Importance de la logistique en marketing
Importance de la logistique en marketing
Robert D. Tamilia 1
* Cet article est extrait et adapté d'une conférence RIRL 2000 : Les troisièmes rencontres internationales de
la recherche en logistique (Québec, Canada : Trois Rivières, mai 2000).
1
Professeur de marketing à l'École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal.
32 Robert D. Tamilia
1. Introduction
La compagnie Limited est une entreprise de distribution de détail très florissante due en
partie à son système de gestion logistique internationale très sophistiqué. Ce système est si
efficace qu'il peut fournir des nouveaux produits à la totalité de ses milliers de magasins en
moins de 60 jours après leur phase de conception (Terpstra et Sarathy 1994). La compagnie Gap
est encore plus efficace en ce sens qu'elle est capable d'approvisionner les nouveaux produits
dans ses magasins en six semaines. Des changements aussi rapides ne peuvent être réalisés que
tous les six mois chez Benetton (Rossant 1995).
La disponibilité des nouveaux produits avec une fréquence aussi importante et avec une
telle rapidité est une raison suffisante pour faire revenir les clients de façon répétitive. Les
systèmes logistiques à réponse rapide permettent à l'entreprise VF Corporation qui produit les
jeans Lee et Wrangler de réapprovisionner les stocks sur rayons en modèles et coloris choisis en
3 jours dans les magasins J.C. Penny en utilisant les données de ventes qui sont transmises
électroniquement à VF quotidiennement. Il faut actuellement 30 jours à Lévi pour faire le même
travail (Weber 1995).
Ces exemples illustrent l'impact très important des activités logistiques sur les ventes et
l'efficacité des entreprises. L'importance de la logistique sur les stratégies d'entreprises n'est pas
une idée nouvelle (Heskett 1977). Cependant, avec le développement des technologies de
l'information, la gestion de la logistique est actuellement en train de modifier en profondeur la
façon dont les entreprises modernes gèrent leurs activités. Ces changements, jumelés avec
d'autres, ont été si profonds qu'ils remettent en cause les principales tendances académiques du
marketing post 1960, l'ère par excellence de l'optique marketing, cette philosophie de gestion
qui domine les écrits en marketing (Webster 1990, Brown 1995).
d'obtenir ce qu'ils veulent à l'endroit et au moment où ils le désirent, sujet rarement discuté
dans la tendance dominante du marketing moderne (l'optique marketing).
L'idée selon laquelle le processus marketing est composé de deux parties séparées mais en
profonde synergie ne fait pas partie de la pensée dominante du marketing aujourd'hui, et cela
bien que Shaw (1916), l'un des pères fondateurs du marketing, l'ait expliqué il y a plus de 85
années. Lewis et Erickson (1969) reprirent les idées de Shaw en utilisant une approche par
analyse de systèmes. Comme cela est indiqué dans la Figure 1, l'entreprise est composée de
deux entités managériales séparées mais interdépendantes et inter-reliées. Veffort marketing est
donc divisé en deux grandes tâches qui sont complémentaires et interdépendantes, soit de
stimuler la demande soit de la satisfaire. Ces deux fonctions sont fondamentales au marketing,
et elles doivent être bien coordonnées et harmonisées afin de minimiser les coûts de la
distribution qui sont très onéreux. Donc, l'une des responsabilités du management se préoccupe
d'aller chercher des ventes par l'entremise de fonctions et d'activités de stimulation de la
demande telle que la publicité, la promotion, la force de vente, etc. Bien sur, cette stimulation de
la demande requiert des analyses de segmentation de la clientèle et des études du
comportement des consommateurs.
L'autre face du processus de la gestion du marketing consiste à satisfaire cette même
demande par les moyens logistiques. La Figure 1 montre que la logistique est une composante
essentielle qui doit être intégrée et coordonnée avec les activités de stimulation de la demande si
l'on veut satisfaire les besoins du client. Les types d'activités liées à cette seconde facette du
processus sont très nombreux et incluent le transport, la gestion des stocks, la gestion de
l'information, les services au client comme cela est résumé à la Figure 2. En fait, le marketing fait
la promotion et vend des produits que la logistique transporte, stocke et livre à temps. Si ces
deux composantes du marketing ne sont pas synchronisées, les clients et même l'entreprise en
subiront les conséquences.
L'une des conséquences de la vue partielle du marketing telle que présentée
précédemment est qu'aujourd'hui les étudiants pensent beaucoup trop que la stimulation de la
demande est la raison d'être du marketing. Pourtant, si la stimulation de la demande amène des
clients au magasin, sommes-nous certains que les produits demandés seront disponibles ?
Les faits marquants de la gestion logistique mettent en évidence que l'analyse du marché
et la réalisation des ventes ne sont qu'une moitié de la réussite. Les besoins du consommateur
doivent être satisfaits après une vente sur une base continue. En fait, il peut être plus facile de
réaliser une vente que de faire parvenir le produit chez le client au bon moment, au bon endroit,
en bonne quantité, dans les bonnes références, dans de bonnes conditions, selon un bon prix,
avec des privilèges de retour, avec des incitations financières, etc. De plus, une fois l'achat
réalisé, la responsabilité de la logistique est de s'assurer que le client continuera ses achats sans
faille et cela dans les meilleures conditions pour lui. Considérée ainsi, la logistique n'est pas
seulement impliquée dans la gestion de l'offre au client, gestion qui est trop souvent perçue
comme passive, mais elle a également une responsabilité dynamique au niveau de la stimulation
de la demande (Blackwell 1997).
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départements de marketing ont été jugés en crise grave car ils n'ont pas su reconnaître la
révolution qui se produisait dans le commerce électronique, ni l'impact sur la logistique de la
révolution de la technologie de l'information (O'Connor et Calvin 1997).
Quelques-unes des grandes entreprises, chefs de fil en marketing, par exemple Procter et
Gamble, Colgate-Palmolive, Kraft General Foods, Unilever et RJR-Nabisco entre autres, ont soit
réorganisé leurs départements de marketing, soit redéfini les responsabilités des décideurs en
matière de marketing et même leur propre place au sein de l'organisation (Coopers et Lybrand
1994).
L'objectif de la logistique est de rechercher un avantage compétitif durable pour
l'entreprise en réalisant une distribution efficace et efficiente avec les fournisseurs et les
revendeurs, une distribution qui réduise les coûts tout en maintenant une flexibilité qui réponde
aux attentes des clients. Avec une bonne gestion logistique, les informations sur le marché
circulent de façon beaucoup plus fluide entre les départements et les divisions de l'entreprise.
De plus, les informations venant des fournisseurs et des clients circulent de façon plus simple en
amont et en aval de la chaîne de distribution.
La gestion du marketing, considérée essentiellement comme la stimulation de la demande
incluant les promotions, est en grande partie le résultat del' optique marketing et de ses outils de
mise en œuvre, les 4P. Selon l'optique marketing, le courant dominant du marketing n'est pas
seulement essentiel, il peut constituer la seule et unique façon par laquelle une entreprise peut
réaliser ses objectifs et s'assurer un avantage compétitif. Mais la raison d'être de la logistique est
aussi liée à de telles ambitions. Est-ce que l'optique marketing peut, à lui seul, assurer et rendre
pérenne les avantages compétitifs d'une entreprise? Selon Brown (1995, p. 14) « l'optique
marketing n'est pas le début et la fin du management, ce n'est pas la pierre du philosophe,
l'ultime secret de la réussite industrielle ... Trop de spécialistes du marketing continuent à vivre
dans un univers Kotlerien où le marketing connaît toutes les réponses ».
L'optique marketing donne par ailleurs au management du marketing un rôle fonctionnel
trop axé sur la stimulation de la demande, rôle qui ne correspond plus à la gestion de la
distribution marquée par l'ère électronique. Une fois les clients acquis, le fait qu'ils restent
fidèles et qu'ils soient satisfaits ne semble pas être une préoccupation majeure ou même un sujet
d'intérêt du département de marketing. O'Connor et Calvin (1997), entre autres, ont même été
jusqu'à affirmer que cela n'est même pas du ressort de la tendance dominante du marketing :
« Une fois le client acquis, les responsables de vente vont vers d'autres prospects. Dans
beaucoup trop d'entreprises, le jeu de se 'passer le paquet' est mené avec les clients réels. Est-ce
qu'ils font partie des opérations ? Sont-ils concernés par le service clients? Beaucoup trop
souvent, ces clients n'appartiennent à personne et surtout pas au département marketing »
(p. 12).
Conserver des clients est l'une des responsabilités de la logistique vis-à-vis de la demande
parce que les clients existants sont plus faciles à 'vendre' que les nouveaux. Ceci est d'autant
plus vrai s'il existe un accord contractuel ou un accord à l'amiable où les relations commerciales
sont liées de façon très opérationnelle comme par exemple le réapprovisionnement assisté par
ordinateur et les procédures de facturation ou encore un EDI, ou un système expert en réponses
rapides comme c'est souvent la norme dans le commerce électronique. La Figure 2 présente un
sommaire du champ de responsabilité de la logistique moderne.
Les liens externes du marketing prescrit par les 4P avec les fournisseurs, les revendeurs et
les fournisseurs de services logistiques sont au mieux faibles et ne sont souvent limités qu'aux
liaisons promotionnelles. Par conséquent, le rôle dévolu au marketing selon l'optique marketing
donne simplement un prétexte à ses relations internes multi-fonctionnelles et peu aux relations
externes avec les membres du circuit. De plus, ce genre de marketing est orienté principalement
sur l'analyse comportementale et sociologique du client final, peu sur les aspects économiques
liés à la vente et pas du tout sur les coûts de distribution. Comment l'entreprise peut-elle être
efficace sur ses coûts et ainsi plus compétitive en n'utilisant que les activités de stimulation de la
demande ? De quelle façon ce marketing orienté principalement vers la stimulation de la
demande peut aider les fournisseurs et les revendeurs à réduire leurs coûts ? Comment ce
marketing peut-il oeuvrer de manière multi-fonctionnelle dans l'entreprise quand ses
responsabilités managériales ne sont tournées que vers les promotions et les consommateurs ?
Par voie de conséquence, les tendances actuelles du marketing ont été en grande partie
déconnectées du fonctionnement interne de l'entreprise. Pour accentuer les choses, le marketing
basé sur la promotion est presque totalement aligné sur le consommateur final et ignore, de ce
fait, l'importance stratégique du réseau des agences de distribution qui interviennent tout au
long de la chaîne de valeur, comme décrit sur la Figure 2.
D'autre part, la partie logistique du processus du marketing est davantage en phase avec
le marketing B to B et moins avec le consommateur final (B to C). En conséquence, il est
davantage concerné par l'économie de distribution, le fonctionnement et la structure des coûts
internes et externes de l'entreprise et beaucoup moins impliqué dans la psychologie du
comportement du consommateur et par l'analyse de ses décisions d'achat.
L'absence d'attention vis-à-vis de la distribution et du management de la chaîne de valeur
a fait en sorte qu'actuellement le marketing est isolé non seulement à l'intérieur de l'entreprise
mais aussi à l'extérieur avec une vision tronquée du marché constitué, pour lui, uniquement de
consommateurs finaux. La marginalisation de la gestion du marketing à l'intérieur des
entreprises constitue un thème qui a reçu beaucoup d'attention de la part du milieu
universitaire et aussi des praticiens (Brady et Davis 1993, Brown 1995). Une étude importante de
Coopers et Lybrand (1994) conclut que« le département de marketing était fortement malade et
a été dépassé par les autres disciplines et en particulier par la finance et la production »
(O'Connor et Galvin 1997, p. 9).
Webster va même plus loin en disant que « le marketing dans beaucoup d'entreprises a
soit été relégué dans des unités opérationnelles ou a été combiné avec la planification
stratégique, en général avec des réductions importantes de personnel. Dans d'autres entreprises,
comme Pillsbury après son rachat par Grand Met, le personnel du marketing a tout simplement
été renvoyé dans le but de réduire les coûts» (p. 16).
La logistique, par ailleurs, s'intéresse précisément aux économies de distribution et aux
coûts de distribution, non seulement à l'intérieur de l'entreprise mais également« aux coûts de
distribution qui se produisent à l'extérieur et entre les distributeurs, et aussi à ceux qui
interviennent lors des opérations de transport et de stockage» (Bartels 1982, p. 5). L'importance
stratégique de la logistique est simplement due au fait qu'elle a systématiquement trouvé les
moyens de réduire les coûts opérationnels internes ainsi que les coûts externes des fournisseurs
et des distributeurs du circuit.
La façon dont les entreprises s'organisent de façon interne et externe avec leurs
fournisseurs et distributeurs n'est pas vraiment décidée par les consommateurs et ceux-ci ne
s'en soucient pas. D'un autre côté, les entreprises situées à différents niveaux du circuit s'en
préoccupent parce que leur ajustement avec les autres membres du circuit constitue une
composante de coût importante dans leur façon de gérer leurs activités commerciales. La façon
dont elles sont organisées pour la distribution est souvent un avantage compétitif et un atout
pour obtenir ventes et profits. La logistique a obligé les membres du circuit à être de plus en
plus conscients des coûts et de l'efficacité dans ce domaine avec des gains consécutifs pour les
clients. Un prix réduit pour les clients constitue l'un des plus forts impacts que la logistique
puisse avoir sur la demande.
Etant donné l'importance stratégique du déploiement des fonctions logistiques et de leurs
coûts, il était inévitable pour l'entreprise que la logistique s'élevât au-dessus de la tendance
dominante du marketing actuel. En fait, Bartels, en 1982, faisait déjà cette même prévision:
« Avec les coûts croissants des investissements liés aux stocks, en particulier maintenant que les
stocks ont augmenté avec la grande différentiation des produits pour des marchés segmentés, et
avec la prise de conscience que la satisfaction finale du consommateur est aussi dépendante de
la disponibilité des produits physiques, composants et services, que de ses satisfactions
psychologiques, un vide dans le management est devenu de plus en plus évident. Les gains et
les bénéfices sont tellement évidents à atteindre à travers la gestion de la logistique que des
modifications dans la structure du pouvoir passant du marketing à la gestion de la distribution
sont à attendre » (p. 6) .
L'impact sur le marché des stratégies « d'aspiration » (basé sur des activités
promotionnelles pull) a toujours été difficile à mesurer, surtout en ce qui a trait à des
améliorations d'efficacité et aux baisses des dépenses. Est-ce que les entreprises savent vraiment
si leurs dépenses de publicité de média constituent des dollars bien dépensés ? Et comment le
courant dominant du marketing aide les entreprises à créer des liens stratégiques inter-
organisationnels (alliances stratégiques ou des partenariats tels que décrits en Figure 2) avec les
fournisseurs et les revendeurs ? De tels liens inter-organisationnels facilités par l'EDI à travers
les systèmes logistiques permettent aux membres de réduire les coûts et d'améliorer l'efficacité
le long de la chaîne de distribution, tout en répondant aux demandes de services des clients.
respectées. C'est en effet une affaire de bon sens d'offrir de tels bénéfices tangibles lorsque l'on
est concerné par des clients B to B. De par leur nature même, les services logistiques vers les
clients industriels sont beaucoup plus tangibles et mesurables (à court et à moyen termes) que
ceux obtenus à travers les efforts liés à la stimulation de la demande.
Par conséquent, la gestion de la logistique n'est pas seulement une fonction passive
d'approvisionnement mais encore plus une fonction active de stimulation de la demande. Les
directeurs de la logistique ont aussi assimilé l'importance des analyses de marché et de
segmentation, des motivations des clients industriels, des promotions et autres aspects qui
proviennent de la tendance dominante du marketing. C'est pourquoi la gestion astucieuse de la
chaîne de distribution (supply chain) qui conduit à des prix plus bas peut avoir un impact au
moins égal et parfois supérieur sur les ventes que les activités de marketing portant seulement
sur les promotions.
5. La logistique et l'entreprise
La conclusion de ce qui précède, c'est que la logistique est une composante économique
majeure de toute organisation, et en fait la seconde après la production, selon LaLonde, Grabner
et Robeson (1985). Toute efficacité économique dans ce domaine conduit à un impact majeur sur
la rentabilité de l'entreprise et sur sa performance concurrentielle aux niveaux régional, national
et même international. C'est la raison pour laquelle beaucoup de grandes entreprises comme
GM, Nestlé et Wal-Mart ont des postes de nouveaux vice-présidents de logistique. Souvent de
tels postes de niveau corporate ont des responsabilités stratégiques nettement supérieures à ceux
du marketing (Master et Pohlen 1994).
La logistique est idéalement positionnée dans l'organisation pour aider à établir les
relations d'affaires qui rendent le circuit logistique encore plus efficace. Les relations
coopératives entre entreprises dans le circuit comme la gestion des commandes, la facturation, la
livraison et la gestion des stocks peuvent maintenant être routinières comme illustré à la Figure
2. Les modèles de décision logistique fournissent l'information aux différents réseaux
informatiques interconnectés utilisant l'EDI pour savoir quand et combien faut-il commander et
où il convient de livrer.
De tels liens opérationnels montrent que désormais l'entreprise partage des informations
confidentielles. Vraisemblablement, les raisons qui l'amènent à ce partage d'informations (voir
Figure 2) sont liées aux réductions des coûts logistiques pour tous les partenaires concernés. Par
ailleurs, quelle meilleure façon de conserver des clients que de les relier électroniquement avec
leurs fournisseurs ! Selon toute probabilité, les coûts de rupture de la relation ne couvriraient
pas la création de nouveaux liens électroniques avec beaucoup d'autres fournisseurs. En effet,
c'est dans l'intérêt des fournisseurs d'accroître le plus possible les relations d'affaires logistiques
pour conserver de tels clients à long terme.
Partages
d'infonnations
Logistique
du service
client
• Achat • Entreposage
• Gestion de stock * Finance
• Comptabilité • Ordonnancement
• Prise de commandes Revendeurs
·~-----
Fournisseurs • Gestion de stock
* Prévision de vente • Packaglng ou Clients
• Gestion de • Emballage
Transport * Facturation
"'Vente
F
ENTREPRISE
Les flux d'informations et de biens résultent des services logistiques clients spécifiques
demandés par le marché. Ces services ont besoin d'être élaborés, coordonnés et évalués en
comparaison des standards de performance client. De tels services aux clients constituent le
point central de la gestion de la logistique car ils fournissent des gains de valeur ajoutée
recherchés par les clients. Ces services sont définis par le marché et reflètent les attentes des
clients (Lambert et Sterling 1994). Mais les services logistiques fournis doivent aussi être
cohérents avec les capacités de l'entreprise pour les fournir (financière ou autre) .
Les services logistiques liés aux clients jouent un rôle très puissant sur le marché
aujourd'hui car leurs effets stimulent la demande, tout comme la promotion. En fait, certains
niveaux de services clients sont maintenant si importants pour l'organisation qu'ils forment le
cœur des avantages compétitifs stratégiques de l'entreprise. Les exemples de Pepperidge Farm,
VF et du Gap présentés précédemment illustrent bien les niveaux de services logistiques de ces
entreprises, services très liés aux avantages compétitifs-clé de ces entreprises. Le fonctionnement
complet de l'entreprise est centré sur la réussite du niveau de service aux clients. Dans ce
contexte, le marketing axé sur la promotion joue le rôle de fonction support à la logistique.
Ce qui a été fait par routine en production avec les composants arrivant juste à temps en
assemblage en éliminant les inspections de contrôle qualité (logistique interne) peut aussi être
fait en logistique externe (l'acheminement des produits finis vers les points de vente). Les
produits sortant del' atelier et prêts à être placés sur les rayons peuvent circuler des fournisseurs
aux détaillants dans les centres de distribution sans vérification sauf par échantillonnage de
quelques étiquettes de codes à barre pour sécurité. Avec une réponse rapide appliquée aux
centres de distribution des détaillants, des codes à barre sur caisses, des produits pré-étiquettés,
et des produits déjà mis sur cintres peuvent se déplacer très rapidement, souvent en moins
d'une heure après réception avec seulement très peu de points de vérification.
de distribution jusqu'au premier fournisseur. Les ventes de marques, de rayons et les ventes
dans chacun des magasins peuvent être mieux planifiées.
Actuellement, les budgets canadiens pour les biens de grande consommation consacrent
environ 75 % du budget pour effectuer des promotions, des ristournes et autres incitations pour
les détaillants et les grossistes (Mills 1995, Lahey 1998). Aux États-Unis, ce pourcentage est au
moins de 50 % selon des sources commerciales (Hume 1992, Mouland 1995, Grover 1998).
Ce changement drastique vers des dépenses de marketing axées sur la distribution (le
'push' marketing ou stratégie de poussée) démontre l'importance des revendeurs et des autres
membres de la chaîne de distribution dans la vente de produits. Ceux-ci sont devenus très
performants pour obtenir des concessions en matière de prix de leurs fournisseurs en les faisant
payer davantage sur les efforts de merchandising en magasin faits de leur côté. Plus de 70 % des
décisions concernant l'achat des produits alimentaires sont maintenant faites en magasin. De
plus, le taux important d'introduction de nouveaux produits dans ce secteur du commerce de
détail montre que l'espace tablette doit être acheté, car c'est un facteur-clé de succès de vente des
produits. Il y a eu aussi une érosion de la fidélité du client pour les produits de marque, surtout
les marques des fabricants. Pourtant, de tels efforts promotionnels sont une constante dans les
stratégies d'aspiration (le pull marketing). Les consommateurs sont maintenant de plus en plus
d'accord d'accepter des marques de distributeur de sorte que ces marques privées déplacent les
marques des industriels de leur propre espace-tablette (Steenkamp et Dekimpe 1997).
On peut maintenant mieux comprendre pourquoi les efforts de push marketing (stratégie
de poussée) se sont développés si intensément au cours des années. Les revendeurs contrôlent
davantage ce qui est vendu et acheté. Ils sont donc en meilleure position pour marchander,
Les directeurs de catégories, par définition, ont besoin de travailler très étroitement avec
les fournisseurs et les autres membres de la chaîne de distribution. Ils ont besoin de créer des
accords très étroits avec eux de façon à assurer une meilleure coordination entre les activités
promotionnelles auprès des consommateurs et le travail logistique (le travail des revendeurs)
nécessaire pour transporter, stocker sur rayons et assurer l'ensemble des services.
(4) Extension des marques
Les pratiques de marketing liées à la gestion des marques ne semblent pas poser la
question si c'est cher pour l'entreprise d'avoir une marque disponible dans un tel éventail de
choix extensif. Mais de tels efforts de marketing basés sur la promotion résultent d'une
augmentation énorme du nombre de SKU liés aux marques. Leur coût logistique était soit
inconnu, soit imputé ailleurs que dans les coûts des marques ou n'était tout simplement pas
sous la responsabilité des directeurs de marques.
La procédure informatique de calcul des coûts par activité analyse les différents coûts liés
aux déplacements et aux stockages des produits, de l'approvisionnement à la vente de SKU en
rayons (Ernst et Young 1994). L'ABC nécessite une estimation des coûts des activités logistiques
des SKU du fournisseur aux centres de distribution, aux stockages en rayons tout en incluant les
coûts promotionnels et les coûts logistiques (comme l'expédition, la livraison, l'emballage, le
déballage, la facturation, les coûts de stockage et les coûts d'entreposage).
L'analyse simultanée des coûts liée à la stimulation de la demande et à la satisfaction de
cette demande a conduit à un changement drastique du nombre de SKU pour beaucoup de
marques. Par exemple, Procter et Gamble a décidé de réduire de 34 % son nombre de SKU et
l'entreprise espère encore en réduire le nombre de 20 %. En 1995, un total de 29 SKU était
associé à la marque Vaseline. Ce nombre est maintenant passé à 15. De même, Scott Paper a
réduit son nombre de SKU de 20 % depuis 1995 (Lahey 1997).
(5) La gestion de l'espace tablette
L'utilisation de l' ABC et de la marge directe par produit (direct product profit) ont permis
aux gestionnaires de catégories qui travaillent pour de grands détaillants de développer de
meilleurs modèles de gestion de l'espace, des modèles optimaux pour des catégories spécifiques
de produits et même de définir des plans d'implantation pour des magasins individuels.
Tous les achats réalisés dans chaque ménage sont enregistrés en utilisant un appareil
Telxon (un système scanner-informatique portable de AC Nielsen) offert gratuitement à tous les
ménages du panel. Les données utilisables sont variées et incluent des mesures de fidélité à une
marque, le nombre d'items achetés par visite, le prix payé par achat, la taille des items achetés, le
montant dépensé par visite, le type de magasin fréquenté et autres données. L'analyse de ces
données permet d'informer le directeur des ventes, le directeur de marques et autres
gestionnaires de l'impact sur les ventes d'un programme spécifique de publicité média ou de
promotions dans le temps.
La fusion de différentes banques de données (par exemple HomeScan et Compusearch)
peut aider les gestionnaires de catégories à développer des plans astucieux de merchandising au
niveau des magasins (un ou plusieurs) avec des pratiques d'approvisionnement améliorées.
Avec l'aide d'un gestionnaire d'espace tablette, un ensemble sélectionné scientifiquement de
SKU par catégorie de produits peut être réalisé. La philosophie de gestion ECR nous permet
ainsi des ventes en rayons supérieures et une réduction des inefficacités logistiques pour ceux
qui adoptent ce nouvel outil de gestion.
L'ECR est prête à changer la façon dont les industries travaillent dans ce secteur et devient
donc une approche 'chef de file' pour la distribution alimentaire. La gestion logistique va
continuer à être un acteur majeur en révolutionnant davantage les opérations de cette industrie.
Évidemment, la gestion logistique ne se limite pas à l'industrie alimentaire mais elle s'applique à
n'importe quelle entreprise ou industrie qui recherche des économies, des performances de
distribution meilleures et qui est à la recherche de moyens pour être plus productive et
maintenir un avantage compétitif.
8. Conclusion
Cet article présente l'importance de la logistique par rapport à la tendance dominante du
marketing telle que présentée dans les textes académiques. Nous avons vu combien la gestion
logistique peut changer la façon dont les entreprises gèrent leurs affaires afin d'obtenir et de
maintenir un avantage compétitif durable. La logistique a été présentée en montrant combien
elle était davantage reliée de façon interne et externe aux membres du circuit par les
technologies de l'information. Un système logistique permet aux détaillants et aux autres
membres de la chaîne de distribution de répondre presque instantanément aux changements
rapides des· ventes afin d'éviter des ruptures ou des surplus de stocks.
La gestion logistique apporte donc à l'entreprise une plus grande productivité et une
concurrence accrue. En conséquence, la logistique est maintenant une force puissante dans la
gestion de la chaîne de distribution aussi bien du point de vue de l'offre que de la demande.
Cela ne veut pas dire que la tendance dominante du marketing soit sans importance. Les deux
La logistique s'est ré-inventée à partir des années 1960 en redéfinissant son rôle en
montrant qu'elle ne se limitait pas à de simples tâches de distribution physique disjointes.
Maintenant, en tant qu' activité stratégique clé dans une entreprise, la logistique est en train de
restructurer la gestion des systèmes de distribution en interne mais également en externe, et cela
non seulement pour des entreprises particulières, mais également pour des industries. Le
résultat n'est rien d'autre qu'une révolution presque sans précédent dans le management
moderne. Malgré cette réalité, cela n'a pas conduit à l'introduction de l'étude de la logistique et
des circuits de distribution dans l'enseignement du marketing. Comme cela a déjà été dit par
Stern et Weitz (1997), la distribution n'est toujours pas encore une composante intégrale des
programmes d'études de marketing.
Encore aujourd'hui, la façon dont la stimulation de la demande est réalisée est plus d'un
point de vue fonctionnel où chacune des composantes (par exemple la publicité) est évaluée
séparément et indépendamment des autres activités promotionnelles plutôt que selon une
approche systémique. Nonobstant la contribution très importante des outils de marketing axés
sur la promotion, Schultz, Tannenbaum et Lauterborn (1994) pensent que la contribution de la
logistique est maintenant dépassée et que l'âge d'or du marketing axé sur les systèmes de
promotion intégrés vont devenir d'ici peu le nouveau courant de pensée du marketing, comme
si cela n'était pas le cas présentement. Ils croient fermement qu'il existe « une limite à la
logistique tout comme il y a des limites aux lois de la nature. Une fois la logistique bien
maîtrisée, l'organisation ne peut s'attendre qu'à peu d'avantages... C'est l'aspect
communication qui sera la réelle opportunité à la fin des années 1990 et des suivantes. Nous
pensons que les communications marketing intégrées fourniront un réel avantage compétitif
pour l'organisation du marketing. Nous croyons que c'est un avantage qui ne pourra se
rencontrer ailleurs » (p. 44).
Ces auteurs pensent que l'approche système, approche qui a révolutionné la logistique et
le monde des affaires à partir des années 1960, va faire de même en promotion. Leur vision de la
logistique comme fonction uniquement d'approvisionnement, de disponibilité de produits et
d'une gestion passive et machinale ignore totalement le rôle fondamental que la logistique joue
sur la stimulation de la demande ainsi que sur sa puissance intégrative aussi bien à l'intérieur de
l'entreprise qu'à l'extérieur avec les membres en amont et en aval du circuit et des clients
intermédiaires et même finaux.
Les paradigmes académiques résistent de façon inexplicable aux changements
incontestables de l'environnement et la réticence de leur abandon par leurs tenants est encore
plus difficile à comprendre. Jusqu'à ce que l'optique marketing et les 4P perdent leur emprise
sur la pensée marketing en milieu académique, ce sera difficile pour cette orientation dominante
de l'étude du marketing de répondre aux besoins de formation liés à la révolution de la
distribution qui dure déjà depuis plusieurs décennies.
9. Références
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