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Stratégies et Obstacles au Développement

Ce document décrit plusieurs stratégies de développement économique, notamment l'industrialisation par substitution aux importations et le développement d'industries industrialisantes. Il explique les fondements théoriques et les contextes historiques de ces stratégies.

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Stratégies et Obstacles au Développement

Ce document décrit plusieurs stratégies de développement économique, notamment l'industrialisation par substitution aux importations et le développement d'industries industrialisantes. Il explique les fondements théoriques et les contextes historiques de ces stratégies.

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Chapitre IV : Les stratégies de développement et les obstacles au


développement
4.1. Les stratégies de développement
4.1.1. Pénétration du marché.
Cette stratégie consiste à accroître les ventes des types de produits et
services offerts sur le marché. Par exemple, prendre en charge une plus grande
partie du portefeuille de ses propres clients actuels. Cela devrait toujours être
une stratégie numéro un. Avant de chercher à recruter de nouveaux clients, il
est important de servir les clients actuels de façon optimale. Trop souvent, on
cherche des moyens d’augmenter leur clientèle, le partenariat sans même
s’assurer du niveau et de la qualité qu’ils des relations avec les clients actuels.

4.1.2. Développement de produits et services.


La loyauté d’un client augmente en fonction du nombre de produits et
services que vous lui offrez. Plus un client est loyal, plus il vous confiera une
grande part de son portefeuille et plus il parlera de vous dans son entourage.
Le développement de produits et services est au cœur du mouvement qui
marque l’entreprise. La philosophie sous-jacente de ce mouvement est d’offrir
une approche simple aux clients, par laquelle une personne-ressource peut
répondre à tous leurs besoins.
Le développement de produits et services auprès des clients ou partenaires
actuels devrait être la stratégie numéro deux pour alimenter le
développement.

4.1.3. Développement du marché.


Il arrive un moment où certains entrepreneurs décident d’exploiter un
nouveau marché tout en conservant leur offre de services actuelle. Par
exemple, un conseiller peut décider de concentrer ses efforts dans un marché
précis (entrepreneurs, professionnels de la santé) ou dans un type de clientèle
ayant un critère psychographique particulier (clients à 5-10 ans de la retraite
cherchant des stratégies de décaissement ; propriétaires d’entreprise voulant
établir des stratégies de succession sur les plans professionnel et personnel ;
etc.).

4.1.4. Diversification.
2

Les stratégies de diversification sont légèrement plus complexes, car


elles impliquent un changement du marché cible ainsi que de l’offre de
services. Cela dit, cette stratégie peut réussir avec brio en offrant une solution
novatrice ou méconnue dans un marché peu ou mal servi actuellement.
En conclusion, ces quatre stratégies sont toutes efficaces, mais doivent être
logiquement considérées dans l’ordre que nous les avons présentées. Avant de
se lancer dans un nouveau marché, n’est-ce pas normal de chercher d’abord à
bien servir les clients actuels ?

4.1.5. Les stratégies d’industrialisation

Plusieurs stratégies de développement se sont succédé à partir de la


seconde moitié du XXe siècle. Leurs fondements sont intimement liés au
contexte diplomatique, commercial et idéologique de leurs époques
respectives : choix du libre-échange ou du protectionnisme, de l’État ou du
marché, inspirations libérales ou keynésiennes…
L’accomplissement de ces stratégies va se dérouler dès les années 1950
jusqu’au début des années 1980. Elles sont le fait de pays souvent
nouvellement indépendants suite au processus de décolonisation. La plupart
de ces pays vont faire jouer un rôle primordial à l’État du fait du contexte
mondial keynésien pour le bloc de l’Ouest et de l’hégémonie socialiste dans le
bloc de l’Est : c’est l’idéologie triomphante du volontarisme politique qui
permettra d’amorcer une industrialisation tardive.

a. Les fondements des stratégies d’industrialisation

 Choix de l’industrie
La plupart des pays du tiers-monde vont choisir de privilégier l’industrie
au détriment de l’agriculture. Un consensus se met en place pour lier de
manière forte développement et industrialisation. En effet, beaucoup de pays
ont en mémoire les dégâts provoqués par leur spécialisation dans les produits
primaires. De plus, le secteur industriel est supposé être facteur d’externalités
positives par des effets d’entraînement sur les autres secteurs de l’économie –
par l’intermédiaire de gains de productivité, d’un accroissement de la
qualification de la main-d’œuvre et en suscitant du progrès technique. De
l’autre côté, l’agriculture est considérée comme un secteur archaïque, à faible
potentiel de productivité, qui se développera grâce aux effets d’entraînement
de l’industrie. On retrouve donc ici l’influence de la thèse dualiste d’Arthur
Lewis.
3

 Croissance équilibrée ou déséquilibrée


Il faut cependant choisir dans quelles branches de l’industrie investir. Deux
thèses s’opposent sur le sujet. Ragnar Nurske et Paul Rosenstein-Rodan
considèrent qu’il faut développer une croissance équilibrée, c’est-à-dire
répartir les investissements dans toutes les branches industrielles afin d’assurer
simultanément une offre et une demande pour éviter tout déséquilibre. Ils
s’appuient sur la loi des débouchés de Say, clé de voûte des théories
néoclassiques de la croissance. À l’inverse, Albert Hirschman et François
Perroux font pour leur part la promotion de la croissance déséquilibrée : il faut
concentrer les investissements dans les secteurs moteurs de l’économie (les «
pôles de croissance » de François Perroux) afin de susciter une croissance
généralisée par la suite à travers des effets d’entraînement et de liaison. Il ne
faut donc pas gaspiller le capital dans des branches qui n’auront pas de
retombées positives sur toute l’économie. Ces travaux susciteront les stratégies
basées sur le développement de l’industrie lourde. Si les stratégies de
développement de cette époque convergent sur le rôle de l’industrie et de
l’État, elles divergent sur celui du commerce international comme nous allons
le voir maintenant.
b. Le développement autocentré
Le premier type de stratégies de développement regroupe des
industrialisations basées sur le développement du marché intérieur : c’est le
développement autocentré. Elles reflètent un « pessimisme pour les
exportations » vécu par ces pays à la suite de spécialisations défaillantes
(souvent dues à un passé de colonie) et d’une dégradation des termes de
l’échange.

c. L’industrialisation par substitution aux importations (ISI)

Cette stratégie d’industrialisation par substitution aux importations (le «


desarrollisme », de l’espagnol desarrollo = développement), d’abord simple
improvisation des grands pays d’Amérique latine, est ensuite théorisée par la
Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) et les travaux de Raul
Prebisch qui reprennent le « protectionnisme éducateur » de Friedrich List. Elle
est mise en œuvre dans les années 1950 dans la majorité des PED, généralisée
en Amérique latine mais aussi en Asie (Corée, Philippines…) et en Afrique
(Sénégal, Kenya…). Il s’agit de se libérer de la dépendance au commerce
international en substituant progressivement la production nationale aux
importations. L’accroissement de la production nationale présuppose une
4

demande interne suffisante pour l’absorber et éviter une crise de


surproduction. Cette stratégie nécessite donc la mise en place d’une réforme
agraire pour redistribuer les revenus et la constitution de marchés intégrés
régionaux (comme le traité de Montevideo de 1960 instaurant une zone de
libre-échange, l’Association latino-américaine de libre commerce – ALALC). Elle
nécessite aussi des politiques protectionnistes et le financement des
investissements massifs, provenant souvent de l’extérieur (financement par
endettement international). Le développement doit être assuré par une
stratégie de remontée de filière qui permet de diversifier la production. Le pays
produit d’abord des biens de consommation basiques (biens alimentaires,
textile), puis il produit des biens plus élaborés (chimie puis biens industriels,
d’équipement…).

N.B. : À terme, cette stratégie d’industrialisation par l’aval doit donc aboutir à
une production industrielle diversifiée assise sur un marché intérieur stable
d. Les industries industrialisantes
Une autre voie, suivie en particulier par l’Inde dans les années 1950 et
l’Algérie à partir de 1967, est de construire une industrie par l’amont et non par
l’aval (comme l’ont réalisé les pays précédents), par une politique volontariste
de l’État à travers une planification publique (plans quinquennaux indiens à
partir de 1948) : c’est la stratégie des industries industrialisantes.
Inspirées de l’expérience de l’URSS et de la thèse de la croissance
déséquilibrée de François Perroux (en particulier pour l’Algérie), cette stratégie
amène l’État à orienter les investissements à la place du marché (la faible
rentabilité initiale de ces investissements découragerait des acteurs privés)
dans les secteurs stratégiques pour constituer des pôles industriels de
croissance qui, par les effets d’entraînement (industries « industrialisantes »),
propageront le développement dans tous les autres secteurs industriels en
aval. Ces secteurs privilégiés sont ceux de l’industrie lourde en amont du
processus productif qui, en dégageant des gains de productivité, favoriseront la
croissance de l’économie tout entière (mécanisation de l’agriculture par
exemple…). Le secteur primaire, lui, doit fournir les biens de consommation
intermédiaires à l’industrie et des débouchés aux biens d’équipement qui y
sont produits.
Ainsi l’Algérie oriente, par la planification de ses investissements, ses
capitaux vers l’industrie de biens d’équipement. L’État réunit plusieurs
industries en « pôles de croissance » censés générer des synergies et des
externalités positives : la sidérurgie, la chimie, la mécanique… Pour accélérer
5

l’industrialisation sont importées des technologies modernes des pays


développés. Cependant, ces stratégies ne sont pas épargnées des risques
d’échecs :
 À court terme, ces stratégies semblent atteindre leurs buts : la
production industrielle se diversifie à travers la constitution d’un appareil
productif modernisé et la richesse produite par habitant augmente, en
particulier dans les grands pays comme l’Inde, le Brésil ou le Mexique. Mais, à
la fin des années 1970, un constat s’impose : ces stratégies n’ont pas permis
d’entretenir un processus durable de croissance et de développement ; la
pauvreté et les inégalités sont toujours fortement présentes. Pourquoi cet
échec ? Tout d’abord, l’insuffisance du marché intérieur ne permet pas
d’assurer des débouchés aux produits industriels (par exemple, l’intégration
régionale du traité de Montevideo est un échec, ce qui ne permet pas de
réaliser l’extension des marchés) et les biens d’équipement ne sont pas
compétitifs sur le marché international. De plus, ces stratégies nécessitent un
accroissement des importations, en particulier des technologies et des biens
d’équipement pour assurer l’industrialisation, mais aussi parfois de produits
agricoles du fait de l’abandon du secteur primaire.
 Les pays se retrouvent dans une situation de dépendance technologique
vis-à-vis de l’extérieur, ce qui va générer un déficit important de leur balance
des paiements. Cette dépendance va prendre la forme de la « crise de la dette
» dans laquelle vont s’enfoncer plusieurs pays d’Amérique latine à partir de
1982. Les libéraux, eux, vont pointer trois responsabilités dans cet échec : un
État trop présent qui se substitue au marché, une spécialisation industrielle
trop précoce et un développement qui s’est coupé du commerce international.
4.1.6. Le développement extraverti
Une partie des pays du tiers-monde va suivre une autre stratégie
d’industrialisation, passant par une participation croissante au commerce
international (développement extraverti*), suivant en cela les principes de la
théorie néoclassique des avantages comparatifs, avec plus ou moins de succès.
a. L’exportation de produits primaires

Des PED dotés de ressources naturelles ndantes, comme le pétrole, vont


suivre une stratégie classique de spécialisation dans l’exportation de ces
produits primaires : ressources naturelles, produits agricoles, etc. Les
ressources financières tirées de ces exportations doivent permettre d’importer
des biens d’équipement pour favoriser l’industrialisation du pays. Comme nous
6

l’avons vu précédemment, cette stratégie s’est avérée ruineuse pour nombre


de pays spécialisés dans une monoculture, du fait de la dégradation des termes
de l’échange, dégradation qui touche aussi les pays exportateurs de pétrole
dans les années 1980 à la suite des deux chocs pétroliers des années 1970. De
plus, la forte volatilité des cours des produits primaires ainsi que la concurrence
et les pratiques protectionnistes des pays du Nord rendent ce processus de
développement instable. Beaucoup de ces pays, hormis les pays de l’OPEP, font
partie des Pays les moins avancés (PMA) aujourd’hui du fait de leur
spécialisation internationale défaillante.

b. La promotion des exportations (PE)


Cette stratégie de promotion des exportations , appelée aussi « substitution
aux exportations », a été initiée dès les années 1950 par deux pays asiatiques,
Hong Kong et Singapour, rejoints dans les années 1960-1970 par la Corée du
Sud et Taiwan (ces quatre pays devenant les NPIA : nouveaux pays
industrialisés asiatiques ou les « Dragons asiatiques ») et certains pays
d’Amérique latine comme le Brésil, le Chili ou le Mexique. Dans les années
1980, d’autres pays asiatiques leur emboîtent le pas : Chine, Malaisie,
Thaïlande. Il s’agit de substituer progressivement aux exportations de produits
primaires des produits de plus en plus élaborés par la remontée de filières :
remplacer les exportations traditionnelles par de nouvelles, plus intensives en
capital et à plus forte valeur ajoutée ; passer de l’industrie légère à l’industrie
lourde, en intégrant progressivement du progrès technique et en assurant la
formation de la main-d’œuvre.

Ce développement extraverti n’a donc été un succès que pour les pays qui
ont su faire évoluer leur spécialisation en remontant la filière de leurs
exportations. Ainsi plusieurs pays d’Amérique latine n’ont pas réussi à sortir de
leur spécialisation initiale et ont vu leur dette extérieure s’accroître fortement à
la fin des années 1970 et au début des années 1980. La crise asiatique de 1997,
qui a secoué durement la Thaïlande ou la Malaisie, démontre aussi la fragilité
de cette stratégie si la remontée de filière ne se fait pas assez vite : ces pays se
retrouvent dépendants des firmes transnationales (phénomène des « pays
ateliers ») qui y sont implantées et qui peuvent démanteler leurs unités de
production très rapidement en cas de retournement de situation politique,
économique ou sociale.

4.1.7. Complémentarité entre développement autocentré et extraverti


Ces deux stratégies ne doivent pas être opposées l’une à l’autre d’une
manière trop simpliste. Au-delà de leurs différences, elles se retrouvent autour
7

de plusieurs points communs : place essentielle de l’industrie, même objectif


final d’une structure productive nationale diversifiée, place très importante de
l’État dans le processus d’industrialisation (y compris dans les stratégies
extraverties), objectif de maîtriser le commerce international (soit par les
importations, soit par les exportations).
La réussite des NPIA dans leur développement extraverti ou de certains
développements autocentrés (au moins à court terme) provient finalement de
la complémentarité de ces deux stratégies :
 chercher, à la fois, à développer ses exportations en fonction de
ses avantages
comparatifs et de ses objectifs de spécialisation, et à réguler ses importations
en fonction des besoins de l’industrialisation et des exportations ;
 ouverture au commerce international couplée avec des pratiques
de protectionnisme
éducateur pour assurer le développement des industries exportatrices
naissantes hors de toute compétition internationale ;
 attirer les IDE des firmes transnationales (le développement
autocentré des pays
d’Amérique latine est passé par l’implantation de firmes étrangères sur le
territoire) pour bénéficier de transferts de technologie.
En bref, la promotion des exportations nécessite de se protéger de
certaines importations qui pourraient concurrencer l’émergence des nouvelles
industries exportatrices encore fragiles. La substitution aux importations
nécessite, elle, un accroissement des exportations pour assurer des débouchés
à la production industrielle nationale.

4.2. Les obstacles au développement


4.2.1. Le problème des institutions et des capabilités
Si les premiers modèles théoriques du développement (celui de Rostow)
par exemple avaient un caractère relativement mécanique et pointaient
surtout le rôle du progrès technique et de l’augmentation de la taille des
marchés, l’accent a, peu à peu, été mis sur les éléments qui peuvent entraver le
développement dans les pays les plus en difficulté.
En particulier, à partir des années 1990, se développe une approche
« institutionnaliste » du développement, qui devient dominante à la Banque
mondiale comme le montrent Elsa Lafaye de Micheaux et Pepita Ould-Ahmed
dans l’introduction de l’ouvrage collectif Économie et institutions, paru en
2007. Cette « conversion » aux institutions s’inscrit dans une logique de remise
8

en cause des politiques de libéralisation prônées par les organisations


internationales (FMI, Banque mondiale) et s’appuie sur le développement de
l’économie institutionnaliste d’un point de vue théorique. L’idée est que le
développement serait limité par des institutions politiques, marchandes et
juridiques défaillantes.
Dans la lignée des travaux de Douglas North, des économistes comme
Daron Açemoglu ou Dani Rodrik font de la qualité des institutions le facteur-clé
du développement économique. Ainsi, selon Dani Rodrik, ce sont les « règles
du jeu » de la société qui sont déterminantes pour permettre le
développement. Il met l’accent, en particulier sur les droits de propriété et
l’État de droit, essentiels, selon lui, pour encourager l’activité économique. Les
politiques de développement sont alors axées sur ces institutions, au risque,
parfois d’un « placage institutionnel », faisant des institutions des pays
occidentaux la seule voie possible vers le développement.
Des travaux menés sur le terrain permettent de relativiser cela et
montrent la diversité des solutions institutionnelles qui peuvent être favorables
au développement. On peut penser, notamment, aux travaux empiriques
d’Elinor Ostrom qui montrent comment les biens communs, indispensables au
développement peuvent être gérés de façons variées, ou encore à ceux
d’Esther Duflo et son équipe.
Cette approche institutionnaliste du développement peut être
rapprochée de celle en termes de « capabilités » telle qu’elle est développée
par Amartya Sen à partir des années 1990 et approfondie par Martha
Nussbaum. Les capabilités (ou « capacités ») peuvent être vues comme des
possibilités de choix pour les individus. Si l’augmentation de la richesse d’un
pays peut augmenter ces possibilités de choix, elle n e peut suffire à générer du
développement si les individus ne peuvent agir de la manière qui leur paraît
souhaitable. Martha Nussbaum illustre cela avec le cas de Vasanti, jeune
femme indienne du Gujarat, conditionnée par sa pauvreté et les inégalités
hommes-femmes qui règnent dans son pays. .
4.2.2. La domination
Pour un certain nombre d’économistes, dans la lignée de Samir Amin qui,
lui-même, s’inspire des écrits de Lénine sur « l’impérialisme économique », le
« sous-développement » est dû à des facteurs structurels, et en particulier à
l’inégalité entre les pays du Centre (ceux « du Nord ») et ceux de la Périphérie
(ceux « du Sud »). Dans ce type d’analyses, les pays en développement sont
sous la dépendance des pays développés et sont exploités par eux. Le rythme
9

de leur développement dépend alors des besoins des pays riches, qui ont
besoin d’eux pour obtenir des ressources indispensables à leur propre
croissance (matières premières, main-d'oeuvre bon marché par exemple). Pour
les auteurs s’inscrivant dans ce courant (outre Samir Amin, on peut citer Raùl
Prebisch ou encore Andre Gunder Frank), le « sous-développement » est la
conséquence du développement des pays les plus avancés.
Ce courant de la « dépendance », tout comme les approches dites
« tiers-mondistes », telles que développées par Gunnar Myrdal par exemple,
mettent l’accent sur « l’échange inégal », c’est-à-dire le fait que l’échange
international est défavorable aux pays les moins développés. Les pays en
développement, spécialisés notamment dans les matières premières agricoles
ne peuvent tirer de l’échange les ressources pour se développer car ils doivent
acheter des produits dont les prix augmentent, alors que celui de leurs
exportations tend à baisser, il y a alors « dégradation des termes de
l’échange ». Une voie de sortie de cercle vicieux serait alors d’emprunter la
voie du « protectionnisme éducateur » tel qu’il avait été formalisé par Friedrich
List à la fin du 19e siècle : mettre en place un protectionnisme temporaire pour
développer des secteurs compétitifs. Notons que de nombreux économistes
pouvant être rattachés au courant tiers-mondiste ou de la dépendance
proposent plutôt une sortie de l’échange international et un changement de
« mode de production », rompant avec le capitalisme.
4.2.3. Le cercle vicieux de la pauvreté
Pour qu’un pays puisse connaître le développement, il faut qu’une sorte
de cercle vertueux se mette en place. La définition que donne François Perroux
du développement va dans ce sens, en insistant sur le fait que le
développement rend la population capable d’améliorer sa situation. Un certain
nombre d’économistes ont alors réfléchi au fait que des conditions de départ
défavorables pouvaient expliquer les difficultés de développement. Parmi eux,
on peut retenir l’approche de Ragnar Nurkse qui schématise le « cercle vicieux
de la pauvreté » : les pays pauvres sont ceux où le revenu est faible. Cette
faiblesse des revenus conduit à une faible épargne, qui ne permet pas
l’accumulation du capital. Ceci induit de faibles gains de productivité et donc
une faible croissance économique. Pour rompre ce cercle vicieux, Nurkse prône
les investissements étrangers.
Par ailleurs, il fait partie des partisans de la théorie de la « croissance
équilibrée », qui insiste sur l’importance d’une croissance allant au même
rythme dans les différents secteurs d’activité, du fait des interdépendances
entre ces secteurs. D’autres, comme Albert Hirschman plaident pour une
10

croissance déséquilibrée, passant d’abord par l’essor de certains secteurs, puis


le rattrapage d’autres secteurs.
4.3. Les mesures de développement
4.3.1. Pays développés/pays « en développement »
Dans son ouvrage L’économie du XXe siècle, paru en 1969, François
Perroux définit le développement comme « la combinaison des changements
mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître,
cumulativement et durablement, son produit réel global ». Par rapport à la
croissance, qui correspond à un changement quantitatif, le développement, lui
renvoie à une évolution qualitative. Dans l’optique de cette définition, le
développement résulte de changements, à la fois dans l’organisation de la
société et dans les représentations des individus et conduit à mettre le pays sur
le « sentier » d’une croissance de long terme.
L’un des premiers emplois de la notion de développement provient du
discours d’investiture (pour son second mandat) du président des États-Unis,
Harry Truman dans la lignée du plan Marshall. Ce plan est défendu avec la
logique selon laquelle si les États-Unis sont le pays le plus avancé d’un point de
vue économique et technologique, leur rôle est d’aider les pays en retard,
« sous-développé » à rattraper ce retard. L’approche du développement, qui
est formalisée par W. Rostow dans Les étapes de la croissance économique, est
alors celle d’un chemin unique à suivre pour se développer, qui s’apparente à
celui suivi par le Royaume-Uni lors de la révolution industrielle.
Dans le contexte de la guerre froide, la volonté d’imposer un modèle
« capitaliste » de développement s’inscrit aussi dans la lutte entre bloc de
l’Ouest et bloc de l’Est, ce dernier proposant un autre modèle de
développement. C’est en opposition avec ces deux approches que la notion de
« tiers-monde » est inventée par Alfred Sauvy dans les années 1950 pour
insister sur le fait que certains pays sont à l’écart de la dynamique
internationale, hormis pour être exploités. Ce « tiers-monde » s’organise,
notamment avec la conférence de Bandoeng en 1955 et forme le mouvement
des « non-alignés ». Si cette appellation tend à s’épuiser à partir des années
1970, elle a le mérite de mettre l’accent sur la possibilité de voies diverses de
développement, ainsi que sur les inégalités entre pays.
De son côté, l’Organisation des nations unies se saisit de la question du
développement dès 1947 et fonde, en 1949 le « Programme élargi d’assistance
technique », qui fournit une aide au développement aux gouvernements qui en
11

font la demande. En 1958, le « Fonds spécial des Nations unies » est créé, avec
des missions proches de celui du PEAT et huit ans plus tard, en 1966, les deux
organisations fusionnent pour former le PNUD, Programme des Nations Unies
pour le Développement, dont la mission, outre l’aide financière, juridique ou
logistique est une mission de recherche sur les questions liées au
développement.
Les pays les moins riches sont qualifiés, dans un premier temps de « pays
en voie de développement », appellation supposée rendre compte d’un retard
par rapport aux plus riches. Cependant, cette appellation est rejetée par de
nombreux pays et lui est préférée celle de « pays en développement » (PED).
Au sein de ces PED, les écarts se creusent à partir des années 1980 et on tend à
distinguer les « pays les moins avancés » (les plus pauvres) des pays
« émergents », ceux qui connaissent une croissance économique rapide et
tendent à se développer vite également, parfois avec des stratégies de
développement spécifiques. Parmi ces pays émergents, un petit groupe se
détache, composé à la fois de pays très dynamiques et de grande taille : le
Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, regroupés sous l’acronyme BRIC, voire BRICS
si on leur ajoute l’Afrique du Sud.
Comme nous l’avons vu avec Truman puis Rostow, l’approche par le
développement coïncide parfois avec la volonté d’imposition d’un modèle
unique de progrès économique. Un économiste comme Serge Latouche
critique ainsi cette notion qu’il voit comme au service d’une
« occidentalisation » du monde. Pour lui, plutôt que viser le développement, il
faut préserver les cultures traditionnelles et permettre à chaque pays de
trouver sa voie : raisonner en termes de « développement », ce serait supposer
qu’il existe une seule manière d’améliorer le sort de sa population, celle suivie
par les économies capitalistes. Cette critique touche aussi l’aide au
développement, qui serait aussi un instrument géopolitique, en réservant cette
aide aux pays supposés vertueux.
4.3.2. Mesurer le développement par des indicateurs quantitatifs
Historiquement, un des premiers indicateurs de développement a été le
produit intérieur brut par habitant. Indicateur « de richesse », le PIB par
habitant est supposé rendre compte du niveau de vie moyen dans un pays. Les
pays riches ont un PIB par tête élevé, alors que les pays pauvres ont un PIB par
habitant plus faible.
Cependant, pour établir des comparaisons internationales, il est plus
pertinent de passer par le revenu national brut. Le PIB mesure en effet l’activité
12

productive sur le territoire du pays et exclut les activités des acteurs nationaux
qui se font hors de ce territoire. Pourtant, une partie des revenus des acteurs
nationaux vient d’activités faites à l’étranger. Par exemple, ces acteurs peuvent
avoir effectué des placements à l’étranger et en reçoivent des intérêts. Un
certain nombre d’entre eux peut aussi travailler dans un pays étranger (en
particulier les travailleurs transfrontaliers). Enfin, certains ménages peuvent
consommer sur la base de revenus qui leurs sont fournis par des travailleurs
émigrés. De la même manière, une partie de l’activité productive du pays
rémunère des acteurs étrangers (par exemple, rémunération des
investissements de multinationales étrangères, ou encore salaires versés à des
travailleurs transfrontaliers). Le PIB corrigé de ces transferts de revenus donne
le « revenu national brut ».
La Banque mondiale utilise le revenu national brut par habitant pour
établir une classification des pays. Pour que le classement se fasse en termes
réels, le RNB par habitant est déflaté et les seuils du classement sont les
suivants pour 2021 (sur la base des revenus de 2019) :
- les pays « à faible revenu » sont ceux où le RNB par habitant ne dépasse pas
1036 dollars par an
- les pays de la tranche inférieure des revenus intermédiaires sont ceux dont le
RNB par habitant se situe entre 1036 et 4045 dollars
- ceux de la tranche supérieure des revenus intermédiaires sont ceux dont le
RNB par habitant est compris entre 4046 et 12 535 dollars
- les pays à revenu élevé ont un RNB supérieur à 12 535 dollars par habitant.
Les pays à faible revenu se situent essentiellement en Afrique
subsaharienne ou bien sont des pays qui ont connu de nombreuses années de
guerre (l’Afghanistan par exemple). Les pays de l’UE sont presque tous des pays
à haut revenu, hormis pour plusieurs pays de l’Est de l’Europe (Roumanie,
Bulgarie par exemple), qui appartiennent à la tranche supérieure des pays à
revenus intermédiaires.
Ces indicateurs ont les limites bien connues du PIB : ils ne renseignent
pas sur la répartition du revenu au sein du pays (les inégalités), ne sont pas
modifiés selon les conséquences des activités, additionnent des activités qui
peuvent avoir des effets très différents sur le bien-être… Surtout, ce sont des
indicateurs purement « quantitatifs », ils réduisent donc le développement à la
question du produire (et consommer) plus, ce qui ne rend pas compte de
l’aspect qualitatif de ce développement. Face à cela, une batterie d’indicateurs
13

peut être mobilisée, c’est par exemple ce que fait la Banque mondiale, qui
tente de mesurer le développement par de nombreux indicateurs tels que le
taux d’extrême-pauvreté (mesuré sur la base de la population ayant moins de
1,9 dollars par jour pour vivre), des indicateurs sur l’alimentation, la santé,
l’éducation…
4.3.3. Mesurer le développement : des indicateurs plus qualitatifs
La volonté de saisir le développement de manière plus qualitative et
multidimensionnelle a donné lieu à l’élaboration d’indicateurs synthétiques du
développement, notamment sous l’impulsion du PNUD.
En 1990, dans le Rapport sur le développement humain, l’indice de
développement humain (IDH) est élaboré pour rendre compte de ce caractère
multidimensionnel du développement. Cet indice, créé par l’économiste
pakistanais Mahbub ul Haq et l’économiste indien Amartya Sen se fonde sur
une approche du développement basée sur la notion de « capabilités », que
l’on peut voir comme la possibilité pour les individus de vivre en fonction de
leurs choix et non de contraintes liées à la pauvreté. En 1990, l’IDH est
construit sur la base de trois dimensions : la santé (mesurée alors par
l’espérance de vie à la naissance), l’éducation (mesurée par les taux
d’alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation) et un indicateur
économique, censé rendre compte de l’ouverture des possibilités des individus
dans d’autres domaines que la santé et l’éducation et mesurant la possibilité
de satisfaction des besoins matériels : le PIB par habitant. Cet indicateur est
basé sur les écarts entre la situation du pays et celle des plus avancés et prend
la forme d’un indice allant de 0 à 1. En 2010, une importante révision de l’IDH a
eu lieu : les trois dimensions (éducation, santé et revenu) sont conservées mais
avec des indicateurs renouvelés et une modification du mode de calcul. L’idée
de l’élaboration d’un indice par comparaison avec les valeurs minimales et
maximales est gardée. La dimension liée à la santé est objectivée par
l’espérance de vie à la naissance. Pour l’éducation, l’alphabétisation est
supprimée et le niveau d’éducation du pays est mesuré à la fois par la durée
moyenne de la scolarité pour les individus de 25 ans et plus et la durée
« attendue » de scolarisation pour les enfants (ce qui permet à la fois de
mesurer l’accumulation de capital humain pour les générations actives et pour
les générations encore en âge d’être scolarisée). Enfin, la dimension
économique est mesurée par le logarithme du revenu national brut par
habitant. L’indicateur, calculé sur la base d’une moyenne géométrique des trois
indicateurs (santé, éducation, revenu) prend toujours une valeur allant de 0 à
1. Sur la base de cet indicateur, l’IDH établit une classification des pays :
14

- les pays ayant un IDH inférieur à 0,550 sont considérés comme ayant un
« développement humain faible ». Cela concerne 32 pays pour l’année 2019, le
pays ayant l’IDH le plus bas étant le Niger (0,394)
- un IDH entre 0,550 et 0,699 correspond au groupe des pays à
« développement humain moyen »
- les pays à « développement humain élevé » sont ceux ayant un IDH compris
entre 0,700 et 0,799
- enfin, les pays ayant un IDH égal ou supérieur à 0,800 sont les pays à
« développement humain très élevé ». 66 pays sont dans cette situation en
2019. Le pays où l’IDH est le plus élevé est la Norvège avec un IDH de 0,957.
Si l’IDH a le mérite d’aller au-delà de la seule richesse économique, il
néglige certaines dimensions du développement : répartition au sein de la
population, inégalités de genre, intensité de la pauvreté, dimension
environnementale…
Pour tenter de prendre en compte ces dimensions, le PNUD a élaboré, à
partir de 2010 un certain nombre d’indicateurs construits sur la base d’une
correction de l’IDH.
Pour tenir compte des inégalités, l’IDHI (indice de développement humain
ajusté aux inégalités) se mesure non seulement sur les niveaux moyens
d’espérance de vie, d’éducation et de revenu, mais aussi sur leur répartition au
sein de la population. La comparaison entre l’IDH et l’IDHI permet de mesurer
le caractère égalitaire du développement. Par exemple, le Brésil a, en 2019, le
84e IDH au monde avec 0,765, mais son IDHI est seulement de 0,570 et perd
ainsi 20 places au classement entre celui selon l’IDH et celui selon l’IDHI. Au
contraire, la Chine, avec un IDH de 0,761 est 85 e et elle a un IDHI de 0,639, ce
qui la place deux rangs plus haut dans le classement : le développement
semble donc moins inégalitaire en Chine qu’au Brésil (même s’il existe des
inégalités territoriales assez fortes dans ce développement chinois).
Pour ce qui est des inégalités de genre, qui peuvent avoir une influence
forte sur le développement, le PNUD a élaboré deux indicateurs
complémentaires : l’indice de développement de genre et l’indice d’inégalité
de genre. Le premier se base sur l’écart concernant l’IDH entre les hommes et
les femmes. Le PNUD calcule ainsi un IDH pour la population masculine et un
autre pour la population féminine et étudie l’ampleur de l’inégalité entre les
deux. Des groupes de pays sont alors construits en fonction de cette inégalité,
allant du groupe 1, où l’inégalité est en faveur des femmes ou très faible (on y
15

retrouve de nombreux pays de l’Europe de l’est, mais aussi la France, le


Burundi, la Mongolie ou encore le Qatar) au groupe 5 où la situation est
largement défavorable aux femmes (c’est le cas de l’Arabie saoudite, de l’Iran,
de l’Egypte, de l’Inde, du Nigéria…). L’indice d’inégalité de genre, lui, est
construit comme un indice englobant trois domaines : la santé procréative
(taux de mortalité maternelle et taux de natalité chez les adolescentes), qui
rend compte du poids de la procréation sur le devenir des femmes,
l’autonomisation (objectivée par la part des femmes parmi les parlementaires
et la part de la population ayant au moins commencé l’enseignement
secondaire par sexe) et l’inégalité sur le marché du travail (écart de taux
d’activité par sexe). Cet IIG prend une valeur allant de 0 à 1, plus il est élevé et
plus les inégalités sont fortes entre les hommes et les femmes. On peut noter
que cet indicateur n’est pas construit sur les mêmes bases que l’IDH. C’est la
Suisse qui, en 2019 connaît l’IIG le plus faible (0,025) alors qu’avec un IIG de
0,795, le Yémen est, parmi les pays pour lesquels l’IIG a pu être calculé, celui
qui est le plus inégalitaire. Là aussi, il est intéressant d’utiliser cet indicateur en
comparant le classement obtenu sur cette dimension avec celle de l’IDH.
Pour rendre compte de la complexité du phénomène de pauvreté, le
PNUD a élaboré un « indice de pauvreté multidimensionnelle » qui se penche
sur les privations vécues par la population du pays dans les domaines retenus
dans l’IDH : l’éducation, la santé et le niveau de vie. Pour ce qui est de la santé,
ce sont les dimensions de la nutrition et de la mortalité infantile qui sont
retenues, pour l’éducation, on retient, comme dans l’IDH la durée de la
scolarité pour la population adulte et la durée attendue de scolarité pour les
enfants. Enfin, en ce qui concerne les conditions de vie, ce sont des privations
qui sont retenues dans des domaines tels que l’accès à l’électricité, le
logement, les sanitaires, l’eau… L’indicateur se base non seulement sur la
mesure des privations, mais aussi sur l’intensité des privations (c’est-à-dire
l’ampleur des privations pour les populations pauvres). Là aussi, l’indice permet
d’établir une classification avec trois catégories : les pays en situation de
pauvreté multidimensionnelle extrême, ceux qui connaissent une pauvreté
multidimensionnelle et ceux qui sont vulnérables à cette pauvreté.
Enfin, pour tenir compte de la dimension environnementale du
développement, le PNUD a construit, en 2020, un IDH « ajusté aux pressions
exercées sur la planète » qui correspond à un IDH ajusté par les émissions de
dioxyde de carbone et la consommation de matières premières par habitant.
L’idée est de rendre compte du coût pour la planète du niveau de
développement du pays.
16

4.4. D’importantes inégalités de développement

4.4.1. Vers la convergence entre pays ?


Selon des données du PNUD, l’IDH a augmenté plus vite pour les pays à
développement faible que pour ceux à développement humain très élevé entre
1990 et 2019. Si cette différence s’explique en partie par le mode de calcul de
l’IDH, qui rend plus difficile la croissance de l’IDH pour des valeurs élevées, elle
est aussi le signe d’une certaine forme de convergence entre pays. Ainsi, sur
cette période, l’IDH des pays à développement humain très élevé a augmenté
chaque année de 0,48 % en moyenne, contre 1,38 % pour les pays à
développement humain faible. Pour ces derniers, la croissance du PIB a été en
moyenne de 1 % chaque année entre 1990 et 2000 et de 1,03 % en moyenne
annuelle sur la période 2010-2019. C’est entre 2000 et 2010 que le
développement s’est le plus accéléré pour ces pays avec une croissance de
2,08 % en taux annuel moyen. Si l’on suit un découpage géographique, on peut
constater que si sur l’ensemble de la période 1990-2019 l’IDH a augmenté en
moyenne de 1,05 % en Afrique subsaharienne, il a crû de 1,63 % par an entre
2000 et 2010. Cette relative convergence s’observe pour les trois dimensions
de l’IDH : revenus, éducation et santé sur l’ensemble de la période.
Branko Milanovic, ancien économiste en chef de la Banque mondiale a
étudié l’évolution des revenus de la population mondiale (sur la base de 120
pays) en fonction des centiles de cette population classée selon son niveau de
vie. Le taux de croissance moyen du revenu réel sur la période étudiée (1988-
2008) est d’un peu plus de 25 %. Les personnes situées entre les percentiles 70
et 90 ont une croissance de leur revenu assez nettement inférieure à cette
valeur moyenne. Or, ces personnes sont majoritairement les classes moyennes
(voire défavorisées) des pays riches. Si les 5 % les plus riches au niveau mondial
ont, eux, vu leur revenu croître plus vite que la moyenne mondiale (ce qui est
le signe de fortes inégalités au sein des pays riches), le décrochage des classes
moyennes des pays riches est aussi dû à une certaine forme de rattrapage, de
convergence de la part d’un certain nombre de pays.
En particulier, selon Milanovic, les catégories de personnes qui ont vu
leur revenu croître le plus vite, et qui se situent au niveau de la médiane des
revenus mondiaux, correspondent aux classes moyennes de pays comme la
Chine, l’Inde, voire le Brésil. La « rente de citoyenneté », qui correspond au fait
que les revenus et conditions de vie des individus dépendent en grande partie
de l’endroit où l’on naît et vit, est toujours plus élevée pour les habitants des
pays les plus riches, mais elle augmente pour ceux des pays dits émergents. Sur
17

la période allant de 1980 à 2019, les pays à revenu élevé ont vu leur RNB par
habitant croître en moyenne de 1,6 % par an, ce taux a été de 1,4 % sur la
période 2010-2019.
Dans le même temps, le RNB par habitant a crû de 2,5 % par an en
moyenne entre 2010 et 2019 pour les pays les moins avancés et de 3,1 % sur
l’ensemble de la période 1980-2019. Il y a donc bien une certaine forme de
rattrapage. Cependant, on retrouve surtout une forte croissance dans un petit
nombre de pays, que l’on a qualifié de pays « émergents ». Par exemple, le
taux de croissance annuel moyen atteint 3,9 % entre 1980 et 2019 pour les
pays d’Asie du Sud et 5 % pour la seule période de 2010 à 2019, ces taux sont
respectivement de 3,5 % et 4,2 % pour l’Asie de l’Est et Pacifique.
L’amélioration globale en termes de santé peut se lire à travers
l’évolution de l’espérance de vie à la naissance. Selon les indicateurs du
développement de la Banque mondiale, l’espérance de vie à la naissance est
passée de 65,4 ans en 1990 à 72,7 ans en 2019, soit un gain moyen d’un peu
plus de 7 ans. Dans les pays à revenu élevé, l’espérance de vie à la naissance
est passée de 75,4 ans en 1990 à 80,9 ans en 2019. Si l’espérance de vie dans
ces pays reste largement supérieure à la moyenne, l’écart entre leur espérance
de vie et la moyenne mondiale s’est réduite entre 1990 et 2019. C’est une
évolution qui peut se voir aussi à travers l’augmentation relativement rapide de
l’espérance de vie à la naissance des pays à faible revenu : elle a gagné plus de
13 ans entre 1990 et 2019, passant de 50,6 ans à 63,7. Par exemple, le Libéria a
vu son espérance de vie à la naissance passer de 46 ans à 64 ans. Dans ce pays,
7,4 % des enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition en 2000, ce
taux est passé à 3,5 % en 2019.
C’est le signe d’une baisse relative de l’extrême-pauvreté. Toujours selon
la Banque mondiale, le taux d’extrême-pauvreté dans le monde a chuté
régulièrement entre les années 1980 et la fin des années 2010. Environ 43 % de
la population vivait avec moins de 1,90 dollars par jour dans le monde en 1980
(avec des données en dollars PPA de 2011), ce taux est passé à environ 36 % en
1990, 28 % en 2000, 16 % en 2010 et environ 8 % en 2018.
Les données concernant l’éducation montrent aussi une amélioration
pour les pays pauvres et émergents, qui tendent à rattraper une partie de
l’écart avec les pays les plus riches. Le taux d’alphabétisation de la population
adulte est ainsi passé d’environ 60 % au début des années 1980 à plus de 85 %
en 2019, en moyenne dans les pays à revenu faible ou intermédiaire selon la
classification de la Banque mondiale. Cela s’inscrit dans un mouvement qui a
18

conduit à ce que le taux de scolarisation au niveau primaire se rapproche de


100 % partout dans le monde. Au-delà de cette scolarité primaire, la durée de
scolarisation tend aussi à augmenter. Cette amélioration de l’éducation dans
les pays les plus pauvres est le signe d’une accumulation de capital humain et
d’augmentation des capabilités, qui devrait pouvoir permettre d’améliorer
encore le développement dans les années à venir.

4.4.2. Une convergence toute relative, qui laisse de nombreux pays à l’écart
Même si la tendance est à la réduction globale des inégalités, celles-ci
restent fortes. Ainsi, en 2020, le RNB par habitant est en moyenne de 1075
dollars pour les pays les moins avancés, alors qu’il était, en 2019, de 40 064
dollars pour la zone euro et 63 922 dollars pour l’Amérique du Nord selon les
données de la Banque mondiale. Depuis les années 1990, les pays les plus
pauvres ont « décroché » par rapport aux pays émergents. C’est ce que montre
notamment Branko Milanovic : si les classes moyennes des pays émergents ont
connu la plus forte croissance de leurs revenus, les plus pauvres, eux, ont vu
leur revenu croître moins vite que le revenu mondial moyen et ils ont donc
moins profité de la croissance économique que les habitants des pays
émergents. En reprenant la classification de la Banque mondiale, on peut voir
qu’en 1990, le RNB par habitant état en moyenne de 344,3 dollars pour les
pays à faible revenu et de 870,6 dollars pour ceux à revenu intermédiaire
(environ 2,5 fois plus), en 2000, le rapport était environ de 1 à 6 (267,1 contre
1206,5 dollars) et en 2019 de plus de 1 à 6 (820,9 contre 5522,5).
De la même manière, si la situation de ces pays tend à s’améliorer sur plusieurs
aspects qualitatifs, l’écart qui les sépare du reste du monde reste très élevé.
Selon des données du Pnud, en 2020, 1,3 milliard de personnes souffrent
de « pauvreté multidimensionnelle ». 556,3 millions vivent en Afrique
subsaharienne (soit plus de la moitié de la population de cette zone) et 531,7
en Asie du Sud, 111,2 millions en Asie de l’Est et Pacifique. Ils sont 1,1 million
en Europe et Asie centrale et quasiment 0 en Europe de l’Ouest et Amérique du
nord. Environ la moitié de ces personnes a moins de 18 ans. Parmi les
dimensions de cette pauvreté, on peut noter par exemple que, sur Terre, 788
millions de personnes vivent dans un foyer avec au moins une personne sous-
alimentée, 481 millions de personnes vivent avec un enfant non scolarisé, ou
encore 568 millions de personnes n’ont pas accès à une eau potable à moins de
30 minutes de marche aller-retour.
19

Cette pauvreté multidimensionnelle montre bien comme les difficultés


matérielles et financières entravent le développement futur : manquer de
nourriture ou ne pas pouvoir aller à l’école, c’est avoir peu d’opportunités de
croissance. Le Pnud indique aussi, pour illustrer les inégalités que si un enfant
qui naît aujourd’hui en Norvège (1er pays au classement selon l’IDH) a une
espérance de vie dépassant les 82 ans et une espérance de scolarité de 18 ans,
un enfant qui naît, au même moment au Niger, a une espérance de vie
inférieure à 60 ans et une espérance de scolarité d’environ 5 ans.
Pour résumer, donc, s’il y a bien une relative réduction des inégalités
entre pays, cette réduction profite surtout aux pays dits émergents. Les pays
les plus pauvres, eux, restent relativement à l’écart du processus général de
développement, même s’ils ont vu lentement leur situation s’améliorer. La
crise liée à la pandémie de Covid-19 a dégradé la situation des pays les plus
pauvres et de leur population. Par exemple, le taux d’extrême-pauvreté dans le
monde est remonté à 9 % en 2020 (contre 8 % en 2018). Si une partie de cette
hausse est conjoncturelle, elle est aussi révélatrice de l’extrême vulnérabilité
aux risques des pays les plus pauvres qui subissent plus durement les effets des
pandémies, aléas climatiques ou conflits que les pays plus riches. Le
dérèglement climatique fait craindre un recul du développement dans les
années à venir.
4.4.3. Quel lien entre développement et inégalités au sein des pays ?
La montée de l’extrême pauvreté et la vulnérabilité peut aussi traduire le
caractère inégalitaire du développement. Sur la question du lien entre
développement et inégalité, les travaux de Simon Kuznets sont
incontournables. Sur la base de données fiscales, il a montré que les inégalités
de revenus se sont fortement réduites aux États-Unis entre 1913 et 1948 : la
part du décile supérieur de la population (les 10 % les plus riches) est ainsi
passée de près de 50 % du revenu national à environ 30 %. Selon lui, une part
de cette baisse peut avoir un facteur accidentel (par exemple, elle peut être
liée à la crise de 1929 et à la seconde guerre mondiale), mais cette baisse est
surtout due, selon lui, au développement économique. Dans un article publié
en 1955 : « Economic growth and Income Inequality », publié dans l’American
Economic Review, il établit une relation entre la croissance économique et
l’évolution des inégalités. Pour lui, l’évolution des inégalités prend la forme
d’une courbe en cloche (ou en U inversé) en fonction du niveau de
développement. Dans une première phase du développement, celle de l’essor
de l’industrialisation, les inégalités augmenteraient car une minorité de la
population s’enrichirait. Dans un second temps, une part plus importante de la
20

population profite de la croissance et du développement en rejoignant les


secteurs économiques les plus porteurs. Si la base empirique de cette courbe
est relativement faible comme l’a montré Thomas Piketty dans Le capital au
XXIe siècle, elle a longtemps été admise comme décrivant la réalité, ce d’autant
plus qu’elle semblait confirmée par le mouvement de réduction des inégalités
de revenus en œuvre dans de nombreux pays riches dans l’après seconde
guerre mondiale et jusqu’aux années 1970.
Thomas Piketty, toujours, a montré que la période contemporaine,
depuis les années 1970-1980 était marquée par une augmentation des
inégalités au niveau mondial, augmentation tirée, en particulier par la
croissance importante des revenus du capital, surtout en comparaison avec la
relative stagnation des revenus du travail. Ainsi, il montre qu’entre 1987 et
2017, le taux de croissance annuel moyen du revenu moyen par adulte est de
1,3 % et celui du patrimoine moyen par adulte est de 1,9 %. Dans le même
temps, le patrimoine moyen des 0,01 % les plus riches du monde a augmenté
chaque année de 4,7 % dans le monde. Il montre aussi, dans Capital et
idéologie, qu’en 2018, les 1 % les plus riches détiennent 11 % du revenu total
contre 21 % pour les 50 % les plus pauvres, alors qu’au Moyen-Orient, région
du monde où le développement est très inégalitaire, les 1 % les plus riches
perçoivent 30 % du revenu total, contre seulement 9 % pour la moitié la moins
riche. En Chine, ces parts sont respectivement de 14 et 15 %, ce qui tend aussi
à faire penser qu’il n’ y a pas de lien direct entre développement et inégalités.
Dans son « Rapport social dans le monde 2020», l’ONU pointe une
augmentation des inégalités de revenus dans le monde entre 1990 et 2016. En
mesurant les inégalités à partir du coefficient de Gini, le rapport montre que ce
coefficient a augmenté pour 49 des 119 pays étudiés, et diminué pour 58
d’entre eux (les autres ne dégagent pas de tendance claire).
Cependant, les pays où les inégalités ont augmenté sont aussi ceux où la
population tend à être la plus nombreuse et sur la période 1990-2016, 71 % de
la population mondiale vit dans un pays où l’indice de Gini a augmenté. La
Chine est donnée en « exemple » : l’indice de Gini et passé de 23 à 37 (sur 100)
dans les zones urbanisées et de 30 à 40 dans les zones rurales. L’Afrique du Sud
est le pays le plus inégalitaire avec un indice de Gini estimé à 63 en 2015, les
inégalités étant liées, dans ce pays à la persistance d’un fort niveau de
chômage, d’importantes inégalité de salaires et un marcéh du travail fortement
polarisé. Les données du rapport permettent aussi de remettre en cause l’idée
d’un lien automatique entre développement économique et évolution des
inégalités, tant cette évolution paraît heurtée. Par exemple, la plupart des pays
21

d’Amérique centrale et du sud (qui ont connu sur l’ensemble de la période


allant de 1990 à 2018 une baisse des inégalités) ont connu une baisse des
inégalité assez nette entre 2000 et 2010, puis une remontée de ces inégalités (à
partir de 2010 pour le Mexique, de 2013 pour le Brésil, de 2014 pour
l’Argentine). En Chine, si les inégalités ont augmenté assez fortement dans les
années 1990 et le début des années 2000, elles ont baissé depuis 2008,
notamment sous l’effet de politiques économiques et sociales.
Le Rapport social du Pnud pointe 4 tendances favorisant les inégalités :
- le progrès technologique, qui creuserait les inégalités salariales et créeraient
une sorte de destruction créatrice plus favorable aux travailleurs les plus
qualifiés qu’aux autres,
- le changement climatique qui « rend les pays les plus pauvres encore plus
pauvres » en les touchant davantage que les autres (par exemple, en réduisant
les récoltes),
- l’urbanisation, qui creuse les inégalités car les zones urbaines tendent à être
plus inégalitaires que les zones rurales et le développement urbain est inégal
- les migrations internationales, qui ont un effet ambivalent sur les inégalités
puisque la migration est souvent une tentative pour les travailleurs des pays ou
régions les plus pauvres d’aller s’enrichir dans les zones plus riches, ce qui peut
augmenter leur revenu et celui de leurs proches, mais peut aussi jouer à la
baisse sur les salaires quand de nombreux immigrés sont en concurrence entre
eux pour les mêmes emplois.
Des facteurs plus « politiques » sont également en jeu : le consensus de
Washington et son application via les « plans d’ajustement structurels »
prônés par le FMI pour les pays les plus endettés, dans les années 1980-1990
ont conduit à faire disparaître ou affaiblir les mécanismes de protection sociale
ainsi que les dépenses publiques, qui peuvent permettre une certaine forme de
redistribution. Beaucoup de pays ont aussi adopté pour des politiques de
libéralisation du marché du travail et une réduction de la fiscalité et des
politiques sociales, espérant ainsi « libérer » la croissance, qui s’est fait au
détriment de l’égalité. Cette mise au second plan de l’objectif d’égalité peut
aussi se lire comme un changement d’idéologie, ainsi que l’a analysé Thomas
Piketty : avec la disparition du « bloc soviétique », l’idéologie de l’égalité aurait
disparu des horizons politiques.
Le PNUD montre que les inégalités internes aux pays affectent fortement
le développement. Ainsi, dans une publication datant de 2018, il montre que
22

les pays à développement humain moyen perdent 31 % de leur niveau de


développement humain en raison des inégalités, ce taux est de 25 % pour les
pays à faible niveau de développement et de 11 % pour les pays à
développement humain élevé. De la même manière, si l’IDH de l’Afrique
subsaharienne a augmenté de 35 % de puis 1990, c’est aussi la région du
monde qui connaît la plus forte perte de développement humain due aux
inégalités (31%).
4.4.4. Des inégalités de genre prépondérantes
La plupart des pays du monde connaissent des inégalités de genre : les
femmes ont souvent une situation moins favorable que celle des hommes, que
ce soit en termes de richesse, d’emploi ou encore d’accès au pouvoir politique.
Cependant, ces inégalités tendent à être plus importantes encore pour les pays
en développement.
Depuis le début des années 2000, les inégalités hommes-femmes se
réduisent assez fortement en termes de scolarité et d’éducation. Ainsi, parmi
les huit « Objectifs du millénaire pour le développement » adoptés par l’Onu,
celui de la promotion de « l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes »
a trouvé une concrétisation dans le fait d’atteindre la parité filles-garçons dans
l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, même si la situation varie
encore selon les pays et la situation des filles reste défavorable dans les zones
rurales.
Les inégalités peuvent se traduire, selon le Pnud, par un IDH moins fort
pour les femmes que pour les hommes : l’IDH moyen des femmes à l’échelle
mondiale est inférieur de 6 % à celui des hommes. Cela tient en grande partie à
des écarts de revenus et à des niveaux d’études, pour la population adulte,
inférieurs pour les femmes par rapport aux hommes.
Ceci traduit aussi de moindres « capabilités » pour les femmes, qui
subissent d’importantes inégalités à l’âge adulte. Toujours à l’échelle mondiale,
le taux d’activité des femmes en âge de travailler est de 49 % en 2018, contre
75 % pour les hommes. Il est intéressant de noter que des écarts importants
existent entre pays en développement : le taux d’activité des femmes est par
exemple de 63 % dans les pays d’Afrique subsaharienne. Partout, les femmes
tendent à occuper des emplois plus précaires que les hommes et sont moins
bien rémunérées.
L’inégalité hommes-femmes se retrouve aussi dans le domaine
politique : même si la part des femmes dans les parlements a presque doublé
23

depuis le milieu des années 1990, elle reste largement inférieure à 50 % dans
de très nombreux pays, avec, là aussi, des contrastes selon les régions du
monde. Cette part est, en 2018, de 17,5 % en Asie du Sud et de 18 % dans les
États arabes, elle est de 29 % en Amérique du sud et centrale, ainsi que dans
les pays de l’OCDE.
Enfin, d’importantes inégalités subsistent dans le domaine privé, ainsi que dans
celui de la santé. Les femmes réalisent une plus grande part des tâches
domestiques et d’éducation des enfants que les hommes, ce qui limite leurs
possibilités sur le marché du travail, ainsi que dans le domaine politique. Dans
de nombreux pays, elles se marient très jeunes et ont également des enfants à un
âge très précoce : en Asie du sud, près de 30 % des femmes ayant actuellement
entre 20 et 24 ans se sont mariées avant 18 ans, alors qu’en Afrique
subsaharienne, le taux de natalité chez les adolescentes est de 101 pour
103.5.2.6. Le développement extraverti
Une partie des pays du tiers-monde va suivre une autre stratégie
d’industrialisation, passant par une participation croissante au commerce
international (développement extraverti*), suivant en cela les principes de la
théorie néoclassique des avantages comparatifs, avec plus ou moins de succès.
a. L’exportation de produits primaires

Des PED dotés de ressources naturelles ndantes, comme le pétrole, vont


suivre une stratégie classique de spécialisation dans l’exportation de ces
produits primaires : ressources naturelles, produits agricoles, etc. Les
ressources financières tirées de ces exportations doivent permettre d’importer
des biens d’équipement pour favoriser l’industrialisation du pays. Comme nous
l’avons vu précédemment, cette stratégie s’est avérée ruineuse pour nombre
de pays spécialisés dans une monoculture, du fait de la dégradation des termes
de l’échange, dégradation qui touche aussi les pays exportateurs de pétrole
dans les années 1980 à la suite des deux chocs pétroliers des années 1970. De
plus, la forte volatilité des cours des produits primaires ainsi que la concurrence
et les pratiques protectionnistes des pays du Nord rendent ce processus de
développement instable. Beaucoup de ces pays, hormis les pays de l’OPEP, font
partie des Pays les moins avancés (PMA) aujourd’hui du fait de leur
spécialisation internationale défaillante.

b. La promotion des exportations (PE)


Cette stratégie de promotion des exportations , appelée aussi « substitution
aux exportations », a été initiée dès les années 1950 par deux pays asiatiques,
Hong Kong et Singapour, rejoints dans les années 1960-1970 par la Corée du
24

Sud et Taiwan (ces quatre pays devenant les NPIA : nouveaux pays
industrialisés asiatiques ou les « Dragons asiatiques ») et certains pays
d’Amérique latine comme le Brésil, le Chili ou le Mexique. Dans les années
1980, d’autres pays asiatiques leur emboîtent le pas : Chine, Malaisie,
Thaïlande. Il s’agit de substituer progressivement aux exportations de produits
primaires des produits de plus en plus élaborés par la remontée de filières :
remplacer les exportations traditionnelles par de nouvelles, plus intensives en
capital et à plus forte valeur ajoutée ; passer de l’industrie légère à l’industrie
lourde, en intégrant progressivement du progrès technique et en assurant la
formation de la main-d’oeuvre.

Ce développement extraverti n’a donc été un succès que pour les pays qui
ont su faire évoluer leur spécialisation en remontant la filière de leurs
exportations. Ainsi plusieurs pays d’Amérique latine n’ont pas réussi à sortir de
leur spécialisation initiale et ont vu leur dette extérieure s’accroître fortement à
la fin des années 1970 et au début des années 1980. La crise asiatique de 1997,
qui a secoué durement la Thaïlande ou la Malaisie, démontre aussi la fragilité
de cette stratégie si la remontée de filière ne se fait pas assez vite : ces pays se
retrouvent dépendants des firmes transnationales (phénomène des « pays
ateliers ») qui y sont implantées et qui peuvent démanteler leurs unités de
production très rapidement en cas de retournement de situation politique,
économique ou sociale.

3.6. Complémentarité entre développement autocentré et extraverti


Ces deux stratégies ne doivent pas être opposées l’une à l’autre d’une
manière trop simpliste. Au-delà de leurs différences, elles se retrouvent autour
de plusieurs points communs : place essentielle de l’industrie, même objectif
final d’une structure productive nationale diversifiée, place très importante de
l’État dans le processus d’industrialisation (y compris dans les stratégies
extraverties), objectif de maîtriser le commerce international (soit par les
importations, soit par les exportations).
La réussite des NPIA dans leur développement extraverti ou de certains
développements autocentrés (au moins à court terme) provient finalement de
la complémentarité de ces deux stratégies :
 chercher, à la fois, à développer ses exportations en fonction de
ses avantages
comparatifs et de ses objectifs de spécialisation, et à réguler ses importations
en fonction des besoins de l’industrialisation et des exportations ;
 ouverture au commerce international couplée avec des pratiques
de protectionnisme
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éducateur pour assurer le développement des industries exportatrices


naissantes hors de toute compétition internationale ;
 attirer les IDE des firmes transnationales (le développement
autocentré des pays
d’Amérique latine est passé par l’implantation de firmes étrangères sur le
territoire) pour bénéficier de transferts de technologie.
En bref, la promotion des exportations nécessite de se protéger de
certaines importations qui pourraient concurrencer l’émergence des nouvelles
industries exportatrices encore fragiles. La substitution aux importations
nécessite, elle, un accroissement des exportations pour assurer des débouchés
à la production industrielle nationale.
Les femmes continuent aussi, dans les pays les plus pauvres, à payer un
lourd tribut lié à la maternité : le taux de mortalité maternelle a baissé de 45 %
entre 1990 et 2015, mais il reste élevé dans les pays les plus pauvres : il est de
557 pour 100 000 dans les pays à développement humain faible, contre 15
pour 100 000 dans les pays à développement humain élevé. Cette forte
mortalité maternelle est liée à l’absence de personnel soignant qualifié lors des
naissances, mais aussi à un moindre accès à la nourriture pour les femmes.
Ces inégalités entre les hommes et les femmes sont une entrave au
développement.

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