Cours : Méthodologie de la recherche
Chapitre 1- Généralités sur la méthodologie de recherche
Préparer un mémoire de master, s’inscrire en thèse, c’est le début d’un grand effort pour l’étudiant. Faire de la
recherche, c’est comprendre son nouvel environnement, c’est ensuite déployer certaines méthodes auxquelles de
nombreux étudiants n’ont pas été directement confrontés.
Au-delà de ses aspects institutionnels, l’étudiant inscrit en master ou en thèse doit considérer qu’il entre dans un
nouvel environnement. L’enseignant qui le dirige fait partie d’un laboratoire ou centre de recherche dont il
importe de connaître les activités et les publications.
Le travail de recherche est un travail collectif, toutes les occasions doivent être saisies pour s’associer à d’autres et
faire partie de groupes de travail.
En dehors de la qualité intrinsèque de son travail, l’étudiant qui réussit est souvent celui qui a su le mieux s’insérer
dans son environnement.
I- Qu’est ce que « faire de la recherche »?
Pour répondre à cette question, il faut faire un détour sur ce qu’est la recherche, ses buts, ses caractéristiques.
Cela oblige à étudier la démarche scientifique elle-même, ce que les spécialistes appellent « épistémologie ».
L’épistémologie est « l’étude de la construction des connaissances valables »(Jean Piaget). C’est l’étude de la
manière dont les sciences peuvent produire des connaissances particulières ayant une valeur scientifique.
Donc, la première caractéristique du chercheur est qu’il mène en permanence un travail de réflexion sur sa propre
démarche. Le chercheur doit alors:
- Indiquer les fondements, les points de départ, les postulats sur lesquels il fait reposer son travail.
- Définir précisément les notions qu’il utilise.
- Questionner et justifier les choix de méthodes ou du contenu.
1- connaissances savantes et connaissances ordinaires:
Faire de la recherche, c’est produire des connaissances « scientifiques ». Alors, il faut être capable de délimiter la
frontière entre « connaissances savantes » (ce que disent les chercheurs) et « connaissances ordinaires » (ce que
chaque individu peut savoir).
Les connaissances ordinaires ont trois limites fortes:
- Elles sont beaucoup liées à la personne de celui qui les détient et donc peu communicables;
- Elles sont fondées sur les contextes au sein desquels elles ont été produites, et donc difficilement
généralisables;
- Elles sont donc dépendantes de la confiance qu’on veut accorder à celui qui les détient.
À l’inverse, les connaissances scientifiques sont communicables et valables en dehors de leur milieu d’origine. Elles
prétendent à la généralité et l’universalité.
2- Les caractéristiques des connaissances produites par le chercheur:
En général, les connaissances scientifiques ont les caractéristiques suivantes:
a- Avoir un certain état d’esprit:
Gaston Bachelard définit l’esprit scientifique comme étant composé de quatre qualités:
- La curiosité intellectuelle (sortir des idées convenues, aimer la découverte).
- L’esprit critique (aimer le débat, accepter la remise en cause);
- Le rejet de toute autorité extrascientifique (indépendance du jugement par rapport à la hiérarchie, les
institutions, le gouvernement, etc).
- L’honnêteté et la sincérité: (ne pas manipuler les résultats, ne pas plagier, …).
b- Partir des faits observables:
Même si les S.H.S. ne disposent pas d’une base « objective » comparable à celles de la nature. Elles doivent avoir
un certain rapport avec une réalité constatable. Elles sont des sciences « positives ».
Trois positions sont isolables: le positivisme, le positivisme extrême, et l’anti-positivisme.
Plus le chercheur se situe par rapport à une réalité observable, objectivement constatable, éventuellement
mesurable, plus il se rapproche de la tradition positiviste.
Plus il se situe au contraire par rapport à des phénomènes peu saisissables objectivement, sur lesquels plusieurs
approches sont possibles et pour lesquels l’observateur influe l’observé, plus ce chercheur se situe dans une
approche antipositiviste ou « constructivisme ».
c- Viser des lois ou au moins des régularités ou des extensions:
Pour qu’une connaissance soit utile, il faut qu’elle s’applique dans tous les cas comparables à ceux qui lui ont
donné naissance.
Tel phénomène produit tel effet, X produit Y. on dira qu’il y a une détermination de Y par X. Les sciences de la
nature consistent à constater que Y est produit par X, et à trouver la cause de cet effet.
Les SHS peuvent se fixer comme objectif d’établir le même type de détermination.
Le passage d’une observation ponctuelle à une considération d’ensemble (ou l’inverse) est un problème essentiel.
Il faut distinguer à cet égard deux procédés principaux:
- l’induction permet de partir d’une observation qui, si elle se répète, va permettre d’émettre une loi
générale (méthode inductive).
- La déduction part d’une théorie ou d’une règle générale et cherche à vérifier si celle-ci s’applique dans la
situation observée.
Certaines disciplines, comme la psychologie, l’économie, la gestion, confiantes dans l’existence de lois ou de règles
déjà élaborées, procèdent par l’émission d’hypothèses que l’on cherche à valider ou
invalider dans la réalité étudiée. Cette démarche est dite « hypothético-déductive ».
d- Remettre en cause les acquis:
Le chercheur se définit par sa capacité à soumettre à la critique des « vérités » admises jusqu’à présent. Il ne peut
partir que d’une volonté d’interroger ce qui a été affirmé jusqu’à présent.
Les connaissances scientifiques résultent donc d’un état d’esprit particulier, d’une recherche de faits, d’une
tentative de trouver des lois générales et d’une remise en cause des acquis.
La recherche scientifique est donc une contribution à l’édifice des connaissances générales sur les différents
aspects de la réalité. Elle a pour objet l’analyse des faits, dans le cadre d’une ou de plusieurs théories connues, à
l’aide de concepts déterminés afin de dégager des lois permettant de construire un ou plusieurs modèles figurant
le réel étudié et rendant compte de ses mécanismes, ses particularités, ses dysfonctions, tout en enrichissant le
champ de connaissances mis en œuvre.
II- la méthode, la méthodologie de recherche:
Pour situer l’extrême importance de la méthode en science, il suffit de rappeler que toute discipline doit
obligatoirement se définir un objet (ce qu’elle étudie) et une méthode (comment procéder pour étudier l’objet). Il
convient alors de distinguer entre: méthode, approche, technique et méthodologie.
1- la méthode:
C’est la procédure logique d’une science, c.à.d. l’ensemble des pratiques particulières qu’elle met en œuvre pour
que le cheminement de ses démonstrations et de ses théorisations soit clair, évident et irréfutable.
La méthode est constituée d’un ensemble de règles qui sont relativement indépendantes des contenus et des faits
particuliers étudiés en tant que tels. Elle se traduit sur le terrain par des procédures concrètes dans la préparation,
l’organisation et la conduite d’une recherche.
2- L’approche:
L’approche est considérée comme une démarche intellectuelle qui n’implique ni étapes, ni cheminement
systématique, ni rigueur particulière. C’est à peu près un état d’esprit, une sorte de disposition générale qui situe
l’arrière-fond philosophique du chercheur ou de la recherche.
3- La technique:
C’est un moyen précis pour atteindre un résultat partiel, à un niveau et à un moment précis de la recherche. Cette
atteinte de résultat est directe et relève du concret, du fait observé, de l’étape pratique et limitée. (ex: sondage,
interview, tests, …).
4- La méthodologie:
C’est l’étude du bon usage des méthodes et techniques. Il ne suffit pas de les connaitre, mais il faut savoir les
utiliser comme il se doit.
Plus les données du problème seront précisées et plus facile sera l’élaboration de la méthodologie.
il y a trois niveaux essentiels dans la recherche en sciences humaines et sociales:
III- Les différents niveaux de recherche
1- La description:
La description consiste à déterminer la nature et les caractéristiques des phénomènes et parfois à établir les
associations entre eux. La description peut constituer l’objectif d’une recherche: par exemple faire ressortir tous
les aspects d’un service, d’un département, d’une agence ou d’une entreprise.
La description peut aussi constituer le premier stade d’une recherche, dans ce cas elle peut exposer les résultats
d’une observation ou d’une enquête exploratoire.
Ce niveau doit être soutenu par une méthode rigoureuse et des hypothèses.
2- La classification:
La classification consiste à catégoriser, regrouper, mettre en ordre pour permettre des comparaisons ou des
rapprochements. Les faits observés, étudiés, sont ainsi organisés, structurés, regroupés sous des rubriques, sous
des catégories pour être mieux compris.
3- L’explication / la compréhension:
Expliquer, c’est répondre à la question « pourquoi? ». L’explication consiste à clarifier les relations entre des
phénomènes et à déterminer pourquoi ou dans quelles conditions tels phénomènes ou tels événements se
produisent.
IV- Les principales méthodes de recherche:
Il convient de retenir six grands types de méthodes: la méthode déductive, la méthode inductive, la méthode
analytique, la méthode clinique, la méthode expérimentale, la méthode statistique.
1- la méthode déductive:
Elle consiste à analyser le particulier à partir du général, à lire une situation concrète spécifique à l’aide d’une grille
théorique générale préétablie.
2- la méthode inductive:
Elle consiste à tenter des généralisations à partir de cas particuliers. On observe des caractéristiques précises sur
un ou plusieurs individus (objets) d’une classe et on essaie de démontrer la possibilité de généraliser ces
caractéristiques à l’ensemble de la classe considérée.
C’est la succession: observation- analyse - interprétation – généralisation.
3- la méthode analytique:
C’est la méthode qui consiste à décomposer l’objet d’étude en allant du plus complexe au plus simple. Cette
méthode est à privilégier en laboratoire, pour l’étude d’objets ou de phénomènes non susceptibles de
transformations rapides.
4- la méthode clinique:
Elle consiste à observer directement l’objet à étudier et à le suivre pas à pas tout en notant toutes ses
modifications, ses évolutions. C’est une méthode empirique où il n’ y a aucune sorte d’intermédiaire entre
l’observateur et ce qu’il étudie.
5- la méthode expérimentale:
C’est la méthode considérée comme la plus scientifique et la plus exacte. Elle est née en physique et dans les
sciences de la nature. Elle consiste à mener une expérimentation et à tenter de dégager des lois généralisables à
partir de l’analyse des observations recueillies durant l’expérimentation.
6- la méthode statistique:
Grâce à cette méthode, on prétend pouvoir quantifier le qualitatif et le rendre ainsi accessible à des traitements
mathématiques rigoureux.
Chapitre 2- Le processus de la recherche
La méthode de recherche emprunte généralement un cheminement ordonné qui part de l’observation à la
discussion des conclusions scientifiques en passant respectivement par un problème de recherche, une question
de recherche, une hypothèse, un objectif de recherche et une méthode de résolution.
Ce processus peut être regroupé en trois grandes phases:
- La phase de conception et de construction de l’objet d’étude;
- La phase méthodologique ou de découverte et de collecte des données;
- La phase de traitement, d’analyse, de présentation des données et interprétation et discussion.
I- Le choix du sujet de recherche:
Il n’existe pas de méthode fixe pour choisir un sujet de recherche. Ceci dépend de plusieurs facteurs dont le poids
varie d’une personne à l’autre.
En général, on peut dire qu’il existe cinq facteurs pouvant influencer le choix d’un sujet de recherche. Pour choisir
un sujet de recherche, un chercheur peut tenir compte de: son vécu et ses goûts personnels, l’intérêt stratégique,
l’utilité du sujet, développement de la science, résultats sommaires d’une recherche exploratoire.
1- Le vécu et les goûts personnels:
Le vécu d’un chercheur peut le pousser vers certains thèmes et sujets de recherche. Le choix d’un sujet de
recherche est donc un acte hautement subjectif.
2- Les intérêts stratégiques:
Il ne faut pas oublier que certains sujets de recherche sont plus stratégiques que d’autres.
3- L’utilité du sujet de recherche:
Certains sujets de recherche sont plus intéressants que d’autres. L’utilité d’un sujet dépend du contexte social,
culturel, économique, politique, et historique dans lequel vit le chercheur.
4- Le développement de la science:
Pour choisir un sujet, il faut commencer par explorer le développement de la science et des recherches antérieures
faites sur le même thème. Pour faire une telle exploration, on peut faire appel à deux sources: la documentation
scientifique et le savoir des chercheurs plus expérimentés.
5- Les recherches exploratoires:
Peu à peu, à force de lire, de constater, d’observer ou d’interviewer, le sujet de recherche se précise mieux dans
l’esprit du chercheur, et il reste à formuler le sujet en question de départ.
II- La revue de littérature:
Elle offre un survol ainsi qu’une évaluation d’un ensemble d’ouvrages liés à un sujet ou problème de recherche. Il
s’agit aussi d’une analyse des ouvrages choisis afin de les classer par thèmes ou catégories.
La revue de littérature fait souvent partie d’un grand projet de recherche (mémoire, thèse). Elle a pour objectif de
situer le sujet par rapport à des recherches antérieures.
Pour rédiger une bonne revue de littérature, il faut suivre plusieurs étapes:
- Synthétiser et évaluer l’information,
- Identifier les idées fortes de la littérature,
- Identifier l’idée centrale de la revue de littérature,
- Organiser les idées principales de la revue de littérature,
- Rédiger la revue de littérature.
1- synthétiser et évaluer l’information:
Pour préparer une revue de littérature, il faut réfléchir d’une façon critique et faire des lectures. À la base de ces
lectures, il faut synthétiser et évaluer l’information en faisant ressortir les idées et les tendances importantes. Une
bonne revue de littérature examine chaque ouvrage indépendamment ainsi que par rapport à d’autres ouvrages.
2- Identifier les idées fortes de la littérature:
Une fois le travail de synthèse commencé, il faut identifier les idées qui se rapportent à son sujet de recherche.
3- Identifier l’idée centrale de la revue de littérature:
Comme tout travail de recherche, la revue de littérature doit être structurée autour d’une idée centrale qui est en
relation directe avec la question de recherche.
4- Organiser les idées principales de la revue de littérature:
Une revue de littérature bien structurée présente les éléments pertinents du sujet dans un ordre logique qui mène
le lecteur à saisir le contexte et la signification de votre question et de votre projet de recherche.
5- Rédiger la revue de littérature:
Une fois le plan élaboré, la rédaction devient plus aisée. Une revue de littérature doit comprendre une
introduction, un développement et une conclusion. Si elle est longue, elle peut être divisée en sections avec des
sous-titres tout en respectant l’enchainement logique.
II- La spécification de la problématique:
La recherche naît toujours de l’existence d’un problème à résoudre, à clarifier. Il y a problème lorsqu’on ressent la
nécessité de combler un écart entre ce qu’on sait et ce qu’on devrait savoir. Et résoudre un problème, c’est
trouver les moyens d’annuler cet écart, de répondre à une question. Autrement dit, il n’y a pas de recherche là où
l’on ne pose pas de question.
La formulation du problème permet de spécifier la ou les questions pertinentes par rapport à l’objet d’étude et de
construire cet objet en lui donnant un sens ou en intégrant des faits qui, pris isolément, n’ont pas grande
signification.
1- Définition et présentation de la problématique:
Avant de choisir une technique d’enquête, de formuler une hypothèse, le chercheur doit avoir perçu en amont un
« problème » à élucider, à étudier par sa recherche. C’est une étape essentielle du processus de recherche. On
élabore une problématique après avoir cerné ce qui fait problème.
La problématique c’est « la façon d’articuler un ensemble de questions ou de problèmes en les référant à des
concepts précisément déterminés ». Ou encore, c’est « un ensemble construit autour d’une question principale,
des hypothèses de recherche et lignes d’analyse qui permettront de traiter le sujet choisi ».
La problématique comprend en général:
- Une manière spécifique d’aborder le phénomène;
- Le chemin pour répondre à la question de départ;
- Une grille de lecture du phénomène à étudier;
- Des questions de recherche liées au phénomène, à la population à étudier;
- Une sélection d’axes de recherche parmi les nombreux possibles.
Une problématique doit répondre aux questions suivantes:
- Sur quels aspects du phénomène met-on l’accent?
- Quel est le niveau d’analyse principal?
- Quelle approche théorique, thèse, explication, auteur sont privilégiés?
- Sur quelles connaissances se base-t-on pour répondre aux questions de recherche?
- Quelles hypothèses de départ permettent de spécifier ce que l’on va étudier?
IV- Construction d’un modèle d’analyse:
Cette étape est nécessaire dans les recherches « hypothético-déductives » ou « expérimentales », c’est-à-dire
dans celles dans lesquelles on doit représenter les phénomènes, en les simplifiant, pour étudier les effets de
certains facteurs sur d’autres (ex: les effets de la quantité d’information sur les décisions prises, les effets du lieu
géographique sur les préférences électorales, les effets de la culture d’origine sur les modes d’apprentissage des
langues, etc.).
Ces facteurs sont appelés « variables ». Il y a la ou les variables à expliquer (l’objet de la recherche) et les
variables explicatives (les facteurs qui influent sur l’objet de la recherche). On les appelle aussi « variables
dépendantes » (celles qui dépendant d’autres) et « variables indépendantes » (celles qui ne dépendent pas
d’autres dans la recherche).
Il est donc indispensable de bien voir ce que l’on cherche à expliquer et les facteurs que l’on prend en compte pour
l’expliquer.
Le chercheur va donc établir ce modèle d’analyse et regarder quelles ont été jusqu’à présent les explications
proposées par les chercheurs précédents. Il va ainsi pouvoir utiliser des « hypothèses » de recherche.
L’hypothèse est une conjecture sur l’explication du phénomène. C’est le plus souvent le résultat d’une recherche
précédente ayant établi provisoirement que telle variable avait un impact sur le phénomène à expliquer. Parfois,
sur certains sujets nouveaux, le chercheur élaborera lui-même une hypothèse.
Les hypothèses de recherche doivent:
- Être liées à une théorie, une explication générale précédemment proposée.
- Être vérifiables, contestables;
- Être assez générales, et non liées seulement à un cas particulier;
- S’il y en a plusieurs, il faut qu’elles restent en nombre limitées.
Ainsi, se dessine un « modèle » de recherche, qui synthétise les variables retenues en les reliant par des
hypothèses. Par exemple, l’absentéisme au travail (variable dépendante) est ici expliquée par deux variables
indépendantes retenues: le niveau de responsabilité et le salaire, avec les hypothèses:
(hyp.1: plus l’individu a un poste élevé, moins il s’absente), (hyp.2: moins le salaire est élevé, plus forte sera
l’absence au travail).
1- la formulation des hypothèses:
La formulation des hypothèses consiste à la transformation des questions centrales en suppositions pouvant
générer une procédure systématique et complète de vérification.
Il existe deux grandes façons de formuler les hypothèses:
A- la formulation à priori:
C’est le cas le plus simple et le plus direct. Il s’agit tout simplement d’émettre une supposition à priori qui soit
réaliste, logiquement concevable et, ensuite, d’associer à cette supposition les facteurs, variables,
indicateurs, indices…qui peuvent la sous-tendre, la justifier et éventuellement contribuer à la confirmer ou à
l’infirmer.
Ex: - A chaque crise économique s’associe une augmentation significative du nombre de suicides.
- Le degré de bureaucratisation a tendance à s’élever avec la taille de l’entreprise.
Ces suppositions ne sont pas générées gratuitement, sans fondements ni connaissances préalables. Elles
s’appuient sur des observations, des constatations, des calculs, des comparaisons.
B- La formulation après élaboration:
C’est le cas le plus courant; les problèmes ne se présentent pas toujours de façon simple pour
permettre une supposition directe; il faut donc élaborer les bases de cette supposition.
Par exemple, on peut être frappé par un lien apparent entre l’origine sociale, le choix des études et le choix des
carrières. Mais quelles hypothèses faire à ce propos? Il faut donc examiner des séries statistiques sur un nombre
suffisant de cas et dégager des tendances qui peuvent aider à établir des hypothèses que l’on tentera de vérifier
sur des cas précis et de façon plus approfondie.
Ce travail de préparation et d’élaboration des hypothèses constitue l’essentiel de ce qu’on appelle la pré-enquête.
Cette tâche peut être effectuée de plusieurs façons généralement combinées:
- Analyse de matériel existant (statistiques, rapports, fichiers, …)
- Interviews de personnes ressources
- Interviews exploratoires de personnes appartenant à la population sur laquelle va porter l’enquête,
concernées ou touchées par le problème.
- L’étude de travaux similaires sur des problèmes similaires.
- Brain-storming avec des groupes pouvant générer des idées sur le sujet.
V- L’échantillonnage:
1- Définition:
Il s’agit d’un groupe représentatif qui devra représenter, en miniature l’ensemble plus vaste concerné par le
problème de la recherche.
Dans le processus de recherche, il n’est pas possible de faire des mesures ou des observations sur l’ensemble des
objets ou des personnes concernées par le sujet; il est nécessaire d’en extraire un échantillon. Extraire un
échantillon, c’est choisir, selon des critères définis à l’avance, un certain nombre d’individus parmi les individus
composant un ensemble défini, afin de réaliser sur eux des mesures ou des observations qui permettront de
généraliser les résultats à l’ensemble premier.
2- Les méthodes d’échantillonnage:
La problématique de la recherche, les objectifs, les hypothèses et la délimitation de l’univers de l’enquête sont
les bases sur lesquelles on pourra se fonder pour élaborer les critères auxquels devront répondre les éléments
constitutifs de l’échantillon.
Les méthodes d’échantillonnage donnent les différentes étapes à suivre pour extraire un échantillon tout en ayant
un maximum de garanties quant à sa représentativité. Il existe deux grandes méthodes: la méthode empirique ou
par quotas, et la méthode probabiliste ou aléatoire.
A- La méthode empirique:
Cette méthode est dite « de bon sens » dans la mesure où elle se contente d’assurer au niveau de l’échantillon une
transposition aussi exacte que possible des caractères spécifiques et des proportions présents dans la population-
mère. On l’appelle aussi méthode du modèle réduit, car elle vise à faire de l’échantillon quelque chose d’identique
à l’ensemble dont il est tiré mais à plus petite échelle. Il s’agit d’une transposition proportionnelle des caractères
de la population dans l’échantillon.
Pour respecter les quotas, il faut:
- Analyser minutieusement les caractéristiques de la population d’ensemble, et de leur distribution: âge, sexe,
scolarité, emploi, nombre d’enfants, salaire, etc.
- Repérer et isoler les éléments qui ont très peu de chance d’exercer une influence sur l’explication du
phénomène étudié.
- Transposer les proportions de la population-mère relatives à chacune de ces caractéristiques sur le nombre
total d’éléments retenus pour constituer l’échantillon.
Cette méthode par quotas a l’avantage d’être assez simple, rapide et commode à exécuter. Cependant, elle reste
plutôt empirique et elle complique très vite le travail du chercheur si celui-ci a eu l’imprudence de retenir un
nombre élevé de critères pour former ses quotas.
B- La méthode probabiliste:
Cette méthode réputée plus scientifique que la première, s’appuie sur les lois de probabilités et sur les plus grandes
chances de représentativité d’éléments tirés au hasard. Cette méthode se base sur les lois des grands nombres, sur
l’aléatoire, pour éviter les aléas du choix personnel et de la subjectivité du chercheur.
Un échantillon probabiliste est un échantillon constitué de telle façon que tout élément qui y est retenu possède
autant de chances que n’importe quel autre élément de la population-mère d’y figurer.
Cette méthode consiste à:
- Recenser exhaustivement l’ensemble des individus touchés par la recherche.
- Fixer un procédés de tirage au hasard;
- Fixer la taille proportionnelle de l’échantillon par rapport à la population-mère selon l’étendue du bassin,
les objectifs de la recherche et l’estimation éventuelle de la taille souhaitable;
- Tirer au hasard les individus, selon le procédé de tirage fixé, jusqu’à concurrence du nombre représenté par
la population retenue.
3- Les problèmes d’échantillonnage:
Il y a essentiellement trois sources de problèmes:
A- La délimitation des caractéristiques de l’échantillon:
Il faut s’assurer de la connaissance la plus détaillée et la plus complète possible de la population-mère.
B- La constitution et la disponibilité de l’échantillon:
Il s’agit de s’assurer que les individus répondant aux critères d’appartenance à la population-mère sont trouvables,
aisément contactables et non susceptibles d’avoir un taux élevé de non réponse.
La difficulté majeure réside dans le choix définitif des critères de représentativité des individus.
C- L’effet de la taille de l’échantillon:
Le problème de la représentativité est aussi très lié au nombre d’éléments retenus pour constituer l’échantillon,
c’est-à-dire sa taille. Il y a un lien entre la taille de l’échantillon N et l’erreur d’extrapolation. En fait, plus N est
grand et plus l’erreur sera réduite et inversement.
Il faut également savoir que plus la population concernée est hétérogène du point de vue retenu, plus l’erreur
d’extrapolation risque d’être grande. Et inversement, plus il y a homogénéité, plus le risque d’erreur est réduit.
La taille de l’échantillon pourra donc être d’autant plus petite que l’homogénéité est grande.
Il existe des méthodes de calcul qui permettent d’établir le taux de variabilité d’un phénomène, sa variance, …
selon le résultat trouvé, on peut estimer la taille optimale de l’échantillon à constituer.
4- Les types d’échantillons:
On distingue:
A- Echantillons appariés:
Deux échantillons constitués d’éléments identiques. A chaque élément de l’un correspond un élément de l’autre. On
s’en sert surtout quand il s’agit de faire des comparaisons tout en contrôlant certaines variables sur l’un et/ou
l’autre échantillon.
B- Echantillon contrôle:
Échantillon destiné à servir de base de référence pour établir avec précision les effets opérés sur un groupe
expérimental par l’expérience effectuée. En général, groupe expérimental et groupe contrôle sont appariés.
C- Echantillon expérimental:
Échantillon destiné à faire l’objet d’une expérimentation en vue d’analyser les effets de cette expérimentation par
rapport au reste de la population.
D- Echantillon par grappes:
Echantillon établi par tirage au sort, mais non sur la base d’individus: on tire au sort des ensembles entiers parmi
d’autres ensembles. Tous les individus compris
dans une grappe seront testés.
E- Echantillon à plusieurs degrés:
Echantillon par grappes sur lequel on effectue ensuite un tirage au sort individuel.
F- Echantillon stratifié:
La population mère est d’abord divisée en strates (catégories homogènes selon un ou plusieurs critères, tels que
revenu, statut professionnel, niveau de scolarité, …), puis dans chaque strate on tire un échantillon probabiliste.
C’est une sorte de combinaison entre méthode des quotas/ méthode probabiliste.
G- Echantillon maître:
Échantillon très large, connu sur la plupart de ses
Caractéristiques et dans lequel on prélève, à chaque fois qu’on effectue une enquête spécifique, l’échantillon
adéquat (les instituts de sondage utilisent presque systématiquement cette technique).
H- Panel:
Echantillon fixe servant à plusieurs enquêtes successives. Les membres de ce genre d’échantillon ne changent pas,
ils sont tirés d’un échantillon maître et acceptent d’être régulièrement testés et interrogés (instituts de sondage et
agences de marketing ont toujours des panels).
VI- La phase de collecte des données:
A cette étape, le chercheur présente ou expose les méthodes auxquelles il recourt, puis décrit les instruments ou
techniques qui seront utilisées.
Divers instruments servent à mesurer les variables d’étude. Ces instruments peuvent fournir des informations de
type qualitatif (entretiens, observation, etc) ou des informations de type quantitatif (questionnaire, échelles de
mesure, etc).
Les principaux instruments utilisés en enquête :
L'interview : Questionnement oral ou discussion avec un individu et qui porte sur un sujet prédéterminé
dont on veut approfondir certains aspects à travers les réponses de la personne interviewée.
• Le questionnaire : Ensemble de questions écrites portant sur un sujet particulier et obéissant à des règles
précises de préparation, de construction et de passation.
• Il existe une grande variété de questionnaires que l'on classe selon le but visé : d'opinions, d'intérêts, de
connaissances, de motivation...
• L'échelle d'attitude : Sorte de questionnaire où il est demandé au sujet de se positionner à un niveau précis
sur une échelle graduée (de 1 à 5 par exemple) par rapport à une affirmation (positive ou négative) sur un
thème donné.
• Les tests : Ce sont des instruments déjà élaborés qui servent à déceler ou à mesurer des éléments cachés
dont le sujet lui même n'a, en principe, généralement pas conscience. Les tests se présentent sous forme
de questionnaires, d'épreuves verbales ou non verbales, de jeux de constructions, d'images à compléter ou
à commenter, de dessins à effectuer... Tous les tests s'appuient en principe sur des théories très élaborées
et très rigoureuses et sont soumis à des critères de passation, de correction et de comparaison très précis.
VII- Phase de traitement, d’analyse, de présentation et de discussion des résultats:
Une masse de données recueillies ne constitue pas en soi une recherche. Il faut traiter toutes ces données. C’est-à-
dire qu’il faut y exercer un travail d’analyse pour isoler des unités signifiantes (thèmes, figures, variables, …)
abstraites de leur contexte pour en opérer la comparaison terme à terme. Ensuite, le chercheur en fait une
synthèse. Cette phase comprend deux étapes:
1- L’analyse et la présentation des données:
L’analyse des données est fonction du type d’étude et de son but, selon qu’il s’agit d’explorer ou de décrire des
phénomènes et de comprendre ou de vérifier des relations entre des variables. Les statistiques permettent de
faire des analyses quantitatives. L’analyse qualitative réunit et résume, sous forme narrative, les données non
numériques.
L’analyse des données permet de produire des résultats qui sont interprétés et discutés par le chercheur.
Les traitements sont en général assistés par ordinateur à l’aide de logiciels tel que: SPSS, Excel, Sphinx, Modalisa,
Numbers, etc.
Les résultats en recherche quantitative peuvent être présentés de plusieurs manières:
A- Les tris à plat:
Le tri à plat est une opération consistant à déterminer comment les observations se répartissent sur les différentes
modalités que peut prendre une variable à modalités discrètes. Le résultat de cette opération est donc un simple
« tableau de fréquences ».
B- Les tris croisés:
C’est une extension à plusieurs variables du tri à plat. Les résultats d’un tri croisé est ce qu’on appelle un
« tableau de contingence ».
C- Les analyses multi-variées:
L’analyse multi variée recouvre en ensemble de méthodes destinées à synthétiser l’information issues de plusieurs
variables, pour mieux l’expliquer.
Si la population est définie par plus de de deux variables, on utilise soit les méthodes de régressions multiples soit
les méthodes d’analyses multi variées pour décrire la population. Les méthodes les plus utilisées sont: L’ACP
(analyse en composantes principales), les AFC (analyses factorielles par correspondances), les AC (analyses
canoniques).
L’analyse des données qualitatives peut se faire par des logiciels comme: Invivo, sphinx quali, Tropes.
2- L’interprétation et la discussion des résultats:
Les données étant analysées et présentées à l’aide de textes narratifs, de tableaux, de graphiques, de figures et
autres; le chercheur les explique dans le contexte de l’étude et à la lumière des travaux antérieurs. En partant des
résultats qu’il discute en vérifiant leurs authenticités, en revenant sur les hypothèses, en convoquant les théories
et les auteurs qui ont abordé la question étudiée, il pourra faire des inférences, tirer des conclusions ou élaborer
une théorie et faire des recommandations.