisme et finances locales, direction du Tourisme, bureau
de la Stratégie, de la Prospective, de l’Évaluation et de la Recherche, mars 2008, p. 51.

D’autre part, la taxe additionnelle départementale vient compléter le dispositif. Créée


en 1927 pour contribuer à l’amélioration des voies d’accès et de la circulation des
stations hydrominérales et climatiques, elle peut s’appliquer à tous les départements
170
depuis 1988. Équivalente à 10 % de la taxe de séjour, elle est perçue par les communes
et reversée au département. Elle peut servir dorénavant à la promotion du dévelop-
pement touristique du département10. Elle a été mise en œuvre dans 14 d’entre eux
et représente près de quatre millions d’euros. L’ensemble de ces taxes donnent lieu
à de véritables stratégies et apparaissent comme particulièrement importantes pour
les territoires (encadré).

Les enjeux de la taxe de séjour


pour le territoire : le cas du comité
départemental du tourisme du Puy-de-Dôme
« Valoriser la taxe de séjour pour pérenniser le financement des territoires
touristiques »
4,5 millions d’euros : c’est le potentiel de taxe de séjour des 460 communes
du département.
2,7 millions d’euros : c’est le manque à gagner des 54 collectivités qui ont
institué la taxe de séjour.
800 000 euros : c’est le produit collecté en 1999 par ces 54 collectivités. Soit
un rendement de 29,6 %, qui est dû aux difficultés de recouvrement constatées
sur la totalité des sites.
L’étude a révélé que le potentiel de la taxe de séjour au niveau départemental
est largement sous-exploité. Ceci est dû au faible nombre de collectivités ayant
institué la taxe et aux difficultés de recouvrement rencontrées.

10. Ibid. p. 38.


Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Or la taxe de séjour collectée et affectée localement peut donner les moyens


aux collectivités de mettre en place les services répondant aux exigences nou-
velles de la clientèle.
Taxe additionnelle départementale
Au niveau départemental, cartedhote.net propose d’instituer une taxe addition-
nelle de 10 % à la taxe de séjour. Son produit doit être affecté au développement
touristique du département.
Par exemple, le département du Puy-de-Dôme souhaite utiliser cet outil de finan-
cement pour réaliser les aménagements en faveur des personnes handicapées
et ainsi faciliter l’accueil de ce public sur l’ensemble du territoire.
80 000 euros : c’est ce que rapporterait la taxe de séjour additionnelle dépar-
tementale avec le niveau de perception actuel.
460 000 euros : c’est le potentiel de recettes de la taxe de séjour additionnelle
départementale en optimisant la perception sur l’ensemble du département.
Source : fiche référence, cartedhote.net Quelle est la source exacte ? Sont-
ce des extraits ? nous recherchons

171

n Les richesses du tourisme : consommation


et emplois touristiques locaux

n Tourisme et consommation touristique

La richesse porteuse de développement local doit être abordée également par les
recettes provenant des dépenses des touristes. La consommation touristique exprime
cet apport économique des touristes aux territoires et elle ne cesse de croître : plus
de 30 % entre 1998 et aujourd’hui.
À l’échelle des régions, elle est d’ampleur variée, passant de 930 à 13 690 millions
d’euros du Limousin à l’Île-de-France en 2012. Outre l’espace francilien, deux
autres régions dominent largement : Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes
(respectivement 12 et 10 milliards). Ce volume va de pair avec le poids de l’activité
touristique pour PACA (11,4 % du PIB régional) ou le Languedoc-Roussillon, qui
cumule montant de la consommation (6,8 milliards d’euros) et place dans le PIB
régional (15 %), mais cela est sans commune mesure avec la Corse, où la consom-
mation touristique est faible mais représente 36 % du PIB régional. Par rapport au
nombre d’habitants, PACA, Languedoc-Roussillon et Aquitaine apparaissent là
encore très marquées par l’activité touristique, avec des recettes supérieures à 2 000
euros par résident. Dans cette catégorie, on trouve également des destinations où le
montant de la consommation est réduit mais son poids important : Corse, Basse-
Normandie et Auvergne.
Le tourisme , un phénomène économique

Un gradient de « touristicité » s’observe du Nord et l’Est vers le Sud et l’Ouest de la


France où les volumes, le poids se renforcent nettement, avec des contre-exemples
comme le Limousin, à l’écart des tendances observées. Pour certaines régions moins
touristiques comme le Nord-Pas-de-Calais ou les régions orientales du pays, les logiques
frontalières viennent expliquer aussi un volume de fréquentation qui consolide les
recettes globales, même si ces dernières restent les plus basses par habitant : moins
de 1 000 €.
Dans le cas précis de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur11, on peut analyser les
facettes de cette consommation touristique. Celle-ci s’élève chaque année à quelque
10 milliards d’euros, avec une moyenne estimée à 43 € par jour et par personne
avec des variations selon le mode d’hébergement : de 30 € en hébergement non
marchand à 77 € en hôtel. Le premier poste de dépenses est la restauration, sauf
s’agissant des touristes étrangers, pour lesquels l’hébergement représente un tiers de
leur budget. En se fondant sur les caractéristiques du séjour-type (6,7 jours et trois
personnes), on obtient une dépense moyenne de 1 230 € pour les personnes en
hébergement marchand. En région PACA, le littoral concentre 65 % des dépenses,
très loin devant l’arrière-pays (20 %) et la montagne (7 %), les touristes itinérants
172
complétant le dispositif de dépenses. Dès lors, la Côte d’Azur rassemble l’essentiel
des richesses : 27 % pour les Alpes-Maritimes, 21 % pour le Var et 17 % pour les
Bouches-du-Rhône, en fort décalage avec les autres départements, qui se situent à
moins de 10 % et même à 5 % pour les Alpes-de-Haute-Provence.
Cette première approche par la consommation touristique brute doit être revisitée
par une analyse de la consommation touristique nette, comme le propose Patricia
Lejoux12. Ces deux consommations13 relèvent de logiques différentes et trompeuses,
selon l’auteur, quant à la portée de l’activité touristique dans le développement des
territoires. La première donne une carte de la France bien connue des grandes régions
productives, mais elle fait aussi émerger des régions moins fortes sur ce plan, comme
nous venons de le constater. Le recours à la consommation touristique nette montre
quant à lui une France des littoraux, des montagnes et des campagnes méridionales et
occidentales très bien dotée car très attractive pour les touristes nationaux et étrangers

11. Conseil économique et social (CESR) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Le tourisme


de territoire en Provence-Alpes-Côte d’Azur, op. cit.
12. Patricia Lejoux, « Des temporalités de la production aux temporalités de la consommation :
l’enjeu des mobilités touristiques pour les économies locales », Espace populations sociétés,
2007/2-3, p. 285-297.
13. « La consommation touristique brute correspond aux dépenses effectuées dans la région par
les touristes français, qu’ils soient originaires de la région ou d’une autre région française, et par
les touristes étrangers.
La consommation touristique nette correspond à la différence entre le montant des dépenses effec-
tuées dans la région par les touristes français et étrangers et le montant des dépenses effectuées
par les habitants de la région à l’extérieur de celle-ci à l’occasion de leurs séjours touristiques,
que ceux-ci aient été réalisés dans une autre région française ou à l’étranger.
Les dépenses prises en compte concernent uniquement les dépenses effectuées sur le lieu de
séjour : dépenses en hébergement, en restauration, en loisirs, en achats divers, en alimentation
et les autres dépenses » (ibid., p. 293).
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

mais également les habitants : « ceci tend à montrer que les espaces peu avantagés
sur le plan productif et situés à l’écart des dynamiques de la métropolisation ne sont
pas pour autant condamnés à rester à l’écart des logiques de développement car s’ils
se révèlent moins attractifs à l’égard des entreprises, ils le sont par contre beaucoup
plus à l’égard des consommateurs temporaires que sont les touristes et ils apparaissent
ainsi comme les principaux bénéficiaires des déplacements de consommation générés
par les mobilités touristiques »14.
En revanche, les grandes régions productives au cœur de la métropolisation sont
les plus pénalisées par les déplacements de consommation. La situation de l’Île-de-
France se révèle ainsi exceptionnelle relativement au reste du territoire national. En
effet, même si Paris et sa région restent la principale destination en France pour les
touristes non résidents et une destination non négligeable pour les touristes résidents
(48,8 millions de nuitées, soit 5 % des nuitées totales des Français sur l’ensemble du
territoire national en 2011), cela ne compense pas les départs et, de fait, les dépenses
touristiques franciliennes sur le reste du territoire. Les habitants de la région parisienne
représentent un tiers des nuitées françaises pour voyages personnels et ils dépenseraient
9 milliards d’euros chaque année, soit « l’équivalent des transferts de revenus générés
173
par les migrations de retraite entre les régions françaises sur la période 1990-1999 »15
ou encore celui des transferts publics de l’État vers les Régions. Au final, le solde
touristique (réceptions - émission de touristes) francilien est très fortement négatif
(- 221 millions de nuitées en 2011). De même, certains territoires restent à l’écart
de ces dynamiques, comme le Nord et l’Est de la France, où les recettes touristes
limitées ne permettent pas de compenser les dépenses effectuées par les résidents
lors de leurs vacances hors région.
Dès lors, le déplacement temporaire des consommateurs dans le cadre de leur mobilité
touristique serait un formidable outil de cohésion territoriale par la redistribution
de richesses des espaces centraux vers les espaces périphériques.

nLe tourisme, un secteur de création d’emplois


dans les destinations

Le tourisme est également une activité d’importance par les emplois qu’il procure.
En dépit des aléas économiques, il se distingue par la remarquable croissance qui le
caractérise à l’échelle de tous les territoires (v. chapitre 4). L’ensemble des statistiques
départementales disponibles montrent en effet une progression d’emplois très nette,
à la différence des autres secteurs d’activité. Par exemple, en région Provence-Alpes-

14. Ibid., p. 294-295.


15. Ibid., p. 295, citant Sophie Gonnard, « L’inversion des flux migratoires interrégionaux : de nou-
veaux rapports entre migrations internes et développement territorial ? », thèse d’aménagement,
université Paris XII-Val-de-Marne, 2006.
Le tourisme , un phénomène économique

Côte d’Azur, ce secteur est un créateur net d’emplois qui se situe au 4e rang depuis
plusieurs années. La progression d’emplois enregistrée a été de 14 000 en 2005, de
20 000 en 2006, de 29 000 emplois salariés en 2007 et de 4 000 en 2008 ; de même,
en Alsace, l’indice de croissance est passé de 100 à 106 pour l’hébergement et la
restauration entre 2000 et 2010, alors qu’il diminue à 98 pour les autres secteurs16.
En Bretagne, la croissance a été importante en vingt ans : + 147 %.

Tableau 45.- L’évolution des emplois salariés touristiques en Bretagne (1995-2007)


1995 2003 2007 Croissance annuelle
moyenne (en %)
Côtes-d’Armor 3 497 6 698 7 550 18,0
Finistère 6 710 12 656 14 300 18,0
Ille-et-Vilaine 4 679 13 592 15 900 28,0
Morbihan 5 333 10 998 13 200 20,5
Total région 20 220 43 944 49 950 (a) 20,5
(a) La somme des emplois touristiques des départements est différente de l’estimation au niveau régional, les
résultats n’étant pas additifs.
174 Sources : Insee, Octant, n° 73, mars 1998 et n° 110, septembre 2007, Octant Analyse, n° 18, juillet 2011.

Mais cette croissance quantitative ne signifie pas forcément une affirmation du poids
des emplois touristiques dans les départements car elle connaît une faible évolution
entre 2003 et 2011. Ainsi, pour l’ensemble des territoires, on reste sur un statu quo :
42 départements ont une fluctuation située entre + 0,2 et - 0,2 %, dont 16 stables
(croissance 0). Toutefois, de fortes variations existent parfois, comme en Île-de-
France, où tous les départements ont vu le poids des emplois touristiques salariés
s’accentuer, alors que dans le Haut-Rhin et le Lot, la diminution a été marquée :
respectivement - 2,4 et - 3,4 %.
Quoiqu’il en soit, on identifie plus d’un million d’emplois directs salariés aujourd’hui
en France, soit 4,4 % de l’emploi salarié total. Les différences départementales sont
saisissantes, allant de 1 200 salariés dans la Creuse à près de 150 000 à Paris, soit
un écart de 1 à 125, la médiane se situant à 6 600 emplois salariés. Des logiques
départementales apparaissent très nettement.
Paris concentre un volume d’emplois très supérieur au deuxième département fran-
çais, les Alpes-Maritimes (41 000 emplois). La région parisienne dans son ensemble
caracole en tête : plus de 15 000 actifs salariés dans chaque département, à l’exception
du Val-d’Oise et de l’Essonne (autour de 10 000 chacun). On retrouve également tous
les autres territoires connus pour l’accueil des touristes : les Alpes du Nord, avec la
Savoie (22 000 salariés) et la Haute-Savoie (21 000), mais aussi le littoral méditerranéen
azuréen (plus de 90 000) ou le Languedoc-Roussillon, avec la domination de l’Hérault
(20 000 emplois). Dans l’ensemble, les zones littorales rassemblent toujours plus de

16. Source : Observatoire régional du tourisme d’Alsace, Chiffres-clés du tourisme en Alsace,


août 2012.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

10 000 emplois, à de rares exceptions comme les Landes ou la Charente-Maritime.


Le Nord et le Pas-de-Calais proposent une situation inattendue où les emplois sont
proportionnellement aussi importants que dans le Calvados ou l’Hérault. Locale-
ment, le tourisme concentre autant d’emplois que le secteur automobile. Dans le
Nord, Lille représente 56 % du total départemental du fait du développement des
voyages d’affaires avec la revalorisation de l’espace urbain, le projet Euralille et la
connexion Eurostar. Dans ce département, le littoral ne représente que 9 %, alors qu’il
concentre 50 % des emplois dans le Pas-de-Calais. Entre 6 000 et 10 000 emplois,
on trouve les derniers départements littoraux qui complètent le dispositif, les espaces
montagnards alpins mais aussi le Massif central (Puy-de-Dôme) ou les Pyrénées. Là
apparaissent les départements où dominent les pratiques touristiques de découverte
comme la Côte-d’Or ou le Gard. Enfin, la France peu ou pas touristique apparaît
soit à proximité des régions importantes (Saône-et-Loire), soit à l’écart encore des
dynamiques (Mayenne), en dépit d’évolutions récentes (Aisne, V. infra).
Un regard plus localisé permet de poursuivre et d’affiner cette observation des
emplois touristiques. À l’échelle des « zones touristiques » définies par les instances
départementales et/ou régionales, le constat est également au contraste au sein
175
d’une même région ou d’un même département, confirmant ainsi l’une des carac-
téristiques du tourisme : les logiques de concentration. La répartition répond à une
logique double : une forte présence dans les agglomérations et dans quelques pôles
touristiques en bord de mer ou en montagne, le reste apparaissant en creux par le
nombre d’emplois touristiques.

Tableau 46.- La part de l’emploi salarié touristique par rapport à l’emploi salarié total dans les
« zones touristiques » (2005-2009) (en %)
Départements Zones touristiques/pays d’accueil % des emplois Source
salariés touristiques
Haute-Corse Vicolais 74,0 INSEE-DADS 2005
Corse-du-Sud Grand Sud 42,0 INSEE-DADS 2005
Puy-de-Dôme Sancy Volcan 22,7 INSEE_DADS 2007
Morbihan Littoral rural 16,0 INSEE-DADS 2007
Calvados Côte Fleurie/Pays d’Auge 14,5 INSEE-DADS 2009
Finistère Littoral rural Sud 12,0 INSEE-DADS 2007
Manche Baie du Mont-Saint-Michel, littoral Manche 8,0 INSEE-DADS 2009
Orne Bagnoles de l’Orne 6,3 INSEE-DADS 2009
Seine-Maritime Dieppe-Terroir de Caux 5,8 INSEE-DADS 2009
Puy-de-Dôme Combrailles 4,8 INSEE_DADS 2007
Côtes-d’Armor Littoral urbain 4,0 INSEE-DADS 2007
Puy-de-Dôme Livradois-Forez 3,0 INSEE_DADS 2007
Ille-et-Vilaine Intérieur rural 2,5 INSEE-DADS 2007
Seine-Maritime Le Havre 0,9 INSEE-DADS 2009
DADS : déclarations annuelles des données sociales.
Sources : directions INSEE des régions concernées.
Le tourisme , un phénomène économique

La Bretagne est un bon exemple, avec Rennes, qui rassemble près de 10 000 emplois
(20 % du total régional) devant les « littoraux urbains » bretons, qui concentrent 20 %
supplémentaires. Si les littoraux ruraux, c’est-à-dire les plages, rassemblent 18 750
emplois, l’intérieur rural ne concentre plus que 8 150 emplois salariés (16 % du total
régional). Mais ces volumes ne disent rien du poids des emplois touristiques dans les
espaces concernés, toutes les situations pouvant exister. En revanche, le tableau 46
montre des pourcentages très contrastés d’une zone touristique à l’autre : de 0,9 %
à 74 % du total des emplois, montrant alors que le tourisme n’est pas partout une
activité structurante en termes d’emploi et que son importance peut être assez sou-
vent moyenne voire basse.
C’est pourquoi les cas de figure corses exposés sont des exceptions qu’il convient
d’expliquer : « Le Grand Sud, comme la Balagne, autre destination très prisée des
vacanciers, se caractérise par une forte dépendance de l’emploi au tourisme. […] .
Cette dépendance est même ressentie hors saison. En effet, ces territoires salarient
hors saison davantage de personnel que ne l’exigerait a priori leur seule population
résidente […]. D’une part, la structure commerciale est dimensionnée pour faire
face à l’afflux très important de touristes en été. Ceci induit la présence d’une main-
176
d’œuvre incompressible à l’année. C’est en particulier le cas des grandes surfaces
du Grand Sud. D’autre part, la forte activité saisonnière peut permettre à certains
chefs d’entreprise de se salarier à l’année, même si l’établissement est fermé au public
pendant la période hivernale. C’est le cas pour certains restaurateurs. De plus, les
résidences secondaires peuvent aussi être temporairement habitées hors saison, leurs
occupants participant alors à l’économie de ces bassins. Encore plus dépendant du
tourisme mais de plus petite taille, le Vicolais abrite un patrimoine naturel excep-
tionnel : les Calanches de Piana et la réserve de Scandola figurant au patrimoine
mondial de l’Unesco mais aussi, à l’intérieur, les Gorges de la Spelunca. De plus,
la quasi-totalité des communes appartient au Parc naturel régional de Corse. Si ce
petit territoire de 600 km2 et de 4 000 habitants rassemble 7 % des emplois liés au
tourisme, ses 1 000 emplois représentent les trois quarts des postes salariés du secteur
privé au cours de l’année 2005. Installé à Cargèse, le Club Méditerranée en salarie
une part notable. »17.
Si les emplois du tourisme ne sont jamais négligeables numériquement et occupent
une place importante dans la dynamique économique et sociale des destinations,
il convient d’aborder l’une des critiques formulées : le caractère saisonnier de cette
activité (V. supra). À y regarder de plus près, la saisonnalité des emplois est une réalité
qu’il convient de préciser. À partir des statistiques disponibles18, il existe bien une
saisonnalité des emplois touristiques sur l’ensemble du territoire français, avec des
écarts importants selon les départements : en Haute-Corse, le rapport entre la haute

17. Christophe Rafraf, « 14 700 emplois liés au tourisme en Corse », INSEE Corse, Quant’île, n° 1,
octobre 2007, p. 4-5.
18. Réflexion menée à partir de 59 départements pour lesquels les statistiques étaient proposées
dans leurs publications INSEE entre 2007 et 2012.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

saison et la basse avoisine les 5, alors qu’il n’est que de 1,3 pour la Marne, la médiane
étant à 1,7. Ceci montre que le tourisme propose a minima 30 % d’emplois en plus
pendant la saison touristique, ce qui est considérable. Mais existe-t-il pour autant
une corrélation forte entre intensité du développement touristique et saisonnalité
des emplois ?
La réponse est difficile à produire. En effet, sont regroupés dans les mêmes logiques
des départements aux histoires et structures touristiques très variées. Ainsi, la plu-
part des départements touristiques ont un rapport, entre la haute et la basse saison,
supérieur ou égal à 2 : la Somme, avec ses parcours de « mémoire » de la Première
guerre mondiale, est à 2,2, et le Morbihan à 2,4 ; l’Hérault, avec les stations de la
mission Racine19, Montpellier et son arrière-pays montrent une fluctuation de 1
à 2,1, comme la Manche mais aussi comme l’Oise, caractérisée par la présence du
parc Astérix (V. infra). De même, les Alpes-Maritimes, le Nord et la Nièvre ont un
taux de saisonnalité des emplois très proche : respectivement 1,73, 1,71 et 1,7, alors
que le nombre des emplois y est très différent : 40 000, 22 000 et 2 500. Dès lors,
cet indicateur montre la transformation des territoires par le tourisme et le fait que
l’ampleur de cette saisonnalité peut être « identique » toutes choses égales par ailleurs.
177
Si Lille, Nice ou Montpellier se caractérisent par des logiques d’intégration spatiale
forte, il n’en est pas de même pour la Nièvre ou la Somme (sauf en saison touristique,
où le territoire s’anime, avec une croissance d’emplois voisine d’autres départements
fortement touristiques). Le tourisme apparaît alors comme un phénomène de cohé-
sion territoriale et un phénomène intégrateur : tous les territoires sont concernés.
Localement, cette saisonnalité signifie donc soit l’emploi de populations présentes
sur place, soit la venue de nouveaux actifs, le temps de la saison. À l’échelle nationale,
cette logique concerne les stations et les espaces peu urbanisés, peu peuplés et est
bien moins visible dans les espaces urbains d’importante, où la population active

Tableau 47.- Répartition des emplois saisonniers durant l’année 2005 en Corse
selon la catégorie et le lieu de résidence au 1er janvier 2006 (en %)
Continent Corse Ensemble
Total (dont femmes) Total (dont femmes) Total (dont femmes)
Cadres, professions intermédiaires,
714 (34,3) 485 (39,8) 1 199 (36,5)
chefs d’entreprise salariés
Employés 1 938 (51,3) 5 088 (61,0) 7 026 (58,4)
Ouvriers 761 (12,0) 1 514 (21,5) 2 275 (18,3)
Ensemble 3 413 (39,0) 7 087 (51,1) 10 500 (47,2)
Source : Christophe Rafraf, « 14 700 emplois liés au tourisme en Corse », INSEE Corse, Quant’île, n° 1,
octobre 2007, p. 5, d’après données INSEE, DADS 2005.

19. L’État français a décidé en 1963 de lancer une mission d’aménagement, la Mission inter-
ministérielle d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon, qui a créé sept
stations touristiques dont le Cap d’Agde (commune d’Agde), laquelle est aujourd’hui la première
de France pour la capacité d’hébergement. Cette mission est souvent nommée du nom de son
responsable, Pierre Racine.
Le tourisme , un phénomène économique

présente peut largement suffire à l’accueil des touristes. Ici, le cas de la Corse est
exemplaire au regard de cette mobilité saisonnière des actifs du tourisme : ce sont plus
de 10 000 personnes qui viennent sur l’île, dont un tiers du continent, provoquant
ainsi de véritables « migrations ». Celles-ci concernent tous les types de métiers et
des niveaux variés de qualifications, les plus importantes (cadres, professions inter-
médiaires…) dépassant 36 % de l’ensemble.

n Le renouveau économique
des territoires par le tourisme

L’ensemble de cette richesse économique et la portée sociale de cette activité sont


inévitablement attrayantes pour tous les acteurs publics et privés. Dès lors, le tou-
risme et ses activités connexes (v. chapitres 1 et 2) apparaissent comme le meilleur
moyen de s’arrimer aux dynamiques spatiales en cours, quelle que soit la situation
locale : soit l’activité traditionnelle (industrie et/ou agriculture) se porte bien, mais
178 on souhaite diversifier le panel des ressources ; soit elle s’est effondrée, et il convient
de rebondir ; soit le tourisme est devenu important voire structurant, et l’on souhaite
le développer encore davantage. Ainsi, il apparaît comme un moyen de revitalisation
ou de reconversion des activités et des sociétés locales. Il est un outil intégrateur
des territoires.

nIntégrer les territoires par la « mise en tourisme »


des lieux peu ou pas touristiques

En France, en dépit d’une histoire touristique ancienne, tout l’espace n’est pas tou-
ristique, et il existe de nombreuses actions et stratégies locales pour développer des
projets qui favorisent cette « mise en tourisme ».
Une des actions possibles est l’investissement des campagnes avec la création de
parcs. Celle-ci peut prendre deux formes : les parcs à thème et les parcs naturels ou
les espaces classés. Ainsi, un espace est délimité et dédié à un usage de tourisme et de
loisirs selon des logiques très différentes. Comme souvent, les uns sont plus porteurs
de développement d’emplois et de richesse que les autres, ainsi que le montrent
plusieurs exemples.
En 2007, deux événements importants se déroulent en Picardie : l’ouverture d’un
nouveau Center Parc (le domaine du Lac d’Ailette à quelques kilomètres au sud de
Laon), et celle du Parc Astérix pendant les fêtes de Noël, pour la première fois depuis
son inauguration. Par cette double nouveauté, le pays du Laonnois-Soissonnais
devient la quatrième zone touristique de Picardie et le département de l’Aisne gagne
600 emplois entre 2003 et 2007 pour atteindre 4 600 emplois dédiés au tourisme
(entre 2007 et 2009, l’emploi salarié y aurait crû de 2,5 %, soit la croissance la plus
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

élevée des départements de la région)20. D’autre part, l’Oise renforce sa position dans
sa partie sud-est, où « l’emploi salarié touristique se maintient au-dessus de 3 500
jusqu’en décembre, [soit] 1 000 de plus qu’au début de l’année [2007]21 ». À cela
s’ajoute le rôle grandissant de l’aéroport de Beauvais-Tillé (dont le trafic passagers
est passé de 2,5 à 3,7 millions entre 2008 et 2011), permettant au Beauvaisis de voir
ses emplois dédiés au tourisme passer de 1 900 en 2003 à 2 500 en 2007, du fait tant
des activités aéroportuaires elles-mêmes que des activités qui en découlent comme
l’hébergement, la restauration et le commerce. Si l’on observe une croissance forte
des emplois dans la restauration (+ 31 %) comme partout en France (+ 25 %) entre
2003 et 2007, la progression des actifs dans l’hébergement tient aux trois nouveautés
évoquées, mais le Center Parc apparaît comme leader dans le processus et contribue
à lui seul à l’augmentation des emplois touristiques en Picardie.
Pour les parcs naturels (PN ou PNR), les analyses ne sont pas tout à fait identiques.
Dans la région Centre, la Sologne est marquée par le tourisme avec 1 700 emplois,
soit 9,1 % des emplois de la zone en 2003. L’activité de chasse n’est pas sans effet,
mais la présence de Center Parcs à Chaumont-sur-Tharonne non plus. Dès lors, il
se distingue de l’ensemble de la région, où les emplois salariés touristiques ne repré-
179
sentent que 3,3 % du total. Dans le PNR Perche, les chiffres sont plus bas, même
en-deçà du niveau régional : 2,7 % des emplois. Toutefois, c’est plus que dans les
autres départements sur les territoires desquels s’inscrit le PNR : 2,4 % en Eure-et-
Loir et 2,6 % dans l’Orne, indiquant ainsi une spécificité du parc du point de vue
des emplois touristiques22.
Mais d’autres actions conduisent à mettre plus largement en valeur les destinations
rurales. Ici, le recours aux pratiques de sports de pleine nature est souvent détermi-
nant. Le cas de la montagne ardéchoise est un bon exemple d’un espace touristique
à l’écart des grandes concentrations touristiques, du marché, du marketing… mais
qui suscite la venue de touristes23. Deux pratiques dominent : la randonnée (35 %

20. Source : Claire Hénocque, Christian Batardière et alii, « Les emplois touristiques en Picardie
en 2009. Le tourisme ne connaît pas la crise », INSEE Picardie Analyses, n° 66, juillet 2012.
21. Claire Hénocque et Marie-Christine Sinoquet, « En 2007, l’emploi touristique est impacté par
l’ouverture du Center Parcs », INSEE Picardie Analyses, n° 57, 2011, p. 2.
22. Alexandre Giraud, « En région Centre, le tourisme génère 26 000 emplois salariés », INSEE
Centre Info, n° 143, juin 2007. Voir aussi « Le tourisme en région Centre, un potentiel d’emplois à
valoriser », INSEE Centre Info, n° 181, octobre 2012.
23. Les résultats suivants ci-après proviennent de l’enquête réalisée en 2007-2008 par le cabinet
Figesma auprès des pratiquants de sports de nature dans le cadre d’une étude commanditée par
la Direction régionale et départementale de la jeunesse et des sports de la région Rhône-Alpes, en
étroite collaboration avec la DDJS (Direction départementale de la jeunesse et des sports) Ardèche,
le PNR (parc naturel régional) Monts d’Ardèche, le CREPS (Centre de ressources, d’expertise et
de performance sportives) Rhône-Alpes, la Fédération des parcs naturels régionaux de France, la
MITRA (Mission d’ingénierie touristique Rhône-Alpes), la DEATM (Direction études aménagement
touristique montagne), le CROS (Comité régional olympique et sportif) Rhône-Alpes, le Syndicat
mixte de la Montagne Ardéchoise et l’association Loisirs Nature Ardèche (http://www.drdjs-rhone-
alpes.jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_MONTARDECHOISE.pdf).
« Au total, 2 986 questionnaires ont été administrés entre juin 2007 et juin 2008 auprès des prati-
quants touristes et excursionnistes. Les entretiens ont été réalisés en face à face, aléatoirement
en semaine et en week-end, sur 14 micro-territoires de la région Rhône-Alpes. Cette analyse porte
sur 193 enquêtes du territoire de la Montagne Ardéchoise (Ardèche) » (ibid., p. 4).
Le tourisme , un phénomène économique

des enquêtés en 2007-2008) et le ski, tout particulièrement de fond (27 % en tout).


Il s’agit d’une population d’habitués, puisque 45 % sont déjà venus dix fois et plus
(66 % trois fois et plus), résidant à proximité (47 % en Rhône-Alpes, dont 30 % en
Ardèche). Les touristes représentent 55 % contre 45 % pour les excursionnistes, avec
des séjours moyens d’une semaine pour les premiers. Cette destination montagnarde
est attrayante pour ses seules qualités paysagères car elle n’appartient pas au panel
des stations de la montagne très fortement équipées et aménagées. Toutefois, les
retombées économiques sur le territoire ne sont pas négligeables. En effet, par cette
enquête, on apprend que les pratiquants d’hiver (hors skieurs) dépensent 209 €
par ménage et par séjour, alors que les skieurs sont à 102 € et les pratiquants d’été
dépensent 275 €, montrant un cas inverse aux logiques habituellement constatées.
Cela prouve également la possibilité, pour certains territoires ruraux, de valoriser leurs
atouts paysagers et démontre que la fidélisation touristique et l’aménagement limité
constituent un avantage comparatif face à l’ensemble des destinations et représente
une source de dynamique territoriale.
À cet engouement contemporain pour les pratiques de sports de pleine nature
s’ajoute l’attrait pour celles liées à des mobilités douces favorisant le développement
180
de nouvelles pratiques et l’apparition de nouveaux produits touristiques. Le vélo est
un cas intéressant d’un véhicule de promenade ayant versé progressivement dans
l’économie des loisirs et du tourisme au service des territoires. C’est un moyen de
circulation important puisqu’il est devenu la deuxième activité physique des Français,
devant le ski et la baignade. Aujourd’hui, en France, des pistes cyclables fleurissent
dans les villes et les campagnes et des circuits sont constitués afin de provoquer la
venue de nouveaux touristes. On estime à 5,5 millions le nombre de séjours vélo de
touristes français (auxquels s’ajoutent 1,8 million de séjours de non-résidents) en
2007, dont 60 % se localisent sur les littoraux24. Un tiers des séjours se concentre
dans les départements atlantiques, avec des destinations comme la Vendée (450 000
séjours) ou la Charente-Maritime (612 000 séjours), et tout particulièrement l’île de
Ré (9 000 cyclistes les jours de pointe sur certaines portions). Mais cela met aussi en
tourisme des territoires moins fréquentés comme le Loir-et-Cher (115 000 séjours)
ou la Somme avec sa baie (80 000 séjours)25.
Cette pratique touristique est également intégrée dans les logiques du marché, avec
des tour-opérateurs spécialisés : 186 d’entre eux, de 17 nationalités différentes, pro-
posaient 2 510 circuits sur l’ensemble du territoire national en 201126. En effet, les
cinq destinations les plus programmées (Val-de-Loire, Provence-Camargue, Bour-
gogne-Beaujolais, Dordogne-Lot et Alsace-Vosges) concentrent 50 % des circuits,
mais de nouvelles destinations sont programmées depuis 2011 : Vallées alpines,

24. Source : Atout France, Spécial économie du vélo. Étude complète, 2009.
25. Ibid.
26. Source : DGCIS, « Séjours à vélo des tours-opérateurs en France en 2011. La part des opé-
rateurs français augmente dans un marché en progression », décembre 2011.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Gers, Littoral du Nord et de la Picardie, Marais poitevin et Mayenne. Ces dernières


ont une renommée touristique très inégale, mais sont globalement peu fréquentées.
Dès lors, ces nouvelles pratiques favorisent la « mise en tourisme » ou le développe-
ment de loisirs dans des régions longtemps restées à l’écart des logiques du marché
européen (70 % des opérateurs/TO concernés ici) voire mondial (Canada, Nouvelle-
Zélande…). Les retombées économiques sont conséquentes, comme le montre une
enquête réalisée en août 2011 sur la fréquentation de 423 circuits proposés par 20
opérateurs : 88 % des cyclistes séjournent à l’hôtel et 95 % pour 4 nuits et plus. Cette
clientèle apparaît « haut de gamme » lorsqu’on recense ses dépenses par jour et par
personne : 18 % à moins de 100 euros, 54 % entre 100 et 200 euros et 27 % plus de
200 euros27. Mais cette analyse doit être nuancée car d’autres études ont montré un
apport moyen par jour et par personne d’un peu plus de 50 euros pour les cyclistes
en séjour fixe et de 60-70 euros pour les cyclistes itinérants28.
Cette pratique est très importante pour les territoires où elle se déploie, dans la mesure
où 40 % des touristes-cyclistes interrogés ont choisi une destination principalement
pour y faire du vélo, taux qui atteint 82 % pour les itinérants et 88 % pour les sportifs,
et les dépenses liées à cette pratique représentent 5,6 milliards d’euros en France. Par
181
ailleurs, celle-ci est porteuse d’emplois avec 48 % des 35 000 postes de l’industrie
du vélo. Enfin, son apport pour les territoires en termes d’investissement semble
particulièrement bénéfique : « Le rapport entre les sommes investies par l’État et les
collectivités locales en aménagement, stationnement, services et l’activité économique
globale du secteur est très important avec un [ratio] 0,5 million d’euros pour une
activité économique globale de 4,5 milliards d’euros, soit un rapport de 1 à 9. En
intégrant les externalités positives du secteur du vélo en [termes de] santé, pollu-
tion, espace, congestion, effet de serre et en déduisant les impacts négatifs, l’impact
global est de 4,5 milliards d’euros directs + 4,9 milliards d’euros d’externalités, soit
un rapport de 1 à 19 »29.
En Lorraine, autre région à l’écart des grands flux touristiques, plusieurs événements
récents montrent l’évolution et la reconversion de cette destination toujours en crise
économique et sociale. Depuis quelques années, et après l’expérience réussie d’Amné-
ville (dont le parc zoologique a accueilli 591 000 visiteurs en 2010), l’ouverture du
Center Parc « Domaine des Trois Forêts » en Moselle à l’est de Nancy en 2010 est un
élément majeur. Ce quatrième parc ouvert par le groupe sur le territoire national est
un domaine offrant 4 340 lits touristiques ayant provoqué la création de 470 emplois
équivalents temps plein et les retombées économiques locales (dépenses, salaires
et fiscalité) en sont estimées à près de 20 millions d’euros par an. Dès son année
d’ouverture, le taux d’occupation fut de 88 %, dont 65 % d’étrangers (essentielle-

27. Ibid.
28. Source : Atout France, Spécial économie du vélo. Étude complète, op. cit.
29. Ibid., p. 508.
Le tourisme , un phénomène économique

ment allemands, néerlandais, belges et suisses) ; les Français étant majoritairement


originaires de l’Est, puis de l’Île-de-France. Les retombées indirectes sont également
fortes puisqu’environ 1 200 résidents sortent chaque jour du site pour une excursion
dans les alentours30.
Ensuite, la mise en place de la ligne LGV entre Paris et Strasbourg (juin 2007), associée
à l’ouverture du Centre Pompidou-Metz (mai 2010), permet d’apprécier les premiers
effets de la réalisation de deux infrastructures différentes mais d’importance pour les
territoires concernés. Selon une enquête sur l’impact de la LGV est-européenne31
menée en juin 2010, 35 % des personnes interrogées ont séjourné une nuit et 35 %
deux nuits à Metz, et près de 20 % affirment qu’une des principales raisons de leur
venue est la visite du Centre Pompidou. Ce dernier a reçu plus de 600 000 visiteurs
entre le 12 mai et le 31 décembre 2010 : 87 % sont des Français, dont la moitié des
Lorrains et 18 % des Franciliens ; 13 % sont des étrangers, au sein desquels 73 %
sont originaires des pays limitrophes (Luxembourg, Belgique et Allemagne). De
plus, 17 500 city pass ont été vendus en une saison, indiquant ainsi le développement
d’une logique ludique pour les habitants et la possibilité de faire découvrir le lieu aux
parents et aux amis lors de leur séjour. Les retombées directes sont fortes avec le droit
182
d’entrée unique de 7 euros, soit autour de 4 millions d’euros pour la saison 2010. À
cela s’ajoutent les retombées indirectes, avec l’évolution du nombre de nuitées durant
la saison estivale (mai-septembre) dans les hôtels de la Communauté d’agglomération
de Metz-Métropole et de la Communauté urbaine du Grand Nancy : + 10,6 % entre
2009 et 2010. Cette croissance s’accentue nettement pour les seuls mois de mai et
juin : + 26 % et + 44 % pour Metz ; + 43 % et + 34 % pour Nancy.

nIntégrer les territoires par la « mise en tourisme »


des activités traditionnelles

Face aux crises industrielle et agricole, au déclin d’activités traditionnelles et à la


« mise en friche » d’infrastructures autrefois performantes et importantes, l’activité
touristique possède aussi l’avantage de donner une valeur nouvelle aux équipements
et aux aménagements du passé.
Tout d’abord, le tourisme fluvial en Bourgogne en est une bonne illustration. En
effet, le réseau des voies navigables favorise une exploitation multiple à des fins
touristiques et ludiques. Selon une étude réalisée en 2010 par le cabinet Grelet

30. Source : Observatoire régional du tourisme de Lorraine, Les chiffres-clés du tourisme en


Lorraine 2010. Édition 2011.
31. « L’enquête a été réalisée les samedi 12 et dimanche 13 juin 2010. 2 000 questionnaires pos-
taux ont été distribués ce week-end-là aux usagers du TGV au départ de la gare de Metz. 400
questionnaires ont été retournés par enveloppe T, soit un taux de retour de 20 %. La possibilité de
participer à un tirage au sort organisé par le Comité régional du tourisme pour gagner un séjour
en Lorraine était offerte » (ibid.).
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Conseil pour Bourgogne Tourisme32, celle-ci prend cinq formes, sans compter les
chantiers navals : la location de bateaux habitables, la plaisance privée, les bateaux-
promenade, les péniches-hôtels et les paquebots fluviaux. Ces activités produisent
de fortes retombées économiques à l’échelle régionale et locale : on les estime à près
de 40 millions d’euros pour 2009, sans compter les pré-séjours et post-séjours des
clients mais également les dépenses des plaisanciers louant un bateau ailleurs qu’en
Bourgogne mais empruntant les voies navigables de cette région. On atteint 38,5
millions d’euros si l’on considère l’ensemble de ces dépenses liées aux produits tou-
ristiques. À l’échelle des territoires, la Saône-et-Loire domine très largement avec
44 % des recettes, la Côte-d’Or et l’Yonne dépassant les 20 %.
Dans la location des bateaux habitables, l’Yonne, le Canal du Centre (Saône-et-
Loire) et le Canal du Nivernais (Nièvre et Yonne) se partagent à part égale 75 %
des recettes. ; le dernier quart s’émiette entre la Saône et le Canal de Bourgogne (8
à 9 % chacun), la Petite Saône, le Canal latéral à la Loire/canal de Briare (Nièvre)
et la Seille (3 à 4 % chacun). Cette activité assure 41,5 % des recettes du tourisme
fluvial en région. Pour la plaisance privée, 60 % des recettes reviennent à la Saône,
avec des capacités d’accueil importantes et un fort transit Nord/Sud. Les bateaux-
183
promenade sont dominés par la Canal du Centre et la Saône : 60 % du total, suivis
par le Canal du Nivernais et l’Yonne (16-17 % chacun). Ici, la diversité des produits
est forte, comme le montrent les croisières sur le Vagabondo (120 places-croisières et
80 places-croisières en repas) à Saint-Jean de Losne (Côte-d’Or) : croisière « petit-
déjeuner », « goûter » ou « repas » (3, 5 ou 7 heures) : de 44,50 à 85,50 € par personne
en 2012. Le Canal de Bourgogne concentre 70 % des recettes des péniches-hôtels car
toutes les sociétés opérant en région y ont leur siège. Enfin, les paquebots fluviaux se
concentrent exclusivement sur la Saône, seule voie d’eau dont le gabarit autorise leur
navigation ; ils représentent la deuxième activité de plaisance avec 15,7 % des recettes.
Par ailleurs, le tourisme valorise les activités traditionnelles bien portantes ou en diffi-
culté relative qui trouvent dans ce type de diversification des marges de croissance et
de développement inattendues sans être toujours très fortes. L’œnotourisme est l’une
de ces facettes de l’alliance entre exploitation viticole, mise en avant d’un terroir et
tourisme, alliance dans l’air du temps. Tous les vignobles français et mondiaux sont
touchés par cette « touristification » de la vigne, et l’Aquitaine n’est qu’un exemple
parmi d’autres. On a estimé à 3,3 millions le nombre de visiteurs dans le vignoble
aquitain entre mai et septembre 2009, dont 30 % de locaux, 43 % de touristes
français et 27 % d’étrangers33. Si l’attrait œnotouristique n’est jamais déterminant
(seul 1 séjour sur 10 est spécifiquement effectué en vue de la découverte de la vigne
et du vin), il est un « plus » d’importance dans la volonté de fréquenter une région

32. Bourgogne tourisme, Tourisme fluvial en Bourgogne. Panorama et poids économique des
entreprises de la plaisance fluviale en Bourgogne en 2009, 2010.
33. Source : Brigitte Bloch, « Les œnotouristes des routes des vins en Aquitaine », Mission des
offices de tourisme et pays touristiques d’Aquitaine (MOPA), Rencontre technique « Routes des
vins et signalétique », Léognan, 20 octobre 2011.
Le tourisme , un phénomène économique

viticole, avantage comparatif de poids face à d’autres destinations. Les objectifs pre-
miers cités par les touristes sont doubles : d’une part, la visite des villages viticoles
et la découverte des paysages, et, d’autre part, la dégustation, l’achat de vin associés
à la visite des caves. Au final, chaque visiteur dépense 93 € en moyenne, dont plus
de la moitié dans l’achat de vin ; cela représente le double de la dépense touristique
estivale classique, estimée à 49 € sur la côte landaise. Cela s’explique, entre autres,
par le recours à l’hôtellerie comme mode d’hébergement dominant (30 %). Au sein
de la région, le Médoc, le Libournais et Bordeaux représentent 50 % des séjours
régionaux où domine une clientèle économiquement bien dotée : 42 % de cadres
et professions intellectuelles supérieures et 44 % disposant d’un budget mensuel de
3 000 à 4 999 € (contre 36 % pour l’ensemble des touristes).

n Entretenir la dynamique des destinations :


la diversification des activités

184
n Une offre adaptée au sein des destinations

Pour les destinations touristiques bien établies ou développées depuis longtemps,


l’enjeu est ailleurs : il ne s’agit pas tant de « mettre en tourisme », la destination mais
d’en assurer la pérennité34. Pour cela, il convient de renouveler les attraits du lieu en
proposant de nouvelles prestations pour provoquer l’arrivée de nouvelles clientèles.
Dès lors, le but recherché est d’assurer un meilleur remplissage pendant la/les saison(s)
et de provoquer la venue de touristes hors-saison. En effet, la saisonnalité reste un
marqueur économique fort du tourisme, à l’exception des métropoles. Toutefois, on
observe, depuis une vingtaine d’année, une « dessaisonalisation » inégale mais réelle
de la fréquentation des destinations touristiques.
Deux éléments importants conduisent à comprendre cette évolution. D’une part, le
passage d’une société industrielle à une société tertiaire permet des mobilités à des
époques de l’année autrefois impossibles. Dans une société industrielle, la pratique
touristique se concentre sur les mois de juillet et août du fait de la fermeture des
usines (réparation, installation, vérification technique…) « obligeant » les salariés
concernés à partir à ce moment-là. À l’époque, ces deux mois concentraient plus
80 % des mobilités, juin et septembre captant le reste des séjours. Il y avait donc une
période hors-tourisme dans l’année. Celle-ci a disparu aujourd’hui ou presque car la
tertiarisation de l’activité ne crée pas les mêmes conditions de mobilités. D’autre part,
une autre conséquence de la tertiarisation est le besoin de rencontres et d’échanges
pour forger des contrats, des projets... Du seul VRP, le monde des affaires est devenu

34. Philippe Duhamel (dir.), Équipe MIT (« Mobilités, itinéraires, territoires », université Paris VII-
Denis Diderot), Tourismes 3. La révolution durable, op. cit.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

aujourd’hui un monde de la mobilité dont le calendrier est différent du tourisme


mais dont les conditions de déplacement/séjour et la localisation se superposent à
celles des touristes (v chapitre 1). Enfin, la généralisation de la retraite en France
est un autre élément révolutionnaire dans notre société : la fin de la vie active ne
signifie plus la fin de la vie mais, au contraire, une nouvelle étape dans le cycle de
vie, faite de projets et de possibilités de voyager. Bon nombre de retraités dispose
d’un capital physique, financier, mental et d’une compétence touristique autorisant
la poursuite de cette activité du voyage. Les seniors sont progressivement devenus,
avec les années 1980 et 1990, une clientèle disponible pour fréquenter les destina-
tions à contre-saison (au printemps ou à l’automne) dans des conditions tarifaires et
climatiques plus favorables qu’au cœur de l’été pour des personnes vieillissantes. Cela
peut expliquer en partie le poids du mois de septembre dans la prise des vacances :
il avoisine désormais le mois de juillet.
Les destinations se sont adaptées à ces transformations et ont conduit des politiques
de renforcement de leur activité-phare, le tourisme, avec une diversification : « La
diversification vise à trouver de nouveaux relais de croissance qui assureront le déve-
loppement économique et social des stations. Si la diversification est déjà en marche,
185
c’est qu’elle répond à une première nécessité : augmenter les chiffres d’affaires pour
stabiliser l’économie des établissements thermaux et des entreprises d’hébergement
au-dessus de leur seuil de rentabilité. Elle est également la condition d’une adapta-
tion des propositions des stations aux évolutions de la société, marchande et non
marchande. Elle va vers l’idée d’un ensemble de savoir-faire et de propositions dans
l’espace station susceptible de traiter le séjournant comme un individu à appréhender
dans sa totalité et sa complexité et non comme un mono-malade ou un consom-
mateur de services de bien-être et de loisirs spécialisés. Elle tend enfin à réduire la
dépendance des stations »35. Plusieurs exemples montrent les logiques des stations
et les effets de leur stratégie.

nLe tournant qualitatif des stations nées


du tourisme de masse

Saint-Jean-de-Monts est une station touristique du littoral vendéen connue pour sa


capacité d’accueil considérable (134 000 lits, dont 43 % en résidences secondaires
en 2011) et pour avoir été un haut lieu des colonies de vacances en France. Toujours
marquée par cette image de tourisme populaire et décriée parfois pour son front de
mer (constitué d’immeubles bas en béton et à l’allure uniforme), la station a entrepris
depuis de nombreuses années une stratégie de diversification de son offre, de ses
équipements et un renouvellement de son image qui produit des effets intéressants :
« Sous l’impulsion de la SEM Saint-Jean Activités, la plupart des professionnels du

35. Philippe Moisset (présid.), La diversification des activités des stations thermales, op. cit., p. 6.
Le tourisme , un phénomène économique

tourisme sont mobilisés autour d’un positionnement clair, l’enfant et la famille


pour la saison d’été et les vacances scolaires, les “seniors” en hors saison. Après une
période, jusqu’aux années 1980, vécue comme une phase de déclin, la hausse des
prix du foncier, nette depuis la fin des années 1990, comme la multiplication des
résidences de tourisme et la montée en gamme des terrains de camping, de plus en
plus nombreux à obtenir quatre étoiles, attestent du renouveau de la fréquentation »36.
Ce virage qualitatif se poursuit puisque l’on note une stabilité numérique de l’offre
marchande en nombre de lits : + 6 000 entre 1999 et 2011, dont les deux tiers en
résidences de tourisme, et + 2 000 en meublés, alors que les lits en hôtels ou en cam-
pings connaissaient une parfaite stagnation. De plus, les classements des hébergements
sont de bon niveau pour les campings37, dont les deux-tiers sont des 4 étoiles. Dans
les années 2000, une réhabilitation de la promenade de bord de mer a été engagée.
La place accordée à la voiture a été réduite au profit des déambulations pédestres
et des circulations douces, dans une ambiance urbaine et paysagère renouvelée. Sur
cette promenade sont venues se développer de nouvelles structures porteuses de
renouveau et de diversification : refonte du Palais des congrès Odysséa en 2009 et
construction du Centre aquatique Océabul. Ces deux équipements confirment la
186
stratégie d’ouverture de la station à d’autres publics, à d’autres moments de l’année :
affaires et loisirs à destination des populations résidentes ou proches. De plus, toute
une programmation d’événements vient compléter cette stratégie de dessaisonali-
sation avec Roller Attitude en juillet-août, Caval’Océane en septembre ou le Salon
Atlantique Zen en novembre. Depuis sa refonte, le Palais des Congrès a accueilli au
moins huit congrès nationaux, six conventions, des séminaires et des soirées et trois
lancements de produits38. Tout cela contribue à renforcer l’offre et les retombées
économiques. Seuls les thermes marins connaissent une contre-performance.
Dès lors, on observe à Saint-Jean-de-Monts quatre logiques dans la fréquentation
du lieu :
– une occupation touristique classique des hébergements marchands incarnée par
les campings fermés au moins cinq mois de l’année. Leurs ouvertures correspondent
au lancement de la saison « strictement » touristique ;
– les résidences secondaires constituent cet autre parc touristique estimé à 60 000 lits.
Elles peuvent être ouvertes à tout moment de l’année, mais conservent une logique
saisonnière encore marquée sur l’hiver ;
– en revanche, l’ouverture annuelle des hôtels rend compte davantage de la logique
« affaires/événementiels », avec des taux oscillant de 30 % à 77 % pour les hôtels

36. Jean-René Morice, Hélène Désiré-Pébarthe et Philippe Violier, « Itinéraires de lieux touristiques
du littoral atlantique », Norois, n° 206, 2008/1, p. 9-20 (p. 18).
37. Atout France/DATAR, « Tableau de bord équilibré d’une destination touristique française.
Destination : Saint-Jean-de-Monts », 1er août 2011.
38. Source : http://www.saint-jean-de-monts.com/ (consultation le 18 juin 2012).
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Tableau 48.- Diversification des équipements, un enrichissement du territoire :


le cas de Saint-Jean-de-Monts
Pôle Équipement Période Chiffre d’affaires
d’attractivité d’ouverture En 2010 (en €) Croissance depuis 2005
Base nautique Année 360 000 + 79 %
Outdoor Parée Jésus* Année 390 000 + 30 %
Golf Année 850 000 Non fourni
Palais des congrès 52 semaines 290 000 + 100 %
Indoor Thermes marins 48 semaines 180 000 - 20 %
Centre aquatique Océabul 52 semaines 430 000 Fluctuant
Casino 52 semaines 8 000 000 +3 %
(*) Complexe sportif.
Source : Atout France/DATAR, « Tableau de bord équilibré d’une destination touristique française. Destination :
Saint-Jean-de-Monts », 1er août 2011.

indépendants et de 46 % à 82 % pour les hôtels de chaîne sur l’année. Là, une activité
annualisée s’amorce réellement ;
187
– enfin, toutes les activités proposées (salons, événements sportifs…) sont à destination
des résidents et des populations proches, faisant de Saint-Jean-de-Monts comme un
pôle de loisirs départemental voire régional.
Toute cette politique de diversification permet de renforcer le rôle-clé du tourisme
dans cette station avec une croissance des emplois touristiques directs de 43 %
entre 1999 et 2010 et de 37 % pour ceux indirectement touristiques, tandis que les
autres activités connaissaient une croissance très limitée, voire étaient légèrement
en déclin. Ce niveau de croissance des emplois touristiques est même supérieur à
la moyenne vendéenne et régionale des Pays de la Loire. Ces emplois touristiques
directs représentaient 23 % du total en 2011 contre 20 % en 1999 et l’on atteint
67 % si l’on y ajoute les emplois indirects (60 % en 1999). Effet de cette politique ?
Le revenu moyen des ménages à Saint-Jean-de-Monts est passé de 13 840 à 22 000 €
entre 2000 et 2008, indiquant sans doute le développement de la résidentialisation
dans la station (V. supra).

n Le MICE, une annualisation réussie de la fréquentation

À l’échelle de la région Aquitaine, des logiques similaires apparaissent, avec un


volet « mobilités d’affaires » particulièrement significatif des évolutions à l’œuvre.
Aujourd’hui, la fréquentation hors-saison devient un moment non négligeable de
l’activité touristique, avec 28 % des arrivées annuelles et près de 30 % des nuitées
en 2006-2007. Certes, les flux les plus importants restent centrés sur les vacances
scolaires et les périodes de fêtes de fin d’année, mais, d’octobre à avril, les touristes
dépensent 1,2 milliard d’euros, c’est-à-dire une moyenne par jour et par personne de
Le tourisme , un phénomène économique

45 €. Dès lors, la fréquentation de la région combine des logiques variées faites de


tourisme, de pratiques de loisirs, de voyages d’affaires, de déplacements familiaux et
de personnes de passage. L’apport économique de chaque clientèle est très différent :
des visites familiales (27 €par personne et par jour) aux touristes de loisirs (43 €) et
aux personnes en transit (58 €), les hommes d’affaires caracolent en tête avec 104
€ ; ils ont une dépense journalière pour l’hébergement marchand de 20 € supérieure
à la dépense estivale. Selon les départements, les politiques en matière de MICE se
retrouvent dans les dépenses par voyageurs d’affaires. Toujours en Aquitaine, les
Pyrénées-Atlantiques (avec Biarritz, qui mise sur cette dimension depuis près de
vingt ans) sont en tête avec des dépenses par personne et par jour atteignant 57
euros, loin devant les autres départements : 45 € en Gironde, 38 € en Dordogne,
36 € dans les Landes et 35 € dans le Lot-et-Garonne39.
À l’échelle fine du département des Pyrénées-Atlantiques, on peut voir cette place
des activités d’affaires dans l’activité du lieu à partir du taux de remplissage des
hôtels et la place de la clientèle d’affaires. Ainsi, face au profil du département où la
clientèle d’affaire apparaît comme un fort soutien au remplissage des hôtels (entre
30 et 50 % du total hormis juillet-août), on distingue l’unité urbaine de Bayonne-
188
Anglet-Biarritz de celle de Pau : la première rappelle le profil départemental, avec
une saison estivale forte où le MICE est un soutien conséquent de l’activité hôte-
lière (30 à 50% du total du remplissage), dix mois sur douze ; s’agissant de Pau,
la clientèle d’affaires représente 70 à 80 % de la fréquentation hôtelière et l’été se
maintient à 30-40 %.

n Une activité économique moins saisonnière

Ces stratégies de diversification et de dessaisonnalisation sont menées un peu par-


tout en France aujourd’hui, et on note vraiment une évolution dans la mobilité des
personnes, comme le montrent les travaux de Christophe Terrier40. En effet, il y
a des touristes à Paris tout au long de l’année, les mois les moins fréquentés étant
l’été, comme pour beaucoup de villes-capitales. À l’est de la capitale, on repère le
département de Seine-et-Marne avec Disneyland Paris, visité pendant douze mois,
et à l’ouest, le château de Versailles, dans les Yvelines, n’est très fréquenté qu’en mai
(longs week-ends) et en été. Les espaces montagnards cumulent une double saison
hiver/été, l’une très forte les trois premiers mois de l’année, la seconde moins marquée
sur l’été. Les littoraux ont une fréquentation différenciée : l’Atlantique connaît une
fréquentation importante pendant six mois (d’avril à septembre), la Méditerranée

39. Source : Observatoire régional du tourisme d’Aquitaine, La fréquentation de l’Aquitaine en


hiver. Les chiffres clés d’octobre 2006 à avril 2007. Édition 2009 (http://pro.tourisme-aquitaine.
info/upload/ChiffreCle3web.pdf).
40. Voir Christophe Terrier (dir.), Mobilité touristique et population présente : les bases de l’éco-
nomie présentielle des départements, direction du Tourisme, Paris, 2006.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

un peu plus longue avec l’hiver où les Alpes-Maritimes se distinguent très nettement
par la présence de touristes tout au long de l’année, comme à Paris.
L’observation des emplois à l’échelle régionale le montre également. Plusieurs ana-
lyses peuvent être énoncées. En particulier, l’écart entre les deux mois extrêmes s’est
considérablement réduit : en Bretagne, d’un rapport de 1 à 7 (de 7 000 en janvier
à 50 000 en août) en1995, on est passé du simple au double (de 34 000 à 75 000)
en 2011. En 1995, les vacances scolaires se distinguaient très nettement à Pâques
et à la Toussaint et les mois de juin et septembre se matérialisaient par des creux
d’emplois avant la reprise. Aujourd’hui, la courbe est lissée, avec une progression
régulière de janvier à juin accentuée à Pâques. Après l’envolée de l’été, le mois de
septembre est aussi important que le mois de juin, et plus important que Pâques, à
la différence de 1995.

n Vivre et/ou travailler au pays des vacances :


l’économie résidentielle ou présentielle,
un atout pour les territoires 189

La réussite du tourisme dans les territoires, par son ampleur et sa diversification,


qu’elle soit massive ou non dans ses manifestations, a d’autres conséquences. En effet,
elle produit une évolution des espaces et des sociétés traversés par le développement
de toute une activité de services à la personne qui nourrit et entretient la vie et la
dynamique des lieux. Sans être totalement responsables des processus observés, le
tourisme et les loisirs apparaissent comme des éléments importants, alimentant ce
que l’on nomme aujourd’hui l’économie résidentielle ou présentielle.

n Éléments de définition

Cette économie présentielle (encadré) donne une nouvelle chance à certains territoires
ou assure la vivacité d’autres car les logiques de développement ne sont plus centrées
sur les activités productives mais sur la localisation des consommateurs et la structure
des revenus. Cela induit une nouvelle approche de la richesse et du développement
des territoires, comme nous l’avions évoqué pour la consommation touristique
nette (V. supra) : « Tandis que la production se concentrait dans les métropoles, la
population – et avec elle les revenus – ne cessaient de se déployer. La géographie de
la croissance s’est ainsi peu à peu déconnectée de la géographie du développement.
Certes, la richesse est bel et bien créée plus massivement en Île-de-France au début
des années 2000 qu’au début des années 1980, mais cette richesse circule41. Les

41. Laurent Davezies, La République et ses territoires. La circulation invisible des richesses, coll.
« La République des idées », Seuil, Paris, 2008 (NDE).
Le tourisme , un phénomène économique

dépenses des touristes, les salaires des navetteurs [personnes résidant dans un lieu
différent de celui où elles travaillent], les retraites, les traitements des fonctionnaires,
les diverses allocations, prestations et minima sociaux sont autant de revenus qui
alimentent les économies locales indépendamment de leur capacité productive.
Ainsi, le développement économique d’un territoire dépend de sa capacité à capter
ces flux de revenus, tout autant qu’à créer de la richesse. »42.

Qu’est-ce que l’économie présentielle ? (*)


Avec le développement du tourisme, la notion d’économie « résidentielle »
doit évoluer. Ce ne sont pas seulement les résidents permanents, mais toutes
les personnes présentes sur un territoire, y compris les touristes, qui génèrent
de l’emploi localement par leurs besoins en services.
L’Insee a mis au point en 2008 une nomenclature répartissant l’ensemble des
activités économiques en deux sphères, l’une présentielle et l’autre non pré-
sentielle. La sphère présentielle se définit comme l’ensemble des activités
mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant
la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone, qu’elles soient
190 résidentes ou touristes. Les activités ne relevant pas de cette sphère sont dites
non présentielles, ou « productives ».
La sphère présentielle comprend notamment les activités d’éducation, de santé
et d’action sociale, les administrations, le commerce de détail, l’hôtellerie et la
restauration, la construction, les activités financières, les services domestiques et
le transport de voyageurs. Dans la sphère productive sont répertoriés l’agriculture,
le commerce de gros, la plus grande partie des activités industrielles, les services
aux entreprises, la recherche, les activités liées à l’énergie... Globalement, les
activités de l’économie productive sont orientées vers les marchés extérieurs
au territoire et suivent une logique de l’offre compétitive, alors que l’économie
présentielle suit une logique de demande de la population présente.
Deux approches permettent l’étude de l’économie présentielle. La première
consiste à étudier la base présentielle d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à
capter les revenus des personnes présentes, dont les revenus des retraités venant
s’installer, les dépenses des touristes, les revenus d’actifs résidents travaillant hors
du territoire et les transferts sociaux. La seconde approche consiste à étudier
l’emploi créé dans les activités présentielles. C’est cette seconde approche qui
a été choisie pour cette étude, notamment en raison des données disponibles.
L’économie présentielle est un facteur de stabilité pour un territoire. Elle permet
la captation de revenus extérieurs et n’est pas exposée au processus de compé-
tition mondiale car elle n’est pas délocalisable.
Cependant, elle présente l’inconvénient d’offrir des emplois souvent moins
rémunérateurs et plus précaires que l’économie productive, principalement en
raison de la saisonnalité du tourisme et de niveaux de qualification plus faibles.

42. Magali Talandier et Philippe Estèbe, L’intercommunalité : évaluer l’efficacité d’un objet insti-
tutionnel inédit, Acadie, Paris, octobre 2010, p. 37.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Les activités présentielles permettent à des territoires ruraux de valoriser éco-


nomiquement leur cadre de vie. Elles favorisent ainsi le développement de
territoires en dehors des polarités productives. Une forte demande émanant de
la population présente permet la professionnalisation des métiers de services
pour améliorer la qualité des emplois. A contrario, un territoire se développant
uniquement sur une base présentielle risque de voir son économie dépendre
de l’apport de populations extérieures et de souffrir de l’éviction des activités
productives et d’un phénomène de ségrégation socio-spatiale. De plus, un
développement centré uniquement sur la sphère présentielle peut menacer,
à terme, les facteurs d’attractivité qui la soutiennent, l’apport massif de popu-
lations extérieures étant susceptible de dégrader la qualité de vie (hausse des
prix de l’immobilier, saturation des réseaux de transports, artificialisation des
espaces naturels...).

(*) Extrait de : Clément Gass, « Grand Sud-Est : l’économie présentielle stimulée par
la croissance démographique et le tourisme », INSEE Rhône-Alpes, La Lettre Analyses,
n° 131, septembre 2010, p. 4.

Dès lors, pour comprendre l’importance de cette économie présentielle, il convient


d’identifier les lieux où l’accueil de populations temporaires est important. Parmi 191
celles-ci, on trouvera les touristes, mais aussi tous ceux qui viennent vivre un moment
sur le territoire concerné : voyageurs d’affaires, étudiants. De plus, ces habitants
temporaires deviennent parfois de nouveaux habitants permanents, qu’il s’agisse de
retraités ou d’actifs. Cette résidentialisation liée à la fréquentation touristique est
ancienne et analysée depuis longtemps43. Tout cela permet d’identifier de nouvelles
réalités territoriales dans un contexte marqué par les mobilités.

n L’équivalent habitant permanent

Ainsi, les travaux de Christophe Terrier et de la direction du Tourisme44 ont permis


d’avoir une première lecture de cet effet présentiel dans les territoires. Cette approche
« habitant » des individus de passage dans les territoires et la création d’un indicateur
« équivalent habitant permanent » permettent de mesurer la place « permanente » des
habitants temporaires (figure 16). La corrélation avec les destinations touristiques,
valorisant les départements littoraux et alpins ainsi que la région francilienne, est
évidente. Les volumes concernés sont variés, mais peuvent atteindre plus de 200 000
habitants permanents comme à Paris ou dans le Var. Bien évidemment, cela doit
être considéré à l’aune pertinente des stations (lieux de séjour) et des possibles iti-
nérances dans ces départements. Mais cela représente un volume de plus de quatre
millions de personnes en France en 2005. La saisonnalité de ce présentiel est aussi

43. Nous renvoyons ici à tous les travaux sur les migrations liées à la retraite et sur l’évolution
démographique des destinations touristiques, trop nombreux pour être évoqués ici.
44. Christophe Terrier (dir.), Mobilité touristique et population présente : les bases de l’économie
présentielle des départements, op. cit.
Le tourisme , un phénomène économique

très éclairante des mobilités porteuses. Le pic de présence est généralement l’été avec
54 départements où domine le mois d’août, et l’hiver pour 19 autres. Ces derniers
connaissent deux mobilités différenciées : d’une part, une fréquentation touristique
des sports d’hiver pour la Savoie ou l’Isère mais aussi le Puy-de-Dôme, alors que
les Pyrénées sont fréquentés davantage l’été tout comme la Savoie, et, d’autre part,
celle des réunions familiales au moment de Noël, période de fréquentation maximale
pour 15 départements. Enfin, le printemps est dominant pour 12 départements, ce
qui rend compte des logiques de longs week-ends dans des départements proches
de Paris comme ceux de la Bourgogne.

Figure 17. - La fréquentation touristique réelle dans les territoires : une approche par l’équiva-
lent habitant permanent (EHP) (2005)

Fréquentation touristique
totale en équivalent habitant
permanent (EHP)
192
200 000

100 000

50 000
25 000

FRANCE : 4 195 600


Valeurs extrêmes :

+ Paris
Var
224 400
213 100

- Haute-Marne
Terr. de Belfort
7 400
3 000

Source : Christophe Terrier (dir.), Mobilité touristique et population présente : les bases de l’économie présentielle
des départements, direction du Tourisme, Paris, 2006, p. 8.

Cette présence d’habitants temporaires conduit à la progression des emplois dédiés :


entre 1975 et 2006, leur nombre a progressé en moyenne de 45 % et la médiane se
situe à 50 %. Les régions où la croissance des emplois présentiels a été la plus forte
(≥ 60 %) constituent un ensemble continu de la Bretagne à Rhône-Alpes, agré-
geant les destinations littorales et alpines touristiques dominantes nationalement.
Au cœur de cet ensemble, le Languedoc-Roussillon caracole avec près de 83 % de
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

croissance, exprimant la mutation profonde de cet espace passé de la viticulture de


masse à une économie tertiaire portée historiquement par le développement du
littoral à travers la mission Racine (1963-1983) et la métropolisation progressive
de Montpellier. Cette région est également celle qui connaît les soldes migratoires
les plus importants depuis 1975, et de récents rapports envisagent une dynamique
similaire pour les années à venir45.

Figure 18.- Évolution du nombre d’emplois présentiels entre 1975 et 2006


(%) 10 20 30 40 50 60 70 80
Languedoc-Roussillon
Corse
Pays de la Loire
Midi-Pyrénées
Rhône-Alpes
Bretagne
Aquitaine
Poitou-Charentes
Alsace 193
Prov.-Alpes-Côte d’Azur
Basse Normandie
Nord-Pas de Calais
Picardie
Moyenne nationale
Haute Normandie
Limousin
Auvergne
Bourgogne
Lorraine
Champagne-Ardennes
Ile de France

Source : Clément Gass, « Grand Sud-Est : l’économie présentielle stimulée par la croissance démographique et le
tourisme », INSEE Rhône-Alpes, La Lettre Analyses, n° 131, septembre 2010.

À l’échelle infra-départementale, plusieurs critères permettent de comprendre les


disparités dans la localisation des emplois présentiels. Parmi ceux-ci, la régularité
touristique constitue un élément important de compréhension de leur développe-
ment. Ainsi, la diversification des activités déjà évoquées contribue à ce renforcement
de l’économie présentielle, alors qu’un tourisme très saisonnier stimule peu son
accroissement.

45. Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR), Construire ensemble


un développement équilibré du littoral, La Documentation française, Paris, 2004.
Le tourisme , un phénomène économique

n Un « moteur de la revitalisation des espaces ruraux »46 ?

S’il est évident que les grandes destinations touristiques sont concernées par cette
économie présentielle, les espaces ruraux n’en sont pas à l’écart, bien au contraire.
Touristes, migrants pendulaires, retraités… sont autant de populations qui fréquentent,
séjournent et décident de vivre dans les campagnes françaises, des lieux attrayants et
jugés de qualité. Et cette dynamique s’accompagne d’un « équivalent habitant perma-
nent » qui, sans mobiliser les mêmes volumes que le littoral, la montagne touristique
ou les métropoles, reste important voire considérable rapporté à la situation locale.
Entre les nouveaux habitants aux pratiques de loisirs développées et les touristes, la
« richesse » des territoires ruraux s’accroît, comme le montre la répartition des revenus
basiques dans les bassins de vie ruraux.

Le secteur basique
Le concept de la théorie de la base (Sombart, 1916), revisité par Davezies
(2003) (*), est l’une des rares approches qui permettent de considérer conjoin-
194
tement ces différents aspects du développement local (moteurs productifs et
non productifs ; impact de la consommation sur le développement). Le secteur
basique désigne l’ensemble des revenus qu’un territoire capte de l’extérieur. Le
secteur domestique répond à la demande locale de biens et services. Véritable
moteur de l’économie locale, le secteur basique induit, par un jeu de multipli-
cateur, l’essor du secteur domestique et assure le dynamisme économique et
démographique des territoires.
Davezies (2003) propose de distinguer quatre types de revenus basiques ou bases :
– la base productive privée est constituée des revenus (salaires ou bénéfices)
perçus par les habitants des territoires, grâce à l’implantation d’entreprises qui
produisent et exportent en dehors de la zone étudiée ;
– la base résidentielle regroupe les revenus captés par les territoires grâce à leurs
« atouts » résidentiels. Il s’agit plus précisément des salaires « rapatriés » au lieu de
domicile par les migrants alternants ; des retraites ; des dépenses des touristes ;
– la base publique est constituée des traitements des trois fonctions publiques :
fonction publique d’État, hospitalière et territoriale ;
– la base sanitaire et sociale comprend l’ensemble des revenus de transferts :
minima sociaux, allocations chômage, allocations familiales, allocations de
logement, indemnités journalières, remboursements de soins de santé.
(*) Werner Sombart, Der moderne Kapitalismus, Duncker & Humblot, Munich-Leipzig,
1916 ; Laurent Davezies, La diversité du développement local dans les villes fran-
çaises, Rapport à la DATAR, L’Œil-Créteil, université Paris XII, Créteil, 2003 (NDE).
Extrait de : Magali Talandier, « Une autre géographie du développement rural : une
approche par les revenus », Géocarrefour, vol. 83/4, 2008, p. 259-267 (p. 261-262).

46. Magali Talandier, « Le tourisme, moteur de la revitalisation des espaces ruraux français ? »,
Cahier Espaces, n° 98, septembre 2008, p. 132-138.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Comme le montrent les résultats des travaux de Magali Talandier, les revenus moteurs
du développement territorial ne sont pas exclusivement dépendants de la produc-
tion et de l’exportation, mais aussi et peut-être surtout des dépenses réalisées par les
habitants (temporaires et permanents) dans les campagnes et de la capacité des lieux
à capter ces populations par leur attrait résidentiel et récréatif (tourisme et loisirs).
Sur l’ensemble des bassins ruraux, le tourisme occupe une place importante, proche
de celle des retraites, à l’exception du rural isolé, où il domine assez nettement (de
10 points – tableau 49 –). Ainsi, contre toute attente, le tourisme contribue à l’inté-
gration des territoires ruraux et cela permet de comprendre « comment des espaces
dénués d’atouts métropolitains ont pu, au cours des dernières décennies, voir leurs
emplois progresser rapidement, le revenu des populations s’améliorer, la population
s’installer »47.

Tableau 49.- Répartition des revenus basiques dans les bassins de vie ruraux français
en 2004-2005 (en %)
Bassins de vie ruraux polarisés par une commune… Ensemble
des bassins
Pôle rural Du rural sous faible Du rural isolé 195
de vie
influence urbaine
Base productive, secteur privé 14,1 12,1 10,7 19,7
Base résidentielle, dont : 61,3 65,0 67,5 49,0
– salaires des navetteurs 16,2 23,0 11,0 12,9
– retraites 23,9 24,7 23,7 23,2
– dépenses touristiques 21,2 17,3 32,7 13,0
Base publique (traitement 5,1 4,0 4,0 9,1
des fonctionnaires)
Base sanitaire et sociale, dont : 19,5 18,9 17,8 22,2
– revenus sociaux 11,3 11,7 10,5 11,9
– remboursements des soins 8,2 7,2 7,3 10,4
de santé
Total 100,0 100,0 100,0 100,0
Source : Magali Talandier, « Une autre géographie du développement rural : une approche par les revenus »,
Géocarrefour, vol. 83/4, 2008.

Cette auteure complète cette première approche par une typologie réalisée à partir
d’analyses multivariées, afin d’identifier la structuration des revenus basiques. Parmi
les variables de poids dans l’explication de la distribution spatiale des revenus, le
tourisme est discriminant pour quatre des six types identifiés (figure 5.11). Les types
intitulés « Retraites et agriculture » et « Retraite et tourisme » rassemblent 30 % de la
population étudiée. Bien qu’ils apparaissent comme davantage pénalisés socialement,
les premiers sont en lien avec le tourisme par l’existence « d’activités productives
spécifiques basées sur une ressource territorialement ancrée ». Les seconds ont une
dimension touristique plus forte et se distinguent par « de meilleurs taux d’équipement

47. Magali Talandier, « Richesse et développement des territoires », Pour, n° 199, février 2009,
p. 53-59.
Le tourisme , un phénomène économique

en commerces et services aux particuliers ». Dans l’ensemble, on retrouve des terri-


toires souvent déconsidérés par la littérature, l’imaginaire collectif ou les évolutions
démographiques mais qui sont en réalité dynamisés par une combinaison « gagnante »
alliant tourisme, installation de néo-retraités et « présence d’activités valorisantes et
garantes des savoir-faire locaux ».48 Les deux derniers types proposés rassemblent
12 % de la population étudiée et distinguent un espace rural clairement touristique
où les revenus basiques sont très largement dominés par les dépenses touristiques et
l’équivalent habitant permanent est très fort (supérieur à 35 %).

Figure 19.- Bassins ruraux et dépenses touristiques : une typologie

196

Source : Magali Talandier, « Une autre géographie du développement rural : une approche par les revenus », Géo-
carrefour, vol. 83/4, 2008, p. 259-267.

Le cas des espaces ruraux analysés ici est un exemple original qui illustre parfaitement
la relation entre tourisme et développement local en situation rurale. Même si elle
ne constitue pas une panacée49, cette économie résidentielle participe pleinement
de la revitalisation de larges pans de l’espace rural français ; « plus précisément, c’est
l’attractivité auprès des retraités et des touristes qui semble porteuse du dynamisme
de l’emploi local et des revenus »50. De même, les campagnes qui investissent ou
réinvestissent dans des savoir-faire locaux, les développent et conduisent des poli-
tiques et des actions centrées sur ces spécificités parviennent également à renouer
avec le développement, tout particulièrement dans le lien qui peut se constituer
alors avec et par le tourisme.

48. L’ensemble de ces citations est extrait de : Magali Talandier, « Une autre géographie du dévelop-
pement rural : une approche par les revenus », Géocarrefour, vol. 83/4, 2008, p. 259-267 (p. 265).
49. Pour une réflexion critique, v. Magali Talandier et la conclusion de son article précité « Richesse
et développement des territoires ».
50. Magali Talandier, « Une autre géographie du développement rural : une approche par les
revenus », art. cit., p. 266.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

L’ensemble des logiques décrites portent uniquement sur la métropole et le rôle du


tourisme dans le développement de ce territoire. Dans les DOM-TOM, les relations
entre tourisme et développement local jouent autrement et posent problème d’une
façon différente. Cette dernière facette doit être approchée et analysée pour dresser
un tableau complet de la situation française.

n Pourquoi le tourisme dans l’outre-mer


va-t-il mal ?

Hérité du vaste empire colonial français, cet ensemble d’îles et de territoires épar-
pillés à travers les trois grands océans totalise quelque 2,7 millions d’habitants pour
120 000 km². Ce qu’on appelait, jusqu’à la révision constitutionnelle du 28 mars
2003, les DOM-TOM (départements d’outre-mer et territoires d’outre-mer), et
nomme désormais DROM-COM (départements et régions d’outre-mer-collecti- 197
vités d’outre-mer), est constitué de treize entités aux statuts différents. On compte
tout d’abord cinq départements et régions d’outre-mer (DROM) : la Guadeloupe,
la Guyane, la Martinique, la Réunion et Mayotte (depuis avril 2011). Ils ont une
histoire commune, marquée par l’esclavage, jusqu’en 1848, et l’assimilation complète
à la Métropole en 1946. Les 1,8 million de Martiniquais, Réunionnais, Guyanais
ou Guadeloupéens jouissent des mêmes prestations sociales et des mêmes dispositifs
de lutte contre le chômage, la pauvreté ou la précarité que les Métropolitains. Au
regard du droit de l’Union européenne, les DROM, hormis Mayotte, font partie des
régions ultrapériphériques (RUP), sous le régime de l’intégration, et sont insérés dans
l’espace communautaire. Cet ensemble est complété par une série de collectivités
diverses, dans lesquelles les lois édictées en Métropole ne sont applicables que s’il
existe une mention spéciale. Elles sont regroupées, depuis 2003, sous l’appellation
de collectivités d’outre-mer (COM), à l’exception de la Nouvelle-Calédonie, qui, par
l’accord de Nouméa (1998) et la loi organique du 19 mars 1999, est devenue une
collectivité sui generis. Pour la plupart, elles ne sont qu’associées à l’Union européenne,
qui les a rassemblées sous l’appellation de Pays et territoires d’outre-mer (PTOM).
À l’exception de la Nouvelle-Calédonie, l’outre-mer est dans une situation économique
délicate : le chômage touche ainsi plus d’un actif sur quatre dans les DROM. Ces
économies ultramarines ont des balances commerciales structurellement déficitaires,
avec des taux de couverture de leurs échanges extrêmement bas et qui continuent de
se dégrader. Contrairement aux petits États et territoires insulaires environnants, les
DROM et les COM ont des économies peu ouvertes, avec des taux d’exportation
modestes et une très faible spécialisation. Sans compétitivité, leurs marchés intérieurs
sont protégés par des taxes à l’importation élevées et soutenus par des politiques de
transfert et de défiscalisation.
Le tourisme , un phénomène économique

Dans un tel contexte d’introversion et de dépendance, le tourisme y a pris des formes


particulières. Ces « économies de transfert » révèlent des ressemblances avec le modèle
MIRAB (Migration, Remittances, Aid and Bureaucracy : les migrations, les remises
des migrants, l’aide et la bureaucratie), développé par Geoffrey Bertram et Ray
Watters51. Toutefois, le tournant touristique pris, ces vingt dernières années, par de
nombreuses petites économies insulaires (PEI) relevant de ce modèle et aboutissant
à la mise en évidence du modèle SITEs (Small Island Tourist Economies)52, ne s’est
que rarement produit en outre-mer, avec une fréquentation qui stagne ou décline.
La manière dont ces territoires sont administrés par l’État français est décisive pour
comprendre le tourisme de l’outre-mer.

n Les piètres performances du tourisme…

Engagé relativement tôt dans le tourisme par l’intermédiaire des Français qui l’ont
introduit dans leur empire colonial, au XIXe siècle, l’outre-mer a perdu, ces dernières
décennies, l’avance qu’il possédait sur nombre de ses voisins (Cuba, République
198 dominicaine…). Alors que ceux-ci connaissent une mise en tourisme rapide, celui-là
marque le pas dans ce domaine, avec, ces dernières années, moins de 2 millions de
touristes, dont la moitié aux Antilles.
Par ailleurs, on constate que les destinations ultramarines sont progressivement
décrochées. Leur croissance est sensiblement plus lente que celle de leurs voisins, ce
qui correspond à une perte de parts de marché. Au « tourisme de séjour » se rajoute
essentiellement la croisière, pour laquelle la Caraïbe est le premier bassin du monde.
Les croisiéristes y sont de plus en plus nombreux (3,8 millions en 1980 et plus de
20 millions en 2011) et ont dépassé les touristes de séjour (quelque 17 millions en
2011). Or dans un contexte si favorable et dynamique, la Guadeloupe et la Marti-
nique ont connu, depuis 1996, une baisse de 85 % des croisiéristes.
Les destinations d’outre-mer se sont dés-internationalisées ces dernières décennies et
leur attraction se limite de plus en plus au cadre national, ce qui est symptomatique
de la concurrence accrue des autres destinations tropicales environnantes. Par exemple,
la part des Nord-Américains dans les « touristes de séjour » est passée en Guadeloupe
de 50 % en 1967 à moins de 5 % aujourd’hui. On observe la même dégringolade en
Martinique : 49 % en 1970 et 1,9 % en 2006 ! En abandonnant les deux DROM
pour d’autres destinations antillaises bien plus dynamiques et compétitives, ces
touristes ont laissé la place aux Métropolitains, désormais majoritaires, en dépit

51. Geoffrey Bertram et Ray F. Watters, « The MIRAB Economy in South Pacific Microstates »,
Pacific Viewpoint, vol. 26, n° 3, 1985, p. 497-519.
52. Jerome L. McElroy, “Small Island Tourist Economies Across the Life Cycle”, Asia Pacific
Viewpoint, vol. 47, n° 1, avril 2006, p. 61-77 et “Tourism Development in Small Islands Across the
World”, Geografiska Annaler, vol. 85, n° 4, décembre 2003, p. 231-242.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Tableau 50.- Outre-mer : quelques indicateurs touristiques pour l’année 2011


Nbre Nbre Part des Nbre de Part du
de touristes de touristes/ métropolitains croisiéristes tourisme
(en milliers) hab./an (en %) (en milliers) dans le PIB
(en %)
Martinique 499 1,26 77,9 (a) 37 3,6 (a)
Guadeloupe 418 1,04 95(b) 107 5,0 (c)
Saint-Martin ND 50,6 (d) ND 15 ND
Saint-Barthélemy 84 32 (d) 48,0 (d) 43 ND
Guyane 83 (d) 0,36 (d) 57,0 (d) 0(d) 9,0 (d)
Réunion 471 0,56 81,0 41 3,0 (d)
Polynésie française 163 0,60 22,0 26 7,0 (d)
Nouvelle-Calédonie 112 0,44 31,0 238 4,0 (d)
Wallis-et-Futuna ND ND ND 0 ND
Saint-Pierre-
11 1,80 20,0 1 ND
et-Miquelon
Mayotte 53(a) 0,28(a) 48,0 (a) 1(a) ND
(a) 2010 – (b) Estimation – (c) 2005 – (d) 2009
Sources principales : INSEE, Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), Institut de la statistique 199
de la Polynésie française (ISPF) et Institut territorial de la statistique et des études économiques (ISEE, Nouvelle-
Calédonie).

de la distance à parcourir. Qu’il s’agisse des Antilles françaises ou de la Réunion, la


clientèle européenne non métropolitaine est rare : 3,4 % à la Réunion et 5,4 % à la
Martinique en 2006, alors que les Européens ont représenté, en 2009, le tiers des
touristes en République dominicaine et les deux tiers à Maurice.
Une autre manière de saisir la faible internationalisation du tourisme ultramarin est
de s’intéresser aux acteurs hôteliers. On constate que les groupes internationaux sont
très peu présents : on ne trouve aucun groupe étranger, sauf en Polynésie française,
en Nouvelle-Calédonie et à Saint-Martin.

n … malgré des éléments favorables

Plusieurs auteurs admettent que les îles non indépendantes disposent d’un avantage
majeur sur les îles souveraines dans le développement touristique53. Les facilités
de déplacement, comme l’absence de visa ou l’utilisation de la même devise, sont
évoquées, de même que l’importance des investissements en infrastructures de trans-
port et de télécommunication. Or force est de constater que l’outre-mer français

53. Geoffrey Bertram, “On the Convergence of Small Island Economies with Their Metropolitan
Patrons”, World Development, vol. 32, n° 2, février 2004, p. 343-364. Geoffrey Bertram et Bernard
Poirine, “Island Political Economy”, in Godfrey Baldacchino (dir.), A World of Islands: An Island
Studies Reader, Institute of Island Studies, University of Prince Edward Island, Charlottetown
(Canada), 2007, p. 325-377. Bernard Poirine, “Should We Hate or Love MIRAB ?”, The Contem-
porary Pacific, vol. 10, n° 1, 1998, p. 65-105.
Le tourisme , un phénomène économique

constitue un contre-exemple. Ces résultats médiocres sont d’autant plus étonnants


que ces destinations jouissent de conditions très favorables au développement du
tourisme, au premier rang desquelles leur appartenance à un des États parmi les
plus riches du monde.
Tout d’abord, à l’instar de la Métropole, les infrastructures de transport sont d’un
bon niveau. Grâce au Fonds européen de développement régional (FEDER), les
DROM sont dotés d’aéroports de qualité pouvant accueillir tous les types d’appareils.
Le réseau routier est excellent et meilleur que dans les îles environnantes. L’approvi-
sionnement en eau est globalement satisfaisant et celle du robinet est généralement
potable, sauf en période de fortes pluies. Bénéficiant de la désalinisation de l’eau de
mer mais connaissant un déficit chronique en eau douce, des îles touristiques comme
Bora Bora, Saint-Martin ou Saint-Barthélemy disposent d’une ressource suffisante.
Un autre argument important en faveur du développement du tourisme est la salu-
brité de l’outre-mer. Les conditions sanitaires y sont bien meilleures que dans les
pays émergents concurrents. Le système de soin ultramarin est satisfaisant, ce qui
garantit aux touristes une bonne prise en charge en cas de maladies ou d’accidents.
200 Les services d’urgence sont de qualité et les hôpitaux bien équipés. En outre, les
systèmes d’alerte et de secours lors des catastrophes naturelles sont dignes des pays
les plus développés.
La question de la sécurité fait également partie du cahier des charges des destinations
touristiques internationales, et, malgré une progression préoccupante des crimes et
délits dans l’outre-mer, les destinations concurrentes ont un bilan beaucoup plus
mauvais dans ce domaine. Censées être paradisiaques, ces îles sont dangereuses, en
devenant une des principales plaques tournantes du trafic de drogue. Viols, meurtres,
enlèvements avec demande de rançon se sont banalisés à la Jamaïque, en République
dominicaine, aux Bahamas ou à Trinité-et-Tobago. Cette situation explique la
multiplication des enclaves touristiques dans la Caraïbe. Les Antilles françaises et le
reste de l’outre-mer ne proposent que peu de lieux fermés et sécurisés qui séparent
les touristes de la société locale.

nLe syndrome néerlandais,


cause de la faible compétitivité du tourisme

Les destinations d’outre-mer sont parmi les moins compétitives. L’hébergement, les
excursions et la restauration offrent un mauvais rapport qualité/prix. Le shopping
est limité et cher. La vie nocturne est presque nulle et les activités proposées aux
touristes sont réduites. L’accueil est loin d’être toujours bon, comme le montrent
les rares enquêtes de satisfaction. Les îles concurrentes voisines disposent d’un parc
hôtelier plus récent et d’une animation de qualité pour un coût bien moins élevé. À
cela se rajoute un grand nombre de conflits sociaux, souvent durs, qui paralysent ces
contrées et prennent parfois en otage les touristes et les croisiéristes. De surcroît, les
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

taxes portuaires et aéroportuaires sont dissuasives, expliquant la défiance des com-


pagnies aériennes à bas coûts et le fait que de grandes compagnies de croisière ont
récemment abandonné la desserte de la Martinique et de la Guadeloupe. L’ensemble
de ces maux a une cause : le « syndrome néerlandais » (dutch disease).
Celui-ci a été mis en évidence par des économistes à propos des petites économies54
bénéficiant brusquement d’une manne. Ils l’ont ainsi nommé parce que les Pays-Bas
ont été l’un des premiers États touchés, au moment de la découverte, à partir de
1959, d’importantes réserves de gaz naturel sur leur territoire et en mer du Nord. Les
secteurs exposés (exportations, tourisme…) connaissent une progression du prix de
leurs intrants, induite par la hausse des prix due aux augmentations des revenus et
de la demande intérieure. Le secteur touristique est une des principales victimes de
ce syndrome car il ne peut être protégé (sauf par des subventions ou défiscalisations).
Il subit donc en priorité la réduction de ses marges provoquée par la hausse de ses
coûts et l’impossibilité de la répercuter dans ses prix. Il est aussi victime d’un autre
aspect du syndrome néerlandais : les salaires élevés de l’administration tendent à
devenir les salaires de référence.
Bien que – à l’exception de la Nouvelle-Calédonie, qui possède près du quart des 201
réserves de nickel dans le monde et représente 4 % de la production mondiale –
l’outre-mer ne possède pas de richesses naturelles dont l’exploitation a bouleversé son
économie, on peut estimer qu’elle est aussi victime de ce syndrome car elle bénéficie de
transferts publics colossaux, sous forme de salaires, avec une hypertrophie du secteur
public, d’aides multiples, d’investissements publics ou de défiscalisation. Les emplois
administratifs sont les plus prisés, car ils sont mieux rémunérés qu’en Métropole, un
coefficient multiplicateur allant de 1,4 à plus de 2 leur étant appliqué. Dans un tel
contexte, il est difficile de trouver des personnes qualifiées et motivées pour travailler
dans le tourisme ou la restauration, séduites qu’elles sont par les fonctions publiques
d’État ou territoriale, qui leur garantissent de bons salaires et la sécurité de l’emploi.
L’autre volet du problème est la question des prix très élevés. Les sur-rémunérations
ont de spectaculaires effets inflationnistes et le premier grief que font les touristes
vis-à-vis de ces destinations est le coût de la vie exorbitant. Le tourisme apparaît
comme une activité bien moins intéressante pour les investisseurs que le secteur
de l’import-distribution, avantagé par le pouvoir d’achat élevé d’une partie de la
population et par les marges plus élevées permises par le protectionnisme douanier
constitué de taxes et de quotas d’importation. On comprend alors les trajectoires
économiques récentes très différentes de l’île Maurice et de la Réunion. L’indépendance
mauricienne, en 1968, poussa le nouvel État à sortir de la monoculture sucrière et à
diversifier son économie en se tournant vers le tourisme. L’investissement touristique
fut largement le fait des Mauriciens descendants des colons français qui contrôlaient
le secteur sucrier. À la Réunion, le transfert des capitaux de la terre vers le tourisme

54. W. Max Corden et J. Peter Neary, “Booming Sector and Des-Industrialisation in a Small Open
Economy”, Economic Journal, vol. 92, n° 368, décembre 1982, p. 825-848.
Le tourisme , un phénomène économique

fut beaucoup plus limité, le grand commerce étant jugé par l’oligarchie sucrière, et
anciennement esclavagiste, moins risqué et plus rentable. Toutefois, cette économie
de transferts publics ne fait pas que des heureux. Les sociétés d’outre-mer sont plus
inégalitaires que la société métropolitaine, avec d’un côté des personnes bien payées
et ayant des emplois protégés et, de l’autre, des individus aux salaires beaucoup plus
bas ou au chômage.
Depuis les années 1960, le tourisme est considéré par les gouvernements successifs
comme un des outils les plus efficaces pour sortir l’outre-mer de l’assistanat. En
1965, une mission interministérielle pour le développement du tourisme dans les
DOM-TOM fut créée, qui dota la Martinique et la Guadeloupe, dans le cadre du
VIe Plan (1971-1975), d’une infrastructure hôtelière de standard international, mais
rapidement, ces destinations se trouvèrent concurrencées par les îles voisines. Rapports
parlementaires, études de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer et de
l’Institut d’émission d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-
et-Futuna) ou avis ou rapports du Conseil économique et social55 ont sensibilisé à
de nombreuses reprises les autorités sur l’intérêt d’un développement touristique et
les a alertées sur les difficultés rencontrées par ce secteur.
202
Pour lutter contre la faible compétitivité de l’outre-mer, les pouvoirs publics ont
opté pour une politique de défiscalisation. À défaut de s’attaquer frontalement au
cercle vicieux de la vie chère en agissant sur la formation des prix et en réduisant
les sur-rémunérations, ce qui demande un certain courage, le tourisme a été un des
secteurs où les investissements vont être partiellement défiscalisés, à partir de 1986
(loi Pons). En Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, un dispositif local est
venu se rajouter aux mesures nationales, soit un cumul qui permet de défiscaliser
jusqu’à 70 % des investissements !56 Loin de lutter contre le syndrome néerlandais,
cette politique a eu des effets pervers et n’a pas favorisé un développement cohérent
du tourisme. L’offre hôtelière s’est trouvée déconnectée de la demande, avec, géné-
ralement, une croissance de la capacité d’hébergement très supérieure à celle de la
fréquentation et rendant caduques les analyses quantitatives reposant partiellement
sur la capacité d’accueil. Car les capitaux défiscalisés ont été détournés des vrais
investissements touristiques pour se concentrer sur des projets hôteliers masquant
des opérations immobilières, dans un contexte de forte urbanisation, de croissance
démographique et de pénurie de logements. Parce que la sortie de défiscalisation
n’a pas été encadrée, les investisseurs particuliers, à l’issue de la période avantageuse
fiscalement (cinq à dix ans), ont cherché à revendre leur lot. Construits en copro-
priétés, les hôtels ont été transformés en résidences privées, le cas le plus spectaculaire
étant Saint-Martin, où le nombre de chambres est passé de 3 170 en 1996 à 1 729
au 31 décembre 2011.

55. Voir Cécile Felzines, Le tourisme, perspective d’avenir de l’outre-mer français, Conseil éco-
nomique et social, Paris, 2007.
56. Voir à ce sujet : Cour des comptes, Rapport public annuel 2012, p. 73 et s.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Particulièrement présentes dans l’outre-mer français, les sociétés d’économie mixte


(SEM) ont permis aux collectivités françaises du Pacifique d’être des acteurs majeurs
du tourisme, mais sans remettre en cause les bases économiques de l’outre-mer, ce qui
réduit les chances de réussite des SEM. Le cas d’Air Tahiti Nui est révélateur. Cette
société anonyme d’économie mixte, majoritairement détenue par la collectivité de
Polynésie française, n’a jamais fait de bénéficies et a été renflouée à plusieurs reprises
par son actionnaire principal, qui en a fait l’instrument majeur du développement
touristique, la poussant à une extension précipitée de son réseau, avec spécialement
l’inauguration, en 2005, de la ligne Tahiti-New York, abandonnée quatre ans plus
tard. La Chambre territoriale des comptes de la Polynésie française a rédigé en 2008
un rapport accablant sur sa gestion. On retrouve le même système de subvention-
nement public du tourisme en Nouvelle-Calédonie, où chaque province a sa SEM,
très présente dans l’hôtellerie.
Le lien fort entre le transport aérien et le développement touristique des îles se vérifie
dans l’outre-mer, mais, une fois encore, d’une façon particulière. Les compagnies
étrangères, face à la baisse de la fréquentation internationale, ont peu à peu aban-
donné ces destinations, spécialement American Airlines ou Delta Airlines, qui se sont
203
détournées des Antilles françaises. Quant aux compagnies françaises, leur stratégie
n’a pas été de desservir les foyers émetteurs de touristes, comme l’ont fait celles, telles
Air Mauritius ou Air Seychelles, créées par certains petits États insulaires au moment
de leur indépendance et conçues comme des outils de développement du tourisme,
mais de se contenter d’exploiter la liaison, bien plus sûre, entre la Métropole et
chaque collectivité ultramarine. Le dessin des lignes aériennes de l’outre-mer n’est
qu’une déclinaison du syndrome néerlandais et de la rente administrative qui fait
de la relation Métropole/outre-mer un véritable cordon ombilical.

n Des statuts trompeurs

Plus autonomes politiquement que les DROM et à la touristification plus inter-


nationalisée et plus rémunératrice, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie
conduisent à questionner l’influence du degré d’autonomie sur le tourisme. Il existe
une grande variété de situations avec la logique de « statuts à la carte », officialisée
par la révision constitutionnelle de 2003. Ainsi, la Polynésie française, qui dispose
d’un statut d’autonomie depuis 1984 et la Nouvelle-Calédonie, qui, avec l’accord
de Nouméa de 1998, bénéficie de transferts majeurs et irréversibles de compétences,
sont compétentes en matière de développement économique, et le tourisme est une
compétence transférée de l’État aux assemblées locales.
Il est donc tentant de penser que leurs performances en matière de tourisme sont
proportionnelles au degré d’autonomie. Il n’en est rien car, pour le moment, leur
autonomie politique ne s’est pas accompagnée d’une véritable autonomie éco-
nomique. L’évolution statutaire de Saint-Martin en juillet 2007 vise justement à
Le tourisme , un phénomène économique

rendre plus compétitive cette destination, puisque, détachée depuis cette date du
DROM guadeloupéen pour devenir une collectivité d’outre-mer (COM), elle peut
désormais fixer elle-même des règles en matière fiscale, cadastrale, d’accès au travail
des étrangers ou de tourisme. La frontière y est à peine matérialisée ; il n’y a ni poste
de douane, ni contrôle de police ; hommes et marchandises la traversent librement.
Or elle sépare deux systèmes administratifs dissemblables : celui des Antilles néer-
landaises, très libéral, et celui de la France, plus directif. Les Français ne cessent de
dénoncer le laxisme de Sint Maarten en matière de lutte contre l’immigration, la
contrefaçon, les capitaux douteux ou le trafic de drogue. Résidents, investisseurs,
touristes et croisiéristes tirent parti de tout cela, exploitant les contrastes en tout
genre, y compris en matière d’évolution du dollar, en usage côté néerlandais, et de
l’euro, en usage côté français. Les bas salaires de Sint Marteen constituent un avan-
tage décisif pour les structures d’hébergement néerlandaises. En devenant beaucoup
plus autonome, Saint-Martin cherche à arrêter le glissement de l’hôtellerie et de la
restauration vers le secteur néerlandais, la partie française devant se contenter de
plus en plus des day-trippers57. Jusqu’à présent, chacun a essayé d’externaliser chez le
voisin les inconvénients d’un développement touristique débridé et d’internaliser ses
204 avantages. La partie néerlandaise capte la majorité des bénéfices par l’hébergement,
les casinos, l’animation nocturne et le shopping, la partie française se contentant de
l’excursionnisme. Le nouveau statut sera-t-il en mesure d’atténuer le désavantage
concurrentiel de Saint-Martin ?
Le cas de la Polynésie française nous pousse à la circonspection car, en dépit de son
autonomie politique renforcée, cette COM continue de vivre essentiellement des
transferts publics. À l’arrêt définitif des essais nucléaires (1996), l’État s’engagea à
maintenir pendant dix ans le niveau des flux financiers qui résultaient de l’activité
du Centre d’expérimentation du Pacifique. Un « Programme stratégique pour le
renforcement de l’autonomie économique et financière de la Polynésie française »
fut approuvé par l’Assemblée territoriale et un Fonds pour la reconversion écono-
mique de la Polynésie française (FREPF) fut créé, consacré surtout au financement
de grands travaux d’infrastructures, favorables au développement du tourisme en
particulier. L’objectif était, à terme, de rendre la Polynésie française moins dépendante
des transferts publics. Or, en 2002, une nouvelle convention remplaça celle de 1996
et l’État s’engagea à maintenir de manière permanente, et non plus pour dix ans, ce
flux financier. La rente atomique continue donc de perdurer.
En fait, c’est plus la distance à la Métropole que le statut qui joue dans la distinction
entre les DROM et les deux collectivités françaises du Pacifique, car l’élément-clé est
la part des Métropolitains parmi les touristes : très majoritaires dans les DROM, ils
représentent moins du tiers des arrivées en Polynésie française et en Nouvelle-Ca-
lédonie, à 24 heures d’avion de l’Europe, ce qui les conduit à rester plus longtemps
sur place (près de 20 jours en Polynésie française et plus de 25 jours en Nouvelle-

57. Jean-Christophe Gay, Les cocotiers de la France. Tourismes en outre-mer, coll. « Belin Sup
Tourisme », Belin, Paris, 2009.
Le rôle du tourisme dans le développement des territoires

Calédonie). Ces Métropolitains ont habituellement des liens familiaux ou amicaux


avec des résidents en outre-mer, soit parce qu’ils en sont originaires et retournent voir
la famille, soit parce que des amis ou des parents se sont installés en outre-mer, leur
présence constituant alors une opportunité pour s’y rendre. Amis ou familles jouent
les rôles de logeurs, de guides, de prêteurs de véhicules et de prescripteurs d’activités.
À la Réunion, l’enquête de fréquentation annuelle distingue, parmi les personnes
résidant moins d’un an dans l’île, les « touristes d’agrément » des « touristes affinitaires »
et des « touristes d’affaires ». Le « touriste affinitaire » a pour motivation principale
de rendre visite à des parents ou à des amis, tandis que le « touriste d’agrément »
recherche la détente et les loisirs. La mise en place de ces catégories met en évidence
l’importance du flux de touristes, singulier sur de telles distances et dans le contexte
intertropical. En 2011, cette île a comptabilisé 197 400 « touristes d’agrément »,
dont la durée moyenne de séjour est de deux semaines, et 211 900 « touristes affini-
taires », séjournant trois semaines en moyenne. De la sorte, l’hôtel ou la résidence
de tourisme n’ont été le mode d’hébergement principal que de 29,2 % des touristes
venus à la Réunion. De même, les hôtels n’ont accueilli que 37,3 % des touristes en
Martinique en 2010.
205
De toute évidence, les DROM sont une destination d’aubaine pour nombre de
Métropolitains. Mais l’importance d’un tourisme se dérobant largement à l’héberge-
ment marchand est aussi le signe de l’intégration de ces départements ultramarins à
l’ensemble national car ce phénomène n’a rien d’exceptionnel en France métropolitaine,
confirmant l’incorporation avancée de ceux-ci à l’espace touristique français. On a là
un élément fondamental de ce tourisme des DROM, dont les faibles performances
économiques ne peuvent passer sous silence son rôle dans la cohésion nationale,
assurément fondée sur l’importance des mobilités entre Métropole et DROM, eu
égard au grand nombre de Dromiens vivant en Métropole et de Métropolitains
d’origine européenne résidant ou ayant résidé dans un DROM. Bien que celui-ci
soit comptabilisé comme du tourisme international, on a véritablement affaire à un
tourisme intérieur, peu sensible au contexte international (terrorisme, guerres, crises
économiques). Il est alors logique de constater qu’en outre-mer, c’est la Polynésie
française, destination la plus internationalisée, qui est également la plus vulnérable
et qui connaît l’évolution la plus heurtée. Elle a ainsi subi de plein fouet les attentats
du 11 septembre 2001 aux États-Unis, pays d’où sont originaires ses principaux
clients, et les crises économiques récentes y ont fait chuter le flux touristique de
25,4 % entre 2007 et 2011.
* *
*
Sous perfusion de l’État, les collectivités d’outre-mer françaises sont les seuls territoires
tropicaux dans le monde dont le niveau de vie élevé ne repose pas sur le tourisme
et/ou les services financiers. La solidarité redistributive massive de la France est
pénalisante pour les secteurs, comme le tourisme, exposés à la concurrence inter-
nationale. Mais les aides diverses, la défiscalisation, la sous-tarification de certains
Le tourisme , un phénomène économique

services, les prestations sociales ou les salaires artificiellement élevés peuvent être
progressivement remis en cause par la dégradation des finances publiques du pays.
Du coup, la question du développement ou de la relance du tourisme en outre-mer
revient avec de plus en plus d’insistance, car si les coupes claires dans le budget de
l’État n’ont pour le moment que modérément touché l’outre-mer, il apparaît que la
France n’a plus les moyens de maintenir un tel assistanat.
Le pouvoir d’achat élevé de cette population ultramarine explique qu’à côté d’un
flux international, le seul comptabilisé dans les statistiques, il ne faille pas omettre
le tourisme intérieur, grand oublié des études comparées sur les îles intertropicales
et qui a pris beaucoup d’ampleur avec la motorisation des ménages, l’augmentation
du temps libre et la multiplication des chambres d’hôtes ou des gîtes, fréquentés
tout particulièrement par les résidents d’origine métropolitaine. Mieux payée qu’en
Europe, souffrant parfois d’un certain confinement insulaire, attirée par le shopping
et les vastes horizons, une partie de la population d’outre-mer a également une grande
mobilité touristique internationale.
Le tourisme est aux yeux des autorités la voie privilégiée pour sortir une partie de
206 l’outre-mer du modèle MIRAB, mais la route est encore longue et Bora Bora ou
Saint-Barthélemy, qui relèvent complètement du modèle SITEs, risquent de rester
encore longtemps des cas isolés.
C onclusion

Conclusion

Cet ouvrage l’a montré, le tourisme constitue une activité économique majeure en
France puisque, au-delà d’une délimitation floue, il emploie directement et indi-
rectement 10 % de la population active, représente près de 140 milliards d’euros de
consommation annuelle et se traduit par une balance (différence entre les dépenses
des touristes non résidents sur le territoire national et celles, hors de l’Hexagone, effec-
tuées par les personnes qui résident en France) positive pour environ 8 à 10 milliards
d’euros chaque année, c’est-à-dire plus que certaines branches considérées comme
des points forts de l’économie, l’agroalimentaire notamment. 207
Cette place n’est pas « naturelle », contrairement à ce que tendraient à laisser penser
des discours teintés de nationalisme et hérités de la construction de l’identité nationale
qui insistent sur la beauté et l’harmonie des paysages de l’Hexagone – forme parfaite !
Certes, elle est liée pour une part à une situation au cœur d’un espace densément
peuplé, riche, et le développement des mobilités comme la construction de l’Union
européenne y ont aussi fortement contribué. Certes, la configuration du territoire,
la présence des côtes ensoleillées et des hautes montagnes, n’y sont pas non plus
étrangères. Mais aussi et surtout, ce poids a été progressivement construit par les
acteurs qui ont su saisir les opportunités, mettre en œuvre les outils, les stratégies
et les politiques pour accueillir sur le territoire les touristes étrangers comme les
Français des différentes régions.
Cette puissance du tourisme se traduit dans sa capacité à modeler l’espace car si, pour
une part, celui-ci a investi les métropoles et notamment Paris, devenue la première
destination du monde, il a aussi permis l’intégration de régions délaissées et dépeu-
plées. Que seraient les côtes – en dehors des grands ports – et les hautes montagnes
sans le sursaut initié par le tourisme qui a rendu ces régions habitables et prêtes à
une diversification économique aujourd’hui bien engagée ?
Le déni de cette réalité doit être questionné. Pourquoi, dans l’un des pays les plus
touristiques au monde, cette pratique sociale demeure-t-elle galvaudée et ses effets
minorés ? Pourquoi est-il nécessaire, pour la rendre acceptable, de l’anoblir en
l’affublant de qualificatifs (tourisme culturel, tourisme rural, tourisme actif…) qui
ne reflètent que très partiellement la réalité et la diversité des pratiques, tandis que
les plus fréquentes (aller à la plage, se reposer, bronzer) sont stigmatisées ?
G lossaire

A nnexe 1

Glossaire

Consommation touristique intérieure (CTI) Enquête auprès des visiteurs venant de l’étran-
La consommation touristique intérieure est le ger (EVE)
concept central du compte satellite du tourisme L’enquête DGCIS-Banque de France auprès
(CST) rénové. des visiteurs venant de l’étranger (EVE) permet
L’agrégat mesure : la consommation des visi- de suivre les comportements touristiques sur
teurs (touristes et excursionnistes) français ou le territoire français des personnes résidant à
étrangers ; au cours ou en vue des voyages l’étranger. L’enquête est réalisée auprès des
qu’ils ont effectués en France ou à partir du touristes et des excursionnistes à leur sortie
territoire français ; et réalisée auprès des four- du territoire métropolitain. 80 000 personnes
sont interrogées chaque année, par vague tri- 209
nisseurs de services et de biens de consom-
mation résidant en France. Il distingue : la mestrielle.
consommation touristique interne, qui mesure
la consommation des visiteurs résidant en Enquête sur le Suivi de la demande touristique
France ; la consommation touristique récep- (SDT) des personnes résidant en France
trice, qui mesure la consommation des visiteurs
Réalisée depuis 1990, l’enquête sur le Suivi
résidant à l’étranger.
de la demande touristique (SDT) permet de
suivre l’évolution des comportements touris-
Dépense touristique intérieure (DTI) tiques des personnes résidant en France. Elle
La dépense touristique intérieure est la part est réalisée mensuellement par voie postale,
de la consommation touristique intérieure par TNS-Sofres pour la DGCIS, auprès d’un
acquise contre paiements effectués, soit par panel de 20 000 personnes représentatif de
les visiteurs eux-mêmes (cas le plus fréquent), la population résidant en France âgée de 15
soit par d’autres agents agissant en leur faveur. ans et plus.
Ce dernier cas recouvre notamment : Le SDT permet d’estimer les taux de départ,
– les dépenses des entreprises et des adminis- les volumes de séjours, les destinations et les
trations relatives aux frais de déplacements principales caractéristiques des déplacements
professionnels de leurs employés. Il s’agit natu- touristiques des personnes habitant en France.
rellement des déplacements professionnels qui
ont lieu hors de l’environnement habituel des Hébergement touristique
employés, excluant donc les déplacements
On entend par hébergement touristique toute
domicile-travail quotidiens ;
installation qui, régulièrement ou occasionnel-
– les financements, totaux ou partiels, par des lement, pourvoit à l’hébergement de touristes
administrations ou des associations sans but comme les hôtels, campings, hébergement
lucratif dans le cadre de leur politique sociale, en meublés de courte durée, résidences de
comme, par exemple, dans les transports ferro- tourisme, centres de villégiatures, centres de
viaires, les réductions des tarifs aux personnes vacances pour enfants et adolescents, auberges
invalides ou aux familles nombreuses ; de jeunesse et refuges....
– les voyages offerts par des parents ou amis.
Le tourisme , un phénomène économique

Taux de départ Visiteur


Le taux de départ mesure la part, dans chaque Un visiteur est un voyageur qui se déplace
catégorie de population, des individus qui ont hors de son environnement habituel, et rentre
effectué au moins un séjour d’un type consi- de fait dans le champ du tourisme. Le motif
déré (par exemple, le pourcentage de Français du déplacement peut être d’ordre personnel
qui sont partis en hiver). (loisirs, visites à des proches, santé, etc.), pro-
fessionnel (missions, formations, séminaires,
congrès, etc.) ou mixte.
Tourisme
On distingue deux types de visiteurs : les
Le tourisme comprend les activités déployées
touristes, qui passent au moins une nuit (et
par les personnes au cours de leurs voyages
moins d’un an) sur leur lieu de visite ; les
et séjours dans des lieux situés en dehors de
excursionnistes (allers-retours à la journée), qui
leur environnement habituel pour une période
ne passent pas de nuit sur leur lieu de visite.
consécutive qui ne dépasse pas une année, à
des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs Pour des raisons pratiques, le système d’obser-
non liés à l’exercice d’une activité rémunérée vation statistique français du tourisme retient
dans le lieu visité. On distingue trois formes les critères suivants :
de base du tourisme : – un touriste est un visiteur qui passe au moins
– le tourisme interne, où les résidents d’un pays une nuit (et moins d’un an) hors de son domi-
se déplacent dans leur propre pays ; cile ;
210 – le tourisme récepteur, qui correspond au tou- – un excursionniste est un visiteur qui réalise
risme des non-résidents : ainsi, pour la France, un aller-retour à la journée à plus de 100 kilo-
il s’agit du tourisme en France des personnes mètres de son domicile.
résidant dans un autre pays que la France ; Les allers-retours à la journée transfrontaliers
– le tourisme émetteur, qui correspond au tou- sont également comptés, quelle que soit leur
risme des habitants d’un pays dans un autre distance (sauf les allers-retours pour le travail et
pays : ainsi, pour la France, il s’agit du tourisme les études qui sont hors du champ du tourisme).
des ressortissants français à l’étranger.
Voyages
Vacances Le voyage est défini comme tout départ du
Selon l’Organisation mondiale du tourisme domicile, avec retour à celui-ci et au moins une
(OMT), on appelle vacances, depuis 1995, nuit passée en dehors. Le motif ou la raison du
l’ensemble des déplacements d’agrément com- déplacement peuvent être personnels ou pro-
portant au moins quatre nuits consécutives fessionnels (à l’exception des déplacements des
hors du domicile. Sont exclus des vacances : VRP, personnels roulants ou navigants et des
nuits passées à l’hôpital, clinique ou caserne).
– les déplacements professionnels ;
Cette notion est principalement utilisée dans
– les voyages d’études ;
le cadre de l’enquête réalisée conjointement
– les séjours motivés par la maladie ou le décès par l’Insee, la DGCIS et TNS-Sofres sur le Suivi
d’un proche ; de la demande touristique (SDT).
– les séjours de santé dans des établissements
spécialisés :
– les courts séjours d’agrément (deux ou trois
Sources : Insee et Direction générale de la
nuitées) et les week-ends réguliers.
compétitivité, de l’industrie et des services
C’est cette notion qui est utilisée dans les (DGCIS).
enquêtes permanentes sur les conditions de
vie des ménages de l’Insee (EPCV) de l’Insee.
B ibliographie

A nnexe 2

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L iste des tableaux , figures et encadrés

A nnexe 3

Liste des tableaux,


figures et encadrés

Tableaux
1. Les mobilités du quotidien et du hors quotidien, p. 18
2. Durée légale des congés annuels et leur utilisation dans quelques pays en 2009, p. 18
3. Formalités administratives applicables aux touristes de l’Union européenne
pour plusieurs destinations, p. 19
215
4. La mobilité touristique : une mobilité spécifique dans le champ des mobilités
hors quotidiennes, p. 20
5. Évolution du nombre de voyages internationaux selon les régions de destination
de l’OMT (1980-2011), p. 33
6. Les départs de voyageurs dans le monde en 2009 (en milliers) (50 premiers pays), p. 35
7. Les arrivées de voyageurs dans le monde en 2011 (en milliers) (50 premiers pays), p. 35
8. Les destinations hors de la métropole des personnes résidant en France en 2011, p. 36
9. Évolution du classement des 15 premières destinations du monde selon la part
des voyageurs accueillis entre 1950 et 2010, p. 38
10. Les arrivées de touristes étrangers en France selon le continent et le pays d’origine
en 2011 (résultats provisoires), p. 40
11. Répartition régionale de la fréquentation des hôtels par les résidents et les non-résidents
en 2011, p. 44
12. Répartition régionale de la fréquentation des campings par les résidents
et les non-résidents en 2011 (nombre d’emplacements loués et nombre moyen
de nuitées par location), p. 45
13. Les « habitués du non-départ » en 2009 : groupes surreprésentés, p. 55
14. Évolution des prix des services touristiques entre 2006 et 2010 (en %), p. 56
15. Dépenses des ménages pour les loisirs (en milliards d’euros) (1990-2005), p. 58
16. Les pistes d’économies budgétaires des ménages en matière de vacances
(2009-2010), p. 58
17. Taux de départs en vacances pour motifs personnels et courts séjours selon la profession
et catégorie socioprofessionnelle (PCS) (2010-2011) (en %), p. 60
Le tourisme , un phénomène économique

18. Taux de départ en vacances selon l’âge (1975-2004) (en %), p. 61


19. Répartition des vacances d’été et d’hiver selon les espaces touristiques
en 2006-2007, p. 63
20. Les vingt sites touristiques français les plus fréquentés en 2011, p. 65
21. Les « motifs » des séjours des Français déclarés lors de l’enquête Vacances 2004, p. 66
22. Part des ménages partis en week-end ou court séjour de moins de 4 jours au cours
des 12 derniers mois (motifs autres que professionnels) (2008-2010) (en %), p. 69
23. Les financements publics du tourisme en 2007 (montants en euros), p. 85
24. Le réseau Atout France dans le monde en 2012, p. 87
25. Modes de gestion des offices de tourisme, p. 92
26. Nouvelle classification des offices de tourisme, p. 93
27. Les propriétaires du patrimoine monumental protégé (classé + inscrit)
en France en 2010, p. 101
28. Prestations proposées par le réseau « Bienvenue à la ferme » en 2012, p. 105
29. Les entreprises du tourisme en France en 2009, p. 107
216
30. Poids des structures indépendantes dans les activités du tourisme en 2011, p. 113
31. Franchises dans l’hôtellerie, la restauration et le voyage (2009-2010), p. 116
32. Répartition du parc hôtelier classé français au 1er janvier 2012, p. 116
33. Les 12 principales enseignes hôtelières en France au 1er janvier 2012
(classement par le nombre de chambres), p. 117
34. Les 15 premiers groupes hôteliers mondiaux en 2010 (classement selon le nombre
de chambres), p. 120
35. Les tour-opérateurs exerçant en France en 2010, p. 121
36. Les sites de e-tourisme les plus visités en mai 2012, p. 128
37. Typologie des lieux touristiques, p. 134
38. Évolution des emplois salariés dans les activités caractéristiques du tourisme en France
métropolitaine (au 31 décembre) (2000-2010), p. 147
39. Évolution de la dépense du tourisme intérieur en France (visiteurs français et étrangers)
(2005-2010) (en milliards d’euros courants), p. 154
40. Comparaison des structures de consommation selon les types de dépenses
entre les touristes résidents et non résidents en 2010 (en % de la dépense
touristique totale), p. 155
41. Un exemple de concentration des investissements : les remontées mécaniques
entre 2009 et 2011 (en % du total des investissements), p. 161
42. L’offre d’hébergements touristiques en France métropolitaine au 1er janvier 2012
(estimation du nombre de lits touristiques), p. 162
43. Les dépenses de fonctionnement : la spécificité des communes touristiques
(2010), p. 166
L iste des tableaux , figures et encadrés

44. La fiscalité directe des communes touristiques en 2010, p. 166


45. L’évolution des emplois salariés touristiques en Bretagne (1995-2007), p. 174
46. La part de l’emploi salarié touristique par rapport à l’emploi salarié total
dans les « zones touristiques » (2005-2009) (en %), p. 175
47. Répartition des emplois saisonniers durant l’année 2005 en Corse selon la catégorie et le
lieu de résidence au 1er janvier 2006 (en %), p. 177
48. Diversification des équipements, un enrichissement du territoire : le cas de Saint-Jean-de-
Monts, p. 187
49. Répartition des revenus basiques dans les bassins de vie ruraux français en 2004-2005
(en %), p. 195
50. Outre-mer : quelques indicateurs touristiques pour l’année 2011, p. 199

Figures
1. Les espaces-temps des loisirs et des tourismes en Europe, d’après Rémy Knafou, p. 22
2. La croissance exponentielle des voyages internationaux (1980-2011), p. 31
217
3. Répartition des voyages internationaux selon les régions-continents , p. 33
4. Voyages en France pour motifs personnels des personnes qui résident en France en 2011
(en % des nuitées), p. 42
5. Schéma global de prise de décision de vacances, p. 52
6. Modèle d’inventaire des acteurs du tourisme à partir des pratiques des touristes, p. 78
7. Le « millefeuille » : les organismes institutionnels en charge du tourisme aux différents
niveaux de l’organisation de l’État en France en 2012, p. 96
8. Les mondes du tourisme, d’après Pascal Cuvelier (1998), p. 109
9. La filière tourisme traditionnelle, p. 127
10. La dynamique des lieux touristiques, p. 133
11. Le diamant de Michael Porter : la compétitivité des entreprises enracinée
dans leur territoire, p. 139
12. La dynamique des clusters tourisme, p. 141
13. Évolution de la balance du tourisme de la France de 1948 à 2010, p. 156
14. Évolution des soldes comparés de différents postes de la balance commerciale
de 2009 à 2011 (en milliards d’euros, à prix courant), p. 156
15. Les recettes du tourisme international en 2000 et 2010 (en Md$), p. 157
16. La taxe de séjour des communes par département en 2005, p. 168
17. La fréquentation touristique réelle dans les territoires : une approche par l’équivalent
habitant permanent (EHP) (2005), p. 192
18. Évolution du nombre d’emplois présentiels entre 1975 et 2006, p. 193
19. Bassins ruraux et dépenses touristiques : une typologie, p. 196
Le tourisme , un phénomène économique

Encadrés
Les définitions du tourisme, p. 15
Les statistiques de l’OMT, p. 30
La pratique des sports par les Français, p. 67
Les Galeries Lafayette, premier établissement touristique en France ?, p. 80
Rattachement ministériel du tourisme depuis 1981, p. 84
Clubs de destinations et de filières d’Atout France (2012), p. 88
La création et la distribution des voyages, p. 109
Les guides touristiques, p. 110
Les gîtes et chambres d’hôtes, p. 112
La classification, p. 114
Les principaux acteurs de l’industrie hôtelière, p. 117
La création et la distribution des voyages, p. 126

218 Paris, capitale internationale du tourisme et des mobilités d’affaires, p. 136


Les emplois saisonniers, p. 149
Les métiers du tourisme, p. 150
Le tourisme, un atout économique, social et environnemental, p. 163
Affectation du produit annuel de la taxe communale sur les remontées mécaniques, p. 169
La répartition de la dotation touristique selon les communes concernées en 2005, p. 169
Les enjeux de la taxe de séjour pour le territoire : le cas du comité départemental du
tourisme du Puy-de-Dôme, p. 170
Qu’est-ce que l’économie présentielle ?, p. 190
Le secteur basique, p. 194
Parutions récentes

La pauvreté en France. Permanences et nouveaux visages


Jean-Michel Charbonnel, 2013, 176 p.
Les humanitaires dans la guerre : des idéaux à l’épreuve
de la politique
Marc-Antoine Pérouse de Montclos, 2013, 256 p.
Femmes-hommes : penser l’égalité
Sandrine Dauphin et Réjane Sénac (dir.), 2012, 208 p.
Population, mondialisation et développement
Luc Cambrézy et Véronique Petit (dir.), 2012, 176 p.
Journalisme 2.0
Rémy Le Champion (dir.), 2012, 256 p.
Tourisme et patrimoine. Nouvelle édition
Valéry Patin, 2012, 208 p.
Pour une mondialisation raisonnée
Dominique Bocquet, 2012, 192 p.
Le pétrole. Une ressource stratégique
Philippe Copinschi, 2012, 144 p.
Transports et urbanisme en Île-de-France
Pierre Merlin, 2012, 208 p.
Les comités d’entreprise. Un nouvel âge ?
Marie-Noëlle Auberger (dir.), 2012, 200 p.
Le budget de l’État
Charles Waline, Pascal Desrousseaux, Stanislas Godefroy,
2012, 192 p.
Les chambres de commerce et d’industrie
Christian Chupin, 2011, 136 p.
Les élèves : connaissances, compétences et parcours
Michel Quéré (dir.), 2011, 200 p.
Industrie automobile. La croisée des chemins
Bernard Jullien et Yannick Lung, 2011, 136 p.
DIRECTION DE L’INFORMATION LÉGALE ET ADMINISTRATIVE

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TARIFS AU 1 er FÉVRIER 2012 : UN AN (20 NUMÉROS)


— France : 164 € (TTC)
— Union européenne : 189 € (HT)
— France de l’outre-mer : 190 € (HT)
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— Supplément avion (39 € TTC)
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