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Connecteurs linguistiques en argumentation

Ce document traite des outils linguistiques de l'argumentation tels que les connecteurs logiques qui permettent de lier des idées et d'orienter le raisonnement. Il présente différents connecteurs pour marquer la cause, la conséquence, la concession, l'opposition ou la restriction.

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Connecteurs linguistiques en argumentation

Ce document traite des outils linguistiques de l'argumentation tels que les connecteurs logiques qui permettent de lier des idées et d'orienter le raisonnement. Il présente différents connecteurs pour marquer la cause, la conséquence, la concession, l'opposition ou la restriction.

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Les outils linguistiques de l’argumentation

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Morphèmes lexicaux et grammaticaux, les connecteurs assurent le lien entre deux énoncés, deux
phrases, deux idées, deux séquences, deux paragraphes et concourent par là , à la cohésion du
texte. Parfois simples outils de liaison, ils peuvent cependant jouer un rôle important dans le
déroulement d’une séquence narrative ou participer pleinement à une argumentation, lorsqu’ils
servent à nuancer les prises de positions de divers locuteurs. Les connecteurs sont des
articulateurs qui permettent de relier une subordonnée à sa principale ou d’enchaîner deux
phrases en indiquant les nuances possibles de la progression de la pensée.
Les connecteurs logiques sont au service de l’enchaînement de séquences plus vastes que la
phrase. Selon leur place dans le paragraphe ou dans la phrase, leur portée varie considérablement.
On distingue les articulations logiques de la pensée ou du raisonnement ménageant les liens de
causalité, de conséquence, d’opposition, de justification, de conclusion, d’addition, de disjonction,
d’énumération et les articulations chronologiques ou spatiales. D’autres mots du discours se
chargent de valeurs énonciatives ou pragmatiques qui dévoilent les stratégies discursives
(d’ailleurs, cependant, heureusement, etc.), pouvant manifester l’adhésion d’un locuteur aux
propos d’un autres (oui, d’accord, parfaitement), la réfutation (non, pas question, pourtant) ou la
réévaluation corrective (mais, finalement, après tout).

Les connecteurs de l’argumentation


Marquer la cause Parce que, car
Confirmer, introduire un argument En effet,
Introduire une justification Puisque
Marquer la conséquence De sorte que, si bien que
Donc, par conséquent
Marquer le but Pour que, afin que
Marquer la concession Malgré, en dépit de, bien que, quoique
Marquer l’opposition ou la restriction Mais, cependant, toutefois, néanmoins,
pourtant
Introduire une objection Or
Introduire un exemple Par exemple, ainsi
Faire une comparaison comme, pareil à, semblable à, tel que, de même
que, ainsi que

Introduire une conclusion Ainsi, par conséquent, cela étant

__________________________________

On parle de coordination argumentative lorsqu’un premier énoncé peut venir confirmer ou


infirmer l’énoncé qui le suit.
Deux énoncés peuvent être coordonnés, même si aucun connecteur n’explicite ce rapport de
coordination. (Ex. : Ernest m’a posé un lapin. Je ne viendrai plus à ses rendez-vous.)
Cependant, donner une orientation argumentative à un texte se fait essentiellement grâce à la
maîtrise d’un certain nombre d’outils et de conjonctions.

1- Marquer la cause
Observez ces différentes expressions de la cause dans les exemples suivants :
1. Il devait être fatigué et avoir renoncé à l’idée d’aller voir le clair de lune car il me demanda de
dire au cocher de rentrer. (Proust)
2. Mme de Villeparisis voyant que j’aimais les églises me promettait que nous irions voir une fois
l'une, une fois l'autre [...] (Proust)

1
3. Un curieux, qui avait du goût pour les mets étranges, essaya ce plat inconnu.
4. L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à
l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducateur, et un éducateur à la fois sévère et
dangereux. (Paul Valéry)
5. Comme il avait du goût pour les mets étranges, il essaya ce plat inconnu.

Il existe en effet différentes manières de marquer la cause : coordination en car, subordonnée


participiale, subordonnée relative dite explicative (exemple 3), subordonnée introduite par
comme, simple juxtaposition de propositions (exemple 4).

Parce que/ puisque


Parce que indique la cause. Puisque sert à introduire la justification de ce que l'on dit. Si le sens
semble proche, ces deux connecteurs ne construisent pourtant pas le même type d'énoncés.
Parce que lie deux énoncés par un lien de cause à effet; il ne pose en fait qu'une seule affirmation.
Avec puisque, au contraire, on apporte deux informations successives, en présupposant que l'une
justifie l’autre.
Par ailleurs on peut toujours remplacer parce que par car.
Les deux formes parce que et puisque ne peuvent donc pas être utilisées indifféremment. La phrase
de Pascal qui suit joue sur cette différence argumentative entre puisque et parce que :
Au lieu de conclure qu’il n’y a point de vrais miracles parce qu’il y en a tant de faux, il faut dire au
contraire qu’il y a certainement de vrais miracles puisqu’il y en a tant de faux.

Dans la première partie de l’énoncé, parce que lie deux propositions par un lien logique de cause
à effet (c’est parce qu'il y a tant de faux miracles qu’il n’y a point de vrais miracles). Dans la seconde
partie de l'énoncé, Pascal présuppose que le fait qu’il y a tant de faux miracles justifie qu’il y en ait
aussi de vrais.

Exercice d’application : choisissez dans les textes suivants entre parce que et puisque :
1. " Pourquoi écrivez-vous?" demande-t-on souvent à l’écrivain. Vous devriez le savoir. Vous
devriez le savoir...vous nous lisez. (Ionesco)
2. On rejoint la colonie ... les situations y sont assurées, les traitements élevés, les carrières plus
rapides et les affaires plus fructueuses. (A. Memmi)
3. ...Il a découvert le colonisé, son originalité existentielle , ... soudain le colonisé a cessé d'être un
élément de rêve exotique pour devenir une humanité vivante et souffrante, le colonisateur refuse
de participer à son écrasement, décide de lui venir en aide. (A. Memmi)
4. L’écrivain est embarrassé par les questions qu’on lui pose … il se les pose lui-même et ... il s’en
pose bien d’autres. (Ionesco)
5. Je suis romaine, hélas, ... mon époux l’est. (Corneille)
________________________

1. " Pourquoi écrivez-vous?" demande-t-on souvent à l’écrivain. Vous devriez le savoir. Vous
devriez le savoir puisque vous nous lisez. (Ionesco)
2. On rejoint la colonie parce que les situations y sont assurées, les traitements élevés, les
carrières plus rapides et les affaires plus fructueuses. (A. Memmi)
3. Parce qu’il a découvert le colonisé, son originalité existentielle , parce que soudain le colonisé
a cessé d'être un élément de rêve exotique pour devenir une humanité vivante et souffrante, le
colonisateur refuse de participer à son écrasement, décide de lui venir en aide. (A. Memmi)
4. L’écrivain est embarrassé par les questions qu’on lui pose parce qu’il se les pose lui-même et
parce qu’il s’en pose bien d’autres. (Ionesco)
5. Je suis romaine, hélas, puisque mon époux l’est. (Corneille)

2
2- Marquer la conséquence, le but
Pour que/de sorte que
Pour que exprime le but, et de sorte que la conséquence. Il existe la même différence entre pour
que et de sorte que qu’en parce que et puisque : pour que lie deux énoncés, de sorte que apporte
deux informations successives.
Observons les exemples suivants :
1. Il a fait ce geste pour que je lui pardonne.
2. Il a fait ce geste de sorte que je lui pardonne.

L’énoncé 1 peut être glosé : c’est pour que je lui pardonne qu’il a fait ce geste, ce qui est impossible
pour l’énoncé 2.
Pour que peut toujours être remplacé par de façon que. Tous deux commandent une proposition
subordonnée au subjonctif.
Exemple :
J'ai déplacé la date pour que tu puisses venir.
J'ai déplacé la date de façon que tu puisses venir.

3- Marquer la concession
L’introduction d’une proposition de concession indique qu’il n’y a pas eu la relation logique
attendue entre ce qu’elle exprime et ce qu’exprime la proposition principale.

Malgré/ en dépit de/ Bien que/quoique


Malgré est une préposition, employée suivie d’un nom. Elle a le même emploi que la locution en
dépit de.
Attention à la confusion quoique/quoi que. Si le remplacement par « bien que » est possible, il faut
écrire « quoique », en un seul mot. Dans le cas contraire, il s’agit de la locution « quoi que ».
Exemple :
Quoiqu’on l’ait mis en garde, il continue à rouler trop vite. = Bien qu’on l’ait mis en garde, il
continue à rouler trop vite.
Quoi que je fasse, il n’est jamais content

Certes
Certes introduit une concession: celui qui écrit reconnaît la vérité de la proposition qu’il introduit.
Exemple : Véhicule d’idéologie certes, l’école a été aussi, nous dit-on, un remarquable instrument de
progrès en généralisant la pratique de la lecture, de l'écriture et de l’arithmétique. (A. Chervel)

Certes, Eurostar a la volonté de relancer l’offre commerciale sur ce périmètre. La prochaine


ouverture d'un point de vente dans cette rue se veut symbolique de cette volonté. Mais cette nouvelle
donne relève plus de l'incitation que de l'imposition.

Attention : une phrase qui commence par certes est incomplète. L'introduction par certes fait que
le lecteur attend une correction, généralement introduite par mais, cependant, toutefois ou
néanmoins.

4- Marquer une opposition ou une restriction


Voici différents exemples présentant tous une contradiction ( deux aspects d’une même chose qui
s’oppose) ou une restriction (une limite à la portée d’une affirmation) :
- On n’exagérera pas, cependant, dans cette voie: c'est celle de la perdition, celle qui conduit tout
droit au roman moderne. (A. Robbe-Grillet)
- Ne serait-ce pas au contraire la pire absurdité que de considérer ces livres comme des études de
caractère ? (A. Robbe-Grillet)

Après avoir prononcé/écrit une première proposition, le locuteur (ou celui qui écrit) prévoit que
le destinataire (celui qui entend ou lit) va en tirer une conclusion. En introduisant une deuxième
proposition commençant par mais, il empêche cette conclusion en signalant un fait qui la
contredit.

3
Ainsi dans la phrase : Ernest louche mais il a du charme, on peut considérer que la conclusion à
tirer de la première proposition « Ernest louche » est qu’ « il n’a pas de charme. » L’introduction
d’une seconde proposition commencée par mais contredit cette conclusion.

À noter : faites attention à l’emploi de mais et sachez manipuler l’implicite qu’il suppose.
L’implicite est ce qui n’est pas clairement énoncé, formulé, mais qui est virtuellement contenu
dans le fait énoncé et que le fait énoncé laisse supposer. Dans le maniement du discours, il y a
toujours beaucoup d’implicite. Il faut être conscient, pour la réussite de la communication, de
l’implicite, et au besoin savoir l’utiliser.

-Les questions introduites par mais ont une valeur argumentative particulière.
Ex : Il me plaît aujourd’hui mais me plaira-t-il toujours ?
Ici, mais sert à disqualifier la première considération (il me plaît aujourd’hui) en donnant une
importance exclusive à la seconde considération (me plaira-t-il toujours). On pourrait paraphrase
cette phrase en disant : peu m’importe qu’il me plaise aujourd’hui, ce qui est important c’est qu’il me
plaise toujours.
Cette orientation argumentative introduite par l’interrogation commençant par mais permet
notamment de faire basculer l’argumentation, d’amener une transition, par exemple entre
l’opinion commune, ou ce qui est immédiatement perceptible pour tout un chacun, et ce qui va
venir problématiser la question. Elle permet d’engager le débat.
Ex : Cet homme est véritablement charismatique, mais quel est son projet politique ?

5- Interrogation et argumentation
Les phrases interrogatives (interrogations totales, c’est-à-dire qui portent sur la totalité de
l’énoncé) ont une valeur argumentative : elles ont la même orientation argumentative que les
phrases négatives correspondantes.
Ainsi, si l’on pose la question « Les industriels ne pensent-ils qu’à leur propre intérêt ? », cela à la
même valeur argumentative que la négative : Les industriels ne pensent pas uniquement à leur
propre intérêt.
Cette orientation argumentative qu’apporte l’interrogation totale est une ressource rhétorique
importante.
-Exemple :
Comment une même langue pourrait donc engendrer deux ou plusieurs grammaires différentes ?
Est-ce que le féminin des adjectifs ou les conjugaisons des verbes sont susceptibles de varier suivant
les auteurs et les théories ? Évidemment non.

Dans cet exemple, l’auteur répond lui-même à la série de questions qu’il introduit. L’introduction
de l’interrogation sert ici à se débarrasser d’objections traitées comme absurdes et qu’on ne peut
dès lors lui imputer.

4
Exercices
_______________________

1- Rétablissez les connecteurs logiques dans ce texte : choisissez les connecteurs parmi
cette liste : ensuite, mais, pourtant, ainsi, enfin, en effet, premièrement, désormais.
Pendant un très long temps, l’idée ne pouvait même venir à l’homme qu’il eût à user de
ménagements envers la nature, tant celle-ci lui apparaissait hors de proportion avec les effets qu'il
était capable d'exercer sur elle.
… depuis quelques décennies, la situation se retourne. Par suite de la prolifération effrénée des
êtres humains, par suite de l’extension des besoins qu’entraîne cette surpopulation, par suite de
l’essor des techniques, l’homme est en passe de devenir pour la géante nature un adversaire qui
n'est rien moins que négligeable.
… l’homme s'avise que, dans son propre intérêt, il lui faut surveiller sa conduite envers la nature
et souvent protéger celle-ci contre lui-même.
Multiples sont, … , les motifs que nous avons de protéger la nature.
…, en défendant la nature, l’homme défend l’homme : il satisfait à l’instinct de conservation de
l’espèce et tente de sauvegarder l’intégrité de son patrimoine héréditaire.
…, il y a le point de vue des biologistes qui, soucieux de la nature pour elle-même, n’admettent pas
que tant d’espèces vivantes s’effacent de la faune et de la flore terrestres et que s'appauvrisse le
somptueux musée que la planète offrait à nos curiosités.
…, il y a les artistes, les poètes et donc un peu tout le monde, qui ne se résoudront jamais à voir les
printemps silencieux, et, en ce sens, on peut faire preuve d’optimisme : tant que les cœurs déçus
chercheront l’asile vert de la nature, on peut compter sur les hommes pour en préserver les rives.
Je voudrais … souligner à quel point la défense de la nature est chose malaisée quand on se heurte
à l’indifférence ou au scepticisme, quand surtout on a contre soi tous ceux qui donnent aux
convoitises personnelles le pas sur l’intérêt commun.
C’est … une tâche d'importance à laquelle notre fin de siècle nous convie, l’enjeu le plus grave et
le plus urgent si l’on veut mériter le nom d'homme. (d’après Jean Rostand)

-Réponse
Pendant un très long temps, l’idée ne pouvait même venir à l'homme qu’il eût à user de
ménagements envers la nature, tant celle-ci lui apparaissait hors de proportion avec les effets qu’il
était capable d'exercer sur elle.
Mais depuis quelques décennies, la situation se retourne. Par suite de la prolifération effrénée des
êtres humains, par suite de l’extension des besoins qu'entraîne cette surpopulation, par suite de
l’essor des techniques, l’homme est en passe de devenir pour la géante nature un adversaire qui
n’est rien moins que négligeable.
Désormais l’homme s’avise que, dans son propre intérêt, il lui faut surveiller sa conduite envers
la nature et souvent protéger celle-ci contre lui-même.
Multiples sont, en effet , les motifs que nous avons de protéger la nature.
Premièrement, en défendant la nature, l’homme défend l’homme : il satisfait à l’instinct de
conservation de l’espèce et tente de sauvegarder l’intégrité de son patrimoine héréditaire.
Ensuite, il y a le point de vue des biologistes qui, soucieux de la nature pour elle-même,
n’admettent pas que tant d’espèces vivantes s’effacent de la faune et de la flore terrestres et que
s'appauvrisse le somptueux musée que la planète offrait à nos curiosités.
Enfin, il y a les artistes, les poètes et donc un peu tout le monde, qui ne se résoudront jamais à voir
les printemps silencieux, et, en ce sens, on peut faire preuve d’optimisme : tant que les cœurs
déçus chercheront l’asile vert de la nature, on peut compter sur les hommes pour en préserver les
rives.
Je voudrais pourtant souligner à quel point la défense de la nature est chose malaisée quand on
se heurte à l’indifférence ou au scepticisme, quand surtout on a contre soi tous ceux qui donnent
aux convoitises personnelles le pas sur l’intérêt commun.
C’est ainsi une tâche d'importance à laquelle notre fin de siècle nous convie, l’enjeu le plus grave
et le plus urgent si l’on veut mériter le nom d’homme. (d’après Jean Rostand)

5
2- Les connecteurs sont-ils bien utilisés dans cet exemple ?
Cette nouvelle création de littérature romane a joué un rôle moteur dans la promotion de la langue
française. En effet cela a contribué à assurer son prestige. Or le fait qu’une langue assure sa
suprématie est une des caractéristiques des langues dominantes. En effet, avant cela, seule le latin
trouvait sa place dans l’activité littéraire. Donc à partir du XIIe siècle, il y a un retournement de
situation : le latin est moins apprécié du milieu littéraire.

-Réponse
Le 2ème en effet n’a pas lieu d’être : la phrase qu’il introduit n’est pas un argument en faveur de
l’affirmation précédente. On peut le supprimer.

3- Examinez le rôle des divers connecteurs dans la construction de l’argumentation et dans


la progression de la pensée.
Divertissement
Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls
et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de
passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des
hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.
Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait
pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que
parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les
conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec
plaisir.
Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai
voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur
naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler,
lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir,
la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine, accompagné de
toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse
considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il
tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de
la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle
divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et
se divertit.
Blaise Pascal, Pensées, 1670

-Réponse
Les connecteurs, dont le rôle paraît le plus saillant dans l’organisation et l’orientation
argumentative de cette pensée de Pascal, sont ceux qui participent à l’expression des relations de
cause et d’effet : ainsi deux locutions conjonctives (parce que) introduisent des subordonnées
causales dans les deux dernières phrases du premier paragraphe, qui fixent les mobiles des
agissements « agités » des hommes.
Placé à l’ouverture du second paragraphe, le connecteur mais signale moins ici l’opposition qu’une
gradation dans la recherche des causes : la raison des causes. Il marque donc les étapes d’une
réflexion qui procède par paliers, après avoir opéré comme un chimiste qui isolerait les éléments
simples des corps complexes. Ce connecteur phare, placé à l’ouverture du paragraphe, introduit
le passage le plus analytique de la pensée.
Cette pensée s’organise en trois temps, comme le suggère la répartition du texte en trois
paragraphes. Ouvert par la conjonction temporelle quand, le premier paragraphe part d’une
observation générale, qui va ensuite s’illustrer dans une circonstance particulière, avant de ne
retenir dans le troisième paragraphe que le cas limite représenté par le roi sans divertissement.
Ce cas limite connaît également un développement par paliers suivant un élargissement
progressif, dont la première marche est marquée par le connecteur de relance et, suivi du
connecteur correctif cependant. C’est ensuite un subordonnant qui prend le relais. La chute est
anticipée sous la forme d’une proposition subordonnée consécutive placée en tête de phrase (de

6
sorte que), immédiatement relayée par le présentatif : le voilà malheureux. Le balisage de la
pensée est si serré dans ce texte qu’il permet de suivre toutes les étapes du raisonnement et fait
surgir le paradoxe de la raison des causes portant sur le mal nécessaire : le divertissement.

4- Examinez le rôle des divers connecteurs dans la construction de l’argumentation dans


cet extrait :
On pourrait définir la lecture à travers l’image d’une fleur sèche qui reprend vie quand on l’arrose,
ou d’une fleur en papier pliée qui se déplie dans l’eau. Car un livre c’est d’abord un volume clos
qui se déplie puis se replie et se range : cela est vrai pour sa réalité physique comme pour sa vie
imaginaire. Une page imprimée est un espace restreint, austère, d’allure rébarbative même, mais
qui se dilate étrangement dans l’esprit qui en fait la lecture. Celle-ci consiste donc dans un curieux
phénomène d’expansion et de conversion de la page imprimée. Si vous observez une personne en
train de lire, vous verrez quelqu’un d’infiniment concentré, qui ne se préoccupe plus de ce qui se
passe autour de lui, et dont toute l’attention est requise par une succession de lignes noires de
petite dimension. Or, ce qui se passe dans la tête de cette personne est précisément tout le
contraire de ce que son apparence laisse entrevoir : un voyage à travers l’espace et le temps, une
sollicitation des sens et des émotions, une vie intense mais invisible. Il y a dans la lecture quelque
chose de jubilatoire qui tient sans doute à ce violent contraste entre la modestie de l’objet et sa
puissance d’évocation. Le lecteur est quelqu’un qui se déplie de l’intérieur et qui s’épanouit sans
même que bouge un seul muscle de son visage. »
Éloge de la lecture, Jean-Michel Maulpoix
-Réponse
Dans cet extrait, les connecteurs logiques ont pour rôle de relier les différentes idées entre elles,
créant ainsi une argumentation cohérente et fluide.
- "car" introduit une explication de la définition de la lecture. L’auteur explique que le livre est un
volume clos qui se déplie et se replie, à la fois physiquement et mentalement, pour montrer la
dualité de la lecture entre la réalité physique et la vie imaginaire.
- "mais" marque un contraste entre l’apparence austère et rébarbative d'une page imprimée et
l’expansion étrange qui se produit dans l’esprit du lecteur lorsqu’il lit. C’est une manière de
démontrer que la lecture est un processus complexe qui ne se limite pas à la simple apparence
d’une page.
-"donc" qui établit une conclusion logique : la lecture est un phénomène d’expansion et de
conversion de la page imprimée.
-"or" qui marque une opposition entre l’apparence concentrée du lecteur et l’intense voyage qu'il
entreprend mentalement lorsqu’il lit. C'est une manière de souligner que la lecture est un acte qui
engendre une grande richesse intérieure, bien que cela ne soit pas forcément visible de l’extérieur.
L’auteur conclut que le lecteur est une personne qui se déplie de l'intérieur et s’épanouit sans
même bouger un muscle de son visage, démontrant ainsi que la lecture est un processus mental
et émotionnel.
____________________________

5- Exercice : Pour ou contre la tour Eiffel ?


Le 14 février 1887, Le Temps publiait un manifeste signé par un grand nombre d’artistes indignés par le
projet de Gustave Eiffel : une tour métallique de 300 mètres en plein Champ-de-Mars ! Vous trouverez
ci-dessous le texte de cette pétition et la réponse de Gustave Eiffel.

I. La protestation des artistes


Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté,
jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du
goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein
cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent
empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de «Tour de Babel».
Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que
Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, du
milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre

7
humain ait enfantés. L’âme de la France, créatrice de chefs-d’œuvre, resplendit parmi cette
floraison auguste de pierres. L’Italie, l’Allemagne, les Flandres, si fières à juste titre de leur
héritage artistique, ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre, et de tous les coins de l’univers
Paris attire les curiosités et les admirations.
Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus
longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour
s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ?
Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez
point, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit, chacun s’en afflige profondément, et
nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle, si légitimement alarmée. Enfin lorsque
les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : « Quoi ? C’est cette
horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté ? » Et
ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean
Goujon, de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de M. Eiffel.
II suffit d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une
tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque cheminée d’usine,
écrasant de sa masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, le dôme des Invalides, l’Arc de
triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront
dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière,
frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre
l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée...
C’est à vous, Monsieur et cher compatriote, à vous qui aimez tant Paris, qui l’avez embelli,
qu’appartient l’honneur de la défendre une fois de plus. Et si notre cri d'alarme n’est pas entendu,
si nos raisonnements ne sont pas écoutés, si Paris s’obstine dans l’idée de déshonorer Paris, nous
aurons, du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore.

II. La réponse de Gustave Eiffel


Quels sont les motifs que donnent les artistes pour protester contre l’érection de la tour ? Qu’elle
est inutile et monstrueuse ! Nous parlerons de l’inutilité tout à l’heure. Ne nous occupons pour le
moment que du mérite esthétique sur lequel les artistes sont plus particulièrement compétents.
Je voudrais bien savoir sur quoi ils fondent leur jugement. Car, remarquez-le, monsieur, cette tour,
personne ne l’a vue et personne, avant qu’elle ne soit construite, ne pourrait dire ce qu’elle sera.
On ne la connaît jusqu’à présent que par un simple dessin géométral; mais quoiqu’il ait été tiré à
des centaines de mille d’exemplaires, est-il permis d’apprécier avec compétence l’effet général
artistique d'un monument d’après un simple dessin, quand ce monument sort tellement des
dimensions déjà pratiquées et des formes déjà connues ?
Et, si la tour, quand elle sera construite, était regardée comme une chose belle et intéressante, les
artistes ne regretteraient-ils pas d’être partis si vite et si légèrement en campagne ? Qu’ils
attendent donc de l’avoir vue pour s’en faire une juste idée et pouvoir la juger.
Je vous dirai toute ma pensée et toutes mes espérances. Je crois, pour ma part, que la tour aura sa
beauté propre. Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous
préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable
nous ne nous efforçons pas de faire élégant ? Est-ce que les véritables conditions de la force ne
sont pas toujours conformes aux conditions secrètes de l’harmonie ? Le premier principe de
l’esthétique architecturale est que les lignes essentielles d’un monument soient déterminées par
la parfaite appropriation à sa destination. Or, de quelle condition ai-je eu, avant tout, à tenir
compte dans la tour ? De la résistance au vent. Eh bien ! je prétends que les courbes des quatre
arêtes du monument telles que le calcul les a fournies, qui, partant d’un énorme et inusité
empattement à la base, vont en s’effilant jusqu’au sommet, donneront une grande impression de
force et de beauté ; car elles traduiront aux yeux la hardiesse de la conception dans son ensemble,
de même que les nombreux vides ménagés dans les éléments mêmes de la construction
accuseront fortement le constant souci de ne pas livrer inutilement aux violences des ouragans
des surfaces dangereuses pour la stabilité de l’édifice.
La tour sera le plus haut édifice qu’aient jamais élevé les hommes. Ne sera-t-elle donc pas
grandiose aussi à sa façon ? Et pourquoi ce qui est admirable en Égypte deviendrait-il hideux et
ridicule à Paris ? Je cherche et j’avoue que je ne trouve pas.

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La protestation dit que la tour va écraser de sa grosse masse barbare Notre-Dame, la Sainte-
Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos
monuments. Que de choses à la fois ! Cela fait sourire, vraiment. Quand on veut admirer Notre-
Dame, on va la voir du parvis. En quoi du Champ-de-Mars la tour gênera-t-elle le curieux placé sur
le parvis Notre-Dame, qui ne la verra pas ? C’est d’ailleurs une des idées les plus fausses, quoique
des plus répandues, même parmi les artistes, que celle qui consiste à croire qu’un édifice élevé
écrase les constructions environnantes.
Regardez si l’Opéra ne paraît pas plus écrasé par les maisons du voisinage qu’il ne les écrase lui-
même.
Allez au rond-point de l’Étoile, et, parce que l’Arc de triomphe est grand, les maisons de la place
ne vous en paraîtront pas plus petites. Au contraire, les maisons ont bien l’air d’avoir la hauteur
qu’elles ont réellement, c’est-à-dire à peu près quinze mètres, et il faut un effort de l’esprit pour
se persuader que l’Arc de triomphe en mesure quarante-cinq, c’est-à-dire trois fois plus.
Reste la question d’utilité. Ici, puisque nous quittons le domaine artistique, il me sera bien permis
d’opposer à l’opinion des artistes celle du public.
Je ne crois point faire preuve de vanité en disant que jamais projet n’a été plus populaire; j’ai tous
les jours la preuve qu’il n’y a pas dans Paris de gens, si humbles qu’ils soient, qui ne le connaissent
et ne s’y intéressent. À l’étranger même, quand il m’arrive de voyager, je suis étonné du
retentissement qu’il a eu.
Quant aux savants, les vrais juges de la question d’utilité, je puis dire qu’ils sont unanimes.
Non seulement la tour promet d’intéressantes observations pour l’astronomie, la météorologie et
la physique, non seulement elle permettra en temps de guerre de tenir Paris constamment relié
au reste de la France, mais elle sera en même temps la preuve éclatante des progrès réalisés en ce
siècle par l’art des ingénieurs. C’est seulement à notre époque, en ces dernières années, que l’on
pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le fer avec assez de précision pour songer à une
aussi gigantesque entreprise.
N’est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses
murs ?
Gustave Eiffel (1832-1923), Le Monde, 1887
Questions
1. Repérez les arguments principaux employés par les protestataires.
2. Montrez comment la réfutation de Gustave Eiffel détruit ces arguments, un à un.
3. Quel texte vous paraît le mieux argumenté ? Pourquoi ?

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Pour ou contre la tour Eiffel ?

1- Qui parle ? Au nom de quoi ?


Pétition contre la tour : ………………………………………………………………………………………………………….
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

2- La tour est inutile


Pétition contre la tour : …………………………………………………………………………………………………………
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

3- La tour est laide et monstrueuse


Pétition contre la tour : ………………………………………………………………………………………………………….
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

4- La tour brise l’harmonie de Paris


Pétition contre la tour : ………………………………………………………………………………………………………….
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

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5- La tour déshonore Paris et la France
Pétition contre la tour : …………………………………………………………………………………………………………
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

6- Tout le monde est contre la tour


Pétition contre la tour : ………………………………………………………………………………………………………..
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

7- Une pétition à l’honneur des signataires ?


Pétition contre la tour : …………………………………………………………………………………………………………
Réponse de Gustave Eiffel : ……………………………………………………………………………………………………

Faculté des Langues, Lettres et Arts – Kénitra___________________________________________________________________________________


Stylistique – S-VI Professeur N. Jabbar

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