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Poésie de Baudelaire et Rimbaud

Ce document présente cinq extraits de poèmes de différents auteurs traitant de la transfiguration du réel par la poésie. Les poèmes décrivent des scènes, objets ou sentiments de manière métaphorique et symbolique.

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Objet d'étude : la poésie du XIXè siècle au XXIè siècle

CHAPITRE 1 : ALCHIMIE POÉTIQUE, LA BOUE ET L'OR


Groupement de textes :
La poésie transfigure le connu

Texte 1 : Arthur Rimbaud

Vénus anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête


De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
4 Avec des déficits assez mal ravaudés1 ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates


Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
8 La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût


Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

12 Les reins portent deux mots gravés : Clara Vénus ;


— Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Cahiers de Douai, 1870


Note :
1. ravaudés : maquillés.
Texte 2 : Francis Ponge

L'huître

L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur
moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut
l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu
franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles :
c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs,
d'une sorte de halos.
À l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à
proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous,
pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur
et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Le parti pris des choses, 1942


Œuvre intégrale :
Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857

Texte 3 :

Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle


Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
4 Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,


Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
8 Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées


D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
12 Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie


Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
16 Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,


Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
20 Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
« Spleen et Idéal », LXXVIII
Texte 4 :
Paysage

Je veux, pour composer chastement mes églogues1,


Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
4 Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
8 Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.
Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
12 Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
16 Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres2,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
20 Et tout ce que l’Idylle3 a de plus enfantin.
L’Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
24 D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

« Tableaux parisiens », LXXXVI


Notes :
1. poésies champêtres de la littérature romaine.
2. bassins en pierres blanches.
3. poème bucolique proche de l'églogue.
Texte 5 :

La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,


Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
4 Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi1 leurs chaleurs dernières,


Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
8 Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir plein de rose et de bleu mystique,


Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

12 Et bientôt un Ange entr’ouvrant les portes,


Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

« La mort », CXXI

Note :
1. comme bon leur semble, selon leur volonté.

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