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019 Elements

Le document décrit un débat organisé par le G.R.E.C.E. sur la question religieuse. Le débat a permis de clarifier la distinction entre deux tendances dans la droite catholique: les intégristes et les théocrates.

Transféré par

Michel Fritsch
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message

Ici commence l'Europe.

Roissy-Charles de Gaulle. Le plus bel aéroport du monde se trouve à


15 minutes de l'Etoile, au cœur de l'Ile-de-France.
Air France y a regroupé tous ses services avec un soin particulier
pour les affaires. Et Roissy est tout naturellement devenu cœur de l'Europe!
Aujourd'hui, c'est l'aéroport préféré des grands hommes d'affaires
internationaux. Ceux qui font l'Europe tous les jours, toutes les heures,
toutes les 15 minutes avec Air France, au départ de Roissy.
Ceux qui partent le matin à Zurich, Genève, Cologne, Francfort, Dusseldorf,
Munich, Milan et reviennent dans la même journée.
Avec 25 grandes villes desservies tous les jours par Air France,
l'Europe est devenue plus proche.
Roissy-Charles de Gaulle... Ici commence l'Europe.

Il AIR FRANCE
Sentir le monde plus proche.

2
éditorial

éléments
Notre fête de Noël pour la
civilisation européenne

C'est la nuit la plus longue, et le jour le plus court. C'est la promesse du journal bimestriel
renouveau. C'est la fête des clans et des ligÏl.ées. C'est Noël, avec ses coutumes, ses publié par le Groupement
croyances. Ses souvenirs. Sa beauté. · de Recherche
et d'Etudes pour la
Civilisation Européenne
Par opposition à ceux du solstice de juin, les rites du solstice d'hiver -l'antique (G.R.E.C.E.)
Jul/Joel, dont Noël est l' «héritier» - se célèbrent surtout au sein de la famille. Mais
ce mot peut s'entendre au sens large. n y a aussi des familles spirituelles. Dans cette


fête surgie du fond des âges, spontanée, presque instinctive, où le cœur de l'homme
redevie,nt comme celui d'un enfant, comme s'il voulait, lui aussi, mourir et renaître
d'un coup, nous voulons voir une fête de notre famille de pensée.
direction générale :
Roger Lemoine
C'est le moment où tout s'arrête. La nature semble reprendre son souffle, et l'on (responsable de la publication)
ne sait si le soleil brillera de nouveau. C'est la fête de l'espoir, mais aussi de et Jean-Claude Valla
l'inquiétude. Rassemblés autour du feu, les hommes communient avec cette nature rédacteur en chef :
qui se repose en vue d'un nouveau départ. lls cherchent, eux aussi, à faire retour Jean-Claude Valla
sur eux-mêmes -avant un nouvel élan. assisté de
Laurence Terry
Mais c'est aussi la fête de ce qui recommence. Ce n'est pas un hasard si, à Rome,
le visage bifrons du dieu Janus ouvrait et fermait les années. Les saisons qui éditorialiste :
Robert de Herte
s'enchaînent aux saisons, comme les générations aux générations, sont un symbole
de l'Eternel Retour. Noël apporte la certitude que ce qui fut sera, que ce qui a été rédaction:
reviendra, que le passé n'est que la mémoire du futur, que la roue du temps, en tous Lucien Chanteloup
sens, tourne éternellement. François Dirksen
Eric Dumesnil
Guillaume Faye
Ainsi, en cette période de l'année, toutes les dimensions du temps se trouvent · Pierre Gripari
associées. Les mêmes événements sont à la fois des souvenirs et des prémonitions. Joël Lecrozet
Retour Eternel qui permet de «prévoir» ce qui eut lieu, et de se «souvenir» de ce Jean Mabire
qui viendra. Retour - mais non répétition. Car c'est toujours le même soleil, et Eric Saint-Léger
c'est toujours un autre soleil. Le passé ne se reproduit pas. Mais il revient dans les Patrice Sicard
'exemples qu'il nous donne. Fabrice Valclérieux
Jean Louis Voisin
Les idées pures sont grises et inutiles. Une idée n'est vraie, ne devient Vfaie que rédaction-administration :
lorsqu'elle est vécue. Nous ne sommes pas de ceux qui négligent les fêtes, et qui ne 130, rue de la Pompe
célèbrent aucun rite. Mais au contraire, nous intégrons la fête à la vie quotidienne. 75116 PARIS
Nous lui redonnons son sens véritable, celui d'une communion entre membres d'un Tél.: 727.15.~7 et 723.82.86
même peuple, d'une nostalgie du merveilleux, d'une épiphanie de la beauté. Un
Noël de l'âme. réalisation technique :
«La Source d'On
Enfin, Noël est la fête de ce qui ne meurt pas. Non de ce qui vit, mais de ce qui à Marsat (Puy-de-Dôme)
sur-vit. Dans la nuit, la nature peut sembler morte, et tout paraître sans vie. Mais la Commission pariroire :.55291
nuit a son secret, elle a sa vérité. Sous le gel, la vie s'apprête à renaître, plus forte
encore des épreuves qu'elle a endurées. Et l'hiver n'annonce pas seulement un conditions d'abonnement :
printemps, mais des milliers et des milliers de printemps qui viendront. ·voir pages jaunes

Nous ne sommes pas aujourd'hui à l'une des pages lumineuses de notre histoire. Çr6dit photo :
Nous vivons l'hiver de la pensée, plus que le printemps du renouveau. Mais nous · J;.Muscat · (1); J;.. Monier (4,
pouvons être, au cœur de l'hiver, à l'image de ce par quoi le printemps revient. 5, 29), H. Roger-Viollet (12,
Noûs pouvons être le gage de ce qui revient. Nous pouvons tlansformer l'espoir en 26, 27, 29, 30, 36, 39), Keys-
certitude. Car l'espoir n'est rien d'autre que la confiance lorsqu'une fois encore, elle tone (18, 36), Archives (7, 8,
renaît de la volonté. 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17'
20, 23, 25, 26, 32, 35, 38),
Voici Noël. Le soleil reviendra. J. de Bonnot (19), Ed.
Simoën (40), Rapho (1, 22,
Robert de HERTE 30). 3
greee-informations

Le G.R.E.C.E. et la question religieuse


Tel était le thème du débat organisé à Paris,
le 30 novembre, quelques jours après la parution
du numéro 17-18 d'Eléments. Après un exposé
introductif de M. Pierre-Marie Dioudonnat (ci-contre),
auteur du livre «Les ivresses de l'Eglise
de France», la discussion s'est engagée aveé vigueur.
Celle-ci a permis, notamment, de préciser
la distinction établie par le G.R.E.C.E.
entre les deux tendances dominantes de la droite
catholique :d'un côté les intégristes stricto sensu,
c'est-à-dire ceux qui s'insurgent contre
la liquidation des rites anciens et qui préfèrent
être mis au banc de l'Eglise plutôt que d'accepter
la «messe de Paul VI» ; de l'autre, les théocrates,
c'est-à-dire ceux qui rêvent d'exploiter la crise
de la foi et de la société pour réintroduire
un totalitarisme chrétien au niveau de la puissance
publique. Les premiers ne réclament que leur ,,
autonomie de conscience ; les seconds incarnent
une entreprise de domination politique inacceptable.

Ci-contre : l'abbé Zéralda. La vivacité des échanges a été


réhaussée par la présence de ce prêtre pittoresque, adepte
· d'un singulier catholicisme minimisant le péché originel et
surévaluant l'aspiration individuelle au bonheur. En bas,
à gauche : le prof. Cocatre -Zilgien, pendant son intervention.
Près de 200 personnes ont participé à cette réunion-débat.

4
sociétê

Le suicide par sinistrose


Georges Suffert et Pierre
Chaunu, au cours d'une récente
émission de télévision, sur
Antenne 2. Leur liure,
«La peste blanche» connaît
un succès mérité.

1 LA PESTE COMMENT
tVITER
1

1 BLANCHE LE SUICIDE
DE WCCIDENT

Il ne faut pas se fier aux réputations. On croyait que le journaliste Georges Suffert, «homme de gauche», et le .
professeur Pierre Chaumi, «homme de droite», ne pourraient jamais se rencontrer. Ils se sont retrouvés
récemment pour écrire un livre et pour méditer sur le destin d'un Occident qu'ils reconnaissent tous deux
comme profondément malade. Pour chercher également à connaître quelle est cette maladie qui nous affaiblit.
Dans «La peste blanche», Pierre Chaunu et Georges Suffert posent lucidement le diagnostic, avant d'envisager la
moindre thérapeutique. Louis Pauwels nous dit pourquoi ce livre passionnant est aussi un livre nécessaire.
Georges Suffert a entrepris de lutter En 1974, Suffert rompait avec l'intel- Enfin, il y a la sinistrose généralisée.
contre une maladie de l'Occident que, ligentsia, c'est-à-dire avec le clergé de Elle s'applique à toute la civilisation mo-
dans ma Lettre ouverte aux gens heureux, l'église du pessimisme. Son pamphlet derne, issue de l'Occident. Si vous cons-
j'ai appelée la sinistrose. Qu'est-ce que la contre Les intellectuels en chaise longue tatez les formidables réalisations de l'es-
sinistrose ? J'en ai lu une excellente défi- (1) esqùissait une typologie des grands prit de type occidental en un siè-cle, on
nition dans un article d'Alfred Sauvy : prêtres du désespoir et de la révolte irres- vous répond : apocalypse. Vous dites :
«Le dernier quart de siècle en France à vu ponsable. Ce pamphlet peut se résumer progrès. On vous réplique : libération.
le cumul paradoxal du progrès le plus comme suit : une conscience qui s'en- C'est-à-dire : «Arrêtez le monde, je veux
étendu, et de la plus forte crise de mécon- deuille parce que c'est la mode, et unique- descendre)). Vous parlez des réussites. On
tentement. Ce cumul dangereux, qui peut ment parce que c'est la mode, est une vous rétorque :. possible, mais ça va cra-
tourner à l'explosion, ou à une dissolu- conscience damnée. quer ; il y a une fatalité vengeresse, qui
ti,on ' à l'italienne, est dû à un fait essen- est ·une justice suprême. La justice su-
tiel : la non-information et la non- prême veut qu'on échoue dans tout ce
La sinistrose s'applique de préférenc~ qu'on réussit)) .
conscience)).
aux sociétés libérales. Sur 142 nations
Il y a non-information quand le voile dans le monde, 118 sont régies par des En 1975, Georges Suffert a fait publier
des pollutions idéologiques nous empêche dictatures, 24 seulement fonctionnent en et a préfacé un ouvrage collectif : Les
de voir les choses comme elles sont. Il y a régime de libre économie et de libre pen- terreurs de l'an 2000 (2). Il s'agissait des
non-conscience quand un sentiment sée. Le dégoût d'eux-mêmes, que pro-
d'échec fatal, joint à un vague messia- fessent les hommes libres, est l'espérance (1) «Les intellectuels en chaise longue» .
nisme (rien ne va plus, il faut «changer la des tyrans. Comme telle, la sinistrose est Plon, 1974.
vie))) détruit les notions de défi, d'effort l'arme la moins chère et la plus efficace (2) «Les terreurs de l'an 200011. Hachette,
et de volonté. dans la guerre contre les démocraties. 1975. 5
société

communications de dix-sept scientifiques la terre serait une invivable boule de gelée


de réputation mondiale réunis par la Fon- humaine compressée. En réalité, la
pour vos achats de livres dation internationale des sciences hu- décélération s'amorce. On enregistre par-
maines. Cet ouvrage montrait que les ter- tout une baisse de natalité. On prévoit
reurs de l'an 2000 sont des erreurs sur une stabilisation dans les années 2000.

Hbrairie l'an 2000. Ce n'est pas la fin du monde.


C'est, simplement, la suite du défi que la
culture, comme toujours, impose à la na-
Mais le vrai problème est celui-ci : si
l'homme blanc, par désespérance, perte
de confiance dans sa civilisation, le
ture. Les travaux des membres de cette monde et la vie, continue de ne pas
fondation montrent que les prévisions assurer son renouvellement, la race
catastrophiques concernant la pollution, blanche, qui composait 25% de la popu-
'2fi'·~u.a du Bac - 75007 PARIS l'épuisement de la nourriture, des res- lation terrestre en 1972, n'en composera
sources naturelles, et la surpopulation, ne plus que 12,8% en 2075. Le nombre des
Tél. : 222.07.66 sont que des extrapolations hasardeuses, Occidentaux aura diminué de moitié en
le fruit d'un concubinage entre des un siècle!
chiffres faux et des mythes. Ce livre col- On comprend pourquoi Pierre Chaunu
lectif, qui s'insurgeait, au nom des est pressé d'écrire, d'alerter, d'argumen-
choses-comme-elles-sont, contre la ter.
mythologie de la croissance zéro intro- La pollution idéologique (l'homme n'a
duite par le Club de Rome, a été accueilli pas de sens, la société est inhumaine,
par le silence, les média n'étant pas diffu- cette vie ne vaut pas d'être vécue, ce
LIVRES D'OCCASION seurs d'information, mais de psychose. monde est foutu) a engendré ce que Suf-
Aujourd'hui, Suffert poursuit sa croi- fert et Chaunu nomment «La peste
histoire du XXème siècle, antiquité, sade. Il a trouvé un allié de poids en la blanche», c'est-à-dire le déclin entraînera
protohistoire, anthropologie, folklore personne effervescente de Pierre Chaunu, l'Occident, moteur des idées, du progrès
professeur à l'université de Paris- et des libertés, vers la décadence et l'asser-
Ume ~erg ~erlag Sorbonne, l'un des fondateurs de l'his-
toire quantitative. La nouvelle école des
vissement.
Suffert et Chaunu dialoguent sur les
historiens français est la plus avancée du causes politiques et métapolitiques (cul-
~erfanbantiquaciat monde. On ne le sait pas assez. Chaunu a turelles, psychologiques) de ce déclin.
publié plus de 25 000 pages en quelques Leur dialogue est superbe de lucidité et

+
années, dont deux ouvrages torrentiels d'intelligence informée.
dans la seule année 75-76: La mémoire Ils sont tous deux chrétiens. Je leur
de l'éternité et Le refus de la vii~. Cette poserai une question. Le refus du monde
production précipitée s'explique. Chaunu (la vallée de larmes, l'Apocalypse, le Juge-
a quelque chose à dire. Et, plutôt, à crier. ment, le millénarisme, etc.) n'est-il pas
Hauptstrasse 31
D:2096 [Link] précisément, judéo-chrétien ? La civilisa-
Quand j'ai publié ma Lettre ouverte, tion romaine n'a-t-elle pas été détruite de
Catalogue sur simple demande l'intérieur par le judéo-christianisme? Et
j'ai dit que l'idée d'un étouffement du
'lllleimledriefl ber Sluytennan.G;mp~ili globe par la surpopulation explosive était le néo-christianisme d'aujourd'hui, qui se
une idée fausse. On m'a traité de zigoto. conjugue avec le marxisme, n'est-il pas, en
. C'était le moment où Chaunu faisait sa partie, responsable du climat de refus de
la vie, de désespérance et de contes-

Ll\
découverte.
La découverte de Chaunu, c'est, qu'en tation ? C'est une question et elle est de
réalité, il s'est produit, dans l'Occident, taille ...
un effondrement de natalité sans précé- Mais, ce débat mis de côté, le livre de
dent, au cours des années 69-72. Cet Suffert et Chaunu m'apparaît d'une im-

VOUIVRE effondrement s'aggrave. Le taux général


de reproduction est tombé de moins de
1 % à 0,8 %. C'est dire que nous
n'assurons plus le remplacement. On
portance extrême. Les auteurs se de-
mandent comment remédier au déclin. Ils
proposent, bien sûr, des mesures sociales
propres à favoriser les naissances : trois à

librairie prévoit 0,6% en 1985. Cela signifie tout quatre enfants par famille, mesure
simplement que nous risquons de dispa- d'urgence. Mais comment changer le cli-
raître, comme la civilisation romaine s'est mat mental, qui est la cause essentielle du
effacée par déclin démographique (la po- déclin démographique ? Chaunu dit que
.Neuf-Occasion pulation tomba de 8 à 1 dans le bassin
occidental de la Méditerranée) ou comme
le pouvoir, dans ce domaine, appartient
aux ecnvams, aux journalistes, aux
Achat-Vente les Amérindiens après la conquête espa-
gnole (80 millions en cinquante ans, un
hommes de la communication. Le
quatrième pouvoir est le premier, dès lors
· dépositairè d'ELEMENTS sixième de l'humanité). qu'il s'agit de la conscience collective.
Dans les pays non développés, il y eut Permettez-moi d'user de ce pouvoir en
11 rue Saint~Martin une explosion démographique à partir des vous enjoignant de lire La peste blanche.
7$004 Paris - 'él. : [Link] années 40. Cette explosion est due à la Louis PAUWELS
médecine moderne qui réduisit la morta-
lité. Le taux de croissance, qui avait été
de 1 pour 1 000 pendant des millénaires, Pierre Chaunu et Georges Suffert : «La
est brusquement passé à 2 et 3 %. Cet peste blanche - comment éviter le suicide
énorme accident dans l'évolution démo- de l'Occident». Gallimard (Coll. «L'air du
6 graphique, nous a fait croire qu'en 2100 temps»), 262 pages, 37 F.
7
Noël

d'autres le 2 avril, le 20 avril, le 20 ou le


21 mai. Les chronologistes égyptiens en
tenaient pour le mois de mai. En 243, le

L'origine de Noël De Pascha Computus prit position pour le


28 mars. De leur côté, les marcionites fai-
saient descendre Jésus du ciel et appa-
raître, sous l'apparence d'un adulte, dans
la ville de CapharnaüqJ., la quinzième
année du règne de Tibère. Par la suite
apparurent quantité de «protévangiles» et
d' «évangiles de l'enfance», plus fantai-
sistes les uns que les autres.
Dans la première moitié du second
siècle, les Basilidiens d'Alexandrie (secte
semi-chrétienne de gnostiques qui opé-
raient en Syrie), suivis par les chrétiens de
Syrie, puis par l'ensemble des commu-
nautés d'Orient, se décidèrent pour le
6 janvier.
L'Eglise primitive ne fêtait
Cette initiative fut prise sous la pres-
pas la naissance du Christ.
sion d'une ancienne coutume, et dans un
Pour la simple raison qu'elle
désir de syncrétisme évident. Le 6 janvier
en ignorait la date et que nous
était en effet consacré à la bénédiction
ne la connaissons pas davantage
des rivières dans le culte de Dionysos, qui,
aujourd'hui. Au II!ème siècle,
chez les Grecs, fut identifié à Osiris.
Origène déclarait d'ailleurs
L'épiphanie· (du grec epiphaneia, «appari-
qu'il était inconvenant de
tion, manifestation») de Dionysos était
s'occuper d'une telle question
censée avoir eu lieu dans l'île d' Andros
comme si Jésus avait été un roi
(où un «vin miraculeux» attestait sa
ou un quelconque Pharaon. C'est
présence . invisible) dans la nuit du 5 au
sous l'influence païenne
6 janvier. Celle d'Osiris, fêtée à la même
que fut choisie la date
date, le 11 Tybi ( = 5-6 janvier), était
du 25 décembre. Au début
précédée d'une période de deuil prépa-
du VI!ème siècle, le pape
ratoire ; on pleurait Osiris mourant à
Grégoire !er ·demandait aux
l'époque du solstice. Puis l'heureux événe-
missionnaires de s'employer
ment sunrenait, et les eaux du Nil étaient
à détourner de leur sens changées en vin. Le même jour, à Teos et
d'origine les coutumes païennes à Andros, la source sacrée de Dionysos
les plus enracinées, plutôt faisait aussi couler du vin. Le même jour
que de les combattre ouvertement. également, Isis donnait naissance à Har-
pocrate, le soleil (re)naissant. A Alexan-
L'Eglise n'a jamais officiellement donc pas question de «fêter» la naissance drie, des cérémonies avaient lieu dans le
prétendu que le Christ naquit un 25 dé- du Christ: temple de la Vierge, le Korèion. On com-
cembre. «Cette date, écrit Arthur Weigall, mémorait l'enfantement par la Vierge de
Les Ecritures ne .sont ici d'aucun se- son fils Aïon, l'Eternel, homologue de
fut choisie entièrement sous l'influence cours. Le plus ancien évangile canonique,
païenne. C'était de tous temps l'anni- Dionysos et d'Osiris : après une veillée de
celui de Marc, ignore tout de l'enfance de prières, on descendait dans une crypte
versaire du soleil, qu'on célébrait dans Jésus. Matthieu situe sa naissance à Beth-
beaucoup de pays par de grandes réjouis- pour en retirer la statue d'un enfant en
léem de Juda, à cause d'une prophétie de bas-âge, marquée au front, aux mains et
sances. Ce choix semble avoir été imposé Michée (II, 1 ; cf. aussi Luc, II, 4-7). Jean
aux chrétiens par l'impossibilité dans la- aux genoux, d'une croix et d'une étoile
(VII, 41-42) la place vaguement en Gali- d'or. On s'écriait alors : «La vierge a en-
quelle ils se trouvaient, soit de supprimer lée, en citant, sans la réfuter, la prophétie
une coutume aussi ancienne, soit d'em- fanté, maintenant va croître la lumière!»
selon laquelle le Messie devait naître à Cette fête avait un caractère civique : en
pêcher le peuple d'identifier la naissance Bethléem. La tradition faisant allusion à
de Jésus à celle du soleil. Il fallut donc 331 av. notre ère, Alexandre le Grand
la grotte des bergers est inconnue des avait fondé Alexandrie et, pour assurer la
recourir à l'artifice fréquemment em- évangélistes ; elle se réfère à un sanctuaire
ployé et ouvertement admis par l'Eglise, pérennité de la ville, l'avait consacrée à
du dieu Adonis, qui fut tardivement l' Aïon, l'Eternel. (A noter enfin que, dans
et donner une signification chrétienne à annexé par l'Eglise. Sur la période de
ce rite païen irrépressible» (Survivances la haute Antiquité, le 6 janvier voyait
l'année durant laquelle l'événement aurait
païennes dans le monde chrétien. Payot, eu lieu, les canoniques sont muets. Le - sur le plan astrologique- la sortie du
1934). Soleij dans la constellation de la Vierge).
prologue ajouté à l'évangile de Luc (II,
La date de la naissance supposée de 6), avec ses bergers veillant, la nuit en C'est sous la triple influence du culte
Jésus est inconnue. Dans l'Orient ancien, plein air, à la garde des troupeaux, semble de Dionysos, d'Osiris et de l' Aïon, que la
on ne èélé.brait pas les anniversaires, et, suggérer une date printanière. naissance de Jésus, alors identique à l'Epi-
généralement, les parents ne se souve- Lorsque, à partir du second siècle, les phanie, fut d'abord fixée au 6 janvier (cf.
naient pas de la date de la naissance de chrétiens se mirent en devoir de situer Robert Van Assche, Histoire de la fête de
leurs enfants. (Jusqu'à une époque ré- dans l'année la date de naissance de leur l'Epiphanie, in Cahiers du Cercle Ernest-
cente, la plupart d'entre eux ne connais- dieu, les affirmations les plus contra- Renan Nr. 87, octobre 1974).
saient d'ailleurs même pas leur âge). A dictoires furent . produites. Clément Cette origine explique l'attribution à
8 l'époque du christianisme primitif, il n'est d'Alexandrie proposa le 18 novembre ; cette même date de trois événements «mi-
Noël

raculeux)) : la naissance de Jésus, son était déjà la date de la naissance de Mi- de pair avec la mention de la naissance du
baptême dans les eaux du Jourdain et thra et la fête de Sol invictus. Le fait est Christ et l'indication «naissance de
l'épisode des «noces de Cana)) avec la d'ailleurs admis par certains auteurs Mithra)).
transmutation significative de l'eau en chrétiens. Credner écrit : «Les Pères trans- A cette date, .toutefois, aucune
vin. Ces deux derniers épisodes prolon- férèrent la commémoration du 6 janvier cérémonie particulière n'est en vigueur.
gent, d'une part, les cérémonies aqua- au 25 décembre, parce que la coutume L'affirmation selon laquelle la «fête de
tiques d'Osiris (fils, lui aussi, d'un dieu et païenne voulait qu'on célébrât à cette Noël)) aurait été instituée par le pape
d'une mortelle) et les fêtes du Nil; et, date la naissance du soleil, en allumant Jules Ier ( 337 -352) ne repose sur aucun
d'autre part, la tradition grecque et des cierges en signe de joie, et que les document épigraphique precis. La
égyptienne rattachée au symbolisme des chrétiens prenaient part à ces rites et à célébration de Noël est plus probable-
«noces)) du dieu solaire avec les eaux, et, ces réjouissances. Lorsque les docteurs de ment née sous Honorius, qui régna en
à cette occasion, de la transformation par l'Eglise virent combien les chrétiens res- Occident de 395 à 423. C'est alors en
le dieu de l'eau en vin. taient attachés à cette fête, ils prirent la effet que la fête commence à être mise
Au IVème siècle, tout l'Orient chrétien décision de faire célébrer la Nativité ce sur pied d'égalité avec Pâques et l'Epipha-
célèbre donc la naissance de Jésus le jour-là)) (De natalitiorum Christi Origine, nie - cette dernière continuant cepen-
6 janvier. En 386, il est décidé officiel- in Zeitsch, Hist. Theo/. III, 1833). dant à rappeler l'épisode des «rois mages))
lement que les deux grandes fêtes chré- La première mention latine du (en même temps que les <<noces de Cana))
tiennes sont Pâques et l'Epiphanie. Méli- 25 décembre comme fête de la Nativité et le baptême dans le Jourdain).
ton de Sardes compare le Christ à Hélios : remonte à l'an 354. Elle figure sur le En 440, l'Eglise décide officiellement
«Lorsque le soleil avec les étoiles et la calendrier de Philocalus, qui fut publié de célébrer la naissance du Christ à la
lune se baignent dans l'océan, pourquoi le pour la première fois en 1850, par l'histo- date du 25 décembre . Celle-ci deviendra
Christ ne pourrait-il pas être baptisé dans rien Theodor Mommsen - avant d'être une fête d'obligation en 506, au concile
le Jourdain ? Le roi du ciel, le prince de longuement étudié, en 1888, par Josef d'Agde, et Justinien en fera un jour férié
la création, le soleil levant qui apparut Strzygowski (Kalenderbilder des Chron. en 509. Parallèlement, en 450, le pape
aussi aux morts de l'Hadès et aux mortels vom Jahre 354). Le 25 décembre y est Léon le Grand définit l'Epiphanie comme
de la terre - comme un véritable Hélios, marqué comme Dies natalis Salis invicti, la «fête des mages)). A Milan, Ambroise
il est allé vers les hauteurs du ciel)).
Mais à cette date, en Occident, une
autre tradition s'est faite jour. La nais-
sance du Christ a été fixée au 25 dé-
cembre. Cette décision a eu des motifs
très comparables à ceux qui inspirèrent
les chrétiens d'Orient. Ici, ce n'est pas
Osiris ni Dionysos qui sont en cause, mais
la vieille tradition indo-européenne des
rites du solstice d'hiver, et, par ailleurs,
les pratiques liées au culte de Mithra.
Depuis les temps immémoriaux, le
solstice d'hiver a constitué l'une des plus
importantes fêtes des peuples indo-
européens - et elle a survécu dans toutes
les cultures qu'ils ont créées. Durant cette
période (les «Douze-Jours))), qui marque
le moment où les nuits sont les plus
longues de l'année, les ancêtres· des Euro-
péens célébraient le prochain retour du
Soleil et la renaissance de la vie qui ne
meurt pas.
A Rome, le mithriacisme faisait en
outre une dure [Link] au christia-
nisme primitif. Or, la (re)naissance de ·
Mithra -était fêtée tous les ans le 25 dé-
cembre, soit en plein milieu de la période
du solstice, peu de temps après les Satur-
nales. C'est également ce jour que l'on
célébrait, sous l'Empire, la fête du «Soleil
invaincu)) (Sol invictus). A cette date,
rapporte Macrobe, on tirait d'un sanctu-
aire une divinité du soleil, figurée comme Mithra sacrifiant le taureau, d'après un relief romain du Ilème siècle de' notre ère
un enfant nouveau-né. (Les enseignes de (Musée du Louvre). A Rome, la naissance de cette divinité indo-aryenne était
l'empereur Julien portaient aussi la dédi- célébrée tous les 25 décembre. Ce jour, situé en plein milieu de la période du solstice
cace Soli Invicto ). d'hiver, était également la fête de «Sol invictus», le soleil invaincu. Ce n'est pas un
Lorsque l'Eglise, vers la fin du hasard si les Pères de l'Eglise décidèrent de fixer la commémoration de la naissance
IV ème siècle, voulut commémorer de fa- du Christ au 25 décembre. «La coutume païenne, écrit un auteur chrétien, voulait
çon distincte la naissance du Christ et son qu'on célébrât à cette date la naissance du soleil, en allumant des cierges en signe de
baptême dans le Jourdain, célébrés joie.. . Les chrétiens prenaient part à ces rites et à ces réjouissances. Lorsque les
jusqu'alors conjointement à la date du docteurs de l'Eglise virent combient les chrétiens restaient attachés à cette fête, ils
6 janvier, elle transféra tout natu- prirent la décision de faire célébrer la Natavité ce jour là» («De Natalitiorum Christi
rellement la Nativité au 25 décembre, qui Origine», in Zeitsch, «Hist. Theol.» III, 1833). 9
Noël

commémore ce jour-là le baptême du S'adressant à ses contemporains, saint commémoration du baptême dans le
Christ. Au début du Vème siècle, dans la Augustin (Sermons, CXC, 1) les supplie Jourdain sera renvoyée au 13 janvier. En-
Haute-Italie, l'Epiphanie est appelée la de ne point révérer le 25 décembre fin, en 1972, l'église romaine, rompant
«fête des trois miracles» ( = venue des comme un jour uniquement consacré au complètement avec la tradition, abandon-
mages à Bethléem, baptême de Jésus, eau Soleil, mais aussi en l'honneur de Dieu. nera la date fixe du 6 janvier, en faisant
changée en vin). Au début du Vlllème siècle, Bède le de l'Epiphanie (apparemment à des fins
De façon très révélatrice, le transfert Vénérable (Hist. Eccles.) rapporte qu'en «œcuméniques») une simple fête mobile.
de la Nativité du 6 janvier au 25 dé- 601, le pape Grégoire 1er enjoignit aux Le caractère originellement païen de la
cembre coïncide avec l'implantation du missionnaires anglais, notamment Melitus fête de Noël a souvent été mis en cause
christianisme en Europe et son triomphe et Augustin de Cantorbery, de s'employer par les extrêmistes de la foi. Sous Crom-
à Rome, et avec l'abandon progressif des à détourner de leur sens d'origine les cou- well, les célébrations de Noël furent inter-
rites orientaux. Aux IVème et tumes païennes les plus enracinées, plutôt dites dans toute l'Angleterre, du fait de
Vème siècles, il en résulta un violent con- que de les combattre ouvertement. «Ne l'hostilité des puritains à l'endroit de tout
flit entre l'église d'Orient et l'église latine. détruisez pas les sanctuaires où trônent ce qui pouvait rappeler ce caractère d'ori-
Les communautés chrétiennes d'Arménie les idoles, écrivait ce pape, mais seule- gine ; elles ne furent rétablies qu'en 1660,
et de Syrie, notamment, furent horrifiées ment les idoles qui sont dans les sanc- après la restauration de Charles II. En
du choix du 25 décembre, jour reconnu tuaires. Consacrez l'eau placée dans ces Ecosse, Noël, considéré comme «fête
pour être foncièrement «païen». Elles temples ; dressez-y des autels .. de façon à païenne», fut interdit en 1583, et des
accusèrent les «Occidentaux» d'idolâtrie ce que le peuple, voyant que ses temples sanctions furent appliquées aux «contre-
et décidèrent de rester fidèles au 6 janvier ne sont pas détruits, renonce à ses erreurs venants» pris sur le fait. Aujourd'hui en-
-oubliant apparemment les origines tout et reconnaisse et adore le vrai dieU>>. core, certaines sectes chrétiennes, comme
aussi païennes de cette dernière date. Par Ultérieurement, on assistera en Occi- les Témoins de Jéhovah (cf. leur journal,
la suite, certaines finirent par se sou- dent à un nouveau dédoublement des Réveillez-vous!, du 8 décembre 1974), se
mettre- tandis qu'en Europe, la tradi- rites du 6 janvier. Perdant de plus en plus refusent à célébrer Noël.
tion était peu à peu unifiée (d'anciens de son importance, l'Epiphanie ne sera
textes liturgiques ayant trait à J'Epi- plus que la «fête des (rois) mages». La Alain de BENOIST
phanie furent même «corrigés>> pour tenir
compte des innovations), et que les
prêtres, rappelant opportunément que la

Bible appelle le Messie le «SoleiLde Jus-
. tice» (Malachie, IV, 2), célébraient «la
lumière née de la lumière» (lumen de
lumine), expression d'ailleurs reprise de la
tradition mithriaciste («la flamme née de
la flamme»).
En Orient, l'Epiphanie n'en gardera
pas moins une importance qu'elle n'aura
I 1neestvoient
mille et une façons d'évoquer Noêl. Les mauvais esprits
derrière les amoncellements de cadeaux qu'insultes
jamais en Occident. Dans l'empire byzan- à la misère, et les bon ries consciences oublîent bien [Link] que Noêl est aussi la ïete
tin, l' «eau de l'Epiphanie» sera longtemps , des marchands. Nous,négligeron$ quant à nousJesuns et les autres.
bénite et remise aux fidèles. L'évêque de Lès trouble~iete et les oublieux pour nous contenter de nous souvenir.
Jérusalem participera, dans la nuit du 5 C~r Noël e$tàussi et surtout, pat delà la croyance chrétienne de la Nativité que
au 6 janvier, à la célébration d'un culte à
Bethléem. L'église arménienne, soumise
chacun peut,selon saÇ[Link] ou~[Link]'îete de l'espoir. Au nord de
au rite jérusalémite, rejette encore aujour- , Fflurope,)à gù l'hivët'est plus rude et la nuîtptusl~~gue,la tete de Noël porte
i .. tQ:lÙours ler)'O$sde Jul, c'est la ïete du solsti~ d'.biver;~ancestrale, inscrite telle urie
d'hui la date du 25 décembre. Et les
coptes chrétiens célèbrent toujours, à la '· O:Ï•élue indélêbiledaï[Link] mental collectif d'un peuple.
date du 11 Tybi, l' Aïd-el-Ghitas ou «fête · ft 'est de ce'Noël que nous voulons nous rappeler. Un Noël, un Jul qui
de l'immersion>>. \lsignifiequ'une saison commence, que. la terre se durcit, que les
, arbres s'engootdissentet que les êtres se tapissent. Un Jul qui signifie que derrière.
Ie8 apparences de la mort ce n'est jamais que la vie ,qui sommeille prête à renaître.
Cette vie, les peuples du nord de J'Europe' la. symbolisent. Dans leur petite tour de
,· terre. cuite, dans~ ~our de Jul~ une bougie se consume. C'est celle de rannéè qui
rtllîi~Jrt,de la yie qui s'éteint. Au sommet deJatollf'deJul, une autre bougie
s'~jlurne Pûi~t sa fl~~e à celle qui s'endor~. c·~~.[Link] année qui
s~~aire, ç·~rllJ..vleqOirenaît. · .· J·
Au IVème siècle, saint Ephrem célèbre
l'Epiphanie en ces termes étonnants: «Le Lê cycle dela~l'iepoursuitson cours. Malgré l~ apparences, malgrétou.t. .
Soleil est victorieux et les pas par lesquels
il s'élève représentent un mystère.
L è mê~ cycie ~ime ~otre espèce. A?·~ernier so~tne du vieillard
succède le prerruer crt de 1'enfant qut vtent de ~~~tre.
Voyez: il y a douze jours depuis qu'il •· Pourtant ce. qui différencie notre espèce de la Nature, c'est qu'elle a lè choix, et
s'élève dans le ciel et aujourd'hui nous ' qu'elle peutdécider de laisser la bougie du bas s'éteindre sans alhimer celle du
voici dans le treizième jour. Symbole par- haut. C'est aujourd'huile mal qui semble frap~r rEurope, dont les enfants
fait du Fils et de ses douze apôtres. Vain-
cues les ténèbres de l'hiver, pour montrer , commencent .à naître moins que les vieillards· ne meurent.
que Satan est vaincu. Le Soleil triomphe ' [Link] est là, n'y pensons plus. Et rallumons une nouvelle vie à la flamme de la
pour montrer que le fils unique de Dieu 'lie qui s' étein't.
célèbre son triomphe !» (Hymne à l'Epi-
10 phanie, strophes 11~12).
Noël

Pour célébrer le solstice d'hiver


Les fêtes «traditionnelles» nation ne serait pas aussi
de Noël et du Nouvel An per- grande que la ferveur . L'im-
dent peu à peu leur significa- portant reste cependant d'in-
tion religieuse, pour devenir nover, c'est-à-dire de respec-
simples prétextes à des réu- ter la véritable tradition en lui
nions gastronomiques ou à donnant .toutes les couleurs
des échanges de cadeaux futi- de la vie. Il ne faut jamais
les. Le vieux culte païen du craindre, en un tel domaine,
«soleil invaincu» a été trans- d'improviser, et de se laisser
formé une première fois par emporter par une atmosphère
les chrétiens en célébration de tour à tour grave et joyeuse.
la naissance de l'enfant-dieu. Ainsi se retrouvera le vrai sens
Cette fête se trouve désormais de cette fête qui est tout
de plus en plus désacralisée et autant spontanéité que fidéli-
dénaturée par les marchands. té. L ' essentiel · reste de
Il importe de retrouver le sens célébrer le solstice d'hiver et
d'une véritable Tradition, qui de faire de cette nuit la plus
plonge ses racines dans le pas- longue une nuit unique et sa-
sé le plus ancien de tous les crée.
peuples européens. Déjà, les temps sont venus.
L'hiver est là. Bientôt vont
Tout naturellement, cette commencer les douze nuits
fête d'hommage et de con- qui ·marquaient pour les an-
fiance au soleil, célébrée lors ciens Européens le temps
de la nuit la plus longue de merveilleux où, au cœur de
l'année, a pris une force parti- chaque foyer, le feu prenait la
culière dans les pays où relève du soleil - dont la
l'hiver était le plus rude, le mort n'était qu'un sommeil.
plus froid , le plus noir. La
tradition du solstice d'hiver
s'est maintenue plus long- LA DECORATION
temps dans un univers où la DE LA MAISON
mauvaise saison a toujours
pris la forme d'une véritable La fête du solstice d'hiver
tragédie. restant avant tout une fête fa-
A l'angoisse de la longue miliale, la décoration de la
disparition du soleil, par ces maison revêt une importance
mois de tempête et de gel, toute particulière.
correspond, bien entendu,
une ferveur encore plus Le houx
grande dans l'espérance du re- Accrochés au plafond, sus-
tour de la lumière. Mais en pendus sur lès murs, disposés
«récuperant)) la fête du sol- sur les meubles, des brancha-
stice d'hiver, les «inventeurS)) ges apporteront au foyer la
du Noël chrétien ont large- présence vivante de la natur_e.
ment contribué à étendre Il convient de choisir des es-
cette ambiance religieuse et pèces qui ne meure~t pas au
tragique vers les pays du Sud. cours de l'hiver : gui, sapin et
Aussi le «mythe)) de Noël a- surtout houx. Ses feuilles lui-
t-il largement dépassé son ber- santes et ses baies rouges en
ceau septentrional originel font la décoration la plus ca-
pour s'ét!!ndre à toute l'Eu- rer du sens profond de cette nuit unique pour imaginer ractéristique de la p~riode des
rope. lutte millénaire qui a opposé une nouvelle célébration des fêtes .
Noël reste ainsi la plus ·les ténèbres de l'hiver et les sentiments ancestraux. Couronnes et guirlandes
grande fête de l'année, même rayons du soleil ? Il faut Chaque foyer, chaque fa- seront nouées de rubans soit
si elle se trouve de plus en donc aujourd'hui entièrement mille doit ainsi découvrir une · ·en papier doré, soit en soie de
plus privée de son sens véri- recréer le sens profond du sol- manière qui lui soit person- couleur vive. Il faut respecter•
table. stice. Non pas en s'enfermant nelle de célébrer le solstice une certaine harmonie et limi-
Quand scintillent les lu- dans de soi-disant «rites d'hiver. Il ne s'agit pas de ter à deux le nombre des tein-
mières publicitaires du néon païenS)) qu'aucun archéolo- donner ici une sorte de litur- tes. Le rouge et le jaune évo-
et que les familles se réunis- gue n'a jamais pu reconstituer gie immuable, mais de pro- quent le feu et le soleil. Ce
sent dans des appartements avec certitude mais en s'inspi- poser quelques «recettes pra- sont aussi les couleurs de la
climatisés, que peut-il demeu- rant du sens prefond de cette tiqueS)). à ceux dont l'imagi- Normandie et de l'Occitanie. 11
Noël

Ne pas oublier que chaque réfugiés alsaciens. Beaucoup ne du monde)). Plus tard, les On peut aussi la poser sur un
province a les siennes : blanc de provinces françaises ne Saxons auront, eux aussi, un coffre ou sur une table.
et noir, la Bretagne. Noir et l'ont adopté qu'après la der- arbre sacré : l'Irminsul. Cette couronne est faite
jaune, la Flandre. Rouge et nière guerre. Mais il s'est im- Aujourd'hui, dans tous les avec une armature circulaire
blanc, l'Alsace. Bleu et jaune, posé aujourd'hui dans tous les foyers européens, le sapin re- rigide, cercle de base d'une
l'Ile de France, etc. foyers et constitue un des noue avec une très vieille tra- carcasse d'abat-jour ou cer-
Les feuillages peuvent éga- plus représentatifs symboles dition et retrouve son carac- ceau d'enfant en bois. Son
lement être rehaussés par de populaires du solstice d'hiver. tère sacré. On le choisit le diamètre peut varier de 0,50
petits objets de paille tressée plus haut possible, de préfé- à 1,50 rn, selon la taille de la
et nouée de ruban rouge à la rence avec ses racines, afin de pièce où elle est disposée. La
mode suédoise. On retrouvera le replanter ensuite. Il est carcasse est garnie avec de la
ainsi la «trinité)) des animaux décoré de rubans de couleurs, paille (paillons à bouteille par
sacrés indo-européens : le che- de guirlandes, de bougies (évi- exemple), liée avec de la can-
val, le sanglier et le bouc. ter les lampes électriques !), netille, ou fil de laiton de
de boules multicolores et fleuriste. Elle est ensuite
Le gui d'objets de paille tressée à la décorée avec du feuillage
Une grosse boule de gui manière scandinave. En haut vert : branches de sapin ou de
décore la porte de la maison, du sapin, est placé un sym- houx. Les branches sont éga-
à l'extérieur. On la suspend bole solaire : soleil de paille lement liées avec de la canne-
avec des rubans de couleur ou roue solaire recouverte de tille, et entourées de croisil-
rouge, en essayant de disposer papier doré. On peut encore lons de ruban rouge assez
un éclairage à proximité ou, accrocher aux branchages des étroit.
mieux encore, derrière le gui. oranges plantées de clous de
On fixe quatre bougies
On peut aussi accrocher le gui girofles, des petits gâteaux et
rouges sur la couronne, soit
à l'intérieur, à un lustre, à des objets, des rubans aux
couleurs d'une région, etc. des bougies fines et longues,
une poutre. On le brûle dans qui tiennent avec des pinces à
le feu, généralement lors de la Ces rubans partent parfois de
bougies pour arbre de Noël,
dernière veillée du cycle de la couronne d'avent, et rejoi-
soit des bougies courtes et
douze jours, c'est-à-dire pour Nos ancêtres -qui «appe- gnent les murs en formant
larges, placées dans des cou-
la fête des Rois. laient dieu le secret des une sorte de dai de couleurs
pelles et amarrées avec de la
bois)) - ont toujours accordé vives.
cannetille. Un autre procédé
une importance religieuse à la (difficile) consiste à planter à
Le sapin forêt . A l'origine de la vie se
LA COURONNE
l'envers quatre clous très
Le traqitionnel arbre de trouve, selon la mythologie D'AVENT longs dans le cercle de bois de
Noël apparaît d'importation nordique, un arbre puissant. Quatre semaines avant· le la carcasse, et à enfiler les
relativement récente en Ses racines embrassent la solstice d'hiver, on façonne bougies dessus.
France. Originaire des pays terre et ses rameaux portent avec des branches de sapin La couronne est préparée
germaniques, il fut introduit la voûte du ciel. Les anciens une couronne qui peut être quatre semaines avant le sol-
en France «intérieure)) après Scandinaves l'appelaient suspendue au centre de la stice d'hiver. Une bougie est
la guerre de 1870, par des Yggdrasill, c'est-à-dire le «frê- pièce principale de la maison. allumée quelques instants

Noël païen et
Noël chrétien.
Illustrations du
XIXème siècle.
La célébration
du solstice
n'implique pas
un retour
au paganisme.
Il faut seulement
considérer
le paganisme
originel de
nos ancêtres
comme
la manifestation
d'un certain
nombre de
valeurs
spécifiques
qu'il convient
12 d'actualiser.
Noël

pendant la première semaine, Noël. Les huîtres creuses


deux la semaine suivante, puis (portugaises) ne sont pas les
trois la troisième semaine. plus chères, ni surtout les
Quant arrive enfin la nuit moins bonnes. On peut aussi
la plus longue de l'année, on déguster des oursins dans le
allume les quatre bougies en- Midi ou des praires dans le
semble. Ainsi, au fur et à me- Nord.
sure que le soleil décline, les Peut commencer la fête du
bougies s'allument de plus en cochon ! Le boudin blanc ap-
plus nombreuses, prenant en paraît pour annoncer le plat
quelque sorte la relève. Elles de viande. Point ne sera pour
symbolisent, durant la veillée nous question de dinde et en-
du solstice, la fin de l'hiver et core moins de coq, fût-il au
annoncent le retour du soleil. vin ... Au soir du solstice d'hi-
ver, il faut manger du porc !
La tour de Jul Le choix existe entre le porc
sauvage (marcassin de préfé-
C'est un chandelier de rence) et le porc domestique
terre cuite assez rustique qui (cochon de lait). La meilleure
est utilisé comme bougeoir solution est de manger un ani-
uniquement lors de la veillée mal entier, rôti. Bourré de
du solstice d'hiver. Le modèle farce, il doit être accompagné
original de la tour de Jul a été de purée de marrons, de pu-
découvert au siècle dernier rée de pomme de terre et de
dans la province de Halland purée de pomme-en-l'air
en Suède et plusieurs musées (pomme-fruit, de préférence
folkloriques suédois en possè- du Canada).
dent des exemplaires. De nos Le repas se poursuit avec
jours, des tours de Jul, s'inspi- une salade d'hiver, c'est-à-dire
rant du modèle nordique ori- un mélange de betteraves rou-
ginel, sont exécutées par des ges, d'endives, de noix, de
artisans potiers. pommes émincées, assaisonné
La tour de Jul comporte de jus de citron et de crème.
· quatre faces, décorée chacune S'y ajoutent les fromages du
d'un cœur surmontant une pays ou les fromages gras de
rune de Hagal (rune de la Vie sai~on. Les pommes et les
et rune de la Mort liées en- noix ont toujours fait partie
semble, image d'un Soleil à du menu du solstice d'hiver
six rayons, symbole de depuis la plus haute Antiqui-
l'année qui commence té : à l'intérieur de ces fruits
comme de celle qui finit). Ces se cache le noyau de la vie qui
motifs décoratifs ajourés per- continue ..
mettent d'apercevoir une C'est maintenant l'appari-
bougie qui se trouve placée à tion du dessert, tant attendue
l'intérieur de la tour de Jul et par lés enfants. La réussite du
symbolise l'année à naître du gâteau de Jul est le grand pro-
cœur même de l'année qui blème d'une maîtresse de
s'achève. Cette bougie doit maison. La classique «bûche))
rester éteinte jusqu'à minuit. à base de marron et de choco-
lat ne souffre que la perfec-
Au sommet du chandelier, tion et garde ses amateurs.
se trouve une cavité qui con- entouré de rubans de ·cou- devra allumer le feu avec un Quant aux gâteaux à base de
tient une bougie en partie leurs. tison provenant du solstice fruits les plus divers (pommes
consumée et qui ne doit durer On peut graver sur cette d'été précédent. et noix, marrons et noix,
que le temps de la veillée. bûche d,es devises, des signes pommes et citrons), ils de-
ou des runes, à des intentions Le repas mandent de vifs efforts d'ima-
La bûche particulières. Quand le feu Animé et savoureux, le re- gination. Ils peuvent être ser-
La pièce maîtresse de la brûlera, !es pensées et les dé- pas du solstice d'hiver ,peut vis en tartes, ou bien en entre-
décoration du foyer est la bû- sirs de toute la famille seront varier selon les régions. Cer- mets chauds ou glacés. La tra-
che. On la retrouve dans la ainsi consumés et sublimés. tains plats et certaines bois- dition britannique du «pud-
plupart des provinces europé- Juste avant d'être placée sons restent traditionnels et il ding)), qui reste vivace au
ennes. Le soir du solstice d'hi- dans le foyer, la bûche est faut respecter ces usages au pays de M. Pickwick, tend de
ver, le maître de maison va arrosée d'eau-de-vie par le même titre que les autres. Il plus en plus · à franchir la
choisir dans le bûcher la pièce plus jeune enfant de la mai- convient cependant de propo- Manche1•
de bois qu'il destine à ce rôle sonnée. Le plus âgé des en- ser un menu-type dont la qua- Le repas est fini. Il ne reste
capital dans la veillée. La fants place la bûche sur un lité ne fait que renforcer le plus qu'à «grignoter)) ... C'est
bûche est ensuite décorée par échafaudage soigneusement symbolisme. le moment des mandarines,
son épouse, avec du feuillage préparé de papier froissé, de Il est de tradition de man- des fruits secs et des petites
de houx, de gui et de sapin, brindilles et de petit bois. Il ger des huîtres le soir de pâtisseries. Une habile cuisi- .13
Noël

nière se doit, pour le soir du garçons : couteau, boucle de dont la nature est laissée à la blanches ou, mieux encore,
solstice d'hiver, de réussir des ceinture, porte-clé (avec drak- discrétion de chacun mais qui de couleur cire.
petits gâteaux très simples, à kar à roue solaire, emblême doit s'inscrire dans le cadre de Pendant la veillée, chacun
base de lait, de beurre et de héraldique, reproduction cette fête . peut raconter des histoires. Il
sucre. Certains ont des formes d'anciens sceaux, etc ..). Les paquets-cadeaux doi- existe de nombreuX: livres de
traditionnelles : cheval, bouc vent être présentés dans des contes et légendes, générale-
ou sanglier. Le plus curieux papiers d'emballage «de sai- ment regroupés par province.
des gâteaux de Jul représente son>> comme on en trouve à Plus les contes sont courts,
trois lièvres en cercle, qui se cette époque dans tous les plus ils se retiennent facile- .
tiennent par les oreilles et magasins. Les nouer avec des ment et peuvent être compris
qui, par leur bond, indiquent rubans de couleur et y accro- de tous.
le cours de l'année sous le cher une étiquette de circons-
grand tournant de la roue so- tance avec le nom de chacun.
laire.
La veillée
Les cadeaux Le repas terminé, la fa-
Au début du repas, chacun mille se réunit autour du feu.
a ouv~rt le «paquet-cadeau» La veillée proprement dite
qui se trouve sur son assiette. commence. Elle doit être rela-
Il ne s'agit pas des étrennes tivement courte puisqu'elle se
classiques qui doivent être re- termine peu après minuit. De
mises aux enfants.. . et aux toutes façons, il est préférable
parents, seulement le lende- que les enfants puissent y as-
main matin, 25 décembre. En Un objet en fil pour les sister jusqu'au bout ; ils ne
cette soirée du solstice d'hi- filles : rubans ornés de motifs doivent pas avoir l'impression
ver, il ne faut offrir que de folkloriques, mouchoirs, fou- que quelque chose continue
menus objets symboliques. lards, tabliers, petit nécessaire après que l'heure soit venue
Chacun des enfants doit de les envoyer au lit ...
à coudre avec porte-aiguilles,
ainsi recevoir : Pendant cette veillée, cha-
etc ..
Un objet en bois : co- cun peut lancer dans le feu A minuit, le chef de fa-
Tous ces menus objets de-
quetier, rond de serviette, des écorces gravées. Ce geste a mille enlève la bougie qui
vront se trouver au maximum brûle au sommet de la tour de
chandelier, etc.. inspiré par la signification d'un vœu et
personnalisés. On peut même
peut ainsi se comparer au saut Jul et s'en sert pour allumer
l'artisanat populaire, avec des y faire graver ou broder le
motifs en pyrogravure ou en du feu lors du solstice d'été, la bougie qui se trouve à l'in-
prénom de l'enfant. Le père
peinture. où il est de coutume de pro- térieur de ce chandelier, dis-
et la mère s'offrent mutuelle-
noncer un souhait ou un défi posé à la place d'honneur de
Un objet en fer pour les nient, eux aussi, un présent,
en bondissant par dessus les la maison. Il dit alors :
flammes. - Une année meurt. Une
RECETTE DU «GLOEGG» SUEDOIS Tandis que le feu brûle année commence. Ainsi s'en-
dans la cheminée, surveillé chaîne le cycle de la vie sur
Le mot «glôgg» est la contraction de l'expression «glod- par le maître de maison, .c ette terre. Demain, le jour
gad dryck» qui signifie en suédois boisson incandescente, à toute la famille se réunit au- sera plus long et la nuit plus
la fois brûlante par la température à laquelle elle doit être tour de la table familiale. Il courte. Demain, le soleil re-
consommée et rougeoyante par la coloration que lui donne convient alors d'allumer les viendra pour tenir sa pro-
le vin rouge. bougies symboliques de cette messe. Que la lumière de
Ingrédients ·: veillée. cette flamme de l'année nou-
- 1 litre de vin rouge Le père allume d'abord velle brille dans cette maison
- 1 (petit) verre d'eau de vie une bougie rouge en disant : et dans nos cœurs comme une
- 100 g de raisins secs - J'allume cette flamme image du soleil qui ne meurt
- 100 g d'amandes décortiquées en souvenir de tous les morts pas ; comme un symbole de la
- un peu de noix de muscade râpée de la famille. marche du monde qui se
- 3 figues sèches La mère allume ensuite poursuit, sous la grande roue
- 4 clous de girofle une bougie bleue, en disant : des saisons.
- 2 bâtons de canelle - J'allume cette flamme
- 1 zeste d'orange confit en témoignage de fidélité à Jean MABIRE
- 1 petit morceau de gingembre (facultatif) tous les parents et amis
~ 250 g de sucre. absents.
Mettez la noix de muscade, les clous de girofle, la ca- Le plus ancien de l'assem-
nelle, le zeste d'<;>range et le gingembre dans un linge et blée allume enfin une bougie
faites macérer le tout dans le vin rouge. Mettez les raisins verte, en disant :
secs et le sucre directement dans le vin. - J'allume cette flamme
en espérance de tous les en-
Laissez reposer six heures. Otez ensuite le linge et fants qui naîtront dans notre
versez-en le contenu dans le vin. Ajoutez l'eau de vie. Portez communauté et perpétueront
et maintenez à ébullition. Versez brûlant en ajoutant un à leur tour le retour du soleil.
morceau de figue et des amandes dans chaque verre. Les autres bougies qui
Pour obtenir un «glogg» plus corsé, on peu remplacer le éclairent la table familiale, et
litre de vin par un litre de cognac bon marché. doivent si possible remplacer
14 tout éclairage électrique, sont
Noël

cesse Hélène de Mecklembourg, épouse


du duc d'Orléans. A la même époque, le

L'arbre de Noël prince Albert, époux de la reine Victoria,


dresse un sapin à Buckhingham et le met
en honneur au Royaume-Uni. En 1819, le
conteur E.T.A. Hoffmann décrit une fête
de Noël en ces termes : «Le grand arbre
au milieu de la chambre portait de nom-
breuses pommes dorées et argentées, et
les amandes sucrées fleurissaient sur ses
branches. Mais ce qu'il y avait de plus
beau, c'était les centaines de petites lu-
mières qui scintillaient comme des étoiles,
De tous les symboles associés invitant les enfants à cueillir des fleurs et
aux fêtes du solstice d'hiver, des fruits .. )) La coutume du sapin de Noël
l'arbre de Noël est sans doute se généralisera en France après 1870,
le plus vivant. William Muir Auld, comme conséquence de la diaspora alsa-
dans ses «Christmas traditions» , cienne.
écrit : 11La gracieuse coutume d'orner
la maison de feuillages toujours Nombreux sont les auteurs qui ont vu
verts au moment de Noël a ses racines dans l'arbre de Noël une résurgence mo-
dans un profond sentiment derne d'une coutume remontant à la plus
des Anciens à l'endroit haute Antiquité. Antérieurement à 1521,
des phénomènes naturels certaines chroniques, malheureusement
et de l'harmonie du cosmos» . assez imprécises, donnent à penser qu'un
Cette tradition était tellement élément végétal entrait déjà, ici ou là,
enracinée dans les régions dans la célébration de la fête de Noël.
du nord de l'Europe que Dès 1494, par exemple, Sebastian
les autorités ecclésiastiques Brant, dans sa célèbre Nef des fous, fait
n 'hésitèrent pas à l'interdire. état de l'habitude de placer des feuillages
En 575, par exemple, l'évêque Martin verts dans les maisons à la fin de l'année.
de Bracae interdit l'usage On possède également, pour la région de
des feuillages <doujours verts» . Salzbourg, un décret paru en 1525, qui
C'est pourquoi les premiers arbres réglemente la «coupe des verdures de
de Noël attestés ·dans les 'foyers Noëh. Un autre texte (Lubeck, 1520)
chrétiens ne remontent guère fait allusion à des «branchages de buiS))
qu 'aux XV ème et XVI ème siècles. utilisés à Noël. D'après d'autres sources,
la coutume aurait existé en Suède et en
Sapin vert ou gris-bleu, chargé de lu- Tannenbaum, Weihnachtsbaum ou Lich- Norvège dès le haut Moyen Age ; elle au-
mières, mais aussi de boules de métal, de terbaum, l'arbre de Noël est attesté à rait ensuite été revivifiée en Allemagne
friandises, de chocolats et de bonbons, de partir de 1700. Liselotte von der Pfalz, par des soldats suédois, lors de la guerre
roues solaires et de signes runiques, née en 1652 au château de Heidelberg, de Trente ans. (On sait en revanche que la
l'arbre de Noël, dressé dans la journée du signale dans l'une de ses lettres, en 1708, représentation de Luther sous un arbre de
23 décembre, trône, pendant la période avoir participé à l'allumage d'un Lichter- Noël, par le peintre Schwerdtgeburth, est
des Douze-Jours, dans toutes les maisons. baum. En 173 7, le juriste Kissling, de un anachronisme).
Son origine à l'époque moderne est Wittenberg, observe la multiplication des
l'Alsace (cf. Camille Schneider, Der Weih- «sapins décorés de lumière )) dans le sud J . Le fftz (Elsiissischer Dorfbilder.
nachtsbaum und seine Heimat, das Elsass. de l'Allemagne. A Leipzig, en 1765, Worth, 1960) n'hésite pas à faire re-
Philosophisch-Anthroposophischer Ver- Gœthe fai t l'éloge de cette coutume, qu' il monter au paganisme l'ancienneté de
lag, Dornach, 1965 ; et aussi Otto Lauf- évoquera en 177 4 dans Les souffrances l'arbre de Noël en Alsace. Que la coutune
fer, Der Weihnachtsbaum in Glaube und du jeune Werther. En 1775, l'arbre de n'ait aucun caractère chrétien, la chose
Brauch. Berlin, 1934). Noël fait son apparition à Berlin. Dans un est évidente : dans la symbolique chré-
C'est en Alsace en effet, très exacte- poème intitulé Heimweh ( «Le mal du tienne, l'arbre du jardin d'Eden a un sens
ment à Schlesttstadt, que l'on trouve en pays)) ), Jung-Stilling célèbre les illumina- pour le moins ambigu, puisque c'est en
1521 la première mention d'un arbre de tions de !'« arbre de vie)) (Lebensbaum). cueillant ses. fruits qu'Adam aurait dé-
Noël. On en possède une autre pour Stras- En 1796, un arbre de Noël (Danneboom) sobéi à Jahvé. Certains faits provenant du
bourg, en 1539. La première description est dressé dans la cour du château de domaine irlandais, et surtout scandinave,
précise date de 1605. Peu après, l'huma- Wandsbek (Schleswig-Holstein), où habite permettent au contraire de relier l'arbre
niste strasbourgeois Johann Konrad le philosophe et poète Hans Jacobi. de Noël et les fêtes du solstice d'hiver à
Dannhauer écrit dàns son Catechismus- En 1813, le sapin de Noël fait son un vieux culte de l'arbre germanique. Ce
Milch (1642-46) : «Pour Noël, il est apparition à Vienne et à Graz. En 1815, culte a fait l'objet d'une étude monumen-
d'usage à Strasbourg, d'élever des sapins il est à Danzig. En 1816, Karoline von tale, quoique un peu vieillie, due à
dans les maisons ; on y attache des roses Humboldt, l'épouse du savant, le fait con- Wilhelm Mannhardt (Der Baumkultus der
en papier de diverses couleurs, des naître dans le Brandebourg. Il émigrera Germanen und · ihrer Nachbarstiimme :
pommes, du sucre .. (cf. Rietschle, I.C., aux Etats-Unis vers 1880 (on le verra à la vol. 1 de Wald- und Feldkulte, paru en
p. 144). A cette date, il n'est pas encore Maison-Blanche en 1891). 1875 ; nouv. éd. : Wissenschaftliche
fait mention de lumières ou de bougies, En France, on observe une diffusion Buchgesellschaft, Darmstadt, 1963).
dont l'usage semble s'être répandu dans le symétrique, quoique un peu plus tardive. Plus récemment, on a admis que «dans
courant du XVIIIème siècle. C'est en 1837 que l'arbre de Noël est les temps païens, lors des fêtes de Jul,
En Allemagne, où il porte les noms de introduit à Paris, par les soins de la prin- célébrées à la fin de décembre, en l'hon- 15
Noël

neur du retour de la terre vers le soleil, on


plantait devant la maison un sapin auquel
on attachait des torches et des rubans de
couleur» (M. Chabot, La nuit de Noël
dans tous les pays. Pithiviers, 1907).
L'arbre de Noël serait ainsi !'«héri-
tier», non seulement de cet arbre chargé
de jouets mentionné par Virgile comme
une tradition des Saturnales romaines
(qui avaient lieu le 17 décembre), mais
aussi de l' «arbre (axe, pilier) du monde>>,
qui était un frêne (dénommé Yggdrasill)
chez les Scandinaves, un chêne chez les
Gaulois, un tilleul chez les Germains. (Cf.
également les traditions connexes de
!'«arbre de vie» ou Lebensbaum et de
l'Irminsul des anciens Saxons).
La signification symbolique de l'arbre
n'est en tout cas pas douteuse . Avec ses
feuillages, son tronc et ses racines, l'arbre
est une représentation du cosmos et de
son organisation, en même temps qu'un
symbole de régénération perpétuelle (sou-
ligné quand il s'agit d'un evergreen, d'un
«toujours vert»). De plus, il met en com-
munication les différents niveaux du cos-
mos (le ciel, la surface de la terre, le
monde souterrain) - il relie le présent, le
passé et l'avenir, en même temps que
l'homme à sa lignée et à son devenir.
Bref, il est union du continu et du discon-
tinu : symbole de la vie qui ne meurt
jamais.
A la coutume de l'arbre de Noël se
rattachent d'autres traditions à caractère
«végétal» : ~sage du houx et du gui,
bûche de Noël, feuillages de la couronne
d'Avent, etc.
Dans certaines régions de l'Allemagne
du sud et de l'Autriche, l'habitude veut
qu'au matin du 26 décembre, les hommes
«frappent» les femmes avec des
branchages de sapins, et que les femmes le
leur rendent le surlendemain. Cette pra-
tique est à mettre en parallèle avec les
aspersions d'eau mutuelles du festival
printanier et des fêtes de Pâques : en frap-
pant ses proches avec des rameaux de
Le mot <<Noël>>
végétation toujours verts, il s'agit de leur L'origine étymologique du mot «Noël» reste controversée. La comparaison avec
communiquer un peu de la vigueur et de l'italien natale, le provençal nadal, etc. a pu donner à penser que le mot vient,
la vitalité de ces arbustes qui triomphent comme ces derniers, du latin natalis, «nativité» (de Jésus). Mais le «O>> de Noël, de
de l'hiver et du froid. pair avec certaines variations dialectales en Noué, Noié, etc. fait problème. «Le mot
français «Noël», note Francis X. Weiser, peut s'expliquer comme venant soit du
[Link]. latin natalis, soit du mot nowel. Il se peut que «Noël» et nowel soient des mots
d'origine différente, auxquels une prononciation identique a donné une significa-
tion voisine» (Fêtes et coutumes chrétiennes. De la liturgie au folklore. Marne,
1961).
Arnold Van Gennep, dans son Manuel de folklore contemporain, rappelle, lui
aussi, qu'en vieux-français, <<nouveau» se disait nouel et novel. On a alors avancé
l'hypothèse de novella, (bonne) «Nouvelle», qui est douteuse, et celle de nouellus
sol, <<nouveau soleil» (grec néo-hélios). En ce cas, «Noël» serait un doublet de
«nouveau» -ce qui correspondrait à l'idée d'un (éternel) retour des saisons. On a
aussi fait le rapprochement avec Joel, forme néerlandaise correspondant à Jul.
En France, les variations de «Noël» sont très nombreuses. Citons Noé, Noeu,
Noué, Noal (Flandre française), Nâwé, Nôwé, Naoué (Lorraine, Vosges), Nouvé, Nâ
(Franche-comté), No-èi; Novéa (Bourgogne), No-yé, Noillé (Beaujolais), Nouel
(Normandie), Nwa, Nwel (Maine), Noâ, Noué (Bretagne), etc. Ces termes, qui
proviennent tous de la partie nord de la France, ne militent guère en faveur d'une
16 origine à partir de natalis. •
Noël

Les secrets du Père Noël


Dans la plupart des régions de France, Le P~re Noël est généralement repré- analogue à celui du mont Gargan italien
les cadeaux distribués aux enfants dans senté «à l'anglo-saxonne», comme un (Monte Gargano), qui est le centre du
l'après-midi du 24 décembre ou la mati- vieillard à barbe blanche, muni d'un bon- culte de saint Michel et de .. saint Nicolas.
née du 25, sont déposés par le «Père net de fourrure et d'une vaste houppe- Les deux termes sont donnés comme
Noël». Les ethnographes et les folklo- lande rouge, parfois bordée de blanc. équivalents dans deux chroniques gargan-
ristes se sont penchés de longue date sur Comme saint Nicolas, il voyage dans les tuines cités par M. Dontenville (op. cit.,
l'origine de cette croyance -et sur l'iden- airs, tantôt monté sur un âne, tantôt sur p. 299). Or, il y a par ailleurs une corres-
tité de ce personnage. Arnold Van un traîneau attelé par des rennes. pondance bien établie entre ce mont Gar-
Gennep (Manuel de folklore contempo- gan, où s'élevait dans l'Antiquité un
rain. Tome I, vol. 7. A. et J. Picard, 1958, temple païen (le Garganus mons mention-
pp. 2 296-97) a soutenu la thèse de la né par Méla, Ptolémée, Strabon et Lu-
modernité relative du mythe du Père cain), et le mont Saint-Michel, en Nor-
Noël. Mais cet avis n'est pas partagé par mandie, qui portait autrefois le nom de
tous les auteurs. Certains affirment que le «Mont Gargan» (attesté en 1283) ou
Père (ou le Bonhomme) Noël aurait rem- «Mont de Guarganb> (attesté en 1295).
placé dans les campagnes, à partir du Dans ces deux endroits, l'archange saint
XVIIIème siècle, les châtelains et les Michel (le George de la tradition an-
bourgeois distributeurs de cadeaux. glaise), identifié parfois au Mars gaulois,
D'autres voient dans saint Nicolas, fêté le Apollon-Belenos (cf. auprès du mont
6 décembre, un prototype d'origine. Saint-Michel le site de Tombelaine =
La première mention d'un «Noël per- tombe Belen), est censé avoir défait un
sonnifié» date du début du XIIIème siècle dragon (une gorgone), en sorte qu'un rap-
-mais elle est relativement ambigue. Elle prochement Gargantua-Nicolas/Pèrè Noël
se trouve dans un noël en patois anglo- semble s'imposer -d'autant que, selon
normand, où il est dit que «Noël boit les sources monacales, la voie des reliques
bien le vin anglais». Pour la seconde moi- d'un prétendu «saint Gorgon» (vers
. tié du XIIIème siècle, on possède un Gorze et Metz) suit exactement l'itiné-
1 motet d'Adam de la Halle qui commence raire de la pénétration du culte de Michel
par ces mots : «Nos sires Noeus 1 Nous en pays germanique (cf. Michelstadt, dans
envoie à ses amis 1 C'est as asmoureux 1 l'Odenwald, forêt dont le nom perpétue
Et as courtois bien apris 1 Pour avoir des Le Père No ël. Sa hotte est pleine de le souvenir d'Odhinn-Wôtan et qui, selon
paradis». A partir de là, Amédée de jouets .. . de mystères et de souvenirs. Avec la légende, vit périr Siegfried, autre fa-
Ponthieu (Les fêtes légendaires. Maillet, lui, la vieille Europe revit tous les ans. meux tueur de dragon).
1886) affirme que «ce sont les jongleurs Selon les régions, les dénominations du
qui, les premiers, ont personnifié Noël en Les cadeaux qu 'il transporte sont pla- Père .Noël varient : Homme Noël et Bon-
allant chanter de porte en porte». C'est cés dans une hotte accrochée à son dos, homme Noël (Suisse), Père Chalande
également l'opinion de Laisnel de la Salle et ce trait a conduit M. Henri Dontenville (Savoie), Père Janvier (Bourgogne, Mor-
(Souvenirs du vieux temps: le Berry. Mai- à voir en lui un avatar de l'ancien dieu van, Bourbonnais), Olentzaro (Pays
sonneuve, 1900-1902). Un autre noël, gaulois ou pré-gaulois passé dans la basque), Barbassioné (Normandie), etc.
composé vers 1661 par l'intendant de mythologie populaire sous le nom de En Allemagne, on trouve le Weih-
Bourgogne J. Brossard de Montaney Gargan/Gargantua (La France mytholo- nachtsmann (qui remplace parfois Nico-
(1638-1702), déclare : «Noyé, Noyé è ve- gique. Tchou, 1962). M. Dontenville ne las) et même le Sunnwendmann ou Son-
nu / No faran la beurdifaille 1L'ère bin se récuse d'ailleurs pas pour autant l'hypo- nenwendmann, c'est-à-dire le «Bon-
mau vêtu» . Mais dans le Midi, à date thèse d'une origine relativement récente homme Solstice» . En Angleterre, Father
ancienne, le Père Noël semble complète- du Père Noël sous ses traits définitifs. Il Christmas dépose ses cadeaux, non dans
ment inconnu. avance même l'hypothèse d'une «laïcisa- les souliers, mais dans les bas ou les chaus-
L'Eglise, de son côté, n'a pas manqué tion » de saint Nicolas, consécutive à la settes des enfants. Aux Etats-Unis, on re-
de critiquer, parfois avec violence, le «ca- dispersion des Alsaciens-Lorrains après le trouve Father Christmas, qui semble une
ractère païen du Père Noël». Le cardinal traité de Francfort, en 1871. Il y aurait version «américanisée» du Weihnachts-
Roques, archevêque de Rennes, a dé- alors eu fusion de plusieurs traditions de mann allemand plutôt que du Père Noël
noncé en décembre 1951 les «invraisem- provenances différentes. anglais. En Russie, un rôle analogue est
blables stupidités d'un imaginaire chiffon- tenu par Frost ( = «gel, glace»), le «Père
On a encore avancé une autre théorie, Hiver» - et . aussi par une vieille grand-
nier dénommé Père Noël» (sic). En 1941, selon laquelle la «création» du Père Noël
le curé de Clichy-sous-Bois (Seine-et-Oise) mère (Babushka), dont la légende dit
résulterait d'une réminiscence - trans- qu'elle aurait été «maudite» (par les
alla jusqu'à afficher à la porte de son férée au 25 décembre - de la fête de saint
église un quatrain contre le Père Noël, et popes) pour avoir refusé l'hospitalité à la
Nicolas dans les régions où, après la Ré-
à la gloire du «petit Jésus », dont Van Sainte Famille lors de sa fuite en Egypte,
forme et l'épuration du catholicisme due
Gennep dit qu'il «suscita la colère des ou troinpé les rois mages qui hésitaient
aux interdictions du concile de Trente, le
mères de famille au point qu'elles vou- sur la route à suivre pour se rendre à
«petit Jésus» avait remplacé Nicolas.
lurent porter plainte à l'évêché» (op. cit., Bethléem!
Un point très remarquable à noter à ce
p. 2 999). propos est que le nom de Gargantua est R. de H. 17
Noël

Dès 1835-37, c'est la consécration. En


1838, Andersen se voit allouer une pen-

Les contes d'Andersen sion annuelle par le gouvernement danois.


Dès lors, les volumes de contes se succè-
dent à un rythme presque régulier. En
1843, nouveau séjour à Paris. Andersen
est maintenant reçu dans les cours royales
avec les plus grands honneurs. Mais le
succès ne le grise pas : il regarde les choses
et les hommes avec un regard calme, reflé-
tant un certain humour dans un visage
émacié. En 1850, il at teint au sommet de
. la gloire. A l'étranger, il est l'incarnation
même du Danemark. Fait citoyen d'hon-
neur d'Odense en 1867, il publie ses
Hans Christian Andersen, écrivain mémoires. Il meurt enfin, à Copenhague,
danois (1805-1875). Sa propre le 6 août 1875.
expérience forme l'un des éléments Le premier de ses contes date de 1830.
fondamentaux de son œuvre. A 14 ans, Au total, il en publiera plus de cent cin-
il ne savait à peine lire et écrire. quante, qui seront traduits en quatre-
Il passa la plus grande partie vingts langues. Les plus célèbres (et sans
de son adolescence à courir doute les plus beaux) datent de la période
les champs ou à écouter, le soir, romantique, entre 1835 et 1850. Mais les
les récits fantastiques de son père, contes réalistes, les plus tardifs, attestent
pauvre cordonnier et libre penseur. également un talent exceptionnel. Dans la
Plus tard, il visita l'Allemagne, dernière période (Le grand serpent de
la Suisse, la France, l'Angleterre mer, 1872), Andersen témoigne aussi
et l'Italie. Le premier de ses contes d'un vif intérêt pour l'essor des sciences
date de 1830. Au total, il en publia et des techniques.
plus de cent cinquante, Parmi les contes les plus célèbres, il
qui seront traduits en 80 langues. faut évidemment citer La bergère et le
ramoneur, Le vilain petit canard, La reine
«Tous les arbres et arbustes étaient dans le plus extrême dénuement, en cô- des neiges, La petite sirène, Le briquet,
couverts de givre ; on aurait dit une forêt toyant la misère et le vice. Enfant d'une L e coffre volant, L'intrépide soldat de
de coraux blancs, toutes les branches sem- grande sensibilité, fasciné par la capitale, plomb, La petite poucette, La princesse
blaient surchargées de fleurs d'une blan- il arrive à Copenhague en 1819, avec une sur un pois, La petite fille et les allu-
cheur merveilleuse. Toute l'infinité des ambition impossible : devenir poète. mettes, La vierge des glaciers, Les cygnes
minces ramilles, que l'abondance du feuil- Pendant les deux premières années, il sauvages, Le nouveau costume de l'empe-
lage empêche de voir en été, apparaissait ne connaît que des échecs. Tour à tour, il reur, Ce que le père fait est bien fait, etc.
maintenant; c'était une dentelle, et d'une renonce à des carrières de chanteur, de Sans avoir la valeur scientifique (du
telle blancheur qu'un éclair blanc sem- musicien, de romancier, d'auteur drama- point de la mythologie et du folklore) de
blait jaillir de chaque branche. Le bouleau tique. Grâce à la protection du composi- ceux des frères Grimm (Haus - und Kin-
pleureur remuait sous le vent, il était teur Weyse et de l'Italien Siboni, il par- dermiirchen, 1812), les contes d'Andersen
plein de vie, comme les arbres en été; vient cependant à parfaire son éducation renvoient souvent à un héritage «my-
c'était une splendeur sans pareille ! et musicale et littéraire. En 1822, il entre- thique» et populaire européen. La plupart
quand le soleil brilla, non, quel étincelle- prend des études secondaires qui le mène- d'entre eux trouvent leur origine dans des
ment, comme si une poussière de diamant ront à l'Université. En 1829, une pièce de récits que le conteur entendit dans son
avait tout poudré, et sur la couche de lui est donnée à Copenhague. Peu à peu, enfance, ou encore dans des légendes qui
neige luisaient de grands diamants, ou il se fait connaître. Avec acharnement, il lui furent rapportées: Certains font une
bien on pouvait croire que brûlaient d'in- s'essaie à toutes les formes de la litté- part au rythme ternaire, écho lointain
nombrables petites lumières, plus rature. Mais ce sont ses Contes, dont le d'une trifonctionnalité structurale,
blanches encore que la neige blanche .. » premier volume paraît en 1835, qui lui comme dans Le briquet ou Hans le Pa-
(«Le bonhomme de neige11 ). vaudront une célébrité universelle. taud. D'autres, au contraire, sont créés de
Une grande partie de son existence va toutes pièces, à partir d'une anecdote,
consister en déplacements. Il dira : «Ce d'une expérience vécue, d'un événement.
La puissance d'évocation de ces
quelques lignes extraites de l'un de ses n'est qu'en voyage que la vie est riche». Andersen ne tend pas non plus,
plus célèbres contes, montre combien Pour lui, c'est en fai t un moyen de pallier comme Perrault (Contes, 1697) ou
l'univers d'Andersen est étroitement asso- à une timidité maladive - et à des échecs Musaeus, à rationaliser les fantaisies po-
cié à l'atmosphère de Noël. Au point, sentimentaux répétés. pulaires. A partir d'un point de départ, il
même, que beaucoup considèrent que les En mai 1833, Andersen se rend à extrapole en toute liberté dans ce style
fêtes de fin d'année ne seraient pas ce Paris. Il y rencontre Victor Hugo et étonnant, plus parlé qu'écrit, donnant
qu'elles doivent être si elles n'étaient pas Chérubini. Puis c'est la Suisse, les Pays- l'illusion d'une permanente improvisation
aussi l'occasion de lire en famille, autour Bas, l'Italie. En Allemagne, Andersen se et qui remonte aux vieilles sagas du
dufoyer, l'un ou l'autre de ces merveil- lie aux représentants du mouvement ro- Moyen Age.
leux récits. mantique : Ludwig Tieck surtout, ainsi Homme de théâtre, ayant un sens inné
Hans Christian Andersen est né le que Chamisso, qui deviendra son traduc- du «scénario», Andersen campe ses per-
2 avril1805, à Odense (la «cité d'Odin»), teur attitré. Le sculpteur Thorvaldsen sonnages en quelques mots, ordonnant la
dans l'île danoise de Fionie. Fils d'un compte aussi parmi ses amis. En Angle- façon dont les scènes se succèdent avec
18 cordonnier, il passe toute son enfance terre, il fera la connaissance de Dickens. un véritable génie. De cette fraîcheur, de
Noël

cette spontanéité, jaillissent à chaque fois durable que s'il se situe au-dessus du aussi»). Il fait allusion, dans Le dernier
des trouvailles personnelles, des broderies temps, et s'il exerce aussi sur les adultes rêve du vieux chêne, à «la fumée bleuâtre
qui donnent aux choses une dimension une impression très vive. Tandis que les sur l'autel pour la fête que célèbre le
nouvelle, et qui frappent l'imagination enfants y découvrent une suite d'images druide - fumée de sacrifice et fumée
tout en nous touchant au plus profond de «magiques», les parents y retrouvent au- d'action de grâce» . Il place l'action de La
l'âme. tant d'illustrations d'une certaine façon fille du roi de la vase vers 830, à une
Que ce soit dans les récits de féerie de voir le monde. époque où le Danemark était presque en-
pure (Le briquet) ou dans les anecdotes Ce qui frappe au premier abord chez tièrement encore païen. Ailleurs, on
au réalisme le plus entier (La petite fille Andersen, c'est son naturalisme. Les trouve des allusions à la mythologie scan-
aux . allumettes), l'univers que nous resti- hommes, grands et petits, ne s'y distin- dinave, à la légende, rapportée par Saxo
tuent les ouvrages d'Andersen évoque à la guent pas fondamentalement de l'en- Grammaticus, de Hagbarth et de Signe
fois les histoires de Selma Lager!Of et les semble des paysages et de la nature . A (Un morceau de collier de perles), au récit
admirables dessins de Carl Larsson. C'est tout instant, le héros se voit donner la des Sept dormeurs (Douze en voiture de
un univers proprement nordique, où la réplique par les génies et par les fées, par poste) etc.
douceur et la Gemütlichkeit contrastent les animaux et par les plantes, par le vent,
avec la rigueur des éléments. Un univers l'orage, les eaux. Et même les objets ma- Comme le héros d'Une histoire des
de «brouillards blancs et glacés» et de tériels deviennent animés : le pot de terre dunes, Andersen faisait lui-même profes-
fraîches fleurs de printemps. Un monde et le pot de fer, le soldat de plomb, les sion d'agnosticisme. Tantôt il célébrait les
de glaciers bleus et gris, de sapins et de souliers, le faux-col, la plume et l'encrier. miracles, tantôt il exprimait des doutes
forêts profondes, de champs de blé et de Ainsi, tout ce qui est de ce monde ne fait sur la vie éternelle. Au début de sa car-
bois de hêtres, de bouleaux argentés et de qu'un -comme au temps merveilleux où rière, L e briquet scandalisait les puritains.
lacs solitaires, de cités fumantes et de tous se comprenaient. Quelques années encore avant sa mort, il
petites villes où des toits rouges re- se querellait -non sans humour- avec
couvrent des maisons basses. Entre de multiples allusions à la «Pro- de vieilles et pieuses amies. Mais il était
Comme tous les vrais contes, les contes vidence» et aussi au «Bon Dieu», Ander- aussi idéaliste, et il se donnait tout le mal
d'Andersen contiennent -jusque dans sen se montre d'ailleurs l'héritier d'up âge du monde pour croire à l'immortalité de
[Link] épisodes les plus fantasques- toute proprement païen, où l'homme et le l'âme.
une philosophie implicite. D'ailleurs, il monde ne faisaient qu'un. Dans L 'a bécé- Cet univers enchanté et magique que
· n'y a pas de littérature purement en- daire, il célèbre Yggdrasill, l'arbre du nous propose Andersen est aussi un uni-
fantine. Un récit de ce genre n'a de valeur monde («L'arbre est mort ... et les dieux vers mélancolique. Les récits propres à
faire pleurer ne manquent pas. La chance
et la malchance s'affrontent sans cesse.
L'imaginaire est nuancé de tragique. Com-
ment s'en étonner - à une époque où,
par contraste, toute beauté est nécessaire-
ment triste ?
Dans cette mélancolie, Andersen, d'ail-
leurs, a simplement traduit un sentiment
qui, toute sa vie durant, ne l'a jamais
abandonné. Jamais il n'a oublié sa triste
enfance. Jamais il n'a pu chasser de son
cœur le souvenir de ses amours déçus. Ce
thème de l'amour impossible est parfaite-
ment exprimé dans La petite sirène, le
Le sapin. Dessin de plus connu peut-être de ses contes, et
Hans Tegner, pour dans Le bonhomme de neige, dont le
l'édition des Contes héros, fait de neige et de cristaux, tombe
d 'A ndersen, publiée amoureux d'un poêle ! Parvenu au
en 1975, à Paris, sommet de sa carrière, notre conteur me-
par Jean de Bonnot. sure encore «la futilité de toute gloire et
Un jeune sapin, de toute célébrité». La solitude qui l'ins-
plein d 'am bition, pire, en même temps, ne le quitte pas. Il y
rêve d'être pallie par des voyages incessants.
le roi de la forêt. La thèse d'Andersen est que tout
L 'hiver venu, grand créateur est seul, désespérément
des hommes viennent seul. Le monde dont il se fait un paysage
et le coupent. Placé intérieur ne peut appartenir qu'à lui. Et le
dans la maison, seul recours contre cette solitude est un
le soir de Noël, certain humour, assorti d'une perpétuelle
il se réjouit communion avec la «cathédrale de la na-
de sa parure et ture et de la poésie». Andersen fut lui-
s'attend à voir même un «vilain petit canard» : il en
la fête recommencer appelle aux fils de rois égarés parmi les .
le lendemain. Hélas, trop humains, à ceux qui ont perdu
on le porte au grenier jusqu'à la conscience de leur identité, et
et, quelques jours qui se heurtent sans cesse au mépris du
plus tard, on le met grand nombre.
en morceaux pour Mais les déceptions ne parviennent ja-
le faire brûler... mais à entamer chez Andersen une pro- 19
Noël

digieuse faculté d'émerveillement. Cela se


voit dans les personnages qu'il crée, mais
aussi dans son attitude devant la vie. Chez
lui, pas l'ombre d'une révolte contre les
«injustices». Et, en même temps, aucune
tentation passéiste. (Dans Les galoches de
la fortune, Andersen critique vertement le
Moyen Age).
Du reste, Andersen est incapable de
prendre les événements qui remuent les
foules avec le moindre sérieux. Il ne s'in-
téresse ni à la politique ni à l'histoire
universelle. Au moment de la guerre
germano-danoise, on lui reprochera même
son «manque de patriotisme» . Et lorsqu'à
Londres, en 1847, il assiste à une agita-
tion à caractere social et politique, ce !

sont des réflexions amusées qui lui ] Il existe de nombreuses traductions


viennent sous la plume. Il ne raisonne pas ·~.-~- des contes d'Andersen. La première,
réalisée au siècle dernier
non plus en termes de morale, mais sur-
.; par l'Alsacien Ernest Grégoire,
tout en termes esthétiques. Ce qu'il aime
. est proprement exécrable.
au Danemark, c'est qu'on peut y songer
Les autres sont de valeur inégale.
en paix «à tout ce qui est beau» .
A l'heure actuelle, la seule édition
La chance joue un rôle capital dans ses
complète est celle du Livre
récits. Plusieurs de ses héros sont des per-
de poche (Poche-classique,
sonnages à qui le destin -apparemment
N ° 1 114, 1 382 et 2 864), qui
sans raison - a souri. Andersen se montra
reprend la traduction de
tout aussi surpris de sa notoriété qu'il
P.G. La Chesnais, publiée au Mercure
avait conçu d'amertume de ses premiers
de France, entre 1937 et 1954.
échecs. Ainsi la vie lui fut-elle douce- · • Une excellente traduction est
amère. Et c'est encore la chance qui sera ~Ç'fè_;i>:ij.~ celle des «Contes» parus en 1970
évoquée dans Le briquet ou dans Lykke
chez Garnier-Flammarion (avec
Per («Pierre le chanceux»).
, 1 une préface de Maurice Gravier).
De ces héros d'Andersen, M. Maurice , " Mais cette édition est incomplète.
Gravier écrit : «<ls partent de très bas, ils 4 Il en va de même de celles
sont marqués par le destin, voués à la ,,,,,.,..,, . ~.....· qui ont paru chez Stock en 1953,
chance (par exemple le soldat du Bri- chez Flammarion en 1963,
quet), mais ils triomphent parce qu'ils ·'','f<f;'ffJ!f~~·<:: chez Hachette en 1960. De même
sont proches de la nature, sincères et purs , ...,.,~~k'-"''-"'~ également pour la très belle édition
de tout esprit d'intrigue, ils vont droit sortie chez Jean de Bonnot en 1975
leur chemin, conséquents avec eux-mêmes (traduction d'Etienne Avenard),
et avec leur vocation propre, parfois ils qui comprend une reliure somptueuse
appartiennent à cette aristocratie de l'es-
prit qui, selon Andersen, devrait marcher
;;.~~~~~ ainsi que 195 illustrations
de Hans Tegner. «Le conte de ma vie»,
de pair avec celle de la naissance» . Par ces ~~~~~ qui est l'autobiographie d'Andersen,
quelques mots, tout est dit. Car la chance a été publié chez Stock en 1930.
est au-delà du bien et du mal, de la ré- On peut aussi se reporter au livre
compense et de la punition. Pour dire de Fredrik Book : «Hans Christian
mieux, la chance n'existe pas. Il en est Andersen~> (Ed. Je Sers, 1942).
ainsi pour chacun - comme dans L 'hor- Ci-contre :portrait d'Andersen
loge, où l'enfant du peuple et le fils du réalisé par Gertner, en 1845.
roi, ayant pareillement abandonné la ba-
nalité de la vie quotidienne, mais ayant coupent : à cause de sa beauté, justement. un passage d'un poème intitulé L es feux
emprunté des chemins différents, sortis Déjà, il se croit promis au sort le plus de la Saint-Jean, il nous montre la relati-
de la forêt, parviennen~ au même but: le haut. Placé dans la maison le soir de Noël, vité du temps. Un vieux chêne meurt à la
rivage silencieux d'une mer infinie. orné de lumières et de friandises, il se fin d'une «année» de trois cent soixante-
H. C. Andersen a écrit quatre ou cinq réjouit de sa parure et s'attend à voir la . cinq ans, après «un matin de printemps,
contes de Noël, qui ont fait le tour du fête recommencer le lendemain. Mais le un midi d'été, un soir d'automne, une
monde. La petite fille aux allumettes en lendemain, on le porte au grenier et, peu nuit d'hiver». Pendant tout ce cycle, il n'a
est l'exemple le plus admirable. En après, on le met en morceaux pour le été mû que par «son ineffable désir
quelques pages à peine, tout est situé, faire brûler. d'atteindre toujours plus haut vers le bril-
daté -et, en même temps, tout demeure La philosophie du Bonhomme de neige lant et chaud soleil» . Son ambition réa-
intemporel. Ce récit renvoie bien sûr, est assez semblable à celle du Sapin. C'est lisée, un orage survient qui le déracine.
comme !'Histoire d'une mère, à l'enfance une réflexion sur les déceptions de l'exis- Une année, un jour, un siècle : c'est tout
d'Andersen. tence, sur ces rêves qui justifient tout ce un. Mieux vaut un jour vécu avec ardeur
Le récit intitulé Le sapin n'est pas que nous sommes et qui, du même coup, qu'un siècle sans chaleur. On ne peut
moins exemplaire. Un jeune sapin plein nous portent un coup fatal. avoir à la fois la durée et l'intensité.
d'ambition rêve d'être le roi de la forêt. Quant au Dernier rêve du vieux chêne,
20 L'hiver venu, des hommes viennent et le dont le début fut suggéré à Andersen par Alain de BENOIST
Noël

belles devantures du monde. D'abord on


passait sous la statue de Nelsori, il se
perdait tout là-haut dans une brume
dorée par les lumières du gaz, en face du
gigantesque sapin que les petits enfants à
l'impériale des autobus admiraient en bat-
tant des mains. Ils portaient des redin-
gotes grises à col de velours, leurs mères
des manteaux et des toques d'un vert
inimitable, qui est celui des Bentley de
course. Ils disparaissaient sous des accu-
mulations de paquets, saumons fumés,
bourriches d'huîtres plates, confitures de
chez Fortnum & Mason, où l'on pouvait
également acheter des cannes à pêche et
des gilets de laine, trains électriques em-
ballés dans le Papier de chez Hamley's,
Regent Street -on y dépose le matin les
Anciens Noëls antiques colonels de l'Armée des Indes,
on vous les rend le soir, frais et roses.
Toute la journée, ils attendent le dé-
Michel Doury, 45 ans, a longtemps vécu outre-Manche et professe aujourd'hui raillement du train qui fait le tour du
l'anglais au lycée de Sedan. Ancien officier de marine, il a bourlingué sur toutes les magasin, où l'on expose de pleines boîtes
eaux de la Méditerranée pendant la guerre d'Algérie et participé à quelques abordages de lanciers du Bengale dorés sur tranche
contre des transports clandestins d'armes de contrebande. Auteur de La paix des et de Highlanders alignés comme à la pa-
braves et d'Un matin froid, il s'est affirmé depuis une dizaine d'années comme le plus rade derrière leurs cornemuses. On y ven-
solide héritier de la fameuse génération des «Hussards)), naguère conduite au feu par le dait des Spitfire qui volent grâce à un
brigadier Roger Nimier. Michel Doury a publié chez Julliard une demi-douzaine de moteur à essence, et des dessous de pou-
courts romans d'un ton assez insolite, qui lui vaut de fidèles admirateurs et quelques pées pour ceux à qui une solde déjà très
ennemis irréd~ctibles :«Le jardin anglais)), «l'lndo)), «La chasse en octobre)), «Le petit dévaluée interdisait les petites bonnes
Requiem)) suivi de «Pour Deroulède)). Grand amateur d'aut~m?bi_les rapi?~s, _de bières françaises. Nous achetions des pipes de
insolites de vestes de tweed, et traducteur fraternel des ecnvams amencams de la bruyère chez Robert Lewis dans Saint
«généraÙon perdue)), il habite un relais de chasse isolé dans la forêt ardennaise, dont il James's Street, nous faisions mélanger
aime à parcourir les hautes futaies, en faisant crisser la neige fraîche sous la triple notre tabac chez Fribourg & Treyer,
semelle de ses bottes de cuir fauve. Haymarket, ou le contraire.
On voyait encore dans les rues des
Les contes de Noël s'écrivant en no- bise, vent du nord en général, qui est très joueurs d'orgue de Barbarie maquillés en
vembre, la petite église . trapue avec un sec et très froid. Nous n'en sommes pas nègres, des matelots de Portsmouth pro-
toit d'ardoise et un coq de travers, n'est là, et de pluie en averse me voici à menant un homard en laisse, des officiers
pas enfouie sous la neige, elle est masquée Londres où, comme on le sait, Noël n'est des Gardes en petite tenue, le stick sous le
par la pluie qui tombe rectiligne, de pas une petite affaire. C'était en 50, 51 bras. Arrivés à la grisaille terriblement
l'autre côté de la départementale 977. On peut-être, je poursuivais à Cambridge des déprimante d'Oxford Circus, nous redes-
tourne au virage de Bellevue, on monte la études de bric et de broc, je me retrouvais cendions jusqu'au Salisbury, dans le
Croix Piot entre deux prairies naturelles avec un vieux camarade dans un pub très quartier des théâtres. Les pilotes de la
.. garnies de vaches, puis des rangées de victorien au coin de Saint Martin in the Bataille d'Angleterre avec leurs grandes
sapins raides comme la justice. Joli pano- Fields, célèbre pour sa chorale de petits moustaches y buvaient des pintes de
rama, dit le guide. Il se trouve que je suis garçons angéliques et son poste de secours bitter en compagnie de messieurs à
plutôt amateur de fourrés. N'empêche aux camés, nombreux dans le coin. Nous boucles d'oreilles. Dans le bar des dames,
que tout autour de nous se dressent des discutions du réalisme socialiste sovié- des demoiselles avec des robes du soir en
collines généralement verdoyantes. La tique dont Aragon vantait hebdo- zinc buvaient du sherry pendant l'en-
voix de l'empereur Guillaume y résonne madairement les mérites dans Les lettres tracte de Pelléas et Mélisande. Et tout le
encore, comme il regardait nos cuirassiers françaises. Il tenait absolument à ce monde chantait Noël en mangeant des
tailler des croupières dans ses uhlans. qu'on peignît des mineurs dans le noir et sandwiches au jambon d'York. J'allais
C'est un peu plus loin que se sont illustrés des métallurgistes en sueur dans les acié- passer la nuit de Noël sur le bateau de
les marsouins. On n'en finirait pas. ries de l'Oural. Puis nous allions écouter Douvres, une plaque gravée annonçait
des Noëls. L'église à l'intérieur est comme qu'il avait participé aux opérations de
La neige m'aurait tout naturellement un navire avec ses murs blancs et ses Dunkerque. L'officier de quart en duffle-
conduit à évoquer ensuite le casse-croûte bancs d'œuvre en chêne qui ressemblent coat arpentait la dunette, la machine
à Suippes avec les servants d'une batterie au bordage d'une frégate sous grand bourdonnait, la radio du bar jouait Cole
de 155, et de là les parties de chasse, la pavois. Le matin dans les batteries, je Porter, le journal du soir annonçait la
bidoche dégoulinante de sang sous le cou- veux dire les bas-côtés, le bedeau dé- dernière pièce de Noe! C:oward, des pa-
teau emmanché d'un andouiller, la neige couvrait des clochards installés au milieu quets de mer claquaient aux hublots des
tachée de rouge, l'odeur de fauve qui fait de leurs paquets de journaux. Les Anglais visages de noyés, le petit Jésus n'allait pas
hurler les chiens. Cela se passe dans la adorent la presse. Il les mettait dehors tarder à naître dans la vapeur des punchs,
forêt Charlemagne, riche en marnières où gentiment le temps de passer le plumeau, dont on trouve les proportions exactes
jadis les brigands jetaient leurs victimes puis ils embarquaient. à nouveau re- dans le David Copperfield de Charles
encore palpitantes. Seulement il pleut. prendre leur croisière interrompue. Dickens.
Des feuilles jaunes pendent encore aux Le manque d'argent nous épargnait la
trois tilleuls municipaux. Après, ils seront tentation d'acheter des Lagonda ou des Michel DOURY
tout nus, comme des orphelins dans la Aston-Martin. Il nous restait les plus novembre 1976 21
Noël

Quelques livres pour les enfants


Cet hiver, là hotte du Père J'Al CINQ ANS ET J'AIME tion française de Paul de Rou- grecque (Editions GP, 28 F) .
Noël déborde de livres nou- ME PROMENER DANS LES joux). L'histoire de l'édifica- Le même auteur avait, d'autre
veaux pour les enfants_ La BOIS tion d'une cathédrale go- part, publié en 1975 une re-
vulgarité, le snobisme et la thique imaginaire, celle de marquable étude pour les en-
bassesse de certains se ca- Deux collections pour ap- Chutreaux. Le dessin de ce fants (à partir de onze ans)
mouflent souvent sous un prendre à connaître, caché au livre unique en son genre re- sur les Vikings, conquérants
titre alléchant ou une couver- bord de l'étang, le nom des trace, avec rigueur et préci- de la mer (La Farandole,
ture flamboyante_ Aussi, pour oiseaux, celui des fleurs des sion, les étapes successives de 45 F).
que les livres à brûler dans la prés ; pour se documenter, en la construction d'une cathé-
cheminée ne se retrouvent pas se distrayant, sur la vie des drale. Le texte fait revivre
dans de petits sabots, nous oies sauvages et sur celle des l'état d'esprit et l'enthou- JE VEUX ETRE HISTO-
vous proposons quelques chevreuils ... siasme des bâtisseurs du RIEN
titres. La qualité du texte et • Collection «Animaux en Moyen-Age (Editions des
de l'illustration, la hauteur et deux coqs d'or, 40 F). • Un espion chez le roi-soleil,
familles ». Nouveautés 1976: présenté par José Cabanis.
l'élégance du propos, la gaieté Les bourdons, Les chevreuils
ou la part de rêve qu'il suscite C'est une sorte de florilèges
ont guidé notre sélection_
(L'école des loisirs, 12,50 F). Harald le VIking des meilleures pages de Saint-
~:e JOur da [Link] 93 7. mot. Harald lC V1k.."g,
• Ce que je vois caché dans le paysar;. QlJCiriel, marChand el rmvg<:~teur !'le;> mefs Simon. Un Journal du temps
pré, Ce que je vois caché au 01..1 mon~ tmher. Je terrnin<> Ici me.s carnets de c:roquis
e:t b longue saga QUI con!e !l'leS a·isn~ur~s replace en introduction les
bord de l'étang, J'apprends lignes de force de l'époque de
A CHANTER, A CONTER, A les quatre saisons (Les belles Louis XIV : on voit la domes-
LIRE--. AUX TOUT-PETITS images, 7,50 F) . tication de la noblesse, on
suit les étapes de la construc-
• Cent histoires à lire aux en- tion de Versailles comme si
fants, adaptées par Marcelle elles étaient présentées au-
Vérité. Il s'agit en fait de J'AI HUIT ANS ET JE
jourd'hui avec les plans et les
courtes poesies. Les plus VEUX CONNAITRE MES
différents points de vue des
grands noms, Charles d'Orlé- AMIS D'EUROPE
contemporains. Une chrono-
ans, Robert Louis Stevenson, logie complète cet excellent
rencontrent des comptines Pour prendre conscience
de notre communauté de cul- choix de textes (Gallimard,
populaires anonymes pour coll. «Reporters du passé»,
célébrer le vent sauvage, la ture : Proverbes à la dou-
zaine, racontés par Anne- 19,20 F) .
ronde des saisons et le petit
Marie Dalmais et illustrés par • Un merveilleux ouvrage
elfe (Gautier-Languereau,
Benvenuti. Chacun de ces vient de paraître : les carnets
34,10 F).
proverbes est traduit en an- de croquis de Harald le Vi-
glais, en italien et en allemand king découverts par Annie et
(Flammarion, 26 F) . Michel Politzer. Nous devions
déjà à ces auteurs les carnets
de croquis de Robin des bois.
JE SUIS GRAND ET C'EST Les mêmes qualités se re-
L'HISTOIRE QUI ME PLAIT trouvent dans ces ouvrages :
minutie de la reconstitution,
• Corsaires, pirates, flibus- exactitude de la langue, préci-
tiers. __ nous avons tous notre sion de l'information. Tout
île au trésor_ Alors, garçons, est décrit et dessiné_ Un hau-
embarquez-vous! Georges bergeon, un gamboison, un
Blond propose cette année un bliaut n'auront plus de secret
livre magnifique : Corsaires et pour vos enfants... Et s'ils
flibustiers. Du lion des sont adroits, ils pourront
Flandres, Jean Bart, à l'extra- même construire le bateau
ordinaire Morgan, le Gallois dont ils rêvent : un drakkar
qui enleva Panama aux Espa- (Seghers, 29 F). • Des mondes disparus. C'est
à l'archéologue Guy Rachet
gnols, des figures hautes en • Rappelons, pour les pas- et au dessinateur Jacques
• Comptines de la mère l'oie, couleur, se battant sous le pa- sionnés de légendes, les trois Poirier que nous devons ce
texte français de Henri Pari- villon noir ou sous leur pavil- ouvrages de Jean Ollivier : Le très beau livre_ Chaque étude
sot. Une sélection de Nursery lon national, portent haut, marteau de Thor, Le chau- (sur Sumer, l'Inde, les Celtes,
rhymes pour retrouver le courage, tenacité et fidélité dron d'or et Le voleur de feu. les Mayas, etc.) est accom-
mouvement des berceaux (Editions GP, 40 F). Trois sources de notre civilisa- pagnée de commentaires, de
d'autrefois (Flammarion, • Naissance d'une cathédrale tion : la source scandinave, la textes, de précisions sur les
22 29 F). de David Macaulay (adapta- source celte, la source méthodes de l'archéologie. Ni
Noël

Winckelmann, le père de l'ar- un cheval rouge qui lui aussi doit pas estomper l'objet du enchantée. Pierre Gripari
chéologie moderne, ni Schlie- se nomme Pipo, le dragon conte : la quête de Pipo à la serait-il notre Mozart des
mann ne sont oubliés. Un der- Tarabistrakoum, dragon chan- recherche de lui-même. Des contes pour enfants ? Nous
nier chapitre est consacré à teur et perfide malgré lui, une obstacles réels - un volcan, sommes quelques uns à le
l'archéologie sous-marine princesse qui se nomme une sorcière, un faux ami, penser. A moins que Mozart
(Hachette, 45 F). Popi. .. L'ensemble le plus co- une grande bibliothèque- n'ait jamais existé, que ce soit
hérent dans l'imaginaire, pays permettent à Pipo, nouveau une farce de Gripari, et que
DES CONTES A PRETER habituel de Pierre Gripari, à Siegfried, de mesurer son Mozart n'ait été qu'un pseu-
AUX PARENTS SAGES ... . condition - et c'est le cas- tirant d'eau, de devenir ce donyme de Gripari. ..
qu'il soit bien réel, c'est-à- qu'il est : un fils de roi. Ces (Grasset-jeunesse, 45 F).
• Thomas est un petit garçon dire tendre, cocasse, concret. épreuves que traverse l'enfant
très malade. Son délire l'en- Cet enlacement entre rêve et rappellent une autre musique,
traîne vers des pays enchantés réalité, si puissant soit-il, ne aussi belle, celle de La flûte Joël LECROZET
mais, lorsque la fièvre tombe,
Thomas se pose une ques-
tion? qu'est-ce que l'infini ?
Lorsqu'il faudra serrer coura-
geusement la main de la dame
blanche et voilée, Thomas au-
ra compris ... Cette très belle
histoire, Thomas et l'infini,
est racontée par Michel Déon
qui se hausse ainsi parmi les
premiers conteurs de notre
époque. Un livre à lire d'ur-
gence. Notre civilisation éva-
cue la mort. Nos contem-
porains fuient devant leur
destin. Ils oublient la leçon
héroïque de Thomas : être
seul dans l'univers, être seul
devant l'infini. Le savoir et
rester debout, courageuse-
ment (Gallimard, 40 F) .

• «A présent, je commence.
Il était une fois un petit gar-
çon menteur, mais menteur à
un point que vous n'imaginez
pas ! Il mentait tout le temps,
à tout propos, et sans rai-
son ... >> Arrêtez-vous, retenez
votre souffle;.. Vos enfants
réclament déjà la suite. Faites
l'expérience : il faudra aller
jusqu'au bout de l'Histoire du
prince Pipa, le nouveau conte
de Pierre Gripari. Pourtant
rien de plus simple : un fils de
roi, le jeune prince Pipo,
«courageux, honnête et bon)),
la grande sorcière du bord de
l'eau, un magasin d'enfants, 23
message

LA NOUVELLE

DES DEUX MONDES


1829-19'15

Pour comprendre notre temps,


, ..• . il f~ut lire . . . .· . . ..
E~ NONVELLE REVUE DES DEUX MONDE·S,
.J la plu.s ancienne . . ·
•. et bi. plus jeûne ·•· ....· ·
des revues littéraires françàîSes•

• ;;·esstfÎ> des···;:~ouveil~s et des rédits des ·~crivâùi_s.lés' -~rus;'t~omll1és et les ..


plij;& divets:· Des chroniques diplomatiques, politiques .et économiques. Des
~les ~:r le th~~tre, 1~. danse, les arts et les ~Jcîences.
~~~~~ ,:·:.;~~!~~,;-'. :~-~!.·! . :.',...·. .·. . /,: . ·::::,
;t\Collal:i)rent a··la re\Tue : · ··. ·.
. .'ce §enevp·bc, Jo$epti Kessel, J•cques de La.çt:~telle., ,les J;lucs de J;,.évis- ··...·
·.. pob(~~~·et ~ Castries, Jean d'Ormes$6h, Roter ~Qm;:: Jean•[Link])n,.• ;(•
El~nne (Jllson,~acques Rueff, Etienne Wolff, Thierry Maulhîer, Roqert Aron,
· .. l ·· n, lf;ené HJ;&.yghe,•.René Clair, •Gaston PalErW$lti, •Maurice Drupl;\,
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U~u , Cla·u·';.;ae
U Le''fi'·Ôt~ia<~:
"0 [Link].t
.· 'aftobert;Qtâ~iitier
~ Q Du.. ·.··. ,
Bètnard Clavel, ;:Emmanuel Roblès, MicJlel Tournier, Jacques CJlaban..:Dehnas,

. "'*••veut ,
. . ues,,~aiQ·~!' Jac~~s 01\,~tene~~. An~we Pinay, J~,j~~p,e~,,~~:.r·•·~~{ _,,,,.:,:.-··*"''

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... lp rue de l'Université, [Link] ·· ·
;.~~: ciireC,teur : Gaston PALEWSKI
· p•ident :Jean JAUDEL
portrait

André Malraux parmi les siens


·1 aurait à jamais marqué sa place parmi les
siens.
Malraux survivant devait affronter le
seul adversaire qui pouvait le terrasser et
André Malraux, colonel · le défigurer : le poids des ans, avec son
de la Résistance, ta: cortège de misères et d'honneurs. Ceux
commandant la Brigade qui l'ont aimé avec passion dans la ferveur
A [sace-Lorraine. de leur seize ans ne l'ont plus «reconnU>> .
Il a 43 ans. Fait ' Terrible vengeance de ce Dieu invisible
prisonnier au cours qu'il avait osé naguère défier et qui a eu la
d'une escarmouche, cruauté de le laisser vivre. Le plus grand
en août 1944, il a romancier de la révolution devenu collee- .
, échappé de très peu tionneur de cartes postales, ravaleur d'édi-
aux balles d'un peloton fices et commis-voyageur en chauvinisme,
d'exécution. Pour quelle tragique dérision !
avoir voulu, comme lui, Il faut dire, maintenant et ici, ce que
«Vivre dangereusement», personne n'a . osé dire en ces jours
Jean Prévost, 43 ans, trompeurs qui ont suivi sa mort : la lec-
et Antoine de Saint- ture des Conquérants a «fabriqué» autant
Exupéry, 44 ans, de fascistes que de communistes. Les
trouveront la mort jeunes gens qui lisaient Malraux dans
en ce brûlant mois cette période exaltante et pipée de l'im-
d'août 1944. Ce mois médiate avant-guerre, lisaient aussi Les
où Drieu la Rochelle réprouvés ; le seul écrivain avec lequel ils
devait, par deux fois, aimaient comparer Malraux était von Sa-
tenter de se tuer. lomon, cet autre terroriste. Malgré ses
André Malraux sera, lui, déclarations fièvreuses dans la fumée des
condamné à survivre. meetings communisants, son antifascisme
C'est-à-dire, fatalement, sentait le fagot. Même à la fin de la
à trahir sa jeunesse guerre, alors qu'il se préparait à rejoindre
aventureuse. le maquis, certains jeunes gens engagés
dans le camp déjà maudit des desperados
Malgré la gloire et ses baumes, le génie n'avait osé le dire depuis Zarathoustra du socialisme européen croyaient naïve-
et ses pompes, le destin d'André Malraux avec cette violence : Dieu est mort, mais ment qu'il allait basculer de leur côté
n'aura cessé d'être tragique.' Rarement un peu importe. Car, avant même la religion - justement parce que leur cause appa-
homme aura-t-il autant aimanté le mal- des dieux, les hommes ont connu la reli- raissait désespérée. Drieu La Rochelle
heur : son grand-père et son père suicidés, gion des morts . L'univers de Malraux était l'avait rencontré dans le Midi et aurait
sa compagne écrasée par un train, ses celui du pessimisme héroïque des vieilles souhaité lui faire choisir le camp des vain-
deux fils. tués dans un accident de voiture, légendes nordiques, celui où l'homme so- cus. Fasciné par Nietzsche plus que par
un frère fusillé et l'autre déporté sans litaire affronte un destin impitoyable. Ce Marx, le futur colonel Berger pouvait
retour. Tant de camarades abattus, mar- Flamand de Dunkerque renouait - sans hésiter. Il l'avait écrit : «Tout homme qui
tyrisés, disparus ... Quel long cortège pour jamais le dire - avec la vieille conception est à la fois actif et pessimiste devient
l'accueillir de l'autre côté du décor ! Il les germanique de l'homme et du monde. fasciste, à moins qu'il n'ait une fidélité
a rejoint, ceux des faubourgs de Canton, Malgré les artifices de la littérature, mal- derrière lui>>. Personne, finalement, n'a
ceux des sierras d'Espagne, ceux des ma- gré ses truquages et ses complaisances, jamais su quelle était la fidélité de Mal-
quis du Périgord, ceux des neiges Malraux apparaissait comme le dernier raux. Par là, il reste à tout jamais énigma-
d'Alsace . Le voici enfin à sa vraie place, survivant d'un univers tout entier dominé tique.
parmi les ombres. par la lutte éternelle. Il était salutaire Il faut en revenir à sa mort ratée en
qu'un romancier se dresse pour proclamer 1944. Quelle admirable carrière aurait
Le destin se sera sans doute montré que la vie, c'est d'abord le combat, encore alors été la sienne, de La voie royale aux
cruel, en différant si longtemps une le combat et toujours le combat. Il avait douze fusils. La condition humaine eut
échéance pour laquelle, plus que nul donné à son plus grand livre le titre in- pris sa vraie dimension - qui va bien au
autre, il semblait être né. De tous les solite de L'espoir, alors que tout son être delà d'un prix Goncourt dont on connaît
écrivains français, il reste celui dont proclamait que les forts n'ont rien à faire l'aune.
l'œuvre et la vie restent marquées, comme de l'espoir ou du désespoir, de la vérité ou La vraie place de Malraux se trouve
d'un sceau ineffaçable, par le signe noir de l'erreur, de la victoire ou de la défaite. parmi les siens. Ses compagnons d'une
de la mort . Au soir de son grand départ, même génération et parfois d'une même
nous l'avons vu à la télévision . Au milieu Finalement, André Malraux n'a connu résistance. Saint-Exupéry est né en 1900
de tant d'hommages figés et souvent im- dans sa vie qu'un seul échec, en échap- et Jean Prévost en 1901 (la même année
béciles, lui seul semblait soudain vivant. pant en août 1944 aux balles d'un pelo- que Malraux lui-même). Tous deux trou-
Mais c'était pour nous parler de la mort . ton d'exécution de l'armée allemande. veront une mort héroïque en août 1944.
Il situait, avec cette fulgurence un peu Alors lui a été refusé le destin qui était, Le romancier de Terre des hommes dispa-
hagarde qui faisait la joie des carica- normalement et volontairement, le sien. raît au cours d'une mission aérienne au
turistes et des imitateurs, le vrai problème C'est un mauvais tour que lui a joué le dessus de la France occupée, au moment
des hommes face au destin tragique. Nul sort en lui refusant la sortie héroïque qui même où l'essayiste de Plaisir des sports 25
portrait

est abattu par une patrouille lors du de paille, ce que nous avons vu renaître, l'Alsace, il s'efforçait alors, une dernière
démantèlement des maquis du Vercors. c'était la suite implacable des Possédés. fois, d'agir comme le commandait na-'
Ces deux-là ont eu la chance de ne pas Malraux s'est honoré à jamais dans son guère son frère Drieu. En restant fidèle à
vieillir et de mettre le point final, néces- salut fraternel à son ami-ennemi vaincu et sa jeunesse. Là encore, il n'a pas eu de
saire, à leur engagement. acculé au suicide par la lâcheté des médio- chance. Tandis que Drieu réussissait enfin
Août 1944, c'est aussi le mois ·où cres. Il a déclaré au professeur américain à se tuer, le 15 mars 1945 Malraux échap-
Drieu La Rochelle essaye vainement à Grover : «Je ne me suis jamais senti en pait à un terrible arrossage de mortiers
deux reprises de se tuer. Il ne réussira état de supériorité envers Drieu. C'est moi lourds. Quel dommage ! Sa légende aurait
qu'en mars 1945. Mais il a montré la voie. qui admirais Drieu. Je le considère encore été encore plu~ extraordinaire. Un peu
Il croyait qu'il ne faut pas mourir trop au comme un des êtres les plus nobles que comme si le général de Gaulle s'était tué
delà de cinquante ans. Il croyait aussi j'ai rencontrés)). en avion en débarquant sur le sol de
qu'on reste plus fidèle à une attitude qu'à Avec plus de trente ans de retard, An- France en juin 1944. Il est vrai que nous
des idées ... dré Malraux rejoint enfin ceux qui furent n'aurions pas pu lire Les chênes qu'on
Quelques voix se sont quand même ses amis et ses pairs. L'image qu'il nous abat. C'eut été dommage. Car c'est un
élevées pour rappeler la vieille, la solide, laisse est celle d'un colonel maquisard au livre admirable. La seule grande œuvre de
l'indéfectible amitié qui unissait Malraux visage émacié, aux yeux brillants, avec Malraux entre 1944 et 1976. C'est beau-
et Drieu. Mystère pour ceux qui ne une vieille canadienne et un petit béret coup et c'est peu.
peuvent comprendre la rencontre des basque comme on n'en voit plus depuis
âmes fortes . Des Conquérants aux Chiens trente ans. Dans cette boue sanglante de Jean MABIRE

Avant la guerre, on avait vu


André Malraux,
homme de gauche,
lever le poing à tous
les meetings des intellectuels
antifascistes. Après
la guerre, on le uerra, homme
de droite, sur les estrades
gaullistes. Le jeune
révolutionnaire exalté est
devenu un quinquagénaire assagi,
qui confie à Thierry Maulnier et
à Jacques Hébertot (ci-contre)
le soin de monter sur les
planches l'adaptation scénique
de «La condition humaine».
Le 8 mai 1943, Drieu, bon
prophète, avait prévu
le «virage» de son am i Malraux.
Il écrit, après l'avcir ·
rencontré clandestinement
à Paris : «Il ne croit ;; i:Js
à rien, nie la force russe,
pense que le monde n'a aucun
sens et va au plus sordide :
la solution américaine//.

Drieu la Rochelle et André


Malraux à leur table de travail.
Ils se sont battus
dans des camps opposés, mais
pour une même conception
tragique du monde. Jean
Lacouture décrit ainsi
la naissance de leur amitié :
«L'accord se fait aussitôt
sur les exigences d'un pessimisme
actif, rétif aux idéologies et
avide à la fois d'action et
de lucidité//. Malraux dira de
Drieu : «Je le considère comme
r-:=::;::::;;::
l'un des êtres les plus nobles
que j'ai rencontrés», et Drieu
dira de Malraux : «Je l'ai
estimé. Il n'est pas dupe, ni
des autres, ni mêr;ne de lui.
Frère en Nietzsche et
26 en Dostoïevski//.
-
chronique

Contre le réalisme !
idéologues. Il va beaucoup plus loin : il
s'attaque au réalisme lui-même, en quoi il
a parfaitement raison, nous pouvons,
mieux que jamais, le constater aujo!Jr·
• d'hui : la bigoterie marxiste, d'où est sorti
le trop célèbre «réalisme socialiste», et le
mercantilisme bourgeois, d'où est sorti
le réalisme tout court, ne sont que deux
aspects de la même perversion. Le Lord-
;naire de Stella, de Vigny, qui offre à
Chatterton une place de valet de chambre
à son service, préfigure Joanov qui, lui,
voulait obliger Prokofiev et Anna Akhma-
tova à vider les pots de chambre de la
bureaucratie.
Maurras écrit, dans Trois idées poli-
tiques : «Le bon peuple veut des modèles,
et l'on s'obstine à lui présenter des mi-
Oscar Wilde à 38 ans. roirs>>. Cette simple phrase résume tout.
Cet Irlandais Démocratie en politique et réalisme en
non-conformiste fut littérature reposent l'une et l'autre sur le
l'écrivain le plus même postulat erroné. De même que les
choyé de l'Angleterre masses populaires sont incapables de
du XIX ème siècle ... prendre au sérieux un pouvoir parlemen-
jusqu'aujour où taire, . dans lequel elles ne discernent que
le marquis de Queensberry trop bien le reflet de leur propre médio-
dénonça publiquement crité de même elles se lassent très vite des
ses mœurs homosexuelles. petits-bourgeois, des ouvriers, des ecto-
Après quelques mois plasmes, des sous-hommes auxquels nos
de travaux forcés, littérateurs voudraient les intéresser. Le
ils 'installa en France
succès d'un livre comme Papillon, succès
où, malgré l'amitié
parfaitement authentique, témoigne pour
d'André Gide, il finit
ses jours dans cette thèse : si Papillon a plu, ce n'est pas
une tragique solitude. ,.___.....;..........-- par son côté vrai, c'est au contraire par
son côté faux-dur, sa vanité, sa jactance ..
Il y a des auteurs faussement profonds, Papillon, c'est l'idéalisation de Dupont-
assuré que la couleur de la carrosserie
faussement sérieux, qui en imposent par la-joie, c'est le faux héros d'une époque
s'harmonisait avec celle de sa cravate ...
une certaine manière de dire, sans hu- qui ne manque pourtant pas de héros
Oscar Wilde était un dandy, c'est vrai,
mour, tantôt des platitudes et tantôt des véritables, mais ces derniers sont interdits
mais un dandy du genre Baudelaire, parti-
mensonges. Je ne cite pas d'exemples, le de séjour en littérature : pensez donc ! ce
san décidé de la culture, dans ce qu'elle a
lecteur complètera de lui-même avec cinq serait du fascisme !
de plus gratuit ; adversaire déclaré de tous
ou six noms d'écrivains qu'il n'aime pas ... ceux qui demandent à l'artiste de témoi- Le plus fort, c'est qu'en l'occurence,
Il en est d'autres, au contraire, qui gner, de militer, de dénoncer, d'être Dupont-la-joie n:a pas tort ! Il va, d'ins-
sont profonds avec humour, véridiques utile ; franchement allergique aux met- tinct, à la grandeur. Quand on ne lui offre
avec légèreté, originaux avec enjouement ; teurs en question, aux «démystifica- plus que de la fausse grandeur, il prend ce
qui manient volontiers le paradoxe, mais teurs», aux contestataires, à la flicaille qu'on lui offre ... Il fut un temps où un
sans tricher jamais ; qui ne se contentent idéologique. Dans un monde où le tiers Dickens, un Victor Hugo lui fournissaient
pas de briller pour briller, mais restent des terres émergées devient la proie des encore des personnages réellement exal-
toujours en contact avec le vrai, l'authen- «ingénieurs des âmes», des propos comme tants, émouvants, de bonne qualité, qui
tique, l'essentiel. Oscar Wilde est du les siens font plaisir à entendre ! On ne le l'aidaient à extérioriser le meilleur de lui-
nombre, et particulièrement dans Inten- dira jamais assez : la littérature dite enga- même. Aujourd'hui, n'ayant plus le choix
tions, Je recueil d'essais d'où est extrait gée n'est pas même une littérature de qu'entre la vraie médiocrité des per-
l'article :The decay of Lying (1). combat, puisque nous sommes priés de sonnages de Françoise Sagan et le faux
Ici, comme d'ailleurs dans Le crime de nous engager tous du même côté ... C'est héroïsme de Papillon, faute de mieux il
Lord Arthur Savile ou Le portrait de une . littérature de carriéristes, d'oppor- choisit Papillon !
Dorian Gray, nous sommes très loin de tunistes, de lèche-bottes qui feront ré- Voilà pourquoi on ne peut que donner
l'image de marque d'un Oscar Wilde au- gner, si nous n'y prenons garde, un mora- raison à Wilde quand il dit que la bonne
teur à la mode , boulevardier, homosexuel lisme encore plus cafard et desséchant littérature est, par définition, artificielle,
mondain, préraphaélite, bibeloteur, cou- que l'Inquisition à Madrid ou Calvin à et que l'écrivain digne de ce nom, loin de
vert de gigolos blonds, de cigarettes à Genève. . prendre modèle sur la réalité, lui impose
bouts dorés, de dragons chinois, et ne Mais ce n'est pas tout. Wilde ne se au contraire ses modèles ; de là les déli-
montant dans un taxi qu'après s'être contente pas de braver les moralistes, les cieuses, les impertinentes formules sur la 27
chronique

nature qui imite l'art : «Avez-vous remar- Dürrenmatt, aux romans de Michel Tour- gnol il convient de respirer une rose-
qué comme il y a du brouillard, à nier ... En littérature comme en économie marionnette, une rose en papier. Vous me
Londres, depuis la peinture impression- et en sociologie, la «gauche» est déjà direz que la rose en papier n'a pas de
niste ? >> De là aussi le charmant apologue dépassée. parfum... Peut-être, mais c'est tout de
du menteur : Un jeune villageois avait Mieux encore : même ·les grandes même en elle qu'on croira, non en la
coutume de se promener seul en forêt. Au œuvres réalistes sont grandes seulement véritable. La rose de Guignol, je la veux
retour, quand les gens du pays lui deman- dans la mesure où leurs héros sont exem- large comme une soucoupe, pommée
daient : «Qu'as-tu vu? » il répondait qu'il plaires, atteignent à la tragédie, au mythe, comme un chou-fleur, coloriée d'un beau
avait vu des nymphes, des satyres, des à l'épopée. C'est le cas de César Birot- vermillon ! Tout autre serait inodore ...
faunes ... et tout le monde était content. teau, de La cousine Bette, de Madame Passons au cinéma, art réaliste par
Mais un jour, en se promenant, il vit réel- Bovary, deL 'Assommoir, de Nana, de La excellence, disent les cuistres démocrates.
lement des nymphes, des satyres, des terre - sans parler de Salammbô qui est En réalité, le cinéma, c'est bel et bien,
faunes... Ce soir-là, quand les gens lui romantisme pur ! comme l'a dit je ne sais qui, «l'usine à
demandèrent : «Qu'as-tu vu? » Il répon- Les écrivains dignes de ce nom savent rêves». Il ne va jusqu 'au bout de lui-même
dit : «Je n'ai rien VU». Ce garçon était, très bien qu'il faut y regarder à deux fois ·que dans l'onirisme, le trucage, le fantas-
bien sûr, un écrivain de bonne race : à avant d'utiliser un «petit fait vrai» dans tique, l'héroïque, le burlesque, l'anima-
partir du moment où les nymphes, les une œuvre de fiction. S'il est trop «vrai», tion, le ballet cosmique· - bref, l'impos-
satyres, les faunes, c'était «comme dans la il paraît faux, il gâte irrémédiablement sible. Je me souviens encore de mon
vie», ça ne l'intéressait plus, ce n'était l'ensemble. On raconte que Balzac, avant écœurement quand j'ai vu La bête hu-
plus son boulot ... d'écrire Eugénie Grandet, se faisait racon- maine de Renoir, ce navet, cette dérision,
ter quelques traits d'avarice provinciale. cet étalage de petitesse, d'ouvriérisme
Les partisans du réalisme oublient trop Une de ces anecdotes, je ne sais laquelle, étriqué, sans chaleur et sans poésie. Le
facilement une chose : dans l'histoire de l'enthousiasma. Mais tout de suite après, roman de Zola est mille fois plus «ciné-
la littérature universelle, le fantastique il ajoutait : matographique », dans le meilleur sens du
n'est pas l'exception, mais la règle. -Dommage, c'est trop vrai ! Ça n'ira mot. Pourquoi ? Parce que Zola, quoi
L'école réaliste n'intéresse vraiment pas ... qu'il en pense, est avant tout un extraor-
qu'une période très restreinte, période qui «Je n'ai rien vu», disait le menteur dinaire créateur de fantasmes. Son univers
correspond, ce n'est pas par hasard, avec d'Oscar Wilde. est fascinant, parce que tout entier sorti
le règne de la bourgeoisie : seconde moitié de lui.
du XIXème siècle et début du XXème. Balzac savait, d'instinct, qu 'un bon ro- Lorsque j'essaie de me rappeler mes
Dès maintenant, nous voyons, chez les man n'est pas plus un copie ou un miroir grands classiques, les films qui ont mar-
meilleurs de nos contemporains, s'ébau- de la réalité, que les élites d'une nation ne qué ma vie, ceux que j'ai envie de revoir
cher un nouveau romantisme : songeons sont les «représentants» du peuple. comme j'ai envie, tous les quatre ou cinq
seulement aux autobiographies imagi- Un autre exemple : Guignol entre en ans, de relire Les Misérables, Guerre et
naires de Céline (mais qui nous rendra le scène, une rose entre les bras, et en aspire paix, ou David Copperfield, je pense
manuscrit perdu du Roi Krogold ? ), aux le parfum. Mettrons-nous entre les bras de d'abord à Bajaja, de Jiri Trnka, au Nos-
contes merveilleux de Marcel Aymé, aux la poupée une rose naturelle? Evidem- feratu de Murnau, à King Kong, à Ivan le
visions de Boulgakov, aux paraboles de ment non, personne n'y croirait. A Gui- Terrible d'Eisenstein, à Huit et demi de
Fellini - un conte folklorique en poupées

ATELIER D'ART POPULAIRE animées, deux cauchemars romantiques,


un opéra parlé national-socialiste, et enfin
une extraordinaire autobiographie fan-
créations et copies d'objets traditionnels tastique, où le monde du rêve chevauche
continuellement le monde réputé réel.

ia$.,n,t J'ai appris depuis - et avec quel plai-


sir ! - que Fellini adorait le décor artifi-
ciel ; que même ses scènes de plein air
étaient, au moins une fois sur deux, tour-
Envoi du catalogue contre 3 francs en timbres nées en studio. On me citait la séquence
du repas dans la rue, de Roma. J'ai com-
"Biauwvoet Hove" -Tél. (20) 42.30.76 pris alors pourquoi cette rue était si con-
FRANK SEYDLITZ OCHTEZEELE - 59670 CASSEL vaincante, si présente, si vraie : c'est
qu'elle faisait partie de l'univers du film,
et non du «monde réel».
Oui, mille fois oui, Oscar Wilde avait
vient de paraître : raison : une œuvre d'art est bonne ou
mauvaise, mais elle n'est pas morale ou
Alain de Benoist - Pierre Bercot immorale, encore moins vraie ou fausse.
Ce qui la rend croyable, crédible, rece-
Jacques Dompaire -Julien Freund - Piet Tommissen : vable, ce n'est pas la part de vérité qu 'elle
peut contenir, c'est l'unité du style, la
force de l'imagination, la cohérence inté-
«DES ELITES POUR-QUOI .FAIRE?» rieure.
Pierre GRIP ARI
Actes du Xe colloque du G.R.E. C.E. (1) Oscar Wilde : «La décadence du men-
songe» . Ed. L'âge d'homme, Lausanne,
90 pages - 15 francs 1976 (diffusion: MLI, 54 rue de Bour-
28 gogne, 75007 Paris).
lecture

«Pavane pour une Europe défunte»


Jean-Marie Benoist (ci-desso us)
reproche aux «Eurocrates » d'avoir
cru que l'Europe pourrait renaître
d'un accord économique portant sur
des tonnes de fer ou de houille.
L'avenir de notre continent est
d'autant plus menacé que des Eglises
avachies prêchent le m essage
insipide d'une religion vidée
de signes et de sens, et que des
pédagogues ignares «veulent rendre
nos enfants amnésiques en tuant
en eux le goût pour l'histoire11 ...

«L'heure actuelle comporte cette ques- l'administration des choses se substituant Marie Benoist nomme «l'enlèvemem
tion capitale : l'Eurqpe va-t-elle garder sa au gouvernement des gens devait inéluc- d'Europe 11 et qui ressemble bien plutôt ~
prééminence dans tous les genres? L'Eu- tablement accoucher d'une civilisation. l'émasculation d'un continent où le5
rope redeviendra-t-elle ce qu 'e lle est en C'était confondre Bonaparte avec l'offi- Eglises avachies ne prêchent plus que le
réalité : un petit cap du continent asia- cier d'intendance, Richelieu avec le Comi- message insipide d'une religion vidée de
tique ? Ou bien l'Europe restera-t-elle ce té des forges . Ainsi donc «Un continent signes et de sens, aidées et soutenues par
qu'elle paraît :la partie précieuse de l'uni- vieux de deux mille ans allait chercher un une conjuration de pédagogues ignares
vers terrestre, la perle de la sphère, le remède aux affrontements les plus meur- «qui veulent rendre nos enfants amné-
cerveau d'un vaste corps ? 11. triers de son histoire dans un accord éco- siques en tuant en eux le goût pour l'his-
Cette question, que posait Valéry en nomique portant sur des tonnes de fer et toire et la philosophie 11, relayées par la
1919, il est clair qu'elle n'a rien perdu de de houille, et pensait l'avenir de sa culture «crétinisation des masses et des élites par
son actualité lancinante. A preuve ce re- et de son histoire dans les termes d'un une télévision docile, une presse démago-
marquable petit pamphlet que Jean-Marie Marché, d'un emporium, d'un vaste en- gique et un conditionnement des consom-
Benoist jette avec désinvolture dans la semble matérialiste uniquement occupé à mateurs de néant11, justifiées enfin par
mare bruxelloise des Eurocrates ronron- produire, à consommer et à échanger à 1,me caste de clercs rétrogrades «engluée
nants. Il ne cloue pas au pilori les Schu- l'intérieur comme à l'extérieur quoi ? des dans ses catégories intellectuelles issues
mann, les Monnet et autres pères-fonda- marchandises. L'Europe, l'Europe de d'un cartésianisme linéaire et désuet, d'un
teurs de l'Europe. Il leur reconnaît même Dante, de Chaucer, de Shakespeare, de fonctionnalisme anglo-saxon (.. .) et d'un
une certaine audace. Mais il n'a aucune Hume, de Gœthe, de Rousseau, l'Europe marxisme embaumé dans les délices
peine à montrer que nulle chair, nul soup- de Monteverdi, de Bach, de Mozart, troubles de la scolastique pusillanime11.
çon d'âme, ne s'attache au squelette des l'Europe de Stendhal, même l'Europe de Pour fustiger la pauvreté d'esprit des
institutions communautaires à partir de Napoléon, ruinée, anéantie, écrasée par la princes qui nous gouvernent- ces «eunu-
quoi les signataires du Traité de Rome lutte qu'elle venait de mener contre ques de la culture11 disait déjà
pensaient ingénument donner naissance l'hydre nationale-socialiste, contre la Bête Nietzsche - et pour railler l'abaissement
-ou re-naissance - à cette Europe qui de l'Apocalypse, allait se trouver con- de l' Europe sur la scène internationale et
git à la racine de nos plus hautes inquié- damnée à attendre son avenir politique, sa servilité complaisante à l'égard des
tudes. Où est la faute, où la faille, où culturel, sa nouvelle musique, son harmo- deux blocs, Jean-Marie Benoist retrouve
l'erreur, où le grain de sable? En ceci, nie et sa polyphonie d'un traité qui lui les accents vengeurs d'un Bloy, d'un
explique Jean-Marie Benoist, que notre parlait d'anthracite et d'acier trempé !11 Daudet, d'un Bernanos. Mais si l'on brise
sort a été réglé par des hommes atteints Cet avenir qui est notre présent atteste l'écorce de ce verbe imprécateur, c'est un
de myopie saint-simonienne pour qui de ce que, sans craindre l'allégorie, Jean- appel déchirant qui nous convie à ré in- . 29
lecture

venter l'Europe, «une Europe politique et folles, annihile nos consciences, paralyse broge ou un Bourguignon en face du Con-
culturelle fière d'elle-même, une Europe nos volontés : «C'est donc ce rêve améri- seil d'Administration d'I'IT? »
d'Armagnacs et de Bourguignons. Non cain qu'il faut continuer à exposer dans Ces quelques lignes de force n'épuisent
une Europe du melting pot et de la ses contradictions, ses simplifications abu- pas la matière d'un livre brillant, subtil,
Cette Europe revivifiée aux sources de sives et s~s faiblesses comme le mirage violent et courageux dont on aimerait ci-
son être, Jean-Marie Benoist va chercher auquel les Européens et les Français au- ter mille passages. Ce n'est pas à dire qu'il
son acte de naissance dans les 'écrits du raient tort de se confier comme à un entraîne toujours l'assentiment. Pour ce
général de Gaulle, non qu'il voue au fon- guide ... Réapprendre la différence, et la qui est de la forme , l'essayiste et le polé-
dateur de la Vème République un culte réapprendre aux Américains eux-mêmes, miste s'effacent quelquefois devant le phi-
fétichiste, mais parce qu'il lui reconnaît le refuser de construire l'Europe comme un losophe, de sorte que je me suis surpris à
mérite d'avoir essayé d'insuffler à melting-pot dissolvant et culturellement tourner certaines pages absconses avec
l'Europe «le courage d'être autre». Et sur- vassal de l'autre, telle est la tâche ... >> l'impatience ahurie d'un serf du Moyen-
tout différente de cette Amérique qui Réapprendre la différence ne signifie Age tombé dans un traité d'Alchimie.
nous est invariablement proposée en mo- pas détruire ce qui existe au profit d'une Fort heureusement, ces pages-là sont
dèle. Il ne s'agit pas de débonder un anti- utopie fragile et menacée, n'en déplaise rares et la démonstration n'en souffre pas.
américanisme puéril et superflu, mais de aux Girondins qui rêvent de poignarder Pour ce qui est du fond, ce n'est pas le
résister de toute la force de notre culture les nations de notre vieux continent au gaullisme de l'auteur qui me gêne.
et de notre spécificité assumée à ce que nom d'une très hypothétique Europe des Lorsque Drieu la Rochelle renvoyait dos
Jean-Marie Benoist nomme «le syndrome régions. «Celles-ci ne sont que de pauvres à dos le capitalisme américain et le com-
de la fatalité atlantique». C'est assez dire molécules flottantes, impuissantes et in- munisme soviétique accusés d'être les mo-
que l'ennemi n'est pas hors de nous mais décises lorsque le cadre national n'est plus dalités complémentaires d'une même
au plus profond de nous. Ce n'est pas là pour les dynamiser et leur donner la compétition industrielle déréglée dont
l'Amérique, qui est ce qu'elle est, mais le profondeur de leurs racines historiques ; l'Europe «saturée de matière, de matériel
rêve américain qui encombre nos têtes elles ne sont plus que la multitude éparse et de matérialisme» devait se détourner,
technocratie, ni une Europe de la raison soumise à la loi et au joug des archontes disait-il autre chose ? Non, ce qui me
d'Etat marxiste-léniniste, mais une com- supranationaux, quand ce n'est pas à rebute un peu, c'est la constante réfé-
munauté inventive qui sache trouver dans l'arbitraire d'un pouvoir économique rence à Jean Jacques qui culmine dans ce
la richesse de ses différences ajoutées la international, avide de les asservir pour chapitre annexe intitulé «Vers un contrat
cohésion de son identité». mieux les pressurer. Que pèse un Allo- social international». A mon sentiment, il
y a chez Rousseau un égalitarisme unifor-
misateur aux prolongements totalitaires
évidents qui est à l'exact opposé de ce
La jeunesse de Dante, respect mutuel des différences dont Jean-
parR. de Saint-Marceaux. Marie Benoist se fait par ailleurs l'avocat
Jean-Marie Benoist nous convie chaleureux. Quant à vouloir concrétiser le
à réinventer l'Europe. Une Europe, vieux rêve d'un statut juridique universel
fière d'elle -même et et égalitaire de type rousseauiste, n'est-ce
de sa culture, sachant «trouver pas le plus sûr moyen de préparer les
dans la richesse de ses différences conflagrations à venir ? La faillite du Wil-
la cohésion de son identité». sonisme devrait, à cet égard, nous inciter
Et non une Europe de metting pot, à la prudence.
à l'image de la société
américaine (ci-dessous) . Mais ces légers griefs sont bien peu de
chose comparés à tout ce qui dans le livre
de Benoist suscite l'attention, inspire la
réflexion, provoque l'adhésion. On sait
gré à un philosophe qui sait ce que parler
veut dire, de n'éprouver aucune réticence
à faire allusion à «l'âme des peuples», «la
personnalité des patries», «le génie des
peuples». Ces notions familières sous la
plume de grands conservateurs comme
André Siegfried, Salvador de Madariaga
ou André Maurois, nous étions plutôt ac-
coutumés à les voir tournées en dérision,
tant il était convenu que ces fumées de-
vaient se dissiper devant la seule réalité de
la lutte des classes.
Autre motif d'étonnement. Loin de
céder aux mirages du futur, Jean-Marie
Benoist montre une grande piété respec-
tueuse vis à vis du passé. Elle éclate dans
sa vibrante apologie du latin, dont on
souhaiterait, sans se faire trop d'illusions,
qu'elle parvienne aux oreilles du ministre
de l'Education nationale, dans son admi-
ration pour le Moyen-Age, dans sa réhabi-
litation des corporations étranglées par la
30 scélérate Loi Le Chapellier. Cette ouver-
lecture

ture d'esprit neuve est la bienvenue. Au


nom de la modernité, il était de bon ton
de récuser le passé, terrain vague du bal-
butiement et de l'erreur. On l'aban-
donnait volontiers aux réactionnaires en
mal de souvenirs pittoresques. Or voici
qu'un philosophe ose enfin poser en prin-
cipe que le respect du passé est le seul
fondement à la dignité d'une Europe qui
devra bien assumer son héritage si elle ne
veut pas entrer dans l'histoire à reculons.
Et que dire de ces appels répétés, insis-
tants, au «courage d'être autre», au «ré-
enracinement», au «respect mutuel des
différences». En soulignant les points de
convergence entre cette démarche et la
nôtre, il ne s'agit pas de gommer les dif-
férences irréductibles qui subsistent en
opérant une tentative de récupération
Jamais, en aucune autre circonstance et
pour un aussi grand nombre d'hommes, la DOMINIQUE
dérisoire et au surplus vouée à l'échec. Il nécessité de se procurer une arme ne fut
s'agit de cerner un climat, de situer un
aussi angoissante, vitale at dangereuse. VENNER
courant, de baliser un terrain que de Dans ce quatrième volume du « Livre des Rappels:
toute évidence nous sommes occupés à Armes » on trouve notamment:
défricher chacun de notre côté. - L'armement de fortune des premiers
L'Europe à laquelle nous rêvons, nous groupes de combat dans dix pays diffé·
rents.
LE LIVRE
ne la ferons pas en fulminant des ana- DES ARMES
- Les procédés de sabotage et le matériel
thèmes mais en jetant des ponts. de destruction. pistolets et revolvers 55 F
A cet égard il me semble important, - La radiographie du S. O. E. créé par
pour ne pas dire capital, que les vieilles Churchill pour « mettre L'Europe à feu». CARABINES
barbes de la philosophie mécaniste , les - L'organisation des parachutages et d.u
rabacheurs d'un existentialisme en faillite camouflage. et FUSILS
et les derviches tourneurs d'un. marxisme - Les parades imaginées par les troupes
d'occupation. de CHASSE 55 F
au parfum de Goulag, soient aujourd'hui - L'étude détaillée des armes conçues
.supplantés par une constellation de jeunes pour la Résistance et les missions LES ARMES
philosophes fougueux et impertinents sur- spéciales.
gis à la faveur de mai 68 - mais non dans DE COMBAT
Un v,otume 324 pages - 260 photographies 58 F Individuelles 55F
mai 68, la nuance est d'importance
comme on a tout loisir de le constater en
lisant le Marx est mort iconoclaste de JACQUES GRANCHER, éditeur Pensée Moderne 98, rue de Vaugirard - 75006 PARIS
Jean-Marie Benoist (1). Ces <<nouveaux
philosopheS)) qui publient dans les collec-
tions Figures et Théoriciens dirigées par
Bernard Henri Lévy chez Grasset ont
nom : Guy Lardreau, Christian Jambet,
Jean-Paul DoUé (dont il faut lire Voie
d'accès au plaisir), Françoise P. Lévy, Mi-
chel Guérin, et bien sûr Jean-Marie
Benoist qui, du Monde au Magazine litté-
raire, de la NRF aux éditions Hallier, bat
impétueusement la charge contre toutes
les vieilles lunes d'une pensée occidentale
coupable de tous les renoncements.
Ces <mou veaux philosophes», prenons
bien garde de ne pas les perdre de vue. Ils
ont beaucoup de choses à nous dire.
Comme nous avons beaucoup de choses à
leur dire. «<l est temps, ainsi que l'écrivait
Drieu dans Mesure de la France, de fon-
der une nouvelle Eglise, de revenir à la
philosophie, à l'exercice de la connais-
sance, au culte de la sagesse».
Pierre JOANNON

Jean~arie Benoist : «Pavane pour une


Europe défunte)). Ed. Hallier, 200 pages,
36 F.
(1) «Marx est mort» . Gallimard (coll.
«Idées»), 1970. 31
portrait

Georges Hilaire nous a quittés ...


La brièveté de son mandat ne lui permit
évidemment pas de réaliser les réformes
profondes qu'il méditait. Rompant avec
les méthodes administratives traditionnel-
les, Georges Hilaire voulait associer les
artistes à une réconciliation féconde de
l'art et de l'Etat par la mise en place de
structures collégiales et décentralisées.
Son projet, qui reçut d'ailleurs un com-
mencement de réalisation, ne visait rien
moins qu'à restaurer en France une
grande politique des Beaux-Arts qui, par
delà la rupture du 2qXème siècle et de la
société marchande, aurait renoué avec
une tradition ininterrompue de Charle-
magne à Napoléon. La pureté et la pro-
fondeur de ses intentions furent du reste
reconnues. En 1960, Georges Hilaire fut
réintégré dans le corps préfectoral comme
préfet hors cadre et admis à la retraite.
Après la Libération, Georges Hilaire
écrivit un maître-ouvrage qui, aujourd'hui
encore, pourrait constituer la charte
d'une renaissance artistique française, Les
lauriers inutiles (Nouvelles éditions la-
tines, 1949). Georges Hilaire y prône un
nouveau colbertisme en se faisant l'histo-
rien enthousiaste de la politique artistique
française et, par voie de conséquence, de
l'art français. Il n'est toutefois pas facile
d'extraire des citations de ce livre de six
cents pages. En voici une cependant, tirée
de son introduction :
«La question se pose, enfin, de savoir
si la vocation esthétique, qui est encore
celle de la France, n'est pas la plus propre
Georges Hilaire, d'après un portrait du p eintre Cheval. Son liure, «Les lauriers à définir et à justifier sa mission dans le
inutiles», aujourd'hui épuisé, mériterait d 'être réédité .. . et médité par l'actuelle monde modernè .
secrétaire d'Etat à la Culture, Mme Françoise Giraud. «Entourée de puissantes communautés
de peuples qui se partagent les richesses
Un simple prière d'insérer a annoncé, curieusement partager l'excellent critique matérielles du globe, dispose-t-elle de tel-
dans Le Monde , la mort de Georges Hi- de L'Humanité, Georges Besson, avec qui lement de ressources et de modes ori-
laire, survenue le 12 novembre dernier à Georges Hilaire entretenait les plus cor- ginaux d'activité qu'elle puisse s'abstenir
Ucel, dans cet étonnant village fortifié où diales et les plus fécondes relations en d'exploiter un privilège qui fonda, à tra-
il s'était retiré depuis plusieurs années et dépit de tout ce qui les séparait. vers les siècles, sa fortune et son pres-
qu'il avait aménagé avec un goût baroque De Derain au sculpteur Jean Carton, tige? Ce privilège demeure. La France
qui enchantait le visiteur. Georges Hillaire Georges Hilaire fut l'ami et le confident n'est plus appelée à jouer le rôle de
avait soixante-seize ans. Cette année en- des plus grands artistes français de notre Sparte. Ne peut-elle tenir celui d'Athènes,
core, les lecteurs de Valeurs actuelles et temps. Les fonctions qu'il avait occupées et les lauriers athéniens qu'elle porte, si
du Spectacle du Monde pouvaient jouir dans l'administration française lui avaient l'on en croit M. Berenson, vont-ils de-
de l'érudition et de ce sens extrêmement permis de prolonger ses inclinations par meurer des lauriers inutiles ?
aigu des valeurs esthétiques dont étaient une réflexion historique et politique, et «La France dispQse encore, au terme
nourries ses critiques artistiques. A l'intel- même par une action qui, si le destin en d'une longue gloire artistique, de sérieux
ligence il alliait enfin une connaissance avait décidé autrement, aurait vraisembla- moyens d'être Athènes et dans la pensée
précise des techniques, en peinture et en blement contribué de façon déterminante de l'auteur, vouloir être Athènes ce n'est
sculpture notamment, qui conférait à ses à la renaissance de la civilisation française pas s'épuiser à la recherche d'esthétiques
jugements un véritable caractère d'infailli- à laquelle il aspirait. Préfet de l'Aube en disparues, d'esthétiques qui n'ont jamais
bilité. Ses articles étaient portés en outre 1940, Georges Hilaire fut appelé par été surpassées ni réellement imitées. C'est
par une passion de l'art français absolu- Pierre Laval en 1942 au ministère de l'in- vouloir fonder sur l'art le système même
ment dénuée de partialité, une passion térieur. Mais ce n'est qu'en 1944 qu'il fut de la civilisation et utiliser à cet effet le
32 naturelle, cultivée et réfléchie que devait nommé secrétaire général des Beaux-Arts. génie de l'époque.
portrait

Analysant la spécificité de l'art fran-


çais, qu'il définit comme l'expression
d'une démesure intérieure, dénonçant les
illusions et les ravages de l'art pour l'art
(notion essentiellement bourgeoise),
Georges Hilaire propose un ensemble de
mesures propres à sauvegarder le patri-
moine national et, tirant les leçons de
l'histoire, celles qui feraient de l'Etat
l'animateur, sinon l'inspirateur, de la vie
artistique et de ses nécessaires révo-
-= lutions.
((La France, écrit-il, n'a guère compté,
du Xème au XXème siècle, dè souverains
spirituels ou temporels qui n'aient plus ou
moins mesuré la nécessité d'incorporer le
talent individuel à l'entreprise d'intérêt
pratique, l'entreprise d'ensemble, faute de
laquelle ce talent s'exaspère, s'abâtardit
ou s'atrophie. Et ces souverains ne de-
mandaient aux artistes rien d'autre que ce
qu'ils pouvaient fournir. Ils leur deman-
daient de s'en remettre à leur libre inspi-
ration, sachant bien qu'en matière d'art il
n'y a pas de contrainte profitable ni
même possible )) .
Georges Hilaire ajoute alors : ((Car,
lorsque nous reprochons à la peinture au sommaire du dernier numéro (numéro 29):
française d'après-guerre son instabilité,
son arbitraire, ses contestables révolu- Konrad Lorenz : Pathologie de la civilisation et liberté de la
tions, ce ne sont point les artistes que culture . .
nous prenons à partie, mais bien une so-
ciété qui entretient la précarité et la fri- Jean Dutourd : Les ravages de la morale.
volité de l'art, faute d'en désigner et d'en Georges H. Bousquet :Pareto sociologue : un survol.
consolider les réussites. C'est alors que la
peinture est l'expression de (d'art pour François Dirksen : Caspar David Friedrich, peintre de l'intériorité
l'art)) . C'est alors qu'elle a toutes les ex- romantique.
cuses à vagabonder, à n'être plus qu'un
bateau à la dérive, un ((bateau ivre)) sans Pierre Pascal :L'inimitable exemple de Yukio Mishima.
amarres, sans port, sans domicile, abor- Arthur R. Jensen : Génétique, éducabilité et différences entre po-
dant ici, échouant là, au gré d'impulsions
contradictoires, au gré de la spéculation pulations.
intellectuelle et commerciale, au gré de la Georges A. Heuse : Race, racismes et antiracismes.
mode)) .
Pour Georges Hilaire qui, par là, re-
Et les rubriques habituelles : bibliographie, recensions, courrier,
joint le Giraudoux de Pleins pouvoirs, etc.
l'art français exprime le génie historique
de la France. Les propositions qui en Ce numéro : 160 pages - 28 francs
découlent ne sont pas toujours libérales.
Ainsi de celle qui consisterait à limiter la
propriété artistique : un tableau de Char-
din ou de Cézanne n'appartient pas seule- NOUVELLE ECOLE BOITE POSTALE 129-07 75326 PARIS CEDEX 07
ment, selon lui, à son acquéreur, mais
aussi à l'ensemble de la communauté na-
tionale. Et son (Wolbertisme)) vise princi-
palement à affranchir l'art français d'une Bulletin de commande à découper ou à recopier
loi du marché qui, depuis la parution pro-
phétique des Lauriers inutiles, n'a cessé NOM . . . . . . . . . . PRENOM .. . .... .. ... . .. ... . . ..... .. . . .
d'élargir sa malfaisànce. L'idéologie qui
règne aujourd'hui en France n'incite mal- ADRESSE
heureusement guère à l'optimisme, et il
est à craindre que les lauriers athéniens
dont parlait Georges Hilaire ne soient désire recevoir ....... . exemplaire(s) du numéro 29 de Nouvelle Ecole
pour longtemps inutiles, sinon irrémédia- (l'exemplaire : 28 francs), et verse la somme de .... .... francs par
blement fanés. chèque bancaire ou postal (ci-joint) à l'ordre de Nouvelle Ecole.

Jean-Louis VOISIN 33
nouvelles de 1•édition

églises de bois norvégiennes, 1928, à Berlin, une Société


ainsi qu'une documentation de philosophie empiriste
Chansons normandes sur les feux de la Saint-Jean.
(Le numéro: 12 F. Ed. Heim-
(Gesellschaft für empirische
Philosophie), qui compta par-
dal, B. P. 124, 14402 Bayeux mi ses membres Alexander
Les éd. Heimdal, qui se suscité à la fin du siècle der- Cédex). Herzberg, Kurt Lewin, Walter
sont consacrées à l'étude de nier, à J'occasion du mouve- Dubislav et Carl G. Hempel.
l'héritage nordique en Nor- ment de renouveau national A partir de 1930, il fut avec
mandie, ont sorti leur premier et culturel dont les princi- Rudolf Carnap le co-directeur
disque. Il s'agit d'un récital paux représentants furent Al- de la revue Erkenntnis, dans
folklorique du «P'tit Capé
d'Brix», groupe cotentinais
fred Rossel (1841-1926), Al-
fred Noël (1883-1918), Louis
En bref .. laquelle s'exprimaient les
principaux représentants du
fondé en 1965, à la suite d'un Beuve (1869-1949) et Cercle de Vienne (Wiener
feu de solstice organisé à Fernand lechanteur • Une bonne nouvelle pour Kreis) et de l'école de l'empi-
Brix, qui s'est donné pour de- (1910-1971). Ce sont des les amis de Wagner : la Tétra- risme logique. Emigré en Tur-
vise la parole du poète Louis chansons de ces auteurs, no- logie sera donnée à l'Opéra de quie, puis aux Etats-Unis, au
Beuve: «Voix du sang, voix tamment d'Alfred Rossel et Paris au cours des deux sai- début des années trente, il
du sol, partout notre mé- d'Alfred Noël (et aussi de sons 1976-77 et 1977-78. mourut en 1953 à Los An-
moire vous enclôt, vous Cotis-Capel, dont le célèbre L'Or du Rhin sera représenté geles. Son principal ouvrage
étreint .. >> . «Men Cotentin ou quoeu d'là les 12 et 14 janvier pro- traduit en français, A tome et
Il ne s'agit pas de chansons mé» ), qui sont interprétées ici chains ; La Walkyrie, les 19, cosmos, a été publié chez
du répertoire normand d'ex- par Je «P'tit Capé d'Brix». 22 et 25 janvier. La direction Flammarion.
pression française («Les gars Par ailleurs, les éd. Heim- musicale sera confiée à Georg
Solti et Edward Downes; la Scientia : Via Guastalla 9,
de Senneville», «La rosé au dal poursuivent leur pro- 20122 Milano. (Vol. 10, An-
boué», «La lurette>>, etc.), gramme de publication . Le mise en scène, à P. Stein et
K. M. Gruber. D'autre part, le nus LXIX, Nr. 9-12/1975. Le
mais de chansons en dialecte Nr. 20 (été 1976) de la revue numéro : 6500 lires).
normand. Ce dialecte, qui Heimdal est particulièrement Théâtre des Arts de Rouen
évoque le souvenir d'une épo- réussi. Il comporte une étude annonce une représentation • Le grand journal ouest-
que où les langues picarde, de Georges Bernage sur «Le de Siegfried pour le dimanche allemand Die Welt a publié, le
normande et française, exis- mystère des labyrinthes», un 12 décembre. 11 novembre dernier, un im-
taient sur pied d'égalité, a res- essai d'Eric Eydoux sur les • Le professeur Cyril D. Dar- portant article de M. Günther
lington, auteur de nombreux Deschner, membre du comité
ouvrages sur la biologie de de rédaction de Nouvelle
SDTTisi ER. l'homme, vient de remettre école (Der Streit um Gene
aux éd. George Allen & Un- und Milieu - und die Biologie
M. Giscard d'Estaing win, à Londres, le manuscrit hat doch recht), sur les tra-
d'un nouveau livre intitulé vaux récents concernant l'in-
déjeune avec des écrivains The Little Universe of Man. fluence respective de l'héré-
M. et Mme Valéry Gtscard Une ·large section de ce texte dité et du milieu dans la for-
agissaient neanmoins, pa1
d'Estaing ont été les hôtes, leurs écrits, sur l'opinion. est consacrée aux problèmes mation de la personnalité.
ieudt 9 décembre, d'un déjeu- Entr avtar - r· t - de la génétique de !'-intel-
ner qui réuntssait autour de cra t ue - e -au- e • Gabriel Matzneff prépare
M. et Mme Edgar Faure, en mocra gu; quz zgura ent ligence et au rôle de facteurs actuellement une nouvelle
l'hôtel de Lassay (Assemblée au menu, le président de la socio-éducatifs dans J'évolu-
nationale), une diZaine d'écri- République a évoqué avec ses édition du Défi, ouvrage qu'il
vains et d'intellectuels, parmt convives un certain nombr~ tion des cultures. Cette publi- avait publié à la table ronde
lesquels Mmes GisY[ Haltml de problèmes d'actualité : le cation doit faire suite à un en mars 1965, et qui était
Breffi•· _omt:u..wv · tiers-monde, les rapports du
autre ouvrage qui avait fait
. · : MM. .Jeam protocole présidentiel et de la complètement épuisé. Cette
/Jiw.l, htlfff;5 Soll~s. ~ vie privée, le marXisme, la grand bruit : The Evolution nouvelle édition, dont la sor-
Jlarthes __!!_gr ~' peine de mort, contre laquelle
oger Stéphane mmanuel il s'est prononcé sans amba-
of Man and Society (George tie est prévue pour Je prin-
Le Roy-Ladurie. ges, et n'a pas esquivé les Allen & Unwin, London, temps, comprendra Je texte,
questions relatives à Jacques 1969). Il s'agissait d'un vaste
Ce cho!n élajt siqnitie,~tif Chirac. dont tl pense qu'il ne paru à J'origine dans Le Figa-
d'une mcîna ton versd·u; le privera pas du soutien et panorama de l'histoire de
S1eurs înfelleclue!s cat_l91; ro, sur la dispersion à Rome
des voix des gaullistes histo- l'humanité qui est actuelle-
§ues dans'opposdwm. chacun riques. des cendres de Montherlant.
es convives n'a ependant ment en cours de traduction;
accepté de ne représenter que en France, pour Je compte • Le Cercle René-Schickelé,
lut- mi!me et ret usé toute
signt/ication politique à sa des éditions Copernic. affilié à l'association
participation. Roland Barthes, «Défense et promotion des
par exemple, est compagnon • Le dernier numéro de la langues de France», et qui mi-
de Mme Lucie Faure au iury revue Scientia, publiée en Ita-
du vrix Médicis. · lite pour le bilinguisme en
lie, est consacré à J'un des- Alsace-Lorraine, vient de faire
maîtres de la logistique mc.:>- paraître un recueil de
derne : Hans Reichenbach.
chansons pour enfants : Lie-
On y trouve des articles de
derbuch üss 'm Elsass. Cette
Pasquale · Tucci, Pietro Re-
brochure est surtout destinée
dondi et Piero Caldirola, ainsi
aux maîtresses d'école mater-
qu'un article de Reichenbach
nelle et aux personnes s'occu-
sur la conception relativiste
pant de J'encadrement des
du temps (Die relativistische
jeunes enfants. Prix franco :
Zeitlehre). 5,50 F. (Cercle René-Schicke-
Né à Hambourg en 1891, lé. 31 rue Oberlin,
34 Hans Reichenbach fonda en 67000 Strasbourg).

commun1sme

«Le tombeau vide»


vide, Miron Bergmann, ancien responsable
de la commission de «contrôle idéolo-
gique» au Comité Central du Parti Com-
muniste de Roumanie, structure de mani-
pulation interne assurée, secrètement, par
le KGB soviétique, démonte, précisément,
le mécanisme du nouveau pouvoir com-
muniste de l'Est, qui, _en fait, est le même
depuis Pankow jusqu' à Pékin. Ainsi l'im-
portance décisive du récit de Miron Berg-
Miron Bergmann, Juif roumain
d'origine bourgeoise, ancien •
responsable de la commission
• mann vient-elle du fait que, pour la pre-
mière fois sans doute, on nous montre la
conspiration mondiale du communisme
de «contrôle idéologique» non seulement de l'intérieur, mais encore
du PC roumain. Il a fondé et surtout depuis la plate-forme ultime de
toute sa carrière politique son pouvoir central, là où, au-delà de ce
sur ce qu'il appelle lui-même qu'ils appellent, eux, la «ligne rouge», la
sa propre abjection. Jamais, ligne à partir de laquelle un élément de
les techniques de manipulatien, l'appareil clandestin, arrivé au sommet de
de provocation et de délation la «spirale ascendante», est considéré
qui constituent le fondement comme hors d'atteinte, le communisme
du système communiste, n'ont été .débouche, lui aussi, en direct, sur la trans-
relatées avec autant de précision histoire. Et là, c'est en s'organisant en
que dans le livre de Miron groupes intérieurs du pouvoir suprême,
Bergmann, «Le tombeau vide» . ultra-secrets, en une «couronne occulte»
Un récit narcissique de groupes d'activisme avancé aux buts
et masochiste. qui n'ont absolument plus rien à voir avec
Ce n'est pas sans une singulière satis- négatives au pouvoir, la vie est là, tragi- .les objectifs primaires, avoués, du mar-
faction que j'ai suivi la belle carrière d'in- quement, où les ténèbres se font, envers xisme-léninisme, que le communisme
différence obtenue, auprès de la critique, elles-mêmes, ténèbres, au cœur même du mondial répond aux sollicitations irrésis-
par le récit autobiographique de Miron plus profond oubli de la vie, au cœur tibles, aux lignes de force invisibles de la
Bergmann, Le tombeau vide. J'y inter- même du dispositif ennemi. La vie et la transhisto ire.
cepte une confirmation majeure, une de vérité de la vie ne sont plus, aujourd'hui, Cependant, si la «couronne occulte»
plus, du déclin à la fois misérable et que là où la vie et sa vérité vivante se de la «spirale ascendante» apparaît
atroce qui marque le chemin des faisan- donnent pour définitivement perdues. comme un ensemble de groupes intérieurs
dages intimes d'une littérature à l'agonie, Aussi Miron Bergmann en vient-il à du pouvoir communiste mondial à son
d'une civilisation appelée à subir le écrire: «Voici que change, sous la sur- niveau suprême, ceux-ci, les groupes inté-
contre-coup de sa propre trahison envers face, la face invisible du monde. Voici rieurs, ne se trouvent pas engagés, tous,
elle-même. Car les temps sont venus, que que va changer sa face visible. Dès l'ins- dans la même direction idéologique, loin
d'aucuns avaient si bien prédits, où le tant qu'il me fut donné de comprendre la de là. En fait, à l'heure actuelle, on y
règne, la puissance et tous les avantages marche de l'histoire ·n on pas suivant les décèle deux grandes orientations anta-
de la certitude appartiendront aux anti- analyses primaires, conventionnelles, gonistes : les groupes suivant l'attraction
valeurs agissantes d'un nihilisme subal- avancées par les premiers cercles visibles de l'occultisme juif, essentiellement axés
terne et dissimulé, sournois, les temps du du pouvoir du Parti, mais selon la dialec- sur la Kabbale juive, et, face à ceux-ci, et
ressentiment et de l'inversion honteuse de tique vertigineuse des signes inscrits dans déjà comme en les enserrant dans un étau
la vie, de cette vraie vie dont ils ne l'exercice même du pouvoir, le pouvoir de fer, les positions des groupes suivant
veulent plus, ces «hommes de l'immé- s'ouvrit à moi et je commençai d'être une «ligne géopolitique» nationale et con-
diat>> entrevus par Dostoïevski dans son moi-même un concept intérieur, agissant, tinentale. Ces derniers, on. pourrait les
cauchemar visionnaire, puisque la vie, la du pouvoir révolutionnaire en marche dé[Link] comme redevables d'une sorte
grande vie n'en a jamais voulu, ni d'eux- vers l'heure de l'Endkampf pour la domi- d'exacerbation nationaliste de limite,
mêmes ni de leur minable sous-destin . nation totale du monde et la fin de l'his- voire même comme un «supernatio-
Car, disait Rimbaud, la vraie vie est ail- toire. Le communisme n'est pas le com- nalisme» de portée et de dimensions con-
leurs. Elle est là où, face à la mort et aux munisme, du moins tel que le définissent tinentales . Un «supernationalisme» assez
renouvellements infinis de la mort, la vie les pouvoirs en place. Il est le masque de proche, en dernière analyse, des visions
s'invente sans cesse les contre-stratégies la prédestination qu'à revêtu l'Europe de géopolitiques, à la fois «cosmogoniques»
de sa continuation secrète. Sous l'emprise l'Est pour reprendre après des siècles sa et .«transhistoriques», d'un certain natio-
totalitaire de ces ténèbres, l'éclat de la vie marche en avant» (page 293) . nal-socialisme allemand à ses origines oc-
qui continue n'apparaît plus en plein Mais, à supposer, suivant Miron Ber- cultistes et révolutionnaires («Le Tom-
jour, car il n'y a plus de jour, et encore gmann, que le communisme puisse ne beau Vide», p. 293: «la révolution ressus-
moins dans les fausses certitudes d'un plus être le communisme, où se cache-t-il, cite les dieux de la race ensevelis par la
jour qu'entretiennent, pour d'obscures aujourd 'hui, le formidable . secret de ses conjuration chrétienne et romaine») -
raisons, le mensonge et le crime des forces nouveaux pouvoirs ? Dans L e tombeau Les groupes d'influence judéo-kabba- 35

commun1sme
listique de la «couronne occulte » du com- d'une vérité souvent trop intolérablement
munisme au pouvoir en Roumanie et dans nue, ou trop déchirante. Car ce livre, en
le Sud-est européen sont représentés, dans tout cas, est extrêmement piégé en pro-
le récit de Miron Bergmann, par l'action fondeur, les faux-fuyants de sa réalité ali-
de l'Institut pour les relations internatio- mentant. sans cesse la réalité finale, la
nales, dirigé par Leiba Katz, alors que les réalité étonnement obstinée de ses faux-
groupes d'influence nationale de la «ligne fuyants .
géopolitique» en viennent à s'y emparer «<l n'est d'ailleurs pas impossible, écrit
du pouvoir à travers la montée souter- Miron Bergmann, que chaque personnage
raine, à travers la longue marche politico- de ce livre soit, comment dire, la figure
organisationnelle des cellules secrètes mo- voilée, dissimulée, d'un tout autre person-
bilisant les anciens des écoles militaires et nage , et que l'architecture de ce livre soit
leur homme de pointe, responsable du elle-même le cryptogramme d'aveux
département politique général des Forces autrement profonds et compromettants
armées et futur secrétaire général du Par- que ceux qu'offre au non-initié l'appa-
ti, Nicolas Ceausesco. rence de sa façade ».
Ceci dit, quelle est, dans Le tombeau
vide, la part de la littérature, et quelle est Jean PARVULESCO
la part du document ? S'il y a là de la
littérature, elle n'y est, il faut bien en Miron Begmann : «Le tombeau vide» .
convenir, que pour accélérer le vertige Jean-Claude Lattès éd., 352 pages, 45 F.

Ci-contre : une affiché


de propagande communiste
à Bucarest. Ci-dessous :
N icolas Ceaucesco (à gauche),
secrétaire général du PC,
·en compagnie du Chinois
.Teng Hsiao-ping et de
Leonide Brejnev. Accusé de
«cosmopolitisme», Miron
Bergmann dut prendre
le chemin de l'ex il.
Il avait cru sincèrement
aux principes philosophiques
du marxisme, tandis que
Ceaucesco, soutenu
par les forces armées,
préparait la liquidation
de la vieille garde
bolchevique.

36
forum

«conservatisme)) pourrait bien, demain, xième de la population de Cracovie était


devenir un élément de progrès. La qualité d'origine polonaise : les premiers heurts
Femmes au foyer de la vie passe par la défense et la promo-
tion de la famille.
entre Polonais et Allemands dans cette
région datent du milieu du XVème siècle,
Je crois qu'il serait bon d'informer vos et c'est peut-être, d'ailleurs, à la suite de
lectrices de l'existence de cette associa- ceux-ci que Niklas Koppernigk vint s 'éta-
J'ai beaucoup apprécié, dans votre dos-
tion. blir à Thorn en 1454. Il y épousa, en
sier sur la condition féminine (Eléments, 1462, la fille d'un patricien de la ville,
• numéro 14-15), les propos tenus par Mme Louise Cochet Barbara Watzenrode, dont la famille, silé-
Ariana Stassinopoulos. Son livre, que je Nanterre sienne elle aussi, était originaire de la ville
me suis aussitôt procuré, est d'ailleurs re- de Münsterberg et avait émigré à Breslau
marquable. Je regrette cependant que ***Voilà qui est fait, grâce à votre en 1351. Le père de Barbara Watzenrode,
vous n'ayiez pas parlé, dans votre dossier, lettre. L e siège de l'Association pour le Lukas Watzenrode, était maître-échevin
de l'Association pour le soutien et la pro- soutien et la promotion de la femme au et avait été juge de la Sainte-Vehme. Sa
motion de la femme au foyer. Je n'ai pas foyer ( ASP2F) est situé au 85 boulevard femme , née Katharina Peckau, venait de
adhéré à cette association car, ayant élevé Pasteur, à Paris 15ème. Magdeburg_ Sa sœur avait épousé Tilman
mes enfants, j'ai décidé, tardivement, de von Allen, burgrave et bourgmestre de
prendre un travail extérieur et je ne suis Thorn. Son frère était prince-évêque d'Er-
donc plus une «femme au foyer». Mais melande.
j'ai lu assez récemment un «tract» de
cette association qui m'a paru fort inté-
Copernic Tant du côté paternel que du côté
ressant et dont les idées rejoignent tout à maternel, les ancêtres de Copernic étaient
fait celles que vous avez exprimées dans J'ai lu avec intérêt l'article sur Coper- donc bien tous allemartds. Selon le mot
Eléments. Je relève au hasard cette cita- nic paru dans votre dernier numéro . Quoi- de l'écrivain français Yves Brancion («La
tion : «L'amélioration de la condition que relativement bref, il me semble précis ligne Oder-Neisse, frontière de guerre».
féminine doit être pensée au niveau du et bien documenté. Il y a cependant un Table ronde, 1968), Copernic fut ce
couple ... La tendance à l'identification au point sur lequel je voudrais revenir, c'est
qu'on appelerait aujourd'hui un «Alle-
nom d'un égalitarisme désuet et manifes- celui qui a trait à la nationalité de Coper- mand de l'Est». Ce qui, bien sûr, n'enlève
tement contre nature détruit la dyna- nic. M. de Benoist fait allusion à «Une
rien aux mérites des savants polonais.
mique du couple et réduit le mariage à fable persistante, constamment répétée
une forme d'association relevant des dans les pays de l'Est)), selon laquelle
seules conventions juridiques et sociales». l'auteur du De revolutionibus aurait été
polonais. Or, il n'y a pas que dans les pays
Cette association souhaite que les de l'Est que cette affirmation est propa-
femmes puissent librement choisir de tra-
vailler ou de rester au foyer (ce qui re-
gée. On la retrouve, par exemple, dans les
publications éditées par l'Unesco en
Saint Brendan
joint les propos d' Ariana Stassinopoulos), 1973, lors du 500ème anniversaire de la
et rappelle que le bilan économique du naissance du célèbre astronome. Cette Une erreur s'est glissée dans le dernier
travail extérieur de la femme n'est pas question ne me paraît pas d'une impor- numéro d 'Eléments à propos du voyage
toujours positif, aussi bien pour le couple tance essentielle, mais comme l'auteur de de Tim Severin à bord du «Brendam).
que pour la société. Une place de crèche l'article dit que «tous les ancêtres de Co- Celui-ci n'est pas parti de Tralee mais de
coûte environ 60 000 francs et les collec- pernic étaient d'origine allemande)), j'ai- Brandon Creek, dans la péninsule de
tivités locales supportent près de 60 % des merais bien être fixé à ce sujet. Dingle. Et loin d'être arrivé à bon port, le
frais de fonctionnement de ces établis- pauvre Tim Severin a été obligé d'aban-
sements (qui sont actuellement de l'ordre Jean-Claude Renouvin, donner son voyage à Reykjavic en raison
de 60 francs par jour et par enfant). Il va Meaux du mauvais temps. Le «Brendam) restera
de soi que l'absence de la mère est surtout ***La famille Copernic était originaire à Reykjavic pendant tout l'hiver et c'est
préjudiciable à l'enfant dont «l'éduca- de Silésie, plus précisément de Koppernig en mai prochain que Tim Severin et son
tion» est confiée à d'autres, c'est-à-dire bei Neisse, ville allemande (la consonne équipage tenteront de poursuivre leur
plus ou moins négligée. redoublée n'existe pas en polonais) située expédition. Ceci dit, cette erreur n'enlève
à mi-chemin entre Weidenau et Neisse. absolument rien aux conclusions que vous
C'est pourquoi l'un des objectifs de
Vers 1396, on trouve à Cracovie un tirez de cette intéressante aventure.
l'association est d'essayer de renouveler
l'image de la femme au foyer, de montrer Johann Koppernigk, commerçant de cui- Pierre Joanon,
que celle qui choisit de rester chez elle vre de son état. Son fils, Niklas, qui avait membre du Centre d'études
n'est pas forcément une «arriérée men- repris son négoce, était le père du savant. et de recherches irlandaises
tale» et que la tendance actuelle qui con- A cette époque, à peine plus d'un di- de l'université de Lille
duit des milliers et des miiliers de femmes
au bureau ou à l'usine n'est pas nécessai--
rement irréversible. Quelle indépendance -
gagne-t-on à ajouter la tutelle d'un patron
à celle d'un mari, pour 2 000 ou
2 500 francs par mois ? Combien de
femmes qui travaillent sont pour autant
dispensées des tâches ménagères, de ces
fameuses «corvées» dont parlent les mili-
tantes du MLF ? Il serait temps que la
société perçoive les méfaits d'une crois-
sance purement quantitative et prenne en
compte les coûts réels du travail de la
femme. Ce qui fait figure aujourd'hui de 37
éphémérides

NOVEMBRE soviétique procède à la «sta- 29 (1962) Cinq mois après la proclama-


bilisation de l'école>>, en fai- tion de l'indépendance, le
3 (1935) Au Comité central du PCF, sant rétablir les examens d'en- Parti communiste algérien est
Maurice Thorez déclare : «La trée à l' Université, les pro- interdit.
politique d'assimilation grammes, les horaires hebdo-
systématique de la bour- madaires et la discipline. L'ul- DECEMBRE
geoisie française met en dan- tragauche se déchaîne contre 1 (1936) Mort à Rome de Luigi Piran-
ger le développement intel- ces mesures. En 1929, la dello, écrivain et dramaturge
lectuel et culturel du peuple théorie de la «mort de italien, prix Nobel en 1934.
alsacien . Plus que jamais, les l'école» sera encore formulée 2 (1933) Mort du biologiste et généti-
communistes demandent que par Schoulgine, Pistrak et cien Erwin Baur, fondateur
la jeunesse alsacienne soit en Epstein. en 1914 de l'Institut de re-
mesure de connaître sa langue cherches génétiques de Dah-
maternelle». 20 (1936) A Alicante, José Antonio Pri- lem et, en 1927, de Kaiser-
4 (1576) La ville d'Anvers est occupée, mo de Rivera, fondateur de la Wilhelm-Institut für
dévastée et brûlée par les Phalange espagnole, est fusillé Züchtungsforschung de Mün-
Espagnols (4ème centenaire). par le Front populaire, au chenberg, co-auteur avec
5 (1963) Le professeur norvégien Helge pouvoir depuis le 16 février. Lenz et Fischer de Mensch-
lnstad annonce la découverte, Son successeur, Manuel Hédil- liche und Erblichkeitslehre
à L' Anse-aux-Meadows, au la, sera condamné à mort und Rassenhygiene.
nord de Terre-Neuve, des ves- (puis grâcié) par Franco.
4 (1334) Mort de l'antipape Nicolas V.
tiges d'un village viking. L'an- Sous son pontificat, il avait
tériocité des Scandinaves sur réalisé une fortune évaluée à
Christophe Colomb devient 25 millions de florins-or grâce
un fait acquis. à la vente des indulgences et
7 (1917) Profitant d'une absence de des absolutions. Il avait aussi
Kérensky, les marins du croi- publié une taxe de chancelle-
seur «Aurore» investissent le rie prévoyant le versement de
Palais d'Hiver de Pétersbourg. «76 livres et un sou» pour
Le soviet de la ville, dirigé par «les prêtres qui voudront
Lénine et Trotsky, y installe obtenir l'autorisation de vivre
un gouvernement bolchevik. en concubinage avec leurs pa-
Début de la «révolution rents». Le pape Jean XII le fit
d'Octobre». arrêter et étrangler dans sa
9 (1970) Le général de Gaulle meurt à prison.
Colombey-les-deux-églises, en 5 ( 362) Exécution du chrétien Peli-
Lorraine. Le 12, plus de nius, canonisé sous le nom de
8 0 rois, présidents, chefs Pélin. Le «dictionnaire d 'ha-
d'Etat et Premiers ministres giographie» de l'abbé Pétin
assistent à ses obsèques. Le dit qu'il fut mis à mort pour
soir, pendant des heures, une «avoir fait s'écrouler miracu-
foule innombrable remonte leusement un temple de Mars
les Champs-Elysées. par la vertu de ses prières».
11 (1799) Napoléon devient premier 9 (1641) Mort à Londres d'Antoon van
consul. Dijck, le plus célèbre peintre
13 (1862) Mort à Tübingen du poète néerlandais après Rubens de
Ludwig Uhland (Ich hatt' Charles d e Gaulle l'école de Brabant.
einen Kameraden). 10 (1520) A Wittenberg, devant le
14 (1860) Traité de Pékin. La Russie Elsterntor, Martin Luther
21 (1783) Pilâtre de Rozier et le mar- brûle solennellement la bulle
extorque aux Chinois la re- quis d'Arlandes, réalisant le
nonciation à la totalité des par laquelle le Vatican avait
premier voyage aérien de décrété son bannissement.
bassins de l'Amour et de
l'histoire, partent en aérostat 11 (1918) Naissance d'Alexandre Soljé-
l'Oussouri.
du château de la Muette et nitsyne .
15 (1630) Mort à Ratisbonne de l'astro-
atterrissent 25 minutes plus 12 (1943) L'abbé Jean-Marie Perrot, rec-
nome Johannes Képler.
tard sur la butte aux Cailles. teur de Scrivac, fondateur du
17 (1941) L'Etat français décide la créa- 23 (1943) L'aviation anglaise déverse «Bleunn Brug» et père spiri-
tion d'une Fondation fran- 2 300 tonnes de bombes in- tuel du mouvement breton,
çaise pour l'étude des pro- cendiaires sur la population est assassiné par un comman-
blèmes humains, dont la ré- civile de Berlin. do se réclamant de la Résis-
gence est confiée à Alexis 27 (1967) Au cours d'une déclaration tance, dont les membres ne
Carrel. seront jamais identifiés.
sur le Proche-Orient, le
19 (1920) S'adressant au Illème congrès général de Gaulle déclare : 13 (1714) Frédéric-Guillaume 1er inter-
du Komsomol, Lénine donne «Les Juifs, jusqu'alors disper- dit en Prusse les autodafés de
aux jeunes Soviétiques le mot sés, étaient restés ce qu'ils «sorcières» et les !<procès de
d'ordre : «Apprendre, appren- avaient été de tous temps, sorcellerie» .
dre, apprendre». Il ajoute : c'est-à-dire un peuple d'élite, 14 (1931) Mort de Gustave Le Bon à
«L'école ancienne avait, elle sûr de lui-même et domina- Marnes-la-Coquette.
"38 aussi, sa valeur et son utilité». teur». Ces paroles, plutôt élo- 16 (1770) Naissance à Bonn de Ludwig
Peu après, le gouvernement gieuses, font scandale. van Beethoven.
éphémerides

17 Dans la Rome antique, début mort au combat. Sa maison d'être garanti par l'or. La
des Saturnales. s'éteint avec lui. Le duché de monnaie américaine devient
18 (1737) Mort à Crémone du musicien Bourgogne, conquis par une simple Ùéancë-papier.
Antonio Stradivarius, le plus Louis XI, sera rattaché à la 18 (1028) · L'Anglais Wolfred, nommé
célèbre luthier de tous les · France (500ème anniver- évêque en Suède, est tué par
temps. Avec ses deux fils, saire). le peuple après avoir brisé à
Francesco et Omobano ; il fa- 6 (1806) Mort à Paris de l'ébéniste du coups de hâche une statue du
briqua et signa plus d'un mil- mobilier de la Couronne, dieu Thor.
lier de violons. l'Allemand Johann Heinrich 19 ( 18 6 5) Mort de Pierre-Joseph
21 (1972) Signature solennelle, à Ber- Riesener, établi dans la capi- Proudhon, précurseur du so-
lin-Est, du «traité fondamen- tale depuis 1774. cialisme français et du fédéra-
tal » consacrant la division de 7 (1483) Naissnce de François ·Rabe- lisme européen.
la nation allemande en deux lais. 21 (1535) Le roi François Ier, suivi. de
Etats souverains. 8 (1944) L'ancien chef de la Cagoule, ses trois fils, assiste à une pro-
22 (1876) Naissance à Alexandrie de Fi- Eugène Deloncle, chef du cession au cours de laquelle
lippo Tommaso Marinetti, MSR , est abattu à son domi- un protestant est brûlé vif à
fondateur ·du futurisme (cen- cile par la Gestapo. chacun des reposoirs installés
tenaire). sur les six places principales
de Paris. ·
23 (1968) L'anthropologue français Yves
22 ( 1 7 7 5) Naissance du physicien
Coppens annonce la décou -
André-Marie Ampère. Il édifia
verte , dans la vallée de l'Omo,
la théorie de l'éiectromagné-
en Ethiopie, d'un squelette
tisme, imagina le galvano-
d'australopithèque vieux de
mètre et inventa le premier
2,5 millions d'années.
télégraphe électrique. Il con-
25 (1066) Guillaume le Conquérant est tribua aussi au développe-
couronné roi d'Angleterre ment des mathématiques et
dans l'abbaye ~e Westminster. de la chimie.
26 (1890) Mort à Naples de l'archéolo- 24 ( 447) Mort de Genséric (Gaiserich),
gue allemand Heinrich Schlie- roi des Vandales: Né à Séville
mann. Commerçant à en 406, il bâtit un immense
Londres et à Pétersbourg, il empire et installa son peuple
avait découvert à parth de en Afrique, après s'être em-
1871 les sites de Troie, de paré de Rome et de .Carthage.
Mycènes et de Tyrinthe, en se Arien, il s'opposa aux menées
fiant aux textes homériques. du parti catholique
Il avait fait don du résultat de (1 500ème anniversaire).
ses fouilles à son pays.
28 (1621) Mort du pa·pe Paul V: Il avait
29 (1~26) Un décret du Saint-Office
fait · empoisonner la femme
condamne l'Action française.
d'un de ses frères , qui ne
Les catholiques sont tenus de répondait pas à ses avances,
rompre avec la doctrine de et avait eu plusieurs enfants
Gu stave le B o n
Maurras, sous peine d'exclu- de sa sœur, notamment le car-
sion des sacrements (cinquan- dinal Borghese, dont un doc-
tenaire). 9 (1969) Mort de Jean Baby, ancien
i1 professeur à l'Ecole des teur en théologie de l'époque,
30 (1878) Naissance de l'écrivain et phi- Nicolas de Marbais, dit qu'il
lo"sophe Erwin Guido Kol- sciences politiques, membre
influent du PC. Il avait décla- fut «tout à la fois son neveu,
benheyer. so·n fils et son ·mignon» .
ré au procès Kravchenko, en
janvier 1948 : «Personnelle- 29 (1943) Le biologiste Nicolas I. Vavi-
JANVIER ment, je. considère qu'il n'y a lov, prédécesseur de Lyssenko
1 (1677) Première représentation de jamais eu de persécutions po- à la tête de l'Académie
«Phèdre», de Racine (300ème litiques en URSS» . fédérale Lénine. des sciences
anniversaire). 10 ( 381) Un édit de Théodo~~ interdit agronomiques (V ASKliNIL),
2 (1492) Chute de Grenade. Le roi aux païens de tenir des assem- meurt ·dans un camp de con-
maure Boabdil capitule de- blées dans les villes. Il interdit centration s·oviétique. ·
vant l'armée espagnole. Chris- également aux . «hérétiques» 31 . (1964) Au cours d'une conférence. de
. tophe Colomb écrit dans son de se déclarer chrétiens - et presse,, le géri'éral de Ç:aulll!
«Journal» : «En ce jour, je vis fait don de lèurs églises aux recommande la -neutralisation
hisser les :étendards royaux nicéens. du Sud-Est . asJatique comme
sur les tours de l'Alhambra et 13. (1535) Désireux de lutter contre la étant le seul rrioyen d'éviter
le roi maure sortir de la ville» . propagation ·du protestan- l'~xtension du communisme
5 (1477) 'Devant Nancy, l'armée bour- tisme, le parti dévôt arrache à dans cette partie qu monde:
guignonne est battue par une François Ier un édit dé,c idant . Le président Johnson d~clare
coalition de Suisses, d'Alsa- la suppression de l'impri- qu'il n'appro'l,lv~ pas ce pro-
ciens et de Lorrains. Charles merie. pos et réaffirme _sa confiance
le Téméraire, fils de Philippe 17 (1968) Dans son message sur l'état de dans. une .«très prochaine vic-
le Bon, maître de la Flandre
et de la Bourgogne, trouve la
l' Union, le président Johnson
annonce que le dollar cesse au Vietnam. A-
toire» de r armée/ amédcaine
7

• 39

//
humeur

.Paris, ça suffit !
Les Parisiens que nous vomissons et 'vités), dans tous les secrets de notre vie, ·que les dents avec lesquelles ils s'atta-
auxquels nous crions «ça suffit ! », ce sont dans tous les rouages de notre société, quent au fromage national.
d'abord tous ces patrons de l'adminis- s'occupant de nous avant même que nous Ce que nous vomissons, ce sont ces
tration française, bardés de vanité, débor- venions au monde, pour nous suivre · imposteurs de la peinture, de la musique,
dants de suffisance, avides d'honneurs ~ .. encore longtemps après que nous ayipns du théâtre~ de la littérature, du cinértla et
ces patrons plus soucieux de se mettre en quitté cette terre. Neuf cents corps de autres formes d'art qui se seryent de Paris
valeur auprès du pouvoir en place· (et, en fonctionnaires cloutant le territoire de -à la gloire duquel l'ensemble des Fran-
temps de crise, auprès du pouvoir pré- leurs deux millions d'agents ayant mission çais de .qualité ont participé depuis les
sumé futur) que de mettre en valeur le de servir l'Etat d'abord, et, éventuelle- origines- comme d'une plate-forme de
pays au service duquel ils ne se consi- ment, à condition que ce soit compatible, lancement 'de leurs incongruités. Tous ces
dèrent que dans leurs demandes de déco- de servir les citoyens ... badigeonneurs, éclabousseurs ou fusilleurs
rations, plus difficiles à rencontrer que de toiles qui sont à Renoir, à Manet, à
leurs ministres, plus ignorants des choses Cézanne ce que les rats d'égout sont à
de la vie (je parle des choses simples et l'hermine. Tous ces batteurs d'estrade,
essentielles) que le dernier des paysans de branleurs de tringles, cabosseurs de casse-
la Lozère et du Cantal, plus jaloux de roles ou destructeurs de pianos qui con-
leurs prerogatives que le président de la fondent le bruit .avec l'harmonie. Tous ces
République lui-même, aussi méprisants péteurs, roteurs, déféqueurs et autres sa-
avec les élus qu'ils sont souples avec les lisseurs de nos scènes qui se voudraient
puissants du moment, aussi inflexibles en vulgarisateurs et qui ne sont que vulgaires.
général qu'ils sont coulants en particulier, Et tous les pondeurs d'insanités et les
ces patrons qui prétendent se mêler de filmeurs de parties dites fines qui ont fait
toutes nos affaires - quittes à les laisser du phallus le dieu de notre époque et du
pourrir quinze ans dans leurs classeurs - cul le fondement de la société. Tous ces
sous le prétexte qu'ils sont les seuls à barbares qui ont ramené la notion
avoir une vue d'ensemble des problèmes, d'amour à ce qu'elle était avant que nos
et les seuls à défendre les intérêts de la troubadours lui aient donné ses lettres de
collectivité. noblesse :l'acte de copuler.
Ce que nous vomissons, · ce sont les
neuf cents corps de fonctionnaires, tenta- Ce que nous vomissons, c'est ce qu'on
cules de la pieuvre centralisatrice, qui, à appelle le Tout-Paris, cette cour des
partir ·de ·Paris, nous enserrent dans les temps modernes, composée de quatre ou
mailles du filet le plus étroitement. tressé cinq cents parasites (Daninos estime que
ça pourrait aller jusqu'à deux mille «à
qui soit, avec leurs trente mille lois, trois
fois autant de décrets et dix fois plus de tout casser» .... selon la grandeur de la salle
où on les invite) du monde et même du
circulaires d'application. Neuf cents corps
de fonctionnaires dont il serait sou- demi-monde, qui se nourrissent de caviar
haitable que - tels ceux· de Courteline - et de potins, qui lancent des modes et des
ils ne fassent rien, car chaque fois que réputations, qui créent les fausses gloires
et calorimient les vraies, qui prétendent
l'un d'eux travaille, il y a au moins un
tout savoir et sont d'une bêtise égale à
citoyen, quelque part, qui est menacé.
Neuf cents corps de fonctionnaires répar-
tis dans un labyrinthe de vingt mille kilo-
mètres de couloirs, un· million de bu-
Gabriel leur prétention, qui accourent au premier
sifflement des puissants et méprisent le
reste de l'humanité, dont la culture se
résume à dix adjectifs et à autant d'ad-
reaux, cinq cent mille guichets, et un mil~
liard de tonnes de paperasses. Des fonc-
tionnaires calibrant le diamètre des œufs,
DOMENECH
Ce que nous vomissons, ce son't les
verbes, qui parlent avec des accents cir-
conflexes sur les voyelles et 'avalent les .
consonnes comme le firent, avant eux,
mesurant la largeur des fenêtres, étudiant · précie-q.x et précieuses, muscadins et mer-
la couleur des façades ou la forme des parvenus de la politique et de la fortune,
Rastignac aux -~ppétits énormes, qui se veilleuses, et comme le feront toujours
tuiles, encourageant l'élevage des escar- dindonÂ. et oies, qui vivent aux crochets
gots, homologuant la texture du papier . prennent pour l'élite du pays dès qu'ils
ont pénétré dans les salons dont on parle de la .société, et meublent leur ennui en
hygié.nique, contrôlant la qualité des
ou tutoyé leur Premier ministre ou sous- . sécrétant des éléments pour la détruire, et
pâtés de grive, de lièvre, d'alouette ou de
ministre, qui se dépèchent d'avoir leur se veulent la matière grise de la France .
foi!! gras, décidant des dates de ramassage
appartement dans le XVIème, ou leur alors qu'ils n'ent sont qu'un abcès... •
des fruits destinés à l'exportation, esti-
mant le prix de transport au kilo des villa à Neuilly pour échapper au commun,
caùavres en transit, etc. Neuf cents corps et oublient -jusqu'à la renier - leur pro- Ce texte est extrait du ·livre de Gabriel
de f onctionnaiies s'infiltrant dans tous les vince natale en . commençant par limer Domenech: «Paris, ça suffit !11 (Jean-
~cttl tie nos activités (et de nos inacti- leur accent jusqu'à le rendre plus pointu Claude Simoën éd., 142 pages, 35 F).

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